STANDING COMMITTEE ON FINANCE
COMITÉ PERMANENT DES FINANCES
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mercredi 17 mai 2000
• 1537
[Traduction]
Le président (M. Maurizio Bevilacqua (Vaughan—King—Aurora,
Lib.)): J'aimerais ouvrir la séance et accueillir tous les
participants de cet après-midi.
Comme bon nombre d'entre vous le savez sans doute, le Comité des
finances tient une série de tables rondes sur un certain nombre de
questions. Celle d'aujourd'hui porte sur l'endettement des ménages.
J'aimerais profiter de cette occasion pour accueillir les organismes
et les personnes suivants: de l'Institut Vanier de la famille, Bob
Glossop, directeur général de la programmation; de Informetrica,
Michael McCracken, président et chef de la direction; de l'Université
d'Ottawa, Mario Seccareccia, professeur, Département d'économie; de
Statistique Canada, Stewart Wells, statisticien en chef adjoint,
Études analytiques et comptes nationaux, et Patrick O'Hagan, directeur
adjoint, Division de la balance des paiements; Warren Mosler,
directeur, Analyses économiques, III Finance, et Armine Yalnizyan,
économiste.
Bienvenue. Comme vous le savez, vous avez entre cinq et dix minutes
pour faire une présentation préliminaire. Après quoi, nous passerons
aux questions.
Nous allons commencer par M. Gossop, de l'Institut Vanier de la
famille. Bienvenue.
M. Bob Glossop (directeur général de la programmation, Institut
Vanier de la famille): Merci, monsieur le président et membres du
Comité des finances de l'occasion que vous me donnez de comparaître
aujourd'hui.
Nous vous avons remis un document d'information, un rapport préparé
pour nous par Roger Sauvé, président de People Patterns Consulting en
Alberta. Ce rapport, intitulé L'état actuel du budget de la famille
canadienne: Rapport 1999, est un exemple de ce que l'institut
Vanier tente de faire pour surveiller la situation des familles
canadiennes et examiner les questions qui les touchent de plus près.
Dans cette brève introduction, je ne passerai pas le rapport en
revue, point par point. Je crois que vous avez suffisamment
d'indications de l'augmentation des niveaux d'endettement par habitant
ainsi que nos propres calculs de la dette par ménage. Je crois que
vous avez également des documents sur les tendances dans les taux
d'épargne.
Quelle que soit la mesure utilisée, il nous semble évident que
précisément au moment où la plupart des gouvernements ont mis de
l'ordre, ou en tout cas un peu plus d'ordre, dans leurs affaires
budgétaires, les individus et les familles en général pourraient bien
se retrouver dans une situation de surexposition et de vulnérabilité à
l'égard des taux d'intérêt, des fluctuations du marché et d'une perte
d'emploi temporaire pour l'un ou plusieurs des salariés.
Je vais très brièvement passer en revue nos principales
constatations. Je crains que la forte reprise économique qui a fait
suite à la récession du début des années 90 n'ait pas été
particulièrement apparente à bon nombre de Canadiens qui essaient
d'équilibrer leurs comptes à la fin de chaque mois. La reprise, telle
qu'elle surveillée par la plupart des indicateurs bruts de la
performance économique, a été pour beaucoup une reprise non
productrice de revenu.
En moyenne, le revenu disponible des familles aujourd'hui est
inférieur à ce qu'il était il y a une décennie. Le revenu qu'elles
ramènent à la maison subit également de nouvelles pressions: impôts
fonciers, augmentation des frais d'utilisation et coûts des soins de
santé.
• 1540
Certes, certaines familles s'en sont sorties mieux que d'autres. Les
familles dont les revenus sont les plus élevés sont les couples à deux
revenus avec enfants. Elles ont connu une amélioration modeste, mais
modeste seulement, de 73 dollars de leur revenu entre 1989 et 1997. Par
contre, ce sont les couples à revenu unique avec enfants qui ont subi
la perte la plus importante du revenu réel. Le revenu moyen des
familles monoparentales ayant un chef masculin a subi une baisse
marquée, mais ce sont encore les mères seules qui ont le plus de
difficulté à subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants.
Même si certains prétendent que l'érosion du revenu disponible est
attribuable à l'alourdissement du fardeau fiscal, en dollars réels,
l'impôt sur le revenu des familles a en fait diminué entre 1989 et
1992 et a légèrement augmenté pour revenir aux niveaux de 1989. Mais
l'impôt sur le revenu représente actuellement une proportion
croissante du revenu total réduit que nous ramenons à la maison, du
fait surtout que nos salaires n'ont pas suivi le même rythme,
contrairement aux États-Unis.
Face à cette réduction du revenu disponible, on pourrait s'attendre à
ce que les familles et les ménages se serrent la ceinture et réduisent
leurs dépenses, comme l'ont fait les gouvernements, mais elles ne
l'ont pas fait ou n'ont pas pu le faire. Malgré la baisse d'environ 9
p. 100 des revenus des ménages après impôt enregistrée entre 1989 et
1998, les dépenses par ménage ont augmenté de 1,5 p. 100, une
augmentation modeste par rapport aux gains historiques. Autrement dit,
il semble que de façon générale, les familles et les ménages assument
des niveaux plus élevés d'endettement et épargnent moins afin de
maintenir ou d'accroître leurs niveaux de dépenses.
La question évidente est donc celle-ci: pourquoi les familles et les
ménages sont-ils prêts à assumer ce genre d'endettement et à accepter
cette vulnérabilité? Curieusement, alors que les Canadiens ont accepté
la discipline des restrictions en matière de finances publiques, ils
semblent réticents ou incapables d'accepter la même discipline
lorsqu'il s'agit d'organiser leurs propres affaires financières.
Réticents ou incapables? Lequel des deux? Et qui est réticent et qui
est incapable?
Statistique Canada dispose de données très complexes et détaillées
sur la répartition des revenus, mais j'ai l'impression que nous ne
savons pas encore grand chose sur la répartition de la dette, ou de
l'autre côté de l'équation, sur la répartition des actifs et de la
richesse. L'enquête sur la richesse, que nous attendons avec
impatience et qui paraîtra à l'automne, devrait nous donner des
renseignements à ce sujet.
Nous recommandons tout d'abord d'investir dans la collecte et
l'analyse de données qui éclaireraient la nature, la répartition, la
durée et l'ampleur de la dette détenue par les familles et les ménages
canadiens.
Certaines études sur cette question, réalisées encore une fois par
Roger Sauvé, ont utilisé les paiements d'intérêt, tels qu'ils figurent
dans l'enquête de 1996 de Statistique Canada sur les dépenses des
familles, comme un indicateur de la répartition de la dette entre les
groupes d'âge. En moyenne, en 1996, le ménage typique canadien a payé
2 264 dollars en intérêt—soit sur leur résidence principale, leur
résidence secondaire, d'autres biens, des prêts participatifs ou des
prêts personnels. Ces paiements d'intérêt représentaient 5,6 p. 100 du
revenu total des ménages après impôt.
Par rapport à cette moyenne de 5,6 p. 100, les ménages dirigés par
des personnes jeunes âgées de 25 à 34 et de 35 à 44 ans payaient 7,8
p. 100 et 7,4 p. 100 respectivement de leurs revenus annuels après
impôt en intérêt. Le pourcentage du revenu des ménages consacré au
paiement d'intérêt semble diminuer, comme on peut s'y attendre, après
44 ans.
Les ménages à revenu moyen-supérieur, qui appartiennent au quatrième
quintile, affectaient la proportion la plus élevée de leur revenu
total à l'intérêt: environ 7 p. 100. Les ménages à revenu
moyen-supérieur dirigés par des personnes de 25 à 34 ans subissaient
le fardeau de la dette le plus lourd, avec des paiements d'intérêt
équivalant à presque 10 p. 100 de leurs revenus après impôt.
Un certain nombre de raisons peuvent expliquer pourquoi les Canadiens
s'endettent de plus en plus. Selon les organismes de sondage, nous
avons moins peur de perdre nos emplois, compte tenu des taux de
chômage les plus bas que nous ayons connu depuis longtemps et la forte
création d'emplois. Je pense que les Canadiens estiment en général
qu'ils pourront continuer de payer leur hypothèque, leurs cartes de
crédit et leur prêt automobile, tout au moins à court terme.
Certaines familles ont accumulé de la richesse et sont donc prêtes à
emprunter ou ont tout au moins plus confiance dans l'avenir, même si
la valeur nettement accrue de leurs actions et de leurs pensions, qui
représentent maintenant l'équivalent des deux tiers de tous les actifs
financiers, n'est pas nécessairement garantie et, en tant que gains
non réalisés, ne rendent pas plus facile le paiement des factures à la
fin du mois.
• 1545
Même si la valeur des actifs par ménages a augmenté rapidement
jusqu'en 1997 avant de diminuer légèrement en 1998, j'insisterais à
nouveau sur l'aspect de la répartition. Le cinquième le plus pauvre
des familles ne possède pratiquement pas de valeur nette, alors que le
quintile le plus riche en possède les deux tiers environ.
Selon les données sur les dépenses moyennes des familles, il est
raisonnable de supposer que la plupart des familles sont endettées
simplement parce qu'elles ont compromis une partie de leur sécurité
financière à long terme pour satisfaire leurs besoins immédiats.
Nous avons étudié ce que les familles font avec leur argent durement
gagné et nous allons publier un document à ce sujet la semaine
prochaine. J'ai remis à la greffière quelques feuillets qui décrivent
les tendances moyennes des dépenses des familles à deux parents avec
enfants de moins de 15 ans et des familles monoparentales avec des
enfants de moins de 15 ans. Je ne vais pas rentrer dans les détails.
Je promets de remettre un exemplaire de Profiling Canada's Familles
II à la greffière du comité la semaine prochaine. Mais je peux dès
maintenant vous faire part de notre conclusion, à savoir que l'appât
du gain n'est pas vraiment apparent dans les tendances typiques des
dépenses familiales.
À la fin du mois, les familles les plus aisées, les couples à double
revenus avec enfants, consacrent plus de la moitié de leur revenu
disponible aux nécessités de base, alimentation, vêtements et
logement. Les familles monoparentales consacrent environ les trois
quarts de leurs revenus après impôt à ces mêmes nécessités de base.
Les seules familles qui semblent avoir une plus grande marge de
manoeuvre, pour ce qui est de gérer leur budget, sont le tiers des
familles aux revenus les plus élevés, celles qui gagnaient plus de 67
300 dollars par an en 1996. Ce sont d'ailleurs ces ménages qui
expliquent probablement l'augmentation rapide des dépenses globales
consacrées aux loisirs.
J'aimerais également attirer votre attention sur le fait que l'autre
augmentation la plus importante des dépenses globales des ménages
correspond aux soins et aux services médicaux, ce qui pourrait
indiquer une tendance vers un abandon des dépenses publiques au profit
des dépenses privées.
Les économistes voient dans le pouvoir d'achat des familles un des
grands moteurs de la croissance et du développement économiques. Je
pense qu'il est juste de dire que nous vivons dans une économie qui
est intoxiquée par la croissance tant de la consommation que de la
production.
Je crois qu'un certain nombre de questions méritent une analyse plus
approfondie. Comment la hausse ou la baisse des taux d'intérêt
touchent-elles des groupes de familles et de ménages différemment?
Comment le montant et la répartition de la dette globale des familles
et des ménages changent-ils dans le contexte d'une société
vieillissante? Comment la répartition de la dette change-t-elle avec
le temps? Les jeunes ménages d'aujourd'hui assument-ils un fardeau
d'endettement relativement plus élevé que par le passé? La nouvelle
composition de la dette va-t-elle empêcher les jeunes ménages
d'acheter une résidence, compte tenu des niveaux d'endettement
étudiant plus élevés qu'auparavant? À quel point les groupes les plus
endettés, c'est-à-dire les jeunes et les revenus moyens-supérieurs,
sont-ils vulnérables aux fluctuations des marchés, à la récession et
la hausse des taux d'intérêt? Finalement, dans quelle mesure les
familles et les ménages assument-ils des proportions plus importantes
de la dette sur la base d'actifs plus nombreux composés en grande
partie aujourd'hui d'actions et d'autres actifs financiers?
Nos recommandations sont modestes pour le moment. Encourager et
appuyer la collecte et l'analyse de données sur la dette des familles
et des ménages, sa répartition, son ampleur et sa durée. Continuer
d'être vigilant afin de maintenir les taux d'intérêt à de faibles
niveaux tout en favorisant la croissance économique. Finalement, comme
nous pourrions nous y attendre, si nous constatons que
l'alourdissement du fardeau de la dette des Canadiens est assumée de
façon disproportionnée par les jeunes, la classe moyenne et ceux qui
ont des enfants, les programmes de sécurité du revenu de même que les
politiques et les principes fiscaux devront être évalués d'un oeil
critique afin de faire en sorte que les familles—dans la mesure où
elles sont le moteur de la croissance économique et le fondement de la
croissance ou de la stabilité future de la population—puissent gérer
leurs finances tout au long de leur vie, compte tenu du fait que les
modèles typiques de la formation des familles, du salariat, des
dépenses et de l'épargne exigent que les familles assument des niveaux
d'endettement gérables, dans leur propre intérêt et dans l'intérêt du
Canada.
Merci.
Le président: Merci beaucoup, monsieur Glossop.
Nous allons maintenant entendre M. Michael McCracken, président et
chef de la direction de Informetrica. Bienvenue.
M. Michael McCracken (président et chef de la direction,
Informetrica): Merci, monsieur le président.
Je vous ai remis quelques copies de certains graphiques auxquels nous
pourrons nous reporter. Je ne vais pas tous les passer en revue, car
je sais que notre temps est limité et que j'aimerais également passer
à la période de discussion. Je suis sûr également que d'autres
intervenants parleront de ces mêmes données.
• 1550
J'aimerais cependant m'attarder un peu sur le premier graphique
intitulé «Stability of Debt Ratio», (stabilité du ratio d'endettement)
qui servira de base à nos discussions.
Concrètement, tout détenteur de dette, ou d'ailleurs tout détenteur
d'actif, est assujetti à deux forces. La première est la question de
savoir comment les taux d'intérêt se comportent par rapport à
l'augmentation de son revenu et, deuxièmement, quel montant de ce
revenu il économise; combien réserve-t-il au remboursement de la
dette? Si la personne n'économise pas suffisamment pour rembourser la
dette, les dettes vont s'accumuler, et même si elle essaie de
rembourser, cela peut s'avérer difficile si les taux d'intérêt
augmentent beaucoup plus rapidement que son revenu. Au Canada, pour le
moment, ces deux aspects posent des difficultés plus particulièrement
au consommateur.
Ce que l'on appelle le facteur de stabilité est le fait que les taux
d'intérêt réels au Canada sont élevés comparativement à la hausse du
revenu et ce, depuis déjà un certain temps. Le deuxième graphique
montre que les taux d'intérêt réels au Canada se situent entre 6 p.
100 et 15 p. 100 pour les consommateurs depuis 1980—un monde bien
différent de celui qui existait auparavant.
L'augmentation du revenu disponible par ménage pose également un
problème. On voit au bas de la troisième page que la hausse des
revenus au Canada depuis 1989 est négative. Les revenus ont accusé une
baisse jusqu'à très récemment, comme on peut le constater dans le
graphique sur le revenu disponible par ménage. Encore aujourd'hui, les
niveaux de revenu sont nettement inférieurs à ce qu'ils étaient en
1989 et sont toujours inférieurs à ceux de 1981.
Nous avons donc à la fois une faible augmentation du revenu et des
taux d'intérêt réels élevés ce qui conduit, bien entendu, à une hausse
des ratios d'endettement. Vous pouvez le voir en haut de la page
suivante. Nous avons résumé tout cela dans ce que l'on appelle le
coefficient de stabilité d'endettement, qui montre encore une fois que
nous avons connu une période d'instabilité pendant la plupart des
années depuis 1980 et que cela est encore le cas aujourd'hui. Compte
tenu des augmentations récentes des taux d'intérêt, y compris ceux de
ce matin, le consommateur va avoir de plus en plus de difficultés.
Quel montant économisent-ils sur leur revenu? Nous estimons que les
indications là encore ne sont pas très optimistes. Le taux d'épargne a
été très élevé au début des années 80, mais il a diminué. Il était à
près de zéro en 1999. Si vous regardez les différents éléments, cette
épargne n'est pas entre les mains des consommateurs, mais prend la
forme d'ententes d'épargne contractuelles, les pensions de retraite,
les retraites enregistrées ou les cotisations aux REER étant en fait
bloquées. Mais on constate là aussi une baisse récemment. Les taux
d'épargne dits discrétionnaires sont négatifs, ce qui implique que les
consommateurs s'endettent plus qu'ils n'accumulent d'actifs.
Il y a eu néanmoins une réévaluation des actifs et certaines
améliorations pour le consommateur et la valeur nette réelle par
ménage a augmenté lentement. Cette hausse est d'environ 2 p. 100 par
an depuis les dernières années, comme on le voit à la page 7.
Il ne faut donc pas oublier le contexte général du bilan pour le
consommateur, mais comme M. Glossop l'a fait remarquer, le bilan de
l'ensemble des consommateurs n'est pas nécessairement celui de chacun.
Certains consommateurs ont des actifs et d'autres des passifs, mais
pour beaucoup l'équilibre est difficile entre les deux. En fait, étant
donné que la plus forte concentration de la valeur nette se situe dans
les 20 p. 100 supérieurs, il est bien évident que les 80 p. 100
inférieurs n'ont guère de valeur nette.
En ce qui concerne les passifs et leur hausse, on peut les ventiler
en divers sous-éléments. Le passif par ménage est indiqué avec et sans
prêt hypothécaire. Si l'on tient compte d'une des mesures les plus
fréquentes de la dette à la consommation, c'est-à-dire la part du
revenu disponible, y compris les hypothèques, vous constatez que le
ratio est supérieur à 100 p. 100.
Si l'on ventile cela en ses composantes, vos voyez qu'environ 30 p.
100 de ce montant est une dette non hypothécaire, l'hypothèque
représentant environ 70 p. 100. Et de cette dette non hypothécaire,
vous voyez au bas de la page 10 qu'une partie correspond à des prêts
autres que de cartes de crédit, ce qui comprendrait des prêts pour
acheter des biens de consommation—prêt-automobile, etc. Cela
représente maintenant environ 20 à 23 p. 100 et continue d'augmenter.
Voilà un secteur où la dette augmente par rapport, dans ce cas, à un
concept de revenu disponible.
• 1555
L'endettement sur carte de crédit attire souvent beaucoup
l'attention, mais en fait, si vous regardez le graphique, elle
représente environ 5 p. 100 du revenu disponible et a diminué ces
dernières années par rapport au sommet de 1995-1996. Le solde non
réglé par ménage augmente cependant, soit plus de 2 000$
actuellement.
L'utilisation des cartes de crédit pour obtenir des avances augmente,
avec une moyenne d'avance de 900 $. Les défaillances—ceux qui n'ont
pas payé ou qui sont en retard de 90 jours sur le paiement de leur
carte de crédit—par rapport à ceux qui ont un solde quelconque est
d'environt,8 p. 100. Ce chiffre est resté stable depuis cinq ou six
ans, si l'on compare au sommet de 1990. En ce qui concerne les comptes
de carte de crédit, nous parlons ici d'environ 150 000 cartes de
crédit ayant des arriérés de plus de 90 jours.
La dette hypothécaire est toujours l'élément dominant et s'établit
actuellement à environ 70 à 75 p. 100 du revenu disponible. La dette
hypothécaire par ménage, parmi tous les ménages, y compris les
locataires et les personnes sans hypothèque, est d'environ 33 000 ou
34 000 dollars.
Les arriérés sur les paiements hypothécaires restent également élevés
depuis 1991, et je pense que la chose à retenir ici est que la
situation des consommateurs n'a guère changé en ce qui concerne les
arriérés sur les paiements hypothécaires. Environ 0,6 p. 100 des
paiements hypothécaires sont toujours en retard sur l'ensemble du
portefeuille, par rapport à 0,2 p. 100 dans la dernière moitié des
années 80.
Y a-t-il un problème? Cela dépend de ce que l'on considère. Tant que
les gens sont prêts à tolérer et à accepter des ratios d'endettement
croissants, on peut dire qu'il n'y a pas de problème. Mais nous
connaissons maintenant une situation de hausse rapide importante des
taux d'intérêt, 50 points de plus ce matin, et cela n'est pas fini, à
la suite d'une augmentation de 150 à 200 points au cours des six à
sept derniers mois. Nous pensons que cela va conduire à un
ralentissement de l'économie, à la fois directement et en raison des
efforts de la Réserve fédérale américaine qui tente également de
ralentir l'économie américaine.
Je pense qu'il y aura donc un problème. Je pense que l'équation de
l'endettement va donner des résultats très négatifs: hausse des taux
d'intérêt, ralentissement de la croissance et difficultés accrues des
consommateurs à économiser sur des revenus qui ne vont pas augmenter
aussi rapidement que nous l'espérions. Cela va créer un problème
important.
Avant de dire qu'il ne s'agit que de consommateurs et qu'ils peuvent
bien faire faillite individuellement, il faut savoir qu'il y a un
autre côté à cette médaille. En effet, un problème d'endettement
s'accompagne toujours d'un problème d'actif. Le problème d'actif est
bien entendu celui du prêteur. En fait, ce sont eux qui ont un
problème si les consommateurs sont trop nombreux à ne plus pouvoir
rembourser leurs dettes. Nous avons déjà vu les marchés financiers
avoir des difficultés lorsque les dettes ne sont pas payées.
Il est donc très opportun que ce groupe s'intéresse à cette question.
Il sera intéressant de voir comment vous allez trouver des solutions.
Le président: Merci, monsieur McCracken.
Nous allons maintenant entendre le professeur Mario Seccareccia.
Bienvenue.
M. Mario Seccareccia (professeur, Département d'économie,
Université d'Ottawa): Merci.
Je suis très heureux de pouvoir faire suite à ce que Mike vient de
dire, car j'ai des observations semblables à faire. Mais j'aimerais
souligner également certaines différences.
• 1600
Avant de vous montrer certains des graphiques, j'aimerais commencer
en disant que les États-Unis ont déjà connu ce problème du déclin des
taux d'épargne et de la hausse de l'endettement des ménages. Nous ne
faisons que suivre leurs pas, peut-être une décennie plus tard, mais
c'est essentiellement le même phénomène. Il est donc important de
souligner qu'aux États-Unis, le phénomène a été semblable et que nous
devons également aborder la question.
Les États-Unis ont fait des recherches à ce sujet, et j'aimerais
citer une étude en particulier qui porte sur la situation dans les
années 80 aux États-Unis. C'est une étude du National Bureau of
Economic Research effectuée par deux personnes du nom de Auerbach et
Kotlikoff. Ils décrivent ce qui s'est produit à cette époque et en
particulier le fait que même si le facteur démographique explique en
grande partie l'épargne, il ne semble pas expliquer la chute du taux
d'épargne aux États-Unis dans les années 80, par exemple. Cela reste
encore essentiellement inexpliqué.
En fait, il est intéressant de voir qu'un grand nombre de travaux ont
été réalisés sur le sujet, mais à l'exception de certains cercles,
comme nous allons le voir—et j'en reparlerai dans une minute—la
plupart se sont concentrés sur les facteurs démographiques et d'autres
facteurs du même genre, qui, à mon avis, ne sont pas si importants
dans le contexte.
Certains pourraient vouloir expliquer de la même façon la situation
des taux d'épargne canadiens dans les années 90 et l'augmentation de
l'endettement des ménages. Mais au Canada, je ne crois pas qu'il y ait
un mystère. Cela doit en fait être expliqué. Dans ce bref document,
que j'aimerais vous résumer, j'ai tenté de vous donner quelques
indications sur les facteurs importants qui contribuent à cette chute
dramatique du taux d'épargne et à la croissance concomitante de
l'endettement des ménages.
Je devrais également dire qu'il s'agit d'un problème macroéconomique
très important. Comme Mike l'a mentionné plus tôt, l'augmentation de
l'endettement n'est pas en soi un problème. Le problème surgit lorsque
les choses tournent mal. Si une légère récession se produit, les
ménages tentent de régler le problème d'un fardeau de la dette de plus
en plus lourd, ce qui réduit encore les dépenses dans l'économie et
conduit donc à des problèmes de soutien de la demande de consommation
à long terme.
Nous pourrions donc être confrontés à un problème très grave et c'est
dans ce contexte que nous devons nous en préoccuper.
J'ai ici quelques graphiques qui soulignent les problèmes. Mike a
déjà évoqués certains d'entre eux dans ses propres graphiques, mais je
vais souligner ceux-ci.
J'ai examiné les lois des tendances ainsi que leurs variations.
L'important est de regarder les lois des tendances. Il s'agit ici du
Canada entre 1961 et 1999. J'ai examiné les taux d'épargne par rapport
au revenu disponible. J'ai également examiné le crédit à la
consommation en tant que part du PIB, qui est un indicateur utile.
Vous voyez ici que dans la période où la croissance était assez bonne,
appelons la—croissance soutenue, répartition du revenu assez stable
et ainsi de suite—dans les années 60 et au début des années 70, le
taux d'épargne et le ratio de crédit étaient à la hausse en tandem.
Comme on s'y attendrait, à mesure que le revenu réel des ménages
augmente et à mesure que de plus en plus de ménages ont passent à un
échelon de revenu supérieur, ils auront moins tendance à consommer.
Par contre, ils vont acheter davantage avec leur revenu car ils
s'attendent à ce que ce revenu continue à augmenter. C'est ce que
j'appelle l'économie à somme positive, une période de croissance où
tout va plutôt bien.
Mais dans les années 80, les choses ont commencé à changer et, dans
les années 90, l'inversion de la tendance s'est intensifiée. Durant
ces années en particulier, on constate un endettement croissant des
ménages en même temps qu'une réduction considérable du taux d'épargne.
On peut dire que cette économie n'est pas du tout de même nature. Nous
avons un déclin ou ce que j'appelle une économie à somme zéro, où la
croissance est faible, voire nulle, ou même en déclin, comme nous le
verrons, selon la façon dont on regarde ces mesures.
• 1605
Mais ce qui est le plus important, compte tenu de la difficulté des
ménages à maintenir un niveau normal de consommation, c'est la
bifurcation de ces séries qui vont dans la direction opposée et qui
mènent vers des écarts sans précédent entre le ratio de crédit et le
taux d'épargne.
Comment expliquer ce phénomène? J'ai examiné certaines variables dont
les économistes traditionnels de type keynésien ont parlé et
j'aimerais souligner leur pertinence à ce débat.
Premièrement, j'aimerais souligner une de ces variables dont nous
pouvons tous dire qu'elle est très importante pour expliquer le taux
d'épargne, c'est-à-dire la croissance du revenu disponible réel par
habitant. Mike en a déjà parlé. Je l'ai utilisé par habitant car c'est
probablement encore plus dramatique.
Dans les années 60 et au début des années 70, on constate une
croissance à long terme plutôt stable. Puis de nouveau dans les années
80, on constate une chute et, dans les années 90, une croissance
négative pendant la plus grande partie de cette période.
Il va sans dire que la réduction du revenu réel va avoir un effet sur
le comportement de l'épargne car à mesure que les ménages tentent de
maintenir certaines normes de consommation, ils vont de plus en plus
utiliser la partie de leur revenu disponible qu'ils économiseraient,
ou même s'endetter, ce que nous voyons dans cette partie.
L'autre variable que je trouve utile de mentionner ici, car elle a
fait l'objet de bien des débats également aux États-Unis, a trait aux
gains boursiers. J'ai utilisé un simple indicateur, c'est-à-dire le
taux de change—le taux d'appréciation si vous voulez—de l'indice de
la bourse de Toronto et, comme vous allez le voir, j'ai fait quelques
autres calculs statistiques. Je voulais savoir si cela pouvait
expliquer sur un statistique le comportement des taux d'épargne.
Ce que l'on constate, c'est que les ménages, même si leurs gains en
capital ne sont pas réalisés—c'est-à-dire à mesure qu'ils voient une
appréciation de leurs actifs—continuent en fait de dépenser davantage
quel que soit leur revenu, ce qui réduit encore leur taux d'épargne.
Dans les années 90 en particulier—et nous avons vu à l'époque une
hausse particulièrement importante de cet indice pendant la plus
grande partie de cette période—cela a expliqué largement le taux
d'épargne, comme je le montrerai dans les statistiques.
L'autre variable importante que je voulais utiliser pour expliquer ce
qui est arrivé au taux d'épargne est l'intérêt. Mike a parlé des taux
d'intérêt réels, qui sont très importants, car ils mettent
effectivement en lumière les seuils d'explosion ou d'inflation. Ceci
est important, mais je ne m'y suis pas arrêté. J'ai examiné la part de
l'intérêt par rapport au revenu national, car il y a là une variable
de répartition du revenu.
Voici les statistiques: dans la partie supérieure, j'ai indiqué le
taux d'épargne et en bas la part de l'intérêt par rapport au revenu
national. On constate que lorsque les taux d'intérêt ont augmenté—et
ils ont atteint leur taux le plus haut au début des années 80 puis une
autre pointe locale en 1990 environ—la part du revenu d'intérêt a
suivi plus ou moins les taux d'intérêt. Nous voyons évidemment qu'il
s'agit des personnes, de façon générale, qui auraient davantage
tendance à économiser une grande partie de leur revenu.
• 1610
Par conséquent, simplement en raison de cet effet de redistribution
de l'intérêt par rapport au revenu non productif d'intérêt ou non
rentier, comme je l'appelle dans ce document, vous voyez qu'il aurait
un effet également sur le taux d'épargne. Et c'est effectivement ce
qui s'est produit. Dans les années 90, la Banque du Canada a
finalement décidé d'appliquer les freins pour ramener quelque peu à la
baisse le taux d'intérêt, la crainte de l'inflation s'étant atténuée,
ce qui a eu pour effet de réduire la part de l'intérêt par rapport au
revenu national et également, dans une certaine mesure, de contribuer
à la baisse du taux d'épargne.
J'aimerais finalement mentionner une dernière variable avant de
conclure. Il s'agit de l'aspect budgétaire, c'est-à-dire les déficits
ou les excédents des gouvernements. J'ai pris le ratio des déficits ou
des excédents de tous les paliers de gouvernement au produit intérieur
brut. J'ai également ici le graphique du taux d'épargne. Vous
constaterez qu'il y a beaucoup d'activités, mais l'essentiel est que
ces éléments ont tendance à s'éloigner les uns des autres. À mesure
que le déficit augmente, comme ce fut le cas, par exemple, pendant les
années 70 et 80, les transferts augmentent également, car les dépenses
de programmes se poursuivent, relativement parlant et produisent donc
des revenus pour les particuliers.
À la fin des années 80 et au cours des années 90, comme nous le
voyons ici, on a atteint le fond, ici, avant d'amorcer une évolution
dans la direction opposée, ce qui nous a mené aux excédents actuels.
Cette situation—impôts plus élevés, réduction des dépenses de
programmes encore une fois—fait en sorte que certains ménages ont de
la difficulté à maintenir leur niveau de consommation, ce qui à son
tour réduit le taux d'épargne.
Il me semble donc qu'il faut tenir compte d'un autre paramètre, ou
variable, important, soit le comportement de la politique budgétaire,
si vous voulez l'appeler ainsi. Même si la croisade contre le déficit
a porté fruit pour ce qui est d'équilibrer le budget et même de
produire des excédents, cela semble s'être fait en grande partie sur
le dos des ménages. Dans une certaine mesure, ceci semble souligner
cela.
J'ai fait également un simple exercice d'économétrie pour essayer de
montrer le pouvoir d'explication de ces variables. J'ai constaté qu'en
fait, elles jouent un rôle très important en termes de technique
statistique de test. C'est ce que je résume dans mon document. Vous
pourrez me poser des questions à ce sujet.
Tout peut être bien ou mal, selon la perspective. Par exemple, la
réduction des taux d'intérêt a largement contribué à réduire le taux
d'épargne. Ce n'est pas un mal en soi. Le fait qu'on se soit éloigné
des revenus productifs d'intérêt pendant une partie des années 90
n'était peut-être pas une mauvaise chose pour la société. Si cela a
contribué à la diminution du taux d'épargne, cela en soi n'est pas
nécessairement un problème.
En revanche, si, comme nous l'avons vu ici, le revenu disponible réel
par habitant a considérablement diminué, en particulier dans les
années 90, les décideurs devraient s'en préoccuper sérieusement. De
plus, si nous pensons que la façon dont nous avons équilibré les
livres et produit des excédents a pour effet, concrètement, de
reporter le fardeau sur les ménages en créant des déficits à ce bout,
les décideurs devraient également s'en préoccuper.
• 1615
Voilà essentiellement ce que je voulais dire aujourd'hui. Je
répondrai avec plaisir à vos questions. Merci.
Le président: Merci beaucoup, professeur Seccareccia.
Nous allons maintenant entendre les représentants de Statistique
Canada: Stewart Wells et Patrick O'Hagan. Bienvenue.
M. Stewart Wells (statisticien en chef adjoint, Études analytiques
et comptes nationaux, Statistique Canada): Merci de m'avoir demandé de
comparaître. J'ai avec moi, comme vous l'avez dit, Patrick O'Hagan,
qui connaît sans doute beaucoup mieux les données sur les bilans et
les flux financiers dans ce pays que quiconque au Canada. Il serait
présomptueux de ma part de parler à sa place pour commencer.
Je voulais simplement dire que nous avons avec nous l'ensemble des
données budgétaires pour tous ceux qui souhaitent les consulter. Je ne
sais pas vraiment où elles se trouvent, mais elles sont ici. Je dirais
également—et Pat pourrait peut-être en parler également—que comme
Bob Glossop l'a dit, nous n'avons pas encore beaucoup de données sur
la répartition de la dette. Nous espérons que les enquêtes auxquelles
participe Pat amélioreront les choses à l'avenir, mais pour le moment
c'est une lacune.
Je vais maintenant passer la parole à Patrick.
M. Patrick O'Hagan (directeur adjoint, Division de la balance des
paiements, Statistique Canada): Merci beaucoup.
Je vais d'abord parler un peu de la façon dont nous construisons les
données, les sources de données et les éléments de la dette des
ménages et passer également quelques instants à parler des tendances
de l'évolution de cette dette.
Les estimations de la dette du secteur des particuliers, qui sont
diffusées chaque année, remontent à 1961. Ces mesures font partie du
système de comptabilité nationale du Canada, un sous-élément appelé
comptes du bilan national, qui couvre tous les secteurs de l'économie.
Les données sur les actifs, les engagements et la valeur nette du
secteur des particuliers et des entreprises non constituées en
société, pour employer l'appellation officielle, englobent tous les
ménages dans leur ensemble. Autrement dit, il s'agit de données
macroéconomiques qui ne sont pas ventilées selon la province, la plage
de revenu ou de richesse. De plus, comme son nom l'indique, le total
des engagements englobe les dettes des entreprises non constituées en
société (exploitations agricoles, consultants, avocats et petits
détaillants). Cela dit, les particuliers se taillent la part du lion
occupée par les engagements de ce secteur.
Les engagements du secteur des particuliers comprend cinq grands
éléments:
Le premier est le crédit à la consommation, défini, selon les
conventions des comptes nationaux, de façon à comprendre les emprunts
à la seule fin d'acheter des biens de consommation et des services.
Cela inclut tous les types de carte de crédit, les prêts à tempérament
octroyés par des banques et d'autres institutions de crédit, comme les
prêts automobiles et les marges de crédit.
Les prêts bancaires comprennent les prêts aux particuliers accordés
par des banques à charte canadiennes aux fins de l'achat ou de la
dépense de titres, y compris les prêts REER, prêts rénovation ainsi
que les prêts aux entreprises non constituées en société et aux
institutions sans but lucratif.
Les autres prêts sont très semblables aux prêts bancaires. Mais ils
s'appliquent à d'autres types d'institutions financières, comme les
caisses de crédit et les caisses populaires, les sociétés de fiducie
et sociétés de prêts hypothécaires, ainsi que les sociétés de
financement de vente à crédit et de prêt à la consommation. Dans les
années 90, on a connu une importante évolution vers les contrats de
location d'automobile. Les locations d'automobile sont traitées comme
des passifs par le système canadien des comptes nationaux et sont
incluses dans l'élément autres prêts.
Les prêts hypothécaires comprennent les hypothèques sur les immeubles
résidentiels, ce qui comprend les biens immobiliers détenus à des fins
d'investissement et qui peut englober également certains prêts
hypothécaires sur des immeubles non résidentiels appartenant à des
entreprises non constituées en société, par exemple les exploitations
agricoles et d'autres biens immobiliers.
Les comptes fournisseurs, dont je ne parlerai pas beaucoup
aujourd'hui, englobent les crédits commerciaux à court terme accordés
à des entreprises non constituées en société.
Comment les estimations sont-elles construites? Elles sont produites
à partir de données de contrepartie des institutions de crédit. Comme
je l'ai dit tout à l'heure, nous ne réalisons pas d'enquêtes
régulières sur les ménages permettant de collecter ces données. Mais
nous demandons aux prêteurs, sur les formulaires de sondage envoyés
par Statistique Canada, d'indiquer les prêts non hypothécaires par
type, comme les prêts personnels par utilisation, et nous leur
demandons de répartir les prêts hypothécaires selon qu'ils sont
résidentiels ou non résidentiels. Donc, les engagements du secteur des
particuliers, exception faite des comptes fournisseurs—sont
considérés comme étant de bonne qualité.
• 1620
Nous avons vu que le total des engagements du secteur des
particuliers est passé de 17 milliards de dollars en 1961 à 667,5
milliards de dollars à la fin de 1999. L'analyse ici portera surtout
sur la croissance de l'endettement relatif, en particulier par rapport
au revenu disponible des particuliers.
Si vous regardez le graphique 1, qui a été distribué avec le dossier,
vous remarquerez que le total des engagements du secteur des
particuliers, la ligne bleue, augmente de façon considérable entre
1961 et 1999. Il a un effet cyclique, en particulier au cours de la
récession 1981-1982.
La dette des ménages, la ligne rouge sur ce même graphique, est
passée de 14 milliards de dollars à 579 milliards pendant la même
période. Par rapport au revenu disponible des particuliers, elle
atteint un autre sommet historique à la fin de 1999. Sa croissance est
attribuable à un certain nombre de facteurs, notamment les changements
démographiques et sociaux, les modifications d'ordre réglementaire et
institutionnel, les fluctuations du coût d'emprunt nominal et réel,
l'impact des cycles économiques et, plus récemment, l'accumulation de
richesses dans le secteur des particuliers.
J'ai choisi de dire quelques mots en faisant une ventilation en
périodes précises. Je vais commencer par la période qui va de 1965 à
1979, une période qui a connu une forte croissance économique. On peut
avancer que cette forte croissance a été attribuable à la première
vague des baby-boomers. Bon nombre d'entre eux ont alors acheté leur
première automobile, leur première résidence et leurs premiers
meubles.
Pendant cette même période, les ménages ont manifestement accumulé
davantage d'actifs non financiers, en particulier des habitations et
des biens de consommation durables, que d'actifs financiers. Cela
s'est traduit par une forte demande de crédit hypothécaire et de
crédit à la consommation.
Comme je l'ai dit, les années 70 ont été caractérisées par un taux
d'inflation élevé qui a eu pour effet d'accroître la valeur des actifs
non financiers, mais aussi d'augmenter le montant des emprunts pour
financer leur acquisition.
Il est intéressant de noter que pendant la majeure partie des années
70, les taux d'intérêt n'ont pas augmenté au même rythme que
l'inflation, ce qui s'est traduit par un faible coût d'emprunt réel.
D'un point de vue économique, il était donc logique d'emprunter à un
taux relativement bas pour recueillir des actifs non financiers dont
la valeur s'appréciait. Cela pourrait avoir accéléré la demande de
crédit hypothécaire et de crédit à la consommation.
Cette poussée de la demande de 1965 à 1979 a été accueillie par un
accroissement de l'offre de crédit. Les modifications législatives ont
joué un rôle important à cet égard en particulier les modifications
apportées à la Loi sur les banques. De nouveaux types d'instrument de
crédit ont fait leur apparition pendant cette période. Chargex, le
prédécesseur de Visa et Master Charge, maintenant connu sous le nom de
MasterCard, sont apparus respectivement en 1968 et 1972.
Pendant toute cette période, la dette hypothécaire a augmenté plus
rapidement que la dette à la consommation. Le ratio de la dette
hypothécaire à la valeur des biens immobiliers résidentiels—autrement
dit le titre que possèdent les traiteurs sur ces actifs—est passé de
25,9 p. 100 à 34,2 p. 100 de 1961 à 1979. La dette totale des ménages
atteignait 76,4 p. 100 à la fin de 1979.
Cependant, le contexte économique était différent au début des années
80. Une grave récession a coïncidé avec les taux d'intérêt réels et
nominaux élevés en 1981 et 1982. Dans cette conjoncture économique et
financière, le taux d'épargne des particuliers a atteint un sommet en
1981. C'est ce que l'on voit sur le graphique 4.
Dans une large mesure, les variations du taux d'épargne pendant cette
période se sont reflétées dans la diminution marquée du montant net
des emprunts des ménages. Il n'est pas surprenant de voir sur le
graphique 2 que la dette des ménages en pourcentage du revenu a
affiché une forte baisse pendant cette période. Cependant, dans la
foulée de la reprise économique et du recul des taux d'intérêt, la
demande de crédit des ménages s'est accrue. De plus, la deuxième vague
des baby-boomers a fait son entrée sur le marché de l'habitation et
des biens durables. En 1988, le ratio de la dette au revenu des
ménages égalait le sommet de 1979 et atteignait un nouveau prix
l'année suivante.
• 1625
L'augmentation du nombre des ménages à deux revenus, une tendance
amorcée dans les années 70 pourrait expliquer la nouvelle demande au
cours de cette décennie. Cela pourrait expliquer en partie pourquoi
l'augmentation du chômage dans les années 80 ne semble pas avoir eu
d'effet dissuasif sur les emprunts des ménages.
Pour ce qui est de l'offre de crédit, les prêteurs ont continué de
répondre à la demande. Ils se sont montrés plus souples au chapitre de
la durée des prêts hypothécaires et ont commencé à offrir des marges
de crédit aux ménages. En outre, les conditions d'obtention des cartes
de crédit ont été assouplies. Le pourcentage de la valeur des biens
immobiliers résidentiels correspondant à la dette hypothécaire était
également élevé pendant cette période.
Mais les années 90 ont débuté sous le signe de la récession. Cette
décennie a été caractérisée par une croissance économique plus faible
que lors des décennies précédentes, malgré la baisse des taux
d'intérêt. Mais il est intéressant de souligner que le coût d'emprunt
réel, le taux d'intérêt corrigé de l'inflation—sont demeurés assez
élevés dans les années 90.
De plus, la tendance à la baisse du taux d'épargne des particuliers,
dont on a déjà parlé, révèle que les dépenses de consommation étaient
généralement supérieures au revenu des particuliers. Le ratio de la
dette des ménages au revenu disponible des particuliers a donc atteint
un nouveau sommet historique chaque année pour s'établir à 100 p. 100
à la fin de la décennie.
Mais dans une certaine mesure, l'accroissement du niveau
d'endettement des ménages n'aurait pas forcément alourdi le fardeau de
la dette totale, dans l'optique des instruments mensuels, du fait que
les taux d'intérêt étaient plus bas dans les années 80. En outre, à
partir du milieu des années 90, la baisse du taux de chômage, combinée
à des pressions inflationnistes négligeables, pourrait avoir alimenté
la confiance des consommateurs et par conséquent, cumulé la demande de
biens de consommation et de crédit. L'augmentation des ménages
monoparentaux a pu également accroître la nécessité de nouveaux
crédits.
On s'est également intéressé à l'incidence de ce que l'on appelle
l'effet de richesse. Dans les années 90, des investissements
financiers importants, REER, fonds de placement et régimes de retraite
d'employeurs, ont été effectués et la valeur des portefeuilles s'est
accrue. Il se pourrait que se sentant plus fortunés, les ménages aient
eu envie d'emprunter et de dépenser davantage.
La tendance à la création d'instruments de crédit plus facile à
obtenir s'est maintenue pendant la décennie, et j'ajouterais l'essor
marqué de la location d'automobiles du côté des particuliers. Cela a
considérablement allégé le fardeau financier inhérent à l'acquisition
d'une nouvelle voiture.
Pendant une bonne partie de la décennie, la dette à la consommation a
progressé plus rapidement que la dette hypothécaire. Le marché de
l'habitation a été plus lent à récupérer, en partie du fait que dans
une large mesure, le cycle d'achat d'habitation des baby-boomers était
à sa fin. En fait, le reste de la dette hypothécaire à la valeur des
biens immobiliers résidentiels qui avait atteint 36,7 p. 100 à la fin
de 1997, avait commencé à diminuer pour atteindre 36,5 p. 100 à la fin
de la décennie.
Je ferais maintenant quelques observations sur les comparaisons
internationales.
Les données américaines laissent entendre que les ménages en général
ont été relativement moins endettés aux États-Unis qu'au Canada. La
dette à la consommation et la dette hypothécaire, exprimées en
pourcentage du revenu disponible des particuliers, ont connu une
évolution similaire dans les deux pays, tout particulièrement depuis
le milieu des années 70. Par contre, le ratio de la dette au revenu
des ménages américains était plus bas que celui des Canadiens, sauf
pendant quelques années.
Dans une perspective plus générale, comme on le voit sur le graphique
6, si l'on analyse le total des engagements du secteur des
particuliers, on constate que d'après une étude de l'OCDE, les
Canadiens semblent relativement plus endettés que les habitants des
autres pays du G-7. Selon cette étude, le Canada a récemment, en 1996,
surpassé le Royaume-Uni et le Japon au chapitre des engagements du
secteur des particuliers, exprimé en pourcentage du PIB.
Pour résumer, quelle que soit la mesure employée, les Canadiens sont
en termes absolus et relatifs plus endettés qu'ils ne l'étaient. Deux
importantes questions se posent: premièrement, l'accroissement du
fardeau de la dette est-il soutenable; et deuxièmement, comment cette
dette est-elle répartie selon la classe de revenu et de richesse et
selon la province?
Des éclaircissements seront apportés à cette dernière question, la
question de la répartition, lorsque les résultats de l'enquête sur la
sécurité financière—c'est-à-dire une enquête sur les actifs et la
dette des ménages—seront publiés plus tard cette année. Cette enquête
a été effectuée en mai et juin 1999 et portait sur un échantillon de
23 000 foyers, y compris un bon échantillon des revenus élevés. Le
taux de réponse a été d'environ 75 p. 100. Ces données devraient être
publiées à l'automne 2000. Mais cela se fera en plusieurs étapes: les
données d'ensemble seront publiées à l'automne 2000 et d'autres
données seront publiées jusqu'au printemps 2001.
• 1630
J'aimerais également signaler qu'un document qui rapproche les
mesures globales d'endettement avec les mesures micro des données sera
également produit en même temps.
Merci beaucoup.
Le président: Merci beaucoup, monsieur O'Hagan et monsieur Wells.
Nous allons passer maintenant à M. Mosler. Bienvenue au comité et
bienvenue au Canada.
M. Warren Mosler (témoignage à titre personnel): Merci.
Il s'agit d'une publication de l'Université du Missouri, de Kansas
City, qui correspond à la situation américaine. Chacun peut la
consulter et je vais essayer de l'adapter à la situation canadienne.
Ce que j'aimerais souligner dans ce que viens de dire Mario, c'est
qu'il existe une différence entre le problème micro et macro. Je vais
vous donner quelques exemples.
Si vous envoyez une centaine de chiens après 95 os, cinq de ces
chiens reviendront sans os. Vous avez là un problème macro. On
pourrait avancer qu'avec plus d'entraînement et plus de travail, on
pourrait aider ces cinq chiens, mais vous savez très bien qu'il
manquera toujours cinq os. Nous avons ici le même problème. C'est un
problème macro. Mario y a fait allusion.
L'autre exemple est un peu plus technique. Au milieu des années 70,
je travaillais au rachat de Bell Federal, qui avait à peu près 3
milliards de dollars d'emprunts et 4 milliards de dollars de dépôt. La
banque était passablement sans dessus-dessous. En l'évaluant, il m'est
venu à l'idée que le gouvernement devrait nous payer 500 millions de
dollars. J'ai constaté les mouvements de trésorerie, examiné l'aspect
macro et estimé que cette banque allait perdre 50 millions de dollars
par an pendant dix ans—c'est la durée que j'ai estimée—et que nous
devrions obtenir cette somme tout de suite.
La First National Bank de Chicago s'est présentée. Deux personnes
sont venues avec des boîtes de document. Ils avaient analysé chaque
actif de la banque. Cela leur avait pris des semaines et ils sont
arrivés avec 490 millions de dollars.
Des voix: Oh, oh!
M. Warren Mosler: C'est effectivement l'idée. Si vous avez la
perspective macro, pour l'aspect micro, cela vous permet de voir si
vous êtes dans la bonne direction.
Le taux d'épargne est une question de chiffres comptables. Lorsque le
taux est publié, on a un chiffre comptable. Il faut savoir quelle en
est l'origine. C'est ce qu'on appelle une identité comptable,
c'est-à-dire que vous avez un chiffre à gauche et sa justification à
droite et c'est ce que l'on appelle l'identité comptable. Mais c'est
en fait le même chiffre, celui de droite est l'explication de celui de
gauche.
À gauche, on a quelque chose qui s'appelle un déficit ou un excédent
du secteur public. Comment le comptabiliser? Qu'est-ce que cela
signifie sur ce côté-ci de l'équation? Cela veut dire que l'ensemble
du secteur non gouvernemental va aller dans l'autre sens et que le
chiffre doit être zéro. Autrement dit, avec un excédent du secteur
public de 10 milliards de dollars canadiens, et si ce chiffre est
exact—il faut inclure les dépenses de la banque centrale, même si
c'est plus ou moins la situation—vous savez que le déficit non
gouvernemental va s'élever à 10 milliards de dollars, point final.
C'est la façon de le comptabiliser.
On peut maintenant diviser ce secteur non gouvernemental en ménages,
entreprises, entreprise étrangères et autres, mais vous savez que le
total sera de 10 milliards de dollars. Vous savez que le compte
courant est plus ou moins équilibré ou peut-être quelque peu
déficitaire, ce qui règle le problème. Et vous savez que les
entreprises doivent être équilibrées, sinon elles doivent fermer et
obtenir du capital. Il reste donc le secteur des ménages pour absorber
la différence. C'est ce que montrait le graphique de Mario.
Voici une citation intéressante. Le professeur Randy Wray a écrit
ceci:
Il est particulièrement ironique de constater que même si de
nombreux économistes prétendent que les déficits du gouvernement ne
peuvent pas augmenter indéfiniment,
...il s'agit d'un gouvernement qui émet une devise; nous avons
tous des taux de change flottants actuellement...
ils ne reconnaissent pas le danger que représente une augmentation
croissante des déficits du secteur privé.
C'est ironique.
Est-ce durable? Certainement pas. Nous estimons que les déficits du
secteur privé ne peuvent pas indéfiniment augmenter au-delà du revenu
disponible. On arrive au bout des disponibilités à un moment où à un
autre, cette année, l'an prochain ou plus tard.
L'identité comptable
veut simplement dire que l'excédent du secteur public ne peut pas
durer. En fait il n'est pas très logique. Lorsque l'on est dans cette
situation, il faut être très habile. Cela peut convenir pour le
moment, mais il faut se rendre compte que la situation peut changer
très rapidement.
• 1635
Que nous apprend l'histoire sur les excédents du secteur public. Le
dernier grand pays qui a laissé son budget devenir excédentaire est le
Japon, en 1988 et 1989. Et je dis «laissons-le devenir excédentaire»
car à mesure que les économies modernes croissent, compte tenu de la
structure de l'impôt sur le revenu, le passif fiscal augmente plus
rapidement que le revenu. Il n'y a pas de débat au Parlement. Cela se
produit simplement.
Lorsqu'on laisse cette situation se développer, comme ce fut le cas
au Japon à la fin des années 80... Le pays a alors connu un boom
boursier. Rappelez-vous à la fin des années 80, les banques japonaises
étaient les plus fortes du monde. Le ratio du capital était de 12 p.
100, un chiffre sans précédent. Mais très peu de temps après, elles se
sont complètement effondrées. L'excédent du secteur public ne pouvait
pas durer.
Les États-Unis rachètent maintenant des valeurs car ils ne peuvent
pas rembourser la dette suffisamment rapidement. La maturation n'est
pas assez rapide pour rembourser. Quand cela s'est-il produit pour la
dernière fois? Eh bien, les deux dernières fois étaient en 1928 et en
1930. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'en dire plus.
On peut rapprocher les excédents budgétaires des dépressions aux
États-Unis. C'est une corrélation facile à faire. Cela ne prouve pas
la cause. Ce n'est pas ce que j'essaie de dire. Mais si l'on y regarde
de plus près, c'est ce qui se produit.
Il existe actuellement énormément de techniques financières.
Lorsqu'on achète une maison ou une voiture, on parle à un ordinateur
très puissant dans des banques internationales qui décident de ce que
l'on peut se permettre. On a trouvé de nouveaux moyens de donner aux
consommateurs une plus grande marge de manoeuvre. L'an dernier, le
Wall Street Journal avait publié un article sur l'émission de
cartes de crédit à des retardés mentaux, une source de revenu qui
n'avait pas encore été exploitée.
Ces spécialistes financiers de la Citibank et Chase sont très très
brillants. Ils sont l'élite de ce pays. Mais plutôt que de trouver un
traitement pour le cancer, on cherche à trouver des moyens d'aggraver
l'endettement des gens, mais c'est un autre problème.
Des voix: Oh, oh!
M. Warren Mosler: Ce n'est pas nécessairement une bonne
utilisation des ressources, mais le marché canalise les ressources
dans cette direction.
Les défaillances n'augmenteront pas tant qu'il n'y aura pas un
problème. La seule raison pour laquelle les défaillances restent à 0,6
p. 100 sur les prêts hypothécaires plutôt qu'a 0,2 p. 100, c'est tout
simplement pour une question de rentabilité. Si les défaillances ne
sont pas assez nombreuses, vous abandonnez trop de prêts rentables. Ce
chiffre est évalué à 0,001 p. 100. Ils savent exactement ce qu'ils
font. Ce n'est donc pas là que se trouve l'explication.
Les techniques financières permettent au consommateur de s'endetter
davantage. Pour le moment, s'il n'y avait pas d'excédent du secteur
public et que l'on donnait plus d'argent au consommateur en diminuant
les impôts ou autres, on pourrait avoir un problème d'inflation. Je ne
dis pas que vous ne le faites pas. En ce moment, il y a un équilibre.
Oh, dois-je m'arrêter?
Le président: Non, non, non. C'est la sonnerie d'appel pour le
vote.
Des voix: Oh, oh!
Le président: Avez-vous remarqué que les autres n'ont pas eu la
sonnerie? Vous êtes le seul.
Des voix: Oh, oh!
M. Warren Mosler: Je suis un invité ici.
Des voix: Oh, oh!
M. Warren Mosler: Nous avons donc une situation qui ne peut pas
durer. La dette ne peut pas augmenter au-delà du revenu. Si vous devez
100 000 dollars sur une maison de 200 000 dollars mais que vous ne
donnez que 20 000 dollars par an, vous ne pouvez pas la refinancer. Un
moment donné, l'actif doit être vendu.
On utilisait autrefois l'expression «freinage fiscal». Lorsque la
hausse de l'impôt sur le revenu est plus élevée que la hausse des
revenus, on crée ce que l'on appelle le freinage fiscal. N'oubliez pas
que l'impôt élimine l'argent, la richesse nominale nette sous une
forme ou une autre, et que les dépenses ajoutent au problème. Il faut
envisager ces deux aspects pour savoir quel est leur influence sur le
secteur non gouvernemental.
Nous savons que la perception des impôts n'augmente pas la richesse
du gouvernement. Si vous payez des billets de 100 dollars au
gouvernement, à la banque centrale, vous savez ce qu'il fait avec? Il
les brûlent. S'il en avait vraiment besoin... Cela n'ajoute rien à la
richesse. Cela ne fait que réduire la richesse du secteur privé, ce
qui est en fait le but recherché.
Tout ceci a été expliqué dans ce que l'on a appelé les finances
fonctionnelles dans les années 40.
Une voix: C'était en 1940.
M. Warren Mosler: Oui. Ce n'est pas très nouveau. On peut remonter
à 1913, date à laquelle un certain Innis a expliqué tout cela. On peut
remonter au Moyen âge. Ce n'est pas nouveau.
• 1640
C'est très perturbant, n'est-ce pas cette sonnerie.
Le président: Elle va s'arrêter très bientôt, dès qu'il y aura
quorum à la Chambre.
M. Warren Mosler: D'accord.
J'aimerais ajouter une chose. Ce qui maintient les États-Unis à flot,
c'est le fait que le reste du monde manque de dollars. Ce que je veux
dire par là, c'est que le monde est endetté. La seule façon d'amortir
la dette totale est de vendre des choses aux États-Unis et d'envoyer
des dollars aux États-Unis. Cela crée une importante perte de
ressources dans le reste du monde, puisque tous les biens et les
services réels sont dirigés vers les États-Unis à un taux qui est
probablement proche de 3 p. 100 de notre PIB, soit 225 milliards ou
230 milliards de dollars par an, ce qui permet d'augmenter le niveau
de vie aux États-Unis.
Selon les chiffres—et je ne peux pas les examiner suffisamment en
détail pour en voir toutes les implications—il semble qu'environ 20
p. 100 de la dette publique canadienne en dollars américains pourrait
signifier une baisse importante du niveau de vie pour le Canadien
moyen. Je répète que je n'ai pas examiné en détail toutes ces données,
mais c'est un domaine qui mériterait d'être étudié attentivement. Une
dette en devise étrangère est très différente sur le plan qualitatif
d'une dette en devise locale.
En ce qui concerne l'endettement des ménages, pour revenir au sujet,
je veux simplement dire qu'il s'agit d'un problème macroéconomique. La
raison d'être d'un excédent du secteur public est de soustraire une
richesse nominale nette au secteur privé, au secteur non
gouvernemental et donc de réduire l'épargne. C'est ce qui se produit.
Le reste se réglera tout seul. Avec ce genre de statistiques, vous
pouvez voir les ventilations, mais vous savez très bien quel sera le
total simplement en regardant l'excédent budgétaire.
Merci.
Le président: Merci beaucoup.
Madame Yalnizyan, allez-y.
Mme Karen Redman (Kitchener-Centre, Lib.): C'était l'aspirateur
géant dont Ross Perot parlait, le gouvernement qui aspire...?
M. Warren Mosler: Ce serait l'inverse.
Mme Karen Redman: Oh, ce n'était pas...?
M. Warren Mosler: [Note de la rédaction: Inaudible]... sont
à Boston.
Mme Armine Yalnizyan (témoignage à titre personnel): Nous allons
passer à quelque chose de très différent.
Je vous ai remis des exemplaires de mon mémoire intitulé «Household
Debt—What's Government Got to Do with It?» (Endettement des
ménages—en quoi cela regarde-t-il le gouvernement?). J'espère que
vous en avez un exemplaire.
J'ai aussi des exemplaires du document pour lesquels j'ai sans doute
été invitée à parler devant ce comité illustre—The Growing Gap,
que j'ai publié il y a environ un an, et Canada's Great Divide,
qui porte sur la répartition des revenus au Canada et dans les
provinces dans les années 90. Je suis très très heureuse de pouvoir
m'adresser aux membres du Comité des finances qui restent à cette
séance aujourd'hui.
Les responsables des finances, tant au niveau politique que
bureaucratique, tiennent les rennes de la politique économique et
sociale dans ce pays depuis dix ans. Vous appliquez les bons principes
économiques, comme on nous le répète sans arrêt. Nous avons des taux
d'intérêt et d'inflation faibles, une croissance du PIB et des taux de
chômage peu élevés.
Ce que j'aimerais dire au sujet de l'endettement des ménages, c'est
que les éléments économiques fondamentaux dans l'immédiat, en ce qui
concerne l'alimentation et de logement et en ce qui concerne
l'investissement, sous la forme de l'éducation, sont loin d'être
présents. Cela rejoint peut-être ce dont a parlé le dernier
intervenant sur le déficit de base. Bien entendu, la richesse est ici
le principe fondamental. En ce qui concerne la vie quotidienne
cependant, l'alimentation et de logement sont les éléments économiques
fondamentaux des ménages canadiens et, au-delà de la simple survie,
l'éducation.
De nombreux intervenants nous ont dit que, quelle que soit la mesure
utilisée, l'endettement national des ménages a connu des nouveaux
sommets à la fin des années 90. Bien entendu, un des aspects les plus
troublants de cette situation est que la richesse nationale et la
valeur nette des ménages augmentent également. Les autres intervenants
n'ont pas encore parlé de cette dimension, à savoir que l'augmentation
de la dette des ménages et de la richesse nette nationale au niveau
des ménages se situe dans un contexte de croissance. Nous ne parlons
pas d'endettement croissant des ménages dans un contexte de récession.
La première chose que je voulais souligner, et dont deux ou trois
autres intervenants ont parlé, c'est que nous savons très peu de
choses sur la pertinence de la répartition des actifs et de
l'endettement dans ce pays. Les données les plus récentes dont nous
disposons sur la répartition—et le mot répartition est essentiel—est
la dernière enquête sur la richesse nette de Statistique Canada,
effectuée en 1984. En 1987, a paru un document hors-série sur la
répartition de la richesse nette.
• 1645
En 1984, les 10 p. 100 les plus pauvres de la population étaient des
débiteurs nets. La moitié la plus pauvre de la population détenait
moins de 6 p. 100 de la richesse du pays, et les 10 p. 100 les plus
riches détenaient 50 p. 100 de cette richesse. Seulement 13 p. 100 des
Canadiens détenaient des actions. Moins d'un tiers d'entre eux
cotisaient à un régime d'épargne-retraite.
En 1996, seulement 37 p. 100 des Canadiens possédaient des actions,
directement ou indirectement, par le biais de fonds mutuels ou de
plans d'épargne-retraite privés. Cela veut dire que presque les deux
tiers des Canadiens n'ont pas participé au boom du marché des années
90, même de façon indirecte. L'importance du revenu reste donc
l'élément de base qui explique pourquoi les ménages sont dans cette
situation actuellement.
Comme il a déjà été dit, les résultats de l'enquête de 1999 sur la
sécurité financière, c'est-à-dire un sondage sur la richesse nette,
devraient paraître cet automne. J'aimerais simplement mentionner
qu'aux États-Unis, l'enquête sur la richesse nette est réalisée tous
les trois ans. Jusqu'en 1984, le Canada effectuait très régulièrement
sa propre enquête sur la richesse. Il est tout à fait inadmissible que
l'on n'ait pas continué de le faire.
Le troisième point que j'aimerais aborder est que les revenus moyens,
comme il a déjà été dit, ont diminué non seulement en moyenne pour les
Canadiens, mais dans chaque catégorie de revenu, lorsqu'on les ventile
par décile de revenu au cours des années 90, tout au moins jusqu'en
1997, la dernière date disponible.
Ce qui est encore plus choquant que la chute des revenus moyens dans
chaque catégorie de revenu est que toute la répartition du revenu
glisse vers le bas. Trente pour cent des familles qui avaient des
enfants en 1989 avaient un revenu après impôt inférieur à 35 000$. En
1997, 37 p. 100 de toutes les familles canadiennes élevant des enfants
étaient passées en dessous de ce seuil. C'est un déclin très rapide.
Les 10 p. 100 les plus pauvres des familles ont été les plus
touchées. Entre 1989 et 1997, ce groupe a perdu 2 000$ de son revenu
après impôt. Il s'agit-là de familles qui élèvent des enfants et non
d'individus. Nous parlons d'une perte de revenu de 15 500 $ par an
environ à 13 500 $ par an après impôt. Pensez à la façon dont vous
dépenseriez 13 500 $ par an pour élever un enfant.
La proportion des familles dans les catégories moyenne et supérieure
a en fait diminué pendant cette période. Nous ne parlons donc même pas
d'un écart croissant entre les riches et les pauvres et
d'enrichissement. Il y a moins de gens dans la catégorie moyenne. Il y
a moins de gens dans la catégorie supérieure, pour l'ensemble de la
décennie.
Jusqu'en 1997 au moins, la dernière année des données disponibles, on
constate un glissement vers le bas, moins de possibilités de se hisser
dans la catégorie moyenne, encore moins dans la catégorie supérieure.
Voilà une très bonne indication de l'endettement net.
Mais passons au-delà de 1997 et parlons de création d'emplois. Entre
1997 et 1999, on nous a répété que nous avions atteint la terre
promise. On avait créé davantage d'emplois que pour la génération
précédente. Mais j'aimerais rappeler que nous n'avons toujours pas
rejoint les taux d'emploi de 1980. Malgré les nouveaux emplois créés,
nous n'avons toujours pas rejoint les taux des années 80.
Demain matin, on va venir vous parler de la nouvelle économie.
Parlons-en. Cette nouvelle économie crée des nombres record d'emplois
instables. La tendance dominante du marché du travail des années 80 a
été le remplacement d'emplois à temps plein par des emplois à temps
partiel. La tendance dominante du marché du travail des années 90,
tout au moins jusqu'en 1998, a été le remplacement de l'emploi par
l'emploi indépendant.
La nouvelle économie s'est caractérisée par une réduction des
effectifs, que ce soit dans le secteur public ou le secteur privé. Les
gens sont les sous-produits de la réduction des effectifs. Ces gens
ont trouvé un emploi dans le travail indépendant. Nous savons que le
revenu du travail indépendant se trouve dans la partie inférieure du
spectre des revenus.
L'aspect le plus troublant de la situation est que les formes non
permanentes de travail deviennent la norme pour la jeune génération de
travailleurs, pour tous ceux qui ont moins de 35 ans et qui sont la
clef de voûte de notre prochaine génération d'électeurs et de
citoyens. Ce sont les dirigeants et les suiveurs de demain. Or, nous
créons pour le marché du travail une norme d'emplois non permanents,
occasionnels, sans avantages sociaux, sans soutien, sans contrat
social.
Les revenus disponibles ou après impôt étaient mieux répartis pendant
la période de récession que pendant la période de déclin économique
des années 90. Comment cela s'explique-t-il? Eh bien, c'est la faute
du gouvernement.
Entre 1989 et 1994, la répartition des revenus s'est élargie en
raison de la récession. Ceux qui appartenaient à la catégorie
inférieure ont perdu leur emploi. Ils ont perdu des heures de travail.
Ceux qui appartenaient à la catégorie supérieure ont perdu quelques
heures de travail, un peu de leur revenu, mais l'écart entre les
riches et les pauvres s'est élargi—sauf que le gouvernement est
intervenu. En 1989, en 1990 et en 1991, trois provinces ont innové.
Elles ont augmenté le salaire minimum, elles ont augmenté les taux
d'aide sociale et elles ont allégé les conditions d'admissibilité.
C'est ainsi que la moyenne du Canada a basculé car pendant ce temps,
au palier fédéral, nous éliminions l'assurance-chômage. Nous
n'ajoutions rien au soutien du revenu.
• 1650
Grâce à l'augmentation du salaire minimum dans ces trois provinces,
on a modifié la répartition des revenus pendant une période de
récession. Cela nous a placé dans une position particulière au niveau
international.
Alors que d'autres pays prenaient note du phénomène de la
mondialisation et de l'inévitabilité de l'écart croissant entre les
riches et les pauvres, le Canada réduisait en fait cet écart pendant
la récession.
On pourrait donc penser qu'en période de reprise, entre 1994 et 1997,
au moment où l'on crée des emplois, il serait possible de réduire
encore cet écart? Eh bien, le marché l'a effectivement fermé.
Davantage de gens ont obtenu un emploi. Les gens sont entrés sur le
marché du travail, au bas de l'échelle, et l'écart entre les riches et
les pauvres s'est amenuisé, en termes du marché.
Et qu'a fait le gouvernement? Il a continué à réduire le salaire
social, le salaire minimum. Ce faisant, l'écart entre les riches et
les pauvres, en termes de revenu après impôt, s'est élargi plus
rapidement entre 1994 et 1997 qu'il ne l'avait pas pendant toutes les
années où nous avons des données sur la répartition du revenu dans ce
pays. Nous surestimons constamment le rôle du marché et sous-estimons
le rôle des gouvernements et ce que nous pouvons faire pour créer une
société cohésive.
Je vais parler d'un sujet qui n'a pas encore été abordé, car je tiens
à me concentrer sur les éléments économiques réels des ménages.
L'élément de consommation le plus important dans le budget des ménages
est le logement. Les coûts de logement ont augmenté par rapport au
revenu.
En 1996, les résultats du recensement nous ont indiqué
qu'environ six ménages sur dix possédaient leur propre résidence,
c'est-à-dire que quatre ménages sur dix louaient leur résidence. Ce
ratio est inversé dans les centres urbains où l'on a une
combinaison plus proche de 50-50. Au Québec, la proportion des
locataires est plus élevée dans les centres urbains que celle des
propriétaires. À Regina et à Edmonton et dans les provinces
maritimes, la proportion des propriétaires est plus élevée. Mais
entre 1991 et 1996, le montant moyen du revenu consacré au loyer a
augmenté alors que le montant moyen consacré aux paiements
hypothécaires est resté stable. L'ensemble des loyers a diminué en
1996, mais les revenus des locataires également. Les loyers ont
diminué de 2,5 p. 100 alors que les revenus des locataires ont
affiché une baisse de 12,5 p. 100—jeu de coincement immédiat.
Je vous recommande fortement de consulter ce document de la
Fédération canadienne des municipalités, si vous ne l'avez pas déjà
fait. Il est intitulé Vers une stratégie nationale du logement et a
été publié le 26 avril 2000. Je suis sûr que vous avez déjà entendu
parler de la Fédération canadienne des municipalités.
Elle rapporte que dans les grandes villes de notre pays, le loyer
moyen d'un appartement de deux chambres à coucher a augmenté, entre
1997 et 1999, de 11 p. 100 à Toronto, 8 p. 100 à Ottawa, 16 p. 100 à
Calgary, 7 p. 100 à Regina, 10 p. 100 à Edmonton et 10 p. 100 à
Vancouver. Alors que le revenu des ménages qui sont en logement
locatif a continué à baisser au cours de cette même période.
En 1996, environ un ménage sur quatre avait des problèmes
d'abordabilité dans le domaine du logement. Qu'est-ce que j'entends
par «problème d'abordabilité»? Selon la définition de Statistique
Canada, ce problème se pose lorsque le coût du logement dépasse 30 p.
100 du revenu disponible. Je sais que ce serait un problème pour moi,
mais je pense que vous reconnaîtrez que ce serait également un
problème pour vous. Lorsqu'on dépense plus de 30 p. 100 de son revenu
disponible pour se loger, on sait que l'on se trouvera dans une
situation très vulnérable si le coût du loyer continue à grimper. Plus
de 43 p. 100 des ménages en logement locatif faisaient face à des
problèmes d'abordabilité en 1996, avant même les augmentations de
loyer dont je parlais.
Je vois que le secrétaire parlementaire du ministre des Finances est
présent.
Monsieur Cullen, vous serez peut-être intéressé d'apprendre que nous
célébrons aujourd'hui, pratiquement jour pour jour, le dixième
anniversaire de la création du groupe de travail de Paul Martin sur
les sans-abri. Le 14 mai 1990, Paul Martin disait ceci:
Le nombre croissant de sans-abri au Canada est la preuve la plus
criante de l'échec de la politique du logement des conservateurs.
Et, cruel paradoxe, on dit que les sans-abri sont «le produit de la
prospérité».
On connaît l'histoire. Or nous refaisons exactement la même chose
dix ans plus tard.
Lorsqu'on parle de besoins économiques fondamentaux, je crois qu'il
vaut la peine de se rappeler que 22 personnes sont mortes à Toronto
cet hiver. Il n'y a pas plus fondamental que cela. Ces gens n'avaient
pas de logement.
Je crois que l'une des choses que vous pourriez examiner, c'est la
question du logement, ce que les gouvernements peuvent faire
concernant la dette des ménages. L'écart de revenu entre les ménages
locataires et celui des ménages qui sont propriétaires de leur
logement est de presque 100 p. 100. Les ménages locataires ont un
revenu moyen de 30 000 $, et les ménages propriétaires un revenu
moyen de 59 000 $. Il y a une génération, cet écart était de 20 p.
100. Le marché de l'habitation était donc beaucoup plus homogène.
Les politiques du gouvernement supposent à tort qu'il y a un seul
marché de l'habitation. Il n'y a pas qu'un marché de l'habitation. Le
marché de l'habitation n'obéit pas aux lois de l'offre et de la
demande dans notre pays. Il y a deux marchés de l'habitation—il y a
celui du logement locatif et celui du logement de
propriétaires-occcupants—mais il y a un seul parc immobilier dans
notre pays. Avec un écart de revenu de 100 p. 100, les promoteurs et
acheteurs du marché des logements de propriétaires- occupants
l'emportent toujours sur les constructeurs et acheteurs de logements
locatifs. Je vous recommande instamment de vous pencher sur le rôle
que notre gouvernement devrait jouer en agissant sur l'un des aspects
les plus urgents de la dette des ménages.
• 1655
Ce resserrement, dans le bas de l'échelle des revenus, entre les
revenus qui diminuent et les coûts des besoins de base comme le
logement qui augmentent, fait en sorte que la vie quotidienne d'un
nombre croissant de ménages est de plus en plus précaire. Beaucoup de
jeunes familles ont de moins en moins les moyens d'investir dans leur
avenir, et leur plus gros investissement dans leur propre capital
humain concerne généralement l'éducation.
Mais voilà une autre situation désastreuse sur laquelle le
gouvernement pourrait agir pour résoudre les problèmes d'endettement
des ménages. Les changements intervenus récemment dans le secteur de
l'enseignement supérieur risquent de mettre cette option hors de
portée de ceux qui ont un faible revenu disponible. Depuis 1990, les
frais de scolarité moyens des étudiants de premier cycle ont augmenté
de 126 p. 100, et ce bien que les frais de scolarité aient été bloqués
dans trois provinces.
En Alberta, les frais de scolarité ont presque triplé. En Ontario,
pour ceux qui veulent faire des études de médecine, les frais de
première année sont passés, en l'espace de deux ans, de 4 800 $ à
11 000 $. Le niveau moyen d'endettement des jeunes diplômés, après
quatre années d'études, a triplé depuis 1990, de 8 000 $ à
25 000 $.
Vous voulez parler de la dette des ménages?
En 1996, les frais de scolarité d'un étudiant en arts à temps plein
représentaient 5 p. 100 du revenu total moyen—je dis bien revenu
total moyen. À votre avis, combien de gens, au bas de l'échelle,
envoient leurs enfants à l'université aujourd'hui?
Environ 750 000 étudiants du système universitaire de notre pays ont
besoin d'une aide financière chaque année. Moins de 8 p. 100 de ces
étudiants seront admissibles au Fonds de dotation des bourses d'étude
du millénaire du Canada annoncé en 1998. Pas un seul étudiant de
première année n'y sera admissible. Cela veut dire que bien des gens
qui auraient pu faire des études universitaires n'en auront pas la
possibilité.
En 1998, le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de 250
millions de dollars par an, sur une période de dix ans, pour établir
le fonds des bourses du millénaire, mais il faut savoir qu'entre 1994
et aujourd'hui, environ 7 milliards de dollars ont été enlevés,
d'abord par le biais du FPE, le financement des programmes établis, et
ensuite par le TCSPS pour les études universitaires.
À quoi est attribuable la dette des ménages? Au fait que les gens
sont obligés de dépenser de plus en plus pour leurs besoins de base
alors que leur revenu diminue.
Votre comité était très éloquent lorsqu'il a recommandé des
allégements fiscaux, un relèvement du plafond de cotisation aux REER
et une augmentation du contenu étranger des REER. Les réductions
d'impôts ont surtout été proposées dans le cadre de mesures
d'amélioration de la productivité que vous avez proposées au public
canadien. J'aimerais simplement vous rappeler que lorsque vous avez
fait ces recommandations il y a deux ans, en 1996, 32 p. 100 des
Canadiens qui ont fait des déclarations d'impôt n'avaient pas de
revenu imposable. Les réductions d'impôts ne veulent rien dire pour
eux. En 1996, 23 p. 100 des Canadiens qui ont fait des déclarations
d'impôt ont déclaré un revenu de moins de 10 000 $. Les réductions
d'impôt proposées n'ont aucun intérêt pour ces gens-là.
Le problème de la dette est avant tout un problème de répartition de
la dette. Ce qui importe, c'est que la nouvelle génération supporte
une dette de plus en plus lourde pour assurer ses besoins de base, à
une période où sa capacité de gagner sa vie soit stagne, soit décline.
Ce qui importe c'est que les ménages sont en train de se dépouiller de
leurs actifs simplement pour assurer leurs besoins de base comme le
logement et la nourriture.
Les paliers supérieurs du gouvernement se targuent d'avoir repris le
contrôle des finances publiques et éliminé les déficits budgétaires.
Je prétends que les mécanismes mis en place pour réaliser ces
objectifs ont transmis le déficit et la dette à d'autres paliers du
gouvernement, aux institutions publiques, et aux ménages eux-mêmes.
Rien ne peut remplacer le leadership politique et le bon gouvernement.
Les programmes de dépense du gouvernement d'aujourd'hui sont retombés
au niveau des années 50. C'était l'objectif de votre budget de 1995.
En fait, la dernière fois que je me suis adressée au Comité des
finances, c'était au lendemain du budget de 1995.
Vous en êtes là. Vous en êtes au même niveau que dans les années 50,
sauf que dans les années 50, le gouvernement fédéral investissait
lourdement à la fois dans le secteur du logement et dans l'éducation
et la formation de notre pays. En fait, la dernière fois que nos
facteurs économiques fondamentaux étaient justes, nous investissions
dans les biens publics; nous créions l'assurance-maladie; nous
construisions des hôpitaux, des universités et des centres
communautaires; nous ouvrions des patinoires et des piscines. La
prospérité d'aujourd'hui a créé davantage de richesse nette pour
certaines personnes, mais elle nous a également dépouillés de nos
biens publics.
• 1700
Je vais vous faire deux recommandations qui n'ont pas grand chose à
voir avec la discussion sur la dette des ménages, mais qui à mon avis
constituent une solution pragmatique à ce problème.
Je recommande premièrement un réinvestissement fondamental dans la
politique nationale de l'habitation qui, en soi, serait ce que le
gouvernement fédéral pourrait faire de plus significatif aujourd'hui
pour régler les problèmes de la dette des ménages pour un nombre
croissant de jeunes familles et d'individus dont les perspectives
économiques sont en train de décliner.
Deuxièmement, je recommande une transformation importante de la
politique fédérale en matière d'enseignement supérieur, car cela
s'impose si notre population veut continuer à faire partie des gens
les mieux et les plus largement instruits dans le monde. C'est l'un
des paramètres qui fait que le Canada se maintient constamment dans le
haut de l'Indice de développement humain des Nations Unies et c'est ce
qui attire les affaires au Canada.
Je termine là-dessus, et j'espère que nous pourrons discuter de ce
que nous pourrions faire.
Le président: Merci.
Nous allons passer aux questions et réponses, en commençant par M.
Forseth.
M. Paul Forseth (New Westminster—Coquitlam—Burnaby, Alliance
canadienne): Merci beaucoup.
Nous avons beaucoup parlé aujourd'hui de définition du problème, de
revenu en régression, de taux d'intérêt réels. Les taux d'intérêt
réels sont élevés, les taux d'épargne sont faibles, la dette augmente
et la dette des familles est particulièrement élevée, au point où cela
devient dangereux peut-être. Nous avons parlé aujourd'hui d'une
multitude de signaux négatifs.
Moi-même, et mon parti également, avons parlé de la situation au
niveau macroéconomique, de la dette nationale qui constitue une vraie
bombe à retardement. Nous avons fait des suggestions. Aujourd'hui nous
avons parlé de la dette des familles qui semble être une autre bombe à
retardement.
J'aimerais simplement que vous me précisiez, à la lumière de ce que
nous venons de dire, quels moyens le gouvernement a à sa disposition,
sur le plan de la politique fiscale et de la réglementation, et
seraient appropriés, pour intervenir dans le contexte du scénario du
revenu des ménages ou des familles. Pourriez-vous recommander une sage
combinaison de mesures que le gouvernement pourrait prendre pour
soulager la situation financière des familles dont vous parlez?
Vous savez que le gouvernement doit faire des choix, et que parfois
le choix peut être de ne rien faire, ou de faire moins, ou de
s'abstenir d'intervenir dans un domaine particulier, ou de cesser de
faire quelque chose, plutôt que de mettre sur pied un nouveau
programme, ou d'intervenir davantage dans le transfert des revenus, ou
quoi que ce soit. Le tableau que vous nous brossez aujourd'hui est
inquiétant, ou du moins c'est la conclusion que j'en tire.
Comme vous le savez, le premier ministre a dit récemment qu'il y aura
des élections fédérales dans les douze prochains mois. Je crois que
c'est bien ce qu'il a dit. Je suppose que nous aurons un grand débat
national sur ce que le gouvernement fédéral pourrait faire sur le plan
fiscal pour répondre aux problèmes que vous avez si habilement
décrits.
Dans notre parti, nous avons nos recommandations. Chaque parti de la
Chambre des communes a ses recommandations pour parvenir plus ou moins
aux mêmes buts que ceux que vous décrivez, mais la façon de nous y
prendre pour arriver sera certainement discutée et débattue au niveau
national.
Vous nous offrez un montant considérable d'expertise en provenance de
disciplines et de contextes variés. J'ai remarqué que M. McCracken
vous a exposé certains problèmes tout à l'heure, en disant que c'était
à nous de trouver une solution.
Je vais prendre quelques instants pour poser quelques questions à
chacun des intervenants: que recommandez-vous au gouvernement de faire
réellement? Quels sont vos conseils? Compte tenu de la description de
la situation actuelle—et je pense que vous avez fait du bon travail à
cet égard—que devrions-nous faire?
Je m'attends à ce que vous me donniez peut-être des conseils
contradictoires. Peut-être pourriez-vous me donner chacun une courte
liste de mesures à prendre, et peut-être ne pas seulement dire ce
qu'il faudrait faire, mais également ce qu'il ne faudrait pas faire.
Le président: Si chacun d'entre vous pouvait renchérir un peu sur
ce qu'il a dit, en deux ou trois points, ce serait parfait.
Monsieur McCracken, veuillez commencer.
M. Michael McCracken: Je vais essayer de donner le ton et d'être
bref.
Il me semble que la dette des consommateurs, le problème sur lequel
vous vous penchez actuellement, et bien d'autres problèmes que vous
aborderez sans nul doute au cours d'autres réunions, disparaîtrait
dans bien des cas si les taux d'intérêts, nominaux et réels, étaient
plus bas, et que le revenu des consommateurs progressait plus
rapidement parce qu'ils seraient plus nombreux à travailler,
toucheraient des salaires réels plus élevés et, dans le cas de ceux
qui seront indisposés, bénéficieraient de transferts ou de réductions
d'impôts plus adéquates.
• 1705
Pour cela, il faudrait que le taux de chômage, au lieu de se situer à
6,8 p. 100, soit ramené à 4 p. 100 ou moins. Il faudrait que les taux
d'intérêts réels soient de l'ordre de 2 ou 3 p. 100 plutôt que de 4,
5, 6 p. 100 et cessent d'augmenter comme c'est le cas actuellement.
Il me semble que c'est l'environnement qui fera la différence,
l'environnement qui, si rien ne change, fera que nous allons avoir ce
genre de réunion plus souvent pour parler de la situation instable de
la dette ou des actifs des consommateurs, des gouvernements, des
débiteurs et, en fin de compte, à l'échelle internationale.
Voilà quelques solutions très simples sur lesquelles vous pouvez
travailler—non pas que je m'attende à ce que le gouvernement s'engage
dans cette direction très prochainement.
Le président: Professeur Seccareccia.
M. Mario Seccareccia: Je suis d'accord avec Mike lorsqu'il dit
qu'il faut abaisser les taux d'intérêt réels, car ce sont eux qui sont
responsables de la situation explosive de la dette, au fond, lorsque
ces taux d'intérêt réels élevés sont associés à une faible croissance.
D'un autre côté, bien sûr, nous avons besoin d'une croissance plus
soutenue. Mais ce n'est pas en relevant les taux d'intérêt, comme cela
s'est fait aujourd'hui, que nous allons favoriser l'augmentation des
revenus, encore moins du revenu disponible réel des particuliers. Et
comme je le disais tout à l'heure, nous devons réussir à le relever.
L'autre élément que je voulais souligner est d'ordre fiscal et
s'inscrit dans le contexte macroéconomique plus large, dont Warren a
parlé—le fait est que l'accumulation d'un excédent conduit
généralement à des déficits dans le secteur privé. Il faut donc éviter
de vous engager dans cette voie, d'une manière ou d'une autre, et plus
précisément essayer de faire tout ce que vous pourrez, comme on essaie
de le faire aux États-Unis, pour éliminer l'excédent plutôt que
d'éliminer le déficit, ce que tout le monde réclamait à une époque.
Je crois qu'il y a une sorte de recentrage à faire dans ce domaine
afin de mettre en place le contexte macroéconomique plus large.
Le président: Professeur, permettez-moi d'intervenir un instant
pour renchérir sur cette question.
Selon votre tableau 6, sur la dette du secteur des particuliers,
l'Italie affiche une dette du secteur des particuliers plutôt faible.
M. Mario Seccareccia: C'est un tableau de...
Le président: Excusez-moi, il est de Statistique Canada.
M. Mario Seccareccia: Oui.
M. Michael McCracken: Et une dette publique élevée. C'est ce que
je dis; en réussissant à un endroit, vous créez des difficultés
ailleurs.
M. Mario Seccareccia: Les difficultés surgiront ailleurs.
Le président: C'est ce que vous disiez.
M. Mario Seccareccia: C'est le fond du problème.
M. Warren Mosler: C'est la même courbe, mais inversée.
M. Mario Seccareccia: C'est comme une patate chaude. Si vous la
retirez du secteur public, vous allez la retrouver dans le secteur
privé, d'une manière ou d'une autre. C'est le fond du problème.
Le président: J'ai cru un instant que l'Italie était un pays qui
faisait des miracles.
Des voix: Oh, oh!
M. Warren Mosler: Permettez-moi toutefois de préciser que le
Japon, je crois, a clairement démontré qu'un taux d'intérêt nul ne
provoque pas d'accroissement de la dette du secteur privé, et n'a pas
d'effet inflationniste. Il pratique ce taux depuis cinq ans et rien ne
s'est passé.
Je ne dis pas que ce sera toujours le cas. Mario et moi-même
soutenons cela depuis 20 ans, mais il est réconfortant de voir que la
justesse de notre argument a finalement été prouvée quelque part.
L'Europe, qui maintient les taux à 3 p. 100 depuis bien longtemps,
n'a pas enregistré d'accroissement du crédit excessive. Aux
États-Unis, lorsque les taux étaient de 3 p. 100, le crédit n'a pas
augmenté de façon excessive. De fait, il n'a commencé à augmenter que
lorsque les taux d'intérêt ont été relevés, et la Banque fédérale a
alors déclaré: «Vous voyez? Nous étions en avance. Nous avons fait ce
qu'il fallait, voyez comment il a commencé à augmenter?»
Mais je ne suis pas certain que les taux élevés n'entraînent pas une
augmentation du crédit. En fait, la masse monétaire M2 est davantage
liée au taux d'intérêt à court terme qu'à quoi que ce soit d'autre,
car tout ce que l'on fait, c'est composer les intérêts.
J'ai une politique à vous recommander, mais je n'aurai pas le temps
de vous en expliquer les raisons, encore qu'elles soient expliquées
dans ces documents, qui ont d'ailleurs été publiées dans une vraie
revue économique.
Vous devriez être prêts à offrir un emploi dans la fonction publique,
au salaire minimum, à tous ceux qui le veulent. Dans l'immédiat, vous
aurez de nombreux intéressés. C'est très bien. Cela met fin au
chômage. Cela augmente votre production. Vous ne provoquez pas
l'inflation, car vous ne faites que récupérer les gens qui sont en
train de perdre pied. Je ne dis pas que vous devez engager 2 millions
de personnes et les payer au prix du marché. Mais simplement établir
un revenu minimum, un peu comme on établit un stock régulateur.
• 1710
Ainsi lorsque le secteur non gouvernemental voudra faire davantage
d'économies—ce qui pour le moment ce n'est pas le cas—il aura le
moyen de le faire. Les gens seront licenciés, ils se tourneront vers
vous, et vous aurez en place une mesure anticyclique pour maintenir
votre production au maximum.
J'ai quelques exemplaires à distribuer.
M. Paul Forseth: Pourriez-vous me préciser de quel document il
s'agit, afin que celui-ci soit consigné au compte-rendu?
M. Warren Mosler: Il s'intitule Full Employment and Price
Stability, j'en suis l'auteur et je l'ai reproduit à partir du
Journal of Post Keynesian Economics, volume 20, numéro 2, hiver
1997-98.
M. Paul Forseth: Merci.
Le président: Monsieur Wells.
M. Stewart Wells: Statistique Canada se targue... je ne devrais
peut-être pas dire se targue, mais plutôt prend grand soin de ne pas
recommander de politique, alors il faut faire très attention.
Le président: Monsieur Glossop, vous avez un commentaire à faire?
Des voix: Oh, oh!
M. Stewart Wells: Je n'ai pas vraiment fini, si vous permettez. Je
veux juste être prudent.
Je suis la personne la plus âgée dans cette salle. Une des punitions
qui vient avec l'âge, c'est de toujours se rappeler de choses qui
remontent à très loin, et je veux vraiment vous offrir une mise en
garde.
Lorsque j'ai terminé mes études universitaires et que j'ai commencé à
travailler pour la Banque du Canada, à Ottawa, on s'inquiétait
vivement du niveau de la dette des ménages, qui était de 50 p. 100. On
pensait à l'époque que l'économie allait s'effondrer à cause de cela.
J'admets qu'il y a un niveau qu'il faudrait éviter d'atteindre, mais
mon conseil au comité, c'est de veiller à ne pas faire une fixation
sur ce sujet.
Je me souviens également qu'au début des années 70, nous étions
terriblement inquiets parce que le taux d'épargne était très élevé.
Que devait faire notre pays? Aujourd'hui nous nous inquiétons parce
que ce taux est très faible. Que devrait faire notre pays?
Je ne suis donc pas convaincu que ces choses en elles-mêmes devraient
nous inquiéter. Je pense que les problèmes les plus criants dans notre
pays sont la répartition du revenu et le niveau d'emploi. Je ne me
prononcerai pas sur ce qu'il convient de faire dans ces domaines, mais
je pense que si nous nous concentrons sur ces questions, si vous vous
concentrez sur ces questions, le problème de la dette se réglera
probablement de lui-même.
Le président: Monsieur O'Hagan.
M. Patrick O'Hagan: Non, je crois que Stew...
Le président: Oui, il faut être prudent.
Monsieur Glossop.
M. Bob Glossop: Dans votre mémoire, vous exprimez une inquiétude
qui va dans le sens de ce que j'ai dit précédemment. Vous dites que
«bien que» le Canada ait bénéficié d'une croissance économique robuste
et réussi dans un grand nombre de ces domaines de l'économie, le
niveau d'endettement des ménages a augmenté, comme par ironie.
Je crois que l'un des messages ou des enseignements qui soient
clairement ressortis de notre conversation, c'est que cela n'est pas
surprenant, qu'il y a forcément un rapport. On a pu le constater. Donc
lorsque le gouvernement réussit à mettre de l'ordre dans ses finances,
il le fait au détriment, d'une certaine manière, des dépenses des
ménages et des familles. Je crois que cela est une leçon importante.
On nous a fait des suggestions à propos des taux d'intérêt. Je suis
d'accord. On nous a également fait des suggestions, ou des mises en
garde, en ce qui a trait à l'accumulation d'excédents par le
gouvernement. Je suis d'accord aussi.
Armine nous a très éloquemment rappelé qu'il importe d'avoir une
stratégie nationale du logement et d'examiner attentivement la nature
des investissements du gouvernement fédéral dans l'enseignement
supérieur.
J'aimerais vous rappeler que la politique canadienne du logement a en
fait été conçue il y a bien longtemps, en vue d'aider les Canadiens à
réaliser un rêve entretenu depuis longtemps, à savoir devenir
propriétaire du logement familial. Je ne pense pas que la politique
canadienne du logement, que ce soit au niveau fédéral ou provincial,
ait pris en compte cette aspiration au cours des 15 dernières années.
Je pense qu'il serait temps de revoir cette politique.
Les deux suggestions d'Armine nous rappellent qu'il est temps de nous
interroger à nouveau sur le rôle qui incombe au gouvernement. Nous
nous réjouissons, comme elle dit, du fait que l'on puisse se fier au
marché pour réguler certains facteurs économiques fondamentaux, mais
que pour les autres facteurs économiques fondamentaux qui déterminent
ce qui se passe dans les cuisines des familles canadiennes, on ne peut
compter uniquement sur les réductions d'impôts.
Je suggère que le gouvernement ajoute à son ordre du jour, des
investissements dans le programme national pour la jeunesse et dans un
programme de garderie. Je crois qu'il serait sage que le ministère des
Finances se donne la peine de revoir les premières recommandations du
ministre Martin, préconisant une formule 50-50 en ce qui a trait aux
dépenses consacrées à des nouveaux programmes, à la réduction de la
dette et à la réduction des impôts, dont nous nous sommes nettement
éloignés, à mon avis, dans le dernier budget fédéral, en dépit de
certaines mesures positives visant la pauvreté chez les enfants et la
pleine indexation du système.
J'ai terminé.
• 1715
Le président: Armine.
Mme Armine Yalnizyan: Je pense avoir été extrêmement claire dans
mes recommandations, mais permettez-moi néanmoins de dire, encore une
fois, qu'à mon avis il y a deux types de dette à prendre en
considération. Il n'est peut-être pas si grave qu'un ménage ait un
endettement de 114 p. 100 s'il possède une superbe maison dont il est
en train de faire l'acquisition et d'accumuler des actifs. Le genre de
dette qui doit vous inquiéter est celle des gens qui sont en train de
perdre pied. C'est pourquoi la répartition des revenus et de l'accès à
la richesse est si cruciale.
Nous avons beaucoup parlé de taux d'intérêt, et je reconnais qu'au
niveau macroéconomique ils jouent un rôle utile. Il me semble que nous
sommes en train d'abaisser les taux d'intérêt; nous avons l'air
d'aller dans la direction opposée. Nous avons également beaucoup parlé
de l'importance de ne pas avoir d'excédent. Mes recommandations
portent en partie là-dessus.
Votre comité s'est généralement fait le champion des mesures
fiscales. J'aimerais vous demander de vous faire les champions de
quelque chose qui ne se limite pas à des mesures fiscales, et qui
devrait être le rôle du gouvernement.
Vous avez un pouvoir énorme dans ces scénarios, pour combler l'écart
entre les politiques sociales et économiques, et rattacher les
facteurs économiques fondamentaux, non pas simplement à un système,
mais aux gens. C'est ce que j'aimerais vous faire comprendre, que les
facteurs économiques fondamentaux doivent être fondés sur les gens,
pas simplement sur des systèmes, pour fonctionner comme il faut.
Quel devrait être le rôle du gouvernement? La cohésion sociale. Vos
recommandations doivent viser à s'assurer que tous les citoyens
canadiens ont une place et un avenir dans notre pays.
Cela dit, quelles sont les deux recommandations essentielles que je
pourrais vous soumettre pour soulager le mauvais type de dette des
ménages, celle qui est problématique? Assurez-vous que tout le monde
dispose d'un logement adéquat dans notre pays et assurez-vous que tout
le monde a la possibilité d'améliorer ses perspectives d'avenir en
faisant des études supérieures.
Le président: Monsieur Nystrom.
M. Lorne Nystrom (Regina—Qu'Appelle, NPD): Merci beaucoup,
monsieur le président. J'aimerais souhaiter la bienvenue à tout le
monde cet après-midi. J'ai trouvé cette discussion réellement
fascinante.
J'aimerais d'abord demander à M. Mosler de nous faire une comparaison
entre la dette des ménages aux États-Unis et la dette des ménages du
Canada. Y a-t-il un enseignement à tirer de la situation américaine?
M. Warren Mosler: Aux États-Unis, vu notre important... Mais je
devrais commencer par vous donner les chiffres, car lorsqu'on parle
d'épargne, on parle de comptabilité.
L'excédent budgétaire est de plus de 2 p. 100 du PIB, peut-être 2,5
p. 100. Le déficit commercial est probablement un peu plus élevé, sans
doute plus près de 3 p. 100. Bien sûr, le déficit du secteur privé est
de 5,5 ou 5,4 p. 100 du PIB, un taux plus élevé que jamais et qui
continue à croître à un rythme insoutenable. Quant à savoir si cela
peut durer encore une demi-heure, ou un an ou deux, je ne peux pas
vous le dire.
Le marché a l'air de nous dire que même s'ils le veulent, les ménages
ne peuvent tout simplement plus acheter davantage d'actions. Mais nous
ne saurons cela qu'après coup.
M. Lorne Nystrom: Hier, le gouverneur de la Banque du Canada,
M. Thiessen, s'est présenté devant notre comité, avec l'un de ses
adjoints, Malcolm Knight, dont on dit qu'il pourrait être le
successeur de M. Thiessen. Je leur ai demandé s'ils pensaient que la
dette des ménages était très élevée.
Je vais vous citer un passage de la transcription de l'intervention
de M. Knight, et ensuite Armine, Michael ou quelqu'un d'autre voudront
peut-être y répondre.
Il a dit ceci:
Il est vrai que la dette des ménages a augmenté. Mais les actifs
des ménages ont aussi augmenté au cours des dernières années, et
ils ont réalisé des gains en capital également. En fait, le service
de la dette des ménages, par rapport à leur revenu, est
considérablement moins élevé aujourd'hui qu'il ne l'était à la fin
des années 80 et au début des années 90. Ceci s'explique par le
fait que les taux d'intérêt sont de beaucoup inférieurs à ce qu'ils
étaient à ce moment-là. Et ceci à mon avis, est attribuable au fait
que le taux d'inflation a été maintenu à un niveau stable et peu
élevé. Cela fait une grande différence dans la manière dont les
ménages considèrent les fluctuations des taux d'intérêts à court
terme en ce moment.
En d'autres termes, les taux d'intérêt sont moindres, l'inflation est
moindre, et donc le service de la dette est moins lourd à supporter et
pose moins de problème aujourd'hui que dans le passé.
Que répondez-vous à cela? Sommes-nous en train de nous préoccuper de
quelque chose qui ne devrait en fait pas vraiment nous inquiéter?
L'adjoint de M. Thiessen a-t-il raison? Que répondez-vous à cela?
M. Bob Glossop: Je dirais tout d'abord que les taux d'intérêt
étaient plus bas hier qu'ils ne le sont aujourd'hui, et comme le dit
Mike McCracken, ils vont monter. Et tant que vous réussirez à
maintenir des taux d'intérêt relativement bas, vous n'aurez pas de
problème, mais il n'est pas dit que l'économie va continuer à
ronronner tranquillement comme au cours des cinq ou dix dernières
années. Il pourrait y avoir des problèmes, de gros problèmes, à mon
avis, à un moment donné.
• 1720
Le président: Armine, avez-vous quelque chose à répondre?
Mme Armine Yalnizyan: Oui. Je voudrais répéter qu'il existe deux
types de dette, celle qui est discrétionnaire et que les taux
d'intérêt... —vous savez il y a une certaine élasticité des prix qui
détermine jusqu'où vous êtes prêt à vous endetter et qui a un rapport
avec les taux d'intérêt—et il y a l'autre partie de la population.
Comme j'ai essayé de le faire comprendre, il y a de plus en plus de
gens dans cette catégorie, qui se débattent au bas de l'échelle.
C'est le type de dette qui n'est pas discrétionnaire, et qui n'est
pas liée aux taux d'intérêt. Elle est liée au coût des logements
locatifs.
De même, si vous voulez vraiment progresser, votre investissement
dans l'enseignement supérieur...
C'est vraiment bizarre de lui parler, alors qu'il est en train de
parler à quelqu'un d'autre.
Quoi qu'il en soit, les investissements à faire dans l'enseignement
supérieur n'ont vraiment rien à voir non plus avec la question des
taux d'intérêt; mais détermineront un jour si les gens auront les
moyens de contracter ce genre de dette, tout simplement.
M. Warren Mosler: Je pense que le consommateur américain a été le
moteur de l'économie mondiale, en s'endettant de plus en plus... et je
pense que les problèmes viendront davantage du côté des consommateurs
américains que des consommateurs canadiens. Il n'y a pas grand chose
que l'on puisse faire contre cela, sinon se préparer en ayant une
politique fiscale indépendante et une politique monétaire indépendante
également.
M. Lorne Nystrom: Il a également indiqué en répondant à la
question, que les actifs des ménages ont également augmenté au cours
des dernières années. Ils ont réalisé des gains en capital.
Le président: Michael.
M. Michael McCracken: Il me semble que si l'on considère le
secteur des ménages dans son ensemble, en tant qu'entité unique, on
peut effectivement conclure que la valeur nette a augmenté. Les actifs
ont progressé plus rapidement que l'endettement.
Mais le problème tient au fait que dans le secteur des ménages, qui
regroupe 12 ou 13 millions de ménages différents, on observe des
performances très variables.
Nous avons vraiment hâte de prendre connaissance de ce sondage afin
de comprendre enfin ce qui se passe. Le dernier sondage remonte à
1984.
Selon certaines informations indirectes et compte tenu de ce qui a
été dit ici par M. Glossop, on peut supposer que cela est vrai des
ménages du haut de l'échelle. Ce sont eux qui ont réalisé les gains en
capital. Ceux qui sont propriétaires de leur maison ont profité d'une
plus value, mais cela ne s'est pas répercuté sur les locations. Ils
n'ont pas aidé les gens qui ne participent pas à ces marchés.
Les taux d'intérêt réels à la consommation sont très élevés
actuellement. Les taux des cartes de crédit sont à peu près
équivalents à ce qu'ils étaient dans les années 80. Les taux réels,
encore une fois, sont à peu près les mêmes pour les taux hypothécaires
et les taux à la consommation. Donc, à mon avis, il devrait tenir
compte du fait que...
Tous ces taux sont nettement plus élevés que le taux de croissance du
revenu du consommateur. C'est cet écart qui provoque l'instabilité des
ratios d'endettement et, bien sûr, tout le problème est là. C'est le
même problème que nous avons eu dans le passé avec la dette du
gouvernement. C'est le problème auquel nous faisons face en ce qui
concerne la dette de consommation et c'est ce qui fait que les petites
entreprises et tous les autres qui sont endettés ont du mal à s'en
sortir, parce que les taux réels sont trop élevés par rapport à leur
croissance réelle. Et tous ces problèmes persistent donc.
Le dernier point que j'aimerais soulever, est que nous ne devrions
pas oublier que les mesures dont nous avons parlé ici—le revenu
disponible, etc..—n'incluent pas les gains en capital, réalisés ou
non. Il serait bon d'essayer de reproduire cette analyse en tenant
compte de ces données également. Ces données ne figurent pas telles
quelles dans les comptes nationaux, mais il existe des estimations que
nous pourrions utiliser pour essayer de comprendre la situation. Le
bilan national sur lequel Patrick a travaillé fournit des estimations
qui nous seraient très utiles.
Je ne pense pas que cela changera la nature du problème, mais je
pense que cela nous aidera à comprendre que les gains en capital ne
sont pas la réponse à tous les problèmes, et donnent lieu à des
problèmes spécifiques de répartition du revenu.
Le président: Monsieur Mosler.
M. Warren Mosler: C'est l'ingénierie financière qui facilite la
création des dettes, qui rend les choses accessibles, qui fait monter
la valeur des actifs. Et l'on obtient alors cette espèce de bulle
spéculative qui ne cesse de se gonfler. D'un autre côté, le
gouvernement prend davantage qu'il ne donne en accumulant un excédent
budgétaire, et tôt ou tard le système cesse d'être équitable.
M. Stewart Wells: Vous pouvez obtenir certaines données sur
les gains en capital dans le compte de bilan. Nous espérons
améliorer cela. Il est question d'extraire cette information des
données fiscales. Nous présenterons cela en même temps que les
données sur le comportement des ménages à l'avenir afin que les
gens puissent prévoir, ou du moins mieux prévoir, ce genre de
chose.
• 1725
M. Lorne Nystrom: Peut-être quelqu'un pourrait-il
commenter rapidement le rôle que peut jouer la fiscalité dans
l'endettement des ménages. Quelqu'un a-t-il quelque chose à dire?
Nos amis de la droite politique, l'Alliance canadienne,
préconisent un taux simple de 17 p. 100.
Une voix: Un taux unique.
M. Lorne Nystrom: Un taux unique de 17 p. 100, oui.
Avez-vous des commentaires à faire là-dessus ou sur cette
manie de la réduction des impôts qui s'est emparée du pays?
Le président: Peut-être devrions-nous parler de ce que le NPD
préconise également.
Des voix: Oh, oh!
Une voix: Un relèvement des impôts.
M. Michael McCracken: Quels impôts?
Le président: Les programmes sociaux.
M. Lorne Nystrom: Exactement, très bien, bonne réponse.
Je me demande si vous pourriez me dire ce que vous en pensez, car
c'est un sujet qui semble être à l'ordre du jour de la plupart des
gouvernements. Les impôts ont été réduits au Manitoba et en
Saskatchewan. Peut-être pas autant qu'en Ontario et au gouvernement
fédéral, mais il y a eu des allégements fiscaux.
Les sondages indiquent tous que les Canadiens n'en veulent pas. Les
Canadiens veulent un réinvestissement dans les programmes sociaux, les
soins de santé, et ainsi de suite, et les gouvernements font
exactement le contraire. Sont-ils plus sages que la population ou...?
M. Michael McCracken: Plus politiques.
Des voix: Oh, oh!
M. Michael McCracken: Ce qui importe dans ce domaine, c'est
l'efficacité de ces impôts. La question est de savoir s'ils permettent
de créer des emplois ou s'ils ont d'autres répercussions sur
l'économie.
Nous savons une chose, c'est qu'un allégement de l'impôt sur les
gains en capital, par exemple, n'a pas un grand effet multiplicateur
sur la création d'emplois. Alors si l'objectif est d'améliorer la
performance économique, comme je le recommande, je ne choisirais pas
les impôts sur le revenu des particuliers à revenus élevés comme
principal instrument, mais plutôt une réduction des impôts ou une
augmentation des paiements de transfert ou encore des dépenses
directes du gouvernement, qui ont des effets multiplicateurs bien plus
importants.
Je pense toutefois qu'il est important de reconnaître que lorsqu'on
compare plusieurs pays, on a affaire à des régimes fiscaux et à des
structures de transfert très différents. On ne peut pas simplement
examiner un élément tout seul; il faut examiner l'ensemble des choses.
Par exemple, lorsqu'on compare ce qui se passe lorsque les taux
d'intérêt sont relevés aux États-Unis et au Canada, il faut savoir,
par exemple, qu'une hausse des taux d'intérêt hypothécaires au Canada
aura un effet bien plus important sur bien plus de Canadiens qu'une
hausse des taux d'intérêt équivalente aux États-Unis, pour deux
raisons.
Premièrement, la plupart des ménages américains ont des hypothèques à
long terme. Les contrats ne sont pas renouvelables quotidiennement ou
mensuellement ou même tous les deux ou trois ans. Les hypothèques à
taux ajustable, aux États-Unis, ne représentent que 15 p. 100 de
l'ensemble, alors que chez nous les hypothèques à taux variable ou
renouvelables après un, deux ou trois ans, constituent la majorité.
Deuxièmement, aux États-Unis, les intérêts hypothécaires sont
déductibles du revenu imposable des contribuables. Au Canada ils ne le
sont pas. L'effet net d'une augmentation de 100 points de base sur les
hypothèques aux États-Unis ne touchera donc que peu de gens, et
seulement dans la mesure où elle sera répercutée sur leur revenu après
impôts, et cet effet sera partagé avec le gouvernement fédéral, qui
accusera une perte de revenu. Au Canada, le gouvernement fédéral ne
subira aucune perte, et l'augmentation sera ressentie par pratiquement
tous les Canadiens en l'espace de trois ou quatre ans.
Nous devrions donc tout autant tenir compte de la structure de la
fiscalité que des changements de taux mineurs eux-mêmes. Quoi qu'il en
soit, je ne veux pas que l'on dise que j'ai recommandé la déduction
des intérêts hypothécaires des ménages, car ce n'est pas forcément une
bonne politique. On dit souvent que c'est bon politiquement, mais
mauvais économiquement.
M. Mario Seccareccia: Pour en revenir à la question de
l'imposition, comme je le disais en parlant de cette quatrième
variable et de l'incidence de l'excédent du secteur public, ou déficit
si vous préférez, sur les taux d'épargne, et ainsi de suite, il est
important de comprendre que l'on peut intervenir soit en abaissant les
impôts—si vous voulez réduire l'excédent par exemple—soit en
augmentant les dépenses.
On pourra toujours discuter des effets de ces mesures, mais ce qui
importe absolument, même si vous décidez effectivement d'adopter une
politique d'allégement fiscal pour réduire cet excédent afin de
retrouver une situation équilibrée ou déficitaire, l'essentiel est de
maintenir la progressivité du régime d'imposition.
Si vous optez pour un impôt unique ou un seul taux d'imposition,
comme certains le proposent, par exemple, l'effet de cette mesure sur
la répartition sera très différent.
• 1730
Je veux dire par là que si vous prenez une telle mesure qui favorise
en fait les ménages à revenu élevé, l'incidence sur les taux
d'épargne, par exemple, ne sera pas du tout la même que si vous
preniez une mesure visant plutôt les ménages à faible revenu. Il faut
tenir compte de l'effet de répartition.
Enfin, ce n'est pas comme si notre objectif ultime devait être de
relever les taux d'épargne à tout prix. Je ne crois pas qu'il faille
absolument... Pour moi, le taux d'épargne est ce qu'il est. Peut-être
a-t-il diminué pour de très bonnes raisons, comme je l'ai laissé
entendre, ou peut-être est-ce plutôt pour de mauvaises raisons
malencontreuses. Il me semble que le plus important est de comprendre
pourquoi l'on n'épargne pas, soit parce que le revenu disponible des
particuliers a diminué, soit à cause d'autres éléments dans le système
qui ont pour fonction d'assurer des transferts aux ménages et ainsi de
suite.
Ce sont des facteurs sur lesquels nous devrions pouvoir agir, en tant
que gouvernement du moins, et ainsi faire augmenter le taux d'épargne.
Mais ce n'est pas un élément nécessaire ici. Et ce n'est pas comme si
les taux d'épargne en soi...
La difficulté est de les définir, et de savoir quelle signification
on peut donner à ces valeurs, mais il est important de comprendre que
l'effondrement du taux d'épargne ne devrait nous préoccuper que dans
la mesure où il a été provoqué par des raisons qui sont sous le
contrôle du gouvernement.
C'est dans ce sens que nous disons, ou que j'ai essayé de vous
expliquer que si vous vous penchez sur l'aspect fiscal de la question,
il faudra envisager des mesures qui régleront ce problème, mais qu'un
simple abaissement des impôts ne sera pas la solution si vous ne tenez
pas compte également de l'effet de répartition. Ce n'est pas le genre
de chose qui nous préoccupe habituellement, du moins en tant que
macroéconomistes, mais c'est un élément qui de toute évidence revêt
une très grande importance pour la politique gouvernementale.
Le président: Merci.
Monsieur Mosler, cela vous gêne-t-il de répondre à une question
pendant que les cloches sonnent? Les cloches vous rappellent-elles de
mauvaises expériences...?
Des voix: Oh, oh!
M. Warren Mosler: En fait vous parlez de taxes sur les
transactions—d'une taxe sur la main-d'oeuvre, qui est un impôt sur le
revenu, de taxes sur la vente et ainsi de suite. Mais il ne faut pas
oublier que les taxes sur les transactions ont pour effet de
décourager ces transactions. Vous parlez également de taux
d'imposition, pas forcément des recettes fiscales bien sûr.
Lorsque examinerez ces taxes, souvenez-vous qu'elles découragent les
transactions. C'est tout le problème.
Je n'en dirai pas plus.
M. Michael McCracken: [Note de la rédaction: Inaudible]...
une grosse loterie, une sorte de taxe sur la stupidité.
Des voix: Oh, oh!
M. Warren Mosler: Laissez-moi simplement ajouter que lorsqu'il est
question de libre-échange international avec les États-Unis, on
cherche à supprimer tous les droits de douanes sur toutes les
marchandises, mais ensuite on instaure une taxe sur la vente, qui est
une sorte de droit qui est prélevé chaque fois que nous faisons des
échanges entre nous. C'est la même chose pour l'impôt sur le revenu.
Nous ne voulons pas que quoi que ce soit puisse entraver le
libre-échange, et nous mettons de l'avant la théorie des avantages
comparatifs et tout le reste, mais quand il s'agit de nous-mêmes, nous
imposons une taxe sur toutes les activités qui ont lieu au pays.
Toutes ces choses sont contreproductives et il faut choisir
lesquelles on veut utiliser pour servir de base à notre devise.
Le président: Il ne nous reste que 12 minutes, car ensuite nous
devrons aller voter.
Monsieur Cullen, madame Redman...
Vous avez une question, madame Redman?
Mme Karen Redman: Très rapidement, j'aimerais dire que cette
séance a vraiment été très instructive et très agréable.
Madame Yalnizyan, j'ai beaucoup apprécié votre présentation,
et je trouve vos recommandations très convaincantes. Sont-elles
fondées sur le rapport que vous avez?
Mme Armine Yalnizyan: Je laisserai les deux documents au
greffier.
Mme Karen Redman: Parfait.
Mon autre question est relativement générale. Puisque vous êtes tous
ici et que vous êtes des témoins extrêmement intéressants, j'aimerais
vous demander dans quelle mesure la dette des ménages a un rapport, si
vraiment il y en a un, avec la productivité. C'est un sujet sur lequel
nous nous sommes longuement penchés au printemps dernier.
Je me demandais simplement si vous aviez des observations à faire à
ce sujet.
M. Michael McCracken: Il n'y a pas vraiment de lien direct, car la
productivité est un concept qui s'applique au niveau de l'entreprise.
C'est là que se trouve la productivité. C'est là qu'elle réside. Elle
dépend de la manière dont les gestionnaires rassemblent les gens,
organisent les choses, etc.
La conjoncture économique a un effet sur la productivité des
entreprises. Lorsque les entreprises fonctionnent au ralenti, elles ne
sont pas aussi productives que lorsqu'elles sont stimulées.
Je suppose également que si les employés, lorsqu'ils vont travailler,
se font du souci à cause de leur endettement, ils ne seront pas aussi
productifs qu'ils pourraient l'être autrement. Si les salaires des
gens sont saisis pour payer les agents de recouvrement et qu'on les
poursuit, ils ne seront pas très utiles. Je pense donc qu'il peut y
avoir un effet, mais seulement indirectement.
• 1735
Je pense que l'endettement, par ailleurs, n'est pas forcément une
mauvaise chose en soi. Elle permet aux gens d'acheter, à crédit, des
choses dont ils ont besoin et qui ont une valeur qui dure—des biens
durables, ou pour prendre des vacances lorsqu'ils en ont envie. Donc
il ne faudrait pas toujours être négatif lorsque nous parlons de
dette. Par contre lui faut veiller à ce que cette dette ne devienne
pas un fardeau que les gens ne peuvent plus supporter.
Mais si l'on veut vraiment trouver un rapport avec la productivité,
je pense qu'il sera probablement tenu.
Le président: Mais les gains de productivité font augmenter les
revenus n'est-ce pas.
M. Michael McCracken: Oui, bien sûr, si on parle du résultat des
gains de productivité. Si les consommateurs, en tant que travailleurs,
touchent des salaires plus élevés, cela est peut-être bénéfique. Mais
ce n'est pas ce qui s'est passé au cours des dix dernières années.
Nous avons enregistré des gains de productivité sans augmentation du
salaire réel. Nous n'avons pas vu de différence.
C'est la différence entre la productivité, qui se manifeste au niveau
de l'entreprise, et le concept de la prospérité, qui se manifeste au
niveau des ménages ou de la société. Tout dépend de la façon dont les
gains de productivité sont répercutés, et qui en profite. S'ils se
traduisent par des profits plus élevés ou par des prix plus bas de nos
produits d'exportation qui vont à l'étranger, alors le travailleur
n'en bénéficie pas. S'ils se traduisent par un abaissement des prix à
la consommation, ou par un relèvement des salaires réels, ou bien par
un relèvement des salaires nominaux et donc des salaires réels plus
élevés, alors les travailleurs en profitent, ce qui leur permet de
rembourser plus facilement leurs dettes, de les liquider et ainsi de
suite.
En ce sens, vous avez raison, monsieur le président, de dire que la
productivité peut avoir un effet direct sur le revenu... mais la
question est de savoir si effectivement les choses se passent ainsi.
Le président: Monsieur Glossop.
M. Bob Glossop: Malheureusement, Mike vient de nous donner une
réponse terriblement juste et complète.
Outre le fait que la productivité peut contribuer à relever les
revenus—mais ce n'est qu'une possibilité, car elle peut aller dans
d'autres directions également—il est un fait qu'avec ces revenus plus
élevés, les gens auront davantage confiance dans leur capacité à
assumer le fardeau de leur dette et cela favorisera la consommation,
ce qui aura un effet macroéconomique généralement positif.
Par ailleurs—et ceci est ma dernière chance de le souligner—je
pense que la progressivité des impôts sur le revenu est absolument
essentielle. Je pense qu'il faudrait la maintenir et même la
renforcer. Elle a eu tendance à se détériorer au cours des dernières
années.
Je crois qu'une question qui sera intéressante à examiner à la
lumière des données que nous allons obtenir de Statistique Canada sera
de savoir si oui ou non une modification dans le degré de
progressivité du régime d'imposition a le même effet sur la
répartition de la dette, soit la question qui intéresse votre comité.
Il y a réduction d'impôts et réduction d'impôts. Certaines personnes
ont souffert plus que d'autres des mesures d'austérité et certaines
personnes, surtout les familles avec de jeunes enfants, ont vu leurs
prestations s'évaporer au cours des dernières années. Donc si vous
envisagez des réductions d'impôts, j'espère que vous saurez déterminer
qui en a le plus besoin en ce moment.
Le président: Monsieur Cullen.
M. Roy Cullen (Etobicoke-Nord, Lib.): Merci, monsieur le président
et merci messieurs et mesdames les témoins.
Il nous reste très peu de temps, mais j'aimerais examiner un peu la
relation entre le taux d'épargne et les taux d'investissement et
également la notion de l'effet de richesse, à savoir s'il s'agit d'un
phénomène nouveau ou simplement un phénomène qui a été exacerbé par la
nouvelle économie, par l'activité boursière.
J'aimerais également donner quelques précisions à propos de ce que
Mme Yalnizyan a dit au sujet des logements à prix abordables, car le
gouvernement a mis en oeuvre d'importants efforts dans ce domaine.
J'aimerais rappeler les 750 millions de dollars consacrés l'année
dernière à un programme visant les sans-abri et les logements à prix
abordables, le PREL, l'offre de partager les coûts d'infrastructure
avec les provinces et les municipalités, et également quelques mesures
de TPS applicables aux logements locatifs.
Bien sûr si l'idée est de demander au gouvernement fédéral de
s'occuper à nouveau directement du logement social, tout est possible
je suppose, mais je ne crois pas que cela se fera. S'il y a des
mesures fiscales ou autres instruments qui pourraient être utiles, il
vaudra la peine de les examiner.
Très rapidement, en ce qui a trait au taux d'épargne et au taux
d'investissement, d'investissement en capital, quel est le rapport?
Je crois, monsieur Wells, que vous avez fait remarquer que nous avons
tendance à toujours nous faire du souci. En fait, ce que j'ai entendu
aujourd'hui, alors que nous sommes dans une conjoncture économique
plutôt favorable, m'a quelque peu déprimé. Mais c'est bien de toujours
essayer de faire mieux, pour régler les problèmes et aller de l'avant.
Lorsqu'on regarde ce qui se passe aux États-Unis, tous ces
investissements de capital, et surtout dans le secteur de la haute
technologie... Je me demande ceci, si nous faisons beaucoup
d'économies, mais que nous ne les investissons pas, est-ce un problème
si nous...?
• 1740
Pourriez-vous nous parler du taux d'épargne et du taux
d'investissement, et nous dire s'il y a un rapport entre les deux, ou
si l'un a un effet sur l'autre, etc.? Monsieur McCracken voulez-vous
commencer?
M. Michael McCracken: Très rapidement, il existe, au niveau
global, une identité qui nous dit que le taux d'investissement est
égal au taux d'épargne du pays. Lorsque nous n'arrivons pas à faire
correspondre les deux à l'intérieur du pays, nous comblons la
différence au moyen d'emprunts de non-résidents. Pour l'instant au
Canada, nous obtenons un équilibre grâce aux emprunts des
non-résidents. Mais laissons cela de côté pour le moment.
De manière générale, nous pensons qu'un taux d'investissement élevé
est une bonne chose. Encore une fois, cela a un effet favorable sur la
croissance du capital national. Et cela peut avoir une influence
directe sur l'accroissement de la productivité. Si vous cherchez
comment diriger une économie structurellement, vous essayez d'avoir un
taux d'investissement relativement élevé. Et si vous faites
correspondre cela à un taux d'épargne élevé, vous n'avez pas besoin de
dépendre autant des investisseurs étrangers pour briser ce lien.
Le taux d'épargne des particuliers, toutefois, n'est que l'un des
trois taux d'épargne qui d'une certaine manière égalisent le taux
d'investissement, sans compter les emprunts des non-résidents—ce qui
se passe dans les ménages, ce que les entreprises font de leurs
économies et ce qui se passe au gouvernement.
Auparavant le gouvernement maintenait un taux d'épargne très faible,
et même, dans certains cas, un taux d'épargne négatif. Et les
entreprises essayaient de maintenir un taux d'épargne net légèrement
positif, en essayant de financer leurs investissements à même leur
trésorerie. Parfois, cependant, elles empruntent, d'autres fois elles
accumulent des actifs financiers nets. Le secteur des ménages, de
manière générale, affichait un taux d'épargne positif. Ce secteur
détenait, d'une certaine manière, une part de plus en plus importante
des investissements réalisés.
À l'heure actuelle, on assiste à une réduction de la contribution
attribuable à l'épargne des particuliers, par le biais des caisses de
retraites notamment, et à une expansion de l'épargne provenant des
gouvernements, à une moins grande dépendance des emprunts de
non-résidents, et les entreprises sont en train d'améliorer leur
position d'épargne nette.
Mais de manière générale, il est intéressant d'avoir un plus haut
taux d'épargne dans la mesure où il est accompagné d'un taux
d'investissement plus élevé également.
M. Roy Cullen: Vous dites donc—et j'aimerais vous donner un
instant pour clarifier quelque chose—que le taux d'investissement
n'est pas vraiment relié au taux d'épargne...
M. Michael McCracken: Pas au niveau individuel, non.
M. Roy Cullen: ... que les entreprises décideront d'investir et
s'adresseront à des fonds communs d'investissement ou quelque chose de
ce genre.
M. Michael McCracken: C'est exact.
M. Roy Cullen: Donc si les particuliers n'épargnent pas
suffisamment...
Quel est l'impact macroéconomique s'il faut s'adresser ailleurs pour
l'épargne? Cela a-t-il un impact macroéconomique effectivement?
M. Michael McCracken: Il faut bien payer nos factures. Personne ne
nous donne de l'argent, il nous faut donc payer pour ce que nous
empruntons à l'étranger. Si nous gagnons davantage avec cet
investissement que ce que nous gagnons à l'intérieur du pays alors il
nous faut payer à l'étranger, et c'est une bonne affaire. Nous sommes
des génies. Si, d'un autre côté, nous gagnons 5 p. 100 sur notre
investissement au Canada et que nous payons 10 p. 100 à l'étranger,
alors il y a une perte nette pour notre société. Et nous y perdons.
M. Stewart Wells: Rapidement, je suis d'accord avec tout ce que
Michael a dit. J'aimerais simplement préciser qu'il n'y a pas grand
chose qui indique que l'épargne favorise l'investissement. Si un
secteur ou un autre décide soudain de dépenser moins et d'augmenter
son taux d'épargne, cela n'entraîne pas habituellement une
augmentation de l'investissement. S'il fallait que cela ait un effet,
ce serait plutôt de le faire baisser, alors que cela fonctionne dans
le sens inverse. Si vous augmentez l'investissement, vous constaterez
généralement que, par définition, l'épargne augmente pour atteindre un
niveau équivalent.
M. Michael McCracken: C'est principalement dû au fait que les taux
d'intérêt ne sont généralement pas utilisés, dans les pays où ils sont
fixés, pour équilibrer les taux d'investissement et d'épargne.
M. Warren Mosler: C'est exact. Je dis généralement que l'épargne
est le registre comptable des investissements. Si vous investissez, si
vous construisez une usine, cela finira par se voir dans les comptes
nationaux de l'épargne. C'est ainsi que nous rendons compte de
l'épargne. C'est ainsi que nous rendons compte de l'investissement.
Comme Mike l'a dit, il reste ensuite à savoir dans quel secteur cette
épargne se manifestera.
Le président: C'est tout. Je regrette mais nous avons juste une
minute pour aller jusqu'à la Chambre.
Au nom du comité, j'aimerais vous remercier. C'était un débat très
intéressant. Nous veillerons à faire bon usage de vos informations.
Monsieur Mosler, j'aimerais vous remercier personnellement, au nom du
comité, de vous être déplacé jusqu'au Canada.
M. Stewart Wells: Et présentez-lui nos excuses pour les cloches.
Des voix: Oh, oh!
Le président: Oui, bien sûr.
La séance est levée.