STANDING COMMITTEE ON INDUSTRY
COMITÉ PERMANENT DE L'INDUSTRIE
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le jeudi 18 mars 1999
• 0907
[Traduction]
La présidente (Mme Susan Whelan (Essex, Lib.)): Conformément
à un ordre de renvoi de la Chambre daté du mardi 3 novembre 1998,
nous étudions le projet de loi C-54, Loi visant à faciliter et à
promouvoir le commerce électronique en protégeant les
renseignements personnels recueillis, utilisés ou communiqués dans
certaines circonstances, en prévoyant l'utilisation de moyens
électroniques pour communiquer ou enregistrer de l'information et
des transactions et en modifiant la Loi sur la preuve au Canada, la
Loi sur les textes réglementaires et la Loi sur la révision des
lois.
Je suis très heureuse d'accueillir nos témoins d'aujourd'hui.
Nous entendons six groupes ce matin. Malheureusement, l'Ontario
Association of Medical Laboratories n'a pu être représentée ce
matin, en raison d'une crise. Cependant, nous avons parmi nous ce
matin M. Richard Speers, de l'Association dentaire canadienne;
M. Michael McBane, de la Coalition canadienne de la santé;
Mme Noëlle-Dominique Willems, de l'Association canadienne des
pharmaciens; le docteur John Millar, vice-président de l'Institut
canadien d'information sur la santé; le docteur Susan Hutchison, de
l'Association médicale canadienne; et Gilbert Sharpe, directeur des
services juridiques du ministère de la Santé de l'Ontario.
Si vous ne les avez pas déjà en main, vous devriez chacun
recevoir un mémoire de chacune de ces organisations. Je propose à
chacune de faire une déclaration liminaire de cinq à sept minutes,
ensuite de quoi nous passerons aux questions.
Nous commencerons avec M. Speers, si cela vous convient.
Dr Richard Speers (président, Comité d'éthique, Association
dentaire canadienne): Merci, madame la présidente, et bonjour.
L'Association dentaire canadienne est heureuse de l'invitation à
intervenir sur ce projet de loi.
Je me nomme Dick Speers. Je suis dentiste praticien à Toronto
et je préside actuellement le comité d'éthique de l'Association
dentaire canadienne. J'ai représenté l'ADC au sein du comité de
mise en oeuvre de l'Association canadienne de normalisation et j'ai
été invité à intervenir devant le groupe de travail MacKay sur le
secteur financier.
• 0910
Les dentistes s'intéressent au projet de loi C-54 parce qu'ils
recueillent des quantités importantes de renseignements personnels.
Nous le faisons au terme d'un accord de protection et de
confidentialité déontologique et juridique et nous craignons que
les renseignements dont nous avons besoin pour assurer des soins
sûrs et efficaces ne nous soient plus transmis si nous ne pouvons
garantir un bon degré de protection. À notre avis, le projet de loi
C-54, du fait qu'il s'en remet au code de la CSA, n'assure pas une
protection suffisante des renseignements relatifs à la santé.
On a beaucoup écrit sur les renseignements médicaux, à
commencer avec la Commission Krever de 1980, qui s'est penchée sur
l'accès illégal et non autorisé. Elle s'est prononcée pour le droit
d'un patient de contrôler l'usage des renseignements le concernant.
Cela a été renforcé en 1997 par le Comité permanent des droits de
la personne dans son rapport «La vie privée: Où se situe la
frontière?». Ce comité a également indiqué qu'un ingrédient
essentiel du contrôle par le patient de sa vie privée réside dans
la faculté du patient de consentir ou non à la communication de son
dossier. Il a estimé également que la propriété légitime des
renseignements appartient à la personne concernée.
Nous estimons que ce principe a été énoncé en 1992 par la Cour
suprême dans la cause McInerney c. MacDonald, où elle a statué en
substance que l'information médicale appartient au patient. La cour
a également statué que cette propriété et cette maîtrise de
l'information persistent après la divulgation.
En Ontario, lorsque le projet de loi 26, la loi-cadre, a été
déposé en 1995, il y a eu un tollé parce que le ministre de la
Santé demandait le pouvoir de recueillir, de transmettre et de
divulguer des renseignements médicaux.
L'ADC a siégé au comité de mise en oeuvre de la CSA et nous
pensions que nous aurions—en suivant à la lettre le code de la
CSA—un véritable code de protection de la vie privée. Nous nous
sommes trompés. Notre expérience montre que la mise en pratique du
code de la CSA a transformé celui-ci en un code d'accès. Notre
opinion est que si nous appliquons le code de la CSA tel quel, la
vie privée en pâtira.
Nous avons annexé à notre mémoire des formulaires de
consentement actuellement employés pour obtenir l'accès aux
renseignements médicaux par les compagnies d'assurance-vie et
maladie comme exemple de cette dérive. C'est à nos yeux une preuve
et une démonstration de la manière dont le code a été pris au pied
de la lettre et son esprit trahi, ouvrant dans la pratique les
dossiers médicaux à qui veut les voir. Nous avions milité à
l'époque de la rédaction du code de la CSA en faveur d'un critère
de consentement éclairé comme condition de la divulgation de
renseignements médicaux. Manifestement, nous avons perdu, et ces
renseignements sont maintenant recueillis à l'insu du patient.
Nous considérons que très peu de gens connaissent l'ampleur
des renseignements les concernant recueillis par divers organismes.
Nous nous étions élevés contre le fait que le consentement n'est
pas assorti d'une limite de temps; dans la pratique, le
consentement subsiste même une fois que la personne a retiré sa
demande d'assurance.
Si vous examinez les formulaires de consentement que nous
avons ici, ils exigent la divulgation de tout renseignement
personnel, et pas seulement ceux de nature médicale. Il pourrait
s'agir de votre orientation sexuelle, de votre affiliation
religieuse et politique, sans parler de votre déclaration d'impôt.
J'estime que très peu de Canadiens accepteraient de communiquer ces
renseignements à leur gouvernement, et encore moins voudraient que
leur propre mère y ait accès.
Une compagnie a pris sur elle de donner accès au dossier
médical à quiconque remplit une fonction d'assurance au sein de la
compagnie. Ainsi, en prenant la clause de limitation du code de la
CSA, elle a virtuellement disséminé des renseignements illimités à
un nombre illimité d'employés.
Nous sommes d'avis que les formulaires de consentement que
vous avez devant vous représentent un instrument par lequel des
tierces parties peuvent obtenir l'accès immédiat, en ligne et en
temps réel aux renseignements médicaux pendant une durée
indéterminée. Ces exemples sont la preuve que le code-modèle de
protection de la vie privée de la CSA, sur lequel le projet de loi
C-54 est fondé, ne suffit pas à protéger les renseignements
médicaux.
En tant qu'association professionnelle, l'Association dentaire
canadienne a élaboré des lignes directrices sur la protection des
renseignements personnels pour ses membres. C'est un code
déontologique que nous avons rédigé qui a préséance sur les lois.
Comme vous le savez, les exigences déontologiques sont de portée
beaucoup plus grande que les lois. Dans ce document, nous
définissons le patient comme le propriétaire de ses renseignements
personnels et nous avons également élaboré un formulaire standard
de consentement tel que le patient voit quels renseignements nous
allons transmettre et peut, à ce stade, retirer le consentement.
• 0915
Nous considérons que l'utilisation secondaire et commerciale
des renseignements médicaux revêt une importance tellement
monumentale pour la vie privée et la dignité de l'individu qu'elle
mérite des dispositions spéciales dans le projet de loi C-54. Nous
proposons des amendements à cet effet.
Nous connaissons également l'importance de ce projet de loi
sur le plan du commerce et de l'échange d'information. Nous avons
conscience de l'engagement envers l'Union européenne, mais nous ne
pensons pas que ce texte a été rédigé en tenant compte des enjeux
médicaux.
Nous avons demandé que les renseignements médicaux soient
définis comme étant la propriété du patient. Nous estimons qu'il
devrait y avoir un protocole de consentement éclairé à la
divulgation et qu'il devrait exister des limites véritables à la
collecte, à la durée de la collecte et à l'utilisation
administrative des renseignements médicaux.
Nous pensons qu'il faudrait établir des limites de temps
raisonnables et nous préconisons également la suppression du
plafond des dommages-intérêts punitifs prévus dans le projet de loi
C-54. Je pense que ce montant est tellement faible qu'il peut être
considéré comme un simple coût d'exploitation.
Une autre lacune qu'il faudrait rectifier réside dans le fait
que rien n'empêche une banque rachetant une société d'assurance-vie
d'avoir accès au dossier médical des assurés. Il faut s'attendre à
ce que, dans les cinq à dix prochaines années, les banques à charte
acquièrent des sociétés d'assurance-vie et maladie. Si elles
prennent le contrôle des bases de données et les relient à leurs
bases de données financières, la masse de renseignements qu'elles
posséderont sur chacun d'entre nous sera écrasante.
J'aimerais conclure sur une note très personnelle. Nous ne
parlons pas ici de points obscurs, nous parlons du dossier médical
de chaque personne présente dans cette salle. Vous pouvez vous dire
que vous n'avez rien à cacher, mais vous n'aimeriez néanmoins pas
que j'aille farfouiller dans vos tiroirs et vos papiers, et c'est
en substance ce qui va se passer avec les dossiers médicaux.
Si vous vous êtes jamais demandé quel usage peut être fait des
renseignements médicaux, je vous suggère de passer devant le rayon
des journaux à la caisse de Loblaws et de lire les titres des
tabloïdes. Voilà quel mauvais usage peut être fait des
renseignements médicaux. S'agissant de journaux canadiens, nous
pouvons nous demander, rhétoriquement, est-ce que Frank est au
courant?
Je vous remercie de votre attention.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Speers.
Je vais donner la parole à M. Michael McBane, de la Coalition
canadienne de la santé.
M. Michael McBane (coordonnateur, Coalition canadienne de la
santé): Merci, madame la présidente.
Nous saluons l'initiative que le gouvernement prend avec ce
projet de loi et remercions le comité de nous avoir invités à
participer à ce panel d'organisations de la santé.
Nous souscrivons pleinement au but de la Loi sur la protection
des renseignements personnels et les documents électroniques, à
savoir donner aux Canadiens le droit au respect de leur vie privée
en protégeant les renseignements personnels.
Je dois préciser pour commencer que nous n'avons pas examiné
de près le code de la CSA et sommes préoccupés par l'accès excessif
aux renseignements médicaux qu'il semble accorder, selon le
témoignage de l'Association dentaire. Nous allons donc traiter de
quelques autres principes. Nous partageons ces préoccupations
concernant l'accès indu aux dossiers médicaux.
À l'évidence, le projet de loi a un champ d'application plus
large que le seul secteur de la santé, mais il a un impact direct
sur l'activité sanitaire commerciale, et ce à juste titre. Les
industries de la santé ne doivent pas être exonérées des règles de
protection de la vie privée énoncées dans le projet de loi C-54.
Les craintes concernant l'usage abusif de l'information
sanitaire sont bien fondées. Il n'y a pas de protection juridique.
Le Canada est, en fait, le seul pays du monde industrialisé à ne
pas avoir de code d'éthique ayant force de loi en matière de
recherche sanitaire ou de code de protection de la vie privée ayant
force de loi en matière de recherche sanitaire—le seul pays
développé. Le commissaire à la protection de la vie privée l'a
signalé lors du Forum national sur la santé. Nous saluons donc ce
premier pas vers le droit à la vie privée.
Nous rejetons l'argument selon lequel les fournisseurs de
services et produits sanitaires à but lucratif et d'autres se
livrant à des activités commerciales, telles que la vente de
renseignements sanitaires, devraient être exemptés de cette loi.
Les membres du comité doivent se méfier de cet argument,
particulièrement lorsqu'il est développé par les ministères de la
Santé et autres organisations sanitaires à financement public.
Pour dire les choses simplement, maintenant qu'elle a reçu le
droit à l'investissement par l'Accord de libre-échange
nord-américain, l'industrie de la santé est mal placée aujourd'hui
pour réclamer l'exonération des règles de protection de la vie
privée applicable aux activités commerciales telles que prévues
dans le projet de loi C-54. Si cette industrie est de nature
suffisamment commerciale pour obtenir des droits de libre commerce
dans ces traités internationaux, elle est suffisamment commerciale
pour être couverte par cette législation. S'il est un domaine où la
confidentialité est impérative, c'est bien celui des dossiers
médicaux. La protection dans ce cas doit être plus forte, et
certainement pas moindre, que dans tous les autres domaines
commerciaux.
• 0920
Comme je l'ai dit, il n'y a actuellement aucune protection en
droit canadien contre la divulgation abusive de renseignements
médicaux. Ces derniers sont jugés extrêmement précieux par beaucoup
d'entreprises commerciales et suscitent l'intérêt des employeurs,
détectives privés, services de police, courtiers en information,
directeurs de campagnes politiques et beaucoup d'autres.
Comme le témoin précédent l'a signalé, le croisement de
banques de données médicales avec les bases de données de banques
et de sociétés d'assurance engendre de nouvelles possibilités de
comportement extrêmement néfaste et abusif. Un exemple concret est
le cas du banquier du Maryland qui a croisé une liste de patients
atteints du cancer et une liste de débiteurs de sa banque et exigé
le remboursement immédiat de tous ces prêts. Ce cas est cité dans
le New England Journal of Medicine du 23 novembre 1995. Ce sont là
des cas tirés de la vie réelle. C'est une technologie réelle. C'est
une activité commerciale réelle.
Les gouvernements fédéral et provinciaux dépensent des
centaines de millions de dollars pour faciliter l'établissement de
banques de données médicales sous contrôle privé et à but lucratif.
Des partenariats stratégiques sont formés avec des sociétés
d'envergure mondiale pour gérer les dossiers médicaux et établir
des liaisons avec l'autoroute de l'information médicale. Les
gouvernements ont-ils réfléchi aux implications stratégiques de
l'introduction de grosses sociétés, souvent américaines, dans le
système d'assurance-maladie? Les responsables de la politique
sanitaire ont-ils réfléchi aux répercussions sur la qualité des
soins lorsque des lignes directrices de pratique médicale dictées
par ordinateur sont substituées au jugement professionnel, au
savoir et au désintéressement des soignants? Rien encore n'indique
que les gouvernements ont l'intention d'établir des garde-fous
adéquats dans l'intérêt des patients à l'égard des renseignements
médicaux qui circulent aujourd'hui au-delà des frontières entre
fournisseurs de services et un nombre croissant de sociétés ayant
de gros intérêts financiers.
Au Manitoba, l'exemple le plus inquiétant est le contrat passé
avec la filiale de la Banque Royale SmartHealth, en vue de la
création de dossiers médicaux électroniques sur les patients. Le
Manitoba ne possède aucune protection juridique empêchant la vente
de l'information sanitaire publique. Récemment, une part de
51 p. 100 de SmartHealth a été vendue à EDS Canada Limited, une
multinationale basée au Texas. J'aimerais savoir qui possède les
données lorsqu'elles sont gérées à l'étranger, sans qu'il y ait de
protection quant à l'usage de cette information de santé publique.
Le dirigeant de SmartHealth a été nommé-et c'est une question
que nous aimerions poser au gouvernement—au conseil consultatif
sur l'infostructure sanitaire du ministère de la Santé. Les
partenariats entre secteurs public et privé dans ce domaine
signifient-ils que l'on ignore dorénavant les conflits d'intérêts
ou que l'on ne cherche plus à les éviter? Ce n'est pas que cette
technologie ne revêt pas un intérêt potentiel dans le secteur de la
santé; la question est plutôt de savoir pourquoi on ne la développe
pas dans le secteur public dans l'intérêt public de la santé, au
lieu de la confier au secteur privé.
Une autre activité commerciale extrêmement inquiétante est la
pratique systématique d'IMS Canada, une filiale d'une société
multinationale géante, qui achète des données sur les clients et
les médecins auprès de 4 000 pharmacies canadiennes et qui suit
quotidiennement, en ligne et en temps réel, les prescriptions de
1 200 médecins canadiens. Les clients de cette société ne sont pas
les ministères de la Santé, ce sont les 70 membres de l'Association
canadienne de l'industrie du médicament.
La présidente: Monsieur McBane, pourrais-je vous demander de
résumer en une soixante de secondes?
M. Michael McBane: D'accord.
Je fais remarquer que l'ACIP, les pharmacies, IMS, ne sont pas
des organisations caritatives ni des instituts éducatifs. Ce sont
des entreprises commerciales ayant l'obligation fiduciaire de
maximiser les profits pour les actionnaires.
Le projet de loi C-54 représente un pas important vers la
protection de la confidentialité des renseignements personnels. De
toute évidence, d'autres mesures sont nécessaires pour protéger la
recherche sanitaire contre l'exploitation commerciale. Comme je
l'ai indiqué, nous sommes le seul pays développé sans code ayant
force de loi. On est forcé de se demander ce qu'attend Santé
Canada. Il faut une protection législative plus poussée dans le
domaine de l'accès et de l'intégrité de la recherche sanitaire.
• 0925
Nous proposons des amendements spécifiques. Le premier que
nous préconisons est la suppression du plafond des
dommages-intérêts punitifs, car ce plafond est si bas que la
sanction peut devenir un coût d'exploitation.
La deuxième recommandation est de prévoir comme sanction
l'interdiction pour la société contrevenante de commercer dans le
domaine électronique pendant un minimum de deux ans. Les sanctions
financières ne sont pas dissuasives. La réprobation publique n'est
pas non plus suffisamment dissuasive, car ces sociétés n'ont pas
besoin d'une image de marque.
Enfin, nous pensons qu'il faudrait prévoir des peines de
prison à l'article 28. Vous trouverez une recommandation dans le
document.
Je vous remercie.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur McBane. Nous avons
tous vos recommandations et votre mémoire sous les yeux.
Je donne maintenant la parole à l'Association des pharmaciens
du Canada, représentée par Mme Noëlle-Dominique Willems.
Mme Noëlle-Dominique Willems (directrice, Affaires
gouvernementales et publiques, Association des pharmaciens du
Canada): Merci beaucoup, madame la présidente. Membres du comité,
merci de nous avoir invités à comparaître aujourd'hui sur cet
important projet de loi C-54.
[Français]
Bien que notre présentation soit en anglais, je me
ferai un plaisir de répondre aux questions en français
s'il y en a.
[Traduction]
L'Association des pharmaciens du Canada est l'organisation
bénévole nationale qui représente 10 000 pharmaciens dans tout le
pays, soit environ la moitié du nombre total de pharmaciens. Pour
vous donner une idée du volume des transactions que nous effectuons
chaque jour, les pharmaciens du Canada reçoivent des renseignements
personnels sur les patients relativement à 190 millions
d'ordonnances chaque année. Ils recueillent aussi souvent des
renseignements sur les médicaments sans ordonnance que prennent
leurs patients. Bien qu'en dehors du milieu hospitalier les
diagnostics leur soient rarement communiqués, ils peuvent
habituellement les déduire à partir des médicaments prescrits.
Indépendamment des règles et obligations déontologiques et
morales qui protègent la vie privée et la confidentialité, les
pharmaciens sont astreints à d'autres forces qui font de la
préservation de la vie privée et de la confidentialité un
ingrédient essentiel de leur pratique. S'ils ne garantissaient pas
cela, ils feraient vite faillite car les rumeurs courent vite.
J'aimerais m'attarder quelque peu sur les types de
transactions électroniques que les pharmaciens effectuent
quotidiennement. Comme vous le savez, dans tout le Canada, la norme
relative aux demandes de remboursement de l'Association des
pharmaciens du Canada autorise le traitement des demandes. Cet
effort majeur de l'Association, avec la participation de quatre
groupes clés d'intervenants—les gouvernementaux provinciaux, les
pharmaciens, les vendeurs de logiciels de pharmacie et les
assureurs privés—est à la base du traitement des demandes de
remboursement présentées à tous les régimes d'assurance privés et
provinciaux, à l'exception de la Saskatchewan à ce stade.
Nous travaillons actuellement à l'élaboration d'une norme
étendue qui permettra d'y intégrer le HL7, de telle manière qu'elle
deviendra applicable à d'autres fournisseurs de soins de santé.
Sur la base de leurs dix années d'expérience de l'échange
électronique d'information, les pharmaciens sont heureux de
présenter les remarques et recommandations suivantes sur le projet
de loi. Bien que la plupart des Canadiens n'aient pas conscience de
la mesure dans laquelle ils participent à l'échange d'information
électronique, ils apprécient grandement les avantages que cela leur
apporte. Qu'ils soient couverts par le régime d'assurance-
médicaments provincial ou un régime privé, la plupart des
transactions avec les payeurs se font aujourd'hui en ligne et en
temps réel. De nombreux logiciels ont également une capacité
intégrée de suivi des médicaments, et vous trouverez une
explication détaillée de ces transactions dans le texte de notre
mémoire.
Dans les années à venir, nous nous attendons à ce que les
ordonnances soient transmises électroniquement des cabinets des
médecins aux pharmacies choisies par le patient. Cela constituera
un échange électronique de renseignements médicaux dans le but de
répondre aux besoins des patients. Le projet de loi n'établit pas
clairement si cet échange sera considéré comme commercial ou non.
L'APC est fortement partisane de l'amélioration du partage des
renseignements sur les patients individuels, sous réserve de
mesures appropriées pour garantir la confidentialité et la
sécurité. Toutefois, nous sommes préoccupés par le fait que
l'activité commerciale ne soit pas définie dans le projet de loi,
même avec les amendements récemment proposés concernant le
caractère commercial. Et nous reprenons à notre compte l'avis
exprimé par M. Bruce Phillips, le Commissaire à la protection de la
vie privée, dans son mémoire. Il y signale: «Le projet de loi ne
définit pas «l'activité commerciale», ce qui engendre la confusion
quant à la portée du projet de loi. Par exemple, est-ce que les
dossiers établis par un médecin seront assujettis à la loi?» Nous
ne le pensons pas.
Les pharmaciens sont dans une situation particulière dans le
domaine de la santé. Nous sommes à la fois des fournisseurs de
soins et des commerçants. Mais notre intervention sanitaire, soit
la fourniture des médicaments nécessaires, bien qu'elle ne soit pas
couverte par la Loi canadienne sur la santé, excepté en milieu
hospitalier, relève des lois provinciales en la matière. La
fourniture de médicaments et les services professionnels qui
accompagnent cet acte pourraient être considérés comme faisant
partie du domaine commercial, bien qu'il soit facile de voir que
sans la fourniture de médicaments, l'intervention médicale est
incomplète.
• 0930
L'Association canadienne des pharmaciens du Canada considère
que l'échange électronique d'informations fait partie de l'échange
nécessaire aux fins thérapeutiques et s'opposerait par conséquent
à ce que cet échange d'informations soit traité par la loi comme
une activité commerciale. Si une telle transaction devait être
considérée comme commerciale, alors toutes les demandes de
remboursement des médecins, dentistes et autres professionnels de
la santé adressées aux assurances provinciales et privées devraient
également être assujetties à cette loi. Il en résulterait
directement un alourdissement du fardeau de tous.
Au lieu de cela, on a pris coutume de considérer que le fait
pour le patient de remettre sa carte d'assurance-maladie représente
un consentement implicite à la transmission des renseignements au
gouvernement aux fins de la prise en charge des frais. La même
chose devrait s'appliquer à la couverture des médicaments par des
régimes d'assurance-maladie d'employeurs ou publics.
Il faut songer également aux problèmes que poserait
l'impossibilité de transférer les dossiers des patients d'une
province à une autre. Cet aspect a été évoqué par un certain nombre
de nos homologues au niveau provincial, qui ont vu à maintes
reprises les problèmes que peuvent soulever des transactions
simples, sans situation d'urgence.
Une autre préoccupation de l'Association est de savoir où
exactement s'insère le projet de loi C-54 dans la floraison
d'initiatives sur la protection des renseignements personnels. Nous
aimerions savoir où s'insère cette loi dans le projet
d'infostructure sanitaire de Santé Canada et de l'Institut canadien
d'information sur la santé, qui travaillent à l'élargissement de la
norme CSA aux renseignements médicaux.
Comme maintes autres organisations ayant comparu devant le
comité, nous estimons que la protection de la vie privée devrait
faire l'objet d'une loi spécifique, comme beaucoup de provinces
l'ont déjà admis, et ne pas être englobée dans le transfert
électronique d'informations.
On s'interroge également sur l'application de cette loi à des
provinces telles que le Québec, qui ont déjà une législation
stricte en matière de vie privée. Je pense que vous avez déjà
entendu cette semaine les arguments relatifs à la
constitutionnalité et je ne m'attarderai donc pas sur cet aspect.
L'un des grands principes sur lesquels repose l'initiative de
l'infostructure sanitaire est la nécessité d'harmoniser l'accès aux
données médicales à travers le Canada. C'est là l'une des façons
d'assurer le respect du principe de la transférabilité de la loi
canadienne sur la santé. L'Association des pharmaciens du Canada
craint que, sauf exclusion explicite des renseignements médicaux du
champ d'application du projet de loi C-54, les règles empêcheront
la construction du réseau, avec tous les effets négatifs qui en
résulteront pour les dispositions sur la transférabilité de la Loi
canadienne sur la santé et sur la santé des Canadiens.
Depuis les origines de la profession, le code de déontologie
des pharmaciens leur fait obligation d'assurer la confidentialité
des renseignements sur les patients. Nous continuons à le faire et
sommes résolus à trouver les meilleurs moyens pour cela. Cependant,
nous estimons que le projet de loi C-54 n'est pas l'instrument
idéal pour régler cette question vaste et complexe.
Pour conclure, l'Association canadienne des pharmaciens du
Canada invite le comité à faire appel à Santé Canada et au
ministère de la Justice pour rédiger une législation de protection
de la vie privée qui établisse les niveaux de protection auxquels
les Canadiens ont droit. Si le comité recommande au Parlement
l'adoption de ce projet de loi, nous recommandons instamment qu'il
retranche de son champ d'application la transmission des données
relatives à la santé.
Merci beaucoup.
La présidente: Merci beaucoup, madame Willems.
Je vais maintenant donner la parole au docteur John Millar,
vice-président de l'Institut canadien d'information sur la santé.
Dr John S. Millar (vice-président, Institut canadien
d'information sur la santé): Merci beaucoup, madame la présidente,
mesdames et messieurs les membres du comité.
J'aimerais commencer par vous dire, brièvement, quelques mots
au sujet de ce qu'est l'Institut canadien d'information sur la
santé. Il a été créé vers la fin de l'année 1993 avec, pour mandat,
de poursuivre le travail effectué grâce aux banques de données
préexistantes qui avaient été abritées au sein du gouvernement.
L'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) est un
organisme sans but lucratif non gouvernemental, créé par le
gouvernement en tant qu'organisme indépendant responsable de
traiter les données en matière de soins de santé de façon à fournir
aux gouvernements provinciaux, aux établissements de soins de santé
ainsi qu'au public des renseignements sur la façon dont le système
de soins de santé s'acquitte de ses fonctions et sur les dépenses
consacrées à la santé dans tout le pays.
Les principales bases de données que renferme l'Institut sont
celles de l'utilisation des hôpitaux, des dépenses en matière de
soins de santé et des ressources humaines occupées par les soins de
santé, et il s'y trouve également des registres sur le remplacement
d'organes et sur les traumatismes. Nous nous occupons par ailleurs
d'obtenir des données auprès d'autres sources et de les mettre à la
disposition des provinces et des autorités de santé régionales.
• 0935
L'organisation exploite ces bases de données depuis quatre ans
et avant cela, pendant plus de 30 ans, elle a chaque année traité
des millions, littéralement, de dossiers de santé personnels sans
la moindre atteinte à la confidentialité, en dépit du fait qu'il
n'existait pas de loi nationale à cet égard. La raison à cela est
que nous nous sommes conformés aux lois provinciales, d'un bout à
l'autre du pays, et en avons encouragé l'utilisation. Nous sommes
néanmoins tout à fait favorables à l'initiative du gouvernement
fédéral d'entreprendre de créer une loi nationale et y
applaudissons.
Nous avons examiné le projet de loi et il existe selon nous
cinq questions qui, si elles étaient réglées, amélioreraient, je
pense, ce qui est prévu ici.
La première question a déjà été mentionnée par ma collègue
ici: il s'agit de la question de l'activité commerciale et de sa
définition. Nous estimons que cela est mal défini. En fait, nous
sommes préoccupés par la question de savoir si notre organisation
sera incluse dans le projet de loi et il n'est pas clair si nous
serions considérés comme une organisation commerciale ou non. Même
si nous l'étions, nous pourrions être exemptés.
Les dispositions transfrontalières du projet de loi devraient
inclure tout ce qui concerne les transactions à l'intérieur de
l'Ontario, par exemple, et à moins que nous ne soyons identifiés
comme étant une organisation commerciale, nous pourrions être
exemptés du projet de loi, ce qui ne serait à notre avis pas une
bonne chose.
La deuxième question est celle de la définition de
«renseignements personnels». L'expression «renseignements
personnels» n'est pas définie dans le projet de loi. Vous trouverez
que le terme est très soigneusement défini dans divers textes de
loi provinciaux, et ceci m'amène au troisième point, qui est le
suivant: à moins que ne soit très bien défini ce qu'englobent les
«renseignements personnels», l'on ne sait pas ce qui doit être
retiré d'un dossier médical personnel pour le rendre anonyme et,
partant, communicable. Nous vous exhortons donc d'inclure dans le
projet de loi la définition de «renseignements personnels», et nous
vous recommanderions d'examiner, par exemple, la loi de la
Colombie-Britannique en matière de protection de la vie privée qui,
nous le pensons, offre à cet égard une définition qui est très
bonne et pratique.
Le quatrième point est la question de la divulgation de
renseignements obtenus sans consentement, à des fins de recherche
érudite. Le projet de loi mentionne que de tels renseignements
peuvent être divulgués à des fins de recherche érudite. Nous
interprétons «recherche érudite» comme étant une recherche
universitaire, bien que cela ne soit pas explicité dans le texte du
projet de loi. Si ces renseignements ne peuvent être divulgués qu'à
des fins de recherche universitaire, cela entravera sérieusement
notre capacité de compiler, de divulguer et d'utiliser ces
renseignements, car une part importante des renseignements que nous
utilisons servent des fins de recherche à l'extérieur des
universités, avec des institutions de type non universitaire.
La cinquième question, qui est selon moi la plus épineuse pour
nous, est celle des conditions dans lesquelles les renseignements
personnels obtenus sans le consentement de l'intéressé peuvent nous
être remis et être divulgués par nous. Le problème est que la
plupart des dossiers d'hôpital, ce qui représente le gros de notre
activité à l'heure actuelle, sont en ce moment recueillis sans
consentement. Le projet de loi impose des restrictions onéreuses
et, à notre avis, appropriées, en vertu desquelles ces
renseignements pourraient être recueillis et divulgués.
En ce qui concerne la cueillette de renseignements, le projet
de loi dit que ces renseignements peuvent être recueillis à des
fins de recherche érudite, s'il peut s'ensuivre un bien individuel
démontrable ou si l'on ne peut pas obtenir le consentement en temps
opportun, auquel cas le commissaire à la protection de la vie
privée doit en être averti. Ce sont là quatre conditions très
strictes en matière de collecte, et nous pensons qu'elles sont
appropriées et en encourageons l'adoption. Cependant, ce que je
tiens à dire c'est que les bases de données qui existent à l'heure
actuelle ne satisferont pas ces conditions. De la même façon, en ce
qui concerne, encore une fois, l'utilisation des données, il faut
que celles-ci soient destinées à des fins de recherche et il faut
qu'il soit établi que le consentement ne peut pas être obtenu en
temps opportun.
Pour nous, le problème est que si cela devait être adopté dès
la semaine prochaine, par exemple, nous n'aurions peut-être plus
accès aux bases de données existantes. Il n'est pas suffisamment
clair dans le projet de loi que nous pourrons continuer de
recueillir indirectement ces renseignements sur les patients auprès
des hôpitaux. Par conséquent, les sources de données sur lesquelles
nous comptons pour rendre compte au gouvernement ainsi qu'au public
du rendement du système de soins de santé ne seraient plus à notre
portée, ce qui compromettrait sérieusement notre capacité de
fonctionner.
• 0940
Partant, nous croyons que ce qu'il nous faut manifestement
pour le plus long terme ce sont des conditions, à l'échelle du
pays, en vertu desquelles lorsqu'un patient entre dans un hôpital,
il y a en place un processus de consentement et l'on explique au
patient que des renseignements le concernant pourront être transmis
à autrui ou bien qu'il y aura un encodage systématique de ces
données de telle sorte qu'on ne puisse pas les retracer à la
personne concernée.
En attendant que de telles conditions soient établies, nous
recommandons l'adoption de notre proposition, qui nous permettrait
de continuer de travailler comme nous l'avons fait jusqu'ici. Cela
nous permettra en gros de continuer d'obtenir ces renseignements
auprès des ministères provinciaux de la santé ainsi que directement
auprès des hôpitaux, lorsque les lois provinciales nous y
autorisent, de sorte que nous puissions continuer de faire notre
travail en attendant la mise en place à l'échelle du pays de
conditions plus appropriées.
Merci, madame la présidente.
La présidente: Merci beaucoup, docteur Millar.
Je vais maintenant donner la parole à l'Association médicale
canadienne, ici représentée par le docteur Susan Hutchinson.
Dre Susan Hutchinson (présidente, Forum de l'AMC sur
l'économique de pratique générale et familiale, Association
médicale canadienne): Merci beaucoup, madame la présidente, et
merci aux membres du comité de nous autoriser à prendre la parole
ici aujourd'hui.
L'Association médicale canadienne (AMC) est heureuse d'avoir
été invitée à comparaître devant le Comité permanent de l'industrie
dans le cadre de son étude du projet C-54, Loi sur la protection
des renseignements personnels et les documents électroniques. Ma
collègue, maître Carole Lucock, conseillère juridique principale et
directrice des services juridiques de l'Association médicale
canadienne, m'accompagne aujourd'hui. J'exerce comme médecin de
famille et j'ai également travaillé à l'élaboration du code de
protection des renseignements personnels sur la santé de l'AMC.
Les médecins prennent très au sérieux la vie privée de leurs
patients. C'est la pierre angulaire de la relation spéciale qui
existe entre leurs patients et eux. Reconnaissant l'importance de
la vie privée, l'AMC a adopté un code de protection des
renseignements personnels sur la santé. Notre intervention devant
le comité aujourd'hui découle de cette importance et de notre
préoccupation, qui est d'assurer que l'on protège comme il se doit
le caractère confidentiel des renseignements personnels des
patients.
L'AMC est d'avis que nos patients s'attendent aux normes
rigoureuses de protection des renseignements personnels que nous
avons établies dans notre code et ne méritent rien de moins. Nos
recherches, nos sondages et dix groupes de réflexion organisés d'un
bout à l'autre du Canada ont révélé de graves préoccupations au
sujet de la protection des renseignements personnels causées par la
technologie de l'information. Ils révèlent aussi un appui général
en faveur des principes établis dans notre code.
Je veux vous faire part de quelques points saillants de
certains sondages que le groupe Angus Reid a réalisés pour le
compte de l'AMC. Quatre-vingts pour cent des répondants sont
persuadés que les médecins gardent confidentiels leurs
renseignements personnels. Treize pour cent des patients signalent
ne pas avoir divulgué certains renseignements à leurs médecins
parce qu'ils craignaient que les renseignements en question soient
communiqués à des tiers. En majorité, les Canadiens ne veulent pas
que leurs renseignements personnels sur la santé servent à des fins
de recherche sans leur consentement, même lorsqu'on a éliminé les
identificateurs personnels de ces renseignements.
Comme le projet de loi C-54, notre code s'inspire de la norme
minimale établie par le code de l'Association canadienne de
normalisation. Nous sommes toutefois allés plus loin et nous avons
produit notre code avec la contribution des médecins.
Les détails de notre critique sur le projet de loi C-54 sont
énoncés dans le mémoire que nous vous avons présenté et nous ne les
reprendrons pas ici.
Nous croyons savoir que l'on a fait croire au comité que le
projet de loi C-54 ne s'appliquerait pas aux renseignements
personnels sur la santé. Nous sommes toutefois d'avis que
l'envergure énoncée est suffisamment large pour inclure les
renseignements personnels sur la santé dans certains contextes.
Permettez-moi d'être plus précise. L'article 4 du projet de loi
énonce l'application prévue. Comme vous le savez, il y a trois
catégories. La première est celle des renseignements recueillis,
utilisés et divulgués dans le contexte d'activités commerciales. Il
faut se poser la question suivante: qu'est-ce qui constitue une
activité commerciale et quelles en sont les conséquences sur les
renseignements personnels sur la santé qui deviennent du domaine
commercial? Ces dispositions ne sont pas assez claires. Comme
l'éventail de la prestation aux Canadiens des produits et services
de soins de santé des domaines public et privé est vaste, il n'y a
pas de ligne de démarcation claire.
Ce manque de clarté peut inciter à tirer certaines
conclusions, dont les suivantes. Des renseignements personnels sur
la santé pourraient être recueillis, utilisés et divulgués dans le
contexte d'activités commerciales, ce qui les assujettirait aux
dispositions du projet de loi. Lorsque des renseignements
personnels sur la santé deviennent du domaine commercial, à des
fins d'assurance, par exemple, ou sont recueillis dans un contexte
commercial comme dans un foyer de soins privé, ils deviennent des
renseignements commerciaux assujettis au projet de loi C-54, ce qui
transforme les renseignements personnels sur la santé en denrée.
Enfin, si l'on considère que tous les renseignements
personnels sur la santé échappent à la portée du projet de loi
C-54, on peut alors invoquer une défense légitime dans les cas de
non-conformité prévus par le projet de loi C-54, ce qui protège les
renseignements personnels sur la santé encore moins que d'autres
renseignements. Aucune de ces conséquences n'est souhaitable.
• 0945
L'alinéa 4(1)b) du projet de loi s'applique à la collecte, à
la diffusion et à la divulgation de renseignements entre provinces
ou pays. Il est clair que cet article ne comporte aucune
restriction et qu'il s'appliquerait donc aux renseignements
personnels sur la santé. Compte tenu des initiatives lancées par le
gouvernement fédéral pour relier les renseignements personnels sur
la santé d'un bout à l'autre du pays, l'application de cet article
signifierait que le projet de loi C-54 régirait la protection
accordée aux renseignements personnels sur la santé.
La dernière catégorie est celle des renseignements recueillis
au sujet de certains employés, et qui peuvent inclure aussi des
renseignements personnels sur leur santé. L'AMC demande au comité
d'étudier très attentivement ce qu'il fait à l'égard des
renseignements personnels sur la santé et, au lieu d'essayer
d'éviter le fait que le projet de loi C-54 s'appliquera au moins à
certains renseignements personnels sur la santé, d'agir
proactivement et d'ajouter les mesures de protection appropriées
afin que les renseignements sur la santé soient couverts par le
projet de loi C-54.
L'AMC recommande qu'on modifie le projet de loi C-54 pour y
intégrer des dispositions précises ayant trait aux renseignements
personnels sur la santé, que ces dispositions s'inspirent du code
de protection des renseignements personnels sur la santé adopté par
l'AMC et que les règles proposées au sujet des mesures législatives
sur la santé fassent l'objet de l'examen législatif dont il est
question dans le code de l'AMC et soient formulées en fonction de
ce processus.
Les médecins d'un bout à l'autre du Canada sont à l'écoute des
préoccupations que soulève chez leurs patients la question de la
protection des renseignements personnels sur la santé. Nous vous
exhortons à faire de même. Merci de nous avoir donné l'occasion de
nous adresser à vous aujourd'hui.
La présidente: Merci beaucoup, docteur Hutchinson.
Nous allons maintenant passer au ministère de la Santé de
l'Ontario. Nous accueillons parmi nous M. Gilbert Sharpe, directeur
des services juridiques.
M. Gilbert Sharpe (directeur, Direction des services
juridiques, ministère de la Santé de l'Ontario): Merci, madame la
présidente. M'accompagnent aujourd'hui des collègues de l'Ontario,
Juta Auksi et Halyna Perun, qui pourront peut-être aider avec les
questions suite à notre exposé.
Nous sommes tous des patients du système de soins de santé, et
nous prisons tous le respect de notre vie privée, tout
particulièrement en ce qui concerne notre santé. Le ministère de la
Santé de l'Ontario ne conteste pas la nécessité de l'imposition de
normes très élevées en matière de protection et de sécurité, mais
il est préoccupé par les mécanismes et les moyens nécessaires à
l'assurance d'une telle protection. Nous ne nous attendons pas à
entrer aujourd'hui dans des discussions à caractère
constitutionnel. Nous trouvons que ces aspects sont importants,
mais nous allons nous cantonner aux questions de gestion de
reddition de comptes cliniques qui s'appliquent tout
particulièrement au gouvernement de l'Ontario, et qui valent sans
doute également, je l'imagine, pour d'autres gouvernements.
J'ai pensé qu'il serait peut-être utile dans les quelques
minutes dont nous disposons, de parcourir avec vous notre
mémoire—dont je suppose que tout le monde a copie—et d'en faire
ressortir les points saillants. Notre mémoire porte sur l'effet
négatif qu'aurait le projet de loi sur des activités clés du
système de soins de santé qu'administre l'Ontario. On y parle de la
façon dont le projet de loi ontarien en matière de protection des
renseignements personnels sur la santé traiterait mieux des
préoccupations relativement à la cueillette, à l'utilisation et à
la divulgation de renseignements personnels sur la santé. On y fait
ressortir la confusion et l'incertitude que créerait l'actuel
projet de loi.
Le secteur des soins de santé n'a pas été consulté sur les
conséquences du projet de loi. Il commence tout juste à comprendre
les conséquences énormes qu'aurait ce projet de loi sur la santé et
les soins de santé. À notre avis, le projet de loi aurait un impact
négatif sur de nombreuses activités critiques du système de soins
de santé et il n'a pas été élaboré en tenant compte du système de
soins de santé.
Le ministère de la Santé craint sérieusement que le projet de
loi ne débouche sur un système de soins de santé inefficace et
inefficient. Il serait impossible de réaliser les objectifs de
Santé Canada et des ministères provinciaux de la santé et de
réaliser le potentiel de l'autoroute de l'information sur la santé
pour améliorer les soins de santé offerts aux Canadiens.
Dans son budget de février 1999, le gouvernement fédéral a
annoncé un plan visant à rendre des milliards de dollars aux
provinces pour que celles-ci s'attaquent aux préoccupations
immédiates en matière de soins de santé et construisent un meilleur
système de soins de santé. Or, en même temps, un autre bras du
gouvernement est en train d'aller de l'avant avec un projet de loi
qui entraverait la prestation des soins de santé, la planification
et la gestion du système de soins de santé ainsi que la recherche.
Le ministère de la Santé demande instamment que le projet de loi
soit modifié de façon à éviter de nuire au système de soins de
santé de l'Ontario. L'amendement envisagé exempterait clairement le
système de soins de santé de la portée du projet de loi, nous
permettant de nous doter de nos propres textes de loi.
• 0950
Nous donnons plusieurs exemples dans notre mémoire. Il y en a
un à la page 3 que portent souvent à notre attention des personnes
du troisième âge. Un homme âgé vivant dans la communauté souffre de
plusieurs problèmes de santé et consulte de nombreux médecins. Il
prend une variété de médicaments et fait remplir ses ordonnances à
la pharmacie la plus pratique pour lui. En l'absence d'une capacité
d'assurer rapidement le lien entre ces médecins et ces pharmaciens,
le risque de surcharge en matière d'ordonnances et d'effets
secondaires néfastes des médicaments pris est élevé.
Dans de tels cas, c'est un processus lent et presque
impossible que d'obtenir des consentements valables pour déterminer
qui signe pour les enfants et les adultes qui ne sont mentalement
pas capables de comprendre, répond aux refus de signer les
formulaires de consentement pour les services requis ou suit les
consentements donnés au fur et à mesure que le patient circule dans
le système. L'on ne sait même pas qui serait responsable d'obtenir
les différents consentements dans ces circonstances: les
pharmaciens, les médecins, les laboratoires, les hôpitaux ou autre.
Il y a de nombreuses difficultés qui seraient encore aggravées
par le projet de loi, étant donné surtout que celui-ci ne comporte
même pas de dispositions portant sur la façon de traiter de cas
d'incapacité dans de telles circonstances.
La gestion du système de soins de santé est une autre question
critique. Nous sommes tous préoccupés par l'amélioration de la
reddition de comptes au public. Il y a une vaste gamme de
renseignements qui doivent être recueillis en vue de déterminer les
besoins en matière de santé changeants ou non satisfaits de la
population, afin de régler les problèmes de lacunes ou de
duplications de services en matière de gestion d'utilisation,
d'élaboration de lignes directrices et de gestion de la qualité, ce
afin de veiller à ce que les ressources disponibles soient
utilisées à bon escient et de façon rentable.
Il y a un autre exemple en haut de la page 5. Dans le domaine
de la santé publique, les systèmes d'information permettent de
contrôler la progression de milliers de femmes, sur plusieurs
années, à l'intérieur du processus de dépistage du cancer du sein,
depuis l'examen initial au suivi en cas d'anormalité et, pour
certaines, jusqu'au traitement. Les renseignements compilés grâce
à de tels programmes peuvent servir à déterminer quels tests de
dépistage et quels traitements sont les plus efficaces et où il
convient le mieux d'investir les ressources de lutte contre le
cancer.
Pour pouvoir gérer de façon efficiente le système de soins de
santé, il nous faut être en mesure de prouver que les fonds
dépensés se traduisent en des produits livrables concrets qui
bénéficient à la population. Nous voulons avoir l'assurance que les
récents transferts de deniers publics fédéraux aux provinces
résulteront en des améliorations manifestes du système. Avec le
projet de loi, il n'est pas clair que cela sera possible. En fait,
l'on pourrait même arguer que l'atteinte de ces objectifs sera
entravée par la reddition de comptes.
À la page 6, nous parlons de fraude et d'abus des ressources
consacrés à la santé. Voici quelques exemples d'abus: rendre visite
à plusieurs médecins en quête d'un médicament particulier; tests
répétés pour le même problème; non-résidents utilisant des cartes
de santé empruntées, volées, achetées ou contrefaites; facturation
non appropriée. Les abus et la fraude au sein du système de soins
de santé et les montants d'argent gaspillés sont évidents.
Le projet de loi C-54 ne permettrait pas la cueillette,
l'utilisation ou la communication de renseignements personnels sans
consentement, en vue de la détection et de la prévention de la
fraude. Cela va à l'encontre d'autres lois sur la protection de
renseignements personnels, et je songe ici aux textes de loi
fédéraux et provinciaux sur la protection de la vie privée. Les
consultations tenues relativement à notre propre loi en matière de
renseignements sur la santé ont fait ressortir qu'il faut aux
prestateurs de soins de santé une autorisation plus claire à
divulguer à ces fins.
Le projet de loi C-54 est contraire au code CSA, qu'englobe le
projet de loi, avec quelques changements très importants. Le projet
de loi exige que les notes incluses dans le code soient ignorées;
or, ce sont précisément ces notes qui assurent la souplesse qui
fait défaut dans le projet de loi lui-même, pour ce qui est de la
reddition de comptes, de la pratique clinique et de la fraude.
À la page 7, nous parlons de notre propre législation et du
fait que nous ayons vécu depuis 1996 deux rondes de consultations
approfondies. Les principales parties prenantes, notamment groupes
de prestateurs de soins de santé, de nombreux groupes de
consommateurs et notre propre commissaire à la protection de la vie
privée en Ontario, ont appuyé les exceptions en matière d'obtention
de consentement dans l'intérêt des objectifs que j'ai décrits plus
tôt. Or, à l'échelle du pays et dans les provinces, les gens sont
très peu au courant de l'application du projet de loi C-54 aux
soins de santé. Santé et Bien-être Canada, lorsque nous avons
discuté du projet de loi avec lui, a semblé donner un message
différent de celui d'Industrie Canada, et je reviendrai là-dessus
dans un instant, dans ma conclusion.
À la page 8, nous soulignons que d'autres provinces, notamment
le Manitoba, l'Alberta et la Saskatchewan, ainsi que d'autres pays,
comme par exemple la Nouvelle-Zélande et l'Australie, ont adopté
une approche semblable à celle de l'Ontario dans l'établissement de
règles précises dans le cadre du système de soins de santé en
matière de renseignements spécialisés sur la santé, avec des
exemptions quant à la nécessité d'obtenir le consentement de
l'intéressé qui vont bien au-delà de ce qui est prévu dans le
projet de loi C-54.
• 0955
En fait, le commissaire à la protection des renseignements
personnels et de la vie privée en Ontario et des groupes comme
l'Ontario Medical Association sont de très fermes défenseurs des
dispositions que nous avons prévues. Les fonctionnaires fédéraux
ont dit avoir des préoccupations quant au nombre de divulgations
différentes prévues dans l'ébauche de notre texte de loi et douter
que le projet de loi C-54 débouche sur des dispositions semblables
à celles que nous voulons promouvoir à l'avenir en vue de protéger
les renseignements sur la santé dans notre province.
Enfin, madame la présidente, à la page 9, nous résumons la
confusion qui a été créée avec le projet de loi et des observations
faites par des fonctionnaires fédéraux. Industrie Canada a dit que
le projet de loi C-54 ne s'appliquerait pas aux médecins. D'autres
professionnels de la santé, par exemple les pharmaciens, les
dentistes et les infirmières, n'ont pas été mentionnés comme étant
exclus; or, le même régime de réglementation professionnelle
provinciale s'applique à eux et ils jouent un rôle important dans
la prestation des soins de santé.
Industrie Canada a dit que le projet de loi ne s'appliquerait
pas aux hôpitaux. Un hôpital, qui est financé par les deniers
publics et est une entité non commerciale, pourrait envoyer une
demande de tests en laboratoire à un laboratoire commercial privé
et, dans certains cas, ces tests seraient payés à même les fonds
publics. Les résultats de tels tests seraient-ils assujettis aux
dispositions du projet de loi pendant qu'ils sont en possession du
laboratoire ou de l'hôpital? L'on retrouve dans certains hôpitaux
des laboratoires, cliniques ou pharmacies commerciaux. Quelles
règles régissent alors les dossiers des patients?
Un spécialiste de la chirurgie esthétique enlève un carcinome
basocellulaire de la joue d'un patient. Il s'agit là d'une
procédure qui est couverte par notre régime d'assurance maladie. Il
enlève en même temps un grain de beauté, ce qui constitue une
opération à caractère purement esthétique qui n'est donc pas
couverte par le régime d'assurance-maladie. Le projet de loi
ferait-il une distinction entre les services payés à même les fonds
publics et les autres?
Le projet de loi s'appliquerait-il aux organismes de
planification tels l'ICIS? Industrie Canada a dit que ce serait le
cas, mais Santé Canada a affirmé le contraire.
Voilà quelques exemples seulement de la confusion qui nous
préoccupe relativement au projet de loi. Cette confusion et ce
manque d'uniformité dans le traitement à donner aux renseignements
sur la santé vont à l'encontre des efforts visant à intégrer le
système de soins de santé.
Enfin, à la page 10, nous soulignons qu'il est difficile de
voir comment les recommandations du rapport et du comité
consultatif sur l'infostructure de santé et les rapports et le
programme de l'ICIS déposé auprès de Santé Canada et tout juste
diffusé pourraient être mis en application si certains ou tous les
renseignements personnels en matière de santé sont assujettis aux
règles du projet de loi portant sur le consentement, à l'exclusion
d'autres moyens de protéger les renseignements personnels. Les
dossiers électroniques et la télémédecine ainsi que d'autres
initiatives seraient eux aussi entravés dès leur émergence.
L'effet du projet de loi sur le système de santé serait de
créer des obstacles, alors que l'objet des initiatives relativement
à l'autoroute de l'information-santé est de supprimer les
obstacles. Les règles du projet de loi, une fois en place,
entraveraient les efforts de collaboration visant l'harmonisation
des lois en matière de renseignements sur la santé qui ont déjà été
lancés par les gouvernements et les ministères de la Santé
fédéraux, provinciaux et territoriaux. Bien que mal adapté au
système de soins de santé, le projet de loi deviendrait en fait une
norme. Il entraverait les efforts de collaboration visant
l'harmonisation des lois, ce à une époque où nous nous efforçons
tous d'avancer dans le sens de l'intégration et d'une meilleure
reddition de comptes.
En conclusion, madame la présidente, le ministère de la Santé
de l'Ontario recommande que le paragraphe 4(2) du projet de loi
C-54 soit modifié afin que la partie 1 du projet de loi ne
s'applique pas aux organisations en ce qui concerne le respect de
renseignements personnels portant sur la santé d'une personne ou la
prestation de soins de santé à une personne, et que l'organisation
collecte, utilise, ou communique à des fins de soins de santé, y
compris la gestion du système de santé.
Le ministère apprécie l'occasion qui lui a été ici donnée de
se prononcer sur le projet de loi C-54 et exhorte le comité à
étudier sérieusement ses recommandations.
Merci, madame la présidente.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Sharpe.
Nous allons maintenant passer aux questions, et ce sera
Mme Meredith qui commencera.
Mme Val Meredith (South Surrey—White Rock—Langley, Réf.):
Merci, madame la présidente.
Ayant entendu toutes vos présentations, il m'apparaît
clairement qu'il y a ici un problème. Ma question à vous tous—et
elle s'adresse tout particulièrement à vous, monsieur Sharpe—est
la suivante: des amendements au projet de loi C-54 régleraient-ils
vos préoccupations ou bien faudrait-il prévoir une exclusion des
prestateurs de soins de santé, qu'il s'agisse d'hôpitaux
commerciaux ou publics, et la rédaction d'un nouveau texte de loi
qui s'appliquerait tout particulièrement à ce secteur?
Pourriez-vous tous vous prononcer là-dessus? Des amendements au
projet de loi protégeraient-ils la vie privée du patient, tout en
prévoyant la collecte des données qui sont importantes pour la
recherche érudite ou pour les ministères de la Santé de partout au
pays, ce afin de veiller à ce que le système soit efficient?
La présidente: Adressez-vous votre question à tous les
témoins?
Mme Val Meredith: À eux tous, oui, mais commençons par M. Sharpe.
La présidente: Nous allons donc commencer avec M. Sharpe.
• 1000
M. Gilbert Sharpe: Merci, madame la présidente.
Nous ne pensons pas qu'il soit possible de le faire. Cependant, nous
serions prêts à entamer des pourparlers, en prévision d'une exemption
spécifique ou si nous avions davantage de temps pour une concertation,
avec nos collègues des autres provinces, les organisations sanitaires
provinciales, les groupements de consommateurs intéressés au domaine
de la santé, les commissaires à la protection de la vie privée
provinciaux. Mais cette possibilité n'existe pas, puisque je crois
savoir que le comité va entamer l'étude article par article la semaine
prochaine.
Comme je l'ai dit, nous avons passé plusieurs années à rédiger une
législation spécifique qui apporte l'équilibre nécessaire et protège
ces renseignements, et cette protection est impérative. Les buts de ce
projet de loi sont d'importance critique. Nous ne le contestons pas du
tout. Notre souci est que les dispositions soient taillées sur mesure.
Très brièvement, au début des années 80, madame la présidente,
j'ai travaillé avec le ministère de la Justice fédéral à la
rédaction de dispositions sur les maladies mentales pour le Code
criminel. J'ai sillonné le pays et constaté à quel point il est
utile de créer des lois spécifiques conçues pour régler un problème
spécifique, et ce sans faire obstacle au flux nécessaire
d'informations, sachant que les renseignements psychiatriques sont
peut-être les données médicales les plus délicates dans certaines
circonstances et qui peuvent causer le plus de dégâts si elles sont
divulguées indûment. En ayant eu le temps de consulter nos
partenaires et collègues provinciaux et fédéraux dans un esprit de
collaboration, je crois que nous avons su façonner des règles
spécifiques appropriées en droit pénal. Nous ne pensons pas avoir
eu cette occasion en l'occurrence, ni ne pensons que ce projet de
loi peut être modifié pour répondre aux besoins du système.
La présidente: Je vous remercie, monsieur Sharpe.
J'aimerais vous inviter tous à être brefs. Je vous prie
d'excuser certains membres du comité qui sont nouveaux, mais nous
avons des tours de questions de cinq minutes. Si vous posez une
question aux six témoins, cela va probablement accaparer la plus
grande partie de votre tour.
Docteur Hutchinson.
Dre Susan Hutchinson: Oui, merci, madame la présidente.
La position de l'AMC est que cette loi va couvrir
l'information médicale et qu'il n'y a pas de délimitation claire
entre information médicale et information commerciale. Nous
estimons donc que le projet de loi doit être amendé de façon à y
insérer des dispositions spécifiques pour protéger l'information
médicale.
La présidente: Docteur Millar, aviez-vous quelque chose à
ajouter?
Dr John Millar: En réponse à votre question, nous
sommes tout à fait en faveur de l'esprit du projet de loi, soit la
protection des renseignements personnels. Mais tant que des
mécanismes ne sont pas en place au point de collecte afin que les
patients sachent que des renseignements les concernant pourront
être transmis ou tant qu'il n'y aura pas un codage routinier des
données de façon à modifier les identificateurs personnels et
empêcher l'identification des patients, le flux d'information sera
gravement obstrué en la forme actuelle du texte. Cela a déjà été
souligné.
Pour ce qui concerne notre travail, soit la collecte de
données hospitalières, nous pensons que nos besoins seraient
satisfaits si l'amendement que nous proposons était apporté. Cela
nous permettrait de continuer à travailler comme nous le faisons,
une manière qui est conforme à la législation provinciale
existante.
Donc, la réponse est oui, c'est possible. Avec un amendement,
notre travail pourrait se poursuivre.
La présidente: Madame Willems.
Mme Noëlle-Dominique Willems: Merci.
Il y a un dicton français qui dit «Qui trop embrasse, mal
étreint».
Le projet de loi veut en faire trop, et je conviens qu'il
faudrait le scinder. L'information sanitaire devrait faire l'objet
d'une loi spécifique de protection de la vie privée, pour s'assurer
de réellement toucher la cible que l'on vise.
La présidente: Monsieur McBane.
M. Michael McBane: Nous sommes en faveur de l'adoption du
projet de loi avec quelques améliorations. De toute évidence, il
faut aussi une législation dans le domaine de la santé, mais ce
n'est pas l'un ou l'autre, il faut les deux.
La présidente: Monsieur Speers, avez-vous quelque chose à
ajouter?
Dr Richard Speers: Nous sommes en faveur d'amendements,
simplement pour qu'il y ait une loi de protection de la vie privée
et empêcher la création d'un paradis de l'information dans une
autre province.
La présidente: Avez-vous une autre question, madame Meredith?
Ce sera votre dernière.
Mme Val Meredith: Je vais m'abstenir, merci.
La présidente: Monsieur Keyes.
M. Stan Keyes (Hamilton-Ouest, Lib.): Merci, madame la
présidente. Je vais aller droit au but, car le temps nous manque.
Je m'adresse à nos témoins. Pouvez-vous imaginer ce que ce
serait si le gouvernement répondait très spécifiquement à chaque
requête de chaque organisation qui comparaît sur ce projet de loi?
Le projet de loi finirait par être aussi épais que cette salle est
haute. Nous sommes donc obligés de nous en remettre à quelques
normes pour essayer d'établir un cadre général, en quelque sorte,
applicable à tout le monde. Comme le secrétaire parlementaire,
M. Lastewka, l'a dit, ce projet de loi touchera chaque citoyen et
chaque organisation.
• 1005
Je ressens un peu de frustration et je vais commencer avec
M. Speers.
Monsieur Speers, vous avez dit dans votre déclaration que le
projet de loi ne satisfait pas aux besoins critiques en matière de
santé. Pourtant, si ce projet était adopté, le code de la CSA
prendrait force de loi, avec ses principes fondamentaux qui
recouvrent la responsabilité, la détermination des fins de la
collecte, le consentement, la limitation de la collecte, la
limitation de l'utilisation et de la communication. Pourquoi
dites-vous qu'il n'assure pas la protection voulue?
Dr Richard Speers: Nous estimons que les formulaires de
consentement que nous vous avons remis, qui sont actuellement en
usage, montrent que l'esprit du code CSA a été détourné. Le
consentement actuel autorise un envahissement total.
M. Stan Keyes: Le problème réside dans vos formulaires, pas
dans le projet de loi.
Dr Richard Speers: Je pense qu'il faut une formule de
consentement plus restrictive. C'est au niveau de l'instrument de
consentement qu'intervient la violation. Il n'y a aucun organe de
supervision pour contrôler cela.
M. Stan Keyes: Très bien, permettez-moi de revenir un peu en
arrière. Au début des années 1990, la CSA a rassemblé des
représentants du secteur public, des industries, des transports,
des télécommunications, de l'informatique, de l'assurance, de la
santé et des banques, mais vous dites que les prestateurs de soins
de santé n'ont pas été consultés.
Dr Richard Speers: L'Association médicale canadienne ne
siégeait pas au comité d'élaboration, et l'Association dentaire
canadienne était le seul représentant du secteur de la santé après
l'élaboration du code. Nous siégions au comité de mise en oeuvre.
L'intérêt de l'échange de l'information l'a emporté sur la
protection de l'information.
M. Stan Keyes: Ah bon? Nous avons fait une large publicité à
la norme CSA en 1994, avons lancé des invitations à des
organisations comme la vôtre et publié le projet de code dans la
Gazette du Canada. Étiez-vous au courant?
Dr Richard Speers: J'étais à la table une partie du temps et
on m'est tombé dessus lorsque j'ai tenté d'établir une procédure de
consentement éclairé.
M. Stan Keyes: Qui vous est tombé dessus?
Dr Richard Speers: Principalement les représentants de
l'industrie de la santé. Si vous regardez le document,
l'information est un...
M. Stan Keyes: L'industrie de la santé? Qu'entendez-vous par
là?
Dr Richard Speers: L'Association canadienne des compagnies
d'assurances de personnes. Donc, si vous regardez...
M. Stan Keyes: Oh, je vois, les compagnies d'assurances vous
ont froissé.
Dr Richard Speers: Ce n'est pas que j'ai été froissé, mais
elles ont obtenu que les renseignements soient recueillis au su du
patient, ce qui nous paraît insuffisant, car le patient ne sait
pas...
M. Stan Keyes: Indépendamment de cela, monsieur Speers,
avez-vous présenté un mémoire ou fait des interventions?
Dr Richard Speers: Oui. Je suis intervenu auprès du
commissaire à la protection de la vie privée fédéral et d'Industrie
Canada. J'ai...
M. Stan Keyes: Mais, en 1994, lorsque nous avons publié dans
la Gazette et expressément invité votre organisation à s'exprimer,
avez-vous répondu à...
Dr Richard Speers: Oui. J'ai dans mes dossiers des documents
adressés à Helen McDonald, d'Industrie Canada, entre autres. Si ces
documents n'ont pas été publiés dans la Gazette, c'est parce que
j'ignore la procédure.
M. Stan Keyes: Les normes, apparemment, ont été soumises pour
avis public après cette étape. Avez-vous soumis des avis également
à ce stade?
Dr Richard Speers: Oui.
M. Stan Keyes: Eh bien, on me donne des renseignements
contradictoires et il va falloir que je détermine exactement...
Dr Richard Speers: J'ai toute la documentation pour confirmer
mes dires.
M. Stan Keyes: Je ne vois toujours pas clairement le problème
de votre formulaire. Si le code CSA impose à l'organisation de
préciser pour quelles fins les renseignements sont recueillis et
d'obtenir le consentement éclairé de l'intéressé en vue de la
collecte, de l'utilisation ou de la divulgation, etc., pourquoi y
a-t-il un problème?
Dr Richard Speers: Nous disons que la quantité de
renseignements demandés est vague et qu'il n'y a virtuellement
aucune limite à la collecte. Les formulaires de consentement le
prouvent. Nous estimons que le patient, avant de consentir, devrait
savoir quels renseignements sont demandés, quels renseignements
sont recueillis et devrait avoir le droit de retirer le
consentement avant communication. Cela peut entraîner l'annulation
d'une demande, mais il peut y avoir dans le dossier médical des
renseignements si importants pour le patient qu'il ne veut pas
qu'ils soient transmis.
• 1010
M. Stan Keyes: Mais les principes disent aussi que les
renseignements personnels ne peuvent être utilisés ou divulgués à
des fins autres que celles pour lesquelles ils sont recueillis,
sauf avec le consentement de l'intéressé.
Dr Richard Speers: Mais rien que la collecte de cette
information par une tierce partie peut nuire au patient.
M. Stan Keyes: Par une tierce partie?
Dr Richard Speers: J'entends la collecte d'information par une
compagnie d'assurance ou un employeur. Il y a eu des cas...
M. Stan Keyes: Je veux que vous vous en teniez au rôle du
personnel médical, pas celui des assurances. Tenons-nous-en au
sujet.
Dr Richard Speers: La compagnie d'assurance recueille des
renseignements médicaux. La divulgation de ces derniers à une
tierce partie, à une compagnie d'assurance, peut être préjudiciable
pour le patient.
M. Stan Keyes: Quand peut-on divulguer à une tierce partie
sans le consentement de l'intéressé?
Dr Richard Speers: Dans le domaine de l'information sanitaire,
un employeur a exigé d'une compagnie d'assurance qu'elle lui
remette les formulaires de remboursement de médicaments.
L'employeur affirmait être propriétaire des formulaires indiquant
la consommation de médicaments de ses employés. Il se trouve que
c'était une commission scolaire catholique qui voulait savoir si
ses employés prenaient des contraceptifs oraux. Elle estimait que
ce serait un motif de licenciement, puisque ses enseignants
devaient être des catholiques pratiquants.
M. Stan Keyes: Mais est-ce que le code de la CSA n'interdirait
pas cela?
Dr Richard Speers: Nous n'en sommes pas sûrs.
M. Stan Keyes: Dernière question, rapidement...
La présidente: C'était votre dernière question, monsieur
Keyes.
M. Stan Keyes: Je la poserai au deuxième tour.
La présidente: D'accord. Merci, monsieur Keyes.
[Français]
Monsieur Dubé, s'il vous plaît.
M. Antoine Dubé (Lévis-et-Chutes-de-la-Chaudière,
BQ): Je sais que la plupart des témoins ont voulu éviter la
question constitutionnelle. Ce n'est peut-être pas
votre spécialité, mais il reste que la
gestion de la santé est clairement de juridiction
provinciale en vertu de la Constitution. On a une loi au
Québec, la Loi 68, qui existe depuis cinq ans et
qui porte sur les renseignements personnels.
Au Bloc québécois, nous nous défendons
beaucoup là-dessus.
Avant de poser une question sur votre interprétation à ce sujet,
j'aimerais demander aux représentants des quatre associations, soit
l'Association dentaire canadienne, la Coalition canadienne de la
santé, l'Association des pharmaciens du Canada et l'Association
médicale canadienne, s'ils ont eu le temps de consulter à ce sujet
leurs membres qui sont au Québec. Vous pourriez répondre à tour de
rôle, en commençant par l'Association dentaire canadienne.
[Traduction]
La présidente: Avez-vous dit l'Association dentaire, ou
vouliez-vous dire la Coalition de la santé? À qui demandez-vous de
répondre? Vous avez dit l'Association dentaire.
[Français]
M. Antoine Dubé: On peut commencer
par l'Association dentaire canadienne, parce qu'il y a
quatre associations canadiennes ici.
[Traduction]
La présidente: Monsieur Speers.
Dr Richard Speers: J'ai un peu chaud.
J'ai personnellement examiné la loi québécoise. Nous n'avons
pas pris l'avis du gouvernement du Québec, pas plus que celui de
l'Ontario. Nous avons considéré qu'il s'agissait là d'une
initiative de la CSA et du gouvernement fédéral.
J'espère que cela répond à votre question.
[Français]
M. Michael McBane: La Coalition canadienne de la santé est obligée
de regarder les lois fédérales. Il y a des pouvoirs fédéraux définis
par la Constitution, surtout pour ce qui est des questions
interprovinciales. C'est donc clair qu'il y a là un rôle fédéral.
Évidemment, il y a aussi des lois provinciales. La santé est un
domaine dans lequel il y a des implications et des engagements de la
part des deux niveaux de gouvernement. Donc, ce n'est pas l'un ou
l'autre.
M. Antoine Dubé: Je voudrais préciser ma question parce que le
témoin n'y a pas répondu. Est-ce que vous avez des membres qui sont du
Québec?
[Traduction]
La présidente: Monsieur Dubé, vous leur avez posé une question
à chacun, vous allez donc devoir les laisser répondre tous avant
d'en poser une autre.
[Français]
M. Antoine Dubé: Je ne l'ai pas changée; je la
précise.
M. Michael McBane: Nous avons des membres dans
chaque province, dont le Québec.
[Traduction]
La présidente: Voulez-vous clarifier votre question, monsieur
Dubé?
[Français]
M. Antoine Dubé: Non, c'est que M. McBane anticipait déjà ma
deuxième question. Je voulais savoir si chacune des associations avait
consulté ses membres du Québec avant de faire connaître sa position.
La présidente: Madame Willems.
Mme Noëlle-Dominique Willems: Merci, monsieur
Dubé, pour votre question.
Nous ne sommes pas une fédération, mais nous avons des membres au
Québec. Notre mémoire a été approuvé par le conseil d'administration
et donc également par nos membres du Québec.
• 1015
[Traduction]
La présidente: Docteur Millar, avez-vous quelque chose à
ajouter, ou bien la question s'adresse-t-elle au docteur
Hutchinson?
Mme Carole Lucock (avocate principale, directrice des Services
juridiques, Association médicale canadienne): En réponse à la
première partie de votre question, nous n'avons consulté ni le
gouvernement du Québec ni aucun autre gouvernement provincial avant
d'adopter notre position.
En réponse à la deuxième partie de votre question, l'AMC est
structurée en sections, et chaque province ou territoire a la
sienne. Par exemple, au Québec, c'est l'AMQ. Toutes sont
représentées à notre conseil d'administration et toutes auront lu
notre mémoire et notre code. Mais nous tendons à avoir une
structure fédérale-provinciale, si bien que la politique
provinciale est traitée au niveau provincial et la politique
fédérale au niveau national, encore que cela ne fonctionne pas
toujours parfaitement.
La présidente: Dernière question, monsieur Dubé.
[Français]
M. Antoine Dubé: Je la poserai au représentant
du ministère de la Santé de l'Ontario, M. Sharpe.
J'ai bien vu les difficultés d'application que vous anticipiez pour
le projet de loi C-54 avec, si j'ai bien compris, l'existence en
Ontario d'une loi spécifique sur les renseignements personnels
relatifs à la santé. Je présume que vous avez mené des consultations
auprès d'autres ministères du gouvernement ontarien. Dans une
perspective plus large, est-ce que le gouvernement de l'Ontario a
également vu des difficultés d'application dans d'autres secteurs?
[Traduction]
M. Gilbert Sharpe: Je ne suis pas sûr d'avoir compris la
question. Parlez-vous de l'application du projet de loi à d'autres
organes du gouvernement ontarien?
[Français]
M. Antoine Dubé: Oui.
[Traduction]
M. Gilbert Sharpe: Je n'en ai pas directement connaissance.
Nous avons examiné le projet de loi dans le contexte du partage
constitutionnel des pouvoirs entre les provinces et le gouvernement
fédéral en matière de commerce. Nous pensions que les pouvoirs
relatifs au commerce intraprovincial et la compétence provinciale
évidente en matière de santé faisait de cela un ressort provincial
et non fédéral. Cependant, puisque je représente ici le ministère
de la Santé, nous n'avons pas examiné les répercussions du projet
de loi sur d'autres types d'activité commerciale dans la province.
La présidente: Merci.
Monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka (St. Catharines, Lib.): Mes questions
s'adressent à M. Sharpe.
Quand la loi sur la protection des renseignements médicaux
personnels ontarienne entrera-t-elle en vigueur?
M. Gilbert Sharpe: Nous pensons qu'elle sera déposée dans le
courant de l'année. Ce ne sera plus ensuite qu'une question
d'adoption par l'assemblée législative, tout comme ce projet de
loi.
M. Walt Lastewka: Est-il exact que ce projet est en cours
d'élaboration depuis la fin des années 1980?
M. Gilbert Sharpe: Non, depuis 1996. Il y a un débat sur les
problèmes de confidentialité depuis les années 1980. Auparavant,
d'importantes dispositions ont été ajoutées en 1978 à notre Loi sur
la santé mentale. D'autres dispositions ont été insérées dans
diverses lois touchant la santé tout au long des années 1980 et au
début des années 1990, par des gouvernements successifs. Mais une
approche gouvernementale intégrée de la protection des
renseignements médicaux a été proposée d'abord sous forme de Livre
blanc, puis d'avant-projet de loi, à partir de 1996.
M. Walt Lastewka: Oui, mais elle est tout de même en
préparation depuis les années 1980, sous une forme ou une autre.
M. Gilbert Sharpe: Non. Comme je l'ai dit, nous avons apporté
des modifications ponctuelles portant sur divers éléments tels que
les dossiers psychiatriques.
M. Walt Lastewka: Je vais passer à un autre sujet. Lorsque
votre projet de loi sera déposé, il contiendra quantité
d'exemptions. Est-ce exact?
M. Gilbert Sharpe: Il y aura un certain nombre d'exemptions de
l'obligation de demander le consentement. C'est exact.
M. Walt Lastewka: Plus d'une vingtaine?
M. Gilbert Sharpe: Je crois.
M. Walt Lastewka: Vous avez mentionné tout à l'heure le
commissaire à la protection de la vie privée de l'Ontario, qui a
également comparu ici et a fait un excellent travail. Lui-même, ou
d'autres commissaires provinciaux qui ont répondu à notre
invitation, ont dit très clairement trois choses. Premièrement, le
projet de loi est une excellente première étape; deuxièmement, les
provinces devraient adopter une législation comparable; et
troisièmement, les exemptions devraient être en nombre très limité,
car on court le risque d'en avoir trop. Êtes-vous d'accord?
• 1020
M. Gilbert Sharpe: Je ne suis pas informé des avis formulés
par les commissaires à la protection de la vie privée provinciaux.
Traitaient-ils spécifiquement des renseignements médicaux?
M. Walt Lastewka: Je peux citer l'intervention du commissaire
ontarien, si vous voulez. Lorsqu'il a comparu ici, la plus grande
partie du temps était consacrée à la vie privée, et non aux
documents électroniques. Il était question de protection des
renseignements personnels partout où ils sont recueillis. Cela
couvrait donc tout.
M. Gilbert Sharpe: Je suis d'accord, sauf qu'Ann Cavoukian et
son bureau ont passé en revue chacune des exemptions de notre
projet de loi sur la protection des renseignements médicaux
personnels et les ont approuvées. Je ne sais pas quelles étaient
ses recommandations ici sur le sujet général de la protection de la
vie privée, protection à laquelle nous souscrivons tous très
fortement. Notre seule réserve concerne les renseignements
médicaux, vu les préoccupations exprimées ces dernières années dans
nos consultations avec tous les intervenants du secteur de la
santé—consommateurs et fournisseurs. Ces préoccupations sont
reflétées dans notre projet de loi, et insuffisamment dans le
projet de loi C-54, lequel n'est pas spécifiquement conçu pour le
secteur de la santé.
M. Walt Lastewka: À la page 3 de votre rapport, vous écrivez
Que la fourniture des soins par ces personnes constitue ou non une
«activité commerciale» importe peu lorsqu'il s'agit d'établir la
continuité des soins pour le patient.
Qu'en est-il de la vie privée?
Mme Halyna N. Perun (avocate, Direction des services
juridiques, ministère de la Santé de l'Ontario): Il s'agit là
surtout de l'application différentielle de la loi, par exemple, aux
laboratoires privés par opposition aux laboratoires publics. Nous
ne savons pas dans quelle mesure cette loi s'appliquerait aux
laboratoires privés qui effectuent le même travail que les
laboratoires publics.
C'est cet aspect que visait ce passage. Le ministère accorde
une grande importance à la protection de la vie privée et c'est
pourquoi il propose sa propre loi en matière de renseignements
médicaux.
La présidente: Dernière question, monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka: J'aimerais revenir sur l'absence de
consultation. Je crois savoir que les membres de votre comité de la
santé ont travaillé là-dessus depuis le mois de décembre, après le
dépôt du projet de loi en octobre, et ont rencontré les
ministères... je crois que le ministère de la Santé était en
janvier. Est-ce exact?
Mme Halyna Perun: Oui.
M. Walt Lastewka: N'avez-vous pas eu des réunions avec Santé
Canada?
Mme Halyna Perun: Oui, nous avons eu une réunion officieuse
avec Industrie et Santé Canada fin janvier, pour discuter du
fonctionnement de notre propre législation. Nous avons mentionné la
concertation en général pour que vous sachiez qu'il n'y a pas eu de
consultation des associations et des gouvernements avant le dépôt
du projet de loi sous sa forme actuelle.
M. Walt Lastewka: N'y a-t-il pas eu des discussions en 1994?
Je ne veux pas revenir sur ce qu'a dit M. Keyes, mais il avait
raison.
La présidente: C'est tout, monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka: D'accord, je vous remercie.
La présidente: Merci beaucoup.
Monsieur Jones, s'il vous plaît.
M. Jim Jones (Markham, PC): Merci.
Vous tous, dans vos mémoires, avez mis en lumière d'importants
problèmes dans le projet de loi C-54, sur le plan de la prestation
des soins de santé. L'impact potentiel sur le secteur de la santé
semble réellement être la face cachée de cette législation.
J'aimerais vous demander à tous si vous avez été adéquatement
consultés par le gouvernement fédéral sur ce projet de loi.
La présidente: Adressez-vous la question à chacun, monsieur
Jones?
M. Jim Jones: Oui.
La présidente: Monsieur Speers, nous allons peut-être
commencer par vous.
Dr Richard Speers: J'ai représenté l'ADC sur cette question
pendant plusieurs années. Nous avons été très bien renseignés et
appuyés par le personnel d'Industrie Canada. Je pense que le niveau
d'information et de concertation était très bon. Nous avons perdu
le fil aux alentours du dépôt du projet de loi, et c'est pourquoi
nous comparaissons tardivement.
• 1025
Dans l'ensemble, il s'agit là d'une mesure incroyablement
complexe. Le projet de loi essaie d'établir un équilibre
incroyablement délicat, et nous respectons cela. Mais néanmoins,
cela ne suffit pas, à notre sens, et nous avons été inquiets dès
que le code de la CSA a été publié.
La présidente: Monsieur McBane.
M. Michael McBane: Je dois dire que la Coalition de la santé
a été mieux informée par Industrie Canada sur ce sujet que nous le
sommes habituellement par Santé Canada sur d'autres sujets.
La présidente: Madame Willems.
Mme Noëlle-Dominique Willems: Pour nous, c'est exactement le
contraire. Industrie Canada ne nous a appelés que lorsque nous
avons exigé de comparaître.
La présidente: Docteur Millar.
Dr John Millar: Nous avons reçu un questionnaire
auquel nous avons répondu. Nous avons pris position de cette façon.
Cela est-il adéquat ou non? Je laisse à d'autres le soin de juger.
La présidente: Docteur Hutchinson.
Dre Susan Hutchinson: La position de l'AMC est que nous
ne l'avons pas été, mais j'aimerais demander à Carole Lucock de
préciser.
Mme Carole Lucock: Si la question porte sur les relations avec
les fonctionnaires du ministère de l'Industrie, ils ont été très
coopératifs. S'il s'agit de savoir si cette comparution aujourd'hui
suffit à présenter les avis du secteur de la santé sur cette
question, je dois dire que d'avoir sept personnes assises avec très
peu de temps ou de possibilité de nous exprimer signifie que nous
avons été insuffisamment consultés. Ce n'est pas seulement
nous—nous sommes au moins à cette table—mais si vous écoutez
M. Speers, rien qu'avec ses préoccupations sur les compagnies
d'assurance... Je crois que le secteur de l'assurance a disposé de
nettement plus de temps devant ce comité que notre secteur. Il
s'agit donc de savoir ce que vous entendez par consultation.
La présidente: Monsieur Sharpe.
Mme Halyna Perun: Je me fais l'écho de ce qu'a dit Mme Lucock
sur le personnel d'Industrie Canada, qui s'est montré très
coopératif. Nous avons eu quantité de discussions avec lui lors de
la publication du projet de loi. Mais je dois dire que lorsque le
personnel ministériel a assisté à des réunions provinciales en mars
pour expliquer le projet de loi, il a donné l'assurance aux
représentants provinciaux qu'il ne s'appliquerait qu'aux services
bancaires, aux échanges interprovinciaux et aux communications.
Donc, rien n'indiquait qu'il s'appliquerait aussi au secteur de la
santé, et nous avons été pris par surprise lorsque le projet de loi
a été déposé.
La présidente: Monsieur Jones, avez-vous une dernière
question?
M. Jim Jones: Dans leur mémoire, tant le ministère de la Santé
que, dans une certaine mesure, l'Association médicale canadienne,
doutent fortement que les recommandations finales du Conseil
consultatif sur l'infostructure sanitaire et du rapport de
l'Institut canadien d'information sur la santé remis à Santé Canada
et publié en 1999, puissent être exécutées. J'aimerais demander à
M. Sharpe et à Mme Lucock de nous en expliquer les raisons, et
demander aux autres groupes s'ils partagent cet avis.
Mme Halyna Perun: Nos préoccupations concernant les
initiatives de Santé Canada est que celles-ci soulignent bien
l'impératif d'une prestation de soins intégrée et d'une meilleure
utilisation des données sanitaires aux fins de la planification et
de la gestion du système de santé, et qu'elles poussent dans le
sens d'une harmonisation des législations provinciales afin de ne
pas entraver ces objectifs tout en élaborant des règles
rationnelles pour protéger la confidentialité des renseignements
médicaux. Donc, du point de vue de ces initiatives, nous estimons
que le projet de loi C-54 érigerait des barrières du fait que les
règles relatives à la collecte, à l'utilisation et à la divulgation
négligent les impératifs de la prestation de soins ou de la
planification et de la gestion du système de santé, et je songe en
particulier à l'article 7 du projet de loi C-54.
La présidente: Madame Lucock.
Mme Carole Lucock: L'AMC n'a certainement pas eu l'occasion de
se prononcer officiellement sur le rapport du Conseil consultatif,
mais cela dit, l'objectif de celui-ci est d'établir au Canada une
base de données sanitaires nationale, c'est-à-dire provinciale et
fédérale, ce qui suppose manifestement le transfert d'informations
entre provinces.
• 1030
Or, si vous regardez le paragraphe 4(2) du projet du loi, vous
verrez—et c'est ce que nous avons fait ressortir tant dans notre
déclaration que dans notre mémoire—qu'il n'y a pas de limite
relative au commerce. Il est question strictement d'information
passant d'une province dans une autre. Donc, l'initiative visant à
établir une base de données relativement complète et les
conclusions de ce rapport traitant spécifiquement de la protection
des renseignements personnels sont en contradiction avec le libellé
actuel du projet de loi.
La présidente: Merci.
Docteur Millar.
Dr John Millar: La question était de savoir si le
projet de loi, dans son libellé actuel, entraverait la mise en
oeuvre de la carte routière pour les renseignements sur la santé,
et la réponse est oui. Cette carte routière est une entreprise
énorme. Elle s'appuie largement sur le traitement de données
détenues par les hôpitaux, mais également sur le développement plus
poussé d'identificateurs personnels et de systèmes d'information à
caractère personnel. À l'heure actuelle, une partie de cette carte
routière est protégée par Statistique Canada en vertu de la Loi sur
la statistique. Mais ce n'est pas toute la carte routière qui
l'est; certains de ses éléments qui sont à l'extérieur relèveraient
du projet de loi. Comme je l'ai souligné dans mon exposé, sans
amendement, le projet de loi entraverait sérieusement la mise en
oeuvre de la carte routière.
La présidente: Madame Willems.
Mme Noëlle-Dominique Willems: Oui, nous avons mentionné dans
notre mémoire que nous pensons que si un tel projet de loi est
appliqué à l'infostructure cela pourrait résulter en un certain
nombre de problèmes en ce qui concerne la santé des Canadiens.
La présidente: Monsieur McBane, auriez-vous un commentaire à
faire?
M. Michael McBane: Oui. Je suis en vérité quelque peu surpris
d'entendre le ministère de la santé de l'Ontario plaider en faveur
de l'industrie pharmaceutique. Le ministère de la Santé de la
Colombie-Britannique a interdit la pratique de la vente de
renseignements à des médecins par des pharmacies. Pourquoi? Parce
qu'ils relèvent du domaine de la politique et des soins en matière
de santé. Ils ne sont pas actifs dans le secteur de la vente de
produits pharmaceutiques. Et ils ont leurs propres lobbyistes. Ils
n'ont pas besoin de ministères de la Santé qui défendent les droits
des intervenants dans le domaine de la vente commerciale des
médicaments.
La politique en matière de santé doit être protégée des
entreprises commerciales. Il est vrai que le projet de loi aura un
plus gros impact que ce que d'aucuns avaient prévu au départ, mais
tout ce que cela signifie c'est qu'il est plus important que nous
ne l'avons pensé au début, et qu'on en a plus besoin que ce que
pensent certains.
Quant à la question de savoir s'il y a un barrage bloquant
l'autoroute de l'information, vous pouvez en être certains. Cette
autoroute n'ira nulle part tant que l'on aura pas réglé la question
de la protection de la vie privée et celle de l'intégrité de la
recherche en matière de santé. Santé Canada n'a rien eu à dire
là-dessus jusqu'ici. Nous félicitons donc le comité pour le
leadership qu'il a assuré dans cette initiative qui constitue un
bon départ.
La présidente: Merci.
Monsieur Speers, auriez-vous des observations à faire?
Dr Richard Speers: J'aimerais faire quelques courtes
remarques.
Bizarrement, je me suis lancé dans la dentisterie parce que je
pensais que j'y serais à l'abri de la politique. Or, j'y suis
enfoncé jusqu'aux oreilles.
Je pense que les gens à Industrie Canada et à l'Association
canadienne de normalisation ont réussi à beaucoup rapprocher des
intérêts terriblement concurrentiels, les miens ainsi que ceux des
compagnies d'assurance et des banques. L'on pourrait comparer cela
à une réaction de fusion nucléaire, mais le dernier petit bout de
chemin à parcourir va demander des efforts considérables. Je pense
que le personnel du ministère et celui de la CSA devraient être
félicités de nous avoir menés si loin. Je ne pense pas que cela
aurait pu être réalisé par le biais de négociations
interprovinciales, mais je trouve que le fait que cela soit passé
par la CSA et par la porte arrière a ouvert la voie au processus.
Je suis peut-être naïf sur le plan politique, mais je trouve
que du très bon travail a été fait par des gens extrêmement dévoués
et du côté du gouvernement et de celui du secteur privé. Je pense
que nous sommes très proches.
La présidente: Merci, monsieur Speers.
J'aimerais tout simplement tirer au clair le processus
entourant le projet de loi pour le comité et pour les personnes qui
comparaissent aujourd'hui devant nous, et dont certains n'ont
jamais comparu avant devant le comité de l'industrie, au cas où il
y ait de la confusion ou que certains aient le sentiment de ne pas
s'être fait accorder leur juste part de temps.
Nous nous sommes rencontrés pour la première fois en décembre.
Le projet de loi a été déposé pour la première fois à la Chambre en
octobre. Il y a eu de nombreux rapports dans la presse pendant les
mois d'octobre, novembre et décembre. Nous nous sommes rencontrés
avec des renseignements... le but étant que le comité et le public
connaissent les deux côtés de l'histoire. Nous avons rencontré le
commissaire fédéral à la protection de la vie privée ainsi que les
commissaires provinciaux, y compris celui de l'Ontario, avant notre
congé de Noël. Le Parlement n'a pas siégé pendant le mois de
janvier. Nous avons reçu des lettres, des mémoires et des demandes
de témoins. Nous avons organisé nos audiences sur trois semaines en
février, en fonction de ce que nous avions devant nous en janvier.
Nous nous sommes de nouveau arrêtés pour une semaine à la fin du
mois de janvier. Encore une fois, nous avons organisé notre
calendrier d'audiences en fonction des mémoires et des
renseignements que nous avions en mains.
Vous l'ignorez peut-être, mais je sais que la greffière a
demandé aux témoins d'envoyer leurs mémoires à l'avance. Nous avons
reçu les mémoires de certaines organisations à l'avance, mais
malheureusement, en ce qui concerne le groupe de témoins qui
comparaît devant nous aujourd'hui, nous n'avons reçu que certains
de vos mémoires hier et le reste aujourd'hui. Par contre, en ce qui
concerne l'industrie des assurances, nous avions reçu son mémoire
plus d'un mois avant sa comparution.
• 1035
Nous avons reçu certains mémoires avant même d'inscrire dans
notre calendrier les rencontres avec certaines organisations, et
nous avons reçu de nombreux commentaires et lettres. Nous avons à
la table aujourd'hui deux témoins qui, il y a dix jours, n'avaient
même pas encore demandé à nous rencontrer, mais nous les avons
inclus dans le groupe représentant le secteur de la santé afin de
veiller à ce qu'il y ait une bonne participation et une bonne masse
de renseignements.
L'objet de cette rencontre est d'entendre vos préoccupations,
et il ne s'agit pas pour nous de tout simplement vous écouter puis
de balayer tout cela. Nous voulons entendre vos préoccupations et
les examiner. C'est là notre intention. Il est malheureux que les
ministères provinciaux, lorsqu'ils rencontrent les ministères
fédéraux... Il y a tout au long de l'année de nombreuses rondes de
discussions avec le ministre fédéral de l'industrie, et je suis
certaine que cette question a été abordée à la table. Je me ferai
un plaisir de vous fournir davantage d'explications là-dessus, mais
je suis certaine que cela a été soulevé et que le ministre de
l'Ontario était à la table avec le ministre fédéral et savait qu'on
discutait de cette question. Tout le monde était au courant de la
conférence de l'OCDE tenue en octobre à Ottawa.
Nous allons maintenant passer à l'intervenant suivant, en la
personne de M. Shepherd.
M. Alex Shepherd (Durham, Lib.): Merci beaucoup.
Je vais commencer par faire un commentaire, après quoi
j'aborderai ma véritable question.
Il me semble que l'une des choses que nous tentons de régler
est cette définition de «activité commerciale». En bout de ligne,
si j'utilise l'exemple des médecins, ils sont en affaires; il
s'agit de gens d'affaires qui travaillent pour un gain pécuniaire.
Je ne sais pas, mais peut-être que toute cette question nous
échappe quelque part et qu'il serait impossible de séparer les deux
choses.
La question que j'aimerais vous poser, monsieur Sharpe, est la
suivante: votre approche semble être qu'il y a un choix entre le
respect de la vie privée et un système de soins de santé efficient,
et je ne sais pas si j'accepte cet argument. En effet, pourquoi ne
pourrait-on pas avoir les deux? Pourquoi ne pourrait-on pas avoir
une bonne loi sur la protection de la vie privée et un bon système
de soins de santé? Vous donnez l'exemple d'un homme âgé qui se fait
donner des ordonnances dans un village en l'absence de
différents... vous pouvez lui enfoncer une aiguille, alors pourquoi
ne pouvez-vous pas lui demander son consentement?
M. Gilbert Sharpe: Tout l'objet de notre présentation était de
dire qu'il nous faut des règles qui traitent de la question de la
protection de la vie privée dans le contexte des renseignements sur
les soins de santé, ce que n'offre pas le projet de loi C-54. Notre
documentation comporte plusieurs pages expliquant la protection
améliorée de la vie privée qui est proposée dans le projet de loi
ontarien mais qui ne figure pas dans le projet de loi C-54. La
difficulté est que lorsque vous traitez avec des personnes dont la
capacité mentale est discutable, la question d'un consentement
éclairé n'est pas du tout claire. Et si l'on devait établir dans le
projet de loi C-54 des règles claires traitant de telles
circonstances, créant un régime de processus décisionnel de
rechange, et prévoyant le transfert de renseignements, en toute
sécurité, entre professionnels des soins de santé, par exemple
pharmaciens et médecins, qui se communiquent sans cesse des
renseignements, cela permettrait également aux gens d'éviter des
interactions néfastes entre médicaments. Cela serait suffisant,
mais ce n'est pas ce qui s'est passé dans le cas du projet de loi
C-54.
Le gros problème en bout de ligne semble être que dans de
nombreux cas le projet de loi ne tient pas compte des questions
liées à la continuité des soins et à la nécessité du partage de
renseignements entre professionnels des soins de santé qui font
partie de l'équipe soignante des patients. Nous ne parlons pas de
divulgation de renseignements à des compagnies d'assurance ou à des
employeurs. Nous parlons ici de personnes qui font partie de
l'équipe et qui ont besoin de renseignements dans l'intérêt du
maintien de l'uniformité de la fin visée, pour utiliser les termes
qui figurent dans certaines de nos lois en matière de protection de
la vie privée, ce de façon à être en mesure de soigner un patient
et d'éviter qu'il ne souffre par inadvertance des suites
d'interactions néfastes entre médicaments. C'est là la logique qui
sous-tend cela.
M. Alex Shepherd: Je comprends ce que vous dites au sujet de
personnes frappées d'incapacité, mais vous poursuivez avec une
définition plus large des relations entre les prestateurs de soins
de santé et tout le reste. Si j'ai une carte OHIP, pourquoi ne
pouvez-vous pas me demander si je consens à la communication de
renseignements envisagée? Pourquoi ne pouvez-vous pas faire cela?
M. Gilbert Sharpe: Dans la majorité des cas, nous demanderions
un consentement éclairé. C'est là la prémisse du projet de loi et
la prémisse du projet de loi C-54. Il s'agit de circonstances dans
lesquelles des exceptions sont nécessaires pour, par exemple, des
soins permanents et la reddition de comptes dans le système où...
À titre d'exemple, dans notre mémoire nous parlons de cinq projets
pilotes de soins primaires qui ont été entrepris en Ontario avec
des bénévoles inscrits. Il n'existe à l'heure actuelle aucune loi
qui permettrait la communication des renseignements entre
fournisseurs de services à l'intérieur de ce réseau très intégré de
pharmaciens, de laboratoires, de médecins, d'hôpitaux et ainsi de
suite, de sorte qu'à l'heure actuelle, dans le cadre de ces projets
pilotes, il nous faut le consentement de chaque personne. Ceux qui
s'efforcent d'administrer les programmes me disent que c'est devenu
un cauchemar de savoir qui obtient le consentement auprès de qui,
qui pour les enfants, qui pour les adultes frappés d'incapacité, et
quelles sont les lois en matière de tutelle qui s'appliquent.
• 1040
Cela ne milite pas contre la nécessité d'obtenir le
consentement éclairé de la personne lorsque cela est possible, mais
ce qui compte, ici encore, c'est que l'on parle de communication de
renseignements au sein de l'équipe soignante elle-même. Ce serait
analogue à une situation dans laquelle on serait à l'hôpital pour
obtenir des soins et l'on serait en train de se demander si
différents médecins de l'hôpital doivent obtenir le consentement de
l'intéressé pour pouvoir se parler entre eux. À notre avis, cela
est très différent de la communication de renseignements au monde
extérieur, situation dans laquelle la protection de la vie privée
est primordiale. C'est cette préoccupation qui a entravé
l'exécution efficiente de nos projets pilotes.
Si le projet de loi C-54 était adopté, la situation serait
encore aggravée. Mais nous tentons dans le cadre de nos propres
lois d'inscrire le plus rapidement possible la capacité, avec
l'entière compréhension et l'entière connaissance des personnes
faisant partie du réseau des soins primaires, d'autoriser la
communication de renseignements selon les besoins, ce de façon à
assurer les soins sans créer d'entraves bureaucratiques et
logistiques cauchemardesques telles que cela nuirait aux soins
donnés. Ce sont là nos préoccupations.
M. Alex Shepherd: Pour en revenir à mon observation originale,
y aurait-il moyen de déterminer où s'arrête une activité
commerciale et où commencent les soins de santé? Pense-t-on pouvoir
élaborer une définition, et donc une modification à la loi, de
façon à couvrir cela? Auriez-vous une suggestion quant à la façon
de procéder?
Mme Halyna Perun: Il s'agit certainement là d'une chose à
laquelle nous aimerions travailler relativement à ces amendements:
l'élaboration d'une disposition qui nous permettrait d'écarter de
la portée de cette loi le secteur et les organismes de soins de
santé de telle sorte que l'on puisse élaborer des lois provinciales
qui s'occupent des besoins de la province.
Je voulais souligner qu'en ce qui concerne la question du
consentement, ce que fait la loi sur la protection des
renseignements personnels sur la santé, en ce qui concerne les
soins de santé et la planification et la gestion, c'est permettre
des utilisations autorisées, mais dans un contexte tel que les
récipiendaires des renseignements ne peuvent s'en servir qu'aux
fins explicitées. Si vous allez divulguer les renseignements pour,
mettons, des fins commerciales, l'actuel libellé de la loi est tel
que cela exigerait le consentement éclairé de la personne, et il y
a des règles explicitant ce qu'est un consentement éclairé, chose
qui n'est pas précisée dans le projet de loi C-54. Cela fait donc
défaut dans le projet de loi.
En ce qui concerne la recherche, le projet de loi prévoit la
possibilité de divulguer à des fins de recherche, mais ce que
ferait notre loi en plus ce serait d'établir des limites
applicables aux chercheurs. Si des renseignements vont être remis
à des chercheurs, il faut que soient en place de solides règles en
matière de confidentialité qui garantissent que des renseignements
ne seront pas communiqués de telle sorte qu'on puisse en déduire
l'identité des intéressés.
Nous sommes en train d'examiner cette situation. Nous
demandons quelles limites nous pourrions imposer au mouvement de
renseignements sur la santé, limites qui seraient adaptées au
système de santé mais qui permettraient néanmoins des utilisations
légitimes autorisées. Si donc nous prenons cette approche et
travaillons à écarter de la portée du projet de loi C-54 ce qui
doit en être écarté compte tenu des questions de soins de santé qui
se posent, alors ce sera peut-être chose possible. Mais il faudra
voir comment la législation ontarienne en matière de renseignements
sur la santé traite de la question ainsi que ce qu'a fait le
Manitoba en ce sens et ce qu'envisagent l'Alberta et la
Saskatchewan.
La présidente: Merci, madame Perun.
Docteur Hutchinson.
Dre Susan Hutchinson: Si j'ai bien compris votre
question, vous aimeriez savoir s'il y aurait moyen de diviser les
renseignements qui sont du domaine commercial, et la position de
l'AMC est que cela ne peut pas se faire.
Vous avez raison, les médecins exercent dans un contexte
commercial, mais le caractère privé des renseignements sur les
patients est le pénultième principe qui régisse ce que nous
faisons. Il est impératif que nous sauvegardions ce principe. La
relation thérapeutique entre un patient et son médecin souffrirait
beaucoup si ce principe n'était pas maintenu. J'estime qu'il est
très important. Le projet de loi C-54 est important. Il n'y a pas
moyen de soustraire les renseignements sur la santé à l'application
du projet de loi. En conséquence, ce dernier doit être modifié pour
comprendre des dispositions garantissant que la vie privée des
patients ne sera pas sacrifiée dans l'intérêt de la convenance ou
de l'accès à l'information.
• 1045
La présidente: Très bien.
Madame Lucock.
Mme Carole Lucock: J'aimerais faire quelques petites
remarques. Je trouve qu'il est incroyablement important que le
comité s'efforce de voir si l'on peut honnêtement écarter le
domaine commercial du domaine des soins de santé, et j'estime pour
ma part que c'est une chose relativement difficile à faire.
La deuxième chose à laquelle il faut réfléchir est la
suivante: si vous pouviez faire cela, s'il était clair que vous
puissiez avoir un secteur des soins de santé et un secteur
commercial, fourniriez-vous aux gens une exemption à l'application
de votre projet de loi qui serait indésirable? Si aujourd'hui
quelqu'un prétendait que l'on est actif dans le domaine de
l'échange de renseignements sur la santé, que cela ne relève pas du
domaine commercial et que, partant, votre projet de loi ne
s'applique pas, est-ce là le genre de résultat que le comité
aimerait favoriser?
La présidente: Merci beaucoup.
Monsieur Shepherd.
M. Michael McBane: Puis-je faire une observation?
La présidente: Monsieur McBane, il me faut vraiment passer à
quelqu'un d'autre. Excusez-moi.
Madame Wasylycia-Leis.
Mme Judy Wasylycia-Leis (Winnipeg-Centre-Nord, NPD):
Permettez-moi de poursuivre cette discussion. Je pense que c'est
sans doute le noeud de l'affaire.
Je trouve que la question la plus intéressante qui ait été
soulevée ce matin est celle de savoir où se situe Santé Canada et
où se trouve une approche exhaustive à l'échelle du gouvernement
sur cette question critique qu'est celle des énormes changements
que l'on voit relativement aux renseignements et à la technologie
en matière de santé? Permettez-moi donc de demander à Mike
McBane... et je sais que vous étiez prêt à bondir au sujet du
dernier point soulevé relativement à cette question. Vous avez dit
qu'en l'absence d'autre chose, c'est ce que nous avons de mieux et
qu'il nous faut donc l'appuyer car cela garantit certains droits en
matière de protection de renseignements personnels, et il n'y a pas
plus personnel que les renseignements sur la santé. Vous dites donc
que l'on a à adopter cela en guise de première étape.
Je suppose que vous vous opposeriez farouchement à la position
du gouvernement de l'Ontario en matière d'exemptions. J'aimerais
connaître vos commentaires là-dessus. J'aimerais également savoir
ce que vous pensez de l'amendement recommandé par l'AMC, et qui, si
j'ai bien compris, vise à garantir que le respect de la vie privée
l'emporte sur les intérêts commerciaux.
M. Michael McBane: Oui, j'aurais voulu ajouter quelque chose
au sujet de l'aspect commercial.
Il est assez ironique que le ministère de la Santé de
l'Ontario argue ce matin en faveur d'une exclusion pour les soins
de santé commerciaux, alors même qu'il commercialise certains soins
à domicile et communautaires. S'il était préoccupé par l'intégrité
du système de soins de santé, alors il appuierait le respect de la
vie privée. Il est l'enchérisseur et le porte-parole pour les
intérêts commerciaux, et il est assez ironique mais plutôt
encourageant de voir le ministère de l'Industrie protéger le
consommateur. Il est difficile de savoir qui pense quoi. Il est
incroyablement ironique que le système soit offert aux enchères.
Nous ne connaissons pas les ramifications de la commercialisation,
mais nous savons qu'il nous faut de la protection—en un sens,
davantage encore—s'il risque d'être pris par une enchère privée.
Comment osez-vous dire que l'on va exclure cela? Vous n'avez
jamais argué que vous allez l'exclure des accords de libre-échange.
C'est scandaleux, mais ce que vous faites est évident.
La présidente: Monsieur McBane, pourriez-vous vous en tenir
aux questions de Mme Wasylycia-Leis?
M. Michael McBane: En ce qui concerne la protection et la
commercialisation, nous appuyons ce renforcement et nous avons bien
sûr besoin de lois spécifiques de Santé Canada. Nous avons quelques
réserves quant au code de l'AMC en matière de protection des
patients par rapport aux médecins, mais c'est là une toute autre
question.
Mme Judy Wasylycia-Leis: Mike, vous avez soulevé un certain
nombre de préoccupations relativement à certains changements qui
s'opèrent dans les provinces, et ceux survenus au Manitoba n'en
sont pas les moindres. Je peux vous dire que dans ma province l'on
est très préoccupé par le fait que le gouvernement provincial ait
cédé la responsabilité en matière de collecte et de divulgation de
renseignements sur la santé à la Banque Royale qui, à son tour, a
vendu 51 p. 100 de cette société à une entreprise de données
électroniques du Texas. L'on aborde peut-être ici une question qui
est du ressort des provinces, mais j'aimerais bien entendre
quelques réactions là-dessus.
Vous avez également—et j'ignorais cela—mentionné le fait que
le directeur de SmartHealth siège maintenant au Conseil consultatif
sur l'infostructure sanitaire du ministre fédéral de la Santé. Que
cela nous dit-il sur ce qu'envisage de faire l'actuel gouvernement,
ou en tout cas le ministre de la Santé, relativement à toute cette
question de renseignements sur la santé?
M. Michael McBane: Très brièvement, l'on constate chez Santé
Canada une tendance très troublante. Dans différents services du
ministère, les gens ont identifié l'industrie comme étant leur
client, et cela nous inquiète qu'ils aient identifié les banques,
les compagnies d'assurance et les compagnies pharmaceutiques comme
étant leurs clients. On nous a également rapporté qu'ils oeuvrent
à de la publicité directe auprès du consommateur pour les
médicaments, ce qui aurait un impact épouvantable sur la politique
en matière de santé. Si vous servez votre industrie en tant que
client, il y a lieu de se demander sérieusement pourquoi Santé
Canada ne protège pas l'intégrité des renseignements en matière de
santé et l'intégralité de la recherche sur la santé avant de se
lancer dans de quelconques partenariats.
• 1050
En ce qui concerne les lois provinciales et le sentiment que
les lois provinciales en matière de protection de la vie privée
présentent de très grosses faiblesses, Dieu merci, nous avons un
gouvernement fédéral. C'est tout ce que je peux dire. Parfois, il
nous faut un gouvernement fédéral qui intervienne lorsqu'il y a des
trous. Il vous faut pouvoir vous reporter à un accord s'il y a
quelque chose qui ne se fait pas réparer à l'échelle provinciale.
Par ailleurs, que faire des questions transfrontalières? Elles sont
fédérales. Bien sûr, la Constitution établit également des pouvoirs
en matière de commerce, alors il est évident qu'il s'agit là d'un
important intérêt fédéral. Lorsqu'il y a des trous au niveau
provincial, cela me fait plaisir de voir que le projet de loi
rehaussera les normes provinciales.
La présidente: Merci.
Dernière question, madame Wasylycia-Leis.
Mme Judy Wasylycia-Leis: Merci.
Tous les membres du panel ont évoqué la question de la
nécessité que le gouvernement mette en place une politique à plus
large assise. Le forum national sur la santé avait très clairement
recommandé un système de renseignements sur la santé qui soit
d'envergure nationale et qui rende compte au public. Je sais que
nous ne disposons pas de suffisamment de temps pour que chacun des
témoins réponde, mais si au moins quelques-uns d'entre eux
pouvaient nous dire ce que cela signifie...
La présidente: Il vous faudra adresser votre question à l'un
ou l'autre des témoins. C'est votre dernière question, alors je ne
peux pas vous autoriser à la poser aux six témoins que nous avons
devant nous.
Mme Judy Wasylycia-Leis: Très bien. Dans ce cas, j'adresse ma
question à l'ICIS. Que cela signifie-t-il, et que doit-on faire
pour promouvoir cette idée?
Dr John Millar: Cela me ramène au commentaire que j'ai
fait tout à l'heure au sujet de la carte routière, qui a en fait
été conçue pour appuyer les structures de reddition de comptes à
l'échelle du pays. Il s'agit notamment d'améliorer le mouvement
d'information au sujet de la fréquentation hospitalière, de la
consommation de produits pharmaceutiques et, en bout de ligne, de
tous les aspects du système de soins de santé, en plus de pouvoir
déterminer si le tout fonctionne de telle sorte que les gens s'en
portent mieux. C'est là l'objet de cette structure de reddition de
comptes. Comme je l'ai déjà dit, l'actuel libellé du projet de loi
sera une entrave à la mise en oeuvre de cette carte routière, et
c'est pourquoi nous pensons qu'il faut le modifier.
Mme Judy Wasylycia-Leis: Merci.
La présidente: Madame Jennings, je vous prie.
[Français]
Mme Marlene Jennings (Notre-Dame-de-Grâce—Lachine,
Lib.): Monsieur McBane, j'ai beaucoup apprécié ce que
vous avez dit au sujet des
compétences fédérales et provinciales dans le domaine
du commerce et dans celui de la santé.
Monsieur Sharpe, j'aimerais que vous imaginiez que je
suis une étudiante en première année de droit. Mon
premier cours en est un de droit constitutionnel.
Vous êtes mon professeur et vous essayez de m'expliquer
dans quels domaines il peut y avoir chevauchement entre
les juridictions fédérale et provinciale.
[Traduction]
M. Gilbert Sharpe: Cela fait un moment depuis que j'ai
enseigné à l'école de droit ici à Ottawa, et le droit
constitutionnel n'était pas ma spécialité. Je vais néanmoins faire
de mon mieux.
En ce qui concerne mon interprétation de la division des
pouvoirs juridictionnels—et ceci intéressera mon collègue qui
semble outré par le fait que notre mémoire appuie des mesures de
protection des renseignements sur la santé qui sont de beaucoup
supérieures à ce qui est prévu dans le projet de loi C-54—nous
arguons tout simplement qu'il s'agit d'une question devant être
réglementée par les provinces. Il est critique que des
consultations soient menées auprès de tous les groupes avec
lesquels nous avons discuté, y compris l'ensemble des organisations
de consommateurs. Cependant...
Mme Marlene Jennings: Monsieur Sharpe, pourriez-vous être
précis?
M. Gilbert Sharpe: Oui.
En ce qui concerne la question du partage constitutionnel, les
soins de santé, la prestation des soins de santé et les produits
dérivés de la prestation des soins de santé relèvent clairement de
la compétence des provinces. Comptent parmi les principaux produits
dérivés: la façon dont l'argent consacré à la prestation des soins
de santé est géré; l'incidence de cas de fraude amenant du
gaspillage d'argent; la façon dont les dossiers sont conservés et
gérés; la façon dont les renseignements sont communiqués pour
établir la preuve que les services de soins de santé concernés ont
bel et bien été fournis et ainsi de suite.
[Français]
Mme Marlene Jennings: À l'intérieur de la même
province?
[Traduction]
M. Gilbert Sharpe: Oui, c'est exact, à l'intérieur du
territoire d'une seule et même province. Le projet de loi que nous
sommes en train d'élaborer a été conçu en Ontario dans le but de
réglementer le respect du caractère privé des renseignements sur la
santé et leur divulgation ainsi que les questions d'abus, de
reddition de comptes, d'efficience, de bons soins et de bons
traitements.
[Français]
Mme Marlene Jennings: À l'intérieur de la province
de l'Ontario. Alors, en tant que professeur de droit
constitutionnel, expliquez-moi qui a juridiction dès
que cette information traverse les frontières
provinciales ou la frontière canadienne.
• 1055
[Traduction]
M. Gilbert Sharpe: Parce que cela correspond à des
renseignements provinciaux sur la santé, encore une fois, l'on peut
arguer qu'il y a un besoin. Cela est couvert dans notre projet de
loi, ce dans le but de veiller à ce que l'on ne puisse pas
communiquer de renseignements à une autre juridiction à moins que
celle-ci n'ait des mécanismes de protection semblables aux nôtres.
Il y a également un rôle pour le gouvernement fédéral. Je
crois fermement que c'est à ce niveau-là que l'on envisage une
collaboration entre les paliers de gouvernement fédéral et
provincial, par l'intermédiaire de Santé et Bien-être.
Madame la présidente, je m'excuse si j'ai donné l'impression
qu'il n'y avait pas consultation au sujet du projet de loi C-54
avec les provinces, car il y en a eu. L'un de nos ministères a
rencontré le vôtre, mais c'était celui de la Consommation et du
Commerce, car il s'agissait de discussions sur le commerce. Au
ministère de la Santé, ce n'est que tout récemment que nous y avons
vu un projet de loi lié à la santé. C'était là le problème, et
c'était là notre préoccupation. Alors oui, il y a eu une très bonne
collaboration entre l'industrie et les ministères provinciaux, mais
pas entre Santé et Bien-être et notre ministère de la Santé.
C'était là notre préoccupation.
La présidente: Si cela ne vous ennuie pas, monsieur Sharpe, le
ministère s'appelle Santé Canada. C'est son nom depuis 1993.
M. Gilbert Sharpe: Oui, Santé Canada...
La présidente: Ce n'est plus le ministère de la Santé et du
Bien-être. Je voulais tout simplement vous mettre à jour.
M. Gilbert Sharpe: Très bien. Toutes mes excuses.
Quoi qu'il en soit, le problème est que le projet de loi C-54
s'applique au sein de la province...
[Français]
Mme Marlene Jennings: Monsieur Sharpe, est-ce que
je peux vous interrompre?
Vous dites que la santé est de compétence provinciale à l'intérieur
des frontières d'une province, mais que dès que l'information est
utilisée dans une activité commerciale ou est transmise au-delà des
frontières provinciales, elle devient de compétence fédérale. Est-ce
bien ce que vous dites?
[Traduction]
M. Gilbert Sharpe: Non, je pense que...
[Français]
Mme Marlene Jennings: Parfait, parfait. Vous avez
dit non. C'est très bien.
[Traduction]
M. Gilbert Sharpe: Très bien, pas forcément est la réponse.
Une voix: Oh! Oh!
M. Gilbert Sharpe: Je suis avocat.
[Français]
Mme Marlene Jennings: Par conséquent c'est
peut-être oui, peut-être non. C'est cela, votre
réponse?
[Traduction]
M. Gilbert Sharpe: Oui.
[Français]
Mme Marlene Jennings: J'imagine que cela dépend
des circonstances.
[Traduction]
M. Gilbert Sharpe: Je pense en effet que cela dépend des
circonstances, oui.
[Français]
Mme Marlene Jennings: J'ai une autre question à
vous poser, mais mon temps est limité, comme la
présidente l'a expliqué à maintes reprises.
Si je ne me trompe pas, un seul des témoins que nous
avons devant nous aujourd'hui demande que la santé soit
exemptée de cette loi. Aucun des autres témoins ne le
demande. Je m'excuse, mais on me dit qu'il y en a deux. Les
autres ne demandent pas d'exemption, mais ils
demandent toutefois que l'on peaufine certaines
dispositions de la loi.
Monsieur Sharpe, je reviens à vous, mais Mme Willems
peut répondre également. L'alinéa 27(2)d) traite
de l'exemption d'un organisme, d'une catégorie
d'organismes, d'une activité ou d'une catégorie
d'activités lorsqu'une loi provinciale est
substantiellement similaire. Ou bien vous n'avez pas lu
cette disposition, ou
bien vous trouvez qu'elle n'est pas suffisante pour
vous rassurer. J'aimerais que vous m'expliquiez en
quoi cette disposition ne répond pas à vos besoins.
Monsieur Sharpe, vous parlez de l'harmonisation. Je
crois que, par cette disposition, la loi permet
l'harmonisation.
[Traduction]
M. Gilbert Sharpe: C'est un excellent point, et je vous suis
reconnaissant de l'avoir soulevé.
La difficulté réside dans l'emploi de l'expression
«essentiellement similaire». Les bureaucrates fédéraux nous ont dit
informellement, et cela est également exposé dans certains
documents qui sont disponibles, qu'étant donné le nombre
d'exemptions qui leur faut donner, il y a peu de chances qu'on nous
en accorde une. Le problème est qu'au fur et à mesure que nous
élaborons des lois dans la province par le biais de ce processus de
consultation lancé en 1996, si nous élaborons des lois qui
s'appliquent à l'intérieur de la province, à l'intérieur du
territoire qui est de notre ressort, dans l'espoir qu'au bout de
trois ans nous puissions obtenir une exemption... Si on ne nous
accorde pas cette exemption, alors il y a confusion entre le
secteur de santé commercial et le secteur de santé non commercial.
Cela ne tient pas debout, car la santé, c'est la santé. Les
dossiers et les renseignements en matière de santé devraient
relever d'un seul instrument, d'un seul texte de loi.
• 1100
Ceci engendrerait davantage de confusion et d'inquiétude.
Voilà nos craintes, car on nous a déjà dit que nos exemptions—que
nous avons soigneusement élaborées de concert avec notre
commissaire à la protection de la vie privée et maintes
organisations de soignants et de consommateurs—ne répondraient pas
au critère «essentiellement similaires».
Mme Marlene Jennings: Sur le plan commercial.
La présidente: Je pense que vous souhaitiez que Mme Willems
réponde également.
Vouliez-vous répondre? Non?
D'accord, allez-y, madame Jennings.
Mme Marlene Jennings: Sur le plan commercial.
M. Gilbert Sharpe: C'est une activité commerciale, mais nous
ne voulons pas distinguer entre l'information médicale commerciale
et non commerciale...
Une voix: Oh, et pourquoi cela?
M. Gilbert Sharpe: ... fournie aux soignants. Du point de vue
des patients, toutes ces données sont pertinentes et importantes.
[Français]
La présidente: Madame Willems.
Mme Noëlle-Dominique Willems: Nous avons lu les
exemptions.
Étant donné que la santé est un sujet d'importance
primordiale pour les Canadiens et que la
protection des renseignements privés est aussi
d'importance primordiale, nous pensons qu'on ne peut pas
faire entrer ces exemptions par la porte arrière et
qu'une loi comme celle-ci n'est
pas l'instrument idéal pour le faire.
Nous pensons que la protection des renseignements doit
relever d'une seule loi qui n'aurait rien à voir avec
les renseignements commerciaux, la santé ou le reste.
C'est pour cela que, même s'il y a des exemptions,
nous croyons que ce n'est pas la bonne façon de
procéder.
[Traduction]
La présidente: D'accord, merci beaucoup, madame Jennings.
Nous commençons déjà à dépasser le temps alloué. Si nos
témoins le veulent bien, j'aimerais faire un deuxième tour, qui
nous prendra probablement une demi-heure. Si les témoins peuvent
rester, nous allons poursuivre. Est-ce que ça va?
Madame Meredith.
Mme Val Meredith: Merci, madame la présidente. Je suis ravie
d'avoir un deuxième tour.
J'aimerais que l'on m'éclaire. Je crois savoir que le Québec
possède une législation protégeant la confidentialité des
renseignements médicaux, n'est-ce pas? L'Ontario a un projet de loi
imminent. Est-ce que d'autres provinces se penchent également sur
la question et ont-elles une législation similaire à ce que
l'Ontario va mettre en place et que le Québec possède déjà?
Mme Halyna Perun: Le Manitoba a déjà une loi. Sa Loi sur la
protection des renseignements médicaux personnels est déjà en
vigueur. L'Alberta et la Saskatchewan sont à l'étape finale.
L'Alberta a introduit un avant-projet pour avis, et la Saskatchewan
a élaboré deux avant-projets pour avis et se prépare à
l'introduction.
Mme Val Meredith: Donc, le gouvernement de la
Colombie-Britannique et les provinces Atlantiques sont sans doute
les seules à ne pas déjà avoir en préparation quelque chose qui se
substituerait à ce projet de loi?
Mme Halyna Perun: Nous ne savons pas précisément si elles
avancent aussi rapidement que les autres provinces, mais toutes les
provinces participent à l'harmonisation de la législation en
matière de renseignements médicaux actuellement en cours entre
Santé Canada et les provinces et territoires.
La présidente: Docteur Millar, souhaitiez-vous répondre?
Dr John Millar: La Colombie-Britannique a en place une
législation de protection de la vie privée qui s'applique à nos
opérations.
Mme Halyna Perun: La Colombie-Britannique a une législation
régissant la fonction publique qui couvre aussi les hôpitaux et
autres soignants. Elle n'a pas une loi spécifique sur l'information
médicale, mais sa législation pour le secteur public est de portée
un peu plus large que celle de l'Ontario.
Mme Val Meredith: On peut donc dire que les provinces
travaillent à tout le moins avec Santé Canada pour établir ce que
cette loi cherche à faire, et qu'il y a un partenariat ou une
collaboration entre les provinces et le gouvernement fédéral pour
tenter de régler le problème que vous êtes venus soulever
aujourd'hui. Il s'agit donc de savoir si c'est une meilleure façon
de procéder. Vaut-il mieux laisser Santé Canada poursuivre ce
processus ou bien cette loi peut-elle au moins régler quelques
aspects du problème à court terme, en attendant que Santé Canada,
en collaboration avec les provinces, élabore une législation
provinciale susceptible de régler ce problème?
• 1105
La présidente: À qui adressez-vous la question, madame
Meredith?
Mme Val Meredith: Encore une fois, je pense qu'ils devraient
tous avoir la possibilité de répondre, particulièrement les
organisations nationales. J'aimerais également entendre l'avis du
gouvernement ontarien, de M. Millar et de Mme Willems.
La présidente: Je leur demanderai à tous de répondre
brièvement, en commençant avec M. Sharpe.
M. Gilbert Sharpe: Oui, très brièvement je sais. Désolé,
madame la présidente, je sais que j'ai du mal.
Je pense qu'il est possible de continuer à travailler avec
Santé Canada. Nous avons eu des discussions avec Santé Canada il y
a quelques années en vue de l'inscription de cela à l'ordre du jour
de la conférence sur l'uniformisation des lois. Il s'agit d'un
regroupement des Commissions de réforme du droit provinciales,
territoriales et fédérale en vue d'uniformiser les lois
provinciales. Nous l'avons déjà fait dans le domaine des greffes
d'organes et de la santé mentale. Il y a d'autres exemples, et je
pense que la législation sur les renseignements médicaux et la
protection de la vie privée en est un. Nous devons travailler avec
Santé Canada et il n'y a pas à choisir entre une législation
fédérale et une législation provinciale, il faut une législation
complémentaire sur la protection des renseignements médicaux.
Je pense qu'il y a un rôle légitime pour le ministère de la
Santé fédéral, dans des domaines tels que la recherche à l'échelle
nationale, les subventions fédérales de recherche, ce genre de
choses. Il pourrait y avoir quelques domaines complémentaires où
les provinces vont légiférer tout en imbriquant notre protection de
la vie privée et notre législation de gestion avec la législation
fédérale en matière de santé et de bien-être social. Je serais ravi
de participer à cette initiative.
Mme Val Meredith: Mais n'est-ce pas déjà en train?
La présidente: Non, madame Meredith, vous ne pouvez poser une
question à chacun, puis les interrompre.
Madame Lucock.
Mme Carole Lucock: Il importe certainement que l'information
médicale jouisse de la même protection dans tout le pays, avec une
très forte protection de la vie privée des patients. C'est ce que
nous pensons, et nous croyons que nos patients pensent de même.
Il y a certes eu des lois au niveau provincial, mais nous
estimons qu'elles ne protègent pas suffisamment la vie privée des
patients, et c'est pourquoi nous avons des réserves. En outre, ces
lois ne sont pas identiques. Il y a tout un ensemble disparate
d'initiatives à travers le pays. Pensez que tout le monde va se
retrouver avec exactement la même législation, au niveau provincial
et fédéral... Ce n'est pas exclu et ce serait très souhaitable,
mais nous ne sommes pas certains qu'il en sera ainsi.
La présidente: Docteur Millar.
Dr John Millar: Il me semble que la question était de
savoir s'il y a une autre façon de s'y prendre au lieu de procéder
avec ce projet de loi, et je pense que la réponse est non. Ceci est
la bonne façon de procéder. Il faut adopter ce projet de loi à
cause du caractère disparate des lois provinciales et parce que cet
ensemble disparate ne couvre pas les transmissions
interprovinciales de données, etc. Ma réponse est donc que ce
projet de loi doit être adopté.
La présidente: Madame Willems.
Mme Noëlle-Dominique Willems: Il faut l'adopter, à condition
que l'information commerciale soit très clairement définie. Comme
nous l'avons dit, il n'y a pas réellement de distinction à ce stade
entre l'information médicale et l'information commerciale, et le
comité doit y remédier impérativement.
Notre mémoire et nos quatre recommandations disent qu'il faut
un effort concerté d'Industrie Canada, du ministère de la Justice
et de Santé Canada pour mettre au point un instrument approprié de
protection de la vie privée.
La présidente: Monsieur McBane.
M. Michael McBane: Nous sommes fortement partisans de
l'adoption du projet de loi avec des améliorations. Évidemment,
nous encourageons également Santé Canada à introduire une
législation pour distinguer entre la recherche dans l'intérêt
public et les activités commerciales, mais ce n'est pas réellement
votre travail.
La présidente: Merci.
Monsieur Speers, avez-vous des commentaires?
Dr Richard Speers: Je me sens ici comme le dernier des
lobbyistes pour le tabac.
Nous sommes partisans d'une initiative fédérale, simplement
pour empêcher la création d'un paradis des données. Nous avons
suffisamment de documentation et nous aimerions que la loi consacre
le principe que le patient possède et contrôle l'information. Pour
citer l'un des rapports du commissaire à la protection de la vie
privée, ne laissez pas les dossiers médicaux devenir un
sport-spectacle.
La présidente: Merci.
Membres, ceci ne va réellement fonctionner que si nous posons
des questions brèves et obtenons des réponses brèves. Dans ce
contexte, nous allons passer à M. Keyes.
M. Stan Keyes: Merci beaucoup, madame la présidente. Je suis
ravi d'avoir une deuxième occasion, car je veux en terminer avec
M. Speers.
Des voix: Oh, oh!
M. Stan Keyes: Rectifiez si je me trompe, monsieur Speers,
mais vous m'avez donné l'impression que votre doléance ici ne porte
pas nécessairement sur le projet de loi C-54, mais sur les
compagnies d'assurance et leurs formulaires.
Dr Richard Speers: Nous avons utilisé les compagnies
d'assurance à titre d'exemple.
M. Stan Keyes: Y en a-t-il d'autres?
Dr Richard Speers: C'est celui que nous connaissons le mieux.
Je pourrais utiliser peut-être aussi Revenu Canada, mais le code
CSA ne s'applique pas à lui.
M. Stan Keyes: Je dois souscrire à la position de M. Speers,
madame la présidente, en ce sens que dans l'état actuel des choses,
nous avons un vide tel que M. Speers et les dentistes du Canada se
heurtent aux compagnies d'assurance. Mais maintenant, avec ce
projet de loi, j'imagine que M. Speers va sauter de joie et
applaudir, parce que dorénavant il pourra saisir de sa doléance une
tierce partie, le commissaire à la protection de la vie privée.
S'il a un problème, dorénavant une tierce partie va s'en charger.
N'est-ce pas?
• 1110
Dr Richard Speers: À condition que le prochain commissaire à
la protection de la vie privée ne vienne pas du milieu des
assurances ou des banques ou des services financiers...
La présidente: Monsieur Speers, il vous intéressera peut-être
de savoir que le commissaire est notre prochain témoin et qu'il est
dans la salle. J'ai pensé qu'il serait bon que vous le sachiez.
M. Stan Keyes: Il est n'est ni banquier ni assureur.
Dr Richard Speers: En ce moment, nous avons un Commissariat à
la protection de la vie privée très fort et indépendant, mais cela
pourrait changer selon les aléas de la vie politique.
M. Stan Keyes: D'accord, j'accepte la réserve. Mais,
indépendamment de cela, n'est-ce pas là réellement pour vous
l'occasion? C'est une occasion pour vous. C'est là la tierce partie
qui pourrait régler le problème.
Dr Richard Speers: C'est très possible.
M. Stan Keyes: D'accord. Bien.
Revenons à M. Sharpe. Vous savez quoi, monsieur Sharpe? J'ai
quelques problèmes avec ce que vous nous dites aujourd'hui. Je ne
suis pas avocat. Beaucoup de gens me félicitent de ne pas l'être.
La présidente est avocate.
Vous dites dans votre mémoire que le gouvernement fédéral,
avec son projet de loi C-54, fera obstacle à la prestation, la
planification et la gestion des soins de santé et de la recherche.
Vous allez loin. Pourtant, l'alinéa 27(2)(d) dit que si la
législation d'une province, essentiellement similaire à la
partie 1, s'applique à une organisation, une catégorie
d'organisations, à une activité ou catégorie d'activités, etc.,
elles sont exemptées. Par conséquent, la loi provinciale aura
préséance.
Vous dites ensuite que cela pose un problème—et rectifiez si
je me trompe—parce que la législation provinciale comporte un
certain nombre d'exemptions qui ne se retrouvent pas dans la loi
fédérale, le projet de loi C-54.
Vous dites que la santé est la santé, mais est-ce que certains
d'entre nous n'ont pas des raisons de considérer qu'il y a un petit
côté commercial au travail des médecins et que c'est là le reproche
que nous faisons aux exemptions de la législation provinciale?
Est-ce que le projet de loi C-54 n'est pas plus strict,
contrairement à ce que vous pensez, car vous croyez que la
législation provinciale est plus rigoureuse? Est-ce que la
législation fédérale n'est pas beaucoup plus rigoureuse parce
qu'elle ne comporte pas certaines exemptions pour l'AMC et les
médecins, vu qu'en fait les médecins ont quantité de possibilités
commerciales exemptées chez vous qui ne le seraient pas aux termes
de ce projet de loi?
M. Gilbert Sharpe: Tout dépend de ce que vous considérez comme
rigoureux. Le fait d'avoir moins d'exemptions signifie qu'il y aura
moins de possibilités de partager l'information. Certains
applaudiront à cela et diront, très bien, rallions les autres à
cela; c'est le principe du projet de loi C-54. Cependant, les
soignants en Ontario, les médecins et autres, disent que cela va
nuire à la capacité de soigner les gens. Ce que nous avons donc
essayé de faire, c'est d'élaborer une législation au niveau
provincial qui assure la continuité des services et le partage des
services grâce aux systèmes intelligents assortis de mécanismes de
reddition de comptes.
M. Stan Keyes: Voyons cela d'un peu plus près.
La présidente: Monsieur Keyes, est-ce là votre dernière
question?
M. Stan Keyes: Oui.
Voyons cela d'un peu plus près et ensuite je me tairai et
laisserai M. Sharpe répondre.
Par exemple, est-ce que les membres de l'AMC, les médecins,
transmettent des renseignements sur les patients à d'autres
organisations ou reçoivent en échange des services en nature?
M. Gilbert Sharpe: Je ne peux réellement répondre à cela.
M. Stan Keyes: Oh, je pense que vous pouvez. D'accord, alors
demandons à un médecin...
M. Gilbert Sharpe: Laissez-moi finir, si vous voulez bien.
J'ai certainement connaissance du rôle des ordres provinciaux
de médecins et chirurgiens et je sais qu'un médecin qui divulgue ce
genre d'information et se livre à ce genre d'activité commet une
faute professionnelle.
M. Stan Keyes: Mais il n'est pas besoin d'aller aussi loin que
cela. Un cabinet de médecin fait son travail et partage des
renseignements avec les compagnies pharmaceutiques. Ces dernières
font leurs enquêtes et leur travail et ont besoin de ces
renseignements, qui proviennent des cabinets des médecins, n'est-ce
pas?
• 1115
M. Gilbert Sharpe: S'il s'agit de renseignements sur des
patients identifiables sans leur consentement, ce médecin pourrait
perdre sa licence. C'est une infraction très grave, et l'ordre des
médecins...
M. Stan Keyes: Vous me dites que si une compagnie
pharmaceutique, dans le cadre de son travail d'enquête, etc., place
un ordinateur dans le cabinet du médecin pour accumuler les données
dont elle a besoin—et qu'il y a des services en nature, tels que
des échantillons donnés au cabinet—cette compagnie pharmaceutique
n'a pas accès aux renseignements sur le patient?
M. Gilbert Sharpe: La réponse est que si elle a accès au
dossier médical du patient sans son consentement, alors c'est une
infraction qui relève de l'ordre des médecins et qui sera très
durement sanctionnée. Ce n'est pas un comportement licite. Les
dossiers des malades sont confidentiels et ils ne doivent pas être
divulgués.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Keyes.
[Français]
Monsieur Dubé, est-ce que vous avez d'autres questions?
M. Antoine Dubé: Oui.
Je vais laisser le champ constitutionnel. Deux
aspects du projet de loi semblent inquiéter certains
témoins.
Il y a tout d'abord le fait que les normes sont
placées en annexe. J'imagine que vous avez lu les
normes en question. Je ne les ai pas comptées, mais
je pense qu'il y en a une dizaine. Comme elles sont
rédigées au conditionnel, on y dit que l'on «pourrait»
faire ceci ou cela, et certains ont dit que ce n'était pas
très sévère, que ce serait plutôt des recommandations.
Même les représentants du Barreau canadien nous ont
dit hier qu'il faudrait que les dispositions qui sont
de nature obligatoire ne soient pas placées en annexe
mais figurent plutôt dans le corps de la loi.
Les représentants du Barreau canadien, ainsi que
d'autres témoins, nous ont signalé une autre
disposition qui est vraiment inhabituelle, soit le fait
que l'annexe, qui comprend les normes, peut être amendée
par le gouverneur en conseil. Il faut savoir que
«gouverneur en conseil» signifie que c'est le Conseil
des ministres qui y verra et que, par conséquent, ce ne sera
pas nécessairement soumis à la Chambre.
On a dit également que cela dépendrait du commissaire. Mais que se
passerait-il si on avait un nouveau ministre de l'Industrie qui était
très en faveur de l'industrie ou de la commercialisation et qui
décidait d'aller dans un sens ou dans l'autre?
Je constate que M. McBane est très soucieux de la
protection des renseignements personnels. Je peux le
comprendre car je partage ces valeurs. Mais il faut se
demander si ces deux points sont inquiétants.
On ne sait pas ce qui se passera après la prochaine
élection. Même si l'on suppose que l'actuel ministre
est très bon dans son domaine, un nouveau ministre
pourra décider, seul, de changer cela, tant dans un sens
que dans l'autre. Est-ce que ces aspects du projet de
loi ne vous inquiètent pas?
[Traduction]
La présidente: Madame Lucock, souhaitiez-vous intervenir?
Mme Carole Lucock: Mon commentaire serait de dire, en gros,
que nous sommes dans une certaine mesure d'accord avec vous
là-dessus. Nous avons déclaré que nous pensons qu'il s'agit d'un
premier pas. Nous ne pensons pas que les normes qui sont
présentement prévues dans le projet de loi C-54, dans la mesure où
elles s'appliqueraient aux renseignements sur la santé, soient
suffisamment exigeantes. C'est en gros sur cela que repose ce que
nous tentions d'expliquer au comité.
La présidente: Monsieur McBane.
M. Michael McBane: Je pense que ce sont là de bons points. Je
ne sais trop pourquoi cela figure à l'annexe, mais si c'est de ce
fait plus faible et plus exposé aux changements politiques, alors
il faudrait manifestement insérer cela ailleurs pour le renforcer.
Bien évidemment, nous sommes également très préoccupés par le
fait que les sanctions ne soient pas assez sévères et que les abus
puissent être énormes. Si un sénateur peut aller en prison pour une
affaire de fraude, théoriquement, un cadre d'une multinationale qui
fouille systématiquement pour des renseignements médicaux devrait
être mis en prison. Nous aimerions donc voir des sanctions plus
sévères et, plus important encore, nous aimerions que le
commissaire à la protection de la vie privée dispose des ressources
nécessaires.
[Français]
Il faut donner l'argent et le personnel mais aussi définir le mandat
pour faire ce travail. C'est donc un autre aspect très important. Il
y a les droits, mais il faut pouvoir les appliquer.
[Traduction]
La présidente: Monsieur Speers.
Dr Richard Speers: Je pense que M. Dubé présente de
merveilleux arguments pour un gouvernement minoritaire, mais
nonobstant cela, l'ancien ministre de la Santé de l'Ontario a tenté
de faire adopter à la hâte le projet de loi omnibus. Et le tollé du
public et le fort éloquent commissaire à la protection des
renseignements et de la vie privée se sont occupés de la façon dont
les projets de loi peuvent être soumis au fer à repasser à la
Chambre.
• 1120
Je comprends donc très bien ce que vous voulez dire, mais ce
qu'il y a de merveilleux dans ce pays c'est que nous pouvons être
d'avis contraire et nous pouvons joindre des gens comme vous, alors
il y a tout lieu d'espérer que le système nous protégera contre
cela.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Dubé.
Madame Barnes.
Mme Sue Barnes (London-Ouest, Lib.): Merci, madame la
présidente.
Je souhaite présenter mes excuses aux témoins. J'avais un
conflit d'horaire un petit peu plus tôt, mais cela fait un moment
que je me prépare pour votre comparution, et je suis très heureuse
que vous soyez des nôtres.
Pour votre gouverne, j'aimerais souligner, dans le cadre de
notre discussion d'aujourd'hui, que le livre blanc de consultation
sur le projet de loi a été rendu public en janvier 1998 et, comme
l'a dit le représentant de l'Ontario, la conférence sur les lois
uniformes avait inscrit cette question à son ordre du jour l'été
dernier, et je sais que le gouvernement de l'Ontario était
représenté à cette réunion.
Plus de 100 groupes ont répondu dans le cadre de la
consultation, et consulter, ce n'est pas prendre le téléphone et
appeler les gens à tour de rôle. Il y a en place un système, et je
sais que les fonctionnaires du ministère de l'Industrie ont
parcouru le pays l'été dernier pour tenir des réunions ouvertes au
sujet du projet de loi. Cela étant dit, je suis préoccupée par
l'exploitation commerciale de données en matière de santé. Par
exemple, si j'ai bien compris, l'ICIS possède environ 14 bases de
données en matière de santé. Est-ce bien cela?
Dr John Millar: Nous en avons un grand nombre, mais je
ne saurais vous donner le chiffre exact.
Mme Sue Barnes: Et vendez-vous certaines d'entre elles à des
entreprises commerciales, à des intervenants commerciaux...?
Dr John Millar: Non.
Mme Sue Barnes: Jamais?
Dr John Millar: Non.
Mme Sue Barnes: Arrive-t-il que certains des renseignements en
votre possession...? Vous l'avez déjà déclaré aujourd'hui, alors je
me contenterai de répéter que ces renseignements traversent des
frontières...
Dr John Millar: Absolument.
Mme Sue Barnes: ... au moins à l'intérieur du pays, et
potentiellement ailleurs.
Dr John Millar: À l'intérieur du pays.
Mme Sue Barnes: Mais les personnes qui obtiennent ces
renseignements pourraient alors les utiliser d'une autre façon qui
échappe à votre contrôle, pour les transmettre de l'autre côté
d'autres frontières?
Dr John Millar: Pas avec des éléments
d'identification. Non.
Mme Sue Barnes: Mais cela peut arriver, en l'absence
d'éléments d'identification?
Dr John Millar: Bien sûr, s'il s'agit de données
globales. Mais pas dans le cas de données sur une personne
identifiée.
Mme Sue Barnes: Merci.
Admettons que je suis une patiente qui a un cancer ou un
problème cardiaque et que je soupçonne que la raison pour laquelle
je n'ai pas eu certaines promotions dans ma carrière est que
certains renseignements me concernant se sont retrouvés dans le
dossier de mon employeur. Et peut-être qu'après m'être fait refuser
quelques promotions je décide que je n'ai plus à en attendre chez
mon employeur et que je vais chercher un poste ailleurs. J'y
découvre alors qu'il m'est impossible d'obtenir un emploi ailleurs,
peut-être parce que quelqu'un a par inadvertance révélé quelque
chose au sujet de mon état de santé, ce quelque chose figurant dans
mon dossier au service du personnel.
À l'heure actuelle, au Canada—et j'adresse cette question à
M. McBane—à qui puis-je m'adresser pour obtenir de l'aide?
M. Michael McBane: Je trouve que c'est une bonne question et
la plupart des Canadiens ne savent pas à quel point ils sont
vulnérables aux abus pouvant être commis par les industries de la
santé. Je me trompe peut-être, mais je devine que l'ICIS vend des
renseignements à des compagnies d'assurance. D'ailleurs, vous
n'obtenez rien de l'ICIS à moins de payer. Pour y avoir accès, il
faut payer.
Dr John Millar: Cela est faux, madame.
M. Michael McBane: Et ceux qui ont de l'argent, ce sont les
industries.
Mme Sue Barnes: Pour l'instant, cela ne m'intéresse pas, les
allégations. Je suis madame tout le monde, et j'ai du talent. J'ai
40 ans, j'ai une famille à nourrir, et tout d'un coup j'apprends
que je suis bloquée dans ma carrière car des renseignements dans
mon dossier au service du personnel dont je pensais qu'ils allaient
être protégés ont maintenant une incidence sur ma capacité de
gagner ma vie.
La présidente: Madame Willems.
Mme Noëlle-Dominique Willems: Ce qu'il vous faut savoir, par
exemple, relativement au cas que vous soulevez, est qu'il existe
des lois et des règles très strictes régissant la communication de
ce genre de renseignements, d'informations—et je vais prendre cela
comme exemple, puisque c'est celui que je connais le mieux—à une
compagnie d'assurance. Votre employeur n'a pas accès à ces données.
Par conséquent, si vous soupçonnez votre pharmacien ou votre
médecin d'avoir été bavard, il vous faut recourir à leurs collèges
respectifs.
Mme Sue Barnes: Merci.
Si j'ai bien compris, aujourd'hui, beaucoup de gens sont en
train de me dire qu'il y a un projet de loi et qu'il y a des lois
existantes. Je vais prendre l'exemple du Manitoba qu'a soulevé mon
collègue. La Loi du Manitoba ne couvre pas le secteur privé, les
compagnies pharmaceutiques, les cliniques de médecine sportive ou
les compagnies d'assurance.
J'aimerais en fait faire une déclaration. D'après ce que j'ai
compris, en Ontario, on est en train de se vanter à l'heure
actuelle au sujet de la protection de la vie privée en matière de
santé mentale. Je peux vous dire que dans une vie antérieure, j'ai
eu l'occasion, à cause d'un rôle spécial que j'ai eu à jouer,
d'examiner les dossiers médicaux de patients soignés pour des
problèmes de santé mentale, et dans ces dossiers médicaux, j'ai
trouvé des exemples de ouïe-dire. En fait, j'ai trouvé des coupures
de presse dans des dossiers médicaux.
• 1125
Par conséquent, en dépit du fait que le projet de loi soit
très bien intentionné, je crains qu'il y ait dans le système un
risque d'abus considérable. C'est pourquoi il faut établir un seuil
à l'échelle du pays. J'inviterai chaque province et territoire du
pays à commencer par adopter des lois plus strictes en matière de
protection de la vie privée.
Mais en attendant, je peux vous dire que le processus qui
passe par une conférence sur des lois uniformes demande des années
et des années, et personne à cette table ne dira le contraire. Je
peux vous dire qu'en attendant que d'autres provinces et
juridictions s'organisent et commencent à progresser, le
gouvernement fédéral a, je pense, de bonnes raisons d'agir. L'un
quelconque d'entre vous pourrait-il, la conscience tranquille, dire
au comité que nous devrions aujourd'hui retirer au gouvernement
fédéral son outil en matière de pouvoir commercial légitime? Je
songe à des tonnes d'exemples. Par exemple, nous allons voir...
Je pense que je me suis fait comprendre. Merci.
La présidente: Docteur Hutchinson, souhaitez-vous répondre.
Dre Susan Hutchinson: Oui, merci.
Je pense que l'AMC comprend et reconnaît vos préoccupations en
matière de renseignements sur la santé. Nous croyons que le projet
de loi C-54 est approprié et qu'il englobera les renseignements sur
la santé, et, partant, qu'il pourra être modifié pour veiller à ce
que ces renseignements sur la santé soient protégés à l'échelle et
fédérale et internationale. Le projet de loi est important. Il est
approprié. Il offre la possibilité de protéger les renseignements
sur les patients, et cela nous est essentiel, en tant que
Canadiens.
La présidente: Merci.
Monsieur Speers, et je vous demanderais d'être bref.
Dr Richard Speers: Je serai très bref.
Je pense que le scénario que vous avez décrit correspond tout
à fait à ce que nous disons en tant qu'organisation depuis des
années déjà. Dans le scénario que vous venez d'esquisser, vous avez
perdu et le contrôle et la propriété de vos propres données, et
c'est précisément à ce problème que nous nous attaquons. Cela me
fait peur lorsque les gens partagent mon point de vue, mais je
pense que nous sommes sur la même longueur d'onde.
Mme Sue Barnes: Même des politiciens pensent...
La présidente: Excusez-moi, mais il me faut contrôler le
déroulement des opérations. Je m'excuse auprès des membres du
comité qui attendent toujours de poser des questions, mais je ne
pourrai autoriser qu'une question par député. J'ai sur ma liste
M. Jones, M. Shepherd et Mme Wasylycia-Leis. Une question chacun,
je vous prie.
M. Jim Jones: Il s'agit d'une question que j'ai déjà posée. De
nombreux témoins ont affirmé que les pouvoirs d'examen et de
vérification du commissaire à la protection de la vie privée,
énoncés aux paragraphes 12(1) et 18(1), sont excessifs. Ils ont
cité tout particulièrement les pouvoirs de perquisition ou de
saisie du commissaire et qui sont énoncés dans ces articles.
Êtes-vous comme beaucoup d'avis que le commissaire devrait être
tenu d'obtenir une ordonnance de la cour avant d'exercer ses
pouvoirs de perquisition et de saisie?
La présidente: Madame Lucock.
Mme Carole Lucock: Notre exposé n'avait pas pour objet d'être
aussi précis, alors je ne saurais répondre tout de suite à cette
question.
Dr Richard Speers: Nous n'appuierions aucune mesure qui
violerait la Charte canadienne des droits et libertés.
La présidente: Très bien. Merci, monsieur Jones.
Monsieur Shepherd.
M. Alex Shepherd: J'aimerais tout simplement demander un
éclaircissement à l'AMC. Je n'ai pas très bien compris ce que vous
disiez tout à l'heure, en ce sens que vous semblez appuyer le
concept d'une exclusion. Vous n'appuyez pas... Très bien, vous
voulez donc être couverts par ce projet de loi, n'est-ce pas?
Vous avez exprimé vos préoccupations quant au respect du
caractère privé des dossiers médicaux se trouvant dans les bureaux
de médecins, etc., et avez déclaré que vos normes sont de loin
supérieures à celles prévues dans le projet de loi. Cela ne vous
préoccupe donc pas, n'est-ce pas?
Mme Carole Lucock: Si le projet de loi n'est pas modifié, nous
craignons que, dans son libellé actuel, il n'accorde pas une
protection suffisante aux renseignements sur la santé. C'est ce que
nous pensons. Tout comme vous, donc, nous avons utilisé comme
modèle l'Association canadienne de normalisation. Vous voudrez
peut-être en discuter avec le commissaire fédéral à la protection
de la vie privée, et d'après ce que j'ai compris, vous allez
justement le rencontrer. Il a appelé notre code le serment
d'Hippocrate de l'ère de l'information. Nous n'avons donc pas
travaillé isolément des autres parties prenantes, et nous avons
travaillé très étroitement avec le commissaire à la protection de
la vie privée.
Nous pensons que ce que nous avons élaboré protège très bien
la vie privée des patients et le caractère confidentiel des
renseignements les concernant. Nous ne pensons pas que le projet de
loi aille en ce moment assez loin en ce sens, mais il pourrait être
modifié pour protéger comme il se doit la vie privée des patients.
Le vice-président (M. Eugène Bellemare (Carleton—Gloucester,
Lib.)): Thank you.
Madame Wasylycia-Leis.
Mme Judy Wasylycia-Leis: Merci beaucoup.
J'aimerais tout simplement enchaîner avec une question
découlant de ce qu'a mentionné Sue Barnes relativement à l'ICIS, et
il s'agit d'une question importante car l'ICIS ne cesse d'être
mentionné relativement au système de Santé Canada en ce qui
concerne l'inforoute sur la santé.
• 1130
Nous avons entendu diverses opinions ici ce matin. Mike, de la
Coalition, a dit qu'il y a un problème en matière de véritable
reddition de comptes au public et il a également parlé de l'absence
de liens avec un quelconque intérêt commercial. Vous semblez dire
le contraire, John. J'aimerais que chacun de vous me dise si vous
pensez que ceci est un véhicule approprié pour les systèmes
d'information sur la santé.
La présidente: Docteur Millar.
Dr John Millar: Que demandez-vous exactement?
Mme Judy Wasylycia-Leis: Ce dont nous avons parlé précédemment
c'est de la nécessité pour un système de santé d'être administré
par un organisme devant rendre des comptes au public. La question
de Sue Barnes vise à savoir si l'ICIS pourrait être cet organisme.
Étant donné qu'on ne cesse de mentionner votre organisation
relativement à Santé Canada, il nous faut en avoir le coeur net. Je
vous demande de réagir à ce qu'a laissé entendre Mike McBane.
Dr John Millar: Je vous remercie de poser cette
question et de m'offrir l'occasion de tirer les choses au clair.
L'institut a été créé par le gouvernement en tant qu'organe
indépendant. Il rend compte à la conférence fédérale-provinciale-
territoriale de sous-ministres de la Santé et a été identifiée par
eux comme étant la conduite par laquelle la carte routière sera
administrée.
Elle sera administrée en tant qu'initiative conjointe des
instituts, de Statistique Canada et de Santé Canada. Les trois
principales agences y sont identifiées. Elle fonctionnera
probablement en vertu d'un protocole d'entente qui tirera au clair
les différents rôles de ces trois organismes. La structure de
reddition de comptes est telle que les données en matière de
dépenses d'utilisation des services de soins de santé, de
main-d'oeuvre et autres arrivant à l'organisation seront
normalisées et rendues disponibles sous forme de rapports qui
constitueront les mécanismes de reddition de comptes.
Il n'existe absolument aucune entreprise commerciale en ce
sens que nos données ne sont pas communiquées contre de l'argent ou
à une quelconque autre fin à des entités commerciales telles des
compagnies d'assurance, des sociétés pharmaceutiques ou autres. Les
données sont de temps en temps communiquées à Statistique Canada et
à des organismes de recherche reconnus en tant que tels dans ce
pays. Cela se fait parfois selon une formule de remboursement de
coûts, car il y a des coûts de traitement, mais le but n'est pas de
réaliser un profit. Il s'agit de rentrer dans nos frais mais pas du
tout de réaliser un quelconque profit.
La présidente: Merci beaucoup, docteur Millar.
Madame Jennings, une question, s'il vous plaît.
[Français]
Mme Marlene Jennings: Ma question, à laquelle on
peut répondre par oui ou non, est la suivante:
jugez-vous qu'un amendement apporté au projet de loi pour
assurer la primauté de cette loi dans le domaine de la
protection des renseignements personnels serait une
amélioration, si on ne prévoyait que deux cas
d'exception: soit dans le cas où la protection
accordée par une autre loi serait plus grande, que les
normes de protection seraient meilleures, soit
dans le cas où l'autre loi contiendrait une clause
nonobstant?
Je suis Québécoise de naissance et d'éducation. Monsieur Sharpe, je
me demande depuis quand le gouvernement de l'Ontario est devenu un
gouvernement sécessionniste. C'est tout.
[Traduction]
La présidente: Monsieur Speers.
Dr Richard Speers: Excusez-moi. Je n'ai pas très bien suivi
lorsque vous avez parlé de l'aspect gouvernement sécessionniste.
La présidente: Monsieur Sharpe, la première partie de la
question.
Dr Richard Speers: Un simple amendement suffira pour régler
les questions en matière de santé. Je ne pense pas pouvoir répondre
mieux que cela.
La présidente: Très bien. Merci.
Monsieur McBane, auriez-vous des observations à faire au sujet
de sa première question?
M. Michael McBane: Non.
La présidente: Madame Willems.
[Français]
Mme Noëlle-Dominique Willems: Je
reviens à ma réponse originale, soit qu'il ne faut pas
essayer de détourner ce projet de loi pour en faire ce
qu'il n'est pas. Donc, il vaudrait mieux travailler
sur quelque chose qui emporterait l'adhésion du domaine
de la santé et du domaine de la justice pour en faire
un instrument valable pour tous les Canadiens.
[Traduction]
La présidente: Docteur Millar.
Dr John Millar: Nous pensons que ce projet de loi
pourrait fonctionner avec un amendement. La réponse, donc, est oui,
mais pas avec le libellé que vous avez utilisé, car si le projet de
loi était modifié pour correspondre à la même rigueur, cela
entraverait le mouvement d'information dans le contexte actuel. Nos
activités mériteraient une certaine considération.
• 1135
La présidente: Docteur Hutchinson.
Dre Susan Hutchinson: Non. Je pense qu'avec ces
conditions, nous ne pourrions pas garantir le respect des normes
élevées en matière de protection de la vie privée que méritent les
Canadiens.
Mme Carole Lucock: Pour ajouter quelque chose, je pense que
M. Speers a vraiment mis dans le mille: c'est plus complexe qu'une
simple réponse par oui ou par non.
La présidente: Très bien. Monsieur Sharpe.
M. Gilbert Sharpe: Nous aimerions voir des lois en matière de
santé, et non pas en matière de commerce, qui traitent des soins de
santé... et que les gouvernements fédéral et provinciaux
travaillent ensemble. L'Ontario appuie un fédéralisme coopératif
avec les provinces. C'est ce que nous voulons. Nous ne pensons pas
qu'un projet de loi en matière de commerce, avec ou sans
exceptions, fera l'affaire.
La présidente: Merci. J'aimerais remercier nos témoins d'avoir
été des nôtres. Le comité va faire une pause de cinq minutes. Nous
avons prévu un déjeuner de travail. Une pause de cinq minutes,
donc, et nous accueillerons alors un autre témoin à la table.
• 1136
• 1144
La présidente: Nous allons reprendre la séance.
Je veux d'abord présenter nos excuses au commissaire à la
protection de la vie privée pour le retard que nous avons pris avec
notre premier groupe de témoins ce matin et le remercier de sa
compréhension et de sa patience. Nous lui souhaitons la bienvenue.
Nous avons apprécié vos avis et vos réponses à nos lettres et
questions et votre participation tout au long de cette étude.
Donc, monsieur Phillips, nous sommes heureux de vous avoir
parmi nous et sommes impatients de vous entendre.
• 1145
M. Bruce Phillips (commissaire à la protection de la vie privée
du Canada): Merci beaucoup, madame la présidente. Nulle excuse
n'est nécessaire. Quel prisonnier s'est jamais plaint d'une
diminution du temps passé sur le chevalet de torture? Mais je suis
heureux que vous nous ayez accordé un peu de temps supplémentaire
ce matin, car j'ai l'impression que cette discussion pourrait être
assez longue.
Je n'ai pas rédigé une longue déclaration pour ce matin. Mes
vues générales sur la question sont bien connues et j'en ai déjà
fait part au comité. Cependant, je dois dire qu'ayant passé en
revue les avis de tous les témoins, je suis très heureux de
constater—puisque nous avons annoncé nos couleurs très vite sur ce
projet de loi, pour y souscrire—qu'aucun des témoins ayant comparu
devant le comité ne s'est opposé au principe et à l'esprit du
projet de loi. Il y a eu quantité de propositions d'amendements,
certaines que nous acceptons et d'autres non.
J'aimerais passer en revue quelques-uns des éléments dont nous
aimerions que le comité les revoie d'un peu plus près. J'en ai
énuméré quelques-uns dans une lettre que je vous ai adressée,
madame Whelan, et qui a maintenant été distribuée à vos collègues.
Le premier figure à l'article 2, à savoir la définition de
l'«activité commerciale».
Ayant écouté certains de ces autres témoins—et je regrette
maintenant de ne pas avoir été présent pendant toute la réunion de
ce matin—leurs avis justifient notre préoccupation concernant
l'activité commerciale et l'absence d'une définition plus précise.
Je sais que le ministère a tenté d'améliorer cela, mais il n'a
guère fait que dire la même chose en des termes différents.
La définition de l'activité commerciale influe sur des aspects
tels que les renseignements médicaux. Dans nos propres conseils,
nous avons tenté de discerner quelle partie de tout l'éventail des
renseignements relatifs à la santé est couverte par ce projet de
loi, et il subsiste quelques doutes dans nos esprits.
Je pense que la définition de l'«activité commerciale» devrait
être élargie de façon à y englober les associations
professionnelles et organisations sans but lucratif dès lors que
leur travail donne lieu à une contrepartie. Par exemple, lorsqu'une
organisation caritative achète une liste de donateurs potentiels,
s'agit-il là d'une activité commerciale, oui ou non? Lorsqu'un
avocat rédige un testament contre honoraires, est-ce là une
transaction commerciale? Nous-mêmes n'en sommes pas entièrement
certains et nous aimerions que ces choses soient éclaircies. Je
pense que cela faciliterait beaucoup les choses dans un domaine
comme celui de l'information médicale, par exemple.
Je suis reconnaissant aux rédacteurs du projet de loi d'avoir
modifié la définition de «renseignements personnels». Elle a été
nettement améliorée. Auparavant, elle couvrait uniquement les
renseignements personnels consignés sous quelque forme. Ce
qualificatif a maintenant été supprimé. Le renseignement personnel
devient tout ce qui concerne un individu identifiable, si bien que
cette loi couvrira des aspects tels que les caméras de
surveillance, les caméras dans les toilettes, ce genre de choses.
C'est une nette amélioration.
À l'article 3, on a inséré dans le projet de loi la notion de
personne raisonnable. Nous avons eu beaucoup de discussions
là-dessus. Qu'est-ce qu'une personne raisonnable? Une définition
proposée par un membre de mon personnel est le critère de Clapham
Junction. Est-ce que cela dit quelque chose à quelqu'un ici? En
Grande-Bretagne, apparemment, il y a une jurisprudence voulant
qu'une personne raisonnable soit une personne que l'on rencontre
ordinairement dans le bus de Clapham Junction. Je ne sais pas ce
que nous l'appellerions, le critère de la rue Sparks peut-être.
Mais nous ne sommes pas certains qu'il serait aussi clair qu'il le
faudrait.
L'alinéa 7(1)(d) doit être revu, à mon avis. Un amendement à
l'alinéa 7(1)(d) autorise la collecte de renseignements
publiquement disponibles et spécifiés dans les règlements
d'application. Ce qui est publiquement disponible et ne l'est pas
peut être un sujet de litiges interminables. Je pense qu'il faut
préciser le sens de ces termes.
• 1150
Par exemple, prenons un registre public, un rôle d'imposition
municipal. Est-il publiquement disponible en ce sens que tout un
chacun y a accès? On peut aller au bureau d'imposition pour le
consulter. Mais est-ce qu'une société de publicité par
correspondance devrait pouvoir acheter toute la base de données
afin de pouvoir vous envoyer des annonces publicitaires, ou bien
pour la croiser avec d'autres bases de données et établir ainsi un
meilleur profil de votre revenu sur la base du prix de votre maison
et du quartier que vous habitez, etc. et s'en servir à des fins de
marketing? Je ne pense pas. Ce n'est pas là le but.
Il faut donc ajouter un critère d'utilisation relativement à
ces registres publics. Je ne pense pas que le projet de loi soit
assez clair à cet égard.
À l'alinéa 7(3)f), la divulgation pour la recherche, il y a un
amendement qui représente une amélioration, mais je pense qu'il
faudrait limiter le type d'utilisation et de divulgation aux fins
d'études mentionné au paragraphe 7(3) aux études qui peuvent
raisonnablement être menées au moyen de données anonymes. Quantité
de recherches scientifiques et académiques n'ont pas besoin du nom
des personnes pour tirer des conclusions. Cela éviterait toute
divulgation ultérieure de renseignements sous une forme permettant
d'identifier des individus.
Ce qui manque ici est la notion de finalité. Si j'obtiens des
renseignements pour un projet de recherche et que je les ai obtenus
selon certaines conditions garantissant la confidentialité, je
devrais être empêché de transmettre ultérieurement ces
renseignements à une autre partie.
Parlons des droits prévus au paragraphe 8(5). Mon commissariat
a toujours eu pour position, et je pense qu'elle est partagée par
tous nos homologues provinciaux, que nul ne devrait avoir à payer
pour faire respecter son droit à la vie privée et la Loi sur la
protection des renseignements personnels fédérale ne prévoit pas de
frais. Nous ne percevons aucun droit pour aucune plainte, aucune
demande, aucun contact avec un client ou plaignant. J'admets,
cependant, que les entreprises sont dans une situation différente
et qu'elles peuvent encourir certains frais pour s'acquitter de
leurs obligations en vertu de la loi. Il se peut qu'elles encourent
des frais de personnel pour fouiller dans les archives et
rechercher les renseignements.
Mais où prévoit-on ici une limite raisonnable au montant de
ces droits? Certes, l'annexe dit que l'accès doit être donné à un
coût minime, mais le mot «minime» n'est pas défini. Je ne sais pas
si l'on peut encore y remédier à ce stade, car cela exigerait
probablement aussi la modification de l'annexe. J'appelle
simplement votre attention sur ce que j'estime être une lacune. Si
des commissaires successifs constatent que des droits excessifs
sont exigés comme barrière à l'accès, votre comité devrait en être
saisi immédiatement, et ce pourrait être une question que vous
voudrez poser lorsque les commissaires futurs comparaîtront sur
l'application de cette loi.
L'article 14 traite des audiences de la Cour. À cet égard, je
veux dire d'emblée que nous considérons les pourvois en justice
comme un tout dernier recours. L'essence de ce projet de loi réside
dans le rôle d'arbitrage en matière d'application et de
supervision. C'est ce que j'ai réclamé. Le ministère de
l'Industrie, après longue réflexion, a convenu que la méthode de
l'arbitrage représente la façon le plus simple et la plus efficace
de traiter les plaintes. Notre expérience avec une administration
plutôt retorse montre que nous pouvons régler la plupart des
contentieux sans jamais devoir aller en cour. Je pense avoir
indiqué lors de ma comparution antérieure que nous avons dû nous
pourvoir en justice moins d'une douzaine de fois depuis la création
du commissariat.
Mais nous devons avoir ce droit, et nous devons avoir le droit
de saisir la justice non seulement au nom d'un plaignant mais aussi
au nom du commissaire lui-même lorsqu'il pense avoir besoin d'une
décision de justice à l'égard de quelque problème systémique posé
par une procédure de gestion de l'information.
• 1155
L'amendement que le ministère a introduit à cet égard semble
régler le problème, mais la procédure est lourde. Le texte initial
semblait dire que le commissaire ne pouvait pas saisir le tribunal
sans un plaignant. Dans le nouveau texte, le commissaire doit
déposer sa propre plainte, puis, au titre de sa propre plainte, il
peut aller en cour. En d'autres termes, il doit faire enquête, se
faire rapport à lui-même et au commissariat, puis demander à la
Cour l'autorisation de se pourvoir. Je trouve que c'est un peu
lourd.
J'aimerais passer quelques instants sur l'article 24, le
mandat éducatif. Je suis ravi de voir que le comité et presque tous
les témoins aient reconnu l'importance énorme de cette mesure. Un
certain nombre de témoins ont dit qu'à long terme la meilleure
protection pour la vie privée est un public informé qui sait ce
qu'il fait lorsqu'il transmet des renseignements personnels à des
entreprises, des administrations et des gouvernements. C'est un
point de vue qui me paraît tellement évident qu'il se passe de
commentaire.
Mais le degré de sensibilisation actuel du grand public est
lamentable. Il faut réellement y consacrer beaucoup de temps et
d'attention. Nous ne nous faisons pas d'illusion, cela va coûter de
l'argent. L'éducation publique exige des sous. On ne peut rien
faire sans argent. Je vous en prie, inscrivez dans votre rapport
une recommandation au ministère concerné de donner au commissaire
des ressources adéquates à cette fin.
Enfin, et je mentionne cela uniquement en passant car le
problème me paraît en voie de solution, j'étais très préoccupé par
l'article 25 du projet de loi initial, qui conférait au ministre de
l'Industrie, sous réserve de l'accord du Cabinet, le pouvoir de
déléguer les fonctions du commissaire fédéral à un commissaire
provincial ou un fonctionnaire provincial ayant des fonctions
similaires. J'ai objecté à cela. J'estimais que cela sapait
gravement l'indépendance du commissaire et l'exposerait à des
pressions inappropriées, de la part du pouvoir politique ou du
secteur privé. Les rédacteurs s'emploient à rectifier cela.
Voilà pour ce qui est des dispositions du projet de loi dont
je voulais spécifiquement traiter. Je serais ravi de répondre à vos
questions. Merci de votre attention.
La présidente: Merci.
Madame Meredith, avez-vous des questions?
Mme Val Meredith: Oui. Vous avez manifestement été consulté et
je suppose que le gouvernement a réagi à vos avis. Pensez-vous que
les changements qui ont été apportés suffisent à satisfaire vos
intérêts en tant que commissaire à la protection de la vie privée,
ou bien faudrait-il encore masser le texte, en quelque sorte, pour
lever des préoccupations que vous éprouvez encore?
M. Bruce Phillips: Si vous me demandez quelle est notre
principale préoccupation résiduelle à l'égard de ce projet de loi,
il s'agit de sa portée, en général. Je pense que l'on pourrait y
remédier en améliorant la définition de l'activité commerciale.
Nous ne savons pas dans quelle mesure les organisations sans but
lucratif y sont assujetties, de même que les associations
professionnelles. Certaines de ces préoccupations ont été exprimées
ce matin par les autres témoins, surtout pour le domaine qui les
intéresse, le renseignement médical.
J'aimerais faire une observation tangentielle à ce sujet.
N'oublions pas, qu'il s'agisse de renseignements médicaux ou de
tout autre type d'information, que nous parlons là de
renseignements personnels. J'ai été très heureux de voir que les
organisations comme l'AMC s'opposent à toute exclusion générale de
l'information médicale. Ce qui nous occupe ici, c'est le
renseignement personnel exploité dans le monde commercial. Nous
aimerions être sûrs que le monde commercial englobe les
organisations sans but lucratif se livrant à des activités
commerciales en rapport avec les renseignements personnels, de même
que les associations professionnelles.
Je pense, sous réserve de ce que mes collègues peuvent avoir
à dire sur le sujet, que cela me satisferait à peu près s'agissant
de la portée du projet de loi. Mais c'est certainement un point
qu'il faut éclaircir.
• 1200
Si le comité ne le fait pas, un commissaire devra le faire
ultérieurement en tentant de statuer sur une plainte face à cette
ambiguïté, ce qui pourrait compliquer la vie et entraîner de longs
procès. Essayons d'éviter cela, si nous le pouvons.
Mme Val Meredith: Vous dites que dans le passé vous n'avez pas
eu à saisir la justice, que vous avez pu trouver des solutions sans
faire de procès. Pensez-vous que cette loi sera suffisamment
stricte pour permettre de sanctionner la divulgation inappropriée
de renseignements sans saisir le tribunal?
M. Bruce Phillips: Dans une affaire de ce genre, la plume est
plus forte que l'épée. Cela a été le sujet d'une discussion
antérieure sur les pouvoirs du commissaire. D'aucuns, lors de la
rédaction du projet de loi, nous dit-on, estimaient que le
commissaire n'a pas des pouvoirs suffisants et qu'il devrait avoir
le droit d'émettre des ordonnances et de fonctionner à la manière
d'un juge. Je fonctionne à la manière d'un médiateur. Je ne peux
rien ordonner à personne. Néanmoins, au cours de nos huit ou neuf
années d'existence, nous avons réglé des milliers de cas. Il arrive
qu'il faille sanctionner—absolument. Nous avons obtenu quantité de
règlements à la porte du tribunal, en quelque sorte, avec des
bureaucrates qui ne croyaient pas que nous irions jusqu'au bout.
Mais ils ont hissé le drapeau blanc lorsque nous les avons traînés
jusqu'à la porte du tribunal.
La plupart du temps, la bonne approche des problèmes de vie
privée est un processus d'éducation, de discussion et d'examen du
système de gestion de l'information en cause, pour déterminer où
sont les failles et comment régler le problème, tant pour
l'intéressé que pour la faille systémique à l'origine de la
plainte.
Je pense que le règlement à l'amiable est préférable pour
parvenir à ces fins, celles que l'on attend d'un médiateur. Oui,
nous devons nous mettre à la place du plaignant et, lorsqu'il y a
doute, il faut pencher en faveur de la protection de la vie privée.
Mais nous sommes des gens raisonnables. Nous avons tous pris le bus
pour Clapham Junction, je suppose, et nous essayons de trouver un
juste équilibre.
Je n'aime pas la perspective de me battre avec des sociétés
qui ont les poches profondes et quantité d'avocats pour tout
contester, alors qu'une négociation simple produirait probablement
un résultat meilleur, plus rapide, plus efficace et plus durable.
Comme je l'ai dit précédemment, il est facile pour une société de
dire: «Nous n'aimons pas votre décision; nous allons interjeter
appel et laisser l'affaire s'enliser devant les tribunaux pendant
des années», pour finir par écoper d'une amende de 5 000 $ qui
représente à peine 30 minutes de frais de timbre pour l'une de ces
méga-sociétés.
Mais le commissaire, une fois convaincu, après un examen
poussé, qu'il ne pourra faire bouger la société, peut faire une
annonce publique. «La société X ne respecte pas la vie privée de
ses clients». Une déclaration publique comme celle-ci a beaucoup
plus d'effet qu'une procédure judiciaire longue et tortueuse avec
tribunaux, juges, ordonnances—toute cette panoplie.
Il y a au Canada des commissions ayant un pouvoir
d'ordonnance—c'est le cas de la plupart des commissions
provinciales—et un certain nombre d'entre elles se voient opposer
de nombreux appels. Je pense que nous voulons éviter cela. Nous
voulons une situation où nous pouvons aller dans une entreprise et
dire: «Parlez-nous de ce que vous faites. Comment fonctionnez-vous?
Sous quelle forme avez-vous besoin de l'information? Comment
pouvons-nous vous aider à travailler de manière à respecter cette
loi?» Voilà notre méthode. Cela a toujours été celle de ce bureau
depuis mon arrivée. J'en ai hérité. J'ai un personnel qui souscrit
totalement à cette notion. Elle est bien meilleure.
Désolé d'avoir été si long, mais je ne soulignerai jamais
assez l'importance de cette différence.
Mme Val Meredith: J'ai une dernière question. Je sais que nous
parlons ici du volet commercial, mais pensez-vous que les
renseignements personnels sont réellement protégés contre la plus
grosse société—le gouvernement? Je songe en premier lieu à Revenu
Canada, une grosse société qui utilise souvent, à des fins
commerciales, des renseignements privés. Est-ce que cette loi
s'applique au fisc?
• 1205
M. Bruce Phillips: Le gouvernement fédéral est couvert par la
Loi sur la protection des renseignements personnels existante, et
je dois dire qu'elle érige des garanties substantielles.
Je dirais également que cette loi comporte des exemptions
permettant au ministère de faire des choses qui mériteraient un
examen très serré. C'est particulièrement le cas des accords de
partage de l'information entre et à l'intérieur du ministère et
avec d'autres entités gouvernementales, etc.
Vous avez ouvert là un très large sujet et je vais essayer de
n'en parler que très brièvement. La loi actuelle doit également
être actualisée et modernisée, cela ne fait aucun doute. Il n'y a
pas eu de modifications substantielles depuis qu'elle a été
promulguée il y a 15 ans.
Le Comité de la justice de la Chambre des communes a fait un
examen très approfondi de cette loi en 1987 et formulé quantité de
suggestions raisonnables. Malheureusement, le gouvernement de
l'époque n'en a suivi aucune. J'aimerais que l'on y remédie.
La réponse à votre question est donc oui, la loi offre une
protection substantielle, mais insuffisante.
La présidente: Je vous remercie. Merci beaucoup, madame
Meredith.
Madame Jennings.
Mme Marlene Jennings: L'Association du Barreau canadien a
comparu hier et, en réponse à une question, elle a exprimé une
préoccupation, puis s'est rétractée et a dit qu'elle devrait y
réfléchir avant de se prononcer.
La question posée était de savoir si les pouvoirs
d'enquête—c'est-à-dire les pouvoirs de perquisition et de saisie
sans mandat—donnés au commissaire par les alinéas 12(1)d) et
12(1)f) étaient excessifs et s'il ne faudrait pas imposer au
commissaire d'obtenir un mandat. Les représentants du Barreau ont
répondu initialement oui, puis se sont rétractés et ont dit qu'ils
devraient y réfléchir avant de prendre une position ferme.
J'aimerais entendre votre avis à ce sujet.
La deuxième question, que l'Association du Barreau canadien a
soulevée elle-même, est le fait que le commissaire a pouvoir de
faire enquête sur une plainte concernant la non-observation d'une
recommandation de l'annexe—autrement dit, une prescription
conditionnelle et non impérative. L'ABC estimait que le commissaire
ne devrait pas avoir le pouvoir d'enquêter sur les prescriptions
conditionnelles, seulement sur les prescriptions impératives.
J'aimerais également connaître votre avis là-dessus.
M. Bruce Phillips: Pour ce qui est de la première question,
madame Jennings, je suis heureux que l'ABC ait décidé de réfléchir
plus avant sur la saisie et perquisition, car si elle s'opposait à
ces pouvoirs, à mon avis minimes... ce sont les mêmes que ceux
prévus dans la Loi sur la protection des renseignements personnels
fédérale. Ce sont également les mêmes que ceux confiés à un certain
nombre d'autres organismes réglementaires fédéraux. Certains
doivent avoir un mandat, d'autres non.
Je suis en train de regarder une liste, car nous avions prévu
cette question. Par exemple, le Conseil canadien des relations de
travail a les mêmes pouvoirs, de même que le CRTC. Le Commissaire
aux langues officielles a exactement les mêmes pouvoirs. Donc, si
on ne veut pas nous les donner, il faudra les enlever à tous ces
autres.
Le fait est, sur le plan pratique, qu'en 15 années de
fonctionnement, il n'y a jamais eu une contestation invoquant la
Charte des pouvoirs conférés au commissaire par la Loi sur la
protection des renseignements personnels fédérale existante.
Franchement, si je devais demander un mandat chaque fois que je
demande à un membre de mon personnel d'aller examiner un bout de
papier en rapport avec une plainte, cela érigerait des obstacles
juridiques qui, à mon avis, loin de protéger les droits d'une
personne, viseraient à l'en priver. Voilà donc ma réponse à cela.
• 1210
En ce qui concerne les prescriptions conditionnelles et
impératives, c'est intéressant. Le projet de loi établit déjà une
distinction, en quelque sorte, puisque le commissaire ne peut
saisir la cour qu'au sujet de prescriptions impératives, mais ne
l'empêche pas de formuler des observations sur tout aspect lié à
l'annexe, et je pense que cela devrait rester inchangé car on
établit ainsi différents degrés de problèmes, si vous voulez.
Lorsque j'ai eu connaissance du code CSA il y a quelques
années, je ne l'aimais pas réellement, mais je vois aujourd'hui
qu'il comporte une certaine élégance, car il cherche à
différencier. Il me permet de dire à une société que le code—et
c'est votre code—dit: «Monsieur société, vous devriez faire telle
chose», et m'en tenir là. Mais si le même problème revient
constamment et que l'annexe dit clairement qu'une société devrait
faire cette chose, le commissaire pourrait à ce stade prendre
d'autres mesures. Cela me paraît donc une distinction utile.
Mme Marlene Jennings: Merci de vos réponses aux deux
questions. J'apprécie réellement votre réponse concernant les
pouvoirs d'enquête. Je ne savais pas que tant d'organes
administratifs ou quasi judiciaires disposaient de ces pouvoirs au
niveau fédéral, mais je savais que c'était le cas d'un nombre
important de ces organes au Québec.
Mon autre question concerne la primauté de cette loi. En
l'état actuel des choses, même si les amendements que vous demandez
sont apportés, une loi fédérale ultérieure pourrait porter sur un
aspect de la vie privée dans le ressort fédéral et les normes
pourraient être inférieures à ce qui est prévu ici.
J'aimerais donc—et si vous ne pouvez répondre tout de suite,
réfléchissez-y et donnez-nous la réponse ultérieurement—que vous
proposiez une petite modification de la Constitution qui érigerait
la protection des renseignements personnels en droit
constitutionnel. Pensez-vous que les renseignements personnels
seraient mieux protégés dans le domaine de compétence fédérale s'il
y avait une clause expresse de primauté de cette loi disant qu'elle
a préséance sur toute autre à moins que les garanties apportées par
la nouvelle loi soient supérieures ou qu'il y ait une clause
dérogatoire. C'est là un point soulevé par les groupes de
consommateurs tout au début.
M. Bruce Phillips: Je vais vous donner une réponse partielle
car j'aimerais réfléchir à l'ensemble de votre question avant de me
prononcer. Mais je penche pour un oui. J'aimerais voir quelque
chose dans le projet de loi garantissant que tout un tas d'autres
lois ne viendront pas l'amoindrir. C'est un problème avec la Loi
sur la protection des renseignements personnels actuelle—elle est
assujettie à toute autre loi du Parlement et il y a quantité de
préséances. De nos jours, les bureaucrates ont souvent recours à ce
procédé pour contourner la Loi sur la protection des renseignements
personnels. Je n'aime pas cela, et vous ne devriez pas apprécier
non plus, très franchement. Nous faisons de notre mieux pour
détecter ces artifices au fur et à mesure, mais parfois ils nous
échappent. Cette idée mérite donc d'être explorée.
Pour ce qui est d'une modification constitutionnelle, oui,
absolument. Il est regrettable que la Charte ne fasse pas mention
expressément de la vie privée quelque part, à l'article 7 ou à
l'article 8. Je ne veux pas ennuyer le comité, qui est certainement
au courant de cela, mais les ébauches initiales de la Charte
avaient cela. Cela a été abandonné au cours des marchandages avec
les provinces et diverses parties intéressées. S'il y avait une
telle mention, ce serait un fondement pour tout ce concept, et
chaque projet de loi soumis au Parlement devrait subir également
l'épreuve de la constitutionnalité du point de vue de la vie
privée.
• 1215
Dans le contexte actuel, si lorsque vous entreprenez tous de
modifier la Loi sur la protection des renseignements personnels
existante, vous y insérer l'exigence que chaque loi soit
accompagnée d'une déclaration sur l'impact sur la vie privée,
préparée par le ministère de la Justice, et également examinée par
le bureau du commissaire à la protection de la vie privée, cela
fera beaucoup pour rattraper les choses.
La présidente: Merci beaucoup, madame Jennings.
[Français]
Monsieur Dubé, s'il vous plaît.
M. Antoine Dubé: Bonjour, monsieur. Vous
connaissez sans doute la Loi 68 qui existe au Québec
et qui fonctionne de la façon suivante: lorsque les gens
ne sont pas satisfaits d'une décision du commissaire,
ils peuvent avoir recours à un tribunal administratif.
Si je vous ai bien compris, vous ne semblez pas
tellement en faveur, et avec raison, du recours aux
tribunaux habituels. Que penseriez-vous d'une
disposition qui autoriserait le recours à un tribunal
administratif plutôt qu'à la cour, comme le propose le projet de
loi?
[Traduction]
M. Bruce Phillips: Eh bien, je ne vais pas dire que le système
québécois est meilleur ou pire que celui qui existe ici. Je dirais
simplement que quiconque n'aime pas l'une de mes conclusions, en
tout cas en ce qui concerne les affaires d'accès, même si ce n'est
pas le cas de toutes les dispositions de la Loi sur la protection
des renseignements personnels, a recours à la cour fédérale. Je
pense que la cour fédérale est un aussi bon tribunal que quiconque
puisse espérer. Personnellement, je ne vois pas beaucoup l'intérêt
d'insérer dans ce processus encore une autre couche ou un autre
niveau de règlement de plaintes. La simplicité du système existant
est l'une de ses principales vertus.
Je rédige une décision. Je dis au plaignant: je regrette, mais
je ne suis pas de votre avis et vous ne pouvez pas avoir accès à ce
que vous demandez car l'exemption est tout à fait dans les règles
et si vous n'êtes pas content, vous pouvez faire appel à la cour
fédérale. Je ne connais aucune solution qui soit plus simple, plus
efficace ou plus directe que celle-là.
Si nous avions un tribunal coincé entre moi-même et la cour
fédérale, il nous faudrait nommer encore un autre niveau de
bureaucratie avec cinq ou six membres d'un tribunal, avec leurs
adjoints ainsi que leur personnel d'enquête. Je pense à des
secteurs du système fédéral où cette approche existe à l'heure
actuelle, et je défendrai la mienne contre la leur n'importe quel
jour de la semaine. Ils accusent des arriérés énormes. Cela demande
des années d'obtenir dans le cadre de tout le processus une
quelconque décision. Dans notre système, c'est simple et rapide ou
en tout cas aussi rapide que la cour le permette, ce qui n'est pas
toujours si rapide que cela.
[Français]
M. Antoine Dubé: D'un tout autre point de vue, le projet de loi
C-54 devrait forcément vous ajouter du travail, à vous et à vos
employés. Cependant, à l'examen, on constate que votre budget pour
1999-2000 ne comporte pas de réelle augmentation. Croyez-vous que si
le projet de loi C-54 était adopté, il vous faudrait, pour cette année
et les années suivantes, une augmentation considérable de votre
budget? Vous êtes-vous penché sur la question? Si oui, à combien
chiffrez-vous le coût supplémentaire?
[Traduction]
M. Bruce Phillips: Nous avons certainement beaucoup réfléchi
à cela, monsieur Dubé. Oui, il y aura des ressources
supplémentaires. Tout le monde convient que si la charge de travail
augmente sensiblement du côté règlement de plaintes, cela exigera
des ressources supplémentaires. Le mandat en matière
d'éducation—la nécessité de parler de toute cette question au
public—absorbera, certes, des ressources supplémentaires. Nous
avons eu des discussions avec le ministère de l'Industrie. Nous en
menons avec le Conseil du Trésor. Je suis raisonnablement confiant
que des ressources adéquates seront mises à notre disposition.
Si tel n'est pas le cas, j'ai le droit, en tant que serviteur
du Parlement, de demander au Président de la Chambre l'autorisation
de comparaître devant le comité ici réuni et de lui dire: mesdames
et messieurs les députés, le gouvernement vous laisse tomber, car
il n'a pas donné à votre serviteur suffisamment d'argent pour faire
son travail. Cela ne me préoccupe pas outre mesure pour l'instant.
Cela m'aiderait si le comité soulignait dans son rapport à la
Chambre la nécessité de veiller à ce que le commissaire dispose de
ressources adéquates. C'est là un petit coup de pouce qui ne
saurait que nous aider.
• 1220
[Français]
La présidente: Ce sera votre dernière question, s'il vous
plaît, monsieur Dubé.
M. Antoine Dubé: Dans le litige qui vous a opposé au ministère du
Développement des ressources humaines concernant le couplage de ses
données avec celles des douanes, vous auriez déclaré à un moment
donné—je n'ai pas la citation précise—que les bureaucrates vous
avaient en quelque sorte envoyé paître, que vous ne vous étiez pas
senti tellement écouté. Vous en avez un peu parlé tout à l'heure. Ne
craignez-vous pas qu'avec les nouveaux mandats qui vont vous être
confiés en vertu du projet de loi C-54, il pourrait se produire la
même chose, étant donné le nombre de conditionnels portant sur les
normes qu'on trouve notamment dans l'annexe?
[Traduction]
M. Bruce Phillips: Eh bien, monsieur Dubé, tout ce que je peux
dire à ce sujet, c'est que, oui, je trouve que les gens de ces deux
ministères avec lesquels nous traitions de cette question ne
prêtaient pas suffisamment attention aux points que nous avions
soulevés, et en bout de ligne, ils nous ont obligés à recourir au
tribunal, et ils ont perdu. Voilà donc quel a été le résultat final
de cela.
Nous n'avions jamais eu à aller jusque-là. Je pense qu'une
approche un peu plus arrangeante aurait réglé le problème et nous
aurions chacun économisé beaucoup de temps et de soucis. C'est cela
que j'ai voulu dire, et je ne pense pas avoir davantage à dire à ce
sujet.
La présidente: Merci.
Merci, monsieur Dubé.
Monsieur Shepherd, je vous prie.
M. Alex Shepherd: Merci.
Pour en revenir à vos droits en matière de perquisition et de
saisie, je ne suis pas impressionné par le fait qu'il y ait
beaucoup d'organismes gouvernementaux qui aient ce pouvoir car je
trouve qu'il constitue en lui-même un empiétement sur la vie privée
des gens. Étant donné que vous n'exigeriez vraisemblablement de
mandat que dans le cas où la personne refuserait de vous remettre
les renseignements que vous désirez, cela constitue-t-il vraiment
une entrave pour vous, dans de tels cas, d'obtenir un mandat?
M. Bruce Phillips: Je ne suis pas un expert en matière
d'obtention de mandats, monsieur Shepherd. Je n'ai jamais eu à en
obtenir un. Je ne peux donc réellement pas vous donner une réponse
éclairée à votre question.
Je pense que le genre de renseignements dont nous traitons
s'inscrirait vraiment dans la catégorie de renseignements qui
mériteraient ce genre de traitement dur, mais...
M. Alex Shepherd: Eh bien, à mon sens, le droit de fouille et
de saisie est un traitement dur. Vous avez le droit de fouiller et
de saisir sans qu'il y ait le moindre recours à un mécanisme de
surveillance. Et voici que vous me dites maintenant que vous n'en
avez jamais besoin. Les gens s'exécutent naturellement.
Que se passe-t-il si vous vous présentez à mon entreprise et
que vous voulez mes dossiers? Je vous dis, non, obtenez un mandat;
je pense que ce n'est pas justifié. Vous répliquez: je n'ai pas
besoin d'un mandat; je vais tout simplement me présenter et obtenir
vos dossiers de toute façon. Ne pensez-vous pas qu'il s'agit là
d'un empiétement sur ma vie privée? Ne devriez-vous pas être le
commissaire à la protection de la vie privée de tous, et pas juste
des plaignants?
M. Bruce Phillips: Ce qui m'intéresse, c'est la protection des
renseignements personnels. Si je me présente à votre bureau et que
vous avez en votre possession une importante quantité de dossiers
personnels, le fait que vous soyez un agent de la société ne
constitue pas un renseignement personnel conformément à la
définition donnée dans la loi. Par conséquent, à parler
strictement, non, ce ne serait pas un empiétement sur votre vie
privée.
M. Alex Shepherd: D'accord. Si l'on suit cet exemple jusqu'à
sa conclusion, vous me demandez de vous fournir volontairement ces
renseignements et je refuse. Il vous faut alors obtenir un mandat.
Vous me dites que cela n'arrive de toute façon pas très souvent.
Pourquoi alors...
M. Bruce Phillips: Monsieur Shepherd, selon mon interprétation
du projet de loi, si vous refusiez et que vous m'empêchiez de faire
mon travail, j'aurais d'autres recours, et vous auriez certainement
l'occasion à cette étape-là de présenter votre point de vue.
M. Alex Shepherd: Mais vous ne pensez pas qu'en tant que
commissaire à la protection de la vie privée vous devriez être tenu
d'obtenir un mandat?
M. Bruce Phillips: Je ne pense pas que ce soit nécessaire.
M. Alex Shepherd: Très bien. Je vais maintenant passer à autre
chose.
Nous avons eu une longue discussion hier sur toute cette
question d'activité commerciale, et je me demande si la réponse
n'est pas l'inverse de ceci. Les gens n'arrêtent pas de dire que
nous devrions définir «activité commerciale». Pourquoi devons-nous
utiliser l'expression «activité commerciale»?
• 1225
M. Bruce Phillips: C'est parce que ce dont nous traitons ici
se sont des renseignements personnels saisis dans le cadre
d'activités commerciales.
M. Alex Shepherd: Mais c'est justement là-dessus que la
profession médicale s'est étendue. Il semble qu'elle veuille que
cela s'applique à elle...
M. Bruce Phillips: Oui.
M. Alex Shepherd: ... et pas tout simplement aux activités
commerciales.
M. Bruce Phillips: D'après mon interprétation des propos de
certains des témoins, ils craignaient que les renseignements
personnels intervenant dans leur sphère d'activité ne soient pas
couverts par le projet de loi, et ils aimeraient justement que ces
renseignements soient couverts par le projet de loi.
M. Alex Shepherd: D'accord. Et comment réglerait-on ce
problème?
M. Bruce Phillips: Je pense qu'on le réglerait en changeant la
définition d' «activité commerciale», afin de veiller...
M. Alex Shepherd: La définition serait donc en fait plus large
qu'elle ne l'est à l'heure actuelle.
M. Bruce Phillips: C'est exact.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Shepherd.
Monsieur Jones.
M. Jim Jones: Merci, madame la présidente.
Bruce, je demeure préoccupé par la discussion qui a eu lieu
relativement aux dispositions en matière de fouille et de saisie,
ainsi que par le fait qu'un si grand nombre de ministères aient
cette capacité.
J'aimerais vous parler d'une affaire. Il s'agit de l'affaire Hunter
c. Southam Inc. La Cour suprême du Canada avait jugé que les
dispositions en matière de perquisition et de saisie de la Loi
relative aux enquêtes sur les coalitions étaient
anticonstitutionnelles. L'une des principales raisons données par la
Cour suprême était qu'une personne à laquelle sont confiées des
fonctions d'enquête et de poursuite n'est pas en mesure d'agir de
façon judiciaire et de fournir des autorisations d'entreprendre des
perquisitions et des saisies.
Bruce, ne s'agit-il pas là d'un problème relativement aux articles 12
et 18? Ne demandez-vous pas à être juge, procureur et policier?
M. Bruce Phillips: Monsieur Jones, je pense que vous avez
vous-même répondu en partie à la question.
Je ne poursuis personne. Je n'ai aucun pouvoir d'exécution. Je
n'ai aucun pouvoir en matière de maintien de l'ordre. Je me
présente et je demande à voir certains renseignements que la loi
dit qu'on doit me fournir, afin que je puisse voir les
renseignements se rapportant à la plainte dont je suis saisi.
Je regarde les renseignements. Je décide du bien-fondé de la
plainte. J'en avise le plaignant et la société concernée, à qui je
donne mon opinion. Ils peuvent la contester s'ils le veulent. S'ils
estiment que j'ai outrepassé mes pouvoirs, ils peuvent recourir aux
tribunaux. Ajouter à cette exigence que je dois, dans chaque cas...
Permettez-moi de formuler les choses ainsi. S'il me fallait
faire cela dans le cadre du système existant, il me faudrait
obtenir chaque année 2 000 mandats. Notre boîte est un bureau de
plaintes et non pas un service de police. S'il me fallait aller
voir un juge pour obtenir 2 000 mandats par an, je pense que cela
compliquerait inutilement ce qui est censé être un mécanisme simple
et non contradictoire de règlement de différends.
Je comprends ce que vous dites, monsieur Shepherd, mais si une
société ou une personne estime que d'une façon ou d'une autre ce
pouvoir empiète sur ses droits en vertu des articles 7 et 8 de la
Charte, elle est parfaitement libre de contester cela devant un
tribunal. Je serais bien sûr lié par la décision du tribunal. Mais
cela ne s'est jamais encore produit au cours de ces 15 années.
Aucun ministère du gouvernement—et ils ont tous beaucoup
d'avocats, beaucoup plus que vous et moi ne pourrions jamais
gérer—n'a jamais laissé entendre que ce pouvoir va à l'encontre de
la Charte des droits. Je pense que vous ajoutez à cette question un
élément inutile.
Pourquoi des sociétés, surtout, par exemple du genre de prime
abord plus susceptible d'être visé par le projet de loi, qui ont
contribué, soit de leur propre chef soit par l'intermédiaire de
leurs associations provinciales, à l'élaboration du code CSA,
qu'elles ont toutes proclamé comme étant une très bonne approche,
se rebifferaient-elles maintenant pour dire qu'elles pensent qu'il
va trop loin? J'ai du mal avec cela.
L'un des avantages de l'approche prise par le ministère de
l'Industrie dans l'élaboration de ce projet de loi est que
l'élément original de base dont il est né n'est pas sorti de la
tête des bureaucrates, mais bien de celle du milieu des affaires
canadien. En gros, donc, tout ce que nous faisons ici c'est prendre
leur code et dire, d'accord, vous avez tous construit ce code
ensemble. C'est un assez bon code. Il vous faut maintenant vivre
avec. C'est tout. Nous ne nous présentons pas au bureau des gens en
bottes à l'écuyère, ceinturon en cuir et chemise brune, vous pouvez
en être certains. Nous nous y présentons et disons: nous avons reçu
une plainte de Joe Smith qui prétend que vous avez les mauvais
renseignements sur lui; que ceux-ci ne sont pas justes. Et nous
demandons à les voir.
• 1230
Ai-je besoin de 2 000 mandats pour cela?
La présidente: C'est M. Jones qui est en train de poser les
questions à l'heure actuelle, et non pas M. Shepherd.
M. Bruce Phillips: Oui. Je m'excuse.
La présidente: Monsieur Jones.
M. Jim Jones: Il va y avoir des situations... vous donnez
l'impression que c'est vraiment trivial. Peut-être qu'un grand
nombre de ces situations sont triviales, comme vous venez de
l'indiquer, mais il va y avoir d'autres situations dans lesquelles
vous allez soupçonner une personne d'avoir porté atteinte à la vie
privée de quelqu'un. Lorsque vous vous présentez sur les lieux, si
l'on refuse ce que vous demandez, si vous avez des soupçons, ne
serait-il pas plus approprié que vous ayez un mandat de
perquisition en bonne et due forme, ce qui vous permettrait
d'entreprendre tout de suite une fouille des lieux? Avec le projet
de loi, n'êtes-vous pas en train d'assumer des responsabilités
supplémentaires par rapport à ce que vous avez à l'heure actuelle?
M. Bruce Phillips: Non, monsieur. Monsieur Jones, le projet de
loi ne confère au bureau du commissaire à la protection de la vie
privée aucun nouveau pouvoir qui vienne s'ajouter à ceux qu'il
exerce déjà en ce qui concerne les dossiers du secteur public.
M. Jim Jones: Il serait donc juste de dire qu'une fois le
projet de loi adopté, votre budget demeurera le même et que vous
n'aurez pas besoin de plus de personnes pour faire plus, car vous
n'aurez assumé aucune responsabilité supplémentaire par rapport à
celles que vous avez aujourd'hui...
M. Bruce Phillips: Eh bien, dans le cas de toute plainte...
M. Jim Jones: ... et vous n'envisagez pas une charge de
travail supérieure?
M. Bruce Phillips: Oui, monsieur Jones, bien sûr que si. C'est
une organisation dont le travail est motivé par des plaintes. Le
volume de travail est déterminé par le nombre de plaintes qui nous
arrivent par la poste ou par courrier électronique. J'imagine donc
qu'étant donné que puisque le projet de loi va étendre la portée du
bureau du commissaire à la protection de la vie privée au-delà des
dossiers du gouvernement fédéral pour englober ceux du secteur
commercial, il y aura sensiblement plus de plaintes. Cela exigera
un plus grand nombre d'enquêteurs, ce qui coûtera davantage
d'argent, absolument. Le projet de loi prévoit également un mandat
éducation en vertu duquel le commissaire devra mener des activités
de sensibilisation du public. Cela va demander de l'argent et
quelques employés de plus.
Pour revenir à la question antérieure de M. Dubé, il demandait
si nous avions une estimation du genre de ressources
supplémentaires dont nous aurions besoin. Tout ce que je peux vous
dire c'est que le mieux que nous puissions faire à l'heure actuelle
c'est essayer de deviner, mais j'imagine qu'on verra peut-être au
bout d'un certain temps une augmentation de l'ordre de 40 à
50 p. 100 de nos dépenses, en grande partie à cause du nombre de
plaintes supplémentaires.
Ce que l'on fait ici c'est étendre les droits dont jouissent
tous les Canadiens pour ce qui est des dossiers sur eux détenus par
le gouvernement du Canada aux dossiers qu'a sur eux le secteur
privé. Le coeur du projet de loi est qu'il établit des droits à la
protection de la vie privée pour l'ensemble de la communauté
canadienne. Vous et moi ressentons depuis longtemps l'absence de
ces droits. Le monde des affaires peut prendre votre nom et tous
les renseignements sur vous qu'elle peut obtenir, monsieur Jones,
et s'en servir comme bon lui semble. Peu importe que cela vous aide
ou vous nuise, car vous n'avez rien à dire. C'est ce que vise à
corriger le projet de loi. Il tente de corriger la situation de la
façon la plus simple et la moins contradictoire possible, mais il
s'agit d'accorder à chacun dans ce pays la possibilité de se
plaindre s'il est mécontent de la façon dont le secteur privé
traite les renseignements qu'il a sur lui.
Le premier endroit où se plaindre c'est auprès de la société
elle-même. Le projet de loi établit très clairement que le premier
palier de règlement d'une plainte c'est l'entreprise, ce qui est
normal. Ce n'est que lorsque le problème ne peut pas être réglé à
ce niveau-là que les gens sont invités à s'adresser au bureau du
commissaire à la protection de la vie privée.
M. Jim Jones: La question que je me pose est celle de savoir
si la seule chose qui vous amène à intervenir c'est la réception
d'une plainte.
M. Bruce Phillips: Non, monsieur. Je peux examiner des
systèmes moi-même et si j'estime qu'il convient d'examiner quelque
chose, je peux déposer ma propre plainte.
M. Jim Jones: Vous pouvez lancer votre propre démarche de
fouille et de saisie?
M. Bruce Phillips: Je ne parlerais pas de fouille et de
saisie. Vous pouvez utiliser cette expression, mais...
M. Jim Jones: Mais ce que je dis c'est que si c'est très
sérieux...
M. Bruce Phillips: Oui, je suis sérieux, monsieur Jones.
• 1235
M. Jim Jones: ... et vous voulez être certain que l'affaire ne
sera pas dévoilée, si vous voulez obtenir les bons documents
légaux, etc., pour obtenir tous ces éléments, que vous consacrez
tout votre temps à essayer de...
M. Bruce Phillips: Permettez-moi de vous donner un exemple...
et il s'agit de choses sérieuses. Ces choses sont déjà arrivées.
Une personne qui traite avec un agent d'assurance sort de
l'immeuble, décide de passer par en arrière pour aller retrouver sa
voiture et voit une grosse benne remplie de dossiers
d'assurance—c'est hypothétique—, y jette un coup d'oeil et se
dit: il y a toutes sortes de renseignements ici au sujet de tout un
tas de personnes, y compris moi-même. Il y a un problème
systémique. Cette personne communiquera sans doute en tout premier
lieu avec l'entreprise, pour lui dire, écoutez, vous avez jeté tous
ces dossiers là-bas derrière.
La personne appellera peut-être également le bureau du
commissaire à la protection de la vie privée. Nous pourrions nous
présenter à l'entreprise et dire: voyons le genre de choses que
cette personne a trouvées à la poubelle. Il nous semble qu'il
s'agit de renseignements personnels, et qu'en tant que tels ils
seraient couverts par le projet de loi. Vous avez un problème ici.
Voyons si l'on ne peut pas tirer les choses au clair pour que cela
ne se reproduise pas. Voilà le genre de travail que nous faisons
chaque jour de la semaine; nous nous occupons régulièrement de ce
genre de problème de gestion de l'information. L'exemple que je
viens de vous donner est extrêmement simple, mais voilà le genre de
choses que nous faisons.
Êtes-vous en train de me dire qu'avant que je ne me présente
à l'entreprise il faudrait que j'aie à obtenir un mandat qui me
permette d'aller examiner ces documents? C'est là le problème que
je vois. Nous tentons ici de résoudre des problèmes. Nous ne sommes
pas des policiers. Nous ne faisons pas de descentes, en jouant aux
hommes forts. Je suis convaincu que 999,9 fois sur 1 000
l'entreprise concernée dirait tout simplement: bien sûr, voici de
quoi il s'agit, monsieur Phillips. Voici nos dossiers et voici ce
que...
Cela arrive tout le temps, et j'ai de la difficulté à
m'imaginer des circonstances dans lesquelles l'entreprise se
braquerait et dirait qu'on ne peut pas consulter le dossier
personnel de tel ou tel employé, alors que son propre code, auquel
elle a souscrit, stipule que chaque employé doit avoir accès à son
dossier. Il faudrait qu'elle... Je ne vois tout simplement pas de
circonstances dans lesquelles vos craintes en matière de fouilles
et de saisies se réaliseraient. Il se pourrait qu'il y ait des
occasions, mais...
Je ne sais pas si je peux faire mieux que cela.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Jones.
Monsieur Bellemare, je vous prie.
M. Eugène Bellemare: Monsieur Phillips, j'apprécie beaucoup
votre objectif qui est de donner aux Canadiens le droit au respect
du caractère privé de leurs renseignements personnels.
Mon adjoint est en train de vous remettre une copie d'un
document qui nous a été fourni par le dernier groupe. Il s'agit
d'une compagnie d'assurance, et chacun de nous, à un moment ou à un
autre, prend une assurance-vie, et cela nous intéressait davantage,
vous et moi, lorsque nous étions plus jeunes, monsieur Phillips.
Vous vous souviendrez sans doute—même si nous sommes très
bien qualifiés pour lire—que la lecture d'un document en
provenance d'une compagnie d'assurance est un processus plutôt
long, qu'il vous faut de bonnes lunettes ou une bonne vue et qu'il
vous faut également un dictionnaire spécialisé, car même si le
texte est rédigé dans votre langue maternelle, l'anglais, ou dans
la mienne, le français, vous vous demandez toujours ce que l'auteur
a voulu dire.
Et, bien sûr, si vous allez prendre une assurance-vie, vous
allez la prendre avant de mourir, et vous ne savez jamais quand
vous allez mourir. Alors vous signez. Et ici, dans ce document, il
y a une contradiction. Tout à fait en bas, le document semble
garantir que tous les renseignements figurant sur le formulaire que
vous avez rempli resteront confidentiels et que vous pouvez non pas
reposer en paix, mais vous sentir à l'aise.
Cependant, si vous lisez ce qui est écrit en petits
caractères, à votre deuxième lecture du document, cette fois-ci
quelqu'un qui a peut-être l'habitude de ce genre de choses,
peut-être même un vendeur d'assurance-vie de niveau 11e année, vous
dit de regarder ce que vous avez signé: j'autorise toute personne
ou organisation qui détient des renseignements personnels à mon
sujet... J'autorise Sun Life, par exemple, à lui fournir ces
renseignements et à les communiquer. La société peut obtenir des
renseignements auprès de quiconque vous connaît et, en retour, peut
communiquer à d'autres des renseignements sur vous.
• 1240
Pensez-vous que ce soit approprié et que l'on puisse parler
dans un tel cas de respect du caractère confidentiel de
renseignements? Tenons-nous-en au contexte du commerce
électronique... vous savez qu'il se fait des transactions par
ordinateur, par Internet, et que des assurances sont négociées de
cette façon. J'aimerais entendre vos commentaires là-dessus.
Notamment, j'aimerais savoir comment l'on doit faire pour protéger
les Canadiens contre ce genre de trafic?
M. Bruce Phillips: Eh bien, je viens tout juste de parcourir
rapidement en diagonale cette renonciation à la protection de
renseignements personnels, et c'est ainsi que je désigne ce genre
de formulaires. Il y en a un très grand nombre dans le monde
commercial. Quiconque a jamais signé une demande de carte de
crédit, par exemple, a, si vous regardez ce qui est écrit au dos en
petits caractères, autorisé la compagnie émettrice de la carte de
crédit à faire ce qu'elle veut des renseignements obtenus dans le
cadre de l'examen de la demande et par la suite.
Ici, il se trouve qu'il s'agit d'une compagnie d'assurance. En
gros, vous me dites qu'elle peut obtenir des renseignements à votre
sujet n'importe où. D'après mon interprétation du texte, ceci leur
accorde également des droits de divulgation plutôt étendus. C'est
une illustration parfaite des raisons pour lesquelles le
commissaire à la protection de la vie privée à Ottawa ou ailleurs
au pays et la société dans son ensemble devraient porter davantage
attention à cette question. Monsieur ou madame tout-le-monde
regarde le document et se dit qu'il lui faut sans doute le signer,
sans jamais poser les questions qu'il faudrait.
Il nous faut dans ce pays un corps politique qui soit mieux
renseigné au sujet de la façon dont le secteur privé fonctionne
dans le domaine du traitement de renseignements. Les gens ne
seraient pas aussi prêts à signer de renonciation complète et
perpétuelle de leurs droits en matière de protection de
renseignements personnels s'ils savaient ce qu'ils faisaient et
s'ils comprenaient suffisamment les pratiques des entreprises et le
fonctionnement de ces renonciations pour convaincre les entreprises
qu'il est dans l'intérêt de leurs relations avec leurs clients de
se montrer plus respectueux envers eux.
Il se trouve renfermé ici dans ce genre de pratique toute une
question concernant non seulement ce que dit la Loi sur la
protection des renseignements personnels, mais également l'attitude
du public et l'attitude des entreprises elles-mêmes et la façon
dont les deux peuvent mieux s'entendre. Le projet de loi vise à
régler ce genre de problème en confiant au commissaire à la
protection de la vie privée l'obligation de mieux renseigner le
public au sujet de ces questions. Chacun de nous a, à un moment ou
à un autre dans sa vie, signé des renonciations du genre. Il s'agit
de veiller à ce que la société avec laquelle on fait affaire
obtienne suffisamment de renseignements au sujet de ses clients
pour pouvoir juger du bien-fondé de la transaction envisagée.
Une compagnie d'assurance, et c'est de ce cas-là que l'on
discute ici, devrait à mon avis avoir le droit d'obtenir
suffisamment de renseignements pour pouvoir prendre une décision
censée, réfléchie et prudente quant à l'assurabilité du demandeur.
Elle devrait avoir le droit d'obtenir suffisamment de
renseignements pour être convaincue que le demandeur n'est pas
partie à une activité frauduleuse, etc. Mais ces genres de choses
peuvent être définies. Elles peuvent être définies sur le
formulaire de telle sorte que l'utilisation des renseignements qui
y est explicitée ne reviendra pas tout simplement à une déclaration
par le client que l'entreprise peut obtenir tous les renseignements
qu'elle veut au sujet du demandeur et en faire ce qu'elle veut, ce
qui est l'un des problèmes que l'on a vus aujourd'hui. Vous n'allez
pas faire cela dans un projet de loi, monsieur. Ce n'est pas
possible. Il y a tout simplement trop de formulaires, trop
d'entreprises. Cela exige beaucoup d'éducation.
M. Eugène Bellemare: Donnez-moi une chance ici. Je comprends
lorsque vous dites que l'on ne peut pas faire cela dans le projet
de loi, mais ne pourrait-on pas inclure dans le projet de loi un
article disant que l'on ne peut pas balayer les droits des gens
avec une simple signature, que si vous écrivez bien et que vous
écrivez des choses telles que les gens ne comprennent pas et
signent, ce ne sera pas acceptable?
• 1245
M. Bruce Phillips: Vous avez soulevé ici une question de
droit. Je ne pense pas que vous puissiez faire cela sans que
l'intéressé puisse recourir aux tribunaux. Je ne pense pas que vous
puissiez soumettre aux gens quelque chose qui leur retire en gros
leurs droits. Vous vous engageriez alors dans une activité qui ne
serait pas très bien vue en droit, et ces gens-là ont des droits.
Mais ne nous aventurons pas dans cet aspect du problème. Mettons en
place un système, monsieur Bellemare, à l'intérieur duquel les
entreprises ne s'adonneront pas à des pratiques telles qu'elles
demanderont beaucoup plus de renseignements qu'elles n'en ont
véritablement besoin.
M. Eugène Bellemare: Comment faisons-nous cela en tant que
législateurs?
M. Bruce Phillips: Eh bien, ce projet de loi est une solution
partielle. Si quelqu'un n'aime pas tel formulaire, il peut à tout
le moins se plaindre et me dire: «J'essaie de traiter avec cette
compagnie d'assurance, mais elle me demande beaucoup trop de
renseignements». Au moins, je pourrais aller les voir et dire:
«Combien de renseignements demandez-vous? Puis-je voir l'un de vos
formulaires?», et leur dire: «Avez-vous réellement besoin de tout
cela? Discutons-en. De quels renseignements avez-vous réellement
besoin et dans quelle mesure votre curiosité est-elle déplacée?
Essayons d'affiner un peu votre formulaire».
Nous l'avons fait avec les ministères. Nous avons examiné
leurs formulaires et décrété: «Ceci va trop loin. Pouvez-vous vous
dispenser de ceci et de cela?» Parfois la réponse était oui,
parfois non. Cela fait partie de la fonction d'un commissaire à la
protection de la vie privée.
M. Eugène Bellemare: Accepterez-vous une plainte venant de
moi?
M. Bruce Phillips: Eh bien, je n'ai pas ce pouvoir
aujourd'hui.
La présidente: Pas encore.
Madame Wasylycia-Leis, avez-vous des questions?
Mme Judy Wasylycia-Leis: Oui. Désolée si je retourne sur un
terrain que vous avez déjà couvert, mais j'aimerais revenir à ce
dont nous discutions ce matin, l'information médicale.
Je pense qu'il y avait clairement un consensus dans la salle
sur le fait que le renseignement personnel englobe le renseignement
médical. J'aimerais simplement vérifier que vous pensez de même et,
dans l'affirmative, comment pouvons-nous assurer...? Il y a eu
tellement de changements, tellement de progrès technologiques dans
tout ce domaine. Est-ce que ce projet de loi fait une différence
s'agissant de renseignements médicaux?
M. Bruce Phillips: Permettez-moi de réitérer quelque chose que
j'ai dit au début. Je n'aime vraiment pas parler d'information
médicale et d'information sur la conduite automobile et toute autre
sorte d'information, il n'y a que des renseignements personnels.
Certains renseignements médicaux sont personnels et d'autres non.
Dans la mesure où des renseignements sont personnels, je tiens à ce
qu'ils soient couverts par la loi.
Ne cédez pas à la tentation de distinguer entre différentes
catégories d'information—l'information médicale, l'information
fiscale, etc. Nous parlons ici de renseignements relatifs à des
êtres humains identifiables. C'est cela un renseignement personnel.
Qu'il s'agisse de renseignements médicaux ou fiscaux ou
matrimoniaux ou éducationnels, peu importe. Est-il personnel?
Renvoie-t-il à un être humain identifiable? Si oui, il devrait être
couvert par cette loi.
Pue importe que le renseignement soit produit et acheminé dans
le monde commercial par une visite à une société d'assurance, à une
société hypothécaire ou à votre magasin de chaussures. Peu
m'importe. Une fois que vous vous engagez sur ce chemin et essayez
d'établir différentes administrations et différents niveaux de
protection pour différentes catégories de renseignements
personnels, vous sombrez dans un marécage dont vous ne parviendrez
jamais à vous extraire.
Tout renseignement qui est personnel a droit au même niveau de
protection. Ce que vous voulez garder confidentiel peut être
totalement différent de ce que M. Jones, par exemple, veut
protéger. Je ne peux décider cela pour vous. Nul ne le peut. Vous
seul devez être habilité à décider ce que le monde sait de vous.
Vous devriez avoir le droit de contrôler l'utilisation des
renseignements qui vous concernent, qu'il s'agisse de santé ou de
tout autre type de renseignement. N'oubliez pas, c'est du
renseignement personnel.
Vous me demandez dans quelle mesure ce projet de loi couvre
les renseignements médicaux personnels. Pour autant que je puisse
voir, il couvre une partie des renseignements personnels engendrés
dans le domaine de la santé, mettons les choses ainsi, mais nous ne
sommes pas certains qu'il les couvre tous. Nous pensons qu'il le
devrait.
• 1250
Désolé si j'ai l'air un peu obtus. Dans mes remarques
liminaires, j'ai soulevé la question des organisations sans but
lucratif, des associations professionnelles. J'ai posé la question:
Est-ce qu'un examen médical, par exemple, est une transaction
commerciale? Eh bien, pas réellement, me direz-vous, mais vous
devez tout de même payer pour cela. C'est un service contre
honoraires si vous y réfléchissez bien, qui génère pas mal de
renseignements personnels.
À mon avis, il ne devrait exister absolument aucune ambiguïté
à ce sujet. Ces renseignements personnels devraient être protégés
par la loi. Ils sont, dans une certaine mesure, protégés
actuellement par le code propre de l'AMC, dont nous avons dit du
bien en d'autres occasions, car ce code insiste beaucoup sur la
préservation de la relation médecin-patient et ne permet pas la
divulgation du dossier du patient sans consentement éclairé exprès.
Si vous voulez utiliser le terme «information médicale» s'agissant
de protéger le droit à la vie privée dans le domaine de la santé,
voilà le noeud du problème: que fait-on pour garantir que la
relation médecin-patient reste sacro-sainte.
Nous n'en sommes pas sûrs, très franchement, comme je l'ai
dit. La définition de l'activité commerciale, à notre sens, n'est
pas suffisamment claire et précise pour donner une certitude. Je
pense qu'il faut y remédier.
Mme Judy Wasylycia-Leis: Vous recommandez donc de remédier à
cela dans ce projet de loi? L'autre suggestion faite ce matin était
que Santé Canada commence à s'attaquer à certaines de ces questions
et mette en place un cadre avant de mettre en marche toute cette
nouvelle autoroute de l'information médicale. Mais vous pensez que
nous pouvons commencer ici et clarifier plus avant le projet de loi
C-54?
M. Bruce Phillips: Eh bien, il me semble que le projet de loi
C-54 est le bon endroit pour faire cela.
Mme Judy Wasylycia-Leis: D'accord.
M. Bruce Phillips: Ceci est le texte de loi qui détermine
jusqu'où le droit juridique à la vie privée s'étend dans la sphère
commerciale, et c'est donc le lieu où il convient de le faire.
Lorsque je regarde le projet de loi, son intention me paraît claire.
Je pense simplement que la définition n'est pas suffisamment précise,
c'est tout. Je pense que le projet de loi a l'intention de couvrir la
catégorie de renseignements personnels dont vous parlez, mais je ne
suis pas sûr qu'il le fasse effectivement.
Mme Judy Wasylycia-Leis: C'est compliqué par le fait que dans
notre système de santé nous n'avons même pas d'approche uniforme à
travers le pays pour assurer à toute personne l'accès à son propre
dossier médical. Nous partons avec déjà ce handicap qui empêche les
gens de faire des choix et d'exiger l'application de la loi.
M. Bruce Phillips: Si la portée de cette loi est suffisamment
claire, ce problème sera réglé, car le code CSA donne expressément
le droit de voir son dossier, sous réserve de quelques exceptions
très limitées. Il y a donc là un problème, et j'espère que le
comité pourra y remédier.
La présidente: Je vous remercie.
Monsieur Lastewka, pour terminer.
M. Walt Lastewka: Merci, madame la présidente.
Monsieur Phillips, je suis désolé de ne pas avoir été là pour
votre exposé liminaire, mais je crois savoir que vous avez parlé de
l'information du public quant aux enjeux de la protection de la vie
privée. Vous savez probablement que j'ai posé à chaque association
ayant comparu la même question, proposant une campagne concertée au
lieu de messages contradictoires. Pourriez-vous nous donner un
aperçu rapide de la manière dont vous vous y prendriez pour faire
passer ce message aux Canadiens, informer les Canadiens de la Loi
sur la protection des renseignements personnels?
M. Bruce Phillips: Eh bien, uniquement dans les grandes
lignes, car une réponse plus détaillée dépendra des ressources que
l'on me donnera pour faire ce travail.
Je vois un programme d'éducation publique mettant en jeu les
écoles, les bibliothèques, particulièrement les écoles, les
universités, et surtout le secteur privé. Je suppose que le
commissaire demandera, par exemple—c'est juste une idée récemment
lancée—à établir un conseil consultatif, bénévole je l'espère, de
parties intéressées du monde des affaires pour discuter de cette
question et voir comment le secteur privé pourrait promouvoir cette
cause. Il y a littéralement un nombre infini de façons d'informer
le public.
• 1255
Avant d'aller beaucoup plus loin, j'ai l'intention de demander
des conseils professionnels quant à l'éventail des programmes
d'éducation du public, pour me faire une idée plus précise une fois
que je saurais quelles ressources seront mises à notre disposition.
Le comité doit bien comprendre une chose au sujet de la vie
privée—cette expression totalement inadéquate pour décrire la
nature du problème: ce sera une préoccupation continue de cette
législature et de nombreuses législatures à venir.
Nous vivons dans un milieu qui change à une vitesse absolument
effarante. Il continuera à nous poser de nouveaux problèmes car des
technologies nouvelles vont sans cesse apparaître, de même que de
nouvelles façons de les exploiter.
À long terme, la seule façon de résoudre le problème sera
d'avoir une génération qui grandit en étant accoutumée à cette
technologie et capable d'en discerner tant les avantages que les
dangers, tout comme nous aujourd'hui pouvons voir le danger de la
conduite imprudente d'une automobile.
Mais vous, députés, êtes les vrais pionniers à cet égard car
vous adoptez une loi, je l'espère, qui met en place les premières
pierres de l'édifice, en disant que tout un chacun dans ce pays a
le droit d'exercer un degré raisonnable de contrôle sur ses
renseignements personnels. Une fois posé ce merveilleux principe
implicite, qui est l'esprit animant ce texte, nous pouvons faire
beaucoup.
Des comités, des législatures et des commissaires ultérieurs
reviendront dire qu'il faut apporter des améliorations, qu'il faut
changer et renforcer cette loi. Seule l'expérience nous dira
comment.
Ce projet de loi comporte quantité de petites failles et nous
ne savons pas quels résultats il va donner, mais l'intention des
auteurs est très claire et hautement louable.
Je n'ai pas coutume de comparaître devant des comités et de
lancer des fleurs au gouvernement, mais je le fais ici sans
réserve. Il s'est efforcé très fort, face à tous les problèmes
associés à la complexité d'un monde commercial soumis à deux
juridictions, la fédérale et la provinciale, de trouver une formule
qui va asseoir le droit fondamental à la vie privée, dans tout le
pays. Dieu en soit loué.
Nous pourrions discuter de toutes ces questions
constitutionnelles que les membres ont soulevées. Ce sont des
questions valides. Certaines restent sans réponse. Seule
l'expérience nous montrera la voie.
J'en ai entendu une bonne ce matin. Puis-je vous en faire
part, madame la présidente, bien que nous manquions de temps et que
je ne veuille pas vous retarder?
La présidente: Oui.
M. Bruce Phillips: Je reprends mon habitude de pérorer. Mais
c'est la dernière occasion que j'ai. Je tiens réellement à ce que
vous compreniez tous quelle est la situation. Nous vivons dans une
jungle informationnelle. C'est un véritable zoo, et vous et moi
n'avons pas de droits. Nous n'avons pas le droit de savoir de ce
que l'on fait des renseignements sur notre personne et je peux vous
dire que cela cause des préjudices très concrets. Ce n'est pas
seulement l'irritation que l'on peut ressentir devant une avalanche
de courrier publicitaire. Cela, ce n'est que la pointe d'un énorme
iceberg.
Laissez-moi juste vous donner un exemple de ce que
l'indifférence peut entraîner. Aux États-Unis, il y a peu, une
petite société très futée a acheté le registre des permis de
conduire de trois États. Ces registres contiennent beaucoup de
renseignements. Devinez qui finançait? Le service secret américain,
qui voulait par un moyen détourné amasser une énorme masse de
renseignements personnels sur des millions de citoyens américains,
sans le leur dire. Une loi sur la protection de la vie privée
décente n'autorise pas ce genre de chose.
• 1300
Je pourrais passer des heures à vous compter de pires
anecdotes. Nous n'en avons pas le temps, mais je peux vous dire
qu'il faut absolument adopter ce texte.
La présidente: Ce sera votre dernière question, monsieur
Lastewka.
M. Walt Lastewka: L'une des choses que j'ai remarquées au
cours de ces audiences est que certaines sociétés et associations
brandissent déjà le spectre du coût de cette mesure, disant qu'elle
va coûter cher aux entreprises.
J'ai déjà entendu ce matin, ce qui m'a beaucoup surpris et
déçu, que ce projet de loi visant à protéger la vie privée des gens
sera inefficient et va entraver la prestation des soins de santé
dans la province. J'ai ensuite lu dans ce mémoire, ce qui a été un
choc pour moi:
Que ces personnes se livrent à une «activité commerciale» en
fournissant les soins importe peu s'agissant d'assurer la
continuité des soins au patient.
M. Bruce Phillips: Ma seule réponse à cela est que l'Institut
canadien d'information sur la santé est favorable à cette loi, et
c'est l'organe auquel le conseil consultatif du ministre a confié
la tâche d'élaborer un meilleur système de partage et de
dissémination de l'information médicale au sein du système de santé
canadien.
L'AMC y est favorable, l'Institut canadien y est favorable et
je n'ai entendu personne venir ici pour demander l'abandon du
projet de loi. Je vous ai donné mon avis sur l'élément information
médicale. Il y a là des problèmes, que nous pourrions longuement
disséquer. Certaines provinces ont déjà promulgué des lois en vue
de la gestion de l'information médicale auxquelles, très
franchement, je ne pourrais souscrire car elles ne contiennent pas
les garanties nécessaires en matière de consentement.
Au moins le ministre de l'Industrie fédéral, dans ce projet,
lorsqu'il décidera dans trois ans—quatre ans en fait, il se
trouve—de céder le pouvoir constitutionnel fédéral aux provinces
pourra se pencher sur ces lois et dire: votre méthode de gestion de
cette information laisse à désirer. Elle n'établit pas une norme
raisonnable pour ce pays et les commissaires à la protection de la
vie privée ne l'aiment pas, alors allez-y, égalez au moins la norme
fédérale.
À mon sens, c'est un outil très important, très puissant. Mais
nous ne savons pas, à l'heure d'aujourd'hui, quelle sorte de
complications cela peut engendrer, mais à tout le moins il y a dans
ce projet de loi l'effort de régler ces problèmes, et tout ce que
nous pouvons faire c'est essayer.
Il faut bien commencer quelque part. Nous ne pouvons tolérer
qu'une partie du pays ait une bonne protection de la vie privée et
rien dans une autre, car alors on verra les entreprises qui se
moquent des droits des gens—et je ne pense pas qu'elles soient
nombreuses, mais il y en a—s'installer dans cette province de
façon à pouvoir continuer à piétiner votre droit de contrôler les
renseignements qui vous concernent.
Le projet de loi ouvre la perspective d'enrayer ce genre de
comportement et améliore grandement les normes de respect de la vie
privée dans tout le pays.
M. Walt Lastewka: Nous avons touché avec ce projet de loi un
nerf chez ceux qui vendent des listes et des renseignements sans
demander le consentement des intéressés. Ensuite il y en a qui ne
vendent pas, mais échangent et troquent des renseignements
personnels.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Lastewka.
Avant que vous partiez, monsieur Phillips, j'ai besoin de
clarifier une chose. Plusieurs organisations ont proposé des
amendements ou ont dit qu'elles ont leur propre code et aimeraient
être régies par leur propre code sous le régime de cette loi.
Puisque vous serez l'administrateur, le responsable de
l'application de cette loi, cela est-il seulement envisageable?
M. Bruce Phillips: Je pense que c'est une bonne chose, madame
la présidente, que des entreprises aient leur propre code, mais il
serait extraordinairement difficile pour le commissaire
d'administrer toute une série de codes ayant différents niveaux de
protection de la vie privée. Je n'aimerais pas placer un
commissaire dans cette situation.
• 1305
Ce qui est magnifique dans cette approche c'est qu'elle
établit un terrain de jeu égal. Il y a des pays en Europe où des
professions ont été invitées à rédiger leur propre code et à le
soumettre à un commissaire national qui l'examine et, s'il répond
à la norme nationale, l'accepte ou le rejette. S'il l'accepte, le
code prend force de loi.
J'ai eu des entretiens avec des responsables qui travaillent
là-dessus en Europe. Il apparaît que l'élaboration de tous ces
codes est une tâche extraordinairement longue. Cela fait des années
que cela dure et il n'y a toujours pas de normes nationales
acceptées. Je ne pense pas que ce soit une bonne méthode.
Beaucoup de gens ont dit que cette loi n'est pas assez
rigoureuse. Elle établit au moins quelque chose d'uniforme, il y a
là un mécanisme pour l'appliquer à l'échelle du pays, il y a un bon
mécanisme de plainte qui n'est pas trop lourd pour les
entreprises—il y a tous les ingrédients de base pour un bon
système de protection de la vie privée.
La présidente: Merci. Je tiens à vous remercier de vous être
joints à nous aujourd'hui. Nous avons apprécié votre aide tout au
long des audiences. Nous avons encore des témoins à entendre cet
après-midi, et si vous avez des remarques ultérieures, ou s'il
surgit quelque chose de nouveau cet après-midi, nous serions
reconnaissants de vos avis. Nous espérons que le comité pourra
régler les problèmes encore en suspens et renvoyer ce projet de loi
à la Chambre très prochainement.
M. Bruce Phillips: J'ai réellement apprécié votre invitation
et je présente mes excuses aux membres du comité car parfois je
m'enflamme un peu, mais je crois profondément dans cette mesure et
je suis ravi de voir qu'elle est enfin prise.
La présidente: Merci, monsieur Phillips. Vous n'avez pas à
vous excuser.
La séance est levée.