Interventions en comité
 
 
 
Fil RSS basé sur les critères de recherche Exporter les résultats de recherche - CSV (texte brut) Exporter les résultats de recherche - XML
Ajouter un critère de recherche
Voir le profil de Robert Nault
Lib. (ON)
Voir le profil de Robert Nault
2016-12-14 15:31
Comme il est déjà un peu passé 15 h 30, je déclare la séance ouverte.
Je veux tout d'abord souhaiter la bienvenue à l'invité de marque que nous avons aujourd'hui. C'est le secrétaire général de l'Organisation des États Américains, un important organisme multilatéral dont nous sommes les partenaires.
M. Almagro va profiter de cette occasion pour nous livrer une déclaration liminaire. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois, la semaine dernière, au Mexique, et nous avons l'impression de nous connaître depuis des années.
Monsieur Almagro, c'est un honneur et un plaisir de vous recevoir; soyez le bienvenu.
Fidèles aux habitudes du Comité, nous allons laisser notre invité nous livrer sa déclaration liminaire, puis nous allons lui poser quelques questions.
Je vais donc laisser la parole au secrétaire général et lui permettre de nous adresser quelques mots.
Luis Leonardo Almagro Lemes
Voir le profil de Luis Leonardo Almagro Lemes
S.E. M. Luis Leonardo Almagro Lemes
2016-12-14 15:33
Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité, merci de m'accueillir ici aujourd'hui.
Dans les Amériques, nous avons bâti un hémisphère sur la base d'une vision commune de valeurs que nous partageons, soit une vision qui se fonde sur l'inclusion et le multiculturalisme.
L'Organisation des États Américains est l'institution régionale la plus ancienne du monde. Ses origines remontent à 1989, et l'OEA a évolué au rythme des développements politiques, sociaux et économiques des pays dans la région.
Ce qui rend unique l'OEA est ses exigences claires pour en devenir membre. Au moment de se joindre à l'OEA, chaque État membre convient de négocier et de ratifier une série de documents qui forment une sorte de plan et qui établissent les principes qui définissent qui nous sommes, ce en quoi nous croyons et la manière dont nous interagissons les uns avec les autres.
La Charte de l'OEA, la Charte démocratique interaméricaine, la Convention américaine relative aux droits de l'homme et la Convention interaméricaine contre la corruption, par exemple, sont des accords qui incluent des obligations qui se fondent sur les principes choisis d'ouverture, de démocratie et de coopération. Ces accords ont à la fois créé les mesures incitatives pour adhérer à ces normes collectives et les mécanismes pour les faire respecter en vue d'assurer un niveau minimal de bien-être à nos citoyens.
Il s'agit d'une tribune qui met la priorité sur le dialogue et les droits et le bien-être des citoyens. La promesse et la possibilité de l'hémisphère reposent sur les valeurs communes au sein de l'OEA. Des démocraties plus solides, une primauté du droit plus précise et un environnement commercial plus uniforme et plus fiable sont la clé du succès.
J'ai été élu à ce poste en faisant campagne pour donner plus de droits à un plus grand nombre de personnes, et c'est maintenant l'élément central de notre engagement. L'hémisphère demeure l'un des plus inégaux, et ses citoyens en ont assez de l'exclusion. Nous sommes las du racisme, de la persécution, des préjugés et des différends stériles. Il nous incombe à tous de nous assurer que les citoyens de l'hémisphère peuvent réellement jouir de tous les droits reconnus dans les divers accords internationaux. Nous devons garantir plus de démocratie, de droits, de sécurité et de prospérité pour tous.
Nous sommes à une étape intéressante de l'histoire moderne. Nous constatons une tendance dans certaines des économies les plus développées, comme nous l'avons très récemment vu aux États-Unis, et c'est un appétit croissant pour de nouvelles politiques populistes. Le Canada a l'occasion de jouer un rôle important dans cette conversation. À une époque où la tendance est de plus en plus à l'isolationnisme, le Canada a renforcé son engagement à l'égard du pluralisme, de l'ouverture et de l'inclusion. Je tiens à souligner que c'est un engagement bien accueilli par vos voisins latins.
Les priorités du Canada s'arriment à celles de la majorité de l'hémisphère : la croissance inclusive, une intégration économique accrue, les énergies propres et la coopération multilatérale.
Au sein de l'OEA, nous sommes heureux de compter dans nos rangs un certain nombre d'éminents Canadiens. Karina Gould, votre actuelle secrétaire parlementaire de la ministre du Développement international, a déjà travaillé à l'OEA, de même qu'Hélène Laverdière, la vice-présidente du Comité. Votre collègue, Peter Kent, qui siège au Comité, a également joué un rôle important, à titre de ministre d'État responsable des Amériques, lors de la session extraordinaire de l'Assemblée générale de l'OEA qui s'était réunie pour analyser la situation au Honduras à la suite du coup d'État perpétré contre le président Zelaya en 2009.
L'approche du Canada à l'égard de la région est unique. Vous avez toujours maintenu des relations ouvertes avec Cuba, même à l'époque où ce n'était pas populaire de le faire. Le Canada a été l'un des premiers États observateurs de l'Alliance du Pacifique. La récente décision d'éliminer les exigences de visas imposées aux visiteurs mexicains est vue comme une déclaration publique de l'ouverture du Canada à l'endroit de l'Amérique latine.
Comme le Canada compte près de 1,5 million de citoyens qui ont des racines latino-américaines et caraïbes, il s'agit d'une occasion de renforcer nos relations interpersonnelles déjà dynamiques. C'est également une occasion d'établir de nouvelles relations avec des amis et des alliés de partout dans l'hémisphère.
Le Canada est un important pays donateur et contribue grandement à l'OEA et à ses activités. Le Canada mérite des remerciements pour ses précieuses contributions et son soutien financier. Cependant, je tiens à dire que le Canada joue un rôle beaucoup plus important. Le Canada est un partenaire au sein de l'OEA. Il a été un ardent promoteur de la modernisation de l'institution et a occupé un rôle de premier plan dans les discussions au sein du Conseil permanent. C'est un ardent défenseur des libertés universelles, de la démocratie et des droits de la personne. C'était au Sommet des Amériques en 2001 à Québec qu'a germé l'idée de la Charte démocratique interaméricaine, qui se veut une véritable constitution pour les Amériques.
C'était un message fort. En réponse à cela, l'Amérique latine est encore plus favorable au Canada. Ce moment offre au Canada une véritable occasion d'engagement.
L'un des plus importants rôles que joue l'OEA dans l'hémisphère est de faciliter les échanges en ce qui concerne la prévention, la gestion et le règlement des crises et des conflits. Je tiens à féliciter le Canada, parce qu'il a toujours été un chef de file et un partenaire stratégique pour l'OEA, ses États membres et les citoyens des Amériques dans toutes les grandes missions spéciales de l'OEA. Nous n'avons qu'à penser à la longue Mission d'appui au processus de paix en Colombie, à la mission spéciale en Haïti il y a une décennie et à la nouvelle Mission d'appui à la lutte contre la corruption et l'impunité au Honduras. Le message est clair. Dans un monde de plus en plus réticent à l'intrusion dans les affaires intérieures, le Canada a une voix forte et prend nettement position pour dire que la solidarité régionale ne peut pas se faire sur le dos de violations des droits de la personne, d'institutions démocratiques minées et de politiques d'exclusion.
La bonne nouvelle est que l'Amérique latine qui existe actuellement est profondément différente de ce qu'elle était il y a quelques décennies. Dans l'ensemble, nous avons des institutions démocratiques plus solides, une meilleure primauté du droit, une meilleure protection sociale et des économies plus intégrées et ouvertes. Cependant, nous avons encore des problèmes importants qui nuisent à la croissance et à la stabilité dans la région. La crise au Venezuela continue d'avoir un effet dévastateur sur sa population. Tous les aspects de la vie au pays, soit les questions humanitaires, sociales, économiques et politiques, continuent de se détériorer. Le dialogue est devenu une tactique pour retarder la prise de mesures, et les parties concernées ont, par conséquent, perdu confiance dans le processus.
Au Nicaragua, l'OEA a été en mesure d'établir un dialogue structuré avec le gouvernement dans l'espoir d'arriver à des résultats qui permettront de renforcer l'espace démocratique au pays et de donner une voix à un plus grand nombre de gens. Notre objectif est d'obtenir la confiance nécessaire pour avoir un dialogue fructueux.
L'OEA est également fière d'avoir contribué à la réalisation d'une avancée historique avec la signature d'un accord de paix en Colombie. Malgré le recul subi à la suite du référendum, toutes les parties s'étaient engagées à arriver à des résultats durables. La paix et la réussite à cet égard sont précisément le résultat d'un dialogue constructif dont pourraient tirer profit les voisins de la Colombie. C'est justement un tel dialogue constructif qui sera nécessaire en Haïti pour résoudre l'impasse politique qui paralyse le pays, comme nous en avons été témoins.
Les libertés fondamentales, les droits de la personne et la démocratie n'existent pas seulement lorsque c'est commode ou lorsqu'ils confortent nos souhaits; ils doivent exister en tout temps. Il faut vouloir préserver, autant que le vôtre, le droit de votre adversaire d'exprimer ses opinions. Les valeurs éthiques et morales que nous énonçons dans la Charte démocratique interaméricaine et dans la charte de la Commission interaméricaine des droits de l'homme, par exemple, n'ont aucun sens si nous n'en faisons pas une réalité quotidienne pour les peuples des Amériques. Les valeurs doivent l'emporter sur les intérêts politiques. Lorsque nous perdons ces valeurs, la société y perd.
Lorsque des abus se produisent, nous avons pour devoir d'y remédier. Les paroles ne suffisent pas; nous devons être prêts à agir, surtout lorsqu'il est difficile de le faire. Pour reprendre les célèbres paroles de Desmond Tutu, « Si vous êtes neutres en cas d'injustice, vous avez choisi le parti de l'oppresseur. » Il n'y a pas de petit pays lorsque vous défendez de grands principes. Tous les pays peuvent prouver leur engagement à l'égard de ces idéaux.
Cette organisation, cette communauté d'États, est vitale pour ce qui est d'assurer un respect sans restriction des droits de la personne dans l'hémisphère et est un instrument essentiel pour sauvegarder la démocratie. En ma qualité de secrétaire général de l'OEA, j'ai pour devoir d'être le champion et le protecteur de ces valeurs qui sont au coeur de l'institution et au coeur même des Amériques.
À titre de secrétaire général, je dois représenter les gouvernements, mais je dois également représenter l'opposition. Je dois être la voix de ceux qui n'ont pas de voix et de ceux qui subissent la plus forte discrimination. Je dois être la voix des victimes de l'inégalité et de ceux qui souffrent du manque de protection de leurs droits, et je dois être le plus ardent défenseur de ces droits.
José Antonio Marina a dit que les sociétés s'effondrent, parce que nous édifions des sociétés injustes. La démocratie n'a aucun sens si nous ne nous engageons pas à travailler pour la démocratisation chaque jour. Si nous ne donnons pas un accès égal aux droits, si nous faisons en sorte que les sociétés des Amériques demeurent parmi les sociétés les plus inégales au monde, nous n'aurons jamais une démocratie qui fonctionne correctement. C'est la raison pour laquelle j'ai assumé ce poste. C'est pour honorer l'engagement d'assurer que, dans le continent américain, nous puissions donner plus de droits à un plus grand nombre.
Je répète ma raison d'être : plus de droits pour plus de personnes. L'inégalité dans la répartition du revenu, l'accès aux biens et aux services de base et la justice est un élément qui, sans répit, entrave directement le plein exercice des droits politiques, économiques, sociaux et culturels de nos citoyens. Les droits de la personne sont au coeur même de l'égalité. Réaffirmant que la promotion et la protection des droits de la personne s'avèrent une condition essentielle à l'existence d'une société démocratique et reconnaissant l'importance du développement et du renforcement continus du Système interaméricain des droits de l'homme pour la consolidation de la démocratie, il nous incombe à tous à titre de politiciens, de dirigeants, de diplomates, de membres de la société civile et de citoyens des Amériques de parvenir à plus d'égalité pour les peuples. Avec plus d'égalité, les citoyens seront de meilleurs citoyens. Une fois toute discrimination éliminée, les citoyens seront de meilleurs citoyens.
Il y a un autre défi qui est central à la stabilité et à la croissance de la région, et c'est la corruption. La corruption mine la confiance dans le gouvernement, mais elle affecte aussi directement les citoyens au plan économique. La lutte contre la corruption est un élément essentiel de l'exercice du pouvoir démocratique inscrit dans l'OEA et elle est, par conséquent, une question prioritaire pour tous ses États membres. J'ai également mis l'accent dès le début de mon mandat à l'OEA sur cet aspect. Partout dans les Amériques, la corruption des politiciens a mobilisé les citoyens à prendre d'assaut les rues pour demander de la transparence et la fin de la corruption et de l'impunité.
Au Honduras, des citoyens indignés ont manifesté contre la corruption qui ronge le gouvernement. Voilà la raison pour laquelle nous avons lancé l'ambitieuse initiative qu'est la Mission d'appui à la lutte contre la corruption et l'impunité au Honduras, ou la MACCIH. Le Mécanisme de suivi de la mise en oeuvre de la Convention interaméricaine contre la corruption, ou le MESICIC, est un autre exemple d'un outil important de l'OEA pour soutenir le renforcement des États membres et la reddition de compte et l'ouverture en leur sein. Le simple fait que pratiquement tous les États membres participent au processus sur une base volontaire est éloquent.
Vendredi dernier, nous célébrions la Journée internationale de lutte contre la corruption. Le ministre canadien des Affaires étrangères, M. Stéphane Dion, a dit : « La corruption est un obstacle majeur au développement durable et elle est destructive sous toutes ses formes. » Je suis on ne peut plus d'accord avec cette affirmation. Nos principes moraux ne veulent rien dire si nous ne luttons pas chaque jour contre la corruption et si nous n'aplanissons pas les grandes inégalités auxquelles se heurtent nos citoyens lorsqu'ils veulent se prévaloir de leurs droits.
Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité, les valeurs communes et l'engagement commun à l'égard de l'ouverture, de la démocratie et de la coopération définissent notre hémisphère. Qu'il soit question de la défense des droits de la personne, de la lutte contre la corruption ou des efforts de paix et de réconciliation, ce sont des enjeux pour lesquels nous partageons une vision commune dans les Amériques. C'est le rôle de l'Organisation des États Américains; il s'agit d'une tribune où a lieu un dialogue constructif en vue d'atteindre la vision des Amériques que nous partageons tous, que nous avons tous exprimée et à l'égard de laquelle nous sommes tous engagés.
Merci.
Voir le profil de Robert Nault
Lib. (ON)
Voir le profil de Robert Nault
2016-12-14 15:47
Merci beaucoup, monsieur le secrétaire général. Nous vous sommes très reconnaissants de votre exposé.
Passons directement aux séries de questions. Comme nous le faisons toujours, M. Kent sera le premier intervenant.
Voir le profil de Peter Kent
PCC (ON)
Bienvenido, Su Excelencia.
Il y a quelques années, l'OEA a consacré beaucoup de temps et d'énergie à l'élaboration d'un processus conditionnel pour redonner à Cuba le statut de membre à part entière de l'OEA. À l'époque, Cuba a rejeté l'offre. Avez-vous récemment eu des signes comme quoi le pays serait ouvert à redevenir membre à part entière?
Luis Leonardo Almagro Lemes
Voir le profil de Luis Leonardo Almagro Lemes
S.E. M. Luis Leonardo Almagro Lemes
2016-12-14 15:48
En 2009, une résolution a été adoptée pour lever l'exclusion de Cuba et donner à Cuba la possibilité d'entamer des négociations pour se joindre à l'OEA. Cuba ne s'en est pas prévalu et ne le fera pas avant un certain temps.
Je crois que Cuba entretient de très bonnes relations avec tous les pays du continent, mais le problème est que l'OEA a eu de 1962 à maintenant des systèmes politiques complètement différents de ce qu'ont connu les Cubains. Cette situation rend très difficile l'adoption par les Cubains de toutes les conventions et de toutes les chartes de l'OEA. C'est un sujet très délicat pour le système politique cubain. Ces documents portent majoritairement sur la démocratie représentative et la question des droits de la personne et principalement les droits civils et politiques. Je crois donc que les Cubains ont besoin de temps. Nous sommes très ouverts à entamer des négociations avec eux dès qu'ils le voudront ou qu'ils le pourront. Cependant, compte tenu de la situation actuelle, je crois en toute objectivité qu'il serait très difficile pour les Cubains de faire le pont entre ce qui sépare leur système politique et les obligations qu'il faut s'engager à respecter au moment de se joindre à l'Organisation des États américains.
Voir le profil de Peter Kent
PCC (ON)
J'aimerais revenir sur les droits de la personne. Pouvez-vous faire le point sur les manières, selon vous, de régler les problèmes très pressants en matière de droits civils et de droits de la personne que connaissent actuellement le Venezuela et le Brésil?
Luis Leonardo Almagro Lemes
Voir le profil de Luis Leonardo Almagro Lemes
S.E. M. Luis Leonardo Almagro Lemes
2016-12-14 15:50
Ce que nous voyons au Venezuela, c'est la détérioration complète du système politique. Je n'ai jamais vu un pays se désintégrer aussi complètement que le Venezuela l'a fait au cours de la dernière année sur les plans économique, social et politique. Le Venezuela est le pays qui compte le deuxième plus grand nombre de prisonniers politiques sur le continent. Le Venezuela est un pays qui ne reconnaît pas la branche législative du gouvernement. Le pays ne reconnaît pas les droits électoraux des citoyens de destituer un président. Il ne reconnaît même pas qu'une crise humanitaire fait rage, que des gens meurent et que des Vénézuéliens et des nouveau-nés souffrent dans les hôpitaux de maladies chroniques. Des enfants meurent de diphtérie, qui est un problème tellement simple à régler avec une campagne de vaccination.
Nous avons assisté au début d'un dialogue politique qui était mené au départ par le président Zapatero, puis le Vatican s'est joint aux trois anciens présidents pour jouer le rôle de médiateur entre le gouvernement et l'opposition.
Nous constatons quelque chose de tout simplement extraordinaire depuis le début du dialogue; la situation s'est encore plus détériorée. Depuis mars ou avril, le nombre de prisonniers politiques a augmenté. Depuis que le Vatican participe au dialogue, il y a eu quatre tables de négociation. La première portait sur les questions institutionnelles, en particulier le rétablissement des pouvoirs de la branche législative du gouvernement. Or, la branche législative a depuis perdu deux autres pouvoirs : ceux de juger le président et d'élire les membres du Conseil national des élections.
La deuxième table concernait la réparation des torts causés aux victimes et aux prisonniers politiques. Je crois que le gouvernement du Venezuela libérera au compte-goutte les prisonniers politiques lorsqu'il le décidera et continuera de le faire, parce que c'est très important sur le plan politique. C'est le Vatican qui s'occupe de cette table. Il est donc très important pour le Venezuela de faire en sorte que le Vatican poursuive le dialogue. Le problème est que depuis mars le nombre de prisonniers politiques est passé de 80 à environ 120. Cela donne au gouvernement un coussin de 40 prisonniers politiques à libérer durant cette période. Il n'en demeure pas moins que le gouvernement libère des prisonniers politiques quand il le décide et dans les conditions qu'il choisit. Nous sommes toujours très heureux d'apprendre la libération de certains prisonniers politiques, en particulier les libérations pour des raisons humanitaires graves comme dans le cas de Vladimir Araque.
La troisième table visait à parler de l'économie du pays. Vous savez que le pays s'est détérioré, et cette détérioration se poursuivra au cours de la prochaine année. Tout s'écroule, et ce n'est pas terminé. Ma seule préoccupation est que le pays continue d'essayer de faire croire — d'une certaine manière, il a réussi à le faire croire à l'opposition — qu'il y a une guerre économique contre le Venezuela. La seule guerre économique contre le Venezuela est l'incompétence de son gouvernement. La plus forte pression qui est exercée sur le gouvernement est sa propre incompétence à diriger le pays.
La quatrième table a trait au chronogramme électoral. En fait, par rapport au chronogramme électoral, la première chose qui s'est produite à cette table de négociation a été le rejet du référendum pour destituer le président. Tout espoir de tenir ce référendum en 2016 est perdu, et cela s'est produit à la table de négociation. Qui plus est, des élections ont été annoncées dans l'État d'Amazonas, et l'opposition a donc perdu sa majorité des deux tiers à l'assemblée nationale. Le pouvoir de l'assemblée nationale a une fois de plus été réduit.
Nous avons assisté à une incroyable détérioration durant ces mois. Nous devons continuer de dénoncer la situation, et je crois que nous devons continuer à exercer des pressions. Le pire qui pourrait arriver, c'est que le gouvernement croit qu'il peut faire ces choses en toute impunité. Je crois que nous devons maintenir la pression, continuer de dénoncer la situation et continuer d'essayer de proposer des solutions pour que l'ordre démocratique revienne le plus rapidement possible au Venezuela.
Voir le profil de Robert Nault
Lib. (ON)
Voir le profil de Robert Nault
2016-12-14 15:56
Merci, monsieur Kent, monsieur le secrétaire général.
Monsieur Sidhu, vous avez la parole.
Voir le profil de Jati Sidhu
Lib. (BC)
Monsieur le président, je partagerai mon temps de parole avec M. Levitt, mais je poserai la première question.
J'ai appris que l'OEA connaît des difficultés budgétaires qui minent sa capacité de mener à bien son mandat. Il semble que les tensions politiques entre les membres nuisent à l'efficacité de l'organisation. Le Canada peut-il faire quelque chose pour régler ce problème? Selon vous, quel rôle le gouvernement canadien peut-il jouer à cet égard?
Luis Leonardo Almagro Lemes
Voir le profil de Luis Leonardo Almagro Lemes
S.E. M. Luis Leonardo Almagro Lemes
2016-12-14 15:57
Pendant les années où j'étais ministre des Affaires étrangères, la principale chose que je savais au sujet de l'OEA, au début, était que l'organisation était aux prises avec une crise financière. Elle a duré cinq ans, et lorsque j'ai été nommé secrétaire général, elle n'était toujours pas réglée.
Il y a seulement deux façons de régler une crise financière : accroître le revenu et réduire les dépenses. Il est très difficile de demander aux pays du continent de hausser leurs contributions, si bien que nous avons réduit considérablement nos dépenses, soit d'environ 12 %. J'espère que l'an prochain, je n'entendrai pas dire que l'organisation est en proie à une crise financière. Cela dit, nous avons au moins un peu de marge pour régler la situation.
En outre, certains pays ont versé leurs contributions en retard. L'un d'entre eux, le Brésil, effectue ses paiements. Il a fait un versement en 2015 et il finira de rembourser sa dette l'an prochain. C'est son plan. L'autre principal contributeur qui accuse, en quelque sort, un retard est le Venezuela. Je ne vois aucune possibilité pour lui de verser sa contribution à court terme.
Le Canada apporte une contribution très importante. Premièrement, c'est lui qui a proposé que nous haussions le plafond de nos dépenses. Disons qu'il se situait à 72,5 millions de dollars; il a été haussé à 73,5 millions de dollars. Le Canada appuie bien des projets relatifs au développement, à la sécurité, à la démocratie et aux droits de la personne au sein de l'OEA. Avec son financement précis et de nouvelles ressources supplémentaires, il continue de nous soutenir pour que nous puissions poursuivre nos travaux. Je pense que si nous restons sur cette voie, l'organisation devrait bien s'en tirer au cours des prochaines années. Nous ne pouvons qu'être reconnaissants à l'égard du Canada pour son apport à l'organisation et au système interaméricain des droits de la personne.
Voir le profil de Michael Levitt
Lib. (ON)
Voir le profil de Michael Levitt
2016-12-14 16:00
Le Comité a eu l'occasion de se rendre au Guatemala et en Colombie en août. Ce voyage a été très instructif pour nous à une époque où on menait une bonne partie des négociations et des travaux post-conflit — surtout en Colombie.
Nous savons que la situation n'a pas été de tout repos là-bas, mais je me demande si vous pouviez nous parler, entre autres, de l'impunité et de la Commission au Guatemala, et peut-être plus précisément de la Colombie et du rôle que joue l'OEA en période post-conflit pour ce qui est de travailler avec le gouvernement et les FARC alors qu'ils entament des pourparlers très délicats pour essayer de déterminer la voie à suivre. La situation est délicate sur le plan des finances, mais aussi de l'appareil d'État; ils ont vraiment un programme très ambitieux sur la façon de mettre en oeuvre les plans qu'ils ont dressés.
Pouvez-vous nous éclairer sur ces points?
Luis Leonardo Almagro Lemes
Voir le profil de Luis Leonardo Almagro Lemes
S.E. M. Luis Leonardo Almagro Lemes
2016-12-14 16:01
Je pense que la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala a fait une contribution incroyable à la lutte contre l’impunité et la corruption dans ce pays. Elle a fait de grandes réalisations. Elle a interrogé même les personnes les plus haut placées et a rehaussé les possibilités d’enquête des procureurs et des juges. Les choses fonctionnent beaucoup mieux là-bas. Jusqu'à présent, on n’a pas l’impression que, dans le régime politique, un siège au Parlement ou à l’exécutif confère des avantages comme l’impunité. Cette époque est révolue. Je pense qu’ils s’en tirent beaucoup mieux, mais qu’ils ne sont pas au bout de leurs peines. La corruption n’est pas quelque chose qu’on peut éradiquer lorsqu’elle est si ancrée dans un régime politique.
Pour ce qui est de la Colombie, il est vrai que nous élargissons la portée de nos travaux là-bas. Nous travaillons principalement avec les collectivités et la société civile. Nous travaillerons avec le gouvernement. Nous serons chargés des territoires que les FARC quitteront lorsqu’ils s’en iront vers le nouveau placement qui a été arrangé pour eux. Il s’agit d’une région qui présente de grands défis, car si vous avez été témoin d’autres expériences post-conflit, les régions qu’ils abandonnent sont souvent celles où le taux de criminalité augmente après une certaine période. Il est possible, bien entendu, que la criminalisation et les crimes que la population subit, comme l’extorsion, le chantage et les enlèvements, augmentent. Il sera difficile de signaler au gouvernement les conflits politiques, sociaux et territoriaux ainsi que les activités criminelles. Nous devons principalement insister pour que l'État, le gouvernement et les institutions viennent dans ces territoires aussitôt que possible. Il est clair que ces problèmes risquent plus de survenir si ces territoires ne sont pas fermement pris en charge dès le départ.
Nous aurons pratiquement à accroître de 60 % nos activités là-bas. Ce sera très exigeant sur le plan des ressources humaines, matérielles, économiques et financières. Nous obtenons les ressources financières pour relever ces nouveaux défis. Nous nous attendons à être utiles. L’OEA est une organisation qui connaît mieux la situation sur le terrain. À part la Croix-Rouge et l’Église, nous somme l’organisation qui compte le plus de personnes sur le terrain mais, côté pratique, nous sommes dans les régions les plus difficiles et conflictuelles, et nous sommes reconnus par tous les acteurs du conflit comme un contributeur très important à ce processus de paix.
Voir le profil de Robert Nault
Lib. (ON)
Voir le profil de Robert Nault
2016-12-14 16:05
Merci beaucoup.
La parole est maintenant à Mme Laverdière.
Vous avez la parole.
Voir le profil de Hélène Laverdière
NPD (QC)
Merci, monsieur le président.
Je vous remercie, monsieur Almagro Lemes, de votre discours très éloquent, notamment au sujet des droits de la personne.
Si je peux me le permettre, avant de poser ma question, j'aimerais souligner la présence d'un autre Canadien qui est assis à votre droite. Il s'agit d'un vieil ami, soit M. Christopher Hernandez-Roy. J'aimerais aussi souligner qu'il y a 20 ans, quand j'étais à l'Organisation des États américains, l'OEA, on parlait aussi de crise financière. En fait, on en parlait très souvent.
Vous avez fait valoir la nécessité de renforcer le système interaméricain quant à la promotion et à la défense des droits de la personne. Toutefois, comme on le sait, la Commission interaméricaine des droits de l'homme a vécu elle aussi, dans une certaine mesure, une crise financière et politique. De notre côté, nous avons fait appel au gouvernement du Canada pour qu'il renforce son appui à la Commission interaméricaine des droits de l'homme.
Pouvez-vous nous décrire la situation actuelle? Dans quelle mesure la Commission est-elle encore en difficulté, tant du côté financier qu'en ce qui a trait à certains pays?
Merci beaucoup.
Résultats : 1 - 15 de 150000 | Page : 1 de 10000

1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
>
>|