Depuis quelques années, on s’interroge sur les
effets nocifs possibles sur la santé des appareils émetteurs de rayonnement
électromagnétique de radiofréquences tels que les micro-ondes et les téléphones
sans fil[1]. Le 30 mars 2010, le Comité permanent de la santé de la Chambre des
communes (ci-après le Comité) a décidé de se pencher sur la question. Il a
organisé trois audiences et pu ainsi recueillir les témoignages de différents
intervenants : hauts fonctionnaires, organismes concernés et experts
scientifiques. Le présent rapport résume les témoignages qui ont été livrés
durant ces audiences, ainsi que les mémoires soumis par écrit au Comité. Enfin,
il présente des mesures que pourrait prendre le gouvernement fédéral pour
intensifier son action dans ce domaine.
On entend par rayonnement électromagnétique des
ondes électriques et d’énergie magnétique qui rayonnent dans l’espace et
voyagent à la vitesse de la lumière. Les zones où l'on retrouve ces ondes sont
appelées champs électromagnétiques (EM), lesquels sont composés de champs électriques
et de champs magnétiques. Les champs électriques sont créés par des particules
d’électricité statique. Lorsque ces particules sont mises en mouvement par un
conducteur, l’électricité qui en résulte crée un champ magnétique. Ainsi, le
fait de brancher un appareil électrique crée un champ électrique, mais il faut
mettre l’appareil sous tension pour que l’électricité circule et crée un champ
magnétique.
Le rayonnement électromagnétique se mesure en
unités de longueur d’onde et de fréquence. La longueur d’onde est la distance
parcourue par une onde dans un cycle et se mesure en mètres. La fréquence, qui
correspond au nombre de cycles par seconde, a pour unité de mesure le hertz
(Hz). Un cycle par seconde égale un hertz. La fréquence de l’onde est inversement
proportionnelle à sa longueur : plus la fréquence est élevée, plus la
longueur d’onde est courte.
Les champs électromagnétiques se retrouvent
partout dans l’environnement. Ils peuvent être de source naturelle ou
artificielle. Le soleil est la principale source naturelle de rayonnement
électromagnétique. Quant aux sources artificielles, les appareils comme les
séchoirs à cheveux, les cuisinières, les lampes fluorescentes, les fours à
micro-ondes, les chaînes stéréo, les téléphones sans fil et les ordinateurs
produisent tous des champs électromagnétiques de différentes intensités.
Le spectre électromagnétique organise le
rayonnement électromagnétique en fonction de sa fréquence et de son effet sur
le corps humain, et regroupe ainsi deux grandes catégories : les
fréquences ionisantes et les fréquences non ionisantes. Le rayonnement
électromagnétique de basse fréquence, c’est-à-dire dont l’intensité est inférieure
à 300 gigahertz (GHz), est appelé non ionisant parce qu’il n’a pas la
propriété de briser les liaisons chimiques dans les tissus organiques et
d’endommager l’ADN, principal constituant du matériel génétique du corps humain[4]. Il induit tout de même un courant
électrique capable de hausser la température corporelle[5], créant ainsi ce que les scientifiques
appellent « l’effet thermique[6] ». Par
exemple, le rayonnement électromagnétique de radiofréquences (RF) d’une
intensité de 30 kilohertz (kHz) à 300 GHz induit un courant électrique
dont les effets peuvent aller du réchauffement des tissus au choc électrique,
selon l’amplitude et la gamme de fréquences[7].
Les champs RF sont surtout utilisés pour les télécommunications, notamment pour
les téléphones mobiles et les électroménagers comme les fours à micro-ondes.
Pour les scientifiques, le rayonnement électromagnétique de micro-ondes
représente un sous-ensemble des champs RF[8].
Il est important de mentionner que certains
scientifiques ont découvert qu’une exposition de longue durée au rayonnement
électromagnétique de RF de faible intensité peut entraîner des changements
chimiques et biologiques dans les cellules susceptibles de nuire au mieux‑être
des personnes[9].
Ces transformations cellulaires, qui ne mettent pas en cause la chaleur, sont
désignées par les scientifiques comme des effets « non thermiques »
du rayonnement électromagnétique de RF et de micro-ondes[10]. Toutefois, ces changements chimiques et
biologiques ne sont pas nécessairement nuisibles pour la santé[11].
De même, le rayonnement électromagnétique de très
basse fréquence, ou mégamétrique (ELF), soit de moins de 100 kHz, peut
aussi induire des courants électriques dans le corps humain, mais à une
intensité moindre que ceux qui surviennent naturellement dans le corps; ils ne
sont donc associés à aucun effet thermique[12].
Cependant, le rayonnement électromagnétique ELF de grande intensité peut
produire une stimulation nerveuse et musculaire[13]. Ce rayonnement émane des lignes
électriques, du filage électrique des bâtiments et de certains appareils
électriques.
Enfin, le rayonnement électromagnétique à ondes
courtes et de très haute fréquence (EHF) produit assez d’énergie pour entraîner
une ionisation, c’est-à-dire rompre des liaisons chimiques dans les tissus
biologiques et endommager l’ADN[14].
La ligne de démarcation entre le rayonnement ionisant et le rayonnement non
ionisant est la fréquence de la lumière visible, qui se situe entre 430 et
750 térahertz (THz)[15].
Au delà de 750 THz, le rayonnement électromagnétique peut rompre des liaisons
chimiques dans les tissus biologiques. La fréquence du rayonnement ionisant va
de 756 THz à 4,61 exahertz (EHz). Parmi les sources de rayonnement
électromagnétique ionisant, il y a entre autres la lumière ultraviolette, les rayons
X et les rayons gamma. Une exposition excessive à ces sources peut être très
nocive pour la santé et causer notamment le cancer. C’est pour cette raison que
ces sources de rayonnement électromagnétique sont assujetties à des
restrictions au Canada et à l’étranger.
Tableau 1—Appareils émetteurs de
rayonnement par rapport
au spectre électromagnétique[16]
Spectre électromagnétique |
Appareil émetteur de rayonnement |
Fréquence en Hz[17] |
Fréquence mégamétrique (ELF) |
Lignes électriques |
50/60 Hz |
Radiofréquence |
Fours à micro-ondes |
de 0,010 GHz à 300 GHz |
Radiofréquence |
Téléphones sans fil |
de 800 MHz à 2 GHz |
Radiofréquence |
Bases de téléphone sans fil |
1,8 GHz |
Fréquence millimétrique (EHF) |
Rayons X |
1 EHz |
Les lignes directrices qui établissent les
maximums d’exposition sécuritaire du corps humain au rayonnement
électromagnétique ont pour objectif de prévenir les effets nocifs sur la santé
de l’effet thermique. L’effet du rayonnement électromagnétique sur le corps
humain se mesure selon le débit d’absorption spécifique (DAS), c’est-à-dire la
quantité de chaleur produite dans le corps humain résultant de l’exposition à
des champs RF[18].
Il s’agit de la quantité d’énergie absorbée par unité de masse, en watts par
kilogramme (W/kg). Il est impossible de mesurer le DAS interne directement; on
doit l’estimer à partir de calculs théoriques.
C’est au gouvernement du Canada que revient la
responsabilité d’établir les limites de l’exposition sécuritaire au rayonnement
électromagnétique des appareils émetteurs de RF pour protéger la santé et la
sécurité des Canadiens. La Loi sur les dispositifs émettant des radiations[19] confère à Santé Canada la responsabilité de réglementer les
appareils émetteurs de rayonnement. Ainsi, le Ministère a déterminé que
l’exposition humaine à l’énergie électromagnétique de RF doit se limiter à la
gamme des fréquences de 3 kHz à 300 GHz[20]. Cette limite,
appelée Code de sécurité 6, se traduit par un DAS moyen de 0,08 W/kg, ce
qui est jugé sûr pour l’ensemble de la population, ce qui comprend les aînés,
les personnes ayant des problèmes de santé, les enfants et les femmes enceintes[21].
Industrie Canada est chargé de réglementer les
radiocommunications au Canada, notamment d’autoriser l’installation des bâtis
et des sites de radiocommunication et d’approuver les appareils émetteurs de
radiofréquences comme les téléphones cellulaires, en plus d’évaluer leur
conformité aux normes en vigueur[22]. Ces
pouvoirs lui sont conférés par la Loi sur le ministère de l’Industrie et
par la Loi sur la radiocommunication, laquelle l’habilite expressément à
approuver les structures porteuses d’antenne[23].
Industrie Canada se fonde sur le Code de sécurité 6 pour réglementer
l’exposition aux RF émises par les téléphones sans fil et leurs stations de
base, les technologies Wi-Fi et autres émetteurs de radiocommunications[24].
Des représentants de Santé Canada ont expliqué au
Comité que les Canadiens sont protégés contre l’exposition dangereuse au
rayonnement électromagnétique RF en vertu du Code de sécurité 6, qui établit la
limite sécuritaire de l’exposition humaine au rayonnement électromagnétique de
différents appareils[25].
Le Comité a appris que l’élaboration du Code de sécurité 6 repose sur un
processus rigoureux qui englobe une évaluation d’ouvrages scientifiques et
d’éléments probants sur les effets du rayonnement RF sur les systèmes
biologiques[26].
Selon les témoins, ce processus est conforme aux lignes directrices de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’élaboration de normes en
matière de fréquence électromagnétique pour la santé.
Santé Canada passe en revue les observations
scientifiques d’études menées sur des animaux et des cultures cellulaires ainsi
que d'études épidémiologiques réalisées dans le monde[27]. Les témoins ont précisé que le Ministère
s’intéresse à recherche sur les effets thermiques du rayonnement
électromagnétique, ainsi qu’à celle sur les effets non thermiques au niveau
cellulaire[28].
De plus, le Comité a appris que Santé Canada a mené ses propres études sur le
sujet, et que les résultats de ces études ont été publiés dans des revues
scientifiques à comité de lecture. Dans son évaluation du corpus de données
existant, Santé Canada tient compte de la qualité de chacune des études, ainsi
que de la constance des effets observés à l’échelle des laboratoires. Le Comité
a appris que le dernier cycle d’études remonte à 2009, mais que Santé Canada
revoit continuellement les écrits scientifiques sur le sujet.
Santé Canada a déterminé que l’exposition humaine
au rayonnement électromagnétique RF dans la gamme des fréquences de 3 kHz à
300 GHz était sécuritaire[29].
Les témoins ont expliqué que cette limite était bien inférieure au seuil à
partir duquel des effets nocifs peuvent se manifester et qu’elle permettait
ainsi de protéger les personnes de tous âges, y compris les enfants, en cas
d’exposition continue. Ils ont ajouté que des modèles de cerveaux et de corps
d'enfants ont été utilisés pour l’élaboration du Code de sécurité 6, afin
d’observer les effets possibles de l’exposition à des radiations sur des tissus
analogues à ceux d'un enfant, les expériences sur des enfants étant contraires
à l’éthique[30].
Enfin, les témoins ont souligné que les limites d’exposition sont comparables à
celles établies par d’autres compétences, y compris les États-Unis et la
Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants,
dont la norme a été adoptée par la plupart des pays européens[31].
Si Santé Canada est responsable d’élaborer le Code
de sécurité 6, c’est Industrie Canada qui est chargé de l’appliquer en
réglementant les appareils de radiocommunication portables comme les téléphones
cellulaires, ainsi que les pylônes d’antenne et le milieu environnant[32]. Pour veiller à ce que les appareils de
radiocommunication portables répondent aux normes du Code de sécurité 6,
Industrie Canada exige qu’ils soient homologués par des organismes reconnus[33]. Après la mise en marché d’un modèle,
Industrie Canada poursuit ses tests sur quelques appareils pour s’assurer
qu’ils demeurent conformes au Code de sécurité 6.
Le Comité s’est fait dire par les représentants
d’Industrie Canada qu’une licence doit être octroyée pour l’installation de
toute nouvelle antenne[34].
Le Ministère n’émet cette licence que si les émissions produites par l’antenne
dans les endroits accessibles au public respectent les limites prévues par le
Code de sécurité 6. Par ailleurs, la mesure des émissions tient compte de
l’effet cumulatif des autres antennes dans les environs. Une fois que l’antenne
est en opération, le respect en tout temps des limites demeure une condition de
licence en vertu de la Loi sur la radiocommunication[35]. Les témoins ont appris au Comité
qu’Industrie Canada vérifie et teste continuellement les sites d’installation
d’antennes après la délivrance de la licence pour s’assurer qu’ils demeurent
conformes.
Enfin, le Comité a appris que Santé Canada et
Industrie Canada collaborent pour produire des documents à l’intention des
Canadiens qui se préoccupent de l’exposition aux RF[36]. Ils ont élaboré un document intitulé Questions
souvent posées en ce qui concerne l’énergie radioélectrique et la santé[37], qui traite de différents aspects de
l’exposition aux RF, ainsi qu’un livret et plusieurs bulletins d’information
sur les communications sans fil et la santé[38].
Certains témoins sont venus dire au Comité que les
limites prévues par le Code de sécurité 6 ne protégeaient pas suffisamment les
Canadiens contre les effets nocifs éventuels sur la santé de l’exposition
prolongée au rayonnement électromagnétique de RF[39]. Des scientifiques ont affirmé avoir mené
des études révélant que des effets biologiques non thermiques étaient associés
à l’exposition au rayonnement électromagnétique de RF à des niveaux inférieurs
à la limite des fréquences prévue dans le Code de sécurité 6. À leur avis, ces
effets biologiques pourraient avoir des effets néfastes sur la santé des
humains, en particulier sur les enfants.
Par exemple, un scientifique a parlé au Comité
d’une étude ayant mené à la conclusion que le rayonnement électromagnétique
émanant d’un combiné de téléphone mobile avait réduit de 60 % la capacité
reproductive des insectes[40].
Selon lui, ces conclusions vont de pair avec celles d’autres études qui ont
fait état de dommages à l’ADN des cellules des mammifères et d’un lien avec
l’infertilité chez les humains. D’autres scientifiques ont cité des études
ayant conclu à d’autres effets néfastes éventuels sur la santé de l’exposition
au rayonnement électromagnétique, établissant notamment des liens entre
l’utilisation de téléphones cellulaires et le développement de tumeurs au
cerveau chez les enfants, de même qu’entre les téléphones sans fil DECT et
certaines affections cardiaques telles que l’arythmie et la tachycardie[41]. Ces témoins ont expliqué que nombre des
études ayant démontré que l’exposition prolongée à des RF de faible intensité
n’avait aucun effet nocif sur la santé avaient été financées par l’industrie du
sans fil et que, par conséquent, un plus grand nombre d’études financées par les
fonds publics sur les effets sur la santé du rayonnement électromagnétique
s’imposait[42].
Le Comité s’est fait dire par un autre témoin qu’à
son avis, les données scientifiques à la base du Code de sécurité 6 font
abstraction de l’interaction des courants électriques présents naturellement
dans le corps humain et du rayonnement électromagnétique émanant de
l’environnement[43].
Il a expliqué qu’il avait avisé Santé Canada et Industrie Canada de ses
constatations, mais qu’il n’avait pas été pris suffisamment au sérieux[44].
Le Comité a reçu les représentants de groupes de
parents préoccupés par l’exposition de leurs enfants au rayonnement
électromagnétique de RF, à l’école et dans l’environnement, émis par les bases
de téléphone sans fil et les réseaux Wi-Fi[45].
Ils ont fait valoir que dans leurs collectivités, adultes et enfants avaient
éprouvé divers symptômes comme des maux de tête, de l’insomnie, des difficultés
de concentration, des vertiges et des irrégularités cardiaques. Selon eux, ces
symptômes seraient attribuables à l’exposition aux réseaux Wi-Fi et aux bases
de téléphone sans fil, un trouble appelé « électrohypersensibilité »[46]. À leur avis, les gouvernements et
l’industrie devraient reconnaître l’électrohypersensibilité comme une maladie[47]. Le Comité a reçu par ailleurs de
nombreuses lettres de personnes ayant fait état de symptômes semblables qu’ils
attribuaient aux téléphones cellulaires, aux réseaux Wi-Fi et aux bases de
téléphones sans fil. Ces personnes ont, elles aussi, demandé à ce que
l’électrohypersensibilité soit reconnue comme une maladie.
En s’appuyant sur ces préoccupations, ces
scientifiques et groupes communautaires ont soutenu que Santé Canada devrait
faire preuve de prudence pour ce qui est de l’exposition humaine au rayonnement
électromagnétique de RF[48]. À
leur avis, il s’agit de la stratégie de politique publique qui devrait être
adoptée pour la gestion des risques d’effets nocifs éventuels, non encore
établis, pour la santé[49].
Il faut appliquer le principe de prudence lorsqu’on ne dispose que d’un nombre
limité d’éléments probants, lesquels demeurent non concluants[50]. Selon ces témoins, appliquer le principe
de prudence à l’exposition humaine au rayonnement électromagnétique signifie,
en pratique, que les limites d’exposition prévues dans le Code de sécurité 6
devraient être abaissées[51].
Ils ont ainsi recommandé de réduire ces limites aux niveaux recommandés dans le
rapport Bioinitiative, soit un dixième de microwatt par centimètre carré
ou 0,614 volt par mètre[52].
D’autres scientifiques ont présenté un autre point
de vue au Comité, soit que les éléments probants suffisaient à appuyer les
lignes directrices en matière d’exposition au rayonnement électromagnétique du
Code de sécurité 6 et que, par conséquent, il était inutile d’abaisser les
niveaux[53].
Ils ont fait valoir que depuis la Deuxième Guerre mondiale, des milliers
d’études se sont attardées aux effets biologiques et aux risques pour la santé
du rayonnement électromagnétique, dont plus de 1 200 sur le
rayonnement électromagnétique des téléphones mobiles[54]. Selon ces témoins, au cours des deux
dernières années, les résultats de ces études auraient fait l’objet d’examens
autorisés par l’Organisation mondiale de la Santé, le Ireland Expert Group on
Health Effects of Electromagnetic Fields, la Commission européenne, le groupe
d’experts du National Research Council des États-Unis, la Société royale du
Canada et le Committee on Man and Radiation, lesquels auraient déterminé que
l’ensemble de la preuve ne permettait pas de conclure aux effets néfastes sur
la santé du rayonnement électromagnétique à des doses inférieures aux normes
internationales[55].
Ces scientifiques ont toutefois souligné certaines
lacunes dans les écrits scientifiques existants en ce qui a trait à
l’exposition prolongée aux basses fréquences et à leurs effets sur la fonction
cérébrale et la capacité reproductive, de même que sur les effets de
l’exposition à long terme chez les enfants qui utilisent des téléphones mobiles[56]. Ils ont indiqué qu’il était nécessaire
de faire des études de plus longue haleine et de revoir continuellement la
documentation scientifique. Tout en se disant d’accord avec les lignes
directrices existantes, ils ont suggéré que ceux qui éprouvent des inquiétudes
prennent des moyens pour limiter leur exposition, comme utiliser moins souvent
leur téléphone mobile[57].
Les représentants de l’industrie du sans fil qui
ont comparu devant le Comité ont dit eux aussi qu’il était nécessaire de mener
des études de longue haleine pour veiller au caractère sécuritaire de leurs
produits[58].
Cependant, ils ont fait valoir qu’une approche de prudence restrictive à
l’égard du rayonnement électromagnétique pourrait également avoir des impacts
négatifs. Selon leur explication, si les lignes directrices de sécurité du
Canada étaient plus strictes que les normes internationales, les fabricants
devraient produire des appareils spéciaux pour le Canada, ce qui entraînerait
une hausse des coûts[59].
En outre, ils ont expliqué que les approches restrictives à l’égard des
appareils émettant un rayonnement électromagnétique ne tenaient pas compte des
avantages que présentent ces appareils pour la société : plus de la moitié
des appels 911 proviennent de téléphones cellulaires[60].
En réponse aux préoccupations soulevées par les
témoins, les représentants de Santé Canada ont indiqué qu’ils étaient d’accord
avec la nécessité de mener des études de longue durée sur les effets du
rayonnement électromagnétique de faible fréquence et d’examiner la
documentation scientifique de façon continue[61].
Par contre, ils ont souligné qu’il était inutile d’appliquer une approche de
prudence au rayonnement électromagnétique de faible intensité compte tenu de
l’important volume de données scientifiques à l’appui du Code de sécurité 6[62]. Ils ont insisté sur le fait que le
Ministère ne procédait ainsi que lorsque les preuves scientifiques étaient
limitées[63].
Par ailleurs, ils ont déclaré que les études sur l’électrohypersensibilité
avaient échoué à établir un lien causal entre les symptômes éprouvés par les
participants aux études et le rayonnement électromagnétique, mais conclu qu’il
faudrait plutôt pousser la recherche à ce sujet[64]. Enfin, les représentants de Santé Canada
ont exprimé leur volonté de travailler avec les personnes, collectivités et
conseils scolaires concernés afin de répondre à leurs préoccupations sur
l’exposition au rayonnement électromagnétique[65].
Dans son étude, le Comité s’est fait dire par
plusieurs témoins, dont des responsables ministériels, que les Canadiens
étaient protégés contre l’exposition excessive au rayonnement électromagnétique
de RF en vertu du Code de sécurité 6, une norme établie par Santé Canada à
l’issue d’une revue rigoureuse des preuves scientifiques disponibles. Le Comité
a appris également que les normes canadiennes correspondaient à celles d’autres
pays, ainsi qu’aux recommandations d’organisations internationales, dont
l’Organisation mondiale de la santé. Selon des témoins, certaines études ont
conclu que l’exposition au rayonnement électromagnétique de RF de faible
intensité avait des effets néfastes sur la santé, et que la documentation
scientifique comportait des lacunes en ce qui a trait à l’exposition des
enfants, aux effets sur la fonction cérébrale et aux effets éventuels sur la
capacité reproductrice. Le Comité s’est fait dire que des études de longue
haleine sur les effets du rayonnement électromagnétique étaient nécessaires, de
même qu’une revue permanente de la documentation scientifique. Enfin, des témoins
ont dit au Comité qu’un plus grand nombre d’études financées par les fonds
publics portant sur l’incidence sur la santé du rayonnement électromagnétique
de RF s’imposaient. Par conséquent, le Comité recommande ce qui
suit :
RECOMMANDATIONS :
1. Que le gouvernement du Canada envisage de
fournir des fonds aux Instituts de recherche en santé du Canada pour appuyer la
recherche à long terme sur les effets possibles sur la santé de l’exposition au
rayonnement électromagnétique.
2. Que Santé Canada demande que le Conseil des
académies canadiennes, ou un autre organisme indépendant compétent, évalue la
documentation scientifique canadienne et internationale sur les effets
possibles sur la santé de l’exposition prolongée et de courte durée au
rayonnement électromagnétique de radiofréquences, évaluation qui comprendrait
une étude sur l’électrohypersensibilité ainsi qu’une comparaison des politiques
publiques sur l’exposition au rayonnement électromagnétique de radiofréquences
en vigueur dans d’autres pays, et fasse rapport de ses conclusions.
3. Que Santé Canada et Industrie Canada élaborent
un programme exhaustif de sensibilisation aux risques de l’exposition au
rayonnement électromagnétique de radiofréquences en vertu duquel Santé Canada
donnerait accès, en toute transparence, à toutes les études et analyses qu’il
aurait menées sur les effets sur la santé humaine du rayonnement électromagnétique
de radiofréquences, et fassent la promotion de l’utilisation sécuritaire des
technologies sans fil.
4. Que Santé Canada et Industrie Canada se
proposent pour offrir de l’information, dont des séances de sensibilisation sur
l’exposition au rayonnement électromagnétique de radiofréquences.
5. Que Santé Canada veille à ce qu’il existe un
processus pour recevoir les plaintes sur les réactions négatives aux appareils
émetteurs de rayonnement électromagnétique, et y donner suite.