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Délibérations du Comité sénatorial permanent des
Langues officielles

Fascicule 6 - Témoignages du 5 mai 2014


OTTAWA, le lundi 5 mai 2014

Le Comité sénatorial permanent des langues officielles se réunit aujourd'hui, à 17 h 1, pour poursuivre son étude sur les impacts des changements récents au système d'immigration sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire.

La sénatrice Claudette Tardif (présidente) occupe le fauteuil.

[Français]

La présidente : Honorables sénateurs, je déclare cette séance du Comité sénatorial permanent des langues officielles ouverte.

Je suis la sénatrice Claudette Tardif, de l'Alberta, et la présidente de ce comité. Je demanderais aux sénateurs de se présenter en commençant à ma gauche, s'il vous plaît.

Le sénateur Mockler : Percy Mockler, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Fortin-Duplessis : Suzanne Fortin-Duplessis, de la ville de Québec.

Le sénateur Rivard : Michel Rivard, du Québec.

Le sénateur McIntyre : Paul McIntyre, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Charette-Poulin : Marie Charette-Poulin, du Nord de l'Ontario. Bienvenue, madame Lalonde.

La sénatrice Chaput : Je suis Maria Chaput, sénatrice du Manitoba. Bienvenue, madame.

La présidente : Honorables sénateurs, nous poursuivons notre étude sur les impacts des changements récents au système d'immigration sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Aujourd'hui, notre témoin est Mme Jocelyne Lalonde, directrice générale du Secrétariat national du Consortium national de formation en santé (CNFS) et de l'Association des universités de la francophonie canadienne (AUFC). Elle représente deux associations. Je donne la parole à Mme Lalonde. À la fin de la présentation, les sénateurs poseront leurs questions.

Jocelyne Lalonde, directrice générale, Secrétariat national, Consortium national de formation en santé et Association des universités de la francophonie canadienne : Merci beaucoup. Bonjour, madame la présidente, honorables sénateurs et participants présents. J'aimerais d'abord vous remercier de votre invitation au nom de l'Association des universités de la francophonie canadienne et du Consortium national de formation en santé, qui sont deux organismes pour lesquels j'assume la direction générale.

À la suite d'un bref exposé sur l'AUFC et le CNFS, je ferai ressortir certains points importants. Je vous rappellerai quelques faits liés au rôle essentiel joué par nos établissements d'enseignement supérieur au sein de nos communautés francophones du point de vue de l'économie et de l'immigration, notamment l'intégration économique des immigrants. Je vous présenterai aussi les mesures que nous souhaitons adopter pour assurer la formation et l'employabilité des immigrants et des étudiants internationaux. Puis, je terminerai en faisant quelques recommandations.

Donc, l'AUFC regroupe 14 universités francophones et bilingues réparties dans 7 provinces à l'extérieur du Québec. Les programmes offerts dans ces établissements permettent de bonifier l'apprentissage, l'enseignement et la recherche universitaire en langue française, et d'améliorer la vitalité et le rayonnement des communautés francophones minoritaires.

Le CNFS, pour sa part, est un regroupement de 11 établissements d'enseignement universitaire et collégial qui offrent des programmes d'étude en français dans diverses disciplines de la santé, et de 6 partenaires régionaux qui facilitent l'accès à ces programmes de formation.

Voici en quoi consiste la réforme de l'immigration et ses répercussions.

À l'automne 2013, lors de la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne, MM. Ronald Bisson et Matthieu Brennan présentaient les résultats de leur analyse sur les répercussions de la future Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés.

L'un des principaux résultats qui ressortent de leur analyse concerne le rôle que joue l'enseignement supérieur dans le dossier de l'immigration; plus précisément, les employeurs francophones bilingues et anglophones, les provinces et territoires, et les établissements d'enseignement supérieur de la francophonie canadienne seront les forces motrices à mobiliser en vue d'augmenter le nombre d'immigrants d'expression française s'établissant dans les communautés. Nous sommes très conscients du rôle essentiel que doivent jouer nos établissements d'enseignement supérieur.

Toutefois, il est difficile d'envisager toutes les répercussions de la réforme de l'immigration, surtout en ce qui concerne le rôle joué par les employeurs et les entreprises canadiennes qui sont au cœur de ces changements et qui ont besoin de main-d'œuvre. Il importe de prendre les mesures qui s'imposent pour assurer la réussite de la réforme de l'immigration.

Les collèges et les universités membres de l'AUFC et du CNFS favorisent et facilitent déjà l'intégration socioéconomique des immigrants de langue française. Ils déploient de plus en plus d'efforts en vue d'améliorer l'offre des programmes et des services en français destinés aux immigrants et aux étudiants étrangers. Tous ces établissements dispensent de l'information et de la formation, et offrent des activités et des services visant à favoriser l'intégration des immigrants dans leur nouveau milieu de vie tout en leur permettant de vivre une expérience culturelle francophone. Les établissements d'enseignement supérieur sont la force motrice de la formation qui mène à l'employabilité et à l'intégration professionnelle. Ceux-ci jouent également un rôle crucial au sein de leur communauté sur le plan économique puisqu'ils sont proches des entreprises et des employeurs. La réforme de l'immigration recommande que nos établissements d'enseignement supérieur jouent un rôle de premier plan en matière de formation linguistique et culturelle. Ces formations conduisent à l'employabilité en sol canadien et permettent d'orienter et de former les candidats avant leur départ vers le Canada. Ces formations doivent aussi être dispensées aux étudiants étrangers qui sont en voie de devenir la main-d'œuvre de l'avenir. Les services de soutien de nos collèges et universités offerts aux étudiants étrangers doivent s'élargir pour mieux répondre à leurs besoins.

Le Canada vient de se donner une nouvelle stratégie quinquennale en matière d'éducation internationale, dont l'objectif primaire est de doubler, d'ici 2022, le nombre d'étudiants internationaux au pays. Alors que le gouvernement est conscient qu'il devra collaborer avec tous les intervenants du monde de l'éducation et de la recherche pour y arriver, nos établissements jouent déjà un rôle de premier plan. En plus de ces retombées, force est de constater que les étudiants internationaux dans nos établissements sont des candidats idéals pour immigrer au Canada et s'installer dans les communautés francophones minoritaires, puisqu'ils détiennent des diplômes canadiens, maîtrisent les deux langues officielles et ont, pour la plupart, une expérience de travail pertinente. Le portrait démographique de la population étudiante de nos établissements membres a ainsi beaucoup changé au fil des ans et est des plus diversifiées.

À titre d'exemple, les étudiants internationaux représentent 18 p. 100 de l'ensemble des effectifs de l'Université de Moncton et 15 p. 100 de la population étudiante de l'Université de Saint-Boniface. Les services de soutien offerts doivent donc être adaptés aux besoins de leur clientèle étudiante immigrante qui possède des capacités langagières et des cultures des plus variées. Ces quelques faits, ainsi que l'offre actuelle des établissements postsecondaires dans le secteur de l'immigration, ont convaincu les dirigeants de l'AUFC et du CNFS de mettre sur pied l'Alliance des établissements postsecondaires de la francophonie canadienne.

Donc, l'Alliance regroupe les universités de la francophonie canadienne qui s'intéressent à l'immigration, ainsi que des partenaires. Elle vise le renforcement des initiatives en formations de tous genres pour les immigrants et les étudiants. Sa raison d'être consiste à travailler en partenariat pour offrir une gamme élargie de formations et de services connexes aux immigrants d'expression française des communautés francophones ainsi qu'aux étudiants internationaux. La venue de l'Alliance consolide l'action des collèges et des universités de la francophonie canadienne, favorise l'innovation et le partage de modèles novateurs et offre une voie d'approche solide auprès du gouvernement canadien.

Les établissements postsecondaires ont proposé au gouvernement canadien une série de mesures visant à améliorer les programmes axés sur l'emploi et à augmenter le nombre d'étudiants étrangers au Canada. Les mesures que nous proposons émanent des expertises et des modèles dont se servent actuellement nos collèges et nos universités. Ces mesures visent aussi à assurer l'accès et la disponibilité des programmes de formation en français aux où qu'ils soient avant leur départ ou à leur arrivée au Canada. Parmi les mesures proposées, mentionnons les suivantes : accroître les programmes de formation linguistique destinés aux immigrants et aux étudiants étrangers pour qu'ils soient accessibles et qu'ils correspondent aux normes canadiennes; augmenter les programmes axés sur l'emploi dans les collèges et universités pour améliorer les compétences liées à l'emploi des immigrants et des étudiants étrangers en se rapprochant des employeurs; assurer le partage de bonnes pratiques et des approches en formation et en employabilité; augmenter le nombre d'immigrants provenant du groupe des étudiants étrangers et leur offrir des programmes liés à l'employabilité; et enfin, améliorer la disponibilité et l'accessibilité des services d'orientation en français destinés aux immigrants et aux étudiants étrangers. Toutes ces mesures reposent sur la capacité de nos établissements et leur expertise en matière de formation.

Voici nos deux principales recommandations. Premièrement, nous souhaitons que votre comité recommande qu'il y ait un renforcement de la capacité et des infrastructures de nos collèges et universités afin d'élaborer et de mettre en œuvre davantage de services et d'outils pour accueillir et mieux soutenir les étudiants internationaux et de s'assurer qu'ils puissent faire pleinement l'appropriation du français et d'une culture française.

Deuxièmement, nous souhaitons que votre comité recommande au gouvernement canadien d'appuyer et de financer les mesures proposées par l'Alliance des établissements postsecondaires de la francophonie canadienne. Ces mesures, que je viens de vous présenter, suggèrent des programmes et des services destinés aux immigrants, aux étudiants étrangers et aux employeurs que nos établissements d'enseignement de la francophonie canadienne peuvent offrir. Nous pourrons ainsi assurer une immigration économique répondant aux besoins d'une main-d'œuvre bilingue hautement qualifiée.

Encore une fois, je vous remercie de nous avoir invités aujourd'hui. Il nous fera plaisir de répondre à vos questions.

La présidente : Un grand merci, madame Lalonde. J'aimerais demander à la sénatrice Fortin-Duplessis de poser la première question. Elle sera suivie du sénateur McIntyre.

La sénatrice Fortin-Duplessis : Merci beaucoup, madame la présidente. Madame la directrice, soyez la bienvenue. J'ai beaucoup apprécié votre présentation et je vais avoir quelques brèves questions.

À partir de votre expérience, quel pourcentage des étudiants internationaux demeurent au Canada après avoir fait leurs études?

Mme Lalonde : Je ne pourrais pas vous dire exactement le pourcentage. Cela dépend aussi de l'université ou du collège dans lequel les étudiants internationaux viennent étudier au Canada. Je peux vous dire, par contre, que, pour plusieurs étudiants qui viennent de pays africains — plusieurs de nos étudiants internationaux viennent de pays africain —, l'une des raisons, c'est souvent de pouvoir peut-être immigrer au Canada à la fin de leurs études.

Présentement, les étudiants internationaux peuvent travailler 20 heures par semaine au Canada pendant leurs études. Nous voulons nous assurer que ces étudiants puissent obtenir un emploi dans leur domaine et puissent s'intégrer graduellement grâce à un emploi, s'ils décident de demeurer au Canada.

La sénatrice Fortin-Duplessis : Ils ont le droit de travailler 20 heures dans leur domaine.

Quels sont les facteurs qui encouragent les étudiants internationaux à demeurer au Canada après la fin de leurs études?

Mme Lalonde : Voilà un peu les services que nous aimerions pouvoir mettre en place. Présentement, les universités et les collèges font de la promotion et le recrutement des étudiants afin qu'ils viennent étudier dans leur université ou leur collège. Par contre, la question de l'intégration est moins présente. C'est en lien avec cet aspect que nous aimerions offrir certains services à l'étudiant pour qu'il ait une meilleure connaissance des possibilités d'immigration au Canada, pour qu'il puisse recevoir une formation et de l'aide pour mieux connaître nos communautés francophones et pour lui permettre une meilleure intégration, s'il le désire.

La sénatrice Fortin-Duplessis : Constatez-vous une meilleure rétention des immigrants lorsque ceux-ci arrivent au Canada en tant qu'étudiant au préalable? Est-ce plus facile pour eux que pour un autre immigrant, dont les études seraient terminées et qui essaierait de s'intégrer dans les communautés francophones en situation minoritaire au Canada?

Mme Lalonde : La grande différence est que l'étudiant international reçoit sa formation au Canada. Il s'agit d'une formation comme celle de tous les Canadiens et de toutes les Canadiennes qui étudient dans nos universités et nos collèges. Il n'y a pas d'évaluation des compétences d'un diplôme qu'il aurait obtenu dans un autre pays, ce qui est souvent le cas des immigrants qui arrivent ou qui veulent vivre au Canada.

Le sénateur McIntyre : Madame Lalonde, merci d'être présente parmi nous aujourd'hui.

En plus d'être directrice générale de deux organismes représentant les établissements postsecondaires francophones, je remarque que vous êtes également membre de la Table nationale de concertation communautaire en immigration francophone.

Mme Lalonde : Oui.

Le sénateur McIntyre : La semaine dernière, nous avons eu le privilège d'avoir parmi nous M. Diallo, président de cette table nationale. Parlez-nous un peu de cette table. Comment voyez-vous son rôle? Existe-t-il un lien entre votre travail en tant que directrice générale de vos deux organismes et la table nationale?

Mme Lalonde : Absolument. Je participe à la table nationale depuis sa fondation. Je représente l'un des deux organismes nationaux à cette table. L'une des raisons d'être très importantes de cette table nationale, c'est de pouvoir travailler ensemble en concertation pour permettre aux immigrants, même avant leur arrivée au Canada, de se prévaloir de tous les services en français pour que ces personnes puissent vraiment s'intégrer dans nos communautés minoritaires. Pour ce faire, nous avons besoin de l'aide d'autres organismes, en plus des universités et des collèges de la francophonie canadienne. Nous avons besoin, autour de la table, de la Fédération des communautés francophones et acadienne, de même que des services d'accueil pour les immigrants qui arrivent. Nous avons besoin des services du regroupement de développement économique du Canada parce qu'on doit travailler avec les employeurs.

Nous développons un plan stratégique national afin d'assurer que les immigrants qui viendront au Canada pourront vraiment s'intégrer économiquement, pourront vivre avec leurs familles dans nos communautés francophones et pourront devenir des citoyennes et citoyens importants pour nos communautés. Pour ce faire, il faut travailler ensemble, et le plan d'action que nous mettons en place tient compte de tous les aspects de l'intégration de l'immigrant jusqu'à son emploi.

Le sénateur McIntyre : Si j'ai bien compris, tous ces acteurs : le gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux, les municipalités, les employeurs, les établissements d'enseignement, les universités de la francophonie canadienne et les organismes communautaires doivent travailler ensemble, c'est-à-dire qu'ils doivent travailler collectivement et non individuellement, dans le but de faciliter le recrutement, la sélection, l'accueil, l'établissement et la rétention des immigrants.

Mme Lalonde : Exactement.

Le sénateur McIntyre : Et si j'ai bien compris, il est donc nécessaire — et je pense que vous venez de le dire — d'établir une stratégie nationale concertée reconnaissant l'immigration comme un facteur à long terme, c'est-à-dire un facteur de pérennité des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Est-ce exact?

Mme Lalonde : C'est exactement cela. Nous ne pouvons pas individuellement mettre en place un système qui répondrait aux besoins de l'immigrant. Nous devons chacun prendre nos forces, les services qu'on offre et voir comment on peut offrir un continuum de services afin de permettre à l'immigrant de bien intégrer nos communautés. C'est essentiel pour conserver la vitalité de nos communautés francophones. Présentement, un nombre important d'immigrants anglophones entrent et s'établissent au Canada, et si nous ne travaillons pas à assurer une immigration francophone, il y aura une baisse du nombre de francophones en milieu minoritaire en très peu de temps.

La sénatrice Chaput : Madame Lalonde, vous avez parlé du recrutement international. Vous avez dit comment c'était bon pour les communautés francophones partout au Canada que les étudiants puissent venir étudier dans nos universités et collèges et, en même temps, s'ils le veulent, qu'ils puissent travailler 20 heures par semaine. Ils peuvent s'intégrer à la communauté, obtenir un diplôme du Canada et c'est plus facile alors pour ces étudiants d'obtenir un emploi s'ils désirent rester au Canada. Ai-je bien compris?

Mme Lalonde : C'est exactement ça.

La sénatrice Chaput : Vous avez aussi parlé d'une formation linguistique pour les immigrants; une formation qui pourrait se faire par l'entremise de nos collèges ou de nos universités de la francophonie canadienne, ainsi qu'une formation pour les immigrants afin de les rapprocher ou pour leur permettre de répondre aux besoins de nos employeurs. Est-ce bien cela?

Mme Lalonde : Exactement.

La sénatrice Chaput : Cela implique une connaissance des besoins en termes d'emploi. Il s'agirait donc d'un genre de partenariat entre les employeurs, les universités, les collèges; est-ce bien cela?

Mme Lalonde : C'est exactement ça.

Je vais premièrement répondre à la question concernant la formation linguistique. Présentement, les collèges et universités offrent plusieurs programmes de formation linguistique. Nous avons commencé à établir un portail disponible en ligne permettant à toute personne de consulter ce qui est disponible en ce qui concerne la formation linguistique dans nos collèges et universités. Il est important de continuer à offrir cette formation qui doit être disponible dans toutes les provinces; présentement, certaines provinces ont davantage accès à de la formation linguistique que d'autres.

Deuxièmement, il y a aussi la formation en anglais. Nous savons qu'un immigrant unilingue francophone ne pourra pas facilement s'intégrer au marché du travail puisqu'il doit être capable de parler l'anglais aussi. Il est important qu'on puisse donner à cet immigrant la possibilité d'apprendre l'anglais, mais au sein de nos collèges et universités, dans un milieu où il sera aussi capable de s'intégrer au niveau culturel dans nos communautés.

Concernant la formation que j'appelle de mise à niveau ou d'appoint, s'il y a un besoin particulier au sein d'un métier, tel qu'un besoin de plombiers ou d'électriciens, qu'un étudiant arrive et que l'employeur ayant fait la demande pour ce type de compétence constate un certain manque de connaissances dans un domaine du métier, le collège pourrait travailler avec l'employeur pour permettre à cette personne de mieux intégrer son emploi et de répondre aux besoins qui manquent à sa formation.

Il y a un autre aspect important, quel que soit le domaine — dans le domaine de la santé encore davantage que pour les métiers, je crois —, et ce sont les différences culturelles et la façon dont il faut travailler avec l'employeur afin d'avoir une meilleure connaissance de ces différences culturelles. On sait qu'il y a de grandes possibilités, pour l'immigrant qui a obtenu un emploi, qu'il ne puisse continuer à occuper son emploi; dans 80 p. 100 des cas, les employeurs font face à un problème de rétention parce qu'il y a un manque de connaissances en ce qui a trait à l'adaptation culturelle. On a une façon de faire et ils ont une façon de faire. Il faut apprendre à se connaître pour pouvoir mieux travailler ensemble.

La sénatrice Chaput : Étant donné la différence culturelle, est-ce que, à votre avis, les employeurs jugent que ça coûte plus cher ou qu'un immigrant pourrait prendre plus de temps à apprendre parce qu'il a beaucoup plus de choses à apprendre?

Mme Lalonde : Je ne dirais pas nécessairement que ça va lui prendre plus de temps à apprendre, mais il faut seulement lui donner les outils dont il a besoin avant d'intégrer le marché du travail. Parfois, ça se fait pendant que la personne est au travail. On peut lui donner des cours, le soir, pour lui permettre d'augmenter ses connaissances dans un domaine. Cela dépend directement du manque de main-d'œuvre dans le domaine. Si un employeur voit qu'il devra refuser des contrats parce qu'il n'a pas assez d'employés formés dans ce domaine, je pense qu'il verra alors l'importance de mettre un peu plus de services à la disponibilité de l'immigrant, parce que c'est sa seule façon d'avoir une main-d'œuvre qualifiée.

La sénatrice Chaput : Existe-t-il des histoires à succès au Canada en quelque part? Ou bien est-ce uniquement à l'étape de planification et de discussions, présentement?

Mme Lalonde : Je pense qu'il y a vraiment des histoires à succès. Je n'en ai pas qui me viennent à l'esprit immédiatement, mais je peux vous dire qu'on parle maintenant d'une immigration économique.

Dans le cas de certains emplois, il est très facile de dire que, pour l'immigrant qui arrive au Canada, on lui donne tout de suite un emploi un ou deux jours après son arrivée au Canada. Mais ce n'est pas le cas de toutes les situations. Dans plusieurs cas, il faudra une bonne formation de mise à niveau ou une formation d'appoint pour trouver un emploi à cette personne. L'intégration économique, c'est très bien; mais il faudra mettre en place des programmes qui appuieront cette intégration économique.

Le sénateur Rivard : Merci de votre présence, madame Lalonde. Je vois ici que votre Association des universités de la francophonie canadienne regroupe 14 établissements dans sept provinces canadiennes; naturellement, le Québec ne fait pas partie de votre association.

Mme Lalonde : Non.

Le sénateur Rivard : J'aimerais vous entretenir d'un problème dont on a pris connaissance la semaine dernière. Une entente est en place au Canada afin d'accueillir le plus possible d'étudiants universitaires et de faire des échanges. La présidente du comité est également présidente de l'Association interparlementaire Canada-France et j'ai le plaisir d'en être le vice-président.

Nous avons rencontré des députés et des sénateurs français qui sont horrifiés de voir que le Québec a décidé, faute de financement suffisant, de ne pas permettre que les frais soient à la hausse au Québec pour pouvoir se comparer avec d'autres provinces canadiennes.

Donc, les universités étaient en manque de financement additionnel. Elles se sont vengées un peu sur les étudiants étrangers, donc les étudiants français. Faisons une comparaison. Un étudiant qui demeure au Québec paie un montant X et l'étudiant canadien paie environ 50 p. 100 de plus, mais pour les étrangers, c'est de l'ordre de trois à quatre fois plus.

Selon vous, dans les autres provinces, lorsqu'il s'agit de l'écart entre les étudiants d'une province, je vais dire l'Ontario ou le Manitoba, quelle est la politique concernant les étudiants étrangers, donc européens? Est-ce du simple au double ou au quadruple? Pouvez-vous répondre à ma question?

Mme Lalonde : Votre question a plusieurs volets. Premièrement, en ce qui concerne les frais d'inscription aux études postsecondaires au Québec, elles ont toujours été beaucoup plus basses que dans les autres provinces. Il y a aussi des ententes entre le Québec et la France qui font en sorte que les universités et les collèges à l'extérieur du Québec ont toujours eu de la difficulté à recruter des étudiants de la France à cause de cette différence.

Les universités hors Québec ne pourraient pas offrir des frais aussi bas que ceux qui sont offerts aux Français par le Québec. C'est le premier point. Le deuxième point, c'est qu'il revient à chaque université de déterminer les frais d'inscription des étudiants internationaux. Pour ce qui est des anglophones, c'est souvent une façon de recevoir un financement additionnel pour les frais de l'université et pour son bon fonctionnement.

Certaines universités hors Québec vont offrir des montants beaucoup plus bas que d'autres. Il revient vraiment à chaque université de déterminer le montant. Je ne pourrais pas donner le pourcentage parce qu'il s'agit d'une question individuelle à chaque collège et université. Il y a une grosse différence entre les universités hors Québec et les universités du Québec pour la France, pour les étudiants internationaux.

Le sénateur Rivard : Dans la première partie de votre réponse, vous mentionnez qu'il est difficile pour les universités des sept provinces de se faire concurrence en ce qui concerne les frais facturés aux étrangers, spécialement aux étudiants français parce que le coût demandé est inférieur et non compétitif. Mais compte tenu de la nouvelle décision des universités du Québec, les frais passent au-delà de 10 000 $. Donc, cela signifie que ce sera plus compétitif. Les sept provinces où il y a des établissements francophones ou bilingues pourront attirer davantage d'étudiants, parce que le Québec, selon moi, est trop gourmand. Le nouveau mode de financement, étant donné qu'ils ne l'ont pas eu des étudiants québécois, c'est comme une revanche. Ils facturent davantage aux étrangers. Cela va vous rendre compétitifs.

Mme Lalonde : Ça devrait être le cas. On verra comment le nouveau premier ministre du Québec mettra en œuvre ce qu'il avait promis lors de sa campagne électorale et on verra dans deux ou trois ans si cela a un impact important pour les universités à l'extérieur du Québec.

La présidente : Merci beaucoup, sénateur Rivard, d'avoir posé ces questions importantes à la suite de notre voyage en France.

La sénatrice Charette-Poulin : Madame Lalonde, je pense que vous avez répondu un peu à ma question en répondant à ma collègue, la sénatrice Chaput. Dans votre première recommandation, vous avez parlé des structures d'accueil dans les collèges communautaires. J'aurais aimé entendre une description de votre perception des besoins des structures dans les collèges communautaires pour les étudiants immigrants.

Mme Lalonde : L'étudiant ou l'immigrant?

La sénatrice Charette-Poulin : L'étudiant immigrant.

Mme Lalonde : L'étudiant qui décide de venir étudier au Canada va souvent décider pendant sa formation de faire une demande pour demeurer au Canada. Nous devons nous assurer que cette personne, dès son arrivée au collège ou à l'université, peut participer à des activités qui vont lui permettre une intégration au sein de la communauté francophone.

On travaille en collaboration avec la communauté pour pouvoir permettre à cet étudiant de vivre des expériences avec nos communautés francophones à l'endroit où il fait ses études.

Si l'étudiant décide d'aller sur le marché du travail 20 heures par semaine, il faut pouvoir — et cela ne se fait pas automatiquement — travailler avec lui pour essayer de lui trouver un emploi en lien avec sa formation et pas seulement un emploi qui est complètement à l'extérieur de son domaine d'étude. On voudrait qu'il puisse s'intégrer beaucoup plus facilement lorsqu'il aura terminé sa formation.

Aussi, cette personne pourrait être jumelée avec d'autres personnes qui travaillent dans les mêmes emplois qu'elle si, dans sa formation, il doit y avoir des stages, ce qui pourrait lui permettre d'encore mieux s'intégrer. Ce sont toutes sortes de services qui pourraient faciliter l'intégration après sa formation.

La sénatrice Charette-Poulin : Étant donné, madame Lalonde, que le financement de nos collèges est de juridiction provinciale au Canada, voyez-vous un financement additionnel fédéral pour ce genre de renforcement?

Mme Lalonde : Oui, parce que nous croyons qu'Immigration Canada, qui a la responsabilité de l'immigration dans nos communautés francophones minoritaires, voit l'importance des étudiants internationaux comme source d'immigration pour nos communautés.

Pour eux, il est très important qu'ils puissent appuyer nos universités et nos collèges dans cet aspect; non dans le recrutement et la promotion, parce que c'est le rôle de nos universités. Il y a un rôle à jouer pour la francophonie par Immigration Canada pour l'intégration des étudiants internationaux qui désirent demeurer au Canada.

La sénatrice Charette-Poulin : Toujours dans la même veine, madame Lalonde, je pense au Collège Boréal, par exemple, dans le Nord de l'Ontario. Si ma mémoire m'est fidèle, le pourcentage d'étudiants qui se trouvent un emploi après leurs études est très élevé. Il me semble que c'est entre...

Mme Lalonde : Au moins 98 p. 100.

La sénatrice Charette-Poulin : Environ 98 p. 100. C'est un collège qui fonctionne vraiment bien. Ils ont déjà des programmes au collège même. Est-il raisonnable de penser que ce serait un programme intégré, que l'étudiant immigrant ne se sente pas à part, mais qu'il fasse partie des programmes de relations avec les employeurs, d'intégration dans la communauté francophone, de travail à temps partiel qui existent déjà pendant les études ou de stages pendant les études? Est-ce que ce serait faisable dans vos recommandations au gouvernement fédéral, que même s'il s'agit d'un financement provenant du ministère de l'Immigration, que ce soit possible et acceptable aux yeux du ministère que le financement soit consacré à un programme intégré?

Mme Lalonde : Absolument. On parle de pouvoir utiliser ce qui existe présentement dans nos collèges et d'augmenter les services destinés à cette clientèle spécifique.

Des services existent déjà pour notre clientèle, par exemple pour les jeunes du Nord de l'Ontario, au Collège Boréal, dont les étudiants internationaux pourraient bénéficier. Certains services spécifiques doivent aussi être établis pour répondre à leurs besoins, car leurs besoins sont différents de ceux des étudiants francophones.

Le sénateur Mockler : Vous l'avez bien expliqué, et votre expérience vous précède, madame Lalonde. Le défi pour nos communautés est d'essayer de retenir les gens dans nos milieux et de les intégrer. Un exemple d'intégration serait de créer une communauté d'intérêts des étudiants immigrants pour qu'ils puissent rester dans la région. Le grand défi, surtout pour les petites provinces, est vraisemblablement le vieillissement de la population.

Mme Lalonde : Absolument.

Le sénateur Mockler : Les étudiants et les parents ne restent pas dans ces petites provinces dont ils sont originaires. Ils se dirigent plutôt vers Montréal, Winnipeg, Calgary et d'autres endroits.

Les étudiants étrangers viennent-ils chez nous surtout pour suivre une formation en économie ou en sciences sociales?

Mme Lalonde : Ce sont souvent ces deux domaines qui les attirent. La formation qu'ils reçoivent au Canada est très bien perçue à l'étranger. Dans le cas de ceux qui décident de retourner dans leur pays, cette formation leur ouvre d'excellentes possibilités d'emploi.

D'un autre côté, dans le cas de ceux qui décident de demeurer avec nous, il est important de leur faire connaître nos communautés. Je ne suis pas prête à dire que tous les étudiants internationaux connaissent la réalité de nos communautés minoritaires et le vécu que l'on a depuis le début de la Confédération. Ces gens ont besoin de mieux connaître qui nous sommes pour comprendre l'importance de continuer à travailler avec nous et d'améliorer les capacités des communautés minoritaires. Ils n'ont pas cette notion dès leur arrivée.

Le sénateur Mockler : Si on veut favoriser la rétention et l'intégration, que faut-il faire? Le Consortium national de formation en santé joue un rôle important. Dernièrement, je regardais le visage de l'Université de Moncton avec l'arrivée du nouveau recteur, qui est originaire de Saint-Boniface. On me dit que les nouveaux étudiants semblent se diriger davantage vers les disciplines de l'économie et des sciences sociales. Par contre, un certain nombre d'étudiants optent pour le secteur de la santé.

Or, nous savons que, d'ici 2040 ou 2050, les deux peuples fondateurs seront en minorité au Canada. Le Canada est un pays très accueillant sur le plan de l'immigration, et je l'appuie en ce sens. Toutefois, il faut faire certaines mises en garde.

Croyez-vous que l'on devrait exiger des demandeurs de citoyenneté, âgés de 14 à 18 ans et de 55 à 64 ans, d'avoir une connaissance suffisante de l'une des deux langues officielles si on veut favoriser la rétention? Nos communautés d'intérêts devraient se pencher sur cette question si l'on veut une présence linguistique équitable dans nos communautés, surtout dans les petites provinces.

Mme Lalonde : Vous avez tout à fait raison. Dans la nouvelle loi sur l'immigration économique, on a établi certains critères et un système de pointage pour chacun de ces critères afin de déterminer qui devrait avoir le droit d'immigrer au Canada. L'un de ces critères est la langue. La personne doit parler l'anglais ou le français. C'est une très bonne chose, parce qu'on parle du français dans cette nouvelle loi qui est en vigueur à ce moment-ci.

L'important est de voir comment nos immigrants francophones pourront travailler dans un environnement bilingue et pourront avoir aussi la capacité de parler l'anglais. C'est pourquoi nous croyons qu'il est nécessaire de leur offrir de la formation linguistique en anglais aussi. Ceci fera en sorte qu'ils seront davantage employables.

On parlait aussi d'un plan stratégique pour les communautés francophones. Il faudra mettre beaucoup d'énergie pour s'assurer que les communautés francophones puissent attirer le nombre d'immigrants nécessaires pour maintenir le pourcentage de francophones à l'extérieur du Québec. Il va falloir travailler avec les employeurs pour leur démontrer la valeur ajoutée d'une main-d'œuvre bilingue. C'est l'employeur qui devra embaucher ces nouveaux immigrants. Il faut travailler de près avec tous les employeurs et leur faire valoir la valeur ajoutée de la main-d'œuvre bilingue pour le Canada et pour leur entreprise.

Le sénateur Mockler : On se souvient que le recteur précédent de l'Université de Moncton, M. Yvon Fontaine, était devenu président-directeur général des universités francophones de l'Organisation internationale de la Francophonie, poste qu'il a occupé pendant un certain temps.

Mme Lalonde : Oui.

Le sénateur Mockler : Ma question concerne la présence de M. Fontaine. Je dis souvent que, dans nos communautés, si nous voulons influencer ceux de l'extérieur, il faut avoir des gens de chez nous qui sont à l'extérieur et qui font la promotion de nos communautés, tant du côté social qu'économique.

La présence de M. Fontaine a-t-elle encouragé davantage d'étudiants étrangers à venir fréquenter nos universités?

Mme Lalonde : M. Fontaine a été président de l'Agence universitaire de la Francophonie pendant au moins quatre ans. Sa présence a permis de faire connaître nos communautés francophones minoritaires un peu partout dans le monde de la Francophonie.

Il faut que nos communautés fassent preuve de leadership pour se faire connaître à l'étranger. Ce que nous faisons aussi à l'Association des universités de la francophonie canadienne, c'est représenter à l'étranger nos universités — et nos collèges, d'ici six à huit mois — pour qu'on sache qu'ils offrent des programmes de qualité et que nous travaillons ensemble pour permettre aux étudiants internationaux de venir ici. Ce fait n'est pas connu partout ni de toutes les universités. Le Québec, dans plusieurs pays de la Francophonie, occupe tout de même une place importante. Nous devons toujours travailler pour mieux se faire connaître.

Ma réponse est donc que, oui, ce fut une très bonne chose.

La présidente : Madame Lalonde, si vous le permettez, j'aimerais poser des questions qui sont dans la même veine que celles du sénateur Mockler concernant un commentaire que vous avez fait lors de votre présentation.

Vous avez indiqué qu'il était difficile de connaître les répercussions des derniers changements au système d'immigration sur les employeurs et sur les institutions postsecondaires. Croyez-vous que cela ajoute davantage d'exigences aux employeurs ou aux établissements postsecondaires? Je crois avoir entendu votre réponse lorsque vous avez répondu à d'autres sénateurs, mais j'aimerais quand même vous entendre clarifier encore une fois ce point, à savoir ce que vous entendez par cela.

Mme Lalonde : Ce qui est très important dans la nouvelle loi, c'est l'importance d'une immigration axée sur notre économie. Il s'agit d'une immigration économique. Lorsqu'on parle d'une immigration économique, on parle de l'importance d'un immigrant relativement au besoin d'une main-d'œuvre précise pour un employeur. Il y a un rôle très important accordé à l'éducation postsecondaire dans le cadre de cette nouvelle loi et de cette nouvelle immigration qui viendra au Canada. Dans plusieurs cas, la personne ne peut pas simplement partir de son pays et venir intégrer un emploi sans recevoir aucune formation d'appoint et sans qu'il y ait de cours d'intégration et d'adaptation culturelles pour l'employeur. C'est certainement un changement important.

L'autre changement important concerne l'employeur. Comment s'assurer qu'un employeur en Alberta, au Manitoba ou en Saskatchewan puisse rechercher une personne ayant la capacité de parler le français? Est-ce que ce sera important pour l'employeur que l'immigrant puisse parler le français? Ce travail représente un défi et nous devrons travailler très fort pour maintenir le nombre d'immigrants.

Il y a toutefois un aspect positif; de concert avec le comité communautaire en immigration et le comité d'Immigration et de Citoyenneté Canada, un plan stratégique sera mis en place et nous permettra de travailler ensemble vers le but ultime : obtenir un taux de 4,4 p. 100 d'immigration francophone dans les prochaines années. Un gros travail reste à faire et il faudra bénéficier d'un appui à tous les niveaux afin d'y arriver. On peut élaborer des programmes avant l'arrivée de l'immigrant, dans son pays d'accueil, pour évaluer ses compétences au niveau de sa formation. On peut offrir de la formation de mise à niveau à l'immigrant avant son arrivée. On peut lui offrir de l'information sur nos communautés francophones puisqu'on peut maintenant développer de l'information sur les portails afin qu'ils connaissent nos communautés. Toutefois, tout ce travail devra bénéficier de l'appui du gouvernement fédéral afin que nous puissions réussir à atteindre notre objectif.

La présidente : Selon vous, le recrutement des étudiants internationaux change-t-il d'orientation? J'ai déjà été impliquée dans le recrutement d'étudiants internationaux. Ils étaient souvent recherchés parce que cela pouvait enrichir le milieu ou bien parce que les étudiants venaient au Canada pour vivre une expérience pendant une année dans un autre pays afin de s'enrichir sur le plan personnel. Maintenant, si je comprends bien, lorsque les universités ou les collèges font du recrutement international, c'est dans le but de les retenir en tant qu'immigrants?

Mme Lalonde : Pas nécessairement. Actuellement, les universités et les collèges procèdent à du recrutement pour permettre aux étudiants internationaux d'étudier au Canada, de compléter des stages d'un an ou de compléter toute leur formation en français, pour permettre des échanges dans le cadre de la recherche, comme cela s'est toujours fait.

Par ailleurs, on augmente beaucoup le nombre d'étudiants internationaux dans nos universités. On sait déjà que plusieurs d'entre eux, par le passé, ont décidé de demeurer au Canada. On sait qu'il s'agit d'une source d'immigration. Ainsi, les universités et les collèges pourraient agir à titre d'appui en offrant des services d'intégration à ces gens qui veulent demeurer au Canada. Ce n'est présentement pas le cas. On ne change donc pas la vision des études internationales, mais on pourrait, pour nos communautés francophones en situation minoritaire et pour ceux qui le désirent, offrir des services qui permettraient une meilleure intégration.

La présidente : Merci d'avoir répondu à ces questions, madame Lalonde. Je passe au deuxième tour et donne la parole à la sénatrice Fortin-Duplessis, qui sera suivie de la sénatrice Chaput.

La sénatrice Fortin-Duplessis : Madame Lalonde, compte tenu de la mise en œuvre prochaine du système de déclaration d'intérêt, croyez-vous que davantage d'étudiants internationaux se prévaudront de ce système pour immigrer au Canada?

Mme Lalonde : On espère que ce système pourra contribuer à l'immigration francophone. Par contre, il faudra que le système réponde aux besoins, et il n'est pas encore en place. Nous travaillons déjà à l'étude de certaines recommandations pour nous assurer qu'elles sont adaptées aux besoins des communautés francophones. Le critère des 20 heures de travail par semaine au Canada fait partie des points admissibles visant à améliorer les capacités des immigrants à se retrouver sur cette liste. On espère que, grâce au gouvernement et à cette déclaration d'intérêt, plus d'étudiants internationaux souhaiteront immigrer. Il faudra toutefois que les employeurs établissent l'importance des étudiants internationaux par rapport à cette déclaration d'intérêt parce que ce sont eux qui choisiront, dans cette banque d'immigrants, les personnes dont ils auront besoin pour leur main-d'œuvre.

La sénatrice Fortin-Duplessis : Les établissements d'enseignement membres de votre association ont-ils l'intention de faire la promotion de ce système de déclaration d'intérêt pour encourager les étudiants internationaux à demeurer au Canada?

Mme Lalonde : Les universités et les collèges n'ont pas légalement le droit de donner beaucoup d'information aux étudiants internationaux sur leurs possibilités d'immigration. C'est pour cette raison que nous demandons du financement au gouvernement afin d'embaucher des consultants en immigration. Les étudiants internationaux pourraient avoir accès à une ligne téléphonique 1-800 à l'aide de laquelle ils pourraient avoir accès à un consultant en immigration qui les informerait sur toutes ces questions, y compris la déclaration d'intérêt.

La sénatrice Chaput : En général, les étudiants internationaux qui obtiennent leur diplôme au Canada maîtrisent les deux langues officielles, n'est-ce pas? En général, ils détiennent alors une bonne connaissance du français et de l'anglais.

Mme Lalonde : Pas automatiquement.

La sénatrice Chaput : Non, mais est-ce davantage que quelqu'un qui arrive au Canada et qui ne parle que l'une des deux langues officielles?

Mme Lalonde : Je dirais que oui. Par exemple, à l'Université de Saint-Boniface au Manitoba, plusieurs des étudiants internationaux qui arrivent à l'université font leur formation en français, mais vont aussi suivre des cours d'anglais. Si leur formation est d'une durée de deux ou de trois ans, ils ont alors le temps d'acquérir des habiletés dans la deuxième langue.

La sénatrice Chaput : Je pose cette question parce que j'essaie de me mettre dans la peau d'un employeur. Je prends pour exemple le Manitoba, province majoritairement anglophone. Au niveau économique, il y a des besoins; et là, il y a une panoplie d'étudiants immigrants qui se cherchent du travail, ainsi que des immigrants qui, eux aussi, arrivent et cherchent du travail.

La loi, si j'ai bien compris, va demander que l'immigrant puisse parler l'une ou l'autre des deux langues officielles.

Mme Lalonde : Oui.

La sénatrice Chaput : Alors, au Manitoba, certains immigrants arrivent et ne parlent que le français. L'employeur aura de la difficulté en général à embaucher un immigrant qui ne parle pas anglais, même si on veut l'encourager et qu'on en fait la promotion, parce que ce sont surtout des anglophones. Par ailleurs, si je prends les étudiants universitaires qui terminent leurs études à l'Université de Saint-Boniface et qui sont capables de communiquer très bien dans une langue et assez bien dans l'autre, ils auraient une meilleure chance de répondre aux besoins de l'employeur, si les connaissances qu'ils ont acquises peuvent être jumelées avec les besoins de l'employeur.

Mme Lalonde : Vous avez absolument raison. Dans le cas de l'immigrant francophone qui vit en Afrique ou au Maroc et qui voudrait venir au Canada, il serait important de voir comment il pourrait apprendre l'anglais, comme deuxième langue, avant son arrivée au pays, s'il veut pouvoir être employable à son arrivée au Canada.

Comment pourra-t-on l'informer et lui offrir les possibilités pour qu'il puisse se trouver un emploi? L'employeur voudra une personne qui peut parler les deux langues pour sa clientèle.

La sénatrice Chaput : En général, oui.

Mme Lalonde : L'important, ce sera de faire valoir cette question de l'anglais pour pouvoir travailler dans des milieux bilingues.

La sénatrice Chaput : Vous avez parlé au tout début d'un rapport qui a été publié et vous avez mentionné l'un des deux auteurs, M. Bisson, je crois.

Mme Lalonde : Oui.

La sénatrice Chaput : C'était sur les répercussions de la future Loi sur l'immigration.

Mme Lalonde : Oui.

La sénatrice Chaput : Je présume que ce sont les répercussions sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Mme Lalonde : Absolument.

La sénatrice Chaput : Dans ce rapport, pour ce qui est des répercussions, il doit y avoir du positif et du négatif. Est-ce qu'il y a des aspects qui sont traités dans ce rapport que vous n'avez pas mentionnés et qu'il serait bon que le comité sache? Nous devrons faire un rapport nous aussi.

Mme Lalonde : Il me ferait plaisir de vous transmettre ce rapport, car il pourrait vous être utile pour vos consultations. On décrit très clairement la nouvelle loi, ses effets positifs et ses défis pour la communauté francophone.

La présidente : Je crois que nous l'avons. D'ailleurs, M. Brennan a présenté le rapport.

Mme Lalonde : C'est le même rapport.

La sénatrice Chaput : C'est le même rapport?

Mme Lalonde : Oui.

Le sénateur Mockler : Je veux revenir un peu sur l'intégration parce que c'est le grand défi lié à la rétention dans notre communauté. Autrefois, on avait le CIR, le Centre d'immigration rurale. C'était un projet pilote qui avait pris forme à l'Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick et au Manitoba. Ça a pris de l'expansion à l'intérieur du ministère. Je crois qu'il y a des facteurs qu'on oublie de dire et de partager avec les étudiants internationaux. Entre autres, leur faire connaître davantage l'agriculture, la foresterie, le domaine minier et des pêches, où il y a des débouchés.

Les universités de la francophonie canadienne sont-elles suffisamment inclusives pour informer les étudiants internationaux sur des domaines où la rémunération est très élevée, surtout si on compare avec la scène internationale?

D'après votre expérience, que pouvons-nous faire de plus pour que ces secteurs soient aussi à l'avant-garde pour convaincre ces étudiants internationaux de venir chez nous et de demeurer dans les régions rurales?

Si on examine l'agriculture dans l'Est du pays — et on le voit aussi dans l'Ouest canadien — les immigrants qui ont tendance à demeurer chez nous sont les Hollandais. Les autres s'en vont ailleurs.

Mme Lalonde : Probablement que, lorsque les universités de la région de l'Atlantique font du recrutement et la promotion de leurs universités, elles font part de ces particularités aux universités et aux étudiants avec lesquels elles font affaire dans les pays francophones.

Par exemple, il y a des missions de recrutement partout en Afrique et dans tous les pays de la Francophonie. Ce sont sûrement des points qui sont soulevés lors du recrutement des étudiants.

L'économie est le domaine d'étude de plusieurs étudiants qui viennent étudier dans nos communautés. Donc, beaucoup viennent étudier en administration. C'est vraiment un domaine qui attire les étudiants internationaux.

Il serait important d'établir des relations avec certains pays et certaines universités pour lesquels le domaine de l'agriculture est important. En juin dernier, nous sommes allés au Brésil et nous avons par la suite fait des conférences téléphoniques et signé des accords et des ententes avec certaines universités brésiliennes. L'Université de Moncton a signé une entente avec elles. Certaines de ces universités étaient très impliquées dans les domaines de la foresterie et de l'agriculture.

Je ne peux pas répondre davantage à votre question, mais c'est la façon dont on peut faire valoir nos besoins le plus facilement possible.

La présidente : Le nouvel accord de mobilité des jeunes permettra aux étudiants de faire un stage. Ils pourront rester au pays pendant 12 mois. Ils pourront acquérir une expérience de travail. Votre association est-elle responsable d'organiser des stages pour les étudiants internationaux? Est-ce qu'il y a une demande? En faites-vous?

Mme Lalonde : Ce sont les universités et les collèges qui s'occupent des stages et non l'association. L'association s'occupe des stages et de la mobilité étudiante entre nos universités et les universités du Québec. Donc, on a un programme de mobilité étudiante à ce niveau.

La présidente : Êtes-vous au courant de ce que les universités et collèges font par rapport aux stages? Travaillent-ils avec les étudiants internationaux pour trouver du travail auprès des employeurs?

Mme Lalonde : Certainement. Si certains de leurs étudiants veulent aller dans d'autres pays pour faire des stages, les possibilités sont là. Nous avons les contacts pour permettre à ces gens d'aller faire des stages dans d'autres universités et vice versa. Ces ententes sont signées entre les facultés des universités pour permettre les stages.

La sénatrice Chaput : Y a-t-il une banque de données disponible où les universités et les collèges peuvent avoir de l'information au sujet des emplois qui sont ouverts et disponibles au Canada?

Mme Lalonde : Il n'y a pas nécessairement une banque de données pancanadienne. Mais si je prends, par exemple, la Cité collégiale, un collège en Ontario, celui-ci travaille de très, très près avec les employeurs dans sa communauté, tout comme le Collège Boréal, dans le Sud de l'Ontario et dans le Nord. Donc, habituellement, cette relation permet d'élaborer des programmes qui répondent aux besoins de l'employeur. Peut-être que cela existe, mais je ne suis pas consciente d'une telle banque au niveau pancanadien.

La présidente : Madame Lalonde, au nom des membres du comité, je tiens à vous remercier pour votre présence ici ce soir, pour votre excellente présentation ainsi que pour tout le travail que vous faites en tant de directrice générale de deux organismes très importants pour la francophonie.

Je remercie également mes collègues pour leurs questions très pertinentes.

(La séance est levée.)