STANDING COMMITTEE ON INDUSTRY
COMITÉ PERMANENT DE L'INDUSTRIE
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mercredi 17 mars 1999
• 1531
[Traduction]
La présidente (Mme Susan Whelan (Essex, Lib.)): La séance est
ouverte. Conformément à un ordre de renvoi de la Chambre en date du
mardi 3 novembre 1998, le comité examine le projet de loi C-54, Loi
visant à faciliter et à promouvoir le commerce électronique en
protégeant les renseignements personnels recueillis, utilisés ou
communiqués dans certaines circonstances, en prévoyant
l'utilisation de moyens électroniques pour communiquer ou
enregistrer de l'information et des transactions et en modifiant la
Loi sur la preuve au Canada, la Loi sur les textes réglementaires
et la Loi sur la révision des lois.
Nous avons le plaisir d'accueillir cet après-midi des témoins
de l'Association du Barreau canadien. Il s'agit de M. Barry
Gorlick, président; Laird Hunter, président, comité de direction de
la réforme du droit concernant la technologie de l'information; et
Mairi MacDonald, membre du comité de direction de la réforme du
droit concernant la technologie de l'information.
Nous sommes ravis de vous avoir parmi nous. Je vais vous
inviter à nous présenter votre exposé liminaire après quoi je suis
convaincue qu'il y aura de nombreuses questions.
[Français]
M. Barry L. Gorlick (président, Association du
Barreau canadien): Merci beaucoup, madame la
présidente.
Au nom de l'Association du Barreau canadien, nous
sommes enchantés de pouvoir nous adresser au comité
aujourd'hui au sujet du projet de loi C-54.
L'Association du Barreau canadien est un organisme
national qui représente plus de 35 000 membres dans
l'ensemble du Canada. L'Association s'est fixé comme
objectifs prioritaires l'amélioration du droit,
l'administration de la justice et l'accès à la
justice. C'est dans cette optique que nous avons
étudié cet important projet de loi et que nous vous
présentons aujourd'hui les réflexions qu'il nous
inspire.
[Traduction]
J'ai délibérément dit qu'il s'agit d'un «important projet de
loi». À notre avis, il est grand temps d'édicter des règles
destinées à protéger les renseignements personnels et à faciliter
le commerce électronique. L'Association du Barreau canadien appuie
fermement les objectifs du projet de loi dont vous êtes saisis.
Cela dit, dans sa forme actuelle le projet de loi C-54
comporte des lacunes. Il est entaché d'un manque de limpidité qui
risque de compromettre son efficacité et son acceptation par les
entités réglementées. Sa structure est inusitée en droit canadien
et, à notre humble avis, laisse à désirer. Ces problèmes doivent
être corrigés si le gouvernement souhaite atteindre son objectif,
à savoir trouver un juste milieu entre les droits des particuliers
à la protection de leurs renseignements personnels et les intérêts
des entreprises dans le contexte du commerce électronique. Une loi
comme celle-ci doit être limpide et garantir un traitement
équitable tant aux particuliers qu'aux organisations.
[Français]
Nous avons appris que les représentants d'Industrie
Canada vous avaient présenté plusieurs projets de
modifications à apporter à ce projet de loi. Nous
avons eu l'occasion d'examiner
ces modifications et elles semblent
répondre à la plupart de nos préoccupations. Nous vous
exhortons par conséquent à adopter ces modifications
dans le rapport que vous présenterez à la Chambre des
communes.
[Traduction]
En ma qualité de président de l'Association du Barreau
canadien, on attend de moi que j'aie un peu de connaissances dans
de nombreux domaines. On m'accorde aussi le privilège de faire
appel aux membres de notre association qui ont des connaissances
plus spécialisés.
[Français]
Je suis accompagné aujourd'hui de Laird Hunter
d'Edmonton et de Mairi MacDonald de Toronto, qui sont
tous deux membres d'un groupe d'éminents juristes
chargés d'analyser le projet de loi C-54. Je leur
laisse donc la parole pour qu'ils vous expliquent en
détail les conclusions de notre analyse.
Je laisse Me Hunter vous dire quelques mots.
[Traduction]
M. W. Laird Hunter (président, Comité de direction de la
réforme du droit concernant la technologie de l'information,
Association du Barreau canadien): Merci, monsieur le président.
• 1535
J'aimerais brièvement revenir à ce que M. Gorlick disait plus
tôt pour préciser que nous avons eu le grand plaisir de travailler
avec les représentants de l'industrie et les fonctionnaires du
ministère de la Justice à l'analyse des divers éléments de ce
projet de loi, et cela nous a été très utile quand nous avons
préparé notre mémoire.
Certaines des remarques que nous ferons aujourd'hui s'écartent
quelque peu du texte du mémoire que nous savions devoir réviser en
cours de route. Comme nous le disons dans le mémoire, grâce à une
dispense spéciale, nous avons pu examiner les dispositions du
projet de loi concernant la preuve, de sorte que bon nombre des
points que nous soulevons aujourd'hui se retrouvent dans le texte,
aux parties numéros 2 à 5.
J'aimerais maintenant dire quelques mots des implications
constitutionnelles. Ma collègue Mairi MacDonald commentera la
structure et les questions de procédure.
Comme nous le disons dans notre mémoire, il y a de profondes
divergences de vues parmi les juristes au Canada en ce qui a trait
au partage des pouvoirs dans le contexte de ce projet de loi. Par
conséquent, nous n'avons pas pu prendre de position définitive sur
la possibilité pour le gouvernement d'exercer, sans contestation,
les pouvoirs que lui confère ce projet de loi.
Toutefois, nous pouvons dire que la gamme d'avis sur lesquels
s'appuient les diverses positions constitutionnelles à l'égard de
ce projet de loi peuvent être étayés par des arguments
constitutionnels solides. D'aucuns soutiennent que le gouvernement
fédéral est investi d'un pouvoir d'interventions très limité tandis
que d'autres soutiennent que le gouvernement fédéral peut se
prévaloir de sa compétence en matière de commerce pour répondre au
besoin qui existe de réglementer la protection des données dans le
contexte du commerce, et c'est je crois ce que reflète le projet de
loi.
Je dis tout simplement que nos membres et ceux que nous
représentons ont parfois des points de vue diamétralement opposés
sur cette question. Nous avons analysé le projet de loi en partant
du principe que l'exercice des pouvoirs en matière de commerce peut
justifier le cadre, les recours et les remèdes prescrits dans ce
projet de loi et que les moyens mis en oeuvre dans le projet de loi
pour permettre en même temps l'exercice du pouvoir qu'a le
gouvernement fédéral en matière de commerce et l'adoption de lois
similaires au niveau provincial en vertu des pouvoirs en matière de
droit civil et de droit des biens se justifient parfaitement en
droit. Quant à savoir ce qu'en penseront les tribunaux, nous ne
saurions le dire.
Après ces quelques commentaires liminaires sur les aspects
constitutionnels, je vais céder la parole à ma collègue Mairi
MacDonald qui vous fera part de nos réserves en ce qui a trait à la
structure du projet de loi et aux questions d'ordre procédural.
Ensuite nous nous ferons un plaisir de répondre à vos questions.
Mme Mairi MacDonald (membre, Comité de direction de la réforme
du droit concernant la technologie de l'information, Association du
Barreau canadien): Merci.
Comme l'a dit M. Hunter, quand nous avons analysé le projet de
loi, il nous a inspiré trois réserves générales. Il y a bien
entendu la question constitutionnelle que vient de commenter Laird.
Notre deuxième réserve concerne la structure du projet de loi
que nous avons eu énormément de mal à comprendre. Si un groupe
d'avocats a du mal à comprendre le projet de loi, alors celui-ci
risque d'être assez mal accueilli par l'opinion publique et je
pense que cela doit préoccuper le gouvernement puisque l'un de ses
objectifs avoués en proposant ce projet de loi est l'éducation du
public.
Je ne vais pas consacrer trop de temps à expliquer les
réserves que nous avons en ce qui a trait à la structure du projet
de loi. Je crois savoir qu'on vous en a beaucoup parlé ces derniers
mois et je ne voudrais pas vous faire perdre votre temps. Nos
réserves s'appuient manifestement sur des arguments très solides,
dont certains sont exposés dans notre mémoire. D'autres encore
concernent les questions d'ordre constitutionnel que Laird a
mentionnées.
• 1540
Nous avons eu de la difficulté à déterminer exactement quelles
obligations incomberont aux organisations et quels droits seront
garantis aux particuliers en vertu de ce projet de loi car cela
dépend largement du commissaire à la protection de la vie privée.
Il faut que le commissaire soit donc très bien formé, qu'il sache
parfaitement ce que l'on attend de lui et qu'il dispose d'un
financement adéquat pour s'acquitter de son mandat, sans quoi le
projet de loi, s'il est adopté, n'atteindra pas l'objectif prévu.
En ce qui a trait à la structure, notre premier problème tient
à la nécessité de se reporter tour à tour à la loi même et à
l'annexe car cela crée des difficultés d'interprétation et, à notre
avis, de l'ambiguïté. Le deuxième problème tient au fait que les
intentions du gouvernement sont trop imprécises en raison du
libellé de la Norme. Les formulations au présent deviennent des
obligations et les formulations au conditionnel deviennent des
recommandations, comme on vous l'a sans doute signalé à maintes
reprises.
Nous proposons quelques solutions de rechange à la structure
du projet de loi. La première serait d'intégrer à la loi les
dispositions obligatoires (les «doit») de la Norme et de reléguer
les dispositions non obligatoires (les «devrait» et les directives
d'interprétation) en annexe. Ainsi, en ce qui a trait aux
obligations, la norme de conduite serait le caractère raisonnable
en fonction des circonstances, notamment la nature délicate des
renseignements, qui font l'objet de l'annexe dont le texte est plus
discursif.
L'autre solution de rechange serait de poser les principes
dans la loi et de faire de l'observation de la Norme une défense a
priori contre une plainte pour manquement à cette loi présentée au
commissaire à la protection de la vie privée ou devant un tribunal.
Ce sont les seules solutions de rechange que nous avons
proposées. Je ne suis pas convaincue qu'elles vous soient d'une
grande utilité. Étant donné qu'il s'agit d'un sujet compliqué et
que la situation constitutionnelle dans laquelle nous nous trouvons
est très complexe, il faudrait essayer de récrire le projet de loi
et, malheureusement, nous n'y sommes pas parvenus.
En ce qui a trait aux problèmes d'ordre procédural, notre
principale préoccupation c'est de veiller à ce que le projet de loi
trouve le juste équilibre entre la nécessité de créer un poste
d'expert en matière de protection des renseignements personnels,
c'est-à-dire le poste de commissaire à la protection de la vie
privée, chargé de faire enquête au nom des particuliers, et le
besoin des organisations de mener leurs affaires sans ingérence
indue de la part du gouvernement.
Dans le cas de la première moitié de cette équation, il est
essentiel que le commissaire à la protection de la vie privée ne
voie pas son action entravée par un manque de ressources. Je l'ai
déjà dit et je sais que d'autres témoins, dont le commissaire à la
protection de la vie privée lui-même, vous ont fait cette même
remarque.
Pour assurer le juste équilibre entre les droits des
particuliers et ceux des organisations, il faut bien entendu
respecter le principe juridique de l'équité procédurale. Nous avons
quelques suggestions à formuler pour améliorer le projet de loi à
cet égard.
L'une des façons d'améliorer l'équité procédurale serait
d'inclure dans le projet de loi des échéances précises. Nous
croyons savoir qu'Industrie Canada vous a proposé un amendement
dont nous avons pu prendre connaissance qui donnerait au
commissaire un délai d'un an pour présenter son rapport relatif à
une plainte. Dans notre mémoire, nous proposons un délai de six
mois. Nous continuons de croire qu'un délai d'un an serait un peu
trop long mais nous sommes heureux de voir que le ministre est
ouvert à l'idée fixer une échéance pour la présentation du rapport.
L'autre problème qui revêt sans doute une importance encore
plus grande concerne le droit d'appel des décisions et
constatations du commissaire devant les tribunaux. Quand nous avons
analysé ce projet de loi, nous n'avons pas pu déterminer clairement
si l'organisation faisant l'objet d'une enquête de la part du
commissaire à la protection de la vie privée fait enquête peut
demander une révision judiciaire de ses constatations.
En outre, il est difficile de savoir au juste qui tranchera
d'éventuelles questions d'interprétation. Bien entendu, un grand
nombre d'entre elles seront soumises au commissaire à la protection
de la vie privée. Cela démontre bien encore une fois toute
l'importance du mandat que lui confère ce projet de loi.
Or, ces questions ne concerneront pas que le libellé du projet
de loi mais peut-être aussi des questions beaucoup plus
fondamentales, dont la liberté d'expression garantie par la Charte
des droits et libertés sous réserve de l'exception pour fins
journalistiques et artistiques. Il y aurait aussi la question
fondamentale de l'application de la loi que l'on peut invoquer pour
obtenir la réponse à une question toute simple comme de savoir si
une activité est réellement une activité commerciale.
• 1545
Le commissaire à la protection de la vie privée sera appelé,
du moins dans un premier temps, à trancher de telles questions.
Nous ne sommes pas convaincus de sa capacité à trancher de telles
questions ou d'autres encore qui découleront du libellé du projet
de loi.
Je vais m'arrêter ici. Nous nous ferons un plaisir de répondre
à toutes vos questions y compris celles portant sur les amendements
proposés par Industrie Canada. Merci.
La présidente: Merci. Nous allons passer aux questions.
Monsieur Lowther.
M. Eric Lowther (Calgary-Centre, Réf.): Merci, madame la
présidente. J'avoue ne pas avoir eu le temps de lire attentivement
votre mémoire de sorte que mes questions ne seront peut-être pas
aussi précises qu'elles auraient pu l'être...
La présidente: Monsieur Lowther, nous venons tout juste de le
recevoir et...
M. Eric Lowther: C'est juste. Parfait. Nous nous retrouvons
tous dans le même bateau, n'est-ce pas?
M. Janko Peric (Cambridge, Lib.): Non, pas du tout.
M. Eric Lowther: Vous êtes formés à la lecture rapide, n'est-
ce pas?
Je pose directement ma première question. Vous nous avez fait
part de vos préoccupations. J'ai ici votre document et vous dites
que la définition de renseignements personnels est trop inclusive.
Vous dites que la définition d'«utilisation» risque aussi d'être
trop inclusive. Vous commentez la définition de «activité
commerciale».
Nous dites-vous que les définitions du projet de loi doivent
être resserrées? Y a-t-il des termes qui, pour reprendre votre
expression, sont trop inclusifs pour être efficaces? Les
définitions se prêtent-elles à une interprétation trop subjective
par opposition à des définitions qui diraient «c'est ceci» ou «ce
n'est pas cela»?
M. Laird Hunter: En réponse à ces commentaires bien précis,
j'aimerais dire que nous avons remis à la greffière un tableau
comparatif, que vous pouvez obtenir je crois. Comme je l'ai dit dès
le départ, nous savions qu'il nous faudrait réviser notre mémoire
en cours de route.
On a maintenant inclus une définition d'«activité
commerciale». On a supprimé la définition d'«utilisation». Or,
comme l'a dit ma collège Mme MacDonald, le débat reste entier sur
le genre de définition d'«activité commerciale» que l'on trouve
dans les amendements. La définition dit tout simplement que
l'activité commerciale est une activité réputée être une activité
commerciale. Cette définition est empruntée à la Loi sur l'immunité
des États. Ce n'est pas une définition nominative. C'est une
définition qui exige une interprétation subjective.
Il s'agit alors de savoir comment cette décision subjective
est prise, qui la prend et si cette décision subjective peut faire
l'objet d'une révision. En tant qu'avocats soucieux d'aspects
procéduraux, c'est dans ce contexte que nous avons exprimé des
réserves.
M. Eric Lowther: D'accord. Madame MacDonald, j'ai noté votre
commentaire quand vous avez dit que si vous aviez fait une étude
plus approfondie, vous auriez pu... vous n'avez pas eu le temps de
tenter de le récrire. Faut-il rédiger un nouveau projet de loi?
Mme Mairi MacDonald: En réalité, je crois avoir dit que la
seule façon de bien comprendre les défis qu'ont dû surmonter les
rédacteurs et les hauts fonctionnaires, ce serait de tenter de
réécrire le projet de loi.
M. Eric Lowther: Je vois. D'accord.
Mme Mairi MacDonald: Nous ne nous sommes pas engagés à le
faire.
M. Eric Lowther: Il faudrait essentiellement repartir à la
case départ.
Mme Mairi MacDonald: Oui, exactement. Nous savons fort bien
tout l'effort qu'a exigé la préparation de ce projet de loi. Bien
franchement, si nous devions choisir entre reprendre la rédaction
à zéro et ne pas adopter de mesure législative—c'est-à-dire courir
le risque qu'aucune loi ne soit adoptée—alors nous sommes d'avis
qu'il ne faut pas courir un tel risque.
M. Eric Lowther: Je vois.
M. Barry Gorlick: J'aimerais préciser que dans mon exposé
liminaire, j'ai dit que le projet de loi comporte des «lacunes» et
non pas «de graves lacunes». Il y a une distinction matérielle
entre ces deux expressions.
M. Eric Lowther: C'est bien. Je pense que c'est bien.
La présidente: Merci, monsieur Lowther.
Madame Jennings.
[Français]
Mme Marlene Jennings (Notre-Dame-de-Grâce—Lachine,
Lib.): Merci beaucoup. J'apprécie également la
précision que vous venez d'apporter, à savoir que, même
s'il y a des problèmes, ils ne sont pas fondamentaux.
J'aimerais aborder deux questions avec vous. À la
dernière ligne de la deuxième page de votre document
supplémentaire, vous parlez de la possibilité
d'accorder une
compensation à un organisme ayant fait l'objet d'une
plainte futile ou entachée de mauvaise foi.
Pensez-vous que ce serait une amélioration que
d'inscrire dans ce projet de loi ce qu'on appelle
communément en anglais whistle-blower
protection?
• 1550
Nous n'avons pas de terme équivalent en français,
mais je
crois que vous comprenez de quoi il s'agit. Il
s'agit de protéger un employé qui a dénoncé son employeur
pour de présumées violations à cette loi quand le
commissaire, à la suite de son enquête, a effectivement
déterminé qu'il y avait eu des violations. Il est question
de protéger cet employé contre des actes de
représailles par son employeur.
Cela sera possible, à la condition toutefois de bien
comprendre ce que vous venez de dire. Il s'agit du cas
d'un employeur ou d'un organisme qui fait l'objet d'une
plainte jugée futile, vexatoire ou entachée de mauvaise
foi par le commissaire en vertu de l'alinéa
13(2)d). Rien dans la
protection contre des actes de représailles ne doit
limiter des recours légitimes de l'employeur contre cet
employé ou contre tout autre plaignant.
[Traduction]
Mme Mairi MacDonald: Nous n'en avons pas discuté...
[Français]
Mme Marlene Jennings: Vous avez quand même
imaginé la possibilité qu'un organisme puisse faire l'objet
d'une plainte futile, de mauvaise foi ou vexatoire et
qu'une telle plainte puisse causer des dommages à un
employeur.
Je vous demande d'aller un peu plus loin et d'imaginer
le cas d'un employé qui, par la nature même de son
travail et de son statut, croit de bonne foi que son
employeur commet des violations; le commissaire,
par son enquête, détermine que c'est le cas.
Si vous n'êtes pas prêts à répondre à ma question
aujourd'hui, je vous demande d'y réfléchir et de nous
envoyer une réponse écrite d'ici lundi, avec l'accord
de notre présidente, bien sûr.
M. Barry Gorlick: Si, madame, c'est possible, mais
seulement en anglais.
Mme Marlene Jennings: C'est très bien; je ne vois
aucune objection à ce que la réponse soit en
anglais.
M. Barry Gorlick: Merci, madame.
[Traduction]
La présidente: Monsieur Hunter.
M. Laird Hunter: Je réfléchis. La plainte pourrait être faite
dans deux cas. Il y a deux résultats possibles. Dans le premier, il
y aurait un rapport, dans l'autre, il n'y en aurait pas. Si j'ai
bien compris comment fonctionnerait ce projet de loi—et c'est ce
que prévoient les lois de la Colombie-Britannique et du Québec—,
il n'y aurait pas divulgation obligatoire du nom du plaignant.
Ainsi, le cas se présenterait advenant la divulgation volontaire de
la part du plaignant à son employeur, ou encore il se pourrait que
l'identité du plaignant serait révélée dans le cadre de l'enquête
par un employeur.
[Français]
Mme Marlene Jennings: Ou identifiable par la
nature même de la plainte.
[Traduction]
M. Laird Hunter: C'est exact. Ou par la nature de la plainte.
Je crois que le projet de loi s'appliquerait à toutes les affaires
de confidentialité. La question est de savoir si l'identité du
particulier serait connue de l'employeur, par exemple, et s'il en
résulterait des représailles quelconques. Votre question, c'est de
savoir s'il ne faudrait pas assurer dans de tels cas la protection
du plaignant.
Mme Marlene Jennings: Plus précisément dans ce projet de loi.
M. Laird Hunter: Je comprends. Je crois que nous devrons y
réfléchir.
Mme Marlene Jennings: D'accord. Merci.
[Français]
J'ai une deuxième question. Pensez-vous que cela
améliorerait la protection des renseignements
personnels, dans le domaine du commerce interprovincial
et international, si un article disait expressément que
cette loi prime sur toute autre que pourrait adopter le
Parlement canadien—bien sûr, il est là question de
lois touchant la protection des renseignements
personnels—sauf si cette autre loi améliore la protection de
tels renseignements ou comporte une clause nonobstant?
Vous allez peut-être devoir réfléchir avant de me
fournir une réponse.
• 1555
[Traduction]
M. Laird Hunter: J'ai toujours l'impression de parler comme un
avocat. Puis-je poser une question?
Dites-vous que cela améliorerait le projet de loi si nous
faisions de la protection de la vie privée un droit garanti par la
Constitution?
[Français]
Mme Marlene Jennings: Sans rouvrir la Constitution
pour, justement, mettre...
[Traduction]
M. Laird Hunter: Oui, mais un droit fondamental.
[Français]
Mme Marlene Jennings: C'est cela. On pourrait
dire que cette
loi, en ce qui concerne la protection des
renseignements personnels, a primauté sur toute autre
loi fédérale adoptée postérieurement. Il y aurait
cependant deux exceptions: quand une autre loi aurait été
adoptée postérieurement avec une clause nonobstant, ce qui
impliquerait nécessairement qu'il y a eu débat au Parlement
sur cette clause, et quand le Parlement aurait jugé
majoritairement, à la Chambre et au Sénat, qu'il y
a des motifs raisonnables pour
écarter cette loi ou pour croire que la protection
assurée par la loi adoptée postérieurement est encore
améliorée.
[Traduction]
M. Laird Hunter: Je ne crois pas pouvoir vous donner la
position de notre organisation sur cette question.
Mme Marlene Jennings: Donnez-moi votre position personnelle.
M. Laird Hunter: Pour ma part, je pense que si on prévoyait
l'annulation de cette capacité constitutionnelle, on améliorerait
le projet de loi.
Mme Marlene Jennings: Merci.
Madame MacDonald.
Mme Mairi MacDonald: Je suis plutôt d'accord. En réponse à
votre question de savoir si cela renforcerait le projet de loi, je
pense que cela faciliterait l'interprétation par les particuliers
qui cherchent à protéger leurs droits et par les organisations qui
cherchent à déterminer quelles ressources elles doivent consacrer
à la mise en oeuvre de cette loi. C'est une question que se
poseront beaucoup d'organisations.
La présidente: Merci.
Monsieur Gorlick.
[Français]
M. Barry Gorlick: Simplement.
La présidente: Oui. Parfait, merci.
Mme Marlene Jennings: Je n'ai plus de questions.
La présidente: Monsieur Dubé, s'il vous plaît.
M. Antoine Dubé (Lévis-et-Chutes-de-la-Chaudière, BQ):
Moi aussi, j'ai dû faire une lecture rapide. Dans vos
propos du début, en parlant de l'aspect
constitutionnel, vous avez fait état d'un éventail
d'opinions. Or, ce mémoire a été préparé par le
Comité de la réforme du droit et de la technologie
de l'information, et ensuite validé par le Comité de la
législation et de la réforme du droit.
Je voudrais
savoir combien de personnes, à peu près, font
partie de ces deux comités.
[Traduction]
M. Laird Hunter: Le comité que je préside compte six membres.
J'ai reçu les contributions de 12 à 14 comités dont chacun compte
entre 12 et 14 membres. Ces comités ont à leur tour consulté leurs
sections locales et régionales de sorte que les membres de
l'Association du Barreau de tout le pays ont été consultés. Toutes
les sections de l'Association du Barreau ont pu se prononcer. Comme
nous le disons dans l'avant-propos, le mémoire a été préparé grâce
à l'assistance des sections suivantes de l'ABC: Droit
administratif, Mécanismes de règlement des conflits, Droit de la
citoyenneté et de l'immigration, Litige civil, etc. Chacune de ces
sections compte entre 10 et 12 membres et chacune a consulté les
sous-sections.
[Français]
M. Antoine Dubé: Est-ce que la variété des
opinions épuisait, si je peux dire, les questions de
territoire? Pouvez-vous me dire si les oppositions
provenaient de vos membres qui sont du Québec?
[Traduction]
M. Laird Hunter: Je ne...
[Français]
M. Antoine Dubé: Au plan constitutionnel, plus
précisément.
[Traduction]
M. Laird Hunter: Les commentaires nous sont parvenus des
quatre coins du pays. Les avocats ont des avis divergents quant aux
résultats de l'exercice du pouvoir en matière de commerce. Je n'ai
pas l'impression que cela provenait d'une région en particulier.
• 1600
[Français]
M. Antoine Dubé: Avez-vous consulté le Barreau du
Québec?
[Traduction]
M. Laird Hunter: Pas directement avec le Barreau du Québec,
mais par...
[Français]
M. Barry Gorlick: Pas le Barreau du Québec, mais
la division du Québec du Barreau canadien.
M. Antoine Dubé: Dans l'étude que vous avez
effectuée, avez-vous pris en considération la loi 68,
qui existe au Québec depuis cinq ans?
Mme Mairi MacDonald: Oui, nous l'avons examinée un
peu.
M. Antoine Dubé: Que pensez-vous de cette loi?
Voyez-vous des problèmes de dédoublement par rapport à
la mise en application du projet de loi?
Mme Mairi MacDonald: Vous nous avez posé deux
questions et nous avons deux réponses à vous donner.
M. Antoine Dubé: Très bien.
Mme Mairi MacDonald: Je vais tenter de répondre à
la première et M. Hunter, je pense, essaiera de
répondre à la deuxième.
Au sujet de la qualité de la loi québécoise, je dirai
que nous la trouvons beaucoup plus facile à lire et
peut-être à comprendre que le projet de loi à l'étude.
Mais il faut absolument tenir compte du fait que la
loi québécoise met en vigueur un droit déjà reconnu
dans le Code civil. Alors, ses fondements sont
absolument différents.
Sur certains points particuliers, il y a des solutions
qu'on pourrait suggérer à ce comité en se fondant sur
la loi québécoise, mais sur d'autres points,
évidemment, les fondements sont différents. Les
pouvoirs fédéraux et les pouvoirs provinciaux
diffèrent.
Nous ne pensons pas qu'on puisse tout
simplement transférer les termes d'une loi d'une
juridiction à l'autre.
M. Antoine Dubé: Une sous-question avant
d'entendre la réponse à la deuxième question. Est-ce
que le Code civil du Québec et la common law dans
le reste du Canada entraînent des mises en application
différentes?
Mme Mairi MacDonald: Oui. Je pense qu'il y a des
différences fondamentales, peut-être pas de fond mais
au moins de forme. Dans le Code civil,
le droit de l'individu est exprimé de façon beaucoup
plus facile et beaucoup plus claire que
dans la common law. Aussi, l'interprétation
du droit civil et celle du droit coutumier sont assez
différentes. C'est peut-être un défi plus grand que de
rédiger des textes que les gens de loi spécialisés en
droit coutumier peuvent expliquer clairement à tous
leurs clients.
M. Antoine Dubé: Et sur l'aspect du dédoublement?
[Traduction]
M. Laird Hunter: Selon notre interprétation du projet de loi,
et la théorie constitutionnelle sur laquelle nous constatons qu'il
s'appuie, l'exercice de ce pouvoir devrait pouvoir se faire sans
qu'il y ait de dédoublement, en tout cas pas plus qu'il n'y en a
quand sont exercés les différents pouvoirs conférés par notre
constitution et pas plus qu'il n'y en a pour l'application des lois
relatives aux pratiques commerciales.
D'après notre interprétation du projet de loi, le gouvernement
fédéral exercera les pouvoirs qui sont les siens en matière de
commerce en s'écartant, selon certains, de la pratique, pratique
qu'a confirmée ces dernières années la Cour suprême en ce qui a
trait au commerce interprovincial dans tout le pays. Si une
province a déjà exercé dans le même domaine sa compétence en vertu
du droit civil et du droit des biens, comme c'est le cas au Québec,
il y aura une exemption en vertu de l'article 27. D'ailleurs, le
gouvernement fédéral dira à toutes fins utiles qu'il renonce à
exercer son pouvoir en matière de commerce dans un domaine de
compétence provinciale laissant la province la possibilité
d'exercer ses pouvoirs au chapitre des biens et du droit civil.
• 1605
Toutefois, le projet de loi s'appliquera aux travaux et
entreprises fédéraux dans toute province du Canada tout comme c'est
le cas, par exemple, du Code canadien du travail dans ce domaine en
ce qui a trait aux travaux et entreprises du gouvernement fédéral.
Ainsi, il n'y aura pas deux lois qui s'appliqueront de la même
façon au même sujet. Au lieu de cela, un ordre de gouvernement
exercera les pouvoirs qui sont les siens tandis qu'un autre ordre
de gouvernement exercera les pouvoirs qui lui sont conférés.
Voilà comment j'interprète ce projet de loi. Comme je l'ai
dit, les juristes ne s'entendent pas sur cette interprétation.
La présidente: Merci, John.
Monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka (St. Catharines, Lib.): Merci, madame la
présidente.
D'abord, je tiens à vous féliciter de votre façon d'analyser
les projets de loi. Ce n'est pas la première fois que je vous vois
à l'oeuvre et j'admire le travail que vous faites dans toutes les
régions du Canada, y compris au Québec et dans les plus petites
provinces. Je crois qu'on doit vous féliciter du travail d'analyse
que vous faites lorsqu'un projet de loi est déposé.
Je ne suis pas avocat mais je crois comprendre que vous
l'êtes.
M. Laird Hunter: Vous avez répondu à votre question.
M. Walt Lastewka: L'avocat du ministère et les avocats assis
autour de cette table tentent d'y voir clair dans ce projet de loi.
Mme MacDonald, je crois, a dit que nous voulons que le projet de
loi soit le meilleur possible sous réserve de modifications qui
pourront y être apportées à l'avenir quand nous aurons mis à
l'épreuve la loi et quand le commissaire aura rendu des décisions.
Le pire ce serait de ne pas avoir de projet de loi du tout.
J'ai donc étudié chacun de vos amendements et j'ai bien écouté
vos commentaires. Pourriez-vous me dire quelles deux questions
préoccupent plus particulièrement l'Association du Barreau et à
l'égard desquelles le comité pourrait proposer des amendements?
Pourriez-vous chacun en proposer un, ce qui en ferait trois?
Mme Mairi MacDonald: Au nom de notre président, je vous
remercie de nous en permettre trois.
M. Laird Hunter: Pour ma part, j'estime que c'est une question
à laquelle il est difficile de répondre et pour être juste... Nous
avons eu des discussions très utiles avec les fonctionnaires
d'Industrie Canada. C'est une question de degré... Que doit
répondre l'avocat d'une petite ville à qui son client lui demande:
que dois-je faire? Il s'agit de préciser quelle est l'obligation
absolue.
Si j'ai bien interprété le projet de loi, une série de
recommandations sont formulées, lesquelles, selon l'interprétation
qu'en fera le commissaire, pourraient être soumises aux tribunaux
pour interprétation. Pour la plupart des avocats, c'est une façon
inhabituelle de procéder. Tout éclaircissement qui pourrait être
apporté à ce qui constitue une obligation absolue contribuerait, à
mon avis, à préciser l'intention des législateurs et à garantir une
meilleure observation des objectifs fondamentaux de la loi.
La présidente: Madame MacDonald.
Mme Mairi MacDonald: C'est une bonne réponse que donne le
président.
Je partage parfaitement l'avis de M. Hunter. Je pense que ce
serait très utile pour les organisations auxquelles s'appliquera la
loi et pour les particuliers qui compteront sur elle pour la
protection de leurs droits.
• 1610
Au bout du compte, il importe aussi que le commissaire à la
protection de la vie privée ait accès aux ressources dont il aura
besoin pour bien comprendre sa mission et s'en acquitter de façon
responsable si nous voulons qu'il exerce les attributions,
l'autorité et le pouvoir discrétionnaire que lui conférera le
projet de loi, s'il est adopté.
Cela me ramène à ce que je disais dans mon exposé liminaire.
Tout ce travail difficile et approfondi que nous avons fait ces
derniers mois aura été une pure perte si la loi est si mal conçue
que personne ne pourra la mettre en oeuvre ou si les ressources
nécessaires font défaut. Si j'avais à choisir une suggestion, ce
serait de faire une loi réaliste qui pourra être mise en oeuvre.
La présidente: Monsieur Gorlick, voulez-vous ajouter quelque
chose?
M. Barry Gorlick: Je profite de l'occasion pour dire que si je
n'ai pas participé activement aux travaux du comité jusqu'à
maintenant, je comprends néanmoins que cinq ans dans ce pays c'est
long, beaucoup trop long pour attendre la première révision de la
loi. Les révisions subséquentes pourront se faire aux cinq ans ne
serait-ce que pour des raisons financières. Mais, il me semble
qu'en cinq ans les choses ont le temps de changer très rapidement
dans le domaine visé par ce projet de loi. C'est mon avis
personnel.
M. Walt Lastewka: Je pense qu'on l'a indiqué simplement pour
s'assurer que ce serait automatique après cinq ans, mais le
ministre pourrait à tout moment...
M. Barry Gorlick: Oui.
M. Walt Lastewka: Quand nous aurons le rapport annuel du
commissaire, le ministre pourrait aussi déclencher ce processus.
La présidente: Votre dernière question, monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka: À nos témoins du milieu de la presse, de la
télédiffusion, et d'autres, j'ai posé cette question, parce que ce
projet de loi, contrairement à d'autres, touche tous les Canadiens.
Pour éviter les contradictions, la sensibilisation par le
commissaire, en collaboration avec toutes les associations, devient
prioritaire. Le moment est opportun de sensibiliser les Canadiens
en recourant à un thème commun, à une façon de faire commune, en
collaborant... Je sais que vous y travaillerez à l'interne, mais
avec le commissaire, avez-vous réfléchi à la façon dont votre
association pourrait collaborer avec d'autres et avec le
commissaire pour que le processus d'éducation soit plus rapide,
plus clair et moins coûteux?
Mme Mairi MacDonald: Pour répondre brièvement, non. C'est
toutefois une bonne idée et nous pouvons la recommander à la
direction de l'ABC, ainsi qu'au personnel, afin qu'on trouve des
moyens d'agir ainsi.
Quant à ce que fera l'Association pour renseigner ses membres,
et pour que ceux-ci informent les clients à qui ils ont affaire
tous les jours, quand j'étais au bureau, ce matin, pour préparer
notre comparution de cet après-midi, le responsable de la formation
juridique continue a proposé que nous recourions aux médias
électroniques pour rejoindre le plus grand nombre d'avocats que
cela intéresse parmi nos membres pour expliquer cette nouvelle loi.
Laird et moi-même, et par extension, le reste de notre comité,
pensons que c'est certainement un bon début.
• 1615
Pour ce qui est des autres associations, il faut dire que les
membres de notre Comité de direction de la réforme du droit
concernant la technologie de l'information, par leur pratique,
travaillent avec certaines de ces autres associations. Par
conséquent, je présume qu'on nous demandera de les aider à
comprendre cette nouvelle loi, pour que les explications soient
ensuite transmises à leurs membres. Mais il n'y a pas eu de plan
officiel élaboré par l'ABC et d'autres associations.
M. Walt Lastewka: Je pensais à une façon de prendre les
devants, en demandant à toutes les associations de travailler avec
le commissaire, pour bien transmettre le message.
M. Laird Hunter: J'aimerais faire une observation et une mise
en garde. D'abord la mise en garde: les avocats, particulièrement
ceux d'entre nous qui préfèrent ne pas se rappeler qu'ils ont été
diplômés il y a longtemps, ne comprennent pas toujours bien la
protection des renseignements personnels et les concepts
fondamentaux qui s'y rattachent. Les lois sur les droits de la
personne ne sont pas bien comprises. Quand les législateurs
adoptent des lois qui interdisent les excès de vitesse ou
l'utilisation de téléphones cellulaires au volant, c'est facile à
comprendre. Mais lorsqu'il s'agit de lois aussi vagues, vous
proposez, monsieur, qu'on les adopte rapidement. Je ne pense pas
que ce soit possible. En adoptant cela, nous aurons notamment le
problème de bien faire comprendre l'équilibre à atteindre et la
nécessité à la fois de faire avancer les plaintes raisonnables et,
pour les entreprises, de les traiter comme il se doit. Cela prendra
un certain temps.
Maintenant l'observation: nous ferons tout ce que nous
permettent notre mandat et nos ressources pour vous aider.
M. Walt Lastewka: Merci.
La présidente: Merci, monsieur Lastewka.
Monsieur Jones.
M. Jim Jones (Markham, PC): Merci, madame la présidente.
Hier, un professeur de droit constitutionnel de l'Université
de Montréal nous a dit que le projet de loi C-54 était une grave
intrusion du fédéral dans un domaine de compétence provinciale. Il
a dit que cela pourrait faire l'objet d'un référendum. Je crois que
le gouvernement de l'Ontario a des craintes similaires.
Est-ce qu'aux yeux de l'ABC aussi, le projet de loi C-54 dans
sa forme actuelle empiète sur les compétences des provinces?
M. Barry Gorlick: En bref, notre association n'a pas formulé
de position à ce sujet. On a parlé plus tôt de la gamme des
préoccupations d'ordre constitutionnel; elle est aussi large qu'on
veut l'imaginer. C'est une bonne question mais nous ne sommes pas
en mesure d'y répondre, nous n'avons pas le consensus pour le
faire. Peut-être qu'un autre groupe pourra y répondre plus tard.
M. Laird Hunter: Je pense que nous l'abordons de notre mieux
dans notre exposé et nos discussions de ce matin; j'ai bien pesé
mes mots.
Chacune de ces positions a un fondement constitutionnel. Mais
nous ne sommes pas en mesure de dire que cette position sur
l'ingérence est valable, pas plus que celle qui se rapporterait au
commerce et aux échanges. Nous sommes des avocats. Il y a divers
cas à l'appui de chaque position, et comme l'a dit M. Gorlick,
notre association n'est pas en mesure de trancher en faveur de
l'une ou de l'autre.
M. Jim Jones: Par ailleurs, je comprends que cinq ans, c'est
assez long, et que les provinces doivent se conformer dans les
trois ans suivant l'entrée en vigueur du projet de loi. Je crois
qu'elles doivent avoir leur propre loi sur la protection des
renseignements personnels avant trois ans, sinon c'est ce projet de
loi qui sera en vigueur.
M. Laird Hunter: Jusqu'à ce qu'elles y aient recours.
M. Jim Jones: Oui.
M. Laird Hunter: C'est une question de fait. Je pense que si
après cinq ans, une province veut exercer ses pouvoirs en vertu des
lois sur les droits de la personne, le gouvernement pourra encore
avoir recours à l'exemption prévue à l'article 27. C'est simplement
pour lui donner un délai avant l'entrée en vigueur.
M. Jim Jones: Je pensais que c'était trois ans et il me
semblait préférable d'offrir un délai de trois ans, afin que si une
province ne se conforme pas et ne présente pas sa propre loi en
matière de protection des renseignements personnels, on puisse
modifier notre loi pour en tenir compte.
Par ailleurs, l'alinéa 27(2)b) du projet de loi C-54 prévoit
que le gouverneur en conseil peut modifier l'annexe 1 pour tenir
compte de toute révision de la norme dans le cadre de son
calendrier de révision quinquennal. Divers témoins estiment qu'il
faut renforcer cette disposition. L'annexe 1 devrait-elle être
modifiée seulement par modification législative? Ou devrait-elle
contenir une disposition exigeant la consultation préalable du
Bureau du commissaire à la protection de la vie privée ou un examen
parlementaire quelconque de tout projet de règlement?
• 1620
Mme Mairi MacDonald: La réponse à votre question ne vous
semblera probablement pas claire non plus, et j'en suis désolée. En
général, l'Association du Barreau canadien estime que des
changements fondamentaux à des questions de principe doivent faire
l'objet de discussions publiques, d'une manière aussi démocratique,
disons, que possible. Dans bon nombre de ses interventions sur des
textes de loi, y compris quelques-unes auxquelles j'ai moi-même
participé, l'ABC s'est dite consternée des propositions visant à
permettre des changements de fond par le biais de règlements.
Cela dit, il s'agit d'un projet de loi inusité. Je sais que
nous l'avons tous dit et répété, mais comme cette norme est une
entité cohérente qui, si j'ai bien compris, continuera d'évoluer en
fonction des changements dans l'industrie et dans le contexte
international où travaillent les sociétés canadiennes, il faut
accorder au gouvernement la souplesse nécessaire pour mettre à jour
la loi au besoin, au cours des prochaines années.
Alors pour concilier ces deux idées contradictoires, disons
que nous espérons que toute proposition d'exercer des pouvoirs
conférés à l'alinéa 27(2)b) sera assortie d'une consultation
publique aussi large que possible, puisque c'est une loi qui
touchera beaucoup de gens au Canada.
La présidente: Une dernière question, monsieur Jones?
M. Jim Jones: Oui. C'est une question que j'ai souvent posée
et j'aimerais particulièrement avoir l'avis de l'Association du
Barreau canadien.
Nombre de témoins ont affirmé que les pouvoirs d'examen et de
vérification que prévoient les paragraphes 12(1) et 18(1) sont
excessifs. Ils pensaient plus particulièrement aux pouvoirs de
fouille et de saisie prévus à ces paragraphes. Pensez-vous comme
d'autres témoins que le commissaire devrait obtenir une ordonnance
d'un tribunal avant d'exercer ces pouvoirs?
Mme Mairi MacDonald: En bref, oui. Cela concorde avec la
position que nous avons adoptée au sujet de la surveillance
judiciaire de beaucoup des activités du commissaire à la protection
de la vie privée, en vertu de ce projet de loi.
M. Jim Jones: Merci.
La présidente: Merci.
Monsieur Shepherd?
M. Alex Shepherd (Durham, Lib.): M. Jones a malheureusement
pris l'une de mes questions.
Une autre des questions souvent posées au sujet de ce projet
de loi porte sur l'idée du consentement tacite plutôt qu'explicite.
Le projet de loi prévoit un consentement tacite, mais beaucoup de
nos témoins nous ont dit qu'il devait être explicite. Qu'en pensez-
vous?
M. Laird Hunter: Qu'on le définisse ou pas, qu'il soit actif
ou tacite, le consentement sera toujours une chose difficile à
cerner. D'ailleurs, juste avant de venir ici, j'ai parlé à l'un des
fonctionnaires de l'Industrie à propos des listes de membres des
associations. On a parlé des listes de membres comme d'une source
de recettes possibles pour les associations, et des résolutions à
ce sujet ont été adoptées. Quand vous signez votre demande
d'adhésion à une association, vous reconnaissez être lié par les
décisions prises légitimement par l'organisation. Si cette
organisation décide de vendre ces listes, y avez-vous consenti
tacitement?
Des questions de ce genre vont toujours être soulevées.
Personnellement, je n'aime pas les définitions vagues, et je pense
qu'on continuera de soulever des questions de ce genre, à cause de
la façon dont ce projet de loi est structuré, du besoin de
surveillance ou de décisions prises par quelqu'un comme le
commissaire à la protection de la vie privée, avec des recours
possibles devant les tribunaux.
• 1625
Mais personnellement, étant donné toutes les circonstances où
il faudra respecter à la fois la protection des renseignements
personnels et de la vie privée, d'une part, et le besoin des
entreprises de faire des affaires, d'autre part, je ne suis pas
convaincu que ce ne soit pas la meilleure solution. Autrement dit,
laissons l'examen de la situation par le commissaire régler toutes
ces questions de consentement tacite. Si dans trois ou cinq ans, on
s'adresse à vous, comme membres du comité, et que vous constatez
qu'il y a un problème, vous réexaminerez alors la loi.
M. Alex Shepherd: Mais il semble que le problème soit
plutôt...
La présidente: Monsieur Shepherd, Mme MacDonald veut vous
répondre.
M. Alex Shepherd: Toutes mes excuses.
Mme Mairi MacDonald: J'allais simplement dire que c'était en
fait l'un des points forts du projet de loi. Étant donné ce que
j'ai dit à propos des inconvénients de l'utilisation de la norme
sous forme d'annexe, c'est l'un des points forts du projet de loi
puisque, si j'ai bien compris, il y a un consensus au sujet du
genre de circonstances entourant les transactions des entreprises
avec les Canadiens, et vice versa. Dans la mesure où on permet le
consentement tacite, je pense qu'il faut au moins tenir compte de
la procédure qui a mené à ce consensus et du nombre de
circonstances et de situations envisagées dans l'atteinte de ce
consensus.
Je ne pense pas qu'il convienne toujours d'exiger une forme de
consentement explicite; des gens qui ont consacré beaucoup de temps
à l'examen de cette question ont conclu qu'il n'est pas toujours
facile ni possible d'obtenir exactement le genre de consentement
explicite qu'ont demandé certains de vos témoins.
M. Alex Shepherd: On y pense fondamentalement dans le contexte
du commerce électronique, mais cela semble toucher beaucoup
d'autres secteurs. S'il ne s'agissait que de commerce électronique,
on pourrait dire que lorsqu'on veut faire quelque chose sur
Internet, il n'y a qu'à cocher une petite case pour donner son
consentement. Mais il semble y avoir toutes sortes d'autres
secteurs, comme celui de l'assurance, où l'on semble fonctionner en
présumant le consentement. Comment répondre aux désirs de tous?
C'est un peu ce que vous dites, il faut garder une certaine
souplesse et permettre au commissaire à la protection de la vie
privée de faire ces choix. Est-ce bien ce que vous dites?
Mme Mairi MacDonald: Oui.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Shepherd.
Monsieur Lowther.
M. Eric Lowther: J'essaie de comprendre ce que vous dites.
Vous dites parfois d'aller de l'avant, que c'est mieux que rien, et
ensuite, vous dites que c'est un mauvais projet de loi et qu'il
vous rend mal à l'aise.
Regardons votre conclusion. Peut-être que le travail en cours
dont vous avez parlé vous a écartés de cette conclusion. Vous dites
que le projet de loi peut conduire à des difficultés
d'interprétation; que jusqu'à ce que les paramètres
constitutionnels soient établis, il est difficile de déterminer
quelles activités seront couvertes par le projet de loi; que le
projet de loi est plus complexe que de besoin et qu'il crée la
confusion; qu'il faudrait revoir la structure du projet de loi en
vue de clarifier sa portée et son application. En lisant cela, je
me demande bien, étant donné cette conclusion, comment il se fait
que vous appuyez le projet de loi. Vous dites: Adoptons-le, même si
c'est un bien mauvais projet de loi.
M. Walt Lastewka: Je n'ai pas entendu les mots «bien mauvais».
M. Eric Lowther: C'est de la paraphrase, monsieur Lastewka.
C'est ce que j'ai compris, en gros.
J'aimerais résumer votre position. Est-ce que vous
reconnaissez un besoin de souplesse pour toute cette question tout
en préférant une clarification du contexte où on l'emploiera? Ou
craignez-vous qu'on essaie de faire de la micro-gestion, pour des
choses qui ne peuvent être ainsi gérées et pour lesquelles il
faudrait certainement définir des paramètres à un niveau supérieur?
Voyons les choses d'un point de vue structurelle. Quelle est votre
position, entre les extrêmes?
M. Laird Hunter: Pour vous répondre, je répète ce que nous
avons dit aux responsables de l'Industrie les premiers jours où
nous les avons rencontrés: il s'agit d'un projet de loi inusité. Si
vous demandez à un avocat s'il rédigerait de son plein gré un
projet de loi de ce genre, nous répondons que non.
• 1630
Mais étant donné l'objectif visé, soit un équilibre entre la
protection de la vie privée, d'une part, et l'activité commerciale,
d'autre part, et comme on veut des recommandations progressives qui
seront mises en oeuvre et peut-être sous la surveillance, d'abord,
du commissaire, puis des tribunaux, nous avons proposé dans nos
amendements des éclaircissements à apporter. Ajoutez l'activité
commerciale. Supprimez l'utilisation. Beaucoup de cela a été fait.
Au bout du compte, les réserves que nous avions persistent,
mais cela ne signifie pas pour autant, comme le prétend le député,
que le projet de loi soit mauvais. Il s'agit simplement de
problèmes qu'il risque de créer. Mairi a parlé de l'un d'entre un.
C'est un texte législatif et un concept très complexes et on
en met beaucoup sur les épaules du commissaire. Il faut donner au
commissaire les ressources et le mandat pour faire son travail.
Étudions la question de l'examen judiciaire. Demandons-nous si dans
certaines circonstances, la surveillance indépendante des tribunaux
ne devrait pas être disponible.
Je n'ai peut-être pas répondu à votre question. Mais nous
sommes certes moins préoccupés qu'au début. Nous avons encore
quelques réserves, mais pas au point de conclure que le projet de
loi ne doit pas être adopté. Il doit toutefois être revu.
M. Eric Lowther: Oui, je pense que c'est ce qu'il faut
retenir, le projet de loi doit être revu.
Vous avez dit qu'un avocat ne le rédigerait pas ainsi et c'est
important, je crois, mais il faut se rappeler que ce projet de loi
sera utilisé par des avocats.
M. Laird Hunter: Au sujet de nos collègues, j'ai entendu dire
ceci des avocats: munir les avocats d'information numérique, c'est
comme monter un moteur à réaction sur un dinosaure.
En préparant notre examen de ce travail, nous nous sommes
renseignés sur ce qu'on faisait à l'Union européenne, et tout
récemment, nous avons extrait de l'Internet le projet de loi
britannique. Il a un peu servi de modèle à celui dont vous êtes
saisis. L'État de Victoria, en Australie, l'a fait aussi.
C'est un effort qui remonte à 20 ans pour utiliser des
principes et des recommandations d'une façon bien particulière.
C'est un terrain inconnu pour les avocats et nous devrons le
débroussailler, tout comme les juges. Les questions soulevées ici
au sujet des définitions seront réexaminées régulièrement.
Cela étant dit, il faut protéger les renseignements personnels
dans le secteur privé.
M. Eric Lowther: Merci.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Lowther. Une
précision, monsieur Lowther: des avocats ont travaillé à la
rédaction de ce projet de loi. Le propos de M. Hunter, je crois,
était que s'ils avaient le choix, les avocats n'auraient pas rédigé
ce projet de loi de cette façon, à cause de tous les détails
techniques, des petits problèmes et de sa structure. Ce n'était
qu'une précision. Il ne faut pas croire qu'aucun avocat n'a
participé à la rédaction du projet de loi.
Cela étant dit, donnons maintenant la parole à Mme Jennings.
[Français]
Mme Marlene Jennings: Merci. Je veux revenir sur
la question des pouvoirs du commissaire. En tant que
représentants de l'Association du Barreau du Canada,
vous dites que le commissaire aurait
trop de pouvoirs et devrait être assujetti à certaines
contraintes. Comme tout autre organisme, il devrait
être obligé d'obtenir des assignations à comparaître,
des ordonnances des tribunaux pour compléter son
enquête.
Plusieurs membres de l'association sont aussi membres
des tribunaux administratifs. D'ailleurs, au Québec,
ces organismes administratifs ont
exactement les mêmes pouvoirs qu'on trouve actuellement
dans le projet de loi: le pouvoir de s'introduire dans
un endroit, sauf dans une résidence
privée, et celui de vérifier des documents et d'en exiger des
copies. Je vous en nomme un, entre
autres: le commissaire à la déontologie
policière. Son pouvoir d'agir ainsi n'a jamais été
contesté en cour.
Je vous demande donc de revoir l'opinion que vous avez
émise, parce que vous n'avez jamais mentionné cela ici,
que je sache. En réponse à mes questions, vous
avez reconnu qu'il vous fallait encore réfléchir. Je
vous demande de faire de même à ce sujet. Merci.
• 1635
Mme Mairi MacDonald: Je serai heureuse de le
faire, madame. Je vous prie de m'excuser.
Mme Marlene Jennings: C'est tout.
La présidente: Monsieur Dubé.
M. Antoine Dubé: Je suis un peu dans le même état
d'esprit que mon collègue du Parti réformiste à l'égard
de votre position. Il se pose des problèmes
d'interprétation, des problèmes constitutionnels, des
problèmes de structure, des problèmes à propos de
l'annexe et beaucoup d'autres problèmes. En plus, vous
nous dites, sur des questions pointues, notamment la
Constitution, que la raison pour laquelle vous ne
prenez pas position est qu'il existe une grande
divergence d'opinions parmi vos membres et que, par
conséquent, il n'existe pas de consensus. C'est assez
clair.
L'autre aspect est un peu différent. Certains
témoins nous ont dit qu'il
leur semblait inhabituel qu'une loi soit modifiée par
décret. Vous êtes juristes. Pour ma part, je suis un
peu étonné, d'ailleurs, que mes collègues libéraux ne
soient pas...
Peut-être se croient-ils certains d'être réélus pour
au moins cinq autres années et se disent-ils qu'ils
pourront encore la modifier. Cependant, s'ils étaient
dans la situation politique où il serait probable qu'ils
se retrouvent dans l'opposition, ils se battraient
sûrement pour cela, se disant que cela va leur
échapper.
Une fois la loi adoptée, le Conseil des ministres peut
la modifier par décret, ce qui est inhabituel. Vous
n'en parlez pas et vous semblez accepter cela.
J'aimerais avoir votre avis là-dessus.
Mme Mairi MacDonald: Peut-être puis-je ajouter à
ce que j'ai dit à ce sujet plus tôt cet après-midi.
L'Association du Barreau canadien a une position
courante sur ces questions de changements profonds
apportés aux lois par décret; notre préférence serait
que ce soit associé à un processus plus ouvert qui
donne aux gens touchés l'occasion de faire connaître
leurs points de vue. Une fois cela posé, nous
reconnaissons aussi que les changements rapides en
matière de technologie et de tout ce sur quoi porte le
projet de loi exigent qu'on s'accorde un peu de
flexibilité.
Cependant, lorsque c'est
fondamental, nous demandons simplement qu'on en
discute ouvertement.
M. Antoine Dubé: Abordons maintenant
un autre point. Plusieurs ont dit carrément qu'il
aurait fallu dissocier les dispositions obligatoires
contenues dans l'annexe. Vous avez en quelque sorte
pris position là-dessus.
Il y a aussi un autre aspect, et c'est que le projet de
loi touche à la fois aux renseignements personnels, ce
qui faisait l'objet de la loi québécoise 68, et, comme
l'indique son titre, au commerce électronique.
Plusieurs nous ont dit qu'il aurait été avantageux de
présenter deux projets de loi distincts. Qu'en
pensez-vous?
Comme je risque de manquer de temps, je vais vous
poser tout de suite une autre petite question. Hier, les
constitutionnalistes, et j'imagine qu'au Barreau
canadien vous avez aussi des constitutionnalistes...
Jugez-vous que la disposition d'exemption, telle que
rédigée, est suffisante pour que le Québec soit exempté
de la loi, étant donné les différences que j'ai
énumérées un peu plus tôt entre le Code civil et la common
law et le fait qu'une loi québécoise est déjà en
vigueur?
[Traduction]
M. Laird Hunter: Si j'ai bien compris la troisième question,
où on demande si le paragraphe 27(2) et l'article 30 donnent au
gouverneur en conseil le pouvoir d'exempter le Québec du projet de
loi, la réponse est certainement oui.
[Français]
M. Antoine Dubé: Parfait. Et qu'en est-il des
deux autres aspects?
Mme Mairi MacDonald: Pour ce qui est de séparer
la protection des renseignements personnels et le
commerce électronique, nous reconnaissons la nécessité
de relier les deux domaines aux fins de protéger les données
personnelles, du moins dans ce contexte.
• 1640
Évidemment, du point de vue constitutionnel, le pouvoir
sur le trade and commerce, tel qu'exprimé, est un
peu plus étendu. Il est fort possible que le but du
gouvernement soit d'élargir le niveau de protection des
données.
Donc, nous reconnaissons qu'il peut être nécessaire de
lier les deux à cause de l'objectif poursuivi.
[Traduction]
La présidente: Merci. Il faut passer au suivant. Merci,
monsieur Dubé.
Monsieur Peric.
M. Janko Peric: Merci, madame la présidente.
Dans votre conclusion, vous affirmez que ce projet de loi
aurait dû être adopté il y a longtemps mais aussi: «en même temps,
nous sommes inquiets à propos d'importants aspects du projet de
loi». Y a-t-il eu des consultations entre vous et les avocats du
ministère avant ou après la rédaction du projet de loi?
Mme Mairi MacDonald: Dans le cas des parties 2 à 5, les
avocats du ministère, surtout du ministère de la Justice, ont
obtenu du cabinet l'autorisation de mener des consultations avant
le dépôt du projet de loi. Nous avons fait partie de cette
consultation et nous avons participé au processus.
Dans le cas de la partie I du projet de loi, sur la protection
de la vie privée, non, nous n'avons pas été consultés avant le
dépôt du projet de loi.
M. Janko Peric: Avez-vous demandé des recommandations à vos
membres, de manière à les transmettre au ministère?
M. Laird Hunter: Oui, c'est ce que nous avons fait. Comme je
le disais, cela explique un peu pourquoi il s'agit d'un travail en
cours. Le tableau comparatif que nous avons remis a fait l'objet de
discussions avec les responsables du ministère de l'Industrie, et
beaucoup des recommandations ont tenu compte de nos interventions.
La présidente: Monsieur Peric, une précision: vous étiez peut-
être à votre autre comité—certains d'entre nous doivent avoir le
don d'ubiquité—lorsque nous en avons parlé plus tôt. Leur rapport
était prêt avant que les amendements soient déposés. Ils ont
préparé un tableau pour tenir compte des amendements et c'est
pourquoi c'est un travail en cours.
M. Janko Peric: Une dernière question.
La présidente: Volontiers.
M. Janko Peric: Les recommandations ont été approuvées par vos
membres?
M. Barry Gorlick: Pour vous répondre simplement, notre conseil
élu, qui comprend près de 500 membres de notre association
d'avocats...
M. Janko Peric: Sur 35 000.
M. Barry Gorlick: ...sur les 35 000 au Canada, n'a pas
considéré les recommandations de ce rapport dans son examen des
politiques, mais notre douzaine de sections, dont a parlé
M. Hunter, ont examiné toutes ces recommandations.
M. Janko Peric: Merci.
Mme Mairi MacDonald: De plus, comme M. Gorlick allait le dire,
l'Association du Barreau canadien l'a entériné, ce qui signifie que
le Comité sur la réforme du droit et des lois l'a examiné. Ce
comité a pour rôle d'assurer une certaine cohérence et un contrôle
de la qualité de nos travaux ainsi que de s'assurer que notre point
de vue est représentatif de celui de l'ensemble du Barreau.
De toute évidence, le Barreau n'a pas pour pratique de
s'adresser à chacun de ses 35 000 membres pour qu'ils signent
chaque mémoire que nous présentons à un comité comme le vôtre.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Peric.
Monsieur Jones.
M. Jim Jones: Je vais moi aussi vous parler de votre
conclusion. Au quatrième paragraphe, vous dites:
Le style inusité du texte du projet de loi fait aussi problème. Il
rend le projet de loi plus complexe que de besoin et crée de la
confusion avec son entremêlement d'obligations, de recommandations
et de commentaires explicatifs.
Ne serait-il pas sage d'essayer de démêler tout cela au cours des
prochains mois, plutôt que de se presser de l'adopter?
• 1645
M. Laird Hunter: Comme on l'a dit au début, en tant
qu'avocats, à la lecture de ce projet de loi, nous nous sommes dit
et nous disons encore qu'on aurait pu le rédiger différemment.
C'est un projet de loi très inusité. Je ne peux pas vous dire, pas
plus que quiconque parmi nous, que si nous faisions le travail, il
ne serait pas tout aussi complexe. Nous voulions simplement faire
comprendre qu'il faut s'attendre à une certaine confusion tant à
cause de la nature du sujet que de la façon dont il devra être
interprété. Mais je crois que c'est peut-être simplement à cause du
sujet. Notre document a été écrit il y a quelques semaines et nous
avons dû depuis revoir notre position.
M. Jim Jones: Qui profitera de cette confusion? Est-ce que ce
sera le citoyen, puisque tous sont touchés, comme le disait
M. Lastewka, ou l'industrie des gens de robe?
M. Laird Hunter: Je pense que ce seront les Canadiens. Je
crois très fermement ce que disait M. Flaherty dans son témoignage:
il y aura un effort national de la part des commissaires à la
protection de la vie privée pour créer un ensemble de règlements
cohérents. Au fur et à mesure de la mise en oeuvre de ce projet de
loi, ils arriveront à un équilibre entre le respect des
renseignements personnels et l'efficacité des pratiques
commerciales. Si ce projet de loi est traité comme d'autres genres
de loi, les avocats ne s'en mêleront probablement que pour
conseiller les clients au sujet des normes, ce qui fait partie des
pratiques commerciale habituelles, et, peut-être, sur les demandes
judiciaires. Je ne compterais pas là-dessus comme source régulière
de revenu.
La présidente: Monsieur Jones, avez-vous d'autres questions?
M. Jim Jones: Oui, que pensez-vous de la proposition du
gouvernement pour la modification de la définition du terme
«activité commerciale» en vertu du projet de loi C-54?
M. Laird Hunter: Avec vous, on ne s'en sort pas facilement.
Je vais vous donner une réponse d'avocat. Je pense que c'est
une bonne chose, dans le contexte d'un projet de loi dont les
définitions évoluent. L'avocat conservateur préférerait de beaucoup
des règles plus précises, mais si l'on regarde l'annexe et le
besoin d'une mise à l'essai dans un contexte réel, là où les
données sont conservées et où se font des transactions
commerciales, le commissaire aura sans doute à décider de ce que
sont des activités commerciales. Comme nous l'avons déjà dit, nous
espérons qu'il prendra de bonnes décisions qui résisteront à
l'examen judiciaire qui pourra s'imposer. Voilà d'où venaient ces
observations.
M. Barry Gorlick: Et il faisait bien sûr allusion au
conservateur en lui, dans le sens général du terme.
La présidente: Merci beaucoup.
M. Laird Hunter: Je suis de l'Alberta. Je vous laisse le soin
de décider.
La présidente: D'accord. Nous sommes un comité non partisan.
Monsieur Shepherd.
M. Alex Shepherd: Je voudrais revenir sur la question des
droits et des pouvoirs du commissaire. Je sais que vous en avez
pris note et que vous nous ferez part de vos réflexions là-dessus.
Étant donné le point de vue selon lequel nous déléguons trop de
pouvoirs au commissaire, lui permettant, comme vous dites, de
donner une interprétation de certaines choses—nous ne savons pas
au juste de quoi il s'agit—, en quoi est-ce vraiment un problème
que d'exiger que le commissaire obtienne un mandat pour
perquisitionner? Pourquoi est-ce un problème? Est-ce que ce serait
imposer des contraintes excessives au commissaire?
Mme Marlene Jennings: Ils devront y réfléchir. Le projet a été
étudié par toutes les sections et personne n'a soulevé ce problème.
M. Barry Gorlick: Nous devrons y réfléchir.
M. Laird Hunter: Nous devrons y réfléchir.
Mme Marlene Jennings: Je vous l'avais bien dit; personne n'a
soulevé la question.
M. Barry Gorlick: Maintenant que j'ai eu le temps d'y
réfléchir, après qu'on m'ait posé la première question, je peux
énumérer au moins 10 pour et 10 contre; tout y passe, la
complexité, les délais, le coût, et il y a d'autre part divers
avantages. C'est donc une question qui mérite qu'on s'y arrête.
M. Alex Shepherd: Je voudrais une précision. Si nous sommes
d'avis que l'interprétation de cette loi suscite de l'incertitude,
ne conviendrait-il pas de se tromper plutôt en penchant du côté des
droits des particuliers, au lieu de risquer de donner trop de
pouvoir au commissaire?
• 1650
Mais je sais que cela revient à poser la question d'une autre
façon et vous pourrez donc nous répondre plus tard. C'est en effet
le problème qui se pose.
M. Barry Gorlick: Oui.
M. Laird Hunter: Le problème est d'établir un équilibre juste
et durable.
La présidente: Merci, monsieur Shepherd.
Monsieur Lowther, avez-vous d'autres questions?
M. Eric Lowther: Non, je n'en ai pas. Merci.
[Français]
La présidente: Monsieur Dubé, est-ce que vous avez
une autre question?
M. Antoine Dubé: J'en aurais bien d'autres, mais
je vais laisser tomber. Je tiens toutefois à vous remercier
de l'effort que vous avez fait.
Oh! il y a une toute petite question que j'ai failli
oublier. Je comprends dans quelle situation vous êtes
placés. Vous êtes invités, à titre de membres de
l'Association du Barreau canadien, à réagir à un projet
de loi écrit par le gouvernement. Cela arrive souvent.
Votre avis est très nuancé, surtout qu'actuellement,
vous n'avez pas de consensus sur lequel vous
appuyer, notamment en matière constitutionnelle.
Est-ce qu'il arrive parfois que le Barreau canadien
s'oppose énergiquement à un projet de loi et dise qu'il
ne devrait pas être adopté?
[Traduction]
Une voix: Bien sûr.
[Français]
M. Antoine Dubé: Oui? D'accord.
[Traduction]
La présidente: Merci, monsieur Dubé.
Madame Barnes.
Mme Sue Barnes (London-Ouest, Lib.): Merci, madame la
présidente.
Je voudrais vous remercier moi aussi pour tout votre travail
en préparation de ce projet de loi, surtout sur la question qui
vous préoccupait le plus à l'origine, nommément la signature
électronique et aussi beaucoup d'autres aspects du projet de loi,
parce que nous n'avons pas entendu beaucoup de témoignages au sujet
de ce qui va se passer.
Je veux aussi vous dire que la première fois que j'ai lu ce
projet de loi, j'ai ressenti moi aussi un grand malaise. Ensuite je
me suis dit, enfin, il me semble que nous pouvons faire mieux que
cela, et puis peut-être que ce n'est pas assez rigoureux, et puis
pourquoi n'avons-nous pas fait ceci ou cela? Ensuite je me suis
mise à jongler avec les principes que nous essayons de mettre en
place pour combler le vide total qui existe actuellement dans ce
domaine, et je me suis dit que les pratiques volontaires agissent
vraiment lentement et qu'il existe un réel besoin de respect de la
vie privée, et je me suis donc convaincue de plus en plus qu'il est
absolument nécessaire d'intervenir, et je suis contente que vous en
soyez arrivés à la même conclusion.
Quoique vous ayez soulevé des questions qui demeurent
incertaines, il me semble que l'on peut résumer vos propos de la
façon suivante: professionnellement, je suis mal à l'aise de ne pas
pouvoir vous donner une opinion ferme. Ai-je bien interprété vos
propos?
M. Laird Hunter: Tout à fait, sur ce point. Je sais qu'au
début de nos discussions, dans notre comité, nous nous sommes
justement demandé quels conseils nous donnerions au sujet de ce
projet de loi. Supposons que je sois saisi d'une affaire de divorce
ou d'une affaire criminelle, je dispose alors de certaines
méthodologies qu'on m'a inculquées et auxquelles je peux me
reporter pour me forger une opinion. Dans ce cas-ci, j'examine
l'annexe et je me dis, ma foi, en fin de compte, ce qui est
applicable, c'est ce qui figure à l'article 14. Mais cela ne peut
être appliqué que si le commissaire fait un rapport et si l'on ne
parvient pas à un résultat au moyen de la médiation. C'est un
régime juridique inhabituel.
Vous avez donc absolument raison. Notre malaise tient en
partie à la nouveauté de l'affaire, mais aussi à son caractère
inhabituel.
Mme Sue Barnes: Oui.
Je m'adresse maintenant à Mme MacDonald. Vous avez dit très
clairement qu'il est difficile d'essayer de mettre en pratique une
mesure aussi nouvelle que celle-ci en l'absence de ressources
suffisantes, et que le commissaire à la protection de la vie privée
doit jouer plusieurs rôles différents. C'est donc quelque chose
d'assez nouveau puisque la même personne peut être à la fois
chargée de renseigner et de faire enquête, de déclencher l'affaire
et d'en tirer les conclusions. Nous ne sommes pas en présence d'une
mesure de droit pénal.
J'en reviens à votre réponse au sujet des pouvoirs de
perquisition et de vérification. Cet aspect influerait-il sur votre
analyse de la situation? Nous avons entendu les témoignages d'au
moins deux personnes qui ont dit avoir de graves inquiétudes à ce
sujet, alors même que ce que nous essayons de faire, c'est
d'instaurer une certaine protection de la vie privée, assortie
d'une certaine souplesse, sachant qu'il pourrait y avoir d'énormes
écarts dans les ressources en la matière.
Certains détails pouvant donner lieu à des plaintes sont
tellement mineurs. Imaginez que vous êtes un acheteur potentiel,
que vous faites l'objet d'une pêche aux renseignements et que l'on
finit par vendre de l'information sur vous qui peut être utile en
marketing. Il y a en français une expression: Est-ce que cela vaut
la peine? Je vous pose la question: Trouvez-vous que cela vaut la
peine?
Je vous demande votre opinion là-dessus et je peux vous dire
que je n'ai pas trouvé de réponse à cette question.
• 1655
Mme Mairi MacDonald: Je pense que la meilleure réponse que je
puisse vous donner, c'est de vous remercier d'avoir ajouter un
élément à la liste des questions auxquelles nous devrons réfléchir
afin de répondre à la question de Mme Jennings. Je suis désolée si
ma réponse ressemble à une boutade; ce n'était pas mon intention.
Il est certain qu'il y a lieu d'y réfléchir.
Le commissaire à la protection à la vie privée a une tâche
énorme. Nous avons dit dans notre mémoire que si la mesure est
adoptée, il est important qu'elle soit respectée par les
particuliers et les organisations auxquelles elle s'applique,
qu'elle soit perçue comme juste et qu'il y ait une certaine équité
dans la procédure qui y est associée. En tant qu'avocats, nous
appliquons la règle de droit pour déterminer si ce qu'on nous
présente constitue un compromis acceptable relativement aux droits
qui sont en cause, et les éléments que vous avez énumérés font
assurément partie de cette équation.
Mme Sue Barnes: De plus, on s'est certainement efforcé de ne
pas y aller trop lourdement. On peut toujours accorder des mandats
longs comme le bras, mais ce n'est pas notre méthode. Dans votre
mémoire, vous précisez d'ailleurs exactement les deux raisons pour
lesquelles nous n'avons pas adopté cette approche. Si vous voulez
que quelque chose se fasse tout de suite, et pas dans dix ans... la
norme de l'industrie, le modèle existe déjà et il utilise, dans une
grande mesure, des termes précatifs, des obligations qui n'en sont
pas vraiment, et il est imprégné de cette philosophie. Cela a posé
un problème sur le plan de la rédaction. Cela va poser un problème
d'interprétation, mais en fin de compte, c'est un progrès à partir
de la case départ.
Je vous pose la question que j'ai posée aux deux témoins qui,
je crois, étaient de bonne foi et voulaient protéger leurs propres
intérêts commerciaux, et qui sont venus nous dire, écoutez, ce
n'est peut-être pas juste. Je pense que nous devons voir le revers
de la médaille et répondre à cela: juste pour qui? Comme dans toute
chose, il faut dans ce projet de loi trouver le juste milieu.
Voilà donc ce que j'avais à dire. Je vous remercie de nous
avoir fait part de vos préoccupations et de vous efforcer de nous
proposer des solutions.
La présidente: Merci, madame Barnes.
Voulez-vous répondre, monsieur Hunter?
M. Laird Hunter: Brièvement, et j'en reviens à votre question
originale.
Ma première réaction est que beaucoup de tribunaux
administratifs ont une juridiction limitée à des domaines
spécifiques, tandis qu'ici nous avons affaire à une juridiction
très large et à un domaine immense. On a naturellement tendance à
se dire que cela ouvre la porte aux abus et c'est ce qui nous amène
à exprimer des inquiétudes, mais vous pouvez avoir l'assurance que
nous allons examiner l'affaire de façon détaillée à votre
intention.
La présidente: Merci.
Monsieur Lowther.
M. Eric Lowther: Merci, madame la présidente.
Mon collègue du Bloc a mentionné—et nous l'avons aussi
entendu dire dans un témoignage antérieur—qu'au Québec, la
législation sur la protection de la vie privée est plus sévère que
ce que l'on propose ici et l'on nous a dit que si jamais les
tribunaux devaient décider laquelle des deux lois a préséance, la
loi fédérale ébranlerait probablement ce que le Québec a mis en
place.
Qu'en est-il? Cette mesure empiète-t-elle sur la législation
provinciale en matière de protection de la vie privée, à votre
avis?
Je sais que j'aborde une question différente, mais si les
provinces veulent aller plus loin et tenter de faire respecter leur
législation, cette loi-ci leur ferait-elle obstacle parce que c'est
en quelque sorte une nouvelle ingérence dans un domaine où la
législation fédérale ne s'était pas aventurée auparavant?
Ce doit être une bonne question, vous avez tous l'air embêté.
M. Laird Hunter: Je suis embêté parce que je ne suis pas sûr
de bien comprendre comment cette question juridique pourrait se
poser. Comme je l'ai dit tout à l'heure, si le gouvernement fédéral
exerce ses pouvoirs en matière de commerce et si une province
exerce ses pouvoirs en matière du droit des biens et des droits
civils, et si le gouvernement fédéral décrète aux termes du
paragraphe 27(2) qu'il renonce à exercer ses pouvoirs en matière de
commerce, alors il n'y a pas de conflit. C'est d'ailleurs vrai pour
une vaste gamme de domaines aux termes de la Constitution.
Je pense que la situation que vous évoquez pourrait seulement
surgir si une province adoptait une loi et que le gouvernement
fédéral n'accordait pas d'exemption. Telle n'est pas l'intention du
projet de loi tel qu'il est rédigé. Le seul domaine où il pourrait
y avoir des normes différentes est celui des entreprises sous
réglementation fédérale et, comme je l'ai dit tout à l'heure, cela
se rapproche beaucoup des questions relatives au code du travail.
• 1700
La présidente: Madame MacDonald.
Mme Mairi MacDonald: Pour ajouter à ce que Laird vient de
dire, je veux m'assurer de vous avoir bien compris. Vous craignez
que cette mesure rabaisse les normes d'une certaine façon, que
l'adoption de ce projet de loi accordant ce degré de protection
pourrait en quelque sorte abaisser le niveau de protection que
d'autres instances voudraient établir. Est-ce bien la question que
vous posez?
M. Eric Lowther: Essentiellement, oui, si...
Mme Mairi MacDonald: Je pense que la réponse à cette question
est non. Évidement, la loi évolue avec le temps et le législateur
examine ce qui se fait ailleurs avant de rédiger une loi. On
vérifie les précédents et on réfléchit à la façon d'aborder une
question, surtout quand il s'agit de sujets aussi complexes. Les
fonctionnaires vous ont certainement parlé des autres instances
qu'ils ont prises en compte.
En fin de compte, toute assemblée législative doit examiner
quels sont ses pouvoirs et quels sont ses objectifs avant de
rédiger une loi traitant d'une situation donnée. Comme nous l'avons
dit tout à l'heure à M. Dubé, les pouvoirs énoncés dans le Code
civil du Québec, autant sur le plan du partage constitutionnel des
pouvoirs que sur le plan de la structure et de la mentalité, si
l'on peut dire, sont différents des pouvoirs, de la structure et de
la mentalité du gouvernement fédéral tels que reflétés dans ce
projet de loi, et ce serait également différent dans la province de
Saskatchewan si celle-ci devait légiférer en présence d'une
situation semblable.
Par ailleurs, tout législateur responsable doit évidement,
comme vous le savez, se pencher sur les faits tels qu'ils sont au
moment de légiférer.
Je ne pense pas que vous ayez lieu de vous inquiéter pour ce
qui est de rabaisser les normes.
M. Eric Lowther: Vous dites donc que le partage des pouvoirs
constitue essentiellement la ligne de démarcation, que nous n'avons
pas à nous inquiéter du chevauchement de la protection des
renseignements parce que c'est l'intention du législateur et que
les pouvoirs conférés aux diverses assemblées sont les facteurs
déterminants.
Mme Mairi MacDonald: Naturellement, quand il s'agira de donner
notre interprétation à un client, nous devrons, en tant qu'avocats,
nous inquiéter précisément de savoir s'il y a chevauchement ou non,
et nous donnerons un avis juridique en fonction de la situation
particulière.
Mais je pense qu'en général, c'est bien cela: chaque assemblée
législative doit agir en conformité de ses pouvoirs et de ses
objectifs.
M. Laird Hunter: Je pense que ce que souhaite l'association a
été exprimé dans le témoignage de M. Alan Young, qui a comparu
devant vous il y a quelques jours et qui a dit ceci:
Comme il y a partage des responsabilités dans la Constitution entre
les divers types d'établissements financiers et comme ces
établissements empiètent de plus en plus sur leurs champs
d'activité respectifs, il y a des chevauchements. Nous espérons que
l'avènement du projet de loi C-54 et son adoption susciteront un
programme de coopération et d'harmonisation menant à un système de
réglementation nationale...
Notre association a adopté un point de vue très semblable,
c'est-à-dire que nous reconnaissons et respectons les aspects
constitutionnels de ce règlement national.
M. Eric Lowther: Je vous remercie pour cette réponse mûrement
réfléchie.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Lowther.
Avant de congédier nos témoins, je voudrais préciser deux ou
trois points. Nous vous sommes reconnaissants de votre mémoire
détaillé et d'avoir pris le temps d'examiner les amendements que
nous avons proposés. Le comité a pensé que la diffusion des
amendements proposés aiderait à faire avancer la discussion. Nous
prévoyons qu'aux autres étapes de l'étude du projet de loi,
notamment au Sénat, si jamais il est saisi de la mesure, la
discussion se fera à un autre niveau à cause du grand nombre
d'amendements qui ont été proposés et dont nous sommes d'ailleurs
actuellement saisis.
Hier et il y a quelques jours, nous avons entendu un certain
nombre de préoccupations, notamment au sujet du secteur de
l'assurance. Les préoccupations portaient en particulier sur la
fraude, relativement à l'article 7 et au consentement nécessaire,
ou la capacité d'utiliser des renseignements sans avoir obtenu le
consentement, et sur le libellé de cet article.
Je constate, à la lecture de votre analyse des amendements,
que l'on n'a pas dissipé toutes vos préoccupations relativement à
l'article 7. Même en tenant compte de l'amendement proposé à
l'alinéa 7(1)b), quoique cela réponde à un point soulevé par
d'autres intervenants, vous semblez dire qu'il subsiste certains
problèmes. Vous dites que le mot «offence» dans la version anglaise
est trop contraignant, mais vous ne proposez pas d'autres
solutions.
Monsieur Hunter.
M. Laird Hunter: Je m'en excuse. Nous avons bel et bien
rencontré vendredi des fonctionnaires de l'Industrie et nous avons
eu un très bon entretien au sujet de la collecte et de la
divulgation des renseignements.
• 1705
Je pense qu'il est juste de dire que nous avons proposé un
libellé—je crois savoir qu'il a été accepté, du moins en
principe—visant à remplacer en anglais le mot «offence» par
l'expression «reasonable anticipated breach of an agreement or the
laws of Canada or of a province». Il faudra modifier en conséquence
l'alinéa 7(3)c) pour stipuler la même chose relativement à la
communication du renseignement, et je crois qu'on y travaille. Nos
préoccupations ont essentiellement été formulées et acceptées, tout
au moins en partie.
La présidente: D'accord. Cette question comporte deux volets.
Nous avons entendu notamment des représentants de divers secteurs
dire qu'ils ont mis en place leurs propres codes sectoriels et
qu'ils préféraient être tenus de respecter leurs propres codes au
lieu de l'annexe 1, parce que leur code reprend les 10 principes
sur lesquels sont fondés le code type de la CSA et celui de
l'annexe 1. Je me demande quelle est votre position là-dessus.
M. Laird Hunter: Nous n'en avons pas.
La présidente: Très bien. À titre de présidente du comité et
à titre d'avocate, après avoir écouté un certain nombre de témoins,
je voudrais peut-être ajouter aux propos tenus par Mme MacDonald au
sujet de l'annexe 1. J'ai de graves réserves quant à la
multiplicité des codes, mais je suis également très troublée par le
fait que l'on pourra modifier l'annexe 1, sans consulter les
parlementaires, ce que vous semblez accepter. Cela nous pose un
problème.
Je sais que vous avez évoqué des consultations pleines et
entières. Je pense que M. Jones en a parlé tout à l'heure, quand il
a posé une question et évoqué le fait que les changements à
l'annexe 1 seraient apportés par décret du conseil. Comme un
certain nombre de membres du comité, de tous les partis, l'ont dit
à maintes et maintes reprises, nous avons de graves inquiétudes à
ce sujet.
Ces modifications devraient être étudiées au comité, qui fait
partie du processus de consultation publique. Je sais que vous avez
obtenu, grâce à vos discussions avec le ministère, l'assurance que
vous serez consultés. Nous, parlementaires, aimerions bien être
consultés également. En tant qu'avocate et que parlementaire, je
dirai, pour reprendre les propos tenus par un autre député: Qui
sait qui nous succédera? Mais je crois que quelqu'un doit avoir le
pouvoir d'examiner cela.
Madame MacDonald.
Mme Mairi MacDonald: Je le répète, l'ABC maintient que dans le
cas des grandes questions de politique publique, il doit y avoir la
plus vaste consultation possible et cette consultation doit être la
plus démocratique possible. Je pense que vous n'entendrez aucune
objection de notre part—je m'aventure encore une fois—si vous
faites une recommandation en ce sens.
Sur la question des codes sectoriels, comme M. Hunter l'a dit,
nous n'avons aucune position. Manifestement, cette mesure n'est pas
structurée de manière à reconnaître les codes sectoriels. On peut
voir cette question sous plusieurs angles. M. Hunter a évoqué le
projet de loi de l'État de Victoria, dans lequel les codes
sectoriels sont abordés sous un angle très différent par rapport à
ce que nous faisons ici, et si cela préoccupe le comité, vous
pourriez peut-être vous tourner vers cette mesure pour vous en
inspirer. Ce serait tout au moins une option.
Je crois comprendre—on me reprendra certainement si je me
trompe—que cette mesure donne aux autorités chargées de la mise en
oeuvre le pouvoir d'examiner et d'approuver un code sectoriel afin
de régler les problèmes qui peuvent se présenter dans un secteur
particulier. C'est susceptible de vous intéresser.
La présidente: Merci.
Je tiens à vous remercier tous les trois d'être venus nous
rencontrer. Je remercie tous les gens de votre secteur qui ont
étudié cette affaire au nom de l'Association du Barreau. Je vous
remercie d'avoir participé aux travaux du ministère et d'être venus
témoigner. Je sais que vous avez des contraintes de temps.
Nous devons maintenant étudier une motion et je vous donne
donc congé. Nous allons poursuivre la séance du comité.
Les députés
devraient avoir l'ordre du jour sous les yeux. Nous allons nous
pencher sur une motion, mais auparavant, je voudrais vous parler du
voyage prévu pour lundi. Ce voyage nous pose quelques difficultés.
À l'heure actuelle, nous n'avons pas un nombre égal de députés de
l'opposition et de députés du gouvernement en prévision de ce
voyage. Je le regrette, mais je l'ignorais et je n'ai pas demandé
à d'autres députés de l'opposition de venir avec nous.
Malheureusement, nous devrons remettre ce voyage à une date
ultérieure.
De plus, un certain nombre de députés m'ont fait part de leurs
préoccupations au sujet du projet de loi C-54. Ils ne croient pas
qu'ils auront suffisamment de temps pour vider la question avant
mardi, date à laquelle nous sommes censés procéder à l'étude
article par article.
Je demande donc à la greffière de remettre ce voyage au lundi
26 avril, soit le troisième lundi après le congé. Malheureusement,
nous n'avons pas le choix. Je veux simplement avertir tout le monde
que nous devons remettre ce voyage. Il faudra reformuler la motion,
et le greffier va s'en occuper, afin de la présenter de nouveau au
comité de liaison. Je ne prévois pas de problème. Mais je tiens à
m'excuser auprès de tous pour les contraintes que ce changement
vous impose.
• 1710
Bref, nous n'avons pas le nombre voulu de députés pour partir
lundi. La prochaine fois, il faudra mieux diffuser le message. S'il
y a des députés de l'opposition qui ne veulent pas participer, il
serait bon, pour que nous puissions envoyer un nombre suffisant de
députés ministériels, que vous cherchiez des remplaçants pour le 26
avril. Si l'un de vous n'est pas disponible ou ne tient pas
vraiment à faire ce voyage, alors je vous serais reconnaissante de
trouver un remplaçant pour que les députés ministériels puissent y
aller.
Cela dit, nous devons maintenant étudier les travaux futurs.
Si tout le monde est d'accord, je voudrais donc passer à la motion
sur la visite de l'agence spatiale et je voudrais le faire tout de
suite.
Nous n'avons pas donné le préavis exigé de 48 heures, mais si
tout le monde est d'accord, nous pourrions adopter dès aujourd'hui
une motion visant à remettre ce voyage au lundi 26 avril. Et nous
demandons de nouveau les fonds nécessaires, soit 2 003 $, et la
permission que le comité soit accompagné du personnel nécessaire.
M. Stan Keyes (Hamilton-Ouest, Lib.): J'en fais la
proposition.
La présidente: La motion est proposée par M. Keyes, appuyé par
Mme Jennings.
(La motion est adoptée—voir Procès-verbaux)
La présidente: Monsieur Dubé.
[Français]
M. Antoine Dubé: Je suis d'accord sur la motion,
mais j'ai une petite question. On parle d'un
autobus, je crois. Je sais, par ailleurs, qu'il est
impossible d'amener les recherchistes. Pour ma part,
je pense qu'il aurait été intéressant que nous
puissions amener nos adjoints.
Ils travaillent avec nous. Il
serait intéressant de les admettre si
cela n'entraînait pas de coûts supplémentaires.
[Traduction]
La présidente: Non, en fait, les attachés de recherche se
préparent à y assister avec nous, puisque, de toute manière, c'est
un autobus de la même taille. Ce qu'il nous faut, toutefois, c'est
un nombre suffisant de députés. Nous avons les attachés de
recherche qui sont disposés à venir avec nous. De fait, deux
d'entre eux, sauf erreur, devaient venir lundi et je prévois donc
qu'ils seront présents.
[Français]
M. Antoine Dubé: Je parle de nos adjoints.
[Traduction]
La présidente: Vous voulez dire votre propre personnel?
[Français]
M. Antoine Dubé: Ceux du
Parlement. Je parle de nos recherchistes à Mme Lalonde
et moi. Ce sont nos employés à Ottawa.
Nous avons une personne par député.
[Traduction]
La présidente: Eh bien, il nous faudra...
[Français]
M. Antoine Dubé: Plutôt que des recherchistes...
[Traduction]
La présidente: ...examinez cela, monsieur Dubé. Je vais
vérifier combien de sièges il y a dans l'autobus et quel nombre
serait jugé raisonnable. Bien sûr, nous allons vérifier tout cela
avant le 26 avril. La greffière devra s'en occuper, parce que nous
ne savons pas exactement comment les dépenses seront... comment
nous pouvons accommoder cela à même le budget d'un comité. Mais
nous vous en reparlerons la semaine prochaine.
La parole est à M. Jones.
M. Jim Jones: Je suppose que je peux seulement lire la motion,
n'est-ce pas? Ou proposer qu'elle soit tenue pour lue.
La présidente: Tenue pour lue? D'accord.
M. Stan Keyes: Très bien.
La présidente: Voulez-vous nous en parler, monsieur Jones?
M. Jim Jones: Eh bien, puis-je le faire? On ne m'a pas permis
d'intervenir dans le cas des autres motions.
La présidente: Avez-vous l'intention de parler ou de lire?
M. Jim Jones: Eh bien, je vais lire un texte.
À mon avis, l'industrie aéropostale canadienne mérite une
réponse claire là-dessus. Selon la décision qui a été rendue la
semaine dernière par l'OMC, certains éléments du programme
Partenariats technologiques Canada constituent une subvention
illégale. Je crois que ce programme a beaucoup aidé. Environ
60 000 personnes travaillent dans cette industrie. Depuis 1996, le
programme PTC a investi près de 600 millions de dollars dans
67 projets. Je trouve que c'est important et que cette décision va
probablement nuire à cette industrie si nous ne trouvons pas
d'autres solutions pour en assurer la viabilité. Je pense que nous
devrions nous pencher sur la question.
La présidente: M. Lastewka, et ensuite M. Shepherd.
M. Walt Lastewka: Merci, madame la présidente.
Certaines des observations de M. Jones sont inexactes. Le
programme PTC n'a pas été contesté. La subvention pour le jet
régional, qui constitue un élément infime du programme PTC, a été
contestée.
• 1715
De fait, nous ne savons pas encore très bien si nous allons en
appeler. Le ministre étudie la décision qui a été rendue. Nous
pourrions aller en appel. Nous pourrions aussi laisser tomber. Nous
pourrions apporter certains changements mineurs à la portion du
programme qui vise le jet régional et il s'agirait seulement
d'apporter une précision relativement à la R-D applicable aux
exportations.
Je pense donc qu'il serait prématuré pour nous de commencer à
fouiller ce dossier et à faire des hypothèses. J'ignore si vous
avez eu l'occasion de lire le texte intégral du document, ou bien
si ce sont vos attachés de recherche qui l'ont fait. Je ne vois
aucune raison de faire cela maintenant. Nous entendrons le ministre
la première semaine de mai. Vous pourrez alors lui poser toutes les
questions que vous voudrez. Il est très prématuré de se lancer dans
une étude de cette question dès maintenant. Je voterai contre.
La présidente: Monsieur Shepherd, vous vouliez intervenir.
M. Alex Shepherd: Oui, je ne fais que répéter ce qu'a dit
M. Lastewka. D'après moi, ce serait un peu prématuré de notre part,
parce que le ministre a toujours le pouvoir d'en appeler.
Deuxièmement, si nous entamons un débat ici, la chose que vous
craignez peut bel et bien arriver; c'est-à-dire, la création d'une
plus grande incertitude au sein de l'industrie en ce qui concerne
le Programme de partenariats technologiques. Et, comme on l'a déjà
indiqué, ce n'est qu'un petit volet du programme qui est contesté
par l'OMC.
D'après moi, c'est trop tôt et je crois qu'un long débat sur
la question pourrait même nuire à l'industrie.
M. Jim Jones: La dernière fois qu'un membre du Parti
réformiste a présenté une telle motion, on a dit au comité qu'il
serait peu prudent de tenir des audiences avant la production du
rapport final. On nous a dit à ce moment-là que ce serait
prématuré.
La présidente: Monsieur Jones, je tiens à préciser qu'à ce
moment-là, il n'y avait aucune décision, on n'avait pas de décision
officielle, et il s'agissait d'une motion de M. Pankiw, si je ne me
trompe pas.
Comme M. Lastewka l'a déjà expliqué, il y a un processus
d'appel. Par conséquent, ce serait sans doute toujours prématuré de
notre part d'intervenir avant la fin du processus d'appel.
Le libellé de votre motion contient le mot «immédiatement».
Pourriez-vous me préciser pourquoi, parce que nous avons déjà
indiqué, à plusieurs reprises, les engagements de notre comité, et
nous accordons toujours la priorité au projet de loi. De toute
façon, nous ne serions pas en mesure d'examiner cette motion avant
d'étudier le projet de loi C-235, et nous nous sommes déjà engagés
à examiner certaines de vos motions en étudiant le Budget principal
des dépenses. J'imagine qu'il va falloir...
M. Jim Jones: Je serais prêt à supprimer le mot
«immédiatement» de la motion. De plus, je dirais qu'on pourrait
l'étudier en temps opportun, lorsque nous aurons le temps de le
faire. Mais il va falloir l'examiner.
L'autre chose, c'est le communiqué. Je crois que le ministre
a dit qu'il s'agissait d'une victoire pour le Canada, mais, au
fond, le Brésil n'est pas du tout du même avis.
La présidente: Très bien. Monsieur Keyes. Walt.
M. Walt Lastewka: Cela ne vaut pas la peine d'avoir un tel
débat au comité pour cette raison. Laissons les autres des deux
camps en débattre, et s'il y a appel, très bien. Après l'appel, on
pourra s'en occuper. En débattre aujourd'hui nuira à nos démarches,
à mon avis.
La présidente: Monsieur Keyes.
M. Stan Keyes: Madame la présidente, que l'on mette la
question aux voix.
La présidente: Monsieur Jones, voulez-vous que l'on vote sur
votre amendement? On propose de supprimer le mot «immédiatement».
M. Jim Jones: Oui.
(L'amendement est rejeté)
M. Jim Jones: Puis-je avoir un vote par appel nominal sur
cette motion?
La présidente: Sur cette motion, très bien. La greffière va
maintenant procéder à un vote par appel nominal.
(La motion est rejetée par 6 voix contre 3—Voir Procès-
verbaux)
• 1720
La présidente: Merci beaucoup.
Monsieur Lowther.
M. Eric Lowther: Madame la présidente, je ne sais pas si vous
allez permettre une telle chose, mais je demanderais au comité de
tenir compte de quelque chose qui est inscrit à l'ordre du jour, à
savoir le projet de loi C-235.
La présidente: Le projet de loi C-235.
M. Eric Lowther: C'est un projet de loi qui provient de
Dan McTeague. Il a apporté des amendements considérables à ce
projet de loi. Par l'entremise de ses amendements, il a
essentiellement rédigé ce projet de loi de nouveau. Je sais que le
greffier parlementaire va, à la suite d'une évaluation, décider
s'il s'agit du même projet de loi. Je propose d'abord qu'on ne
l'étudie même pas en raison des changements draconiens qui y ont
été apportés. Deuxièmement, si nous devons l'étudier, il faut nous
accorder plus de temps. Je comprends qu'il y a des dates limites à
respecter, mais il faut dire que la portée de ce projet de loi a
subi un changement énorme.
M. Stan Keyes: Ce n'est pas un comité directeur, madame la
présidente.
La présidente: Non, mais je veux que tous les membres du
comité comprennent qu'est-ce qui se passe. Nous n'avons que deux
semaines pour étudier ce projet de loi. Ce n'est pas un manque de
temps qui pose le problème; c'est plutôt la loi qui détermine le
temps prévu pour les projets de loi émanant des simples députés.
Étant donné que c'est l'ancien régime, et non pas le nouveau
régime, qui s'applique à ce projet de loi, on ne peut pas demander
un prolongement de 30 jours. Je sais que certains témoins ont fait
croire aux membres du comité que c'était le cas, mais leurs
recherches, et je suis désolée de vous le dire, n'étaient pas
correctes. Nous devons terminer l'examen de ce projet de loi, où il
sera réputé avoir été adopté.
Si le greffier parlementaire qui examine le projet de loi—je
ne vous parle pas de notre greffière, mais plutôt du greffier
parlementaire qui, à l'heure actuelle, examine le projet de
loi—considère que ces amendements modifient le fond du projet de
loi, il va déclarer qu'ils seront irrecevables, ce qui veut dire
que le projet de loi ira de l'avant sans amendement.
J'ai demandé à M. McTeague de déposer ses amendements à
l'avance, aux fins de notre discussion, en raison des contraintes
de temps. Il s'est conformé à ma demande. S'il est établi que ses
amendements sont irrecevables, le projet de loi doit franchir les
étapes tel quel, de sorte qu'il passera à... Tous les témoins sont
prêts à procéder, ou bien on leur a demandé de procéder en se
fondant sur le projet de loi tel qu'il était formulé avant les
amendements proposés.
Il a proposé ces amendements. Si on décide qu'ils sont
recevables, nous devrons toujours procéder. Nous n'avons aucun
choix quant à la date limite. Je vous présente mes excuses, mais
nous ne pouvons pas faire grand-chose quant à la date limite... je
veux que tout le monde comprenne la situation, parce que je sais
qu'on va vous en parler. J'ai expliqué aux témoins qui sont venus
me voir que nous avons une date limite et qu'il faut travailler en
fonction de cette date limite. Je leur ai indiqué la date de
comparution. Certains témoins ont dit qu'il leur serait impossible
d'examiner ces modifications, qu'il leur faudrait des heures et des
journées pour le faire et qu'il faudrait dépenser beaucoup d'argent
pour faire la recherche. Ils ont le droit de comparaître devant le
comité et de dire ce qu'ils en pensent, et nous allons leur
permettre de s'exprimer devant le comité, et nous allons tenir
compte de leurs points de vue, j'en suis certaine.
Mais cela étant dit, nous devons achever l'examen de ce projet
de loi avant la date limite. Le projet de loi sera réputé avoir été
adopté si nous n'en faisons pas l'étude. Par conséquent, nous
n'avons aucun choix. Nous devons aller de l'avant.
Monsieur Jones.
M. Jim Jones: Oui. J'allais dire qu'il a tout transformé dans
ce projet de loi, sauf une ligne.
La présidente: Soyons honnêtes. Ce sont des propositions
d'amendements que le comité, si l'on décide qu'ils sont recevables,
pourra par la suite adopter ou rejeter. Il ne peut pas changer le
projet de loi de façon unilatérale. Il faut se rappeler de ce fait.
Suivons le processus, tel qu'il est.
Je ne veux pas vraiment entamer un débat sur ce qui va se
passer. Je voulais simplement expliquer le processus. Espérons que
nous allons connaître demain la décision du greffier parlementaire
si oui ou non les amendements sont recevables. La greffière vient
de m'informer qu'on devrait avoir une décision d'ici demain après-
midi. Par conséquent, nous devrions avoir une réponse lors de notre
séance qui va avoir lieu demain après-midi. À ce moment-là, nous
pourrons rentrer chez nous pour y réfléchir. Nous n'avons pas le
choix. Nous devrons aller de l'avant.
Monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka: Je veux simplement parler du processus. Si
j'ai bien compris le processus, le projet de loi nous arrive tel
qu'il a été rédigé lorsqu'il a été présenté à la Chambre. Le projet
de loi arrive ici, nous pouvons entendre des témoins et ensuite
proposer des amendements, qu'il faut déposer auprès du greffier à
n'importe quel moment. Lorsque nous sommes prêts à examiner ces
amendements, il faut d'abord les proposer et ensuite on votera pour
ou contre. C'est le processus, n'est-ce pas?
La présidente: Oui. C'est ce que nous faisons ici. Mais j'ai
demandé à M. McTeague, s'il voulait proposer des amendements, de
nous les soumettre à l'avance en raison de la date limite, pour
nous permettre de les examiner. Néanmoins, le greffier
parlementaire pourra décider que ces amendements sont recevables ou
irrecevables, et cela fait partie du processus normal.
Monsieur Lowther.
M. Eric Lowther: Je tiens à vous remercier d'avoir écouté ces
points de vue, et je veux également vous remercier d'avoir expliqué
en détail ce processus pour que tout le monde comprenne ce qu'il en
est. Je vous remercie.
La présidente: Madame Jennings.
Mme Marlene Jennings: Je tiens à vous remercier également.
J'ai l'impression que certains membres ici autour de la table ne se
rendent pas compte que c'est précisément à cause du processus que
vient de décrire Walt que ces amendements proposés auraient pu nous
arriver à la dernière minute, après toutes les audiences. En
demandant que ces amendements nous soient présentés pour que l'on
puisse établir s'ils sont recevables ou non, la présidente nous a
fait économiser pas mal de temps. Merci beaucoup, madame la
présidente.
La présidente: Merci beaucoup.
La séance est levée.