STANDING COMMITTEE ON
ENVIRONMENT AND SUSTAINABLE
DEVELOPMENT
COMITÉ PERMANENT DE
L'ENVIRONNEMENT ET DU DÉVELOPPEMENT
DURABLE
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mardi 26 septembre 2000
• 1944
[Traduction]
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan (York-Nord, Lib.)):
La séance est ouverte.
Je tiens à souhaiter la bienvenue à tous ceux qui sont
présents ici ce soir, à nos membres du comité ainsi qu'à nos
témoins.
• 1945
Avant de commencer, j'aimerais vous parler du processus que
nous allons suivre ce soir. Nous tenons une réunion spéciale du
Comité permanent de l'environnement et du développement durable.
Or, jeudi dernier, le comité a adopté deux motions. La première
presse le ministre de l'Environnement de tenir une évaluation
environnementale complète de la proposition de créer une décharge
dans la mine Adams. La seconde demande au Comité permanent de
l'environnement et du développement durable de tenir une séance
publique avec témoignages avant le 29 septembre 2000, au sujet du
projet de site d'enfouissement envisagé sur le site de la mine
Adams dans la région du Témiscamingue en Ontario.
Je vous rappelle que la réunion de ce soir est une séance
d'information. Elle permet aux députés d'entendre des témoignages
pour et contre le projet afin que nous soyons mieux renseignés. Ces
consultations sont d'ailleurs l'un des aspects les plus merveilleux
du processus parlementaire et de la démocratie. En tant que députés
du Parlement canadien, nous pouvons en effet convoquer des témoins
devant les comités permanents afin que nous soyons en mesure
d'exprimer non seulement la volonté de nos électeurs mais aussi
celle de la population du Canada.
Le dossier dont nous sommes saisis ce soir a déjà provoqué des
réactions très vives des deux côtés. Je tiens à rappeler à nos
membres, aux membres de notre comité s'entend, que la réunion leur
permettra de se renseigner sur les faits et sur les tenants et les
aboutissants de la question elle-même. Je prie donc mes collègues
d'éviter les longs discours politiciens à ce sujet. Je les
encourage au contraire à poser des questions aux témoins. Je
préciserai les règles à suivre et rappellerai les intervenants à
l'ordre s'ils dépassent leur temps de parole, et de la façon la
plus stricte. Notre greffier a d'ailleurs un chronomètre, il faudra
donc que nous soyons très attentifs.
• 1950
Avant d'entendre notre premier groupe de témoins, je précise
que chacun aura cinq minutes pour un exposé, et chaque membre du
comité aura cinq minutes pour poser des questions. Il n'y aura
qu'un tour de questions. Comme à notre habitude, nous entendrons
d'abord les questions de l'opposition. Les représentants de chaque
parti d'opposition poseront donc une question, à savoir le
représentant réformiste, celui du Bloc, du NPD et des Progressistes
Conservateurs. Ensuite, nous permettrons aux députés du Parti
ministériel de poser quatre questions, s'ils sont quatre, ou trois,
enfin au fur et à mesure que les Libéraux arriveront. Après cela,
nous alternerons entre une question de l'opposition et une question
du Parti gouvernemental. Je le répète, il n'y aura qu'un tour de
table ce soir. Les cinq minutes qui vous sont allouées en temps de
parole comprennent aussi les réponses des témoins. J'espère qu'on
permettra aux témoins de bien répondre à vos questions.
J'aimerais maintenant vous présenter M. Paul Bernier, de
l'Agence canadienne d'évaluation environnementale. M. Bernier sera
au côté de tous les groupes de témoins ce soir. Je vous félicite
monsieur car la soirée sera longue. M. Bernier est des nôtres pour
répondre aux questions que les membres voudront lui poser sur la
Loi canadienne sur l'évaluation environnementale et l'Agence par
rapport à ce projet précis.
Je vais maintenant vous présenter les témoins du premier
groupe, mais auparavant je demanderai aux membres et aux témoins de
bien s'en tenir à notre ordre du jour car nous allons le suivre.
Cela dit, nous accueillons du canton de Harris, M. Martin Auger;
de la municipalité régionale du comté de Témiscamingue au Québec,
M. Fidel Baril; de la ville de Toronto, M. l'échevin Saundercook,
et je crois d'ailleurs que ce dernier va inviter M. Michael
Garrett, son directeur municipal, à partager son temps de parole;
enfin, du canton de Larder Lake, en Ontario, nous souhaitons la
bienvenue à Mme Joanne Thompson, qui en est le préfet.
Bienvenue à tous. Nous allons commencer par entendre les
représentants du canton de Harris.
M. Martin Auger (préfet, canton de Harris): Merci, madame la
présidente et mesdames et messieurs les membres du comité. Je vous
suis reconnaissant de me donner la parole aujourd'hui. Je m'appelle
Martin Auger, et je représente ce soir 19 municipalités du
Témiscamingue.
J'aimerais vous éclairer au sujet de la controverse entourant
l'utilisation de l'expression «hôte de plein gré», c'est-à-dire vous
préciser en quoi consiste un «hôte de plein gré». Le canton de
Boston, où est située la mine Adams, n'est pas une municipalité au
sens stricte. Cela signifie que le canton est administré par la
province et qu'il n'a pas le pour de se dire hôte de plein gré.
Selon un sondage Oracle sur le projet de la mine Adams préparé
pour M. David Ramsay, député de Témiscamingue—Cochrane à
l'Assemblée législative provinciale, une majorité non équivoque,
c'est-à-dire 62 p. 100 des répondants de la région nord du
Témiscamingue, qui comprend Kirkland Lake, Larder Lake et
Englehart, s'opposaient au projet de la mine Adams. À noter
également qu'en 1997, lors des élections municipales de Kirkland
Lake, M. Richard Denton, qui se présentait à la mairie en
s'opposant vivement au site d'enfouissement de la mine Adams, l'a
emporté haut la main sur ses adversaires. À l'heure actuelle, la
liste des candidats aux élections municipales de cet automne
comprend dans chaque camp des adversaires du projet de la mine
Adams.
Récemment, les citoyens de Larder Lake ont signé une pétition
s'opposant très vivement au même projet. Il y a environ cinq ans,
selon un sondage effectué à Larder Lake, 95 p. 100 des répondants
étaient contre le projet, et à son tour, Larder Lake aura une liste
de candidats aux prochaines élections municipales qui comprend dans
chaque camps des adversaires du site d'enfouissement de la mine
Adams.
• 1955
Il y a quelques semaines, le Révérend Shute d'Englehart a
effectué un mini référendum, et 95 p. 100 des personnes interrogées
étaient contre le projet de la mine Adams. Dans la partie sud de la
région du Témiscamingue, c'était 86 p. 100 des répondants qui
étaient contre le même projet selon le sondage Oracle. On fait
aussi présentement circuler des pétitions dans diverses parties de
la région du Témiscamingue, et elles indiquent une opposition d'au
moins 95 p. 100 au projet de la mine Adams. Pouvons-nous faire fi
de ces chiffres et tenir pour acquis que le Témiscamingue est un
hôte de plein gré? Certainement pas.
L'essentiel dans ce dossier, c'est que la décision relative à
la mine Adams devrait relever du district, c'est-à-dire d'une
majorité des 26 municipalités et de la centaine de municipalités
non constituées, car en démocratie, on ne devrait pas s'en remettre
à la décision de trois conseils qui demeurent sourds aux
préoccupations exprimées par leurs propres contribuables.
Il me paraît important de préciser que deux des trois
municipalités dont on dit qu'elles sont des hôtes de plein gré et
qui représentent, tout au plus, un tiers de la population du
Témiscamingue et qui recevront des redevances sans devoir assumer
la moindre responsabilité envers leurs voisins, sont situées en
amont du projet de décharge. Leurs nappes phréatiques ne sont donc
pas menacées par l'initiative.
Le Témiscamingue est une région de forêts, de lacs, où l'on
s'adonne à la chasse, à la pêche et à l'agriculture, et où l'on
trouve aussi de petites entreprises de fabrication, des industries
de services, des exploitations forestières, du tourisme, des mines,
du tourisme hivernal et de l'euro-tourisme, et bien souvent toutes
ces activités sont étroitement reliées. En mettre une ou quelques-unes
en péril menace les fragiles structures économiques de la
région. Un projet, quel qu'il soit, qui risque de nuire à nos
agriculteurs mérite-t-il notre appui? Pour créer quelques emplois,
sommes-nous prêts à courir le risque de perdre au moins une partie
d'une économie agricole en plein essor après un siècle d'efforts?
Comment puis-je expliquer à mes enfants et à mes petits-enfants
qu'ils n'ont rien à craindre malgré le fait que des
milliers de tonnes de déchets domestiques toxiques seront
acheminées tous les ans à la mine et traitées au moyen d'un
processus qui n'a pas fait ses preuves? Comment puis-je leur dire
qu'ils n'ont rien à craindre?
Bien que nous nous plaignions souvent de notre rude climat au
Témiscamingue, nous jouissons là-bas d'une qualité de vie que nous
n'échangerions pour rien au monde, et nous devons la transmettre à
nos enfants et à nos petits-enfants. Or une telle qualité ne doit
pas être compromise par un projet que la majorité des citoyens du
Témiscamingue ne veut ni n'accepte, par un projet qui à notre avis
n'est pas assez sûr pour que nous mettions en péril notre avenir et
celui des générations futures.
N'oublions pas que les conséquences néfastes que pourrait
avoir ce mégaprojet nuiront à tous ceux qui habitent autour du
bassin hydrographique de la rivière Blanche et du lac
Témiscamingue. Or, cela touche aussi nos voisins de la province de
Québec et nos amis des Premières nations algonquines. Je suis très
fier de me joindre à eux pour demander une évaluation
environnementale par le gouvernement fédéral, puisqu'il est
important de protéger les droits fondamentaux que nous partageons
à titre de Canadiens.
Merci.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci, monsieur
Auger.
Nous accueillons maintenant M. Fidel Baril, de la municipalité
régionale de Témiscamingue.
[Français]
M. Fidel Baril (maire de Notre-Dame-du-Nord et
préfet suppléant, Municipalité régionale de
Témiscamingue): Madame la présidente, nous tenons à
vous remercier pour cette occasion que vous nous donnez
d'exprimer les volontés de notre population concernant le
projet d'enfouissement des déchets de la ville de
Toronto dans la mine Adams près de Kirkland Lake, en
Ontario.
Nous avons déjà transmis au greffier du comité une
version complète de notre présentation ou, si
vous préférez, de notre mémoire. Nous avons également
produit aujourd'hui une liste des appuis à notre position.
Dans le futur, nous déposerons des copies de
nombreuses lettres, pétitions et autres sur ce sujet.
Notre population est unanime: le projet de la mine Adams
est très inquiétant et inacceptable. Voici la position
officielle de la MRC de Témiscamingue, des 21
municipalités et des 18 027 citoyens qui la composent.
Considérant que le projet d'un site d'enfouissement de
la ville de Toronto à la Mine Adams près de Kirkland
Lake comporte des risques pour notre environnement,
notre économie et notre qualité de vie, pour notre
population et les générations à venir;
Considérant que la population s'indigne et s'inquiète
devant ce mégaprojet de dépotoir d'un procédé et d'une
envergure incomparables dans le monde! Il s'agit d'un
site d'une ancienne mine de fer à ciel ouvert, fissuré
à l'extrême par 25 ans de dynamitage intensif.
Cet immense cratère d'environ
600 pieds de profondeur est
rempli d'eau jusqu'à 340 pieds. Les déchets de la
région de Toronto y seraient transportés par train:
1 million de tonnes de déchets par année, durant 20 ans;
85 wagons de train par jour, 7 jours par semaine;
• 2000
Le modèle d'exploitation comprend un système de
pompage pour le traitement de 300 millions de litres
d'eaux usées par année, durant 100 ans. Les ruisseaux
avoisinants (rivière Blanche) se déversent dans
le lac Témiscamingue situé à 75 km du site;
Considérant que les gouvernements du Québec et du
Canada doivent soumettre leur propre expertise puisque
ce projet localisé en Ontario pourrait causer des
effets environnementaux et socio-économiques négatifs
pour le Québec en général et le Témiscamingue en
particulier;
- dans les circonstances nous nous opposons
au projet d'un site de dépotoir à la Mine Adams;
- nous demandons à la ville de Toronto et aux régions de
Peel, York et Durham de renoncer à l'utilisation de la
Mine Adams pour la gestion de leurs déchets;
- nous demandons aux gouvernements du Canada et du Québec
de s'assurer que le projet soit suspendu, le temps de
réaliser eux-mêmes une étude d'impact environnemental
sérieuse et complète, conformément aux dispositions des
articles 46(1) et suivants de la Loi canadienne sur
l'évaluation environnementale dans l'intérêt des
générations actuelles et futures.
À la lecture de notre mémoire, vous constaterez que le
Témiscamingue est un milieu naturel dont l'économie est
basée sur l'exploitation de ses ressources, que nous
voulons garder intactes pour les générations futures.
Nous vous remercions.
[Traduction]
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Nous accueillons maintenant MM. Bill Saundercook et Michael
Garrett, de la ville de Toronto.
M. Bill Saundercook (conseiller, York Humber, et président du
Comité des travaux publics, Ville de Toronto): Merci, madame la
présidente et mesdames et messieurs les députés. Nous sommes ravis
de comparaître, malgré le peu de préavis qu'on nous a donné.
Je suis accompagné aujourd'hui du directeur municipal, Michael
Garrett. Je lui céderai sous peu la parole pour qu'il vous présente
les données qui sont les nôtres à la ville depuis déjà assez
longtemps. Nous accompagnent également dans l'auditoire le
directeur général de la Gestion des déchets, M. Bacopoulos, qui
pourra répondre à des questions, si vous en avez, de même que le
gestionnaire de projet et expert-conseil en hydrologie, qui pourra
aussi nous aider au besoin.
Brièvement, je représente ici le côté politique du dossier,
puisque je préside le Comité des travaux publics. Je demanderai
maintenant à M. Garrett de nous faire part des données.
M. Michael Garrett (directeur municipal, Ville de Toronto):
Merci, monsieur Saundercook.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur Garrett,
nous avons consigné votre énoncé de position au procès-verbal de la
réunion. C'est bien. Comme votre nom n'apparaît pas sur la liste
officielle des témoins, je voulais m'assurer que c'était exact.
M. Michael Garrett: Puis-je prendre la parole?
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Oui.
M. Michael Garrett: Le site d'enfouissement de la mine Adams
a été proposé par un groupe de promoteurs dans le cadre d'une
stratégie intégrée de gestion des déchets à long terme pour la
ville de Toronto. La ville avait en effet lancé une demande de
propositions afin de savoir quels étaient les meilleurs prix et les
meilleures solutions environnementales à long terme à ses problèmes
d'élimination des déchets.
Le site d'enfouissement de la mine Adams n'est qu'une facette
de la stratégie municipale. La ville a reçu une proposition
d'utiliser des sites d'élimination des déchets aux États-Unis pour
évacuer ses déchets commerciaux et industriels, mais elle veut
avoir recours à la mine Adams pour évacuer les déchets municipaux
de la ville de Toronto et aussi des régions de York et Durham, de
même qu'éventuellement d'autres régions situées dans le grand
Toronto métropolitain.
Les gens de la mine Adams, le groupe RCN, nous ont proposé une
soumission avantageuse, car elle n'inclut pas de clauses nous
obligeant à maintenir le volume des déchets, sous peine de
compensation. Dans le domaine de la gestion des déchets, nous
savons qu'à l'avenir, le recyclage et les activités novatrices de
retraitement seront considérables, et que, par conséquent, la
quantité de déchets à évacuer diminuera probablement. C'est ce qui
explique l'importance d'avoir un contrat qui nous permette de
réduire le volume de déchets sans être obligés de payer une amende,
et c'est là un aspect important de la proposition de Rail Cycle
North. C'est la seule entreprise, parmi toutes celles qui nous ont
envoyé des soumissions en vue de notre stratégie d'évacuation des
déchets, qui nous offre cette facette importante.
Vous savez peut-être que la ville s'est engagée à retraiter
quelque 50 p. 100 de ses déchets d'ici l'an 2006. C'est pourquoi
nous cherchons activement des solutions novatrices nous permettant
de retraiter les matières organiques et autres parties du flux des
déchets, de façon à ne pas être obligés de tout envoyer à
l'installation d'évacuation. Vous comprenez donc pourquoi un des
aspects les plus intéressants de la soumission qui a été acceptée,
c'est la crainte de moins en moins présente au fil des ans d'avoir
à payer une pénalité pour faire évacuer nos déchets.
• 2005
Je sais que ce qui vous préoccupe surtout aujourd'hui, c'est
le lieu d'enfouissement lui-même de la mine Adams, et je sais que
le temps mis à notre disposition est limité. Si jamais vous aviez
besoin de poser à nouveau des questions, nous sommes venus
accompagnés d'experts qui pourront y répondre.
Vous savez qu'il ne s'agit pas d'une installation appartenant
à la ville de Toronto, mais que nous avons dû demander des
soumissions. Il s'agit d'un lieu d'enfouissement appartenant à un
tiers, et ce lieu a fait l'objet d'audiences complètes sur
l'évaluation environnementale qui ont permis d'en connaître les
caractéristiques sur le plan environnementale. Or, tous les experts
qui ont émis leur opinion ont dit que le lieu était sûr. Il y a eu
une évaluation technique complète et exhaustive de la part du
ministère ontarien de l'Environnement, et l'approbation a été
donnée par le gouvernement ontarien. Vous vous rappellerez que le
gouvernement fédéral et la province de l'Ontario ont harmonisé
leurs systèmes d'évaluation environnementale et que les normes qui
s'appliquent sont donc les mêmes.
Au fur et à mesure que l'évaluation environnementale était
effectuée par le ministère de l'Environnement, le ministère des
Pêches et des Océans et le ministère des Transports, le promoteur
consultait activement le gouvernement fédéral. Ces ministères sont
aujourd'hui convaincus que le lieu est sûr. Toute la démarche
d'évaluation a pris quelques années, et il a été déterminé que le
lieu d'enfouissement était sûr.
Madame la présidente, j'aimerais faire une comparaison: prenez
un seau vide et remplissez-le de pinces, avant de l'immerger dans
une baignoire. Dans le cas de la mine Adams, l'eau irait remplir le
contenant, et serait ensuite pompée dans une installation de
traitement des eaux usées, une installation de traitement des
produits de lixiviation, puis épurée avant d'être évacuée.
Autrement dit, le contenu du lieu d'enfouissement de la mine Adams
ne peut en aucun cas s'infiltrer dans la nappe souterraine. En
effet, la pression de la nappe souterraine a pour effet de
maintenir l'écoulement de l'eau. Tant que l'élévation est moindre
que celle de la surface de la nappe environnante, le flot est
maintenu.
Les plus grands spécialistes dans le domaine se sont donc
penchés sur la question et ont conclu que le lieu était sûr. Le
gouvernement fédéral a également pris part à la réflexion, tout
comme y a aussi pris part le ministère ontarien de l'Environnement;
et tous deux ont dit que c'était satisfaisant.
En guise de conclusion, madame la présidente, sachez que la
question est urgente et qu'on en discute déjà depuis de nombreuses
années. Nous sommes à 18 mois à peine du terme de la capacité. Il
faut donc prendre une décision d'ici 18 mois pour qu'un
entrepreneur s'affaire à préparer un lieu d'enfouissement, et
d'après notre calendrier, une décision devra être prise dans un
avenir rapproché. En fait, les prix que nous ont fournis les
entrepreneurs lors de ces soumissions ne sont en vigueur que
jusqu'au 15 décembre.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci beaucoup,
monsieur Garrett.
Passons maintenant à Joanne Thompson, préfet du canton de
Larder Lake.
Mme Joanne Thompson (préfet, canton de Larder Lake, Ontario):
Merci, madame la présidente.
Je suis Joanne Thompson, préfet de Larder Lake. Je suis
aujourd'hui la porte-parole des conseils de Kirkland Lake et de la
ville de Englehart, ainsi que de toutes les municipalités qui ont
appuyé l'aménagement du lieu d'enfouissement de la mine Adams
depuis 1990. Je suis venue pour parler au comité des faits du
dossier plus particulièrement de la demande faite au gouvernement
fédéral de s'investir dans le processus d'approbation du lieu
d'enfouissement de la mine Adams. Je ne suis pas venue vous parler
d'hôtes consentants ni de référendums, car le comité n'a pas été
saisi de ces questions et elles n'ont rien à voir avec la demande
qui a été faite d'avoir une évaluation environnementale fédérale.
Je suis ici pour m'opposer à toute évaluation environnementale
qui serait entreprise à ce moment-ci par le gouvernement fédéral.
Je veux aussi déclarer clairement que nos municipalités et nos
résidents se sont pleinement investis dans le processus
d'approbation et sont satisfaits de sa transparence et de son
équité. Les études et rapports techniques ont été entièrement
communiqués à la population. Les résidents ont eu accès à des
conseils indépendants et des évaluations par des pairs de la part
de Gartner Lee Associates au cours des cinq dernières années. Au
cours de la démarche, 10 séances portes ouvertes ont été organisées
à l'intention des résidents au cours desquelles tous les aspects
touchant au lieu d'enfouissement ont été expliqués et discutés. La
province de l'Ontario a organisé des audiences publiques à Kirkland
Lake, avant même qu'il y ait approbation du lieu.
Pour ce qui est des audiences, après cinq ans de consultation,
nous sommes convaincus d'avoir fait le tour de toutes les questions
environnementales. La question clé de la contamination des eaux
souterraines a été examinée pendant ces audiences publiques et
c'est ce que les résidents réclamaient.
Nous ne comprenons pas cette demande d'évaluation
environnementale fédérale. Sauf erreur, Environnement Canada a
participé à l'étude d'évaluation. Ce qu'ils ont appris a dû les
satisfaire, sinon le projet ne serait pas passé à l'étape
d'approbation.
• 2010
Où étaient les Autochtones ces trente dernières années quand
leurs terres et l'environnement étaient massacrés par
l'exploitation minière? Nous nous demandons qui tire les ficelles
et pour quelles raisons.
J'ai participé à la plupart des réunions, aux séances
publiques, aux réunions du PLC à Témiscamingue et je n'y ai jamais
beaucoup vu nos élus. Je trouve odieux la rhétorique actuelle, les
menaces de violence et le chantage politique auxquels sont soumises
nos communautés.
Je ne le répéterai jamais assez fort: nous sommes convaincus
de la sûreté de ce projet. Je peux le dire car nous avons participé
à toutes les réunions et à toutes les audiences. Les discours
enflammés des adversaires du projet, dont la majorité vivent au
moins à 50 kilomètres du site, commencent à devenir absurdes. Tout
d'un coup, ceux qui devraient savoir de quoi ils parlent font de la
mine Adams un lac naturel.
Le projet de site d'enfouissement à la mine Adams représente
une opportunité pour toute notre région. C'est une opportunité
économique mais également une opportunité environnementale. Ce site
offrira à tout le nord-est de l'Ontario une capacité
d'enfouissement supérieure et plus sûre que ce que nous avons
actuellement.
Le gouvernement fédéral et notre député libéral ont fourni une
partie des 70 000 $ accordés à notre comité de gestion des déchets
et au Northern College pour établir un centre d'écotourisme sur le
site de la mine Adams. Ils pensaient que c'était une bonne idée.
Nous ne savons pas ce qui se passe maintenant. Est-ce que c'est
parce qu'on parle d'élections? À propos, j'ai un plan, la brochure
d'écotourisme préparée par le Northern College à votre disposition.
Pour conclure, si l'intervention du gouvernement fédéral
incite Toronto à ne pas utiliser la mine Adams, ce sont nos
municipalités qui seront perdantes. Nous perdrons des créations
d'emplois, nous perdrons des investissements et nous perdrons la
possibilité de participer à un système de gestion des déchets de
classe mondiale.
Je répète que c'est un projet qui présente toutes les
garanties. Il répond aux critères, voire dépasse les critères
d'évaluation environnementale de l'Ontario. Représentant les
communautés qui accueilleront ce projet, nous sommes satisfaits.
Merci.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci, madame
Thompson.
Au début de la réunion, j'ai rappelé les règles de procédure
pour les membres du comité, et je sais qu'ils respecteront
pleinement ces règles, mais j'ai oublié les témoins. J'aimerais
rappeler aux témoins que tout ce que vous dites devant notre comité
parlementaire est protégé. Cependant, je vous demanderais de faire
preuve de retenue et d'éviter certains termes lors de votre
déposition.
Nous passons maintenant aux questions en commençant par
M. Reynolds, suivi de M. Brien, de M. Gruending et de M. Herron.
Merci.
M. John Reynolds (Vancouver-Ouest—Sunshine Coast, Alliance
canadienne): Merci, madame la présidente.
Monsieur Bernier, selon un des témoins, le gouvernement
fédéral doit être satisfait de la procédure ou autrement on ne
serait pas passé à l'étape suivante. Quelle a été jusqu'à présent
la participation du gouvernement fédéral au niveau de ce projet?
M. Martin Auger: C'est à moi que vous posez cette question?
M. John Reynolds: Non, c'est à M. Bernier que je la pose. Je
me demande quelle a été jusqu'à présent la part de l'Agence
canadienne d'évaluation environnementale dans l'évaluation de ce
projet.
M. Paul Bernier (vice-président, Secteur de la prestation des
programmes, Agence canadienne d'évaluation environnementale): La
participation de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale
est très récente. Je peux vous dire ce que fait actuellement
l'Agence. D'ailleurs, j'ai préparé un mémoire puisque je croyais
que je venais comme témoin et non pas comme personne-ressource et
ce mémoire, en anglais et en français, est entre les mains de votre
greffier. Il explique très clairement la situation actuelle de la
participation de l'agence conformément à l'application potentielle
de la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale.
Par conséquent, la participation de l'agence est très récente.
Elle fait suite à la réception par le ministre de l'Environnement
d'une pétition de la Première nation de Témiscamingue. L'agence
examine cette pétition à la lumière des dispositions
transfrontalières de la Loi canadienne sur l'évaluation
environnementale. Mon mémoire décrit la procédure.
• 2015
Permettez-moi de vous dire que nous donnons une haute priorité
à l'enquête nécessaire. Elle concerne à la foi l'applicabilité
juridique de la loi, potentiellement, et les aspects techniques
liées à la science appliquée. Pour ce qui est de cette dernière,
nous faisons appel à Environnement Canada, qui a participé à
l'étude provinciale, et aussi à Ressources naturelles Canada.
M. John Reynolds: Le ministre a-t-il le pouvoir d'ordonner une
évaluation?
M. Paul Bernier: C'est la question que le ministre a demandé
à l'agence d'examiner, il lui a demandé de déterminer s'il a une
autorité juridique. S'il est a, il est alors important de
comprendre si ses pouvoirs conférés par les dispositions
transfrontalières de la loi sont différents des autres pouvoirs qui
se trouvent ailleurs dans la loi. Ils concernent exclusivement...
Si le ministre conclut à des conséquences délétères importantes
pour l'environnement, il peut demander la constitution d'un groupe
d'examen. Dans un tel cas, ce groupe serait chargé uniquement
d'examiner les conséquences délétères transfrontalières pour
l'environnement et non pas toutes les conséquences pour
l'environnement comme ce serait le cas pour une évaluation
environnementale normale en vertu de cette mesure législative.
M. John Reynolds: À votre avis, il semblerait que le
gouvernement de l'Ontario, par le biais de sa propre agence
d'évaluation environnementale, ait fait une évaluation et approuvé
ce projet. À ce niveau, vous arrive-t-il fréquemment d'être en
désaccord? Après qu'une évaluation a été faite par une agence
provinciale, vous arrive-t-il de contester les méthodes utilisées
pour approuver un projet?
M. Paul Bernier: Je ne peux répondre à cette question dans
l'abstrait. Cependant, je peux dire que l'enquête que nous mènerons
avec l'aide d'Environnement Canada et de Ressources naturelles
Canada prendra en compte le travail fait par la province. Et ce qui
sera aussi important c'est qu'alors nous étudierons les arguments
avancés par le pétitionnaire, la Première nation de Témiscamingue.
La question que nous poserons aux scientifiques sera la
suivante: «À la lumière de ces autres renseignements que nous avons
maintenant reçus, les conclusions auxquelles vous aviez auparavant
abouti, lorsque vous avez participé à l'examen provincial, sont-elles
différentes?»
M. John Reynolds: Si tout a été fait en Ontario, y a-t-il un
moyen juridique quelconque d'empêcher demain ce projet de démarrer?
M. Paul Bernier: Demain? Non.
M. John Reynolds: Merci.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Monsieur Brien.
[Français]
M. Pierre Brien (Témiscamingue, BQ): Ma première
question s'adresse aux gens de la Ville de Toronto.
Vous avez affirmé avoir choisi cette solution parce
qu'elle vous permettait de réduire le volume des
déchets que vous alliez envoyer, donc de vous garder
l'option de faire du recyclage à l'avenir.
Vous avez dit que c'était la meilleure solution
pour vous compte tenu de ce qu'elle comportait au
niveau de la réduction du tonnage que vous pourriez
faire.
Pourquoi, à ce moment-là, n'était-ce pas votre premier
choix, car au mois de juin dernier, votre premier choix
était un autre endroit?
[Traduction]
M. Michael Garrett: Pourquoi est-ce que c'est notre premier
choix alors qu'en juin dernier un autre choix avait notre
préférence?
La recommandation initiale faite par le personnel au conseil
envisageait la prolongation de la durée d'utilisation du site
d'enfouissement de Keele Valley. Subséquemment—et je crois que
c'est à cela que vous faites allusion—comme partie de la solution
pour nous donner un peu plus de temps pour agrandir la capacité
d'accueil de Keele Valley afin de mieux utiliser le site
existant... La province nous a répondu. En fait, le premier
ministre nous a répondu que ce n'était pas possible et que la
province ne le permettrait pas. Le conseil a décidé de ne pas
poursuivre cette option et a refait un appel d'offres pour d'autres
sites. Nous avons reçu cinq offres.
• 2020
Ce sont ces sites qui ont été évalués et qui semblaient tous
présenter toutes les garanties du point de vue environnemental.
Tous n'étaient pas d'une très grande capacité et c'était un des
problèmes car nous avons pratiquement 1,8 million de tonnes chaque
année dont nous devons nous débarrasser, d'où la recommandation qui
nous donnait un petit peu de souplesse dans la perspective de
possibilités de recyclage.
[Français]
M. Pierre Brien: J'ai une question courte mais
technique. Est-ce vrai qu'il est prévu au contrat
que vous allez recevoir une ristourne de 1,50 $ la
tonne de plus que convenu à l'origine si
vous fournissez plus de déchets que prévu?
[Traduction]
M. Michael Garrett: Je ne peux pas répondre à cette question.
Je n'en connais pas la réponse. Vous devrez la poser aux
représentants de Rail Cycle North. Je crois savoir qu'ils vont
témoigner ici et il serait préférable de leur poser la question. La
ville ne leur versera certainement pas de redevances. Nous avons
recouru comme d'habitude à un appel d'offres et nous avons accepté
la soumission la plus basse qui convenait.
M. Pierre Brien: J'ai en main un document où l'on peut lire:
Le projet d'accord inclut une redevance de 1,50 $ la tonne que
versera RCN à la ville de Toronto pour chaque tonne de déchets
livrés quand on aura dépassé 13 millions de tonnes sur les dix
premières années.
Cela fait-il partie du contrat?
M. Michael Garrett: Je ne peux pas répondre précisément à
cette question; nous avons des employés qui pourraient probablement
y répondre. Voulez-vous que je les invite à s'approcher, madame la
présidente?
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Certainement.
Pourriez-vous venir à la table, s'il vous plaît? Et je
prierais ceux qui s'approcheront de bien vouloir donner leur nom et
indiquer leur poste.
Vous aurez droit à quelques minutes de plus, monsieur Brien.
M. Michael Garrett: Je vous présente notre directeur général
de la gestion des déchets, Angelos Bacopoulos.
M. Angelos Bacopoulos (directeur général, Gestion des déchets
solides, Services des travaux publics et des urgences, Ville de
Toronto): Bonsoir.
En effet, cela fait partie du contrat proposé.
Essentiellement, il s'agit d'une redevance pour chaque tonne que
nous mettons sur ce site au-delà du nombre que vous avez mentionné,
sur une période de dix ans. Cette redevance reviendrait aux usagers
du lieu d'enfouissement. Dans ce cas, ce serait la ville de Toronto
et n'importe quel membre de la région du Grand Toronto qui utilise
ce site.
[Français]
M. Pierre Brien: Est-ce que cela va vous inciter à
faire du recyclage?
[Traduction]
M. Angelos Bacopoulos: Il est certain que cette redevance de
1,50 $ qui reviendrait à la ville serait appliquée à des programmes
de recyclage.
[Français]
M. Pierre Brien: Vous allez payer moins cher
et vous allez... Non, c'est beau. Voilà qui termine le
premier tour.
[Traduction]
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Vous avez la
parole, monsieur Gruending.
M. Dennis Gruending (Saskatoon—Rosetown—Biggar, NPD): Merci.
Madame la présidente, je pense qu'il vaut la peine d'expliquer
à nos invités que c'est à une réunion tenue la semaine dernière que
nous avons voté en faveur d'une motion pour tenir une réunion comme
celle de ce soir. La motion a été adoptée par huit voix contre
sept, tous les députés libéraux sauf un ayant voté contre. Je ne
sais pas exactement où ils sont ce soir, ils ont probablement
d'autres engagements. J'espérais qu'ils seraient ici pour vous
entendre, parce qu'il s'agit d'une question importante.
Monsieur Saundercook, n'existe-t-il pas d'autres solutions que
d'utiliser la mine Adams? On nous a dit, et vous venez de le
mentionner en répondant à une question, que ce n'était pas la
solution que préférait la ville elle-même en juin dernier. Si j'ai
bien compris, vous utilisiez déjà d'autres lieux d'enfouissement
qui pouvaient encore servir pendant quelque temps, et vous pouviez
également envoyer une partie de ces déchets au Michigan. N'existe-t-il
pas d'autres solutions qui seraient moins perturbatrices que
celle qu'on envisage maintenant?
M. Bill Saundercook: Madame la présidente, je dirai d'abord
que le processus décrit il y a un instant montre que nous avons
cherché une solution à court terme en pensant au lieu
d'enfouissement qui appartient à la ville dans la région
avoisinante de York. Mais nous n'y avons pas eu accès. Le premier
ministre nous l'a fait savoir dans une lettre.
Les autres options possibles en Ontario et qui figuraient sur
notre liste finale—un endroit à London et un autre à
Windsor—étaient deux lieux d'enfouissement de taille très réduite
qui pourraient accueillir 100 000 tonnes dans un cas et 125 000
dans l'autre. On a examiné ces deux possibilités au début, en même
temps que celle de la mine Adams. Lors de la deuxième étape, un
lieu d'enfouissement au Michigan, appelé Republic, a remplacé ces
deux endroits.
• 2025
Je pense que je vais céder la parole à M. Bacopoulos, s'il a
quelque chose à ajouter.
M. Angelos Bacopoulos: Cette solution que nous avons d'abord
proposée était une solution à court terme, et elle était aussi la
plus prudente sur le plan financier à ce moment-là, lorsque
l'utilisation de notre propre lieu d'enfouissement aurait coûté
beaucoup moins cher que n'importe quelle autre solution envisagée.
C'est pourquoi mon personnel avait alors décidé, compte tenu de
tous les aspects, c'est-à-dire pas seulement les aspects
environnementaux mais aussi les aspects financiers, que c'était de
loin la meilleure solution pour la ville, sur le plan économique.
M. Dennis Gruending: Je suis curieux de savoir si vous avez
une idée de la raison pour laquelle le premier ministre a rejeté
une certaine proposition que vous avez mise de l'avant en juin et
que vous estimiez être la meilleure.
M. Bill Saundercook: Madame la présidente, je crois savoir que
la date de fermeture fin 2002—M. Bacopoulos me corrigera si je
fais erreur—a été déterminée en fonction des quantités de déchets
que nous envoyons à ce lieu d'enfouissement. D'après la quantité
livrée quotidiennement, la date de fermeture était prévue pour la
fin de 2002.
Nous avons demandé s'il était possible de choisir d'y envoyer
de moins grandes quantités, en envoyant plus de déchets dans l'État
de Michigan, peut-être, et de continuer d'envoyer de plus petites
quantités de déchets après l'an 2002, peut-être jusqu'à 2005, ce
qui nous aiderait à résoudre notre problème, mais cette proposition
ne figurait pas parmi les options examinées.
M. Dennis Gruending: Vous ne savez pas pourquoi? Bien.
Monsieur Bernier, j'ai une question à vous poser. Il semble
que ce soit un comité de parlementaires qui insistent pour qu'une
évaluation environnementale soit effectuée, ce qui me paraît un peu
étrange. Pour autant que nous puissions le voir, ce projet présente
un risque considérable pour l'approvisionnement en eau au-delà des
limites de la province, d'après ce qu'on nous a dit. Il y a
différentes zones économiques: on nous a dit qu'il y avait le
secteur agricole, forestier, touristique, ainsi que les Premières
nations. Je me demande si ce processus s'est démantelé. Si l'on
constatait l'existence d'un lessivat, contenant une substance
délétère identifiée, je me demande si l'alarme serait immédiatement
donnée et si cela déclencherait automatiquement le processus voulu.
Je me demande pourquoi nous sommes ici ce soir et pourquoi le
processus ne fonctionne pas encore.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Je vous prie de
répondre brièvement, monsieur Bernier.
M. Paul Bernier: Merci, monsieur Gruending.
Comme nous l'avons déjà dit, Environnement Canada a participé
au processus provincial d'évaluation environnementale qui a eu
lieu, et la raison de notre participation—je veux parler de
l'Agence canadienne d'évaluation environnementale (ACEE)—est
l'incidence possible sur l'environnement au-delà des limites
provinciales, qui pourrait être importante. On nous a invités à
participer au processus en raison d'une pétition à laquelle le
ministre est tenu de donner suite, et il nous a demandé notre avis
au sujet de cette pétition.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Je vous demande
d'être très bref.
M. Dennis Gruending: Combien de temps cela prendra-t-il?
M. Paul Bernier: Nous venons de recevoir cette information il
y a peu de temps et nous sommes en train d'en faire part aux
ministères spécialisés dans le domaine tout en effectuant
nous-mêmes une analyse des implications juridiques. Tout ce que je
peux dire pour l'instant, étant donné que le processus vient à
peine de commencer, c'est que cela prendra plus que quelques jours.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Vous avez la parole, monsieur Herron.
M. John Herron (Fundy—Royal, PC): Merci, madame la
présidente. Je veux poser très rapidement une question liée à celle
de Dennis.
Nous sommes ici parce que notre comité a adopté une motion, et
il faut reconnaître en toute justice que des députés de tous les
partis l'ont demandé. Il s'agit essentiellement d'une question à
laquelle tiennent les députés de l'opposition, c'est-à-dire des
membres de l'Alliance et du Bloc, ainsi que des Néo-démocrates et
des Conservateurs, qui estiment que nous devrions l'examiner. Le
député de York-Nord a également accepté de nous aider à faire
adopter une motion à ce sujet.
Cela montre à mon avis que la question suscite suffisamment
d'attention et d'intérêt pour justifier une intervention de cette
nature, une chose qui est pratiquement sans précédent à ce comité
depuis trois ans et demi.
Ma question s'adresse à M. Bernier. Quand l'ACEE est-elle
intervenue? Vous dites que ce n'est que dernièrement. Pourriez-vous
me donner la date exacte?
• 2030
M. Paul Bernier: La Première nation de Témiscamingue, je
crois, a présenté la documentation au ministre des Affaires
indiennes et du Nord canadien en mars ou en avril de cette année.
C'est seulement quelques mois plus tard que nous en avons appris
davantage à ce sujet, et nous avons alors pensé que même si la
question avait été soumise au ministre des Affaires indiennes et du
Nord canadien, nous pouvions considérer cette lettre comme une
pétition qui aurait pu être présentée à notre ministre, étant donné
qu'on lui en a envoyé une copie. Je pense donc que c'est seulement
en août que l'agence a commencé à intervenir.
M. John Herron: Vous avez dit qu'Environnement Canada était de
la partie dès le début, en collaboration avec le gouvernement
provincial. J'imagine que vous avez parcouru les documents
d'Environnement Canada et que le ministère a consigné ses
préoccupations ou ses observations. Avez-vous consulté cela?
M. Paul Bernier: Non. La Loi sur l'évaluation environnementale
s'applique à quelque 5 000 ou 6 000 projets par année...
M. John Herron: Je parlais de la question... Vous avez dit
qu'Environnement Canada collaborait avec la province qui faisait
l'évaluation. Cela doit bien être consigné quelque part, sinon il
se pourrait que vous ne sachiez même pas ce qui s'est fait, n'est-ce pas?
M. Paul Bernier: Comprenez bien que je ne représente pas
Environnement Canada. J'appartiens à l'Agence canadienne
d'évaluation environnementale.
M. John Herron: Oui, mais une des premières choses à faire
était de vous renseigner sur ce que le gouvernement fédéral avait
à dire à propos de cette question lorsqu'il collaborait avec son
homologue provincial, n'est-ce pas?
M. Paul Bernier: C'est précisément la question que pose
l'agence actuellement à Environnement Canada dans le cadre de ses
travaux.
M. John Herron: Vous n'avez donc jamais passé en revue le
dossier jusqu'à ce jour?
M. Paul Bernier: Non, et nous n'avons eu aucune raison de le
faire parce que la Loi fédérale sur l'évaluation environnementale
n'a pas été activée; elle ne l'a pas été au moment où Environnement
Canada a participé à l'évaluation provinciale et ne l'est toujours
pas.
M. John Herron: Mais il n'y a pas de mal à vérifier pour voir
ce qui a été dit à l'époque. Est-ce que ce ne serait pas un réflexe
normal?
M. Paul Bernier: Non, et c'est ce que j'essayais d'expliquer
la première fois que j'ai répondu. Il y entre 5 000 et 6 000
évaluations fédérales chaque année et l'agence ne passe pas en
revue toute l'information recueillie par les 25 ou 30 ministères
chargés d'appliquer la Loi fédérale sur l'évaluation
environnementale. C'est un régime d'autoévaluation.
M. John Herron: Si vous deviez faire une évaluation
environnementale de ce dossier, quel serait approximativement votre
délai pour faire un travail complet?
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci, monsieur
Herron.
Pouvez-vous nous donner une réponse?
M. Paul Bernier: La seule façon dont il pourrait y avoir une
évaluation environnementale fédérale dans ce dossier serait sous
l'angle des dispositions sur les effets transfrontières que l'on
trouve dans la loi. Il faudrait pour cela que le ministre détermine
que la question exige une évaluation par une commission, le niveau
le plus rigoureux.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Chez les ministériels, madame Redman.
M. John Herron: Et le délai?
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Désolée, je
croyais que vous aviez fini de répondre.
M. Paul Bernier: En vertu des critères applicables aux
commissions, 13 mois sont prévus pour une question qui n'a jamais
été étudiée et cela exclut le temps dont a besoin le promoteur pour
préparer l'énoncé des incidences environnementales exigé par la
commission.
M. John Herron: Merci beaucoup, madame la présidente.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Du côté des ministériels, madame Redman, monsieur Lincoln et
monsieur Pratt.
Mme Karen Redman (Kitchener-Centre, Lib.): Merci, madame la
présidente.
Une des dimensions du dossier, que la loi ait été activée ou
non, est l'effet hors frontières et les intérêts autochtones, deux
points qui sont à l'origine de deux pétitions qui ont amené le
ministre à demander l'intervention de l'agence. Lorsque
Environnement Canada a étudié le dossier, le ministère s'est-il
prononcé sur ces deux points?
• 2035
M. Paul Bernier: Je vous avoue ne pas avoir eu l'occasion
d'examiner quelle avait été la participation d'Environnement Canada
à l'évaluation provinciale. Je ne peux donc pas vous dire en
connaissance de cause si l'on a étudié les effets à grande distance
du projet d'enfouissement à la mine. J'imagine par contre que les
effets à proximité ont été étudiés.
Mme Karen Redman: Je comprends que vous appartenez à l'agence
d'évaluation, mais est-ce que Environnement Canada va se prononcer
sur les effets hors frontières ou la dimension autochtone
maintenant que des renseignements supplémentaires ont été reçus?
M. Paul Bernier: Oui. Nous invitons actuellement le ministère
à passer en revue les nouveaux renseignements présentés par la
Première nation de Témiscamingue. Nous croyons savoir qu'il y aura
peut-être une deuxième pétition; elle n'avait toujours pas été
reçue il y a quelques heures encore. Quoi qu'il en soit, nous
allons leur demander d'examiner les nouveaux renseignements, dans
le contexte de l'information présentée lors de l'évaluation
provinciale, et nous allons leur demander à eux et à Ressources
naturelles Canada de nous dire si, vu ces nouveaux renseignements,
les conclusions seraient différentes des précédentes.
Mme Karen Redman: D'autres ministères sont-ils en cause ici?
J'essaie de mesurer la complexité de cette enquête, jusqu'où elle
va.
M. Paul Bernier: Nous tenons pour acquis pour le moment que
les deux ministères dont j'ai parlé sont les deux seuls qui devront
être consultés par nous par suite de l'information que nous avons
reçue. Le ministère de l'Environnement est chargé de l'application
de certaines dispositions de la Loi sur les pêches applicables au
rejet de substances nocives dans les plans d'eau; cela fait donc
intervenir les attributions en matière de pêche en vertu de la Loi
sur les pêches. Pour l'instant, nous estimons que cela suffira.
Mme Karen Redman: Merci.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci, madame
Redman.
Monsieur Lincoln.
M. Clifford Lincoln (Lac-Saint-Louis, Lib.): Madame la
présidente, je regrette de devoir prendre du temps pour discuter
d'une question un peu hors de propos, mais j'estime que je dois le
faire.
J'ai été très déçu d'entendre les propos de M. Gruending. Tout
d'abord, je tiens à le dire publiquement, si nous nous reportons au
compte rendu de la dernière réunion, nous avions décidé entre nous
que si nous faisions précéder votre motion pour une audience d'une
autre qui demandait au ministre d'envisager l'évaluation
environnementale, la deuxième motion serait écartée. C'est sur la
foi de cette entente que la majorité des députés libéraux ont voté
contre, dont moi. C'est ce que j'avais compris. S'il y a eu
méprise, ce n'est pas moi qui ai mal compris puisque c'est ainsi
que l'ont interprétée la majorité d'entre nous ici. Je dois
admettre que notre collègue de York-Nord l'a interprétée
différemment.
Deuxièmement, il n'est pas juste de mentionner l'absence de
nos députés ici. Un caucus se tient ce soir; de fait, trois députés
ont manqué le caucus pour être ici. Le ministre chargé de l'ACEE
comparaît devant le caucus du Grand Toronto métropolitain et c'est
la raison pour laquelle les députés n'ont pu être ici ce soir. Je
ne trouve pas juste de faire intervenir des considérations
politiques dans le débat. Quelqu'un qui est d'ordinaire aussi
juste, M. Gruending... J'ai été très déçu.
La même chose vaut pour M. Herron. L'objet de la réunion de ce
soir n'était pas de faire intervenir la politique politicienne.
Je pose la question suivante aux gens de Toronto. Lorsque
j'étais ministre de l'Environnement au Québec, ma position a
toujours été qu'on garde ses ordures chez soi et qu'on ne les
envoie pas chez le voisin. J'aimerais savoir, par acquis de
conscience: pensez-vous que ce serait juste si demain Windsor ou
Témiscamingue envoyaient leurs ordures à Toronto? Qu'est-ce que
vous diriez? Vous les accepteriez à bras ouverts?
M. Bill Saundercook: En un mot, si nous avions l'espace, je
dirais oui. Si Keele Valley n'autorisait pas l'expansion de la zone
domiciliaire jusqu'au périmètre de la décharge, nous pourrions sans
doute continuer à y déposer nos ordures pendant 10 ans encore. Et
oui, nous pourrions peut-être même être en mesure d'accepter les
ordures de nos voisins, comme nous le faisons là-bas. Nous
acceptons les ordures de nos voisins aujourd'hui, et continuerons
de le faire jusqu'à la fermeture de Keele Valley.
En un mot, donc, oui.
M. Clifford Lincoln: Eh bien, moi j'ai constaté qu'il est très
commode d'envoyer ses déchets chez quelqu'un qui n'en veut pas.
On m'a déjà parlé d'étanchéité garantie des décharges. Il y en
avait une dans ma circonscription quand j'étais au gouvernement
provincial et c'était censée être 100 p. 100 étanche et ne pas
produire de percolat. Cela nous a causé un véritable cauchemar.
J'en ai vues beaucoup qui ne produisent pas de percolat et qui
créent quand même ce problème.
• 2040
Cela nous ramène à l'évaluation provinciale, qui était censée
être minutieuse. Est-il vrai que pour l'évaluation provinciale, les
audiences étaient limitées à 15 jours?
M. Bill Saundercook: Je vais demander à un de mes
collaborateurs de vous répondre. Auparavant, je tiens à vous dire
qu'à ma connaissance la décharge de Keele Valley est un modèle du
genre qui, j'imagine, a été soumise à la réglementation du
ministère provincial de l'Environnement.
En ce qui concerne les délais, je vais devoir demander à
M. Bacopoulos de vous répondre. Je ne le sais pas.
M. Angelos Bacopoulos: Monsieur, en ce qui concerne le nombre
de jours, l'audience a porté sur les questions essentielles: la
sûreté du site et la sûreté du processus de confinement proposé.
J'estime que tout le temps nécessaire à l'étude de cette question
précise a été accordé à chacun de ceux qui étaient contre.
M. Clifford Lincoln: Pouvez-vous être précis? Est-ce que
c'était 15 jours?
M. Angelos Bacopoulos: Encore une fois, il est très difficile
pour moi de répondre parce que nous n'étions pas là, mais le
promoteur est ici et il peut répondre à la question.
M. Clifford Lincoln: Très bien. Eh bien, si vous pouvez me
dire si c'était 15 jours...
Deuxièmement, vous avez dit que l'audience portait
spécifiquement sur la sûreté. Qu'en est-il des questions
environnementales? Qu'en est-il des questions sociales? Des
questions démographiques? De l'écosystème? Ces questions ont-elles
été étudiées?
M. Angelos Bacopoulos: Encore une fois, ce sont autant
d'études qui ont été réalisées. Je pense que la personne la plus
désignée pour vous en parler est M. McGuinty, qui comparaîtra plus
tard.
M. Clifford Lincoln: Très bien. Je vais vous poser une
dernière question. Je crois savoir que la commission a abouti à une
décision partagée: deux contre un. Il y a eu une deuxième
évaluation environnementale, qui encore une fois a laissé beaucoup
de doute dans les esprits, mais le gouvernement provincial a quand
même donné son approbation.
M. Angelos Bacopoulos: Il faut comprendre que les commissaires
n'avaient pas de formation scientifique. C'était des gens
ordinaires qui ont décidé en fonction des arguments des experts
qu'ils ont entendus. Ils ont voté deux contre un en faveur de ce
qui leur avait été soumis. Il s'agissait donc de leur jugement.
Mais il ne s'agissait pas de scientifiques. Ils avaient entendu des
spécialistes scientifiques...
M. Clifford Lincoln: Ce que je veux faire ressortir c'est que
l'évaluation a abouti à une décision partagée. Il y a eu un autre
examen, le gouvernement a donné son approbation puis il y a eu une
audience de 15 jours. Quand j'entends dire qu'il y a eu une
évaluation fantastique par le gouvernement de l'Ontario, je peux
vous assurer que je reste sceptique parce que des évaluations, j'en
ai vues beaucoup. M. Bernier a même dit que dans le cas de
certaines évaluations environnementales, une commission peut
prendre jusqu'à 13 mois. Une étude de 15 jours ce n'est sûrement
pas très exhaustif, à mon avis.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur
Bacopoulos, voulez-vous répondre?
M. Angelos Bacopoulos: Une évaluation environnementale
complète a été effectuée. Elle a été revue par le ministère de
l'Environnement et approuvée par le ministère. M. McGuinty pourra
vous donner plus de précisions, mais notre contrôle préalable nous
a amenés à conclure qu'un examen approprié du lieu avait été fait.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Monsieur Pratt.
M. David Pratt (Nepean—Carleton, Lib.): Merci, madame la
présidente.
Il apparaît clairement que certaines des questions que se
posent les députés ici autour de la table conviendraient mieux aux
autorités environnementales du gouvernement ontarien. Il serait
donc peut-être bon de les inviter à comparaître au comité.
Ma question—et peut-être M. Bernier pourra-t-il y répondre,
et peut-être aussi les représentants de la Ville de
Toronto—concerne la technologie utilisée dans cette décharge. Mes
antécédents sont dans l'administration municipale. J'ai travaillé
pendant six ans à la Municipalité régionale d'Ottawa-Carleton et
trois ans à la Ville de Nepean. Dans ma circonscription à moi aussi
il y a une décharge, celle de Trail Road. Quand nous avons voulu
agrandir la décharge il y a quelques années, il a fallu installer
une doublure inférieure soigneusement confectionnée, un dispositif
collecteur de gaz, une pompe à percolat et une couverture de
protection une fois la décharge remplie. Je ne vois rien de cela
dans cette proposition.
• 2045
Je le sais de par mon expérience dans l'administration
municipale, une nappe phréatique stable peut devenir instable pour
Dieu sait quelle raison et on assiste à un revirement de situation.
Vu ce que vous en savez, pourquoi la norme dans le nord de
l'Ontario est-elle différente de ce qu'elle est dans l'est ou dans
l'ouest de la province? Quelqu'un peut-il me répondre?
M. Angelos Bacopoulos: Je vais essayer.
La technologie en usage ici est différente des technologies
traditionnelles que vous connaissez. Nous gérons une décharge dans
la ville de Vaughan avec une doublure d'argile et les mêmes
dispositifs que ceux que vous avez décrits pour la décharge de
Trail Road à Ottawa. Mais il s'agit ici d'une technologie
différente en ce sens que l'on ne veut pas nuire à l'écoulement des
eaux dans la décharge. En installant une doublure d'argile ou une
barrière synthétique autour de la décharge, vous empêcheriez l'eau
d'entrer dans la décharge alors que le principe même du confinement
du percolat et des contaminants dans la décharge repose sur
l'apport d'eau. Il faut donc encourager l'apport d'eau. Vous
maintenez une différence importante entre le niveau de l'eau à
l'intérieur de la décharge et le secteur avoisinant et vous
continuerez d'avoir de l'eau qui entre sans que les contaminants ne
s'échappent.
M. David Pratt: Je sais que c'est un système différent. Mais
ma question est de savoir pourquoi il n'y a pas de méthode standard
à la grandeur de la province pour garantir un niveau plus élevé de
protection environnementale? Je ne suis pas géologue, mais il y a
eu des cas dans ma circonscription où la nappe phréatique s'est
modifiée pour diverses raisons.
Il se pose aussi une autre question. À votre connaissance, y
a-t-il d'autres cas dans la province où ce système est employé?
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): J'aimerais
intervenir un instant. Je sais que beaucoup de questions ont été
adressées aux témoins de la Ville de Toronto, mais j'encourage les
autres témoins à intervenir s'ils le veulent.
Poursuivez, je vous en prie.
M. Angelos Bacopoulos: Il y a une décharge en Saskatchewan qui
utilise une technologie semblable. Elle ne reçoit pas d'ordures
ménagères mais plutôt des résidus d'uranium. Je pense que la
décharge existe depuis environ cinq ans; elle utilise le même genre
de technologie d'apport d'eau dans le puits pour contenir les
contaminants. Cette décharge est en service et fonctionne bien
depuis cinq ans maintenant.
M. David Pratt: Cela me réconforte énormément, je vous assure.
Des voix: Oh, oh!
M. David Pratt: Savez-vous qui a payé les études d'hydrologie
qui ont été utilisées pour la décision sur l'évaluation
environnementale?
M. Angelos Bacopoulos: Nous n'avons pas été partie prenante.
Je pense qu'il vaudrait mieux poser la question à M. McGuinty quand
il comparaîtra ce soir.
M. David Pratt: Bon.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci,
monsieur Pratt.
Pour en terminer avec nos questions à ce groupe, je donne la
parole à Mme Girard-Bujold.
[Français]
Mme Jocelyne Girard-Bujold (Jonquière, BQ):
J'aimerais demander
aux représentants de la Ville de Toronto s'ils étaient
prêts, afin de démontrer leur bonne foi et puisqu'ils
sont convaincus qu'ils ont raison, à surseoir à
la signature du contrat jusqu'à ce que l'Agence
canadienne d'évaluation environnementale ait terminé
son mandat.
[Traduction]
M. Bill Saundercook: Madame la présidente, je commencerai par
ma propre intervention et je laisserai ensuite le directeur
administratif conclure.
Je crois que nous avons de graves contraintes de temps. Les
offres que nous avons expirent le 15 décembre. Notre dernière
réunion du conseil aura lieu les 3, 4 et 5 octobre et nous
ajournerons ensuite jusqu'aux élections du 13 novembre. Pour ces
deux raisons, je pense donc que c'est très difficile.
Je laisse la parole au directeur administratif.
• 2050
M. Michael Garrett: J'ajoute que nos limites de temps sont
très importantes à ce stade. D'après les meilleures informations
scientifiques dont nous disposons, le site est sans danger. Il
s'agit d'une nappe d'eau confinée au fond d'une mine. Ce n'est pas
une voie d'eau navigable ou une rivière poissonneuse. À moins que
l'on constate que la technologie ne marche pas, ce qui serait
constaté dans l'étude, nous devons aller de l'avant avant la fin de
l'année. Il y a peut-être d'autres moyens légaux de s'occuper de
cela. Toutefois, si l'on établit la preuve que le site n'est pas
sûr, nous n'irons pas de l'avant. Je pense que c'est la position
que la ville a toujours eue. Nous avons toujours tenu à respecter
les règles et dit que si les experts pouvaient montrer que ce site
n'était pas sûr, nous souhaitions le savoir.
[Français]
Mme Jocelyne Girard-Bujold: Vous avez prévu
conclure un contrat avec les promoteurs. Si vous
constatiez que vous ne pouvez le respecter parce que de
éléments nouveaux surgissent, seriez-vous en mesure
d'invoquer certaines clauses du contrat qui vous
permettraient de le résilier?
Le contrat renferme-t-il de telles clauses? Si oui,
j'aimerais que vous me les expliquiez.
[Traduction]
M. Michael Garrett: Les conditions sont très rigoureuses. Le
contrat prévoit des garanties de bonne exécution et, comme vous
l'imaginez, il y a une soixantaine de conditions dans le certificat
d'approbation qui est émis pour ce site, des conditions qui
stipulent des contrôles très poussés de la part à la fois du
gouvernement provincial et des ministères fédéraux. En cas de
fuite, le promoteur devrait prendre immédiatement des mesures pour
rectifier le problème. Ce n'est donc pas un site qu'on va remplir
et abandonner ensuite. Il sera contrôlé de très près. C'est quelque
chose qui est possible. S'il y a un problème, il pourra être réglé.
[Français]
Mme Jocelyne Girard-Bujold: Je cherchais plutôt à
savoir combien cela vous coûterait si vous décidiez,
après avoir obtenu de nouveaux renseignements,
de résilier ce
contrat. Est-ce qu'on a déjà prévu une somme précise
pour une telle éventualité?
M. Pierre Brien: Est-ce que des pénalités sont
prévues?
[Traduction]
Mme Jocelyne Girard-Bujold: Combien?
M. Michael Garrett: Vous voulez dire si nous signons le
contrat et qu'ensuite on l'annule?
M. Angelos Bacopoulos: J'imagine que nos avocats sont mieux
placés pour répondre à cette question. Le contrat n'a pas encore
été signé. Si nous le signons et que nous recevons ensuite
certaines informations, je suis convaincu que le ministère de
l'Environnement, qui a émis le certificat d'approbation pour ce
site, aura son mot à dire. S'il retire le certificat d'approbation,
j'imagine que notre contrat avec le promoteur deviendra nul et non
avenue.
[Français]
Mme Jocelyne Girard-Bujold: Dans ma région, les
contrats renferment habituellement des clauses
relatives à des pénalités dans
l'éventualité d'une résiliation. Je ne comprends pas que
la Ville de
Toronto n'ait pas demandé qu'on inscrive de telles
dispositions au cas où le
promoteur ne respecterait pas ses
engagements.
[Traduction]
M. Michael Garrett: Il y a des exigences de rendement dans le
contrat, et si elles ne sont pas respectées, comme vous l'envisagez
dans votre scénario...
[Français]
Mme Jocelyne Girard-Bujold: Oui, mais...
[Traduction]
M. Michael Garrett: ... nous ne serons pas obligés de payer.
En fait, ce sont eux qui nous paieront parce qu'ils n'auront pas
respecté leurs obligations.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Je voudrais
remercier les témoins. Avant de conclure avec ce groupe, je
voudrais savoir s'il y a d'autres témoins qui veulent ajouter
quelque chose. Non. Merci beaucoup.
Nous allons maintenant passer à notre second groupe. Il s'agit
de Carol McBride, grand chef de la Première nation de
Témiscamingue, et de David Nahwegahbow et Patrick Nadjiwan,
conseillers juridiques.
• 2055
Je souhaite chaleureusement la bienvenue au grand chef Carol
McBride, et je rappelle aux membres du comité que M. Bernier reste
avec nous.
Je croyais que David Nahwegahbow serait avec vous. Est-il là
ce soir?
M. Patrick Nadjiwan (conseiller juridique, Première nation de
Témiscamingue): Je le remplace, madame la présidente.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci. Nous allons
vous donner dix minutes pour votre exposé au comité.
Le grand chef Carol McBride (Première nation de
Témiscamingue): Nous allons nous partager ce temps.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Cinq minutes
chacun, c'est bien, ou moins si vous voulez. Vous n'êtes pas
obligés d'utiliser les dix minutes au complet, mais il est convenu
que vous pouvez disposer de ce temps.
M. Patrick Nadjiwan: Madame la présidente, je sais qu'on
distribue des documents. Je vais en parler, et le chef McBride
aussi. Je constate qu'on est simplement en train de les distribuer
maintenant.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Est-ce qu'on
distribue ces documents? Nous avons un problème, car ils sont dans
une seule langue. Nous veillerons à les faire traduire et ils
seront distribués plus tard.
M. Patrick Nadjiwan: Il y a d'autres documents que nous avons
pu faire traduire dans le temps dont nous disposions. Il y a aussi
une carte disponible dans les deux langues. J'en parlerai, si je le
peux.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Très bien. Voulez-vous
nous désigner ces documents ou sont-ils faciles à reconnaître?
M. Patrick Nadjiwan: Nous avons remis le résumé du témoignage
et la pétition. Dans le résumé du témoignage, il y a la carte à
laquelle je voudrais me reporter.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Très bien. Nous
allons pouvoir faire circuler ces documents et vous pourrez
préciser aux membres du comité ce qui y figure dans les deux
langues.
M. Patrick Nadjiwan: Oui.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Il y a du français
ici. Bon. J'allais dire sehr gut, mais ce n'est pas une des langues
officielles du Parlement du Canada—peut-être en Allemagne, mais...
La soirée sera longue, donc je donne la parole au grand chef
et à M. Nadjiwan.
Le grand chef Carol McBride: Tout d'abord, je souhaite
m'excuser auprès du groupe francophone de ne pas avoir eu le temps
de faire traduire le texte.
• 2100
Honorables députés, membres du comité, mesdames et messieurs,
je m'appelle Carol McBride. Je suis chef de la Première nation de
Témiscamingue et grand chef du Secrétariat de la Nation algonquine.
Je suis venue ici au nom de mon peuple pour attirer votre attention
sur les risques d'effets dévastateurs sur ma communauté de la
décharge que l'on envisage d'aménager à la mine Adams.
La Première nation de Témiscamingue a une population de 1 433
individus, et environ un tiers de nos membres résident dans la
réserve indienne de Témiscamingue, près de Notre-Dame-du-Nord, au
Québec, au nord-est du lac Témiscamingue. Le lac Témiscamingue est
situé sur la frontière entre l'Ontario et le Québec.
Contrairement aux Premières nations voisines de l'Ontario, la
Première nation de Témiscamingue n'a jamais conclu de traité de
renoncement à des terres avec la Couronne. Comme dans le passé,
nous continuons à utiliser et à occuper les terres et les eaux des
deux côtés de la frontière interprovinciale, y compris celles qui
se situent à proximité du site de la mine Adams. Nos témoignages
historiques montrent que nous avons utilisé et occupé
continuellement notre territoire traditionnel depuis au moins 1760.
Notre Première nation revendique donc un titre ancestral non éteint
pour toutes ces terres et ces eaux, y compris le site de la mine
Adams, qui sont situées dans son territoire traditionnel.
La carte que vous avez dans vos documents indique le
territoire de la Nation algonquine. Cette carte a été établie à
partir de recherches poussées. Fondée sur des documents du commerce
des fourrures, de la colonie du gouvernement fédéral et des
missions, elle représente, d'après les meilleures données
disponibles, la partie nord des territoires traditionnels de la
Première nation de Témiscamingue en date de 1867. Le site de la
mine Adams se situe dans ce territoire.
Le site de la mine Adams est situé dans un bassin
hydrographique qui fait partie du territoire traditionnel de la
Première nation de Témiscamingue. La carte en couleur que vous
trouvez à la troisième page de notre document montre bien les
bassins hydrographiques de cette zone. La grosse ligne noire au
sommet de la carte représente la hauteur des terres d'où les
rivières partent vers le nord et la baie James. Le site de la mine
Adams et la réserve de Témiscamingue sont désignés par les points
bleus sous cette ligne.
Toute la zone de drainage se resserre comme un entonnoir en un
couloir étroit, la rivière Blanche, qui se déverse à la tête du lac
Témiscamingue. La nappe phréatique de la mine Adams fait partie de
la source d'approvisionnement en eau de la réserve de Témiscamingue
et d'autres communautés situées entre les deux sites.
Ma communauté risque de subir les mêmes conséquences que les
municipalités dont les représentants m'ont précédé. Toutefois, je
vous ferai respectueusement remarquer que ma Première nation
souffrira encore plus. Étant Algonquins, nous avons un lien
particulier avec la terre, qui s'accompagne de responsabilités
spéciales, notamment la responsabilité de transmettre aux
générations futures nos terres telles que nous les avons reçues.
Nos membres continuent à pêcher et à chasser le gibier et la
sauvagine, ainsi qu'à recueillir des plantes médicinales dans la
région en question. De graves questions ont été soulevées au sujet
des incidences potentielles sur la chaîne alimentaire de la
décharge envisagée. Nous risquerions de ne plus rien avoir à
transmettre aux générations futures. Les incidences sur notre
culture et nos traditions seraient dévastatrices et irréversibles.
En résumé, les répercussions sur mon peuple se feront sentir
sous forme d'une contravention au titre ancestral au site de la
mine Adams, d'une contamination de l'écosystème du bassin
hydrographique dont se servent nos membres pour s'approvisionner,
d'une contamination de l'approvisionnement en eau de notre réserve,
et de conséquences de cette situation pour la santé et la sécurité
de mon peuple.
Au nom de mon peuple, je remercie le Comité de l'environnement
de se soucier des risques d'incidences néfastes de la proposition
de décharge de la mine Adams. Nous vous demandons de poursuivre
l'appui que vous nous apportez en veillant à ce qu'un examen
environnemental complet soit réalisé avant que les promoteurs de ce
projet puissent infliger des dommages irréparables à notre terre,
nos intérêts, notre culture et notre peuple.
Nous vous conjurons d'aider le gouvernement du Canada à
s'acquitter de ses obligations fiduciaires et morales auprès de la
Nation algonquine. Merci. Meegwetch.
M. Patrick Nadjiwan: Madame la présidente, honorables députés,
merci de nous écouter ce soir. Nous vous en sommes reconnaissants.
Je vais essayer d'être bref.
• 2105
Je vais d'abord parler de la question de la compétence. La
compétence du gouvernement fédéral et de la Loi sur l'évaluation
environnementale n'est nullement remise en question. Lorsqu'il y a
une question environnementale qui relève d'une autorité de la
sphère fédérale, il existe le pouvoir d'intervenir sur les
incidences environnementales. Cela n'est pas spécifiquement précisé
dans la répartition des pouvoirs, mais c'est quelque chose qui
relève des autorités désignées.
En l'occurrence, le ministre doit faire un contrôle tout à
fait clair, et dans mon intervention, je voudrais dire que les
faits qui ont été communiqués au comité aujourd'hui lui donnent les
preuves dont il a besoin. Il suffit que le ministre se dise d'avis
que le projet risque d'avoir des retombées environnementales assez
graves sur une autre province, ce qu'on appelle les retombées
transprovinciales. À notre avis, le projet en question répond aussi
aux critères du paragraphe 48(1), qui concerne les terres
domaniales, y compris les terres des réserves, et où il est dit que
le ministre doit être d'avis que le projet peut avoir d'importants
effets environnementaux néfastes sur les terres réservées aux
Indiens, d'autres terres domaniales ou des terres sur lesquelles
les Indiens ont des intérêts. Je soutiens que le projet en
question, de par sa nature, correspond parfaitement à ce critère.
Il s'agit d'un lac artificiel dans lequel on va déverser des
millions de livres de déchets. Nous aurons besoin d'un système de
pompage qui fonctionnera pendant plus de cent ans pour nous assurer
qu'il n'y ait pas d'incidences environnementales néfastes. Le
critère à appliquer ici consiste à savoir s'il y a un risque
important d'incidences environnementales, et le projet lui-même est
la preuve de l'existence de ce critère.
Nous voulons surtout insister sur les conséquences de tout
cela pour les droits des Autochtones qui sont en jeu. À mon avis,
ce projet pourrait influer sur trois groupes de droits ancestraux.
D'emblée, je signale que les droits des Autochtones sont, par leur
nature et de facto, uniques en leur genre. Ce ne sont pas des
droits qui peuvent être rachetés ou cédés. Ce sont des droits dont
jouissent les Premières nations du fait qu'elles occupent et
utilisent ce territoire depuis des temps immémoriaux. On ne peut
tout simplement demander aux Autochtones de s'installer à une
quarantaine de miles plus loin et attendre d'eux qu'ils aient les
mêmes liens avec cette terre.
Si ce projet a des conséquences négatives pour cette réserve,
elles seront d'autant plus négatives que les droits de cette
Première nation sont irremplaçables.
Le premier ensemble de droits, énoncé par la loi, qui sera
touché est celui qui concerne les réserves. Comme les membres du
comité peuvent le voir d'après la carte figurant dans le résumé des
preuves que nous vous avons fourni, la réserve Témiscamingue se
trouve au fond du bassin hydrographique. Si on connaît des
problèmes avec l'eau de la mine Adams, cette eau s'écoulera
nécessairement sur les terres de la réserve. Il est fort possible
que ce projet ait des effets interprovinciaux, et nous estimons
aussi qu'il est assujetti à l'article 48 et qu'il pourrait avoir
des effets néfastes sur les terres de la réserve.
Il importe de noter que ces terres sont détenues par la
Couronne fédérale en vertu d'une fiducie créée par la loi à l'usage
et au profit de cette Première nation. Il ne s'agit donc pas d'une
terre détenue en fief simple en vertu d'un titre normal. Cet
organe, ce parlement, détient ce territoire en fiducie pour cette
Première nation. Ça signifie que le gouvernement a l'obligation de
s'assurer qu'il ne s'y produit pas de dommage accidentel et qu'il
n'est pas soumis à des effets néfastes.
Le deuxième ensemble de droits qui sont en jeu est la
revendication des Algonquins relativement à tout ce bassin
hydrographique. Déjà, la Première nation a revendiqué ce
territoire. Nous sommes à rassembler les documents nécessaires.
Toutes les parties en cause savent que la Première nation en
question n'a pas signé le traité. Cette terre est assujettie à la
proclamation royale, et personne n'a de droit à son égard tant
qu'il n'y a pas eu cession en bonne et due forme, ce qui n'a pas
encore eu lieu en l'occurrence.
Il est assez révélateur de voir comment certains représentants
du gouvernement fédéral ont décrit ce territoire. Je vous cite un
bref extrait d'une lettre adressée par John Leslie, Centre de la
recherche historique du ministère des Affaires indiennes, au
ministère ontarien de l'Environnement en 1997:
Les données historiques, anthropologiques et archéologiques
indiquent que ces populations algonquines ont, dans le passé,
exploité des terres et des ressources dans le Nord-Est de
l'Ontario, y compris la mine Adams. Des études sur l'usage actuel
font état d'activités continues, jusqu'à ce jour, de récoltes et
d'exploitation par les Autochtones dans cette région.
Je vous cite ces propos pour vous prouver que cette
revendication n'est pas sans fondement. Elle est très sérieuse, et
le ministère des Affaires indiennes et du Nord en est conscient.
Ses fonctionnaires reconnaissent le sérieux de notre revendication.
Il incombe au Parlement, en vertu de son obligation de fiduciaire,
d'assurer la protection des droits que nous confère la Constitution
et de tenir compte, à tout le moins, de nos revendications au
moment de déterminer l'impact environnemental.
• 2110
Le titre ancestral a changé depuis l'arrêt Delgamuukw. C'est
un fait qui est maintenant clairement établi en droit. Ce titre
grève le titre sous-jacent, et ce, avant même qu'on reconnaisse
l'existence de ce titre. Le gouvernement fédéral devra assumer la
responsabilité de ce qu'il adviendra de ces droits dorénavant s'il
refuse de les reconnaître pendant encore 20 ans. Le gouvernement
devrait garder ça à l'esprit lorsqu'il lui faudra évaluer des
incidences environnementales de cette envergure.
On me fait signe d'en arriver à la conclusion.
Je dirai donc simplement qu'il m'apparaît important de
reconnaître l'insuffisance du processus adopté par l'Ontario. Ce
processus a exclu les intérêts autochtones dès la détermination de
l'envergure des audiences. Ces audiences de 15 jours étaient d'une
portée si étroite qu'il n'a même pas été possible de soulever la
question des droits des Premières nations.
Nous n'avons été inclus que dans les consultations menées par
le promoteur et qui, comme je l'indique dans mon mémoire, étaient
loin d'être dignes de ce nom. Comment peut-on permettre que le
promoteur d'un projet d'un milliard de dollars dise après avoir
rencontré les Indiens: «Nous les avons entendus; nous n'avons plus
besoin de les entendre. Nous avons réglé la question de leurs
intérêts.» Il est peu probable qu'ils changent d'avis, peu importe
ce qu'on leur dira. Ce n'est pas là ce que j'appelle de véritables
consultations. Or, le gouvernement fédéral a l'obligation de mener
des consultations.
Enfin, notre relation avec le gouvernement fédéral diffère de
celle que nous entretenons avec l'Ontario. On ne peut compter sur
l'Ontario car cette province n'a pas d'obligations fiduciaires
claires à notre égard comme le gouvernement fédéral. Mais il faut
qu'on tienne compte de nos besoins et qu'on satisfasse à nos
besoins. Si ce projet est conforme aux exigences environnementales,
tant mieux. Si c'est ce que pensent les promoteurs, où est le
problème? Allons de l'avant.
À mon sens, il est important de prévenir un autre Walkerton.
J'aimerais bien savoir quelle serait la position du gouvernement
fédéral dans 20 ans si une catastrophe écologique se produisait et
si la revendication était jugée fondée. Quelle serait la position
du gouvernement fédéral alors? La seule façon de prévenir une telle
situation est de procéder à l'évaluation dès maintenant.
Je remercie la présidente et les membres du comité de m'avoir
écouté. Moi et la chef serons heureux de répondre à vos questions.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci beaucoup.
Monsieur Brien, suivi de M. Gruending et de M. Herron.
[Français]
M. Pierre Brien: Je vous remercie des documents
que vous nous avez remis et dont la majorité ont été
traduits. Certaines organisations qui disposent de
moyens beaucoup
plus significatifs que les vôtres ne prennent pas
la peine de faire le même exercice.
J'ai entendu un promoteur nous dire à plusieurs
reprises que les Algonquins
avaient été consultés et qu'ils avaient participé à ce
processus depuis 1995. Que répondez-vous
aux promoteurs lorsqu'ils affirment une telle chose?
[Traduction]
M. Patrick Nadjiwan: Je peux vous donner deux ou trois
réponses.
D'abord, le temps que nous avons passé avec le promoteur en
1997 totalise une heure et 45 minutes. Je sais que le promoteur
soulignera les consultations qui ont été menées auprès des autres
Premières nations, mais à mon avis, on ne peut remplacer un visage
rouge par un autre. Chaque Première nation a le droit d'être
consultée et, en l'occurrence, nous ne l'avons pas été.
Une de ces réunions a commencé à 9 h 45 et s'est terminée à
10 h 30; le représentant autochtone a clairement indiqué au promoteur
qu'il ne s'agissait pas là, à ses yeux, d'une séance de
consultation, mais plutôt d'une séance d'information. Le promoteur
était prêt à l'entendre, mais pas à le consulter véritablement.
Rien ne s'est fait depuis.
[Français]
M. Pierre Brien: À la lumière du témoignage que
nous avons entendu, la Ville de Toronto ne semble pas
vouloir changer d'idée et elle semble déterminée à
signer ce contrat dans sept ou huit jours. Quel
calendrier ou échéancier l'agence fédérale devrait-elle
adopter, selon vous? Quand prévoyez-vous une
intervention ou une réponse
de la part du fédéral? Est-ce que
cette date la semaine prochaine est
importante et significative pour vous dans le cadre de
ce processus?
[Traduction]
Le grand chef Carol McBride: Il nous faut une réponse dans les
meilleurs délais. Je crois savoir—et je n'ai pas de connaissance
technique, je ne prétends pas en avoir—qu'on est sur le point de
commencer l'assèchement de la mine. Il semble qu'on commencera au
début de novembre, une fois que le contrat aura été signé.
La procédure d'assèchement nous inquiète. Nous demandons
aujourd'hui au gouvernement fédéral de prendre sa décision
concernant l'évaluation environnementale dans les meilleurs délais
afin de protéger le site dans son état actuel. J'espère qu'on
invoquera l'article 50 qui interdit les travaux jusqu'à ce que
l'évaluation soit terminée.
• 2115
[Français]
M. Pierre Brien: J'aimerais entendre M. Bernier
là-dessus. Avez-vous une façon de
vous assurer que le projet n'ira pas de l'avant tant que
vous n'aurez pas terminé l'évaluation de la requête?
M. Paul Bernier: Il n'y a aucune façon de faire
ainsi. Le pouvoir existe si le ministre conclut, après
avoir reçu nos avis, que la position mérite un examen
par une commission ou une médiation. Dans ce
cas-là, comme le chef McBride l'a indiqué, il existe
un pouvoir d'injonction en vertu de l'article 50 de la loi.
Le ministre peut ordonner que le promoteur ne fasse rien
pour permettre que le projet aille de l'avant.
M. Pierre Brien: Le fait que le contrat sera signé
la semaine prochaine constitue-t-il pour vous
une donnée que vous prenez en considération dans la
vitesse à laquelle vous devez soumettre votre
recommandation au ministre?
M. Paul Bernier: Oui, et je puis vous dire que
malgré la complexité des enjeux abordés,
l'agence nous assure que son travail sera fait
avec la participation des autres ministères et le plus
rapidement possible.
M. Clifford Lincoln: L'agence assure quoi?
M. Paul Bernier: L'agence assure que le travail
qu'elle va faire avec la participation des autres
ministères se fera le plus rapidement possible.
Je suis conscient des échéances, mais comme
je l'ai dit plus tôt d'ailleurs, d'après ce que l'on
peut comprendre pour l'instant, ce n'est
pas une question de jours. Nous partageons nos
renseignements avec les ministères experts
aussitôt que nous les avons. Donc, ce n'est pas une
question de jours.
M. Pierre Brien: Comme il
ne reste qu'environ cinq jours
ouvrables avant la décision, on ne peut pas
penser que votre recommandation va arriver avant
l'échéance du conseil municipal prévue pour la semaine
prochaine.
[Traduction]
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur
Gruending, vous avez la parole.
M. Dennis Gruending: Merci.
Monsieur Bernier, vous avez indiqué plus tôt que la Première
nation de Témiscamingue a envoyé des documents au gouvernement en
mars ou avril et que c'est votre agence ou ministère qui les a
examinés en août.
M. Paul Bernier: J'ai indiqué que le chef McBride a écrit au
ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien en mars ou
avril pour lui demander d'invoquer l'article 48 de la Loi
canadienne sur l'évaluation environnementale. Je crois qu'une copie
conforme a été envoyée au ministre de l'Environnement. Je parlais
plutôt de documents additionnels qui ont été envoyés depuis, plus
récemment, soit au début de septembre ou à la fin d'août. Je crois
avoir ici quelque part la date de réception de ces documents...
M. Dennis Gruending: J'en parlerai au chef dans un moment. Ma
question est la suivante: si les documents sont arrivés au
ministère des Affaires indiennes en mars ou avril, pourquoi n'est-ce
que cinq mois plus tard qu'ils ont été envoyés à un autre
ministère et passés en revue?
M. Paul Bernier: J'ai parlé de documents que nous avions
demandés après avoir lu la lettre originale qui avait été envoyée
à un autre ministre, pas le nôtre... en guise de pétition adressée
à notre ministre.
• 2120
Pour faire suite à cette lettre, nous avons demandé à la
Première nation de nous remettre des documents supplémentaires. Je
ne crois pas que la lettre initiale contenait toutes les
informations que les Autochtones voulaient nous transmettre, mais
ils pourront vous le dire mieux que moi. Ils nous ont fait parvenir
d'autres renseignements, que nous avons reçus assez récemment.
M. Dennis Gruending: J'aimerais connaître votre point de vue
à vous, chef McBride. Vous avez envoyé une lettre au ministre des
Affaires indiennes en mars ou avril. Vous attendiez-vous à ce qu'on
y donne suite assez rapidement, ou que cela prenne des mois?
Le grand chef Carol McBride: Je le répète, je n'ai pas de
connaissances techniques. Je m'attendais à ce que le ministère
communique avec nous plus tôt. Nous avons néanmoins envoyé les
autres documents le 31 août.
M. Dennis Gruending: Est-ce que le ministère a communiqué avec
vous pour vous demander des documents additionnels?
Le grand chef Carol McBride: Oui, mais seulement un peu plus
tard.
M. Dennis Gruending: Beaucoup plus tard?
Le grand chef Carol McBride: Je ne me souviens pas précisément
des dates. Si je vous donnais une date, elle serait très
approximative, mais c'est certainement un certain temps après que
nous ayons envoyé notre lettre.
M. Dennis Gruending: J'aimerais vous poser quelques brèves
questions sur les relations que vous entretenez, comme Première
nation, avec certains des autres groupes qui témoignent ici
aujourd'hui. Je suis désolé de n'avoir pu leur poser des questions.
Je voulais le faire, car je sais qu'ils viennent de loin, mais ça
n'a pas été possible. Il semble que vous travaillez de concert dans
ce dossier. Pourriez-vous nous décrire un peu cette collaboration,
l'un ou l'autre d'entre vous?
Le grande chef Carol McBride: Je dirai d'abord que la Première
nation de Témiscamingue travaille à ce dossier depuis 1995. Je
n'étais pas grand chef à l'époque; c'est Harry St-Denis qui
occupait ce poste, mais j'étais chef de la Première nation de
Témiscamingue. J'ai toujours travaillé à ce dossier. Il
m'apparaissait important et pouvait avoir des effets néfastes sur
la santé et la sécurité de notre peuple.
Nous avons redoublé d'effort... Je vous parle maintenant
spontanément et franchement. J'ai toujours cru que ce projet ne
serait jamais mené à bien, car il m'apparaissait si peu sensé. Il
met en danger la santé et la sécurité des habitants du Nord. Je me
disais que les autorités gouvernementales, fédérales ou
provinciales, feraient obstacle à un tel projet. Je ne travaillais
donc pas activement à ce dossier car je me disais qu'il n'irait pas
plus loin.
Lorsque je me suis rendu compte que tel n'était pas le
cas, je suis devenue plus active. J'ai commencé à exprimer mon
opinion lors de manifestations. C'était il y a peu de temps, il y
a peine quelques mois, lorsque je me suis rendu compte que ce
projet irait de l'avant et qu'il me fallait faire face à la
réalité.
À mes yeux, nous sommes entrés dans l'histoire. Notre groupe
compte des Autochtones, des députés du Bloc québécois, le député
provincial de l'Ontario, des députés libéraux fédéraux, des maires,
des agriculteurs. C'est assez révélateur. Cela témoigne bien de
notre volonté d'unir nos efforts parce que nos vies et notre
environnement sont en danger. Ce projet sera extrêmement nuisible
pour notre région qui ne sera plus jamais la même, à mon avis. Nous
avons trouvé des alliés qui partagent nos grandes préoccupations.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Monsieur Herron
• 2125
M. John Herron: Ma première question s'adresse à M. Bernier.
Quand vous aurez recueilli la totalité de votre information, je
soupçonne que même les discussions de ce soir en feront partie. Ai-je
raison de dire que les témoignages recueillis pendant les
audiences de notre comité seront utilisés pour l'évaluation?
M. Paul Bernier: Il est certain que nous présenterons au
ministre tous renseignements pertinents auxquels nous avons accès.
M. John Herron: Quand vous formulez une recommandation à
l'intention du ministre fédéral, vous contentez-vous de présenter
les faits au ministre fédéral, lequel prend connaissance de tout
cela et forge sa propre opinion? Ou bien votre recommandation
prend-elle la forme d'un oui, d'un non, d'un peut-être ou d'un
probablement?
M. Paul Bernier: Nous ferons une recommandation au ministre,
comme je l'ai dit tout à l'heure, en faisant appel aux compétences
spécialisés du personnel scientifique d'Environnement Canada et de
Ressources naturelles Canada. Cette recommandation portera sur le
risque d'effets environnementaux hors frontières importants
découlant de ce projet.
M. John Herron: J'ai deux autres questions à poser. Je suppose
que cette recommandation sera du domaine public. Nous pourrons en
prendre connaissance. Tous les parlementaires pourront prendre
connaissance du mémoire que vous remettrez au ministre, dans
l'intérêt de l'ouverture et de la transparence, oui ou non?
M. Paul Bernier: C'est le régime habituel qui s'appliquera.
Pour ce qui est de l'accès, vous connaissez mieux que moi les
dispositions de la Loi sur l'accès à l'information.
M. John Herron: Il nous faudra donc en faire la demande. Vous
ne rendrez pas cela public.
M. Paul Bernier: Personnellement, je n'ai pas réfléchi à la
nature de la recommandation.
M. John Herron: Une dernière question, madame la présidente.
Les témoins qui ont comparu durant la deuxième moitié de cette
triple comparution ont dit clairement qu'à leur avis, il existe des
dispositions mettant en cause les Affaires indiennes et du Nord
canadien qui pourraient déclencher une intervention fédérale. Êtes-vous
également de cet avis?
M. Paul Bernier: J'en reviens toujours au document que j'ai
rédigé à l'intention des députés, parce que je crois que l'on y
trouvera des renseignements très utiles. J'ignore si vous en avez
pris connaissance...
M. John Herron: Je n'ai pas eu le temps de le lire, mais vous
pourriez peut-être me dire ce qu'il en est.
M. Paul Bernier: Bien sûr, avec plaisir.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Je crois que nous
avons ce document.
M. Paul Bernier: Sera-t-il joint au compte rendu?
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Oui.
M. Paul Bernier: Il serait plus facile de vous y reporter. La
réponse à votre question est que...
M. John Herron: Je vous demande...
M. Paul Bernier: J'essaie justement de vous répondre.
M. John Herron: Ma question porte sur le témoignage que nous
avons entendu à propos de la possibilité d'une intervention
fédérale déclenchée par les Affaires indiennes et du Nord canadien.
À votre avis, cela pourrait-il déclencher une évaluation?
M. Paul Bernier: L'explication que j'ai mise par écrit et dont
je peux vous faire part maintenant est que nous examinons la
question de savoir si le gouvernement fédéral doit rendre une
décision quelconque en rapport avec ce projet aux termes des
dispositions sur les effets hors frontières. Il est essentiel de
tirer cela au clair, parce que si les autorités fédérales doivent
prendre une décision ou en ont déjà pris une au sujet de ce projet,
alors ces dispositions sur les effets hors frontières ne peuvent
pas s'appliquer. Il ne pourrait donc y avoir aucune évaluation
environnementale fédérale dans ces circonstances. Nous n'avons pas
terminé l'analyse juridique qui nous permettrait de répondre à
cette question.
Si l'on met de côté les dispositions de la loi relatives aux
effets hors frontières, je peux vous dire que dans le passé, quand
par exemple Environnement Canada a participé à l'étude provinciale,
à ce moment-là et jusqu'à ce moment-là, aucun élément précis ne
déclenchait l'application de la Loi canadienne sur l'évaluation
environnementale. Cela veut dire que le gouvernement fédéral n'est
pas un promoteur du projet, qu'il n'y contribue pas financièrement,
qu'il ne fournit pas de terrain pour la réalisation du projet, et
qu'il n'est pas appelé à rendre une décision réglementaire ou une
décision dictée par une loi fédérale en rapport avec le projet. Par
conséquent, pour ce qui est d'un élément déclencheur qui
entraînerait l'application de la loi, jusqu'à maintenant, la
réponse est non.
• 2130
Ce à quoi nous réagissons maintenant, c'est une pétition qui
indique que le projet suscite des préoccupations, que le ministre
a prises très au sérieux et qui évoquent d'éventuelles effets hors
frontières du projet, peut-être sur les terres de la réserve de la
Première nation ou, de façon plus générale, dans la province de
Québec. Ce sont les deux dispositions que nous examinons et nous
nous demandons si elles peuvent s'appliquer.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci beaucoup.
Monsieur Lincoln.
M. Clifford Lincoln: Monsieur Bernier, il semble bien qu'en
mars ou avril dernier, des démarches ont été faites aux Affaires
indiennes et que vous en avez eu indirectement connaissance. Est-ce
exact?
M. Paul Bernier: Nous en avons eu connaissance par la suite,
en effet.
M. Clifford Lincoln: À ce moment-là, on a demandé de plus
amples renseignements et je crois savoir qu'une rencontre ou des
rencontres avec l'agence ont eu lieu avant que le chef vous envoie
sa lettre du 1er septembre. Est-ce exact?
M. Paul Bernier: C'est exact. J'ai rencontré le chef McBride
à la mi-août, de même qu'un ou deux représentants du ministre.
M. Clifford Lincoln: Maintenant, si l'on prend tout cela en
considération, et aussi le fait qu'il y a extrême urgence—j'espère
avoir mal entendu quand vous avez dit que votre décision pourrait
malheureusement être rendue après la signature du contrat si celle-ci
a lieu la semaine prochaine, ce qui serait une véritable
tragédie—dans tout ce dossier, et compte tenu de ce que
M. Nadjiwan a dit au sujet de la loi, et je suis entièrement
d'accord avec lui... Je ne l'avais jamais entendu auparavant, j'ai
examiné la question avec mes collègues et j'ai constaté que ce
qu'il disait, surtout en ce qui concerne les répercussions sur les
terres indiennes et les terres administrées en fiducie, était très
convaincant au regard de la loi, à savoir qu'aux termes des
articles 46, 48 et 50, qui confèrent au ministre le pouvoir de
retarder la réalisation d'un projet s'il est convaincu qu'il faut
déclencher aux termes des articles 46 et 48...
Si l'on tient compte de tout cela et qu'on jette un coup
d'oeil sur cette carte géographique, qui montre que le projet se
situe à environ 1 400 pieds au-dessus du niveau de la mer et que le
terrain s'abaisse graduellement vers le lac Témiscamingue, de sorte
que l'eau coule en direction du lac, y a-t-il moyen pour l'agence
d'évaluation de faire une recommandation sans se lancer dans des
détails tellement complexes qu'ils déclencheraient l'application de
la loi?
Si ce n'est pas possible, si l'on examine l'évaluation
environnementale qui a été faite par l'Ontario, on constate que
l'on n'a pas tenu compte des questions socio-économiques ou
écosystémiques sur une grande échelle, et on n'a assurément pas
examiné les questions autochtones. Par conséquent, comment ces
gens-là pourraient-ils se protéger sinon en invoquant notre loi?
Nous sommes les fiduciaires des Indiens. C'est pourquoi cette
disposition a été insérée dans la loi. Comment se fait-il que nous
ne puissions pas dire: oui, nous allons les protéger et nous allons
veiller à ce qu'ils soient entendus? Si nous ne le faisons pas, qui
le fera? Tout cela me rend perplexe.
M. Paul Bernier: Je comprends votre question,
monsieur Lincoln. Évidemment, le travail effectué par l'agence en
rapport avec la pétition est régi par les pouvoirs conférés au
ministre de l'Environnement par le Parlement. C'est là notre
priorité: comprendre si les pouvoirs conférés au ministre par le
Parlement peuvent effectivement être invoqués en l'occurrence
conformément à l'intention du législateur. Si le ministre, après
avoir reçu l'avis de l'agence, en arrive à la conclusion qu'il y a
lieu de faire intervenir une commission d'évaluation, le mandat de
cette commission est également circonscrit par les pouvoirs que le
Parlement a conférés au ministre. Je veux dire par là que
l'évaluation des incidences environnementales ne sera pas
nécessairement aussi étendue qu'on pourrait le souhaiter. Nous
devons respecter la loi. L'évaluation portera donc uniquement sur
les incidences transfrontalières...
• 2135
M. Clifford Lincoln: Nous convenons tous qu'il faut respecter
la loi, évidemment.
Voici la question que je voulais vous poser. Vous avez entendu
M. Nadjiwan donner une interprétation claire de la disposition.
Avez-vous quelque objection à ce qu'il a dit aujourd'hui, ou bien,
puisqu'il a fait connaître son opinion, l'agence, avec tous les
pouvoirs dont elle dispose, avec tous ses effectifs, sans compter
qu'elle peut faire appel au ministère de la Justice, est-elle
capable d'en arriver à une opinion dans le même délai qu'un petit
cabinet d'avocats comptant seulement trois ou quatre personnes?
Êtes-vous en désaccord avec ce qu'il a dit ce soir?
M. Paul Bernier: Tout ce que je peux dire, c'est que notre
analyse juridique est incomplète, pour la raison que l'information
qui nous est accessible jusqu'à maintenant ne nous permet pas de la
compléter. Supposons, par exemple, et ce n'est qu'une possibilité,
mais supposons qu'un ministère a une décision à prendre en rapport
avec ce projet, et cela n'a pas été exclu; dans cette situation,
les dispositions de la loi relatives aux incidences
transfrontalières ne s'appliquent pas. Par conséquent, le ministre
n'est pas habilité par la loi à faire intervenir une commission
d'évaluation.
Donc, au lieu de perdre du temps à essayer de préciser
l'analyse juridique, nous avons décidé de travailler parallèlement
à deux dossiers: d'une part, nous essayons de préciser l'analyse;
en même temps, nous nous penchons sur les nouveaux renseignements
communiqués par les Premières nations pour en évaluer l'importance.
Nous faisons ces tâches simultanément et non pas consécutivement,
afin de pouvoir en arriver à une conclusion plus rapidement et de
conseiller le ministre en conséquence.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Je tiens à dire
aux autres témoins, comme je l'ai fait pour le groupe précédent,
qu'il arrive parfois qu'une série de questions sont adressées au
même témoin. Si vous souhaitez intervenir, n'hésitez pas à le
signaler à la présidence.
Je voudrais savoir si vous avez des observations à formuler
sur les questions qui ont été posées jusqu'à présent.
Le grand chef Carol McBride: Je pourrais vous parler très
longuement des sentiments qui m'étreignent en ce moment. À titre de
chef de ma communauté, ce que j'entends ce soir n'est pas de nature
à me calmer. Toronto va se prononcer par un vote dans cinq ou six
jours. J'ai une population à tenir en main, parce que je peux vous
dire tout de suite qu'ils ne vont pas permettre cela. Ils ne le
permettront pas.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci, grand chef.
La parole est maintenant à Mme Redman.
Mme Karen Redman: Merci, madame la présidente. C'est
manifestement une question qui soulève beaucoup de passion et
d'intérêt.
Monsieur Bernier, pouvez-vous nous dire quel rôle jouent les
préoccupations du public relativement aux éléments transfrontaliers
de ce dossier?
M. Paul Bernier: Si le ministre devait conclure, après avoir
pris connaissance des recommandations qui lui sont transmises par
l'agence, et après avoir pris conseil par ailleurs, qu'il y a lieu
de saisir de ce dossier une commission d'évaluation, il pourrait
seulement le faire, en application de la loi, en invoquant le
risque d'importantes incidences environnementales néfastes et de
nature transfrontalière. Il n'est pas habilité par le Parlement à
réclamer l'intervention d'une telle commission sur la base des
préoccupations du public, ce qui est un facteur qui entre en ligne
de compte dans d'autres parties de la loi, mais pas dans les
dispositions sur les incidences hors frontières.
Mme Karen Redman: Y a-t-il eu des décisions fédérales
susceptibles d'influer sur cette affaire?
• 2140
M. Paul Bernier: Non. Jusqu'à maintenant, il n'y a eu aucune
décision fédérale sur la mise en application de la Loi sur
l'évaluation environnementale. Pour ce qui est de tout autre
attribution, obligation ou fonction aux termes d'autres lois
fédérales, c'est justement l'une des raisons qui expliquent
pourquoi nous n'avons pas encore terminé notre analyse juridique.
Nous croyons qu'il n'y en a pas, mais nous n'en avons pas la
certitude et nous devons en être certains pour pouvoir aviser le
ministre quant aux pouvoirs dont il dispose. Si d'autres
attributions ou obligations fédérales quelconques s'appliquent en
rapport avec le projet, alors ces dispositions sur les effets hors
frontières ne peuvent pas s'appliquer.
Mme Karen Redman: Merci.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci beaucoup.
Monsieur Pratt, suivi de Mme Girard-Bujold.
M. David Pratt: Je dispose de combien de temps, madame la
présidente?
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Vous avez cinq
minutes.
M. David Pratt: D'accord.
Ma question, monsieur Bernier, porte sur le document que vous
avez remis au comité. J'ai eu le temps de le lire en bonne partie.
La rubrique «Évaluation provinciale» a attiré mon attention. À la
deuxième ligne, je lis ceci:
Des experts scientifiques d'Environnement Canada ont pris part à
cet examen.
... l'évaluation environnementale du gouvernement provincial
remonte à 1996. Et plus loin, sous la rubrique «L'analyse
technique», page 3, on dit:
L'analyse technique portera spécifiquement sur la contamination
possible de la nappe phréatique et des eaux de surface découlant du
Projet sur des territoires québécois et sur des terres sur
lesquelles la Première nation du Témiscamingue ont un droit. Pour
entreprendre l'analyse, l'Agence fera appel à l'expertise de
scientifiques d'Environnement Canada et de Ressources naturelles
Canada.
Tout d'abord, ce n'est peut-être pas grand-chose, mais je me
demande seulement pourquoi Ressources naturelles Canada n'a pas
pris part à l'évaluation de 1996.
M. Paul Bernier: Je n'ai pas la réponse à cette question.
M. David Pratt: Bien.
Ma deuxième question porte sur l'évaluation supplémentaire par
Environnement Canada et Ressources naturelles Canada. Il me semble
que, normalement du moins, d'après ce que j'ai vu, Environnement
Canada et peut-être même Ressources naturelles Canada n'auraient
pas nécessairement les compétences nécessaires relativement au site
d'enfouissement de manière générale. Pour obtenir une opinion
d'expert sur des sites d'enfouissement, il faut s'adresser aux
instances qui s'occupent régulièrement de sites d'enfouissement, à
savoir les gouvernements municipaux.
Au sujet de cette analyse technique supplémentaire qui est en
cours, je me demande seulement si vous n'avez pas songé à vous
adresser à un gouvernement municipal, qui vous donnerait des
conseils indépendants et vous dirigerait peut-être vers des experts
qui pourraient vous donner davantage de conseils indépendants sur
cette question. Est-ce une chose que vous pouvez envisager?
M. Paul Bernier: Comme nous avons essayé de l'expliquer dans
notre texte, l'agence examinera toutes les informations pertinentes
qu'elle a reçues, et cela comprendra certainement, à mon avis, bon
nombre d'informations qui ont trait aux perceptions de
l'entrepreneur, à ses conseillers et à d'autres analyses. Cela va
de soi, et il s'ajoutera à cela les informations que nous aura
fournies le requérant.
À mon avis, il nous appartient de nous tourner dans un premier
temps vers nos propres compétences internes. Je ne sais pas si l'on
va me dire que les ministères mentionnés ici n'ont pas les
compétences voulues. Je pars de l'hypothèse qu'elles existent. Si
l'on nous dit le contraire, nous devrons réévaluer la situation.
M. David Pratt: J'imagine qu'étant donné la notoriété de cette
affaire, le grand intérêt que cela a suscité dans le public, ne
croyez-vous pas qu'il serait bon que l'on montre plus de rigueur
dans ce cas particulier, en faisant appel à des compétences
techniques indépendantes, de l'extérieur?
• 2145
M. Paul Bernier: Je n'ai aucune raison de ne pas avoir
confiance dans les compétences que l'on trouve en ce moment au sein
de l'administration fédérale.
M. David Pratt: Bien.
Pour ce qui est de la dernière phrase du dernier paragraphe
traitant de l'analyse technique, il est dit que le ministre
pourrait soumettre le projet à une commission d'examen ou à une
médiation en vertu de la loi. Pouvez-vous nous dire brièvement en
quoi consisterait cette médiation? Est-ce qu'elle obligerait par
exemple le gouvernement provincial à rouvrir certains aspects de
son évaluation environnementale? Comment cela fonctionne-t-il?
Pouvez-vous nous expliquer cela?
M. Paul Bernier: Pour que la médiation réussisse—et j'emploie
le terme dans son sens générique—, il est évident que toutes les
parties concernées doivent s'entendre. Par conséquent, l'un des
premiers critères consisterait à savoir si ces parties peuvent
s'entendre sur les mérites d'une médiation plutôt que sur les
mérites d'une commission d'examen.
Normalement, la médiation se fait plus ou moins publiquement,
et traditionnellement, pour parvenir à un accord, il faut que le
nombre de personnes intéressées soit très restreint. Plus il y a de
gens, plus la médiation est difficile; ce n'est pas impossible,
mais c'est certainement plus facile lorsqu'il y a moins de monde et
moins d'enjeux.
Donc pour déterminer si cette affaire exige l'intervention
d'une commission d'examen ou une médiation, le ministre devra
mesurer les avantages et les inconvénients de ces deux procédures.
M. David Pratt: J'ai une dernière question, madame la
présidente, très rapidement.
D'après ce que vous savez de cette affaire en ce moment,
qu'est-ce qui devrait se produire selon vous si le ministre décide
d'invoquer les articles pertinents de la loi? Est-ce qu'on aura une
médiation, ou aura-t-on à votre avis plutôt une commission
d'examen?
M. Paul Bernier: Je ne dispose pas des renseignements qui me
permettraient de me prononcer là-dessus aujourd'hui.
M. David Pratt: Merci.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): C'est au tour de
Mme Girard-Bujold, après quoi j'aurais quelques questions.
[Français]
Mme Jocelyne Girard-Bujold: Monsieur Bernier, vous
avez indiqué dans votre mémoire et
répété à plusieurs reprises ce soir
qu'Environnement Canada avait participé à
l'évaluation environnementale qu'avait faite
le ministère ontarien de l'Environnement.
Je voudrais savoir sur quoi s'est fondé
Environnement Canada car, comme le disaient
la grande chef et son conseiller, il existe un
lien de fidéicommis entre le Canada et les Premières Nations.
Est-ce que, lors de son
évaluation, Environnement Canada a tenu compte de ce
lien de fidéicommis? Y a-t-il eu une analyse à ce
niveau? Sinon, je vous suggérerais
de répondre à la requête des Premières Nations.
M. Paul Bernier: Je dois avouer ne pas connaître
de façon approfondie l'intervention d'Environnement Canada
face à l'examen auquel a procédé son homologue provincial.
Nous communiquerons avec ce ministère afin de savoir
si, à la lumière des renseignements
supplémentaires, il en est venu à des conclusions
différentes de celles auxquelles il en était venu à
l'époque au sujet de ce projet.
L'agence est maintenant saisie de cette question
relative aux répercussions sur les Premières Nations,
laquelle constitue évidemment un élément très
important qui influera sur la programmation que nous
proposerons au ministre.
Bien que je sois porté à croire qu'Environnement
Canada ne s'est pas penché sur cet aspect jusqu'ici,
je puis vous assurer que cette question fera l'objet
de beaucoup de sérieux dans le cadre de l'analyse à
laquelle nous procéderons en collaboration avec les
ministères de l'Environnement et des Ressources naturelles.
• 2150
Mme Jocelyne Girard-Bujold: À la lumière de votre
réponse à ma question, je vous demande pourquoi
vous ne suspendez pas immédiatement ce processus. Nous
sommes face à une cause qui touche directement la nation
autochtone et vous devriez être en mesure de
recommander au ministre de l'Environnement, avant le 2
octobre prochain, de suspendre ce processus. Nous
devrions pouvoir obtenir des éclaircissements qui nous
permettront de comprendre toutes les facettes du
dossier avant que la Ville de Toronto ne prenne des
engagements fermes face au promoteur.
M. Paul Bernier: Je dois vous répondre que l'agence n'a
pas le pouvoir d'empêcher la Ville de
Toronto de s'engager ainsi, pas plus que ne peut le
faire le ministre, à ma connaissance.
Il s'agit d'une décision qui ne nous
appartient pas. La loi prévoit que le ministre a
l'obligation d'examiner les renseignements que lui ont
soumis les Premières Nations et qui ont trait à la
pétition. Il doit d'abord déterminer s'il existe des
répercussions néfastes importantes relatives aux
frontières. Il ne peut pas recourir à une
injonction avant d'avoir établi que de tels effets néfastes
existent bel et bien.
Mme Jocelyne Girard-Bujold: Nous reconnaissons
tous que les Premières Nations ont des droits. Vous
avez dit que le ministre examinerait attentivement les
revendications des Premières Nations. Vous avez
convenu que ces dernières avaient un droit de regard sur ce
projet et vous reconnaissez qu'elles n'ont pas été
consultées d'une façon très approfondie. Elles
n'ont pas eu l'occasion de faire connaître leurs
préoccupations aux ministères de
l'Environnement fédéral et provincial. Je crois donc
que nous avons en main un élément de plus qui nous
permettrait de dire au ministre que
les Premières Nations n'ont pas été
vraiment entendues. Je vous rappelle à nouveau ce lien de
fidéicommis entre le gouvernement canadien et les
Premières Nations. À mon avis, vous pourriez présenter
au ministre une recommandation en ce sens et il serait
en mesure d'agir avant le 2 octobre prochain.
M. Paul Bernier: Je dois simplement souligner que
l'agence s'acquitte de son mandat conformément aux
dispositions prévues dans la loi et aux pouvoirs que
lui a conférés le Parlement.
Nous agissons le plus rapidement possible afin de nous
assurer que le ministre est saisi de tous les
renseignements pertinents et qu'il est en mesure de prendre
une décision sans plus tarder.
[Traduction]
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci beaucoup.
Je n'ai que quelques brèves questions. Le lac Moosehead
sera-t-il touché? Cette question est une courtoisie de M. Herron.
Le lac Moosehead sera-t-il touché par ce projet?
M. Patrick Nadjiwan: Comme le chef l'a dit, elle n'a pas les
compétences techniques voulues pour répondre, et je suis moi aussi
loin du compte. Je ne suis pas sûr si c'est le cas ou non.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Bien.
M. Patrick Nadjiwan: Les experts techniques que nous avons
consultés ne sont pas...
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Quelqu'un d'autre
peut-il nous répondre?
M. Patrick Nadjiwan: Il y a d'autres témoins qui le savent
peut-être, qui représentent d'autres parties.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Très bien.
Veuillez nous dire votre nom et qui vous représentez, et
veuillez parler au micro pour les besoins de la transcription.
M. Stan Gorzalinscky (conseiller technique, Campagne contre la
mine Adams): Je m'appelle Stan Gorzalinscky, et je suis le
porte-parole technique pour la Campagne contre la mine Adams. Je
suis ingénieur mécanicien de métier, je suis donc un peu en dehors
de mon domaine, mais j'ai une très bonne connaissance des sciences
de la terre, je suis le projet depuis cinq ans et j'ai lu toutes
les études qui ont été faites. Je peux donc vous donner une opinion
technique en toute confiance.
En réponse à votre question, le lac Moosehead se trouve dans
la région touchée. Il va accueillir des rejets d'effluents traités.
Il sera également touché par l'assèchement du puits. J'imagine pour
le moment que, si l'assèchement du puits se fait trop vite, cela
pourrait avoir un effet nocif. On pratique la pêche en eau froide
dans le lac Moosehead. On y trouve des espèces comme la truite
mouchetée qui sont très sensibles aux perturbations des eaux. Le
lac est également très sensible à la gradation du contenu en
oxygène et à d'autres éléments comme l'ammoniaque.
• 2155
Je ne sais pas si j'ai bien répondu à votre question.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Votre réponse
était plus que satisfaisante. Je vous en remercie vivement.
Lorsque M. Nadjiwan a fait son exposé, il a parlé de trois
ensembles de droits autochtones qu'il a expliqués au comité, et il
a expliqué aussi les effets de ce projet sur les peuples
autochtones et leurs terres. Si je me souviens bien, lorsque
j'écoutais l'échange entre M. Lincoln et vous, monsieur Bernier, il
vous demandait si vous étiez d'accord avec certaines thèses que
M. Nadjiwan a exposées au comité. Cependant, j'ai remarqué une
certaine irritation chez mon collègue peut-être parce que vous
compreniez mal, ou parce que vous sembliez vous attarder à
certaines questions relatives aux eaux transfrontalières. Pourriez-vous
nous dire si vous êtes d'accord avec certaines choses que
M. Nadjiwan a dites concernant les droits autochtones et certaines
choses qu'il a dites aussi au sujet des effets sur les peuples
autochtones, comment cela pourrait influencer le processus et si
l'ACEE pourrait intervenir utilement.
M. Paul Bernier: Chose certaine, j'ai écouté avec le plus
grand respect les observations qui ont été faites, et je pense
qu'elles sont très valides. Tout ce qui a été dit ce soir est
important dans la compréhension de cette affaire. Je ne
mentionnerai pas de témoins en particulier. Pour ma part, je
voulais seulement expliquer aux membres du comité et aux témoins
les limites de l'application de la loi.
Pour ce qui est des effets de ce projet sur les terres
mentionnées à l'article 48 de la loi, il y a certaines catégories
qui sont visées. Nous n'avons pas discuté de ce détail technique,
mais chose certaine, les terres qui sont occupées par la Première
nation constituent une catégorie de terres en particulier, qui
englobent la réserve elle-même, ce qui est défini, et cela entre
dans la catégorie de terres où nous devons examiner les effets
transfrontaliers potentiels. Pour le moment, c'est la seule
catégorie de terres mentionnée par l'article 48 que le ministre est
autorisé par la loi à examiner. La loi ne lui permet pas d'examiner
d'autres catégories de terres. Par exemple, si on soumettait une
revendication territoriale qui englobait un territoire plus grand
que le titre foncier original, ce ne serait pas une catégorie qui
correspond en ce moment à la définition de la loi.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Vous n'avez
peut-être pas voulu mentionner de témoins en particulier, mais moi
oui. Je me demandais si vous étiez d'accord avec certaines des
choses que M. Nadjiwan a dites.
J'aimerais également entendre M. Nadjiwan ou le chef McBride.
M. Patrick Nadjiwan: Si vous le permettez, madame la
présidente, quelques mots: normalement l'article 48 ne mentionne
pas expressément des terres appartenant à une réserve, mais
l'article englobe aussi des terres où les Indiens ont des intérêts.
Dans mon interprétation à moi, cela comprend des intérêts comme le
titre autochtone, qui est protégé en vertu de la Constitution et
que le gouvernement fédéral a l'obligation fiduciaire de protéger.
Je pense que cela comprend aussi des intérêts comme la troisième
catégorie des droits autochtones, qui portent sur des sites en
particulier, et où les Autochtones sont autorisés à s'adonner à
certaines activités comme la chasse, la pêche et des cérémonies
sacrées, qui, si elles ne relèvent pas exactement du titre
autochtone sont quand mêmes utilisées et occupées à l'exclusion de
toute autre personne, et cela est aussi un droit, un intérêt dans
une terre, et cela est protégé en vertu de la Constitution.
• 2200
Dans mon mémoire au comité, je dis que le ministre peut et
doit, outre les territoires des réserves qui sont bien définis,
tenir compte des intérêts qui sont prévus par la loi et exercés en
ce moment.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur Bernier.
M. Paul Bernier: Je veux seulement signaler à toutes les
personnes présentes que je comprends ce que vous dites relativement
aux terres où les Indiens ont des intérêts. Cependant, c'est un
terme qui est défini très explicitement dans ce texte de loi, et
c'est une définition que vous allez trouver au paragraphe 48(6) de
la loi et qui permet au ministre d'intervenir, et il ne s'agit pas
d'une définition large.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci beaucoup. Je
tiens à remercier les témoins et les députés pour cet entretien.
Nos audiences se sont fort bien déroulées ce soir.
Je tiens à vous remercier encore une fois, grand chef McBride,
d'avoir été des nôtres ce soir, et je vous remercie d'avoir exprimé
du fond de votre coeur les préoccupations de votre peuple. Nous
allons vous écouter avec nos oreilles mais aussi avec notre tête et
notre coeur. Merci mille fois.
Je tiens aussi à remercier M. Bernier. Vous allez rester pour
notre troisième groupe, et je pense qu'une pause de cinq minutes
vous fera du bien. Nous vous savons vivement gré de votre patience.
Nous allons faire une pause de cinq minutes, puis nous allons
entendre notre troisième et dernier groupe.
• 2202
• 2211
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Nous reprenons.
M. Clifford Lincoln: Madame la présidente, j'invoque le
Règlement, et je tiens seulement à mentionner que notre collègue,
Benoît Serré, qui s'intéresse de très près à ce projet et qui a joué
un rôle de premier plan dans ce dossier avec d'autres collègues
depuis bien des mois, nous a fait savoir qu'il ne peut être des
nôtres ce soir étant donné le décès de son beau-père. Je tenais
seulement à le faire savoir aux gens parce qu'ils se demandent
peut-être pourquoi il n'est pas ici ce soir.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci beaucoup,
monsieur Lincoln. Je pensais que Benoît Serré devait être présent
et qu'il participerait...
M. Clifford Lincoln: Oui, mais c'est l'explication.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci beaucoup. Je
n'étais pas au courant de cette autre situation.
Passons maintenant à notre troisième groupe de témoins. Il est
regrettable que nous ne puissions pas faire cela plus rapidement.
Non? Personne ne veut être millionnaire?
Nous avons quatre témoins. Il y a Gordon McGuinty, président,
Notre Development Corporation; Steve Usher, hydrogéologue chez
Gartner Lee Ltée.; Pierre Bélanger, porte-parole de Campagne pour
la coalition contre la mine Adams et, sauf erreur, Brennain Lloyd,
coordonnateur de Northwatch, prendra la parole également. Il y a
également à la table... J'essaie de lire l'écriture de mon
greffier. C'est un homme merveilleux, d'une grande efficacité, qui
a préparé tout à la dernière minute, mais il va devoir écrire en
majuscules ou à la machine pour moi. Il y a Pierre-Alexandre
Ayotte, attaché au Comité de sauvegarde du
lac Témiscamingue—mon français est terrible et l'écriture de notre
cher greffier ne me facilite pas la tâche—ainsi que
M. Gorzalinscky, qui servira également de personne ressource.
Chaque témoin de ce groupe—ils sont au nombre de quatre—fera
un exposé de cinq minutes, après quoi nous passerons aux questions
dans le même ordre qu'avant. Nous pourrions peut-être donner la
parole pour commencer à M. McGuinty, président de la Notre
Development Corporation. J'ajoute que M. McGuinty a remis une
trousse d'information au comité. Malheureusement, les documents
sont en anglais uniquement. Merci.
Monsieur McGuinty.
M. Gordon McGuinty (président, Notre Development Corporation):
Merci beaucoup, madame la présidente. Nous sommes heureux de
rencontrer les membres du comité. Je vais essayer d'utiliser du
mieux possible les cinq minutes à ma disposition.
Je tiens à donner l'assurance au comité que la mine Adams a,
au cours d'une période de cinq ans, fait l'objet d'une évaluation
environnementale complète. J'aimerais dire également que le
gouvernement fédéral a participé de façon intensive au processus
jusqu'ici et continuera de le faire à l'avenir. Je signale que la
pétition des Premières nations est à l'étude. À notre avis, elle
n'apporte aucun élément nouveau. Enfin, je voudrais dire que
l'approbation finale du processus par la Commission d'évaluation
environnementale du gouvernement de l'Ontario garantit le maintien
des communications et la participation des Premières nations.
• 2215
Je vous présente nos excuses pour avoir fourni ces
renseignements uniquement en anglais. Nous y avons été obligés par
manque de temps et je m'en excuse.
Dans la première feuille d'information que vous nous avons
remise, il est dit que le processus d'évaluation environnementale
entrepris en Ontario a été transparent. Quiconque voulait
participer au processus au cours des cinq ans pouvait le faire. En
outre, j'ajoute que vers la fin du processus, la Commission
d'évaluation environnementale a constitué un comité de liaison avec
la collectivité, composé de 12 membres différents, y compris des
représentants des Premières nations.
Dans la trousse d'information que je vous ai remise se
trouvent, en ordre chronologique, les 10 ans d'activités et de
mesures de contrôle préalable technique relatives à l'approbation
de la mine Adams en Ontario. Quant à la question de savoir si une
évaluation environnementale complète a été effectuée, je tiens à
donner l'assurance au comité que tous les aspects ont été examinés.
Aucun des éléments prévus dans la Loi sur l'évaluation
environnementale de l'Ontario n'a été laissé de côté. Même si des
choses comme le bruit, la poussière et le transport n'étaient pas
des facteurs clés étant donné l'emplacement de notre site
d'enfouissement, nous avons fait des études à ce sujet. Nous avons
examiné la situation pour voir si cela aurait une incidence sur
l'agriculture. Nous avons examiné les conséquences sociales. Nous
avons étudié tous ces secteurs. Là encore, je tiens à donner
l'assurance au comité que tout ce travail s'est fait, et que non
seulement notre société mais également la province de l'Ontario a
fait preuve d'une diligence raisonnable dans ce dossier.
Pour ce qui est de l'intervention et de la participation du
gouvernement fédéral à ce processus, vous avez entendu dire lors de
certains témoignages qu'Environnement Canada et Pêches et Océans
Canada ont tous pris part au processus. J'ai présenté à nouveau un
aperçu de la documentation précise qui a été remise à ces
organismes, lesquels ont pu faire des commentaires et donner leur
avis. En outre, j'ai préparé à votre intention une liste des
mesures précises qui ont été prises, et à quelle date, ainsi que
des communications échangées entre notre société et le ministère de
l'Environnement et divers organismes fédéraux.
Ce qu'il importe de bien comprendre c'est que le certificat
d'approbation fourni par la province de l'Ontario stipule qu'un
Groupe de travail de surveillance et de planification d'urgence a
été en place pendant plus de deux ans, groupe dont faisaient partie
des responsables d'Environnement Canada et de Pêches et Océans, ces
derniers continuant de faire partie du groupe. Au cours des deux
prochaines années, lorsque le site d'enfouissement sera créé, il y
a des points de déclenchement précis et diverses mesures à prendre,
et le gouvernement fédéral continuera d'être consulté par ce groupe
créé à la demande du ministre de l'Environnement de l'Ontario.
Quant à nos communications avec les Premières nations, nous
vous avons donné un aperçu qui montre que nous avons entamé nos
consultations sur ce projet en 1990. Il va s'en dire que ce projet
représente de l'avis de tous le site d'enfouissement le plus grand
de l'Ontario qui a sans doute fait l'objet de l'examen public le
plus minutieux. Notre rôle dans le processus d'évaluation
environnementale de l'Ontario consistait à veiller à ce que toutes
les Premières nations désireuses de participer aux consultations à
ce sujet puissent le faire.
J'ai donc essayé d'établir pour votre gouverne la chronologie
des événements et des échanges et communications que nous avons
eus. Il va s'en dire que toutes les Premières nations n'ont pas
souhaité participer à la consultation. Bon nombre d'entre elles ont
décidé de ne pas y prendre part. Nous avons rencontré des membres
de la Première nation de Témiscamingue. Ces derniers pouvaient
continuer à participer au processus s'ils le souhaitaient. Le
processus d'évaluation environnementale de l'Ontario n'empêche pas
une Première nation de venir au Québec donner son avis. Rien ne les
empêchait de le faire.
Je voudrais dire toutefois que, lorsque l'Ontario a fait tenir
les audiences publiques, ces dernières ont duré pendant six
semaines et les Premières nations y ont été représentées par la
communauté de Beaver House, soit la plus proche de la mine Adams.
Les Autochtones ont demandé d'être participants à part entière aux
audiences publiques. La Commission d'évaluation environnementale
leur a accordé ce statut et ils ont été représentés par des
conseillers juridiques pendant toutes les audiences.
• 2220
À la fin de l'audience, comme je l'ai dit au début, la
Commission d'évaluation environnementale de l'Ontario a inclus dans
notre condition d'approbation que la Première nation Beaver House
fasse partie du comité de liaison avec la collectivité; de ce fait,
au cours des 20 ans que ce site d'enfouissement sera en service,
les membres de cette Première nation pourront continuer de
participer au processus et de savoir exactement ce qui se passe
pendant toute cette période.
Je sais que vous aurez de nombreuses questions à poser, mais
pour résumer mon exposé, je rappelle qu'il y a eu donc une
évaluation environnementale complète en Ontario, ainsi que des
audiences publiques et ouvertes. À notre avis, le gouvernement
fédéral a joué un rôle constructif pendant les périodes de deux et
trois ans respectivement où ont duré ces audiences. Nous estimons
que le gouvernement ontarien a tenu compte des personnes consultées
et nos experts-conseils, de leur côté, ont tenu compte de l'avis du
gouvernement.
En ce qui concerne la pétition dont sont saisis votre ministre
et l'ACEE à l'heure actuelle, nous estimons qu'il n'y a aucun
élément d'information nouveau et, d'après nos renseignements, cela
a été confirmé par le ministère de l'Environnement de l'Ontario.
Notre Development Corporation a toujours eu à coeur de tenir
compte de l'avis des Premières nations dans le cadre de tout
processus entrepris dans notre pays à l'heure actuelle. Nous ne
pouvons pas les obliger à participer, mais nous leur en donnons la
possibilité et continuerons de le faire.
Enfin, notre société n'a pas la moindre hésitation à se porter
garante de la documentation technique, qui a fait l'objet de maints
examens, notamment de la part d'autres experts comme les nôtres, et
il faudrait à notre avis dépolitiser toute cette question. Nous
avons, de l'avis de notre société, le site d'enfouissement le plus
sûr qui existe dans tout l'Ontario. Nous n'avons aucune hésitation
à dire que l'ACEE peut terminer son étude. Nous avons entendu
M. Bernier dire qu'il doit tenir compte de certains facteurs
d'ordre juridique et voir si certains éléments d'information n'ont
pas été négligés dans l'évaluation environnementale initiale. Nous
comptons sur son ministère pour prendre une décision dans les plus
brefs délais.
Je vous remercie.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci monsieur
McGuinty.
Monsieur Usher.
M. Steve Usher (hydrogéologue, Gartner Lee Ltd.): Merci.
Je m'appelle Steven Usher et je suis ingénieur de profession.
Mon domaine, tant d'études que de travail, est l'hydrogéologie et
les contaminants. Depuis 20 ans, je fais des recherches, je
conçois, je construis et je surveille des sites d'enfouissement en
Ontario. À ce titre, j'ai été reconnu comme expert en la matière
par la Commission d'évaluation environnementale de l'Ontario, et
j'espère pouvoir ce soir aider votre comité en répondant à
certaines de ses questions d'ordre technique.
Je travaille pour la Société Gartner Lee Ltd. Nous avons été
engagés pour la première fois en 1995 par le comité de liaison
publique. Ce comité a été constitué par la ville de Toronto, ou par
la région métropolitaine de Toronto à l'époque, pour assurer la
liaison avec la population locale. Le conseil municipal nous a
engagés à titre indépendant et nous n'avions aucun lien de
dépendance avec les auteurs du projet. Lorsque le comité a été
transformé en comité de liaison avec la collectivité, ce dernier a
à nouveau retenu nos services pour assumer la même fonction.
Je suis ici pour vous faire part de ce que je sais des cinq
dernières années de travaux. J'aimerais vous aider en répondant à
vos questions d'ordre technique ce soir, et si vous me permettez de
parler de la sécurité environnementale de la mine, j'aimerais le
faire.
Ce site a fait l'objet d'une évaluation environnementale
complète effectuée par des ingénieurs et des géoscientifiques
professionnels engagés par le promoteur du projet pour examiner
celui-ci. Le site a fait l'objet d'un examen et a été accepté par
les experts du ministère de l'Environnement chargés de délivrer le
certificat d'approbation, il a été examiné par les experts de la
municipalité de Toronto dans le cadre du contrôle préalable qu'ils
ont effectués l'an dernier, et je l'ai également passé au peigne
fin pour le compte du comité de liaison publique et du comité de
liaison avec la collectivité.
Je peux dire aux membres du comité, sans la moindre réserve,
que ce site d'enfouissement des déchets est tout à fait sûr. La
conception se fonde sur l'apport d'eau souterraine. Celui-ci repose
sur le principe de la pesanteur.
J'ai préparé un petit texte mais j'aimerais m'en écarter pour
le moment, car plusieurs questions ont été posées et je pense
pouvoir y répondre.
J'aimerais fournir certains renseignements sur la question des
effets hors frontières abordée sous l'angle technique. L'eau qui
s'échappera de ce site d'enfouissement ira dans une usine de
traitement des eaux d'égout. Elle sera nettoyée exactement comme
tous les lixiviats des sites d'enfouissement de l'Ontario et même
de l'Amérique du Nord. C'est une technologie courante. Il n'y a
rien de nouveau là-dedans. Les eaux ne seront pas rejetées dans le
lac Moosehead, mais dans la crique Moosehead, un petit ruisseau qui
s'écoule vers la Misema. Cette dernière se déverse dans la Blanche,
rivière qui rejoint le lac Témiscamingue, à 75 kilomètres de là.
Toutes les voies d'eau que je nomme, à l'exception du lac
Témiscamingue, se trouvent en Ontario. Le débit de ces eaux qui
proviennent de cette région de 5 000 kilomètres carrés est
nettement plus important que tout rejet d'eau même propre provenant
de ce site d'enfouissement de déchets.
• 2225
J'aimerais parler également de l'hypothèse de l'incidence. Ce
soir, certaines personnes dans la salle ont tenu des propos quant
à l'incidence que ce projet aura sur elles, ou sur telle autre
chose ou encore telle autre. Toute la conversation de ce soir porte
sur les incidences de ce site d'enfouissement. Or, il n'aura aucune
incidence. Il fonctionne grâce à la loi de la pesanteur. L'eau sera
traitée et sera conforme aux objectifs provinciaux en matière de
qualité des eaux, lesquels sont établis pour la protection du
poisson, des insectes, des oiseaux, de tout ce qui utilise l'eau.
En vertu des conditions d'approbation du projet, nous devons
respecter ces objectifs. Il y a des mesures d'urgence au cas
contraire. Il y a des mesures de surveillance pour déceler toute
lacune à cet égard.
J'ai lu dans les journaux des articles qui parlent de
pollution très répandue. Nombre des observateurs que nous avons
entendus ce soir découlent de cette crainte. Ces prédictions sont
simplement erronées et sans fondement scientifique.
Ces mêmes questions m'ont été posées par le comité de liaison
publique en 1995 et on y a répondu en présentant les études
techniques faites alors. Nous avons également posé des questions au
nom du comité de liaison; nous avons posé des questions difficiles
et techniques, que ce soit moi ou mes collègues d'autres
disciplines scientifiques, entre 1995 et 1999. Nous avons également
obtenu des réponses et, dans bien des cas, d'autres études ont
permis d'y répondre.
Le comité de liaison publique nous a demandé d'étudier en
particulier la région de Témiscamingue parce que le promoteur
n'avait pas jugé nécessaire de le faire à l'époque. Nous avons
répondu à la même question en disant qu'il fallait examiner la
chose et voir s'il y avait un problème. On nous a posé plusieurs
questions: qu'arrive-t-il à l'eau de la mine? Atteindra-t-elle
Témiscamingue? Nous avons conclu qu'elle ne passerait pas dans
l'eau souterraine. On nous a demandé si au cas où la décharge
fuyait—et elle ne fuira pas—cela pourrait avoir une incidence sur
les ressources en eau souterraine de Témiscamingue? Ce n'est pas
physiquement possible.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Veuillez résumer.
Merci.
M. Steve Usher: Je me ferai un plaisir de m'arrêter tout de
suite et de répondre à vos questions le moment voulu.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci beaucoup.
Nous avons ensuite Pierre Bélanger qui est le porte-parole de
Campagne contre la mine Adams.
[Français]
M. Pierre Bélanger (porte-parole, Campagne contre
la mine Adams): Madame la présidente, mesdames et
messieurs, je m'appelle Pierre Bélanger. Je suis
heureux d'être ici pour représenter les intérêts de
la Campagne contre la mine Adams. J'aimerais vous
présenter mes coéquipiers: Brennain Lloyd, qui
représente Northwatch, et Pierre-Alexandre Ayotte,
du Comité pour la sauvegarde du lac Témiscamingue,
de même que Stan Gorzalinscky, ingénieur et expert-conseil
pour nous, qui ne fera pas de présentation mais qui sera
là pour répondre à vos questions techniques.
[Traduction]
L'évaluation environnementale de l'Ontario en 1998 qui était
très limitée dans sa portée et à la suite de laquelle on a accordé
un permis d'exploitation au promoteur, ne considérait pas les
intérêts fédéraux—c'est-à-dire, l'incidence sur les terres
domaniales ou sur les terres comportant un intérêt autochtone—ni
sur les eaux de surface, les rivières et les lacs situés au Québec
et en Ontario. Le groupe d'experts n'a examiné que l'aspect
conceptuel du projet: le confinement hydraulique jouerait—il dans
cette application? L'eau ne ferait-elle qu'entrer dans la mine de
tous les côtés pendant 120 ans, ou en ressortirait-elle par les
parois? Les experts n'ont pas pu répondre. Un membre du groupe
n'était pas du tout d'accord et nous pourrions vous fournir son
opinion dissidente. Les deux autres l'ont renvoyé à un directeur du
ministère de l'Environnement déclarant que c'était à lui de
décider.
• 2230
Si nous vous demandons une évaluation environnementale
fédérale, c'est parce que l'évaluation provinciale nous semble
insuffisante et trop limitée dans sa portée. On n'a pas entre
autres examiné les questions d'incidence sur les eaux de surface en
ce qui concerne les intérêts fédéraux ou autochtones dans les
terres en aval si les incidences hors frontières sur le lac
Témiscamingue.
Merci.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur Ayotte,
faites-vous aussi un bref exposé?
[Français]
M. Pierre-Alexandre Ayotte (président et
porte-parole, Comité pour la sauvegarde du lac
Témiscamingue): Oui. Je partage mon temps avec M.
Bélanger.
Je tiens à remercier Mme la présidente ainsi que
le comité
pour l'occasion qui m'est offerte de me faire
entendre sur cette demande.
Je m'appelle Pierre-Alexandre Ayotte. Je suis résidant
du Québec et je demeure dans le village de
Laverlochère, dans le comté de Témiscamingue. Ce
village est situé à 90 kilomètres de la mine Adams.
Je suis président et porte-parole du Comité pour la
sauvegarde du lac Témiscamingue et je suis signataire
de la pétition demandant une évaluation
environnementale fédérale du projet
d'enfouissement de déchets à la mine Adams.
Compte tenu que je présente une pétition de 5 200
noms de citoyens et citoyennes du comté québécois de
Témiscamingue qui expriment ainsi leurs inquiétudes face à
ce projet en partie expérimental, compte tenu que 700
personnes sont venues appuyer les démarches du comité
pour contrer ce projet qui peut altérer notre qualité de
vie lors d'un rassemblement à Ville-Marie, et
compte tenu qu'il y a, sur le lac Témiscamingue, une
activité de pêche commerciale et que je suis mandaté
pour représenter M. Denis Lampron, pêcheur commercial de
Saint-Bruno-de-Guigues, qui retire 30 000 livres de
poisson frais pour la vente de ce plan d'eau et que
quelque pollution que ce soit pourrait mettre en péril
cette activité, je demande, en mon nom, en tant que citoyen
canadien et président du comité, et au nom des personnes
signataires des pétitions, que le ministère fédéral de
l'Environnement fasse une étude
environnementale complète afin d'évaluer les conséquences
que ce projet pourrait avoir sur notre environnement
transfrontalier, tant sur la qualité des
sols que sur celle des eaux de surface et souterraines.
Cette demande est faite en vertu du paragraphe
46(1) de la Loi canadienne sur l'évaluation
environnementale.
Merci de votre attention.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci
beaucoup.
[Traduction]
Mme Lloyd est la coordinatrice de Northwatch.
Mme Brennain Lloyd (coordinatrice, Northwatch; Campagne contre
la mine Adams): Merci, madame la présidente. Nous sommes ici ce
soir pour vous parler de la pétition que nous avons soumise
officiellement au ministre de l'Environnement le 20 septembre et du
mémoire qui l'accompagnait. Je crois que le greffier vous a remis
notre lettre et un résumé de cette lettre et du mémoire qui
l'accompagnait.
Il y a plusieurs questions. C'est un projet qui a une longue
histoire—11 ans d'histoire. Nous nous occupons du dossier depuis
le début. Un certain nombre de problèmes ont été soulevés ce soir,
et nous pourrions passer beaucoup de temps à revenir sur les
détails de chacun d'entre eux, mais nous laisserons cela pour la
période de questions. Dans les quelques minutes qui nous sont
imparties ce soir, nous aimerions nous pencher sur les
responsabilités fédérales et sur le rôle fédéral dans le contexte
de ce projet et de son évaluation.
Comme on vous l'a dit, dans le contexte de la Loi fédérale sur
l'évaluation environnementale, il y a trois déclencheurs qui
s'appliquent à cette situation. Les deux premiers sont
discrétionnaires. C'est au ministre de décider s'il veut ou non y
avoir recours, et le premier est le paragraphe 48(1) qui concerne
les intérêts autochtones. Comme la Campagne contre la mine Adams
[Français]
et le Comité pour la sauvegarde du lac Témiscamingue,
[Traduction]
nous avons officiellement adopté la pétition et les allégations de
la Première nation de Témiscamingue. Le deuxième est le
paragraphe 46(1) qui porte sur les incidences hors frontières et je
vais vous en parler un instant.
Ces deux déclencheurs sont dits discrétionnaires. Il y a aussi
un déclencheur obligatoire, à notre avis, aux termes de la Loi sur
les pêches. Cette loi figure dans la liste des lois auxquelles
s'applique la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale. Il
y a des incidences pour les pêches. Il s'agit en effet d'une
substance délétère qui sera déposée dans des eaux fréquentées par
le poisson. C'est ce que l'on trouve dans la Loi sur les pêches et
je vais en parler brièvement.
Considérons tout d'abord le paragraphe 46(1) sur les
incidences hors frontières. Comme on vous l'a dit, ce projet se
situe au sommet du bassin versant du lac Témiscamingue et de
l'Outaouais. Les modes de drainage sont tels que toute l'eau—eau
de surface, eau du site et eau souterraine—entre dans le réseau
hydrographique que partagent l'Ontario et le Québec.
• 2235
Les incidences sur ce bassin hydrographique commun suivront
trois voies. Le percolat ou les contaminants atteindront ce bassin
en empruntant trois chemins différents. Tout d'abord, le percolat.
Vous avez entendu dire que le projet de construction prévoit que
toutes les eaux souterraines et les précipitations se déversent
dans un grand puits à ciel ouvert, qui sera rempli d'ordures. L'eau
sera aspirée, après un traitement minime et relâchée dans le milieu
récepteur, c'est-à-dire dans la crique Moosehead, la Misema, la
Blanche et dans ce bassin commun que sont le lac Témiscamingue et
l'Outaouais. Ce déchargement de percolat est énorme: 312 millions
de litres d'eau contaminée chaque année; 83 milliards de litres
pour la durée de cette opération.
Je vous donnerai simplement quelques exemples des problèmes
associés à ce percolat, sachant que le promoteur n'a considéré que
17 contaminants. Un expert auprès du comité de liaison publique, au
cours de la phase 1995, M. Fred Lee, avait recensé des dizaines de
milliers de contaminants, ou déclaré à ce comité en tant qu'expert,
et je crois aussi à la Première nation Témiscamingue, qu'il y avait
des dizaines de milliers de contaminants. Or le promoteur n'en a
examiné que 17.
Je vous donne deux exemples, la teneur en chrome, une des
substances examinées, est censée être 20 fois supérieure à ce qui
est autorisé dans les lignes directrices canadiennes sur la qualité
de l'eau. Le cadmium dépassera aussi le niveau permis dans les
lignes directrices provinciales. Vous savez peut-être que le
cadmium est une substance toxique persistante. Il est
bioaccumulatif dans le poisson et c'est un produit dangereux qui
inquiète énormément ceux qui tiennent à protéger ce bassin parce
qu'ils en dépendent.
La deuxième voie est ce qu'on appelle un dépôt de déchets. Le
puits sera rempli d'ordures. Une fois rempli, les ordures
continueront à s'accumuler jusqu'à 55 mètres au-dessus de la nappe
phréatique. On nous demande de compter sur une fine couche de
drainage pour empêcher la migration des contaminants qui à nouveau
aboutissent à ce bassin commun à l'Ontario et au Québec.
Le troisième est un problème de conception. On a dit que toute
l'eau devait entrer; que rien ne ressortirait. En fait, il y a des
tas d'avis différents à ce sujet. C'est exactement le point sur
lequel le groupe d'experts chargé de l'évaluation environnementale
n'a pas pu se prononcer. Il a conclu qu'il aurait besoin de plus
d'informations. Il en a obtenu plus, deux sondages de plus.
Malheureusement, ce n'est pas lui qui a reçu les résultats, c'est
le ministère de l'Environnement. Les experts disent que cela montre
qu'il est très probable que le percolat sorte par les parois du
puits.
Ce sont les trois voies vers l'eau de surface. Elles sont
importants. Ce n'est pas quelque chose d'anodin.
Je n'ai pas beaucoup de temps et je me contenterais donc de
dire très brièvement que le déclencheur obligatoire concerne la Loi
sur les pêches. En 1997, le ministère des Pêches et des Océans a
rédigé un commentaire à l'intention du ministère de l'Environnement
où il reconnaissait que la crique Moosehead et la Misema étaient
l'une et l'autre des habitats de poisson. Il a reconnu qu'il y
aurait un dépôt de substances délétères pour ces poissons mais que,
d'après les informations fournies, la proposition n'indiquait pas
que l'on entreprendrait une activité dans cette région qui
provoquerait une détérioration; qu'ainsi il ne serait pas
nécessaire d'obtenir une autorisation aux termes du
paragraphe 35(2) de la Loi sur les pêches. Comme le promoteur n'a
pas déclaré au ministère des Pêches et des Océans ce qu'il en
était, le ministère des Pêches et des Océans n'a pas agi.
Je maintiens que ce projet aura de graves conséquences sur les
pêches. C'est une responsabilité du ministère des Pêches et des
Océans, et il existe un déclencheur obligatoire qui justifie au
moins un examen préalable, à mon avis, sans compter les
déclencheurs discrétionnaires. Il faut que ce projet soit soumis à
une commission d'examen.
Je vous remercie.
• 2240
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci beaucoup.
Selon notre liste, nous allons entendre M. Brien, M. Gruending,
M. Herron.
[Français]
M. Pierre Brien: Pensez-vous que la science ne se
trompe jamais? Vous nous dites aujourd'hui que vous avez
la certitude qu'il n'y aura jamais quelque
risque que ce soit, ni
maintenant, ni dans 25 ans, ni dans 50 ans. Vous êtes
capable d'affirmer cela, vous.
[Traduction]
M. Steve Usher: En ce qui concerne ce site d'enfouissement, il
ne s'agit pas d'un site ayant une sous-couche d'argile d'où l'eau,
qui veut s'échapper, est retenue par la sous-couche; il s'agit d'un
site d'enfouissement où l'eau se trouve retenue par la loi de la
pesanteur. Donc je peux répondre avec certitude oui, monsieur, dans
ce cas.
[Français]
M. Pierre Brien: Je vous trouve d'un optimisme
quasi délirant. Madame la présidente, je m'excuse de
mon commentaire, mais je me méfie de deux choses dans
la vie: le dogme de la Bible et celui de la science.
Je me méfie des deux.
Je vais vous citer, monsieur McGuinty. Je vous
écoutais lors de la conférence de presse tenue aujourd'hui
et vous avez dit ceci en réponse à une question sur les
appuis locaux:
[Traduction]
«Je crois que dans la région de Kirkland Lake, de Englehart et de
New Liskeard assurément, que nous avons un groupe de gens bien
informés. L'opposition vient d'en dehors et je pense qu'elle essaie
simplement d'influencer les manoeuvres politiques visant à tâcher
d'empêcher la ratification de ce contrat. C'est aussi simple que
ça.»
[Français]
Vous avez dit cela cet après-midi. Je suis allé à
Earlton cet été et j'ai vu 2 000 personnes dans une
aréna qui étaient contre le projet. J'en ai vu 700 au quai
à Ville-Marie, la semaine passée. Il y a 5 000 personnes
sur une population de 15 000 habitants dans ma région qui
ont signé la pétition et il y en a eu plusieurs du côté
ontarien. Est-ce là votre définition d'un hôte
accueillant?
[Traduction]
M. Gordon McGuinty: Tout d'abord, je tiens à rectifier une
erreur que j'ai faite à cet égard. J'ai parlé de New Liskeard.
J'aurais dû dire plutôt Larder Lake—et vous avez entendu le
témoignage du préfet.
Je ne veux absolument pas laisser entendre qu'il n'y a aucune
opposition à ce projet ni non plus que cette opposition n'est pas
importante. Ce que je déclare très clairement, toutefois, c'est que
depuis dix ans nous avons travaillé assidûment avec les
collectivités de Kirkland Lake, de Larder Lake et de Englehart. Je
n'hésite nullement à dire que la population de ces collectivités
est éclairée. Il y a encore des gens dans ces collectivités,
effectivement, qui ont des préoccupations et qui s'opposent à
l'établissement de ce site d'enfouissement. Mais je déclare sans
hésitation que la majorité des gens de cette région avec lesquels
nous traitons régulièrement n'ont pas le même type de
préoccupations que celles exprimées par les personnes qui
comparaissent ici, par exemple.
[Français]
M. Pierre Brien: Je suis content de vous entendre
dire cela, parce que le 13 novembre, en Ontario, il y
aura des élections dans toutes les municipalités.
Comme vous êtes convaincu de la solidité de vos
appuis locaux, de la même façon que vous êtes convaincu
des mérites techniques de votre projet, pouvez-vous
prendre l'engagement devant nous, aujourd'hui, de ne
signer aucun contrat avant que l'agence
fédérale ait terminé ses travaux,
dans un premier temps, et dans un deuxième
temps, d'attendre le résultat des élections
municipales pour vous assurer que vous avez toujours
des hôtes accueillants? Est-ce que vous pouvez prendre
cet engagement devant nous ce soir?
[Traduction]
M. Gordon McGuinty: Nous ne pouvons pas prendre cet engagement
ici ce soir essentiellement pour une raison précise. Nous nous
sommes engagés dans un processus de deux ans avec la Ville de
Toronto. Nous nous apprêtons à conclure un contrat qui exige que
nous fournissions un service d'ici l'automne de l'an 2002. Nous
devons commencer les travaux sur ce site, pratiquement
immédiatement. Autrement, nous ne pourrons pas respecter les
conditions de notre contrat; et nous pourrions peut-être être
pénalisés ou voir notre contrat annulé. C'est pourquoi nous ne
sommes tout simplement pas en mesure de le faire.
[Français]
M. Pierre Brien: Donc, vous me dites que si
la Ville de Toronto ne signe pas le contrat avec vous
le 3 octobre, techniquement, vous ne serez jamais
capables de respecter l'échéancier prévu. C'est ce
que vous nous dites. Si par hasard Toronto vous le
donnait le 2 décembre, vous diriez que vous n'êtes
pas capables de le faire dans les délais prévus.
• 2245
[Traduction]
M. Gordon McGuinty: Nous supposons, d'après votre question,
que Toronto va signer le contrat. Si elle le signe, nous devrons
être à pied d'oeuvre sur ce site et nous mobiliser dans les
30 jours pour respecter le délai nécessaire nous permettant
d'honorer le contrat.
[Français]
M. Pierre Brien: J'ai une dernière question. À
combien peut-on estimer la valeur du contrat total avec
les trois municipalités, York, Peel et Durnham?
[Traduction]
M. Gordon McGuinty: Pour l'instant, Peel n'a pas décidé d'y
participer.
En ce qui concerne York, Durham et Toronto, la quantité totale
de déchets représente environ 1,8 million de tonnes pour toutes ces
municipalités. Sur ce nombre, environ 500 000 tonnes seront
expédiées aux États-Unis. Un contrat sera accordé à Rail Cycle
North pour que cette entreprise s'occupe du 1,3 million de tonnes
qui restent. Le chiffre divulgué par l'agglomération torontoise est
de 51 $ la tonne pour la totalité du tonnage. Nous sommes
pratiquement à égalité avec l'entreprise américaine.
[Français]
M. Pierre Brien: Donc,
on parle d'au-delà d'un milliard de
dollars. Sur 20 ans, cela correspond à plus d'un milliard de
dollars.
[Traduction]
M. Gordon McGuinty: Il s'agit d'un montant considérable
d'argent, effectivement, monsieur.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Je me demande
simplement si d'autres témoins ont des commentaires ou des
réactions au sujet de ce dernier échange.
Monsieur Bélanger.
M. Pierre Bélanger: Merci, madame.
Sur la question de savoir s'il y a des appuis importants ou
une opposition marquée au projet parmi la population du
Témiscamingue, autant au Québec qu'en Ontario, la liste des
opposants au projet est extrêmement longue et elle s'allonge chaque
jour. Qu'il suffise de dire que 20 municipalités ontariennes ont
fait connaître leurs objections et ont demandé au ministre fédéral,
M. Anderson, d'intervenir à titre d'intermédiaire fédéral. Vingt
autres municipalités du nord de l'Ontario ont maintenant adhéré à
ce mouvement d'opposition. Je signale en passant que, parmi les
opposants, on trouve des municipalités situées le long de
l'Outaouais, comme Pembroke et d'autres villes de la Vallée de
l'Outaouais; toutes les municipalités du côté du Québec, à
l'unanimité; la Confédération des syndicats nationaux; le Conseil
régional de développement de l'Abitibi-Témiscamingue, organisme de
développement économique régional québécois; des comités de
promotion du tourisme; 8 000 pétitionnaires ontariens et
5 000 Québécois. La liste s'allonge et je ne vais pas vous embêter
en continuant de la lire.
Je voudrais toutefois dire qu'il y a quelque chose qui manque
à la discussion que nous avons ce soir, quand nous nous
interrogeons sur l'ampleur de l'opposition publique. Elle existe,
elle est réelle, elle est documentée, elle est mesurée. Cet aspect
a été une pierre d'achoppement dans nos relations avec Toronto,
mais je pense que ce n'est pas le cas ici. La question
fondamentale, si l'on en revient à la proposition elle-même, c'est
qu'il s'agit d'un concept expérimental inédit pour se débarrasser
des déchets solides d'une municipalité.
Nous vous avons distribué un document qui illustre la réalité:
Il s'agit d'un puits inondé de 300 pieds de profondeur. Nous avons
obtenu beaucoup de nouveaux renseignements sur ce puits grâce à un
géologue qui y travaillait pendant qu'on pompait l'eau. Il fallait
pomper constamment. Les défenseurs du projet ont bien sûr rejeté du
revers de la main cet argument. Après tout, cet homme était
géologue depuis seulement 30 ans dans la région, il a un doctorat
et il est à l'emploi du gouvernement de l'Ontario. Pendant tout ce
temps, il n'a cessé de consigner ses arguments contre ce projet.
On propose en fait de déverser des ordures dans un
environnement qui fuit, ce qui est contraire aux lignes directrices
du ministère de l'Environnement de l'Ontario et à toutes les autres
lignes directrices qui existent en Amérique du Nord en ce qui a
trait aux décharges. Le projet prévoit que l'eau souterraine va
percoler à travers les ordures et les nettoyer, après quoi il
faudra assainir l'eau et la remettre dans l'environnement. C'est
une proposition qui vise à polluer volontairement la nappe
phréatique à hauteur d'environ 190 000 gallons d'eau par jour
pendant 120 ans. C'est pour l'essentiel la phase toxique du projet.
Ensuite, pendant environ 880 ans, le drainage naturel du site fera
le reste avec les infiltrations d'eau, car le promoteur du projet
reconnaît que de l'eau circule actuellement dans ce puits.
• 2250
C'est un concept d'ingénierie invraisemblable. Il y a
peut-être des chances que cela fonctionne, mais nous croyons... Et
puis, il n'y a pas de sous-couche. Celle qu'on propose est une
sorte de croûte de tarte dont on enroberait le puits, une couche de
gravier de 15 pieds d'épaisseur, afin que l'eau percole plus
rapidement vers le fond. Si vous voulez de plus amples explications
techniques sur les risques que cela suppose, peut-être que notre
propre conseiller et expert local, Stan Gorzalinscky, pourrait
prendre la parole.
Merci.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Je demanderais à
M. McGuinty ou à M. Usher s'ils ont quelque chose à dire en réponse
à cela.
M. Steve Usher: Madame la présidente, je ne sais pas par quel
bout commencer.
Le puits est plein d'eau; c'est un puits de mine. La nappe
phréatique autour de la mine atteint presque la surface. Comme vous
l'avez vu sur la photo, le niveau d'eau dans le puits se trouve à
100 mètres plus bas et il y a effectivement 100 mètres d'eau dans
le puits. La pression exercée par une colonne d'eau de 100 mètres
de hauteur... imaginez 100 mètres d'eau qui pèsent lourdement sur
le fond du puits. Il ne peut y avoir de fuite.
J'ai entendu il y a un instant quelqu'un dire qu'il fallait
pomper l'eau du puits pour assécher ce dernier. Voilà qui démontre
clairement que l'eau s'écoule vers le puits. La couche de gravier,
que l'on a décrite comme une croûte de tarte de cinq mètres
d'épaisseur—elle est aussi épaisse que la longueur de ces tables
mises bout à bout—entoure les déchets. L'eau souterraine ne passe
pas à travers les déchets; l'eau souterraine s'écoule dans le
puits, elle atteint la couche de gravier et tombe au fond. Ce qui
provoque un percolat dans cette décharge, c'est l'eau de pluie qui
tombe et qui percole à travers les déchets. Elle va rejoindre l'eau
souterraine au fond, elle est diluée. Cette eau est alors pompée et
traitée.
J'ai lu dans le journal, et cela a été mentionné ce soir, que
l'eau coule d'un côté du puits et qu'elle sort de l'autre. C'est
physiquement impossible. J'ai entendu parlé d'une expérience très
simple où l'on perce des trous dans un sceau et que l'on met dans
une baignoire pleine d'eau, et l'on ne voit jamais l'eau entrer
d'un côté du sceau et sortir de l'autre. C'est une image qu'on peut
visualiser aisément.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur
Gruending, s'il vous plaît.
M. Dennis Gruending: Merci, madame la présidente.
Je veux répondre brièvement à M. Lincoln. Premièrement, je
vous prie d'excuser mes observations sur la présence des députés ce
soir. Deuxièmement, si j'en juge d'après vos propres questions
pointues et informées, vous serez sans doute d'accord pour dire que
nous avons bien fait de nous rencontrer.
J'aimerais adresser une question à M. McGuinty. Il semble que
cette façon de faire les choses n'était pas le premier choix de
Toronto. Les gens qui vivent sur ce parcours, dans des endroits
comme Gravenhurst et Huntsville, semblent être inquiets, du moins
d'après les journaux que j'ai lus. On a entendu parler ce soir de
ce qui semble être une opposition généralisée dans la région, peu
importe ce qu'a dit l'un des préfets, propos que je respecte, mais
il semble que la plupart de ces gens sont contre.
Ma question est simple: si les gens de Toronto ne semblent pas
vraiment convaincus que c'était la solution, du moins dans la
ville, mais qu'ils y ont été contraints, si les gens qui vivent le
long de la voie ferrée—ce dont nous n'avons d'ailleurs pas parlé
ce soir—sont inquiets, et que les gens de la région concernée sont
pour leur part très inquiets, pourquoi, au bout du compte, tenez-vous
tant à donner suite au projet?
M. Gordon McGuinty: Je répondrai d'abord simplement qu'il y a
dix ans que je travaille là-dessus, et j'affirme catégoriquement
que, si Toronto décide d'y donner suite, nous aurons là le système
de gestion des déchets le plus avancé au monde ainsi que la
décharge publique la plus sûre qui soit.
En réponse à votre question au sujet des options de Toronto,
la ville étudie ce projet depuis 1990. Elle détenait en fait une
option d'achat sur le site depuis cinq ans mais elle a préféré
s'adresser au secteur privé et retirer ce projet des mains du
secteur public. Au cours des quatre dernières années, la ville a
tenu deux appels d'offres et invité le secteur privé à trouver une
solution. Pour ce qui est de la situation actuelle, comme
M. Garrett l'a mentionné, je crois, il n'y a pas de solutions pour
la ville de Toronto dans la province de l'Ontario, sauf deux.
La première, ce serait l'expansion de la décharge de la vallée
de la Keele, qui a atteint—et je pense que tout le monde
l'admet—le fait de saturation. Oui, on a proposé une nouvelle
prolongation pour quelques années afin de gagner du temps, mais
c'est ce qu'on avait déjà fait en 1996. On a envisagé une option à
long terme, et on l'a allongée. Mais la décharge de la Keele a
atteint son point de saturation.
L'autre solution pour la ville de Toronto, et les régions
environnantes, serait un envoi massif de déchets vers le Michigan.
Si on ne donne pas suite au projet de la mine Adams, si Toronto ne
signe pas le contrat, si le ministre fédéral, dans sa sagesse,
décide d'exiger une évaluation environnementale du projet et
retarde les choses, la ville de Toronto et les régions
environnantes ne pourront expédier que 1,8 million de tonnes sur la
401 qui franchira le pont menant au Michigan. Il n'y a pas d'autres
solutions, et ça fait dix ans que la ville en cherche une.
• 2255
M. Dennis Gruending: À quelle distance va-t-on expédier...
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): [Note de la
rédaction: Inaudible]... M. Gruending, et nous accorderons un peu
plus de temps. Mme Lloyd veut intervenir également.
M. Dennis Gruending: Très bien.
Mme Brennain Lloyd: Si l'on me permet de répondre brièvement,
je crois qu'il est absolument inexact de dire que Toronto n'a pas
d'autres solutions. J'habite très loin de Toronto, mais j'ai passé
beaucoup trop de temps dans des salles de comité à Toronto ces
dernières années à suivre les processus qu'on étudie, lesquels
semblent invariablement les mener vers le Nord. Il y a d'autres
solutions.
Leur première solution de rechange est le déroutement. Les
propres experts-conseils de la municipalité de Toronto ont remis à
celle-ci en 1995 un rapport disant qu'il serait possible de
dérouter de 80 à 85 p. 100 des déchets dans un délai de cinq ans.
Le délai de cinq ans est écoulé et on en est à 24 p. 100.
Quant aux options pour l'élimination des déchets, il est vrai
que la demande de propositions n'a pas débouché sur une longue
liste d'options possibles, mais il en est quand même ressorti plus
de possibilités que ce que M. McGuinty veut bien nous le dire. En
réponse à la demande de sites d'élimination, les responsables ont
reçu six propositions de Rail Cycle North, quatre autres sont
restées à l'étude jusqu'à la fin, deux étaient pour le Michigan et
deux autres pour le sud-ouest de l'Ontario. Une cinquième option
relative au site d'enfouissement Ridge a été retirée parce que la
société Canadian Waste Services, qui est en train de racheter les
intérêts de M. McGuinty dans Rail Cycle North, a également acheté
Ridge; le Bureau de la concurrence est donc intervenu en disant
qu'on ne pourrait pas donner suite à ce projet. Je ne peux pas vous
donner plus de détails ce soir, mais je pourrai certainement vous
les communiquer plus tard. Le site de Ridge était donc disponible
mais l'offre a été retirée uniquement à cause d'une décision
commerciale de Canadian Waste Services, un partenaire de
M. McGuinty.
Il y a sauf erreur 176 millions de tonnes de capacité de
décharge disponibles dans le sud de l'Ontario à l'heure actuelle.
Toronto a de nombreuses options à sa disposition, tant pour le
déroutement que pour l'élimination des déchets. Si ce processus
n'apporte pas à la ville les réponses qu'elle attend, c'est peut-être
parce que le processus est lacunaire. Les options et les
possibilités existent.
Merci.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur
Gruending, nous vous donnons deux minutes de plus.
M. Dennis Gruending: Je vous remercie sincèrement. Les
interventions des deux côtés étaient bonnes.
J'aimerais poser une question à M. Bernier. Deux témoins
viennent de parler du paragraphe 35(2) de la Loi sur les pêches en
disant qu'il fallait en tenir compte avant de prendre une décision
au sujet d'une évaluation environnementale. On a dit qu'une lettre
a été envoyée par le ministère de l'Environnement à l'Ontario en
1997. Dans le mémoire que vous nous avez remis—peut-être cela m'a-t-il
échappé—, il n'est pas question des pêches comme déclencheur,
pour reprendre le mot employé ce soir. J'aimerais savoir si vous
envisagez désormais d'invoquer la Loi sur les pêches pour
déclencher une évaluation environnementale.
M. Paul Bernier: Lors de l'étude que nous avons effectuée
jusqu'ici pour répondre à la pétition de la Première nation
Témiscamingue, nous avons communiqué avec certains ministères, en
demandant à chacun d'entre eux s'il avait pris une décision, ou, de
façon plus générale, pour reprendre les termes de la loi, exercer
un pouvoir, ou assumer une fonction à ce sujet. Cela portait sur
tous les facteurs susceptibles de déclencher la Loi sur
l'évaluation environnementale. L'un de ces ministères était Pêches
et Océans, qui n'a rien fait jusqu'ici. Si le ministère juge utile
de le faire à l'avenir, comme je l'ai expliqué dans mon mémoire,
cela empêchera le ministre de l'Environnement d'appliquer l'une des
dispositions transfrontalières de la loi.
Le ministre ne peut invoquer les dispositions
transfrontalières de la loi que si aucun pouvoir n'est exercé, ou
aucune fonction assumée au niveau fédéral au sujet du projet. Dans
ce scénario, si le ministère des Pêches disait: «Oui, nous allons
le faire», compte tenu des renseignements dont nous disposons
aujourd'hui, il nous faudrait délivrer une autorisation aux termes
du paragraphe 35(2). Cela élimine la possibilité d'invoquer les
dispositions transfrontalières. Comme vous l'avez dit, on se
trouverait donc dans une situation où les pêches pourraient dire
qu'il leur faut faire un examen préliminaire relativement à ce
projet—aux termes des autres dispositions de la loi, et non en
invoquant les dispositions transfrontalières.
• 2300
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Madame Lloyd, et
je vous demanderai d'être brève.
Mme Brennain Lloyd: D'après mon interprétation de la loi—et
M. Bernier y consacre sans doute plus de temps que moi—, c'est
l'autorité responsable qui doit décider si la question doit faire
l'objet d'un examen préalable ou d'une étude approfondie. Le
ministre peut alors soumettre l'étude approfondie à l'examen d'un
groupe d'experts. Les choses ne s'arrêtent donc pas à l'examen
préalable.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Il ne s'agit pas
uniquement d'un examen préalable. Il revient au ministre d'exercer
sa discrétion pour déterminer...
M. Paul Bernier: En l'occurrence, je n'ai pas examiné le
projet pour voir s'il est assujetti au règlement qu'on appelle le
règlement sur la liste d'étude approfondie; est-ce que, par
définition, ce projet figure sur cette liste? Si c'est le cas,
alors oui, il revient au ministre de l'Environnement d'examiner la
question. Dans le cas contraire, il s'agirait simplement d'un
projet qui ferait l'objet d'un examen préalable, sans possibilité
d'une étude approfondie.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Monsieur Herron.
M. John Herron: Dans une vie antérieure—il y a peine trois
ans et demi—j'ai été directeur de projets industriels d'envergure.
Je me souviens d'avoir été à la table et si les deux parties
voulaient que quelque chose se fasse, cela se faisait.
Dans ce contexte, disons que la meilleure option pour Toronto,
ou même la seule option, c'est d'envisager le site de la mine
Adams. Supposons toujours, qu'un peu plus tard, Toronto est disposé
à attendre tant que le gouvernement fédéral n'aura pas décidé s'il
doit y avoir ou non un examen, question de quelques semaines. Si
Toronto était disposée à attendre quelques mois, cela changerait
les contraintes de temps dont vous avez parlé.
En fait, je suppose que je vous demande si Toronto disait: «Si
le gouvernement fédéral veut examiner ce projet, nous sommes
disposés à en reporter la mise en route et si nos données
scientifiques sur lesquelles il repose—en fait, j'accepte les
données scientifiques et la Bible—se révèlent valables et
permettent de faire démarrer le projet, rien ne nous empêche, nous
sommes tous adultes, de reporter la mise en chantier du projet et
d'attendre que M. Bernier ait examiné, sous tous les angles
possibles, la question de savoir s'il doit ou nom effectuer un
examen.
D'un point de vue commercial, si Toronto disait qu'on peut
attendre un mois, ça ne vous gênerait pas, n'est-ce pas?
M. Gordon McGuinty: Je pense monsieur Garrett—je ne sais plus
au juste comment il l'a dit. Le problème, c'est qu'on dispose
d'environ 18 mois avant que l'installation de la vallée Keele ne
ferme. Il y a donc un problème. En ce qui concerne les contrats,
l'échéancier est un peu plus serré que si nous allions au Michigan,
parce que dans ce cas, le Michigan n'a qu'à fabriquer de grandes
quantités de remorques et de camions qui emprunteront l'autoroute
401. Nous devons construire un site d'enfouissement.
Ce qu'on craint c'est qu'après deux ans d'une démarche très
exhaustive, tout retard indéterminé nuise à la possibilité de
fermer le site de la vallée Keele.
M. John Herron: Ce que je veux dire, c'est que si l'on disait
par exemple: «Écoutez, il nous faudra peut-être intervenir pour
modifier le retard de 30 jours» cela aurait peut-être un effet
négatif. Toutefois, si Toronto est disposée à reporter la mise en
route du projet de 30 jours afin que les choses s'arrangent comme
il faut, et si c'est la meilleure option pour Toronto et que vous
vouliez conclure le contrat vous aussi, ce retard de 30 jours
n'aura pas d'incidence. Quel serait...
• 2305
M. Gordon McGuinty: Clairement, je pense que tout revient à
l'avis que M. Bernier donnera-t-il au ministre. S'il faut procéder
à une évaluation environnementale complète, Toronto ne pourra pas
utiliser la mine Adams à temps.
Je ne conteste pas votre argumentation. Si on s'en tient à un
retard de 30 jours, c'est possible. Mais ce n'est certes pas
possible—tant pour nous que pour eux—si nous voulons respecter
les conditions du contrat et ne pas être passibles de pénalités.
Nous éprouverions des difficultés. Encore une fois, je n'essaie pas
d'éluder la question car je comprends votre argumentation, mais
tout dépendra de la décision du ministre.
M. John Herron: Merci. C'est une réponse assez claire.
Brièvement, bien que nous tentions de choisir les membres de
ce comité de façon judicieuse, parfois, nous, les représentants des
tout petits partis, nous bagarrons. Certains partis sont incapables
de...
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur Herron,
nul besoin d'en discuter...
M. John Herron: Excusez-moi, je reviens à la question.
Si l'on invoquait en fait le paragraphe 35(2) de la Loi sur
les pêches, il faut que l'habitat du poisson qui est visé
soutienne, directement ou indirectement ou ait le potentiel de le
faire, une pêche commerciale, récréative ou de subsistance. Si
c'est le cas, si cette disposition devient un déclencheur, dites-vous
que vous n'examinerez pas les aspects connexes, c'est-à-dire
les effets hors frontières ainsi que la plainte des Premières
nations? Il n'y a qu'un aspect qui vous intéresse, lorsque vous
entreprenez l'examen et ces deux autres aspects ne vous intéressent
pas? C'est tout ou rien?
M. Paul Bernier: Vous parlez d'un exemple où l'on invoquerait
le paragraphe 35(2) de la Loi sur les pêches. S'il en était ainsi,
si le ministère des Pêches et des Océans décidait de faire
appliquer cet article de la loi qui porte sur la perturbation et la
destruction de l'habitat du poisson, alors le ministère, aux termes
de la Loi, aurait le pouvoir d'évaluer le projet. Le ministre de
l'Environnement n'aurait pas le pouvoir, dans cet exemple,
d'invoquer les dispositions concernant les effets hors frontières.
Dans ce cas c'est le ministère des Pêches qui examinerait le projet
ainsi que les facteurs qui doivent faire l'objet d'une évaluation.
Tout reviendrait alors au ministère des Pêches et nous ne serions
pas en mesure d'effectuer une évaluation.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan:) Merci.
Monsieur Pratt, je vous en prie.
M. David Pratt: Merci, madame la présidente.
Mes questions s'adressent à M. Usher. J'essaie de comprendre
comment on a appliqué la réglementation dans le cas de la mine
Adams. J'ai posé des questions précédemment sur ce qui s'est passé
dans la région d'Ottawa-Carleton lorsque nous avons mis en service
une décharge à écran d'étanchéité artificiel. Je me demande si le
type de décharge dont il est question à la mine Adams... si l'on a
approuvé la topologie avant de recevoir la demande, avant que cette
proposition n'aboutisse. Avant le projet de la mine Adams, est-ce
que ce genre de site était légal en Ontario?
M. Steve Usher: Je ne comprends pas très bien la question.
Vous me demandez je crois si la décharge du chemin Trail a été
approuvée...?
M. David Pratt: Non, non. Nous savons que la décharge du
chemin Trail est une décharge à écran d'étanchéité artificiel sans
restriction...
M. Steve Usher: Oui.
M. David Pratt: ... avec récupération des lixiviates, etc.,
toutes les options. Je veux toutefois savoir si le site Adams, tel
que vous l'avez décrit avec l'infiltration d'eau, était légal en
Ontario avant même qu'on en parle.
• 2310
M. Steve Usher: Oui, je peux répondre à cette question.
C'était certainement le cas. La décharge de Halton dans la région
de Halton, à l'ouest de Toronto, a été approuvée en 1989. Il s'agit
d'un site à confinement hydraulique. La décharge de la Ville de
Peterborough en est une aussi en partie. La décharge de Taro à
Stoney Creek est également un site à confinement hydraulique. Dans
tous ces sites, on applique le même principe d'écoulement
centripète.
M. David Pratt: Le principe est le même mais la géologie
l'est-elle?
M. Steve Usher: La décharge de Taro est constituée de roches
fracturées, oui, mais j'aimerais ajouter quelque chose. L'Ontario
a récemment ajouté de nouvelles normes relativement à la conception
de sites d'enfouissement. Aux termes de leur procédure d'évaluation
environnementale, si vous choisissez le modèle type, vous n'êtes
pas assujetti à la procédure d'audience, à condition de respecter
certains critères. Si vous choisissez un modèle différent, il doit
être supérieur au modèle type, ce que vous devez démontrer en vous
soumettant à l'évaluation environnementale, ce qu'a fait la mine
Adams. Donc, en bref, oui, on a suivi les lois et les règlements.
M. David Pratt: Très bien. Ce qui me préoccupe au sujet de la
mine Adams cependant, c'est la composition géologique. Ce qui me
préoccupe, c'est le passé du site puisque c'était une mine de fer
que l'on a dynamitée pendant 30 ans. Il devient—évidemment je suis
un profane—problématique de prédire l'écoulement de l'eau dans une
telle situation. Je pense que nous convenons tous qu'en principe,
l'eau s'écoule vers le bas. Toutefois, une fois dans un site, il
devient difficile de prédire si l'eau au fond d'un site va
effectivement s'écouler vers le bas, tout dépend de la composition
du terrain.
Quel genre de modélisation informatique avez-vous fait, si
c'est le cas, pour analyser l'écoulement de l'eau? Sur quoi vous
êtes-vous fondé dans cette modélisation?
M. Steve Usher: Il ne faut pas oublier que lorsque je réponds
à ce genre de questions, c'est en fonction de l'examen que j'ai
fait du travail effectué par Golder Associates et de l'examen de
leur modélisation. Le modèle ne dépend pas de la modélisation
informatique de l'eau souterraine. En fait, nous avons indiqué, dès
le début, qu'on avait constaté un débit intérieur en provenance de
toutes les directions mais que l'on n'avait pas foré en dessous du
puits. On a foré un trou sous le puits à notre demande, c'est-à-dire
pour le CLP.
M. David Pratt: Le CLP?
M. Steve Usher: Le comité de liaison publique en 1995. Le
groupe d'audition a exigé que l'on fore deux trous de plus sous le
puits pour les mêmes raisons, et l'on a constaté que le niveau de
l'eau dans ces puits était au-dessus du niveau de l'eau dans la
mine. Donc, chaque fois qu'on est retourné pour obtenir plus
d'information, on a constaté la même chose.
En ce qui concerne le dynamitage—et nous avons tous
l'impression que le dynamitage fracture les roches et il doit y
avoir un énorme fouillis dans ce puits—en 13 ans le puits ne s'est
rempli qu'au cinquième de son volume, de sa taille. Il faudrait 50
ans, vu la quantité d'eau disponible, pour le combler. C'est un
rythme très lent. Cela donne environ six litres à la seconde. Vu
toutes les fissures et les dégâts du dynamitage,—et en passant,
ce genre de dégâts se répercute très loin dans la roche, c'est un
fait connu—l'eau s'infiltre... Si vous remontez en arrière, cette
roche, y compris les fissures est beaucoup plus serrée que toute
autre sous-couche d'argile de site d'enfouissement en Amérique du
Nord.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur
Gorzalinscky, vouliez-vous ajouter quelque chose?
M. Stan Gorzalinscky: Oui, j'aimerais demander à M. Usher de
préciser une chose qu'il a dite au cours de son exposé. Il a
déclaré que les deux trous forés dans le puits, dans le cadre des
audiences provinciales d'évaluation environnementale, ont révélé un
niveau d'eau supérieur au niveau d'eau dans le puits. Même si c'est
vrai, il a oublié de mentionner que ces deux trous ont également
révélé des niveaux d'eau inférieurs à une étape de l'espérance de
vie de la décharge. Je remonte un peu en arrière; il se fait tard.
Il y a une étape d'écoulement sous l'effet de la pesanteur au
cours de laquelle on permet au produit de lixiviation de remonter
dans le puits jusqu'à un certain niveau. Pour que l'écoulement
puisse continuer pendant cette période, il faut que l'eau
souterraine remonte à travers le plancher du puits. Les deux trous
que l'on a forés l'ont été dans le but de démontrer que la pression
d'eau en dessous du puits était suffisamment élevée pour maintenir
l'écoulement centripète.
• 2315
Donc essentiellement, il fallait que la hauteur soit
supérieure à la hauteur pendant la phase de drainage par l'action
de la pesanteur. C'est une comparaison de chiffres, en fait.
Lorsque l'on a foré le premier trou... De mémoire, compte tenu des
13 résultats, aucun n'était supérieur à la hauteur au cours de
l'étape de drainage par l'action de la pesanteur. Le deuxième trou
a donné 14 résultats; huit n'étaient que supérieurs à la hauteur au
cours de la phase de drainage par gravité. Cela révèle qu'au cours
de l'étape de drainage par l'action de la pesanteur. Cela révèle
qu'au cours de cette étape il y aura écoulement centrifuge du
puits.
Je ne suis pas expert en la matière. C'est ce que j'en ai
déduit d'après l'analyse des données.
J'aimerais que M. Usher tire les choses au clair, après quoi
j'aimerais lire une déclaration au comité, si vous le permettez.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Très bien.
Monsieur Usher.
M. Steve Usher: Oui, je vais volontiers vous expliquer la
situation.
Ces trous de sonde visaient à confirmer qu'il s'exerçait une
pression centripète. Ce n'était pas pour confirmer que le niveau
d'eau était plus élevé que la bonde de vidange par l'action de la
pesanteur. Quand ce puits sera vidé, que l'on aura pompé l'eau qui
s'y trouve, le niveau de la nappe phréatique diminuera également et
restera au-dessus du puits. Il ne peut pas en être autrement.
Lorsque le puits se remplira d'eau dans 120 ans, le niveau de la
nappe phréatique augmentera également.
Je ne vous demande pas de me croire, mais je vous affirme que
lorsqu'on pompera l'eau du puits, conformément aux directives du
ministère de l'Environnement de l'Ontario, il faudra surveiller ces
trous pour vérifier si ce que j'ai dit est vrai ou non. Je n'ai pas
inventé cela: c'est ce qu'ont dit les experts-conseils du promoteur
du projet. J'ai examiné et approuvé ce projet, ainsi que le
ministère de l'Environnement, qui était d'accord également.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur
Gorzalinscky.
M. Stan Gorzalinscky: Ce que je vais vous lire émane d'un
certain M. Paul Bowen. C'est un hydrogéologue qui a les mêmes
titres de créance que M. Usher. Il a 30 ans d'expérience dans le
domaine de la conception des sites d'enfouissement. Je vais vous
lire ce texte mot pour mot. Il n'est pas très long. Le voici:
En ce qui concerne les résultats des deux nouveaux trous de sonde,
je ne peux pas conclure de façon catégorique que les niveaux
enregistrés de la nappe souterraine supporteront le confinement
hydraulique dans le puits sud de façon à protéger l'environnement
à la fois pendant les phases de pompage et de drainage par l'action
de la pesanteur. Au contraire, je suis d'avis que les résultats des
nouveaux trous de sonde confirment la présence de structures de
substratum rocheux conductif qui provoqueront ou permettront
l'échappement vers l'extérieur du percolat du puits sud pendant la
phase de drainage sous l'effet de la pesanteur.
Ce témoignage n'a jamais été examiné par une tribune publique.
Il a été présenté après les audiences provinciales.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Monsieur Bélanger.
M. Pierre Bélanger: Rapidement, madame la présidente, le
projet exige une véritable perfection de la fonction mécanique.
N'oublions pas qu'il faut pomper pendant 120 ans et nettoyer toute
cette eau avant qu'elle soit libérée. Je tiens simplement à
rassurer le comité que l'on n'est pas confronté à des citoyens
hystériques victimes du vieux syndrome «pas de ça chez moi». Ce
n'est pas parce que nous avons peur des déchets à cause de la
mention de Toronto sur les sacs. Ce qui nous fait peur, c'est la
conception de ce projet, une conception peu orthodoxe, jamais mise
à l'essai, de nature très expérimentale et hypothétique.
Je tiens simplement à rappeler les propos des ingénieurs qui
ont conçu ce projet pour M. McGuinty, Golder Associates. En
1991—je lis des extraits du hansard de l'Ontario, et je pourrais
le remettre au greffier—, voici ce que ces personnes ont déclaré.
C'est le même expert-conseil qui a travaillé pour le conseil
municipal de Guelph à l'égard d'un projet de décharge que l'on
envisageait de créer dans un secteur où la masse rocheuse était
fracturée. Voici ce qu'ont dit ces experts au sujet des zones où le
substratum rocheux est fracturé et où l'on propose de créer des
décharges: «Le déplacement des contaminants dans ces formations
aquifères posera un risque énorme pour la nappe phréatique.» Il est
difficile «... de prédire quand ces contaminants se répandront et
d'adopter des mesures correctives d'urgence...».
Voilà le problème que pose ce genre de décharge. Il n'y a pas
de plan B. Si le projet se solde par un échec, il est impossible de
forer et de trouver où se déplace le percolat. Ces produits de
lixiviation se répandent rapidement dans les fissures et on ne peut
rien y faire. Si le projet échoue, il n'y a pas de plan B. Voilà ce
qui est important.
• 2320
Puis ils concluent en disant:
[...] les mesures d'urgence, si elles se révèlent nécessaires, ne
pourront pas être prises avec la même garantie de résultats que
s'il s'agit de sols poreux (sable, gravier, argile ou limon). Par
conséquent, installer un site d'enfouissement dans un secteur qui
pourrait entraîner la migration de contaminants dans des roches
fracturées est tout à fait inadmissible.
C'est ce que disait en 1991 l'expert-conseil lorsqu'il
travaillait pour le conseil municipal de Guelph. C'est son avis
depuis qu'il travaille, ces dernières années, pour M. McGuinty et
Notre Development. Il estime que c'est un réceptacle idéal pour les
déchets.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Quelqu'un veut-il
répondre?
M. Steve Usher: Oui, si vous le permettez. Il n'est pas juste
d'établir une comparaison entre ce site d'enfouissement et celui de
Guelph. Les deux sont très différents. Il s'agit ici d'un grand
puits dont l'étanchéité a été prouvée. Il n'y a pas de formation
aquifère dans les environs. Le puits le plus proche se trouve à
7 kilomètres de là. Il n'y a aucune comparaison. À mon avis, cet
expert-conseil, Golder, n'a pas été logique en donnant cet avis car
il s'agissait d'un site tout à fait différent.
Quant à l'observation au sujet de l'absence de plan B, sauf
erreur, il existe un important groupe de travail de surveillance et
d'urgence, dont j'ai fait partie, qui a justement prévu ces mesures
d'intervention et d'urgence et les moyens de surveillance en vue de
les déclencher, et des fonds ont été réservés à cette fin. Il
existe donc un plan B.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur McGuinty.
M. Gordon McGuinty: En un mot, je ne suis pas sûr que M. Bowen
soit titulaire d'un doctorat ou possède les mêmes titres que
M. Usher. Le témoignage qui a fait l'objet d'un examen, d'après ce
qu'a déclaré M. Gorzalinscky, n'était qu'un avis non étayé par des
documents factuels.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Monsieur Lincoln, êtes-vous prêt à poser vos questions?
M. Clifford Lincoln: Oui.
Tout d'abord, j'aimerais dire que c'est peut-être le dernier
espoir possible pour Toronto. Il y a douze ans, Montréal voulait
faire exactement la même chose. Lavalin avait protégé d'acheter une
grande mine au Nord de l'Outaouais, d'y installer un site
d'enfouissement et d'y amener les déchets par train. C'était censé
être le dernier espoir possible pour Montréal. Dieu merci, nous
avons empêché ce projet de se réaliser. Montréal s'est bien
débrouillée depuis au moins 12 ans. Ce qui est encore plus
intéressant, dernièrement, c'est que la ville de Montréal, en
raison de son énorme problème d'ordures, a adopté un règlement
municipal pour accroître les activités de recyclage dans les
immeubles locatifs. Le recyclage a triplé depuis un an ou deux. Il
y a donc toujours une solution.
Je ne suis pas d'accord avec M. Bélanger sur ce point. À mon
avis, une collectivité doit s'occuper de ses propres déchets. Je
suis convaincu qu'une ville comme Toronto, qui ne manque pas de
ressources financières et technologiques, doit trouver une autre
solution.
Ce qui m'inquiète vraiment ici—et j'aimerais savoir ce qu'en
pensent M. McGuinty, M. Usher et les autres témoins—c'est qu'il
semble que les avis soient tout à fait contradictoires à chaque
fois. M. Bélanger et d'autres nous disent que l'évaluation faite en
Ontario ne portait que sur une question d'ordre technique liée à la
conception technique et à la sécurité au sujet des produits de
lixiviation, qu'aucune autre question n'a été étudiée, et que le
ministre avait fixé une date butoir de quinze jours. Nous entendons
dire que l'évaluation environnementale, en revanche, a pris des
semaines, qu'elle a porté sur tous les autres points, qu'elle a
porté sur les questions liées aux Autochtones, sur le bassin
hydrographique—sur tout le reste. Une des parties, comme l'a dit
M. Brien, nous dit qu'il est certain, voire garanti, que rien ne
pourra se produire et que cela ne présente pas plus de danger
qu'une maison. De l'autre côté, il y a un autre expert d'avis
contraire. Il y a M. Bowen. Il y a M. Lee, l'expert-conseil de
Californie. M. Lee n'a pas mâché ses mots en critiquant le système
de confinement du percolat proposé par Notre Development, et il a
écrit ceci:
Nous recommandons que le grand public s'oppose énergiquement à la
solution proposée par Notre Development pour la création de ce site
d'enfouissement car elle ne protège pas suffisamment les intérêts
de la collectivité.
• 2325
Nous sommes donc confrontés à des messages tout à fait
contradictoires qui nous rendent extrêmement sceptiques. Je dirais
que si j'ai des doutes... Mme Lloyd nous dit que Toronto a
plusieurs solutions, et on nous présente maintenant deux messages.
D'une part, on nous dit que le projet est très sûr, que c'est bien,
sans danger, formidable, sensationnel; il faut le mettre tout de
suite en application au risque de voir Toronto disparaître sous ces
déchets. D'autre part, on nous dit que non, il y a des problèmes,
qu'il y d'autres solutions possibles, que l'évaluation
environnementale ne s'est pas faite dans les normes ou qu'elle a
été tout à fait insuffisante.
Puis lorsque M. Usher me dit que cela sera assujetti aux
normes de surveillance de l'eau provinciale—je l'ai noté quand
vous l'avez dit—alors ça me fait vraiment peur—vu ce qui s'est
passé à Walkerton et à tous les inspecteurs qui travaillaient
là-bas et qui n'y sont plus, alors ça me fait très peur. Je me dis
que si c'est votre garantie de succès, on ferait bien de revoir
tout ça.
Pourriez-vous concilier toutes ces contradictions et essayer
d'apaiser nos craintes?
Mme Brennain Lloyd: Permettez-moi de commencer, monsieur
Lincoln. Je pense qu'il faut une évaluation environnementale
fédérale. C'est une affaire très compliquée qui remonte à 11 ans,
et il n'est pas raisonnable de vous demander de débrouiller cet
écheveau en une soirée.
En ce qui concerne les questions concernant l'évaluation
environnementale, lorsque les partisans de l'idée vous disent qu'il
y a eu une évaluation environnementale complète... En 1995, la
ville de Toronto a commencé une évaluation. Elle a produit une pile
de documents épaisse comme ça. Le ministre a préapprouvé la mine
Adams et a transmis une seule question d'ordre technique au groupe
chargé de l'évaluation environnementale. C'est la différence. Oui,
ils ont produit une pile de documents mais il est aussi vrai que
l'audience n'a porté que sur une seule question technique. C'est
donc dire que, même si nous avons présenté des mémoires et des
documents sur tout un éventail de questions, l'examen public n'a
porté que sur une seule question technique.
Cela explique peut-être la contradiction apparente. Je pense
que les partisans de l'idée veulent vous faire voir un seul aspect
de la chose. Il faut bien que vous compreniez qu'il n'y a eu qu'une
audience publique sur une seule question technique. Le ministre a
imposé un délai, un calendrier, qui n'a permis que 15 jours
d'audiences avant que le groupe ne doive présenter son rapport au
ministre.
Merci.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur McGuinty.
M. Gordon McGuinty: La mine Adams a fait l'objet d'une
évaluation environnementale complète en vertu des lois de
l'Ontario. Comme je l'ai dit tout à l'heure, nous avons étudié
chaque discipline technique. Il y a eu divulgation complète de
toutes ces disciplines. La population a pu être consultée lors des
études et le ministère s'est prononcé sur toutes les disciplines
relatives aux problèmes soumis à l'audience.
Le ministre a sollicité les vues de la communauté à propos des
questions qui la préoccupaient. Je n'ai pas le chiffre exact, mais
je vous dirai que 95 p. 100 de la population s'inquiétait de la
contamination de la nappe phréatique. C'est le problème, outre
notre capacité de la collecter, et la structure; quant à savoir
s'il y a des fuites, il en a été question à l'audience du Conseil
des relations environnementales.
En ce qui concerne l'équité de l'audience, je précise que
l'opposition était représentée par tous ses avocats et comme groupe
nous avons essentiellement dit—y compris le promoteur—à la
Commission que nous n'étions pas d'accord avec le délai imposé par
le ministre de l'Environnement. La Commission d'évaluation
environnementale s'est adressée de nouveau su ministre de
l'Environnement de l'Ontario et a dit que les gens qui se
présentent à l'audience veulent avoir plus de temps et ont besoin
de plus de temps pour bien évaluer notre décision. Le ministre de
l'Environnement a changé la date et il y a eu entente unanime sur
les délais de l'audience.
En réponse à la question de M. Lincoln—et je comprends votre
dilemme—je dirai seulement, du point de vue du prometteur de
l'idée après 10 ans, la différence c'est que pendant cette période
nous avons dû prouver sans arrêt ce que nous avions à dire. Même si
je respecte le droit des gens d'exprimer leur désaccord, ils
donnent une opinion; ils ne fournissent pas de preuves.
• 2330
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Brièvement,
messieurs Usher et Ayotte.
M. Steve Usher: Très brièvement, je pense pouvoir vous
rassurer sur les normes provinciales. Je ne peux pas parler de
Walkerton puisque je ne m'en occupe pas. La situation est très
différente. Dans ce cas, il s'agit d'approvisionnement en eau,
alors qu'ici c'est une décharge. Les normes provinciales dont je
parle sont les normes de qualité de l'eau. Elles doivent être
suivies, et elles devaient être suivies aussi à Walkerton. Elles
n'ont pas changé, donc elles doivent toujours être respectées.
En ce qui concerne le personnel, il y a un inspecteur à plein
temps du ministère de l'Environnement tenu en vertu du certificat
d'approbation d'être présent sur le site sept jours par semaine.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur Ayotte.
M. Pierre-Alexandre Ayotte: J'ai une simple question. Cela va
peut-être faire rire tout le monde, mais elle s'adresse à
M. McGuinty.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Par
l'intermédiaire de la présidence, s'il vous plaît.
M. Pierre-Alexandre Ayotte: Oui, bon.
Voici ma question: Quel est le moyen le plus sûr de se
débarrasser de 26 millions de tonnes d'ordures, de n'importe quel
genre de déchets: le confinement hydraulique à 300 pieds en dessous
de la nappe phréatique, le recyclage ou l'incinération? C'est une
question simple. Vous n'avez pas besoin d'experts pour y répondre.
Je voudrais simplement le savoir.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Monsieur McGuinty,
vous avez le choix de répondre ou de ne pas répondre.
M. Gordon McGuinty: Dans un monde utopique, on voudrait bien
pouvoir recycler ou dérouter ces déchets en totalité. Je ne veux
pas entrer dans tout un débat sur les mérites de l'incinération par
opposition au dépotoir; je me contenterai de dire que nous avons
prouvé catégoriquement que le dépotoir de la mine Adams était le
site d'enfouissement le plus sûr que nous puissions aménager en
Ontario.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Madame Girard-Bujold.
[Français]
Mme Jocelyne Girard-Bujold: C'est à M. Usher que
je voudrais poser une question. Je m'inquiète de la
qualité de l'eau que vous allez pomper dans le cadre
du procédé que vous nous avez expliqué.
Vous dites que
Toronto va trier ses déchets et vous dire en quoi ils
consistent au moment de vous les envoyer,
et que votre processus de pompage va déverser
l'eau filtrée dans un lac près de la mine.
Vous dites à tout le monde que vous êtes sûr que
rien ne va nuire à l'environnement dans votre procédé.
Je voudrais savoir pourquoi vous êtes si sûr de votre
procédé et pourquoi vous nous dites que tous les
opposants ont tort et que vous avez raison.
[Traduction]
M. Steve Usher: L'eau qui sortira de cette usine devra
respecter toutes les normes provinciales de qualité de l'eau, qui
stipulent les concentrations autorisées pour tous les paramètres de
l'eau. Autrement dit, il faudra que l'eau respecte certaines
normes, sinon le déversement ne sera pas autorisé. Il faudra que
l'eau soit contrôlée, échantillonnée, et qu'on en fasse la
démonstration.
[Français]
Mme Jocelyne Girard-Bujold: On disait tout à
l'heure que si Toronto vous fournit plus d'un certain
nombre de tonnes de déchets, vous allez lui donner
une redevance. Je voudrais que le promoteur me confirme
si cela est vrai et qu'il me dise si des pénalités
sont prévues au contrat au cas où Toronto déciderait après un
certain nombre d'années, disons au bout de cinq ans, de
se retirer du projet parce qu'on n'a pas
respecté les conditions qu'on s'était engagé à
respecter. Est-ce qu'il y a des pénalités prévues au
contrat?
Je voudrais savoir quelles seraient les pénalités
contre Toronto. On doit savoir cela. Est-ce qu'on
peut avoir le libellé des barèmes de votre contrat?
Quand on fait un contrat, il y
a toutes sortes d'hypothèses. Vous
avez sûrement envisagé des hypothèses. Je
voudrais savoir si ces hypothèses ont été envisagées.
Que se passera-t-il si Toronto ne vous donne pas le
tonnage dont vous avez besoin et se retire du contrat?
Je voudrais aussi savoir si vous donnerez des redevances à
Toronto si la ville
vous donne plus de déchets.
• 2335
[Traduction]
M. Gordon McGuinty: En ce qui concerne la redevance mentionnée
tout à l'heure, en gros nous avons consenti à verser à la ville de
Toronto une redevance de 1,50 $ la tonne au cours des 10 premières
années si elle ne nous fournit pas 13 millions de tonnes. Ceci est
lié à l'intention de cette ville de dérouter la plus grande
quantité possible de déchets. Comme M. Garrett vous l'a dit, nous
n'avons pas de contrat fixe avec la ville. Nous sommes en
partenariat pour essayer de faire en sorte qu'elle détourne la plus
grande quantité de déchets possible, car on n'est pas pénalisé pour
cela. Si la ville détourne une plus grande partie de ses déchets et
ne nous en envoie pas autant qu'elle l'envisage, nous aurons une
capacité additionnelle à offrir aux autres municipalités ou autres
clients de l'Ontario, et nous avons accepté de verser une redevance
à ce titre à la ville de Toronto. Ce sera en fait un remboursement
de certains de ces coûts, comme M. Bacopoulos l'a dit, et elle
pourra à ce moment-là se servir de ce remboursement pour financer
son programme de gestion des déchets.
Quant à la deuxième partie de votre question sur les
pénalités, etc., nous sommes tenus d'exécuter un contrat de
rendement très strict avec la ville de Toronto. Nous sommes tenus
à des résultats par notre cautionnement, nos engagements
d'entretien et tout ce que nous devons faire. Comme l'a dit
M. Garrett, si jamais il arrivait que nous ne respections pas les
termes de notre certificat d'approbation, la ville de Toronto
pourrait annuler le contrat sans encourir de pénalités. Nous sommes
donc tenus d'exécuter notre contrat et de respecter les conditions
d'approbation que nous a fixées le ministre de l'Environnement.
[Français]
Mme Jocelyne Girard-Bujold: Je constate, monsieur,
que votre collègue qui est à vos
côtés et vous-même voulez faire preuve de
transparence. Êtes-vous prêts à déposer ici
ce soir le contrat que vous avez avec Toronto?
Deuxièmement, je vous pose la même question que j'ai
posée à la Ville de Toronto. Est-ce que vous voulez
faire preuve de bonne foi et suspendre les négociations
avec Toronto jusqu'à ce que M. Bernier ait remis son
rapport au ministre de l'Environnement et que ce dernier
dise qu'il va donner suite aux recommandations que
M. Bernier et son équipe lui ont faites?
[Traduction]
M. Gordon McGuinty: Pour ce qui est de la première question,
je ne peux pas vous donner ce contrat. C'est le service juridique
de la Ville de Toronto qui est en cause, et c'est donc à ce service
qu'il faudrait adresser cette demande. Je ne pourrais pas moi-même
vous donner cet engagement.
Pour ce qui est de la deuxième question sur l'annulation de la
signature d'un contrat, comme je vous le disais, nous ne pouvons
pas le faire actuellement étant donné les exigences de rendement
stipulées dans le contrat. Nous ne savons pas combien de temps il
faudrait à M. Bernier ou au ministre pour prendre une décision.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Très, très
brièvement.
[Français]
Mme Jocelyne Girard-Bujold: Si la Ville de Toronto
est d'accord, est-ce que vous vous opposerez
à ce qu'elle dépose le contrat?
[Traduction]
M. Gordon McGuinty: Ce serait à la Ville de Toronto de prendre
cette décision. Comme l'a dit M. Garrett, l'un des problèmes des
autorités, c'est qu'il y a un échéancier pour les prix, que nous
leur avons donné il y a presqu'un an, et qui va jusqu'au
15 décembre 2000. Je ne peux pas vous dire que nous le ferions, car
nous risquerions de voir notre concurrent intervenir et prendre ce
contrat sans raison. Je ne peux donc pas me prononcer sur ce genre
de scénario.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
J'aimerais poser quelques brèves questions. J'ai tout à fait
confiance dans le gouvernement provincial et je suis certaine qu'on
peut lui faire confiance dans certains domaines. Sans vouloir
critiquer en quoi que ce soit le projet dont nous discutons, je
voudrais signaler qu'il y a un dépotoir à Lindsay qui fuit, et
qu'on a consenti à agrandir ce dépotoir. M. Lincoln a mentionné la
situation à Walkerton, qui n'est pas exactement la même que dans ce
projet ici, mais qui montre bien que le gouvernement de l'Ontario
a des problèmes d'ordre environnemental. Croyez-moi, le
gouvernement fédéral n'échappe pas non plus à ces problèmes. Si
vous lisez les témoignages recueillis par ce comité, vous verrez
que les députés libéraux sont parmi ses critiques les plus assidus.
• 2340
J'aimerais savoir ce qui se passe si une entreprise fait
faillite ou se dissout pour une raison quelconque. Que se passe-t-il
du côté de la responsabilité et de l'entretien de
l'installation?
M. Gordon McGuinty: Le gouvernement de l'Ontario a stipulé
dans le document d'approbation des exigences très rigoureuses
d'entretien perpétuel. Durant toute la durée de vie du dépotoir,
nous devons veiller, par le biais de dépôts, de cautionnements ou
de lettres de crédit, à ce qu'il y ait toujours suffisamment
d'argent disponible au moment éventuel de la fermeture du dépotoir,
que l'entreprise existe encore ou non. Il y a suffisamment d'argent
dans une fiducie ou dans des fonds garantis par la province de
l'Ontario pour que le traitement des produits de lixiviation, le
pompage et tout le reste continuent pendant les 100 ou 120 ans à
venir nécessaires.
Sur ce point particulier, les économistes de la province ont
examiné la question dans le cadre du processus d'évaluation
environnementale. Ils ont fait des calculs. La Commission des
évaluations environnementales de l'Ontario a aussi demandé au
comité de liaison communautaire de procéder à un examen de la
question avant de remettre son certificat d'approbation. C'est donc
quelque chose de très solide et de très exigeant, et il y a des
réserves d'argent suffisantes pour l'avenir.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Je crois savoir que le gouvernement de l'Ontario a éliminé le
financement d'interventions pour les affaires d'évaluation
environnementale. Je me demande quelles risquent d'être les
répercussions de cette initiative sur les groupes de citoyens dans
ce cas particulier.
Mme Brennain Lloyd: Dans ce cas particulier, nous n'avons eu
qu'un seul et unique témoin, Paul Bowen, dont on n'a déjà parlé. Il
y a eu une attribution des dépens, donc le promoteur a consenti à
l'avance à verser ce montant. Ce que cela a eu comme conséquence
pour la coalition de citoyens, qui englobait un certain nombre de
groupes, par exemple les groupes d'agriculteurs,
d'environnementalistes et les organisations communautaires, c'est
que nous ne nous sommes présentés qu'avec un seul témoin, en
pensant qu'on ne mettrait pas d'autres fonds à notre disposition.
Voilà l'effet que cela a eu.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Merci.
Nous avons eu un long débat sur l'intervention publique dans
la législation sur les espèces menacées. Je pense qu'il est très
important que le public intervienne dans toute forme de législation
environnementale.
Je voudrais remercier tous les témoins que nous avons entendus
ce soir, en particulier M. Bernier. Est-ce que vous avez trouvé que
c'était une séance marathon?
M. Paul Bernier: C'était plus long que d'habitude.
La vice-présidente (Mme Karen Kraft Sloan): Plus long que
d'habitude. Le comité a commencé à 9 heures ce matin. J'ai
l'impression que nous avons siégé pendant 24 heures aujourd'hui.
Je remercie tous les membres du comité de leur merveilleuse
coopération ce soir. À l'exception d'un incident mineur, les choses
se sont remarquablement bien passées.
La séance est levée.