36e Législature, 2ième Session
HANSARD RÉVISÉ • NUMÉRO 71
TABLE DES MATIÈRES
Le vendredi 24 mars 2000
 | INITIATIVES MINISTÉRIELLES
|
1005
 | LA LOI SUR LES SUBVENTIONS AUX MUNICIPALITÉS
|
 | Projet de loi C-10. Troisième lecture
|
 | M. Werner Schmidt |
1010
1015
1020
1025
 | M. Pat Martin |
1030
1035
 | M. Greg Thompson |
1040
1045
1050
1055
 | Mme Angela Vautour |
 | DÉCLARATIONS DES DÉPUTÉS
|
 | LE MOIS NATIONAL DE L'ÉPILEPSIE
|
 | M. Lynn Myers |
 | LES ALIMENTS BIOLOGIQUES
|
 | M. Garry Breitkreuz |
1100
 | LA TUBERCULOSE
|
 | M. Rey D. Pagtakhan |
 | LA JOURNÉE MONDIALE DE LA TUBERCULOSE
|
 | M. Yvon Charbonneau |
 | L'AGRICULTURE
|
 | M. John Maloney |
 | LES GARDIENS DES PARCS NATIONAUX
|
 | M. Cliff Breitkreuz |
 | L'ENVIRONNEMENT
|
 | M. Ovid L. Jackson |
1105
 | LE DÉPUTÉ DE VAUDREUIL—SOULANGES
|
 | M. Odina Desrochers |
 | LA FÊTE DE L'INDÉPENDANCE DE LA GRÈCE
|
 | M. John Cannis |
 | LE PARTI CONSERVATEUR
|
 | M. Jay Hill |
 | LE PORT D'OSHAWA
|
 | M. Ivan Grose |
 | LA DISCRIMINATION RELIGIEUSE
|
 | M. Bill Blaikie |
1110
 | LA TAXE SUR LES TRANSACTIONS FINANCIÈRES INTERNATIONALES
|
 | M. Stéphan Tremblay |
 | LES ÉVÉNEMENTS TOURISTIQUES
|
 | M. Denis Paradis |
 | RANDOL WHIDDEN GANONG
|
 | M. Greg Thompson |
 | L'INSTITUT DE TECHNOLOGIE DE LA CAPITALE NATIONALE
|
 | Mme Marlene Catterall |
 | LE DRAPEAU CANADIEN
|
 | M. Peter Goldring |
1115
 | LE PROJET DE LOI C-20
|
 | Mme Monique Guay |
 | QUESTIONS ORALES
|
 | LE DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES HUMAINES
|
 | M. Jay Hill |
 | L'hon. Herb Gray |
 | M. Jay Hill |
 | L'hon. Herb Gray |
 | M. Jay Hill |
1120
 | L'hon. Herb Gray |
 | M. Grant McNally |
 | Mme Bonnie Brown |
 | M. Grant McNally |
 | Mme Bonnie Brown |
 | Mme Suzanne Tremblay |
 | L'hon. Herb Gray |
 | Mme Suzanne Tremblay |
 | Mme Bonnie Brown |
1125
 | M. Paul Crête |
 | Mme Bonnie Brown |
 | M. Paul Crête |
 | Mme Bonnie Brown |
 | LA SANTÉ
|
 | M. Bill Blaikie |
 | L'hon. Herb Gray |
 | M. Bill Blaikie |
1130
 | L'hon. Allan Rock |
 | M. Greg Thompson |
 | L'hon. Allan Rock |
 | M. Greg Thompson |
 | L'hon. Herb Gray |
 | LA SOCIÉTÉ POUR L'EXPANSION DES EXPORTATIONS
|
 | M. Charlie Penson |
 | L'hon. Pierre S. Pettigrew |
 | M. Charlie Penson |
 | L'hon. Pierre S. Pettigrew |
1135
 | LE DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES HUMAINES
|
 | M. Stéphane Bergeron |
 | Mme Bonnie Brown |
 | M. Stéphane Bergeron |
 | L'hon. Herb Gray |
 | LA SOCIÉTÉ POUR L'EXPANSION DES EXPORTATIONS
|
 | M. Jim Hart |
 | L'hon. Pierre S. Pettigrew |
 | M. Werner Schmidt |
 | L'hon. Pierre S. Pettigrew |
1140
 | LA SANTÉ
|
 | M. Maurice Dumas |
 | L'hon. Allan Rock |
 | M. Maurice Dumas |
 | L'hon. Allan Rock |
 | LE DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES HUMAINES
|
 | M. Philip Mayfield |
 | Mme Bonnie Brown |
 | M. Chuck Cadman |
 | Mme Bonnie Brown |
 | LE PRIX DE L'ESSENCE
|
 | M. Serge Cardin |
 | M. Roy Cullen |
1145
 | LE BUDGET
|
 | M. Larry McCormick |
 | L'hon. Andy Mitchell |
 | L'AGRICULTURE
|
 | M. Howard Hilstrom |
 | M. Joe McGuire |
 | M. Gerry Ritz |
 | M. Joe McGuire |
 | L'ENVIRONNEMENT
|
 | M. Dennis Gruending |
 | L'hon. Sheila Copps |
1150
 | M. Dennis Gruending |
 | Mme Paddy Torsney |
 | L'ASSURANCE-EMPLOI
|
 | Mme Angela Vautour |
 | Mme Bonnie Brown |
 | Mme Angela Vautour |
 | Mme Bonnie Brown |
 | LA SOCIÉTÉ POUR L'EXPANSION DES EXPORTATIONS
|
 | Mme Judy Sgro |
 | L'hon. Pierre S. Pettigrew |
1155
 | LA DÉPUTÉE DE BRANT
|
 | M. Cliff Breitkreuz |
 | L'hon. Herb Gray |
 | LA DÉFENSE NATIONALE
|
 | M. René Laurin |
 | L'hon. Arthur C. Eggleton |
 | LES TRANSPORTS
|
 | M. Nelson Riis |
 | M. Stan Dromisky |
 | L'EMPLOI
|
 | M. Gerald Keddy |
 | Mme Bonnie Brown |
 | LA DÉFENSE NATIONALE
|
 | M. John Richardson |
1200
 | L'hon. Arthur C. Eggleton |
 | LA SOCIÉTÉ POUR L'EXPANSION DES EXPORTATIONS
|
 | M. Charlie Penson |
 | L'hon. Pierre S. Pettigrew |
 | LES ALIMENTS TRANSGÉNIQUES
|
 | Mme Hélène Alarie |
 | L'hon. Allan Rock |
 | RECOURS AU RÈGLEMENT
|
 | Le Projet de loi C-206
|
 | M. Jay Hill |
1205
 | M. Derek Lee |
 | Le vice-président |
 | Le dépôt de documents
|
 | Mme Suzanne Tremblay |
1210
 | La période des questions orales
|
 | M. Stéphane Bergeron |
 | AFFAIRES COURANTES
|
 | RÉPONSE DU GOUVERNEMENT À DES PÉTITIONS
|
 | M. Derek Lee |
 | LES COMITÉS DE LA CHAMBRE
|
 | Justice et droits de la personne
|
 | M. Ivan Grose |
 | LA LOI SUR LA MARINE MARCHANDE
|
 | Projet de loi C-374
|
 | M. Mac Harb |
 | PÉTITIONS
|
 | La pornographie juvénile
|
 | M. Nelson Riis |
 | Le Code criminel
|
 | M. Nelson Riis |
 | La cancer du sein
|
 | M. Mark Assad |
 | L'agriculture
|
 | M. Howard Hilstrom |
1215
 | La mammographie
|
 | M. Mac Harb |
 | Les courriers des routes rurales
|
 | M. Stéphane Bergeron |
 | La fiscalité
|
 | M. Grant McNally |
 | La Constitution
|
 | M. Grant McNally |
 | QUESTIONS AU FEUILLETON
|
 | M. Derek Lee |
 | INITIATIVES MINISTÉRIELLES
|
 | LE CODE CANADIEN DU TRAVAIL
|
 | Projet de loi C-12. Deuxième lecture
|
 | L'hon. Alfonso Gagliano |
 | Mme Judy Longfield |
1220
1225
1230
 | M. Werner Schmidt |
1235
1240
 | Mme Monique Guay |
1245
1250
1255
1300
1305
1310
1315
 | M. Pat Martin |
1320
1325
1330
1335
 | Mme Angela Vautour |
1340
1345
1350
 | Annexe
|
(Version officielle)
HANSARD RÉVISÉ • NUMÉRO 71

CHAMBRE DES COMMUNES
Le vendredi 24 mars 2000
La séance est ouverte à 10 heures.
Prière
INITIATIVES MINISTÉRIELLES
1005
[Traduction]
LA LOI SUR LES SUBVENTIONS AUX MUNICIPALITÉS
La Chambre reprend l'étude, interrompue le 23 février, de la
motion: Que le projet de loi C-10, Loi modifiant la Loi sur les
subventions aux municipalités, soit lu pour la troisième fois et
adopté.
M. Werner Schmidt (Kelowna, Réf.): Monsieur le Président, c'est
un privilège de pouvoir participer au débat sur le projet de loi
C-10. Fondamentalement, nous devrions reconnaître que c'est une
bonne mesure législative. C'est un pas dans la bonne direction
et on prend certaines des mesures qui s'imposent.
En particulier, on remplace le mot «subventions» par «paiements»
pour qu'il ne soit plus question de subventions en remplacement
d'impôts, mais de paiements en remplacement d'impôts. Étant
donné tout ce qui se passe à la Chambre depuis quelque temps
relativement aux subventions, les observations que le
vérificateur général a formulées hier devant le Comité du
développement des ressources humaines et les articles sur ses
déclarations dans le numéro de ce matin du National Post, on
peut facilement voir qu'on pouvait peut-être pressentir que le
ministre des Travaux publics allait remplacer le mot
«subventions» par «paiements». Il y a de bonnes raisons pour
lesquelles il préfère parler de paiements plutôt que de
subventions.
Il faut reconnaître que le projet de loi cadre avec la majeure
partie des choses qui doivent se produire dans le secteur public
et dans le monde des affaires en général.
Le projet de loi a également l'appui de la Fédération canadienne
des municipalités, qui a cependant laissé entendre qu'il y avait
peut-être certaines choses que le projet de loi aurait dû
prévoir, mais qu'il ne renferme pas.
Je devrais également préciser qu'il y a eu une certaine
réticence de la part des fonctionnaires de ce ministère ainsi
que de la part du ministre lui-même à nous préciser les raisons
pour lesquelles on n'a pas apporté certaines modifications. Je
pense que le ministre aurait dû y procéder, mais il a choisi de
n'en rien faire. Je vais parler de quelques-unes de ces
modifications un peu plus tard.
La troisième chose que nous devrions reconnaître, c'est que nous
pouvons, en tant que réformistes, appuyer le projet de loi, car
notre politique est très claire. Elle dit que toutes les lois
touchant les particuliers et le secteur privé s'appliquent de la
même façon au gouvernement du Canada, à son personnel, à ses
organismes et au Parlement.
Nous ne croyons pas qu'un parlementaire est au-dessus de la loi
ni que les personnes qui travaillent pour le gouvernement du
Canada devraient l'être. Ces gens sont assujettis à la loi comme
tout autre citoyen.
C'est particulièrement vrai lorsqu'il est question d'impôts à
verser aux municipalités ou aux autorités évaluatrices dans des
endroits où le gouvernement a des immeubles ou des biens réels
et la municipalité ou l'autorité taxatrice offre des services
comme des routes, une infrastructure et des services publics.
1010
Ça prend de l'argent pour fournir ces services et les édifices
gouvernementaux ne devraient pas échapper à l'obligation de
payer un montant dû juste et équitable, comparable à ce que les
autres contribuables doivent verser à l'autorité taxatrice. Cela
vaut également pour les sociétés d'États. On devrait reconnaître
clairement le fait que les sociétés d'États et le gouvernement
même devraient être responsables et verser les montants dus aux
autorités taxatrices qui fournissent des services à des
propriétés gouvernementales.
Il y a des questions très sérieuses qui méritent d'être
soulevées et discutées.
La Constitution du Canada est très explicite là-dessus: on ne
peut pas obliger le ministre ou le gouvernement à payer des
impôts à l'autorité taxatrice de la municipalité où se trouve
une propriété donnée. La Constitution dit que le gouvernement
est exempté.
La mesure à l'étude a été conçue de telle façon qu'avec
l'autorisation du Parlement le ministre peut verser à l'autorité
taxatrice certains montants en remplacement d'impôts. Le mot clé
est «peut». On aurait dû dire «doit». Tout comme la population,
le gouvernement devrait payer, mais la Constitution dit qu'il
n'y est pas tenu.
On aurait pu opter pour une autre solution, à savoir que le
ministre ne peut pas sans raison valable retenir un paiement ou
qu'il doit à tout le moins expliquer à l'autorité taxatrice la
raison pour laquelle il retient ou change les montants à verser
en remplacement d'impôts.
Cela ne s'arrête pas là, il y a également le comité consultatif
dont le mandat est de conseiller le ministre.
J'y reviendrai plus tard de façon plus approfondie.
J'aimerais également parler du paiement tardif des impôts.
Supposons que le gouvernement décide, par l'intermédiaire de son
ministre, que, au lieu de payer les impôts à la date spécifiée
sur le formulaire d'évaluation, il les paiera à une autre date.
S'il décide de payer en retard, c'est au ministre de décider de
combien il est réellement en retard—et les dates peuvent faire
l'objet d'une contestation—et il peut devoir payer une pénalité
ou des intérêts.
Les entrepreneurs savent pertinemment que s'ils sont en retard
dans le paiement de leurs impôts, on leur facture des frais
d'administration et de l'intérêt en fonction du retard. À mon
avis, le ministre devrait se trouver dans la même situation et
devrait être au moins obligé de justifier pourquoi il ne paiera
pas les intérêts.
Par ailleurs, le projet de loi prévoit la création d'un comité
consultatif. C'est un mécanisme très utile. Le comité
consultatif donnera des avis au ministre sur l'évaluation. Si un
immeuble qui appartient au gouvernement est entièrement occupé
par ce dernier, il doit payer le montant total. Si, par contre,
le gouvernement l'a loué à un tiers, qui est responsable? Le
tiers? Le gouvernement? Qui est responsable? Le projet de loi
indique que c'est là le genre de questions sur lesquelles le
comité consultatif donne des avis au ministre.
Le ministre n'est toutefois pas obligé de se conformer aux avis
qu'ils reçoit. Il peut décider de ne pas en tenir compte.
Le comité serait composé de personnes qui connaissent le
domaine, des évaluateurs qui savent comment évaluer la juste
valeur marchande des propriétés, qu'il s'agisse d'un immeuble ou
d'un terrain.
Il peut y avoir des contestations tout comme lorsqu'un bien
foncier appartenant à particulier est évalué aux fins de
l'impôt. Le ministre peut contester l'évaluation, jugeant trop
élevée la valeur estimative de la propriété. Dans ce cas, il
existe une procédure d'appel.
Il peut également soulever, au moment de l'audition de l'appel,
un tas d'autres questions, dont le droit de propriété.
1015
Le comité consultatif, qui agit à titre de mécanisme de
règlement des différends, peut conseiller le ministre. Il peut
lui dire que l'évaluation qu'il trouve si élevée est en fait
correcte. Il peut également dire à l'autorité taxatrice que son
évaluation est probablement trop élevée. Quoi qu'il en soit, le
ministre n'est pas tenu d'accepter l'avis du comité. Il peut le
rejeter, l'adapter ou le suivre. C'est à lui de décider.
Pourquoi nous préoccupons-nous autant de ces questions? Pourquoi
le ministre ferait-il fi des conseils du comité? Pourquoi ne
voudrait-il pas payer des impôts, ou voudrait-il les payer en
retard ou bien faire des ajustements, selon le cas? Il n'a
aucune obligation. Pourquoi ne veut-il pas que le Parlement
l'oblige à rendre des comptes? Il devrait être tenu d'expliquer
à l'autorité taxatrice pourquoi il n'accepte pas l'évaluation de
l'impôt à payer. Puisqu'il a le pouvoir de payer, il devrait
être obligé de le faire pour bien montrer qu'il fait les choses
de façon équitable, juste et transparente.
Peut-être le ministre veut-il simplement avoir le pouvoir de dire
qu'il peut le faire parce qu'il peut agir comme il l'entend.
c'est très possible.
À voir l'arrogance, ces derniers temps, des gens des banquettes
ministérielles, il se pourrait que ce soit cela.
Il se trouve que je connais le ministre, et je ne crois pas que
c'est son motif. Il pourrait s'agir d'autre chose. De la
manipulation peut-être. C'est-à-dire qu'il pourrait avoir des amis
parmi les autorités taxatrices qui doivent être payées
immédiatement. Mais si un paiement est en retard, il ne
fait aucun doute que les intérêts qui s'appliquent doivent être
versés.
Il pourrait y avoir d'autres municipalités ou autorités
taxatrices dont la direction n'est pas nécessairement aussi
proche du ministre parce qu'elles ont voté pour un parti autre
que celui au pouvoir. Le ministre pourrait dire, dans pareil
cas, qu'il devrait peut-être ne pas payer le plein montant,
attendre un peu ou réduire le taux d'intérêt. Il pourrait y
avoir du favoritisme.
Je sais pertinemment que le ministre en question ne ferait pas
de favoritisme, mais la possibilité existe néanmoins.
Lorsque nous légiférons à la Chambre, nous veiller à ce que les
lois soient rédigées de telle sorte que le favoritisme politique
ne fasse pas problème. L'imposition et le paiement des impôts
devraient s'effectuer de façon juste, équitable et transparente,
pour que tous les Canadien soient traités de la même manière.
Aucun groupe ne devrait être avantagé par rapport à un autre. Un
ministre ne devrait pas pouvoir intervenir et tourner la
situation à son avantage ou à l'avantage du parti politique
auquel il appartient.
Les mêmes arguments s'appliquent également au comité. Ayant à sa
disposition un groupe d'experts pour lui fournir de bons
conseils, pourquoi le ministre pourrait-il ne pas en tenir
compte? Je pense que le comité consultatif joue le rôle de
mécanisme de protection pour les contribuables canadiens afin
que les conflits puissent être résolus de façon équitable,
rapide et impartiale. Si le ministre choisit de ne pas tenir
compte des conseils du comité consultatif, il devrait être tenu
de justifier sa décision.
Nous devons également examiner plusieurs autres choses. La
première a trait aux droits des contribuables.
Quels droits avons-nous, en tant que contribuables canadiens qui
soutiennent financièrement le gouvernement et financent les
programmes, même si nous sommes opposés à ces programmes? Quels
sont les droits du contribuable? Les droits du contribuable sont
qu'il devrait savoir où vont les impôts qu'il a versés, à
combien se chiffrent les impôts, à quelle fins servent ces
impôts et s'ils sont équitables, afin de savoir exactement ce
qui se passe.
Cela va plus loin. Il y a trois sociétés d'État à but lucratif.
Il s'agit de la Société canadienne d'hypothèques et de logement,
de la Société canadienne des postes et de la Monnaie royale
canadienne. Ces trois sociétés d'État ont trouvé le moyen d'être
exemptées de verser des paiements en remplacement d'impôt.
Elles en sont exemptées uniquement parce que ce sont des
sociétés d'État. Toutefois, la Banque de développement du Canada
paie des impôts parce qu'elle est inscrite à l'annexe IV. Pour
une raison ou une autre, ces trois sociétés, c'est-à-dire la SCHL,
la Société canadienne des postes et la Monnaie royale canadienne
ont été exemptées. On ne sait pas pourquoi.
1020
La Fédération canadienne des municipalités a suggéré que cette
exemption soit levée. Nous avons d'ailleurs proposé un
amendement en ce sens, mais on n'en a pas tenu compte. Pourquoi?
La Loi nationale sur le logement a été modifiée l'an dernier
pour permettre à la Société canadienne d'hypothèques et de
logement de verser des dividendes à son principal actionnaire,
le gouvernement du Canada. Il est évident que la Société ne
pourrait pas verser de dividendes si elle ne faisait pas de
profit.
Nous avons donc ici une société qui utilise des services qui
sont offerts par une municipalité et financés par les impôts
fonciers. Pourquoi n'oblige-t-on pas ces sociétés à verser des
paiements en remplacement d'impôts comme toutes les autres
sociétés d'État?
Les contribuables ont le droit d'être protégés et de payer des
impôts justes et équitables répartis également entre tous.
Le ministre doit également assurer une saine gestion. Je
félicite le ministre, car il semble qu'on exerce de bons
principes de gestion dans ce ministère, mais là n'est pas la
question. À ce sujet, s'il y a eu des exemples de saine gestion
de la part du ministère, il y a également d'autres secteurs où
le ministère a fait preuve de faiblesse et où le ministre
devrait contester les pratiques de gestion, notamment à la
Société canadienne des postes.
Cet organisme traite les facteurs ruraux de façon scandaleuse,
surtout en matière de gestion des contrats. Il faut faire
quelque chose pour s'assurer que le processus de passation des
contrats se fera de façon juste et équitable. Ce n'est pas le
cas actuellement.
Je voudrais aborder maintenant la question de la reddition de
comptes. Le ministre est responsable envers le Parlement et il
devrait rendre des comptes. Il faudrait justifier au Parlement
les cas de non-paiement d'impôts, de paiement d'une somme en
remplacement d'impôts, de paiement en retard ou d'ajustement des
paiements d'intérêts. Nous avons besoin de cette information.
On devrait également faire preuve de transparence.
Qu'y a-t-il à cacher? Il n'y a rien à cacher. Pourquoi cela
devrait-il faire l'objet d'un grand secret? Ça ne devrait pas
l'être. Pourquoi ne pas dire aux Canadiens que le ministre en
appelle d'une cotisation d'impôt? Pourquoi ne devrions-nous pas
savoir que, de l'avis du ministre, la cotisation devrait être
réduite? C'est légitime. Quand nous, les députés, avons des
doutes, nous pouvons en appeler auprès de la cour de l'impôt. Le
ministre doit rendre des comptes au Parlement.
Enfin, il y a la question de l'engagement. Nous devons savoir si
le ministère est déterminé à cultiver la paix, l'ordre et le bon
gouvernement. Je reviens à ce dossier de passation de contrats à
Postes Canada. Ce n'est pas ce qu'on peut appeler cultiver la
paix. Ce n'est pas encourager l'ordre et assurer le bon
gouvernement, car cela a pour effet de dresser un groupe contre
un autre. Le processus n'est pas ouvert. Il est partial et
exerce à bien des égards une discrimination contre d'autres
personnes.
Si le ministre disait qu'il rendait des comptes et qu'il prenait
cette question au sérieux, nous serions vraiment en mesure de
dire que nous avons fait des progrès. Nous pourrions nous
assurer de cela grâce aux amendements que nous avons proposés à
l'étape du rapport.
La question n'est pas sans importance, surtout si on songe aux
propos d'hier du vérificateur général, M. Desautels, qui ont été
rapportés dans le National Post de ce matin. Il a dit: «Si les
députés prennent part aux décisions»—il parlait dans ce cas
des subventions à la création d'emplois—«cela brouille les
distinctions et complique leur tâche, lorsqu'il s'agit de
surveiller le gouvernement».
Je ne saurais souligner plus énergiquement que le vérificateur
général ne l'a fait l'importance de cette affirmation.
1025
C'est dans le même esprit que je veux protéger non seulement le
ministre, mais aussi les contribuables. Je tiens à leur dire
qu'ils seront traités avec justice et équité et que nos
décisions seront transparentes. Si les choses se passent de la
sorte, le vérificateur n'aura pas à donner de conseils comme
ceux-là, puisque ce rôle nous serait confié dès le départ.
Selon moi, nous devons décider de jouer franc jeu, d'être justes
et honnêtes. Nous devons dire à nos municipalités que nous
reconnaissons leur rôle et que nous les respectons.
Le principe est le même, qu'il s'agisse des subventions de DRHC,
des subventions ou des prêts de la SEE ou de ce que fait
n'importe quel autre ministère.
Le principe est que les députés, y compris le ministre,
devraient reconnaître que toutes les lois visant des individus
et le secteur privé s'appliquent également au gouvernement du
Canada, à son effectif, à ses agences et au Parlement.
L'engagement à observer ce principe caractérise tous les députés
réformistes et caractérisera tous les députés de l'Alliance
canadienne après la décision de samedi. Je prends cet engagement
devant tous les députés en mon nom personnel et au nom de mes
collègues.
À mon avis, même si le ministre n'a pas saisi l'occasion cette
fois-ci, il aurait avantage à proposer, au cours de la prochaine
session du Parlement, une modification assurant sa protection et
celle de ses successeurs, et garantissant que tout soit clair et
irréprochable.
En ce qui concerne les trois autres sociétés, soit la SCHL, la
CCP et la Monnaie royale canadienne, le ministre pourrait les
inclure dans l'annexe 4 en proposant sa modification. Il
assurerait ainsi un traitement juste et équitable pour toutes
les sociétés d'État.
Elles seraient alors tenues d'acquitter des impôts.
Même si, en principe, nous sommes d'accord avec ce projet de loi
et l'appuyons et même s'il il renferme de nombreuses
dispositions que nous approuvons, je dirais au ministre qu'il
n'est pas allé aussi loin qu'il aurait pu ou qu'il aurait dû. Il
aurait été dans l'intérêt du Parlement et de tous les Canadiens
d'aller plus loin et d'accepter les amendements proposés à la
Chambre à l'étape du rapport.
M. Pat Martin (Winnipeg-Centre, NPD): Monsieur le Président, du
point de vue du groupe parlementaire néo-démocrate, et d'après
l'enquête que nous avons menée dans le cadre de la préparation
de ce projet de loi, il est clair que cette mesure législative
représente plus de deux ans de consultations intenses auprès de
toutes les parties en cause, une tournée pancanadienne et un
effort sincère pour donner à tous les intervenants l'occasion de
s'exprimer adéquatement sur un projet de loi très important
selon nous.
J'ajouterais même que le processus de consultation a été
tellement bien organisé qu'il pourrait servir de modèle pour la
préparation d'autres projets de loi. Toutes les parties en
cause se sont dites entièrement satisfaites, affirmant que la
consultation avait été exhaustive et qu'elles avaient eu
amplement l'occasion de faire une différence et d'aider à
façonner cette mesure législative.
Il faudrait que cela se produise plus souvent et que toutes les
parties intervenant à l'égard de tout projet de loi soient aussi
satisfaites de leur participation.
Le groupe parlementaire néo-démocrate croit fermement que le
projet de loi C-10 profitera directement à près de 2 000
collectivités d'un océan à l'autre. Nous croyons que c'est une
mesure positive parce qu'elle regroupe une fois pour toutes les
principes de la justice, de l'équité et de la prévisibilité dans
la gestion des paiements tenant lieu d'impôts versés par le
gouvernement fédéral, que tous les députés des deux côtés à la
Chambre considèrent comme des principes importants.
Je félicite les membres du comité technique mixte, qui comptait
des représentants de la Fédération canadienne des municipalités
et du Conseil du Trésor, ainsi que d'autres représentants
gouvernementaux.
Je souligne également le travail de tous les représentants des
municipalités, des maires et des conseillers qui se sont réunis
avec le groupe de consultation, en 1998. Ils ont joué un rôle
extrêmement utile dans l'élaboration de ce projet de loi.
1030
Tous les députés se rendent compte que le gouvernement du Canada
bénéficie d'une exemption de taxes municipales en vertu de la
Constitution. Néanmoins, nous reconnaissons tous, à mon avis,
que le gouvernement a une obligation morale, en tant que
propriétaire de biens immobiliers, d'aider à payer les coûts
engagés par les administrations locales. Il est un principal
occupant d'immeubles dans ces municipalités et, de toute
évidence, il utilise les services des administrations locales.
Il n'est que juste et raisonnable qu'il paie pour ces services.
Les activités fédérales devraient contribuer à assurer le
bien-être social et économique de la collectivité et ne devraient
certes pas constituer un fardeau pour le contribuable de la
municipalité.
Au cours des 50 dernières années, les gouvernements fédéraux qui
se sont succédé ont adopté la politique de paiements versés en
remplacement d'impôts fonciers pour reconnaître les précieux
services dont ils bénéficient directement ou non des
municipalités. Ces paiements dépassent actuellement 375 millions
de dollars par année, ce qui représente un transfert
considérable de paiements fédéraux aux localités.
Ces paiements fédéraux contribuent à la croissance des économies
locales. Ils présentent un avantage important et aident
également, dans une grande mesure, à assurer le bien-être de
l'ensemble des Canadiens. Les finances d'une région comme
Ottawa-Carleton ou de la ville de Hull seraient dans un état
désastreux si le gouvernement du Canada refusait d'assumer ses
responsabilités de propriétaire d'immeubles et cessait de verser
des paiements en remplacement d'impôts.
On peut dire en toute justice que nous reconnaissons et
acceptons tous le bien-fondé de ces paiements. Les Canadiens sont
conscients de l'importance et de la nécessité de ces paiements.
Nul ne le conteste aujourd'hui.
Le projet de loi C-10 traite de moyens d'améliorer
l'administration de ces paiements. Compte tenu de vastes
modifications qui ont été apportées sur le plan des taxes
municipales au cours des deux dernières décennies, il fallait
moderniser et améliorer la législation existante.
Le groupe parlementaire du NPD est convaincu que ce projet de
loi C-10 apportera des changements positifs, constructifs et
durables. Il confirmera que le gouvernement fédéral respecte les
normes établies à l'intention d'autres propriétaires fonciers et
qu'il attache de l'importance aux services qu'il reçoit des
administrations municipales.
Le but est de rendre le processus plus prévisible et de
renforcer les principes de justice et d'équité sur lesquels le
programme est fondé et qui ont guidé son fonctionnement au cours
des cinq dernières décennies. Nous voulons que les paiements
fédéraux en remplacement d'impôts ressemblent aux impôts payés
par les propriétaires fonciers privés. Nous croyons que le
projet de loi C-10 nous rapproche de cette équité tout en
reconnaissant l'exemption constitutionnelle dont bénéficie le
gouvernement fédéral à l'égard de l'imposition locale.
Le projet de loi C-10 changera le nom de la loi et du programme.
Dorénavant, on ne parlera plus de subventions tenant lieu
d'impôts mais bien de paiements en remplacement d'impôts. Cela
reflète plus fidèlement la relation plus explicite et
respectueuse entre les deux ordres de gouvernement. Le genre de
langage utilisé est très important. Le terme «paiements», au
lieu de «subventions», reflète plus fidèlement le respect mutuel
qui existe entre les deux ordres de gouvernements.
Le projet de loi C-10 contient aussi une clause de bonne volonté
qui confirme notre engagement à l'égard de la justice et de
l'équité dans l'administration des paiements fédéraux en
remplacement d'impôts. C'est là un aspect très positif et
nécessaire de cette relation nouvellement définie.
Parmi les changements apportés à la loi, mentionnons le fait que
le gouvernement fédéral s'engage à s'efforcer de respecter les
calendriers de paiement établis par les municipalités. Lorsque
les paiements tarderont de façon déraisonnable, le ministre des
Travaux publics et des Services gouvernementaux aura le pouvoir
et l'autorité de verser un montant supplémentaire à la
municipalité en guise d'indemnisation pour le retard. Les
municipalités doivent pouvoir compter sur des paiements
réguliers de la part du gouvernement fédéral afin que leurs
propres services ne soient pas interrompus à cause de paiements
en retard.
Le projet de loi C-10 traite aussi de la question du règlement de
tout genre de différend entre les deux parties.
Toute relation de ce genre doit avoir un processus de médiation
juste et impartial qui convient aux deux parties.
1035
Pour toutes ces raisons, le projet de loi C-10 devrait être bon
pour les municipalités. Nous croyons que les élus municipaux
sont satisfaits de cette mesure législative. Ils ont eu la
possibilité de participer à son élaboration. Selon nous, tout ce
processus devrait servir de modèle pour l'élaboration d'autres
genres de mesures législatives. Le caucus néo-démocrate sera
heureux de voter en faveur du projet de loi C-10 à l'étape de la
troisième lecture.
M. Greg Thompson (Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest, PC): Monsieur le
Président, notre parti est heureux d'appuyer le projet de loi
C-10 et il me fait plaisir d'intervenir à ce sujet en
remplacement de mon collègue de Tobique—Mactaquac.
Nous avons accompli d'importants progrès tant en ce qui concerne
le cadre qu'en ce qui a trait au contenu du projet de loi. Je
résumerai ce que nous avons accompli et je préciserai en quoi
cela profitera aux contribuables de tout le pays. J'analyserai
certains des objectifs clés du projet de loi et j'expliquerai
pourquoi notre parti les appuie. J'aborderai également certains
des problèmes que comprend le système actuel et j'indiquerai en
quoi ce projet de loi s'attaque selon moi à certains d'entre
eux.
De plus, le projet de loi comprend certains problèmes que divers
groupes nous ont soulignés. Par conséquent, je traiterai de ces
problèmes et de la façon dont nous avons cherché à les résoudre
ainsi que de la mesure dans laquelle nous y sommes parvenus.
Plus précisément, je reviendrai donc sur les amendements que
nous avons proposés au projet de loi et sur les avantages que
les Canadiens en tireront.
Enfin, je me pencherai sur l'avenir et je préciserai les
problèmes qui doivent toujours et qui devront être corrigés dans
l'avenir.
Premièrement, je tiens à remercier les particuliers et les
groupes qui ont apporté leur aide à notre parti dans le cadre de
ce projet de loi. Les dirigeants et le personnel de la
Fédération canadienne des municipalités, de l'Association des
cités du Nouveau-Brunswick et de l'Association des municipalités
de l'Ontario, ainsi que de l'Institut canadien des évaluateurs
ont tous partagé leurs connaissances et leurs idées avec nous.
Je tiens également à remercier mes collègues du caucus et plus
expressément les députés de Brandon—Souris, de
Richmond—Arthabaska, de Compton—Stanstead et, bien sûr, de Saint
John. On se souviendra qu'ils ont tous été maires de leur ville
d'appartenance.
Je désire également remercier mes collègues des autres partis
qui ont échangé des idées avec nous ainsi que le ministre, qui
nous a écoutés lorsque nous avons dit que ce projet de loi
pouvait être amélioré.
Il n'arrive pas très souvent que l'on puisse dire d'un ministre
qu'il désire effectivement parler avec l'opposition en vue de
chercher à améliorer un projet de loi, comme l'a fait ce
ministre, et nous voulons l'en remercier chaleureusement.
Comme tout le monde le sait, les municipalités financent leurs
activités à l'aide des impôts fonciers et des taxes sur
l'occupation des locaux professionnels. En contrepartie, les
propriétaires et les entreprises bénéficient de services
municipaux comme ceux de l'adduction d'eau, des égouts et de la
cueillette des ordures.
Au cours des 80 premières années de l'histoire du pays, le
gouvernement du Dominion du Canada a bénéficié de tous les mêmes
services que les contribuables municipaux sans payer un seul
cent de taxes municipales. Cette situation a changé en 1950 avec
l'adoption de la Loi sur les subventions aux municipalités qui
autorisait le gouvernement national à faire des paiements ou à
verser des subventions tenant lieu de taxes.
Les municipalités obtenaient leur argent du gouvernement fédéral
sans que celui-ci mette en péril le fait qu'aux termes de la
Constitution il est un des deux seuls paliers de gouvernement
autorisés à lever des taxes et des impôts.
Le système a donné de fort bons résultats pour les deux parties,
sauf bien sûr lorsque des différends sont parfois intervenus. Le
cas échéant, c'est le gouvernement fédéral qui avait le dernier
mot concernant le montant versé à une municipalité pour une
propriété donnée sans que celle-ci puisse interjeter appel de
cette décision. C'est un processus très unilatéral.
Le projet de loi C-10 cherche à introduire un système qui sera
plus équitable pour les municipalités en évaluant et en cotant
les biens immobiliers du gouvernement fédéral. Un autre des
objectifs de la mesure législative consiste à accroître l'équité
et la prévisibilité afin que les administrations municipales
puissent planifier leur budget à l'avance en sachant avec assez
d'exactitude combien elles tireront des propriétés fédérales.
1040
Le projet de loi permettra au gouvernement fédéral de verser des
compensations s'il paie ses taxes en retard et il l'autorisera à
faire des paiements aux municipalités si les locataires
d'immeubles fédéraux ne remplissent pas leurs obligations sur le
plan des taxes foncières. Mais, ce qui est plus important que
tout, ce projet de loi établira un organisme de règlement des
différends auquel le gouvernement fédéral pourra s'adresser en
cas de différend entre lui et les municipalités au sujet du
montant des paiements.
Le projet de loi élargira également la définition de propriété
fédérale pour qu'elle comprenne les piscines extérieures, les
améliorations apportées aux terrains de golf, les théâtres en
plein air, les entrées résidentielles et les améliorations
apportées aux stationnements des employés appartenant au
gouvernement fédéral afin que les biens immobiliers fédéraux
soient traités sur le même pied que les autres biens immobiliers
d'une municipalité donnée. Il veillera à ce que les
gouvernements des premières nations jouissent d'un traitement
égal à celui qui est accordé aux autres gouvernements locaux en
vertu de ladite loi.
Le projet de loi améliorera en outre la prévisibilité en
clarifiant les dispositions liées au calcul des paiements versés
en remplacement d'impôts pour les terres agricoles fédérales,
celles liées au calcul des déductions lorsque les municipalités
sont incapables de fournir aux biens immobiliers fédéraux des
services équivalents à ceux qui sont fournis aux propriétés
privées et celles liées au statut des biens de Parcs Canada en
tant que biens immobiliers fédéraux.
Parallèlement au projet de loi C-10, d'autres importants
changements sont prévus.
Par exemple, le gouvernement fédéral consultera les organismes
d'évaluation professionnels, les autorités de l'évaluation, les
municipalités, les ministères fédéraux et les sociétés d'État au
sujet de l'évaluation des biens immobiliers fédéraux à vocation
particulière, comme les pénitenciers, les établissements
militaires et les parcs nationaux.
Le gouvernement fédéral sollicitera aussi l'avis des
intervenants au sujet des nominations des membres du comité de
règlement des différends. Sera également créé un comité
consultatif relatif aux programmes qui sera composé de
représentants des intervenants et aura pour mandat de donner des
avis au ministre sur la politique administrative et les
questions législatives.
Enfin, le gouvernement fédéral s'engage à payer ses taxes
municipales à temps, comme tout bon contribuable. Les députés me
pardonneront si j'avale de travers le fait que le gouvernement
fédéral paiera ses taxes à temps.
Qui pourrait vraiment croire cela? Néanmoins, le bilan de
l'actuel gouvernement libéral fédéral n'est pas aussi
impressionnant que cela à cet égard. S'il pouvait apporter des
améliorations, son bilan serait impressionnant. Nous allons
retenir notre souffle et voir ce qui se passe.
Ce qui importe, c'est qu'un système qui était jusqu'à maintenant
injuste, inéquitable et imprévisible sera désormais plus juste
et plus prévisible. «Prévisible» est le mot clé. Au bout du
compte, ce projet de loi et les mesures qui l'accompagnent
permettront d'injecter davantage d'argent dans les municipalités
sur une base régulière. Cela profitera à tous les contribuables
municipaux. Voilà pourquoi notre parti appuie le projet de loi
C-10.
Le projet de loi n'est pas sans lacunes. Lorsqu'il a été
présenté, la Fédération canadienne des municipalités s'est
beaucoup plainte de ce que le projet de loi était adopté en
vitesse par la Chambre avant que les municipalités n'aient la
chance de l'examiner ni de dire au gouvernement ce qu'elles en
pensaient.
Les municipalités ont en général apprécié les deux années de
consultation qui ont précédé la présentation du projet de loi,
mais le projet de loi a été présenté sans qu'elles en aient été
informées ni qu'elles aient reçu un exemplaire du projet de loi
ou de la documentation. Nous avons porté plainte au cabinet du
ministre à cet égard. Je ne suis pas sûr que nous puissions
crier victoire, mais il semble que le ministre en ait tenu
compte et se soit arrangé presque immédiatement pour que la
deuxième lecture du projet de loi et l'étude de celui-ci au
comité soient repoussées. Encore une fois, le ministre a tenu
compte de ces plaintes.
1045
La plus grande partie du projet de loi lui-même est simple, mais
notre caucus a eu du mal avec la composition et le mandat du
comité consultatif sur le règlement des différends, tout comme
d'ailleurs des intervenants avec lesquels nous nous sommes
entretenus. Ce qui nous préoccupait, notamment, c'est qu'on
exige des membres de ce comité qu'ils possèdent une formation ou
une expérience pertinentes sans préciser ce qu'il fallait
entendre par là.
Je comprends l'intention de la chose. Il s'agissait d'assurer que
seuls des professionnels qualifiés fassent partie du comité.
Malheureusement, comme l'expression n'était pas définie dans le
projet de loi, nous avons craint que la définition soit laissée
à la discrétion du ministre des Travaux publics.
Cela met bien sûr le comité à la merci d'influences politiques
indues.
Par exemple, qu'arriverait-il si le ministre décidait qu'une
personne a une formation ou une expérience pertinentes
simplement du fait qu'elle est membre en règle du Parti libéral?
M. Lynn Myers: Voyons donc!
M. Greg Thompson: Lorsque le député prendra la parole, je vais
écouter très attentivement ce qu'il a à dire. Heureusement que
le Président ne prête pas attention. Lorsque j'aurai terminé mon
intervention, le député comprendra ce que je suis en train de
dire et il réalisera que mes propos sont très élogieux; je
l'invite donc à faire preuve de patience. Les députés d'en face
ne sont pas habitués aux compliments. Lorsque nous prononçons ce
mot, ils en ont tellement peur qu'ils se cachent sous leur
bureau ou qu'ils commencent à crier comme des déchaînés, comme
nous l'avons constaté récemment à la Chambre. Monsieur le
Président, nous demandons au député d'en face de respecter un
certain décorum à la Chambre. Lorsque j'aurai terminé, je suis
certain qu'il va venir me serrer la main pour montrer qu'il
appuie mon discours.
En l'absence d'une définition, les membres du comité consultatif
pourraient être nommés pour de raisons partisanes.
Je suis certain que le député sera d'accord pour dire que ce
genre de situation pourrait également se produire sous des
gouvernements ultérieurs.
Nous ne nous attendons pas à ce que le gouvernement actuel soit
au pouvoir jusqu'à la fin des temps. En fait, son règne pourrait
prendre fin abruptement au cours des prochains mois. Nous
entrevoyons donc ce qui pourrait se produire dans l'avenir,
indépendamment de l'affiliation politique de ceux qui seront au
pouvoir. Nous disons qu'il faut éliminer le risque d'abus et
nous nous réjouissons que quelque chose ait été fait à cet
égard.
Nous avons consulté un certain nombre de personnes afin de
tenter de mieux définir les modalités prévues dans le projet de
loi. Je sais que le député de Tobique—Mactaquac a parlé avec des
représentants du Bureau du Conseil privé, de certaines
organisations municipales et de l'Institut canadien des
évaluateurs, démarche à la suite de laquelle on a proposé des
amendements au projet de loi qui auraient exigé que les membres
du conseil consultatif soient nommés à partir d'une liste de
candidats dressée conjointement par l'institut canadien et son
pendant dans la province de Québec.
Ce n'était pas une mauvaise idée. Cette définition comporte
toutefois deux problèmes.
Tout d'abord, il y a d'autres professionnels que nous aimerions
voir siéger au comité, notamment les évaluateurs de biens
immobiliers et les représentants des municipalités et des
ministères fédéraux. En deuxième lieu, il n'existe pas de
définition nationale unique d'évaluateur. Actuellement, les
définitions varient d'une province à l'autre et, croyez-le ou
pas, la plupart d'entre elles n'exigent pas de permis pour être
évaluateur.
Nous sommes prêts à laisser le comité fonctionner selon les
critères contenus dans le projet de loi, mais j'invite tous les
députés, particulièrement mon vis-à-vis, à en surveiller la
composition. Si des problèmes devaient surgir, le comité chargé
des opérations gouvernementale a le pouvoir de revoir la future
loi. Que demander de plus qu'un examen du processus?
Nous avons également réussi à faire améliorer deux autres
aspects liés au comité consultatif sur les différends.
Dans le projet de loi initial, il était proposé que les membres
du comité soient nommés et rémunérés par le ministre. Ce dernier
aurait eu le pouvoir de rejeter leurs avis sans possibilité
d'appel. Il aurait également pu congédier les membres du comité
en tout temps et pour n'importe quelle raison. Puisqu'il s'agit
d'un comité censé régler de façon impartiale les différends
entre les municipalités et le gouvernement, habituellement le
ministère des Travaux publics, ces dispositions semblaient
franchement faire pencher la balance du côté de Travaux publics
et du ministre.
1050
Le député de Tobique—Mactaquac avait établi un parallèle entre
cette situation et un procès au criminel où l'accusé pourrait
choisir le jury. Cela paraît familier à la Chambre des communes.
L'accusé choisit les membres du jury, leur verse leur
rémunération, agit comme juge et ne s'expose à aucun appel. On
n'avait pas l'impression que ce système pouvait assurer
l'impartialité.
Les municipalités et leurs organisations ont aussi dénoncé ces
dispositions. À partir des plaintes formulées, mon collègue a
rédigé des amendements propres à équilibrer davantage le
processus d'appel et les a soumis au comité, qui les a pris en
considération.
Le premier amendement visait à éliminer la menace de
congédiement arbitraire d'un membre du comité par le ministre.
Si le ministre ne peut pas congédier un membre du comité,
celui-ci se sentira plus libre de donner des conseils impartiaux
sans craindre les représailles. On pense au Cabinet de l'autre
côté de la rue. Dans sa première mouture, le projet de loi
prévoyait que les membres du comité soient nommés à titre
amovible et donc qu'ils resteraient en poste tant que cela
plairait au ministre. Nous avons obtenu que les membres soient
nommés à titre inamovible. Autrement dit, ils seront nommés pour
la durée de leur mandat et ne pourront être congédiés que pour
un motif valable.
Le deuxième amendement que nous avons présenté au comité, qui
l'a adopté, a trait au processus de nomination. Dans sa première
mouture, le projet de loi C-10 stipulait que les membres du
comité soient nommés par le ministre. L'amendement du député de
Tobique—Mactaquac a été adopté par le comité. Il proposait que
les membres soient nommés par le gouverneur en conseil ou le
Cabinet.
Le député de Tobique—Mactaquac n'est peut-être pas parfaitement
d'accord avec moi sur ce point. Cela suppose une intervention du
premier ministre, mais je pense que cela veut mieux que de s'en
remettre entièrement au ministre, au moins le processus se
déroulera sous l'oeil du Cabinet. Le comité permanent était
d'avis que ces deux amendements étaient sensés et amélioraient
et le projet de loi et le fonctionnement du comité consultatif.
Il a adopté les deux amendements à l'unanimité.
Grâce à ces modifications, le processus de règlement des
différends sera équitable et les municipalités pourront obtenir
des paiements plus importants. Enfin, les contribuables
municipaux obtiendront peut-être ainsi un allégement de leur
fardeau fiscal, ce dont tout le monde devrait se réjouir.
Cela étant dit, il y a encore un aspect qui n'a pas été résolu
avec le projet de loi. Il s'agit du dossier des taxes sur
l'occupation des locaux professionnels qui touchent également
certaines sociétés d'État.
Comment et dans quelle mesure la Société canadienne des postes,
la Monnaie royale canadienne, la Société canadienne
d'hypothèques et de logement et d'autres sociétés d'État
similaires allaient-elles payer des taxes sur les locaux
professionnels, cela n'a pas été déterminé.
Le mandat de ces sociétés d'État a évolué depuis la dernière
fois que la Loi sur les subventions aux municipalités a été
modifiée. Au départ, ces sociétés servaient purement et
simplement à des fins publiques. Si elles faisaient des profits,
c'était plus par hasard que par dessein. Profit n'était pas un
mot qui faisait partie de leur vocabulaire. Aujourd'hui, ces
sociétés servent à deux fins. Non seulement elles continuent de
jouer un important rôle public mais en plus, elles sont censées
faire des profits pour recouvrer les coûts et réduire le fardeau
pour les contribuables.
Si ces sociétés d'État font des affaires et font des profits, il
est normal qu'elles paient des taxes. La question est de savoir
combien.
Notre parti a eu des discussions avec les représentants de la
Fédération canadienne des municipalités et a questionné les
témoins de la FCM et des Travaux publics qui ont comparu devant
le comité, je suis convaincu que ce problème sera bientôt réglé.
Les municipalités et le gouvernement continuent de négocier la
partie de chaque société qui est là uniquement pour faire des
profits. Les discussions à ce sujet ne sont pas terminées.
J'espère que ce problème sera bientôt réglé. Ce projet de loi
offrirait une approche plus équilibrée, plus prévisible et plus
juste à l'égard des paiements versés aux municipalités.
1055
Le président suppléant (M. McClelland): On m'a signalé que la
ministre avait pris la parole mais, avec le consentement de la
Chambre, elle pourra parler de nouveau. La ministre sera la
première à intervenir dès que nous reviendrons au projet de loi.
M. Gerald Keddy: Monsieur le Président, j'invoque le Règlement.
Vous regardiez la ministre et n'avez pas vu la députée se lever
pour des questions et observations.
Le président suppléant (M. McClelland): La députée de
Beauséjour—Petitcodiac a la parole pour poser une question ou
faire une observation.
Mme Angela Vautour (Beauséjour—Petitcodiac, PC): Monsieur le
Président, j'ai rencontré les représentants de certaines
municipalités qui éprouvent de sérieuses difficultés
financières, en raison du défaut de paiement de l'impôt foncier
applicable à des immeubles situés dans des communautés, dont
certaines sont très petites.
Les sommes qui sont versées à ces municipalités en lieu et place
de l'impôt foncier les désavantagent considérablement et les
placent dans une situation tout à fait inacceptable en les
empêchant de fournir les services nécessaires. J'aimerais
connaître le point de vue du député à ce sujet.
M. Greg Thompson: Monsieur le Président, je crois que les
organismes fédéraux, en l'occurrence Postes Canada, devraient
payer leur juste part d'impôt. Il s'agit d'organismes à but
lucratif, qui ne sont pas subventionnés par les contribuables
canadiens. S'ils fonctionnent comme toute autre entreprise, ils
devraient payer leur juste part d'impôt.
Cela impose un fardeau injuste aux municipalités qui comptent
sur les impôts pour assurer les services à leurs habitants. Je
crois que ce projet de loi contribuera à améliorer les choses et
à faire en sorte que toutes les municipalités reçoivent leur
juste part d'impôt foncier des sociétés de la Couronne, qui sont
maintenant des organismes à but lucratif. Ce qui vaut pour
l'entreprise privée devrait aussi valoir pour l'État.
Le président suppléant (M. McClelland): La Chambre est-elle prête
à se prononcer?
Des voix: Le vote.
Le président suppléant (M. McClelland): Le vote porte sur la
motion. Plaît-il à la Chambre d'adopter la motion?
Des voix: D'accord.
(La motion est adoptée, le projet de loi, lu pour la
troisième fois, est adopté.)
DÉCLARATIONS DES DÉPUTÉS
[Traduction]
LE MOIS NATIONAL DE L'ÉPILEPSIE
M. Lynn Myers (Waterloo—Wellington, Lib.): Monsieur le Président,
ce mois-ci l'Alliance canadienne d'épilepsie et d'autres
organismes partout au Canada font la promotion du Mois national
de l'épilepsie.
L'épilepsie est le trouble neurologique grave le plus répandu au
Canada. Environ 300 000 Canadiens en souffrent. Ce trouble peut
toucher n'importe qui. Des gens de tous âges sont atteints, mais
particulièrement les personnes âgées.
Malheureusement, dans la plupart des cas, la cause est inconnue
et il n'existe aucun remède. Il est aussi malheureux qu'on
entretienne des mythes à propos de l'épilepsie. Ces mythes
peuvent faire autant de tort aux personnes atteintes que le
trouble lui-même et les crises.
J'encourage fortement les Canadiens à faire un effort ce mois-ci
pour se renseigner au sujet de l'épilepsie et apprendre les
premiers soins à prodiguer. Ce n'est qu'en travaillant ensemble
que nous pourrons améliorer grandement la qualité de vie des
personnes atteintes d'épilepsie dans notre beau pays.
* * *
LES ALIMENTS BIOLOGIQUES
M. Garry Breitkreuz (Yorkton—Melville, Réf.): Monsieur le
Président, le gouvernement n'apprend jamais de ses erreurs. Je
viens tout juste d'apprendre qu'un organisme public entend
prendre le plein contrôle de la certification des aliments
biologiques au Canada. Si le gouvernement laisse cet organisme
aller de l'avant, 45 entreprises de certification prospères du
secteur privé devront fermer leurs portes.
Les libéraux affirment qu'ils prônent la diversification de
l'économie, mais ils continuent d'intervenir pour éliminer la
concurrence, restreindre la liberté contractuelle et violer le
droit de propriété. Les gestes des libéraux en disent plus long
que leurs paroles. L'industrie de la culture et du traitement
des aliments biologiques est très préoccupée par cette affaire.
1100
À une époque où les revenus des agriculteurs diminuent, cette
industrie continue de prospérer. Je ne veux pas qu'elle souffre
parce que ce gouvernement socialiste veut qu'il n'y ait qu'un
seul organisme de contrôle.
Un tel organisme existe dans l'Ouest depuis 60 ans et il a
contribué à la baisse des revenus des agriculteurs. Il s'agit de
la Commission canadienne du blé. Nous n'en avons pas besoin d'un
autre.
* * *
LA TUBERCULOSE
M. Rey D. Pagtakhan (Winnipeg-Nord—St. Paul, Lib.): Monsieur le
Président, j'attire l'attention du Parlement sur la situation
des deux milliards d'êtres humains qui sont infectés par le
bacille de la tuberculose; 200 millions d'entre eux vont devenir
tuberculeux et 100 millions mourront s'ils ne sont pas
correctement traités.
Cela ne frappe pas notre imagination de la même manière que les
images d'inondations ou d'un flot de réfugiés, mais l'intensité
des souffrances des victimes et le nombre des décès n'en sont
pas moindres.
Ce n'est pas parce que l'incidence de la tuberculose au Canada
est faible que nous pouvons nous permettre de tomber dans la
complaisance. On peut être infecté simplement en respirant le
même air qu'un sujet contagieux dans une salle d'attente, dans
un autobus ou dans un avion, danger sans cesse croissant dans
notre village planétaire.
En mettant notre expertise et nos ressources financières au
service du combat contre cette menace qui pèse sur la santé
publique à l'échelle mondiale, nous contribuons au bien-être du
Canada et de ses citoyens.
Nous avons collectivement le devoir de participer à cette action
planétaire. C'est à cela que nous devons nous engager en cette
Journée mondiale de la tuberculose.
* * *
[Français]
LA JOURNÉE MONDIALE DE LA TUBERCULOSE
M. Yvon Charbonneau (Anjou—Rivière-des-Prairies, Lib.):
Monsieur le Président, j'aimerais signaler à la Chambre que c'est
aujourd'hui la Journée mondiale de la tuberculose.
Nous commémorons en ce jour l'annonce publique, faite en 1882
par le Dr Robert Koch, de sa découverte de l'agent causal de la
tuberculose, le bacille de la tuberculose. Nous en profitons
pour rappeler que dans une grande partie du monde, cette maladie
est toujours à l'état épidémique et hors de contrôle. Un tiers
de la population mondiale est infecté et, chaque année, huit
millions de nouveaux cas font leur apparition.
[Traduction]
Après plusieurs décennies d'un déclin constant, le taux
d'incidence de la tuberculose au Canada demeure malheureusement
stationnaire depuis plusieurs années. Face à l'apparition de
souches pharmacorésistantes et à l'association mortelle de cette
maladie avec l'épidémie du VIH-sida, le Canada ne peut pas se
permettre de rester indifférent à la menace que représente la
tuberculose à l'échelle planétaire.
[Français]
La tuberculose constitue vraiment un cas d'urgence mondiale que
tous les pays doivent prendre au sérieux.
En cette Journée mondiale de la tuberculose, j'aimerais
témoigner de mon appui au combat constant que Santé Canada et ses
partenaires, comme l'ACDI, livrent à cette maladie.
* * *
[Traduction]
L'AGRICULTURE
M. John Maloney (Erie—Lincoln, Lib.): Monsieur le Président, les
produits agricoles canadiens sont connus dans le monde entier
pour leur qualité.
À fil des ans, les denrées agricoles soumises à la gestion de
l'offre ont été garantes de la qualité des marchandises et de la
stabilité des prix. Les agriculteurs, les transformateurs, les
détaillants et les consommateurs canadiens ont tous grandement
bénéficié de l'approvisionnement sûr et régulier de ces produits
réglementés.
Tant les agriculteurs que les consommateurs canadiens
reconnaissent les avantages évidents du maintien de ces
programmes dans le contexte de l'évolution rapide du secteur
agricole à l'échelle planétaire.
J'exhorte le gouvernement à préserver la gestion de l'offre pour
le plus grand bien de tous les Canadiens.
Les Canadiens sont en droit de pouvoir compter sur un
approvisionnement sûr en aliments sains. Ce devrait être notre
principale préoccupation alors que nous nous apprêtons à
participer aux prochaines négociations de l'OMC.
J'exhorte également le gouvernement à continuer à reconnaître et
à proclamer que les programmes de gestion des approvisionnements
agricoles sont essentiels pour assurer la protection de la
capacité de production du secteur agricole canadien.
* * *
LES GARDIENS DES PARCS NATIONAUX
M. Cliff Breitkreuz (Yellowhead, Réf.): Monsieur le Président,
la vie des gardiens des parcs nationaux est en danger, et la
ministre du Patrimoine refuse de les protéger.
Les gardiens des parcs fédéraux sont obligés de travailler sans
le matériel dont ils ont besoin pour se protéger. Les gardiens
rencontrent constamment des braconniers, des trafiquants de
stupéfiants et d'autres personnes qui peuvent être violentes et
armées. Comme les braconniers risquent cinq ans de prison, ils
paniquent lorsqu'ils sont appréhendés par un gardien de parc.
Comme elle est au courant de ces faits, pourquoi la ministre du
Patrimoine fait-elle fi de la recommandation de son comité
voulant que les gardiens portent un revolver d'ordonnance? Le
gouvernement autorise les gardiens de sécurité de la Brink's à
porter des armes courtes pour protéger l'argent, mais refuse
d'accorder le même droit aux gardiens qui protègent la faune,
les touristes et leur propre vie.
Je suis fier de représenter les habitants du parc national
Jasper et j'exhorte fortement la ministre du Patrimoine à doter
les gardiens des parcs des outils de base nécessaires à leur
protection et à celle du public. Pourquoi mettre nos agents en
danger pendant l'exercice de leurs fonctions tout simplement
parce que la protection la plus élémentaire leur est refusée?
* * *
L'ENVIRONNEMENT
M. Ovid L. Jackson (Bruce—Grey, Lib.): Monsieur le Président, on
discute beaucoup de notre système de santé et de sa viabilité.
Cependant, plusieurs de mes électeurs m'ont dit récemment que la
prévention des maladies est encore la meilleure médecine. Cette
prévention repose en grande partie sur un environnement sain.
J'ai été heureux de constater dans le récent budget que
plusieurs mesures ont été prévues pour protéger l'environnement.
Je suis impatient de collaborer en ce sens avec tous mes
collègues.
1105
J'espère aussi que tous les députés collaboreront pour assainir
notre environnement et mettre en oeuvre les mesures prévues dans
le budget. L'assainissement de l'eau et de l'air et la
protection de l'environnement contribuent grandement à préserver
notre patrimoine, patrimoine que je compte bien léguer à mes
petits-enfants et aux générations à venir.
J'ose espérer qu'il ne s'agit là que d'un premier exemple de ce
que fera le gouvernement pour protéger l'avenir de nos
concitoyens et de nos enfants. Les Canadiens ont besoin d'un
environnement sain pour être en bonne santé.
* * *
[Français]
LE DÉPUTÉ DE VAUDREUIL—SOULANGES
M. Odina Desrochers (Lotbinière, BQ): Monsieur le
Président, le député libéral de Vaudreuil—Soulanges a affirmé
qu'il perdrait sa circonscription aux mains du Bloc québécois
lors des prochaines élections si le premier ministre actuel
restait à la tête du Parti libéral du Canada.
Le député libéral de Vaudreuil—Soulanges se trompe en disant
que sa défaite sera causée uniquement par un mauvais chef. Ce
sera aussi par la faute de son gouvernement qui a imposé le
projet de loi C-20 pour empêcher les Québécoises et les Québécois
de décider seuls de leur avenir. Ce sera à cause de son
gouvernement qui a égaré un milliard de dollars au ministère du
Développement des ressources humaines, de son gouvernement qui a
accumulé des surplus mirobolants sur le dos des chômeuses et des
chômeurs et des travailleurs et des travailleuses, et de son
gouvernement qui reste passif devant la flambée des prix de
l'essence.
Malheureusement, nous ne pouvons que confirmer les craintes du
député de Vaudreuil—Soulanges. Le Bloc québécois prendra son
siège aux prochaines élections fédérales.
* * *
[Traduction]
LA FÊTE DE L'INDÉPENDANCE DE LA GRÈCE
M. John Cannis (Scarborough-Centre, Lib.): Monsieur le Président,
demain, le 25 mars, les Canadiens d'origine grecque célébreront
l'anniversaire de la libération de leur ancien pays du joug de
l'Empire ottoman.
En 1821, après 400 années d'oppression par l'Empire ottoman, les
Grecs, avec l'aide de héros comme lord Byron d'Angleterre, ont
rendu la liberté à la Grèce, le berceau de la démocratie.
Depuis cette époque, les relations entre ces deux pays ont
toujours été difficiles. Récemment, cependant, les Grecs et les
Turcs ont commencé à démontrer une certaine compassion les uns à
l'égard des autres.
Ainsi, lorsque la Turquie a été secouée par un terrible
tremblement de terre l'année dernière, ses voisins grecs se sont
immédiatement portés à son secours. Peu après, malheureusement,
la Grèce a été également frappée par un tremblement de terre et
les Turcs ont immédiatement offert leur aide à leur tour.
Depuis ce temps, ces deux pays établissent d'excellentes
relations en collaborant sur des questions socio-économiques.
Si on en croit cette volonté sans précédent de collaborer, les
peuples de ces deux pays semblent indiquer un désir commun
d'établir enfin des relations pacifiques entre eux.
J'espère également, alors que nous commençons le nouveau
millénaire, que ces deux pays vont favoriser les énergies
positives pour de meilleurs lendemains.
* * *
LE PARTI CONSERVATEUR
M. Jay Hill (Prince George—Peace River, Réf.): Monsieur le
Président, dans son édition d'aujourd'hui, le National Post
décrit ainsi la récente réunion électorale à laquelle a
participé Joe Clark:
...mercredi soir dernier, dans Calgary-Centre, Joe Clark s'est
présenté devant un groupe de partisans si petit que c'en était
embarrassant...Ainsi, selon des estimations généreuses, environ
300 personnes étaient présentes dans une salle qui aurait pu en
contenir 1 000.
La manifestation a connu un départ catastrophique lorsque Jim
Silye a demandé à 30 représentants d'organisations
communautaires de venir sur l'estrade. Personne ne s'est
présenté. Alors qu'il attendait, M. Silye a demandé: «Est-ce que
quelqu'un connaît de bonnes blagues en attendant ces gens?» Il a
ensuite quitté l'estrade en invitant les gens présents à prendre
un autre verre comme il allait lui-même le faire, disait-il.
Face à la triste réalité de cette soirée, M. Clark a déclaré:
«Nous avons beaucoup de travail à faire.
J'ai besoin de votre aide, de vos prières.»
Les campagnes électorales demandent généralement des membres et
de l'argent. Comme Joe n'a ni l'un ni l'autre, je peux voir
pourquoi il compte sur les prières des gens.
L'éditorial conclut ainsi:
Si ce parti ne peut réunir plus de 300 partisans à une réunion
électorale de son chef dans une circonscription que, selon
beaucoup, M. Clark ne peut remporter, il semble que celui-ci ait
peut-être besoin de toutes les prières possibles.
Je suppose que Joe Who est maintenant devenu Joe Boo-Hoo.
* * *
LE PORT D'OSHAWA
M. Ivan Grose (Oshawa, Lib.): Monsieur le Président,
aujourd'hui, je voudrais parler du port d'Oshawa, qui vient de
recevoir le statut d'autorité portuaire canadienne.
Le conseil municipal d'Oshawa a exercé des pressions importantes
pour obtenir la responsabilité du port. Je me suis opposé au
conseil municipal parce que j'avais le sentiment qu'il n'était
pas compétent pour gérer le port, car ses antécédents de gestion
de l'aéroport laissaient quelque peu à désirer.
Quoi qu'il en soit, sous le contrôle de la Commission du port
d'Oshawa, le trafic et les profits ont augmenté année après
année.
J'ai été accusé de rêver en couleurs pour ma ville; je plaide
coupable face à cette accusation. Je vois ma ville et me
demande: «Pourquoi pas? Pour une ville de première classe,
pourquoi pas un port de première classe?»
Regardez bien. Nous pouvons, et nous allons, renforcer le
sentiment de fierté qu'ont tous ceux qui vivent dans ma ville.
* * *
LA DISCRIMINATION RELIGIEUSE
M. Bill Blaikie (Winnipeg—Transcona, NPD): Monsieur le Président,
le NPD se joint à tous ceux qui ont condamné le massacre de 35
hommes adeptes du sikhisme par des terroristes le 21 mars à
Chittisinghpura, dans l'État du Cachemire.
La persécution religieuse et les meurtres réalisés pour des
motifs religieux doivent être dénoncés vigoureusement, où que ce
soit.
Le monde est un endroit de plus en plus dangereux pour les
adeptes de nombreuses religions, selon leurs lieux de naissance
ou de résidence. Les baha'is d'Iran et les chrétiens du Soudan
nous viennent rapidement à l'esprit, mais les musulmans, les
juifs, les sikhs, les hindous, les bouddhistes et les adeptes de
toutes les autres religions se trouvent tous persécutés dans
divers contextes. Ce que je trouve le plus lamentable, c'est la
persécution officielle approuvée par l'État.
1110
Le NPD croit, tout comme, j'en suis certain, la plupart des
Canadiens, que le XXIe siècle est le moment de mettre fin pour
toujours à la haine et à la discrimination religieuse.
* * *
[Français]
LA TAXE SUR LES TRANSACTIONS FINANCIÈRES INTERNATIONALES
M. Stéphan Tremblay (Lac-Saint-Jean, BQ): Monsieur le
Président, hier matin, les intervenants d'Attac-Québec et
d'Initiative Halifax se sont déclarés inquiets du fait que le
gouvernement semble ignorer l'esprit et la lettre d'une motion
adoptée il y a un an.
Cette motion demandait que, de concert avec la communauté
internationale, le gouvernement décrète une taxe sur les
transactions financières. Bien qu'elle ne fasse pas l'unanimité,
l'objet de cette proposition, qui est de freiner la spéculation
financière, est pertinent puisqu'il rejoint la majorité d'entre
nous.
Chaque jour, plus de 1 800 milliards de dollars US changent de
mains sur les marchés financiers. De ce montant, seulement 5 à
10 p. 100 sont reliés à des transactions qui touchent des biens
et services. ll m'apparaît donc légitime d'encadrer ce marché.
Je désire appuyer les recommandations de ces groupes de citoyens
et citoyennes qui désirent entre autres que le Comité permanent
des affaires étrangères et du commerce international, qui devrait
examiner les questions relatives à la mondialisation, soit
mandaté pour étudier la faisabilité de mesures de contrôle des
marchés financiers, telle la taxe Tobin.
* * *
LES ÉVÉNEMENTS TOURISTIQUES
M. Denis Paradis (Brome—Missisquoi, Lib.): Monsieur le
Président, qui n'a pas déjà entendu parler de la Traversée
internationale du lac Memphrémagog, ce marathon qui regroupe les
meilleurs nageurs longue distance au monde, de l'International
Bromont, un concours hippique international qui, d'ailleurs,
vient de gagner cette semaine le Prix du tourisme des Cantons de
l'Est, du Festival de musique classique d'Orford, du Festival
international des musiciens de rue de Cowansville, du Tour des
Arts, de l'Exposition agricole de Bedford et de Brome, pour n'en
nommer que quelques-uns.
Le comté de Brome—Missisquoi regorge d'événements prestigieux
qui attirent chaque année des milliers de visiteurs. Ces
événements sont ce qu'ils sont aujourd'hui grâce au dynamisme des
gens de Brome—Missisquoi.
Je lève mon chapeau aux organisateurs qui travaillent sans
relâche et avec détermination pour que ces événements soient
couronnés de succès. Je veux aussi remercier la population pour
son sens de l'hospitalité qui donne à tous ces événements un
petit «je ne sais quoi» d'unique et d'irremplaçable.
J'invite donc mes collègues à venir dans le comté de
Brome—Missisquoi. Ils y passeront, j'en suis convaincu, un
séjour inoubliable, un séjour paradisiaque.
* * *
[Traduction]
RANDOL WHIDDEN GANONG
M. Greg Thompson (Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest, PC): Monsieur le
Président, je prends la parole aujourd'hui pour rendre hommage à
M. Randol Whidden Ganong, du Nouveau-Brunswick, qui est décédé la
fin de semaine dernière.
M. Ganong était sans aucun doute l'un des plus célèbres, sinon
le plus célèbre, des fabricants de bonbons du Canada. Ses
réalisations sont d'ailleurs loin d'être limitées à la compagnie
de bonbons de St. Stephen qui porte le nom de sa famille.
M. Ganong a même reçu l'Ordre du Canada pour ses nombreux
exploits. Il a passé deux ans outre-mer pendant la Seconde Guerre
mondiale en tant que membre de l'Aviation royale du Canada et a
également occupé le poste de maire de sa ville pendant deux ans
avant de devenir président de l'entreprise familiale.
Il a été le premier président de l'Association canadienne des
fabricants de confiserie et a occupé les postes de directeur de
la SRC et de la New Brunswick Telephone Company.
Dans les bonnes comme dans les mauvaises années, R. W. Ganong a
toujours été fidèle à sa famille, à sa communauté et à ses
employés, et il était considéré comme l'un des chefs
d'entreprise les plus prévenant, honorable et honnête que le
Canada ait jamais produit. Il nous manquera.
* * *
L'INSTITUT DE TECHNOLOGIE DE LA CAPITALE NATIONALE
Mme Marlene Catterall (Ottawa-Ouest—Nepean, Lib.): Monsieur le
Président, plus tôt cette semaine, j'ai eu le privilège de
représenter le ministre de l'Industrie au lancement du nouvel
Institut de technologie de la capitale nationale et à
l'ouverture de ses bureaux situés dans le Centre de recherches
sur les télécommunications à Nepean.
Cet institut est un bon exemple de collaboration entre les
gouvernements, le secteur privé et le milieu universitaire pour
l'avancement de la recherche et du développement dans la région
et au sein de l'important secteur des télécommunications du
Canada.
Je félicite le Centre de recherche et d'innovation d'Ottawa, les
sociétés Nortel, Newbridge, Bell Nexxia et QNX, le Conseil
national de recherches, le Centre de recherches sur les
télécommunications, la Fondation canadienne pour l'innovation
ainsi que l'Université d'Ottawa et l'Université Carleton de leur
participation à ce partenariat unique qui profitera à tous les
Canadiens et qui permettra à notre pays de rester à la fine
pointe de ce secteur important pour l'économie.
* * *
LE DRAPEAU CANADIEN
M. Peter Goldring (Edmonton-Est, Réf.): Monsieur le Président, la
fierté et l'amour-propre d'un pays se mesurent par l'idée qu'il
se fait de lui-même. La perception que les autres pays ont de ce
pays est la réflexion de ses réalisations collectives. Et c'est
par son symbole national qu'un pays projette son image.
1115
Notre pays est connu dans le monde entier pour ce qu'il a fait
en temps de guerre comme en temps de paix. Le symbole du Canada
est son drapeau qui flotte majestueusement au-dessus de
l'immeuble dans lequel nous nous trouvons. Notre drapeau est
l'incarnation du coeur et de l'âme de notre pays.
Il doit être interdit de profaner le drapeau du Canada. La
profanation du symbole de notre pays doit entraîner de sérieuses
conséquences.
La Chambre se prononcera bientôt sur l'importance de notre
drapeau. Le député de Prince George—Bulkley Valley souhaite que
l'on se serve du caractère solennel de la loi pour protéger
notre drapeau. Je demande à tous les députés de l'appuyer.
* * *
[Français]
LE PROJET DE LOI C-20
Mme Monique Guay (Laurentides, BQ): Monsieur le
Président, depuis le dépôt du projet de loi C-20 et pendant tout
le processus antidémocratique d'adoption de cette loi, le premier
ministre et son ministre des Affaires intergouvernementales ont
toujours refusé d'être parfaitement clairs sur la majorité
requise pour que le gouvernement fédéral soit astreint à son
obligation de négocier avec le Québec.
Alors qu'une majorité de 50 p. 100 plus un des votes est une
règle extrêmement claire et juste, le premier ministre et son
ministre ont sciemment entretenu la confusion. Mais hier, à
Calgary, pensant être à l'abri des oreilles averties des
Québécoises et des Québécois, le chat est enfin sorti du sac:
pour le premier ministre, 66 p. 100 des voix ne serait pas
suffisant, a-t-il dit. Voilà la face cachée du projet de loi
C-20.
Cette loi refuse, non seulement le principe démocratique de
l'égalité des électrices et des électeurs, mais elle permet au
Parlement et gouvernement fédéral de refuser la volonté
démocratique des Québécois et des Québécoises, même s'ils
décident à plus de 60 p. 100 qu'ils veulent un pays.
QUESTIONS ORALES
[Traduction]
LE DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES HUMAINES
M. Jay Hill (Prince George—Peace River, Réf.): Monsieur le
Président, le vérificateur général a fustigé le ministère du
Développement des ressources humaines hier, en affirmant que
l'administration de ce ministère est un fiasco d'une envergure
sans précédent.
Or, la vérification interne, qui a mis au jour le cafouillis
d'un milliard de dollars, n'est que le plus récent d'une longue
série d'avertissements servis à la ministre actuelle et à ses
prédécesseurs depuis deux décennies. Les libéraux n'ont pas tenu
compte de ces avertissements, parce qu'ils pouvaient ainsi
continuer d'utiliser l'argent des contribuables à des fins
politiques partisanes.
Si la ministre voulait vraiment faire le ménage dans son
ministère, pourquoi a-t-elle attendu d'être prise en défaut avant
de mettre en place un plan?
L'hon. Herb Gray (vice-premier ministre, Lib.): Monsieur le
Président, la question du député repose sur une fausse prémisse.
La ministre n'a pas attendu. Elle a publié le rapport de
vérification et l'information concernant son plan d'action en
six points avant d'avoir reçu la moindre demande de
renseignements.
Il importe de rappeler que le vérificateur général a approuvé le
plan d'action en six points, que le ministère applique
actuellement. Le gouvernement a cerné les problèmes et s'y
attaque. Le député devrait nous en reconnaître le mérite.
M. Jay Hill (Prince George—Peace River, Réf.): Monsieur le
Président, tous les Canadiens savent bien que la ministre a
commencé à s'attaquer au problème deux jours après avoir reçu
une demande de publication du rapport de vérification, faite en
vertu de la Loi sur l'accès à l'information.
Examinons le fameux plan d'action en six points de la ministre
du Développement des ressources humaines, qui est censé remettre
les choses en ordre. La ministre a trébuché, elle a balbutié,
elle a suffoqué, puis elle a atermoyé avant de donner des réponses
évasives. Si elle avait passé plus de temps à s'attaquer aux
problèmes et moins de temps à soigner son image, les
contribuables prendraient peut-être son plan au sérieux.
Si la ministre était vraiment déterminée à mettre de l'ordre
dans son ministère, pourquoi a-t-elle attendu d'être prise en
défaut avant d'agir?
L'hon. Herb Gray (vice-premier ministre, Lib.): Monsieur le
Président, la prémisse sur laquelle le député fonde sa question
est totalement fausse. Une fois de plus, lui-même et son parti
attaquent et critiquent un fonctionnaire de la Chambre, le
vérificateur général. C'est ce qu'ils font lorsqu'ils s'en
prennent au plan d'action en six points. Le vérificateur général
a reconnu que ce plan est un très bon moyen pour trouver des
solutions aux problèmes de contrôle immédiats qui ont été cernés
et que des mesures à plus long terme sont prévues pour en
accroître l'efficacité.
Le Parti réformiste devrait s'excuser auprès du vérificateur
général et de la Chambre pour avoir indûment critiqué l'appui
que le vérificateur général a apporté au plan d'action en six
points.
M. Jay Hill (Prince George—Peace River, Réf.): Monsieur le
Président, nous avons toujours appuyé sans réserve le
vérificateur général. Le gouvernement libéral, lui, cite le
vérificateur général lorsque cela lui convient.
Peu importe le nombre de points que compte le plan d'action de
la ministre. Tant qu'il y aura de l'ingérence politique, ce plan
est voué à l'échec. Tant que le roi de la fontaine de Shawinigan
restera à la tête du gouvernement, le ministère du Développement
des ressources humaines ne pourra pas remettre les choses en
ordre.
Pendant de nombreuses années, la ministre du Développement des
ressources humaines et ses prédécesseurs ont été prévenus que le
gaspillage était généralisé au sein du ministère, mais ils n'ont
rien fait pour y remédier.
Pourquoi les Canadiens devraient-ils croire que le favoritisme et
l'ingérence politique vont maintenant cesser?
1120
L'hon. Herb Gray (vice-premier ministre, Lib.): Monsieur le
Président, une fois de plus, la prémisse de la question est
fausse. On n'a constaté aucune ingérence politique, à moins
qu'il ne s'agisse des doléances formulées par les députés
réformistes en faveur de subventions provenant du ministère du
Développement des ressources humaines. Le député devrait
peut-être faire son propre examen de conscience, s'il veut
parler d'ingérence. C'est effectivement de cela qu'il parle.
Le gouvernement s'efforce de régler ces problèmes, en appliquant
un plan d'action en six points. Reconnaissons-lui le mérite
d'avoir reconnu l'existence de ces problèmes et de s'y attaquer
en appliquant un plan d'action que le vérificateur général a
jugé efficace.
Une fois de plus, le Parti réformiste devrait s'excuser de
critiquer...
Le vice-président: Le député de Dewdney—Alouette a la parole.
M. Grant McNally (Dewdney—Alouette, Réf.): Monsieur le Président,
le Parti réformiste ne s'excusera pas de continuer de tenir le
gouvernement responsable. Le vérificateur général a fait une
mise en garde contre l'ingérence politique dans son rapport, et
le vice-premier ministre le sait.
Juste pour rafraîchir la mémoire de la ministre, l'ingérence,
c'est quand le patron exerce des pressions sur le ministère afin
qu'il donne de l'argent pour des fontaines et pour les projets
d'hôteliers louches ou encore quand la ministre elle-même
enfreint les règles de son propre programme et distribue des
millions de dollars dans sa propre circonscription. L'ingérence
politique nuira à tout plan visant à rétablir l'intégrité dans
la façon dont les subventions sont accordées à DRHC.
Ce sont les mêmes acteurs et les mêmes programmes. Comment
peut-on s'attendre à ce que les choses soient différentes cette
fois?
Mme Bonnie Brown (secrétaire parlementaire de la ministre du
Développement des ressources humaines, Lib.): Monsieur le
Président, si les députés réformistes passaient autant de temps
à faire de la recherche qu'à pondre des allitérations, ils
auraient peut-être une idée plus juste des faits.
Encore une
fois, ils ne racontent qu'une partie de l'histoire. Ils n'ont
pas dit tout ce que le vérificateur général a dit. Il a dit:
«Des circonstances exceptionnelles exigent qu'on prenne des
mesures exceptionnelles. Le plan d'action proposé est
exceptionnel. Je crois que c'est un plan exhaustif pour apporter
les correctifs nécessaires.» En réponse à des questions
concernant l'ingérence politique, il a dit qu'il n'avait trouvé
aucune preuve d'ingérence politique.
M. Grant McNally (Dewdney—Alouette, Réf.): Monsieur le
Président, le vérificateur général a parlé des faits. Parlons un
peu de certains autres faits. La secrétaire parlementaire a
également parlé des faits.
La ministre n'a pris aucune mesure jusqu'à ce qu'elle se fasse
prendre. C'est un fait. Elle a essayé d'enterrer la vérification
pendant des mois en espérant qu'elle ne ferait jamais surface.
C'est un fait. Lorsque la vérification a finalement fait surface
par suite d'une demande d'accès à l'information, elle l'a rendue
publique à contrecoeur. Depuis ce temps, elle a donné des
réponses évasives chaque fois qu'on a tenté de faire la lumière
sur toute cette affaire. C'est un fait. Elle ne s'est même pas
excusée pour ce gâchis d'un milliard de dollars.
Avec une feuille de route de ce genre, comment peut-on s'attendre
à quoi que ce soit d'autre qu'une répétition de ce désastre tant
que la ministre restera à la tête de ce programme?
Mme Bonnie Brown (secrétaire parlementaire de la ministre du
Développement des ressources humaines, Lib.): Monsieur le
Président, il est difficile de répondre à une série
d'affirmations qui ne sont pas vraies. Il n'y a pas eu de gâchis
d'un milliard de dollars. On n'a pas perdu un milliard de
dollars.
La ministre n'a jamais donné de réponses évasives. Elle nous a
conduit dans un nouveau siècle de transparence en publiant 10 000
pages d'information que les députés d'en face feraient mieux
d'examiner afin de connaître les faits exacts une fois pour
toutes.
[Français]
Mme Suzanne Tremblay (Rimouski—Mitis, BQ): Monsieur le
Président, ma question s'adresse au vice-premier ministre.
Au dire du vérificateur général, la situation qui prévaut au
ministère du Développement des ressources humaines est grave, et
je le cite: «Dans mon échelle de gravité, c'est dans le haut de
mon échelle.»
Au-delà du plan en six points, qu'est-ce que le gouvernement est
prêt à faire pour répondre aux critiques et aux recommandations
du vérificateur général?
L'hon. Herb Gray (vice-premier ministre, Lib.): Monsieur
le Président, le vérificateur général appuie le plan d'action en
six points. Il insiste que nous devons continuer avec ce plan.
Lorsque ce travail sera terminé au mois d'octobre, nous allons
prendre ses recommandations très sérieusement. Pour le moment,
nous suivons les conseils du vérificateur général et nous
continuons de mettre en vigueur notre plan d'action en six
points.
Mme Suzanne Tremblay (Rimouski—Mitis, BQ): Monsieur le
Président, je me réjouis que le gouvernement soit prêt à suivre
les recommandations du vérificateur général. Je vais lui en
rappeler une qu'il considère extrêmement importante.
Hier, devant le Comité permanent du développement des ressources
humaines, il a dit, et je cite: «Pour aller au fond des choses
dans de tels cas, il faut toujours une enquête policière.»
Qu'attend le gouvernement pour déclencher une enquête policière,
notamment dans le cas de Placeteco?
[Traduction]
Mme Bonnie Brown (secrétaire parlementaire de la ministre du
Développement des ressources humaines, Lib.): Monsieur le
Président, nous n'attendons pas quand les faits démontrent que
nous devrions prendre cette décision. Si le parti d'opposition
estime avoir des faits qui devraient être soumis à une enquête
policière, il devrait les présenter.
1125
D'après l'examen que nous avons fait de ce dossier, nous croyons
posséder toutes les factures qui justifient les dépenses de
cette entreprise et la façon dont elle a utilisé nos fonds.
Comme nous en sommes convaincus, il n'y a pas lieu de réclamer
un trop-payé ou quoi que ce soit du genre, ou de saisir la police
de ce dossier.
[Français]
M. Paul Crête (Kamouraska—Rivière-du-Loup—Témiscouata—Les
Basques, BQ): Monsieur le Président, justement, dans
l'affaire Placeteco, si le gouvernement veut des faits, en voici:
une subvention de un million de dollars versée en vertu d'une
entente secrète signée au détriment des petits créanciers; un
fiduciaire de Développement des ressources humaines Canada qui
est en même temps l'avocat de l'acheteur; plusieurs proches du
premier ministre, Claude Gauthier, Gilles Champagne et Michel
Béliveau, sont impliqués.
Qu'attend le gouvernement pour déclencher une enquête policière
permettant, comme dit le vérificateur général, d'aller au fond
des choses?
[Traduction]
Mme Bonnie Brown (secrétaire parlementaire de la ministre du
Développement des ressources humaines, Lib.): Monsieur le
Président, je me demande parfois si les députés de ce parti
veulent réellement favoriser la création d'emplois dans leur
province. Ils devraient savoir qu'il est difficile d'inciter le
secteur privé...
Des voix: Oh, oh!
[Français]
Le vice-président: À l'ordre, s'il vous plaît. Il m'est
impossible d'entendre la réponse.
Une voix: Il y a des limites.
Le vice-président: Oui, il y a des limites au bruit à la
Chambre. Tout le monde parle au même moment. Il est impossible
pour le Président d'entendre quoi que ce soit.
[Traduction]
Mme Bonnie Brown: Monsieur le Président,
l'obsession des députés du Bloc à l'égard de ce dossier me porte
à douter de leur désir de favoriser la création d'emplois dans
leur province. Tout le monde sait que, dans les zones de chômage
élevé, il est difficile d'attirer des investissements du secteur
privé. S'ils insistent pour que toute cette affaire privée soit
révélée publiquement, nous aurons à l'avenir du mal à inciter
d'autres investisseurs privés à investir au Québec et à créer
des emplois dans les zones de chômage élevé.
Ils devraient s'interroger sur les effets à long terme de leur
attitude politique.
[Français]
M. Paul Crête (Kamouraska—Rivière-du-Loup—Témiscouata—Les
Basques, BQ): Monsieur le Président, notre obsession, c'est
que des subventions pour créer des emplois, ça doit créer des
emplois.
La ministre nous dit qu'elle dispose des factures pour justifier
le versement de la subvention. Nous avons en main une entente
secrète qui permet le versement de un million de dollars sans
créer les emplois annoncés.
Le gouvernement ne convient-il pas que la seule façon de faire
la lumière sur l'affaire Placeteco est d'ouvrir une enquête
policière, comme dans le cas de la subvention de Rosemont qui
s'est retrouvée dans Saint-Maurice?
[Traduction]
Mme Bonnie Brown (secrétaire parlementaire de la ministre du
Développement des ressources humaines, Lib.): Monsieur le
Président, il est difficile de commenter des ententes secrètes
et d'arriver à comprendre la paranoïa des députés de ce parti à
propos de ce dossier.
Je me contenterai de dire à ces députés qu'ils détruisent notre
capacité d'attirer des investissements du secteur privé au
Québec. Ils travaillent contre les intérêts des gens de leurs
circonscriptions.
* * *
LA SANTÉ
M. Bill Blaikie (Winnipeg—Transcona, NPD): Monsieur le Président,
hier, le premier ministre est allé en Alberta, il a regardé le
premier ministre de la province en face et il a plié l'échine.
Les Canadiens ont donc eu droit au spectacle loufoque du premier
ministre albertain dénonçant vertement l'attitude du ministre de
la Santé devant le premier ministre qui restait coi.
Le ministre de la Santé a-t-il pensé démissionné en voyant que le
premier ministre le laissait platement tomber?
L'hon. Herb Gray (vice-premier ministre, Lib.): Monsieur le
Président, le député devrait cesser d'élaborer des scénarios et
regarder la réalité en face.
En fait, le premier ministre a défendu vigoureusement les cinq
principes qui sous-tendent la Loi canadienne sur la santé. Il a
dit que le gouvernement les préserverait, ce qui est précisément
la position du ministre de la Santé. Le premier ministre et le
ministre travaillent ensemble, de concert avec tous les membres
du Cabinet, pour que tous les Canadiens bénéficient d'un système
de santé universel et de première qualité.
M. Bill Blaikie (Winnipeg—Transcona, NPD): Monsieur le
Président, la réalité est que la Loi canadienne sur la santé a
été élaborée en 1984, pour régler la question du dépassement
d'honoraires et du ticket modérateur qui était apparu. Ce qui se
passe aujourd'hui en Alberta, c'est qu'un aspect du régime de
santé qui avait disparu se pointe de nouveau.
Je demande au ministre de la Santé, non pas s'il veut maintenir
les cinq principes, parce que ce ne sera peut-être pas
suffisant, mais s'il est prêt à modifier la Loi canadienne sur
la santé pour que la nouvelle situation qui se présente en
Alberta ne menace pas l'assurance-maladie, comme il sait qu'elle
est en train de le faire.
1130
L'hon. Allan Rock (ministre de la Santé, Lib.): Monsieur le
Président, comme le premier ministre lui-même l'a affirmé hier
soir et comme nous le répétons à la Chambre depuis des jours, ce
n'est qu'un projet de loi qui a été déposé à l'assemblée
législative de l'Alberta. Le premier ministre de la province
parle lui-même de la possibilité d'amender cette mesure. Nous
n'avons pas encore vu le règlement afférent. Attendons le
produit final. Nous l'évaluerons à la lumière de la Loi
canadienne de la santé. Comme le premier ministre l'a souligné
hier soir, nous serons là pour protéger ces principes, parce que
c'est ce que veulent les Canadiens.
M. Greg Thompson (Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest, PC): Monsieur le
Président, le ministre a lancé un boulet de démolition dans
notre système de soins de santé. Va-t-il maintenant admettre au
moins qu'il a forcé les provinces à prendre des mesures
extraordinaires? En fait, on pourrait dire qu'elles ont dû
pratiquer une chirurgie radicale pour pallier les lacunes du
financement fédéral.
Le ministre va-t-il au moins admettre que c'est lui et son
gouvernement qui ont causé la crise?
L'hon. Allan Rock (ministre de la Santé, Lib.): Monsieur le
Président, au départ, il faudrait souligner que le chef absent
du parti du député s'est prononcé cette semaine en faveur de
l'approche de Ralph Klein quant aux hôpitaux privés à but
lucratif.
Pour rétablir la situation dans les soins de santé, il faut à la
fois de l'innovation et un engagement financier à long terme.
C'est exactement la voie que nous avons empruntée. En fait,
comme je l'ai proposé, les ministres de la Santé se
rencontreront la semaine prochaine. Nous irons à cette
rencontre bien déterminés à nous pencher sur la préoccupation
prioritaire de tous les Canadiens, soit le redressement du
système de santé.
M. Greg Thompson (Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest, PC): Monsieur le
Président, le ministre recourt encore une fois à la technique de
l'appât avec substitution qu'il utilise depuis des années à la
Chambre. En réalité, il ne connaît pas la différence entre une
Halcion et un alcyon. Il est temps qu'il se tienne droit et
qu'il assume vraiment ses responsabilités en tant que principal
ministre, selon la Constitution. Nous avons besoin
d'orientation et de leadership dans ce dossier. Il ne suffit
pas de relancer la balle à un autre parti à la Chambre.
Quand le ministre va-t-il enfin se tenir debout et défendre les
soins de santé dans notre pays?
Le vice-président: Je suppose que le ministre de la Santé
connaît les effets de la potion dont parle le député, mais ce
n'est pas le cas du Président.
L'hon. Herb Gray (vice-premier ministre, Lib.): Monsieur le
Président, le ministre défend les soins de santé vigoureusement
et efficacement. Si le député conservateur veut prendre ses
responsabilités au sérieux, il devrait avant tout se présenter
devant son chef et lui demander de défendre les soins de santé.
* * *
LA SOCIÉTÉ POUR L'EXPANSION DES EXPORTATIONS
M. Charlie Penson (Peace River, Réf.): Monsieur le Président,
j'ai demandé au ministre du Commerce international quelle
proportion du profit net de 118 millions de dollars de la SEE
était attribuable au fait que le gouvernement fédéral a radié
les mauvaises créances de la société. Le ministre a esquivé la
question quoiqu'il ait beaucoup parlé du financement à des
conditions de faveur par opposition au financement commercial.
Parlons donc du financement commercial! Dans le secteur privé,
le portefeuille de prêts de la Banque de Montréal comprend 1 p.
100 de prêts non productifs. Le ministre dira-t-il aujourd'hui à
la Chambre quel pourcentage des prêts de la SEE sont non
productifs?
L'hon. Pierre S. Pettigrew (ministre du Commerce international,
Lib.): Monsieur le Président, la question est aujourd'hui de
savoir si c'est bien dépenser l'argent des contribuables que de
financer le piètre service de recherche du Parti réformiste. La
seule source d'information qu'a le Parti réformiste sur ce
dossier a reconnu dans son édition de ce matin que cet article
contenait de nombreuses erreurs. Elle a reconnu que la réserve
de 2,8 milliards de dollars en 1999 ne représente nullement des
pertes sur des prêts, comme l'a prétendu toute la semaine le
Parti réformiste, ni...
Le vice-président: Le député de Peace River a la parole.
M. Charlie Penson (Peace River, Réf.): Monsieur le Président,
les Canadiens ont énormément de mal à comprendre pourquoi il est
tellement difficile pour le ministre de répondre à la question.
J'ai demandé quel pourcentage des prêts commerciaux de la SEE
sont non productifs. Pourquoi le ministre ne peut-il pas répondre
à cette question? Comment les contribuables canadiens peuvent-ils
savoir qu'ils en ont pour leur argent avec les opérations
commerciales de la SEE si la SEE continue de leur cacher cette
information?
L'hon. Pierre S. Pettigrew (ministre du Commerce international,
Lib.): Monsieur le Président, le Parti réformiste déposera-t-il sa
propre rétractation ainsi que ce qui a paru dans l'édition de ce
matin? La SEE n'a pas radié 1,3 milliard de dollars l'an
dernier. Elle n'a pas radié un seul cent de prêt l'an dernier.
* * *
1135
[Français]
LE DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES HUMAINES
M. Stéphane Bergeron (Verchères—Les-Patriotes, BQ):
Monsieur le Président, nous savons qu'un million de dollars de la
subvention à Placeteco est allé directement à la Banque
Nationale, sans que les emplois qui avaient été prévus aient été
créés.
La ministre du Développement des ressources humaines nous dit,
de son côté, qu'elle détient des factures pour un million de
dollars qui justifient le versement de la subvention. Cela fait
deux millions de dollars en circulation, deux millions, bien
qu'il n'y en ait qu'un seul en jeu.
Ma question s'adresse au vice-premier ministre. Pourquoi la
ministre refuse-t-elle de rendre publiques ces fameuses factures
qui feraient un peu plus de lumière dans cette affaire qui
s'assombrit davantage chaque jour?
[Traduction]
Mme Bonnie Brown (secrétaire parlementaire de la ministre du
Développement des ressources humaines, Lib.): Monsieur le
Président, nous avons été très francs à l'égard de ce dossier et
de tous nos programmes. Je rappelle au député que nous avons
fourni 10 000 pages de renseignements sur les subventions et
contributions.
On a aussi fourni de l'information sur ce dossier en particulier
et je suis persuadée que si le député veut vraiment obtenir de
plus amples renseignements, il aura accès aux canaux qui ont été
mis à sa disposition à cette fin.
[Français]
M. Stéphane Bergeron (Verchères—Les-Patriotes, BQ):
Monsieur le Président, la secrétaire parlementaire essaie de
noyer le poisson. Nous ne parlons pas des documents qui ont été
publiés, nous parlons des factures auxquelles elle fait référence
depuis deux semaines.
Le vérificateur général admet que seule une enquête policière
pourra faire toute la lumière sur certaines affaires qui ont
cours actuellement au ministère du Développement des ressources
humaines.
Quand le gouvernement demandera-t-il à la GRC de faire une
enquête pour répondre aux questions des contribuables qui
s'inquiètent de la façon dont le gouvernement gère les fonds
publics?
L'hon. Herb Gray (vice-premier ministre, Lib.): Monsieur
le Président, je pense que l'honorable député ne cite pas de
façon correcte les propos exacts du vérificateur général.
Le vérificateur général appuie notre plan d'action en six points
et il fait également sa propre vérification dont nous attendons
les résultats à l'automne. Alors, je demande à l'honorable
député de citer correctement les propos du vérificateur général
qui, je le répète, appuie notre plan d'action en six points.
* * *
[Traduction]
LA SOCIÉTÉ POUR L'EXPANSION DES EXPORTATIONS
M. Jim Hart (Okanagan—Coquihalla, Réf.): Monsieur le Président,
selon les comptes publics, une catégorie de prêts de la SEE
totalise 140 millions de dollars, somme qui était exigible en
novembre 1997. C'est l'argent des contribuables, et les
Canadiens sont les seuls actionnaires de la société d'État
connue sous l'appellation de SEE.
Le ministre responsable peut-il expliquer aux actionnaires de la
SEE pourquoi 140 millions de dollars de l'argent des
contribuables n'ont pas été remboursés.
L'hon. Pierre S. Pettigrew (ministre du Commerce international,
Lib.): Monsieur le Président, je lirai ce matin un rectificatif
paru dans le Citizen d'Ottawa, et dont le Parti réformiste ne
semble pas avoir tenu compte.
Un article du 18 mars et une note de la rédaction du 22 mars
concernant la Société pour l'expansion des exportations
renfermaient des erreurs. La SEE a effectivement mis de côté 2,8
milliards de dollars en 1999 au poste réclamations et garanties
en vue d'éponger d'éventuelles pertes sur prêts, mais ce montant
est fondé sur une formule comptable. Il ne correspond pas à des
pertes sur prêts réelles, et la SEE n'a pas radié 1,3 milliard
de dollars...
Le vice-président: Le député de Kelowna a la parole.
M. Werner Schmidt (Kelowna, Réf.): Monsieur le Président, le
ministre n'a absolument pas répondu à la question. Il doit
reconnaître au moins une fois dans sa vie qu'il a commis une
erreur.
Il est intéressant d'entendre ce ministre déclarer non seulement
aujourd'hui mais également en d'autres occasions que les
contribuables canadiens n'auront pas à éponger les prêts
irrécouvrables de la SEE. Permettez-moi de citer au ministre un
document de la SEE qui ne voit pas les choses du même oeil: «Il
est vrai que le gouvernement canadien a investi dans la SEE en
lui attribuant des capitaux, ce qui fait du gouvernement du
Canada le seul...»
Le vice-président: Le ministre du Commerce international a la
parole.
L'hon. Pierre S. Pettigrew (ministre du Commerce international,
Lib.): Monsieur le Président, j'ai dit à maintes et maintes
reprises que le montant d'un milliard de dollars du compte de
capital porte sur les 56 dernières années. Permettez-moi de
continuer à citer le rectificatif paru ce matin dans le Citizen
d'Ottawa.
Les fonctionnaires de la SEE s'attendent à ce que les prêts
douteux soient un jour remboursés et soulignent qu'il n'y a pas
eu de radiation de prêts en 1999.
Les députés d'en face vont-ils s'excuser de désinformer
continuellement la Chambre et d'avoir fait toutes ces
allégations au sujet de la société d'État qui aide les Canadiens
à faire des exportations?
* * *
1140
[Français]
LA SANTÉ
M. Maurice Dumas (Argenteuil—Papineau—Mirabel, BQ):
Monsieur le Président, le premier ministre a déclaré, hier, à
Calgary, qu'il pourrait y avoir plus d'argent, si nécessaire,
pour maintenir l'intégrité du système de santé au Canada.
Ma question s'adresse au ministre de la Santé. Est-ce qu'il
peut nous dire si la déclaration du premier ministre signifie que
le gouvernement entend effectuer des paiements de transfert aux
provinces pour qu'elles administrent leurs systèmes respectifs
selon leurs propres priorités?
L'hon. Allan Rock (ministre de la Santé, Lib.): Monsieur
le Président, nous avons ici, au Canada, un système pancanadien
de soins de santé financé, en grande partie, par le gouvernement
du Canada. Un tiers des fonds publics dépensés pour la santé est
dépensé par le gouvernement du Canada.
Comme l'a dit le premier ministre, hier soir, nous avons
l'intention d'augmenter le niveau de financement avec un plan à
long terme pour solutionner les problèmes de notre système de
soins de santé.
M. Maurice Dumas (Argenteuil—Papineau—Mirabel, BQ):
Monsieur le Président, que le système de santé au Canada ait
besoin d'argent supplémentaire, personne n'en doute. Tout ce que
nous voulons savoir du ministre de la Santé, c'est combien et
quand?
L'hon. Allan Rock (ministre de la Santé, Lib.): Monsieur
le Président, nous avons besoin de deux choses pour notre système
pancanadien de soins de santé.
La première, c'est de l'innovation, adopter des pratiques
innovatrices pour améliorer la qualité et l'accessibilité des
services de soins de santé.
La deuxième chose, c'est un niveau de financement approprié, et
le gouvernement du Canada sera là pour faire sa part.
* * *
[Traduction]
LE DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES HUMAINES
M. Philip Mayfield (Cariboo—Chilcotin, Réf.): Monsieur le
Président, la ministre du Développement des ressources humaines
est responsable d'un gâchis d'un milliard de dollars. Son
ministère en a été averti en août dernier. Elle n'a rien fait
avant janvier de cette année, deux jours après que nous avons
présenté une demande d'accès à l'information visant à obtenir le
rapport de vérification.
Je comprends pourquoi elle essaie d'empêcher de nouvelles
divulgations, mais il existe un délai légal de 30 jours. Des
douzaines de demandes d'accès à l'information sont restées sans
réponse des mois après le délai légal.
Pourquoi la ministre fait-elle fi des responsabilités que lui
impose la Loi sur l'accès à l'information? Quand permettra-t-elle
que les documents demandés soient communiqués?
Mme Bonnie Brown (secrétaire parlementaire de la ministre du
Développement des ressources humaines, Lib.): Monsieur le
Président, les réponses que nous avons données aux demandes
d'accès à l'information témoignent de notre bonne foi.
Au cours du présent exercice financier, nous avons divulgué
75 000 pages de documents demandés en vertu de la Loi sur l'accès
à l'information. Au cours des 10 dernières semaines, le
ministère a reçu 526 demandes, mais il n'en avait reçu que 531
au cours de toute l'année 1998-1999.
Le député devrait se demander si les électeurs de sa
circonscription veulent que les fonctionnaires du ministère
passent leur temps à répondre à des questions détaillées ou
s'ils préfèrent qu'ils les servent.
M. Chuck Cadman (Surrey-Nord, Réf.): Monsieur le Président, les
électeurs de nos circonscriptions voudraient que DRHC rende des
comptes.
La plupart de nos demandes portent sur des documents déjà
rassemblés, qui pourraient être divulgués. La ministre prétend
vouloir de la transparence, mais la seule chose qui est
transparente, c'est la volonté de museler les fonctionnaires du
ministère.
La Loi sur l'accès à l'information est claire. Les ministères
ont 30 jours pour répondre aux demandes. Pourtant, des dizaines
de demandes sont encore sans réponse après ce délai.
La ministre a-t-elle adopté une attitude répressive pour éviter de
se mettre dans l'embarras ou par crainte que les documents
demandés contiennent de l'information compromettante?
Mme Bonnie Brown (secrétaire parlementaire de la ministre du
Développement des ressources humaines, Lib.): Monsieur le
Président, il n'y a absolument aucune répression.
D'ailleurs, il est assez étrange de voir que les députés
réformistes ne s'entendent pas avec leur recherchiste. Celui-ci
aurait récemment déclaré que DRHC avait un des meilleurs bureaux
d'accès à l'information d'Ottawa.
* * *
[Français]
LE PRIX DE L'ESSENCE
M. Serge Cardin (Sherbrooke, BQ): Monsieur le Président,
chaque jour apporte son lot de nouvelles qui prouvent combien
l'augmentation du prix de l'essence a un impact négatif sur
l'économie.
La hausse d'un point du taux d'inflation depuis janvier le
démontre très bien. Or, Ottawa récoltera près de 250 millions de
dollars de plus en TPS grâce à l'augmentation du prix de
l'essence.
Ma question s'adresse au vice-premier ministre. Avec les moyens
financiers dont dispose le gouvernement, ne devrait-il pas
accorder un répit aux contribuables en diminuant immédiatement la
taxe d'accise sur les produits pétroliers?
M. Roy Cullen (secrétaire parlementaire du ministre des
Finances, Lib.): Monsieur le Président, on vient d'avoir,
récemment, des diminutions d'impôt dans le budget 2000.
1145
[Traduction]
Nous savons que le prix du carburant augmente. Nous savons que
la TPS ne représente qu'un cent d'augmentation sur les 20 cents
d'augmentation des derniers mois. Les taxes d'accise des
provinces sur l'essence sont beaucoup plus élevées que les taxes
fédérales. Nous espérons que le prix du brut continuera de
diminuer. Les augmentations de prix ont eu un effet loin d'être
remarquable, mais plutôt un effet très limité sur l'inflation.
* * *
LE BUDGET
M. Larry McCormick (Hastings—Frontenac—Lennox and Addington,
Lib.): Monsieur le Président, le dernier budget fédéral visait à
améliorer la vie des Canadiens dans un monde en rapide
évolution.
Ma question s'adresse au secrétaire d'État au Développement
rural. Peut-il expliquer à la Chambre comment ce budget a répondu
aux préoccupations des collectivités rurales canadiennes?
L'hon. Andy Mitchell (secrétaire d'État (Développement rural)
(Initiative fédérale du développement économique pour le Nord de
l'Ontario), Lib.): Monsieur le Président, le budget comporte un
certain nombre d'initiatives très précises. Il prévoit
54 millions de dollars pour le développement des collectivités;
160 millions de dollars pour que les collectivités rurales
puissent se brancher à Internet; un programme d'infrastructure
de 2,6 milliards de dollars, dont une grande partie sera dépensée
dans les régions rurales; et, enfin, 30 millions de dollars
destinés à aider nos industries forestières et minières.
Ce qui est plus important encore, c'est que le budget a tenu
compte du fait que la situation des collectivités rurales est
différente de celle des citadins. En plus, il est reconnu que le
gouvernement, à la différence du Parti réformiste, travaillera
de concert avec les Canadiens, les collectivités et les
entreprises établis en région rurale pour améliorer leur qualité
de vie.
* * *
L'AGRICULTURE
M. Howard Hilstrom (Selkirk—Interlake, Réf.): Monsieur le
Président, le gouvernement n'a aucun problème à faire parvenir
des fonds de DRHC à des compagnies dont le conseil
d'administration comprend des amis du premier ministre. En
revanche, seuls 26 p. 100 des fonds de l'ACRA que le ministre de
l'Agriculture et de l'Agroalimentaire a promis en décembre 1998
aux agriculteurs sont parvenus à ces derniers. Le ministre de
l'Agriculture est donc coupable de mauvaise gestion financière.
Pourquoi le gouvernement trouve-t-il si facile de donner de
l'argent à ses riches amis et ne peut-il pas faire parvenir une
aide d'urgence aux agriculteurs qui en ont besoin?
M. Joe McGuire (secrétaire parlementaire du ministre de
l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Lib.): Monsieur le
Président, le parti qui voulait réduire de 600 millions de
dollars le programme agricole critique aujourd'hui un
gouvernement qui va accorder aux agriculteurs 3,3 milliards de
dollars au cours des trois prochaines années.
En fait, la province du député, le Manitoba, sera à l'abri grâce
au nouvel arrangement. La province a très récemment obtenu 60
millions de dollars tout neufs. De plus, elle va obtenir 40
autres millions de dollars, de sorte qu'elle sera à l'abri à
l'avenir.
M. Gerry Ritz (Battlefords—Lloydminster, Réf.): Monsieur le
Président, parlons un peu des efforts de relations publiques
dont nous avons été témoins hier. On a très peu de détails.
Personne ne sait qui va avoir droit à cette aide et quelles vont
être les modalités. Il n'existe aucun accord provincial. La
Saskatchewan et le Manitoba, les régions les plus touchées, sont
encore une fois lésées.
Le gouvernement peut-il expliquer comment il se fait que, dans le
cas des subventions versées par le ministère du Développement
des ressources humaines, les bénéficiaires peuvent obtenir de
l'argent sans même en faire la demande alors que les
agriculteurs qui remplissent des pages et des pages de
formulaire pour demander de l'aide au titre de l'Aide en cas de
catastrophe liée au revenu agricole n'arrivent pas à en obtenir?
M. Joe McGuire (secrétaire parlementaire du ministre de
l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Lib.): Monsieur le
Président, ils disent que 3,3 milliards de dollars, ce n'est
rien. Le Manitoba ne recevra pas moins d'argent qu'il n'en
reçoit aujourd'hui au titre de la protection du revenu agricole.
Cette aide vient s'ajouter aux 60 millions de dollars que nous
lui avons donnés récemment et qui s'inscrivent dans la somme de
435 millions de dollars consacrée au nouveau programme de
protection du revenu agricole. C'est là et les provinces et le
gouvernement fédéral s'entendront sur les détails dans les
prochains jours.
* * *
L'ENVIRONNEMENT
M. Dennis Gruending (Saskatoon—Rosetown—Biggar, NPD): Monsieur le
Président, dans son rapport publié hier, le groupe d'experts sur
les parcs nationaux du Canada nous dit ce que des milliers de
Canadiens savent déjà, à savoir que les services offerts dans
les parcs se sont détériorés à cause d'un sous-financement
chronique.
Le terrain de camping Narrows, dans le parc national de
Prince-Albert, est un bon exemple. La direction du parc a tout
fait pour maintenir le terrain ouvert, mais, l'hiver dernier,
les gens se sont fait dire que, cet été, il n'y aurait peut-être
plus de toilettes modernes ni d'eau potable.
La ministre débloquera-t-elle davantage de fonds pour les parcs
nationaux afin que les Canadiens puissent recommencer à en
profiter?
L'hon. Sheila Copps (ministre du Patrimoine canadien, Lib.):
Monsieur le Président, si le député a l'occasion de lire le très
complet rapport sur l'intégrité écologique, il saura que l'un
des points que les experts y font valoir est que nous devons
mettre de l'ordre dans nos affaires, sur le plan de l'écologie,
avant de pouvoir demander de nouveaux fonds au ministre des
Finances.
Si nous devons agir de la sorte, c'est notamment parce que, par
le passé, chacun des directeurs envisageait la gestion de son
parc du seul point de vue de la prestation de services.
Cette attitude s'est traduite par une augmentation incessante du
développement.
1150
Aujourd'hui, nous devons tout revoir dans l'optique de
l'environnement. C'est ce que nous entendons faire en mettant en
oeuvre les recommandations du groupe d'experts.
M. Dennis Gruending (Saskatoon—Rosetown—Biggar, NPD): Monsieur le
Président, pour en rester à l'environnement, l'étude du Pembina
Institute montre que la politique gouvernementale sur les
émissions de gaz à effet de serre est un échec complet.
Le gouvernement se fie à un programme d'application volontaire
pour inciter les principaux pollueurs à réduire leurs émissions.
Or, les émissions ont augmenté de 7 p. 100 depuis 1990. Nous
devons mettre sur pied sans tarder des programmes pour
encourager l'utilisation de ressources renouvelables. Quand le
gouvernement va-t-il prendre des mesures sérieuses pour encourager
l'adoption des ressources renouvelables?
Mme Paddy Torsney (secrétaire parlementaire du ministre de
l'Environnement, Lib.): Monsieur le Président, le gouvernement
collabore avec les gouvernements provinciaux et territoriaux et
avec des experts de tout le Canada pour mettre en place un plan
d'action qui nous permettra de respecter nos engagements de
Kyoto.
Lundi et mardi prochains, le ministre des Ressources naturelles
et celui de l'Environnement auront une réunion avec leurs
homologues des provinces et des territoires pour mettre la
dernière main à un accord et tout bien ficeler, car nous avons
une énorme responsabilité envers les Canadiens et le reste de
l'humanité.
Les mesures volontaires sont importantes, mais elles ne sont pas
tout. Nous devons faire plus. Elles sont tout de même un élément
crucial.
* * *
[Français]
L'ASSURANCE-EMPLOI
Mme Angela Vautour (Beauséjour—Petitcodiac, PC): Monsieur
le Président, le gouvernement vient de rendre public son
troisième rapport de contrôle et d'évaluation, suite aux coupures
draconiennes au programme d'assurance-emploi. Ce rapport
démontre, chez les prestataires fréquents, une baisse de 5,7 p.
100 des demandes présentées.
Suite à son rapport, la ministre a-t-elle conclu que tout est
bien avec les chômeurs saisonniers dans nos communautés?
[Traduction]
Mme Bonnie Brown (secrétaire parlementaire de la ministre du
Développement des ressources humaines, Lib.): Monsieur le
Président, pour le NPD, même les bonnes nouvelles en deviennent
de mauvaises. En réalité, ce rapport fait état de l'excellent
rendement de l'économie et de la création, l'an dernier, de
400 000 emplois, dont 85 p. 100 étaient des emplois à plein temps.
L'économie est actuellement plus florissante que jamais, et le
taux de chômage est à son plus bas niveau depuis 1976.
Mme Angela Vautour (Beauséjour—Petitcodiac, PC): Monsieur le
Président, j'estime cette question trop importante pour qu'on
plaisante à son sujet. Le gouvernement prétend que tout va pour
le mieux, mais il y a actuellement dans ma circonscription des
gens qui n'ont aucun revenu à cause des mesures adoptées par le
gouvernement libéral.
Pourquoi la ministre refuse-t-elle de reconnaître les
répercussions catastrophiques des compressions draconiennes qui
ont frappé le régime d'assurance-emploi et pourquoi refuse-t-elle
d'adopter des mesures qui mettront un terme à la souffrance que
nous constatons dans nos collectivités où le travail est
saisonnier? La ministre a-t-elle quelque chose à répondre aux gens
qui sont actuellement privés de revenus? Tout ne va pas pour le
mieux.
Mme Bonnie Brown (secrétaire parlementaire de la ministre du
Développement des ressources humaines, Lib.): Monsieur le
Président, il est très difficile d'affirmer que, comme groupe,
les prestataires fréquents et les travailleurs saisonniers ont
été traités injustement.
Le rapport de cette année révèle que les prestataires fréquents
comme les travailleurs saisonniers ont bénéficié du système
fondé sur les heures. Ils bénéficient maintenant d'une période
d'admissibilité moyenne de 32,8 semaines, c'est-à-dire de trois
semaines de plus qu'avant la réforme de l'assurance-emploi.
Malgré l'établissement de la règle de l'intensité, le taux des
prestations hebdomadaires moyennes des prestataires fréquents a
dépassé de 8,2 p. 100 celui des prestataires ordinaires. Les
prestataires fréquents ont donc des prestations plus élevées et
pendant une plus longue période.
* * *
LA SOCIÉTÉ POUR L'EXPANSION DES EXPORTATIONS
Mme Judy Sgro (York-Ouest, Lib.): Monsieur le Président, ma
question s'adresse au ministre du Commerce international. Est-il
prêt à réfuter une fois pour toutes les commentaires et
allégations qui ont été faits à la Chambre par un Parti
réformiste tentant désespérément de salir le gouvernement?
L'hon. Pierre S. Pettigrew (ministre du Commerce international,
Lib.): Tout à fait, monsieur le Président. Tout au cours de la
semaine, le Parti réformiste a lancé bon nombre d'allégations
qui sont maintenant démenties par sa seule source d'information.
Sur une note plus constructive, après tous les démentis
apportés, j'aimerais rapporter les paroles de M. Malcolm
Stephens, ancien premier dirigeant de l'équivalent britannique
de la SEE, qui a dit:
À mon avis, les services offerts aux exportateurs canadiens sont
souples et ils sont administrés d'une façon hautement
professionnelle qui a peu d'équivalent dans le monde.
C'est là un des grands principes du Canada.
* * *
1155
LA DÉPUTÉE DE BRANT
M. Cliff Breitkreuz (Yellowhead, Réf.): Monsieur le Président,
les députés du Parti libéral sont récompensés pour avoir
gaspillé des milliards de dollars et en plus, on les applaudit
dans les congrès, on les ovationne debout à la Chambre et on les
protège même contre les foudres du public.
Partout ailleurs, les gestionnaires seraient renvoyés, avec
raison, pour avoir agi de la sorte, mais dans le château-fort
libéral, on les félicite et on leur accorde un portefeuille plus
important. Quand donnera-t-on le portefeuille des finances à la
députée de Brant?
L'hon. Herb Gray (vice-premier ministre, Lib.): Monsieur le
Président, il est évident que le député se prépare à briguer le
poste de chef du Parti réformiste ou de l'Alternative unie.
Malgré tout, sa question dénuée de tout fondement ne lui
permettra pas de gagner la faveur populaire, même au sein de son
propre parti.
La députée de Brant fait un excellent travail au ministère du
Développement des ressources humaines et le ministre des
Finances, le député de LaSalle—Émard, fait un excellent travail
au ministère des Finances. Nous sommes sont satisfaits de la
situation telle qu'elle est, et les Canadiens le sont aussi
d'ailleurs.
* * *
[Français]
LA DÉFENSE NATIONALE
M. René Laurin (Joliette, BQ): Monsieur le Président, une
enquête fédérale au ministère de la Défense révélait que
plusieurs dépenses avaient été acquittées en double.
Qui plus est, au lieu d'essayer de récupérer les sommes versées
par erreur, le ministère aurait plutôt eu tendance à considérer
ces paiements indus comme des pertes.
Le ministre entend-il prendre des mesures disciplinaires et
administratives afin de corriger une telle situation?
[Traduction]
L'hon. Arthur C. Eggleton (ministre de la Défense nationale,
Lib.): Monsieur le Président, le député fait peut-être allusion
au versement effectué en double dont il a été récemment question
dans les médias. Ce versement n'a pas été radié. Nous prenons
toutes les dispositions nécessaires pour le récupérer.
Nous avons réduit considérablement ce genre de problème. Nous
prenons les correctifs nécessaires pour remédier à la situation
et nous faisons en sorte que le personnel soit compétent et
soucieux des deniers publics.
* * *
LES TRANSPORTS
M. Nelson Riis (Kamloops, Thompson and Highland Valleys, NPD):
Monsieur le Président, ma question s'adresse au vice-premier
ministre.
Sait-il que, s'il prend VIA Rail pour se rendre de
Halifax à Vancouver et qu'il tire sur la chasse chemin faisant,
le contenu de la cuvette des cabinets se déverse directement sur
la voie ferrée, laissant une trace de caca d'un océan à l'autre?
Pour le bien-être des travailleurs de la voie ferrée et par souci
de l'environnement, annoncera-t-il que le gouvernement a enfin
pris les mesures qui s'imposent pour corriger cette situation
épouvantable?
M. Stan Dromisky (secrétaire parlementaire du ministre des
Transports, Lib.): Monsieur le Président, on peut facilement
imaginer le genre d'environnement auquel sont exposés ces
travailleurs quand tout ce qui passe dans les toilettes est
déversé sur les rails. Ça doit être nauséabond, c'est certain.
Je rappelle toutefois que nous avons une politique qui prévoit
que toute nouvelle voiture à voyageurs doit être équipée de
conteneurs. Les voitures à voyageurs qui sont rénovées doivent
également être équipées de conteneurs et nous espérons que les
vieilles voitures à voyageurs seront rénovées dans les plus
brefs délais.
* * *
L'EMPLOI
M. Gerald Keddy (South Shore, PC): Monsieur le Président, la
ministre du DRH a changé la date limite à laquelle les demandes
doivent être soumises pour le programme d'emploi d'été des
étudiants. Elle l'a fait sans prévenir les anciens participants
au programme. Elle l'a fait sans mettre d'annonces dans les
journaux locaux. Elle l'a fait sans prévenir les députés de
l'opposition.
La ministre a-t-elle prévenu les ministériels de ce changement de
date?
Mme Bonnie Brown (secrétaire parlementaire de la ministre du
Développement des ressources humaines, Lib.): Monsieur le
Président, toutes les initiatives dans le cadre du programme
Objectif emplois d'été pour étudiants sont conçues pour créer
des emplois pour les étudiants ou pour les aider à trouver du
travail.
Que je sache, la date limite pour soumettre les demandes à ce
programme est le 31 mars 2000; c'est la même date que les autres
années.
* * *
LA DÉFENSE NATIONALE
M. John Richardson (Perth—Middlesex, Lib.): Monsieur le
Président, ma question s'adresse au ministre de la Défense
nationale. Hier, un navire battant pavillon panaméen qui
transportait une cargaison de sel en provenance d'Espagne et à
destination de New York a commencé à prendre l'eau et a sombré
très rapidement. Les 31 marins à bord n'ont pu monter dans les
canots de sauvetage ou dans les canots pneumatiques.
Le ministre pourrait-il informer les députés de la Chambre du
rôle joué par les membres des Forces armées canadiennes dans le
sauvetage des membres de l'équipage du Leader L?
1200
L'hon. Arthur C. Eggleton (ministre de la Défense nationale,
Lib.): Monsieur le Président, un groupe opérationnel canadien
composé de trois frégates, d'un navire de ravitaillement et d'un
destroyer, était en route vers les lieux d'un exercice quand
cette tragédie est arrivée à 370 kilomètres au nord-est des
Bermudes.
Les NCSM Iroquois, Charlottetown, Halifax et Toronto et le
ravitailleur Preserver ont participé au sauvetage. Les
hélicoptères Sea King ont été déployés et, avec les avions
Hercules et Aurora, ils ont sauvé six membres de l'équipage qui
se trouvaient dans deux canots pneumatiques.
Je pense que nous devons féliciter les membres des Forces
canadiennes pour ce beau travail.
* * *
LA SOCIÉTÉ POUR L'EXPANSION DES EXPORTATIONS
M. Charlie Penson (Peace River, Réf.): Monsieur le Président,
depuis des jours, nous posons à la Chambre des questions sur la
Société pour l'expansion des exportations en fonction de ses
rapports annuels et des Comptes publics du Canada.
Pendant ce temps, le ministre parle à tort et à travers, mais ne
nous fournit aucune réponse. Il semble plus disposé à parler du
Citizen d'Ottawa qu'à répondre aux questions à la Chambre.
Pourquoi ne répond-il pas aux questions qu'on lui pose?
L'hon. Pierre S. Pettigrew (ministre du Commerce international,
Lib.): Monsieur le Président, je me dois de réfuter les
allégations du Parti réformiste. Toute la semaine, on a parlé de
pertes de milliards de dollars et nous nous rendons maintenant
compte que la source d'information de nos collègues réformistes
reconnaît elle-même que ces articles renferment des erreurs.
Si l'opposition avait la moindre dignité, elle présenterait en
fait des excuses pour avoir, à la Chambre, amené à tort
l'opinion publique canadienne à croire que cette société d'État
ne fait pas du bon travail pour les exportateurs canadiens dans
le monde entier.
* * *
[Français]
LES ALIMENTS TRANSGÉNIQUES
Mme Hélène Alarie (Louis-Hébert, BQ): Monsieur le
Président, le 23 juin dernier, j'adressais une demande d'accès à
l'information qui posait une question très simple: quel est le
processus d'approbation des aliments transgéniques par l'Agence
canadienne d'inspection des aliments. Neuf mois plus tard, j'ai
reçu des documents, mais aucune réponse à ma question.
Ma question s'adresse au ministre de la Santé. Comment peut-il
justifier ce manque de transparence, autrement que par le fait
qu'il n'existe pas de processus d'approbation ou que ce processus
est tellement déficient que le ministre en a trop honte pour le
rendre public?
L'hon. Allan Rock (ministre de la Santé, Lib.): Monsieur
le Président, nous avons fourni une réponse complète.
* * *
[Traduction]
RECOURS AU RÈGLEMENT
LE PROJET DE LOI C-206
M. Jay Hill (Prince George—Peace River, Réf.): Monsieur le
Président, mon rappel au Règlement porte sur le projet de loi
C-206 et le fait qu'il soit retombé au bas de la liste de
priorité.
Comme vous le savez, monsieur le Président, le statut du projet
de loi a été contesté par le député d'Athabasca, ce qui a
conduit à une étude par le Comité permanent de la procédure et
des affaires de la Chambre.
Le Président a rendu sa décision sur la plainte du député
d'Athabasca et il s'est basé pour ce faire sur la position du
Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre
qui avait recommandé:
Que le Président demande (au député de Wentworth—Burlington) de
démontrer que le projet de loi C-206 reçoit actuellement l'appui
d'au moins 100 députés, dont au moins 10 députés de chacun des
partis formant une majorité des partis reconnus à la Chambre, en
fournissant au greffier une liste, conformément à l'article
87(6)a) du Règlement, avant que le projet de loi C-206 ne soit
présenté pour la première heure de débat en deuxième lecture. À
ces fins uniquement, et sans préjudice d'autres cas ou
recommandations dans l'avenir, le terme «appuient» signifiera
que les députés appuient l'ajout de l'affaire à l'ordre de
priorité. Si (le député de Wentworth—Burlington) est incapable de
démontrer un tel appui dans la période spécifiée, le Président
devrait ordonner que le projet de loi C-206 soit rayé de l'ordre
de priorité et remplacé par la prochaine affaire admissible en
vertu de l'article 87(6)b) du Règlement. Une telle suppression
n'aurait aucune incidence sur la possibilité pour (le député de
Wentworth—Burlington) de recourir à cette procédure pour le
projet de loi C-206 à l'avenir.
Au cours des discussions qui ont eu lieu au comité, on a proposé
que le comité informe le député de Wentworth—Burlington de ses
intentions avant de vraiment compléter son rapport afin que
celui-ci ait le temps de réunir le nombre d'appuis recommandé
pour son projet de loi. L'urgence vient du fait que le comité
voulait que l'échéance corresponde à la première fois où le
projet de loi pourrait être débattu une première heure. Cela
aurait dû être aujourd'hui.
En s'arrangeant pour empêcher que le projet de loi soit examiné
aujourd'hui, le député de Wentworth—Burlington est allé à
l'encontre des intentions du comité et de la décision de la
présidence. Son entorse à la procédure empêche le prochain
projet de loi admissible d'être inscrit au Feuilleton
conformément à l'alinéa 87(6)b).
1205
Aucun autre député ne peut s'assurer une place sur l'ordre de
priorité tant qu'il n'a pas recueilli 100 signatures. Tous les
autres députés sont donc obligés d'attendre pendant que le
député tergiverse.
La Chambre a été suffisamment patiente et il est injuste pour
tous les députés de retarder cela plus longtemps. Dans sa
décision du 21 mars 2000, la présidence a dit ceci:
Si la liste requise n'est pas déposée à la Direction des
journaux avant que le projet de loi C-206 ne soit présenté pour
la première heure de débat de deuxième lecture, le projet de loi
sera rayé de l'ordre de priorité. Bien entendu, il demeurera
admissible pour réinscription à l'ordre de priorité si une telle
liste est transmise ultérieurement ou s'il est choisi lors de la
procédure habituelle de tirage au sort.
Après que la présidence eut rendu sa décision, le député de
Wentworth—Burlington a demandé des éclaircissements. Il a été
convenu avec la présidence que, si le député pouvait recueillir
100 signatures pour le vendredi 24 mars 2000, soit aujourd'hui,
son projet de loi pourrait rester au Feuilleton. Le député n'a
manifestement pas réussi à obtenir à temps les appuis
nécessaires.
Le député a eu sa chance. Il devrait maintenant faire comme la
présidence le lui suggérait dans sa décision. Il devrait suivre
la procédure habituelle et cesser de bloquer une place sur
l'ordre de priorité afin que d'autres députés puissent tirer
avantage de l'alinéa 87(6)b).
M. Derek Lee (secrétaire parlementaire du leader du gouvernement
à la Chambre des communes, Lib.): Monsieur le Président, j'ai
écouté ce que vient de dire le député et bien que je ne
désapprouve pas en totalité ni même en grande partie les propos
qu'il a tenus, il m'apparaîtrait inapproprié, dans l'état actuel
des choses, d'essayer d'interpréter le rapport que le Comité de
la procédure et des affaires de la Chambre a présenté. Il
m'apparaît tout autant sinon encore plus inapproprié
d'interpréter la décision du Président.
Si quelqu'un tente ici d'interpréter en sa faveur les règles de
la Chambre concernant les initiatives parlementaires, je crois
que c'est là le droit et le privilège de tout député. Je ne suis
pas convaincu que la méthode utilisée jusqu'à maintenant aille
tellement à l'encontre des règles, que le Président doive
intervenir de nouveau.
M. Jay Hill: Monsieur le Président, je n'ai évidemment pas
l'intention de m'engager aujourd'hui dans un long débat sur ce
que j'estime être une tentative de contourner l'intention de la
décision du Président concernant le projet de loi C-206
d'initiative parlementaire. Je tiens cependant à m'inscrire en
faux contre le député d'en face lorsqu'il affirme que chaque
député a le droit de tenter d'interpréter les règles en sa
faveur.
Le vice-président: La présidence a entendu les doléances du
whip en chef de l'opposition et du secrétaire parlementaire du
leader à la Chambre. À la lumière des allégations du whip en
chef de l'opposition, en particulier, il m'apparaît important
d'entendre le député de Wentworth—Burlington. Le député a affirmé
qu'il a interprété les règles en sa faveur pour éviter que la
Chambre ne soit saisie du projet de loi aujourd'hui.
Il a dit qu'il lui était impossible de présenter le projet de
loi aujourd'hui. Le député n'est pas présent à la Chambre et se
trouve donc dans l'impossibilité d'apporter des éclaircissements
sur la question à l'intention des députés et de la présidence.
La présidence considère toutefois la question comme sérieuse et
entend la prendre en délibéré. Il faut espérer que le député
sera présent la semaine prochaine pour s'expliquer; une décision
pourra ensuite être prise en temps opportun.
Je remercie le whip en chef de l'opposition d'avoir signalé la
chose à la présidence.
[Français]
LE DÉPÔT DE DOCUMENTS
Mme Suzanne Tremblay (Rimouski—Mitis, BQ): Monsieur le
Président, si vous le demandez, vous allez peut-être avoir le
consentement de la Chambre, et à la demande du député de
Scarborough-Centre, il me fait vraiment plaisir de déposer le
protocole tripartite, qui était un document secret, mais qui ne
l'est plus.
J'aimerais le déposer. Cela pourrait peut-être éclairer le
débat et on pourrait peut-être finalement voir clair dans la
situation qui nous préoccupe concernant Placeteco.
Le vice-président: Ah bon, c'est une question tout à fait
différente de celle dont nous discutions.
Y a-t-il le consentement unanime de la Chambre pour que
l'honorable députée puisse déposer ce document?
Des voix: D'accord.
Des voix: Non.
1210
LA PÉRIODE DES QUESTIONS ORALES
M. Stéphane Bergeron (Verchères—Les-Patriotes, BQ):
Monsieur le Président, au cours de la période des questions
orales, l'honorable vice-premier ministre m'a invité à citer
correctement le vérificateur général du Canada, laissant
entendre, par le fait même, que j'avais pu induire la Chambre en
erreur et que j'avais pu prétendre que le vérificateur général
avait dit des choses qu'il n'avait pas dites.
Pour le bénéfice de cette Chambre, je tiens simplement à dire
qu'au Comité permanent du développement des ressources humaines,
le vérificateur général a déclaré, et je cite: «Pour aller au
fond des choses dans de tels cas, il faut toujours une enquête
policière.»
AFFAIRES COURANTES
[Français]
RÉPONSE DU GOUVERNEMENT À DES PÉTITIONS
M. Derek Lee (secrétaire parlementaire du leader du
gouvernement à la Chambre des communes, Lib.): Monsieur le
Président, conformément au paragraphe 36(8) du Règlement, j'ai
l'honneur de déposer, dans les deux langues officielles, la
réponse du gouvernement à deux pétitions.
* * *
[Traduction]
LES COMITÉS DE LA CHAMBRE
JUSTICE ET DROITS DE LA PERSONNE
M. Ivan Grose (Oshawa, Lib.): Monsieur le Président, j'ai
l'honneur, et veuillez croire qu'en l'occurrence il s'agit d'un
infime honneur, de présenter dans les deux langues officielles
le deuxième rapport du Comité permanent de la justice et des
droits de la personne.
Conformément à l'ordre de renvoi du lundi 21 février 2000, le
comité a étudié le projet de loi C-23, Loi visant à modifier le
régime d'avantages et d'obligations dans les Lois du Canada, et
a convenu d'en faire rapport avec des propositions
d'amendements.
* * *
LA LOI SUR LA MARINE MARCHANDE
M. Mac Harb (Ottawa-Centre, Lib.): Monsieur le Président, j'ai
présenté bon nombre de projets de loi d'initiative parlementaire
ayant pour objet de faire concorder diverses lois canadiennes
avec la Convention relative aux droits de l'enfant des Nations
Unies.
J'ai le plaisir d'annoncer aujourd'hui que le ministre des
Transports m'a avisé que l'amendement prévu dans le projet de
loi C-374, Loi modifiant la Loi sur la marine marchande du Canada
(définitions d'enfants et de mineurs), a été présenté à l'autre
endroit dans le cadre du projet de loi S-17.
J'en remercie le ministre, et j'espère que le projet de loi S-17
sera adopté rapidement. Toutefois, je voudrais demander à la
Chambre son consentement unanime pour que la deuxième lecture du
projet de loi C-374 soit rayée de l'ordre de priorité et que le
projet de loi soit retiré.
Le vice-président: Y a-t-il consentement unanime pour que le
député retire le projet de loi d'initiative parlementaire?
Des voix: D'accord.
(L'ordre est annulé, et le projet de loi est retiré.)
* * *
PÉTITIONS
LA PORNOGRAPHIE JUVÉNILE
M. Nelson Riis (Kamloops, Thompson and Highland Valleys, NPD):
Monsieur le Président, j'ai l'honneur de prendre la parole en
vertu de l'article 36 du Règlement et de présenter une pétition
au nom de résidents de la Colombie-Britannique qui prient
instamment le Parlement de reconnaître le fait que les Canadiens
rejettent la légalisation de la possession de pornographie
juvénile et qui demandent au gouvernement d'intervenir dans ce
dossier en vue de renforcer les lois afin que ne soit jamais
légalisée la possession de pornographie juvénile.
LE CODE CRIMINEL
M. Nelson Riis (Kamloops, Thompson and Highland Valleys, NPD):
Monsieur le Président, j'ai une deuxième pétition demandant au
gouvernement du Canada de modifier le Code criminel afin
d'éviter que des personnes reconnues coupables de crimes graves
soient libérées en attendant l'audience de leur appel, sauf dans
des circonstances très exceptionnelles.
[Français]
LA CANCER DU SEIN
M. Mark Assad (Gatineau, Lib.): Monsieur le Président,
conformément à l'article 36 du Règlement, j'aimerais déposer une
pétition des gens de mon comté qui sont inquiets de l'indice
d'augmentation du cancer du sein.
Ils demandent au Parlement d'établir un comité indépendant qui
s'occuperait de développer, d'implanter et de maintenir une
uniformité en ce qui concerne la mammographie au niveau du
contrôle, de la qualité ainsi que de nouveaux standards au
Canada.
[Traduction]
L'AGRICULTURE
M. Howard Hilstrom (Selkirk—Interlake, Réf.): Monsieur le
Président, j'ai une pétition comprenant environ 10 000
signatures et venant du Saskatchewan Farm Income Coalition
group.
Les familles agricoles de la Saskatchewan sont parmi les plus
concurrentielles au monde. Elles éprouvent beaucoup de
difficulté à soutenir la concurrence devant les subventions
versées à l'étranger, principalement aux États-Unis et en Europe.
1215
Ces milliers de familles agricoles de la Saskatchewan demandent
au Parlement de les appuyer en versant immédiatement aux
agriculteurs de la Saskatchewan un montant supplémentaire d'un
milliard de dollars sous forme de paiements de péréquation pour
le commerce des produits agricoles.
Le Parlement devrait prendre note de cette demande et consentir
un effort particulier en vue d'aider la Saskatchewan qui est
présentement dans le besoin.
LA MAMMOGRAPHIE
M. Mac Harb (Ottawa-Centre, Lib.): Monsieur le Président, un
groupe de pétitionnaires veut que la Chambre adopte une loi
établissant un organisme chargé d'élaborer, de mettre en place
et de faire respecter des normes uniformes et obligatoires en
matière de contrôle de la qualité des mammographies au Canada.
[Français]
LES COURRIERS DES ROUTES RURALES
M. Stéphane Bergeron (Verchères—Les-Patriotes, BQ):
Monsieur le Président, conformément à l'article 36 du Règlement,
il me fait plaisir de déposer, en présence du ministre
responsable de la Société canadienne des postes, une pétition
signée par 445 pétitionnaires, citoyennes et citoyens du Québec,
notamment de la circonscription de Verchères—Les-Patriotes.
Les pétitionnaires soulignent que les courriers des routes
rurales sont dans l'impossibilité de négocier collectivement afin
d'améliorer leur rémunération et leurs conditions de travail.
Trop souvent, ces travailleuses et travailleurs gagnent moins
que le salaire minimum et leurs conditions de travail relèvent
d'une époque que nous pensions révolue, tandis que leurs
collègues du secteur privé, qui font également la livraison du
courrier en région rurale, bénéficient, eux, du droit à la
négociation collective, tout comme les employés de la Société
canadienne des postes.
Les pétitionnaires demandent donc au Parlement d'abroger le
paragraphe 13(5) de la Loi sur la Société canadienne des postes,
qui prive les courriers des routes rurales de leur droit à la
négociation collective.
Il m'apparaît évident que le gouvernement se doit d'intervenir
dans les plus brefs délais, afin de mettre un terme à la
discrimination qui persiste envers les courriers des routes
rurales.
[Traduction]
LA FISCALITÉ
M. Grant McNally (Dewdney—Alouette, Réf.): Monsieur le Président,
je suis heureux de présenter deux pétitions au nom des braves
gens de la circonscription de Dewdney—Alouette. La première porte
sur le taux élevé d'imposition établi par le ministre des
Finances.
Les pétitionnaires demandent que le ministre des Finances
réduise considérablement les impôts, de 25 p. 100, dans le budget
qui vient d'être présenté et dans les trois prochains budgets.
LA CONSTITUTION
M. Grant McNally (Dewdney—Alouette, Réf.): Monsieur le Président,
la deuxième pétition a été signée par de nombreux habitants de
ma circonscription qui demandent au gouvernement de s'opposer à
toute modification à la Charte canadienne des droits et
libertés, ou à toute autre loi fédérale, qui éliminerait les
références à la suprématie de Dieu dans notre Constitution et
nos lois.
* * *
[Français]
QUESTIONS AU FEUILLETON
M. Derek Lee (secrétaire parlementaire du leader du
gouvernement à la Chambre des communes, Lib.): Monsieur le
Président, je suggère que toutes les questions soient réservées.
Le vice-président: Est-on d'accord?
Des voix: D'accord.
INITIATIVES MINISTÉRIELLES
[Traduction]
LE CODE CANADIEN DU TRAVAIL
L'hon. Alfonso Gagliano (au nom de la ministre du Travail, Lib.)
propose: Que le projet de loi C-12, Loi modifiant la partie II
du Code canadien du travail, portant sur la santé et la sécurité
au travail, apportant des modifications matérielles à la partie
I du Code canadien du travail et modifiant d'autres lois en
conséquence, soit maintenant lu pour la deuxième fois et renvoyé
au comité.
Mme Judy Longfield (secrétaire parlementaire de la ministre du
Travail, Lib.): Monsieur le Président, j'ai le plaisir et le
privilège d'entamer le débat à l'étape de la deuxième lecture du
projet de loi C-12, Loi modifiant la partie II du Code canadien
du travail, qui porte sur la santé et la sécurité au travail.
Le gouvernement du Canada s'est engagé à garantir la sécurité au
travail et à veiller à ce que les Canadiens vivent dans des
collectivités saines et sûres.
Ce projet de loi traduit aussi notre confiance dans la capacité
des fonctionnaires fédéraux et des travailleurs en général de
déceler les problèmes de santé et de sécurité au travail, et de
les régler.
Ce projet de loi apporte d'importantes modifications à la
partie II du Code canadien du travail et propose une solide
politique sociale et économique, parce que la sécurité au
travail, combinée à de saines relations syndicales-patronales et
à une participation des employés au processus décisionnel, est
tout simplement logique.
Ce projet de loi représente la deuxième des trois phases de la
réforme que le gouvernement du Canada est en train de faire au
Code canadien du travail.
Les importantes modifications apportées à la partie II du Code
canadien du travail font ressortir la conviction des libéraux
selon laquelle les initiatives qui promeuvent l'amélioration de
la santé et de la sécurité au travail, favorisent de bonnes
relations syndicales-patronales et stimulent la participation des
employés au processus décisionnel constituent non seulement une
bonne politique sociale, mais aussi une bonne politique
économique.
Les députés conviennent sûrement que les questions de santé et
de sécurité au travail sont très complexes.
La partie II du Code établit le cadre législatif qui régit ces
questions pour les employés qui relèvent de la compétence
fédérale.
1220
La compétence fédérale aux termes de la partie II comprend la
fonction publique fédérale, certaines sociétés d'État, des
industries déclarées par le Parlement être à l'avantage général
du Canada, comme les entreprises de manutention du grain ou
d'extraction de l'uranium, ainsi que des industries qui sont de
portée internationale ou interprovinciale comme les chemins de
fer, le trafic aérien, les pipelines, les compagnies de
transport, les entreprises de débardage, les banques et les
entreprises de télécommunications. La compétence fédérale est
représentative d'une infrastructure de base qui offre des liens
économiques clés aux niveaux national et international.
Environ 10 p. 100 de la main-d'oeuvre canadienne est régie par
le Code canadien du travail. La partie II du code définit les
devoirs des employés et des employeurs. Elle établit également
trois droits fondamentaux des employés en matière de santé et de
sécurité, soit le droit de connaître les dangers en milieu de
travail et les façons d'y faire face; le droit de participer aux
corrections nécessaires pour supprimer ces dangers; le droit de
refuser un travail que l'employé croit être dangereux pour sa
sécurité ou sa santé.
Le code établit une procédure à suivre lorsqu'un milieu de
travail est dangereux et il définit également le rôle et les
responsabilités des travailleurs, des employeurs, des comités de
sécurité et de santé au travail et des agents de sécurité. Il
précise aussi les procédures à suivre pour faire respecter ces
droits fondamentaux.
Les milieux de travail changent et vont continuer de changer.
Ainsi, nous devons réexaminer périodiquement le code pour
veiller à ce qu'il réponde aux besoins socio-économiques de
l'époque. Les dernières modifications à la partie II remontent à
1985. Depuis, le gouvernement fédéral et les groupes intéressés
ont relevé des domaines dans la partie II où des modifications
s'imposaient.
On a formulé des modifications tout d'abord pour s'assurer que
la partie II continue de faire ce qu'elle est censée faire,
c'est-à-dire protéger les travailleurs, ensuite pour aligner la
partie II sur les règlements en matière de santé et de sécurité
au travail sur d'autres territoires et enfin, pour moderniser la
façon dont la partie II aborde la réglementation en matière de
santé et de sécurité au travail.
Ce qui est peut-être moins évident, c'est que les changements
récents en milieu de travail forcent les employeurs et les
employés à faire face à de nombreux nouveaux problèmes en
matière de santé et de sécurité au travail. Ainsi, la
prolifération des ordinateurs personnels nous oblige à porter
une attention plus étroite aux considérations ergonomiques
nécessaires pour prévenir les blessures attribuables à la
fatigue et à des tâches répétitives ou pour améliorer la
situation à cet égard.
Le projet de loi aborde non seulement le côté humain de
l'équation, mais également l'aspect économique. Chaque année,
entre 30 et 40 travailleurs sous responsabilité fédérale meurent
au travail et 60 000 autres sont victimes d'un accident du
travail ou d'une maladie professionnelle.
Cela représente un million de jours de travail perdus
annuellement, près de 5 000 années-personnes, et cela coûte plus
de 350 millions de dollars en salaires perdus, assistance
médicale, réadaptation et prestations d'invalidité.
Au Canada, on perd beaucoup plus de jours de travail à cause des
blessures qu'à cause des grèves et des lock-outs. En 1995, les
maladies et accidents professionnels ont coûté à l'économie
canadienne près de 5 milliards de dollars en indemnisation des
accidentés du travail. Des études démontrent que les coûts
directs et indirects des accidents de travail s'élèvent à
environ 10 milliards de dollars annuellement. C'est un fardeau
financier considérable, sans compter l'angoisse et la douleur de
ceux qui ont perdu un être cher, qui ont été amputés d'un membre
ou qui souffrent d'une maladie respiratoire à cause des dangers
que présentent les lieux de travail.
Si nous pouvions réduire de un pour cent seulement le nombre de
blessures et de décès sur les lieux de travail, nous ferions des
économies de quelque 11 millions de dollars.
Je ne dis pas que la partie II du code importe pour des raisons
purement économiques. Au contraire, le code est un exemple de
loi dont les incidences sociales et économiques sont
considérables.
La santé et la sécurité au travail constituent un problème dont
nous devons nous occuper tous ensemble—les gouvernements, les
employeurs, les syndicats, les travailleurs et les
professionnels de la santé doivent s'unir pour s'attaquer au
problème.
Le gouvernement du Canada a admis que le temps était venu de
modifier la partie II. Les modifications proposées dans le
projet de loi C-12 sont le fruit de longues consultations, y
compris le travail amorcé en 1993 par un comité législatif qui
réunissait des représentants des employeurs et des travailleurs,
de même que des fonctionnaires du programme fédéral de travail.
Ce comité devait rédiger des propositions de modification à
partir du consensus des parties en cause. La tâche n'a pas été
facile.
Les parties ont dû faire des compromis difficiles quant à
certaines questions individuelles pour parvenir à une entente
sur l'ensemble complet des propositions. Je félicite les parties
de leur persévérance durant le processus. Le contenu de ce
projet de loi est en grande partie issu de leurs
recommandations.
1225
Les parties ont globalement reconnu que le code existant avait
donné de bons résultats et qu'il pourrait servir de base à
l'élaboration du nouveau système amélioré. Elles ont reconnu par
ailleurs que le temps était venu d'adopter une nouvelle approche
à l'égard de la réglementation de la santé et de la sécurité au
travail.
Cet accord se reflète dans le projet de loi C-12, qui est fondé
sur l'idée que le rôle du gouvernement du Canada devrait être
d'habiliter les employeurs et les travailleurs à assumer la
responsabilité de la réglementation de leurs lieux de travail.
De façon générale, le rôle du gouvernement devrait être de
servir de guide plutôt que d'intervenir. Les employeurs et les
travailleurs devraient avoir le pouvoir de cerner les nouveaux
risques liés à la santé et à la sécurité, et d'y remédier.
Je ne doute pas que c'est la bonne approche. Le gouvernement du
Canada ne peut qu'habiliter les parties au lieu de leur imposer
des solutions d'en haut.
Cette approche est évidente dans les modifications apportées aux
pouvoirs et aux fonctions des comités de santé et sécurité au
travail actuels. Ces organismes seront tenus d'inspecter
régulièrement leurs lieux de travail et de régler les problèmes
au fur et à mesure qu'ils se présenteront, réduisant ainsi la
nécessité de l'intervention directe du gouvernement.
En ce qui concerne le règlement des différends, les
gestionnaires et les représentants du comité seront chargés de
faire enquête sur les mésententes et les conflits. Un agent de
la santé et de la sécurité du gouvernement interviendra
uniquement si les parties n'arrivent pas à s'entendre.
Par cette mesure, le gouvernement libéral du Canada montre qu'il
fait confiance à la capacité des employeurs et des employés de
travailler ensemble. Il montre qu'il est déterminé à réglementer
ce secteur plus intelligemment et de manière à garantir la
protection de la santé et de la sécurité de tous.
Par le projet de loi C-12, le gouvernement du Canada habilite les
employeurs et les travailleurs en créant des comités chargés de
la politique de santé et de sécurité. Ces comités compléteront
le travail des comités de santé et de sécurité au travail
existants. Leur rôle consistera à s'occuper de choses comme la
prévention des accidents, la sensibilisation des employés et
l'acquisition de matériel de protection.
Le rôle du gouvernement du Canada dans la mise sur pied de ces
nouveaux comités consiste à s'assurer que les entreprises
tiennent compte des questions de santé et de sécurité et
qu'elles sont sous la responsabilités des gestionnaires des plus
hauts échelons possible. Ces comités garantiront une certaine
cohérence entre les différents lieux de travail dans les
entreprises dont les activités sont réparties entre plusieurs
endroits.
J'espère que toutes les entreprises profiteront de ce nouveau
mécanisme prometteur, mais un comité d'orientation ne sera
obligatoire que dans celles qui comptent plus de 300 employés.
Cela ne représente qu'un petit nombre d'employeurs sous la
responsabilité du gouvernement fédéral, mais ils emploient
85 p. 100 de tous les employés.
Le projet de loi C-12 constitue une nouvelle approche de la
réglementation en matière de santé et de sécurité et représente
un recentrage majeur des rôles et responsabilités des principaux
acteurs, mais il est clair que le gouvernement du Canada reste
fermement attaché aux droits existants et qu'il fait de son
mieux pour améliorer la santé et la sécurité en milieu de
travail.
Ainsi, à l'égard du droit de refuser de faire un travail
dangereux, l'engagement du gouvernement fédéral se traduit par
un renforcement et une clarification des droits des employeurs
et des employés. Par exemple, tous les employés qui ne peuvent
pas travailler parce qu'un de leurs collègues exerce son droit
de refuser d'effectuer un travail dangereux seront rémunérés
pour la totalité de leur quart de travail tandis que l'employé
qui exerce son droit de refuser d'effectuer un travail dangereux
sera rémunéré jusqu'à ce que l'employeur apporte les correctifs
nécessaires.
Le gouvernement du Canada a également pensé aux employeurs en
leur accordant le droit de prendre les mesures disciplinaires
qu'ils jugent appropriées contre un travailleur qui abuse de son
droit de refuser de faire un travail dangereux ou qui fait des
plaintes frivoles.
Le gouvernement libéral a montré qu'il était
bien déterminé à intervenir dans un domaine aussi important que
la santé et la sécurité au travail. Comme il l'avait promis dans
le livre rouge, il procède à une réforme progressiste de la
réglementation à la fois sur le plan économique et sur le plan
social.
Cinq éléments du projet de loi semblent particulièrement
importants et nécessaires.
Premièrement, grâce à ce projet de loi, les comités locaux de
santé et de sécurité seront chargés de mener régulièrement des
inspections sur les lieux de travail et leurs pouvoirs seront
accrus en ce qui concerne les plaintes. Cette mesure permettra
aux parties de cerner et de régler les problèmes à mesure qu'ils
surgiront. Tout cela se déroulera conformément aux directives
gouvernementales et rehaussera le rôle des comités de la santé
et de la sécurité.
Deuxièmement, un représentant de la direction et un représentant
des employés au sein du comité auront pour mandat de faire
enquête sur les plaintes non résolues. S'ils constatent une
violation du code, ils demanderont à l'employeur de garantir par
écrit qu'il se conformera au règlement.
S'ils constatent un danger immédiat, ils arrêteront la machine
ou feront cesser l'activité. S'ils ne s'entendent pas sur la
solution, un agent de santé et de sécurité du gouvernement devra
intervenir.
1230
Troisièmement, les entreprises comptant plus de 300 employés
devront être dotées d'un comité d'orientation en matière de
santé et de sécurité. Ce comité s'occupera d'une foule de
questions pour l'ensemble de l'organisation et organisera, entre
autres, des initiatives de prévention des blessures et des
activités de sensibilisation. Cette mesure s'appliquera à plus
de 80 p. 100 des employés des secteurs assujettis à la
réglementation fédérale, dont un bon nombre ont déjà créé de
tels comités de leur propre initiative.
Quatrièmement, le gouvernement fédéral s'engage à rendre les
lieux de travail pro-famille. Ce projet de loi assurera une
protection accrue aux employées enceintes ou allaitantes.
L'employée qui a des raisons de croire qu'une activité ou les
conditions dans lesquelles elle travaille, par exemple si elle
est exposée à des produits chimiques, compromettent sa santé ou
celle de son foetus, de son enfant si elle le nourrit au sein,
pourra s'absenter de son travail jusqu'à ce qu'elle ait pu
consulter son médecin. En vertu de la loi actuelle, l'employée
doit continuer de travailler tant qu'elle n'a pas fourni de
certificat médical.
Cinquièmement, le projet de loi prévoit aussi une disposition
selon laquelle l'employeur est tenu, en consultation avec le
comité de la santé et de la sécurité au travail, tant au niveau
local qu'au niveau global, d'élaborer et de mettre en oeuvre un
programme de prévention en fonction de la taille du lieu de
travail et de la nature des risques.
Tous ces changements sont importants. Ils reflètent l'engagement
du gouvernement du Canada à l'égard de la santé et de la
sécurité au travail et sa confiance dans la volonté et la
capacité du syndicat et du patronat de régler leurs problèmes
dans leur intérêt mutuel.
Pour terminer, je voudrais souligner que nous avons pris très
au sérieux nos obligations en matière de consultation lorsque
nous avons rédigé ce projet de loi. Nous avons eu de longues et
vastes consultations avec les organismes compétents du
gouvernement du Canada, les grandes organisations syndicales et
les principaux employeurs et groupes d'employeurs. Ils méritent
tous qu'on les félicite et qu'on les remercie.
J'espère que ce projet de loi permettra de renforcer la santé et
la sécurité au travail. Je crois que ce projet de loi qui
reflète l'engagement et la préoccupation des partenaires
sociaux, est un pas important vers l'atteinte de cet objectif.
Que le milieu de travail soit ce qu'il est censé être:
stimulant, intéressant, rationnel et propice à une bonne santé.
En agissant maintenant, nous nous assurons que le Canada a en
place le type de cadre de réglementation dont nous avons besoin
pour être compétitifs et prospérer dans le climat économique
actuel.
Le gouvernement du Canada a montré sa volonté de continuer de
renforcer la santé et la sécurité au travail et de protéger les
travailleurs qui relèvent de sa compétence.
Les employeurs et les employés ont dit clairement qu'ils étaient
impatients d'assumer leurs nouvelles responsabilités et de
travailler ensemble. Il est temps que nous leur donnions une
chance.
M. Werner Schmidt (Kelowna, Réf.): Monsieur le Président, je
prends la parole pour parler du projet de loi C-12 visant à
modifier la partie II du Code canadien du travail, celle qui
porte sur la santé et la sécurité au travail. Contrairement aux
parties I et III, celle-ci couvre également la fonction publique
fédérale.
La partie II du Code canadien du travail n'a pas été remaniée de
façon significative depuis au moins 15 ans. Il semble que de
nombreuses personnes laissent entendre que le gouvernement a
procédé en toute hâte, mais les quinze années passées ne
confirment pas l'empressement attribué au gouvernement par le
député qui m'a précédé.
Quelques jours avant le déclenchement des élections générales de
1997, un projet de loi destiné à modifier la partie II du Code
canadien du travail a été déposé à la Chambre des communes. Je
suis certain que ce n'était pas seulement une mesure destinée à
consolider l'appui pour les libéraux, bien que cela ait pris
près de trois ans pour renvoyer le projet de loi à la Chambre.
Les groupes et les associations d'employés qui ont pris part au
long processus craignent maintenant de devoir tout recommencer
si le gouvernement retarde encore la mesure législative et que
des élections sont déclenchées. Il y a maintenant une certaine
urgence à aller de l'avant avec ce projet de loi afin qu'il ne
connaisse pas le même sort que la dernière fois.
La santé et la sécurité au travail sont la responsabilité de
tout le monde dans le milieu de travail. Qu'ils occupent un
emploi dans les secteurs à prédominance de main-d'oeuvre ou un
emploi de cadre supérieur dans le secteur de la haute
technologie, tous subissent un certain stress et d'autres
troubles connexes et des facteurs de santé et de sécurité au
travail entrent en jeu. Le rôle du gouvernement est d'établir
des normes et de mettre en place un mécanisme afin de résoudre
les différends qui se présentent le cas échéant.
Les lois et les règlements gouvernementaux seuls ne peuvent pas
promouvoir la sécurité dans le milieu de travail et prévenir les
accidents. Il faut la participation de tous.
Il incombe à tous, gestionnaires et travailleurs, de veiller à
ce que le milieu de travail soit aussi sain et sûr qu'il peut
l'être.
1235
En novembre, un rapport établi par la Commission des accidents
du travail de la Colombie-Britannique montrait par exemple que
les lois strictes de la province en matière de santé et de
sécurité contribuaient peu à la réduction du nombre d'accidents
mortels en milieux de travail. Cela ne fait que montrer qu'un
autre facteur entre ici en jeu, et c'est le facteur humain. Nous
avons tous un rôle à jouer.
Selon ce rapport, au cours de la dernière décennie, près de
trois Britanno-colombiens par semaine sont décédés de blessures
attribuables au travail. À l'échelle nationale, il y a environ
800 000 accidents du travail par année, dont 750 qui sont
mortels. Un travailleur subit une blessure au travail à toutes
les neuf secondes. Cela donne une idée de l'ampleur du problème.
Les accidents liés au travail représentent pour l'économie
canadienne des coûts directs et indirects de 10 milliards de
dollars par année. Environ 18 millions de jours de travail ont
été perdus de cette façon en 1997. C'est un problème grave.
Quel que soit le milieu de travail, la participation de tous
s'impose si l'on veut prévenir les accidents. Mieux les gens
comprendront les dangers présents en milieux de travail, mieux
ils seront en mesure d'éviter les blessures et la maladie. Il
faut donc se demander en quoi les amendements proposés dans le
projet de loi C-12 aideront les gens à être mieux en mesure de
prévenir les accidents.
L'intention du projet de loi est louable, mais certaines des
dispositions exigent un examen plus approfondi. C'est
précisément ce que j'espère qui arrivera lorsque le comité se
penchera sur les détails de la mesure législative proposée.
Par exemple, j'attire l'attention de la Chambre sur le fait que
les entreprises comptant plus de 300 employés sont tenues de
constituer un comité de la santé et de la sécurité ainsi qu'un
comité d'orientation. Il y a lieu de se demander pourquoi on a
choisi le chiffre de 300. Est-ce un chiffre arbitraire?
Qu'arrive-t-il si une entreprise compte 299 employés? Est-ce là une
entreprise qui diffère concrètement de l'autre qui en compte
300? Il y a là de quoi réfléchir. De plus, le gouvernement ne
s'emploie pas à établir un cadre, mais dit plutôt «Voici ce que
vous allez faire. Voici comment vous gérerez votre entreprise.»
Le député qui a pris la parole avant moi a dit que le rôle du
gouvernement est d'établir des normes et de fournir des
mécanismes de résolution des différends. Toutefois, dans ce
document, le gouvernement va au-delà de ça et dit au président
d'une entreprise «Voici comment vous allez vous organiser. Voici
ce que vous allez faire.
Voilà le genre de comités que vous devez mettre sur pied et
comment nous voulons que ce comité, en particulier, fonctionne
et exerce son mandat».
Un autre aspect préoccupant est l'absence d'une procédure
d'appel au deuxième niveau. Bien que nous, les réformistes,
favorisions une diminution des tracasseries administratives, il
est important de s'assurer qu'il y ait en place une procédure
d'appel équitable et efficace. Les décisions prises en première
instance ne sont pas toujours justifiées et l'employeur aussi
bien que l'employé devraient avoir la possibilité d'interjeter
appel.
Aux termes de l'article 146.3, les décisions de l'agent d'appel
sont définitives et non susceptibles de recours judiciaires.
C'est pourquoi j'estime qu'il est indispensable d'avoir une
procédure d'appel. Si l'agent rend une décision erronée,
l'employeur et l'employé n'ont aucune possibilité de la
contester. Je crois savoir que cet article inquiète des groupes
d'employeurs et d'employés.
Je suis convaincu que le comité examinera cette question à fond
et j'espère que nous trouverons une solution.
Ces derniers temps, on accorde beaucoup d'attention à la
question du stress en milieu de travail. Monsieur le Président,
vous subissez vous-même, dans l'exercice de vos fonctions à la
Chambre, les effets du bruit et des conflits qui se produisent
ici et à votre bureau et vous êtes certainement conscient des
effets que le stress peut avoir sur quelqu'un.
Le projet de loi C-12 fait référence au stress en milieu de
travail, mais il ne le définit pas. Le problème est dû en partie
à cette absence de définition.
Qu'est-ce qui constitue un stress ordinaire et un stress
exceptionnel en milieu de travail? Le stress n'affecte pas tout
le monde de la même façon et chaque type d'emploi comporte un
stress qui lui est propre. Par exemple, le contrôleur aérien qui
travaille dans un aéroport ne subit pas tout à fait le même
stress que celui qui nettoie les toilettes dans ce même
établissement.
Dans certains cas, le stress peut conduire à la violence. Le
projet de loi contient une disposition relative à la violence en
milieu de travail, mais elle reste vague. Le comité examinera
certainement cette question et bien d'autres lorsqu'il étudiera
le projet de loi en détail.
1240
Le projet de loi C-12 prévoit aussi la mise en place de règles
concernant la violence au travail. Les entreprises, avec l'aide
de leurs chargés de sécurité ou comités de la sécurité,
pourront-elles élaborer leurs propres règles ou devront-elles
suivre des règles imposées par le gouvernement? Il s'agit d'une
question bien réelle. Il y a bien des éclaircissements et bien
des réponses à donner sur cette disposition.
En janvier, lors de l'enquête du coroner sur la tragique tuerie
survenue à la Commission régionale de transport
d'Ottawa-Carleton, les employés ont surtout parlé du stress et de
la violence au travail. Le jury a formulé 77 recommandations,
dont une liée aux problèmes qu'ont éprouvés les policiers parce
qu'ils connaissaient mal le plan de ce grand immeuble.
Il s'agit d'un élément évident qui aurait dû être examiné, mais
qui ne l'a pas été. Voici d'autres points qu'il faudrait
examiner en détail.
Bien que des informations à jour ne puissent pas prévenir une
tragédie, elles peuvent épargner du temps aux secouristes et, au
bout du compte, sauver des vies. Il s'agit d'un point très
important, selon moi.
Nous devons aussi consulter les pompiers. Souvent, la nature du
feu et les éléments en combustion imposent le type de
retardateur de flamme à utiliser. Les pompiers doivent savoir ce
qui a pris en feu. Dans le cas de la tuerie à OC Transpo, il
aurait été très utile que les policiers sachent exactement où
chercher et où se diriger. Ils auraient perdu beaucoup moins de
temps.
Il y a certains aspects que nous nous proposons d'examiner de
plus près. Je suis sûr que le gouvernement voudra en faire
autant lorsque nous nous pencherons sur les dispositions du
projet de loi C-12.
Je signale en terminant que, selon la Commission des accidents
du travail de la Colombie-Britannique, 99 p. 100 des accidents
peuvent être évités. C'est merveilleux. Si on peut prévenir 99
p. 100 des accidents c'est formidable, mais il faut pour cela
que les travailleurs et la direction collaborent ensemble. Ce
n'est pas un représentant du gouvernement qui va tout résoudre
en leur disant quoi faire.
Les employeurs et les employés doivent collaborer davantage pour
ce faire. Comme je l'ai dit tout à l'heure, le rôle premier du
gouvernement n'est pas d'établir les normes, mais plutôt de
fournir les mécanismes et de montrer comment ces mécanismes
peuvent régler les différends.
Cela fait près de 10 ans qu'on peaufine ces modifications. Tous
les partis à la Chambre ont consacré beaucoup de temps et
d'efforts pour rendre les dispositions novatrices et acceptables
aux intervenants.
Nous sommes impatients de passer à l'action afin que tout le
monde ait droit à un milieu de travail qui soit sain et
sécuritaire.
[Français]
Mme Monique Guay (Laurentides, BQ): Monsieur le
Président, c'est pour moi un très grand plaisir, aujourd'hui, de
prendre la parole à la Chambre sur le projet de loi C-12, la Loi
modifiant la partie II du Code canadien du Travail, portant sur
la santé et la sécurité au travail, apportant des modifications
matérielles à la partie I du Code canadien du travail et
modifiant d'autres lois en conséquence.
Il y a plus de 15 ans que la partie II du Code canadien du
travail n'avait pas été modifiée de façon approfondie. C'est à
croire que, depuis ce temps, les différents milieux de travail
régis par la loi fédérale n'avaient pas évolué. C'est
complètement insensé. Mais c'est le gouvernement fédéral, que
voulez-vous?
Aujourd'hui, la nouvelle ministre du Travail et députée de
Moncton—Riverview—Dieppe présente sa nouvelle réforme de la
partie II du Code canadien du travail. Il était plus que temps
que ce gouvernement fasse quelque chose pour réformer la partie
II du Code canadien du travail qui touche directement la santé et
la sécurité dans les milieux de travail sous juridiction
fédérale. Pourquoi dis-je qu'il était plus que temps que la
ministre présente cette réforme? C'est parce que les
statistiques sur les accidents du travail sont très
préoccupantes. Je vais y revenir ultérieurement dans mon
discours.
J'aimerais tout de même souligner le travail de la ministre et
de ses fonctionnaires dans cette réforme de la partie II du Code
canadien du travail. Les efforts de la ministre sont louables et
nous tenons à le mentionner.
Le Bloc québécois présume de la bonne foi de la ministre afin
d'améliorer la santé et la sécurité dans les lieux de travail qui
relèvent de la compétence fédérale. Cela étant dit, le Bloc
québécois a lui aussi fait ses devoirs et a étudié de façon
approfondie le projet de loi C-12. Il y a malheureusement
plusieurs faiblesses dans ce projet de loi, mais j'y reviendrai
plus en détail plus loin dans mon allocution.
1245
Nous ne sommes qu'à la deuxième lecture du projet de loi. Le
Bloc québécois est donc prêt à donner le bénéfice du doute à la
ministre afin qu'elle bonifie son projet de loi. Si tel n'est
pas le cas, le Bloc québécois se verra dans l'obligation de
revoir sa position mais, pour l'instant, nous n'avons en tête que
le mieux-être des travailleurs et des travailleuses du Québec et
du Canada. Le projet de loi C-12 est une base de discussions
louables, mais certainement pas définitive, loin de là.
Comme je le disais auparavant, la situation en ce qui regarde la
santé et la sécurité dans les milieux de travail qui sont sous la
compétence du Code canadien du travail a de quoi inquiéter
fortement. Voilà pourquoi le Bloc québécois critique avec
vigueur le laxisme et la lenteur de ce gouvernement à s'adapter
aux nouvelles réalités de l'économie mondiale et aux impératifs
toujours grandissants de la productivité et de la compétitivité.
Ces nouvelles données qui ont contribué à changer en profondeur
les milieux de travail ont aussi, du fait même, modifié
substantiellement les pratiques de santé et de sécurité au
travail.
On sait que depuis 15 ans, il a coulé beaucoup d'eau sous les
ponts dans les milieux de travail, au Canada et de par le monde.
Malheureusement, le gouvernement fédéral a laissé aller les
choses. La situation dans les milieux de travail, en matière de
sécurité au travail, est loin d'être rose. Laissez-moi vous
brosser un tableau de la situation.
Chaque année, au Canada, environ 800 000 personnes sont blessées
ou contractent une maladie dans l'exercice de leurs fonctions.
De ce nombre, plus de 750 en meurent, ce qui représente une
moyenne de trois décès par jour.
En 1997, un employé sur cinq, en moyenne, s'est blessé au
travail, ce qui équivaut à un accident du travail toutes les 9,1
secondes travaillées. Un travailleur sur 31 a été blessé assez
sérieusement pour s'absenter du travail au moins une journée, ce
qui équivaut à un accident avec perte de temps toutes les 18
secondes travaillées.
En 1996, 38 décès par suite de maladie ou d'accident lié au
travail ont été signalés dans des industries de compétence
fédérale. Il s'agit du même nombre de décès signalé en 1995. Un
accident du travail s'est traduit par un décès en moyenne tous
les sept jours de travail, soit un travailleur sur environ 20 000
est décédé dans l'exercice de ses fonctions.
Le taux des accidents invalidants est passé de 15 par million
d'heures travaillées en 1995 à 15,24 en 1996. En 1996, le niveau
n'était pas aussi élevé que le niveau enregistré, soit 15,44 en
1994, et il est toujours sensiblement plus bas que le taux de
16,99 atteint en 1993.
Pour ce qui est des impacts économiques, ces accidents coûtent
très cher. Les indemnités versées aux victimes ou à leurs
familles s'élèvent à environ cinq milliards de dollars par année.
Si l'on ajoute à cette somme les coûts indirects qu'entraînent
les accidents, la facture double alors, pour atteindre à peu près
10 milliards de dollars. On sait très bien que ces chiffres ne
tiennent pas compte des nombreuses souffrances et de la douleur
incalculable qu'éprouvent les victimes et leur famille.
Pour terminer ce sombre tableau, qui, pensez-vous, sont les
principales victimes de ces accidents? C'est à croire que le
mauvais sort s'acharne sur ce groupe d'âge. Oui, on aura sans
doute deviné, ce sont les jeunes.
En effet, ce sont les jeunes qui sont les plus susceptibles
d'être victimes d'un accident du travail mortel ou non. C'est
chez les jeunes que le taux d'incidence des accidents avec perte
de temps est le plus élevé. De 1993 à 1997, le tiers des
accidentés indemnisés pour un accident avec perte de temps
étaient des jeunes âgés entre 15 et 29 ans. De plus, le taux
d'accidents chez les hommes représente plus que le double du taux
d'accidents chez les femmes, soit 3,57 p. 100 comparativement à
1,57 p. 100, selon les données de 1997.
Si j'ai terminé de brosser ce sombre tableau en parlant des
jeunes, c'est qu'il y a une raison bien précise à cela.
J'aimerais profiter de l'occasion qui m'est offerte pour ouvrir
une petite parenthèse sur les clauses orphelin. En effet, le 14
octobre dernier, j'ai présenté le projet de loi C-212 qui avait
pour but d'interdire les clauses discriminatoires dans la
fonction publique fédérale. Malheureusement, le gouvernement n'a
pas voulu en discuter et en débattre ici à la Chambre.
1250
Mon projet de loi C-212 interdisait toute disposition d'une
convention collective, à l'exception d'une disposition fondée sur
le principe de l'ancienneté en vertu de laquelle les employés
embauchés après une date donnée ne bénéficient pas des mêmes
avantages salariaux ou sociaux ou des mêmes conditions de travail
que ceux dont bénéficient les autres employés visés par la
convention collective.
Tout comme dans les accidents du travail, ce sont les jeunes qui
sont grandement défavorisés, par ce que l'on appelle les «clauses
orphelin» ou, si on préfère, les clauses discriminatoires.
Celles-ci contribuent de façon importante à l'accroissement des
inégalités sociales.
Plusieurs études ont démontré que les inégalités de revenu au
Canada sont liées à une inégalité de salaires entre les jeunes
travailleurs et les travailleurs plus expérimentés. Entre 1981
et 1993, le salaire des hommes de 18 à 24 ans a diminué de 20 p.
100, alors que celui des hommes de 45 à 54 ans s'est accru de 20
p. 100.
Tout comme les accidents de travail, les clauses orphelin sont
un problème auquel il faut remédier. Pour les jeunes ménages
actuels, ces mesures les empêchent d'accorder des conditions de
vie décentes à leurs enfants, et ce, dès leur plus jeune âge.
L'Institut canadien pour la santé infantile explique les
difficultés financières avec lesquelles doivent composer les
jeunes familles, et je cite:
La situation économique des jeunes familles avec enfants est pire
que celle qu'a connue la génération précédente. En 1976, un
parent seul avec un enfant devait travailler 41 heures par
semaine au salaire minimum pour faire vivre sa famille au-dessus
du seuil de la pauvreté. En 1993, le nombre d'heures requis
avait grimpé à 73 heures par semaine.
Le gouvernement fédéral et plus particulièrement la ministre du
Travail doivent prendre conscience des effets à long terme de ce
type de solution à courte vue qui défavorise au plus haut point
les jeunes. Ce qui est plus aberrant, c'est que la ministre du
Travail et le gouvernement fédéral ne reconnaissent pas ces
clauses discriminatoires. Une centaine de milliers de
travailleurs québécois, qui sont tous sous la juridiction du Code
canadien du travail, ne sont pas protégés contre ces clauses
discriminatoires.
Quand le gouvernement prendra-t-il conscience que l'opposition
aux clauses orphelin n'est pas une question de conflit de
génération, mais que ce sont plutôt les clauses discriminatoires
elles-mêmes qui divisent les générations?
Les clauses discriminatoires défavorisent les jeunes
travailleurs et cela a des répercussions sociales importantes
dans notre société. Il ne s'agit pas de poser les jeunes en
victimes, mais bien de prendre le temps d'examiner les faits qui
semblent contraires aux valeurs de solidarité et d'équité
nécessaires à la cohésion sociale.
L'introduction de clauses orphelin dans les conventions
collectives en milieu de travail entraîne un déficit d'équité
entre les générations, et ce déficit devient d'autant plus
intolérable dans un contexte où la richesse se fait plus rare. Le
temps des rigueurs actuelles nous oblige plus que jamais à nous
serrer les coudes.
Or, si nous voulons combattre et dénoncer les injustices subies
par les pauvres, les jeunes, les personnes âgées, et j'en passe,
il est essentiel d'être solidaires entre générations.
Revenons maintenant au menu du jour, le projet de loi C-12. J'en
étais donc rendue à décrire le sombre portrait de la situation
des accidents de travail au Canada. Regardons maintenant de plus
près ce que la ministre entend apporter comme changements dans sa
réforme de la partie II du Code canadien du travail.
Tout d'abord, le projet de loi C-12 veut légiférer en matière de
santé et de sécurité pour les entreprises des secteurs privés et
publics relevant de la compétence fédérale. Sans décrire de
façon exhaustive les entreprises où le projet de loi C-12 va
oeuvrer, nous pouvons tout de même mentionner qu'il va toucher à
la fonction publique, aux sociétés d'État comme, par exemple,
Postes Canada ou la Société Radio-Canada, les entreprises
internationales et interprovinciales, comme le transport aérien,
ferroviaire et routier, le transport par pipelines, les banques,
la radiodiffusion, les mines d'uranium, le transport maritime,
les ports et les télécommunications.
Ainsi, la partie II du Code canadien du travail accorde au
travailleur sous juridiction fédérale certains droits
fondamentaux, comme le droit de connaître les dangers présents
dans le milieu de travail où il évolue, le droit de participer à
l'élimination de ces dangers et le droit de refuser d'exécuter un
travail dangereux.
De plus, la partie II du Code du travail légifère sur le rôle
des comités de santé et de sécurité, les rôles et responsabilités
des agents de santé et de sécurité.
Pour terminer, la partie II expose les procédures à suivre afin
de déterminer s'il existe un danger en cas de refus de
travailler.
Regardons maintenant les nouveaux changements qu'apporte le
projet de loi C-12 à la partie II du Code canadien du travail.
1255
Parlons d'abord des comités locaux de santé et de sécurité. Ces
derniers avaient la tâche d'inspecter le lieu de travail.
Maintenant, ils vont continuer ce travail, mais en plus, ils
auront les responsabilités d'enquêter et de solutionner les
plaintes. Si après l'intervention du comité les deux parties ne
s'entendent toujours pas, un agent de santé et de sécurité pourra
intervenir afin de résoudre le litige.
Autre changement, il y aura la mise sur pied de comités
d'orientation en matière de santé et de sécurité. Ceux-ci
évolueront dans les entreprises de plus de 300 employés. Ces
comités participeront aux activités telles que l'élaboration de
programmes de prévention liés à la santé et à la sécurité au
travail. En plus, ils pourront enquêter, faire des études et
inspecter dans le milieu de travail. Pour terminer, ils
évalueront l'équipement de protection des travailleurs.
Un autre changement majeur dans cette réforme de la partie II du
Code canadien du travail est la modification du droit de refuser
d'exécuter un travail dangereux. Ainsi, les nouvelles
dispositions de la loi donneront le droit à l'employé qui se dit
lésé dans ses droits de choisir quiconque dans le lieu de
travail. Cette dernière personne pourra participer à l'enquête
en l'absence d'un membre du comité de santé et de sécurité. De
plus, comme c'était le cas auparavant, les employés qui se
prévalent du droit de refuser de travailler parce qu'ils jugent
leur travail trop dangereux seront payés pour leur quart de
travail ou pour la période de travail normale.
Par contre, si l'une des parties renonce au droit d'être
présente lors de l'enquête, l'employeur peut prendre des mesures
disciplinaires contre l'employé fautif qui abuse du droit de
refuser d'exécuter un travail dangereux, et cela dans l'unique
but de ne pas retarder l'enquête d'un employeur.
L'employé qui a fait l'objet de mesures disciplinaires peut
interjeter appel, soit devant le Conseil canadien des relations
industrielles, ou auprès de la Commission des relations de
travail dans la fonction publique.
L'autre changement à noter qu'apporte le projet de loi C-12 est
dans le processus d'appel et d'examen. En effet, il y aura la
création d'un poste d'agent d'appel et, par le fait même, le
processus d'appel sera réduit à une seule et unique étape.
Quant aux appels relatifs à la décision de l'agent de santé et
de sécurité qui en arrive à la décision qu'il n'y a aucun danger
dans le lieu de travail, ces causes seront maintenant entendues
par un expert technique. Cela veut dire que le Conseil canadien
des relations industrielles et la Commission des relations de
travail dans la fonction publique n'auront plus la tâche
d'entendre les plaintes concernant les mesures disciplinaires
prises suite à l'exercice des droits conférés par le Code
canadien du travail. Toutefois, ceux-ci continueront d'entendre
les causes liées au droit de refuser d'exécuter un travail
dangereux.
Pour terminer, le projet de loi prévoit de nouvelles
dispositions afin d'établir par règlement des programmes de
prévention des accidents en milieu de travail. Il y aura aussi
l'instauration d'initiatives de lutte contre la violence au
travail. Enfin, il y aura des programmes de planification
ergonomique du milieu de travail.
Voilà les principales modifications que va apporter le projet de
loi C-12 à la partie II du Code canadien du travail.
Maintenant, comme je le disais au début de mon discours, le Bloc
québécois a des réserves à certains égards dans le projet de loi
C-12. Selon la ministre du Travail, la nouvelle législation a
entre autres pour objectif de responsabiliser davantage les
employés et les employeurs, afin de rendre plus sûr leur milieu
de travail.
Qu'en est-il vraiment de la responsabilisation de ce
gouvernement en tant qu'employeur? Comme si les différentes
frasques de ces derniers jours à DRHC n'étaient pas suffisantes,
la ministre du Travail et son ministère, qui fait aussi partie
intégrante du ministère du Développement des ressources humaines,
veut elle aussi avoir sa part du gâteau au royaume des petits
copains en voulant distribuer des emplois aux bons amis du parti.
À défaut de subventions, on distribue maintenant des jobs.
En effet, on retrouve dans le projet de loi C-12, parsemés ici
et là, des conflits d'intérêts ou des situations dans lesquelles
la ministre du Travail et le gouvernement fédéral se retrouvent
employeur et législateur, ou juge et partie. Cela se retrouve
dans huit articles du projet de loi.
Il est hors de question que le Bloc québécois se ferme les yeux
sur ces accrocs à une saine gestion des fonds publics et du
personnel de la fonction publique.
1300
La partisanerie politique n'a pas sa place quand il est question
de la santé et de la sécurité des travailleuses et des
travailleurs du Québec et du Canada.
Un autre exemple où le gouvernement est juge et partie, et la
ministre du Travail en total conflit d'intérêts, c'est au
paragraphe 135(3), et je cite:
135. (3) S'il est convaincu, sur la base des facteurs énumérés au
paragraphe (4), que la nature du travail exécuté par les employés
présente peu de risques pour la santé et la sécurité, le ministre
peut, sur demande présentée par un employeur selon les modalités,
de forme et autres, éventuellement prévues par règlement, par
arrêté et selon les modalités qui y sont spécifiées, exempter
celui-ci de l'application du paragraphe (1) quant au lieu de
travail en cause.
Dans le présent article, il est implicitement dit que la
ministre peut demander à elle-même, en tant qu'employeur, si elle
peut exempter par arrêté l'application du paragraphe (1) du
présent article. Voilà un autre conflit d'intérêts que le Bloc
québécois juge tout à fait inacceptable.
Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles le Bloc québécois
n'accepte pas cet état de fait. Comment faire confiance à ce
gouvernement dans le traitement équitable de ses employés, à la
lumière de ce qui s'est passé dans le dossier de l'équité
salariale avec ses 200 000 fonctionnaires? Ce gouvernement a
fait preuve d'un laxisme inadmissible dans ce dossier. Ces 200
000 fonctionnaires ont dû attendre plus de 15 ans avant d'avoir
leur remboursement.
Heureusement que les 200 000 fonctionnaires de l'Alliance de la
fonction publique fédérale, avec l'appui inconditionnel du Bloc
québécois, n'ont jamais perdu espoir dans la justice. Les
pressions des fonctionnaires et du Bloc québécois ont porté fruit
et nous en sommes très fiers.
Aujourd'hui, la ministre voudrait que le Bloc québécois accepte
de telles dispositions dans le projet de loi C-12. Il ne faut
tout de même pas rêver en couleur. La ministre du Travail devra
apporter des modifications à ces articles afin qu'il n'y ait plus
de conflit d'intérêts.
Voici une autre note discordante dans le projet de loi C-12. À
l'article 135, paragraphe (2), il est stipulé, et je cite:
135. (2) L'obligation de l'employeur prévue au paragraphe (1) ne
vise pas, dans le cas d'un navire, les employés basés sur
celui-ci.
Je dois vous dire que cette exception à la loi me fait beaucoup
sourire. En fait, cela me rappelle un certain projet de loi, qui
a été débattu ici à la Chambre lors de la première session, le
projet de loi C-28. On se souviendra de ce projet de loi où le
ministre des Finances tentait de faire adopter une loi qui,
vraisemblablement, pouvait permettre à sa compagnie de transport
maritime international, la Canada Steamship Lines Inc., dont il
est propriétaire à 100 p. 100, de profiter de certains avantages
fiscaux.
Le projet de loi était parrainé par le ministre des Finances
lui-même. Ces deux faits constituent toujours une apparence de
conflit d'intérêts qui enfreint le code d'éthique du
gouvernement, et le Bloc québécois avait exigé des explications
qui, soit dit en passant, ne sont jamais venues.
Aujourd'hui, avec le projet de loi C-12, les bateaux font encore
exception sans aucune justification de la raison pour laquelle il
y a une telle exception. On comprendra qu'il est tout à fait
légitime de se poser des questions à ce sujet. Comme le dit un
proverbe populaire: «Chat échaudé craint l'eau».
Je peux vous dire que le Bloc québécois, et c'est le cas de le
dire, craint les bateaux de ce gouvernement et de son ministre
des Finances. Nous avons bien hâte de discuter avec la ministre
en comité afin de lui poser quelques petites questions au sujet
de la présente exception.
Il y a aussi un autre article du projet de loi C-12 qui soulève
plusieurs questions, soit le paragraphe 137.1(3), que je cite:
137.1 (3) La durée du mandat des commissaires et leur mode de
sélection, à l'exception de celui du président et du président
suppléant, peuvent être fixés par règlement.
Ici, il est question du mandat et de la sélection des membres de
la Commission de la sécurité dans les mines de charbon. Si on
relit bien l'article que je viens de citer, il doit bien y avoir
quelques petites questions qui viennent à l'esprit. Pourquoi
accorder un statut tout spécial au président et au président
suppléant? Pourquoi ne pas inclure dans la loi la durée, le
mandat et le mode de sélection de ces deux postes?
Eh oui, encore une fois, bienvenue au royaume des p'tits copains
du Parti libéral du Canada. Voilà d'autres postes de nomination
politique pour les p'tits amis du gouvernement.
Même si le Bloc québécois est habitué à ce type de nomination,
puisque c'est une pratique courante dans ce gouvernement, vous
pouvez être sûr qu'on va se battre avec l'énergie du désespoir
pour que ce type de pratique soit exclu, non seulement du projet
de loi C-12, mais aussi de tous les autres projets de loi que
présentera ce gouvernement et qui vont inclure des nominations
partisanes, comme ce qu'on retrouve au paragraphe 137.1(3).
1305
Ces façons de faire doivent, dès maintenant, faire partie du
passé. Le temps de la petite politique à la libérale doit, dès
maintenant, faire place à une politique de transparence.
Si la ministre du Travail veut l'appui du Bloc québécois à sa
réforme de la partie II du Code canadien du travail, ces
nominations partisanes devront disparaître. Si tel n'est pas le
cas, notre parti devra réviser sa position.
Dans cette nouvelle réforme de la partie II du Code canadien du
Travail, on y retrouve une révision des peines pécuniaires pour
quiconque commet une infraction à la loi. Les amendes sont
beaucoup plus sévères et le Bloc québécois est tout à fait
d'accord avec cela, surtout quand on sait que chaque année au
Canada, environ 800 000 personnes sont blessées ou contractent
une maladie dans l'exercice de leurs fonctions. De ce nombre,
plus de 750 en meurent, ce qui représente une moyenne de trois
décès par jour.
À la lumière de ces statistiques effarantes, le gouvernement se
devait de lancer un message clair aux différents individus qui ne
respectent pas le Code du Travail, qu'ils courent le risque de
payer très cher pour leur faute. Cela étant dit, il reste à
savoir si la ministre s'est donnée tous les moyens afin que les
fautifs comprennent le message. Ce qui n'est pas très clair.
À l'article 154, au paragraphe (1), il est écrit, et je cite:
La peine d'emprisonnement est exclue en cas de défaut de paiement
de l'amende imposée pour une infraction prévue à la présente
partie sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire.
Qu'arrivera-t-il si la personne fautive qui contrevient à la loi
et qui est déclarée coupable ne paie pas son amende?
Premièrement, elle ne paie pas son amende et, en plus, elle ne va
pas en prison. Mais alors, où est la punition? Est-ce que cela
veut dire qu'on n'a qu'à ne pas payer une amende et être exclus
de toute peine? C'est une drôle de façon d'appliquer la loi.
J'aimerais tout de même revenir aux peines pécuniaires. On sait
très bien que le Bloc québécois est un parti politique qui
favorise les actions pratiques qui vont droit au but. Il vaut
mieux prévenir que guérir.
Le Bloc québécois a une excellente suggestion à faire à la
ministre du Travail avec l'argent qu'elle pourrait récolter des
infractions. Pourquoi ne pas spécifier dans le projet de loi que
cet argent perçu à cause des infractions devrait aller
directement dans un fond pour la mise sur pied de programmes de
formation et de prévention dans les différents milieux de travail
sous juridiction fédérale. N'est-ce pas là une approche
constructive?
Il s'agirait de prendre cet argent pour former les employés et
les employeurs et leur donner des outils afin de prévenir les
accidents en milieu de travail? Voilà une approche positive que
la ministre du Travail ne peut refuser, soit de prendre l'argent
des amendes, mettre sur pied des programmes afin de faire en
sorte de prévenir les mêmes erreurs qui ont mené à l'infraction,
se donner les moyens de prévenir, à la source, les accidents de
travail, former et conscientiser les travailleurs et les
employeurs à la nécessité d'évoluer dans un milieu de travail
sain et sécuritaire.
Mais pour cela, il faudra que la loi soit respectée et, comme je
l'ai dit auparavant, il y a un manque de clarté à ce sujet dans
le projet de loi C-12.
Le dernier point du projet de loi qui suscite bien des
interrogations chez le Bloc québécois, c'est l'article 132 sur
les employées enceintes ou qui allaitent. Dès son arrivée à la
Chambre des communes, le Bloc québécois s'est toujours fait un
devoir et une priorité de défendre et d'améliorer le sort de
toutes les femmes, ce qui inclut le retrait préventif chez les
femmes enceintes ou qui allaitent.
Dans le projet de loi C-12, la ministre du Travail a enfin
compris qu'il fallait faire quelque chose pour les femmes qui
sont enceintes ou qui allaitent dans les milieux de travail de
juridiction fédérale. C'est un début, mais c'est beaucoup trop
peu.
Le Québec a toujours été à l'avant-garde pour la protection des
femmes enceintes dans leur milieu de travail. On ne peut pas en
dire autant du gouvernement fédéral.
Il y a déjà plusieurs années que, lors d'une grossesse ou d'un
allaitement, les travailleuses québécoises non régies par le Code
canadien du Travail ont la possibilité d'obtenir, en vertu de la
CSST, une réaffectation ou un retrait préventif où la
rémunération est assurée à 90 p. 100 de leur salaire net si leur
travail représente un danger pour elle ou l'enfant qui va naître,
et que l'employeur ne peut pas modifier ou changer son milieu de
travail dans l'entreprise.
1310
Au fédéral, l'article 132 a une grande faille. Dans le Code
canadien du travail, les travailleuses québécoises oeuvrant sous
la loi fédérale sont moins bien protégées que celles qui sont
sous le régime québécois. C'est une disparité et un système à
deux vitesses qui sont absolument inacceptables.
En effet, au fédéral, dès que la travailleuse reçoit l'avis du
médecin, celle-ci ne peut plus recourir au paragraphe 132(1), qui
est le paragraphe où l'employée enceinte peut cesser d'exercer
ses fonctions courantes au travail.
Au Québec, aussitôt que l'avis du médecin est remis à
l'employeur, celui-ci doit affecter la travailleuse enceinte à
d'autres tâches qui ne comportent aucun danger pour le foetus.
Si l'employeur n'est pas en mesure de réaffecter la femme à un
autre poste de travail dans les délais prescrits sur le
certificat médical, elle peut cesser de travailler immédiatement
et reçoit, pour la première semaine, son salaire de la part de
l'employeur, et par la suite, c'est la CSST qui l'indemnise à
raison de 90 p. 100 de son salaire net.
Le Québec fait encore figure de proue en matière de retrait
préventif des femmes enceintes ou qui allaitent. Qu'attend le
gouvernement fédéral pour en faire autant?
Pourtant, à ce sujet, il existe bel et bien un consensus chez le
peuple québécois et canadien. Et la ministre et son gouvernement
font la sourde oreille, puisque certains fonctionnaires de ce
gouvernement font même partie de ce consensus. Je m'explique.
En mars 1998, a eu lieu, à l'Université du Québec à Montréal, un
colloque sur la santé des travailleuses. L'événement avait même
été financé par qui d'autre que le vertueux ministère de la Santé
fédéral. Ce colloque regroupait une panoplie d'experts et
d'organismes de partout à travers le Canada qui se spécialisent
en santé et sécurité au travail, et plus particulièrement sur la
santé des travailleuses.
Soyons clairs, on ne peut passer à côté du plan d'action qui est
ressorti de cette rencontre, puisqu'on retrouvait les plus grands
spécialistes au pays en matière de santé au travail pour les
femmes.
Pour vous donner une petite idée, voici, entres autres, les
personnes qui étaient présentes lors de ce colloque: pour le
Québec: Gisèle Bourret, responsable du Service de la condition
féminine à la CEQ; Maria DeKoninck, professeure à l'Université
Laval au Département de médecine sociale et préventive; Jocelyne
Everell, conseillère syndicale au Service de
santé-sécurité-environnement à la CSN; Carole Gingras, directrice
de la condition féminine à la FTQ; Danielle Hébert,
coordonnatrice du Service de la condition féminine à la CSN;
Nicole Lepage, conseillère en santé et en sécurité du travail à
la CEQ; Katherine Lippel, professeure au Département des sciences
juridiques à l'UQAM, et j'en passe beaucoup.
Il y avait aussi des experts et organismes tout aussi crédibles
de la Colombie-Britannique, du Manitoba, de la Saskatchewan, de
l'Ontario et même de Terre-Neuve.
Fait à noter, au niveau canadien, il y avait, entre autres, Mme
Diane Ponée, directrice de l'analyse des politiques et de la
planification au Bureau pour la santé des femmes à Santé Canada,
et Mme Michelle Simms, conseillère en matière de politique et de
programme au Bureau de la main-d'oeuvre féminine, l'unité
Stratégique et Coordination, DRHC Canada. Ce qui veut dire, hors
de tout doute, que la ministre du Travail et ce gouvernement sont
bien au courant des conclusions de ce colloque. Et parlons-en,
des conclusions de ce colloque.
Laissez-moi vous citer le plan d'action qui a été signé par tous
les participants du colloque, y compris les fonctionnaires de
Santé Canada et de DRHC, et je cite:
La législation, dans toutes les juridictions (fédérales et
provinciales), devrait prévoir le retrait préventif des
travailleuses enceintes ou qui allaitent, si leurs conditions de
travail présentent un danger pour la santé ou celle de leur
foetus ou nourrisson.
De tels programmes devraient s'inspirer de la loi québécoise qui
prévoit la réaffectation à un travail qui ne présente pas de
danger [...] Ils devraient inclure, quand la réaffectation de la
travailleuse n'est pas possible, le droit à des indemnités
équivalentes à celles qui sont reliées à une incapacité suite à
un accident du travail.
Les femmes du Canada au grand complet chérissent les politiques
du Québec en matière de retrait préventif pour les femmes
enceintes ou qui allaitent. Malheureusement, ce n'est pas avec
l'article 132 du projet de loi C-12 que la ministre va venir
impressionner les femmes au Québec et au Canada.
1315
Ce n'est pas moi qui le dis, ni le Bloc québécois, mais bien les
femmes du Québec et du Canada qui veulent bénéficier des
politiques avant-gardistes du Québec.
On voit déjà la ministre du Travail et le gouvernement fédéral
venir pavoiser en disant qu'avec le nouveau congé de maternité de
l'assurance-emploi, les employées de juridiction fédérale sont
maintenant aux petits oignons.
Soyons sérieux. Il faut un minimum de 600 heures travaillées
pour que ces femmes aient droit au congé de maternité. Imaginez
la femme monoparentale avec un autre enfant et qui est enceinte
d'un deuxième; elle n'obtiendra qu'environ 50 p. 100 ou 55 p. 100
de son salaire, alors qu'avec le retrait préventif de la Loi sur
la santé et sécurité au travail du Québec, cette dernière a droit
à 90 p. 100 de son salaire net. Le fédéral est à des années
lumière des politiques du Québec.
Si le projet de loi C-12 n'est pas amendé à l'article 132, c'est
encore cette disparité qui se perpétuera entre les employées
régies par le Code canadien du travail et les travailleuses
régies par la Loi sur la santé et sécurité au travail du Québec.
La ministre du Travail, qui est une femme, qui a deux enfants,
veut-elle vraiment que se perpétue cette disparité inacceptable?
Pourquoi les femmes devraient-elles faire les frais des
politiques discriminatoires de ce gouvernement? Je laisse la
ministre réfléchir à ces questions.
Comme on peut le constater, le projet de loi C-12 est loin
d'être parfait. La ministre va devoir apporter des changements à
sa réforme sur la partie II du Code canadien du travail. La
ministre du Travail peut compter sur le Bloc québécois pour ces
changements. Jusqu'à présent, celui-ci a fait ses devoirs et il
continuera à les faire.
Déjà, dans le présent discours, nous proposons et soumettons une
réflexion très constructive afin de rendre le projet de loi C-12
encore plus conforme aux nouvelles réalités dans nos milieux de
travail. Mais reste à savoir si la ministre du Travail va
considérer ces pistes de réflexion du Bloc québécois. Va-t-elle
faire la sourde oreille?
Comme je l'ai dit au début de mon discours, le Bloc québécois
est favorable au principe du projet de loi C-12. Qui serait
contre une réforme de la partie II du Code canadien du travail
sur la santé et la sécurité des travailleuses et des travailleurs
du Québec et du Canada? Personne. Nous croyons fermement que le
projet de loi C-12 n'est pas parfait, loin de là, mais c'est un
bon départ. Reste à savoir quelle ouverture d'esprit et quelle
place va donner la ministre du Travail au Bloc québécois dans
cette réforme de la partie II du Code canadien du travail. Seul
l'avenir nous le dira.
[Traduction]
M. Pat Martin (Winnipeg-Centre, NPD): Monsieur le Président, je
puis dire honnêtement, sans crainte d'être contredit, qu'il
s'agit là du projet de loi le plus important dont j'aie eu
l'occasion de débattre dans toute ma vie professionnelle.
Compte tenu de mes antécédents de col bleu, de travailleur du
bâtiment, où j'ai exercé le métier de charpentier, le sujet a
toujours revêtu un grand intérêt pour moi, car je pense que tous
les Canadiens méritent de jouir du droit fondamental à un milieu
de travail propre, sain et sûr, de sorte qu'aucun Canadien ne se
lève le matin pour aller travailler et y perdre la vie, car les
Canadiens se lèvent pour aller travailler et gagner leur vie.
Ils méritent de gagner leur vie sans craindre de courir des
risques inutiles à cause des conditions régnant dans leur milieu
de travail.
Je suis très heureux d'être ici aujourd'hui pour parler du
projet de loi C-12, tendant à modifier la Partie II du Code
canadien du travail, à y apporter des modifications qui se font
attendre depuis longtemps et qui ont fait l'objet d'un grand
battage publicitaire. Ce dont nous sommes saisis aujourd'hui est
le fruit de quatre longues années de consultation, de recherche
de consensus et d'élaboration d'idées et de recommandations qui
se présentent maintenant dans ce projet de loi très valable.
Le groupe de travail formé de représentants du monde du travail,
du monde des affaires et du gouvernement a tâché de son mieux de
tout faire par consensus. Ces questions n'ont pas fait l'objet
de vote à la majorité. Les membres du groupe de travail ont
oeuvré dans un esprit et un climat de véritable coopération car
ils ont compris que le travail qu'ils accomplissaient était
d'une grande importance et qu'il aurait une incidence directe
sur la vie de tous les employés ou travailleurs canadiens
assujettis au Code canadien du travail.
Cette loi régit l'activité de plus de 700 000 travailleurs
canadiens, qui sont loin de constituer la majorité des
travailleurs au Canada mais qui représentent certainement un
nombre suffisamment important de travailleurs pour établir des
précédents et créer des normes dont toutes les autres autorités
en matière de relations de travail devraient tenir compte en
établissant leurs propres normes en matière de santé et de
sécurité.
C'est ce qui fait que le projet de loi C-12 est aussi crucial.
1320
Bien entendu, les employés du gouvernement fédéral sont
assujettis au Code canadien du travail. Bon nombre travaillent
auprès de sociétés d'État ou d'autres organismes. Certains sont
assujettis à la Loi sur les relations de travail dans la
fonction publique. Les travaux que nous menons ici aujourd'hui
et ceux que nous mènerons lorsque le projet de loi sera envoyé
au comité ont un effet direct et très important sur la vie de
nombreux Canadiens. Ces travaux revêtent une importance
absolument cruciale.
J'ai commencé par dire à la Chambre ce qui m'a amené à
m'intéresser aux questions de santé et de sécurité. C'est en
raison de mon expérience personnelle. Le premier emploi que j'ai
décroché lorsque j'étais jeune consistait à travailler dans les
mines d'amiante, au Yukon, mais ce n'était pas un bon choix de
carrière. Honnêtement, je ne recommande ce genre d'emploi à
personne. La seule raison pour laquelle je soulève ce fait,
c'est que, à cette époque-là, l'amiante n'était pas reconnu comme
une matière dangereuse.
Mes jeunes compagnons et moi étions heureux de travailler dans
les mines d'amiante pour gagner notre vie. Un jour, nous avons
demandé à nos patrons si la rumeur voulant que l'amiante soit
dangereux pour la santé était fondée. Ils nous ont rassurés en
disant qu'il s'agissait d'une substance blanche, ignifuge et
inoffensive et que nous pouvions la transporter à la pelle, sans
aucune inquiétude.
Plus tard, notre syndicat a enfin commencé à effectuer
activement des recherches et nous a prévenus que, non seulement
cette matière était dangereuse pour notre santé, mais qu'aucune
quantité d'amiante ne pouvait être sans danger.
Une partie par milliard de particules dans l'air, c'était trop.
Nous avons alors compris que, dans ce genre de situation, le
syndicat était le seul allié qu'un travailleur pouvait avoir,
car tout le monde nous mentait au nom des bénéfices et par
cupidité. Cela m'a appris une leçon lorsque j'étais très jeune.
Par la suite, au cours de ma vie professionnelle, je suis devenu
un charpentier qualifié, j'ai travaillé très activement au sein
de mon syndicat et je suis devenu délégué syndical. À partir de
là, un aspect très important de mon travail a consisté à veiller
à ce que la vie de nos membres ne soit pas mise en danger à
cause d'un échéancier de production arbitraire. Comme je l'ai
déjà dit, aucun échéancier de production dans le monde ne peut
justifier qu'on mette la vie des gens en danger.
Je puis honnêtement dire que j'ai consacré une bonne partie de
ma vie professionnelle à essayer d'améliorer les normes de
sécurité et de santé professionnelles au Canada.
Voilà pourquoi je suis si heureux de prendre la parole
aujourd'hui et de non seulement parler du projet de loi C-12,
mais de recommander aussi qu'on y apporte certains changements
et modifications mineurs dont je reparlerai plus tard. C'est
très gratifiant de pouvoir enfin faire quelque chose d'aussi
positif dans l'intérêt des travailleurs canadiens.
Il n'y a pas si longtemps, cette question n'était guère une
priorité pour le gouvernement ou les industries de notre pays.
On se disait en quelque sorte avec résignation que certains
emplois étaient tout simplement intrinsèquement dangereux et que
certaines personnes allaient se blesser dans l'exercice de ces
fonctions dangereuses. Nous ne pouvons plus tolérer ce genre
d'attitude: a) il n'y a aucune raison pour qu'il en soit ainsi;
et b) il est moralement et éthiquement répréhensible de même
songer à adopter pareille attitude.
À titre de délégué syndical principal des charpentiers
travaillant à un projet de barrage hydroélectrique, j'ai été
très fier que l'aménagement de ce barrage ait été le premier, au
Manitoba, à ne pas faire de victimes.
Environ sept personnes en moyenne perdaient la vie au cours de
la construction des barrages précédents. On disait dans le monde
de la construction que chaque édifice pouvait être considéré
comme une pierre tombale parce qu'il était normal qu'un ou deux
employés se tuent pendant la construction. Les entreprises en
tenaient même compte dans le calcul des coûts et de la
productivité.
Heureusement, la situation a changé, mais ça ne fait pas si
longtemps. Comme je le dis souvent, à la fin des années 1970,
nous avons accompli tout un exploit en bâtissant un barrage sans
perdre un seul employé. J'affirme aujourd'hui qu'il n'y a aucune
raison pour que des employés perdent la vie au travail. Tous ces
accidents peuvent être évités si l'on adopte les mesures
appropriées et qu'on voit à les faire appliquer.
Je n'ai vraiment pas d'autre chose à ajouter à ce sujet.
Je pourrais me contenter de me tenir debout ici pendant les
vingt prochaines minutes et de répéter l'importance de
l'application de toute mesure adoptée et ce serait là le message
le plus important à transmettre aux divers groupes des relations
de travail ainsi qu'aux employeurs et aux employés d'un bout à
l'autre du pays. C'est très important.
Au cours des dernières années, en partie en raison du manque de
personnel de surveillance, nous avons constaté que les
gouvernements se fiaient de plus en plus à ce qu'ils appellent
des engagements de conformité volontaires. Ces engagements sont
loin d'être suffisants, particulièrement dans le secteur privé
où certaines personnes continuent de considérer la sécurité
comme un élément de dépense. C'est bien sûr une façon démodée et
désuète de voir les choses, mais certaines personnes considèrent
toujours que l'installation d'un garde-fou est une dépense
improductive.
Où est l'avantage? Cela va nous ralentir et nous coûter de
l'argent. C'est une manière terrible de fonctionner.
1325
Permettez-moi de citer des chiffres qui illustrent à quel point
tout cela est illogique. Nous savons tous les raisons morales et
correctes pour lesquelles nous ne voulons pas que des gens
soient blessés ou tués au travail. Voici quelques chiffres
concernant la santé et la sécurité au travail.
Dans ma province du Manitoba, nous perdons chaque année environ
50 000 jours-personnes à cause de grèves, de lock-outs et de
conflits de travail. C'est un problème de productivité.
Pendant la même période, nous perdons 550 000 jours-personnes à
cause des accidents de travail. Si nous sommes sérieux en disant
qu'il faut augmenter la productivité des travailleurs canadiens,
nous devrons faire le ménage des lieux de travail et cesser la
tuerie, ce qui nous permettra d'économiser un demi-million de
jours-personnes par année au Manitoba seulement.
Franchement, cela ne compte pas dans l'autre aspect du mouvement
syndical que nous avons étudié, c'est-à-dire l'effet secondaire
d'un accident au travail. En d'autres termes, quand un collègue
de travail est blessé ou meurt par suite d'un accident de
travail, il y a des répercussions sur tout l'effectif. La
productivité ralentit le jour de l'accident et ne reprend pas
son rythme avant plusieurs jours. J'en ai été souvent témoin.
En fait, toute la notion de mesure législative sur la santé et
la sécurité au travail tourne autour de trois choses: le droit
de savoir, le droit de refuser et le droit de participer à tous
les aspects de la santé et de la sécurité au travail. Ces trois
choses définissent et colorent ce que nous voudrions voir comme
environnement de travail sain et sûr. Nous avons le droit de
savoir avec quelles matières dangereuses nous risquons de
travailler. Nous avons au Canada la loi sur le Système
d'information sur les matières dangereuses utilisées au travail,
le SIMDUT, qui reconnaît à tout travailleur le droit de demander
qu'on lui prouve qu'un produit chimique qu'il utilise n'est pas
mauvais pour sa santé. Il revient à l'employeur de prouver au
travailleur qu'il ne risque rien. Si cette mesure législative
avait existé lorsque je travaillais dans les mines d'amiante,
j'aurais quitté cet emploi bien avant.
C'est un domaine très complexe qui nécessite beaucoup
d'administration pour fonctionner. C'est très compliqué.
On ne peut pas se contenter d'initier une personne au SIMDUT
pendant huit heures pour la laisser ensuite se débrouiller toute
seule. Nous avons affaire à des matières tellement complexes de
nos jours. Des choses se dégagent des matières avec lesquelles
nous travaillons. Chaque élément peut être bénin mais, pris
ensemble, ils forment dans nos reins un autre élément qui nous
tuera. Il faut que nous le sachions. On ne peut pas demander à
des travailleurs de travailler sans protection dans l'intérêt de
l'économie.
Les Canadiens sont mieux renseignés sur la question de la santé
et de la sécurité au travail et sur celle des accidents de
travail, mortels et autres. La preuve en est que le 28 avril est
désormais la Journée internationale de compassion pour les
personnes tuées ou blessées au travail. Je suis fier de dire que
le drapeau est ce jour-là en berne à la Chambre des communes.
Cette journée est officiellement reconnue par une motion adoptée
à la Chambre des communes.
Les Canadiens savent que nous adopterons le projet de loi C-12
pour rendre leurs lieux de travail plus sûrs, et ils s'en
réjouiront. Je suis fier de dire que c'est l'ancien porte-parole
du NPD pour les questions de main-d'oeuvre, Rod Murphy, député de
Churchill, qui a proposé de faire du 28 avril le Jour de deuil
national.
Nous pensons que le projet de loi C-12 a beaucoup de qualités.
Nous voulons qu'il soit adopté rapidement, mais avec des
amendements. Il nous faut souligner plusieurs graves lacunes
dans ce projet de loi. Je les énumère brièvement.
Pratiquement tout ce que le projet de loi C-12 contient a été
approuvé par consensus dans le cadre de discussions entre le
comité, Fedco, le groupe des employeurs fédéraux, pour les
employeurs, le comité de la santé et de la sécurité du travail
du Congrès du travail du Canada, pour les employés, et le
gouvernement. Cependant, le texte du projet de loi ne reflète
parfois pas tout à fait le consensus auquel les parties sont
arrivées.
Nous demandons que les dispositions où nous croyons relever des
écarts par rapport à ce consensus soient clarifiées et
modifiées.
Dans d'autres cas, nous trouvons dans le projet de loi des
éléments qui n'ont jamais été abordés dans le cadre des
discussions. Ce sont des détails mineurs, mais nous estimons que
rien ne devrait nous apparaître nouveau dans ce projet de loi,
parce qu'il est censé être le fruit d'un consensus.
1330
Nous déplorons un détail qui n'est pas tel qu'il avait été
convenu au comité. Nous souhaiterions la mise en place d'un
système d'appel à deux paliers. Le projet de loi C-12 recommande
que le processus d'appel soit confié à une seule personne, un
agent d'appel, et non au Conseil canadien des relations
industrielles. C'est un peu comme si l'on demandait au renard
de surveiller le poulailler. Si un employé veut présenter un
grief contre les activités de la division de santé et sécurité,
il ne convient pas que ce soit un agent de cette division qui
reçoive le grief.
Un autre détail que nous n'approuvons pas est la définition de
la santé. On peut nous accuser de tatillonner, mais
franchement, c'est très important. Les définitions se trouvent
dans le préambule. Si notre définition d'un lieu de travail
assurant la santé des travailleurs diffère de celle du
gouvernement, nous aurons bien des problèmes. Nous croyions
avoir convenu d'utiliser la définition de l'Organisation
mondiale de la santé jusqu'à ce que DRHC nous écrive le 12
juillet 1996. Le gouvernement a arbitrairement modifié la
définition et nous aimerions savoir pourquoi.
La définition du gouvernement ne nous convient pas parce qu'elle
exclut le stress comme maladie physique, maladie mentale ou
condition indemnisable. Nous sommes entièrement en désaccord
avec cette mesure. Nous croyons que le stress au travail est un
élément de la santé globale d'une personne et qu'il doit être
inclus dans la définition.
Jamais personne ne s'est plaint du fait qu'on accepte le stress
dû aux événements traumatisants. Si quelqu'un est témoin d'une
tragédie terrible à son travail et ne peut pas travailler par la
suite, on lui accorde une indemnité pour temps perdu parce que
l'on considère qu'il a subi un traumatisme.
Nous croyons que le stress normal au travail peut parfois
justifier une indemnisation.
Nous ne sommes pas d'accord avec l'alinéa 126(1)j), que nous
appelons la disposition de dénonciation. L'employé au travail
est tenu de signaler à son employeur tout collègue qui, d'après
lui, pose des risques pour la santé et la sécurité au travail.
Un employé ne devrait pas avoir à dénoncer un autre employé.
L'affaire pourrait être portée à l'attention de l'employeur,
mais pas de cette manière. Nous voulons que cette disposition
soit modifiée.
L'alinéa 126(1)k) et le paragraphe 139(1) exigent que l'employé
se soumette à des examens médicaux obligatoires. En vertu des
droits de la personne et de la pratique internationale, ces
examens sont maintenant illégaux. L'Ontario a récemment modifié
sa législation à cet égard. Selon le paragraphe 28(3) de la Loi
sur la santé et la sécurité au travail. Lois révisées de
l'Ontario, 1990:
Un employé n'est pas tenu de participer à un programme de
surveillance médicale prescrit à moins qu'il n'y consente.
À notre avis, les deux dispositions ci-dessus enfreignent les
lignes directrices techniques et déontologiques de
l'Organisation internationale du travail pour la surveillance de
la santé des travailleurs qui ont été ratifiées en 1997 par le
Canada.
Quatre conditions peuvent rendre les examens médicaux en milieu
de travail acceptables. Premièrement, les examens médicaux
doivent être entièrement volontaires. Deuxièmement, les
résultats de ces examens doivent rester strictement
confidentiels. Troisièmement, les travailleurs devraient avoir
le droit de choisir le médecin examinateur. Quatrièmement, les
travailleurs ne devraient rien avoir à payer. Ce n'est que dans
ces conditions que nous accepterons l'idée d'un programme
d'examens médicaux obligatoires ou que nous envisagerons d'en
prévoir un dans le Code canadien du travail.
Pour ce qui est du comité de santé et de sécurité, le projet de
loi C-12 exige qu'il se réunisse neuf fois par an. Notre groupe
de travail estime qu'il devrait se réunir douze fois par an à
raison d'une fois par mois. C'est l'objectif qu'il faudrait
viser.
Les réunions doivent parfois être annulées, mais il faudrait
tenter d'en tenir au moins une par mois. La communication entre
le syndicat et le patronat est le principal moyen de veiller à
un milieu de travail salubre, sain et sécuritaire. À cette fin,
il doit régner un certain esprit de collaboration. Voilà
pourquoi nous croyons qu'il devrait y avoir au moins 12 réunions
par année.
Certaines provinces exigent déjà cela. En Colombie-Britannique,
la loi sur la santé et la sécurité au travail exige la tenue
d'une réunion par mois.
1335
En ce qui concerne les employées enceintes ou allaitantes, nous
croyons que nous devrions ajouter une disposition à l'article
132. Nous estimons que l'article devrait être plus rigoureux et
stipuler que, une fois établi qu'il existe un risque pour la
santé de l'employée enceinte ou allaitante ou celle du foetus ou
de l'enfant, la section 7 de la partie III du Code canadien du
travail, concernant la réaffectation, doit s'appliquer. Pour une
certitude accrue et absolue, nous voudrions faire référence,
dans la Partie II du Code, aux dispositions de la Partie III du
Code afin d'assurer la sécurité de l'employée allaitante ou
enceinte.
Il y a une autre disposition figurant actuellement au paragraphe
147.1(1) à laquelle il faudra consacrer une certaine attention
et à laquelle nous trouvons à redire. Cette disposition
permettrait de se prémunir contre un recours malveillant et
vexatoire au droit de refuser de travailler dans des conditions
dangereuses.
Nous comprenons que des plaintes soulevées au nom du droit de
refuser de travailler en cas de danger peuvent presque
constituer du sabotage dans une entreprise où le climat des
relations de travail est tellement hostile que les employés
peuvent chercher à causer du tort à l'employeur en exerçant de
façon malveillante, vexatoire ou abusive leur droit de refuser
de travailler.
Le groupe de travail a reconnu par consensus qu'une telle
disposition pouvait figurer dans la loi car aucune partie ne
pouvait nier qu'on puisse évoquer une telle possibilité. On
trouvait que le libellé proposé par le gouvernement ne reflétait
pas exactement l'intention de l'entente à laquelle on en était
arrivé. Le libellé que nous proposerons sous forme d'amendement
parviendra au même objectif, mais sous une formulation qui sera
plus équilibrée à notre avis. Il incombera clairement à
l'employeur, et non à l'employé, de démontrer que l'exercice de
ce refus de travailler est inspirée par la malveillance ou
l'intention de nuire.
La dernière chose dont je vais parler, et que nous considérons
comme une énorme omission et une énorme occasion manquée
d'inclure ce que nous venons de voter et de ratifier à la
Chambre des communes il y a quelques jours, porte sur la motion
sur la mine de Westray. Nous avons adopté à la Chambre une
motion disant que le gouvernement doit modifier toute loi
pertinente pour respecter la recommandation 73 de l'enquête sur
la mine Westray par le juge Richard. Cette recommandation dit
ceci:
Le gouvernement du Canada, par l'entremise du ministère de la
Justice, devrait présenter au Parlement du Canada les
amendements à apporter aux mesures législatives pour que les
cadres d'entreprise et administrateurs soient tenus responsables
de la sécurité au travail.
Nous interprétons cette recommandation comme voulant dire qu'il
faut modifier le Code criminel du Canada afin de punir
l'homicide involontaire coupable et le meurtre commis par des
personnes morales. Le Code canadien du travail devrait renvoyer
à la directive du juge Richard et au Code criminel ainsi
modifié.
Si les gens sont reconnus coupables de négligence grave ayant
causé des accidents ou la mort sur le milieu de travail, non
seulement ils devront payer l'amende et subir les sanctions
prévues dans les dispositions sur la santé et la sécurité dans
le Code canadien du travail, mais ils seront également inculpés
pour homicide involontaire coupable en vertu du Code criminel du
Canada. C'est ce qu'a dit le juge Richard. C'est essentiellement
ce que nous pensons avoir ratifié l'autre jour dans la motion.
Nous aimerions voir le Code canadien du travail y faire
référence.
Cela mis à part, nous sommes impatients de traiter ce projet de
loi au comité. Nous espérons travailler avec les entreprises,
les salariés et le gouvernement pour le voir adopter à la
Chambre dans l'intérêt de tous les travailleurs canadiens.
[Français]
Mme Angela Vautour (Beauséjour—Petitcodiac, PC): Monsieur
le Président, j'ai le grand plaisir de dire quelques mots au nom
du Parti progressiste-conservateur sur le projet de loi C-12, Loi
modifiant la partie II du Code canadien du Travail.
La partie II du Code canadien du Travail traite de la santé et
de la sécurité au travail, tant au niveau des travailleurs qu'au
niveau de la direction des entreprises. Ce projet de loi a pour
but de promouvoir la santé et la sécurité, tant chez les
travailleurs que chez les employeurs, et d'établir les droits et
les responsabilités des travailleurs et des employeurs à l'égard
des risques réels ou potentiels du milieu de travail.
Les questions relatives au travail relèvent principalement de la
compétence des provinces. Cependant, la fonction publique
fédérale, les sociétés d'État fédérales, les industries
internationales et interprovinciales relèvent de la compétence
d'Ottawa. Parmi ces industries, il y a les transports aériens,
maritimes et ferroviaires, les oléoducs, les banques, la
radiodiffusion, l'extraction de l'uranium, les ports et les
télécommunications.
1340
Ce projet de loi prévoit notamment l'élargissement du rôle des
comités de santé et de sécurité en leur conférant le pouvoir de
recenser et de remédier aux risques réels ou potentiels et aux
refus de travailler auxquels ils donnent lieu dans les meilleures
conditions de rapidité et d'efficacité.
Le projet de loi vise à établir un meilleur équilibre entre les
responsabilités du gouvernement, des employeurs et des employés
en matière de promotion de la santé et de la sécurité au travail
en mettant l'accent sur les règles et les procédures permettant
de régler les problèmes au niveau local.
Le projet de loi est le résultat de consultations entre le
gouvernement, les entreprises et les syndicats en vue de
moderniser notre législation en matière de santé et de sécurité,
dont la dernière refonte remonte à 1985. En général, je crois
que ce projet de loi jouit d'un appui considérable parmi les
groupes concernés et, dans l'ensemble, je l'appuie.
Cependant, j'estime nécessaire de soulever quelques questions et
de faire quelques observations à son sujet. Aucun projet de loi
n'est jamais complet ou parfait. Le processus législatif est
quelque chose de vivant et ceux qui le connaissent bien, comme
nous, savent qu'il faut sans cesse modifier et améliorer les lois
du fait du passage du temps et de l'évolution des circonstances.
Le projet de loi C-12 introduit un nouveau concept dans le
domaine de la santé et de la sécurité au travail, à savoir
l'ergonomie. L'alinéa 125(1)t) stipule que l'employeur est
tenu «de veiller à ce que l'équipement—machines, appareils et
outils—utilisé par ses employés pour leur travail soit conforme
aux normes réglementaires de santé, de sécurité et d'ergonomie,
et sécuritaire dans tous les usages auxquels il est destiné.»
C'est bien en apparence, mais c'est un peu vague et pauvre en
détails. Pour le profane, «ergonomie» est un mot étrange et
d'allure sophistiquée. C'est, si j'ai bien compris, l'art ou la
science qui consiste à concevoir ou à modifier le milieu de
travail de manière à réduire au minimum les risques d'accidents
auxquels les employés sont exposés dans l'exercice normal de
leurs fonctions. Je suppose que c'est une application du
proverbe suivant lequel il vaut mieux prévenir que guérir.
L'ergonomie est une bonne chose pour l'employé et, à long terme,
pour l'employeur aussi.
Peut-être le gouvernement a-t-il l'intention d'édicter des
règlements ou des lignes directrices en matière d'ergonomie, mais
le dossier de presse du projet de loi C-12 ne dit à peu près rien
là-dessus. Il est à noter cependant que le ministère du Travail
des États-Unis a lancé une grande initiative ergonomique conçue
pour prévenir environ 300 000 accidents du travail et économiser
9 milliards de dollars par an.
Le communiqué révèle que le gouvernement fédéral américain est
très avancé dans ce domaine et décrit en détail les rôles et les
responsabilités des syndicats et des entreprises en matière de
respect des nouvelles normes ergonomiques.
Un autre aspect de la sécurité au travail qui n'est pas
mentionné dans ce projet de loi, c'est la protection
psychologique du travailleur, le droit de travailler dans un
milieu libre de harcèlement ou de discrimination. Ces problèmes
peuvent faire autant de tort en milieu de travail qu'un accident
ou un risque d'accident.
Bien que le projet de loi protège contre des mesures
disciplinaires injustes le travailleur qui déclare un risque
potentiel, il ne semble rien prévoir pour assurer un milieu de
travail psychologiquement sain.
En outre, le paragraphe 122(1) définit la santé comme suit:
«Absence d'infirmité ou de maladie physique ou mentale liées au
travail», mais précise que «n'est pas considéré comme une
infirmité ou une maladie physique ou mentale le stress
professionnel normal». Dans le monde moderne, le stress physique
ou psychologique fait beaucoup de tort en milieu de travail
surtout s'il est de nature répétitive.
En fait, c'est en grande partie pour lutter contre le stress
physique répétitif que nous encourageons les saines pratiques
ergonomiques dont j'ai parlé plus tôt.
1345
Peut-être la ministre voudra-t-elle aborder cette question au
cours du débat, car l'élimination ou la prévention du stress
aurait dû, me semble-t-il, compter parmi les grands objectifs de
toute initiative en matière de santé et de sécurité au travail.
Ce projet de loi a aussi de bon qu'il tient compte des besoins
particuliers des employées enceintes ou qui allaitent. Le
paragraphe 132(1) permet à l'employée enceinte ou qui allaite de
refuser de travailler dans des conditions qui constituent, selon
elle, un risque pour la santé du foetus et de l'enfant. Elle
doit faire établir l'existence du risque par le médecin de son
choix. Cependant, comme l'employeur a le droit de l'affecter à
des fonctions moins dangereuses, il reste à voir comment tout
cela va fonctionner dans la pratique.
L'Alliance de la fonction publique du Canada, l'un des syndicats
ayant participé aux consultations, et dont je suis membre, se
demande si l'employée sera convenablement protégée dans
l'exécution de ces dispositions. Comme elle représente les
fonctionnaires, dont beaucoup sont des femmes, ses préoccupations
sont justifiées.
L'Alliance de la fonction publique du Canada estime regrettable
que les employés de la Colline du Parlement ne soient pas
assujettis à la partie II du Code canadien du travail.
La partie III de la Loi sur les relations de travail
parlementaires ferait relever les employés de la Colline du
Parlement de la partie II du Code canadien du travail, mais elle
n'a pas encore été promulguée.
[Traduction]
Il semble bien que le gouvernement libéral actuel soit moins
pressé d'améliorer le régime de santé et de sécurité au travail
des personnes qui travaillent dans le cadre politique du
Parlement. e me demande si cela est censé nous décrire tous ou
seulement les députés ministériels!
L'article 147 de la loi interdit à l'employeur de prendre
quelque mesure disciplinaire que ce soit contre l'employé qui a
témoigné dans une poursuite intentée ou une enquête tenue à
l'égard de conditions de travail ou d'un incident survenu à son
lieu de travail. Mais il ne protège pas l'employé qui témoigne
devant un comité parlementaire enquêtant sur les incidents
relatifs à la santé et à la sécurité au travail ou sur des
politiques en la matière.
En tant que parlementaires, nous ne devons jamais oublier que
les comités sont souvent des cours de dernier ressort et que
les citoyens qui témoignent devant eux ne doivent jamais subir
de mesures d'intimidation. Quiconque estime avoir fait l'objet
de mesures disciplinaires pour avoir participé à une
intervention à son lieu de travail peut porter plainte devant la
commission, mot qui, je présume, désigne la Commission
canadienne des relations de travail ou la Commission des
relations de travail dans la fonction publique.
Je suppose aussi que les membres de la commission en question
sont nommés par décret du conseil et qu'ils profitent donc d'une
nomination politique du gouvernement en exercice. La ministre
pourrait peut-être nous fournir la liste de ces personnes afin
que nous puissions déterminer par nous-mêmes si elles ont été
nommées en raison de leurs compétences ou—le ciel nous en
préserve—uniquement à cause de leur allégeance politique.
Je m'inquiète aussi de ce qu'une plainte présentée aux termes de
cette disposition ne puisse être renvoyée à un arbitre. De même,
l'article 145.1 prévoit que le ministre peut désigner un agent
d'appel pour revoir toute décision prise par un comité local de
santé et de sécurité. Ici encore, l'agent d'appel profite
lui-même, dans une certaine mesure, d'une nomination politique,
et rien ne garantit que tous les ministres qui succéderont à
l'actuelle titulaire du poste seront aussi prudents qu'elle.
Aux termes de l'article 146.3, les décisions de l'agent d'appel
sont définitives et non susceptibles de recours judiciaires. Je
n'aime pas vraiment les projets de loi qui privent les citoyens
du bénéfice entier de tous les recours possibles. La ministre
pourrait peut-être nous expliquer pourquoi toutes ces
restrictions sont jugées nécessaires.
Le paragraphe 135(1) prévoit que tout lieu de travail occupant
au moins vingt employés doit être doté d'un comité local de
santé et de sécurité. Pourtant, le paragraphe 135(2) soustrait à
cette exigence les navires, que leur équipage compte vingt
marins ou deux cents. La ministre pourrait peut-être nous
expliquer la raison d'être de cette exception?
L'article 137.1 prévoit la constitution de la Commission de la
sécurité dans les mines de charbon. Pourquoi créé-t-on pour cette
industrie une commission de santé et de sécurité qui lui soit
spécifique?
Les membres de la commission seront aussi nommés, à titre
amovible, par le ministre. Si la sécurité des employés des mines
de charbon mérite une attention spéciale, je ne suis pas
certaine que la meilleure façon de l'assurer soit de la confier
à des personnes nommées par le ministre, surtout si on tient
compte du fait que la rémunération et les frais de déplacement
et de séjour des commissaires seront établis par le Cabinet.
1350
De même, l'article 139 confère au ministre le pouvoir de charger
des médecins des programmes de surveillance et d'examens
médicaux. L'article 140 lui permet de désigner toute personne
compétente comme agent régional de santé et de sécurité. Je
crains là aussi que la politique ne soit mêlée à la nomination
de personnes chargées d'assurer la sécurité. Je ne suis pas sûre
que ce soit la meilleure façon de procéder.
Le projet de loi apporte par ailleurs des modifications de forme
à la partie I du Code du travail. On me dit que, lorsque la
ministre a comparu devant le comité sénatorial qui étudiait
cette partie du code, elle a assuré que, la prochaine fois que
le texte serait examiné, son libellé serait rendu neutre
sexuellement. Les modifications de forme portent sur la partie
en question du code, mais le libellé n'est toujours pas neutre.
Est-ce pour bientôt?
Tout compte fait, le projet de loi n'est pas mauvais. Il marque
certainement un progrès au plan de la santé et de la sécurité au
travail. Toutefois, j'ai posé des questions, et j'ai signalé
qu'il prévoit trop de nominations politiques et que ces
nominations devraient résulter d'un processus plus transparent
et plus indépendant. J'ai bon espoir que la ministre
s'intéressera à un grand nombre de mes préoccupations,
lorsqu'elle prendra de nouveau la parole.
Le président suppléant (M. McClelland): La Chambre est-elle
prête à se prononcer?
Des voix: Le vote.
Le président suppléant (M. McClelland): Le vote porte sur la
motion. Plaît-il à la Chambre d'adopter la motion?
Des voix: D'accord.
Le président suppléant (M. McClelland): La motion est adoptée.
En conséquence, le projet de loi est renvoyé au Comité permanent
des ressources naturelles et des opérations gouvernementales.
(La motion est adoptée, et le projet de loi, lu pour la
deuxième fois, est renvoyé à un comité.)
[Français]
M. Bob Kilger: Monsieur le Président, j'invoque le
Règlement. Je crois que si vous le demandiez, vous obtiendriez
le consentement unanime de la Chambre pour dire qu'il est 14 h
30.
Le président suppléant (M. McClelland): Est-on d'accord?
Des voix: D'accord.
[Traduction]
Le président suppléant (M. McClelland): Comme il est 14 h 30, la
Chambre s'ajourne à 11 heures, lundi prochain, aux termes du
paragraphe 24(1) du Règlement.
(La séance est levée à 13 h 52.)