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Lib. (ON)
Nous sommes prêts à reprendre.
Bonjour à nos témoins. Merci beaucoup de vous joindre à nous aujourd'hui, tout particulièrement en ce jeudi précédant la longue fin de semaine.
Voici comment nous procéderons aujourd'hui: nous vous accorderons à chacun 10 minutes pour présenter un exposé. Lorsque vous aurez tous les trois terminé, les membres autour de la table pourront poser des questions. Il y a aussi des règles pour ce qui est des questions, pas seulement pour les exposés.
Je vous encourage à mettre votre oreillette si vous ne connaissez pas bien les deux langues officielles, parce qu'on vous posera des questions en anglais et en français. Bien sûr, vous pouvez répondre aux questions et présenter votre déclaration dans l'une ou l'autre des langues officielles.
Je vais céder la parole à celui d'entre vous qui semble le plus prêt à y aller. Monsieur Scholz, voulez-vous commencer?
Mark Scholz
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Mark Scholz
2017-04-13 12:40
Merci beaucoup, monsieur le président, et merci aussi aux autres membres du Comité. Merci de m'avoir invité.
L'industrie du pétrole et du gaz du Canada fait l'envie du monde entier, et pour une bonne raison. Nous sommes des innovateurs, des adopteurs précoces et des défenseurs de la nature. Les femmes et les hommes qui travaillent dans notre industrie ont aussi des familles qui composent nos collectivités urbaines et rurales. Depuis les jeunes biologistes à qui on demande de protéger la forêt boréale jusqu'aux ingénieurs principaux ayant plus de 50 ans d'expérience au pays et à l'étranger, ce sont les Canadiens dont les valeurs et le dur travail ont rendu l'industrie du pétrole et du gaz la plus responsable et éthique du genre à l'échelle internationale.
Les membres de la CAODC travaillent souvent dans les endroits les plus éloignés du pays; ce sont des amateurs de plein air naturels, pourrait-on dire. Clayton Byrt, dont l'entreprise appartient et est exploitée à 99 % par des membres des Premières Nations et est membre de notre division des engins d'entretien aime à dire: « Nous reconnaissons le besoin d'exploiter notre ressource de façon responsable en tenant compte des générations futures. »
Dans cette optique, je suis ici pour vous parler de certaines des innovations dans le secteur des engins de forage et d'entretien, des innovations qui ont permis de réduire les émissions et de placer ces engins à la fine pointe de la technologie en matière de rendement environnemental. Je vais aussi formuler certaines suggestions sur la façon dont le gouvernement et l'industrie peuvent coordonner leurs efforts pour s'assurer que le secteur du pétrole et du gaz du Canada continue d'être un chef de file mondial en matière de rendement environnemental.
L'objectif de notre association a toujours été de rendre l'industrie plus sécuritaire pour les gens et l'environnement. Depuis près de 70 ans, nous faisons des gains d'efficience de façon à réduire les émissions, la consommation de carburant et la perturbation du terrain. Des plateformes mobiles modernes aux techniques de forage horizontal, l'industrie voit naître des centaines d'innovations qui ont raffiné notre façon de forer et qui ont amélioré notre productivité et notre rendement environnemental au fil des ans.
Une meilleure productivité des plateformes fait en sorte qu'on peut mettre au point des produits pétroliers plus rapidement à des prix plus bas et avec moins d'impact sur l'environnement. En fait, la quantité de pétrole et de gaz connexe qu'on peut sortir du sol dans une plateforme a augmenté d'environ six fois depuis 2012 au Canada. Cela signifie qu'on peut produire plus de produits pétroliers en utilisant moins d'énergie et de ressources. Cela se traduit par des coûts inférieurs et plus de revenus pour les entreprises canadiennes qui luttent pour des parts du marché mondial. Cela signifie moins d'émissions de GES et plus de recettes fiscales pour le gouvernement.
Prenons, par exemple, la formation de Cardium, dans le Centre-Ouest de l'Alberta. On en extrait des pétroles légers à faible teneur en carbone, et la productivité augmente. Elle est maintenant comparable à celle constatée au sud de la frontière. En 2012, une plateforme à l'oeuvre dans la région pendant un mois pouvait ajouter 200 barils d'équivalent pétrole par jour, en moyenne. Quatre ans plus tard, la production d'une plateforme de forage était de 1 200 barils d'équivalent pétrole par jour, soit six fois plus. Du côté du gaz naturel, la zone de Montney, qui couvre le Nord-Ouest de l'Alberta et le Nord-Est de la Colombie britannique, talonne les principaux joueurs américains, comme Marcellus et Utica, grâce à des augmentations similaires de la productivité.
Les raisons qui expliquent l'amélioration de la productivité sont les suivantes: un forage plus rapide et plus précis, l'utilisation d'appareils de forage électrique nouveau genre qui utilisent le courant alternatif, le c.a., l'adoption de plateformes multiples et de techniques de forage en lots, l'utilisation de plateformes qui se déplacent et passent plus rapidement d'un endroit à l'autre, la recherche de ressources de haute qualité dans les meilleures zones et le fait d'arriver en haut de la courbe d'apprentissage.
Très simplement, une plateforme moderne, aujourd'hui, peut forer plus de puits en un mois, et chaque puits peut produire plus de pétrole et de gaz qu'au cours des dernières années. C'est une bonne chose pour les affaires, et c'est une bonne chose pour l'environnement. Même si certaines innovations au sein de l'industrie viennent des efforts coopératifs de l'industrie, du milieu universitaire et du gouvernement, la plupart des avancées viennent des gens qui ont à coeur l'environnement et la sécurité des travailleurs.
L'une de mes technologies préférées qu'on utilise actuellement sur le terrain, c'est les technologies de moteurs bicarburant, où jusqu'à 70 % du diesel utilisé pour alimenter nos moteurs peut être remplacé par du gaz naturel brûlant sans résidus, et qu'on peut obtenir directement de la tête de puits. Cela signifie que nous pouvons réduire grandement notre empreinte carbone, réduire la quantité de camionnage et de transport des ressources et préserver la durée de vie de nos moteurs.
Il ne faut pas oublier que les GES sont générés durant tout le cycle de vie de la production et de la consommation des carburants fossiles. Seulement 10 % des GES sont générés au début de l'étape de production, tandis que plus de 80 % le sont par l'utilisateur final, comme lorsqu'on fait démarrer une voiture, lorsqu'on allume le moteur d'un jet ou lorsque des locomotives au diesel tirent de lourdes marchandises le long d'une voie ferrée. Le fait de déterminer là où les émissions sont produites durant le cycle de vie des carburants fossiles est un cadre utile permettant d'évaluer l'efficacité des solutions proposées pour réduire les émissions de GES.
Même si les technologies du côté de la production sont essentielles, le monde est peu susceptible de réduire de façon importante le CO2 sauf si on reconnaît l'enjeu souvent sous-estimé de la consommation finale. Au bout du compte, nous voulons tous nous assurer que le pays dont hériteront nos enfants et nos petits-enfants sera aussi sain du point de vue écologique que celui dont nous bénéficions aujourd'hui. La plupart des Canadiens seraient d'accord.
Beaucoup d'industries approchent le gouvernement pour demander des mesures incitatives financières afin d'améliorer leurs activités. Ce n'est pas le cas de l'industrie du pétrole et du gaz au Canada. Pourquoi innovons-nous sans promesse de subventions gouvernementales? C'est parce que l'efficience a un double impact: ce qui est bon pour les affaires est habituellement bon pour l'environnement. Les profits sont les principaux moteurs de l'innovation. De plus, le Canada doit innover pour rester compétitif avec les producteurs américains, surtout dans un marché soucieux des prix.
J'ai essayé de transmettre certaines des choses que nos membres font depuis des années en ce qui a trait à la façon dont vous avez défini vos catégories des technologies propres et les risques que vous avez décrits.
La première catégorie, les technologies propres, est décrite comme suit: « un produit, un procédé ou un service conçu avec l’objectif principal de contribuer à atténuer ou à prévenir tout type de dommage environnemental ». La deuxième catégorie est: « un produit, un procédé ou un service qui est moins polluant ou plus économe en ressources que les produits habituels équivalents d’une utilité semblable ».
Je crois que mes exemples montrent très bien que les deux types de technologie propre non seulement sont inhérentes à nos entreprises, mais elles nous fournissent des avantages compétitifs importants dans le contexte du marché actuel.
En ce qui a trait aux risques dans le cadre de votre étude, nous croyons que le libre marché dans lequel a traditionnellement oeuvré notre industrie permet de tenir compte des risques des façons qui suivent.
Les deux premiers risques, la question de savoir si la technologie aura le rendement attendu et si elle sera compatible avec les technologies et les processus actuels, sont, selon nous, assumés par l'industrie, parce qu'il faut les surmonter pour que notre industrie ait du succès. Les technologies qui ne fonctionnent pas comme prévu ou qu'on ne peut pas intégrer ne peuvent pas être vendues à profit et donc, comme on l'a mentionné, l'intérêt de l'industrie devient l'intérêt aussi de l'environnement.
Le dernier risque, le manque de capital ou une industrie stagnante, devient par conséquent, pourrait-on faire valoir, le risque le plus important relativement à l'adoption des technologies propres. Nous croyons que ce risque peut être atténué avec succès de deux façons.
La première, c'est en s'assurant que l'industrie canadienne du pétrole et du gaz reste forte. Une industrie qui se porte bien peut se permettre d'investir. Au fil des ans, des milliards de dollars en capitaux propres ont été investis dans les technologies propres. Il y a de nombreux exemples au sein d'entreprises différentes, comme celles que j'ai mentionnées tantôt, mais il y a aussi des groupes qui ont du succès, comme l'Alliance pour l'innovation dans les sables bitumineux du Canada. Pour ceux d'entre vous qui ne connaissent pas bien l'Alliance, c'est un groupe d'entreprises qui ont uni leurs forces et leur financement pour améliorer les efficiences environnementales, et les résultats ont été fantastiques. Le projet lié aux algues de l'Alliance, par exemple, est un projet conçu pour traiter le CO2, la chaleur résiduelle et l'eau résiduelle découlant de la production des sables bitumineux avec des algues dans un photobioréacteur afin de produire du biodiesel ou du carburant pour avion bio et d'autres produits, comme des aliments pour le bétail ou des engrais.
Cependant, ce type de développement peut seulement se faire s'il y a suffisamment d'argent pour les activités de recherche et de développement. Même si l'Alliance a atténué certains des coûts en réunissant les efforts de ses membres, si chaque membre doit lutter pour sa survie, ou pire, doit fermer ses portes, il n'y aura plus de groupe ni de technologie propre.
Deuxièmement, le manque de capital à investir dans les technologies propres commence lorsque les profits sont moins élevés en raison des coûts de fonctionnement élevés. Lorsque les coûts élevés découlent des politiques du gouvernement, on peut les contrôler afin de mieux comprendre les relations profondes, cumulatives et parfois difficiles à voir entre les deux.
Il est clair que le gouvernement a un rôle à jouer pour s'assurer que nos industries d'exploitation des ressources de classe mondiale s'acquittent de leur fonction de diligence raisonnable en ce qui a trait à la conservation, mais au niveau macro-économique, il est important de ne pas oublier qu'un solide secteur pétrolier et gazier et des politiques bien réfléchies qui tiennent compte des répercussions cumulatives des coûts sont la meilleure façon de garantir les innovations qui ont permis au Canada de se tailler une place parmi les 10 principaux pays en ce qui a trait aux investissements dans les technologies propres.
En bref, la plus grande menace à l'innovation au Canada dans l'industrie du pétrole et du gaz, c'est un marché non compétitif. Si les gouvernements à tous les échelons ne l'oublient pas, l'industrie continuera d'attirer la fierté des Canadiens.
Cela dit, je serais heureux de répondre à vos questions en ce qui a trait aux technologies propres dans l'industrie du forage et de l'entretien des plateformes. J'ai aussi hâte d'entendre ce que les autres témoins ont à dire.
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Lib. (ON)
Merci beaucoup.
Monsieur Belzile, vous pourriez passer en deuxième.
Germain Belzile
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Germain Belzile
2017-04-13 12:50
Merci beaucoup.
Je m'appelle Germain Belzile. Je suis chercheur associé principal à l'Institut économique de Montréal. Je fais aussi partie du corps enseignant de l'école de commerce de l'Université de Montréal, les HEC de Montréal, en économie.
Je tiens à remercier le Comité permanent des ressources naturelles d'avoir invité l'Institut économique de Montréal. Notre organisation se consacre à la recherche et à l'éducation dans le domaine de l'économie. Nous sommes un groupe indépendant, non partisan et sans but lucratif. Nous n'acceptons aucun financement gouvernemental, ce dont nous sommes très fiers.
Pour commencer, je vais parler rapidement des entreprises de ressources naturelles et de l'environnement. Le Canada est un important producteur de ressources naturelles. Ces ressources représentent une part très importante des exportations canadiennes. Le Canada, qui possède un portefeuille énergétique très diversifié, est un producteur et exportateur majeur de produits pétroliers. La production pétrolière est importante pour l'économie canadienne et pour maintenir le niveau de vie élevé et les emplois bien payants dont bénéficient les habitants du Canada. De plus, 41 % de la consommation énergétique des Canadiens est composée de produits pétroliers.
Les entreprises de ressources naturelles du Canada dépensent des milliards de dollars chaque année pour réduire au minimum les répercussions environnementales de l'exploitation et du transport de leurs produits. Ces investissements incluent de l'argent consacré à la recherche et au développement, à la création et l'entretien d'infrastructures, au bon fonctionnement des processus quotidiens et au respect des autorités réglementaires.
Les entreprises canadiennes ont toutes les raisons de respecter les règles et de s'assurer d'écouter les gens susceptibles d'être touchés par leurs activités. Il est aussi à leur avantage de s'assurer que les renseignements scientifiques sont largement communiqués. Leur intérêt est de s'assurer que tout se passe bien et que les meilleures technologies sont utilisées afin de réduire au minimum les problèmes environnementaux. Elles ont toutes les raisons du monde de réduire au minimum la dégradation environnementale dont elles seront tenues responsables au bout du compte par les gouvernements, les tribunaux ou l'opinion publique.
Les activités de recherche et de développement sont coûteuses et risquées. Il y a des risques parce que les entreprises qui réalisent de telles activités ne savent jamais d'avance quels seront les résultats. Tout ce qui rend une activité plus coûteuse ou plus risquée fera en sorte que celle-ci sera réduite, y compris lorsqu'il est question d'innovation. Par conséquent, réduire les risques inutiles liés à l'innovation associée à l'environnement permettrait d'accroître l'innovation.
Et maintenant, pour ce qui est des facteurs qui rendent l'adoption des bonnes technologies environnementales plus compliquées, il y a certains risques inhérents à la R et D, à l'innovation et aux investissements, mais certains types de risque pourraient être réduits au minimum grâce à une politique publique éclairée. Parmi les problèmes que le gouvernement peut régler, nous allons en mentionner quatre: la tentation de choisir les gagnants, la montée de la notion d'acceptabilité sociale, le caractère de plus en plus complexe des évaluations environnementales officielles et les répercussions de l'évolution des environnements budgétaire et réglementaire.
Premièrement, pour ce qui est de la tentation de choisir les gagnants, le rôle du gouvernement dans une économie de marché, c'est de s'assurer que les règles du jeu sont claires et respectées par tous, pas de choisir des gagnants dans le marché des idées. En fait, aucune personne ni aucun groupe ne savent quelle innovation sera choisie et retenue par le marché.
Essayer de procéder ainsi, c'est essayer de prédire l'avenir. Il y a d'innombrables exemples de mauvais choix faits par les gouvernements. Si le gouvernement décide de promouvoir l'adoption d'une certaine technologie — en utilisant des subventions, par exemple —, les problèmes suivants se présentent: une mauvaise technologie peut être choisie, ce qui, au bout du compte, sera coûteux pour tout le monde, le risque que les entreprises ne veulent pas prendre n'est pas éliminé: il est simplement transféré aux contribuables et, enfin, il pourrait y avoir trop de risques courus, un problème qu'on appelle un « risque moral ».
Le fait d'essayer de choisir un gagnant réduit les risques liés à l'innovation pour les entreprises, mais les augmente pour la société. Permettez-nous d'ajouter que, si le gouvernement tente activement de déterminer quelles technologies seront préférées, cela aura probablement pour effet de réduire les activités de R et D privées, puisque les entreprises attendront simplement que le gouvernement décide quelle technologie il faut utiliser.
Deuxièmement, la montée de la notion d'acceptabilité sociale a accru les risques liés à de nombreuses innovations et à bien des investissements qui pourraient mener à de meilleurs résultats environnementaux. L'acceptabilité sociale est une notion mal définie. En fait, sa signification varie d'une personne à l'autre, et les lois et les règlements du Canada ne la mentionnent nulle part. Le fait de tenir compte d'une telle notion floue lorsqu'on détermine quels projets seront permis par les établissements de réglementation ouvre la porte à des décisions arbitraires et menace la primauté du droit. Il s'agit clairement d'une notion qui chasse les investissements.
Troisièmement, les processus d'évaluation environnementale sont devenus indûment longs, compliqués, coûteux et incertains. Cela augmente les risques associés aux investissements pour trouver de meilleures façons de faire les choses et pourrait entraîner l'abandon de nombreux projets, même s'ils valent la peine d'être réalisés. Par exemple, le fait d'essayer de remplacer le transport par rail du pétrole par une solution de rechange plus sécuritaire comme les oléoducs est quasiment devenu un cauchemar.
Enfin, une entreprise qui fait un important investissement, que ce soit dans l'infrastructure ou l'innovation, s'attend à un rendement sur le capital investi. Le rendement calculé est toujours hypothétique, puisqu'on ne connaît pas l'avenir. L'un des déterminants du rendement, c'est le coût de la réglementation et de la taxation. Un environnement réglementaire et fiscal volatile décourage les investissements puisqu'il crée de l'incertitude.
Passons maintenant à nos suggestions quant à ce que le gouvernement fédéral peut faire. L'Institut économique de Montréal croit que le gouvernement canadien pourrait aider à réduire les risques liés à l'adoption des technologies propres dans les secteurs des ressources naturelles du Canada, et ce, de six façons. Premièrement, le gouvernement du Canada ne devrait pas promouvoir l'adoption de technologies qui ne sont peut-être pas prêtes à être commercialisées. Deuxièmement, le gouvernement ne devrait pas promouvoir certaines technologies plutôt que d'autres, et, ici, je parle de choisir les gagnants. Le Canada a abandonné de façon générale l'idée d'une politique industrielle, qui sous-entend choisir les gagnants au sein des industries, et nous ne devrions pas laisser cette mauvaise idée faire un retour en choisissant quelles technologies gagneront à l'avenir. Troisièmement, le gouvernement du Canada devrait s'assurer que les aspects liés à l'acceptabilité sociale sont réglés rapidement et d'une façon qui n'est pas contraire à la primauté du droit. Quatrièmement, le gouvernement devrait rationaliser le processus d'évaluation environnementale et garantir une durée fixe. Cinquièmement, le gouvernement devrait renforcer les institutions actuelles, comme l'ONE et en accroître la crédibilité. Sixièmement, le gouvernement devrait créer un environnement budgétaire et réglementaire stable.
Je serais maintenant heureux de parler avec les membres du Comité.
Merci.
Marie-Hélène Labrie
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Marie-Hélène Labrie
2017-04-13 12:57
Bonjour.
Je vous remercie beaucoup de m'avoir invitée.
Je suis heureuse d'être ici pour vous entretenir d'un sujet qui est au coeur de la mission d'Enerkem.
Enerkem est une entreprise privée du domaine des technologies propres canadiennes qui oeuvre au Québec et en Alberta. L'entreprise utilise sa technologie propre brevetée pour convertir des déchets solides et d'autres résidus municipaux non recyclables et non compostables en carburant à faible teneur en carbone pour le transport et en produits chimiques écologiques comme l'éthanol et le méthanol.
Nous exploitons actuellement deux usines au Canada: un centre d'innovation à Westbury, au Québec, et la première usine de transformation de déchets en biocarburants et produits chimiques de taille commerciale du monde à Edmonton, en Alberta.
Notre prochaine usine sera située à Varennes, près de Montréal. Nous utiliserons des résidus de bois de construction et d'autres matières résiduelles urbaines pour la production de biocarburant. En parallèle, nous travaillons sur d'autres projets d'exportation de notre technologie dans le monde, en partenariat avec des groupes industriels.
Enerkem conçoit et fournit des bioraffineries conformément à un processus de construction modulaire normalisé, ce qui signifie que chaque installation d'Enerkem assure la croissance du secteur manufacturier canadien.
Enerkem a réuni plus de 400 millions de dollars en capital afin de développer sa technologie industrielle révolutionnaire et de la faire passer du laboratoire au secteur commercial et pour préparer l'entreprise en vue de sa croissance commerciale. La majorité du financement vient de sources privées. Enerkem a généré beaucoup de propriété intellectuelle et possède 96 brevets liés à ses technologies et processus novateurs. L'entreprise emploie actuellement 200 personnes.
Les entreprises d'énergies propres comme Enerkem génèrent des retombées économiques tout en réglant des problèmes environnementaux. Nous créons des produits à valeur ajoutée à partir de déchets et résidus. Par conséquent, nous remplaçons l'utilisation de sources fossiles par des déchets pour produire des carburants et des produits chimiques. Nous permettons une synergie avec notre secteur des ressources naturelles en leur offrant la possibilité d'utiliser les résidus forestiers, les résidus du traitement de la pulpe et du papier et les résidus du secteur agricole. Bon nombre des compétences nécessaires pour construire et faire fonctionner nos bioraffineries sont similaires aux compétences nécessaires dans l'industrie pétrochimique ainsi que dans l'industrie des pâtes et papiers.
Nous produisons de l'énergie propre pour les transports. Chaque installation d'Enerkem peut produire suffisamment de biocarburant pour alimenter 400 000 voitures par année avec un mélange d'éthanol à 5 %. En remplaçant l'essence et en évitant de remplir les sites d'enfouissement, les installations d'Enerkem peuvent réduire les émissions de gaz à effet de serre de plus de 60 %.
Nous produisons des produits chimiques renouvelables pour rendre nos produits quotidiens plus écologiques. Les produits chimiques sont utilisés dans de nombreux produits utilisés chaque jour — des tissus, des plastiques, de la peinture, etc. — et, aujourd'hui, nous devons produire ces produits chimiques à l'aide de déchets plutôt que de nous limiter à les produire grâce à des sources fossiles.
Nous créons aussi des emplois de haute qualité. Enerkem a commencé comme une entreprise familiale et en a assuré la croissance dans les laboratoires de l'Université de Sherbrooke. Nous employons maintenant 200 personnes, comme je l'ai dit. Près de 70 de nos employés sont des ingénieurs, et bon nombre d'autres occupent aussi des postes professionnels. Beaucoup de jeunes familles bénéficient des emplois offerts par Enerkem.
De plus, chaque installation d'Enerkem génère 600 emplois directs et indirects durant les travaux de construction et, une fois exploitée, 150 emplois directs et indirects.
Nos installations stimulent les économies régionales. À la lumière d'une étude indépendante, elles ont augmenté les dépenses partout au Canada de 200 millions de dollars durant les travaux de construction, et de 65 millions de dollars par année une fois en activité.
Nous ouvrons aussi la porte à davantage d'exportations de haute technologie, ce qui augmente et diversifie les activités d'exportation du Canada. Enerkem élabore actuellement un projet, dans les Pays-Bas avec des partenaires industriels comme le chef de file mondial AkzoNobel et Air Liquide. On générera ainsi d'importantes recettes d'exportation grâce à l'octroi de permis technologiques, la prestation de services de génie et la vente d'équipement spécialisé fabriqué au Canada, tandis que nous avons construit notre infrastructure de fabrication modulaire, ici, au pays.
Un projet de recherche sur l'innovation propre a été réalisé par le Smart Prosperity Institute et a constaté que le Canada s'en tire assez bien en ce qui a trait à la R et D, mais moins bien du côté de la commercialisation du déploiement des innovations propres, les étapes où le plus de richesse et d'emplois peuvent être créés.
J'aimerais formuler certaines recommandations en ce qui concerne l'ensemble de politiques nécessaires pour régler le problème. D'après nous, il faut donner la priorité au soutien de capital de croissance pour les entreprises qui sont prêtes à réaliser des projets commerciaux de technologies propres. Le déploiement de ces innovations exige un long cycle de développement comparativement à d'autres secteurs des hautes technologies et, par conséquent, plus de financement.
Enerkem est arrivé à une étape dans sa trajectoire de croissance où elle manque de capitaux privés disponibles au Canada. Ce qui complique le problème, c'est que des programmes de financement public ne sont pas accessibles vu qu'Enerkem est considérée comme une entreprise en démarrage à un stade tardif.
Ensuite, un autre ingrédient clé, c'est l'accès au marché. Pour Enerkem, la norme en matière de carburant renouvelable du Canada, la NCR, et la norme en matière de carburant propre en cours d'élaboration sont importantes pour permettre l'accès au marché des carburants et stimuler les investissements privés puisqu'on envoie ainsi le bon signal au marché. Pour renforcer ces politiques, nous recommandons d'accroître la NCR à 10 % d'éthanol dans l'essence comparativement à 5 % d'aujourd'hui, puisque nous mélangeons déjà en moyenne 7 % d'éthanol. Nous sommes donc déjà plus que conformes au Canada.
Une troisième recommandation concerne les mesures écobudgétaires qui permettent elles aussi d'attirer plus de capitaux privés. Par exemple, le fait d'exempter les biocarburants cellulosiques de la taxe d'assise fédérale sur l'essence, une exemption déjà appliquée au gaz naturel au propane utilisé dans les transports et qui a été utilisée dans le passé pour encourager l'adoption de la première génération d'éthanol, favoriserait plus d'investissements privés dans les biocarburants produits à partir de résidus des forêts, de déchets agricoles et de déchets municipaux solides.
Le temps presse. L'avantage en matière de technologies propres du Canada est unique, mais le Canada prend du retard dans ce secteur mondial en croissance. Si des mesures urgentes ne sont pas prises, les Canadiens perdront des emplois et ne bénéficieront plus de la croissance économique qui devrait être générée par notre avantage national en matière de technologies propres. En fait, des recherches réalisées par Analytica Advisors, dont la présidente, Céline Bak, a comparu devant le Comité le mois dernier — si je ne m'abuse —, révèlent que le Canada a perdu 41 % de ses parts mondiales en matière de technologie propre depuis 2005.
Les nouveaux programmes promis en matière d'innovation et de technologies propres pourraient permettre de répondre aux besoins de telles entreprises qui sont déjà prêtes à passer au niveau commercial, mais l'urgence de ces occasions ne permet pas à bon nombre de ces entreprises d'attendre jusqu'au budget ou jusqu'à ce que les programmes soient mis en oeuvre à la fin de 2017.
Jusqu'à présent, aucun programme n'est disponible pour permettre à Enerkem de maintenir sa trajectoire de croissance actuelle, y compris les programmes offerts par la BDC et EDC. Nous avons hâte de connaître les renseignements détaillés sur le financement de 1,4 milliard de dollars récemment annoncé que le gouvernement du Canada attribuera à la BDC et EDC au cours des trois prochaines années pour assurer la croissance commerciale des technologies propres.
Nous avons aussi hâte d'apprendre de quelle façon cet engagement permettra d'accroître les ressources et les capitaux et d'élargir les mandats de la BDC et d'EDC en matière de technologies propres. Nous espérons que ces organismes seront maintenant outillés pour soutenir la croissance à grande échelle des technologies propres commerciales. Pour assurer la croissance du secteur des technologies propres du Canada, il faut tout d'abord conserver les entreprises ambitieuses qui ont créé une solide PI, ici, au Canada et en assurer la croissance puisqu'elles peuvent diversifier nos économies, stimuler le secteur manufacturier et générer plus de valeurs des ressources naturelles.
Merci beaucoup.
Voir le profil de James Maloney
Lib. (ON)
Merci à vous trois.
Honnêtement, je peux vous dire que c'est la première fois que nous recevons trois témoins qui respectent les délais. Ce doit être un effet de la longue fin de semaine qui s'en vient, ce dont nous sommes reconnaissants. Je vous en remercie.
Monsieur Lemieux, vous êtes le premier.
Voir le profil de Denis Lemieux
Lib. (QC)
Merci, monsieur le président.
Je remercie nos trois témoins de leur excellente présentation.
J'ai malheureusement manqué une partie de la présentation de Mme Labrie en raison d'un problème d'interprétation. Elle soulevait quand même de bonnes questions.
Ma première question s'adresse à M. Belzile.
Monsieur Belzile, pourquoi Montréal est-elle si réticente à voir le projet d'Oléoduc Énergie Est se réaliser alors qu'elle a déjà plusieurs pipelines de pétrole sur son territoire qui fonctionnent avec succès, tant ceux en provenance de Portland, dans le Maine, que ceux en provenance de l'Ontario?
Germain Belzile
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Germain Belzile
2017-04-13 13:07
Je vais répondre en français.
Je réfléchis plus rapidement en français qu'en anglais.
Le général de Gaulle a déjà dit: « Vaste programme! ». Cette expression lui est restée. Je vous dirais: « Vaste question! » en parlant de votre question.
Je pense qu'il y a plusieurs hypothèses. La première est que beaucoup de Montréalais ne comprennent pas l'importance des ressources naturelles pour notre prospérité générale. Je pense qu'ils ont l'impression que cela ne fait qu'enrichir des gens de l'Ouest et qu'ils ne profitent pas du tout de cette prospérité générale.
Je pense que, dans une certaine mesure, il y a un élément presque religieux pour un bon nombre de Québécois. L'environnement aurait remplacé le catholicisme d'une certaine façon. Je crois qu'il y a beaucoup de raisons à cela.
Nous devons faire une oeuvre d'éducation extrêmement importante pour convaincre nos concitoyens, surtout à Montréal, du bien-fondé du développement des ressources naturelles d'une façon viable sur le plan environnemental et, je dirais même, en ayant les normes environnementales les plus rigoureuses au monde.
Voir le profil de Denis Lemieux
Lib. (QC)
C'est très intéressant, monsieur Belzile.
Connaissez-vous les technologies de production de pétrole de l'Ouest canadien? On utilise des technologies in situ qui seraient en mesure de capter le CO2 dans le sous-sol. Savez-vous que ces technologies de production de pétrole dans l'Ouest ont une des plus faibles empreintes carbone du monde? Pensez-vous que, si ces faits étaient connus au Québec, cela aiderait l'acceptabilité sociale de projets comme l'Oléoduc Énergie Est?
Germain Belzile
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Germain Belzile
2017-04-13 13:09
Je le crois. Les sondages commandés, particulièrement ceux de l'Institut économique de Montréal, démontrent qu'il y a une grande méconnaissance des faits. Quand nous expliquons aux gens, par exemple, que les règles environnementales canadiennes sont beaucoup plus sévères que celles de beaucoup de pays ailleurs dans le monde et, qu'au Québec, on importe beaucoup de pétrole provenant d'Algérie, du Venezuela ou d'autres pays où les règles environnementales sont beaucoup plus faibles, on s'aperçoit que les Québécois deviennent beaucoup plus favorables à la production de pétrole dans l'Ouest. Lorsqu'ils apprennent qu'on fait beaucoup d'innovations dans le domaine pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et les problèmes d'externalités négatives, ils y sont encore plus favorables.
Je le répète, je pense que nous avons une immense oeuvre d'éducation à faire auprès de nos concitoyens qui ignorent la plupart de ces faits.
Voir le profil de Denis Lemieux
Lib. (QC)
On pourrait donc penser que la réputation de pétrole sale qu'a le pétrole de l'Ouest est injuste, une réputation encore bien entretenue à Montréal et ailleurs au Québec.
Germain Belzile
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Germain Belzile
2017-04-13 13:10
Je suis d'accord avec vous.
Il y a environ deux ans, nous avons commandé un sondage. On y demandait aux Québécois ce qu'ils pensaient des pipelines qui transportaient le pétrole de l'Ouest. Une claire majorité des gens y étaient opposés. Lorsque le sondage expliquait ensuite aux Québécois que la majorité de notre pétrole était importé d'autres pays — il y avait une liste des pays dans le sondage —, on a posé la même question de nouveau et les chiffres changeaient de façon marquée. En fait, une majorité de Québécois aimaient mieux consommer du pétrole canadien que du pétrole étranger.
Je ne suis pas protectionniste, car je pense que le commerce international est une très bonne chose. Cependant, je pense qu'on doit améliorer la façon de présenter les faits aux Québécois. Les Québécois sont, en général, plutôt modérés et raisonnables. Je pense que lorsqu'ils apprennent les faits, il leur est possible de changer d'opinion sur le pétrole de l'Ouest, qui est produit selon des normes extraordinairement rigoureuses.
Voir le profil de Denis Lemieux
Lib. (QC)
J'ai une autre question pour vous, même si elle est un peu hypothétique. Nous avons discuté avec les gens de l'industrie pétrolière canadienne.
Croyez-vous qu'un nouveau projet majeur de raffinerie de pétrole au Québec, avec du pétrole brut qui serait livré par pipeline de l'Alberta et destiné à des marchés internationaux de produits pétroliers raffinés, pourrait avoir l'appui des Québécois en raison des retombées économiques et de la création de milliers d'emplois par des projets de cette nature?
Germain Belzile
Voir le profil de Germain Belzile
Germain Belzile
2017-04-13 13:12
Fort possiblement.
Les résultats des sondages sont assez clairs. Lorsqu'on explique aux Québécois qu'on a des raffineries à Montréal dont l'existence pourrait être en péril si le pétrole canadien à bon coût n'était plus disponible, ils révisent leur position et se mettent à aimer un peu plus le pétrole de l'Ouest. Je pense que si les Québécois voyaient plus d'avantages à l'exploitation du pétrole, sans dire que ce serait un game changer, l'attitude de beaucoup d'entre eux changerait sans doute.
Cela dit, il y a peut-être un certain pourcentage, 15 % ou 20 %, de Québécois qu'on ne pourrait pas convaincre, qui sont opposés au pétrole par principe, même s'ils en utilisent beaucoup eux-mêmes, dans la vie de tous les jours. S'il y avait davantage de développement pétrolier au Québec, je pense que l'attitude des Québécois pourrait changer.
À cet égard, je suis un peu désolé que les petits projets de développement pétrolier au Québec, par exemple ceux à l'île d'Anticosti et en Gaspésie, ne semblent aller nulle part actuellement. Je pense que le jour où on commencera à produire du pétrole au Québec, entre autres, cela changera la donne complètement.
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