STANDING COMMITTEE ON INDUSTRY
COMITÉ PERMANENT DE L'INDUSTRIE
• 0900
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mardi 16 mars 1999
• 0902
[Traduction]
La présidente (Mme Susan Whelan (Essex, Lib.)): Conformément
à un ordre de renvoi de la Chambre en date du mardi
3 novembre 1998, le comité examine le projet de loi C-54, Loi
visant à faciliter et à promouvoir le commerce électronique en
protégeant les renseignements personnels recueillis, utilisés ou
communiqués dans certaines circonstances, en prévoyant
l'utilisation de moyens électroniques pour communiquer ou
enregistrer de l'information et des transactions et en modifiant la
Loi sur la preuve au Canada, la Loi sur les textes réglementaires
et la Loi sur la révision des lois.
C'est avec plaisir que je souhaite la bienvenue à nos témoins
ce matin. Nous accueillons Mme Barbara Robbins, vice-présidente et
conseillère juridique principale chez Sélection du Reader's Digest
(Canada) Ltée; M. Len Wolstenholme, directeur du développement
général chez Xentel DM Inc.; et de l'Association canadienne du
marketing, M. John Gustavson, président-directeur général, et
Mme Mona Goldstein, présidente, Comité sur l'éthique et la
protection de la vie privée.
J'ai cru comprendre que M. Gustavson allait prendre la parole
en premier après quoi les autres ajouteront quelques mots à leur
tour.
J'espère que vous trouverez devant vous deux mémoires, l'un de
l'Association canadienne du marketing et l'autre de Xentel.
Monsieur Gustavson.
M. John Gustavson (président-directeur général, Association
canadienne du marketing): Merci, madame la présidente. Je vous
remercie, vous et les membres du comité, d'avoir accepté de nous
recevoir ce matin.
J'aimerais d'abord vous présenter nos excuses. Notre mémoire
a été distribué ce matin seulement, et non pas envoyé à l'avance.
Comme le savent certains membres du comité, nous avons consacré
énormément de temps à nous préparer à mettre en oeuvre un
changement aux règles qui régissent les activités de marketing de
nos membres à l'intention des enfants. Ce changement a été annoncé
la semaine dernière mais il a fallu que l'Association y consacre
énormément de ressources, et c'est ce qui explique le retard que
nous avons mis à vous faire parvenir notre mémoire. J'en suis
désolé. Cependant, je crois que notre position sur le projet de loi
est assez bien connue.
J'aimerais préciser à l'intention des
membres du comité qui ne connaissent pas bien notre association que
nous représentons 750 sociétés de marketing au Canada. L'an
dernier, les Canadiens ont acheté pour 13,5 milliards de dollars de
biens et de services au moyen du marketing fondé sur l'information
et nos membres comptent pour 80 p. 100 de ce total. Cette activité
économique a créé de l'emploi pour quelque 236 000 Canadiens dans
toutes les régions du pays, et nous avons connu un taux de
croissance très rapide, dont la moyenne s'établit à 9 p. 100 par
année pour les cinq dernières années.
Je me propose ce matin de vous exposer les raisons pour
lesquelles nous appuyons le projet de loi C-54 et vous faire part
de quelques réserves que nous avons. Quand je vous aurai donné la
perspective nationale au nom de l'association, deux de nos membres
ont demandé à présenter une position indépendante de celle de
l'association.
• 0905
M. Wolstenholme, de Xentel, traitera plus précisément de
l'accès à l'information qui est du domaine public. Mme Robbins, de
Sélection du Reader's Digest, vous dira quelques mots de
l'expérience qu'elle a acquise en ce qui a trait à la loi du Québec
mais aussi de l'expérience de Sélection du Reader's Digest au
niveau international en ce qui a trait à l'élaboration de lois et
de règlements sur la protection des renseignements personnels.
L'association nationale a une longue expérience du débat
entourant la protection des renseignements personnels. Nous étions
membres du comité technique de l'ACNOR. Nous croyons que le projet
de loi issu de ces travaux, qui ont duré quatre ans, reflète un
excellent équilibre entre la protection des renseignements
personnels des consommateurs et des particuliers, d'une part, et la
capacité des entreprises d'utiliser de nouvelles technologies pour
prendre de l'expansion et mieux servir leurs consommateurs, d'autre
part. La préparation du code de l'ACNOR, qui a duré quatre ans, a
été une expérience enrichissante, je crois, pour les représentants
des milieux des affaires aussi bien que pour les représentants des
consommateurs qui ont participé aux travaux. Le temps que nous
avons mis à en arriver à un consensus, à un vote unanime en faveur
du code de l'ACNOR, montre bien que la proposition mise de l'avant
par les participants a été mûrement réfléchie.
L'association elle-même a une longue expérience de ce débat,
comme je l'ai déjà dit. En 1993, l'ACM fut l'une des premières
grandes associations industrielles à imposer à ses membres un code
obligatoire de protection de la vie privée. Ce code obligatoire
accorde aux consommateurs le droit de donner leur consentement
avant que leur nom ou des renseignements personnels ne soient
transférés à des tiers; d'avoir accès à l'information détenue à
leur sujet; d'obtenir la source de leur nom sur les listes de
marketing; de corriger les renseignements incorrects; et de retirer
leur nom des listes de marketing utilisées dans les campagnes
téléphoniques et les publipostages.
Quand nous avons participé à l'élaboration du code modèle de
l'ACNOR, qui est à notre avis un compromis délicat entre des
intérêts antagonistes, l'un des éléments les plus intéressants du
processus était que chaque groupe avait un droit de veto.
Collectivement, les groupes de consommateurs devaient voter avec la
majorité pour approuver le code comme c'était le cas des groupes
représentant les milieux d'affaires et les fonctionnaires du
gouvernement. En raison du droit de veto qu'avait chacun des
groupes, je peux vous dire que ces négociations ont parfois été
très ardues. À l'automne de 1995, quand le code a été approuvé à
l'unanimité par le groupe qui travaillait à son élaboration depuis
si longtemps, nous avons jugé qu'il était temps que le gouvernement
fédéral joue à son tour un rôle. En 1995 nous avons été la première
association nationale représentant les intérêts des gens
d'affaires—et je crois que nous sommes sans doute la seule grande
association nationale à l'avoir fait jusqu'à maintenant—à demander
au gouvernement de déposer un projet de loi pour imposer au secteur
privé une loi nationale de protection des renseignements personnels
qui reprendrait les modalités du code de l'ACNOR.
C'est sans doute quelque peu inhabituel qu'un groupe de gens
d'affaires réclament l'adoption d'une loi applicable au secteur
privé, mais nous jugions important de le faire. D'abord, si nos
membres respectaient notre code obligatoire, ils ne représentent
que 750 entreprises sur plus d'un million au Canada. Ensuite, nous
constations que les consommateurs devenaient de plus en plus
réticents à partager leurs renseignements personnels en l'absence
de garanties quant à la façon dont ces renseignements allaient être
utilisés. En outre, nous étions d'avis qu'il serait préférable que
toute loi éventuelle reflète le consensus national qui était
l'aboutissement des travaux de l'ACNOR, au lieu d'attendre que
l'adoption d'une telle loi soit rendue inévitable par des histoires
d'horreur sur l'utilisation de renseignements personnels qui
provoqueraient la mobilisation de l'opinion publique et c'est
pourquoi nous avons préféré que l'adoption d'une telle loi se fasse
de façon mesurée et réfléchie.
L'ACNOR a énoncé une série de principes au lieu d'élaborer un
code détaillé régissant la façon dont chaque entreprise doit
traiter les renseignements personnels. Notre expérience à cet égard
est assez pertinente.
Quand nous avons élaboré notre propre code en 1991 et 1992—le
code qui est devenu obligatoire en 1993—nous avons d'abord cherché
à élaborer un code très technique qui aurait dicté à nos membres
exactement comment traiter les renseignements personnels. Nous
avons constaté que chaque fois que nous avons tenté d'agir de la
sorte, quelqu'un nous signalait que de nouveaux moyens techniques
existaient ou allaient bientôt être mis au point qui rendraient
inopérants notre code très détaillé. Nous nous sommes donc repliés
sur un jeu de principes repris du traité de l'OCDE signé par le
Canada en 1984. Ces principes ont le grand avantage d'être très
souples, de s'appliquer à la quasi-totalité des situations et de
servir de guide à nos membres en cas d'imprévu. L'inconvénient,
bien entendu, c'est qu'il ne s'agit pas d'un code absolument
détaillé décrivant la marche à suivre de sorte que nous avons dû y
apporter en complément certaines lignes directrices.
• 0910
Nous avons fait part de cette expérience aux autres membres du
Comité technique de l'ACNOR dont le code est effectivement une
série de principes. Comme certains témoins l'ont dit déjà au
comité, ce projet de loi sort un peu de l'ordinaire. Il peut même
sembler moins précis que les projets de loi que vous examinez
habituellement, mais nous croyons que c'est une nouvelle approche
face aux nouvelles technologies de l'information qui évoluent très
rapidement et constamment et qui se prêtent à une foule
d'applications sans cesse renouvelées. Il y a de grands avantages
à adopter une approche un peu inhabituelle, à adopter une loi dont
le cadre est très clair mais qui incorpore en annexe les principes
de l'ACNOR.
Comme je l'ai déjà dit, le marketing fondé sur l'information
est l'une des principales activités économiques de notre pays et
crée de l'emploi pour quelque 236 000 personnes. Ce secteur a connu
un taux de croissance très rapide stimulé par la demande des
consommateurs.
Il y a à cela deux aspects. Le premier concerne les
changements démographiques. Les familles où les deux parents
travaillent à l'extérieur, les familles monoparentales et le
vieillissement de la population rendent les achats à domicile de
plus en plus populaires. Ensuite, les consommateurs souhaitent de
plus en plus des offres adaptées à leurs besoins, des offres qui
correspondent à leurs intérêts et des combinaisons d'offres qui
répondent à leurs besoins. En réponse à la demande des
consommateurs, les entreprises se sont mises à utiliser de plus en
plus les renseignements personnels pour personnaliser ces offres et
les présenter au client à domicile. Pour ce faire, il a fallu
assurer le bon traitement et la sécurité des renseignements
personnels.
Pour bien vous expliquer la chose, madame la présidente—et je
ne vais pas prendre le temps d'entrer dans le détail—les campagnes
de marketing sont très structurées. Nous ne vendons pas de
l'information, nous la louons pour une utilisation ponctuelle.
L'information est conservée dans sa base de données d'origine. Nous
n'établissons pas le profil de consommateurs individuels mais
uniquement de consommateurs pris collectivement. Je pourrai peut-être
donner une explication plus détaillée pendant la période des
questions, car je sais que le temps est limité. Si le comité
souhaite y revenir plus en détail, je pourrai toujours répondre à
une question là-dessus.
Toutefois, ce qui m'apparaît fondamental c'est de bien faire
comprendre que nous sommes voués au respect de lignes directrices
sur la protection des renseignements personnels et à l'adoption de
pratiques transparentes en matière de traitement de l'information
car nos succès futurs en dépendent. Nous ne pouvons avoir une
relation à long terme avec nos clients ni fidéliser notre clientèle
si leur confiance est ébranlée. De fait, cela étoufferait la
croissance de notre industrie.
Le projet de loi exige...
La présidente: Monsieur Gustavson, puis-je vous demander
d'accélérer un peu. Nous aimerions passer le plus rapidement
possible aux questions.
M. John Gustavson: J'aimerais aborder deux autres points, puis
je m'arrêterai.
La présidente: Merci.
M. John Gustavson: Le projet de loi exige qu'il y ait
consentement pour la collecte, l'utilisation ou la communication de
tout renseignement personnel. Nous croyons que ce sont des
exigences raisonnables. Toutefois, au regard des dispositions du
code de l'ACNOR qui a fait l'objet d'une négociation bien
réfléchie, et que nous proposons en amendement au projet de loi,
nous croyons qu'il faut permettre un certain accès à l'information
du domaine public. Nous comprenons pourquoi cet accès doit être
soigneusement limité et pourquoi il faut exclure les renseignements
sensibles, mais nous croyons que l'un des amendements au projet de
loi tel qu'il est libellé permettrait un accès approprié à
certaines formes d'informations non sensibles dans le domaine
public.
Enfin, plusieurs témoins ont soutenu que le projet de loi va
trop loin ou encore qu'il ne va pas assez loin. Il se peut que ces
deux positions soient justifiées. Quand la loi entrera en vigueur,
nous constaterons peut-être dans certains cas qu'il y a eu des
oublis. Dans certains cas, la loi s'avérera peut-être trop
restrictive et freinera peut-être trop la croissance économique du
pays. Toutefois, trois choses me rendent optimiste face au projet
de loi: d'abord, il fera l'objet d'un examen au bout de cinq ans;
ensuite, les principes qu'il renferme sont très souples; et enfin,
il s'inspire du consensus issu des travaux de l'ACNOR.
Madame la présidente, en guise de conclusion, j'aimerais tout
simplement dire qu'à notre avis le projet de loi est un compromis
tout à fait acceptable et nous espérons que le projet de loi sera
adopté.
La présidente: Merci.
Monsieur Wolstenholme.
M. P.L. (Len) Wolstenholme (directeur, Développement général,
Xentel DM Incorporé): Merci, madame la présidente.
Comme je suis membre de l'Association canadienne du marketing,
j'aimerais bien sûr me faire l'écho des commentaires de John et
exprimer notre appui au projet de loi. Toutefois, j'estime qu'il
serait utile que vous sachiez ce que fait notre entreprise, qui est
sa clientèle, après quoi je passerai aux problèmes qui continuent
d'exister, selon nous et selon nos clients, dans la partie 1 du
projet de loi C-54.
Notre société a été créée en Alberta il y a 20 ans par deux
personnes qui croyaient que le secteur des services sans but
lucratif et les organisations qui le forment allaient devoir eux-mêmes se
trouver des sources diversifiées de financement pour
assurer leur survie à long terme. Les événements ont certainement
confirmé depuis qu'ils avaient vu juste.
• 0915
Ils croyaient aussi pouvoir créer une entreprise canadienne
florissante en aidant les organisations sans but lucratif à en
faire autant, et le pari est gagné. Aujourd'hui, nous sommes le
plus important fournisseur de service de ce genre au Canada et hier
nous avons annoncé notre expansion aux États-Unis grâce à
l'acquisition de deux sociétés américaines solidement établies qui
ensemble ont deux fois notre taille.
Aujourd'hui, je vous parle en ma qualité de représentant d'une
société qui compte parmi les 10 premières entreprises
d'organisation d'événements de bienfaisance et de recherche de
donateurs en Amérique du Nord. La société appartient à 85 p. 100 à
des Canadiens, surtout à ses dirigeants et employés. Au Canada,
notre société sert plus de 300 organisations sans but lucratif et
emploie actuellement près de 3 000 Canadiens, à plein temps ou à
temps partiel, dans 10 succursales de Halifax à Vancouver.
Nos employés travaillent dans un milieu très particulier. Vous
comprendrez que quand on a pour mandat d'aider les organisations
sans but lucratif à se faire connaître et de soutenir leurs
activités, cela n'a rien de comparable à la plupart des emplois du
secteur des services. Nous assurons des conditions de travail très
souples à ceux qui doivent travailler tout en élevant leur famille,
en poursuivant leurs études, en surmontant les problèmes de
l'invalidité ou de maladies chroniques. Par ailleurs, nous n'avons
jamais mis à pied d'employés pour des raisons de récession
économique ou de concurrence étrangère. Peu d'employeurs canadiens,
des secteurs public ou privé, peuvent en dire autant.
Permettez-moi de vous dire quelques mots de nos clients. Ce
sont tous des organisations de service communautaire dévouées dont
la main-d'oeuvre est bénévole: des maisons de refuge pour les
femmes, des centres de soins palliatifs, des organismes de charité
régionaux ou nationaux, des organisations sportives pour personnes
handicapées, des associations de pompier ou d'agents de maintien de
l'ordre, des clubs sociaux et des organisations fraternelles.
Certains de ces groupes fournissent des services directs. D'autres
financent des services dont la prestation est assurée par d'autres
organismes, notamment des unités de soins aux brûlés dans les
hôpitaux, des soins pédiatriques spécialisés, etc...
Nous clients comptent sur les campagnes que nous gérons pour
eux pour obtenir une partie, sinon la totalité de leurs ressources
financières pour couvrir leurs budgets annuels. Collectivement, ils
emploient un peu moins de 20 000 Canadiens et ces employés peuvent
compter sur l'appui de bénévoles au moins deux fois plus nombreux
dans toutes les provinces et tous les territoires.
Ainsi, ensemble, ils font une contribution énorme dans les
secteurs des services sociaux, médicaux et éducatifs au Canada et
leur succès dépend largement du nôtre.
Depuis dix ans, la plupart de nos clients ont subi
d'importantes réductions du financement qu'ils obtenaient des trois
ordres de gouvernement. En travaillant avec nous, ils apprennent à
nouer des relations durables avec des particuliers, des petites
entreprises et des donateurs de tout le Canada, à se faire
connaître et à faire une promotion efficace de leurs activités.
J'aimerais maintenant parler de la partie I du projet de loi
C-54 et plus particulièrement de la protection des renseignements
personnels. J'aimerais prendre l'exemple des pages blanches du
bottin téléphonique. Il y a plusieurs années, un tribunal canadien
a jugé que les pages blanches du bottin téléphonique constituent
des renseignements du domaine public. Grâce aux techniques les plus
modernes de balayage à grande vitesse, nous pouvons convertir les
bottins téléphoniques en données numériques dès leur publication.
Nous y ajoutons ensuite les renseignements postaux complets, à
savoir les corrections d'adresse et les codes postaux. Nous
obtenons alors un dossier complet transmissible par la poste pour
la quasi-totalité des abonnés au téléphone inscrit dans le bottin
pour tout le Canada. Voilà la principale source de nos listes de
marketing et des listes qu'utilisent nos clients. Elles ne
renferment aucun renseignement personnel sensible.
Je vous dirai, pour vous donner une idée de notre présence sur
le marché, que nos employés parlent à plus de 100 000 Canadiens par
jour, et cela comprend les samedis. Environ 10 000 Canadiens
reçoivent tous les jours des envois de suivi par la poste. L'an
dernier, 2 millions de Canadiens ont fait un don à une campagne de
financement ou ont acheté des billets pour un événement administré
par notre société pour le compte d'organismes sans but lucratif.
Vous comprendrez qu'une telle présence sur le marché et qu'un si
grand nombre de contacts avec autant de consommateurs tous les
jours ouvrables nous permettent de savoir s'ils s'opposent à ce que
nous communiquions avec eux et qu'ils nous indiqueront sans détour
si cela leur pose un problème, et nous les écouterons.
Nous avons été l'un des premiers fournisseurs de service de
marketing direct au Canada à se doter d'une banque de données de
marketing informatisée afin que nous puissions gérer nos activités
de façon plus efficace et plus cohérente et réduire le coût pour
nos clients. En 1988, l'informatisation de nos données nous a
permis d'élaborer des listes internes informatisées des clients
avec lesquels il ne fallait pas communiquer ni par téléphone ni par
courrier. Nous n'utilisons pas pour les campagnes de financement de
nos clients les renseignements relatifs à un consommateur qui a
demandé à ne pas être dérangé. En date d'hier, environ 450 000
foyers canadiens, soit 4 p. 100 figuraient sur nos listes «ne pas
appeler». Nous souscrivons aussi aux listes «ne pas appeler» et
«pas d'envoi postal» de l'Association canadienne de marketing et
cela depuis qu'elles existent.
• 0920
Nous croyons fermement que les Canadiens ont le droit de ne
pas être dérangés par des entreprises de marketing direct si c'est
ce qu'ils souhaitent et nous savons fort bien que cela ne nous sert
à rien de communiquer avec des gens qui ont exprimé clairement leur
volonté de ne pas être dérangés. Il se trouve tellement plus de
gens qui veulent que nous communiquions avec eux que nous n'allons
pas perdre de temps ou d'argent si nous pouvons l'éviter.
Nous croyons par ailleurs que les renseignements personnels
sensibles—données financières et médicales, par exemple—devraient
être protégés et confidentiels.
La présidente: Je suis désolée, monsieur Wolstenholme, mais je
vous demanderais de conclure. Chacun ne devait prendre que cinq
minutes, et nous avons largement débordé.
M. Len Wolstenholme: Mon temps est-il épuisé?
La présidente: Oui.
M. Len Wolstenholme: D'accord.
Le projet de loi tel qu'il est libellé limite l'utilisation de
l'information qui se trouve dans les bottins téléphoniques. Un
projet d'amendement prévoit que ces cas relèvent des règlements
pris en application de la loi. Nous ne croyons pas que ce soit
suffisant. Nous croyons qu'il y a un problème fondamental dans
cette tentative injustifiée d'imposer des restrictions relatives à
l'information. Le projet de loi C-54, tel qu'il est libellé,
limiterait l'utilisation des renseignements qui se trouvent dans le
bottin téléphonique. Rien ne justifie de telles restrictions. Nous
croyons que l'information que les consommateurs rendent
délibérément publique ou qui est publique en raison de sa
publication ne doit faire l'objet d'aucune réglementation. Elle
doit être expressément exemptée de l'application du projet de loi
C-54 ou de toute loi subséquente.
Merci.
La présidente: Merci.
Madame Robbins.
[Français]
Mme Barbara Robbins (vice-présidente et conseillère
juridique principale, Sélection du Reader's Digest
(Canada) Ltée): Merci, madame la présidente.
Au nom du président de Reader's Digest, M. Bernard
Poirier, ainsi que de ses quelque 350 employés, j'aimerais
remercier le comité de l'occasion qu'il nous offre
d'être entendus aujourd'hui.
Nous sommes ici pour donner
notre appui à ce projet de loi, mais nous nous
limiterons à la partie 1 et à l'annexe 1 du projet.
Le fondement de notre appui se trouve dans
l'historique et le profil corporatif de Reader's
Digest. J'aimerais souligner, premièrement,
que bien que nous fassions des affaires à
travers le Canada, le siège social de la compagnie
se trouve à Montréal, dans cette juridiction où,
pour la première fois en Amérique du Nord, une
législature a adopté une loi visant le secteur non
gouvernemental en ce qui concerne la protection de la
vie privée. Nous avons donc de l'expérience dans ce
domaine.
À la suite de l'adoption du projet de loi 68, la
compagnie a dû prodéder à des changements dans ses politiques
et procédures. Cela a pris du temps et a impliqué
des coûts, mais nous sommes ici et forts
aujourd'hui. L'existence de la loi québécoise n'a
pas eu pour effet de causer un bouleversement total
dans la compagnie.
La leçon importante à en tirer est que la
loi est juste et équitable dans son approche et
qu'elle contient un bon équilibre entre les intérêts des
consommateurs, employés et citoyens en général, et les
intérêts des autres secteurs de la société.
Je ne suis pas ici pour porter un jugement de
valeur sur le projet de loi C-54 comparativement au
projet de loi
68. Je veux simplement souligner que je vois dans
le projet de loi fédéral le même genre d'équilibre,
de justice et d'équité qu'on retrouve dans la
loi québécoise. Nous pouvons
donner notre appui, parce que nous n'avons pas peur
que cela nous cause un boulversement,
malgré les obligations, les coûts et les changements
que nous serons obligés de faire avec l'adoption de cette
loi et des lois parallèles provinciales.
Bref, il s'agit d'une loi juste et équitable.
• 0925
Deuxièmement, comme M. Gustavson l'a souligné, nous faisons
partie d'une compagnie internationale. Nous avons eu et
avons encore une fenêtre sur le monde,
que ce soit en Italie, en
Chine ou en Pologne. Que se passe-t-il
dans le secteur de la protection de la vie privée?
Encore une fois, je voudrais souligner que ce
projet de loi, en général, est en harmonie avec ce qui se passe
dans le monde puisqu'il se base sur les principes de
l'OCDE. Mais il a un aspect très original,
soit l'intégration du code de
l'Association canadienne de normalisation. Il y a donc
harmonisation avec le reste du monde
mais également un aspect très original. Nous
pouvons donner notre appui à cela.
Finalement, j'aimerais souligner
cette approche originale voulant que les principes
soient contenus l'annexe 1, ce qui donne
la flexibilité nécessaire aux industries.
En tant que membre de l'Association canadienne du
marketing, nous vivons quotidiennement avec leur code
d'éthique et la protection de la vie privée. Ce
code nous donne la flexibilité
nécessaire pour l'industrie. Donc, pour ces
trois raisons, la compagnie Reader's Digest appuie
l'adoption de ce projet de loi. Merci.
[Traduction]
La présidente: Merci, madame Robbins.
Nous allons passer maintenant aux questions. Monsieur Lowther.
M. Eric Lowther (Calgary-Centre, Réf.): Merci, madame la
présidente.
Je vais choisir la solution de facilité aujourd'hui et me
servir des questions préparées par les attachés de recherche. Je ne
fais pas toujours cela mais j'estime que certaines des questions
qu'ils ont préparées sont excellentes et je vais me fier à leur
savoir.
Nous avons entendu ce matin des avis très contrastés, certains
très favorables et d'autres beaucoup moins. Chacun de vous a une
expérience personnelle de l'agacement exprimé par les consommateurs
en ce qui a trait à la protection des renseignements personnels. Je
me souviens avoir été moi-même très agacé quand j'étais en
affaires.
Nous devrions peut-être commencer par vous, monsieur
Gustavson, et ensuite passer aux autres témoins qui pourront dire
ensuite quelques mots.
On nous a dit que les renseignements des bottins téléphoniques
pourraient dorénavant être protégés...quel genre de plaintes vous
et vos membres recevez-vous et que faites-vous quand vous recevez
de telles plaintes? Ce projet de loi a pour but de corriger
certains problèmes, d'élargir l'accès à l'information tout en
assurant la protection des renseignements personnels. Vous et vos
membres êtes en prise directe avec la réalité. Qu'entendez-vous?
Que voyez-vous?
Nous pourrons peut-être comparer la réalité telle que vous la
percevez aux dispositions que renferme ce projet de loi.
M. John Gustavson: Je pourrais peut-être réagir à votre
premier commentaire où vous avez dit que les avis sont divergents.
Les témoins qui comparaissent devant vous aujourd'hui voient les
choses sous des angles quelque peu différents mais j'espère que
l'appui général au projet de loi ressort de tous les témoignages.
Nous souhaitons certes quelques changements, ils sont mineurs ou
exigent un règlement plus fin, notamment en ce qui a trait à
l'information du domaine public.
Je vous renvoie aux statistiques qui sont très révélatrices:
le taux de croissance est de 9 p. 100 par année et notre chiffre
d'affaires est de 13,5 milliards de dollars. Ces statistiques
montrent que les consommateurs sont très favorables aux services de
télémarketing. Je pense que c'est de plus en plus le cas parce que
nous leur offrons des services plus adaptés à leurs besoins et plus
pertinents. Nous ne recevons donc pas beaucoup de plaintes. Si nous
en recevons, elles se présentent comme ceci: «Mon paquet n'est pas
arrivé au moment dit», «Le produit ne se présentait pas de la façon
dont je m'y attendais», et «pouvez-vous m'aider à obtenir un
remboursement?» Il semblerait que dans la majorité des cas, les
gens...
Le pire qui puisse arriver, dans notre cas, c'est évidemment
de faire trop de publicité pour un produit. Nous attachons beaucoup
d'importance aux questions fondamentales qui se posent et qui ont
trait à la protection de la vie privée. Nous offrons de bonnes
marchandises et de bons services. Lorsque les gens se plaignent,
c'est plutôt de recevoir trop d'appels téléphoniques ou trop de
courrier et non pas qu'on porte atteinte à leur vie privée.
Je reconnais cependant que nous traitons beaucoup de
renseignements personnels et que nous devons le faire très
soigneusement.
• 0930
M. Eric Lowther: Je ne songeais pas à des plaintes de nature
générale. Je songeais à des plaintes qui porteraient sur l'atteinte
à la vie privée. Recevez-vous ce genre de plaintes? Lorsque vous en
recevez, comment se présentent-elles?
M. John Gustavson: Nous n'en recevons pratiquement pas. Il y
a bien quelques personnes qui nous demandent comment nous avons
obtenu leur nom. C'est la question qu'on nous pose le plus
fréquemment. Comme la transparence est un principe de base de notre
code de protection de la vie privée, nous divulguons toujours ce
renseignement. Dans la plupart des cas, les plaintes que nous
recevons sont de ce type. Une fois que nous répondons à cette
question, les gens...
M. Eric Lowther: Que se passe-t-il alors?
M. John Gustavson: Les gens peuvent s'adresser à l'entreprise
qui nous a communiqué le nom pour faire retirer leur nom de la
liste de distribution.
Les autres plaintes que nous recevons...
M. Eric Lowther: Pouvez-vous indiquer au comité si vous
recevez beaucoup de plaintes de ce genre? S'agit-il d'une plainte
sur 1000, d'une plainte sur 10 000 ou d'une plainte sur 100 000?
Ces plaintes sont-elles très rares? Essayez de les quantifier.
M. John Gustavson: Les gens qui se plaignent nous posent
habituellement deux questions. La première est celle-ci: «Où avez-vous
obtenu mon nom?». Je ne me défile pas et je réponds toujours
à cette question.
M. Eric Lowther: Oui, je le comprends.
M. John Gustavson: La seconde question est: «Comment obtenir
que mon nom soit supprimé de la liste?»
Nous offrons un service aux consommateurs auxquels ils peuvent
souscrire gratuitement. Tous les trois mois, nous envoyons un
enregistrement informatique à nos membres qui doivent supprimer de
cette liste le nom des consommateurs qui l'ont demandé.
L'inscription gratuite est valable pendant trois ans. Tout ce que
cela coûte c'est un timbre.
La plupart des consommateurs qui s'adressent à nous nous
demandent donc comment ils doivent s'y prendre pour faire supprimer
leur nom de cette liste.
M. Eric Lowther: Très bien.
M. John Gustavson: Nous divulguons ce renseignement. On nous
demande ensuite parfois d'autres questions comme celle-ci: «En
passant, comment mon nom s'est-il retrouvé sur cette liste?» Nous
répondons à cette question. La vaste majorité des appels que nous
recevons sont donc de ce genre. La seconde question qu'on nous pose
découle parfois de la première.
La présidente: Je vous remercie, monsieur Lowther.
Monsieur Keyes.
M. Stan Keyes (Hamilton-Ouest, Lib.): Je vous remercie
beaucoup de votre contribution aux travaux du comité.
Monsieur Wolstenholme, vous nous avez très bien expliqué les
services qu'offre votre entreprise. Vous nous avez énuméré tous vos
clients. Comme les personnes dont a parlé M. Gustavson, mes
électeurs se préoccupent de savoir comment on a obtenu leur nom et
leur numéro de téléphone. Vous avez dit pouvoir communiquer avec
100 000 personnes par jour. Dans la plupart des cas, c'est à
l'heure du dîner qu'on appelle les gens.
Dans votre déclaration préliminaire, vous avez fait remarquer
que la définition très large de renseignement personnel pose des
difficultés. La présidente m'informe qu'un amendement à cet égard
sera proposé au règlement. Vous avez dit qu'il n'est pas
souhaitable de protéger les simples données figurant dans
l'annuaire téléphonique et que cette mesure pourrait avoir des
conséquences inattendues.
Lorsqu'une personne donne son nom et son numéro de téléphone
à la société de téléphone, c'est habituellement pour s'assurer que
ses amis et ses parents aient un moyen de la joindre. C'est
habituellement cette raison qui incite cette personne à divulguer
ces renseignements, si elle ne veut pas ou ne peut pas se permettre
que son nom ne figure pas dans l'annuaire téléphonique. Je ne pense
pas que cette personne le fait pour que son nom et son numéro de
téléphone se retrouvent sur votre liste de télémarketing et qu'on
l'appelle ensuite pour lui dire qu'un tel organisme de bienfaisance
mérite d'être appuyé ou pour lui proposer d'acheter un produit.
• 0935
Soutenez-vous que parce que ces renseignements sont du domaine
public vous avez le droit de les verser dans votre ordinateur et de
vous en servir?
M. Len Wolstenholme: Vous avez soulevé deux ou trois
questions. Vous avez dit en passant qu'on appelle habituellement
des gens à l'heure du dîner. Notre centre téléphonique mène ses
activités de 9 heures à 21 heures. Mes enfants font du hockey, de
la natation, de la musique et du scoutisme. Nous dînons entre 16
heures et 20 heures. Il est bien difficile de dire quand les gens
dînent.
M. Stan Keyes: C'était sans importance.
M. Len Wolstenholme: Je comprends cependant votre point de
vue.
Les annuaires téléphoniques existent au Canada depuis presque
aussi longtemps que les téléphones. Les gens qui les consultent
cherchent à joindre quelqu'un d'autre. Peut-être que la raison
première pour laquelle les gens inscrivent leur numéro de téléphone
dans l'annuaire c'est pour que leurs amis et leurs parents puissent
les joindre. Je pense que la plupart de nos parents et de nos amis
ont cependant notre numéro de téléphone. Il leur suffit de
consulter leur carnet d'adresse.
Ces renseignements sont du domaine public. De ce fait, et
compte tenu de la décision rendue il y a plusieurs années par un
tribunal au sujet de la concurrence en ce qui touche les annuaires
téléphoniques, nous savons maintenant que ces renseignements sont
considérés comme une source de renseignements précieuse à laquelle
tout le monde doit avoir accès. Vos électeurs—et je pense qu'ils
ne doivent pas être très nombreux, mais ceux qui communiquent avec
vous sont évidemment ceux qui n'ont pas peur de s'exprimer—se
demandent peut-être d'où on a obtenu leur nom et la raison pour
laquelle on les appelle. Le fait est que ces renseignements
figurent dans l'annuaire téléphonique.
Les gens peuvent à tout moment dire l'une ou l'autre des
choses suivantes: a) je ne m'intéresse pas à cette cause; b) cette
méthode ne m'intéresse pas; ou c) supprimez mon nom de votre liste
et ne m'appelez plus. Ils ont la possibilité de le faire. C'est
très simple.
Les sociétés de téléphone offrent aux consommateurs qui
souhaitent qu'on ne les appelle que dans certains cas le moyen de
faire en sorte qu'on respecte leur désir. L'identification de
l'appelant est la méthode la plus fréquemment choisie et ce service
coûte de 5 $ à 7 $ par mois.
M. Stan Keyes: Votre nom apparaît-il sur l'écran si quelqu'un
a ce service?
M. Len Wolstenholme: Oui.
Un numéro confidentiel coûte 2 $ par mois. C'est la façon la
moins coûteuse de faire en sorte qu'on ne puisse pas communiquer
avec nous.
M. Stan Keyes: J'aimerais savoir ce qui se passe lorsque votre
société appelle quelqu'un qui lui dit ceci: «Votre service ne
m'intéresse pas. Je ne sais pas comment vous avez obtenu mon nom,
mais je veux que vous le rayez de votre liste.»
M. Len Wolstenholme: Très bien.
M. Stan Keyes: Ils sont donc rayés de la liste. Que faites-vous des
renseignements que vous avez pu obtenir pendant la
conversation?
M. Len Wolstenholme: Voulez-vous dire le nom, l'adresse et le
numéro de téléphone?
M. Stan Keyes: Le nom, l'adresse, le numéro de téléphone et
tout autre renseignement que vous avez pu obtenir de la personne
avant qu'elle ne vous dise: «Savez-vous, cela ne m'intéresse pas.
Rayez mon nom de votre liste.»
M. Len Wolstenholme: Le seul renseignement qui nous intéresse,
c'est que cette personne ne veut pas être appelée et ne veut pas
recevoir d'envoi.
M. Stan Keyes: Qu'arrive-t-il des renseignements que vous avez
déjà à son sujet?
M. Len Wolstenholme: Nous gardons les noms, adresse et numéro
de téléphone...
M. Stan Keyes: Vous les gardez de toute façon?
M. Len Wolstenholme: ...dans un dossier de personne à ne pas
appeler. Si nous ne faisions qu'enlever ces renseignements du
dossier pour qu'ils n'existent plus nulle part, peu importe si...
M. Stan Keyes: Je voulais parler plutôt des renseignements
personnels que vous avez pu obtenir pendant la conversation. Par
exemple, la personne qui fait l'appel pourrait dire: «bonjour, je
suis Dorothy et j'appelle au nom de la Société du cancer. Combien
d'enfants avez-vous?» La personne dit quatre, donne quelques
réponses à des questions personnelles et prend ensuite une
décision.
M. Len Wolstenholme: Nous ne demandons pas de renseignements
de ce genre.
M. Stan Keyes: Vous n'obtenez pas de renseignements personnels
du tout?
M. Len Wolstenholme: Non. Nous avons le nom, l'adresse, le
numéro de téléphone, le code postal et l'accueil fait au client
dans le passé. C'est tout.
M. Stan Keyes: Très bien.
M. Len Wolstenholme: Si nous voulons que la méthode des gens
à ne pas appeler fonctionne, nous devons conserver leur nom et leur
adresse pour pouvoir expurger les dossiers subséquents afin de ne
pas appeler.
M. Stan Keyes: Très bien, j'ai compris.
En terminant, madame la présidente, je signale que cela
m'intéresse parce que, par exemple, dans ma ville, les abonnements
au Hamilton Spectator sont renouvelés tous les trois mois, ce qui
veut dire que ma femme a appelé le journal ou le journal a appelé
chez moi, je ne sais plus qui a appelé qui, pour dire que notre
abonnement arrivait à expiration et le journal voulait savoir si
nous voulions nous réabonner pour trois mois. Ma femme a dit: «oui,
merci beaucoup. Un instant, je vais trouver mon numéro de carte
Visa pour payer.» Le journal a répondu: «c'est inutile, nous
l'avons déjà dans nos dossiers.» Quand elle a demandé comment le
journal pouvait avoir le numéro de sa carte Visa, on lui a répondu
qu'on l'avait noté la dernière fois qu'elle avait appelé.
• 0940
J'ai trouvé cela plutôt curieux. Après avoir fini sa
transaction au téléphone, le client doit à toutes fins pratiques
exiger que son numéro de carte Visa soit retiré des dossiers et que
seul son nom y figure. Il faut le réclamer de façon explicite.
Ce n'est pas particulièrement un problème qui vous touche ou
qui touche votre organisme, mais cela m'inquiète beaucoup quand le
fardeau est transféré à la personne qu'on appelle. Si vous payez
votre facture au moyen de votre carte, le numéro n'est pas
automatiquement supprimé ou enlevé du dossier. Ce sont des détails
personnels qui s'accumulent avec chaque nouvel appel et chaque
nouvel organisme. Votre vie cesse de vous appartenir. Ce n'est
qu'une observation que je voulais faire.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Keyes.
M. Stan Keyes: Merci.
La présidente: Madame Lalonde, s'il vous plaît.
[Français]
Mme Francine Lalonde (Mercier, BQ): Merci d'être
là. Vous insistez sur un aspect du projet de loi que
nous n'avons pas vu de façon aussi éclatante.
Je m'adresse à Mme Robbins.
En fait, on parle ce matin des listes
nominatives, c'est-à-dire
des listes de noms qui comportent déjà un
regroupement par intérêt.
La loi québécoise dit:
23. Une personne qui exploite une entreprise peut, sans
le consentement des personnes concernées, utiliser, à
des fins de prospection commerciale ou philanthropique,
une liste nominative de ses clients, de ses membres ou
de ses employés.
Mais on dit au deuxième paragraphe:
La personne qui utilise à ces fins une telle liste
nominative doit accorder aux personnes concernées une
occasion valable de refuser que des renseignements
personnels les concernant soient utilisés à de telles
fins.
Est-ce que c'est cela que vous contestez ou est-ce
que vous pensez qu'une disposition semblable devrait
être plus claire dans le projet de loi C-54?
J'essaie de comprendre les points
que vous soulevez, mais je ne les comprends
pas de façon très précise.
[Traduction]
La présidente: Monsieur Gustavson.
M. John Gustavson: Merci, madame la présidente.
La première chose à préciser, madame Lalonde, c'est que nous
sommes d'accord avec la position prise dans la mesure québécoise
selon laquelle les particuliers ont le droit d'accorder leur
consentement avant qu'on utilise des renseignements personnels.
Deuxièmement, même si nos membres avaient certaines inquiétudes au
sujet de la Loi québécoise au début, ils ont pu très bien s'en
accommoder. Nous avons clairement de bons rapports avec le
commissaire à la protection de la vie privée du Québec.
D'autre part, comme vous l'avez signalé, les télévendeurs et
les collecteurs de fonds pour les organismes philanthropiques et
culturels sont visés par des dispositions distinctes de la loi qui
sont quelque peu moins rigoureuses que pour d'autres activités et
moins restrictives que celles du projet de loi fédéral. À certains
points de vue, le projet de loi fédéral est plus restrictif que la
loi du Québec pour les télévendeurs parce qu'aucune exemption n'est
prévue et que les mêmes règles s'appliquent à tout le monde. Je
peux vous dire que nous nous débrouillons bien avec la mesure
québécoise, mais je répète qu'elle contient des dispositions
spéciales relatives à nos activités.
[Français]
Mme Francine Lalonde: D'accord, je comprends. Je
vais poser une autre question. Vous dites,
monsieur Wolstenholme,
que le projet de loi C-54 va recréer un monopole illicite
des compagnies de téléphone sur les données des
annuaires téléphoniques.
Que voulez-vous dire par ça?
• 0945
M. Len Wolstenholme: Si le projet de loi C-54
est adopté et comporte une disposition précisant que
chaque personne possédant un téléphone a le droit
d'exiger des
compagnies téléphoniques de mettre un astérisque ou
autre chose à côté de son nom pour indiquer
qu'elle ne veut pas recevoir d'appels, etc., c'est parfait et
on peut vivre avec cela. Mais si, par contre, on
accorde aux compagnies de
téléphone l'exclusivité
de ces indications,
il est certain que les compagnies
de téléphone ne vont pas nous donner ces
renseignements mais bien nous les vendre. Alors cela va
recréer un monopole qui existait avant
la décision des tribunaux sur la question des pages
blanches.
La présidente: Une dernière question,
s'il vous plaît.
Mme Francine Lalonde: Vous dites ailleurs que
les compagnies de téléphone ont aussi des centres
d'appels. Non seulement elles auraient un monopole
de détention, mais elles pourraient l'utiliser alors que vous,
vous ne pourriez le faire.
M. Len Wolstenholme: C'est ça. Elles auront un
avantage injuste.
Mme Francine Lalonde: D'accord. Vous
soulignez cela sans demander de correction précise
mais en nous demandant de le considérer. Est-ce
exact?
M. Len Wolstenholme: Oui, de notre point de vue, la
correction du problème consiste à dire dans le projet de
loi C-54 que la loi ne s'applique pas aux renseignements
qui sont entrés dans le domaine public à la suite de la
décision d'un consommateur.
Mme Francine Lalonde: Cela n'appartient à
personne alors.
M. Len Wolstenholme: Il ne s'agit pas des renseignements
sensibles, des renseignements médicaux,
financiers, des cartes de crédit, etc., mais bien du nom,
de l'adresse et du numéro de téléphone; ce n'est pas
grand-chose.
Mme Francine Lalonde: Est-ce que je pourrais poser
une sous-question, madame la présidente,
pour préciser?
La présidente: D'accord.
Mme Francine Lalonde: Ces
listes peuvent aussi être fabriquées par d'autres
compagnies. Nous avons rencontré plusieurs personnes
ici. Je pense en particulier à
celui qui représentait les comptables agréés.
Il disait que pour les entreprises qui font du
télémarketing, l'important est d'avoir des listes.
Alors, on achète des listes partout où on le peut. Il
disait même que 20 000 $ n'était pas une grosse
amende parce que cela pourrait être le cost of doing
business.
M. Len Wolstenholme: Oui, mais toutes ces listes
partent de l'annuaire. De 20 à 25 p. 100 des
Canadiens déménagent chaque année; c'est le moyen
le plus facile de retrouver les noms, adresses et
numéros de téléphone actuels.
La présidente: Merci, madame Lalonde.
[Traduction]
Madame Barnes, s'il vous plaît.
Mme Sue Barnes (London-Ouest, Lib.): Merci, madame la
présidente.
Monsieur Wolstenholme, connaissez-vous maintenant des
entreprises ou des organismes qui s'occupent simplement de faire
des listes de numéros de téléphone cellulaire, de numéros de
télécopieur ou d'adresses électroniques?
M. Len Wolstenholme: C'est une chose dont on parle beaucoup en
disant: est-ce que ce ne serait pas merveilleux si...
Je pense qu'il existe déjà des listes de numéros de
télécopieur. Il y a des entreprises qui envoient des renseignements
par télécopieur. Cependant, il y a des règles à l'Association
canadienne du marketing relativement à l'utilisation des numéros de
télécopieur. John, je ne pense pas que le code fasse la distinction
entre les numéros de télécopieur et les numéros de téléphone. Si
quelqu'un veut être rayé de la liste, il le sera.
M. John Gustavson: C'est exact.
M. Len Wolstenholme: Quant aux adresses électroniques et aux
autres renseignements du genre, je pense que l'une des plus grandes
campagnes de publicité récemment a été celle dont on a parlé aux
nouvelles au sujet de la compagnie qui donnait des ordinateurs.
Vous pouviez obtenir un ordinateur personnel gratuitement avec
service d'Internet en répondant simplement à un sondage de 20 ou
50 questions. Le but de cette campagne consistait à obtenir des
adresses électroniques et bien d'autres renseignements. Cette
campagne équivalait à un échange commercial de renseignements pour
un ordinateur et un accès à l'Internet. Je ne connais cependant pas
d'entreprises qui s'occupent particulièrement de ces activités et
ce n'est pas le cas de notre compagnie.
• 0950
Mme Sue Barnes: Monsieur Gustavson, vous avez récemment adopté
des principes au sujet des enfants. Je voulais savoir si ces
principes s'appliquent aux adresses électroniques aussi bien qu'aux
numéros de téléphone et à toutes autres nouvelles méthodes de
communication.
M. John Gustavson: Oui, les règles relatives au marketing pour
les enfants s'appliquent à tous les médias. J'ajoute que, l'année
dernière, nous avons aussi adopté toute une série de règles pour le
marketing par l'Internet, y compris l'interdiction d'envoyer du
courrier électronique commercial non demandé.
Mme Sue Barnes: Est-ce ce qu'on appelle le «spamming»?
M. John Gustavson: Oui, cette pratique est interdite. Bien
entendu, les règles relatives à l'Internet s'appliquent peu importe
l'âge du client ou du contact, mais l'envoi de courrier
électronique commercial non sollicité est interdit pour tous les
âges et les règles relatives au marketing pour les enfants
s'appliquent à tous les médias.
Mme Sue Barns: Votre organisme était sans doute extrêmement actif à l'époque
du modèle de l'ACNOR. Je me demande pourquoi personne n'avait songé
à l'exploitation qu'on pouvait faire de la publicité pour les
enfants à l'époque. Vous devez maintenant vous en occuper.
Tout d'abord, je voudrais voir ce que vous avez mis au point.
Je n'ai pas d'exemplaire de votre code pour les enfants et je ne
pense pas que quelqu'un ici en ait un exemplaire. Je voudrais
savoir pourquoi il n'en était pas question dans le modèle de
l'ACNOR, comment vous avez mis ce code au point et combien de temps
cela vous a pris, de même que les mesures disciplinaires que vous
comptez prendre à l'égard de vos membres qui ne respectent pas le
code. Ce que j'ai lu dans les journaux me semblerait très difficile
à appliquer.
Vous pourriez peut-être nous en parler. Je vous laisse le
temps de répondre.
M. John Gustavson: Très bien, merci.
On a commencé à mettre le code de l'ACNOR au point en 1991.
Quand nous avons voulu élaborer notre code de l'Internet, ce que
nous avons fait en 1996 et 1997 avant de l'appliquer en 1998, nous
avons constaté que la situation avait évolué au point où il y avait
de plus en plus de rapports entre les enfants et les télévendeurs,
en partie ou surtout à cause de l'Internet. Il y avait de plus en
plus de rapports directs entre les télévendeurs et les enfants.
Voilà pourquoi nous n'avons pas simplement appliqué les règles
prévues dans le code sur l'utilisation de l'Internet et que nous
avons préféré prendre un peu de recul et concevoir tout un code
portant sur le marketing destiné aux enfants. À l'origine, nous
comptions ajouter des dispositions au code sur l'utilisation de
l'Internet puisque c'est la principale source de préoccupation,
mais nous avons plutôt décidé de concevoir un code distinct qui
s'appliquerait à tous les médias.
Nous avons donc commencé à nous intéresser à la question du
marketing destiné aux enfants au moment de l'élaboration de notre
code sur l'utilisation de l'Internet en 1996. Nous avons mis un an
et demi à concevoir ce code. Nous avons ensuite poursuivi nos
travaux sur la partie du code portant sur les enfants jusqu'à sa
divulgation la semaine dernière.
Nous avons une politique portant sur les sanctions. La
première étape consiste cependant à faire comprendre à l'agent de
marketing ce qu'on lui reproche parce que celui-ci ne sait peut-être pas
qu'il enfreint le code. Un membre de notre comité va
discuter de la question avec lui. Nous pouvons cependant expulser
un membre de notre association s'il ne s'amende pas et nous pouvons
même exclure quelqu'un même s'il n'a violé le code de façon
flagrante qu'une seule fois. Nous divulguons ensuite le nom de
l'entreprise visée dans un communiqué.
Pour un agent de marketing, le fait d'être expulsé de la plus
importante association de marketing au pays entraîne des
conséquences négatives. Nous pensons qu'il s'agit d'une sanction
disciplinaire très efficace à laquelle nous sommes prêts à avoir
recours au besoin.
Mme Sue Barnes: Votre code que je n'ai pas encore vu et que
j'aimerais voir interdit-il à vos membres de demander à des enfants
des renseignements qui ne portent pas seulement sur eux-mêmes, mais
sur leurs familles comme le type de voiture que ses parents
conduisent ou leurs salaires? Les dispositions du code couvrent-elles ce
genre de renseignements ou se limitent-elles aux
renseignements qui visent directement l'enfant ainsi qu'à son âge?
• 0955
M. John Gustavson: Je voudrais m'excuser auprès des membres du
comité. Je pensais qu'on leur avait déjà remis le code. Je
m'assurerai qu'on leur envoie dans les plus brefs délais.
Le code réglemente les renseignements qui peuvent être obtenus
d'un enfant et pour lesquels il faut obtenir le consentement des
parents. Nos membres n'ont pas l'habitude de demander ce genre de
renseignements à des enfants, mais le code prévoit néanmoins que
l'enfant doit avoir obtenu le consentement de ses parents. Comment
cependant s'assurer de l'âge de la personne à qui on parle.
Nous avons établi un code...rien ne remplacera cependant la
surveillance et les conseils des parents. Nous avons préparé une
trousse à l'intention des parents qui donne dix conseils aux
parents sur la façon d'inciter leurs enfants à la prudence en ce
qui touche la divulgation de renseignements personnels. L'enfant
doit parler avec ses parents. Le parent devrait s'asseoir avec son
enfant et consulter avec lui les sites Web pour lui faire
comprendre les risques que pose la divulgation de renseignements
personnels. Ces conseils sont adaptés à l'âge des enfants.
Nous avons imposé des règles à nos membres, mais nous pensons
qu'il incombe aux parents d'aider leurs enfants à comprendre
comment utiliser les technologies interactives.
La présidente: Je vous remercie beaucoup, madame Barnes.
Monsieur Jones.
M. Jim Jones (Markham, PC): John, je pense que vous avez dit
qu'une personne doit attendre trois mois avant que son nom soit
supprimé d'une liste de marketing. Qu'est-ce qui prend tant de
temps?
M. John Gustavson: Deux raisons l'expliquent. Premièrement, si
vous souhaitez qu'une société ou une entreprise donnée supprime
votre nom de sa liste de marketing, vous pouvez communiquer avec
elle et si c'est un de nos membres—et tout agent de marketing
avisé sera membre de notre association—, il acceptera de supprimer
immédiatement votre nom de sa liste. Une campagne de marketing est
peut-être en cours, mais l'entreprise raiera votre nom de sa liste
dès que possible. Aucune entreprise ne veut perdre son temps ni son
argent à parler avec quelqu'un qui ne veut pas entendre ce qu'elle
a à dire et risquer ainsi de perdre un client qui pourrait être
joint par un autre type de publicité. Il n'y a pas d'altruisme là-dedans.
Une entreprise a tout intérêt à ne pas indisposer des
clients potentiels.
Si une personne souhaite que son nom soit rayé de la liste de
marketing de tous nos membres, elle doit cependant attendre parce
qu'il nous faut pour recueillir tous les noms des gens qui
souhaitent la même chose et établir une liste informatique que nous
envoyons tous les trois mois. Le délai n'est pas aussi long dans le
cas d'une seule entreprise.
M. Jim Jones: Je vous remercie.
Len, où est-il dit dans le projet de loi qu'on ne peut pas se
servir des renseignements contenus dans un annuaire téléphonique à
des fins de télémarketing?
M. Len Wolstenholme: Nulle part dans le projet de loi.
M. Jim Jones: Pourquoi le présumez-vous?
M. Len Wolstenholme: Cette possibilité existe. Le projet de
loi est censé être de portée assez générale de manière à ce qu'on
puisse s'y reporter si un problème se pose dans n'importe quel
domaine. La portée exacte du projet de loi sera évidemment précisée
dans le Règlement.
À l'heure actuelle, l'article 7 prévoit trois types de
renseignements qui peuvent être exclus de l'application du projet
de loi. À notre avis, les renseignements qui devraient être exclus
de l'application de la loi sont les renseignements publics, les
renseignements prévus dans le Règlement ainsi que les
renseignements qu'un particulier ne souhaite pas divulguer. Voilà
notre point essentiel. Si quelqu'un décide délibérément de ne pas
communiquer des renseignements personnels de base comme son nom,
son adresse et son numéro de téléphone, il ne devrait pas être
nécessaire de créer tout un mécanisme à cette fin.
M. Jim Jones: Je lis ceci dans votre code de protection de la
vie privée: «tous les membres de l'ACM doivent utiliser le service
de correspondance à demande et le service téléphonique à demande de
l'Association lorsqu'ils mènent une campagne de marketing...».
Pourquoi les agents de télémarketing bloquent-ils leurs numéros
pour que les gens qui ont un afficheur ne soient pas en mesure de
voir leurs numéros? Ce serait bien si vous pouviez faire en sorte
que tous vos membres soient tenus d'afficher leurs numéros et le
nom de leur entreprise. Je sais que si on me téléphonait et que je
voyais ce numéro, ce serait la façon la plus simple pour moi...je
ne demanderais pas ce que mon nom soit supprimé de la liste, mais
je ne répondrais pas au téléphone. C'est ce que vous devriez faire.
M. John Gustavson: Il y a un certain nombre d'années, lorsque
nous nous sommes rendu compte que la majorité des membres de
l'industrie du télémarketing n'adopteraient pas le principe de
l'auto-réglementation, étant donné qu'il y a un si grand nombre de
petites entreprises dans ce secteur qui ne peuvent se conformer aux
règles qui s'appliquent aux grands organismes nationaux, nous avons
collaboré avec Bell Canada et nous avons demandé au CRTC d'inclure
notre code de déontologie aux Règlements régissant le
télémarketing. Le CRTC a acquiescé à notre demande. Le CRTC exige
donc que ceux qui utilisent un numéro de téléphone à des fins
commerciales permettent que ce numéro figure sur un afficheur. Il
est illégal pour une entreprise de bloquer son numéro de téléphone.
Le CRTC peut priver une entreprise de sa ligne téléphonique.
• 1000
M. Jim Jones: Dans ce cas, à qui dois-je m'adresser si une
entreprise me téléphone?
M. John Gustavson: Vous n'avez qu'à communiquer avec le
service des plaintes du CRTC dont nous vous communiquerons le
numéro.
M. Jim Jones: Ce n'est pas à votre Association que je dois
m'adresser si l'entreprise fait du télémarketing?
M. John Gustavson: Nous interviendrons si l'entreprise visée
est l'une des 500 entreprises qui est membre de notre Association.
Il y a sans doute 100 000 entreprises au pays qui s'adonnent
cependant au télémarketing. Il vaudrait donc mieux que vous vous
adressiez au CRTC.
M. Jim Jones: Je vous remercie.
La présidente: Monsieur Wolstenholme, vouliez-vous ajouter
quelque chose?
M. Len Wolstenholme: J'aimerais simplement faire une remarque.
Les sociétés de téléphone offrent aux entreprises de télémarketing
un numéro de rechange. Lorsqu'on essaie de rappeler un agent de
télémarketing, la ligne est toujours occupée. Il ne sert à rien de
rappeler au numéro qui est affiché parce qu'il s'agit simplement
d'un numéro de rechange.
La présidente: Je vous remercie beaucoup, monsieur Jones.
Je vais donner la parole en dernier à M. Bellemare, mais
j'aimerais d'abord préciser qu'un amendement sera présenté à
l'article 7. On ajoutera l'alinéa 7 (1)d). L'information est sans
doute disponible et sera prévue dans le Règlement. L'amendement
dont est saisi le comité a été déposé il y a deux semaines.
Monsieur Bellemare, je vous prie.
M. Eugène Bellemare (Carleton—Gloucester, Lib.): Madame la
présidente, il est question à la page 4 du mémoire de l'AMC d'un
code de déontologie. À la page 5, on lit qu'un enfant est une
personne âgée de moins de 13 ans. Pourquoi ne définit-on pas un
enfant de la même façon qu'en vertu de la loi sur les jeunes
contrevenants? Un enfant de moins de 13 ans est donc âgé de 12 ans,
n'est-ce-pas.
M. John Gustavson: Selon le Code sur la radiodiffusion, un
enfant est une personne qui n'a pas atteint 12 ans. Cette question
a fait l'objet de beaucoup de discussions parmi nos membres ainsi
qu'au sein d'associations comme les Annonceurs responsables en
publicité pour enfants. Il n'y a rien de magique dans ce nombre. Il
fallait faire un choix entre 12, 13 ou 14 ans. Il fallait établir
un âge à partir duquel des lignes directrices seulement
s'appliqueraient et non plus des règles.
M. Eugène Bellemare: La décision vous favorise et non pas le
consommateur.
M. John Gustavson: Non, je pense que le fait de prévoir des
règles qui s'appliquent au marketing destiné aux enfants constitue
une mesure progressiste. On peut toujours débattre la question de
savoir s'il faut relever l'âge fixé de 12 mois, mais je vous assure
qu'il y a des enfants de 11 ans qui sont tout aussi matures que des
adolescents de 15 ans.
M. Eugène Bellemare: Le commerce électronique s'effectue par
l'Internet, sans aucun contact visuel entre le fournisseur et le
client. Êtes-vous favorable à ce que l'on interroge un enfant de 12
ans pour obtenir des renseignements sur sa famille?
M. John Gustavson: Monsieur Bellemare, je ne comprends
absolument pas comment vous pouvez tirer cette conclusion.
M. Eugène Bellemare: Un enfant de 12 ans pourrait vous
convaincre qu'il en a 25.
M. John Gustavson: Oui.
M. Eugène Bellemare: Vous lui posez ensuite des questions.
M. John Gustavson: Nous ne posons pas de question à des
enfants de 12 ans. Nous devons obtenir le consentement de leurs
parents. Comme je l'ai cependant dit dans ma déclaration
préliminaire, il est toujours possible qu'un enfant mente au sujet
de son âge. Il n'y a aucun moyen de parer à cette éventualité à
moins d'empêcher tout commerce électronique par l'Internet. Voilà
pourquoi nous pensons qu'il importe que les parents fassent
comprendre à leurs enfants qu'ils ne doivent pas communiquer des
renseignements personnels sans leur consentement...
M. Eugène Bellemare: Il incombe donc...
M. John Gustavson: ...c'est la seule solution.
La présidente: Monsieur Bellemare, une dernière question.
M. Eugène Bellemare: En ce qui touche la liste des personnes
cibles dont disposent les agents de marketing, j'aimerais savoir si
M. Wolstenholme peut répondre aux quatre brèves questions
suivantes. Vendez-vous les listes...
La présidente: Non. Monsieur Bellemare...
M. Eugène Bellemare: ...louez-vous des listes, échangez-vous
des listes ou appartenez-vous à un groupe d'échange?
La présidente: Monsieur Bellemare, veuillez poser une seule
question.
M. Eugène Bellemare: En une seule question.
Des voix: Bravo, bravo!
La présidente: Monsieur Bellemare.
• 1005
M. Eugène Bellemare: À quelle activité suivante vous adonnez-vous:
vendez-vous des listes, louez-vous des listes, échangez-vous
des listes ou appartenez-vous à un groupe d'échange de listes?
La présidente: Monsieur Wolstenholme, avez-vous une brève
remarque à faire?
M. Len Wolstenholme: Oui. Si un client nous fournit une liste
d'adresses et demande que nous lui fournissions les numéros de
téléphone correspondants, nous répondons à sa demande. Nous le
faisons pour les organismes de bienfaisance. Nous le faisons aussi
pour les partis politiques de toutes allégeances. Nous le faisons
pour divers groupes de gens. Voilà le type de diffusion de
l'information auquel nous nous adonnons. Nous faisons en sorte de
nous assurer que le consommateur a toujours le choix de divulguer
ou non ce genre de renseignement. Tous les envois que nous faisons
parvenir au consommateur lui donnent ce choix. C'est déjà prévu.
La présidente: Merci.
Merci, monsieur Bellemare.
J'aimerais remercier les témoins d'être venus nous rencontrer
ce matin. Si vous avez d'autres commentaires au sujet des
amendements proposés, nous apprécierions les recevoir avant la fin
de cette semaine. Nous vous remercions du temps que vous nous avez
consacré.
Nous allons suspendre la séance pendant deux minutes pour que
les prochains témoins puissent s'installer. Ils sont déjà là.
• 1006
• 1009
La présidente: J'inviterais les députés à prendre leur place.
Nous sommes très heureux de souhaiter la bienvenue à notre
prochain groupe de témoins. Nous accueillons maintenant le Bureau
d'assurance du Canada et l'Association des assureurs canadiens. Les
porte-parole du groupe sont M. George Anderson, président et chef
de la direction; M. Randy Bundus, vice-président et conseiller
juridique en chef, et secrétaire de la société; et M. Mark
Yakabuski, vice-président, relations gouvernementales.
• 1010
Nous sommes très heureux de vous accueillir tous les trois
aujourd'hui. Nous avons en main un mémoire très détaillé et la
lettre que vous avez fait parvenir par la suite à notre greffière,
Mme Kingston. Bienvenue.
M. Anderson nous présentera le début de l'exposé.
M. George D. Anderson (président et chef de la direction,
Bureau d'assurance du Canada et Association des assureurs
canadiens): Merci. Je suis ravi d'être là ce matin pour vous parler
du projet de loi. Je sais que vos délibérations ont commencé il y
a un bon moment déjà et je ne vais donc pas vous faire un long
exposé aujourd'hui. J'aimerais mettre en relief plutôt les
principaux éléments du projet de loi tel que nous les voyons et
mentionner quelques amendements qui, à notre avis, amélioreraient
le projet de loi.
Je vous parle au nom du secteur de l'assurance générale. Il
s'agit de ceux qui vous vendent vos polices d'assurance automobile,
d'assurance résidentielle et commerciale. Quelque 230 sociétés se
partagent ce marché. Il est très compétitif. Notre secteur crée
environ 100 000 emplois dans les villes, villages et zones rurales
du Canada.
Je tiens à dire d'emblée que notre secteur appuie les efforts
du gouvernement pour promouvoir le commerce électronique et nous
comprenons certainement la nécessité de mettre en place des lignes
directrices fiables pour protéger les renseignements personnels des
Canadiens dans cette ère nouvelle qui s'ouvre devant nous.
Nous nous réjouissons de voir qu'un amendement a été apporté
au projet de loi afin d'en élargir la portée pour reconnaître les
besoins légitimes des entreprises en ce qui a trait à la collecte
raisonnable d'informations. Cet amendement contribue à rétablir
l'équilibre du projet de loi.
Les assureurs IARD utilisent les renseignements personnels de
façon tout à fait responsable. On pourrait même dire que la
confidentialité de l'information est la devise de notre secteur
d'activité. Si nos clients perdent confiance en nous parce que nous
avons utilisé leurs dossiers personnels de façon inappropriée, ils
iront chez nos concurrents et, la concurrence étant si vive dans
notre secteur, la sanction du marché tombe rapidement.
Le mémoire que nous vous avons fait parvenir plus tôt ne
comprend pas notre réaction à quelques amendements présentés
ultérieurement au comité mais, comme l'a dit la présidente, nous
vous soumettons aujourd'hui quelques propositions d'amendement que
M. Bundus commentera en plus de détail, comme il en est l'auteur.
Nous avons deux principales préoccupations: nous demandons
d'une part que le projet de loi soit modifié de façon à permettre
l'application de codes sectoriels ou particuliers à un secteur à
condition qu'ils incorporent les 10 principes du code de l'ACNOR
et, d'autre part, nous prions le comité d'essayer de voir quels
autres amendements pourraient être apportés au projet de loi pour
favoriser la prévention et la détection efficace de toute activité
frauduleuse. Au Canada, de telles activités coûtent environ 1,3
milliard de dollars par année à nos clients. Il est très important
que nous puissions stopper de telles activités et nos sondages
d'opinions révèlent que les Canadiens souhaitent ardemment que le
gouvernement et notre industrie règlent ce problème de la fraude à
l'assurance.
Depuis 1992, les assureurs IARD se sont dotés d'un code type
sur la protection des renseignements personnels. Cette année-là,
nous avons adopté un code au profit des clients du secteur de
l'assurance et nous l'avons mis à jour quand ont abouti les
nombreuses années de discussions et de délibérations sur le code de
l'ACNOR et les 10 principes sur lesquels il s'appuie. Nous avons
participé très activement à ces travaux. Notre code est une version
plus détaillée du code de l'ACNOR que nous avons adapté à notre
réalité.
J'entends par là que nous avons ajouté au code des détails
propres à notre industrie. Je me permets de souligner que, ce
faisant, nous n'avons nullement modifié les 10 principes du code.
Or le projet de loi, pour autant que nous puissions en juger, est
assez général sur ce point et ne prend pas encore en compte les
différences entre les secteurs pour ce qui est de la collecte, de
l'utilisation ou de la divulgation de renseignements personnels et
je vais vous donner quelques exemples pour illustrer comment notre
secteur procède un peu différemment de la plupart des autres
secteurs. Le code type de l'ACNOR permet ce genre d'adaptation. À
notre avis, il fait place aux réalités du commerce sans sacrifier
les principes entourant la protection des renseignements personnels
et nous sommes tous d'accord pour dire que c'est très important.
Notre code a été homologué par un organisme d'enregistrement
des systèmes de management de la qualité du Conseil canadien des
normes qui l'a jugé conforme en tous points au code de
l'Association canadienne de normalisation. D'ailleurs, notre code
a été le premier de ces codes sectoriels à être jugé conforme en
tous points et nous attachons beaucoup d'importance à cela.
• 1015
Nous ne voyons pas au juste comment le projet de loi
s'appliquera à nous. Nous sommes d'avis que certaines ambiguïtés
doivent être éclaircies, et je vais vous donner un exemple.
À l'annexe 1, dans le commentaire sur le troisième
principe—consentement—il ressort clairement que dans certaines
circonstances le consentement peut être tacite. Or, l'article 7
semble dire le contraire. Nous avons énormément de mal à saisir
l'intention du comité en ce qui a trait au consentement exprès ou
tacite. Nous demandons que le projet de loi reconnaisse clairement
que le consentement peut être tacite dans certaines circonstances
bien définies.
Nous sommes ravis de voir que, selon le projet de loi, le
consentement ne doit pas forcément être donné par écrit. Selon
notre interprétation, il peut être verbal ou par écrit. Toutefois,
par contraste avec le projet de loi, notre code précise dans
quelles circonstances le consentement oral ou écrit est permis et
dans quels cas le consentement peut être tacite.
Pourquoi est-ce si important pour nous? La réponse tient à la
façon dont nous menons nos affaires. Quand un client téléphone à un
courtier depuis les bureaux d'un concessionnaire pour faire assurer
la nouvelle voiture familiale, souvent il n'obtient pas cette
assurance uniquement pour lui-même; il peut du même coup obtenir
l'assurance pour son fils ou sa fille qui n'habite peut-être pas à
la maison, qui est peut-être aux études à l'université. Le client
peut par téléphone demander de l'assurance en même temps pour son
épouse.
Aux termes de ce projet de loi, un conjoint peut-il donner son
consentement au nom de l'autre conjoint ou au nom d'un enfant qui
poursuit des études universitaires? Peut-on dire que les enfants
ont donné leur consentement du fait que les parents les ont fait
inscrire dans la police comme conducteurs, ou devons-nous attendre
que tous les intéressés se retrouvent dans la même pièce au même
moment afin d'obtenir le consentement de chacun?
Ce serait contraire à la façon dont se vendent les polices
d'assurance automobile au Canada depuis l'invention du téléphone.
D'ailleurs, c'est contraire à ce que nous appelons dans le métier
le principe de la plus entière bonne foi, que nous appliquons
depuis fort longtemps, et cela contrarierait sérieusement nos
clients si nous ne pouvions pas leur garantir l'assurance dès le
moment où ils la demandent.
Cette question risque d'avoir d'importantes conséquences pour
nous. Il y a en Ontario 7,2 millions de conducteurs. Il n'y a que
5,4 millions de véhicules assurés. Cela signifie que si nous ne
pouvons supposer qu'il y a consentement tacite dans les
circonstances que je viens de décrire, nous allons devoir
communiquer avec près de deux millions de conducteurs en Ontario
qui n'ont pas souscrit directement le contrat d'assurance
automobile afin d'obtenir leur consentement. Nos clients seront
importunés et devront assumer l'augmentation des coûts, et je
soupçonne que cela les mettra en colère.
L'Ontario n'est pas la seule province où le problème se pose
puisque, comme vous le savez, l'assurance automobile est
obligatoire dans tout le pays. Je crains, en fait je sais, que
malgré nos meilleurs efforts, au plan administratif et pratique,
qu'il nous sera impossible d'obtenir un consentement exprès dans
toutes ces circonstances.
Si je prends toujours en exemple les polices d'assurance
automobile en Ontario, les règlements provinciaux interdisent aux
assureurs IARD de fonder leur décision d'accorder, de renouveler ou
de résilier une police d'assurance automobile sur la profession, la
situation d'emploi ou le revenu de quiconque. Pour obtenir cette
information, nous devons aussi utiliser le formulaire prescrit par
l'organisme de réglementation. Les renseignements personnels que
nous collectons et que nous utilisons doivent être strictement
pertinents à la souscription du contrat d'assurance. Quant à la
palette de produits offerts par les assureurs IARD, les organismes
de réglementation provinciaux exercent un contrôle déjà très lourd.
Le caractère distinctif de notre secteur d'activité a déjà été
mentionné dans le cadre de plusieurs études entreprises récemment.
Le comité sénatorial des banques a dit de notre industrie qu'elle
est différente des autres piliers du secteur financier. Nous ne
sommes pas des intermédiaires financiers. Nous ne cherchons pas à
vendre des produits autres que des produits d'assurance. Dans le
rapport MacKay, les auteurs en arrivaient à la même conclusion.
Richard Owens, expert de la protection des renseignements
personnels embauché par le groupe de travail MacKay pour réaliser
un rapport sur la protection des renseignements personnels dans
notre industrie a dit ce qui suit:
[...] le choix de la méthode s'appuie d'ailleurs sur une
observation d'ensemble quant à la réglementation de la
confidentialité dans le secteur des services financiers canadiens:
le faible niveau des plaintes et, dans l'ensemble, la conformité
des codes de conduite par rapport aux principes régissant le
respect de la vie privée [...] Un système qui permettrait la mise
au point et la personnalisation de la réglementation au niveau des
secteurs d'activité serait sans doute le mieux approprié.
• 1020
Le surintendant de l'assurance de l'Ontario, de 1991 à 1995,
qui fut aussi responsable de la réglementation fédérale au BSIF—la
même personne—pendant 19 ans, a aussi dit ceci de notre industrie:
[...] les sociétés membres de la quasi-totalité des associations du
secteur de l'assurance respectent volontairement des codes de
déontologie en ce qui a trait à la protection des renseignements
personnels. Ces codes s'inspirent lourdement du code type de la CSA
[...] Les assureurs sont depuis fort longtemps sensibles à la
nécessité de protéger la confidentialité des renseignements
personnels. Malgré une longue carrière dans le secteur de la
réglementation, nous ne nous souvenons pas d'un seul cas
d'utilisation abusive [...]
Les statistiques établies par nos propres centres de service
à la clientèle, qui reçoivent environ 116 000 appels par année des
consommateurs, tendent à confirmer ce constat comme le font
d'ailleurs les conclusions du rapport annuel de la commission
chargée d'examiner la Loi 68 au Québec, laquelle a conclu que si
elle avait reçu sur une période de cinq ans 477 plaintes
officielles nécessitant un rapport ou une décision, seulement 13
visaient notre industrie. Sur les 13 plaintes, cinq concernaient le
libellé du formulaire de consentement lui-même, lequel n'a pas été
mis au point par notre industrie mais plutôt par le gouvernement.
Dans deux autres cas, les plaintes provenaient de personnes qui ont
refusé de donner leur numéro de permis de conduire lorsqu'elles ont
voulu souscrire une assurance automobile. Sans vouloir prendre ces
plaintes à la légère, je dirais néanmoins qu'il y a eu très peu de
cas.
Les assureurs IARD privés ne vendent pas la liste de leurs
clients. S'ils souhaitent le faire, aux termes de notre code, ils
doivent obtenir par écrit le consentement des clients. Les
assureurs IARD n'utilisent pas les renseignements personnels pour
faire la vente ciblée de produits autres que des produits
d'assurance ni ne s'en servent à des fins autres que liées aux
polices d'assurance. Dans le cas contraire, notre code exige que
l'assureur obtienne au préalable le consentement exprès du client.
Nous croyons que le projet de loi C-54 devrait admettre la
possibilité de codes sectoriels contraignants. Il y a de nombreuses
années, nous avons entrepris de bonne foi d'élaborer un code adapté
à la réalité de notre industrie mais qui respecterait les 10
principes de la CSA et nous croyons avoir réussi. Vous trouverez
dans les documents que nous vous avons fait distribuer aujourd'hui
le libellé d'un amendement proposé au projet de loi qui
autoriserait cela. Nous croyons que c'est tout à fait justifié.
Nous demandons aussi quelques amendements qui nous aideraient
à combattre la fraude. J'ai mentionné que c'est un grave problème
dans le secteur de l'assurance. Nous demandons que soit ajouté à
l'article 7 du projet de loi des dispositions habilitantes qui nous
permettraient de poursuivre notre lutte contre la fraude, de
prévenir ou de déceler toute activité frauduleuse.
Le libellé actuel de l'article 7 et les amendements déposés au
comité le 2 mars ne permettraient pas aux assureurs de collecter et
d'utiliser des renseignements personnels sans consentement dans le
but de prévenir toute activité frauduleuse. En outre, le libellé
actuel du projet de loi ne nous autoriserait pas à partager des
renseignements les uns avec les autres et avec des organismes
appropriés dans le but de prévenir et de déceler l'activité
frauduleuse ou criminelle.
La Loi 68 au Québec renferme une disposition qui permet à
l'industrie de le faire. Nous sommes d'avis qu'il n'est ni
raisonnable ni réellement souhaité par le gouvernement que les
assureurs IARD soient empêchés, en vertu de ce projet de loi, de
combattre le crime dans le secteur de l'assurance, et dans les
documents que nous vous avons fait distribuer, vous trouverez une
série de projets d'amendement qui nous aideraient à lutter plus
efficacement contre la fraude.
Nous avons aussi proposé des amendements en vertu desquels
nous ne serions pas tenus, lorsque nous faisons enquête sur
l'activité frauduleuse d'une personne, de lui faire savoir ou de
lui remettre le dossier que nous avons monté. On me dit que nous
serions obligés de le faire étant donné le libellé actuel du projet
de loi. Nous voulons pouvoir garder cette information
confidentielle pendant la durée de l'enquête. Nous proposons un
nouvel alinéa 9(3)c.1), il me semble inclus dans les amendements du
mois de mars qui nous rapprocherait de l'objectif mais qui ne
serait toutefois pas suffisant pour empêcher l'activité frauduleuse
et le crime et nous croyons que c'est nécessaire.
• 1025
Ce sont là nos deux seules sources de préoccupation. Nous
voudrions retrouver dans le projet de loi un amendement autorisant
les codes sectoriels qui auraient été approuvés par un organisme
indépendant qui les déclarerait conformes au code de la CSA, et
nous souhaiterions un libellé plus rigoureux en ce qui a trait à la
prévention et à la détection d'activités frauduleuses.
Merci.
La présidente: Merci, monsieur Anderson.
Monsieur Bundus, vouliez-vous commenter les projets
d'amendement que vous nous avez soumis?
M. Randy Bundus (vice-président, conseiller juridique en chef
et secrétaire de la société, Bureau d'assurance du Canada et
Association des assureurs canadiens): Certainement.
Nous croyons que les amendements soumis au comité le 2 mars en
ce qui a trait à l'alinéa 7(1)b) confirment l'existence du problème
et nous en sommes ravis. Nous croyons toutefois qu'il faudrait
encore aller un peu plus loin. Les projets d'amendement que nous
avons soumis au comité sous lettre de couverture adressée au
greffier renferment un nouvel alinéa 7(1)b), et dans ce libellé
j'ai souligné les mots que nous souhaiterions voir ajouter et qui
seraient très utiles pour la lutte contre la fraude. Nous sommes
d'avis que la prévention est tout aussi importante que la détection
et c'est pourquoi nous avons ajouté «à la prévention ou».
Par ailleurs, nous soutenons que l'activité frauduleuse d'un
assuré doit être décelée et prévenue tout autant qu'une infraction
aux lois du Canada. Il se peut qu'une activité frauduleuse relevant
du droit civil ne justifie pas une poursuite en vertu du droit
pénal. À notre avis, la mention d'une activité frauduleuse
permettrait à notre industrie d'intenter des poursuites pour fraude
au civil en cas de fraude relative à une police d'assurance ou en
cas de violation de contrat. Ce genre de fraude ne satisferait
peut-être pas aux exigences d'une poursuite criminelle; toutefois,
un procès au civil pour violation de contrat pourrait être
justifié.
La présidente: Merci.
Monsieur Lowther, avez-vous des questions?
M. Eric Lowther: Oui, j'ai plusieurs questions à poser. Je
n'aurai peut-être pas le temps de les poser toutes, alors j'espère
que mes collègues prendront la relève.
Je suis quelque peu confus. J'essaie en fait de savoir si
votre industrie pourrait appuyer sans réserve le projet de loi si
nous adoptions l'amendement que vous proposez. Les compagnies
d'assurance possèdent des listes d'information et j'imagine
qu'elles partagent cette information afin de déterminer si elles
doivent ou non accorder de l'assurance ou la refuser à une personne
qui n'a pas nécessairement été assurée par l'une d'entre elles dans
le passé. C'est probablement pratique courante dans tout le pays et
le partage se fait au-delà des frontières provinciales.
Monsieur Anderson, vous nous avez dit il me semble que le
projet de loi vous interdit de partager de tels renseignements. Je
pense que cela bloquerait toutes vos activités si vous ne pouviez
pas continuer de le faire.
Je vais m'arrêter ici je pense et j'aimerais que vous me
confirmiez si les amendements que vous proposez, s'il était adopté,
vous permettraient de poursuivre librement vos activités?
M. George Anderson: Oui, nous le croyons.
Nous avons soulevé beaucoup plus de problèmes dans notre
mémoire original mais il y a deux questions qui nous intéressent
plus que toutes les autres. Si les amendements que nous proposons
étaient adoptés j'ose dire que nous appuyerions sans réserve le
projet de loi.
M. Eric Lowther: D'accord, voyons le revers de la pièce. Que
ferez-vous dans le cas contraire?
M. George Anderson: Ce serait très difficile pour notre
industrie. Je pense que cela ferait augmenter les coûts. Cela
créerait d'énormes problèmes pour nos clients. Imaginez un client
qui téléphonerait à un courtier pour obtenir de l'assurance et qui
se ferait dire que c'est impossible sans le consentement express du
conjoint. Pour pouvoir conduire la voiture cette fin de semaine-là,
il faudrait que le client se rende au bureau du courtier ou trouve
une autre solution. Et, je vous signale en passant, que si vous
voulez que l'assurance s'applique à vos enfants, le même problème
se pose. C'est tout à fait contraire à la pratique habituelle de
nos sociétés d'assurance.
M. Eric Lowther: Vous dites aujourd'hui que vous n'avez pas
reçu beaucoup de plaintes.
M. George Anderson: C'est exact.
M. Eric Lowther: Comment pourrais-je découvrir que vous
utilisez mes renseignements personnels de façon inappropriée? Le
fait que vous n'ayez pas reçu beaucoup de plaintes suffit-il à lui
seul pour dire qu'il n'y a pas de problème? Je n'en saurais rien.
Dans le cas des plaintes que vous recevez, comment les clients
prennent-ils connaissance du problème?
M. George Anderson: Notre code nous fait obligation de révéler
aux clients qui en font la demande les renseignements que nous
avons accumulés sur eux dans nos dossiers. Habituellement, à
l'occasion du règlement d'un sinistre, les gens nous demandent
comment nous avons obtenu tel ou tel renseignement. Souvent nous
leur rappelons qu'ils nous l'ont communiqué plusieurs années
auparavant.
• 1030
À mon sens, la grande différence entre ce que nous faisons et
ce que l'on fait dans d'autres secteurs, c'est que nous recueillons
l'information aux seules fins de la souscription des contrats
d'assurance. Comme nous ne vendons pas de CDG ou d'autres produits,
nos compagnies n'ont pas lieu de faire du recoupement par tamisage
sauf pour la vente de produits d'assurance.
M. Eric Lowther: Merci, madame la présidente.
La présidente: Merci, monsieur Lowther.
Monsieur Peric.
M. Janko Peric (Cambridge, Lib.): Je suis quelque peu troublé
par certaines déclarations faites aujourd'hui. D'abord, vous avez
au sein de votre organisation une sorte de service d'enquête sur
les activités criminelles. À part cela, a-t-on parfois recours aux
services d'enquêteurs privés?
M. George Anderson: Oui.
M. Janko Peric: Ah oui. Que faites-vous des renseignements que
vous transmettent les enquêteurs privés? Utilisez-vous ces
renseignements contre vos clients devant les tribunaux? Pourquoi
réunissez-vous cette information?
M. George Anderson: Typiquement, nous voulons vérifier si une
demande de règlement d'un sinistre est fondée ou non, par exemple
lorsque quelqu'un a eu un accident d'automobile et prétend être
incapable de travailler.
Randy pourra vous donner plus de détails mais selon la
jurisprudence, nous devons nous dessaisir des éléments de preuve
relatifs à un tiers mis en cause à la date du procès. Dans de
telles circonstances, il nous est interdit de recueillir, de garder
et de refuser de partager ce genre d'information. C'est bien cela?
M. Randy Bundus: Si vous avez l'intention d'utiliser ces
renseignements lors du procès, vous devez communiquer les documents
à l'étape de la communication préalable. Cela fait partie du
processus judiciaire.
M. George Anderson: Ainsi, il est impossible de présenter un
dossier que personne n'aurait jamais vu, vous savez, comme cela se
fait à la télévision américaine.
M. Janko Peric: D'accord.
Maintenant, supposez que vous recevez aujourd'hui un appel
d'un client à qui vous posez des questions et demandez de se
présenter au bureau et de qui vous obtenez à ce moment-là des
renseignements. Vous lui demandez son âge, son bilan comme
conducteur, etc. Il se peut que la personne ne soit pas honnête
avec vous. Elle pourrait vous donner de faux renseignements. Il se
peut qu'elle ait eu une contravention pour excès de vitesse, ou peu
importe. Vous lui fixez un prix et elle s'en va. Elle vous
téléphone de chez elle et vous découvrez tout à coup qu'elle ne
vous a pas dit la vérité. Vous lui dites alors en passant que vous
savez qu'elle a eu trois contraventions pour excès de vitesse au
cours des deux derniers mois. D'où obtenez-vous de tels
renseignements?
M. George Anderson: De la Régie de l'assurance automobile.
M. Janko Peric: D'accord. Ainsi, n'importe qui peut obtenir de
tels renseignements?
M. George Anderson: Oui.
M. Janko Peric: D'accord.
C'est ma dernière question, madame la présidente.
Vous dites que votre industrie ne vend pas de renseignements.
M. George Anderson: Nous ne vendons pas nos listes de clients,
c'est exact.
M. Janko Peric: D'accord. Si vous êtes courtier et que vous
voulez vendre votre entreprise et que je vous l'achète, j'achète en
même temps la liste des clients et les dossiers.
M. George Anderson: Oui.
M. Janko Peric: Vous vendez donc les renseignements relatifs
aux clients.
M. George Anderson: Quand une compagnie est vendue, elle est
vendue telle quelle d'un courtier à un autre. Ce que j'essaie
d'expliquer, c'est que les courtiers ne vendent pas leurs listes de
clients à des entreprises de marketing direct ni ne les donnent à
une banque. Ces renseignements sont gardés confidentiels par le
courtier.
M. Janko Peric: Pouvez-vous nous donner quelques
renseignements additionnels au sujet de l'activité frauduleuse?
M. Randy Bundus: Par activité frauduleuse, je veux parler de
l'activité qui ne donnerait peut-être pas lieu à une poursuite
criminelle, mais qui serait suffisante pour justifier que
l'assureur refuse de régler un sinistre après une poursuite au
civil.
M. Janko Peric: Par exemple?
M. Randy Bundus: Par exemple, il peut être impossible de
démontrer au-delà de tout doute raisonnable que la résidence a été
incendiée par l'assuré ou à sa demande. Toutefois, selon la
prépondérance des probabilités, il y a lieu de croire que l'assuré
a lui-même incendié la maison pour pouvoir toucher l'assurance.
Dans le cas d'une poursuite criminelle, les règles de la preuve
sont beaucoup plus rigoureuses que dans le cas d'une poursuite
civile où l'assureur refuserait de régler le sinistre.
La présidente: Merci, monsieur Peric.
[Français]
Madame Lalonde, c'est à vous.
Mme Francine Lalonde: Bonjour. Merci de votre
présentation. Comme j'ai lu votre mémoire au complet,
j'ai eu quelques surprises en entendant votre
présentation de ce matin. Vous savez sans doute ce dont
je veux parler.
• 1035
Le mémoire, daté de mars 1999, disait ceci:
Selon un constitutionnaliste que nous avons consulté,
la Constitution ne permet pas au gouvernement fédéral
d'édicter le projet de loi C-54 dans sa forme actuelle
en invoquant le pouvoir que lui confère la Constitution
en matière de commerce.
Vous disiez que M. Richard Owens partageait ce point de
vue et vous ajoutiez:
En outre, même si le gouvernement fédéral a compétence pour
réglementer le commerce international et
interprovincial, la réglementation du commerce
interprovincial relève manifestement des provinces.
Puis vous recommandiez que le gouvernement en reporte
l'adoption et essaie de nouveau de s'entendre
avec les provinces. Or, je constate que cette
recommandation ne se trouve plus dans votre mémoire
abrégé de ce matin.
[Traduction]
M. George Anderson: La réponse la plus directe, c'est qu'il y
en aura sans doute d'autres qui contesteront en temps voulu, j'en
suis certain. Nous ne nous sentons pas capables, sur le plan
constitutionnel, de trancher cette question. Je suis convaincu
qu'il y aura un jour des contestations judiciaires. Les lois
fédérales et provinciales sont souvent contradictoires mais, au
Canada, tant que les deux instances coopèrent, il n'y a pas de
contestation.
Je songe par exemple à l'activité fédérale dans le secteur du
logement. Pendant 40 ans, après la guerre, le gouvernement fédéral
était très actif dans le secteur du logement social. Si l'on
interprète strictement l'Acte de l'Amérique du Nord britannique,
c'était interdit, mais comme cela servait l'intérêt des provinces
et du gouvernement fédéral, personne n'a contesté.
Il pourrait en être de même du projet de loi si les provinces
sont satisfaites de la consultation préalable, et j'imagine que la
transition de trois ans a pour but de faciliter la mise en place de
ces mécanismes de coordination.
[Français]
Mme Francine Lalonde: Ce que vous venez de dire là
est un peu différent de ce que contenait votre mémoire.
C'est bien le vôtre, n'est-ce pas? Je ne lis pas le
mémoire de quelqu'un d'autre.
Remarquez que j'aurais pu dire cela, mais je
l'ai lu et j'ai été agréablement surprise, parce que
d'autres que vous sont venus dire que deux ensembles de
règles ou de règlements pouvaient causer des problèmes
aux entreprises, notamment aux sociétés d'assurance.
[Traduction]
M. George Anderson: Oui, et je ne le conteste pas du tout.
D'ailleurs, depuis des années, nous parlons des 11 solitudes de la
réglementation au Canada et nous faisons beaucoup d'efforts pour
inciter les gouvernements à collaborer pour que l'on sache quelles
sont les règles, peu importe la province où on exploite une
entreprise, au Canada. Nous y avons réussi en partie. Les quatre
provinces de la région atlantique viennent de rédiger ensemble un
projet de loi sur l'assurance. C'est une innovation, que nous avons
réussi à obtenir. Et, oui, nous continuons d'encourager ce genre
d'activité.
Je pensais que vous me demandiez si nous serions les premiers
à contester la constitutionnalité de ce projet de loi. Je vous
répondrais que non.
[Français]
Mme Francine Lalonde: Non, je ne m'attendais pas
à ce que vous vous en fassiez le promoteur.
J'avais cependant compris
que vous souhaitiez qu'on cherche à s'entendre avant
l'adoption de la loi pour éviter d'avoir à
faire face à des
contestations qui pourraient stopper l'application de
la loi. Il y a des situations où le mieux est l'ennemi
du bien.
M. Mark Yakabuski (vice-président, Relations
gouvernementales, Bureau d'assurance du Canada):
Le ministre
lui-même a déjà dit que le gouvernement comptait
s'accorder trois ans avant que la loi prenne effet
partout au pays et s'applique à tous les commerces du
pays. À notre avis, cette période devrait justement
servir à la concertation avec les provinces.
Mme Francine Lalonde: Aucune des provinces
ne s'est donné une loi, à l'exception du Québec, où il en
existe une. Or, le gouvernement fédéral prétend que sa
loi s'appliquerait là aussi. Donc, le Québec,
ayant pris les devants et fait ses devoirs, se
trouverait pénalisé, de même que ses entreprises et ses
citoyens.
M. Mark Yakabuski: Le gouvernement a
déjà reconnu que la Loi 68 au Québec était
analogue au projet de loi que vous étudiez aujourd'hui.
Je pense que c'est peut-être une façon d'éviter les
conflits de juridiction. Évidemment, il faut se servir
de cette période de trois ans pour s'assurer que
les choses se déroulent de cette façon.
• 1040
Mme Francine Lalonde: Je m'excuse, mais je ne
comprends la loi comme vous en ce qui concerne les
trois ans.
[Traduction]
La présidente: Merci beaucoup, madame Lalonde.
Monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka (St. Catharines, Lib.): Merci, madame la
présidente.
Je tiens d'abord à remercier les témoins. J'ai trois
questions, mais peu de temps.
Vous avez parlé d'un code sectoriel. J'ai l'impression que
vous affirmez que le projet de loi C-54 vous empêche d'avoir des
codes sectoriels. Ai-je bien compris?
M. George Anderson: Il nous empêche d'avoir un code sectoriel
opérationnel pour notre secteur. Autrement dit, notre code intègre
les 10 principes du code de la CSA en un document opérationnel pour
notre secteur; plus particulièrement, on y précise dans quel cas on
peut avoir recours au consentement tacite.
M. Walt Lastewka: Vous venez de dire que vous voulez un code
sectoriel moins exigeant que celui que propose le projet de loi
C-54.
M. George Anderson: Non, le nôtre est à notre avis plus
exigeant.
M. Walt Lastewka: Comment le projet de loi C-54 vous empêche-t-il donc
d'atteindre cet objectif crucial?
M. George Anderson: Parce qu'à notre avis, il n'est pas clair
que le consentement tacite convienne dans certaines circonstances
précises.
M. Walt Lastewka: Revenons à l'exemple dont vous avez parlé de
l'achat d'un véhicule à un concessionnaire. Je présume que vous
avez recueilli de l'information sur l'ancien propriétaire du
véhicule, tout ce qui se rapportait à celui qui devait être assuré
pour ce véhicule. Est-ce exact?
M. George Anderson: Dans certains cas, oui. À moins qu'il ne
s'agisse du premier achat de véhicule.
M. Walt Lastewka: Bien. Si quelqu'un l'achète, il donne en
échange son ancien véhicule et vous avez de l'information sur lui
et son consentement pour en obtenir. Il s'agit simplement de
changer de véhicule. Est-ce que votre exemple portait seulement sur
l'achat d'un nouveau véhicule?
M. George Anderson: Non, vous laissez entendre que lorsqu'il
y a changement de véhicule, le consentement existe déjà et qu'on
peut s'en servir.
M. Walt Lastewka: Si vous avez reçu ce consentement en bonne
et due forme.
M. George Anderson: D'après notre interprétation du projet de
loi, ce consentement ne serait plus suffisant, puisqu'il s'agit
d'un consentement tacite.
M. Walt Lastewka: Dans votre recommandation, pour
l'alinéa 7(1)b), vous ajoutez le mot «prévention» avant
«détection». Que pouvez-vous obtenir dans le cadre de la
prévention, que vous ne pouvez obtenir dans le cadre de la
détection? Soyez précis. Qu'est-ce que le mot «prévention» vous
donne de plus?
M. Randy Bundus: La prévention portera sur ce qui se passe
avant qu'une fraude se produise. Après la fraude, il peut être trop
tard. Une fois le système en vigueur, on peut éviter d'accorder des
polices qui pourraient faire l'objet de fraude, et on éviterait
ainsi la fraude. Si tout ce que nous pouvons faire, c'est de
détecter la fraude après qu'elle ait été commise, nous craignons
que ce soit un peu tard.
M. Walt Lastewka: Mais ne pourriez-vous pas aussi vous servir
du mot «prévention» comme paravent, puisque toutes vos activités se
rapportent à la prévention?
M. Randy Bundus: Nous ne nous en servirions pas comme
paravent. Notre objectif est surtout de vérifier l'information
reçue. Cette information est fournie au moment de la demande. Nous
voulons simplement vérifier son exactitude pour éviter d'être
victime d'une fraude pour commencer avant d'avoir à vous soucier
des fraudes qui se produisent lors des réclamations. Nous avons
donc une double préoccupation, au moment de la demande et à l'étape
des réclamations. Nous voudrions prévenir la fraude à l'étape de la
demande et déceler et prévenir les fraudes à l'étape de la
réclamation, aussi.
M. Walt Lastewka: Merci, madame la présidente.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Lastewka.
Monsieur Jones, s'il vous plaît.
M. Jim Jones: Si ce projet de loi est adopté, de quelle façon
devrez-vous modifier votre façon d'agir?
• 1045
M. George Anderson: Là encore, tout dépend de ce que ses
rédacteurs pensent du consentement tacite, à ce moment-ci. S'ils
estiment que le consentement tacite est permis en vertu du Code de
la CSA, dans des circonstances précises, nous n'avons pas
d'objection. Si le consentement tacite n'est pas prévu dans ce
projet de loi, il faudra changer fondamentalement la nature de nos
activités d'affaires. Il faudra obtenir le consentement de tous nos
clients, pas seulement ceux qui demandent de l'assurance, mais tous
ceux qui conduisent chaque véhicule. Notre volume de travail et sa
complexité seront énormément augmentés.
Je vous rappelle que nous ne sommes pas de grosses
entreprises. Bien entendu, il y a de grandes entreprises
nationales. Mais en gros, il s'agit surtout de petites entreprises
ayant des frais d'exploitation élevés. Il nous coûterait très cher
de nous conformer à cette loi et je crains que nous ne puissions y
arriver, malgré tous nos efforts. On ne peut courir après les gens
trop longtemps. D'après notre expérience, ceux qui ne peuvent pas
obtenir d'assurance conduisent tout de même leur véhicule.
La présidente: Monsieur Yakabuski.
M. Mark Yakabuski: Il y a déjà un certain temps que nous
encourageons le gouvernement à prendre des mesures pour préserver
la confidentialité des renseignements. Si vous lisez nos mémoires
au gouvernement sur l'examen du secteur financier, des mémoires qui
remontent à deux ans et demi, par exemple—vous constaterez nous
l'avons répété avec constance. Voilà pourquoi nous avons vraiment
participé à l'élaboration de ce code de la CSA. Nous pensions que
tout le processus visait à encourager la mise au point de codes
sectoriels qui respecteraient les lignes directrices de la CSA, qui
avaient été approuvés par des instances en gestion de la qualité,
comme ce fut le cas pour notre code. Nous pensions que ces codes
seraient reconnus en même temps que celui de la CSA pour faire
l'objet d'une loi. Nous avons déclaré que c'était une bonne idée et
que nous y adhérions à 100 milles à l'heure. Mais ce que nous
constatons, c'est que...
Voilà l'objection que nous avons au sujet du projet de loi
C-68 au Québec, par exemple. Je vous rappelle que ce projet de loi
est antérieur au code de la CSA. On a fixé dans la loi des
principes dont l'application ne fonctionne pas pour certaines
entreprises et certains secteurs. Le code de la CSA est souple et
peut être adapté. On ne s'écarte pas du code, mais on l'adapte. Si
vous pouvez faire reconnaître des codes sectoriels conformes à
l'annexe I, nous pensons que c'est la solution idéale. Voilà
pourquoi nous pensons qu'on peut aller un peu plus loin dans le
projet de loi actuel.
M. Jim Jones: Bien, merci.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Jones.
Madame Barnes.
Mme Sue Barnes: Merci, madame la présidente.
J'aimerais une réponse de celui qui connaît le mieux les cas
de réclamation après un accident à domicile ou un accident de la
route, lorsqu'un tiers subit une lésion corporelle et intente une
poursuite. Dans cette situation, je veux simplement qu'il soit
clair que c'est chose courante que d'obtenir le dossier médical du
plaignant.
M. Randy Bundus: C'est chose courante en effet, mais toujours
avec le consentement écrit de cette personne. En tant qu'assureurs,
nous n'agirons pas sans un consentement écrit, puisqu'il s'agit
d'information délicate.
Mme Sue Barnes: Évidemment.
Très bien. Au sujet de ce dossier médical, dites-vous
simplement que quelqu'un se plaint d'avoir une blessure au dos et
que vous voulez le dossier médical se rapportant à cette blessure?
Ou est-ce que vous obtenez l'ensemble du dossier médical jusqu'au
moindre détail?
M. Randy Bundus: Les lois provinciales réglementent de manière
très serrée cette question. Nous ne pouvons obtenir que les
renseignements qu'il est raisonnable de demander. Ils doivent se
rapporter à la blessure. On ne peut pas aller à la pêche, par
exemple. On ne peut pas chercher de l'information qui ne se
rapporte pas aux blessures.
Mme Sue Barnes: Bien, j'ai une autre question à ce sujet.
Parmi vos questions habituelles, demandez-vous quels médicaments
prend cette personne?
M. Randy Bundus: Si c'est pertinent, je ne vois pas de raison
de ne pas le faire. Celui qui fait la réclamation peut aussi
présenter des objections.
Mme Sue Barnes: Oui, nous avons des gens du secteur de la
santé qui témoigneront la semaine prochaine et je veux comprendre
un peu plus le contexte.
Pouvez-vous aller plus loin? Si le médecin a prescrit un
médicament et que vous ne savez pas si cette personne le prend pour
soulager ses symptômes, pouvez-vous vous adresser à la pharmacie,
pour connaître les prescriptions? Vous arrive-t-il de poser des
questions pour savoir si quelqu'un a ou non obtenu ses médicaments?
M. Randy Bundus: Nous poserions la question, si c'était
pertinent. Tout dépend de la nature de la réclamation. Il est
difficile de vous donner une réponse concrète, dans un contexte
hypothétique, parce que l'examinateur des réclamations choisit
d'agir d'une manière particulière à chaque dossier.
• 1050
Mme Sue Barnes: Si ce dossier médical contenait de
l'information... Disons qu'on veut être très conciliant, de manière
à faire payer la réclamation. Le médecin demande qu'on vous envoie
le dossier que vous avez demandé où se trouvent les médicaments
prescrits, les tests effectués, etc. Dans ce dossier médical, il
pourrait y avoir, par exemple, les résultats d'un test pour le
sida, pour le VIH, ou ceux d'un test qui prouve que cette personne
a une maladie débilitante dont vous n'étiez pas au courant, mais
qui n'est pas pertinente. Qu'arrive-t-il à ce genre de
renseignement dans le cadre de l'échange de données médicales?
M. Randy Bundus: En général, nous ne transférerions pas ce
genre de renseignements entre assureurs. Ce n'est pas pertinent,
pour l'assurance I.A.R.D. Pour l'assurance-vie, cela pourrait être
plus intéressant. Mais pour nos entreprises...
Mme Sue Barnes: Mais cela figure dans le dossier?
M. Randy Bundus: Vous demandez si c'est dans le dossier?
Mme Sue Barnes: Oui.
M. Randy Bundus: Si vous voulez savoir si nous renvoyons ces
renseignements aux particuliers, nous le ferions normalement par
l'intermédiaire de son médecin. Je ne vois vraiment pas pourquoi
nous partagerions cette information avec d'autres assureurs. Elle
n'est vraiment pas pertinente. Je ne vois même pas pourquoi ils la
demanderaient.
Mme Sue Barnes: Je reconnais qu'elle n'est pas vraiment
pertinente, mais elle pourrait facilement se retrouver dans le
dossier.
M. Randy Bundus: Oui, cela pourrait faire partie du dossier,
mais l'ensemble du dossier n'est pas nécessairement transmis à
d'autres assureurs, et il ne l'est qu'avec le consentement de
l'intéressé. Nous sommes très prudents au sujet du consentement
écrit, lorsqu'il s'agit de renseignements médicaux.
Mme Sue Barnes: Dans vos entreprises, y a-t-il une différence
d'attitude relativement à l'information financière et à
l'information médicale? Avez-vous des normes différentes?
M. Randy Bundus: Je le répète, pour le côté financier, pour le
genre de...
Mme Sue Barnes: Les informations financières n'étant que...
M. Randy Bundus: Je le comprends.
Pour le genre d'assurance que nous offrons, pour ce qui est
des informations financières, je ne vois pas quelle est
l'importance de ce critère.
Mme Sue Barnes: Non, ma question vise plutôt à savoir si vous
avez des normes plus élevées pour les renseignements médicaux que
pour tout autre type de données dans vos dossiers, au sujet de
particuliers. Y a-t-il des normes différentes?
M. Randy Bundus: Nous ne chercherons pas à obtenir des
renseignements sur la déclaration de revenu d'un particulier sans
son consentement écrit.
Mme Sue Barnes: Vous ne répondez pas à ma question.
Voulez-vous y répondre?
M. Mark Yakabuski: Pour commencer, pour les polices
d'assurance automobile, en général, nous n'avons pas le droit de
poser des questions au sujet de votre revenu. Il est important de
savoir que pour l'assurance I.A.R.D., pour commencer, nous n'avons
pas vraiment accès aux données sur le revenu. Nous devons savoir la
valeur de votre maison, mais c'est tout.
Mme Sue Barnes: Vous ne répondez pas à ma question.
M. Mark Yakabuski: Du point de vue médical... Je pense qu'il
est important de clarifier cela. Il n'y a pas une foule de
renseignements personnels sur santé des gens dans nos entreprises.
Cela dit, tout renseignement médical est certainement traité de
manière très confidentielle. Ces renseignements ne sont pas
transmis sauf en respectant des conditions très strictes.
Bien entendu, on en tient compte pour certains aspects de nos
polices, comme l'assurance individuelle, pour l'assurance
automobile. Nous avons toutes sortes d'autres types
d'assurances—la responsabilité commerciale, l'assurance
résidentielle—pour lesquels cela ne serait pertinent, bien
entendu.
Mme Sue Barnes: Mais il arrive que des gens font des
réclamations frauduleuses au sujet de blessures, ou au sujet de la
gravité de leurs blessures. Croyez-moi, j'ai reçu la visite
d'enquêteurs de compagnies d'assurance qui me demandaient si
j'avais vu mon voisin boiter suffisamment longtemps ou lever des
objets lourds dans sa cour. Quels autres renseignements
recueillez-vous?
M. Mark Yakabuski: Je pense que M. Peric a posé une question
semblable. Nous employés des méthodes d'enquête, lorsque les
circonstances l'exigent. Là encore, ces renseignements sont fournis
aux avocats, s'il faut aller en cours.
Mme Sue Barnes: C'est bien, merci.
La présidente: Merci beaucoup, madame Barnes.
Nous avons encore quelques minutes; voyons s'il reste de
brèves questions.
Monsieur Lowther, avez-vous une courte question? Non? Et vous,
madame Lalonde?
[Français]
Mme Francine Lalonde: Vous demandez qu'un alinéa
d.1) soit ajouté au paragraphe 27(2) afin que les
organisations qui ont un code soient reconnues par la
loi et vous dites à la fin:
...que les dispositions de la section 1 s'appliquent, avec
les adaptations nécessaires, à l'organisation ou à la
catégorie d'organisations.
Je n'ai pas lu votre code, mais qu'en est-il du droit des
citoyens? Est-ce que votre code prévoit ces droits?
Vous comprendrez que je trouve le recours
contenu dans le projet de loi C-54 absolument
insuffisant. Je ne sais pas ce qui se trouve dans
votre code.
M. Mark Yakabuski: Notre code a été approuvé
par un organisme de la CSA. Donc, il est tout à fait
conforme au code de l'Association canadienne de
normalisation. Il prévoit, évidemment, toutes sortes
de droits pour les citoyens, notamment celui de vérifier les
dossiers et de s'assurer que ces derniers sont exacts
dans tous les cas.
• 1055
Il y a même dans notre code un
processus qui ne se trouve pas dans votre projet de
loi, soit un processus d'arbitrage avant qu'on
s'adresse aux dernières instances. En somme, on essaie
de régler le cas le plus rapidement possible puisque
c'est normalement dans l'intérêt des citoyens que le
cas se règle vite.
Nous croyons donc que les dispositions de notre code
sont très avantageuses pour les citoyens et cela a été
reconnu au cours du processus de mise en place du code
de la CSA.
Mme Francine Lalonde: Disons que j'accepte votre
réponse, mais vous ne m'avez pas
répondu en ce qui a trait aux droits du citoyen.
M. Mark Yakabuski: Il y a un ensemble de
droits à l'intérieur de notre code, en particulier à la
page 5 de notre code en anglais, ou en français aux
pages 6 ou 7 de notre document.
Mme Francine Lalonde: Est-ce qu'on l'a?
M. Mark Yakabuski: Nous parlons
justement du droit qu'ont tous les
détenteurs de polices, reconnu par notre code, de
réviser et corriger toute information personnelle
détenue par les assureurs. Toute information détenue
par les assureurs peut être vérifiée par le citoyen
lui-même.
La présidente: Thank you very much. Merci, madame
Lalonde.
[Traduction]
Monsieur Shepherd.
M. Alex Shepherd (Durham, Lib.): J'essaie encore de comprendre
toute cette question du consentement. Dans l'amendement que vous
proposez, vous employez les mots «est conforme» avec, en anglais,
«substantially». On présume que vous voulez que la loi s'applique
bien à votre cas, malgré la nuance apportée par le mot
«substantially».
Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Prenons
l'exemple d'un véhicule. En gros, vous assurez l'automobiliste, et
non pas l'automobile? Pourquoi ne peut-on obtenir un consentement
de cette personne pour une police d'assurance.
M. Randy Bundus: La plupart des polices d'assurance, au
Canada, assurent le propriétaire du véhicule, et non le conducteur.
Pour votre véhicule, je présume que vous avez une police à titre de
propriétaire, qui assure votre véhicule. Par conséquent, pour
évaluer le risque que votre police représente pour votre assureur,
il faut beaucoup de renseignements, notamment sur ceux qui
conduiront votre véhicule.
M. George Anderson: Et dans quelles circonstances cela se
fera.
M. Alex Shepherd: Prenons un exemple concret. J'assure ma
voiture et tout est arrangé avec mon agent d'assurance.
Aujourd'hui, je m'achète une nouvelle voiture, j'appelle mon agent
et je lui d'ajouter cette voiture à ma police. Il a déjà tous les
renseignements, pour lesquels j'ai formulé un consentement
antérieurement. Pourquoi est-ce si compliqué d'obtenir un
consentement précis?
M. Randy Bundus: Cela présume que le consentement obtenu avant
l'entrée en vigueur de cette loi sera valable pour les besoins de
cette loi. Nous revenons en arrière. Avant l'entrée en vigueur du
projet de loi, il y avait une façon de faire pour laquelle nous
n'avions pas besoin d'un consentement écrit, disons, dans de
nombreux cas.
M. Alex Shepherd: Est-ce votre principale préoccupation, les
droits acquis? Si j'achète une nouvelle police aujourd'hui, parce
que je n'ai jamais été assuré par cette compagnie auparavant, il
est clair que la nouvelle compagnie me demandera de remplir des
formules et de consentir à la divulgation de certains
renseignements. Il n'y a pas de problème jusqu'ici, n'est-ce pas?
M. George Anderson: Pas dans tous les cas. Voilà le problème.
Il y a encore beaucoup de travail d'assurance. Tenez: je viens
d'acheter une assurance tous risques chantier pour une maison que
je construis. Je l'ai fait par téléphone. Il n'y a pas eu d'échange
de documents ni de signature; le courtier m'a dit que j'étais
assuré. Il m'a envoyé une lettre pour me le confirmer quelques
jours plus tard. Il ne m'a jamais demandé de consentir à quoi que
ce soit au sujet des renseignements que je lui ai fournis, même si
j'ai bien compris qu'il ferait des vérifications. Il n'y a pas eu
d'échange de formules entre nous.
M. Alex Shepherd: Et il ne vous avait jamais vendu d'assurance
auparavant?
M. George Anderson: Jamais. Voilà comment on fait des affaires
au Canada, et depuis longtemps.
• 1100
Soyons clairs: il se peut que le consentement que vous
cherchez dans le cadre de ce projet de loi n'ait jamais été obtenu
pour les millions de titulaires de polices d'assurance, jusqu'ici.
On a peut-être agi un peu comme on l'a fait dans mon cas. Beaucoup
de nos clients n'ont jamais visité le bureau de leur courtier et ne
savent même pas où ils sont.
M. Alex Shepherd: Je peux comprendre cela, mais nous faisons
la même chose avec l'Internet. On demande un consentement. Vous
dites qu'un consentement donné verbalement serait tout de même
suffisant.
M. Mark Yakabuski: Oui, nous utilisons un consentement oral à
l'occasion, aussi. À cause de la nature de ce commerce... Les
renseignements ne sont pas utilisés d'une façon aussi large qu'on
l'envisage dans le projet de loi, ni pour les raisons invoquées.
Les renseignements servent à la souscription du contrat
d'assurance. Nous n'avons pas l'intention de les vendre. Nous ne
voulons pas chercher dans nos listes de clients si ceux-ci
pourraient acheter d'autres produits que de l'assurance. Nos
compagnies n'ont que de l'assurance à vendre. Nous ne sommes pas
dans la même situation, disons, que d'autres organisations.
La présidente: Une dernière question, monsieur Shepherd.
M. Alex Shepherd: Avez-vous des objections au sujet du
consentement verbal?
M. Mark Yakabuski: Et les gens qui font des changements à une
police existante, au sujet d'un tiers? Supposons que je veuille
ajouter quelqu'un à ma police, ou l'en enlever. Cette personne peut
vivre très loin de chez moi. Il est très difficile d'obtenir un
consentement explicite dans ce cas-là, n'est-ce pas? Ce genre de
situation se produit souvent, dans notre secteur.
La présidente: Monsieur Jones? Non? Monsieur Lastewka, aviez-vous...
M. Walt Lastewka: J'aimerais revenir à mes questions de
tantôt.
La présidente: Une question, s'il vous plaît.
M. Walt Lastewka: À l'annexe 1 du projet de loi, les alinéas
c) et d) de l'article 4.3.7 se lisent comme suit:
c) Le consentement peut être donné de vive voix lorsque les
renseignements sont recueillis par téléphone; ou
d) le consentement peut être donné au moment où le produit ou le
service est utilisé.
Vous nous dites maintenant que ce n'est pas suffisant.
M. George Anderson: Dans certaines circonstances, nous ne
pourrions obtenir le consentement oral d'une personne pour cette
police parce qu'elle est loin de l'endroit où se fait la
transaction. Prenons l'exemple de quelqu'un qui a un enfant à
l'université. On veut inscrire cet enfant sur la police. Est-ce
qu'il suffit que le propriétaire donne son consentement et donne
les renseignements sur cet enfant à la compagnie d'assurance, sans
le consentement explicite de l'enfant?
M. Walt Lastewka: C'est ma police.
M. George Anderson: Oui, mais il faut vérifier les
renseignements sur le jeune conducteur, qui peut avoir récolté
quelques contraventions pour excès de vitesse, par exemple. Cela a
un effet sur le calcul du risque et de la prime, puisque vous
laissez cette personne conduire votre voiture.
M. Walt Lastewka: Je vous donne mon consentement au sujet de
ma police.
M. George Anderson: Vous consentez aussi à ce que nous
vérifions les renseignements sur un tiers, votre fils, votre
conjointe ou votre belle-mère. Est-ce prévu dans le projet de loi,
oui ou non? Voilà notre question.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Lastewka.
J'aimerais obtenir quelques précisions, monsieur Anderson.
Nous vous remercions pour ce mémoire et aussi d'avoir pris le temps
d'examiner les amendements. J'ai quelques réserves au sujet des
amendements que vous proposez au sujet du code de protection des
renseignements personnels d'une organisation. Dans ce projet de
loi, on dit que des changements pourraient être apportés à
l'annexe 1. Proposez-vous la possibilité de changer aussi votre
code d'organisation?
M. George Anderson: Il faudrait reformuler la question; je ne
la comprends pas. Peut-être que...
M. MarK Yakabuski: Tout changement apporté à notre code
devrait être approuvé par les responsables de la vérification, que
ce soit la CSA, un de ses groupes, etc.
La présidente: Il demeurerait que tout ce projet de loi
reposerait sur le code de la CSA.
M. MarK Yakabuski: Exactement.
La présidente: Mais s'il faut s'adresser à vous pour modifier
votre code avant de pouvoir changer les règles, nous n'aurions
aucun contrôle sur la loi en ce qu'elle touche votre organisation.
Il y a là un problème. Déjà, comme comité, nous n'aimons pas
tellement que l'annexe 1 soit modifiée par décret du conseil et non
par notre comité. Qu'on nous impose en outre que ce soit à
l'organisation... Je ne dis pas qu'on ne doit pas vous donner de
pouvoir d'examiner les codes des organisations, mais de dire dans
la loi que votre code a la priorité sur celui de la CSA et que nous
n'avons aucun contrôle sur son contenu...
• 1105
M. MarK Yakabuski: Il n'aurait certes pas la priorité. Tout
changement à notre code devait être approuvé. De plus, si vous
modifiez l'annexe 1, ces changements s'appliqueront automatiquement
à notre code.
M. George Anderson: Tout comme les changements au régime
fiscal s'appliquent au comportement fiscal des entreprises.
La présidente: J'ai soulevé cette question parce que, comme
vous le savez, notre comité a quelques réserves au sujet de la
proposition actuelle selon laquelle l'annexe 1 pourrait être
modifié par décret du conseil, plutôt que par la procédure
législative du comité. Certains témoins et certains membres du
comité en ont parlé.
Je comprends les préoccupations que vous avez formulées. Vous
devez savoir que la majorité des membres du comité présument qu'une
fois qu'on a consenti à faire quelque chose, comme d'avoir une
police d'assurance, le consentement est bel et bien donné.
Veuillez maintenant satisfaire ma curiosité personnelle: mon
assureur—automobile est aussi mon assureur-vie; quel code suit-il?
M. George Anderson: Quand il vous offre une police
d'assurance-vie, il suit le code sur l'assurance-vie et lorsqu'il
s'agit d'assurance-automobile...
La présidente: Je vais préciser ma question: que fait-il de
mes renseignements personnels, en fonction de ces deux codes
différents? Il est bien difficile de comprendre qui fait quoi et
j'aimerais que vous nous aidiez.
Je vous remercie d'avoir pris le temps de préparer un mémoire
détaillé, de nous présenter votre propre code et d'examiner
l'amendement. Notre comité l'apprécie beaucoup et nous vous
remercions infiniment d'être venu.
M. Mark Yakabuski: Merci, madame la présidente.
La présidente: Nous allons suspendre la séance pendant deux
minutes pour que notre prochain groupe de témoins puisse
s'installer. Je vous rappelle de ne pas partir car nous avons
d'autres témoins à entendre.
• 1106
• 1113
La présidente: J'inviterais les députés et les témoins à
prendre leur place pour que nous puissions reprendre nos travaux.
Nous accueillons maintenant trois témoins qui comparaissent à
titre personnel soit, le professeur Jacques Frémont,
constitutionnaliste de l'Université de Montréal; M. Roger Tassé,
partenaire chez Gowling, Strathy et Henderson; et le professeur
Claude Masse, professeur de droit de l'Université du Québec à
Montréal.
C'est avec plaisir que je vous souhaite la bienvenue. Comme
nous les avons invités à la dernière minute, je ne crois pas que
nos témoins aient eu le temps de préparer un texte mais chacun
d'eux nous fera un exposé d'environ cinq minutes.
Cela dit, j'accorde la parole au professeur Frémont.
[Français]
M. Jacques Frémont (constitutionnaliste,
Université de Montréal; témoigne à titre
personnel): Merci,
madame la présidente.
[Traduction]
La présidente: Veuillez m'excuser. Oui, madame Lalonde.
[Français]
Mme Francine Lalonde: J'imagine que, compte tenu
de la nature du sujet, l'exposé peut dépasser cinq
minutes, comme il arrive fréquemment dans les...
[Traduction]
La présidente: Madame Lalonde, en ma qualité de présidente du
comité, j'ai été très généreuse dans l'attribution du temps de
parole de chacun, compte tenu du grand nombre de témoins que nous
recevons aujourd'hui. Je vais tenter d'éviter qu'ils n'aillent pas
au-delà des cinq minutes en leur rappelant après cinq minutes que
leur temps est épuisé. Je ne veux pas leur permettre de parler
pendant 10 ou 15 minutes parce que les membres du comité souhaitent
poser de nombreuses questions. Je dois être juste envers tous les
témoins qui comparaissent devant le comité en les traitant de la
même façon. Si cela ne vous agrée pas, je m'en excuse.
Professeur Frémont.
[Français]
M. Jacques Frémont: Croyez-moi, madame la
présidente, il est très difficile pour un
professeur d'université de s'en
tenir à cinq minutes.
Je remercie le comité pour son invitation. Je
voudrais m'adresser au comité surtout en ce qui a trait
aux questions ou aux impacts constitutionnels de ce
projet de loi.
• 1115
La Cour suprême du Canada, en août dernier, nous
rappelait l'importance des principes qui sont le
fondement de notre Constitution et de notre droit
constitutionnel. Je voudrais soumettre au comité en
bref, ce matin, que le projet de loi heurte de front
deux des principes les plus fondamentaux de la
Constitution du Canada, à savoir le principe fédéral et
le principe démocratique. Je vais aborder brièvement
chacun de ces principes.
Tout d'abord, le projet de loi C-54, selon moi, viole
l'esprit et la lettre du partage des compétences tel
qu'on doit le comprendre en ce pays. Il relève d'une
approche arrogante et constitue une intrusion par
rapport aux compétences provinciales.
Le projet de loi C-54 part d'un faux postulat, selon
moi, et ce postulat est que le commerce électronique
est de compétence fédérale. Rien n'est moins vrai;
selon moi, il s'agit d'un domaine de compétence
partagée, où tant les provinces qu'Ottawa ont leur mot
à dire. Il s'agit d'un domaine de juridiction
semblable à celui de l'inflation qui s'est posé au
courant des années 1970, ou à celui de l'environnement,
au courant des années 1980. Ce sont des domaines
d'action où un seul ordre de gouvernement ne peut
prétendre avoir pleine juridiction.
Si on reconnaissait que le fédéral a pleine
juridiction sur le commerce électronique et s'il
s'arrogeait ce droit, le risque serait, pour reprendre
les mots de la Cour suprême dans un autre contexte,
d'affecter l'équilibre constitutionnel du Canada dans
son ensemble. Vous conviendrez avec moi que cela n'est
certainement pas un résultat souhaitable.
Le problème que pose le projet de loi C-54, c'est que
sa portée est beaucoup trop vaste. Qu'il couvre le
secteur public fédéral, cela ne pose aucun problème;
qu'il couvre le secteur privé fédéral, cela ne pose
pas, non plus, de problème juridictionnel; on s'entend
là-dessus. Par contre, que le projet de loi s'applique
au secteur privé provincial, c'est là qu'il
dépasse carrément les compétences fédérales.
Donc, ce projet de loi m'inquiète au plan
constitutionnel, sous deux aspects. Tout d'abord, la
protection de la vie privée relève, je et pense que la
majorité des constitutionnalistes en conviendront, de
la compétence des provinces, essentiellement et en
principe. En effet, la protection de la vie privée,
au-delà des normes constitutionnelles qui sont
applicables, ne s'applique pas seulement dans le
secteur public mais aussi dans le secteur privé.
Au Québec, par exemple, pour ce qui regarde la
propriété et les droits civils, c'est le Code civil du
Québec qui s'applique, en plus
des chartes canadienne et québécoise.
Le droit commun du commerce électronique, et je
reviendrai sur la question, ne peut être un droit
fédéral. Toutes les transactions qui vont avoir lieu
sur Internet ou dans les autres
espaces virtuels ne peuvent être régies exclusivement
par le fédéral. Le droit commun en ce pays demeure un
droit provincial. Étant du Québec, je pense qu'il
serait tout à fait légitime que nous soyons très
inquiets si jamais le droit commun applicable au
commerce électronique devenait de juridiction fédérale.
Ce faisant, on se trouverait à évincer carrément une
caractéristique reconnue par ce Parlement, c'est-à-dire
la nature civile du système juridique au Québec.
On rétorquera que, par l'alinéa 27(2)d), le Québec sera
exclu de l'application du projet de loi C-54. Cela
n'est absolument pas rassurant. La dispense, puisqu'il
s'agit d'une dispense, est presque laissée au bon
vouloir du gouvernement. Elle serait accordée par
décret. Ce n'est certainement pas la façon de
préserver les juridictions québécoises et de nous
rassurer.
Ma deuxième inquiétude au plan du partage des
compétences est que le projet de loi va bien au-delà
des tests proposés par la Cour suprême du Canada. Je
pourrai élaborer là-dessus si cela vous intéresse.
Tenter de le justifier en vertu des pouvoirs accordés
par le paragraphe 91(2) en matière d'échanges et de
commerce découlerait d'une interprétation abusive—je
vous le soumets—de l'arrêt City National
Leasing. Cette interprétation abusive, conjuguée
avec la nouvelle interprétation de la Cour suprême en
matière de prépondérance, fait qu'en matière
commerciale, si on devait retenir l'approche du projet
de loi, on pourrait carrément évincer les provinces de
la réglementation dans les domaines des échanges et du
commerce dès qu'ils comportent un aspect de commerce
électronique.
Il s'agit donc d'un power
grab, comme on dirait en anglais,
d'un coup de force s'attaquant de plein fouet
aux compétences provinciales en matière économique.
• 1120
Ce que la Cour suprême nous dit, c'est que si le
fédéral légifère et que c'était validé, la loi
provinciale devrait céder le pas en vertu d'une
nouvelle conception de la prépondérance. À toutes fins
utiles, les pouvoirs provinciaux en matière commerciale
pourraient se trouver évincés de la protection de la
vie privée, sous prétexte de réglementation dans le
domaine du commerce électronique.
Enfin, j'ai dit qu'il y avait un deuxième principe qui
entrait en ligne de compte dans le cas qui nous
ooccupe; c'est le principe démocratique. Il est
absolument extraordinaire qu'on retrouve la substance
de la loi, tout le contenu de la loi, dans l'annexe et
la loi et que cette annexe puisse être modifiée par
simple décret. Le
décret est peut-être la façon la plus basse pour un
gouvernement de légiférer.
Ce n'est même pas par règlement, mais par décret. Nous
nous retrouvons donc avec des normes établies par
l'industrie pour l'industrie, qui seront incorporées à
la loi et régiront désormais la protection de la vie
privée au Canada. Cela me paraît absolument
extraordinaire.
On me permettra d'ajouter que je trouve dommage,
puisque les normes du CSA étaient une excellente
idée en soi—on ne peut que souhaiter
que l'industrie veuille s'autoréguler—,
que le gouvernement ou
l'appareil normatif de l'État, dans sa lourdeur et avec
sa puissance, s'empare de ces normes pour les faire
siennes. Cela me paraît extrêmement dommageable.
En conclusion, vous l'aurez compris, je pense que la
validité constitutionnelle de cette loi va être
contestée. C'est très clair. C'est très clair
également que cette loi sera portée à l'attention de la
Cour suprême du Canada. De deux choses l'une: ou bien
la Cour suprême reconnaîtra que ce n'est pas valide
constitutionnellement, auquel cas je pense que ce sera
un choc pour les Canadiens et un recul pour la
protection de la vie privée,
ou bien la Cour suprême trouva
que la loi est valide constitutionnellement,
auquel cas nous aurons là un excellent exemple qui
pourra être utilisé lors du prochain référendum au
Québec pour illustrer l'absence totale de souplesse du
nouveau mode de fonctionnement du
fédéralisme, un mode arrogant et impérialiste. Cet
exemple confirmera encore une fois qu'au Canada, on est
incapable de se débarrasser des guerres
juridictionnelles stériles. Il démontrera que le
Parlement du Canada peut faire à peu près ce qu'il veut
des compétences provinciales en matière
constitutionnelle.
Enfin, je vous dirai que la cause—comme
observateur de la cour, je le pense profondément—à
cause du déficit démocratique,...
La présidente: Professeur Frémont...
M. Jacques Frémont: Je voudrais terminer ma
phrase, s'il vous plaît. J'ai été coupé en plein
milieu de ma phrase; laissez-moi au moins mettre un
point au bout de ma phrase.
Je disais que la Cour suprême du Canada ne jugera pas
la cause sympathique à cause de la violation éhontée du
principe démocratique que l'on retrouve dans cette loi,
c'est-à-dire la rule by decree.
Merci, madame la présidente.
[Traduction]
La présidente: Merci beaucoup de cet exposé liminaire,
professeur Frémont.
J'accorde maintenant la parole à M. Tassé.
[Français]
M. Roger Tassé (associé, Gowling, Strathy &
Henderson; témoigne à titre personnel): Je vous
remercie, madame la présidente. Je veux d'abord vous
dire combien je suis heureux de me présenter devant
vous. Cette salle-ci, précisément, me rappelle
d'impérissables souvenirs liés au temps des débats et
des procédures du Comité Beaudoin-Dobbie.
Donc, c'est un plaisir pour moi de partager avec vous
mes vues sur la constitutionnalité de ce projet de loi.
Vous verrez en cours de route, mais peut-être pas dans la
première partie de mon exposé, que j'arrive à des
conclusions très différentes, dans une perspective
très différente, de celles dont vient de
nous faire part le professeur Frémont.
Je m'appuie d'abord sur la nature de
ce projet de loi C-54. Ce qu'il propose
essentiellement, c'est de réglementer l'usage des
renseignements personnels dans les transactions
commerciales. Cela s'applique autant au commerce
électronique qu'à tout autre commerce, au commerce
conclu sur papier, the paper society, the
paper transactions.
Tel est essentiellement le but d'une
réglementation de l'usage.
• 1125
Et quel objectif
poursuit-on par cette loi? Il me paraît
nécessaire d'asseoir la confiance des consommateurs
canadiens lorsqu'ils ont à révéler des renseignements
personnels aux entreprises avec lesquelles ils ont une
relation commerciale. Cette confiance, elle est
nécessaire; elle favorise autant les intérêts des
entreprises elles-mêmes que... Quand on
assure aux consommateurs canadiens que leurs
renseignements personnels sont protégés, on
reconnaît qu'ils ont droit à la
protection de leur vie privée.
Donc, les deux éléments se conjuguent, à savoir:
établir une confiance dans le marché par le biais d'une
protection des renseignements personnels communiqués
aux entreprises avec lesquelles les consommateurs
canadiens entrent en contact. Les deux aspect sont liés.
Cependant, je dirais que le but ultime de la
loi est d'assurer la confiance des Canadiens
envers le marché, spécialement à l'ère du commerce
électronique. Des études ont démontré, non seulement
au Canada mais ailleurs, que la protection de la vie
privée est un élément essentiel pour créer un
climat de confiance qui permette aux utilisateurs de
commercer non seulement par la voie électronique mais
également par d'autres voies, parce que les deux se
conjuguent dans la pratique: le commerce électronique
et le commerce que j'appelle documentaire ou sur
papier.
Je note qu'il s'agit d'une question d'envergure et de
dimension nationale. C'est une question qui concerne
l'ensemble des Canadiens et l'ensemble de
l'économie. Elle ne concerne pas un secteur particulier
de l'économie, mais l'ensemble du marché
canadien. Pour cette raison, il ne serait pas
possible pour les provinces, dans
le cadre constitutionnel existant,
même conjointement, d'arriver à établir
un encadrement des règles qui doivent régir
adéquatement l'utilisation des renseignements
personnels afin de répondre aux besoins du temps et
de l'avenir.
Si on souhaite que les promesses du commerce
électronique se réalisent au pays, promesses d'une plus
grande productivité, d'une plus grande compétitivité,
d'un choix plus vaste pour les consommateurs et à un
meilleur coût, il faut que cette confiance soit établie
chez les Canadiens de façon sûre.
L'intervention du Parlement me paraît nécessaire, en
collaboration avec le secteur privé et
avec les autres gouvernements au Canada, pour
assurer un encadrement global qui permette d'atteindre
les objectifs que je vous ai mentionnés.
Alors, cette mesure me paraît justifiée et
constitutionnelle sur la base du paragraphe 91(2) de la
Constitution, c'est-à-dire la réglementation des
échanges et du commerce pour l'ensemble du pays.
Contrairement à ce que le professeur Frémont a soutenu
tout à l'heure, il
m'apparaît que la décision de la Cour suprême du Canada
en 1989, dans l'affaire General Motors, et les critères
qui ont été énoncés à l'occasion de cette décision sont
ici satisfaits. Il s'agit d'une réglementation sur un
aspect du commerce dont la base est pancanadienne,
d'une réglementation qui respecte les critères énoncés
lors de cette décision.
Je dois m'arrêter ici pour le moment. Je
souhaite avoir l'occasion, madame la
présidente, de revenir plus tard sur certains des points qu'a
avancés M. le professeur Frémont.
La présidente: Thank you very much, monsieur
Tassé.
Monsieur Masse.
M. Claude Masse (professeur de droit, Université du
Québec à Montréal; témoigne à titre personnel): Merci, madame la
présidente.
On m'a demandé de m'adresser à vous pendant cinq
minutes. Je vais être à peine plus rapide que mon
collègue Frémont. Je partage entièrement
les opinions qu'il a exprimées dans sa présentation.
Cette présentation,
je la fais mienne. Je ne la reprendrai pas parce que
je pense qu'il a été éloquent et substantiellement
conforme à des positions que l'on tient depuis
longtemps là-dessus.
• 1130
Je vous explique qui je suis. Professeur d'université
depuis 25 ans, j'ai été bâtonnier du Québec et j'ai
participé très activement à la rédaction et à
l'adoption de la Loi sur la protection du consommateur qui
est en vigueur depuis maintenant presque 20 ans. J'ai
été très étroitement lié, dans la dernière phase, à la
rédaction et à l'adoption du Code civil du Québec.
Donc, l'aspect qui me concerne ici—je n'entrerai pas
dans les considérations constitutionnelles—est
celui de la protection de la vie privée et de
la protection du consommateur. Je peux vous dire
premièrement qu'à la lecture attentive du projet de loi
C-54, cette réglementation, ou cette espèce de
norme à caractère volontaire à laquelle
on donne le caractère d'une loi par le
biais d'une annexe, n'a pas la
rigueur qu'il faut pour protéger les consommateurs.
Elle est bourrée d'échappatoires pour le commerce.
Elle est fondée en grande partie sur une approche
complètement dépassée de la protection du consommateur
et les droits de recours y sont pratiquement
inexistants. À mon sens, il s'agirait là pour le
Québec d'un très net recul.
À toutes fins utiles, les consommateurs
servent, dans ce
dossier-là, de prétexte et d'otages pour une intrusion
massive du fédéral dans un domaine de juridiction du
Québec.
Au Québec, l'effet net de l'adoption du projet de loi
C-54 serait, après cinq ans de travail assez
remarquable de la Commission d'accès à l'information,
d'ajouter une confusion considérable dans tout un tas
d'institutions comme les services bancaires, les
compagnies d'assurance et j'en passe, qui vont bien sûr
préférer la loi fédérale à la loi québécoise.
Cette dernière est beaucoup plus sérieuse, beaucoup plus rigoureuse et
beaucoup plus contraignante. Elle a des dents et est
fondée sur le Code civil notamment.
Alors, voici mon message, madame: if it works,
don't fix it. Je pense que l'intention annoncée par
le fédéral en octobre et novembre, qui était d'exclure
le Québec de l'application de la loi, devrait être
concrétisée. Nous n'avons pas besoin de cette loi au
Québec pour protéger les consommateurs. Ils sont déjà,
autant que faire se peut, bien protégés par la
loi actuelle. Je vous en prie, messieurs et
mesdames les députés, ne nuisez pas au Québec en ce qui
a trait à la protection des consommateurs. On n'a
certainement pas besoin d'une intervention de ce type
pour faire avancer la cause des consommateurs. Je vous
remercie infiniment.
[Traduction]
La présidente: Merci, monsieur Masse.
Nous passons maintenant aux questions. Je rappelle à tous les
membres du comité que vous avez cinq minutes chacun de telle sorte
que si la question et la réponse prennent cinq minutes, ce sera
tout pour ce tour.
Monsieur Lowther.
M. Eric Lowther: Monsieur Tassé, j'aimerais vous poser une
question. Vous avez tous certainement des connaissances
spécialisées que je n'ai pas—et que je devrais peut-être
avoir—donc mes questions seront assez simples.
Si ce projet de loi est adopté...
M. Janko Peric: Quand?
M. Eric Lowther: ...et que le Québec ou toute autre province
a sa propre loi de protection des renseignements personnels, quelle
loi aura la primauté? Laquelle l'emportera sur l'autre? En tant que
consommateur, je veux que mes renseignements personnels soient
protégés. Dois-je invoquer la loi provinciale, la loi fédérale ou
l'une et l'autre? Est-ce que je choisis celle qui me plaît le plus?
Comment fera-t-on?
M. Roger Tassé: C'est la question clé. Si j'ai bien interprété
le projet de loi, il met en place un cadre pancanadien. Le
professeur Frémont vient de dire—si je l'ai bien compris—que la
loi fédérale aurait la primauté sur toutes les lois provinciales,
mais je ne suis pas certain de partager son avis. La lecture que
j'ai faite des décisions qu'il évoque—car j'ai lu un brillant
exposé qu'il a fait il y a un an et demi environ à l'Université
d'Ottawa—me porte à conclure que ce n'est pas ce que veut la
jurisprudence. Il y a lieu de croire que les tribunaux seraient
prêts à aller dans ce sens-là, mais ce n'est pas encore fait.
• 1135
J'estime pour ma part que la loi fédérale pourrait s'appliquer
en parallèle à la loi provinciale car elle traite d'un aspect des
choses et a pour principal objectif de réglementer un aspect du
commerce. La loi provinciale peut s'appliquer en même temps car
elle traite d'un autre aspect de la même situation, à savoir le
droit des provinces de légiférer en matière de droits civils.
Que se passe-t-il si les deux lois s'avèrent incompatibles? La
jurisprudence, et la Constitution telle qu'elle a été interprétée
par les tribunaux, confirment que les deux lois peuvent s'appliquer
en parallèle mais que la loi fédérale est prépondérante en cas de
conflit. Il existe donc un risque de conflit mais si la loi du
Québec—qui est une excellente loi et le Québec doit être félicité
des mesures qu'il a prises depuis 10 ans—ou la loi d'une autre
province impose des normes plus rigoureuses, ces dernières
l'emporteraient.
Cela dit, le projet de loi ouvre la porte à des discussions
entre les instances fédérales et provinciales. Le Québec s'est déjà
doté d'un cadre excellent qui permet l'ouverture de discussions
pour que la loi soit appliquée d'une façon qui corresponde aux
dispositions de la loi provinciale; ainsi elles se compléteraient.
M. Eric Lowther: Monsieur Tassé, je n'oublie pas le rappel à
l'ordre de la présidente sur le temps de parole, mais je veux
néanmoins essayer de paraphraser ce que vous dites.
Serait-il juste de dire que la loi fédérale servirait de
référence et qu'elle s'appliquerait en l'absence d'une loi
provinciale; mais si la loi d'une province quelconque va plus loin,
c'est la loi provinciale qui servirait de référence?
M. Roger Tassé: Oui. C'est ce que je pense.
M. Eric Lowther: D'accord.
La présidente: Merci.
Professeur Frémont.
M. Jacques Frémont: Je ne suis pas du tout d'accord avec votre
interprétation pour ce qui est de la primauté. La Cour suprême du
Canada a rendu des arrêts très clairs. En 1990, dans Bank of
Montreal v. Hall; et en 1995 dans l'affaire Husky Oil où elle a
conclu très clairement que s'il existe dans un domaine un mécanisme
fédéral d'application générale, les lois provinciales qui seraient
autrement valides, perdent tout effet. Voilà la situation telle
qu'elle existe aujourd'hui en droit constitutionnel. Ce n'était pas
le cas il y a 15 ou 20 ans, mais depuis 10 ans ce principe est
généralement admis. Les tribunaux seront appelés à trancher mais,
à mon avis, il est très clair que les lois des provinces ne
s'appliqueraient pas en pareils cas. Elles perdraient tout effet.
La présidente: Merci.
M. Roger Tassé: Je connais les arrêts auxquels M. Frémont fait
allusion, et j'en arrive à des conclusions différentes: il peut y
avoir des divergences d'opinions, je l'accepte. Je respecte son
point de vue mais je ne le partage pas. Je pense qu'il y aurait à
Ottawa des gens qui applaudiraient une telle possibilité mais je
crois que cela tient d'une mauvaise interprétation des deux arrêts
mentionnés par M. Frémont.
La présidente: Je vais donner la parole à quelqu'un d'autre.
Vous aurez la possibilité de répondre à d'autres questions.
Monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka: Professeur Frémont, admettez-vous que le
Canada a besoin d'une loi de protection des renseignements
personnels?
M. Jacques Frémont: Voulez-vous la vérité?
M. Walt Lastewka: Je veux un oui ou un non.
M. Jacques Frémont: Oui, le Canada doit manifestement se doter
d'une loi fédérale de protection des renseignements personnels pour
le secteur privé relevant du gouvernement fédéral.
M. Walt Lastewka: Croyez-vous que les provinces qui le
souhaitent doivent pouvoir accepter cette loi telle qu'elle est, et
l'appliquer à leurs propres provinces, si elles le veulent?
M. Jacques Frémont: Je crois certainement que les provinces
dépourvues de code de protection des renseignements personnels
doivent pouvoir adopter, par référence, la loi fédérale si elles le
souhaitent.
M. Walt Lastewka: Admettez-vous que certaines provinces vont
adopter des lois qui vont bien au-delà de la loi fédérale et qui
sont plus rigoureuses?
M. Jacques Frémont: Il va sans dire que la loi actuelle du
Québec est plus exigeante que les dispositions du projet de loi
fédéral.
• 1140
M. Walt Lastewka: Et il pourrait en être de même de certaines
autres provinces.
M. Jacques Frémont: Certainement.
M. Walt Lastewka: À l'alinéa 27(1)d) il est dit «s'il est
convaincu qu'une loi provinciale essentiellement similaire à la
présente Partie s'applique à une organisation...». Ne peut-on en
conclure que la loi provinciale du Québec a la primauté?
M. Jacques Frémont: Ce n'est pas ce que je dis. Je dis que le
gouvernement pourrait vouloir—je n'ai pas le libellé exact en
anglais—exclure certaines provinces.
Je ne nie pas que ce soit impossible. C'est possible; c'est ce
que dit l'alinéa 27(1)d). Mais cela dépend de la bonne volonté du
gouvernement au pouvoir. Certaines provinces pourront être exclues;
elles pourront être forcées de s'y conformer. Rien ne garantit que
le gouvernement du Québec, par exemple, sera exclu aux termes de
cet alinéa.
Je dis qu'on a là une loi fédérale qui impose certaines choses
aux provinces sans que ces dernières aient le loisir d'adopter ou
pas la loi fédérale. Ce devrait être le contraire. Les provinces
devraient être libres d'adopter la loi fédérale telle quelle sans
que cela leur soit imposé.
M. Walt Lastewka: Laissons le Québec pour parler des provinces
qui n'ont pas de lois de protection des renseignements personnels.
Je vous ai entendu dire que vous voulez que les provinces soient
libres de ne pas adopter la loi fédérale.
M. Jacques Frémont: Non, les provinces doivent être libres
d'adopter la loi fédérale si elles le souhaitent. Si les gens de
l'Alberta ne veulent pas de loi de protection des renseignements
personnels en ce qui a trait au commerce électronique, libre à eux;
c'est à la province d'en décider. Cela réduira la capacité d'agir
des entreprises de la province. C'est à elle d'en décider puisque
c'est un domaine de compétence provinciale. Le commerce est
essentiellement un domaine de compétence partagée mais c'est
surtout une responsabilité provinciale. Le commerce interprovincial
est un domaine de compétence provinciale.
M. Walt Lastewka: Tous les commissaires provinciaux qui ont
comparu devant le comité ont admis que dans certains cas c'est la
loi provinciale qui s'appliquera mais dans la mesure où ils sont
appelés à travailler de concert avec le commissaire fédéral ils
n'ont eu aucun problème à l'égard du projet de loi C-54.
M. Jacques Frémont: Voulez-vous que je réponde à cela?
M. Walt Lastewka: Oui.
M. Jacques Frémont: Croyez-vous qu'ils avoueraient avoir des
problèmes? S'ils souhaitent l'adoption de lois pour protéger les
renseignements personnels, il est parfaitement normal qu'ils
abondent dans le même sens.
Au-delà de la question de la protection des renseignements
personnels, ce qui m'inquiète c'est ce qui va subsister de la
compétence provinciale en matière de commerce une fois ce projet de
loi adopté.
M. Walt Lastewka: Merci, madame la présidente.
La présidente: Merci, monsieur Lastewka.
Monsieur Tassé.
M. Roger Tassé: J'aimerais réagir au dernier commentaire du
professeur Frémont. Je crois qu'il voit dans ce projet de loi des
choses qui n'y sont pas.
Le projet de loi vise à réglementer de l'utilisation que font
les sociétés et les entreprises des renseignements personnels et il
dicte des lignes directrices à cet égard. Il ne prescrit pas de
règles sur la rédaction des contrats passés sur l'Internet ni qui
doit être saisi en cas de litige sur des questions de compétence
provinciale.
Le projet de loi vise très clairement un aspect bien précis du
commerce, à savoir l'utilisation des renseignements par les
entreprises. Aujourd'hui, étant donné la puissance des moyens
technologiques qui existent, nous devrions tous craindre
l'utilisation et la vente de renseignements personnels par les
sociétés. Du point de vue du Québec, il est facile de comprendre
qu'on soit jaloux de leur excellent système.
Le Parlement lui adopte une optique pancanadienne. Que faut-il
faire pour que l'ensemble des Canadiens puissent bénéficier au
maximum du potentiel du commerce électronique, qu'ils habitent au
Québec ou ailleurs? Le Québec ne peut pas légiférer dans certains
domaines notamment en ce qui a trait à l'utilisation d'information
en provenance d'autres provinces. Il me semble que, tant que nous
continuons d'exister comme pays, il y a lieu de réglementer cet
aspect du commerce, du moins d'après mon interprétation de l'arrêt
dans l'affaire G-M. Le Parlement s'est fait une idée de ce qui est
dans l'intérêt du pays. Il a le pouvoir d'agir. Cela ne signifie
pas qu'il exclurait les provinces.
• 1145
De nos jours, il me semble que nous ne pouvons pas faire une
lecture littérale de la Constitution de 1867. Notre Constitution
est souple et elle peut être adaptée aux besoins du jour.
L'interdépendance est très importante, elle est même d'une
importance capitale. Pourquoi les provinces et le gouvernement
fédéral ne pourraient-ils pas s'entendre, tout en respectant le
cadre de ce projet de loi et en se prévalant de l'article 27, sur
une solution qui ferait l'affaire de tout le monde, des citoyens du
Québec et d'ailleurs mais aussi des entreprises qui font affaire
dans tout le Canada et pas uniquement au Québec?
La présidente: Merci monsieur Tassé.
[Français]
Madame Lalonde, s'il vous plaît.
Mme Francine Lalonde: Merci
à vous trois. C'était fort intéressant.
Je veux m'adresser d'abord à vous, monsieur Frémont,
en vous disant que j'ai été très choquée la première
fois que j'ai lu l'article 27. Est-ce qu'on retrouve dans
d'autres lois canadiennes ce même droit dont s'arroge
ici le gouverneur en conseil, à savoir celui de décider si une loi
provinciale s'applique ou non? C'est de cette façon
que j'interprète
l'alinéa 27(2)d). Si le gouverneur en
conseil est convaincu qu'une loi est essentiellement
similaire, il peut exclure
de l'application de la loi une organisation ou une
catégorie d'organisations, une activité ou
une catégorie d'activités. Alors, comment identifier,
entre guillemets, la province?
M. Jacques Frémont: Je vous avoue que je n'ai pas
fait de recherche systématique à ce sujet bien que ce
ne soit pas impensable. Si on faisait une
recherche, cela ne me surprendrait pas de trouver certains
mécanismes de cette nature dans certaines lois.
C'est sûr qu'il s'agit là d'une disposition qui, à
prime abord, peut sembler généreuse en soulignant qu'on
laisse au Québec le soin d'exercer sa
juridiction. Mais cela n'est pas rassurant du tout parce
que, comme je le disais tout à l'heure, on peut
évincer le Québec. Il suffirait d'un changement de
gouvernement à Ottawa ou d'un changement
d'humeur à l'endroit des lois québécoises
pour qu'on évince la loi québécoise et qu'on la
prive de son effet. Selon moi, cela n'a pas de bon sens.
Si on avait un mécanisme d'opting in,
les provinces qui voudraient choisir d'appliquer la loi
pourraient le faire. Chacun
resterait dans le cadre de ses juridictions
traditionnelles.
M. Roger Tassé: Sur cet aspect de votre question,
il me semble que la difficulté d'un processus
d'opting in est qu'il pourrait y avoir des provinces
qui décideraient de ne pas demander que leur loi
s'applique et plutôt demander l'inverse, comme le dit M.
Frémont, à savoir que la loi fédérale s'applique.
Il pourrait donc y avoir des
provinces et des communautés où il n'y aurait pas de
loi. La loi fédérale ne s'appliquerait pas si une
province ou quelques provinces décidaient
de s'abstenir. Cela veut dire qu'il y aurait
des endroits dans le pays qui pourraient devenir des
safe havens. Il y aurait des endroits où, en fait, on
pourrait faire ce qu'on veut avec les renseignements.
C'est ce qui me paraît très difficile à accepter.
Tant qu'on considère qu'il y a un ensemble canadien et
un marché canadien, il me paraît justifié de
dire que ces règles qui sont importantes peuvent
s'appliquer à tout le monde. Mais on aurait des
arrangements, par exemple avec le Québec, qui a une loi
et une administration très sophistiquées et on pourrait
dire: «Nous, du fédéral, allons nous abstenir parce
qu'il y a au Québec une loi qui
satisfait les objectifs canadiens.»
M. Jacques Frémont: Si vous me le permettez, j'ai
bien dit dans ma déclaration liminaire que rien
n'empêchait le gouvernement fédéral de réglementer toute compagnie
qui fait du commerce interprovincial. Ainsi, uniquement
les compagnies
qui ne font que du commerce intraprovincial pourraient
ne pas être soumises à la loi fédérale.
À titre d'exemple, votre restaurant
qui vend de la pizza et qui a une base de données
sur vos préférences, à savoir si vous voulez des
tomates fraîches ou des tomates en boîte sur votre
pizza, serait soumis à la juridiction
provinciale
et pourrait effectivement ne pas être soumis à la
loi fédérale. Mais toute compagnie qui
aurait le moindrement d'envergure et qui ferait du
commerce interprovincial pourrait très bien être
soumise à une loi fédérale qui réglementerait ce
type de commerce puisque le fédéral en a le
droit et le loisir.
• 1150
Mme Francine Lalonde: On a
entendu beaucoup de personnes et j'ai eu l'occasion
d'en rencontrer un bon nombre. Il y a
beaucoup d'aspects de cette loi qui
n'ont pas de bon sens.
Il y a eu d'abord au Québec une
certaine mobilisation de diverses parties autour de la loi
québécoise de 1994.
J'ai lu le
rapport Owens sur les services financiers. Celui-ci
établissait qu'en l'absence d'une loi fédérale, la
loi québécoise s'appliquait à toutes les entreprises et
à toutes les activités, y compris
celle de demander aux entreprises de préserver
les données quand elles les transfèrent à l'extérieur.
Tout cela était en train de se mettre en
branle, avec un recours qui a du bon sens pour les citoyens
quand, tout à coup, le projet de loi fédéral est arrivé.
Il se
caractérise par un
recours qui est loin d'être satisfaisant et crée deux
ensembles de règles. Quelle loi va s'appliquer? À
quelle porte
le citoyen devra-t-il aller frapper? À qui devra-t-il
porter
plainte? Est-ce qu'il va porter plainte à un
endroit pour se faire dire, quelques jours plus tard,
que la plainte n'est pas acceptable et qu'il faut qu'il aille
ailleurs? Monsieur Tassé, avez-vous des commentaires à cet
égard.
M. Roger Tassé: Si
j'étais au Québec—je n'ai pas de conseils à
donner aux Québécois, ni à vous, madame—, je mettrais
l'accent sur les arrangements qui sont rendus possibles
par les dispositions de la loi. Vous avez une loi qui
atteint très bien et même davantage les objectifs
prévus par le projet de loi fédéral. C'est une loi qui est
satisfaisante au point de vue des objectifs globaux que
le gouvernement canadien s'est fixés pour l'ensemble du
pays. Alors, si c'est une préoccupation si
importante, qu'on y mette l'accent. Cela en est
une pour Ottawa, à ce que je sache. Le
ministre s'est exprimé là-dessus et souhaite qu'il
y ait des ententes. Alors, pourquoi ne déploierait-on pas
des efforts pour tenter d'obtenir une entente qui
serait, dans un fédéralisme renouvelé,
conforme aux attentes des Canadiens et des Québécois?
Cela pourrait éliminer pour le Québec une foule de difficultés du
genre de celles que vous mentionnez. Mais cela
supposerait que les parties, de bonne foi, s'assoient et
disent: «D'accord, il y a un défi ici qui tient
à coeur autant aux Canadiens qu'aux Québécois.
Pourquoi ne
peut-on pas, à l'intérieur de ce cadre qui
a été reconnu par l'OCDE et qui rencontre beaucoup des
attentes des entreprises et des Canadiens—qui ne va
pas encore assez loin mais qui est certainement un très
bon début—, s'asseoir et faire
un effort pour en arriver à des arrangements concrets
qui vont résoudre les problèmes?»
Mme Francine Lalonde: Vous connaissez la question
que le Québec s'est posée, à savoir pourquoi le
gouvernement fédéral ne s'est pas inspiré de la loi
québécoise. Il y a une foule de personnes qui ont
été surprises dans le domaine de la
consommation.
Les entreprises sont venues ici et ont
répété qu'elles n'avaient pas de problème. C'est
le gouvernement fédéral qui est parti, on ne sait d'où, avec
les mêmes principes, et qui crée ce problème au
Québec sans pour autant, à ce que je sache, faciliter les choses
parce que la loi est loin d'être simple
et claire. Alors, cela ne peut être compris
autrement que comme une invasion au Québec.
M. Roger Tassé: Au Québec—et là je risque de me
répéter—, il y a une disposition dans la loi qui
établit un mécanisme de concertation dans certains cas.
Il pourrait être établi entre les parties, entre le
fédéral et le Québec.
Mme Francine Lalonde: Qu'est ce
mécanisme de concertation?
M. Roger Tassé: Eh bien...
La présidente: Madame Lalonde.
Mme Francine Lalonde: Le gouverneur en
conseil n'est pas un gros mécanisme de concertation.
La présidente: Madame Lalonde, s'il vous plaît.
Mme Francine Lalonde: Merci, madame la présidente.
La présidente: Monsieur Tassé.
Mme Francine Lalonde: C'est de l'animation,
monsieur.
La présidente: Madame Lalonde.
M. Roger Tassé: Je respecte votre point de vue,
madame Lalonde. Toutefois, ce que je vous dis
au sujet de ce mécanisme de concertation,
c'est qu'en bout de ligne, quand les
représentants des deux gouvernements se seront assis et
auront conclu une entente sur la façon dont devraient
concrètement se
départager les choses
et sur la façon de faciliter aux consommateurs la
protection de leurs droits, le gouverneur en
conseil viendra formaliser la chose. Il faut toutefois
que quelqu'un le décide.
Si le Québec ne s'entend pas avec le
fédéral, le gouverneur en conseil n'agira pas. Le rôle
du gouverneur en conseil
est tout simplement d'entériner de façon très formelle
une entente intervenue entre les deux gouvernements.
La présidente: Monsieur Frémont.
M. Jacques Frémont: Je ne suis pas sûr qu'il y ait
un mécanisme de concertation dans l'article 27.
Le pouvoir qu'on donne au
gouverneur en conseil est celui d'exclure
une organisation ou une activité de l'application de
la loi. Vous présumez qu'il va y avoir une
concertation antérieure, mais il faut convenir
qu'il n'y a pas
de mécanisme de concertation
d'imbriqué dans la loi.
• 1155
M. Roger Tassé: Je tiens cela pour acquis.
La présidente: Professeur Masse.
M. Claude Masse: D'une part, je crois qu'on
devrait discuter ici à fond du caractère adéquat de
l'annexe 1 et se demander si l'annexe 1 constitue un
véritable outil de protection des consommateurs.
Elle est tellement remplie de trous, de faux-fuyants et de pouvoirs
discrétionnaires laissés entièrement dans les mains du
commerce qu'on ne peut voir là autre chose qu'un
code d'éthique qui a valeur de loi. C'est ça qui est
le fond du problème.
Si vous voulez vraiment, comme M. Tassé le souhaite,
protéger le consommateur dans un domaine
aussi redoutable que celui des
renseignements personnels, vous devez adopter
certains règles strictes et non pas
des règles au conditionnel qui, à
toutes fins utiles, n'obligent l'entreprise
qu'à montrer sa bonne foi ou à démontrer qu'elle fait des
efforts. Il n'y a aucune espèce de résultat à
attendre de ça.
D'autre part, madame la
présidente, M. Tassé nous dit au début,
et je respecte son point de vue
également,
que le projet de loi ne porte que sur les
échanges commerciaux. Dans le domaine
privé au Québec, 90 p. 100 des échanges d'information
sont faits dans le domaine commercial. Alors, qu'on ne vienne
pas nous dire que c'est un sideline par rapport à la
juridiction du Québec ou des autres provinces; c'est
fondamental.
Pour terminer, moi non plus je ne vois pas dans
l'alinéa 27(2)d) un pouvoir de concertation, mais simplement un
pouvoir discrétionnaire du Cabinet, qui pourra imposer
sa règle au gouvernement du Québec et à la population
du Québec.
Encore une fois, si cela est un outil de protection du
consommateur, je pense qu'on fait des reculs
extrêmement importants.
[Traduction]
La présidente: Merci.
Monsieur Peric.
M. Janko Peric: Merci, madame la présidente.
Professeur Masse, vous avez mentionné que vous rédigez des
lois. Vous êtes aussi d'accord avec le professeur Frémont qui, si
j'ai bien compris, quelques réserves.
Professeur Frémont, vous avez dit que ce projet de loi sera
contesté devant la Cour suprême et vous avez ajouté que si la Cour
suprême décide ceci ou cela...donc vous avez certains doutes. Je
me mets à la place de vos étudiants. Je poserais la même question
en classe: est-ce constitutionnel, oui ou non?
M. Jacques Frémont: Eh bien, je pense...
M. Janko Peric: Oui ou non?
M. Jacques Frémont: Je dois dire, en toute honnêteté, que les
deux réponses sont possibles. Je pense que la loi devrait être
jugée anticonstitutionnelle. Toutefois, je ne suis pas certain que
c'est ce que décidera la Cour suprême du Canada.
À la fin de mon exposé j'ai dit que légiférer au moyen d'une
annexe et modifier ensuite l'annexe par décrets ne facilite pas du
tout la tâche de la Cour suprême du Canada. Cela nuit aux juristes
de tout le pays. C'est une provocation pour les juges. C'est une
provocation pour les avocats. C'est intenable dans une démocratie,
dans un état de droit que le gouvernement légifère par décret et
c'est précisément ce que fait ce projet de loi.
C'est un sujet très important—la protection des
renseignements personnels des Canadiens—et les normes peuvent être
modifiées par un simple décret du gouvernement. Aucun juge de notre
pays n'en sera enchanté.
Je dis donc que ce projet de loi...on pourra certainement
contester en invoquant...
M. Janko Peric: Est-ce oui ou non? Vous dites probablement.
J'ai des doutes quant à votre...
M. Jacques Frémont: Croyez-vous que la loi soit noire ou
blanche? Vous en êtes les auteurs, vous devez le savoir.
M. Janko Peric: Mettez-moi une muselière.
Merci, madame la présidente.
La présidente: Merci beaucoup.
Monsieur Jones.
M. Jim Jones: Monsieur Frémont, ne croyez-vous pas qu'il
serait bien d'avoir une loi qui s'appliquerait de façon uniforme
dans tout le pays à toutes les entreprises et à tous les
particuliers qui veulent que leur vie privée soit protégée alors
même qu'ils s'adonnent au commerce électronique et à d'autres
activités commerciales?
M. Jacques Frémont: Eh bien, j'admets qu'il devrait y avoir
une loi au Canada mais qui ne s'appliquerait qu'au commerce
interprovincial et international. Or, j'estime que la compétence
des provinces peut très bien s'exercer sur une foule d'activités
liées au commerce électronique.
Dans cinq ou dix ans, la plupart des transactions qui se
feront par commerce électronique seront probablement locales. Vous
pourrez vous commander de la pizza, du poulet frit, vous pourrez
payer vos impôts et vos taxes foncières grâce au commerce
électronique. Et cela n'aura rien à voir avec les champs de
compétence du fédéral. C'est un choix—quoi qu'en dise le
Parlement, en vertu de la Constitution, le commerce est un domaine
du ressort des provinces.
• 1200
Au-delà de la protection des renseignements personnels—et
c'est là où je ne suis pas plus d'accord avec mon ami
Roger Tassé—je crains que si l'on accepte le principe d'une
certaine responsabilité fédérale pour la protection des
renseignements personnels dans les affaires commerciales privées au
Canada, alors il n'y a qu'un pas avant d'en arriver à attribuer au
fédéral une responsabilité semblable pour toutes les affaires
commerciales privées qui sont actuellement du ressort des
provinces. C'est la reconnaissance de ce principe qui est
dangereuse, ce sont les conséquences qui sont inquiétantes.
Cela dit, j'estime qu'il est parfaitement légitime que le
Parlement fédéral édicte des normes fédérales applicables au
commerce national, interprovincial et international. Mais j'estime
que cette norme est faible. Je partage l'avis de Claude Masse
lorsqu'il dit que c'est une norme étrange qui dit ce que certaines
personnes «peuvent» faire; c'est bizarre d'utiliser le conditionnel
dans une norme. La présence du fédéral est parfaitement légitime
mais elle ne peut être imposée. Voilà ce que j'essaie de faire
comprendre.
M. Jim Jones: Prenons...
La présidente: Monsieur Tassé souhaite répondre lui aussi.
Monsieur Tassé.
M. Roger Tassé: J'aimerais simplement ajouter mon point de vue
à celui de M. Frémont.
Il convient de faire remarquer que la Cour suprême a statué à
plusieurs reprises qu'en vertu de l'article 91.2, le gouvernement
fédéral n'a pas seulement le pouvoir de réglementer le commerce
interprovincial ou international, mais aussi le commerce
intraprovincial. La Cour l'a énoncé clairement.
À mon avis, il ne faut pas perdre de vue le fait que ce dont
nous discutons est un nouveau phénomène, un monde où le papier est
absent. J'ignore si on vous a expliqué les possibilités qu'offre
déjà la technologie. Prétendre qu'il serait possible de faire une
distinction entre ce qui constitue le commerce interprovincial, le
commerce intraprovincial et le commerce international...tout cela
ne constitue qu'une partie du phénomène. Voilà pourquoi je pense
que la Cour suprême statuerait que la décision rendue dans
l'affaire GM s'applique en raison de la réglementation. Cela n'a
rien à voir avec les autres questions dont parle mon vieux confrère
parce que si ce principe était accepté, le gouvernement fédéral
pourrait commencer à légiférer dans toutes sortes de domaines.
Je pense qu'il faut replacer les choses dans leur contexte. Il
faudrait avoir un régime réglementaire. La Cour suprême a jugé
inconstitutionnelles certaines dispositions de la loi fédérale
comme l'article 7 de la Loi sur les marques de commerce qui, à son
avis, ne fait pas partie du régime réglementaire. La Loi sur les
marques de commerce ne peut pas imposer à tous l'obligation d'être
honnête ou de ne pas s'adonner à la fraude. La Cour suprême a dit
que ce n'était pas possible aux termes de l'article 91.2 qui impose
certaines limites au régime réglementaire. Une surveillance
continuelle doit être exercée.
Cinq conditions sur lesquelles je ne m'étendrai pas doivent
être respectées. Le Parlement peut se reporter à un cadre et
j'estime que les conditions dont je parle sont respectées dans ce
projet de loi. Je crois qu'on ne peut cependant pas conclure que
l'adoption de ce projet de loi signifierait que les provinces ne
pourraient plus légiférer dans le domaine des contrats et du
commerce.
La présidente: Je vous remercie.
Monsieur Jones.
M. Jim Jones: Prenons l'exemple d'une entreprise québécoise
menant des activités en Ontario. Si j'ai à me plaindre de cette
entreprise, puis-je la poursuivre au Québec même si elle mène ses
activités en Ontario?
M. Jacques Frémont: En vertu du projet de loi?
M. Jim Jones: J'aimerais savoir ce qu'il en est maintenant.
L'objectif ultime n'est-il pas de faire en sorte qu'une Loi sur le
commerce électronique protège le droit à la vie privée des citoyens
de l'ensemble du pays...
M. Jacques Frémont: Oui. C'est exactement ce que je fais
valoir. Si c'est bien l'objectif ultime qu'on vise, cela va bien
au-delà de la protection de la vie privée et suppose la
réglementation de tous les aspects du commerce électronique. À mon
avis, cela veut logiquement dire qu'on empiète sur la compétence
provinciale dans le domaine du commerce. Cette compétence est
reconnue dans le Code civil du Québec et toute ingérence dans ce
domaine serait très mal vue au Québec.
• 1205
La common law qui est la loi du pays reconnaît la compétence
des provinces en matière commerciale. À mon avis, les lois du pays
continuent de s'appliquer que ce soit dans le domaine criminel, le
domaine commercial, le domaine de la common law ou le domaine des
droits civils reconnus dans le Code civil. Il s'agit de savoir si
ces lois s'appliquent au commerce électronique et si elles peuvent
remplacer une approche générale qui constituerait littéralement un
empiétement sur la compétence provinciale dans le domaine du
commerce.
Deux conditions que mon ami Roger n'a pas citées au sujet de
l'affaire de General Motors me posent des difficultés. Il faut
évidemment qu'il y ait un régime réglementaire général comme c'est
le cas à l'heure actuelle et aussi un organisme de réglementation
qui vise l'ensemble du commerce. Cela répond aux critères.
Ce sont les deux derniers critères qui sont énoncés dans
l'affaire General Motors qui font problème. L'arrêt de la Cour
suprême énonce qu'une loi fédérale devrait être:
d'une nature telle que la Constitution n'habiliterait pas les
provinces, conjointement ou séparément, à l'adopter; et [...]
l'omission d'inclure une seule ou plusieurs provinces ou localités
dans le système législatif compromettrait l'application de ce
système dans d'autres parties du pays.
C'est sur la façon d'appliquer les deux critères établis par
la Cour suprême du Canada que portera le débat. Si l'Alberta décide
de ne pas adopter une loi sur la protection privée, cela compromet-il la
compétence fédérale ou la façon dont le commerce électronique
est réglementé au Canada? Je dirais nettement que non. Il incombera
aux Albertains de prendre une décision à cet égard et ils pourront
démocratiquement faire valoir leurs points de vue lors des
prochaines élections.
Pour qu'une loi sur la concurrence soit efficace, par contre,
elle doit s'appliquer à l'ensemble du pays. La même chose ne vaut
pas pour le commerce électronique parce que la majorité du commerce
est de compétence locale.
La présidente: Ce sera votre dernière question, monsieur
Jones.
M. Jim Jones: Une loi ne doit-elle pas protéger les
entreprises et les organisations qui exercent des activités dans
l'ensemble du pays?
M. Jacques Frémont: Je suis tout à fait d'accord avec vous là-dessus,
mais la difficulté c'est qu'il s'agit d'un domaine relevant
du droit provincial privé, en particulier du droit commercial
provincial. S'il s'agissait d'un domaine de compétence fédérale...
Les lois fédérales s'appliquent à tous les organismes fédéraux et
à toutes les entreprises de ressort fédéral comme les banques, les
médias et les moyens de transport. Cela pourrait même inclure le
commerce interprovincial et international. Il est parfaitement
légitime que le Parlement légifère dans ces domaines.
C'est lorsqu'on s'écarte de ces domaines que des difficultés
surgissent.
M. Jim Jones: Je vous remercie.
La présidente: Monsieur Tassé, voulez-vous ajouter quelque
chose?
M. Roger Tassé: Je n'interprète pas tout à fait de la même
façon le principe énoncé par M. Frémont. La question que pose la
cour est de savoir si la Constitution permet aux provinces,
individuellement ou collectivement, de prendre les moyens qui
s'imposent pour régler le problème.
Si une province était exclue du régime, cela signifierait que
les efforts de réglementation déployés par les autres provinces
pour établir ce régime seraient vains. Cela suffirait pour que le
gouvernement fédéral en ce qui touche la réglementation de
l'utilisation qui peut être faite des renseignements personnels...
Supposons que toutes les provinces sauf une ou deux adoptent
des lois comme celles du Québec. Que se passerait-il? Pourquoi
cette province refuserait-elle d'adopter la même loi? Peut-être
simplement parce qu'elle deviendrait un refuge.
La province pourrait faire valoir l'avantage que représente le
fait qu'elle ne soit pas assujettie à la loi. Beaucoup de données
échapperaient donc à la réglementation dans cette province, ce qui
irait à l'encontre de l'objectif visé en raison du fait que
l'information ne connaît pas de frontières dans une société
électronique. Ce qui se passe dans une province peut être exporté
au reste du monde parce que le commerce électronique ne connaît pas
de frontières.
• 1210
La présidente: Je vous remercie, monsieur Tassé. Je vous
remercie aussi, monsieur Jones.
Monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka: Madame la présidente, j'aimerais revenir à
l'exemple de l'Alberta que donnait M. Frémont. Supposons que toutes
les provinces sauf l'Alberta aient adopté une loi sur la protection
des renseignements personnels. Les petites provinces ont dit
qu'elles adopteraient la loi fédérale ou du moins qu'elles y
songeaient.
La loi québécoise ne protégerait pas l'information portant sur
des particuliers qui auraient quitté la province et se seraient
installés en Alberta, n'est-ce pas?
M. Jacques Frémont: Les lois d'une province ne s'appliquent
pas à l'extérieur de celle-ci.
M. Walt Lastewka: En effet. Par conséquent, les Québécois
perdraient le droit à la protection de leur vie privée dans ce
genre de transaction, n'est-ce pas?
M. Jacques Frémont: Une transaction entre un Québécois et
l'Alberta?
M. Walt Lastewka: Si l'information portant sur des Québécois
se retrouve en Alberta parce que cette province n'a pas adopté de
loi sur la protection des renseignements personnels ou parce
qu'elle est devenue un refuge, comme M. Tassé l'a dit, la loi
québécoise ne s'appliquera pas. Peut-on dire que les Québécois ont
ainsi perdu le droit à la protection de leur vie privée?
M. Jacques Frémont: La loi québécoise sur la protection des
renseignements personnels touche les Québécois à l'intérieur du
Québec. Vous présumez qu'il n'y a pas de loi fédérale.
M. Walt Lastewka: Non.
M. Jacques Frémont: S'il existait une loi fédérale, le
Parlement pourrait réglementer le transfert de renseignements entre
les provinces.
M. Walt Lastewka: Non, vous avez dit plus tôt que les
provinces devraient pouvoir décider de ne pas être assujetties à la
loi. Dans notre scénario, la province de l'Alberta a décidé de ne
pas l'être.
M. Jacques Frémont: Je vois.
M. Walt Lastewka: La province décide de ne pas être assujettie
à la loi. Si des renseignements personnels touchant des Québécois
se retrouvent en Alberta, il y aura atteinte à la protection de la
vie privée des Québécois, n'est-ce pas?
M. Jacques Frémont: Je ne pense pas que nous voyons les choses
sous le même angle. Si des renseignements personnels touchant des
Québécois sont entreposés dans des ordinateurs en Alberta—c'est
sans doute ce à quoi vous songez—, il aura fallu que cette
information soit transmise entre le Québec et l'Alberta. C'est sur
l'échange d'information que peut légiférer le Parlement.
M. Walt Lastewka: Vous dites donc d'une part que les provinces
doivent décider d'être assujetties ou non à la loi et, d'autre
part, que la loi fédérale devrait...
M. Jacques Frémont: Non, je regrette si...
M. Walt Lastewka: Je vous ai mal compris.
M. Jacques Frémont: Je regrette si je n'ai pas été clair.
J'aimerais répéter, et j'insiste là-dessus qu'il est tout à fait
légitime que le gouvernement fédéral réglemente le commerce
interprovincial et international ainsi que la circulation des
renseignements personnels à l'échelle interprovinciale ou
internationale. Je ne m'y oppose pas. Ce à quoi je m'oppose, c'est
de forcer des provinces qui ne le voudraient pas pour diverses
raisons, à respecter des normes sur la protection de la vie privée.
M. Walt Lastewka: Le projet de loi donne cependant aux
provinces le temps d'adopter leur propre loi. Prenons l'exemple du
Manitoba qui a dit au comité être favorable à un échange
transparent et ouvert de renseignements entre les provinces. Je
crois avoir participé à sept ou à huit séances dans la province où
on a discuté non seulement du projet de loi C-54, mais de la forme
que devrait prendre la loi provinciale dans ce domaine. À l'issue
des consultations menées auprès des Manitobains, je pense que le
gouvernement va proposer son propre projet de loi qui sera soit
aussi bon que le projet de loi C-54, soit encore meilleur.
M. Jacques Frémont: Très bien. Un problème se posera si la loi
est faible, et il faut bien reconnaître que la Loi sur la
protection de la vie privée sera faible. Ce qu'a dit Claude Masse
est parfaitement vrai. Vous créez un paradis d'information dans les
provinces où la loi fédérale s'appliquera. Qu'est-ce que cela
signifie pour une entreprise québécoise? Cette entreprise
souhaitera peut-être être assujettie à la loi fédérale qui est
beaucoup moins rigoureuse que la loi québécoise. Vous vous attaquez
donc au principe de la protection de la vie privée et vous
découragez les provinces d'adopter des codes de déontologie plus
stricts.
• 1215
M. Walt Lastewka: Comment pourrions-nous nous attaquer au
principe lorsqu'il n'existe pas encore de loi dans ce domaine?
M. Jacques Frémont: Vous y porterez clairement atteinte au
Québec.
M. Walt Lastewka: Non. C'est là-dessus que nous ne sommes pas
d'accord...
La présidente: Et c'est très bien. Je vous remercie beaucoup.
M. Walt Lastewka: C'est très bien si nous ne sommes pas
d'accord?
La présidente: Oui, vous pouvez ne pas être d'accord. Nous
devons cependant poursuivre. Je vais maintenant donner la parole à
M. Lowther et à M. Masse pour revenir ensuite à M. Lowther.
M. Eric Lowther: Je dois dire que je n'ai jamais vu deux
personnes d'avis aussi contraire s'entendre aussi bien. C'est très
bien.
Je veux revenir à M. Frémont, pour m'assurer d'avoir bien
compris ce qu'il a dit. En ma qualité d'Albertain, vos propos me
plaisent.
S'il existe une loi provinciale plus rigoureuse que la loi
fédérale, de votre avis ou de celui du gouvernement provincial, et
si nous devons nous en remettre à la Cour suprême, vous dites que
d'après les décisions que la Cour suprême a déjà rendues, il est
fort probable que la mesure fédérale aura préséance sur celle de la
province. Vous en êtes déçu, mais vous dites que c'est ce qui se
produira probablement, compte tenu de décisions antérieures. Est-ce
exact?
M. Jacques Frémont: C'est du moins ce que je comprends.
M. Eric Lowther: D'accord. C'est la précision que je voulais
obtenir.
La présidente: Monsieur Masse, vous vouliez faire une
observation?
[Français]
M. Claude Masse: Je voulais, madame la présidente,
insister sur le fait qu'il y a au moins un élément dans le
domaine de l'échange de l'information qui est local,
soit la collecte d'information. Quand une entreprise
de l'Alberta, de l'Ontario ou du Québec s'adresse à un
consommateur québécois pour prendre de l'information de
lui, c'est local.
Or, j'attire votre attention sur le
caractère totalement inapplicable de l'article 4.3 de
l'annexe 1. J'oeuvre dans le domaine de la protection
du consommateur depuis 25 ans et je puis dire, en ce qui a trait au
consentement—M. Tassé pourra nous dire s'il juge
que cette disposition saura vraiment protéger
les consommateurs—, que c'est un principe général qui est
nié d'un bout à l'autre de la disposition. Que va-t-il
se produire?
Comme le disait M. Frémont plus tôt,
l'entreprise va préférer passer par le biais de
l'article 4.3
plutôt que de passer par la loi québécoise qui exige
en général, à quelques exceptions assez
limitées, un consentement formel. Or, l'article 4.3, à toutes
fins pratiques, permet à l'entreprise de se passer du
consentement dans presque tous les cas. Et même quand
elle doit le faire, elle n'a pas à craindre
de sanction sérieuse.
Il y a au moins, à un bout du
processus, quelque chose qui relève de la juridiction
de la province de Québec et qui va être québécois, et c'est
la collecte de données auprès des consommateurs
concernés.
Je vous répète que j'ai ce matin le
malaise de constater, encore une fois, que
notre sport national au Canada, c'est la Constitution et
les jugements de la Cour suprême. Nous avons, au
Québec,
une bonne loi sur la protection du consommateur. Comme le
disait M. Frémont, il est sans doute utile qu'il y ait une
loi nationale sur l'échange international
ou interprovincial de données,
mais laissez-nous
appliquer notre loi avec l'expérience qu'on en a depuis
cinq ans. Ne nous nuisez pas.
Je reviens à mon message d'ouverture, madame
la présidente: votre projet de loi
ne contrôle rien de façon sérieuse. Si
vous voulez vraiment protéger le
consommateur, pourquoi ne vous inspirez-vous pas de la
loi québécoise? Pourquoi devrions-nous la mettre
de côté au départ?
[Traduction]
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Masse.
Monsieur Bellemare.
[Français]
M. Eugène Bellemare:
Monsieur Frémont, si j'ai bien compris,
quand il y a un commerce entre provinces, vous acceptez
que le
fédéral s'implique. S'il n'y a pas de loi dans une
province, est-ce que le fédéral
devrait s'impliquer?
M. Jacques Frémont: Eh bien, c'est toute la question à
laquelle on est confrontés.
• 1220
Je crois que le fédéral pourrait s'impliquer, et ce serait tout à
fait constitutionnel, pour réglementer les échanges de
données ou la protection de la vie privée dans toute
activité de commerce interprovincial et international.
Mais toute la question est de savoir si le
fédéral peut, aux termes du paragraphe 91(2), s'immiscer dans les
transactions locales, les transactions entre vous et
votre dépanneur ou le
magasin Eaton's à côté de chez vous. Je
crains qu'il puisse y avoir là
une logique dangereuse. Le prolongement de cette
logique, c'est l'éviction des compétences provinciales
en matière commerciale. Je déplore cela
vivement, surtout par rapport au
Québec.
M. Eugène Bellemare: D'après vous, est-ce
la protection du consommateur ou la
protection de la loi provinciale qui doit primer?
M. Jacques Frémont: Selon moi, en tout respect, je ne
pense pas qu'on doive répondre à une telle question
parce qu'il ne s'agit pas de la protection d'une
juridiction provinciale par opposition à celle du consommateur,
et vous le savez très bien. Le consommateur québécois
qui fait affaire au Québec est protégé par une série de
lois provinciales, dont la Loi sur la protection du
consommateur et les dispositions du
Code civil du Québec. De surcroît, il
est protégé par les dispositions applicables en vertu
de la Loi sur la protection des renseignements
personnels. Il y a un code complet de protection...
M. Eugène Bellemare: Ce n'est pas contesté.
M. Jacques Frémont: Non, mais le
droit commun existe au Québec. Si le fédéral se met à légiférer
dans le domaine du droit commun, il va évincer le droit commun
québécois. À ce moment-là, on s'engagerait dans
une dynamique... Au Québec, entre autres, le
fédéral n'a pas, selon moi, le pouvoir de
légiférer en matière de droit civil. Est-ce
qu'on va remplacer le droit civil québécois
et l'appareil qui l'entoure par du droit fédéral?
C'est cela, le prolongement de la logique du projet de
loi C-54.
M. Eugène Bellemare: On reste toujours au
Québec.
M. Jacques Frémont: Oui.
M. Eugène Bellemare: On ne conteste pas le fait
que les lois qui protègent le
consommateur et les renseignements au Québec sont
bonnes, mais qu'est-ce qui protège un Québécois qui
veut transiger avec une banque?
M. Jacques Frémont: Je vous dis depuis tout à
l'heure qu'il y a une présence fédérale légitime.
Actuellement, il n'y a rien, sauf des codes volontaires.
Je crois que le projet de loi C-54 est une bonne idée
et que tout commerce avec les banques devrait être régi par le
fédéral. C'est une très bonne idée.
M. Eugène Bellemare: D'accord.
M. Jacques Frémont: Mais je vous dis
que ce n'est pas une bonne idée dans le cas du
commerce avec la pizzeria du coin.
M. Eugène Bellemare: D'accord. On a vu
que la Bourse de Montréal et la Bourse de Toronto
avaient
fait des échanges et transféré certains types
d'actions. Les marchandises achetées à terme
sont à Montréal. Plusieurs Montréalais ou Québécois
qui transigeaient à la bourse transigent tout à coup
avec la Bourse de Toronto. Est-ce que ce sera
désormais le
fédéral qui assumera cette surveillance et les protégera,
ou est-ce que la province ira porter des accusations
en Ontario, par exemple?
M. Jacques Frémont: Je suis content que vous
souleviez cette question. Selon moi,
la question des valeurs
mobilières au Canada s'inscrit précisément dans
cette logique à laquelle on fait
face ici.
Selon ma lecture de la
jurisprudence de la Cour suprême, si le fédéral
voulait établir une commission nationale des valeurs
mobilières en se fiant au jugement
General Motors—je pense que mon ami Roger sera
d'accord—, il pourrait probablement le faire.
Il y a quand même 10 ans
qu'on a rendu la décision dans la cause General Motors et le
fédéral ne l'a toujours pas fait. Mais il a fait des
grondements et indiqué qu'il voulait qu'il y ait
une consolidation du marché des valeurs mobilières au
Canada. Qu'est-ce qui se passe? Il semble qu'il y
ait une consolidation volontaire. C'est précisément ce
que je dis.
Dans le projet de loi C-54, le
fédéral ferait beaucoup mieux de légiférer sur ce dont
il est responsable constitutionnellement et
d'encourager les provinces soit à entériner
le projet de
loi, soit à se doter de codes aussi bons ou
meilleurs que le code fédéral.
Finalement, j'invoque le vieux principe qui dit: chacun
ses bebelles dans sa cour. En tentant de réglementer
le commerce des relations commerciales
intraprovinciales, le Parlement fédéral
risque de créer dans les faits de sérieux problèmes et
de se créer des problèmes constitutionnels. Il est
clair que cette histoire se rendrait en cour.
[Traduction]
La présidente: Dernière question, s'il vous plaît, monsieur
Bellemare.
• 1225
[Français]
M. Eugène Bellemare: Trouvez-vous que
la loi fédérale proposée sera en conflit
avec celle du Québec? L'exemple qu'on me donne
toujours est celui de la pizzeria qui possède un ordinateur
et de l'individu qui commande par ordinateur. C'est une
caricature, mais cela pourrait arriver facilement
parce que le système du commerce électronique se
développe tellement bien. J'imagine que la livraison
sera faite par un humain et non pas autrement.
Une voix: Par ordinateur.
Une voix: Une pizza virtuelle.
Des voix: Ah, ah!
M. Eugène Bellemare: Y a-t-il une contradiction
avec la loi fédérale? M. Frémont a-t-il raison
d'affirmer que la loi fédérale va s'ingérer entre le
mangeur de pizza et le fabricant de pizza de la rue
Sainte-Catherine à Montréal?
M. Roger Tassé: Cela fait quelques fois qu'on
parle de pizza. C'est un petit peu caricatural.
Ce qui est évident, c'est qu'il y a de moins en moins
d'éléments locaux
dans ce dont on parle parce qu'il y a des petites et
moyennes entreprises, pas seulement des grandes—M.
Frémont est d'accord que celles qui
oeuvrent dans le domaine interprovincial ou
international
devraient être couvertes par la loi fédérale—,
qui, de plus en plus,
se serviront du commerce électronique et seront
intégrées aux réseaux mondiaux. Ce
n'est plus seulement une petite entreprise au coin
des rues Sanguinet et Sainte-Catherine.
Cela fait partie d'un réseau.
J'ai senti tout à l'heure que M.
Frémont n'était pas en désaccord quand je disais
que la Cour suprême n'avait pas limité le pouvoir de
légiférer du fédéral uniquement au commerce
interprovincial et international; cela peut aller jusqu'à
l'intraprovincial. C'est pour cela qu'il faut en
examiner la nature. Ce n'est pas seulement le commerce de
pizza; c'est tout le commerce local fait par des
petites et moyennes entreprises branchées au
réseau. Elles ont y accès, leur information est
retransmise, tous ceux qui y ont accès peuvent manipuler
les données,
et cela circule dans le monde, en dehors de toutes
les provinces, y compris de la province de Québec.
L'intervention de votre collègue
était très justifiée; pour
les Québécois, il y a quelque chose dans
cette loi, en tenant compte du
bémol mis par M. Masse. Il est bon qu'on ait un encadrement
canadien de ces questions.
Je reviens toujours au même point de départ:
la loi permet des arrangements entre les
juridictions, le fédéral et le provincial, et le Québec
entre autres. À Ottawa, on se réjouit de ce
que le Québec a fait dans ce domaine. C'est devenu un
exemple qui n'a pas été utilisé par beaucoup d'autres
provinces jusqu'à maintenant, mais le gouvernement
fédéral reconnaît les initiatives provinciales du
Québec dans ce domaine. Et si
jamais la loi était adoptée et que les autorités
fédérales décidaient de ne
pas donner d'exemption au Québec afin d'imposer
sa propre loi, cela s'ajouterait aux conditions
gagnantes de M. Bouchard. C'est presque impensable
que cela se produise. Tout indique que l'inverse
se produira et qu'on donnera à la loi
provinciale toute sa place en reconnaissant les
institutions provinciales. Mais cela fera partie d'un
ensemble canadien visant les mêmes objectifs, malgré
les imperfections de la loi fédérale.
La présidente: Merci. Monsieur Dubé, s'il vous
plaît.
M. Antoine Dubé (Lévis-et-Chutes-de-la-Chaudière, BQ):
Mon impression est un peu différente, monsieur
Tassé; on a plutôt l'impression de se faire imposer
souvent des choses. Quand ce n'est pas par le
gouvernement, c'est par la Cour suprême.
Monsieur Frémont, vous avez dit qu'il était assez
spécial, selon vous, qu'un gouvernement décide lui-même
de réglementer en annexe, puis par décret.
J'adresse ma question aux autres également.
Cela semble être votre avis. Êtes-vous le seul à
penser ainsi ou si votre avis est partagé par les deux autres
invités?
• 1230
Deuxièmement, quelle serait la bonne
façon de faire? Ce que je comprends,
c'est qu'il y a deux mentalités au Canada. Il y a des
gens qui se pensent de bonne foi et qui disent qu'il ne
faudrait pas que les Québécois empêchent ce
que les autres Canadiens veulent. Du
côté québécois, on reprend exactement le message de M.
Masse ce matin, soit
celui de dire de ne pas nous empêcher de faire ce
qu'on veut ou de ne pas nous empêcher de faire
ce qu'on fait bien auprès de la population. Quel
serait le bon moyen d'exempter le Québec de
l'application de cette loi et de ne pas
la confier au gouverneur en conseil? Il faudrait
retrouver une telle disposition dans la loi. Est-ce
qu'un mécanisme
d'opting in peut être inclus dans une loi?
M. Jacques Frémont: La législation
en annexe se voit assez
régulièrement. Ce que je n'avais jamais vu, c'est une
disposition permettant de
modifier cette annexe par un décret. Je crois que cela
pose des problèmes très sérieux puisque la Constitution
du Canada prévoit que c'est par le droit qu'on
doit fixer les normes destinées aux citoyens. Pour ce qui
est de modifier le droit par décret, je
vous avoue que si j'étais
un parlementaire, je serais extrêmement inquiet.
Vous avez actuellement un mot à dire
sur le contenu de l'annexe. Vous allez perdre toute voix au chapitre
par la suite. Cela peut être changé de
façon très radicale. Je pense que c'est une
insulte très grave au Parlement de ce pays.
Pour ce qui est des mécanismes, il faut accepter
que ce ne soient pas des
mécanismes qui puissent exclure les provinces. Il
faut que les provinces puissent, si elles le
désirent, appliquer la loi fédérale. Cela se fait
par loi, par référence. Il peut y avoir un
mécanisme dans la loi par lequel les provinces peuvent
d'elles-mêmes, volontairement, faire référence à une
loi fédérale. Il n'y a rien dans la
Constitution du Canada qui
les en empêche. Il pourrait toutefois y avoir un
mécanisme souple par lequel on permettrait aux provinces
d'utiliser la loi fédérale. La question de principe à cet égard
est d'encourager les provinces à faire ces choix-là. Elles
demeurent libres et on n'imposera pas les normes
fédérales au droit provincial et aux relations de droit privé.
M. Roger Tassé: Je crois qu'il ne faut pas
exagérer la portée de la question qui est soulevée.
Cela arrive à tous les jours.
En fait, il y a peut-être plus de règlements qui sont élaborés
quotidiennement par les autorités fédérales et
provinciales qu'il n'y a de lois qui sont adoptées.
La mécanique du projet de loi devant
vous est très complexe. On parle de l'annexe, mais il y
a, dans la loi elle-même, des principes très
importants qui sont ancrés et
explicités. On a inclus dans l'annexe
un ajout
permettant au gouverneur en conseil de
prendre toute mesure
relative à l'application
de la présente loi et de modifier l'annexe. Ce ne
sont pas des situations inhabituelles. Il y a là un
pouvoir de réglementation.
M. Jacques Frémont: Premièrement, on parle de
réglementation et non pas de décret. La
deuxième chose est que même le gouvernement
limite...
[Traduction]
La présidente: Monsieur Frémont, veuillez laisser finir
M. Tassé, s'il vous plaît.
M. Jacques Frémont: Pardonnez-moi.
M. Roger Tassé: Le gouverneur en conseil peut ordonner des
modifications pour adapter la loi aux dispositions.
[Français]
Il est vrai qu'on ne parle pas de la réglementation,
mais je vais vous avouer que dans le
fédéralisme que j'ai connu au cours des 40
dernières années, et celui que j'envisage
personnellement pour l'avenir, je souhaite qu'on
découvre des façons plus créatives et plus
inhabituelles de faire les choses. On ne peut pas être bornés
et s'en tenir à ce
que nos prédécesseurs ont fait. Il
faut essayer de trouver des façons de procéder qui
permettent plus de souplesse dans la façon dont on va
ordonner les choses, à la fois entre le fédéral et les
provinces ainsi qu'avec le secteur privé.
C'est une des choses qui
ont émergé au cours des dernières années.
Le secteur privé a des choses à dire. Les
questions dont on parle ici ne seront pas
nécessairement réglées par les gouvernements.
• 1235
Les entreprises doivent accepter qu'il est important pour elles
et non seulement pour le consommateur d'avoir des
réglementations internes, des codes, qui vont permettre
aux Canadiens d'être confiants quand ils feront affaire
avec elles. C'est dans leur propre
intérêt de s'en assurer.
On est dans un nouveau contexte et
j'applaudis aux façons nouvelles d'organiser les
choses pour permettre des progrès sur des questions.
Est-ce parfait, cela? Non, ce ne l'est pas.
Y a-t-il des lois parfaites?
Je n'en connais pas. La Constitution n'est pas
parfaite et aucune de nos lois ne l'est, mais
c'est un pas nécessaire dans la bonne direction.
Peut-être y aura-t-il des contestations. Je ne nie
pas que M. Frémont soulève une question importante, sur
laquelle je ne me suis pas penché si ce n'est
depuis qu'elle a été posée ce matin, mais des
arguments pourraient être développés pour défendre
cette façon de procéder si on la contestait en cour.
La présidente: Thank you.
Professeur Frémont.
M. Jacques Frémont: Si vous lisez l'alinéa 27(2)b),
vous verrez que le gouvernement
ne pourrait pas, par décret, modifier l'annexe. Il ne
peut le faire que lorsque le code de la Canadian Standards
Association est modifié par cette même association.
Il y a donc un renoncement implicite et
explicite à exercer toute juridiction de substance par
rapport à ce code et par rapport à sa traduction
législative.
Je regrette de le dire encore une fois, mais
comme parlementaires, vous devriez être extrêmement
inquiets de cette façon de procéder. Que mon
gouvernement puisse, par décret, fixer des normes, ne
me rassure pas. Il peut le faire par
règlement et il le fait souvent, mais il est
inquiétant qu'il
ne puisse même pas lui-même changer ses propres normes
tant que la Canadian Standards Association ne l'a pas
fait.
La présidente: Monsieur Tassé.
M. Roger Tassé: Madame la présidente, il me semble clair
que si le Parlement le jugeait à propos, il pourrait
modifier, par la loi, n'importe laquelle des dispositions de
l'annexe par la loi. Pour faire cela, il n'a pas de permission
à demander à qui que ce soit.
M. Antoine Dubé: Par la loi.
M. Roger Tassé: Par la loi, bien sûr. On a dit
que cela attaquait la souveraineté suprême du Parlement.
Ce serait possible pour le
Parlement de changer la loi et de changer l'annexe par
la loi.
M. Jacques Frémont: C'est loin de la
souplesse dont vous parliez.
La présidente: Merci, monsieur Dubé.
[Traduction]
Monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka: Merci, madame la présidente. J'ai quelques
questions à poser à M. Masse.
Vous avez dit que si les choses vont bien, il ne faut pas les
corriger. Mais d'autres témoins nous ont dit que la loi québécoise
nécessite certaines améliorations. Existe-t-il une disposition
d'examen automatique dans la loi du Québec?
[Français]
M. Claude Masse: L'an dernier, si ma mémoire est
bonne, un rapport de la Commission d'accès à l'information
suggérait certaines modifications de
resserrement des processus, notamment en ce qui a trait
au processus de collecte de données et au mécanisme de
divulgation des informations à
l'égard des tiers.
Mais, à plusieurs égards, la loi
québécoise, surtout avec l'expérience qu'on en retire
après cinq ans, va beaucoup, beaucoup plus loin que
l'annexe 1 de la loi fédérale.
Je vous donne un exemple. J'attire votre attention
sur l'article 4.9.3 de l'annexe 1. Mon collègue
Frémont a touché juste tout à l'heure en alléguant
qu'on ne pourrait modifier par décret que si
l'organisme privé acceptait de changer ses normes.
À l'article 4.9.3, peut-on voir une véritable mesure
de protection réglementaire ou législative des
consommateurs?
4.9.3 L'organisation qui fournit le relevé à des tiers à
qui elle a communiqué des renseignements personnels au
sujet d'une personne devrait être la plus précise
possible. S'il lui est impossible de fournir une liste
des organisations à qui elle a effectivement
communiqué...
Donc, on dit: vous avez l'obligation
de dire aux consommateurs à qui les renseignements ont
été donnés, mais faites votre gros possible.
S'il lui est impossible de fournir une liste des
organisations à qui elle a effectivement communiqué des
renseignements au sujet d'une personne, l'organisation
doit fournir une liste des organisations à qui elle
pourrait avoir communiqué de tels renseignements.
Ainsi, le consommateur qui s'adressera à Equifax
au Québec se fera remettre la liste des 225 organismes
possibles auxquels l'entreprise communique normalement les
listes. Bonne chance!
• 1240
C'est complètement inapplicable, non seulement en termes de
rédaction de listes, mais en termes de mesures de
protection du consommateur. Je suis d'accord
pour dire qu'avec le temps, il y a des modifications,
des assouplissements, des mesures
supplémentaires à apporter, mais la loi québécoise
fonctionne de façon sérieuse. Je
pense que tout le monde doit admettre ici, et on
pourrait citer des exemples par dizaines...
[Traduction]
M. Walt Lastewka: Ce n'est pas ce que je vous ai demandé.
La présidente: Monsieur Masse, M. Lastewka a posé une question
bien précise.
[Français]
M. Claude Masse: Parfait. Donc, oui...
[Traduction]
M. Walt Lastewka: Vous avez dit bien des choses, mais vous
n'avez pas répondu à ma question.
[Français]
M. Claude Masse: Est-ce que la loi québécoise
pourrait être améliorée, monsieur le député? Oui.
[Traduction]
La présidente: Non, ce n'est pas la question qui a été posée.
La question est la suivante: la loi comporte-t-elle un examen
obligatoire?
[Français]
M. Claude Masse: La réponse, que je sache, est
non.
[Traduction]
La présidente: Non.
Très bien, monsieur Lastewka.
[Français]
M. Claude Masse: Pas que je sache, mais il
se peut que je fasse erreur.
[Traduction]
M. Walt Lastewka: Vous avez dit que l'expérience a révélé que
des améliorations doivent être apportées, et le sont, à la loi du
Québec. Est-ce exact?
[Français]
M. Claude Masse: Je suis tout à fait d'accord.
[Traduction]
M. Walt Lastewka: C'est également ce que nous ont dit le
commissaire à la vie privée du Canada et les divers autres
commissaires de ce domaine de tout le pays. Ils nous ont dit très
clairement, à nous législateurs, qu'il est très important d'adopter
une loi pancanadienne sur la protection de la vie privée des
Canadiens.
[Français]
M. Claude Masse: Est-ce que je peux répondre,
monsieur le député?
[Traduction]
M. Walt Lastewka: Et nous...
La présidente: Continuez.
M. Walt Lastewka: ...avons modifié la mesure législative afin
qu'il y ait un examen automatique tous les cinq ans. C'est l'un des
amendements proposés. Après quatre ou cinq ans, il y aurait un
examen automatique et l'expérience de toutes les provinces du pays
montrerait quelles améliorations doivent être apportées à la loi.
Quand vous avez dit qu'il ne fallait pas corriger ce qui
fonctionne bien, je n'ai pas très bien compris ce que vous
entendiez par là. Mais vous allez apporter des changements à la loi
du Québec, n'est-ce pas?
La présidente: Professeur Masse.
[Français]
M. Claude Masse: Ce que je dis, monsieur le
député, c'est que cela fonctionne beaucoup mieux que
l'annexe 1 ne pourra jamais le faire.
En légiférant par le paragraphe 4(1)
dans le domaine du commerce local, vous ferez en sorte
que les entreprises québécoises préféreront
opter pour la loi fédérale, et cela sera, au
mieux, une source de confusion extrêmement importante.
Cependant, nous sommes tous d'accord pour
dire qu'une loi fédérale portant sur le transfert
interprovincial ou international de données
personnelles est la bienvenue. Cela va combler le vide
actuel, mais n'allez pas de l'avant avec l'alinéa 4(1)a)
pour forcer l'application de la loi au
niveau du commerce local.
[Traduction]
La présidente: Merci, monsieur Lastewka. M. Tassé désire
également répondre.
M. Roger Tassé: J'aimerais revenir à cette question de
l'application de la loi fédérale et de la loi provinciale. Pour ce
qui est de savoir laquelle aurait préséance, nous appliquons une
approche différente.
M. Frémont a dit que si le gouvernement fédéral légifère,
toutes les lois provinciales deviendront automatiquement
inapplicables.
M. Jacques Frémont: Elles seraient annulées.
M. Roger Tassé: Inapplicables. Vous avez dit inapplicables.
Nous n'en sommes pas encore là, d'après ce que j'ai compris
des décisions de la Cour suprême qu'il a mentionnées. J'estimerais
plutôt que la loi fédérale aurait préséance en cas de conflit. Mais
comme je l'ai dit tantôt, il n'y aurait pas de conflit si les
normes de la loi provinciale, par exemple dans le domaine du
consentement, étaient plus rigoureuses. La loi provinciale
s'appliquerait dans ce domaine et les habitants de la province
pourraient se prévaloir de telles dispositions.
Je ne dis pas que c'est ce qui se produirait immanquablement,
mais on pourrait certainement faire valoir que la loi provinciale
doit continuer de s'appliquer s'il existe une différence et que la
norme est plus élevée.
La présidente: Professeur Frémont.
M. Jacques Frémont: C'était exactement le principe en cause
dans l'affaire Banque de Montréal contre Hall. La banque devait
respecter un délai obligatoire de 60 jours avant de saisir les
biens meubles. La loi de la Saskatchewan comportait une exigence de
90 jours.
• 1245
Jusque-là, c'est l'approche de M. Tassé qui prévalait, et la
banque attendait 90 jours avant de saisir la maison. Mais dans ce
cas, le tribunal a déclaré qu'il y avait nettement conflit entre
les délais de 60 et de 90 jours, puisque la période de 60 jours se
trouvait mentionnée dans la Loi fédérale sur les banques. Le délai
de 60 jours s'appliquait à la banque et on a donc invalidé
l'exigence de 90 jours dans le cas des banques. C'est exactement la
même situation et c'est un précédent que l'on a établi.
La présidente: Merci beaucoup.
Monsieur Lastewka, dernière question, s'il vous plaît.
M. Walt Lastewka: Deux brèves questions, si vous me le
permettez.
La présidente: Non, une dernière question.
M. Walt Lastewka: Vous devenez de plus en plus dure.
La présidente: Le temps file.
M. Walt Lastewka: Très bien, j'y reviendrai plus tard.
Ma question s'adresse aux trois témoins. Si la loi de la
province de Québec est bonne et peut servir de modèle, pourquoi les
autres provinces ne s'en ont-ils pas inspiré?
La présidente: M. Masse semble vouloir répondre à cette
question.
[Français]
M. Claude Masse: C'est leur problème, monsieur.
On n'a pas à répondre à cela.
[Traduction]
La présidente: Monsieur Frémont.
M. Jacques Frémont: C'est précisément ce genre de différence
culturelle qui est à la base du débat actuel entre l'Union
européenne et les États-Unis sur la protection de la vie privée. Je
regrette de le dire, mais il s'agit encore une fois d'un problème
de société distincte. À l'instar de l'Europe, le Québec a choisi
d'intervenir, de déclarer que ce sont des valeurs essentielles de
notre société, de légiférer et de défendre ces valeurs. L'approche
dominante de l'Amérique anglo-saxonne, c'est le laissez-faire, le
laissez-aller. Ce sont deux cultures différentes, et c'est
exactement ce sur quoi repose le débat sur les directives
européennes qui sont entrées en vigueur en décembre dernier, comme
vous le savez.
M. Walt Lastewka: Crée-t-on de ce fait une zone sûre?
La présidente: Vous avez dit que vous posiez votre question
aux trois témoins. M. Tassé n'y a pas répondu.
M. Walt Lastewka: D'accord, pardonnez-moi.
La présidente: Monsieur Tassé.
M. Roger Tassé: Je n'ai pas grand-chose à ajouter à ce qui a
été dit. Le Québec a entrepris un examen très approfondi du Code
civil, et il s'est montré plus sensible à ces questions, dans la
perspective de la protection des droits, peut-être en raison de
tout le débat qui s'est déroulé. Mais cet examen est maintenant
achevé. Il ne faut pas oublier que nous parlons maintenant de
l'utilisation de renseignements et de la nécessité d'établir des
règles pour avoir la confiance du public, protéger des
renseignements, etc.
Il y a donc d'autres incitatifs. Comment peut-on faire
concurrence aux autres entreprises dans un monde qui n'a plus de
frontières? Comment peut-on exercer sa concurrence dans un monde où
les documents et le papier ont de moins en moins d'importance—du
point de vue conceptuel du moins—et où tout est propriété commune?
Ottawa et le reste du Canada se sont rendu compte qu'il existe là
un problème à régler. Nous visons tous les mêmes objectifs,
c'est-à-dire la confiance et la protection, mais sous des dans
angles différents.
La présidente: Merci.
Merci, monsieur Lastewka.
[Français]
Madame Lalonde, avez-vous une autre question?
Mme Francine Lalonde: Sur la
question de l'électronique et de la signature
électronique sécurisée, je vous rappelle
que ce projet de loi
porte sur le commerce électronique, mais qu'en
réalité, presque que tous les témoins ont parlé des
renseignements personnels.
Sur cette question-là, il y a aussi des
problèmes qui se posent comme celui de
définir ce qu'est une signature. Un groupe
des Nations unies s'est prononcé récemment en
disant qu'on ne pouvait utiliser le mot «signature»
dans la définition de la reconnaissance d'un document
envoyé par quelqu'un, parce que cela ne répondrait
pas nécessairement aux mêmes critères juridiques de
légalité. Avez-vous étudié ces
questions-là? Non?
M. Roger Tassé: Je n'ai pas étudié
ces questions.
M. Jacques Frémont: J'allais tout simplement
indiquer que le consentement dans un
contrat et la formation du contrat, jusqu'à nouvel ordre,
ne sont pas de droit fédéral. C'est encore régi par le droit
provincial et, au Québec, c'est le Code civil
du Québec qui s'applique; ce n'est pas régi par
les mêmes systèmes juridiques que
dans le reste du Canada.
Mme Francine Lalonde: Ça, c'est très important.
La présidente: Monsieur Masse.
• 1250
M. Claude Masse: La Chambre des notaires du Québec
et le Barreau du Québec—le processus est plus avancé
à la Chambre des notaires—travaillent actuellement à
l'élaboration de systèmes de certification de
signatures, non seulement de la part des professionnels
concernés dans le cas, par exemple,
des contrats internationaux ou nationaux,
mais également dans le cadre de l'émission de
procédures.
Le travail est commencé chez nous en ce qui a
trait à la certification des signatures par les
professionnels et les parties contractantes. Comme
le dit Me Frémont, il est clair que la signature d'un
contrat, qu'elle soit électronique ou autre, est du
domaine contractuel pur. Il n'y a aucun doute
là-dessus.
La présidente: Madame Lalonde, avez-vous une
dernière question?
Mme Francine Lalonde: Des groupes ont soutenu devant nous,
comme la Commission d'accès à l'information
l'a d'ailleurs fait,
que quand cette dernière avait affirmé que sa juridiction
s'étendait à toutes les entreprises, à cause de la
juridiction en droit civil, elle n'avait pas été déboutée.
Lorsqu'elle l'a
été une fois, ce n'était pas sur sa juridiction mais sur
le fait que la convention collective était l'instrument
approprié. De cette affirmation-là, des
groupes déduisent qu'il faudrait que la loi du Québec
s'applique à toutes les entreprises et à toutes
les activités.
M. Roger Tassé: Si je comprends bien votre
question, je répondrai que le fait
que les entreprises se plient et
acceptent l'application de la norme provinciale
ne résout pas la question constitutionnelle. Si
une commission provinciale ou fédérale se prononce sur
une question, cela ne résout pas de façon
ultime la question constitutionnelle. Tant que la
question n'a pas été soulevée en Cour suprême et
clairement établie, il peut y avoir un débat et
des doutes. S'il n'y a pas de loi
fédérale—actuellement, la loi fédérale
s'applique uniquement aux ministères et aux entreprises
publiques fédérales—, la loi provinciale occupe le
champ et les entreprises qui sont de bons citoyens
se plient à cette loi; cela me paraît bien.
La présidente: Monsieur Frémont.
M. Jacques Frémont: Une bonne
illustration de l'effet qu'aurait ce projet de loi s'il
devenait loi est le cas de Bell Canada qui s'est volontairement
soumise à l'application de la loi québécoise
provinciale. À partir du moment où la loi fédérale
sera adoptée et mise en vigueur, Bell Canada
sera régie par la loi fédérale et les standards
applicables à Bell Canada
en matière de protection de la vie privée seront
beaucoup plus bas
que ceux auxquels elle est tenue
de se conformer en vertu de la loi
québécoise. Il y aura donc une réduction à la baisse de la
protection de la vie privée pour les Québécois
lorsqu'ils feront affaire avec Bell Canada,
Vidéotron, les entreprises de transport
interprovinciales, etc.; c'est absolument clair.
M. Roger Tassé: M. Frémont est très cohérent et
consistant dans ce qu'il dit. Pour souscrire à ce
qu'il vient de dire, il faut accepter sa prémisse, à
savoir que la loi fédérale aura préséance et
que dès qu'elle sera adoptée, toutes les lois
provinciales ne s'appliqueront plus. Alors,
supposons qu'on accepte...
[Traduction]
La présidente: Merci, madame Lalonde. Merci à tous.
Je tiens à préciser, pour le compte rendu, que je n'ai pas
exercé le droit constitutionnel. J'ai travaillé en droit
commercial. Je m'en tenais foncièrement aux faits. Nous connaissons
donc tous les faits. Il y a eu un communiqué, le 1er octobre 1998,
lorsque le projet de loi a été présenté à la Chambre des communes.
Si cela peut vous indiquer la position du gouvernement et ce qu'il
veut faire, plutôt que de vous en remettre à des hypothèses quant
à ce qu'un gouvernement futur pourrait faire au sujet des lois du
Québec, on dit très clairement dans ce communiqué:
Dans les provinces qui adopteront des lois essentiellement
semblables, les organismes visés par ces lois provinciales seront
exemptés de l'application de la loi fédérale. Le Québec sera donc
exempté de cette application, puisqu'il possède une loi
essentiellement semblable à la loi proposée sur la protection des
renseignements personnels et les documents électroniques.
C'est donc un fait, et nous savons quelle est l'orientation de
notre gouvernement. Nous savons comment cela s'appliquera au
Québec. Malgré tout le respect que je dois à M. Frémont et à M.
Masse, ce sont les faits sur l'application de cette loi.
Permettez-moi de demander une autre précision, puisque vous
avez parlé de l'Union européenne, monsieur Frémont. Je crois savoir
que, d'après la directive de l'Union européenne, si un pays—non
pas une province, mais un pays—ne possède pas de loi sur la
protection de la vie privée, on pourrait boycotter le commerce ou
les échanges commerciaux avec ce pays. J'en déduis donc que le
gouvernement canadien a la responsabilité, pour l'ensemble du pays,
d'empêcher l'Alberta ou une autre province d'exercer un droit
d'adhésion ou de retrait et de voir plutôt à ce que nous puissions
continuer de commercer avec les pays européens ou d'autres pays qui
font affaire avec l'Union européenne.
• 1255
M. Jacques Frémont: Ce que vous dites m'inquiète beaucoup. Je
croyais que le Canada s'opposait fermement à la Loi Helms-Burton
des États-Unis. J'estime que l'application de lois nationales à
l'extérieur du territoire du pays peut poser des problèmes très
graves, et si c'est la seule raison pour laquelle le gouvernement
fédéral propose ce projet de loi, il a tort.
La présidente: Je n'ai pas dit que c'est la raison pour
laquelle il proposait le projet de loi. Mais en nous basant sur
votre postulat, le Québec a ses lois et l'Union européenne a les
siennes. Que se produira-t-il pour le Québec si ses règles sont
différentes de celles de l'Union européenne?
M. Jacques Frémont: L'Union européenne impose des droits de
douane aux entreprises.
J'insiste sur le fait que le Canada et le Parlement fédéral
ont parfaitement le droit d'avoir une loi pancanadienne applicable
aux domaines de compétence fédérale. Le problème, c'est quand une
telle loi s'applique à des domaines de compétence provinciale. Si
le Canada adoptait le projet de loi C-54 mais limitait son
application aux domaines de compétence fédérale, c'est-à-dire au
commerce interprovincial et international, ce serait suffisant sous
le régime de la directive européenne.
La présidente: Je veux m'assurer de bien comprendre. Vous
dites que les entreprises européennes ne pourraient faire de
commerce avec les entreprises canadiennes si nous n'avons pas au
Canada de loi pour la protection des renseignements personnels,
d'après la directive de l'Union européenne. Loin de moi l'idée de
dire aux Européens comment diriger leurs pays, mais au Canada, ne
devenons-nous pas nous assurer de pouvoir exercer notre commerce?
M. Jacques Frémont: Vous devez vous assurer de ce que le
gouvernement fédéral, conformément à ses attributions, exerce ses
responsabilités.
La présidente: En adoptant une loi sur la protection des
renseignements personnels, on atteint en partie cet objectif,
n'est-ce pas?
M. Jacques Frémont: En partie, mais l'application est trop
générale. Voilà ce que je veux faire comprendre.
La présidente: Son application est trop générale.
Je tiens à vous remercier, car nous avons eu une excellente
discussion aujourd'hui. Je ne suis pas nécessairement en accord
avec tout ce qui a été dit, mais j'estime néanmoins que la
discussion et les idées échangées étaient très intéressantes.
Comme vous pouvez le constater, 25 amendements ont déjà été
déposés. J'imagine que d'ici mardi prochain, lorsque nous
aborderons l'examen article par article, nous recevrons
probablement d'autres amendements. Au fur et à mesure que nous
essaierons de régler tous les problèmes, on fera la genèse du
projet de loi, comme l'ont indiqué M. Lastewka et d'autres. Il est
important que nous avancions, puisqu'une protection de la vie
privée s'impose. Mais nous allons devoir nous en remettre à la
décision de la Cour suprême.
M. Jacques Frémont: Encore.
Des voix: Oh, Oh!
La présidente: Merci. La séance est levée.