STANDING COMMITTEE ON INDUSTRY
COMITÉ PERMANENT DE L'INDUSTRIE
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mardi 16 mars 1999
• 1537
[Traduction]
La présidente (Mme Susan Whelan (Essex, Lib.)): La séance est
ouverte pour l'étude, conformément à l'ordre de renvoi de la
Chambre daté du mardi 3 novembre 1998, du projet de loi C-54, Loi
visant à faciliter et à promouvoir le commerce électronique en
protégeant les renseignements personnels recueillis, utilisés ou
communiqués dans certaines circonstances, en prévoyant
l'utilisation de moyens électroniques pour communiquer ou
enregistrer de l'information et des transactions et en modifiant la
Loi sur la preuve au Canada, la Loi sur les textes réglementaires
et la Loi sur la révision des lois.
Je souhaite la bienvenue à nos témoins de cet après-midi. Je
m'excuse du léger retard, mais nous devions attendre l'arrivée des
membres de l'opposition.
M. Stan Keyes (Hamilton-Ouest, Lib.): Vous n'avez pas à vous
excuser, madame la présidente.
La présidente: Comme ils sont maintenant arrivés, nous allons
commencer.
C'est avec plaisir que nous accueillons des représentants du
Service anti-crime des assureurs, de la Coalition canadienne contre
la fraude à l'assurance, du Centre d'information en assurances du
Canada et du Council of Private Investigators.
Je propose que chacun des témoins fasse un exposé. Je sais
qu'ils ont tous fourni à l'avance des mémoires détaillés. Ils
pourraient peut-être limiter leur déclaration à environ cinq
minutes parce que nous avons beaucoup de questions à poser, j'en
suis sûre.
Cela dit, je vais donner la parole aux témoins dans l'ordre où
ils figurent sur la liste, à moins qu'ils en aient convenu
autrement.
Monsieur Garand.
M. Gerry Garand (vice-président administratif et
président-directeur général, Service anti-crime des assureurs): Le
Service anti-crime des assureurs, le SACA, tient tout d'abord à
remercier le ministre de l'Industrie ainsi que les membres de votre
comité de lui donner l'occasion de présenter son point de vue sur
le projet de loi C-54, Loi sur la protection des renseignements
personnels et les documents électroniques.
Le SACA est un organisme qui a pour mission principale d'aider
l'industrie de l'assurance et les autorités gouvernementales à
prévenir, détecter et réprimer les crimes qui entraînent, ou
peuvent entraîner, des décès, des pertes, des blessures corporelles
ou des dommages matériels. Le SACA apporte également un soutien
constant aux forces policières et aux autorités gouvernementales
provinciales, nationales et internationales dans la lutte contre le
crime.
Si le projet de loi C-54 devait être adopté dans la version
proposée, de nombreux conflits de compétence avec les lois
provinciales seraient à prévoir. Même si le gouvernement fédéral
décidait, par application de l'alinéa 27(2)d), de soustraire les
entreprises d'une province à l'application de la loi fédérale,
celle-ci continuerait vraisemblablement de s'appliquer dans de
nombreuses situations, par exemple dans le cas des renseignements
personnels qui sont transmis par un organisme à son siège social ou
à un bureau situé dans une autre province.
Il est également prévisible qu'il sera nécessaire de tenir
compte des deux lois lorsque des renseignements personnels seront
échangés entre une entreprise fédérale et une entreprise de
compétence provinciale.
• 1540
Le SACA est d'avis que, dans sa forme actuelle, le projet de
loi C-54 est susceptible de causer de nombreux conflits de
compétence dont les entreprises et les organisations canadiennes
risquent de faire les frais, au détriment de l'ensemble des
citoyens canadiens.
Par exemple, l'alinéa 4(1)a) du projet de loi, qui vise les
renseignements personnels qu'une organisation recueille, utilise ou
communique dans le cadre d'activités commerciales, nous semble
clairement empiéter sur la compétence exclusive des provinces.
Les dispositions qui établissent le champ d'application du
projet de loi C-54 devraient donc être révisées et précisées de
manière à s'appliquer exclusivement aux entreprises qui relèvent de
la compétence fédérale et aux renseignements personnels transmis à
l'extérieur d'une province ou du pays.
Le paragraphe 7(1) du projet de loi C-54 prévoit les seules
exceptions permettant à une organisation de recueillir des
renseignements personnels sans le consentement de la personne
concernée. À l'étape de la souscription, les assureurs consultent
habituellement la banque de données du SACA qui contient des
informations sur les réclamations de plus de 3 000 $ et celles de
nature suspecte afin de mieux évaluer le risque qu'ils s'apprêtent
à assurer. Ces vérifications donnent lieu à la fois à la collecte
de renseignements personnels par l'assureur et la communication de
renseignements personnels par le SACA.
L'obligation pour un assureur d'obtenir, à cette étape, le
consentement de l'assuré pour vérifier les antécédents de sinistre
de l'assuré présente de sérieuses difficultés puisque, dans la
majorité des cas, le contrat d'assurance de dommages est négocié au
téléphone et que la police n'est transmise à l'assuré
qu'ultérieurement.
Pour obvier à cette difficulté, le projet de loi C-54 devrait
prévoir qu'une organisation, lorsqu'elle ne peut raisonnablement
obtenir au préalable le consentement, exprès ou implicite, pour la
collecte, l'utilisation ou la communication de renseignements
personnels, puisse en avertir les personnes concernées plus tard.
De plus, en raison de sa mission particulière, le SACA devrait
se voir reconnaître spécifiquement dans la loi le droit de compiler
des données sur les antécédents de sinistre des assurés en vue de
les communiquer sans consentement aux assureurs pour des fins de
souscription.
Une dérogation semblable existe au Québec à l'heure actuelle
en faveur du Groupement technique des assureurs, qui exerce des
fonctions analogues à celles du SACA.
Enfin, lorsque l'assuré présente une demande d'indemnisation,
à la suite d'un vol ou de la perte d'un bien, l'assureur doit
généralement procéder à une enquête ou à des vérifications. Pour
enquêter de façon efficace, le SACA doit recueillir des
renseignements personnels auprès de tiers, comme les employeurs de
l'assuré, les bureaux de crédit, les voisins et des témoins.
L'obtention du consentement pour la collecte et la communication de
renseignements personnels, dans ce contexte, n'est pas toujours
possible ou souhaitable.
En matière de communication de renseignements personnels,
c'est également la règle du consentement qui s'applique. Cependant,
le projet de loi C-54 prévoit un certain nombre d'exceptions à
cette règle. La liste des exceptions nous semble toutefois
insuffisante. Une organisation devrait être en mesure de
communiquer des renseignements personnels sans consentement à un
avocat, à un notaire ou à un conseiller juridique, non seulement
pour un litige, mais également en vue d'obtenir un avis juridique.
De même, il nous semble qu'une organisation devrait être en
mesure de communiquer ou d'échanger des renseignements personnels
avec une autre entreprise ou organisation dans le but de prévenir,
de détecter ou de réprimer le crime, la fraude ou les infractions
à la loi. Or, l'alinéa 7(3)d) du projet de loi C-54 ne s'applique
qu'à la communication de renseignements personnels à un organisme
d'enquête, sur l'initiative de l'organisation qui détient les
renseignements.
Le projet de loi fédéral reconnaît à toute personne le droit
de prendre connaissance des renseignements personnels qu'une
organisation possède à son sujet. Sont également prévues six
exceptions à cette règle.
Le SACA est d'avis que cette liste d'exceptions est
incomplète. On devrait aussi prévoir qu'une organisation n'est pas
tenue de communiquer des renseignements personnels lorsque leur
divulgation est susceptible de nuire à une enquête ayant pour objet
la prévention, la détection ou la répression du crime, de la fraude
ou d'infractions à la loi.
• 1545
En fait, lorsqu'une enquête est en cours, il n'est pas
possible de permettre à la personne concernée de prendre
connaissance de son dossier sans que la conduite de cette enquête
ne soit compromise.
De même, lorsque la divulgation est susceptible d'avoir un
effet sur une procédure judiciaire, il devrait être permis de
refuser l'accès aux renseignements. On comprendra facilement qu'une
organisation impliquée dans un litige, en cours ou éventuel, ne
devrait pas être injustement désavantagée par rapport à la partie
adverse, et que les règles de preuve des tribunaux doivent
s'appliquer en pareils cas.
En ce qui a trait aux recours qui peuvent être exercés devant
le commissaire à la protection de la vie privée et aux pouvoirs de
ce dernier, le SACA est d'avis que le délai prescrit pour déposer
une plainte auprès du commissaire devrait être de trente jours. De
plus, le commissaire à la protection de la vie privée ne devrait
pas avoir de pouvoirs à l'égard des dispositions du code CSA qui
prévoit des recommandations.
Enfin, le commissaire à la protection de la vie privée devrait
être tenu de donner un avis avant de procéder à une inspection ou
à une vérification auprès d'une organisation.
Nous vous remercions de votre attention, et nous sommes
disposés à répondre aux questions que vous voudrez bien nous poser
plus tard.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Garand.
Je cède maintenant la parole à Mme O'Reilly, directrice
générale de la Coalition canadienne contre la fraude à l'assurance.
Mme Mary Lou O'Reilly (directrice générale, Coalition
canadienne contre la fraude à l'assurance): Merci beaucoup.
Bon après-midi, au nom de la Coalition canadienne contre la
fraude à l'assurance, je vous remercie de nous recevoir cette
après-midi.
Notre organisme, fondé en 1994, a le mandat de mettre en
oeuvre une série de mesures visant à réduire la fraude liée à
l'assurance des maisons, des automobiles et des entreprises du
pays. Évidemment, la coalition regroupe des compagnies d'assurance,
mais elle compte également parmi ses membres et au sein de son
conseil d'administration des représentants d'organismes comme
l'Association canadienne des chefs de police et l'association
canadienne des commissaires aux incendies. L'Association des
consommateurs du Canada siège également à notre conseil
d'administration. Même l'Association cycliste canadienne fait
partie de notre coalition contre la fraude.
Depuis quatre ans et demi, nous oeuvrons essentiellement dans
trois grandes sphères d'activité. Premièrement, nous aidons nos
compagnies membres à adopter des pratiques commerciales leur
permettant de lutter le plus efficacement possible contre la
fraude.
Deuxièmement, nous avons effectué beaucoup de recherches sur
le cadre juridique dans lequel nos compagnies s'emploient à
prévenir la fraude à l'assurance et enquêtent à ce sujet, et nous
les avons conseillées dans ce domaine.
Notre dernier champ d'activité est probablement celui où nos
efforts ont été les plus fructueux à ce jour, l'information du
public. Nous croyons que la coalition contre la fraude a réussi à
sensibiliser les Canadiens au fait que la fraude à l'assurance est
un crime.
Par exemple, quand nous avons commencé notre travail de
sensibilisation, 20 p. 100 des Canadiens, c'est-à-dire un Canadien
sur cinq, considérait que la fraude à l'assurance était acceptable.
Aujourd'hui, ce chiffre n'est plus que de 4 p. 100. J'admets que la
société en général est de plus en plus intolérante face à la
fraude, mais nous aimerions croire que notre coalition a contribué
à faire changer les mentalités.
Notre organisme ne fait pas d'enquêtes sur les fraudes. Ces
activités sont évidemment du ressort du Service anti-crime des
assureurs et d'autres enquêteurs privés qui sont ici aujourd'hui
pour témoigner. Par contre, je peux vous en dire long sur les coûts
et les conséquences de la fraude à l'assurance au Canada.
Nous estimons cette fraude à 1,3 milliard de dollars par
année. Pour vous donner une idée de ce que cela représente, c'est
10 à 15 p. 100 du montant des primes. Nous payons tous pour les
dommages causés par la fraude.
Sur les 1 000 $ que vous déboursez chaque année pour assurer
votre maison, votre voiture, ou les deux, il y a un montant de 100
à 150 $ qui sert à payer les dommages causés par la fraude à
l'assurance.
Évidemment, cette somme ne tient pas compte de ce qu'il en
coûte à la société, le montant d'un milliard de dollars par année
qui sert à payer pour les examens médicaux que doivent subir des
gens victimes de fraudes, l'engorgement des tribunaux ou le travail
des pompiers qui risquent leur vie pour combattre des incendies
criminels. Tout cela coûte très cher non seulement aux assurés mais
aussi aux contribuables.
• 1550
Nous savons aussi que les Canadiens ne tiennent pas
nécessairement les législateurs ou les agents de la paix
responsables de régler le problème de la fraude à l'assurance. En
fait, d'après nos plus récents sondages, plus de 70 p. 100 des
Canadiens estiment que c'est aux compagnies d'assurance qu'il
appartient de régler le problème.
Nous croyons que, dans une large mesure, l'industrie endosse
cette responsabilité. Évidemment, les compagnies respectent les
lois provinciales en vigueur sur la protection des renseignements
personnels. Elles se sont dotées de services d'enquête spéciaux et
offrent la formation voulue aux employés et aux experts en
sinistres. Elles produisent des brochures, des bandes vidéo et des
annonces publicitaires pour informer leurs clients. Elles ont aussi
beaucoup encouragé la création de notre coalition. Plus récemment,
notre association avec Échec au crime a contribué de façon très
efficace aux enquêtes sur la fraude à l'assurance.
Notre coalition s'exprime donc aujourd'hui au nom de ceux qui
luttent sur le terrain contre ce crime qui coûte très cher aux
Canadiens. Nous vous demandons de prévoir, dans le projet de loi,
des dispositions permettant aux enquêteurs de s'acquitter de leur
travail de façon professionnelle et responsable.
Nous demandons que la loi permette aux enquêteurs de
recueillir, d'utiliser et de communiquer des renseignements
personnels sans le consentement de l'assuré si, bien sûr, ces
renseignements servent non seulement à détecter mais aussi à
prévenir la fraude à l'assurance.
Nous voudrions aussi que vous permettiez aux assureurs de
refuser l'accès aux renseignements personnels, quand ces
renseignements sont utilisés pour la prévention et la détection de
la fraude.
Je pourrais peut-être vous donner un exemple, rapidement.
Quand on soupçonne qu'une demande d'indemnisation est frauduleuse,
et qu'on enquête à ce sujet, on devra fort probablement consulter
les bases de données, interroger des témoins et vérifier, par
exemple, la validité des reçus. Si, pendant l'enquête, l'assuré
pouvait sur demande consulter son dossier, il serait évidemment en
mesure de brouiller les pistes, et je peux vous assurer qu'avec les
techniques perfectionnées de fraude qui existent aujourd'hui il
pourrait sûrement confondre l'enquêteur.
Juste le coût de la fraude à l'assurance dont je vous ai parlé
peut justifier la présence de la coalition ici aujourd'hui. Mais
nous savons très bien que ce crime fait aussi des victimes.
Quand je vous demande, au nom de la coalition, d'apporter des
correctifs à la mesure législative, je ne parle pas seulement en
mon nom personnel ou au nom des membres de la coalition, mais aussi
au nom des assurés honnêtes, de ceux qui sont en fait les victimes
de la fraude à l'assurance.
L'industrie reconnaît que la fraude à l'assurance n'est pas
seulement coûteuse pour ses activités commerciales. Les assurés
honnêtes nous ont exhortés non seulement à trouver et à punir les
fraudeurs mais aussi à prévenir la fraude. Nous croyons que les
recommandations que nous proposons dans le mémoire qui vous a été
remis au préalable ainsi que celles présentées ce matin par le
Bureau d'assurance du Canada et, un peu plus tôt, par Gerry Garand,
aideraient beaucoup à faire en sorte que les assurés honnêtes
payent pour le produit qu'ils achètent et non pour les activités
des fraudeurs.
Merci beaucoup.
La présidente: Merci beaucoup, madame O'Reilly.
Je cède maintenant la parole à M. Webber du Centre
d'information en assurances du Canada.
M. Bernard Webber (président et chef de la direction, Centre
d'information en assurances du Canada): Merci et bon après-midi.
Je suis accompagné aujourd'hui par Carole Machtinger,
directrice générale des relations gouvernementales du Centre
d'information en assurances du Canada, et par Steven Lingard,
conseiller juridique et secrétaire du conseil d'administration du
centre.
Nous sommes heureux de pouvoir nous adresser à vous cet après-
midi.
En tant que membre du groupe consultatif du ministre de
l'Industrie, M. Manley, pour la conférence ministérielle de l'OCDE
qui s'est tenue à Ottawa en octobre dernier, je suis bien conscient
que le commerce électronique revêt une importance cruciale pour la
productivité et la compétitivité futures et qu'il est essentiel que
la population croie dans le caractère confidentiel et dans
l'intégrité des moyens technologiques qui lui semblent souvent
déroutants.
• 1555
En fait, le Centre d'information en assurances du Canada fait
partie de l'industrie des fournisseurs de renseignements personnels
et confidentiels et il en connaît bien les rouages. Mais mes
collègues du Bureau d'assurance du Canada vous ont déjà parlé de
cela.
Notre centre est le principal fournisseur de renseignements
personnels et confidentiels et 95 p. 100 des assureurs publics et
privés du Canada s'adressent à lui. Nous ne traitons pas
directement avec la population.
Il faut vous dire, et vous le savez probablement, que nous
avons été désignés bureau de la statistique officiel par les
gouvernements des provinces et des territoires. À cet égard, nous
sommes un service gouvernemental; ce qui prouve que ces
statistiques sont essentielles aux activités et l'établissement des
prix des assurances.
Nous sommes déjà régis par une réglementation sévère. Nous
approuvons l'objet du présent projet de loi, parce que nous
reconnaissons qu'il faut prévoir des moyens de protection là où il
n'en existe pas. Cependant, trois aspects du projet de loi nous
inquiètent et, si des correctifs ne sont pas apportés, ils seront,
pour nous et pour l'industrie, la cause des problèmes complexes et
inutiles. En bout de ligne, ces problèmes vont entraîner des coûts
pour les consommateurs.
Vous trouverez ces points décrits dans le résumé de notre
mémoire et ailleurs dans le document. Toutefois, je vais les passer
en revue avec vous brièvement.
Le premier concerne les données recueillies à des fins
statistiques. Bien que le projet de loi reconnaisse la nécessité de
prévoir des exemptions lorsque les données sont recueillies à des
fins statistiques ou à des fins de recherche, ces exceptions
devraient s'appliquer également dans les paragraphes 7(1), (2) et
(3) à la collecte, à l'utilisation et à la communication de
renseignements personnels lorsqu'il est impossible d'obtenir le
consentement.
De plus, quand des renseignements sont exigés par la loi, le
paragraphe 7(3) reconnaît cette exception. Elle devrait aussi être
reconnue dans les paragraphes 7(1) et (2).
La deuxième source de préoccupation est la conclusion et le
fonctionnement des partenariats avec des gouvernements. Notre rôle
est expansionniste et déborde du cadre des relations habituelles
entre un fournisseur de renseignements statistiques et des
gouvernements, comme je l'ai précisé tout à l'heure.
À cet égard, nous sommes en train de prendre des arrangements
avec le ministère des Transports de l'Ontario qui nous permettra de
partager avec lui, sous contrat, d'importantes banques de données
à l'appui des grands objectifs législatifs et sociaux que nous
soutenons tous deux.
Un de ces partenariats a pour objet de débarrasser les routes
des automobilistes qui ne sont pas assurés et l'autre vise à mettre
à jour les dossiers de conduite afin de rendre les primes plus
équitables.
L'Ontario fait figure de pionnier dans ses arrangements
contractuels, qui respectent les lois ontariennes de liberté
d'accès à l'information et de protection des renseignements
personnels. En raison des avantages qu'en tireront les deux
parties, nous nous attendons que d'autres gouvernements lui
emboîteront le pas.
Nous recommandons par conséquent et demandons que le
paragraphe 4(2) du projet de loi prévoie une exception à l'égard de
pareils arrangements contractuels lorsque nous agissons comme
mandataires assujettis à des lois provinciales, comme c'est déjà le
cas à l'égard des institutions fédérales.
La troisième source de préoccupation concerne les dates
d'entrée en vigueur des dispositions et leur concordance. Si le
projet de loi est adopté en juin 1999, l'industrie des
renseignements personnels et confidentiels y sera assujettie en
juin 2003. Nous demandons qu'en tant que partie intégrante de
l'industrie, nous ayons droit au même traitement.
La raison pour laquelle je le mentionne, raison qui peut peut-
être vous paraître explicite, c'est que, d'après certaines
interprétations, nous y serions assujettis en juin 2000, soit trois
ans avant que nos propres membres y soient assujettis.
Il faut que la date d'entrée en vigueur de cette loi soit la
même pour tous les membres de l'industrie, sans quoi, pendant trois
ans, nous nagerons dans l'inefficacité et la confusion, tout à fait
inutilement. Durant ces trois ans, les fonctionnaires fédéraux et
provinciaux mettront tout au point, et il faudra dans l'intervalle
que nous fassions de coûteux investissements dans de nouvelles
technologies et de nouveaux systèmes. Pourtant, nous ignorons les
exigences à élaborer et à mettre en oeuvre.
Dans ce contexte, nous soulignons également que la loi n'est
pas claire quant au traitement de l'information déjà emmagasinée,
pour laquelle il serait impossible de renouveler le consentement.
Étant donné notre bonne feuille de route en matière de protection
des renseignements personnels, nous demandons que la loi soit
précisée en ce qui concerne l'avenir.
• 1600
En résumé—et brièvement—, nous vous demandons d'harmoniser
les paragraphes 7(1), (2) et (3), de prévoir des exemptions pour
les partenariats officiels avec des gouvernements provinciaux et
pour le travail effectué en tant que mandataire de ces
gouvernements, et de traiter l'industrie des renseignements
personnels et confidentiels avec uniformité, de sorte que notre
organisme y soit assujetti trois ans après sa proclamation.
Vous trouverez des renseignements plus précis à cet égard dans
notre mémoire.
En guise de conclusion, je me contenterai de dire que notre
organisme reconnaît que l'ère de l'électronique est déjà entamée et
qu'il faut aller de l'avant avec assurance et rivaliser avec tous
nos concurrents nationaux et internationaux, la préoccupation
première devant être le respect de la vie privée et, surtout, la
clarté des règles du jeu.
C'est tout ce que j'avais à dire.
La présidente: Je vous remercie beaucoup, monsieur Webber.
Nous cédons maintenant la parole à M. Mitchell, du Council of
Private Investigators.
M. Kenneth C. Mitchell (président, Groupe de travail sur les
questions de vie privée, Council of Private Investigators): Merci,
madame la présidente.
Mon organisme, soit le Council of Private Investigators, est
l'un des organismes d'enquête sur les fraudes de première ligne de
l'Ontario. En toute franchise, nos agents travaillent au coeur de
la mêlée, ce sont eux qui vont mener enquête sur les activités que
l'on soupçonne être frauduleuses.
D'autres que moi vous ont décrit en partie les répercussions
de la fraude sur la société. J'aimerais aller un peu plus loin. Mme
O'Reilly vous a parlé d'une étude des fraudes à l'assurance selon
laquelle jusqu'à 15 p. 100 des réclamations présentées à l'assureur
sont frauduleuses, ce qui coûte 1,3 milliard de dollars environ à
l'économie canadienne. En 1997, une étude de Peat Marwick a révélé
que 57 p. 100 des chefs de direction canadiens avaient signalé des
fraudes au sein de leur organisme cette année-là et que 47 p. 100
d'entre eux s'attendaient que leur nombre augmente.
Une autre étude, menée celle-là par l'Association of Certified
Fraud Examiners, a montré qu'en moyenne, l'organisme perd 6 p. 100
de ses recettes annuelles à la fraude.
Une des études à laquelle j'aimerais vraiment que vous portiez
une attention particulière—j'en ai fait faire des exemplaires qui
vont vous être distribués—est une analyse effectuée en 1995 par
Peat Marwick. Elle avait été menée auprès des meilleurs enquêteurs
de fraude du Canada—nos chefs de police. Selon l'étude, 83 p. 100
des chefs de police estiment que la fraude est un problème grave au
Canada. Fait plus alarmant encore, la police ne peut enquêter que
21 p. 100 des crimes qui lui sont signalés. Selon les chefs de
police, la priorité est accordée aux crimes avec violence et, de
plus en plus, les Canadiens se tournent vers le secteur privé, vers
des ressources privées, pour combattre la criminalité et la fraude
dans le monde des affaires.
J'aimerais vous donner des exemples de ce phénomène, parce que
la fraude fait des victimes. Les autres organismes ont très bien
décrit les effets qu'ont les fraudes sur eux, mais il faut aussi
comprendre que tous les Canadiens en paient le prix.
Je pourrais par exemple vous parler d'un stratagème qui avait
cours à Toronto, il y a quelques années. Des techniciens juridiques
travaillant dans des études d'avocats simulaient des accidents. Ils
vendaient des places dans les véhicules accidentés pour que l'on
puisse faire des réclamations bidon et recevoir des traitements
médicaux bidon, ce qui coûtait des millions et des millions de
dollars aux compagnies d'assurance.
Je pourrais vous parler également de cet autre réseau de
criminels qui louait des automobiles de différentes agences de
location—Avis, Hertz, National et ainsi de suite—et qui a
organisé 18 accidents truqués. Il a fraudé non seulement les
compagnies d'assurance, mais également les contribuables. Lorsque
cette enquête a pris fin, la Commission des accidents du travail
s'était fait frauder de 1,3 million de dollars, l'assistance
sociale y avait perdu 2,3 ou 2,4 millions de dollars, sans parler
des sociétés émettrices de cartes de crédit et du recel des biens
volés—tout cela au sein de la même organisation criminelle.
Il y a eu aussi cette société, dans la péninsule du Niagara,
qui a mis au point un procédé qui lui permettait de produire à un
coût de 27 p. 100 inférieur à celui de ses concurrents. Des
employés ont tenté de vendre ses secrets commerciaux à des intérêts
étrangers. La perte éventuelle pour les Canadiens, si on ne les
avait pas arrêtés, aurait été de 14 millions de dollars et de 250
emplois.
Il y avait cette autre société, Nintendo of America, dont le
droit d'auteur était constamment violé. Des jeux et des cassettes
étaient constamment importés et vendus grâce à des manoeuvres très
savantes dans le cadre desquelles les distributeurs utilisaient des
systèmes de télécommunication de haute technologie et des mesures
de contre-espionnage pour distribuer la marchandise et éviter la
détection et l'arrestation, ce qui a entraîné des pertes de
plusieurs millions de dollars.
Je pourrais aussi vous parler d'une femme—pour les besoins de
la cause, je l'appellerai Rita Robitaille—qui a commencé à
travailler chez un employeur et a accusé un nouveau dirigeant
d'harcèlement sexuel. Le problème, c'est que toutes les preuves de
harcèlement sexuel montraient que les actes avaient été commis dans
l'ancienne société du dirigeant.
Je vous donne ces exemples parce que je puis vous dire avec
certitude qu'aucune de ces manoeuvres n'aurait pu être stoppée si
le projet de loi C-54 dans sa forme actuelle avait été en vigueur.
Nous reconnaissons que le respect de la vie privée est une
valeur sociale valable et qu'il faut en tenir compte, mais je tiens
à souligner que, lorsqu'il y a atteinte à la vie privée dans notre
société, c'est toujours au profit de valeurs sociales supérieures.
• 1605
Il pourrait y avoir atteinte, entre autres, à des fins
d'exécution de la loi, pour prévenir le crime, pour dissuader des
éléments criminels ici et à l'étranger, par souci de sécurité
publique, d'accès pour tous au système judiciaire, ce qui est très
important, et pour limiter le coût de la fraude qui est refilé aux
consommateurs canadiens.
Le projet de loi reconnaît le besoin de prévoir une exemption
lorsque l'exécution de la loi est en jeu. Selon moi, le libellé,
très boiteux, pourrait être amélioré.
Si vous vous reportez à la seconde partie de mon mémoire, vous
trouverez tous les éléments où, selon moi, les rédacteurs du projet
de loi tentent de régler cette question, soit comment tenir compte
des impératifs de la prévention du crime et de l'exécution des
lois.
Sauf votre respect, je demanderais au comité de modifier le
projet de loi de manière à l'énoncer clairement. Ne prévoyez pas
des exemptions éphémères; dites-le haut et fort. Prévoyez une
exemption pour l'exécution de la loi, de la manière dont je l'ai
décrit dans mon mémoire. Faites savoir au grand public, au monde
des affaires et, surtout, aux criminels qu'au Canada, ils ne
peuvent se cacher derrière des lois de protection des
renseignements personnels pour poursuivre leurs manoeuvres.
Les enquêteurs de première ligne ne travaillent pas dans le
vide. Actuellement, le common law prévoit plein de délits civils
qui contrôlent leur activité, de sorte que nous ne pouvons pas
porter excessivement atteinte à la vie privée. Ainsi, il interdit
les actes de négligence, la diffamation, de causer
intentionnellement des troubles émotionnels. Il y a aussi le bris
de contrat, l'ingérence dans une relation d'affaires ou agir de
mauvaise foi. Il existe de nombreux recours si nous dépassons les
bornes. On fait respecter la loi, et nous nous y conformons.
Si l'accès aux données personnelles est interdit au Canada en
raison de fins largement définies d'exécution de la loi, la
société, le Canada, en paient le prix.
Tout d'abord, l'accès au système judiciaire devient
excessivement coûteux. La personne qui entame une poursuite au
civil devra passer par le processus de découverte qui peut coûter
jusqu'à 15 000 $ ou 20 000 $, si ce n'est plus, juste pour obtenir
l'information dont on a besoin. Cela empêcherait la plupart des
Canadiens de s'adresser aux tribunaux et d'exercer leur droit de
recours. Résultat, on renoncerait aux poursuites au criminel, à
faire appliquer les règlements et à poursuivre au civil. Les gens
n'en auraient tout simplement pas les moyens.
Malgré tout—et il ne s'agit pas d'un paradoxe—, les
tribunaux seraient inondés de plaintes, parce que les causes dont
ils seraient saisis seraient bloquées à l'étape de la découverte.
Alors que les enquêtes peuvent permettre de réunir l'information
nécessaire pour juger si une poursuite a du mérite, il faudrait
alors passer par le processus de découverte, et cela prendrait une
éternité.
Les criminels pourraient agir en toute impunité. C'est fort
bien d'avoir des lois, mais encore faut-il les faire respecter.
S'il n'y a pas de recours judiciaire, les criminels sont libres
d'agir à leur guise. Vivre, travailler et produire coûterait
beaucoup plus cher au Canada. En bout de ligne, les capitaux et les
activités économiques se déplaceraient à l'étranger, et les
Canadiens, chacun d'entre nous, s'en trouveraient appauvris.
Madame la présidente, la solution passe selon moi par
l'atteinte d'un équilibre. Nous semblons toujours être capables de
frapper ce juste équilibre au Canada. Si vous avez plein accès à
tous les renseignements, vous jouissez aussi d'une sécurité totale.
Tout le monde est en sécurité, mais on vit dans un État policier.
Par contre, si on jouit d'un respect total de la vie privée, si
toute l'information est protégée, même des forces d'exécution de la
loi, alors ce sera l'anarchie. Il faut donc les placer en
équilibre, et je crois que mon mémoire pourrait vous être utile à
cet égard.
Voilà les trois éléments du projet de loi C-54 auxquels
j'aimerais que vous vous attaquiez.
En règle générale, le projet de loi C-54 porte sur la collecte
de renseignements. Je vous demanderais d'y insérer une exemption
bien définie de la collecte à des fins d'exécution de la loi. Je
vous demanderais de définir cette expression dans le sens de la
définition que je propose à la partie 5 de mon mémoire.
Ensuite, le projet de loi C-54 concerne l'utilisation qui est
faite de ces renseignements. J'aimerais être très ferme à cet
égard. Exempter les enquêteurs pour qu'ils puissent légitimement
mener enquête sur des crimes est une chose, mais si ceux dont nous
souhaitons obtenir des renseignements ne savent pas que cette
exemption existe et qu'ils ne sont pas obligés de nous fournir
l'information, cela ne nous aidera pas non plus. Ils auront une
réaction de crainte et refuseront de nous fournir l'information.
Les sources se tariront.
Je vous demanderais donc d'examiner la deuxième recommandation
de mon mémoire, soit d'intégrer des dispositions précises conférant
l'immunité à ceux qui fournissent l'information aux enquêteurs dans
le cadre d'enquêtes menées de bonne foi. Exiger la bonne foi dans
le cadre d'enquêtes véritables—voilà qui serait raisonnable selon
moi.
Enfin, pour ce qui est de la reddition de comptes, j'estime
que la loi l'exige de ceux qu'elle exempte. Je proposerais que
quiconque est exempté—que ce soit des enquêteurs privés, des
services de sécurité d'entreprise, des unités spéciales d'enquête,
par exemple—soit tenu de déposer des plans de protection des
renseignements personnels auprès des instances de réglementation.
Ainsi, les Canadiens auraient la protection dont ils ont besoin
tout en évitant d'alourdir la bureaucratie fédérale pour le faire.
• 1610
Si vous examinez attentivement ces recommandations, vous
constaterez, je crois, qu'elles règlent la plupart des problèmes
posés par le projet de loi C-54 au sujet de la criminalité et de la
fraude dans le monde des affaires.
Je vous remercie beaucoup.
La présidente: C'est nous qui vous remercions, monsieur
Mitchell.
Je tiens à remercier tous les témoins de leurs exposés.
Nous allons maintenant passer aux questions.
Monsieur Lowther, avez-vous des questions?
M. Eric Lowther (Calgary-Centre, Réf.): J'avais des questions
à poser à M. Mitchell et à Mme O'Reilly, mais je crois que les
observations du dernier témoin y ont répondu.
Pour l'instant, je vais me contenter de passer mon tour. Je me
reprendrai au deuxième tour de table, si je le puis, madame la
présidente.
La présidente: D'accord.
[Français]
Monsieur Dubé, avez-vous des questions?
M. Antoine Dubé (Lévis-et-Chutes-de-la-Chaudière, BQ):
Oui. La première s'adresse à M. Webber. Vous dites, dans
votre mémoire, craindre que les tribunaux ne
statuent sur l'inconstitutionnalité du présent projet
de loi.
Pouvez-vous préciser votre crainte?
[Traduction]
M. Bernard Webber: À cet égard, nous estimons qu'il pourrait
y avoir chevauchement des réglementations provinciale et fédérale
en ce qui concerne notre activité. Si les changements que nous
proposons au projet de loi sont adoptés, nous sommes disposés à
laisser ces difficultés s'aplanir d'elles-mêmes. Les fonctionnaires
et ministres fédéraux et provinciaux pourront utiliser cette
période de trois ans entre la proclamation de la loi et le moment
où nous serions touchés pour éliminer les recoupements.
[Français]
M. Antoine Dubé: Dans une de vos recommandations,
vous souhaitez que le
gouvernement fédéral poursuive ses consultations au
niveau des provinces.
[Traduction]
M. Bernard Webber: Oui, c'est ce que nous recommandons, soit
que la consultation se poursuive jusqu'à ce qu'on ait aplani toutes
les difficultés.
[Français]
M. Antoine Dubé: Dans l'annexe B de votre
document, vous parlez, en ce qui a trait aux
assurances, de différentes provinces mais non
du Québec. Pourquoi?
[Traduction]
M. Bernard Webber: Notre organisme collecte les renseignements
en tant qu'agent statistique pour les provinces énumérées dans le
mémoire—les Provinces atlantiques, l'Ontario, l'Alberta et les
Territoires. Au Québec, ce rôle est assumé par une autre entité.
[Français]
M. Antoine Dubé: Laquelle?
[Traduction]
M. Bernard Webber: Le GAA, mieux connu dans l'industrie comme
le «groupement». Donc, la collecte se fait, mais elle n'est pas
effectuée par nous.
[Français]
M. Antoine Dubé: Madame O'Reilly, j'ai bien aimé votre exposé sur
les conséquences des fraudes. Vous suggérez, en conclusion, de
récrire l'article 9.
J'aimerais avoir des précisions là-dessus parce
que je n'ai pas très bien compris ce que vous souhaitez voir remplacé
dans cet article.
[Traduction]
La présidente: Votre question s'adresse-t-elle à M. Garand ou à
Mme O'Reilly?
[Français]
M. Antoine Dubé: C'est à Mme O'Reilly.
[Traduction]
La présidente: Madame O'Reilly, avez-vous compris la question?
Mme Mary Lou O'Reilly: Je suis désolée. Je croyais que la question
s'adressait à M. Garand.
• 1615
Je suis consciente de certains amendements proposés à l'article 9 du
projet de loi. Selon nous, si ces amendements sont faits, ils seront
acceptables. Le seul ajout que nous aimerions faire, c'est que, tandis
que les amendements proposés, tels que je les comprends, incluent la
collecte et l'utilisation des renseignements, ils ne disent rient de
la capacité des enquêteurs de fraude de communiquer cette information.
Donc, je crois savoir que certains changements sont proposés quant à
la façon dont les renseignements peuvent être réunis, mais cela
empêche quand même les enquêteurs de communiquer l'information, par
exemple à d'autres compagnies d'assurance. C'est cet échange
d'information qui permet à l'enquête d'aller au-delà de l'étape de la
collecte.
[Français]
M. Antoine Dubé: Je vais maintenant poser une question plus
générale pour tous ceux qui veulent y répondre. Si ce que vous
demandez comme changement n'était pas pas retenu par le gouvernement,
préféreriez-vous qu'on retarde l'adoption de la loi ou si vous seriez
capables de vivre avec cette situation?
M. Gerry Garand: Je peux répondre à votre question en disant que
si la loi n'est pas modifiée, il sera difficile pour un organisme
comme le nôtre de fonctionner au quotidien. À chaque jour, nous
envoyons de l'information aux États-Unis et dans d'autres provinces
pour faire faire des vérifications dans leurs bases de données. Si le
projet de loi était adopté dans sa forme actuelle, on ne serait pas
capables de faire cela.
Voudrions-nous que la loi ne soit pas adoptée? Non, ce n'est pas la
question. La question est plutôt qu'il faudrait que la loi fédérale
nous permette de faire faire la vérification dans d'autres bases de
données provinciales ou internationales. On le fait actuellement
quatre fois par jour; on envoie de l'information aux États-Unis. Si
la loi est adoptée comme elle est présentement, on ne pourra plus
faire cela. Nous voulons que ce soit au moins plus clair et qu'on nous
permette d'échanger des renseignements et de les utiliser.
[Traduction]
La présidente: Quelqu'un souhaite-t-il faire des observations?
Monsieur Webber, avez-vous quelque chose à ajouter?
M. Bernard Webber: Non.
La présidente: D'accord.
Monsieur Dubé.
[Français]
M. Antoine Dubé: Merci.
[Traduction]
La présidente: Monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka (St. Catharines, Lib.): J'ai un peu de
difficulté, monsieur Garand, à saisir votre point, à comprendre ce que
vous aimeriez que nous changions. Je sais que M. Lowther, je crois, ne
saisissait pas très bien ce que vous recommandiez.
Pourriez-vous simplement revenir à vos recommandations et nous
préciser quel article il faudrait changer et comment?
M. Gerry Garand: Pour vous répondre en termes généraux plutôt que
particuliers, nous affirmons que le libellé actuel ne nous permet pas
d'échanger de l'information. Il nous permet de faire la collecte de
renseignements, mais il ne nous permet pas de les communiquer.
En tant qu'organisme chargé d'appliquer, et d'aider à appliquer,
diverses dispositions pour contrer la fraude, nous devons être en
mesure, quand il est question de fraude à l'assurance, d'échanger des
renseignements à l'étape de la souscription de même qu'à l'étape de la
vérification des réclamations, pour empêcher la personne qui nous dit,
par exemple, qu'elle n'a jamais présenté de demande de règlement,
alors qu'une vérification des bases de données démontre que... Nous
pouvons aujourd'hui échanger des renseignements même dans la province
de Québec, grâce à la loi 68. Cette loi contient une disposition qui
nous permet de le faire, en tant qu'organisme.
En effet, elle permet aux organismes comme le nôtre de remplir
leur mandat. Nous pouvons échanger des renseignements pour pouvoir
mener des enquêtes et prévenir les fraudes à l'assurance. Nous nous
occupons également des dossiers relatifs aux vols de véhicules, et
nous échangeons tous les jours des renseignements à ce sujet.
• 1620
M. Bernard Webber: Si je puis me permettre, les amendements
proposés par le Bureau d'assurance du Canada, ce matin, seraient très
utiles à cet égard: «elle est faite à une organisation à des fins de
prévention ou de détection d'une activité frauduleuse».
Vous allez constater qu'il y a une suite logique dans les
recommandations que nous avons formulées.
M. Walt Lastewka: J'essaie tout simplement de mieux comprendre la
position des organismes.
Madame O'Reilly, qui vous finance?
Mme Mary Lou O'Reilly: Ce sont surtout les compagnies d'assurance
à la fois privées et publiques, les compagnies d'assurance de l'État.
M. Walt Lastewka: Avez-vous vu les amendements que nous avons
proposés il y a quelques semaines?
Mme Mary Lou O'Reilly: Oui. Je pense les avoir tous reçus, mais je
n'en suis pas sûre.
M. Walt Lastewka: Êtes-vous satisfaite des amendements proposés
aux articles 7 et 9?
Mme Mary Lou O'Reilly: Comme je l'ai déjà mentionné, si j'ai bien
compris les amendements, ils visent à répondre aux préoccupations qui
ont été formulées concernant la communication et l'échange de
renseignements.
Par ailleurs, l'article 9 soulève le problème de l'accès à des
renseignements personnels dans le cadre d'une entente contractuelle.
Le fait est que, et les avocats ici présents sont sûrement mieux
placés que moi pour en parler, la compagnie d'assurance ne conclut pas
toujours une entente contractuelle avec la personne qui finit par être
le demandeur.
Je vais vous donner rapidement un exemple. Vous avez peut-être
souscrit une police propriétaires occupants auprès de votre compagnie
d'assurance. La possibilité de donner votre consentement existe, sauf
qu'il se peut qu'une autre personne glisse et tombe dans votre entrée,
et que cette personne soit, en fait, un fraudeur. Cette personne est
peut-être celle qui est tombée, prétendument, dans 20 entrées
différentes et qui reçoit des dommages-intérêts de 20 compagnies
d'assurance différentes, sauf qu'il n'a jamais été possible, et les
compagnies d'assurance n'ont jamais eu la possibilité, d'obtenir le
consentement de cette personne.
Donc, d'après mon interprétation, le projet de loi, dans sa version
modifiée, ne nous permet pas de mener une enquête ou d'échanger des
renseignements sur cette personne, de qui il est pratiquement
impossible d'obtenir le consentement.
La présidente: Une dernière question, monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka: Monsieur Mitchell, est-ce que le conseil des
enquêteurs privés a des bureaux au Québec?
M. Kenneth Mitchell: Non, nous avons des bureaux en Ontario.
Chaque organisme doit être titulaire d'un permis provincial. Nous
avons consulté des organismes en Alberta et en Colombie- Britannique.
Je parle également en leur nom. Toutefois, nous n'avons pas de bureaux
au Québec.
M. Walt Lastewka: Il n'y a donc pas d'organisme comparable au
votre au Québec.
M. Kenneth Mitchell: C'est exact.
M. Walt Lastewka: Merci, madame la présidente.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Lastewka.
Monsieur Jones.
M. Jim Jones (Markham, PC): De nombreux témoins se sont dits
fermement opposés aux paragraphes 12(1) et 18(1), qui permettent au
commissaire à la protection de la vie privée de visiter les locaux
d'une organisation et d'obtenir des copies de documents sans obtenir
au préalable un mandat des tribunaux.
Est-ce que vos organismes souhaitent qu'on modifie ces dispositions
et qu'on exige que le commissaire obtienne un mandat des tribunaux
avant d'effectuer des perquisitions et des saisies?
M. Kenneth Mitchell: Oui, c'est que nous souhaiterions.
Une voix: Elle fournit plus de garanties.
M. Jim Jones: Monsieur Mitchell, vous avez dit dans votre exposé
que vous souhaitiez que votre organisme ne soit pas assujetti à...?
Vous avez dit que vous vouliez qu'on accorde une exemption à votre
organisme.
M. Kenneth Mitchell: Oui, aux vérificateurs, aux enquêteurs—aux
enquêteurs des fraudes en général.
• 1625
M. Jim Jones: Mais nous voulons que le commissaire à la protection
de la vie privée obtienne au préalable un mandat. Pourquoi vos
enquêteurs ne devraient-ils pas, eux aussi, en obtenir un?
M. Kenneth Mitchell: Vous soulevez-là un point intéressant, et je
serais prêt à reconsidérer la question. Votre argument est valable.
M. Jim Jones: L'alinéa 27(2)b) du projet de loi C-54 dispose
que le gouverneur en conseil peut, par décret, modifier l'annexe 1
pour tenir compte de toute révision du code type de l'Association
canadienne de normalisation. D'après de nombreux témoins, cette
disposition donne trop de pouvoirs au gouvernement, puisqu'il peut
modifier l'annexe 1 sans tenir de consultations en bonne et due forme.
Seriez-vous d'accord pour qu'on modifie le projet de loi C-54 de
façon à ce que toute révision à l'annexe 1 se fasse au moyen d'une loi
adoptée par le Parlement?
M. Gerry Garand: En ce qui concerne les codes sectoriels et
autres, si nous choisissons d'opter pour des codes sectoriels, eh bien
soit. Toutefois, si nous choisissons d'adopter une loi, alors il
faudrait qu'on regroupe tout sous une même loi, qu'il n'y ait pas de
codes complémentaires.
En ce qui concerne la norme de la CSA, celle-ci est parfois très
ambiguë. Elle vous «autorise» à faire telle ou telle chose, vous
«permet» de faire telle ou telle chose. Il est «possible» de faire
ceci, ou vous «pouvez» faire cela. La marge de manoeuvre est très
grande.
Les choses seraient plus simples si tout se trouvait regroupé sous
une même loi que vous ne pourriez modifier, comme vous l'avez dit,
tous les deux jours.
M. Jim Jones: Le conseil des enquêteurs privés a proposé plusieurs
amendements raisonnables pour réprimer les crimes.
Monsieur Mitchell, j'aimerais savoir ce que vous pensez de l'article
28, si vous jugez que les sanctions pénales sont adéquates ou qu'elles
devraient être plus sévères. Le cas échéant, quelles sanctions
proposeriez-vous?
M. Kenneth Mitchell: À vrai dire, je ne me suis pas penché sur
cette question, puisque je jugeais les autres plus importantes.
Une fois que vous adoptez une loi, vous devez faire en sorte que les
sanctions imposées sont à la mesure de l'infraction commise. Mais
encore une fois, je dois dire en toute honnêteté que je ne me suis pas
beaucoup intéressé à cette question.
Si dans notre cas, par exemple, les sanctions imposées comprennent la
suspension du permis, une amende maximale de 5 000 $, si je ne
m'abuse, et une peine d'emprisonnement de deux ans—alors je crois que
c'est raisonnable. C'est d'ailleurs le régime auquel nous sommes
assujettis.
Donc, des sanctions de ce genre seraient raisonnables.
M. Jim Jones: Merci.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Jones.
Madame Jennings, avez-vous des questions à poser?
[Français]
Mme Marlene Jennings (Notre-Dame-de-Grâce—Lachine, Lib.):
Je veux simplement m'assurer
d'avoir bien compris le sens de votre recommandation.
Chaque témoin a fait la même
recommandation, à savoir qu'il devrait y avoir des
modifications à l'article 7 pour clarifier la désignation
d'un organisme d'enquête.
Deuxièmement, à l'article 9, vous nous recommandez de prévoir
le droit de refuser l'accès à l'information utilisée pour
prévenir et détecter le crime et, également, de
dispenser l'organisme qui fait la collecte
et la divulgation de renseignements personnels dans le but de
prévenir ou de détecter le crime d'obtenir un consentement
obligatoire pour la divulgation de ces informations. C'est
bien cela que vous demandez?
M. Gerry Garand: Je peux parler pour le Service
anti-crime des assureurs.
C'est exact.
Mme Marlene Jennings: D'accord.
Vous avez vu les
les amendements au projet de loi, mais ils ne
semblent pas répondre à toutes vos attentes.
M. Gerry Garand: Les dernières modifications que
j'ai vues—je peux demander à mon conseiller
juridique—ne correspondaient pas
exactement à ce qu'on avait demandé.
On peut recueillir les
renseignements...
Mme Marlene Jennings: C'est la divulgation.
M. Gerry Garand: Exactement, pour des fins de
détection et de prévention du crime.
Mme Marlene Jennings: D'accord. Si j'ai
bien compris, la divulgation existe parfois au
niveau des bases de données. Ainsi, vous
pouvez recevoir des réclamations et envoyer
l'information concernant cette réclamation aux
États-Unis ou dans une autre province au Canada
possédant
des bases de données pour vérifier s'il y a des
drapeaux qui se lèvent.
• 1630
Il s'agit parfois de détecter
une série de fraudes qui commencent à être
commises dans une province ou dans un secteur
d'activité quelconque, par exemple ce qui a trait
aux véhicules. Dans un des mémoires, vous avez
mentionné...
M. Gerry Garand: Oui. Le numéro de véhicule?
Mme Marlene Jennings: C'est cela: 49 véhicules
rapportés volés, dont 7 avaient déjà été vendus en
Israël avant d'avoir été déclarés volés
par leur propriétaire. D'autres
ont servi à donner une immatriculation et un numéro de
série aux véhicules fantômes qui
n'avaient pas d'histoire, etc.
M. Gerry Garand: Justement.
Mme Marlene Jennings: Je voulais seulement
être certaine, parce que c'était un peu confus.
Je ne sais pas s'il y a ici des députés qui
ont déjà travaillé dans le domaine de l'assurance.
Lorsque vous avez dit que vous transmettiez des
renseignements à des bases de données aux États-Unis,
vous n'avez pas précisé clairement le but d'une telle
opération.
M. Gerry Garand: D'accord. Je peux vous expliquer
ce que cela veut dire.
Si un individu
fait une réclamation à Montréal pour un véhicule
volé, nous en faisons vérifier le numéro de série par le
NICB aux États-Unis, qui possède une base de données
semblable à la nôtre. Si le véhicule a été exporté
outre-mer par l'individu même qui a déclaré que le véhicule
avait été volé, nous pouvons, par ce renseignement, découvrir
qu'il n'y a pas eu de vol et que le véhicule a été
exporté à l'extérieur. La compagnie d'assurances
ne paiera pas la réclamation. C'est également un délit
de méfait car une
fausse déclaration a été faite à la police.
Mme Marlene Jennings: D'accord. Merci beaucoup.
M. Gerry Garand: De rien.
Mme Marlene Jennings: C'était ma seule question.
[Traduction]
La présidente: Merci beaucoup, madame Jennings.
Monsieur Lowther.
M. Eric Lowther: Il y a quelque chose qui m'intrigue. Vous
devez essayer de déceler les fraudes commises dans l'industrie, et
c'est là un défi de taille. Vous êtes confronté à un problème
majeur, comme vous nous l'avez mentionné.
Maintenant, tout le débat est centré sur la diffusion de
renseignements au moyen de technologies électroniques, et cette
diffusion est de plus en plus rapide. Est-il plus facile
aujourd'hui, grâce à la technologie, de déceler les fraudes?
Cela m'amène à vous poser une autre question. Nous avons tous
ces dossiers informatisés, nous pouvons transmettre des
renseignements sur ce que les gens ont fait. Si nous n'avions pas
ces outils, il serait encore plus difficile de déceler les fraudes,
n'est-ce pas?
De manière générale, est-il plus facile ou difficile, avec
l'avènement de la technologie, de déceler des fraudes? La question
est peut-être simpliste, mais j'aimerais avoir votre opinion là-
dessus.
M. Gerry Garand: Il est probablement à la fois plus facile et
plus difficile, aujourd'hui, de déceler des fraudes. Plus vous avez
de renseignements, plus il est facile de déceler les activités
frauduleuses. Nous avons absolument besoin, aujourd'hui, de ces
bases de données. Nous en avons besoin pour être en mesure de
communiquer entre nous. Si nous n'avions pas le droit de
communiquer entre nous sur une base quotidienne, de nombreuses
fraudes passeraient inaperçues.
Nous recueillons des données comme ils le font aux États-Unis,
dans divers domaines. Nous devons être en mesure de recueillir des
renseignements, mais nous devons également pouvoir utiliser ces
renseignements à l'étape de la souscription et de la vérification
des demandes de règlement.
La présidente: Madame O'Reilly.
Mme Mary Lou O'Reilly: J'ai un autre exemple anecdotique qui
pourrait vous être utile.
Quand j'ai été nommée directrice exécutive de la coalition, je
me souviens qu'on avait demandé à un expert en sinistres de
déterminer la valeur d'une bague qui avait été perdue. La demande
avait été soumise par un homme dont l'épouse avait perdu une bague
évaluée à 35 000 $. Quand l'expert a vu la demande la première
fois, il s'est souvenu d'un autre cas qu'il avait traité six mois
plus tôt alors qu'il était à l'emploi d'une autre compagnie
d'assurance.
On avait constaté que cinq frères avaient soumis cinq demandes
différentes pour la même bague à cinq compagnies d'assurance
différentes.
• 1635
Or, si on a pu déceler cette fraude à l'époque, c'est parce
que l'expert en sinistres est allé travailler pour une autre
compagnie d'assurance. C'était un coup de chance. Grâce à la
technologie et, comme M. Garand l'a signalé, à l'échange de
données, la fraude a été décelée. Il y a cinq ans, elle ne l'aurait
pas été.
Dans ce cas-ci, la fraude a pu être décelée parce qu'une
personne avait changé d'emploi.
M. Eric Lowther: C'est un bon exemple.
Je voudrais parler des recommandations formulées par
M. Mitchell, à la page 14 de son mémoire, concernant les principes
que devraient appliquer les enquêteurs pour avoir accès à des
renseignements.
Jusqu'où doit-on aller? Si nous surveillons tout, enregistrons
tout, avons accès à tout, il n'y aura plus de fraudes, parce que
tout le monde sera surveillé de façon très étroite. Si, par contre,
personne n'a le droit d'avoir accès à quoi que ce soit, toutes
sortes de fraudes seront commises pour protéger la vie privée.
Ce que nous essayons de faire ici, c'est de trouver un moyen
de respecter la vie privée des gens, tout en utilisant les
renseignements pour nous protéger contre les fraudes.
Les recommandations que vous formulez à la page 14 sont assez
raisonnables. Toutefois, je me demande toujours ce qui advient de
la personne qui est accusée de fraude, mais qui, en quelque sorte,
est étiquetée incorrectement. À qui doit-elle s'adresser? Au
commissaire de la protection de la vie privée, ou à un tribunal?
N'y a-t-il pas un protecteur du citoyen à qui cette personne peut
s'adresser et dire, eh bien, les enquêteurs des fraudes à qui nous
avons donné le permis...? Ils se disent être des «enquêteurs des
fraudes», mais il peut arriver qu'ils poussent leur enquête trop
loin. Je n'accuse personne, mais cela peut arriver.
À qui cette personne doit-elle s'adresser? Comment peut-elle
se protéger? J'ai l'impression qu'il manque un élément.
M. Kenneth Mitchell: Sauf votre respect, je ne suis pas
d'accord. Cet élément existe. Un système de freins et de
contrepoids a été mis en place.
Par exemple, notre industrie est réglementée par le
solliciteur général de la province de l'Ontario. Nous sommes
assujettis à la Loi sur les enquêteurs privés et les gardiens. Le
registraire des enquêteurs privés peut visiter nos locaux n'importe
quand, sans mandat de perquisition, et examiner nos dossiers.
N'importe qui peut porter plainte au sujet de nos activités, et une
enquête sera instituée. Nous pouvons perdre notre permis si nous
commettons une infraction.
Par ailleurs, nous attachons beaucoup d'importance à la
question de la responsabilité civile. Comme je l'ai déjà mentionné,
nous pouvons être poursuivis en justice en vertu de diverses
dispositions.
Les clients qui font appel à nos services sont très préoccupés
par nos activités. Et si nous enquêtons sur une fraude à
l'assurance, alors une plainte peut être déposée auprès de la
Commission des assurances de l'Ontario, qui s'occuperait de nos
clients, de nous. Il y a donc des sanctions qui sont prévues.
Déjà en 1991, notre organisme s'intéressait de près aux
questions liées à la fraude et à la protection de la vie privée. À
cette époque, le ministère des Transports de l'Ontario cherchait à
limiter l'accès à ses bases de données. C'est à ce moment-là que
notre industrie a adopté des codes de protection des renseignements
personnels et des codes de conduite très sévères.
Je n'en ai pas parlé dans mon exposé, mais j'accepterais
volontiers de vous les faire parvenir.
M. Eric Lowther: Si quelqu'un viole un de ces codes, quelle
sanction imposez-vous? Qu'est-ce qui arrive?
M. Kenneth Mitchell: Pardon?
M. Eric Lowther: Si quelqu'un viole ces codes de conduite,
qu'arrive-t-il?
M. Kenneth Mitchell: Ce sont les codes que nous avons adoptés
pour notre organisme. Si quelqu'un les viole, il risque
l'expulsion. C'est la sanction la plus sévère qui est prévue.
Je tiens toutefois à dire que nous avons soumis ces codes au
ministère, et que nous avons conclu une entente avec lui. Nous
avons donc une entente contractuelle avec le ministère des
Transports qui nous oblige à respecter les normes que nous avons
mises en place. Si nous ne le faisons pas, nous ne pourrons plus
avoir accès à sa base de données.
Notre industrie attache donc beaucoup d'importance à ces
questions, tout comme vous, et nous prenons des mesures pour
résoudre les problèmes qui se posent.
M. Eric Lowther: Vous arrive-t-il de vous débarrasser de
renseignements? Peut-être pas vous de façon précise, mais en tant
que service anti-fraude, vous arrive-t-il de dire à l'industrie de
l'assurance que vous n'avez plus besoin de tel ou tel
renseignement? Il est facile de garder des renseignements en stock
pendant très longtemps, à peu de frais. Vous arrive-t-il d'éliminer
certains renseignements, ou les gardez-vous en stock pour toujours?
• 1640
M. Gerry Garand: Je peux répondre à cette question. Nous avons
une base de données qui nous permet de recueillir la plupart des
renseignements dont a besoin l'industrie de l'assurance, des
données non statistiques qui portent strictement sur les fraudes,
ainsi de suite.
Nous conservons des renseignements, certains types de
renseignements, pendant un certain temps. Les demandes ordinaires
de règlement ne sont conservées que pendant cinq ans. Les demandes
de nature plutôt douteuse sont conservées pendant 10 ans ou plus,
la personne concernée pouvant présenter une demande, disons, la
neuvième année. Si elle présente une autre demande frauduleuse,
alors ces renseignements seraient conservés.
Pour ce qui est de la question que vous avez posée plus tôt à
M. Mitchell, la SACA est présente dans toutes les provinces, de
même qu'au Québec depuis l'adoption de la loi 68, en 1968.
Par ailleurs, si une personne affirme que les renseignements
sont inexacts, si cette personne vient nous voir, nous allons mener
une enquête, effectuer des vérifications, apporter les corrections
nécessaires, ou éliminer les renseignements s'ils sont inexacts.
Nous avons donc, au sein de nos organismes, des politiques qui
nous permettent de corriger ces erreurs. Cela peut se produire,
mais il est rare que nous gardions dans nos dossiers des
renseignements qui sont inexacts.
La présidente: Merci beaucoup.
Mme Mary Lou O'Reilly: Madame la présidente, j'aimerais
apporter une précision.
Mis à part les tribunaux, et M. Mitchell en a parlé, je tiens
à dire que chaque compagnie d'assurance a un ombudsman. Cette
personne peut également occuper un poste de vice-président au sein
de l'entreprise, ou assumer uniquement les fonctions d'ombudsman.
Mais au sein même de l'entreprise, on peut demander la tenue d'une
audience en plus d'avoir accès aux tribunaux. Il y a également des
ombudsmans qui sont nommés par les gouvernements provinciaux.
La présidente: Merci.
Madame Jennings, avez-vous une question?
[Français]
Mme Marlene Jennings: Oui. Elle s'adresse à
M. Mitchell.
[Traduction]
Monsieur Mitchell, j'ai lu votre mémoire et j'ai écouté
attentivement votre exposé. Y a-t-il quelque chose qui m'a échappé?
Vous n'avez pas parlé des pouvoirs que possède le commissaire à la
protection de la vie privée en vertu du projet de loi C-54.
Ces pouvoirs, à votre avis, sont-ils adéquats? Pas assez
adéquats? Pensez-vous que vos membres pourraient exercer leurs
fonctions de façon adéquate compte tenu des pouvoirs qui sont
décrits dans le projet de loi?
M. Kenneth Mitchell: Franchement, non.
Merci d'avoir posé la question. Il m'était difficile de tout
couvrir dans un seul mémoire.
Nos membres sont souvent des compagnies formées d'une ou deux
personnes. Nous représentons des petites entreprises, mais aussi
des entreprises plus grandes. Ces pouvoirs permettraient
essentiellement à une personne de présenter une demande de
renseignement, une fois que son appel a été rejeté, et ainsi de
déclencher un processus réglementaire plutôt lourd à supporter pour
une petite entreprise. Elle pourrait, en théorie, se voir obligée
de consacrer des heures et des heures de travail, chaque semaine,
au règlement d'une seule plainte.
Nous avons nous-mêmes été appelés à mener une enquête pour le
compte d'une compagnie d'assurance. Il s'agissait d'un cas de
fraude. Le dossier avait été soumis à la Commission des assurances
de l'Ontario. Fait plutôt rare, le commissaire avait déclaré qu'il
n'avait jamais vu un cas de fraude aussi flagrant.
Cela n'a pas empêché la personne visée d'entamer des
poursuites contre mon entreprise, la compagnie d'assurance, les
médecins qui avaient fourni des attestations médicales
indépendantes, les témoins qui avaient fait des déclarations, ainsi
de suite. Il s'agissait clairement d'un abus de pouvoir, sauf que
nous avons dû investir des ressources incroyables pour nous
défendre.
Ce processus administratif, s'il est laissé entre les mains
d'une personne agissant de mauvaise foi, peut constituer un fardeau
très lourd pour la petite entreprise. Cela ne me plaît pas du tout.
Je n'ai pas de solutions à proposer, mais cela constituerait un
problème pour notre industrie.
Mme Marlène Jennings: Quand je parle des pouvoirs du
commissaire à la protection de la vie privée, je fais allusion au
pouvoir qu'a le commissaire, en vertu de l'article 18, de
contraindre une personne à fournir des renseignements, de visiter
les locaux de l'organisation faisant l'objet d'une plainte.
• 1645
Il me semble que les pouvoirs prévus à l'article 18 sont
identiques à ceux que possède l'enquêteur du solliciteur général de
l'Ontario.
M. Kenneth Mitchell: Encore une fois, merci d'avoir posé cette
question, parce qu'elle recoupe celle de M. Jones. J'ai dit que,
oui, je voudrais que le commissaire obtienne d'abord un mandat. M.
Jones a répondu, eh bien, pourquoi? Vous ne voulez pas la même
chose.
Or, je me rends compte—je ne suis pas très vite sur mes
patins, mais je finis par y arriver—qu'il y a une différence entre
demander et exiger. Peu importe les dispositions que comprendra le
projet de loi C-54, nous ne pouvons toujours pas, en tant
qu'enquêteurs, entrer dans les locaux d'une organisation, d'un
bureau, et exiger qu'on nous fournisse des renseignements. Nous ne
sommes que des enquêteurs. Nous pouvons «demander» qu'on nous
fournisse des renseignements. Toutefois, cette demande, quand elle
vient d'une instance gouvernementale, se transforme en «exigence»,
sans droit de refus.
Il serait peut-être raisonnable de prévoir un mécanisme de
surveillance pour l'obtention d'un mandat.
Mme Marlène Jennings: Savez-vous qu'il existe en Ontario des
comités de surveillance pour les enquêtes du public contre le corps
policier qui relève du gouvernement de l'Ontario—c'est-à-dire la
PPO—et les services de police municipaux, que ces comités peuvent
exercer ces pouvoirs sans mandat depuis qu'ils ont été créés; que
ces pouvoirs, au Québec, sont exercés depuis 1968, année où l'on a
créé la Commission de police du Québec, qui a été abolie en 1990 et
remplacée par le commissaire à la déontologie; et que ces pouvoirs
sont exercés en Colombie-Britannique et dans chacune des autres
provinces?
Le comité de surveillance qui fait enquête sur une plainte du
public contre un policier a le pouvoir de visiter, par exemple, les
bureaux du service de police—et ce comité est indépendant; il ne
fait pas partie du corps policier—et d'exiger des copies de
n'importe quel document. Habituellement, dans de nombreux cas—pas
dans chacune des provinces, mais dans la plupart de celles-ci,
surtout au Québec—ce comité a le pouvoir de contraindre une
personne, pendant l'enquête, à comparaître devant lui.
Ces pouvoirs existent, et n'ont jamais été déclarés
inconstitutionnels. Ils ont fait l'objet de contestations, et ont
été jugés constitutionnels. Je me demande pourquoi vous voulez
qu'on prive le commissaire à la protection de la vie privée de tels
pouvoirs.
M. Kenneth Mitchell: Je me demande si les pouvoirs attribués
aux diverses unités des enquêtes spéciales, ainsi de suite...
Mme Marlene Jennings: Non, la commission de déontologie n'est
pas un service policier, mais un service administratif. Elle est
composée de civils.
M. Kenneth Mitchell: Mais est-ce qu'il s'agit d'un organisme
gouvernemental qui est chargé de faire enquête sur un autre
organisme gouvernemental, ce qui laisse entendre qu'ils font tous
partie de la même famille?
Mme Marlene Jennings: Non. Au Québec, nous avons le
commissaire à la déontologie policière. L'enquêteur pourrait
contraindre n'importe qui à faire une déclaration dans le cadre
d'une enquête...
M. Kenneth Mitchell: Pas seulement le policier.
Mme Marlene Jennings: ...non, pas seulement le policier.
Par exemple, disons qu'un incident se produit dans un endroit
public ou dans un centre commercial et que, pour faire enquête sur
la plainte, ils doivent visiter les lieux. Ils pourraient exiger
que les personnes travaillant sur place fournissent une description
de ce qu'elles ont vu ou n'ont pas vu. Ce n'est qu'un exemple parmi
d'autres.
M. Kenneth Mitchell: Ce que vous dites là est juste.
J'ai dit à M. Lowther que nous fonctionnons déjà sous ce
régime.
Mme Marlene Jennings: D'accord.
M. Kenneth Mitchell: Les enquêteurs privés peuvent entrer dans
votre bureau et exiger d'avoir accès aux dossiers. Point à la
ligne. Ça ne me plaît pas, mais c'est comme ça.
Mme Marlene Jennings: D'accord. Merci.
La présidente: Merci beaucoup, madame Jennings.
[Français]
Monsieur Dubé, avez-vous une autre question?
M. Antoine Dubé: Oui. Monsieur Garand, en
regardant votre mémoire, je constate que vous
faites souvent allusion à la loi québécoise. Dans vos remarques
précédentes, vous avez parlé de réserves ou choses
que vous voudriez voir incluses dans le
présent projet de loi. Ce que vous demandez
actuellement pour le projet de loi C-54, le
projet de loi 68 y répond-il?
M. Gerry Garand: On vit très bien avec
la Loi 68.
• 1650
Plusieurs des recommandations de
notre mémoire viennent effectivement de la Loi 68.
On travaille depuis 1994 sous ce régime-là
et on ne semble pas avoir de problèmes. Je ne peux
pas dire qu'on voudrait que ce soit exactement pareil,
mais beaucoup des dispositions, surtout sur l'accès, le
partage, la distribution et l'utilisation...
M. Antoine Dubé: De même que les appels plus
simples.
M. Gerry Garand: Oui. Il y a également
la question d'empêcher l'accès à quelqu'un
lorsqu'un dossier est en litige ou
sous enquête.
M. Antoine Dubé: On voit cela dans
votre conclusion. Vous craignez des difficultés,
des dédoublements ou des problèmes qui seront
causés, au Québec, par l'application possible des deux
régimes.
M. Gerry Garand: On a fait des suggestions à
cet égard. On suggère notamment que la loi
provinciale ait préséance là où la collecte de
l'information se fait et
que la loi fédérale s'applique pour l'échange
de renseignements entre les provinces et au niveau
international.
M. Antoine Dubé: Devrait-on séparer les niveaux
d'application?
M. Gerry Garand: Oui.
M. Antoine Dubé: Pour que ce soit plus clair
qu'actuellement.
M. Gerry Garand: Oui, et pour que ce soit plus
simple.
M. Antoine Dubé: D'accord. Merci.
[Traduction]
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Dubé.
Monsieur Jones, avez-vous d'autres questions? Monsieur
Lastewka? Monsieur Lowther?
M. Eric Lowther: J'aimerais faire un commentaire.
La discussion aujourd'hui a été intéressante en ce sens
qu'elle a permis de mettre en lumière certaines des réalités
auxquelles nous sommes confrontés, soit la nécessité d'avoir accès
à des renseignements pour protéger la vie privée des citoyens.
Vous nous avez fourni des renseignements très utiles, et je
vous en remercie.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Lowther.
Au nom du comité, je tiens à remercier tous les témoins pour
leurs exposés très détaillés et pour leur participation à la
discussion. Nous devons réfléchir plus à fond aux modifications que
nous souhaitons apporter au projet de loi C-54.
Si vous avez d'autres commentaires à formuler, veuillez s'il
vous plaît nous les faire parvenir d'ici la fin de la semaine. Nous
prévoyons examiner le projet de loi article par article mardi
prochain.
La séance est levée.