STANDING COMMITTEE ON INDUSTRY
COMITÉ PERMANENT DE L'INDUSTRIE
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mercredi 3 février 1999
• 1540
[Traduction]
La présidente (Mme Susan Whelan (Essex, Lib.)): Conformément
à un ordre de renvoi de la Chambre en date du mardi 3 novembre
1998, nous faisons l'examen du projet de loi C-54, Loi visant à
faciliter et à promouvoir le commerce électronique en protégeant
les renseignements personnels, utilisés ou communiqués dans
certaines circonstances, en prévoyant l'utilisation de moyens
électroniques pour communiquer ou enregistrer de l'information et
des transactions et en modifiant la Loi sur la preuve au Canada, la
Loi sur les textes réglementaires et la Loi sur la révision des
lois.
En attendant que la ministre arrive, nous pourrions peut-être
passer au point 7 de notre ordre du jour, c'est-à-dire la motion de
M. Jones. Nous pouvons traiter votre motion maintenant, si cela
vous va, monsieur Jones.
M. Jim Jones (Markham, PC): D'accord.
La présidente: Voulez-vous proposer la motion?
M. Jim Jones: Oui. Je propose que M. Howard Wilson, conseiller
en éthique, soit sommé de comparaître devant le comité pour
répondre à des questions sur l'examen qu'il a fait des relations
d'affaires du premier ministre.
Cette motion est très claire. Si le comité l'adopte, Howard
Wilson comparaîtra devant notre comité, en sa qualité de conseiller
en éthique, pour répondre aux questions des députés sur la façon
dont il a appliqué les règles de divulgation applicables au premier
ministre.
En 1993, le premier ministre a convenu de vendre ses actions
du club de golf de Grand-Mère. Il possédait 25 p. 100 des actions,
ce qui représentait plus de 200 000 $.
La présidente: Monsieur Jones, votre motion me pose deux
problèmes dont nous devrions d'abord discuter. En fait, M. Wilson
n'a de rapport à nous faire que sous le régime de la Loi sur
l'enregistrement des lobbyistes. Il n'a pas à répondre à nos
questions sur ce que fait le premier ministre ou sur les
transactions commerciales ou autres du premier ministre. Donc,...
M. Jim Jones: Le conseiller en éthique relève du ministre de
l'Industrie et donc de notre comité. Son bureau est dans l'immeuble
du ministère de l'Industrie.
La présidente: Il en va peut-être autrement dans les faits,
toutefois. Tout ce qui relève du ministère de l'Industrie n'a pas
toujours été, par le passé, inscrit au mandat de notre comité. Le
récent rapport du Bureau de la concurrence en est un bon exemple.
Ce rapport a été renvoyé devant le Comité des finances. Le fait que
certains postes relèvent du ministère de l'Industrie ne signifie
pas que nous avons automatiquement le droit d'examiner les actes de
leurs titulaires.
J'estime que la motion est irrecevable compte tenu du mandat
de notre comité. Dans sa forme actuelle, elle est irrecevable, à
moins que vous puissiez nous présenter plus tard des preuves
qu'elle l'est.
M. Jim Jones: Je le ferai avec grand plaisir.
Permettez-moi de déposer également avis d'une motion pour que
M. François Beaudoin, président de la Banque de développement du
Canada, soit sommé de comparaître devant le comité le plus tôt
possible pour expliquer les exigences en matière d'octroi de prêts,
de mesures de conformité et de remboursement des prêts, plus
précisément dans le cas d'Yvon Duhaime.
La présidente: Merci beaucoup. Nous en prenons bonne note,
monsieur Jones.
Nous avons le grand plaisir d'avoir avec nous aujourd'hui la
ministre. Vous avez, je crois, une déclaration liminaire pour nous,
n'est-ce pas exact?
L'hon. Anne McLellan (ministre de la Justice et procureure
générale du Canada): Oui.
La présidente: Veuillez commencer quand vous serez prête.
[Français]
Mme Anne McLellan: Merci beaucoup, madame la
présidente. Bonjour à vous, ainsi qu'aux membres du
comité.
[Traduction]
J'ai le plaisir de vous rencontrer aujourd'hui pour parler du
projet de loi C-54, Loi sur la protection des renseignements
personnels et les documents électroniques. Veuillez m'excuser
d'être arrivée quelques minutes en retard.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, je raconterai, si vous me
le permettez, une anecdote qui illustre les raisons pour lesquelles
nous traitons maintenant de ce projet de loi. À une certaine
époque, le gouvernement du Canada traitait avec ses citoyens au
moyen d'une certaine technologie. Il a ensuite décidé d'utiliser
une technologie nouvelle et plus avantageuse. Toutefois, certains
s'inquiétaient de l'à-propos d'utiliser cette deuxième technologie.
Le Parlement a réagi en adoptant la Loi sur les documents publics.
Permettez-moi de vous lire un extrait de l'article 2 de cette loi:
Il n'est pas nécessaire de grossoyer sur parchemin aucune
commission ni aucun autre document public [...] mais ces documents,
s'ils sont écrits ou imprimés en totalité ou en partie sur papier,
sont aussi valides sous tous les rapports que s'ils eussent été
écrits ou imprimés sur parchemin.
Voilà en résumé ce sur quoi portent les parties 2 et 5 du
projet de loi C-54. Ses dispositions facilitent l'utilisation des
nouvelles technologies, tout comme le papier était considéré comme
un nouveau support ou une nouvelle technologie et remplaçait le
parchemin il y a une centaine d'années. De nos jours, il ne s'agit
plus de remplacer le papier, mais d'adopter une nouvelle
technologie. Nous sommes passés du parchemin au papier, et nous
passerons maintenant aux moyens électroniques.
• 1545
[Français]
Le gouvernement doit être en mesure de servir les
Canadiens et les Canadiennes de façon à la fois
rentable et efficace.
[Traduction]
Il est essentiel d'offrir à tous les Canadiens des moyens de
communication et de prestation des services modernes. Le projet de
loi C-54 permettra au gouvernement du Canada d'offrir ses services
aux Canadiens de façon sûre et efficace par des moyens
électroniques. Ce projet de loi permettra également à notre système
judiciaire de reconnaître et d'accepter les preuves électroniques.
Madame la présidente, en octobre dernier, à la réunion des
ministres de l'Organisation de coopération et de développement
économiques, l'OCDE, qui a eu lieu à Ottawa, le Canada s'est engagé
à adapter notre infrastructure judiciaire à tous les médias. En
d'autres mots, du point de vue juridique, le projet de loi C-54
placera les transactions électroniques sur le même pied que les
transactions sur papier. Il garantira aux particuliers et aux
entreprises que les documents et les signatures électroniques sont
valides du point de vue juridique. Le projet de loi C-54 ne
remplacera ni n'éliminera la communication sur support papier; il
fera de la transmission de renseignements électroniques par
ordinateur une option réaliste, pratique et légitime. En adoptant
le projet de loi C-54, le Canada fera un grand pas vers la
réalisation des engagements internationaux qu'il a contractés en
octobre auprès de l'OCDE.
À l'échelle nationale, le projet de loi rapprochera le
gouvernement de son objectif de faire du Canada la nation la plus
branchée au monde et un leader international en matière de commerce
électronique. Je crois savoir, chers collègues, que lorsque John
Manley a comparu devant vous, il vous a montré une vidéo et fait
connaître son opinion sur les progrès qui ont été réalisés pour ce
qui est de faire du Canada le pays le plus branché au monde.
[Français]
Le projet de loi C-54 s'attaque à un certain nombre
d'obstacles qui nuisent à la croissance du commerce
électronique au Canada. Les entreprises et les
citoyens nous ont répété à maintes reprises que nous
devions les rassurer en ce qui concerne la protection de
la vie privée et la sécurité avant qu'ils transigent au
moyen de l'Internet. Le projet de loi C-54 vise à
donner confiance dans le commerce électronique.
[Traduction]
Le projet de loi a quatre effets: il garantit la protection de
la vie privée des personnes qui communiquent par des moyens
électroniques; il adapte le cadre juridique afin que nos lois
soient compatibles avec un environnement électronique; il précise
comment est évaluée la fiabilité des documents électroniques
présentés en preuve devant les tribunaux, et il confère un
caractère officiel aux versions électroniques de la codification
des lois et règlements fédéraux.
La partie 1 du projet de loi porte sur la protection des
renseignements personnels. Le ministère de la Justice appuie
Industrie Canada dans ses efforts pour établir une politique
canadienne de la protection des renseignements personnels dans le
secteur privé. En décembre dernier, lorsque le ministre Manley et
ses fonctionnaires ont expliqué à votre comité les dispositions de
ce projet de loi dans ce domaine, certains députés ont exprimé
certaines réserves quant au rôle du gouvernement fédéral à cet
égard. À titre de conseillère judiciaire du gouvernement, je tiens
à assurer au comité et à déclarer officiellement que cette mesure
législative est constitutionnelle et que le gouvernement fédéral
est dans son droit de présenter une mesure législative à cette fin.
• 1550
Comme vous le savez, les pouvoirs constitutionnels du
gouvernement fédéral en matière de protection des renseignements
personnels viennent de sa compétence en matière de réglementation
du commerce, alors que les pouvoirs constitutionnels des provinces
viennent de leur compétence en matière de droit de la propriété de
droits civils. Ce projet de loi propose un ensemble uniforme de
règles régissant la collecte, l'utilisation et la divulgation de
renseignements personnels dans le commerce, dans le secteur privé.
Toutefois, compte tenu de leurs pouvoirs constitutionnels, les
provinces devraient avoir suffisamment de marge de manoeuvre pour
adopter des mesures législatives semblables dans les domaines qui
relèvent de leur compétence.
Mon collègue le ministre Manley et moi-même, ainsi que les
fonctionnaires de nos ministères respectifs, avons hâte de
continuer à travailler en étroite collaboration avec nos collègues
des provinces et des territoires pour offrir aux Canadiens des
mesures complètes de protection de la vie privée, et ce, dans tous
les aspects de leur vie.
Permettez-moi de discuter maintenant des dispositions de ce
projet de loi qui relèvent de ma compétence, en qualité de ministre
de la Justice.
La partie 2 du projet de loi constitue un outil législatif
pouvant servir à modifier les lois fédérales actuelles pour les
rendre compatibles avec l'environnement électronique. Cette section
du projet de loi permettra aux ministères, commissions et
organismes fédéraux de communiquer avec les Canadiens et de leur
fournir des services par l'entremise de médias électroniques. Le
gouvernement et les Canadiens auront ainsi la possibilité d'envoyer
et de recevoir de l'information sous forme numérique.
À l'heure actuelle, plus de la moitié des 600 lois fédérales
mentionnent l'obtention ou l'envoi d'informations que l'on pourrait
interpréter comme étant uniquement sur support papier. Vu le nombre
de lois fédérales à modifier pour tenir compte des formats
électroniques, nous devons trouver pour ce faire une méthode
économique et rapide. L'approche que je propose est à la fois
générale et exhaustive.
La partie 2 renferme des dispositions interprétatives et
habilitantes qui établissent un degré d'équivalence entre le
support papier et le format électronique. On aura le choix
d'ajouter ces dispositions aux lois et règlements actuels. En bout
de ligne, le projet de loi proposé permettra aux ministères
fédéraux de reconnaître et d'accepter les documents électroniques
et, par conséquent, de satisfaire aux exigences relatives aux
originaux, aux signatures et aux formulaires imprimés. Les
ministères pourront se servir de la loi lorsque leurs clients, à
savoir les entreprises et les particuliers partout au Canada,
seront prêts et disposés à effectuer des transactions
électroniques.
Au cours des consultations, j'ai garanti à un certain nombre
de ministères que chacun d'eux aurait la possibilité et la marge de
manoeuvre voulues pour adhérer à la loi uniquement lorsqu'ils
estimeront que les circonstances le justifient et lorsqu'ils seront
prêts à utiliser la technologie. Ainsi, les ministères et
organismes disposeront du temps nécessaire pour mettre à niveau et
modifier leurs fonctions de gestion afin de pouvoir fonctionner
dans un environnement électronique.
Lorsque nous avons préparé des propositions pour favoriser
l'utilisation des moyens électroniques dans la communication et la
conduite des affaires publiques, nous avons envisagé des questions
très élémentaires au sujet de la nature de l'information échangée
sous forme électronique. Par exemple, comment satisfaire par des
moyens électroniques des exigences particulières comme celles
relatives aux originaux, aux signatures et aux déclarations
assermentées ou attestées.
Bien sûr, les avocats parmi vous connaissent bien ces concepts
et leurs répercussions sur nos vies, qu'il s'agisse de mesures sur
les fraudes ou d'autres genres d'instruments, comme les lois sur la
preuve, etc., par lesquels nous attestons l'authenticité des
documents.
[Français]
Pour aborder cette question, nous avons dû choisir une
méthode tenant compte des différences entre la
communication par voie électronique et la communication
sur papier.
[Traduction]
Habituellement, il nous faut la preuve d'une entente sous la
forme d'un document original afin que le tribunal soit convaincu
que les dispositions et modalités de l'entente n'ont pas été
modifiées depuis la signature de ladite entente. Il s'agit de la
«règle de la meilleure preuve».
• 1555
Dans un monde fondé sur le papier, la règle de la meilleure
preuve est habituellement respectée lorsque l'on produit un
document original sur support papier, qu'il s'agisse d'un contrat,
d'un testament, d'un bail, ou d'un autre type de document.
Cependant, il est difficile de satisfaire à cette règle dans un
monde électronique parce qu'il est difficile de trouver un document
électronique original. Contrairement au document sur support
papier, il n'y a rien à la surface d'un document électronique qui
distingue l'original d'une copie. Contrairement au document sur
support papier, il n'y a pas de signature manuscrite qui peut être
authentifiée au moyen d'une comparaison visuelle avec d'autres
échantillons.
Dans un monde électronique, lorsque nous voulons vérifier
l'intégrité d'un document électronique—c'est-à-dire, lorsque nous
voulons nous assurer que le contenu du document électronique n'a
pas été modifié depuis qu'il a été créé et enregistré—nous devons
examiner la fiabilité du système électronique sur lequel le
document a été créé. Pour ce faire, nous devons disposer d'une loi
qui établit un lien entre la fiabilité du système servant à rédiger
le document et la fiabilité du document électronique. Ce concept
constitue la pierre angulaire de toute proposition relative à la
preuve électronique, non seulement ici, mais partout dans le monde.
À titre d'information, en août dernier, après une période de
consultation intensive, et en collaboration avec les provinces et
les territoires ainsi qu'avec le secteur privé par l'entremise de
la Conférence sur l'uniformisation des lois du Canada, toutes les
parties intéressées se sont rencontrées et ont approuvé une ébauche
de loi sur la preuve électronique.
La partie 3 du projet de loi C-54 propose de modifier la Loi
sur la preuve au Canada afin d'y intégrer les principes énoncés
dans l'ébauche de la Conférence sur l'uniformisation des lois du
Canada.
Les modifications à la Loi sur la preuve au Canada proposées
par la Conférence comportent de nombreux avantages.
Premièrement, les modifications portent sur des points souvent
confus au sujet de la preuve électronique que l'on trouve
actuellement dans la jurisprudence. Grâce aux modifications
apportées à la Loi sur la preuve au Canada, les lois régissant la
preuve électronique seront beaucoup plus faciles à comprendre pour
les avocats et leurs clients. Les modifications proposées
encourageront les gens à créer et à utiliser des documents
électroniques sans craindre que les tribunaux rejettent leurs
dossiers électroniques et s'engagent dans une recherche
infructueuse—et, si j'ose dire, coûteuse—afin de retrouver un
document original pour satisfaire à la règle de la meilleure
preuve.
Deuxièmement, afin qu'une preuve électronique puisse être
admissible dans des poursuites en justice, les modifications à la
Loi sur la preuve au Canada énonceront clairement ce qu'un témoin
devra présenter pour prouver la fiabilité du système de
conservation des dossiers. Par conséquent, nous allons veiller à ce
que les personnes chargées de la tenue des dossiers demeurent
responsables de la fiabilité de leurs documents électroniques et de
leurs systèmes de conservation des dossiers.
Troisièmement, les modifications ne créeront pas un fardeau
indu pour les parties à une poursuite parce que les propositions
préciseront ce qui doit être prouvé.
Les modifications établissent un équilibre entre divers
intérêts et préoccupations. Parallèlement, les nouvelles
dispositions établissent des différences de procédure pour ceux qui
cherchent à faire admettre en preuve des documents électroniques
créés à partir de leurs propres systèmes de conservation des
dossiers et pour ceux qui s'appuient sur des documents
électroniques provenant de systèmes de conservation des dossiers
d'autres parties, et c'est une distinction importante.
Je propose également des modifications à la Loi sur la preuve
au Canada afin de permettre l'établissement par règlement de
présomptions particulières pour ce qui est des signatures
électroniques sécurisées liées à l'infrastructure à clé publique du
gouvernement fédéral.
Comme vous le savez, l'infrastructure à clé publique renvoie
à un système de technologie et de procédures qui nous permet de
déterminer qui a signé un document électronique. Ces présomptions
vont aider les tribunaux qui examinent des documents électroniques
ayant été signés au moyen de la technologie de la signature
numérique ou d'autres techniques de cryptographie. Les changements
proposés à la Loi sur la preuve au Canada vont aider les tribunaux
à déterminer l'identité de la personne qui a signé le document
électronique et contribueront à confirmer l'intégrité de ce
document.
• 1600
Le projet de loi C-54 fera du gouvernement un utilisateur
modèle de la technologie électronique et établira des normes de
pratique à la fois élevées et raisonnables. Le gouvernement fédéral
exigera l'utilisation de signatures électroniques sécurisées
utilisant la technologie de la signature numérique lorsque la loi
exige des attestations ou des documents originaux.
La partie 3 propose aussi des modifications à la Loi sur la
preuve au Canada qui confère aux avis et aux lois publiés
électroniquement par l'imprimeur de la Reine la même valeur
juridique que ceux publiés sur support papier.
De plus, la partie 4 du projet de loi C-54 modifiera la Loi
sur les textes réglementaires afin de permettre au gouverneur en
conseil d'exiger la publication d'une version électronique de la
Gazette du Canada, que nous connaissons tous sous sa forme
imprimée, qui sera considérée officielle.
Enfin, la partie 5 du projet de loi autorise le ministre de la
Justice à publier les modifications aux lois et règlements du
Canada, ainsi qu'une version remaniée des lois et règlements, sous
forme imprimée ou électronique. Même si on peut actuellement avoir
accès à la version électronique des lois et règlements sur Internet
et sur CD-ROM, cette version n'a pas de caractère officiel.
Les modifications proposées dans les parties 4 et 5 entreront
en vigueur lorsque la technologie adéquate sera déployée pour
assurer l'intégrité des versions électroniques des lois et
règlements. Dès que la partie 5 entrera en vigueur, les versions
imprimées et électroniques seront toutes deux officielles et
admissibles en preuve aux termes de la Loi sur la preuve au Canada.
En terminant, madame la présidente et membres du comité, le
gouvernement du Canada cherche à assurer la prospérité des
Canadiens dans une économie de plus en plus concurrentielle et
branchée. Je suis convaincue que lorsque M. Manley a comparu devant
ce comité, il a parlé abondamment de cet important défi ainsi que
de notre capacité, en tant que pays, de le relever.
L'environnement électronique évolue rapidement et devient de
plus en plus perfectionné. Nous devons continuer de surveiller de
près les questions et les répercussions juridiques qui découlent de
ces progrès technologiques et prendre les mesures qui s'imposent à
l'échelle fédérale et internationale.
Au Canada, nous allons continuer de déployer des efforts
soutenus pour trouver des solutions pratiques et efficaces par
l'intermédiaire d'organismes comme la Conférence sur
l'uniformisation des lois du Canada. À l'étranger, nous allons
continuer de collaborer avec la Commission des Nations unies sur le
droit commercial et international (CNUDCI) et la Conférence de
La Haye pour détecter et atténuer les obstacles inhérents aux
différents systèmes juridiques afin de pouvoir arriver à un cadre
juridique qui favorisera harmonieusement l'élimination des
frontières dans le secteur du commerce et des communications
électroniques.
Le projet de loi C-54 modifie le cadre juridique du
gouvernement fédéral ainsi que les lois et règlements afin
d'assurer leur pertinence à l'ère du numérique.
[Français]
Madame la présidente, je vous remercie de m'avoir donné
l'occasion de faire cette présentation au comité. Je
vous remercie également pour votre examen attentif de
cet important projet de loi et pour l'appui que vous
lui accordez.
[Traduction]
Madame la présidente, chers collègues, je vous remercie de
votre attention. Je me rends compte que certaines parties du projet
de loi dont je suis responsable sont assez techniques, mais elles
sont aussi très importantes. Elles établissent l'infrastructure
juridique dont nous avons besoin pour aider les Canadiens et les
gouvernements à utiliser les médias électroniques pour effectuer
des opérations commerciales, que ce soit avec nous, entre eux ou
avec d'autres partenaires dans le monde.
Je serai heureuse de répondre à vos questions. Je suis
accompagnée de mes savants fonctionnaires qui sauront répondre aux
questions techniques que vous pourriez avoir au sujet de la
technologie et des autres aspects de notre proposition qui s'y
rapportent.
Merci, madame.
• 1605
La présidente: Merci beaucoup, madame la ministre.
Nous allons maintenant passer aux questions. Auparavant, je
dois vous dire que lorsque nous avons parlé du projet de loi C-54
pour la première fois et que j'ai expliqué les champs de
compétence, je l'ai fait avec le sourire. On a pensé que je
blaguais lorsque j'ai dit que le ministre de l'Industrie était
responsable de la partie 1, à savoir la Loi sur la protection des
renseignements personnels, et que le ministre de la Justice était
responsable des parties 2 à 5, qui portent sur les questions
électroniques.
Mme Anne McLellan: C'est exact. Cela peut paraître
étonnant, mais c'est bien le cas. Vous avez bien décrit la
situation.
La présidente: Peut-être que vous pourriez nous expliquer la
situation avant de commencer.
Mme Anne McLellan: Je suis responsable des parties 2 à 5
parce qu'elles portent sur l'infrastructure juridique. En fait, il
s'agit de modifier des lois comme la Loi sur la preuve au
Canada—dont je suis directement responsable—et d'apporter des
amendements portant sur la façon de présenter la preuve—par
exemple, les documents d'authentification et ce genre de choses.
C'est technique, ce n'est pas très prestigieux, mais c'est un
élément important de notre infrastructure juridique, et j'en suis
responsable.
De toute évidence, les mesures comme celles visant à s'assurer
que la version électronique de la Gazette du Canada et les
révisions s'y rapportant soient considérées comme des documents
officiels admissibles en vertu de la Loi sur la preuve au Canada,
je le répète, constituent des questions très techniques. Ceux
d'entre vous qui sont avocats savent que ces questions peuvent
facilement accaparer beaucoup de notre temps. Vous pouvez vous
faire expulser du tribunal. Vous risquez de gaspiller le temps et
l'argent de vos clients à moins de vous attarder aux détails qui
vous permettent de répondre aux critères fondamentaux de la charge
de présentation et des hypothèses. Voilà ce dont je suis
responsable.
Mon collègue, le ministre de l'Industrie, est responsable des
propositions qui permettent de veiller à ce que les Canadiens aient
l'assurance, lorsqu'ils utilisent les médias électroniques, que
leurs communications sont protégées et traitées conformément au
plan établi. Bien entendu, M. Manley a la responsabilité—ce n'est
pas la mienne—de collaborer avec l'OCDE, la CNUDCI et ses
homologues provinciaux, pour veiller à ce que nous ayons un système
qui protège la vie privée, si chère aux Canadiens, et qui, à mon
humble avis, tient compte des pouvoirs constitutionnels des
provinces.
La présidente: Merci.
Nous allons maintenant commencer par les questions de
M. Pankiw.
M. Jim Pankiw (Saskatoon—Humboldt, Réf.): Merci, madame la
présidente.
À propos des préoccupations des provinces, que prévoyez-vous
et dans quel délai pensez-vous pouvoir y remédier?
Mme Anne McLellan: Est-ce que vous parlez de la protection
des renseignements personnels? Ce sont les seuls problèmes dont
j'ai entendu parler.
M. Jim Pankiw: Oui, c'est ce que je dis.
Mme Anne McLellan: Je crois que vous avez eu une longue
discussion avec M. Manley à ce sujet. Je sais qu'il a rencontré ses
homologues provinciaux, les ministres responsables de la
consommation et des opérations des compagnies, depuis sa
comparution ici. Dans certains cas, celui de la Saskatchewan
notamment, les ministres de la Justice sont également concernés. Il
y a donc, du moins dans certaines provinces, un point de
convergence entre les deux dossiers. La rencontre de M. Manley
s'est très bien passée, ce qui ne veut pas dire que certaines
provinces ne continuent pas à exprimer certaines préoccupations.
Pour paraphraser M. Manley, quand on a su ce que pouvait
représenter pour le commerce électronique au Canada la récente
directive de l'OCDE, par exemple, beaucoup de ministres provinciaux
ont compris que cela n'était pas un problème strictement
provincial. En fait, cela dépasse non seulement les frontières
provinciales mais aussi les frontières nationales. Je parle,
évidemment, de transactions internationales par voie électronique.
Cela va exiger un effort constant menant à de plus en plus
d'ententes multilatérales—du moins bilatérales, mais de préférence
multilatérales—avec d'autres pays afin que nos citoyens puissent
non seulement faire des transactions commerciales mais être assurés
que leurs droits seront protégés.
Je crois que les délais sont indiqués dans la loi. Cela
s'applique au secteur privé sous réglementation fédérale, sur
lequel nous avons compétence exclusive. D'après ce que j'ai
compris, si les provinces n'ont pas adopté leurs propres
dispositions législatives à la fin de ces trois ans, notre
proposition s'appliquera. Il est impossible de laisser un hiatus
dans l'infrastructure législative car, sinon, il y a des gens qui
ne sont pas protégés.
• 1610
Je demanderais à mes collaborateurs s'il y a autre chose à
dire pour mieux expliquer le problème? J'insiste sur le fait que
cela relève de M. Manley. Peut-être que le fonctionnaire de son
ministère devrait s'asseoir ici puisque je parle tellement de lui.
M. Jim Pankiw: Je comprends bien que cela intéresse davantage
le ministre Manley et peut-être ne devrais-je pas...
Mme Anne McLellan: Je ne vois pas d'inconvénient à ce que
nous poursuivions.
M. Jim Pankiw: Si je vous comprends bien, vous n'y voyez pas
vraiment de problème. Vous dites que si les provinces n'ont pas
leurs propres lois au bout de cette période de trois ans, c'est la
loi fédérale qui s'appliquera, un point c'est tout.
Mme Anne McLellan: Non, la loi s'applique au secteur privé
sous réglementation fédérale. Cela relève de notre compétence
exclusive, c'est évident. Les tribunaux l'ont toujours dit. Cela ne
pose pas de problème. Nous avons aussi notre propre loi sur la
protection des renseignements personnels qui s'applique au secteur
public, si bien que celui-ci est évidemment couvert.
Pour ce qui est des pouvoirs en matière de commerce, je suis
sûre que certains députés du Bloc interpréteront les choses
différemment et c'est tout à fait légitime. C'est la raison pour
laquelle nous avons des tribunaux. Notre point de vue pour ce qui
est du pouvoir en matière de commerce à ce sujet est que lorsqu'il
s'agit de transactions commerciales qui ne sont pas limitées à une
province, on va au-delà des droits civils et des droits de
propriété. Lorsque je suis à Ottawa et que je fais une transaction
avec quelqu'un en Colombie-Britannique ou à Genève, cela dépasse le
domaine des droits civils et de propriété. Nous estimons que c'est
un aspect qui relève du commerce.
Je n'ai pas l'intention de vous faire un cours—on m'accuse
parfois de le faire—sur la jurisprudence entourant la question du
commerce dans notre pays. Toutefois, nous savons que le Québec a sa
propre législation. Celle-ci s'applique, c'est normal, et
continuera de s'appliquer aux transactions à l'intérieur de la
province. Personne ne le conteste. En fait, nous aimerions que
d'autres provinces fassent ce qu'a fait le Québec. Nous aimerions
qu'elles adoptent leurs propres lois afin que les Canadiens, où
qu'ils vivent, sachent que les renseignements personnels qu'ils
communiquent bénéficient de cette protection lorsqu'ils se livrent
à des transactions commerciales par des moyens technologiques,
c'est-à-dire au commerce électronique.
La présidente: Dernière question, monsieur Pankiw.
M. Jim Pankiw: Pourquoi votre ministère et le ministère de
l'Industrie ont-ils estimé nécessaire de combiner les aspects
séparés que sont la protection des renseignements personnels et
l'infrastructure juridique dans le même projet de loi? C'est
probablement lié, mais pourquoi ne pas avoir deux projets de loi?
Mme Anne McLellan: J'espère ne pas révéler de confidences
ni de secrets ici, mais M. Manley et moi aurions beaucoup aimé que
les deux parties du projet de loi soient présentées séparément.
Nous reconnaissons les problèmes que vous rencontrez pour ce qui
est de la protection des renseignements personnels car cela revêt
énormément de dimensions différentes sans compter que vous devez
ensuite vous pencher sur les parties 2 à 5, terriblement techniques
et juridiques à propos de l'infrastructure. Cela a toutefois été
décidé ainsi pour faciliter les choses à la Chambre. Cela se
comprend. Il s'agit de commerce électronique et quand on m'a
expliqué la chose, j'ai été tout à fait d'accord. La protection des
renseignements personnels est un élément important du commerce
électronique.
Je suis certaine que lorsqu'il a comparu, M. Manley vous a dit
que les Canadiens étaient tout à fait favorables au commerce
électronique, avec une petite réserve: la protection des
renseignements personnels ou l'utilisation que l'on fera des
renseignements qu'ils donneront. Il n'est donc pas possible de
discuter d'un côté de la protection des renseignements personnels
et de l'autre de créer une infrastructure juridique visant à
faciliter le commerce électronique.
C'est pourquoi j'ai finalement acquiescé car c'est tout à fait
logique. Ce sont les deux moitiés d'un même ensemble, et c'est la
raison pour laquelle nous comparaissons tous les deux devant votre
comité au sujet de ce projet de loi.
• 1615
M. Jim Pankiw: Vous auriez toutefois préféré qu'il y ait deux
projets de loi distincts.
Mme Anne McLellan: Non, je suis tout à fait satisfaite que
cela soit groupé. Je répète que je considère maintenant qu'il
s'agit des deux moitiés d'un ensemble. Sans les garanties
concernant la protection des renseignements personnels, les
Canadiens n'utiliseront pas le commerce électronique comme ils le
souhaitent et nous perdrons notre première place dans le monde.
Nous prendrons du retard.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Pankiw.
[Français]
Monsieur Bellemare, avez-vous des questions?
M. Eugène Bellemare (Carleton—Gloucester, Lib.):
Madame la ministre, je vous remercie de votre
historique sur la question des parchemins, du papier et
du système électronique d'aujourd'hui. Votre
explication était très rassurante et très intéressante.
Une chose m'inquiète dans le projet de loi. C'est
qu'il semble que les journalistes aient des droits
extraordinaires et qu'il pourrait y avoir des abus.
C'est ce qui m'inquiète. Les médias révèlent des
renseignements confidentiels sur le consommateur,
l'individu, le Canadien ou la Canadienne, par exemple.
Pourquoi les médias ont-ils été protégés de cette
façon, d'une part? D'autre part, pourquoi le citoyen
n'est-il pas protégé contre des abus possibles?
[Traduction]
Mme Anne McLellan: Pour la gouverne de nos collègues,
monsieur, je crois que le paragraphe dont vous parlez est le
paragraphe (1) de l'article 4 qui stipule que: «La présente partie
s'applique à toute organisation à l'égard des renseignements
personnels». L'alinéa c) du paragraphe (2) de l'article 4 stipule
plus loin que cette partie ne s'applique pas
à une organisation à l'égard des renseignements personnels qu'elle
recueille, utilise ou communique à des fins journalistiques,
artistiques ou littéraires et à aucune autre fin.
Je suis sûre, monsieur, qu'étant donné vos intérêts, vous
comprendrez l'importance de la licence artistique.
M. Eugène Bellemare: En effet.
Mme Anne McLellan: Cette clause reconnaît que la Charte des
droits et libertés protège la liberté d'expression. C'est l'une des
libertés fondamentales que tous les Canadiens considèrent comme
sacrée. Il est important de trouver un juste équilibre entre le
droit des particuliers à la protection des renseignements
personnels, qui est aussi sacré, et la liberté d'expression. Aussi,
dans des régimes législatifs tels que celui-ci, le gouvernement est
amené à reconnaître les deux droits tout en essayant de trouver un
juste équilibre. Ce que nous avons ici est, à notre avis, la preuve
que nous reconnaissons qu'il faut trouver un juste milieu entre le
droit des particuliers à la protection des renseignements
personnels et le droit des journalistes, et de ceux qui sont
artistes ou auteurs, d'exercer une profession juste et raisonnable.
Quelqu'un voudrait-il ajouter quelque chose à ce sujet?
Ne pensez pas que cela leur donne un droit illimité de publier
des renseignements personnels ou confidentiels. Non. C'est aux fins
journalistiques, artistiques ou littéraires, sinon on ne peut pas
recueillir, utiliser ou dévoiler ces renseignements à d'autres
fins.
M. Eugène Bellemare: Madame la ministre, les médias ont de
vastes pouvoirs lorsqu'il s'agit d'accéder à n'importe quoi. Avec
leurs systèmes de regroupement qui leur permettent de contrôler
tout un éventail d'organisations, d'entreprises, etc., un seul
journaliste a certainement accès à des tas de renseignements qu'il
n'utilisera pas forcément à bonne fin. Par exemple, en période
électorale, on peut réellement démolir un candidat qui vous
déplaît. Si l'usage à mauvais escient de renseignements personnels
permet de démolir un candidat, celui-ci n'a aucun recours parce que
le temps ne lui permet pas d'agir en période électorale. S'il
s'agit d'une mère célibataire assistée sociale, elle n'est pas en
mesure d'avoir recours à la justice comme pourrait le faire une
grosse société. Comment peut-on protéger ces gens contre le mauvais
usage de renseignements?
• 1620
Mme Anne McLellan: Permettez-moi de souligner, encore une
fois, que cette partie de la loi relève de M. Manley. Bien que je
sois tout à fait prête à lui transmettre vos préoccupations et à
tenter d'y répondre de mon mieux, je tiens à vous le rappeler.
Il ne faut pas oublier une chose. Nous avons tenté de trouver
un équilibre entre la protection de la vie privée et la liberté
d'expression, mais personne ne doit penser que les lois habituelles
ne s'appliquent pas, en l'occurrence. Par exemple, les lois
habituelles sur la diffamation s'appliquent. Dans certains cas, que
nous connaissons tous, parce que nous menons une vie publique,
quelqu'un qui divulgue quelque chose à notre sujet dans un journal,
version copie, aujourd'hui, pourrait être passible de poursuites
civiles. Si nous pensons que ce qui a été publié est diffamatoire
ou empiète sur nos droits, nous pouvons en appeler aux tribunaux.
Ce recours existe dans certains cas depuis des siècles et sera
maintenu. Rien dans ce projet de loi ne modifie la common law ou
les lois qui nous offrent une protection de base en matière de
diffamation, etc.
Vous soulevez une question tout à fait légitime en ce qui
concerne l'équilibre à trouver et la question de savoir si nous y
sommes parvenus dans ce projet de loi. Si le comité estime que la
définition est trop large ou que l'équilibre est faussé dans ce
projet de loi, je suis tout à fait ouverte à vos suggestions comme
le sera, je le sais, M. Manley.
Toutefois, je reviens au fait qu'il faut trouver un équilibre
entre les différents droits. Par conséquent, il nous faut
reconnaître qu'il existe un droit important de liberté
d'expression, du moins pour certains, que les tribunaux ont déjà
défini dans le contexte des autres médias tels que les journaux, la
radio, la télévision, et Internet.
La présidente: Merci, madame la ministre.
[Français]
Merci, monsieur Bellemare.
Madame Lalonde, s'il vous plaît.
Mme Francine Lalonde (Mercier, BQ): Bonjour,
madame la ministre de la Justice. Je voudrais d'abord
vous dire que vous me surprenez parce que vous êtes
toujours ministre de la Justice même si vous nous dites
que vous êtes responsable des parties 2 et suivantes de
ce projet de loi.
M. Owens, qui a fait une recherche exhaustive sur les
renseignements personnels pour le compte du Groupe de
travail sur l'avenir du secteur des services financiers
canadien, dit tout au long de son livre, mais plus
particulièrement à la page 152:
Si la protection de la vie privée
doit, de manière générale, être assurée, cela se fera
dans le cadre d'une collaboration entre les instances
fédérales et provinciales, étant donné que les deux
échelons de gouvernement ont des préoccupations
légitimes en la matière, et compte tenu du fait que le
flux des données confidentielles ne respecte pas les
frontières et qu'il nécessite par conséquent une
démarche de collégialité.
Or, le ministre Manley a interrompu la démarche de
collégialité, ce que les 12 ministres de la Justice qui
se sont réunis avec vous les 29 et 30 octobre ont
déploré.
Cela a donné un projet de loi...
Cela doit être important pour
vous en tant que ministre de la Justice,
vous qui avez dit à Montréal, le 24 novembre:
Mais rehausser la
confiance du public comporte un aspect plus
subtil. Il faut pour cela rendre l'administration
de la justice
plus accessible, plus compréhensible et plus efficace;
il faut un système de justice homogène et cohérent.
Or, ce projet de loi, dans sa première partie—et je
vais parler de la deuxième partie—est confus.
Aucune des nombreuses personnes que j'ai consultées
et qui vont venir s'exprimer, y
compris du monde des affaires, ne dit qu'il n'est
pas confus.
• 1625
Ce n'est pas un projet de loi efficace pour ce qui est
des recours, et c'est un projet de loi qui, au Québec,
outre les chicanes
constitutionnelles—chicane au sens juridique du mot,
ce qui ne veut pas dire que ce sont de petites
affaires—, a l'énorme désavantage de créer deux
ensembles de règles qui vont s'appliquer aux mêmes
entreprises. Les entreprises ne savent pas à
quoi s'attendre et quelles sont leurs obligations. Les
citoyens ne savent pas quels sont leurs droits.
Madame la ministre de la Justice, comment
pouvez-vous nous assurer que ce projet de loi va
favoriser la
protection des renseignements personnels et même
faciliter le commerce électronique?
Vous cherchez à valider la
signature, avec raison, mais la signature ne peut pas être
différente au fédéral et au provincial. Quand je signe
quelque part, je ne peux pas avoir deux signatures; je
n'en ai qu'une. Des règles de signature existent
depuis longtemps en vertu du droit civil et en
vertu de la common law:
2827. La signature
consiste dans l'apposition qu'une personne fait sur un
acte de son nom ou d'une marque qui lui est
personnelle et qu'elle utilise de façon courante pour
manifester son consentement.
Dans le définition de
«signature électronique», on
ne parle pas de consentement. Dans celle de «signature
électronique sécurisée», on renvoie à des règlements qu'on
ne connaît pas.
Merci, madame la présidente.
[Traduction]
Mme Anne McLellan: Je vous remercie de votre question et de
vos commentaires. J'aimerais revenir à la question de la
collaboration parce que, dans ce contexte, c'est très important. Il
existe des questions de compétence importantes et il faut que comme
gouvernement, nous respections la compétence constitutionnelle des
provinces et que nous consacrions les efforts voulus pour
collaborer avec les provinces lorsque la compétence est partagée
afin d'éviter, par exemple, les problèmes de double emploi.
Je n'ai pas participé aux discussions avec les provinces sur
les dispositions sur la protection de la vie privée. Ces
négociations et ces consultations ont été menées par mon collègue
et le ministère de l'Industrie avec ses homologues provinciaux. Je
sais que le processus favorisait largement la collaboration. Cela
dit, je ne nie pas que quelques provinces considèrent qu'il
faudrait procéder différemment que ce qui est prévu dans ce projet
de loi. Je respecte ce point de vue, mais le défi pour moi consiste
à m'assurer que ce que nous proposons relève de la compétence
constitutionnelle du gouvernement fédéral. Si j'y parviens, il y
aura peut-être ceux qui seront en désaccord avec ce que nous
faisons, mais cela devient alors une question de choix de
politique, d'instruments. Nous ne proposons pas alors quelque chose
qui va au-delà des pouvoirs du gouvernement du Canada, sur le plan
constitutionnel.
Je respecte donc les arguments que vous invoquez et j'ai
certainement noté les questions que vous nous avez posées à
M. Manley et à moi-même à la Chambre des communes pendant la
Période des questions sur ce sujet. Je transmettrai à M. Manley ces
préoccupations que vous avez réitérées. Toutefois, en ma qualité de
ministre de la Justice, je ne peux que vous répéter que je pense
que ce que nous proposons dans ce projet de loi est constitutionnel
et conforme au pouvoir du gouvernement fédéral. Cela dit, je
reconnais qu'il est absolument essentiel que nous travaillions,
chaque fois que nous pouvons le faire, en collaboration afin
d'éviter dans toute la mesure du possible le double emploi et de
s'assurer que nous facilitons le commerce électronique et
renforçons la confiance du public dans son utilisation.
Je pense que c'est tout ce que je peux faire aujourd'hui pour
vous rassurer sur ce point.
La présidente: Merci.
[Français]
Merci, madame Lalonde.
[Traduction]
Monsieur Keyes.
• 1630
M. Stan Keyes (Hamilton-Ouest, Lib.): Merci, madame la
présidente.
Merci, madame la ministre, pour l'information que vous nous
avez fournie et d'avoir répondu à nos questions. Je vais entrer
maintenant dans les détails techniques et vous allez donc peut-être
pouvoir souffler un peu.
Du point de vue technique, je ne pense pas que les Canadiens
contestent que d'être passé du parchemin au papier et maintenant du
papier à l'espace cybernétique, constitue un pas important et qu'il
nous faut suivre cette technologie et la mettre à la disposition de
nos électeurs. Je suis persuadé que les 20 p. 100 d'électeurs dans
ma circonscription qui possèdent des ordinateurs seraient enchantés
de pouvoir envoyer leur déclaration d'impôt sur le revenu par
exemple, de leur foyer à Revenu Canada. Ce sera un jour le cas,
lorsque nous pourrons résoudre les problèmes de la protection de la
vie privée.
Un électeur de ma circonscription—afin de protéger sa vie
privée, je vais l'appeler simplement Bill sur la rue Caroline-
Sud—m'a écrit au sujet d'un problème technique qui découle du
lancement récent par Intel de son processeur Pentium 3. Il me dit
que ce produit, dans sa forme actuelle, a de graves répercussions
sur la vie privée des Canadiens.
Encore hier dans le Globe and Mail, il y avait un article, je
ne sais pas si vos collaborateurs l'ont vu, au sujet de ce
processeur Pentium 3 d'Intel et de l'enthousiasme qu'il suscite
parce qu'il est plus puissant, etc. Toutefois, on a intégré à ce
processeur un contrôle électronique de surveillance qui risque de
transformer d'Internet en un exercice extrêmement public. On
explique dans cet article comment ce contrôle peut déceler ce que
l'utilisateur tente de consulter sur Internet et même,
éventuellement, constituer un dossier sur cette personne—sans
doute, un profil du consommateur.
Ce contrôle électronique de surveillance s'appelle un NSP ou
numéro de série du processeur. Ce contrôle finit par monter un
profil de consommateur au fur et à mesure que le consommateur
consulte divers sujets sur Internet de façon régulière. Les groupes
de protection de la vie privée sont très inquiets. J'ai entendu ce
que vous avez dit au sujet de la vie privée et que cela relève du
ministre Manley, mais je pense que nous allons éprouver de la
difficulté à séparer la vie privée de la technologie parce que les
deux sont presque entrelacées. Toutefois, essayons de le faire dans
ce cas-ci. On reproche à la loi d'être trop restrictive à l'heure
actuelle pour tenir compte des technologies en pleine évolution,
qui se généralisent comme le NSP.
L'un de vos collaborateurs pourrait-il m'expliquer ce que fait
le gouvernement dans les domaines dont votre ministère est
responsable en ce qui concerne la technologie d'Internet et plus
particulièrement le NSP et cette haute technologie qu'on accuse de
plus en plus d'être en mesure un jour de remplacer le droit
traditionnel grâce à ces activités en direct?
Mme Anne McLellan: Merci, Stan. Je pense que M. Power va
répondre à cette question.
M. Michael Power (directeur adjoint, Politiques, Groupe de
travail interministériel de mise en oeuvre de l'ICP, Secrétariat du
Conseil du Trésor): C'est le genre de situation où l'on souhaite
avoir fait des études d'ingénieur plutôt que des études de droit.
M. Stan Keys: Quelqu'un a intérêt à s'y connaître dans ce
domaine.
M. Michael Power: Oui, monsieur.
Je dois commencer par dire que la possibilité de déceler de la
puce a surpris le monde. Cette capacité a produit énormément de
préoccupations à l'échelle internationale. Je pense que même Intel,
d'après ce que j'ai lu dans les journaux, repense cette question.
Toutefois, permettez-moi de vous dire que le projet de loi
C-54 n'a peut-être pas une portée étroite. En fait, nous avons
tenté de le rédiger de cette façon, il est neutre sur le plan de la
technologie en ce sens que sa partie 1 vise la collecte
d'informations par ces puces. Je ne me prétends pas expert en ce
qui concerne la partie 1, mais j'essaye de faire le lien entre ce
que je sais de la partie 1 et ce que j'ai vu dans les journaux sur
le Pentium 3.
• 1635
Ce contrôle n'est pas illégal, mais tout usage abusif de
l'information ainsi recueillie serait assujetti à la partie 1 qui
offre également un recours.
M. Stan Keyes: Sauf votre respect, monsieur Power, évitons de
nous bercer d'illusions. S'il existe une technologie capable, comme
on le prétend, d'établir un profil et de le vérifier, et que ce
profil est ensuite distribué au fabricant de gadgets, il va voir
que vous, monsieur Power, vous intéressez vivement aux gadgets,
étant donné que vous avez appelé toutes les compagnies qui en
fabriquent au cours des six derniers mois et on va venir livrer des
magazines chez vous; le consommateur aura bien du mal à prouver
qu'on fait une utilisation abusive de l'information le concernant,
et qu'il n'a fournie à personne.
Je visite des sites Internet, et cela suffit à tracer mon
profil. Je suis un joueur tout à fait innocent dans ce jeu. Mais on
établit ce genre de profil, et M. Power va recevoir les magazines
de nombreux fabricants de gadgets qui sont en concurrence, parce
qu'ils savent tous que M. Power s'intéresse à leurs produits sur
Internet.
Le particulier n'a pratiquement aucun recours pour trouver
celui qui a constitué son profil et qui l'a fait circuler, sans
doute contre rémunération, sans qu'il en sache rien. C'est très
difficile de remonter à la source, pour déterminer qui a dressé le
profil et pour savoir si ce profil n'est pas utilisé par de
nombreux intervenants.
M. Michael Power: Je voudrais répondre à cela par les éléments
suivants.
Tout d'abord, je le répète, je n'ai pas vu le livre blanc sur
la puce du Pentium 3 et je ne connais donc pas les particularités
de cette technologie, mais je crois savoir, d'après les articles
que j'ai lus—nous débattons sur des éléments d'information que
nous tenons de deuxième ou de troisième main—que la possibilité de
remonter à la source peut être supprimée à partir de l'ordinateur
personnel. C'est donc une question d'information du public; il faut
faire en sorte que les utilisateurs d'ordinateurs Pentium 3
connaissent cette possibilité de débrancher le mécanisme de pistage
avant de se servir de l'ordinateur.
Par ailleurs, cette question de pistage s'est posée l'année
dernière à propos des timbres (cookies). La question est la même et
sauf votre respect, elle appelle la même réponse. Il s'agit du
consentement éclairé qu'il faut obtenir.
Franchement, et sauf erreur de ma part que mes collègues de
l'industrie, qui sont plus experts que moi en matière de protection
de la vie privée, pourront toujours corriger, je crois savoir
qu'aux termes de la législation actuelle, n'importe quel usage peut
faire l'objet d'une enquête de la part du commissaire à la
protection de la vie privée, qui n'a pas à attendre que quelqu'un
porte plainte. Si l'on constate de nombreux cas d'utilisation
abusive de l'information, comme vous le prétendez, le commissaire
à la protection de la vie privée peut intervenir même si personne
n'a porté plainte et appliquer les mécanismes de recours prévus
dans la partie 1.
M. Stan Keyes: Un dernier commentaire très important, mais
pour dire la vérité et sauf son respect, M. Power n'est
manifestement pas au courant de cet aspect de la technologie.
Je m'intéresse beaucoup aux ordinateurs, je les aime et ils me
permettent de me tenir au courant, mais en ce qui concerne cette
puce du Pentium 3, monsieur Power, vous devez comprendre qu'elle
peut être fournie avec Intel et si on veut la désactiver, il faut
acheter un logiciel spécial. Mais pour installer ce logiciel, qu'il
a fallu acheter en plus du Pentium 3, il faut recourir aux services
d'un agent certifié de Microsoft.
La présidente: C'est de la facturation à option négative.
M. Stan Keyes: C'est de la facturation à option négative, et
tout ce genre de choses.
Monsieur Power, j'ai apprécié votre réponse, mais vous avez du
rattrapage à faire.
Mme Anne McLellan: Mais Stan, en définitive, expliquez-moi
ce qui vous préoccupe en ce qui concerne...
M. Stan Keyes: Madame la ministre, c'est parce que la
technologie dont il est question dans cette partie du projet de loi
doit être surveillée plus étroitement, de façon que le consommateur
ne soit pas soumis à une facturation à option négative et qu'il
n'ait pas à acheter...
Mme Anne McLellan: D'accord, c'est donc une question tout
à fait différente.
M. Stan Keyes: Non, c'est toujours...
• 1640
La présidente: C'est une question de consentement. Vous parlez
de l'obligation de modifier un certain nombre de lois, de
signatures et de conséquences juridiques.
L'histoire des timbres (cookies) est un peu différente, car on
peut cliquer sur oui ou sur non. Avec ce processus, le consommateur
n'a pas le choix.
Vous obligez le consommateur moyen à devenir expert en
informatique pour savoir ce qu'il achète, et la loi ne semble
offrir aucune protection. Je pense que c'est cela que M. Keyes veut
dire.
Nous sommes en présence d'un projet de loi où il est question
de protection de la vie privée et vous parlez d'apporter des
changements juridiques aux parties 1 à 5 du projet de loi.
Peut-être faudrait-il chercher dans une autre loi des dispositions
qui protègent ceux dont on n'a pas demandé le consentement contre
une telle éventualité.
En tout cas, il faut passer à la suite. La ministre n'a plus
grand temps.
Mme Anne McLellan: Je tiens à revenir un instant sur ce
sujet. C'est une question importante et je veux parler des recours
éventuels ou ce qu'il convient de faire dans une telle situation;
lorsqu'on décide d'utiliser une certaine technologie, il faut en
connaître le potentiel et les limites.
Avant que vous n'ayez terminé vos délibérations, nous vous
ferons savoir, par l'intermédiaire de mes fonctionnaires, ce que
nous pensons sur la question que vous venez de soulever. Je suis
heureuse de m'engager à le faire.
La présidente: Merci.
La ministre est pressée par le temps, mais les fonctionnaires
vont rester avec nous et continueront à répondre à nos questions.
Monsieur Jones.
M. Jim Jones: L'intervention de M. Keyes m'a paru très
intéressante et j'aimerais obtenir des renseignements
supplémentaires. Je suppose qu'Intel s'est efforcée d'éliminer
certaines tâches répétitives et qu'on peut l'activer ou le
désactiver chaque fois que la carte de crédit... toute
l'information. Je suppose que c'est comme cela. Je ne sais pas non
plus, mais j'aimerais bien le savoir.
Sur le dernier élément, l'ancien Comité des droits de la
personne a recommandé que l'on dégage des crédits suffisants pour
permettre au commissaire à la protection de la vie privée de
s'acquitter de ses obligations. Ce comité a signalé en particulier
qu'à défaut de ressources budgétaires et de personnel
supplémentaires, les pouvoirs et responsabilités confiés au
commissaire à la protection de la vie privée n'auraient aucun sens.
Est-ce que vous veillez à accompagner cette mesure législative
de fonds suffisants pour permettre au commissaire de s'acquitter de
ses fonctions?
Mme Anne McLellan: C'est encore une question qui concerne
la première partie de la loi, mais je sais que certains
s'inquiètent des moyens dont dispose le commissaire pour
s'acquitter de sa tâche.
Vous avez entendu son point de vue, puisqu'il a comparu devant
le comité. Je ne sais pas s'il en a parlé, ni ce qu'il a pu en
dire. Un représentant d'Industrie pourrait peut-être nous
renseigner. Mais ce que je peux dire, c'est que tout le monde, dans
le secteur public, est censé faire son travail à partir des
ressources disponibles. Il est entendu que lorsque nous imposons à
quelqu'un des tâches supplémentaires importantes, nous devons nous
préoccuper des ressources dont cette personne dispose. Je suis
prête à le faire à propos de ce projet de loi si l'on constate
qu'il impose au commissaire à la protection de la vie privée de
nouvelles obligations importantes, que ces ressources ne lui
permettent pas...
La présidente: Madame la ministre, permettez-moi de vous dire
que le commissaire à la protection de la vie privée nous a dit très
clairement qu'il ne pourrait pas remplir le mandat que lui confie
cette loi avec le budget dont il dispose.
Mme Anne McLellan: C'est censé nous surprendre?
La présidente: Eh bien, je croyais qu'on devait vous éclairer
là-dessus.
Mme Anne McLellan: Mais je suis tout à fait prête à
examiner toute demande de fonds de la part du commissaire, avec
pièces justificatives, suite à l'adoption d'une nouvelle loi qui
lui imposerait, ainsi qu'à son bureau et à son personnel,
d'importantes responsabilités additionnelles. Ce n'est qu'un
exemple, mais c'est celui que nous étudions aujourd'hui. Il est
évident que si le commissaire n'a pas les ressources nécessaires
pour faire son travail, nous pourrons adopter toutes les lois que
nous voulons, il ne pourra pas enquêter sur les plaintes ni
entreprendre des enquêtes de son propre chef.
Je comprends ce que vous voulez dire. Vous avez raison, et
j'ai hâte d'entendre les arguments que fera valoir le commissaire
à la protection de la vie privée pour obtenir une augmentation de
son budget.
M. Jim Jones: Donc, lorsqu'il vous présentera son budget,
puisque vous devrez l'approuver, vous lui poserez la question,
n'est-ce pas?
Mme Anne McLellan: Oui.
• 1645
M. Jim Jones: Et qui va choisir la technologie de codage et
celle de la signature électronique? Est-ce que ce sera quelqu'un du
grand public? Le public aura-t-il accès à cette technologie?
M. Michael Power: Le ministre Manley a annoncé, le 1er octobre
dernier, la politique du gouvernement en matière de cryptographie.
Cela n'avait aucun rapport avec les parties 2 à 5. La politique du
gouvernement veut qu'il n'y ait aucune restriction, au Canada, sur
l'utilisation de la technologie de cryptographie. Les seules
restrictions s'appliquent à l'exportation de cette technologie, et
ce, en vertu de l'entente de Wassenaar.
M. Jim Jones: Bien. Les gouvernements provinciaux font-ils
beaucoup appel aux documents électroniques? Les efforts des
gouvernements provinciaux et fédéral sont-ils coordonnés en la
matière? Par exemple, les consommateurs canadiens seront-ils en
mesure de traiter avec les deux paliers de gouvernement en se
servant du même logiciel?
M. Michael Power: Cela dépend de ce qu'on veut faire. Je sais,
par exemple, qu'il existe un projet pilote permettant aux
contribuables de transmettre leurs déclarations électroniquement
aux deux niveaux de gouvernement. Je crois qu'Industrie Canada
travaille non seulement avec l'Ontario mais aussi avec la ville de
Mississauga à cette fin.
Je sais que le gouvernement du Canada utilise, si possible,
des logiciels prêts à utiliser. Par exemple, nous achetons d'un
vendeur en particulier pour développer l'infrastructure publique du
gouvernement du Canada. Certains ministères en Ontario, et je crois
aussi au Québec, se servent de ce même logiciel, de cette même
technologie. Il se dessine donc un certain degré d'harmonisation.
Mais c'est certain que les trois niveaux de gouvernement se
consultent sur la meilleure façon de fournir des services
électroniques aux Canadiens.
La présidente: Ce sera votre dernière question, monsieur
Jones.
M. Jim Jones: Quel ministère fédéral se sert le plus du
commerce électronique? Quand le gouvernement va-t-il fonctionner
entièrement sur ordinateur et qui s'assure que chaque ministère
fait des progrès dans ce domaine?
Mme Anne McLellan: Je peux essayer de répondre à cette
dernière question. Comme je l'ai indiqué dans mes commentaires
concernant les dispositions de la partie 2 qui s'appliquent au
gouvernement fédéral, les ministères fédéraux peuvent y participer.
Nous ne les obligeons pas à être tous au même point en même temps.
On reconnaît le fait—votre question était excellente—que les
ministères ne fonctionnent pas tous de la même façon; ils
fournissent des services différents aux Canadiens et certains sont
plus avancés électroniquement que d'autres.
Personne ne sera surpris d'apprendre que ce sont nos amis de
Revenu Canada qui travaillent le plus sur support électronique.
Mais j'ignore si d'autres ministères—je présume qu'Industrie
Canada en fait presque autant en raison de ses relations avec le
secteur privé et avec le public canadien en vertu de son mandat.
Mais nous reconnaissons le fait que les ministères n'en sont
pas tous au même point et qu'ils sont soumis à divers types de
pressions. Certains ministères doivent réagir plus rapidement à
cause du type de relations qu'ils entretiennent avec le monde des
affaires. C'est une stratégie de participation volontaire, mais je
tiens à vous assurer que mes collègues sont pleinement d'accord
avec l'approche préconisée dans le projet de loi. Ils font leur
possible compte tenu des ressources.
Certains ministères, tels que Revenu Canada et Industrie
Canada, prennent les devants. D'autres ministères réagissent plutôt
aux événements. Mon but est d'encourager mes collègues à aller de
l'avant. Mais, oui, certains ministères sont plus avancés que
d'autres.
La présidente: Merci.
Madame la ministre, nous savons que vous avez un autre
rendez-vous et que vous devez partir. Mais je crois que vos
fonctionnaires resteront ici pour répondre à nos questions.
• 1650
Mme Anne McLellan: Oui, c'est exact. Je m'excuse de devoir
partir, mais j'avais prévu quelque chose à 17 heures et je dois y
être. Mais j'aurais été ravie de rester avec vous pour parler
davantage du monde fascinant de l'authentification électronique des
signatures et d'autres sujets.
Oui, ces questions peuvent paraître arides, mais elles sont
essentielles à l'établissement d'une infrastructure juridique, et
nous devons y travailler si le Canada veut rester un chef de file
mondial du commerce électronique. Nous ne voulons pas perdre
l'avantage stratégique et concurrentiel dont nous disposons dans ce
domaine.
Les Canadiens sont prêts à accepter le commerce électronique,
mais nous devons les rassurer, surtout en ce qui concerne la
protection des renseignements personnels. C'est très important pour
le Canada et pour son avantage concurrentiel. Je sais que vous
prenez votre travail très au sérieux, parce que cela a été reflété
dans vos questions aujourd'hui. Vous êtes au courant des défis
présentés par certains types de technologie, et je l'apprécie.
Mais votre perspicacité, votre expertise et vos conseils
contribueront à améliorer le projet de loi. M. Manley et moi le
jugerons dans cet esprit-là.
Merci beaucoup.
La présidente: Merci à vous. Au nom des membres du comité,
madame la ministre, nous vous remercions d'être venue aujourd'hui.
Nous sommes reconnaissants du temps que vous nous avez consacré.
Mme Anne McLellan: Je serai heureuse de revenir devant le
comité pour discuter de tout autre projet de loi qui relève de
vous.
La présidente: Dans le monde de l'industrie. Merci beaucoup.
Nous allons poursuivre nos questions en continuant avec
M. Shepherd.
M. Alex Shepherd (Durham, Lib.): Ma question s'adresse à un
des fonctionnaires et relève de la partie 2 et du concept des
signatures électroniques.
D'abord, l'article 43 fait référence aux dispositions
contenues dans l'annexe 2 ou 3. Je n'ai ni l'une ni l'autre devant
moi—quelqu'un d'autre les a peut-être. Mais d'après ce que je
comprends, il s'agit d'une technologie de codage qui établirait
l'authenticité des signatures électroniques.
M. Michael Power: À part deux exceptions, la partie 2 vise à
donner aux gens le choix d'utiliser l'ordinateur au lieu du papier
lorsqu'ils traitent avec le gouvernement. Mais dans certains cas,
à cause d'un passage précis contenu dans une loi fédérale, ou en
raison de la nature d'un document, nous avons conclu qu'un document
électronique ordinaire ne ferait pas l'affaire, car, en fin de
compte, il ne s'agit que d'un groupement d'électrons sur un écran.
Il faudrait quelque chose de plus sûr.
Dans certains passages de la partie 2—où il est question des
documents originaux, des sceaux, des déclarations sous serment, des
signatures devant témoins, des états certifiés conformes—nous
disons que les supports de substitution sont acceptables s'ils
portent ce que l'on appelle une signature électronique sécurisée.
L'article 48 prescrit les critères de sécurisation. Nous
énumérons la liste des technologies ou procédés en fonction des
critères énumérés au paragraphe 48(2).
• 1655
En 1999, l'unique technologie qui, à notre connaissance,
répond à ces critères est celle de la cryptographie à clé publique
même si se profile à l'horizon la technologie de la cryptographie
quantique. La cryptographie à clé publique manipule des chiffres
tandis que la cryptographie quantique—cela ressemble à de la
science-fiction—manipule des photons pour chiffrer l'information.
On entrevoit déjà aussi des technologies qui incorporeront des
éléments de biométrie.
La partie 2 est donc aussi neutre que possible du point de vue
technologique. Nous ignorons de quoi demain sera fait, mais nous en
avons une idée. Nous savons ce que nous voulons de ces
technologies, par contre. Elles doivent garantir l'intégrité du
document. Nous voulons donc que les documents envoyés au
gouvernement du Canada ou reçus par lui soient authentiques; nous
voulons aussi établir l'identité de son auteur.
M. Alex Shepherd: Serait-il illégal de pénétrer les secrets de
cette technologie de chiffrement? Est-ce une infraction?
M. Michael Power: Le Code criminel tel qu'il est
aujourd'hui—et je m'en remets à l'avis de mon collègue,
M. Piragoff, le spécialiste de la politique en matière de droit
pénal—ne parle pas de technologie mais renferme des dispositions
anti-piratage et prévoit des infractions de nature informatique.
Cela existe. Celui qui essaie de décoder un document chiffré commet
une infraction.
M. Alex Shepherd: Cela relèverait du Code criminel, et non de
cette loi.
M. Michael Power: C'est juste.
Don, est-ce...?
M. Donald K. Piragoff (avocat général, Section de la politique
en matière de droit pénal, ministère de la Justice): Je vais
répondre à la question.
Il existe dans le Code criminel des dispositions qui
interdisent l'interception de communications ou de fonctions d'un
système informatique. Si l'une de ces fonctions est le chiffrement,
le citoyen a droit à la protection de sa vie privée; il a le droit
de se servir de son système en privé et personne ne peut
intercepter les fonctions de son ordinateur.
Le Code criminel interdit également la modification ou la
destruction des données. Évidemment, le chiffrement est une forme
de données transformées par un algorithme mathématique dans un but
donné. C'est essentiellement un programme. Or, le Code criminel
interdit également de gêner le fonctionnement d'un programme
d'ordinateur ou de le détruire. Gêner un programme de chiffrement
ou intercepter les systèmes de quelqu'un pour savoir ce qui se
passe à l'intérieur de la machine est actuellement interdit par le
Code criminel.
M. Alex Shepherd: L'autre côté de la médaille, c'est ceci.
Quelle garantie les gens ont-ils qu'ils auront accès à cette
technologie de chiffrement? Est-ce que seules les grandes
entreprises auront les moyens de s'en servir ou est-ce que ce sera
largement diffusé de manière à ce que les PME pourront aussi se
servir d'une technologie du chiffrement acceptable en vertu de
cette loi?
M. Michael Power: Bien, je ne sais pas exactement ce que vous
voulez dire par acceptable en vertu de la loi. En réponse à la
première partie de votre question, oui, la technologie de
chiffrement est facile à obtenir. La technologie comme PGP est
gratuite sur Internet. Des sociétés comme Entrust peuvent... Vous
pouvez acheter le produit dans le commerce mais les citoyens
peuvent aussi trouver de la technologie de chiffrement sur le Web.
M. Alex Shepherd: J'imagine que ces technologies ne cesseront
de s'améliorer. Nous ignorons si ces technologies perfectionnées
coûteront cher ou pas. Bien sûr, les banques disposent toutes de
technologies de chiffrement de qualité pour effectuer du commerce
électronique, mais est-ce qu'une petite entreprise pourra elle
aussi...? Quelles garanties avons-nous que les petites entreprises
auront accès à quelque chose d'acceptable en vertu de la loi sur la
preuve, etc.?
• 1700
M. Donald Piragoff: Vu les progrès rapides de la technologie
et la situation du marché, celui-ci répond déjà beaucoup à ces
préoccupations.
Actuellement, on peut acheter un logiciel de chiffrement de
série. De la même façon qu'on peut trouver dans le commerce
WordPerfect ou Microsoft Word, on peut trouver un logiciel de
chiffrement de série. On peut aussi en trouver gratuitement sur
Internet: PGP. Il est trop tôt pour dire si ce sera suffisant.
À l'heure actuelle, nous ne proposons pas que le gouvernement
réglemente la qualité des produits de chiffrement, pas plus qu'il
ne réglemente la qualité de la serrure sur votre porte d'entrée. On
trouve sur le marché diverses qualités de serrures. Vous avez le
choix d'en acheter une à un prix donné chez Canadian Tire ou d'en
acheter une autre qui coûtera deux fois plus cher chez un
serrurier. C'est donc le marché qui décide dans une certaine
mesure. S'il y a un besoin à combler, le marché s'en occupera.
Ce secteur en est à ses tout débuts et le gouvernement estime
qu'il vaut mieux laisser le marché créer la technologie. Si des
problèmes apparaissent, il pourra intervenir. Comme M. Manley l'a
dit, la politique du gouvernement est qu'il s'agit là d'une
nouvelle forme de commerce. Laissons-le aller et l'État
interviendra au besoin.
Actuellement, le gouvernement ne croit pas qu'il y a lieu de
réglementer les produits de chiffrement. Le gouvernement a pour
politique de laisser les Canadiens libres d'acheter ou d'employer
le produit qu'ils veulent, quelle que soit sa qualité, à leur gré.
Cela dépend du degré de protection que vous voulez chez vous ou
ailleurs. Voulez-vous une serrure sur votre porte ou cinq; un
système de surveillance électronique ou un avertisseur antivol?
Encore une fois, c'est au consommateur de décider. Voici ce que le
gouvernement offre au marché: la possibilité de créer la
technologie, de repérer les besoins des consommateurs et d'y
répondre. Au besoin, s'il y a des problèmes, l'État interviendra,
comme il l'a fait par le passé.
Le président: Merci.
Merci, monsieur Shepherd.
[Français]
Madame Lalonde, avez-vous d'autres
questions?
Mme Francine Lalonde: Oui. Je vais reposer
ma question. Dans le Code civil et dans le common
law, même si ce n'est pas codifié,
la signature est définie. C'est à l'article
2827 du Code civil:
2827. La signature consiste
dans l'apposition qu'une personne fait sur un
acte de son nom ou d'une marque qui lui est personnelle
et qu'elle utilise de façon courante pour manifester
son consentement.
La signature suppose cela. Quand j'appose ma signature
à un texte, cela suppose ces diverses
caractéristiques.
Dans les définitions que vous donnez, «signature
électronique» ne renvoie pas au consentement.
Est-ce qu'il n'y a pas un problème là? «Signature
électronique sécurisée» renvoie à un règlement qu'on n'a
pas. Et je ne
parle pas de l'annexe, qu'on n'a pas non plus. On dit:
48. (1) Sous réserve du paragraphe (2), le
gouverneur en conseil peut, sur recommandation du
Conseil du Trésor, prendre des règlements pour prévoir
des technologies ou des procédés pour l'application de
la définition de «signature électronique sécurisée» au
paragraphe 31(1).
Au paragraphe (2), on donne quelques
éléments, mais tout cela renvoie au
gouverneur en conseil et à un règlement qu'on n'a pas.
Cela contrevient à ce qui est en train de se faire au
Québec, c'est-à-dire s'assurer que la
signature soit valide, quel que soit le support, afin
qu'on n'ait pas de graves problèmes. Si le fédéral
adopte une définition de «signature» qui ne coïncide pas
avec celle du Québec, est-ce que cela veut dire que les
textes signés au Québec ne seront plus valides?
Il y a là un problème. Je ne dis pas que ce n'est pas
un problème qui se pose de toute manière, mais il y a
très certainement un problème, et c'est pour cela que je
parlais d'une concertation nécessaire.
C'est pour cela que le gouvernement du Québec demande le
retrait du projet de loi.
On doit travailler ensemble pour que tout ça
s'ajuste bien. L'objectif qu'on vise est le
même, mais ça ne peut pas être fait comme ça.
• 1705
[Traduction]
La présidente: Monsieur Power ou madame Remsu.
M. Michael Power: Tout d'abord, je précise que la partie 2
n'aborde pas la question de savoir ce qui constitue une signature
pour les besoins du secteur privé ou entre les citoyens du Québec
et d'autres provinces. On dit seulement que lorsqu'une loi fédérale
exige quelque chose à propos d'une signature, cette exigence peut
être satisfaite de façon électronique et que dans certains autres
cas, il doit s'agir d'une signature électronique sécurisée.
J'attire l'attention du comité sur l'article 38. Dans
certaines lois fédérales, il est fait allusion à un acte notarié
aux termes du droit du Québec. Lorsqu'il est fait mention dans une
loi fédérale d'un document reconnu comme un acte notarié dans la
province de Québec, une version électronique de ce document répond
à l'exigence légale aux termes de la loi fédérale si cette version
électronique est reconnue comme un acte notarié aux termes des lois
du Québec. Ce que nous disons tout simplement, c'est que si le
Québec considère une version électronique d'un acte notarié comme
acceptable en vertu du droit québécois, nous l'acceptons également.
Nous ne nous occupons pas de la question de la signature aux
fins des transactions entre citoyens ou entre des particuliers et
des entreprises. Tout ce que nous disons, c'est que si une
signature est requise dans une loi fédérale, une demande doit être
signée. Vous le verrez dans les règlements.
Il faut comprendre que la partie 2 se rapporte non seulement
aux lois, mais également aux règlements. Ainsi, s'il existe une
condition relative à la signature d'un document, ou d'une demande,
nous disons tout simplement que si l'on transforme cette demande en
version électronique, une signature par la voie électronique est
suffisante. Il est inutile d'avoir une signature originale à la
plume. C'est tout ce que nous disons.
[Français]
La présidente: Madame Lalonde.
Mme Francine Lalonde: La définition de
l'objet semble plus large. D'ailleurs,
dans son exposé—j'ai hâte de voir les
bleus—, la ministre voyait aussi l'utilisation de cette signature
électronique pour des transactions. Vous dites: «pour
enregistrer ou communiquer de l'information ou des
transactions», mais vous ne répondez pas
complètement à ma question, parce que cela
voudrait dire qu'il y a
deux types de signature.
[Traduction]
M. Michael Power: Il existe diverses sortes de signatures
électroniques. Cela peut être une signature numérique. Une
signature par télécopieur est considérée aussi comme une signature
électronique.
[Français]
Mme Francine Lalonde: Oui.
[Traduction]
M. Michael Power: Cela peut être tout simplement taper un nom
sur un courrier électronique.
En fait, lorsque vous traitez avec le gouvernement fédéral,
nous acceptons la plupart du temps une signature électronique. Dans
certains cas, lorsqu'une loi fédérale stipule que la personne A qui
traite avec la personne B peut utiliser une signature électronique,
nous disons en fait que nous laissons aux deux personnes le soir de
décider de ce qu'elles jugent acceptable, sous réserve de certaines
conditions, sur lesquelles elles s'entendent au préalable.
[Français]
La présidente: Merci, madame Lalonde.
[Traduction]
Madame Barnes.
Mme Sue Barnes (London-Ouest, Lib.): Merci.
En examinant ce projet de loi, je dois admettre que j'approuve
davantage les dispositions concernant le ministère de la Justice
que celles qui touchent l'industrie.
Lorsqu'on parle de commerce électronique, on pense toujours à
des gens, et bon nombre des dispositions de ce projet de loi vont
influer sur la vie quotidienne des gens, par exemple, ceux qui font
des lois, ceux qui achètent des propriétés ou ceux qui sont en
procès. Des milliers de gens participent tous les jours à ce genre
d'activités. C'est donc plus concret que lorsqu'on parle de
commerce électronique, un domaine par lequel bien des gens ne se
sentent pas encore concernés. Je pense parfois que certains de nos
exemples ne sont pas faciles à comprendre, et lorsqu'on parle de
cette loi, nous devrions essayer de la rendre logique aux yeux des
gens. Cela est facile à faire.
• 1710
Deux questions ont porté sur les champs de compétence. Je
tiens à vous citer quelques exemples précis de la confusion qui
règne au sujet des différents types de signatures et des moyens
utilisés à titre de preuve.
Prenons par exemple le cas d'un procès au civil devant un
tribunal fédéral. Il s'agit des droits de propriété et vous
utilisez en preuve un document qui est un acte, ce qui va
constituer un droit de propriété du gouvernement provincial. Est-il
possible d'élaborer un système par le biais de cette loi en vertu
duquel la province, disons l'Ontario, d'où je viens, déclare que
c'est nécessaire comme question probante dans un tribunal de
l'Ontario au niveau fédéral, et qu'il soit différent de ce que nous
établissons aux termes de cette loi?
On peut parler de collaboration, mais il y a deux niveaux de
preuve et c'est ce qui est source de confusion. C'est l'exemple le
plus simple auquel je puisse penser.
Sommes-nous en train de déclarer que, pour les tribunaux
fédéraux, par exemple, pour la règle de preuve relative au document
signé, scellé et délivré, peu importe que ce document relève de la
compétence du tribunal provincial, c'est encore à ce niveau pour la
signature? Vous avez l'air perplexe, comme si vous ne savez pas de
quoi je parle.
M. Donald Piragoff: Je vais essayer de répondre à la question.
Le problème que vous soulevez se pose à l'heure actuelle parce
que nous sommes une fédération. Même dans la Loi sur la preuve, il
y a des différences entre la compétence fédérale et celle des
provinces. Il y a des différences quant à l'admissibilité des
dossiers commerciaux aux termes de l'exception visant les documents
commerciaux.
Sauf erreur, la disposition relative à l'admissibilité des
documents commerciaux est beaucoup plus restreinte dans la loi de
l'Ontario que dans la loi fédérale, soit l'article 30 de la Loi sur
la preuve au Canada. Il est beaucoup plus facile de faire admettre
des documents lors de procédures fédérales qu'au niveau provincial.
Ces différences continuent donc d'exister.
C'est pourquoi ce n'est pas uniquement sur l'initiative du
gouvernement fédéral qu'on a proposé d'adopter ce projet de loi. Le
gouvernement fédéral a collaboré avec les provinces par le biais de
la Conférence sur l'uniformisation des lois.
La Conférence sur l'uniformisation des lois est un organisme
qui existe depuis les années 20. Au départ, c'est l'Association du
Barreau canadien qui s'en occupait. Il s'agit maintenant de
représentants du gouvernement au niveau fédéral et provincial,
ainsi que de représentants du secteur privé. Ensemble, ces
personnes s'efforcent d'élaborer et d'harmoniser une législation
uniforme qui sera ensuite adoptée par chacune des provinces, de
sorte qu'il existe une application cohérente et une harmonisation
entre les diverses juridictions.
Les dispositions concernant l'admissibilité de la preuve à la
partie 3, et dans une certaine mesure la discussion de la signature
numérique, ont été abordées par la Conférence sur l'uniformisation
des lois en vue de résoudre ce problème précis.
Le gouvernement assume la responsabilité qui lui incombe en
vertu de son mandat, mais il s'efforce également de s'assurer que
dans tout le pays, au niveau provincial et fédéral, il y ait
interopérabilité des lois, tout comme dans le domaine
technologique, Industrie Canada s'efforce de faire en sorte qu'il
existe une interopérabilité entre deux différents langages de
signature et deux codages, de sorte que si une personne utilise une
signature ou un langage particulier, le gouvernement fédéral sera
en mesure de communiquer avec elle. Nous cherchons donc une
solution à ce problème.
Les dispositions de la partie 3 relatives à l'admissibilité de
la preuve correspondent presque textuellement, à quelques
changements de libellé près, à celles de la Conférence sur
l'uniformisation des lois. Nous allons demander à toutes les
provinces d'adopter une loi en vue de mettre en vigueur ces
principes. C'est ainsi que nous essayons de résoudre le problème
dont vous avez parlé.
La présidente: Très bien. Une dernière question, je vous prie,
madame Barnes.
Mme Sue Barnes: Qui a profité le plus—les particuliers, les
gouvernements ou les entreprises—des économies réalisées grâce au
commerce électronique? Qui est le plus prêt à l'heure actuelle pour
en profiter?
• 1715
M. Michael Power: Vous savez, c'est une question à laquelle il
nous est très difficile de répondre. C'est une question qu'il
conviendrait peut-être de poser—je sais que j'essaie de me
défiler—aux responsables d'Industrie Canada, mais aussi à ceux du
Conseil du Trésor car nous parlons fondamentalement de prestation
de services électroniques. En toute honnêteté, il m'est impossible
de répondre à cette question. On peut dire que tout le monde en
profitera.
Mme Sue Barnes: Je vous remercie.
La présidente: Merci, madame Barnes.
Monsieur Jones, avez-vous d'autres questions?
M. Jim Jones: J'ai une question qui m'intrigue. Le commerce
électronique et toute la révolution en cours n'ont rien de nouveau.
Cela dure depuis déjà un certain temps. Bon nombre d'entreprises
font déjà des transactions par la voie électronique avec leurs
vendeurs depuis longtemps. Quels obstacles empêchent toutes les
provinces d'être prêtes à adopter le même genre de loi, ou une loi
qui s'ajoute à celle-ci? Le Québec applique une loi qui, je
suppose, est complémentaire. Je ne comprends pas le problème. Quel
est le véritable obstacle qui empêche les provinces d'être prêtes
à adopter des lois semblables pour s'ajouter à la loi fédérale?
La présidente: Madame Remsu.
Mme Joan Remsu (avocate-conseil, Section des politiques en
matière de droit public, ministère de la Justice): Merci beaucoup.
Sauf erreur, deux provinces ont apporté des modifications à
leur infrastructure, pas comme nous l'avons fait, mais elles ont
néanmoins modifié leur législation en invoquant des pouvoirs
réglementaires également.
Outre ce qu'a dit M. Piragoff plus tôt au sujet de notre
collaboration avec la Conférence sur l'uniformisation des lois au
Canada, nous avons ensemble préparé une ébauche de loi très
semblable à la partie 2, laquelle a été approuvée en principe en
août dernier. Dans un an environ, les provinces auront peut-être un
instrument semblable à ce qui se trouve dans la partie 2 à
appliquer à leur infrastructure. D'une certaine façon donc, la
Conférence sur l'uniformisation des lois au Canada répond aux
préoccupations que vous avez soulevées.
M. Jim Jones: Mais les responsables ont-ils commencé en même
temps que le gouvernement fédéral? Pourquoi la province de
l'Ontario n'est-elle pas prête à adopter une loi semblable à la
nôtre presque en même temps que nous?
M. Donald Piragoff: Il vous faudra poser cette question à vos
collègues au niveau provincial.
Il faut que quelqu'un donne l'exemple. Nous ne pouvons pas
tous être coordonnés et adopter en même temps la même loi dans
toutes les assemblées législatives. Quelqu'un doit prendre les
devants, et je pense qu'en l'occurrence c'est nous qui l'avons
fait. En ce qui a trait à la protection de la vie privée, le Québec
a pris les devants. Comme pour tout, il y a quelqu'un qui commence,
un autre qui suit et un autre encore qui viendra en dixième
position.
M. Jim Jones: Personne n'essaie d'y échapper? Tout le monde
poursuit le même objectif?
M. Donald Piragoff: C'est exact.
M. Jim Jones: Voilà une bonne nouvelle.
La présidente: Merci, monsieur Jones.
Madame Finestone.
L'hon. Sheila Finestone (Mont-Royal, Lib.): Merci beaucoup,
madame la présidente.
J'ai un grave problème et ma question porte sur le but de
toute cette entreprise. L'objectif poursuivi est de protéger la vie
privée des particuliers au Canada, et tout ce dont nous parlons,
c'est de commerce électronique et de signature pour le commerce
électronique. J'aimerais savoir ce que nous faisons pour protéger
les renseignements recueillis par les caméras de surveillance, les
photos qui se trouvent dans ces caméras et pour savoir qui en a la
propriété, et comment on contrôle la vie personnelle et privée des
gens. Que fait-on au sujet de l'information génétique que l'on
recueille et de la façon dont elle est communiquée et
protégée—autant de formes de surveillance, qu'elle soit
biométrique, géométrique ou génétique? Je ne vois rien dans la
définition de l'objet de ce projet de loi qui me saute aux yeux si
ce n'est le commerce électronique.
Ce projet de loi porte-t-il uniquement sur le commerce
électronique, ou aussi sur la protection? L'objet du projet de loi
est le suivant:
donner aux Canadiens le droit à la vie privée à l'égard des
renseignements personnels qui les concernent et qui sont
recueillis, utilisés ou communiqués par une organisation dans une
ère où la technologie facilite de plus en plus la collecte et la
libre circulation des renseignements.
Eh bien, si je me trouve au coin des rues Sainte-Catherine et
Peel et qu'un vol est commis et que ma photo est prise alors que je
me trouve à côté du guichet, il est fort possible que les
renseignements que vous avez transmis me désignent comme coupable.
Quelle protection ce projet de loi pourra-t-il m'offrir dans ces
cas-là? Ce n'est pas ce que j'appelle une loi sur la protection de
la vie privée pour un particulier. Ce n'est pas décrit dans les
dispositions réglementaires et il n'est pas dit qu'il faut
envisager une autre forme de loi sur la protection de la vie privée
des particuliers.
• 1720
Je n'ai peut-être rien compris à tout cela, mais j'ai entendu
la ministre dire au début que ce sont les deux moitiés d'un tout,
que l'électronique est là pour protéger la vie privée et que la vie
privée va se refléter dans le commerce électronique. Eh bien, en
cette ère de l'électronique, il ne suffit pas de s'en tenir à une
signature.
Toute cette conversation me déprime. C'est la première fois
que je participe à ces audiences. À mes yeux, la communication des
renseignements que vous avez recueillis, des données que vous avez
saisies et la divulgation de ces documents constituent une question
très grave. Cela va bien au-delà de ce que vendent les magasins, de
ce qui constitue le meilleur produit sur le marché, de savoir à qui
j'aimerais vendre le prochain groupe de revues ou quel est le
calendrier des vacances.
Madame la présidente, je suis un peu perdue. Peut-être me
suis-je engagée dans la mauvaise direction. Il aurait peut-être
fallu s'adresser à M. Manley plutôt qu'à la ministre de la Justice.
La présidente: Madame Finestone, nous avons ici des
fonctionnaires du ministère de l'Industrie et du ministère de la
Justice.
Mme Sheila Finestone: Eh bien, je me trouve véritablement
dans un dilemme. Tout ce que j'ai entendu ici aujourd'hui concerne
les signatures et leur authentification. Tout cela est très
important, pertinent et a fait l'objet d'une réflexion minutieuse,
mais cela n'a rien à avoir avec ce que je considère comme étant une
loi sur la protection de la vie privée.
La présidente: Écoutons les fonctionnaires. Leur réponse vous
apportera peut-être les précisions nécessaires.
Mme Stephanie Perrin (directrice, Politique sur la protection
de la vie privée, Groupe de travail sur le commerce électronique,
ministère de l'Industrie): Merci.
Sur la question des deux moitiés réunies, je confirme ce que
vient de dire la ministre McLellan. Comme nous l'avons indiqué, il
y avait au départ deux projets de loi, un qui protège les
renseignements personnels et l'autre présentant une série de
modifications juridiques d'infrastructure. Les deux ont été
fusionnés parce qu'ils sont tous deux essentiels au commerce
électronique. Les parties dont nous discutons aujourd'hui sont
essentielles pour faciliter le commerce électronique, pour en
engranger les bénéfices, pour économiser, pour rendre le
gouvernement plus efficace, pour permettre aux citoyens de faire
des achats et de participer au village électronique mondial, si
vous voulez, pour aider les entreprises à faire des affaires et
pour progresser rapidement, de façon que nous puissions devancer
nos concurrents.
La protection de la vie privée est considérée comme un élément
fondamental, et non pas uniquement comme un droit fondamental de la
personne. Nous le savons depuis un certain temps, et vous avez
étudié la question au sein de votre comité. On reconnaît également
qu'il sera impossible de progresser en matière de commerce
électronique si l'on ne protège pas la vie privée, car les
Canadiens s'en inquiètent vivement. Ils risquent de ne pas utiliser
le système, de ne pas aller de l'avant. Ils se méfient des
nouvelles technologies, de même que nous nous méfions tous, à juste
titre, des nouveautés comme cette nouvelle puce Intel. C'est
pourquoi on a réuni les deux projets de loi en un seul.
Les dispositions qui mettent l'accent sur le commerce énoncent
nos responsabilités en matière commerciale, comme l'a expliqué la
ministre McLellan. Ce n'est pas parce qu'on parle de commerce qu'il
faut oublier de protéger un droit fondamental de la personne. Et
c'est là la limite de la portée de ce que l'on peut faire au niveau
du gouvernement fédéral. Nous avons déjà une loi fédérale de
protection de la vie privée qui couvre les renseignements
recueillis, utilisés et divulgués au sein des institutions et des
ministères fédéraux. Nous abordons maintenant les domaines les plus
vastes possible au sein du secteur privé, et il est également
essentiel que les provinces progressent de leur côté, puisqu'elles
ont compétence en matière de propriété et de droits civils.
Les termes utilisés dans ce projet de loi ne font pas partie
du vocabulaire des droits de la personne, mais cela ne signifie pas
que les exigences du projet de loi sont différentes de celles qu'on
trouverait dans un projet de loi consacré aux droits de la
personne. C'est au fruit qu'on juge l'arbre. En l'occurrence, ce
qui importe, ce sont les exigences transférées de part et d'autre.
L'annexe présente les normes de l'Association canadienne de
normalisation, reconnues comme étant un excellent ensemble de
pratiques équitables en matière d'information. Cette annexe énonce
des obligations et des droits.
En ce qui concerne la technologie dont vous parlez, c'est la
collecte des renseignements qui pose problème. Si l'on consacrait
un projet de loi à une méthode particulière de surveillance, comme
le disait Michael Power, on ne pourrait pas mentionner de technique
cryptographique particulière, puisque cette technique est désuète
au bout de deux ans. On va ensuite passer aux lasers, aux photons,
ou à autre chose. Il en va de même pour les techniques de
surveillance. Il existe des systèmes de positionnement par
satellite et de radar ouvert. Si on commençait à nommer les
dispositifs autorisés, le projet de loi serait trop limitatif.
• 1725
Ce que je veux dire, c'est que la collecte de l'information
n'est possible qu'avec le consentement de la personne concernée, et
c'est là l'élément essentiel du projet de loi. Peu importe la façon
dont les renseignements sont recueillis. Il faut obtenir le
consentement de la personne concernée, et c'est essentiel. Peu
importe que l'on recueille des données génétiques, il faut le faire
aux fins pour lesquelles le prélèvement est autorisé. Il faut
obtenir le consentement. Il en va de même pour le radar ou pour
toute autre technologie. Voilà la réponse.
Mme Sheila Finestone: Excusez-moi, mais je ne suis pas
rassurée par la définition qui figure dans ce projet de loi, ni par
son objet même. C'est peut-être dû à mon ignorance. Je connais
toutes les statistiques concernant la protection de la vie privée
et les différents intérêts des Canadiens, mais Big Brother nous
regarde de bien des façons. Cet objectif, tel qu'il est défini ici
en quelques mots, ne me rassure guère et la nécessité d'une loi sur
la protection de la vie privée qui permette au commissaire à la
protection de la vie privée de faire son travail dans l'intérêt des
particuliers n'est pas véritablement prise en compte par la
définition qui figure dans cet article exposant l'objet de la
mesure. Je pense qu'il y a bien des façons de contourner la loi.
En outre, je dois dire qu'il est un peu déconcertant de voir
qu'aucun crédit supplémentaire n'a été prévu pour augmenter le
personnel du commissaire à la protection de la vie privée. Il ne
devrait pas avoir à faire la preuve de ses besoins dans le cadre
d'un projet de loi de cette nature.
Ma dernière question concerne l'annexe. Vous avez inclus à la
loi une annexe qui vise à assurer certaines protections. Comme vous
l'avez dit, vous considérez cette annexe comme la forme la plus
raffinée de protection de la vie privée dans la mesure où elle sera
respectée. Mais cette annexe ne vise pas à nous permettre
d'apporter des modifications ou de réviser des amendements qui
seront proposés. Il n'appartient pas aux parlementaires de réviser
les modifications apportées à l'annexe. À mon avis, cela montre
bien le manque de respect pour le rôle que peuvent jouer les
citoyens en matière de révision des changements proposés. D'après
la formulation actuelle de la loi, les entreprises pourraient
proposer toutes sortes de changements qui n'iraient pas
nécessairement dans le sens des intérêts des citoyens, et tous ces
changements seraient apportés par le gouverneur en conseil. Est-ce
que vous pourriez nous expliquer ce processus?
Mme Stephanie Perrin: En ce qui concerne les changements
apportés à la norme, il existe au sein de l'organisme de
normalisation une matrice de défense des intérêts des entreprises,
du gouvernement et des consommateurs. Il existe un comité technique
des normes. Toutes les modifications à la norme sont soumises au
vote de ce comité. Il y aura toujours des groupes de défense des
consommateurs, des experts du milieu universitaire, des gens
représentant le gouvernement et des gens d'affaires. Il est faux de
prétendre que les entreprises vont pouvoir faire adopter ce projet
de loi puis le modifier et l'édulcorer à leur guise. C'est beaucoup
plus difficile que cela. Il n'est pas facile de modifier une norme;
chaque changement est soumis à un vote. On a fait figurer cette
disposition dans la loi de façon que la norme reste viable et
qu'elle puisse être invoquée dans les contrats internationaux.
Mme Sheila Finestone: Cela ne me pose pas de problème. Ce
que je conteste, c'est la procédure de modification.
La présidente: Madame Finestone, nous devons passer à la
suite, et je vous prie de m'en excuser.
[Français]
Madame Lalonde, avez-vous d'autres questions?
Mme Francine Lalonde: Oui. Je vais continuer.
C'est une question que j'ai posée au ministre et
j'aimerais entendre la réponse de la ministre de la
Justice. Comment accepter que le gouverneur en conseil
puisse changer la loi en suivant les changements faits
à la norme, au standard? C'est le Parlement qui doit
se prononcer sur tout changement à une loi, surtout
quand elle touche d'aussi près la vie des citoyens.
[Traduction]
M. Michael Power: C'est une question concernant la protection
de la vie privée.
Mme Stephanie Perrin: Oui, c'est une question de protection de
la vie privée. La réponse, c'est qu'on a ajouté cette disposition
de façon que les changements mineurs apportés à la norme puissent
apparaître rapidement et facilement dans la loi. Les deux textes
doivent rester en parallèle. On a parlé de soumettre le règlement
au comité s'il est indispensable de corriger ce genre de lacune. Il
ne s'agit certainement pas d'une tentative de modifier la loi, et
la démarche est entièrement volontaire. Il n'est pas nécessaire de
modifier la loi si la norme est modifiée. La finalité de cette
disposition est strictement pratique. S'il advenait que la norme
évolue dans un sens qui n'est pas favorable à la protection de la
vie privée, il n'y aurait pas besoin de modifier la loi. Mais nous
nous en remettons à votre avis en ce qui concerne la procédure à
suivre.
• 1730
[Français]
La présidente: Madame Lalonde, avez-vous vous
d'autres questions?
Mme Francine Lalonde: Oui, il y en a tellement.
M. Raymond Doray, un avocat qui pratique
avec les gens d'affaires au Québec, dit:
De même, ayant été conçue comme une norme
volontaire de protection des renseignements personnels,
le Code utilise des termes souvent imprécis, fournit
des exemples plutôt que de libeller des exceptions,
établit des principes plutôt que des règles, etc.
J'ajoute qu'elle contient aussi plusieurs
conditionnels. Il donne des exemples extrêmement
précis du fait qu'il va y avoir vraiment deux ensembles
de règles pour un certain nombre d'entreprises au
Québec et que le résultat ne pourra pas être
une meilleure protection des
renseignements personnels.
Si on a deux ensembles de règles, les citoyens
ne sauront pas à quelle porte frapper.
Ce n'est pas de nature à protéger les
renseignements personnels. Je n'ai
pas parlé de la Constitution, mais ce projet de
loi inquiète énormément les gens au Québec.
[Traduction]
La présidente: Madame Lalonde, je vous demande de poser votre
question tout de suite.
[Français]
Mme Francine Lalonde: Oui. Comment
peuvent-ils dire que cela va accroître la protection des
renseignements personnels quand, en réalité, cela crée des
empêchements majeurs pour les entreprises et les
citoyens, du moins au Québec?
[Traduction]
Mme Stephanie Perrin: Je crois que c'est inévitable, si nous
voulons protéger la vie privée au Canada, qu'il y ait une certaine
concurrence dans la réglementation entre ce qui relève de la
compétence des provinces et ce qui relève de celle du fédéral. À
notre avis, il ne doit pas y avoir de règles distinctes, car la
norme de la CSA et le projet de loi du Québec sont conformes aux
lignes directrices de l'OCDE, ou du moins ne s'en écartent que très
légèrement. Une société qui se conforme à une norme plus élevée n'a
rien à craindre. Nous pensons que c'est ainsi que procèdent les
entreprises dans ce genre de situation. Ce n'est pas le seul cas de
mesures législatives concurrentes dans ce pays. Les milieux
d'affaires trouvent une norme qui s'applique dans l'ensemble du
pays et ils s'y conforment.
Si vous pensez qu'il y a des normes supérieures dans certaines
régions du Québec, je suppose que l'entreprise les respectera. Et
cela devrait suffire du point de vue de la loi fédérale.
[Français]
Mme Francine Lalonde: La question du
consentement...
[Traduction]
La présidente: Non, madame Lalonde. Nous allons permettre une
dernière question à Mme Barnes. Les fonctionnaires sont disponibles
jusqu'à 17 h 30; nous allons donc entendre Mme Barnes et M. Jones,
puis nous aurons terminé.
Mme Sue Barnes: Ma question sera courte.
Si j'ai une signature numérique, disons un simple NIP, et que
quelqu'un me le vole, sans toutefois l'utiliser pour commettre un
acte illégal, le Code criminel prévoit-il actuellement une
responsabilité pénale dans le cas d'une personne qui s'arroge mon
identité numérique, ou faut-il que la personne se serve de cette
identité avant que la loi ne s'applique?
M. Donald Piragoff: Tout dépend de la façon dont elle s'est
procuré le NIP. Si vous l'avez laissé traîner et que quelqu'un a pu
le lire, il n'y a pas de responsabilité pour cela.
Mme Sue Barnes: Il n'y a pas de mens rea.
M. Donald Piragoff: C'est exact. Tout dépend de la manière. Si
on a piraté votre ordinateur pour y chercher vos données
personnelles, comme votre NIP et vos cartes de crédit, on a commis
une infraction criminelle. Si on intercepte des communications
entre vous et votre banque ou un commerçant, si vous transmettez
votre NIP ou votre numéro de carte de crédit sur Internet, par
exemple, et qu'on intercepte la communication pour obtenir votre
NIP ou votre numéro de carte de crédit, cela constitue une
infraction.
• 1735
Il y a également une disposition du Code criminel qui interdit
le trafic de mots de passe d'ordinateurs. Un mot de passe
d'ordinateur est défini comme un ensemble de données qui permet
d'accéder à un ordinateur. Le fait de se procurer le NIP de
quelqu'un d'autre peut constituer une infraction, puisque c'est le
cas en ce qui concerne les mots de passe. Certains se livrent
effectivement au trafic des mots de passe et des numéros des cartes
de crédit, qui peuvent être utilisés par d'autres. Tout dépend de
la façon dont on acquiert ces données; il faut savoir si on le fait
dans une intention malhonnête, si on enfreint le système de
sécurité de l'ordinateur—c'est généralement difficile à
déterminer. Mais la sécurité de vos mots de passe et de votre NIP
est protégée par un certain nombre de dispositions prévoyant des
infractions.
La présidente: Merci, monsieur Power.
Monsieur Jones.
M. Jim Jones: Lorsque vous avez parlé de signatures, vous avez
dit qu'on peut valablement transmettre une signature par
télécopieur ou sous forme informatique et numérique. Mais vous avez
également parlé du courrier électronique; si j'indique mon nom à
l'écran, la signature est-elle valide?
M. Michael Power: Aux termes de la common law, une signature
est essentiellement une marque d'identification et si vous
choisissez de vous identifier de cette façon, si j'accepte que
votre nom sur un courrier électronique en tant que marque
d'identification, c'est une signature valide aux termes de la
common law. Je ne peux pas me prononcer en ce qui concerne le droit
applicable au Québec, mais en common law, n'importe quel signe peut
constituer une signature.
Si nous avons convenu que j'accepte votre nom au bas d'un
courrier électronique en tant que signature, la liberté
contractuelle nous permet de considérer entre nous qu'il s'agit
bien d'une signature. Ce ne sera pas nécessairement une signature
valide auprès d'une tierce partie, mais entre nous, comme nous en
avons convenu, c'est effectivement une signature.
M. Jim Jones: Compte tenu de l'importance de la sécurité et
des multiples façons de pirater l'information, avez-vous pris en
considération les empreintes digitales, manuelles ou
vocales—puisque la technologie tend vers cela, ou permet même déjà
de s'en servir—pour valider l'identité du requérant?
M. Michael Power: Nous avons dit que dans certaines
circonstances, compte tenu de la nature des documents, on ne
pouvait se contenter d'une signature électronique, car n'importe
qui peut écrire votre nom à la fin d'un courrier électronique ou la
communication peut tomber entre les mains d'un pirate. Nous disons
donc que dans certaines circonstances, compte tenu de la nature du
document, la signature électronique ne suffit pas. Nous voulons une
signature électronique sécurisée, qui est définie en fonction de
certains critères, énumérés au paragraphe 48(2). Vous verrez dans
cette disposition que nous envisageons un moyen ferme permettant
d'établir le lien entre la personne et la signature électronique
pour assurer l'intégrité du document. Sans entrer dans les détails
technologiques, disons qu'une signature numérique peut garantir
l'intégrité du document, grâce à la nature de cette technologie et
à l'utilisation de certains algorithmes.
La présidente: Merci, monsieur Power.
Avant d'ajourner, je voudrais rappeler aux membres du comité
que nous reprenons demain matin à 9 heures et que la séance doit
durer jusqu'à 13 heures. Nous avons prévu d'entendre des témoins de
9 heures jusqu'à environ 10 heures ou 10 h 30, puis nous passerons
au rapport. La salle est réservée jusqu'à 13 heures, mais je pense
que nous aurons terminé avant. Cependant, tout dépend du nombre de
changements que vous voudrez apporter à l'ébauche de rapport.
Je tiens à remercier nos témoins d'avoir été des nôtres
aujourd'hui. Nous avons apprécié vos commentaires et vos réponses.
Nous aurons sans doute bien d'autres questions à vous poser au
cours de nos auditions des prochaines semaines.
Merci beaucoup. La séance est levée.