STANDING COMMITTEE ON TRANSPORT AND
GOVERNMENT OPERATIONS
LE COMITÉ PERMANENT DES TRANSPORTS ET DES
OPÉRATIONS GOUVERNEMENTALES
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mardi 4 décembre 2001
• 1529
[Traduction]
Le président (M. Ovid Jackson (Bruce—Grey—Owen Sound,
Lib.)): Mesdames et messieurs, la séance est ouverte. Aujourd'hui,
nous étudions le projet de loi C-44, Loi modifiant la loi sur
l'aéronautique.
Nous accueillons M. George Radwanski, le commissaire à la
protection de la vie privée.
Soyez le bienvenu, monsieur Radwanski.
M. George Radwanski (commissaire à la protection de la vie
privée du Canada): Merci beaucoup.
Je n'ai pas de déclaration liminaire comme telle à faire. Je
suis surtout ici pour répondre à vos questions.
Depuis le dépôt du projet de loi C-42 et de son rejeton, le
projet de loi C-44, je participe à des pourparlers très
constructifs avec des hauts fonctionnaires du ministère des
Transports et du cabinet du ministre des Transports pour m'assurer
que les dispositions de ce projet de loi permettront au
gouvernement d'atteindre ses objectifs en matière de politique tout
en respectant, dans la plus grande mesure possible les droits à la
vie privée des Canadiens.
• 1530
J'ai plusieurs réserves au sujet du projet de loi C-44.
Manifestement, permettre la communication d'information sur les
Canadiens à la demande d'un État étranger n'est pas une perspective
très attrayante. Qu'on ait à le faire à la hâte et sous la pression
intense d'un de ces États étrangers est encore moins plaisant. Bien
sûr, je comprends que le gouvernement fait face à des contraintes,
mais il faut aussi veiller au plus grand respect possible de la vie
privée.
On craint bien sûr que des informations sur les Canadiens
soient transmises aux autorités américaines. On veut savoir de
quelles garanties seront assorties ces informations une fois
transmises. Quel emploi feront les autorités étrangères de ces
renseignements? S'en serviront-elles seulement à des fins de
sécurité, d'immigration, de dédouanement, et ainsi de suite? Les
communiqueront-elles à des tierces parties au sein de ce pays? Ces
renseignements pourraient-ils se retrouver aux mains d'intérêts
commerciaux, par exemple? Pourraient-elles aussi être transmises
aux autorités de tiers pays étrangers?
Ces mesures de protection ne sont pas encore en place. Étant
donné qu'on a dû agir rapidement, il aurait été utopique de penser
qu'elles auraient pu être adoptées dans l'immédiat. Mais comme vous
le savez d'après la lettre que j'ai envoyée au ministre, j'ai
demandé à celui-ci d'accorder la priorité à l'obtention de
garanties, de la part du gouvernement américain et de tout autre
gouvernement avec lequel on pourrait conclure une telle entente,
comme quoi les informations ainsi obtenues ne serviront qu'aux fins
pour lesquelles elles ont été transmises, et qu'elles ne seront pas
communiquées à des personnes autres que ces autorités ni à des pays
tiers. Je ne peux qu'espérer que tel sera bien le cas.
Ma deuxième préoccupation est très importante dans la mesure
où la Loi sur la protection des renseignements personnels et les
documents électroniques, qui régit le secteur privé, est contournée
en l'occurrence comme le sont les mesures prévues ordinairement
pour la protection des renseignements personnels qui sont divulgués
et communiqués sans le consentement des intéressés. Cela ne doit
pas permettre au gouvernement canadien d'entrer en possession d'une
foule de renseignements sur les citoyens. Du point de vue de la vie
privée, il est déjà assez inquiétant d'avoir à communiquer ces
renseignements à des tiers, à d'autres pays sans pour autant que le
gouvernement du Canada et les diverses entités qui le constituent
accèdent d'une façon détournée à des informations sur les Canadiens
qu'ils n'auraient pas autrement. On a répondu à cette
préoccupation.
J'ai recommandé au ministre et à ses fonctionnaires un
amendement bien particulier qui préciserait que les informations
recueillies par les autorités étrangères aux termes de ce texte
législatif, de cette disposition notamment, ne pourraient être
obtenues par le gouvernement canadien sauf pour des motifs de
sécurité, de sécurité publique ou de défense nationale. Si le
gouvernement du Canada obtient ces renseignements, il ne pourra
s'en servir qu'à ces fins là. Je crois savoir que cet amendement a
été présenté à votre comité. Il me satisfait pleinement et je
remercie le ministre des Transports et les fonctionnaires du
ministère des Transports qui ont bien voulu collaborer avec moi
pour apaiser cette crainte légitime.
Ma troisième préoccupation porte sur le genre d'informations
qui seront communiquées. Le projet de loi dit qu'il s'agit de tout
renseignement exigé par les lois d'un État étranger ou sous le
contrôle de la ligne aérienne. C'est très vaste. Ainsi, cela
pourrait comprendre des informations sur la fréquence des voyages
et tous les voyages qu'une personne a faits l'année dernière. Cela
pourrait avoir de graves conséquences sur la vie privée. Cela
pourrait aussi comprendre des informations sur le mode de vie d'une
personne, ses préférences alimentaires, par exemple, qui pourraient
révéler la religion d'une personne ou donner des indications sur sa
religion. Cela pourrait inclure toutes sortes de données qui ne
sont normalement pas nécessaires à des fins de sécurité ou pour
déterminer qui est à bord d'un aéronef. Je tiens à ce que de tels
renseignements ne soient pas divulgués.
• 1535
Les renseignements figurant à l'annexe qui se retrouvent aussi
pour la plupart dans les règlements sont assez limités et assez
inoffensifs. Manifestement, certaines informations telles que les
adresses et les numéros de téléphone, ne devraient pas être
communiquées à n'importe qui. De plus, ce qu'on entend par mode de
paiement du billet est ambigu. Si le transporteur aérien communique
simplement les renseignements dont il dispose, cela pourrait
comprendre des numéros de carte de crédit, un renseignement assez
délicat. Mais la liste reste relativement courte.
Pour ma part, je serais rassuré si les informations qui
peuvent être communiquées aux autorités étrangères comme l'exigent
les lois de ce pays, figuraient non dans les règlements, mais dans
le texte de loi même. Si, d'après le gouvernement canadien, il est
raisonnable de fournir ces informations—et j'estime qu'en fournir
davantage ne serait certainement pas raisonnable—je serais ravi
que cela figure dans la loi car alors, si on veut ajouter des
éléments qui soulèvent des questions, tels que les renseignements
sur les grands voyageurs, un débat devrait avoir lieu au Parlement
tandis que les règlements peuvent être modifiés par décret. Les
règlements ne font l'objet d'aucun examen, d'aucune intervention de
ce genre, et ce serait troublant.
Cela dit, dans l'ensemble, je suis heureux qu'on ait tenu
compte des questions de vie privée. Je suis ravi que le ministère
des Transports ait été sensible à mes préoccupations. En très peu
de temps, on a pu produire un amendement tout à fait conforme à ce
que j'ai demandé concernant le projet de loi, ainsi qu'une liste
d'éléments d'information qui est assez limitée, compte tenu des
circonstances. Je suis maintenant prêt à répondre à vos questions.
Le président: Merci beaucoup, monsieur Radwanski.
Commençons par M. Mario Laframboise, du Bloc québécois.
[Français]
M. Mario Laframboise (Argenteuil—Papineau—Mirabel, BQ):
Merci, monsieur le président.
Je vois qu'on vous a fourni la liste des annexes.
C'est un projet de règlement qu'on nous a fourni ce
matin, surtout à la demande du Bloc québécois. Nous
avions adressé une question au leader en Chambre.
Avez-vous eu cette liste ce matin, vous aussi?
M. George Radwanski: Cet après-midi, il y a
environ une demi-heure.
M. Mario Laframboise: En effet, j'avais cru
comprendre qu'ils ne vous en avaient pas fait part.
Je vais vous dire honnêtement que le parti que je
représente, le Bloc québécois, est assez satisfait. Ce
qui nous inquiétait, c'était les types de
renseignements à fournir. Après avoir vu les annexes
qu'ils nous ont fournies, nous avons encore quelques
inquiétudes quant aux numéros de téléphone et aux
numéros de cartes de crédit. Vous soulevez également
cela, mais vous semblez quand même à l'aise.
Il faut comprendre que l'annexe 2 n'est pas
quelque chose que les Américains exigent. Selon les
texte législatifs américains, ils exigent les
renseignements contenus dans les fichiers ou dans les
dossiers des passagers. Le Canada donne plus de détails
dans les règlements qu'il veut proposer. On énumère
les 29 points. On nous a dit ce matin qu'on pouvait en
enlever et en ajouter.
Comme vous, je suis conscient que cela aurait
peut-être dû être dans la loi, parce qu'aux États-Unis,
c'est dans la loi qu'on parle des types de
renseignements, entre autres. Dans notre cas, ce sera
dans les règlements. Si jamais on décidait de ne pas
les inclure dans la loi... La loi qui est déposée
devant nous n'inclut pas les renseignements. Ce sera
dans les règlements. Êtes-vous prêt à vivre avec les
29 types de renseignements, comme les numéros de
téléphone, tels qu'ils sont énumérés? Vous ne vous
posez pas de questions spécifiques? Il n'y a pas de
choses qui vous font sursauter? Si c'est le cas, on
pourrait peut-être les enlever, parce que c'est
négociable.
• 1540
[Traduction]
M. George Radwanski: J'aimerais bien répondre.
[Français]
Je répondrai à votre question sur
[Traduction]
les numéros de carte de crédit. Ce qu'on veut savoir, c'est le mode
de paiement.
M. Paul Szabo (Mississauga-Sud, Lib.): Les numéros de carte de
crédit?
M. George Radwanski: Les renseignements fournis par le
transporteur aérien pourraient inclure le numéro de la carte ayant
servi au paiement. Si le transporteur aérien se contente de fournir
les renseignements tels qu'il les détient, ça pourrait comprendre
le mode de paiement, soit la carte American Express numéro 123.
C'est cela qui est préoccupant. Les informations pourraient être
transmises ainsi selon la méthode dont la compagnie aérienne
établit ses dossiers.
M. Paul Szabo: Ce n'est pas ce qu'on nous a dit. Le mode de
paiement, ce n'est pas le numéro de la carte de crédit.
M. George Radwanski: Très bien. Si tel est le cas, j'en suis
très heureux.
[Note de la rédaction: Inaudible]
Des voix: ...
M. Paul Szabo: Comptant, par chèque ou par carte de crédit.
M. George Radwanski: Ce qui m'inquiète, c'est que le libellé
est suffisamment vague pour le permettre.
[Français]
Je vais revenir à votre question. Ce qu'il y a ici,
dans cette liste, ne m'inquiète pas tellement, mais à
la condition que les autorités américaines ne
divulguent pas les adresses ou les numéros de téléphone
des Canadiens au secteur privé ou à d'autres
gouvernements. Comme ce sont des renseignements
personnels, il faut un peu limiter ce qu'on peut en
faire. C'est pourquoi j'ai demandé au ministre de
commencer des discussions avec les Américains en vue de
conclure un peu plus tard un accord sur la façon dont
ces renseignements pourront être utilisés et de
préciser qu'ils ne pourront pas être partagés avec des
tierces parties.
Donc, oui, je peux accepter les éléments de
renseignements qui sont ici.
M. Mario Laframboise: Si cela incluait les numéros
de cartes de crédit, est-ce que cela vous inquiéterait?
M. George Radwanski: Si ces renseignements étaient
utilisés seulement à des fins de sécurité nationale par
les Américains, ces derniers ne pourraient pas faire
grand-chose avec ça, sauf peut-être les comparer aux
numéros qu'auraient pu utiliser des terroristes.
Cependant, si ces renseignements étaient donnés au
secteur privé américain ou au gouvernement d'un autre
pays, par exemple, cela deviendrait plus dangereux.
M. Mario Laframboise: J'apprécie beaucoup
l'amendement que vous avez proposé. Il est clair que si
ce texte est accepté par le gouvernement, nous ne
pourrons pas nous servir de renseignements que nous
obtiendrons de...
[Note de la rédaction: Inaudible]
...mais l'inverse n'est pas
nécessairement vrai. On ne peut jamais garantir que la
loi américaine ne permettra pas qu'on se serve des
renseignements qui y sont contenus.
M. George Radwanski: C'est cela.
M. Mario Laframboise: C'est pour cela que la liste
des 29 points m'inquiète. Nous pourrons inclure votre
amendement dans notre loi, et je vous en remercie, mais
rien ne nous garantit que les autres pays qui font
affaire avec nous auront cette même obligation.
M. George Radwanski: Je suis d'accord, et c'est
pour ça que, quand j'ai écrit au ministre, je lui ai
demandé de commencer des négociations avec les
Américains en vue de conclure un accord et d'établir
avec eux un règlement sur l'utilisation de ces
renseignements. Mais ça ne sera pas dans cette loi.
M. Mario Laframboise: C'est ça. Si on n'adopte
pas de règlements... Il faut que des règlements soient
adoptés très rapidement pour la simple et bonne raison
que, comme vous le dites, les renseignements
nécessaires ne sont pas précisés dans la loi telle
qu'elle est rédigée. Donc, il faut s'attendre à ce que
le gouvernement adopte rapidement des règlements.
Évidemment, si on n'a pas négocié avec les Américains
et si on maintient la liste qui est là, on ne sera pas
assurés que ces renseignements ne tomberont pas entre
les mains... Pour ma part, j'aurais restreint cela en
attendant la conclusion de l'entente avec les
Américains. Un règlement peut se modifier. On
pourrait toujours en ajouter si jamais cela arrivait.
M. George Radwanski: Quant à moi, je fais mon
possible. C'est tout ce que je peux vous dire à ce
sujet. On fait ce qu'on peut pour protéger au maximum
les renseignements personnels et la vie privée.
Franchement, la plupart de ces renseignements ne sont
pas très délicats ou sensibles. Je n'ai pas une très
forte opinion là-dessus, franchement.
M. Mario Laframboise: Il est bon que vous ayez
écrit au ministre pour lui dire qu'il faut conclure des
ententes rapidement. J'aurais peut-être apprécié que
vous ajoutiez que tel point, tel point et tel autre
point sont plus problématiques et qu'il ne faut pas les
inclure tant qu'on n'aura pas négocié avec les
Américains.
• 1545
Des règlements seront déposés très rapidement. En tout
cas, j'espère qu'on réussira à s'entendre pour
s'assurer que les autres pays fassent comme nous et ne
rendent pas les renseignements disponibles à des fins
autres que celles de la sécurité nationale, de la
sécurité publique et de la défense.
C'est vous qui êtes le chien de garde. C'est vous qui
devez protéger les renseignements.
M. George Radwanski: Je vous assure que je fais mon
possible, monsieur.
[Traduction]
Le président: Merci, Mario.
Je cite la parole à Bev Desjarlais.
Mme Bev Desjarlais (Churchill, NPD): Honnêtement, je n'ai pas
beaucoup de questions à vous poser. Je suis heureuse que la liste
telle qu'elle est établie ne vous cause pas de graves inquiétudes.
Je suis d'accord avec vous—comme certains de mes collègues—pour
dire qu'il serait préférable que les détails figurent dans la loi,
mais nous connaissons la position du gouvernement quant à
l'inclusion de dispositions particulières dans la loi plutôt que
dans les règlements. Il est toujours difficile de l'y contraindre,
donc nous reconnaissons que ce serait probablement demander la lune
dans le cas qui nous occupe.
Une voix: Soyez gentille.
Mme Bev Desjarlais: J'ai été gentille.
Je vous comprends lorsque vous dites que vous n'êtes pas trop
préoccupé par la liste, que les informations qui y figurent ne sont
pas trop délicates et que si jamais on en venait à divulguer des
numéros de téléphone ou des numéros de carte de crédit, il faudrait
s'assurer que ces renseignements ne soient transmis au ministère
qu'à des fins de sécurité nationale.
L'une des choses qui m'inquiétait au sujet du projet de loi
est s'il garantissait que ces renseignements ne pourront être
demandés par un autre gouvernement étranger plutôt que, disons, le
gouvernement de l'État qui est la destination de l'aéronef? Avez-vous
envisagé cette possibilité puisque le projet de loi ne stipule
pas que les informations ne peuvent être communiquées qu'à un État
étranger particulier?
M. George Radwanski: C'est une question intéressante. Le
libellé actuel laisse entendre que le pays qui demande les
informations est le pays vers lequel se dirige l'aéronef. Un autre
pays pourrait-il demander ces renseignements? Sous sa forme
actuelle, le projet de loi ne permet la communication de
renseignements qu'à un pays figurant dans les règlements. Serait-il
plus inquiétant si la France avait des informations sur des
passagers se trouvant à bord d'un aéronef à destination des États-Unis
ou que les États-Unis disposent de ces informations? À tout le
moins, j'estime qu'il faudrait que, quel que soit le pays demandant
ces informations, il devra s'être entendu avec le Canada sur les
règles d'utilisation de ces renseignements, à qui ces informations
pourront être transmises et, surtout, à qui elles ne devront pas
être divulguées.
C'est une hypothèse intéressante. Je n'y avais pas réfléchi,
pour être franc. Je ne crois pas que ce soit très probable,
toutefois. Pour pouvoir demander ces informations... Les Américains
nous disent que si on ne leur fournit pas ces renseignements, ils
ne permettront pas l'atterrissage de nos avions ou imposeront aux
passagers des formalités de débarquement qui pourraient prendre
cinq heures. Un pays tiers aurait du mal à faire une telle demande
relativement à un avion à destination d'un autre pays. Honnêtement,
cela ne m'inquiète pas vraiment.
Mme Bev Desjarlais: Vous ne prévoyez pas qu'un pays dise à un
autre... Prenons l'exemple des États-Unis car, finalement, nous
faisons cela pour les Américains même si, en réalité, cela pourrait
servir à bien d'autres pays. Il se pourrait que l'un de ces autres
pays dise aux États-Unis—et nous savons tous que cela ne se
produirait pas aux États-Unis, car ce sont eux les plus
forts—qu'il veut des renseignements car il veut savoir si ces
passagers pourraient présenter un risque s'ils se rendaient dans sa
région?
M. George Radwanski: Je comprends ce que vous dites. Je dois
reconnaître que je n'y avais pas pensé. Je suppose que, si le
gouvernement était prêt à se laisser convaincre, on pourrait faire
valoir que, pour remédier à la situation, pour préciser
l'intention, il suffirait de dire «communiquez à l'autorité
compétente de tout État étranger qui est la destination de
l'aéronef».
• 1550
Mme Bev Desjarlais: L'amendement que j'ai reçu aujourd'hui
n'apaise en rien mon inquiétude, au contraire. Le nouveau libellé
est encore plus vague car il dit seulement:
à une autorité compétente d'un État étranger
non pas l'État étranger, mais «d'un» État étranger [...]
ne peut recueillir qu'une institution fédérale d'un État étranger
[...] sauf à des fins de protection de la sécurité nationale ou de
la sécurité publique ou à des fins de défense;
On ne précise pas qu'il s'agit du pays qui est la destination de
l'aéronef.
M. George Radwanski: Cela fait simplement suite aux
dispositions précédentes. Cet amendement ne permet rien de plus que
la disposition originale.
Mme Bev Desjarlais: J'espérais quelque chose de plus concret
pour indiquer que cela s'appliquait uniquement...
M. George Radwanski: C'est une question intéressante et vous
devriez la poser aux représentants du ministère si vous les
réinvitez.
Mme Bev Desjarlais: Je m'inquiétais du sort des réfugiés et
des gens d'autres pays qui viendraient au Canada pour ensuite aller
peut-être ailleurs; on nous demanderait peut-être des
renseignements sur ces personnes.
M. George Radwanski: Je n'avais pas pensé à cette
interprétation. Pendant la séance d'information donnée par les
fonctionnaires sur ce projet de loi et le projet de loi C-42, j'ai
insisté sur diverses préoccupations et on m'a donné des
explications qui m'ont probablement amené à ne pas penser à
d'autres interprétations. On m'a dit qu'on avait inclus cette
disposition parce que certains pays, plus précisément les États-Unis,
veulent savoir qui est à bord de tous les avions à
destination des États-Unis. Les Américains insistent pour avoir ces
renseignements. On n'a jamais laissé entendre que l'on
s'intéressait à ces renseignements pour d'autres raisons et j'ai
examiné le projet de loi en fonction des explications qui m'ont été
données. En fonction de ces explications, je n'hésiterai pas à dire
qu'aucun pays n'est en droit d'exercer des renseignements sur des
personnes se rendant dans un pays tiers.
Mme Bev Desjarlais: Si une telle situation mettant en cause,
mettons, les États-Unis et Israël ou un autre pays se produisait à
l'heure actuelle, et que ces pays voulaient des informations sur
des personnes dont ils croyaient qu'elles pourraient être
impliquées dans certains agissements... Disons que les États-Unis
veulent des informations d'un autre pays au sujet de quelqu'un qui
pourrait participer à certaines activités, parce que les Américains
veulent savoir qui se trouvent à bord de ces avions. Les États-Unis
pourraient faire la même demande relativement à nos vols. Nous ne
pensons pas qu'ils vont le faire l'égard du Canada, car ce n'est
pas le genre de choses qui se fait normalement.
M. George Radwanski: Je le répète, je n'y avais pas songé. Ce
n'est pas le genre d'exemple qu'on m'a donné pour décrire
l'intention et les buts de ce projet de loi. Puisque je n'y ai pas
réfléchi auparavant, je ne suis pas vraiment en mesure de vous
répondre. Si cela vous préoccupe, je vous encourage à inviter les
fonctionnaires à revenir témoigner et à leur poser la question;
peut-être seront-ils disposés à ajouter quelques mots pour que le
texte précise qu'il doit s'agir du pays de destination.
Mme Bev Desjarlais: Ça va. Merci.
Le président: Monsieur Szabo, vous avez la parole.
M. Paul Szabo: Si un avion en partance du Canada traverse
l'espace aérien américain pour aller au Mexique, jugez-vous
acceptable que les États-Unis demandent des renseignements sur les
personnes à bord de cet avion? Cet avion qui passe par l'espace
aérien américain présente-t-il un risque pour la sécurité des
États-Unis?
M. George Radwanski: Ce n'est pas à moi de le dire.
M. Paul Szabo: Croyez-vous que les États-Unis pourraient
demander des renseignements sur cet avion?
M. George Radwanski: C'est possible.
Je n'ai pas caché que toute loi qui vise à répondre aux voeux
d'un autre pays qui souhaite des renseignements sur les Canadiens
me déplaît. Il semble que nous n'ayons pas le choix et que nous
devions nous conformer à ce souhait sous peine qu'on interdise à
nos avions d'atterrir aux États-Unis.
À titre de défenseur des droits à la vie privée des Canadiens,
je dois dire que ce n'est pas parce quelqu'un veut des informations
qu'il a le droit de les obtenir. Nous devrions tenter de limiter le
plus possible les informations que nous communiquerons et les
motifs qui permettront cette divulgation.
M. Paul Szabo: Je comprends que vous deviez vous faire
l'avocat du diable pour remplir votre mandat.
M. George Radwanski: Je ne dirais pas que je me fais l'avocat
du diable, mais plutôt que je protège un droit fondamental.
M. Paul Szabo: Je comprends, mais vous n'avez pas à vous
préoccuper du contexte. Vous examinez, dans l'absolu, toute
divulgation d'information que vous voulez protéger sans vous
demander à quelles fins elle se fait.
• 1555
M. George Radwanski: Non, et je veux être bien clair. Depuis
le 11 septembre, je l'ai dit à maintes reprises dans des discours
que j'ai prononcés et dans le cadre d'autres témoignages, que je ne
prétendrai jamais que le droit à la vie privée est un droit absolu
ni qu'il ne pourrait être nécessaire de limiter davantage les
droits existants à la vie privée afin d'apporter les améliorations
nécessaires à notre sécurité. J'ai aussi dit que chaque cas doit
toutefois être justifié à l'aide de critères bien définis. Cela
signifie qu'on ne peut tout simplement pas fournir toutes sortes
d'informations, quelles que soient les circonstances, au cas où
elles seraient utiles. Cela mettrait fin à la vie privée telle que
nous la connaissons.
M. Paul Szabo: Je ne suis pas certain que cela décrive bien
les effets du projet de loi.
M. George Radwanski: Je n'ai jamais dit que ce sont là les
effets du projet de loi, surtout compte tenu des balises qui
existent.
M. Paul Szabo: Il faudrait donc remettre les pendules à
l'heure.
D'abord, on nous a dit que l'amendement auquel vous avez fait
allusion et dont nous avons tous reçu copie est accompagné de trois
annexes. L'annexe 1 comporte les informations qui seront fournies
sur demande concernant un vol, et ce, pour toutes les personnes à
bord de l'aéronef. L'annexe 2 est la liste des renseignements qui
seront transmis seulement au cas par cas. Autrement dit, ces
renseignements ne seront pas fournis automatiquement, mais
seulement si une autorité compétence d'un État étranger figurant à
l'annexe 3 présente une demande précise sur un cas précis. Ce sont
donc des demandes qui seront faites après le fait, afin d'évaluer
les risques. Êtes-vous d'accord avec ma description de ces annexes?
M. George Radwanski: On ne m'avait pas encore décrit les
annexes. Je les ai vues pour la première fois il y a une demi-heure
à peine.
M. Paul Szabo: C'est la raison qu'on nous a donnée pour
expliquer l'existence de deux annexes.
Deuxièmement, saviez-vous que le gouvernement n'impose pas
cette obligation aux transporteurs aériens? Il ne s'agit pas ici
d'une directive ou d'une exigence; le gouvernement apporte plutôt
les modifications législatives qui sont nécessaires pour que les
transporteurs aériens puissent transmettre ces renseignements sans
impunité.
M. George Radwanski: Oui, c'est exact.
Je veux aussi être bien clair, car vous semblez laisser
entendre, de la façon dont vous posez ces questions, que je
m'oppose au projet de loi. Or, je ne m'y oppose pas. J'ai
simplement demandé qu'on prévoie le plus possible de mesures de
protection de la vie privée. Je n'ai pas dit au ministère ou au
ministre que cette mesure législative n'était pas indiquée, que je
souhaitais qu'elle soit retirée ou que je la condamnais,
contrairement à ce que disent les médias.
M. Paul Szabo: Savez-vous si, à l'heure actuelle, un
transporteur aérien qui détient des informations figurant à
l'annexe 1 transmet ces informations à d'autres parties à des fins
autres que ses propres fins commerciales?
M. George Radwanski: Non.
M. Paul Szabo: Seriez-vous étonné d'apprendre que cela se
fait?
M. George Radwanski: Cela m'inquiéterait, car tant que ce
texte de loi n'est pas adopté, il s'agirait des violations des lois
régissant l'usage des renseignements personnels dans le secteur
privé.
M. Paul Szabo: Nous avons étudié ces questions avec les
fonctionnaires et il semble qu'Air Canada, par exemple, communique
ces renseignements à ses autres partenaires de Star Alliance. Thaï
Airways ou quelque autre transporteur pourrait obtenir ces
informations tout simplement parce qu'il offre des vols de
correspondance. Ce sont donc des renseignements qui sont diffusés
de façon assez générale et nous ne pouvons exercer aucun contrôle
sur ce qu'on en fera dans des transactions ultérieures.
M. George Radwanski: Il faut d'abord faire une distinction. Si
les renseignements sont fournis aux fins pour lesquelles ils ont
été recueillis, par exemple, s'il s'agit d'information sur des
passagers qui ont un vol de correspondance avec un autre
transporteur de Star Alliance, les renseignements pertinents
doivent être communiqués au deuxième transporteur et il n'y a pas
de violation des droits à la vie privée. Si le transporteur aérien
divulgue ces renseignements à un tiers pour toute autre raison, en
l'absence de cette loi, ce pourrait être problématique.
M. Paul Szabo: Connaissez-vous le terme «profilage» dans le
contexte de la sécurité?
M. George Radwanski: Oui.
M. Paul Szabo: Estimez-vous que les renseignements sur les
grands voyageurs peuvent servir au profilage?
• 1600
M. George Radwanski: Dans le cadre d'une enquête, on peut
obtenir les informations pertinentes à l'aide d'un mandat. Dans un
cas particulier, c'est une chose. Le profilage indifférencié—où
l'on réunit toutes sortes d'informations sur une personne pouvant
servir au profilage—c'est lorsque les intérêts légitimes de la
sécurité prennent la forme d'un risque inacceptable de violation du
droit fondamental à la vie privée.
M. Paul Szabo: Vous dites donc que ce projet de loi permet la
divulgation indifférenciée d'informations qui n'est pas absolument
nécessaire pour la défense, la sécurité ou la sécurité du public?
M. George Radwanski: Non, pas avec les détails qu'il contient.
Toutefois, rien dans le libellé actuel du projet de loi
n'empêcherait le gouvernement d'élargir les règlements à la demande
d'une autre puissance, d'un autre pays de façon à inclure les
renseignements sur les grands voyageurs, par exemple. Cela
m'inquiéterait beaucoup, surtout si cela s'appliquait à tous les
voyageurs et qu'aucune mesure de protection ne balisait la
communication de ces informations. Cela pourrait avoir de grandes
conséquences pour les intéressés si les informations les concernant
se retrouvaient entre les mains d'indésirables.
M. Paul Szabo: Encore une fois, je ne suis pas sûr que nous
interprétions de la même façon les effets du projet de loi. Je
crois savoir que le gouvernement du Canada, par le biais des
règlements et des deux annexes, décrit en détail les éléments
d'information que les transporteurs aériens auront le droit de
communiquer. Aucun autre renseignement que ceux figurant dans les
règlements ne pourra être divulgué.
M. George Radwanski: C'est vrai, mais si un autre pays avec
lequel nous souhaitons collaborer—disons les États-Unis—nous
demandait demain ou le mois suivant les éléments additionnels
d'information sur chaque personne prenant l'avion, autres que les
bribes déjà prévues dans les règlements, rien dans cette mesure
législative n'empêche le gouvernement, s'il le souhaite, d'ajouter
ces éléments d'information aux règlements adoptés par décret; dès
lors, ces informations ne sont plus protégées. À l'heure actuelle,
rien ne précise ce que fera de ces informations l'autorité qui en
fait l'acquisition; rien ne l'empêche de transmettre ces
renseignements à des pays tiers, par exemple.
Voilà où je veux en venir. J'espère m'être bien fait
comprendre. Ce qui figure dans les règlements à l'heure actuelle
n'est pas nécessairement...
M. Paul Szabo: Non, vous dénaturez un peu les choses selon
moi, car toute autorité étrangère pourrait demander des
informations qui ne figurent pas dans les annexes mais le
transporteur aérien ne pourrait pas les lui communiquer parce qu'il
n'y était pas autorisé. Par conséquent, il faudrait beaucoup de
temps à un pays pour obtenir davantage de renseignements parce
qu'il faut donner avis au gouvernement puisque pour modifier ces
annexes, il faut un décret.
M. George Radwanski: Mais le décret peut être adopté par le
Cabinet à sa séance suivante.
M. Paul Szabo: Bien sûr, mais cela ne se fera pas avant que
parte le vol au sujet duquel vous vouliez des renseignements.
M. George Radwanski: C'est vrai, mais ce n'est pas ce que je
dis. Vous postulez qu'on s'intéresse à un vol en particulier. Moi,
ce qui m'inquiète, c'est qu'on veuille obtenir des informations
relativement à tous les vols.
Comprenez-moi bien. J'ai dit simplement que je préférerais que
ces renseignements figurent dans la loi plutôt que dans les
règlements. Cela ne veut pas dire que je condamne le projet de loi.
Je dis simplement qu'il faudrait être vigilant et que si une
demande était présentée—ou si on exigeait quelque chose, comme
semblent le faire les Américains à ce sujet—si l'on demandait donc
que l'on fournisse d'autres renseignements, il serait facile de
modifier les règlements sans que cela n'entraîne un débat sur le
bien-fondé de la demande ou des mesures de protection à prendre. Il
est donc bon d'en discuter maintenant.
M. Paul Szabo: Mais si les détails sont dans la loi, cela
pourrait prendre des semaines, des mois et même peut-être des
années pour la modifier, selon le cycle ou l'état du Parlement. Il
pourrait se trouver qu'une compagnie aérienne ne pourrait faire ce
qu'on lui demande et ne serait ainsi pas autorisée de se rendre à
une destination étrangère si un gouvernement étranger demandait que
l'on fournisse tel ou tel renseignement. Il semblerait donc insensé
de se lier les mains ainsi.
Êtes-vous en train de dire que l'on n'a pas de comptes à
rendre lorsque l'on modifie des règlements?
• 1605
M. George Radwanski: Tout d'abord, ce que l'on peut se
demander, c'est s'il faudra un jour déclarer qu'il y a des limites,
qu'un gouvernement étranger ne peut tout simplement pas âexiger des
choses quÂil n'est pas normal que les entités canadiennes
fournissent. À un moment, il va falloir pouvoir dire que cela ne va
pas et que le gouvernement canadien n'est pas prêt à acquiescer. Si
un autre pays envisageait de prendre des sanctions inappropriées,
nous devrions nous défendre.
Je ne pense pas qu'il faille que cette loi—ou toute autre
loi—repose sur le principe que quoi que demande au Canada un
gouvernement étranger, s'il insiste suffisamment, le Canada finira
par accepter. J'espère que vous êtes d'accord avec moi là-dessus.
M. Paul Szabo: Je crois savoir que pour ce qui est des
autorités étrangères, les détails doivent être prévus dans leurs
propres lois. Ils ne peuvent pas faire n'importe quoi—déclarer
tout d'un coup qu'ils veulent les numéros de cartes de crédit de
tous ceux qui ont payé de cette façon. Ils ne peuvent pas demander
ces renseignements tout simplement parce que cela les
intéresserait.
M. George Radwanski: Pas nécessairement.
M. Paul Szabo: Ne croyez-vous pas qu'ils doivent se conformer
à leurs propres lois?
M. George Radwanski: Aux lois de leur pays. Les lois d'un
autre pays peuvent dire—comme va le faire le nôtre dans ce
cas—que les renseignements requis seront déterminés par voie de
réglementation. Un autre pays pourrait demander n'importe quel
renseignement, par une directive, par un règlement, ou autre, comme
en vertu de ce projet de loi, que les lois de ce pays exigeraient.
Donc, en effet, les contraintes ne sont peut-être pas aussi
strictes que vous l'espérez.
M. Paul Szabo: D'accord.
Le président: Nous allons passer à Val.
Mme Val Meredith (South Surrey—White Rock—Langley, PC/RD):
Je suis un peu surprise que vous parliez «des exigences des
Américains» et «d'usage inapproprié d'information». Connaissez-vous
la loi des États-Unis qui contrôle l'utilisation des informations,
la Privacy Act de 1974?
M. George Radwanski: Elle ne s'applique pas aux étrangers.
Elle ne s'applique pas aux Canadiens, elle s'applique aux
Américains.
Mme Val Meredith: Vous avez dit que lorsque ces informations
arrivent aux États-Unis, rien ne contrôle la façon dont les
Américains les utilisent. J'aimerais vous lire la loi américaine,
la Privacy Act de 1974, l'article intitulé «Conditions of
Disclosure to Third Parties» (conditions de divulgation à des
tiers):
Aucun organisme ne doit divulguer de dossier contenu dans un
système de dossiers par aucun moyen de communication à quiconque ou
à un autre organisme, sauf sur requête écrite ou avec le
consentement préalable par écrit de la personne sur laquelle porte
ce dossier à moins que la divulgation dudit dossier [...]
Et puis il y a quelques exceptions.
M. George Radwanski: Ces droits ne sont pas reconnus aux
étrangers.
Mme Val Meredith: N'est-ce pas très similaire à la loi
canadienne qui comporte aussi des exceptions quant à la divulgation
d'informations par des organismes gouvernementaux?
M. George Radwanski: Il y a deux questions.
Tout d'abord, la loi américaine sur la protection de la vie
privée, contrairement à la nôtre, ne comporte pas de mécanisme de
surveillance du tout. Il n'y a pas d'agent du Congrès ni
d'ombudsman. Ça c'est la première chose. L'enjeu est donc plus
important.
Mme Val Meredith: N'est-ce pas dans la loi?
M. George Radwanski: C'est plus une déclaration de bonnes
intentions qu'une assurance législative, tout d'abord, et c'est là
que la loi canadienne diffère de l'américaine. Deuxièmement, la loi
américaine ne s'applique pas aux résidents ou aux ressortissants
d'autres pays. Troisièmement, j'ai demandé aux fonctionnaires du
ministère des Transports quelles garanties s'appliqueraient à
l'utilisation de ces informations par les autorités américaines, à
savoir à qui ils pourraient les communiquer, à quels autres
intérêts ou tiers pays. Leur réponse est qu'il n'y en a pas.
Mme Val Meredith: Vous dites donc que parce que ces
renseignements que reçoivent les Américains portent sur des
étrangers ou des résidents étrangers, les lois américaines ne s'y
appliquent pas.
M. George Radwanski: Non, pas en vertu des droits de
protection des renseignements personnels. La loi américaine ne
reconnaît pas ces droits aux Canadiens.
Mme Val Meredith: Je ne dis pas qu'elle donne aux Canadiens
des droits de protection des renseignements personnels, je parle
des informations qu'ils réunissent. Vous me dites que la loi
américaine ne protège pas les informations que réunissent ses
organismes parce que celles-ci concernent des étrangers.
M. George Radwanski: Elle ne les protège pas de façon
suffisante si l'on considère les droits des Canadiens à la
protection des renseignements personnels. Si vous voulez
approfondir cela, vous pourriez peut-être demander à l'ambassadeur
américain de vous l'expliquer. Je crois toutefois...
Mme Val Meredith: Je vais certainement m'en enquérir, car...
M. George Radwanski: Allez-y.
Mme Val Meredith: ...leur loi stipule pratiquement la même
chose que la nôtre. Vous dites qu'elle ne porte pas sur les
renseignements dont ils disposent sur un étranger et je vais donc
m'en enquérir.
• 1610
M. George Radwanski: D'autre part, comme je l'ai indiqué, il
n'y a aucune garantie.
Mme Val Meredith: Quand le Canada recueille des informations
sur des étrangers, ces gens-là sont-ils protégés par notre Loi sur
la protection des renseignements personnels?
M. George Radwanski: De façon générale, non, à moins qu'ils
soient au Canada. Mais c'est la raison pour laquelle...
Mme Val Meredith: Autrement dit...
Le président: Une seconde. Ne vous disputez pas. Laissez-le
répondre à vos questions.
Mme Val Meredith: Eh bien, il l'a fait. Il a dit qu'ils ne
sont pas nécessairement pas protégés.
J'en conclus que la façon dont nous traitons les
renseignements sur les étrangers ne diffère pas tellement de ce que
font les Américains.
M. George Radwanski: Il y a une différence et c'est que, tout
d'abord, nous ne forçons pas les Américains à fournir des
renseignements sur leurs citoyens. Deuxièmement, tout ce que j'ai
dit—et je ne sais pas trop sur quoi nous nous disputons, si
effectivement nous nous disputons—c'est qu'il serait bon d'après
moi que le Canada demande aux États-Unis l'assurance que ces
informations ne seront utilisées qu'à certaines fins pour
lesquelles elles sont demandées; que nous sachions bien de part et
d'autre ce qu'il en est—et ce devrait être la même chose pour tout
autre pays à qui nous fournissons ce genre d'information; quelles
sont les règles du jeu, à quoi peuvent être utilisés ces
renseignements. Très franchement, les fonctionnaires responsables
ne m'ont pas du tout dit qu'il leur semblait insensé d'essayer
d'obtenir ce genre d'assurance.
En fait, je ne vois pas ce sur quoi nous ne sommes pas
d'accord à moins que vous ne pensiez pas que les droits des
Canadiens devraient être protégés au maximum.
Mme Val Meredith: C'est peut-être seulement la façon dont vous
présentez les choses qui me chicotent—quand vous dites que les
Américains obligent les Canadiens à se plier à leur demande. Ne
pensez-vous pas qu'un État a le droit de demander des
renseignements sur les gens qui viennent dans son pays? Nous le
faisons.
M. George Radwanski: Ma foi, ce que...
Mme Val Meredith: Les Américains n'ont-ils pas le droit de
réunir des renseignements, autant de renseignements qu'il leur
semble nécessaire, pour garantir leur sécurité?
M. George Radwanski: Je disais qu'à mon avis, lorsqu'il s'agit
des droits des citoyens, de renseignements confidentiels, et de la
loi canadienne, il devrait être possible d'envisager de faire les
choses de façon méthodique. Le gouvernement canadien a demandé un
petit délai supplémentaire pour essayer de procéder méthodiquement,
m'a-t-on dit, et on lui a répondu que les avions canadiens se
verraient soit refuser le droit d'atterrir soit feraient l'objet de
ce qui m'a semblé être des fouilles délibérément exagérées, etc.,
si nous ne faisions pas ce qu'ils demandent.
Je trouve cela choquant—et c'est le terme que je choisis—que
des lois touchant les droits des Canadiens doivent être
précipitées, forcées par un pays qui est un allié et qui pourrait
peut-être se laisser un peu plus guider par un esprit de
coopération plutôt que de recourir à ce genre de tactiques. Très
franchement, je n'aime pas voir les droits des Canadiens traités de
cette façon précipitée. C'est la seule chose que j'essaye de dire.
Quant à fournir des renseignements, échanger des
renseignements, je n'y vois pas d'inconvénient, à condition qu'on
ait les garanties voulues. Nous sommes en train de préparer de
telles garanties. Comme je l'ai dit dès le début, je n'ai pas
d'objection à autoriser les compagnies aériennes à donner des
renseignements, mais il faut savoir quels renseignements seront
donnés et avec quelles garanties. Ce sont des questions qui peuvent
être décidées de façon calme et rationnelle.
Mme Val Meredith: On m'a fait comprendre que ce serait prévu
dans la loi. Oui, cela se fait par voie de réglementation mais la
majorité de la législation gouvernementale ces temps-ci se fait
malheureusement comme ça. Bien que je n'apprécie pas tellement
cette façon de gouverner, la loi, et l'annexe que le gouvernement
y a ajoutée, est très claire quant aux renseignements qui seront
communiqués—il s'agit de la liste des passagers. De façon
générale, le manifeste est tout à fait élémentaire. C'est ce que
l'on demande normalement quand on passe aux douanes. Ce n'est pas
comme s'ils demandaient...
Je suppose que vous prenez souvent l'avion et que vous allez
aux États-Unis. Le genre de questions que l'on pose et le genre de
renseignements qu'on va leur donner sont des questions qu'on pose
quand on passe au prédédouanement à l'aéroport Macdonald-Cartier à
Ottawa pour se rendre aux États-Unis. Ce n'est pas déplacé.
M. George Radwanski: Les autorités américaines ne me demandent
pas en général mon numéro de téléphone, par exemple.
Mme Val Meredith: La première ne donne pas les numéros de
téléphone.
M. George Radwanski: Non, mais ils figurent sur la deuxième
liste.
Mme Val Meredith: Ah! C'est la deuxième liste. Je parlais de
la première. La première liste c'est quelque chose que l'on vous
demande de toute façon quand on passe au prédédouanement à
l'aéroport d'Ottawa. Ils disposent déjà de ces renseignements.
M. George Radwanski: La première liste ne me dérange pas du
tout.
• 1615
Mme Val Meredith: La deuxième liste est essentiellement la
liste des passagers. M. Szabo a fait allusion au fait que ces
renseignements sont déjà communiqués commercialement. Les témoins
du ministère ont reconnu qu'ils étaient réunis par les douanes...
en vertu du projet de loi S-23, n'est-ce pas?
M. George Radwanski: Au Canada.
Mme Val Meredith: Au Canada, oui.
Ces renseignements sont également réunis en vertu du projet de
loi C-11 par l'Immigration et le SCRS et la GRC peuvent les obtenir
par d'autres moyens. Ce sont des renseignements qui sont donc déjà
utilisés au Canada par tous les services gouvernementaux.
M. George Radwanski: Mais tout cela en fonction des limites de
la Loi sur la protection des renseignements personnels. Ainsi ils
ne peuvent être utilisés à des fins autres que celles pour
lesquelles ils ont été réunis, afin qu'ils ne puissent être
divulgués de façon inappropriée à des tiers.
Si vous permettez, afin qu'il n'y ait pas de malentendu, je
suis un peu surpris par le ton de notre échange. Comme je l'ai dit
dès le début, je suis en fait venu ici pour dire que je suis
satisfait des améliorations qui ont été apportées à ce projet de
loi. J'ai dit que je serais ravi que tout cela figure dans la loi
plutôt que dans les règlements parce qu'il serait ainsi évident
qu'on ne pourrait pas y apporter de changements. Je ne suis pas
venu dire que le projet de loi, tel quel, avec l'amendement que
j'ai suggéré, doit être condamné ou que j'y vois une objection en
tant que commissaire à la protection de la vie privée ou qu'il ne
devrait pas être adopté.
Je pense que nous sommes sur la même longueur d'ondes. Je suis
un peu troublé que l'on essaie de me faire dire autre chose parce
quÂimmanquablement les médias—qui semblent penser que je suis
incapable d'ouvrir la bouche sans attaquer ou condamner, que je ne
peux écrire une lettre sans qu'elle soit cinglante—vont déclarer
que j'ai comparu devant le comité pour attaquer le projet de loi.
Ce n'est pas cela et je ne voudrais pas que le ton de l'échange que
nous avons soit interprété à tort comme indiquant que j'ai dit
autre chose que le fait qu'il est souhaitable que ce genre de
choses soit traité avec autant de prudence que possible.
Je suis très satisfait de l'esprit dans lequel le ministère a
examiné la question. Je suis très satisfait qu'il ait accepté
l'amendement que j'avais demandé. C'est une victoire pour les
droits à la protection des renseignements personnels des Canadiens
et j'en suis très satisfait. J'espère—personne ne m'a dit le
contraire—que le ministère va essayer d'obtenir des garanties sur
la façon dont seront utilisés ces renseignements par les autorités
étrangères. Défendant la protection de la vie privée, je serais
ravi que les détails concernant ces renseignements figurent dans la
loi plutôt que dans les règlements. Ce n'est pas le cas et je ne
vais pas en mourir.
Je tenais à ce que ceci soit très clair pour que l'on n'aille
pas essayer d'imaginer un désaccord artificiel.
Mme Val Meredith: Si vous vous inquiétez du ton, quand vous
accusez nos alliés du sud de nous forcer à faire quelque chose et
quand vous utilisez le terme «choquant», je suis désolée, mais si
vous qui donnez le ton. J'ai répondu au ton que vous aviez dans vos
propos liminaires et je crois que j'étais en droit de le faire...
M. George Radwanski: D'accord.
Mme Val Meredith: ...parce que c'est à votre ton que je
répondais.
M. George Radwanski: À condition que nous sachions ce que nous
disons l'un et l'autre, il n'y a pas de problème.
Mme Val Meredith: Je veux vous demander si vous trouvez tout
aussi choquant que le Canada, en vertu du projet de loi C-42, va
demander les mêmes renseignements aux compagnies aériennes
étrangères venant au Canada.
M. George Radwanski: Je répète ce que je juge choquant, ce
n'est pas que l'on demande de réunir des renseignements, ni que
l'on échange des renseignements à des fins de sécurité. Ce que je
trouve choquant c'est que l'on exerce des pressions comme l'ont
fait les États-Unis lorsqu'ils ont déclaré que si on ne faisait pas
immédiatement ce qu'ils demandaient, nos avions ne pourraient
atterrir ou que l'on imposerait effectivement à nos transporteurs
des formes interdites de harcèlement. Cela empêche de traiter des
droits des Canadiens comme on devrait le faire et je préférerais
que nos lois soient adoptées—en particulier lorsque nous traitons
avec un allié—dans un esprit qui reflète l'amitié qui nous lie,
plutôt que sous pression. Vous n'êtes pas forcément d'accord. Vous
pensez peut-être que c'est une très bonne façon d'adopter des lois,
pas moi.
• 1620
Mme Val Meredith: Ma foi, nous avons passé deux jours à
Washington à discuter avec des fonctionnaires et je ne me rappelle
pas qu'aucun nÂait dit que nos avions ne pourraient atterrir si
nous n'adoptions pas ce projet de loi.
Le président: Merci, Val. Vous avez dépassé votre temps de
trois minutes.
Monsieur Alcock.
M. Reg Alcock (Winnipeg-Sud, Lib.): Peut-être que vous
pourriez clarifier une ou deux choses, monsieur Radwanski. Il y a
quelque chose que je ne comprends pas dans votre amendement qui n'a
pas été adopté. Le projet de loi porte sur la Loi sur
l'aéronautique et sur la Loi sur la protection des renseignements
personnels et les documents électroniques. La Loi sur
l'aéronautique porte-t-elle à d'autres égards sur la Loi sur la
protection des renseignements personnels? Je vais reposer cette
question, pour que ce soit plus clair, est-ce que les actions des
compagnies aériennes ne sont pas contrôlées par la Loi sur la
protection des renseignements personnels et les documents
électroniques?
M. George Radwanski: Contrôlées par cette loi? Si.
M. Reg Alcock: Parce qu'elles font maintenant partie du
secteur privé, théoriquement.
M. George Radwanski: Oui.
M. Reg Alcock: Y a-t-il donc une autre référence à la Loi sur
la protection des renseignements personnels dans la Loi sur
l'aéronautique?
M. George Radwanski: Très honnêtement, je n'ai pas étudié la
Loi sur l'aéronautique. Je pourrais me renseigner mais je ne puis
vous répondre de but en blanc.
M. Reg Alcock: Je vous en saurais gré.
Si je comprends bien votre amendement—et je suis désolé, mais
je ne suis pas avocat et je ne lis donc pas ce genre de choses très
bien—vous inséreriez ce qui suit comme paragraphe (2) au projet
d'article 4.83:
Aux renseignements fournis à une autorité compétente de celui-ci en
vertu du paragraphe (1)
[...] il s'agirait là de renseignements requis par les lois d'un
État étranger [...]
à une autorité compétente de celui-ci
—cela signifierait sauf erreur que l'on ne peut recueillir
d'un État étranger des renseignements fournis à une autorité
compétente de celui-ci, donc les renseignements décrits dans les
règlements—
une institution fédérale, au sens de l'article 3 de la Loi sur la
protection des renseignements personnels, ne peut recueillir d'un
État étranger des renseignements fournis à une autorité compétente
de celui-ci en vertu du paragraphe 1), sauf à des fins de
protection de la sécurité nationale ou de la sécurité publique ou
à des fins de défense...
Vous dites que l'on ne peut passer par la porte de derrière.
M. George Radwanski: Exactement.
M. Reg Alcock: On ne peut les envoyer à l'étranger pour les
récupérer sous une autre forme.
M. George Radwanski: Exactement. Il existe toutes sortes
d'accords sur l'échange de renseignements et il ne faudrait pas que
cela revienne par la porte de derrière à des fins totalement
différentes de la protection de la sécurité nationale ou de la
sécurité publique ou encore de la défense.
M. Reg Alcock: Cela semble raisonnable.
Vous ou quiconque a rédigé ceci a estimé qu'il était
nécessaire de renvoyer à l'article 3 de la Loi sur la protection
des renseignements personnels plutôt que d'utiliser un outil fourni
dans la Loi sur la protection des renseignements personnels et les
documents électroniques. Pourriez-vous expliquer pourquoi?
M. George Radwanski: Ce n'est pas moi. Ma recommandation était
dans la lettre que j'ai envoyée au ministre. Je disais:
Le gouvernement du Canada ou une institution fédérale ne peut
recueillir d'un État étranger des renseignements fournis à une
autorité compétente de celui-ci en vertu du paragraphe (1)
a) sauf à des fins de protection de la sécurité nationale ou de la
sécurité publique ou à des fins de défense et
b) si ces informations ne sont pas recueillies, utilisées ou
divulguées à d'autres fins.
Plutôt que de dire: «Le gouvernement du Canada ou une
institution fédérale», pour une raison ou une autre, les légistes
ont jugé que ce devrait être la définition de ce qui fait l'objet
de la loi à l'article 3 de la Loi sur la protection des
renseignements personnels. Cela ne change pas en fait grand-chose,
très honnêtement.
M. Reg Alcock: Non, c'est simplement que je vous ai mal
compris lorsque vous avez dit que c'était votre amendement. J'ai
cru que vous l'aviez rédigé mais nous interrogerons les
représentants du ministère là-dessus.
M. George Radwanski: Ils voulaient simplement que ce soit un
peu plus précis que «le gouvernement du Canada ou une institution
fédérale», je suppose. Cela exclut, par exemple, les sociétés
d'État, non pas qu'elles soient tellement pertinentes.
M. Reg Alcock: Pour en venir maintenant aux règlements,
j'essaie toujours de faire le lien. Ce qui déclenche la demande
d'information est la loi d'un État étranger. Bien que cela ne vous
dérange pas, ce qu'a fait le gouvernement avec le projet de loi
C-44, c'est de laisser au gouverneur en conseil la possibilité de
modifier cela à l'avenir. Le seul État indiqué dans les règlements
ou dans les amendements pour le moment est celui des États-Unis, si
je ne me trompe, d'après le document que j'ai ici.
• 1625
Il est toujours difficile d'évoquer des hypothèses mais si un
gouvernement musulman, quelque part—pour prendre un exemple
actuel—adoptait une loi déclarant que tous ceux qui viennent dans
son pays doivent indiquer leurs antécédents religieux, un décret du
conseil suffirait à faire entrer cela dans le règlement canadien.
M. George Radwanski: Non, pas si ce n'est pas un renseignement
qui est recueilli par une compagnie aérienne. Tout d'abord, il
faudrait vraiment savoir si on pourrait recueillir ce renseignement
et ça c'est une toute autre question.
Mais vous avez raison, le danger d'ajouter des éléments
d'information qui ne sont pas forcément inoffensifs existe quand
cela procède par règlements. Par exemple, dans d'autres ébauches de
documents de prédédouanement avant celui-ci, on parlait des
éléments d'information que possédait une compagnie aérienne. Dans
la deuxième catégorie, on aurait inclus, par exemple, les
préférences diététiques spécifiées lors de la réservation.
M. Reg Alcock: Oui, nous y voici.
M. George Radwanski: Si vous commandez de la nourriture
kascher, on peut en tirer des conclusions. Très franchement,
pourtant, cela pourrait être trompeur parce que j'ai entendu parler
de gens qui commandent des repas kascher tout simplement parce
qu'ils trouvent que la nourriture est meilleure. Mais il s'agirait
de renseignements très délicats et si quelqu'un disait que c'était
tous les renseignements que possédait une compagnie aérienne et si
on ajoutait cela, cela pourrait poser un problème.
Un autre problème qui me préoccupe un peu est le fait que les
compagnies aériennes ont déjà déclaré qu'il serait prohibitif pour
elles de sélectionner les éléments d'information qu'elles
possèdent; qu'elles peuvent évidemment communiquer le dossier
qu'elles ont, qui peut inclure, par exemple, des éléments tels que
les demandes de repas, toute requête spéciale ou tout besoin
spécial mais qu'il serait très difficile pour elles d'extraire ces
éléments des renseignements qu'elles fourniraient. Cela pourrait
donc poser des problèmes.
Que peut-on fait à ce sujet? Honnêtement, je n'en sais rien.
La difficulté pour un ombudsman comme moi-même est qu'il faut
traiter dans l'art du possible.
Une voix: C'est vrai.
M. George Radwanski: Dans le cas du projet de loi C-36, j'ai
réussi à faire apporter des changements très importants pour
protéger des droits. Dans le cas de ce projet de loi, j'ai réussi
à obtenir un amendement qui va empêcher quelque chose qui aurait
réellement posé un problème de protection des renseignements
personnels en laissant la possibilité d'utiliser des informations
à d'autres fins. Toutefois, on ne peut pas toujours parvenir à la
perfection et on ne peut pas toujours dicter la politique à suivre
quand on est un ombudsman. Mais ce que nous avons là me semble
acceptable et je suis satisfait des changements qui ont été
apportés. Cela n'empêche que je m'inquiète des problèmes que
pourrait poser le recours aux règlements.
M. Reg Alcock: Je ne voudrais pas faire perdre trop de temps
au comité pour cela parce que, comme vous le signalez, cela ouvre
tout un autre débat quant à l'utilisation de règlements plutôt que
d'un projet de loi. Il me semble toutefois, avec tout le respect
que je dois à mes collègues, qu'il y a une différence entre
permettre à un gouvernement d'agir plus rapidement en recourant à
un décret du conseil plutôt qu'à une modification de la loi dans
tout un éventail de situations commerciales et faciliter des
changements qui peuvent avoir une incidence sur l'ensemble des
droits dont on jouit. Ce serait le cas ici. C'est délicat.
Cela ne s'applique pas forcément au projet de loi dont nous
sommes saisis mais dans les recherches que fait votre bureau,
avez-vous découvert ce que font d'autres pays dans des cas
semblables, et s'ils disposent de mécanismes qui leur permettent de
ne pas procéder par voie législative et de faire les choses de
façon administrative. Par exemple, quelle serait la pratique—et je
ne vous demande pas de me répondre sur-le-champ—au Royaume-Uni, en
Australie et dans d'autres systèmes politiques ou gouvernementaux
comparables? C'est une question qui revient très souvent.
Cela me convient lorsqu'il s'agit de faciliter la prise de
décisions rapides dans un monde en évolution, qui ont des
conséquences moindres que l'ensemble des droits que nous exerçons,
mais cela ne me convient pas lorsqu'il s'agit d'éléments qui
pourraient empiéter sur mes droits. Cette protection supplémentaire
est importante.
• 1630
Le président: Reg, votre temps est presque écoulé.
M. Reg Alcock: Je suis un peu mal à l'aise à l'idée qu'un
autre État puisse adopter une loi et que le seul obstacle à cela
c'est si au cours de l'examen par le gouverneur en conseil,
quelqu'un soulève des objections. Est-ce adéquat, je n'en suis pas
convaincu.
M. George Radwanski: Je partage cette préoccupation. Il est
notoire que j'ai dit publiquement, à maintes reprises que tout ce
qui touche directement les droits doit être... ma compétence se
limite aux droits de protection de la vie privée...
M. Reg Alcock: Certains diraient que vous l'avez dit trop
souvent.
M. George Radwanski: On fait ce qu'on peut pour être clair et
transparent.
Mais c'est par une loi et non par des règlements que l'on doit
définir ces droits. C'est la position que j'ai formulée très
clairement lorsque l'assemblée législative de l'Ontario m'a demandé
ce que je pensais de son projet de loi sur la protection de
l'information sur la santé.
M. Reg Alcock: Vous aviez tort dans ce cas-là, mais vous
pourriez avoir raison ailleurs.
Une voix: Oh, oh!
Le président: Nous allons passer à Mario. Ça ressemble trop à
un dialogue.
[Français]
M. Mario Laframboise: Merci.
J'ai toujours le même problème. Finalement, ce qui
est important, ce sont les renseignements devant être
fournis. C'est cela qui doit inquiéter la population
et les personnes que vous devez défendre en tant que
commissaire à la protection de la vie privée.
On a déposé un projet de loi et vous avez proposé un
amendement alors que vous n'étiez même pas au courant
de la nature des renseignements devant être fournis.
Vous semblez satisfait. Vous avez proposé votre
amendement et vous êtes content, mais comme vous l'avez
dit plus tôt, vous avez eu la liste des renseignements
à fournir, qui apparaîtra dans les règlements futurs,
seulement une demi-heure avant le début de notre
rencontre.
J'aurais préféré, et de loin, que vous proposiez que
la loi elle-même précise les renseignements à être
fournis. À ce moment-là, vous auriez défendu les
intérêts des citoyens.
J'essaie de comprendre comment on peut proposer des
amendements sans savoir quels renseignements on va
fournir à certains pays. On regarde cette liste
ensemble. Nous l'avons eue ce matin et vous l'avez eue
il y a une demi-heure. Ce n'est pas vrai que mon numéro
de téléphone va circuler partout. Je vais tout
simplement le faire changer, monsieur, et je ne le
donnerai plus. Ce sera fini.
Ce que vous dites est plein de logique, mais le
problème est que la loi n'est pas modifiée dans ce
sens-là. Les renseignements n'y sont pas inclus et les
amendements qu'on nous propose et que le gouvernement
nous propose... Je répète que vous les avez préparés et
suggérés avant qu'on sache quels renseignements
seraient fournis aux autres pays.
J'ai beaucoup de difficulté.
M. George Radwanski: Je ne suis pas certain de
pouvoir vous aider avec votre difficulté. J'ai déjà
expliqué ce que j'essaie de faire avec ça. Je fais
toujours mon possible pour défendre les droits des
Canadiens. Vous êtes d'avis que je ne le fais pas assez
bien. On n'est pas d'accord, mais il n'y a pas
grand-chose que je puisse ajouter à ma réponse
antérieure.
M. Mario Laframboise: Essayez de me faire
comprendre comment on peut intervenir sans connaître la
nature des renseignements qu'on va fournir. En tout
cas, c'est lui qui est pris avec le problème, et pas
moi.
[Traduction]
M. George Radwanski: Je vais passer à l'anglais parce que la
journée a été longue et je tiens à répondre très clairement à cette
question.
Je n'ai eu aucun mal à proposer cet amendement fondé sur ce
que prévoyait la loi puisqu'il y était question de renseignements
exigés par la législation d'un État étranger. C'était illimité.
Manifestement, rien n'empêche de dire que si nous devons fournir
des renseignements exigés par les lois d'un État étranger, à tout
le moins, nous devons nous assurer qu'il n'y a pas de moyen
détourné d'obtenir cette information dans le but éventuel d'en
faire un usage inapproprié non seulement dans l'État étranger, mais
aussi au Canada, en contravention de nos lois. Je n'ai donc pas
besoin de voir l'annexe sur les renseignements exigés pour
recommander cet amendement. C'était simplement une question de bon
sens.
• 1635
Pour le reste, j'ai étudié la liste. Je lis rapidement et j'ai
étudié cette liste de renseignements possibles même si je ne l'ai
eue en main qu'une demi-heure avant la réunion. Ce n'est pas la
première fois que nous examinons des questions de prédédouanement
et donc je sais quels éléments sont délicats et ceux qui ne le sont
pas. Voilà pourquoi j'ai pu vous répondre.
Comment se fait-il que je ne propose pas d'amendement ni ne
conseille que cela figure dans la loi plutôt que dans les
règlements? Je vais vous le dire. Je ne pense pas qu'on
l'accepterait. Comme protecteur des droits des Canadiens, comme
ombudsman, si j'ai réussi à faire améliorer des projets de loi,
c'est que je recherche l'art du possible, que je ne pousse les
choses que de façon raisonnable et appropriée pour tenter d'obtenir
le meilleur résultat possible, sans aller jusqu'à un point où l'on
considère qu'il n'y a pas moyen de me satisfaire et que par
conséquent, puisque je ne suis pas raisonnable, autant dire non à
tout ce que je demande, puisque de toute manière je vais critiquer
tout.
C'est affaire de jugement. Comme mandataire du Parlement,
j'estime que ma responsabilité envers les Canadiens consiste à
protéger efficacement leurs droits à la protection de leurs
renseignements personnels et je suppose que je vous demande à tous
de me faire confiance quand je dis que je le fais de mon mieux.
Vous ne partagerez peut-être pas mon avis. Certains disent que je
pousse trop et que j'insiste pour obtenir des garanties inutiles.
D'autres pourraient dire que je devrais adopter une position
intransigeante, c'est-à-dire que l'on devrait accepter tout ce que
je demande sans quoi je vais condamner la mesure de loi—pour ce
que ça donnerait—et adopter une position sans compromis. J'ai mes
opinions.
[Français]
M. Mario Laframboise: Avez-vous bien dit que vous
craigniez qu'ils en aient assez de vous? Êtes-vous en
train de me dire que vous avez peur de perdre votre
emploi?
M. George Radwanski: Pardon?
M. Mario Laframboise: Vous avez dit que vous
craigniez qu'ils en aient assez de vous. Avez-vous peur
de perdre votre emploi?
[Traduction]
M. George Radwanski: Évidemment pas. Je suis un mandataire du
Parlement et je suis en poste pour sept ans.
Ce qui me préoccupe, c'est mon efficacité. Je suis un
ombudsman, je n'ai d'autre pouvoir que la persuasion et l'opinion
publique. Je dois en faire un usage réfléchi et prudent car si on
m'ignore—les gens commencent à dire qu'il dise ce qu'il veut, on
va courir notre chance parce que, de toutes façons, il va
critiquer. Si cela devait se produire, je ne serai plus efficace,
donc je dois dans chaque cas, faire preuve de jugement, sur les
objectifs essentiels; ou dois-je durcir ma position parce qu'il
s'agit de quelque chose de fondamental à la protection des droits
à la vie privée; et quand s'agit-il d'un objectif souhaitable mais
peut-être pas réalisable. C'est en fonction de cela que je choisis
mes positions.
Ce n'est pas une tâche facile que d'être ombudsman. Il faut
faire beaucoup appel à son jugement, à son bon sens et à ses
compétences pour tenter d'obtenir un résultat. Il est possible
d'exercer de genre de fonction en s'efforçant de faire le plus de
bruit possible, en défendant à tue-tête telle ou telle position et
être un défenseur infatigable. Toutefois, en dernière analyse, si
l'on considère les réalisations, elles seront minimes. Au mieux, on
peut axer sa prestation sur des objectifs et se demander comment
vraiment améliorer la protection des Canadiens en matière de droits
à la vie privée sans pour autant hésiter à formuler des critiques.
Je n'hésite pas, mais j'espère aussi que je suis pragmatique.
[Français]
M. Mario Laframboise: En terminant, monsieur le
commissaire, vous me permettrez de dire que quant à
moi—on peut différer d'avis sur cela, vous et moi—quand
on adopte une loi pour fournir des
renseignements, l'important est de préciser quels
renseignements on va fournir à des personnes qui ne
nous garantissent pas les fins auxquelles elle vont les
utiliser. J'ai un problème quant au type de
renseignements. C'est ce qui me préoccupe depuis le
tout début. Je m'évertue à essayer d'obtenir du
gouvernement qu'il nous dise quels types de
renseignements on va fournir. Pour le reste, si on est
d'accord sur le principe qu'on doit en fournir, il faut
que la population se sente protégée quant au genre de
renseignements qu'on va fournir, ce qui est très
important pour la vie privée des gens.
[Traduction]
Le président: Merci, Mario.
Nous allons maintenant entendre Bev Desjarlais du Parti néo-démocrate.
• 1640
Mme Bev Desjarlais: Monsieur Radwanski, avez-vous dit que dans
une première version de cet amendement, il avait été proposé de
dire «le gouvernement du Canada»? Est-ce que j'ai bien ou mal
entendu?
M. George Radwanski: Dans ma lettre au ministre j'avais dit:
«Je recommande par conséquent un amendement au projet de loi en
ajoutant un libellé qu'aurait l'effet suivant»—donc je n'ai rien
précisé comme tel...
Le gouvernement du Canada ou une institution fédérale ne peut
recueillir d'un État étranger des renseignements fournis à une
autorité compétente de celui-ci en vertu du paragraphe (1) [...]
Mme Bev Desjarlais: Voilà justement ce que je voulais dire
quand j'ai déclaré plus tôt que je regrettais que cette approche ne
soit pas plus claire. J'ai vu tout de suite qu'il était possible
que l'on transmette ces renseignements à d'autres États étrangers.
Je suis un peu inquiète de constater qu'on ne dit pas «le
gouvernement du Canada».
M. George Radwanski: Non, on a tout simplement choisi de dire
«une institution fédérale, au sens de l'article 3 de la Loi sur la
protection des renseignements personnels.»
Mme Bev Desjarlais: Donc quoi qu'il en soit, seul le
gouvernement du Canada est visé. On ne peut pas transmettre ces
renseignements.
M. George Radwanski: Non, cette exclusion ne vise que le
gouvernement du Canada. En d'autres termes, je veux dire que le
gouvernement du Canada, comme je l'ai expliqué à M. Alcock, ne peut
pas utiliser de moyens détournés, par exemple une entente
d'échange, pour obtenir ces renseignements. Cela n'a rien à voir,
ni d'une façon ni d'une autre, avec ce qui arrive à ces
renseignements dans le cas d'États tiers.
Mme Bev Desjarlais: À votre avis, devrait-on avoir une
vérification ou un examen des renseignements demandé aux termes de
l'annexe 2? Y a-t-il une façon de procéder qui nous permette
d'avoir un droit de regard sur le genre de renseignements demandés
et de savoir si la demande est ou non légitime?
M. George Radwanski: À cause de mon pouvoir de surveillance
aux termes de la Loi sur la protection des renseignements
personnels et les documents électroniques, je serai certainement en
mesure de savoir quels renseignements sont fournis et quels
éléments sont inclus. En fait, il ne peut s'agir au plus que de
renseignements prévus dans les règlements. Nous savons que ça ne
peut pas être plus que cela. Si c'était le cas, il y aurait
infraction à la loi. Par contre, on peut demander moins.
Mme Bev Desjarlais: Si les règlements étaient élargis et
prévoyaient d'autres choses—M. Alcock a mentionné la possibilité
d'ajouter la religion, et vous avez mentionné les exigences
alimentaires—allez-vous être en mesure d'examiner attentivement
tout nouveau règlement?
M. George Radwanski: Vous pouvez être certaine que je vais m'y
intéresser au plus haut point.
Mme Bev Desjarlais: Je tiens à faire un commentaire et à vous
remercier. J'ai l'impression que vous vous retrouvez dans une
situation très semblable à la nôtre, en ce sens que ce n'est
qu'aujourd'hui qu'on nous donne cette information, qu'on nous dit
que le gouvernement du Canada ne sait même pas ce que demanderont
les États-Unis. Nous sommes donc dans une situation précaire où
nous devons faire ce que veulent les États-Unis sans vraiment
savoir ce qu'ils veulent au juste. Les Américains pourraient
demander plus ou moins n'importe quoi. Je pense qu'il est tout à
fait juste de dire qu'on n'exerce pas de pression sur nous pour que
nous adoptions une position particulière afin d'accélérer
l'adoption de ce projet de loi. Votre suggestion et le libellé que
vous avez proposé dans cet amendement nous ont sans doute épargné,
à plusieurs, la nécessité de devoir trouver une solution qui offre
au moins une certaine protection aux Canadiens.
Je n'ai qu'une autre question même si je me demande si c'est
bien à vous que je dois la poser. J'ai tenté de prévoir quelles
difficultés pourraient causer le genre de renseignements demandés
par les gouvernements lorsque nous avons des opinions divergentes
sur différents gouvernements. Je ne sais pas exactement comment la
loi aux États-Unis s'applique à des représentants du gouvernement
cubain qui pourraient venir au Canada ou rentrer dans leur pays à
bord d'avions survolant les États-Unis. Parce que le Canada
entretient avec Cuba des relations différentes de celles
qu'entretiennent les États-Unis, si je comprends bien, cela ne pose
pas problème actuellement à condition que l'avion n'atterrisse pas
aux États-Unis, mais est-ce qu'il aurait dorénavant un problème?
M. George Radwanski: Je ne sais pas quoi vous dire parce que,
comme je l'ai dit en réponse à une autre question, j'ai
l'impression que ce projet de loi vise à fournir des renseignements
sur les passagers à bord d'avions à destination des États-Unis.
Dans d'autres cas, il y a toutes sortes d'autres questions qui
pourraient se poser, mais je ne sais vraiment pas quoi vous
répondre.
Mme Bev Desjarlais: Très bien, ça va. Merci beaucoup.
M. George Radwanski: Merci.
Le président: André Harvey.
M. André Harvey (Chicoutimi—Le Fjord, Lib.): Je n'ai pas de
questions.
Le président: Très bien, dans ce cas passons à Alex.
• 1645
M. Alex Shepherd (Durham, Lib.): Les propos de Bev m'ont fait
penser à quelque chose qui n'a rien à voir à la question. Un site
Web qui s'appelle expedia.ca vous permet de commander vos billets
d'avion en ligne, etc. C'est exactement la même chose que
expedia.com. Si vous voulez aller à Cuba et que vous partiez de
Toronto, on vous permet de remplir le formulaire, qui est ensuite
rejeté. On ne vous permet pas d'entrer l'information. C'est
pourtant un site canadien, mais parce que les Américains
n'admettent pas les voyages à Cuba, c'est rejeté au Canada. J'ai
pensé que c'était un détail intéressant.
M. George Radwanski: C'est intéressant, mais comme commissaire
à la protection de la vie privée, je ne peux pas faire de
commentaires à ce sujet.
Le président: Est-ce tout, Alex? Avez-vous d'autres questions?
M. Alex Shepherd: Non.
Le président: Mario.
[Français]
M. Mario Laframboise: Monsieur le commissaire,
vous dites que vous êtes nommé pour sept ans et que
c'est le gouvernement qui nous nomme. C'est bien ce
que vous disiez?
M. George Radwanski: Non, c'est le Parlement qui
me nomme.
M. Mario Laframboise: En réalité, on peut dire que
c'est le gouvernement.
M. George Radwanski: Pour vous, c'est la même
chose, mais pas pour moi. Le Parlement, c'est le
Parlement.
M. Mario Laframboise: Merci.
[Traduction]
Le président: Monsieur Radwanski, je vous remercie de votre
présence parmi nous aujourd'hui. Nous vous sommes reconnaissants de
vos suggestions et de nous avoir fait part de votre position. Vous
vous êtes très bien tiré d'affaire. Continuez ce bon travail.
André.
[Français]
M. André Harvey:
Monsieur le président, je demande qu'on étudie ce
projet de loi article par article. J'aimerais proposer
officiellement la motion que j'ai déposée ce matin, qui
tient compte des témoignages que nous avons entendus en
fin d'après-midi. Elle a été distribuée à tout le
monde. Je pense donc que je peux être dispensé d'en
faire la lecture intégrale. Mais je peux la lire.
[Traduction]
Le président: On propose de passer à l'étude article par
article.
(La motion est adoptée)
(Article 1)
[Français]
M. André Harvey: J'aimerais maintenant proposer la
motion d'amendement que nous avons déposée aujourd'hui.
Tous les membres du comité ont reçu cette proposition.
[Traduction]
Le président: Il y a un amendement à l'article 1. Veut-on
discuter de cet amendement?
M. Alcock.
M. Reg Alcock: Y a-t-il des fonctionnaires ici?
Le président: Il y a des fonctionnaires.
M. Reg Alcock: Pouvons-nous demander aux fonctionnaires de se
joindre à nous à la table, s'il vous plaît? J'ai une ou deux
questions à leur poser.
Puis-je obtenir réponse à ma question au sujet de la Loi sur
l'aéronautique? Aux termes de la Loi sur l'aéronautique, les lignes
aériennes sont-elles assujetties à la Loi sur la protection des
renseignements personnels?
Me Sherill Besser (avocate principale, Services juridiques,
Transports Canada): La Loi sur la protection des
renseignements personnels s'applique aux institutions fédérales qui
sont des ministères gouvernementaux et d'autres organismes énumérés
à l'annexe. La Loi sur la protection des renseignements personnels
ne s'applique pas aux transporteurs aériens ou aux lignes
aériennes. La réponse est donc non.
M. Reg Alcock: Donc, en introduisant ce renvoi à la Loi sur la
protection des renseignements personnels, cette loi va-t-elle
s'appliquer à des domaines où l'on avait décidé précédemment
qu'elle ne devait pas s'appliquer?
Me Sherill Besser: Non, car nous décrivons des institutions
gouvernementales. C'est tout ce que nous faisons. Ce n'est qu'aux
termes de l'article 3 de la Loi sur la protection des
renseignements personnels, qui définit les institutions
gouvernementales.
M. Reg Alcock: Très bien.
Le paragraphe (2), qui est proposé, dit: «Le gouverneur en
conseil peut prendre des règlements». Pourquoi ce paragraphe est-il
là?
Me Sherill Besser: C'est simplement parce qu'on a renuméroté
les paragraphes.
M. Reg Alcock: Non, je veux parler de tout le paragraphe (2)
qui est proposé «Le gouverneur en conseil...» Je comprends que cela
deviendra le paragraphe (3) si l'amendement est adopté, mais il
s'agit du paragraphe habilitant qui permet de prendre un règlement.
Qui a demandé que cela soit inclus? Est-ce une directive du
ministre?
• 1650
M. William Elliott (sous-ministre adjoint, Santé et sécurité,
Transports Canada): Monsieur, voulez-vous parler du
paragraphe qui est proposé dans le projet de loi actuel, ou de
l'article qui fait l'objet d'un amendement?
M. Reg Alcock: Je veux parler du paragraphe (2) qui est
proposé dans le projet de loi C-44 et je cite:
Le gouverneur en conseil peut prendre des règlements pour
l'application du présent article, notamment des règlements
ensuite il y a les alinéa a) et b) qui sont proposés. D'où vient ce
paragraphe qui est proposé? Quel en est l'objectif? Ce n'est pas un
autre gouvernement qui en a fait la demande, n'est-ce pas?
M. John A. Read (directeur général, Transport des marchandises
dangereuses, Sécurité et protection, Transports Canada): La
loi nous permet de faire deux choses ici. On pourrait dire qu'on
donne aux lignes aériennes la permission de donner de l'information
à tous les pays qui en font la demande chaque fois qu'ils en font
la demande ou on peut imposer certains contrôles et dire qu'on
donne aux lignes aériennes la permission de donner l'information
qui est précisée ici aux pays qui sont également précisés ici.
C'est pourquoi nous avons les règlements qui, dans une annexe,
énumèrent les pays à qui les renseignements peuvent être transmis,
et quels renseignements peuvent être transmis.
M. Reg Alcock: Vous considérez donc qu'il s'agit là d'une
façon de prévoir une deuxième étape, si un pays décide de
recueillir davantage de renseignements. Si le paragraphe (2) qui
est proposé n'était pas dans le projet de loi, je présume qu'il
pourrait adopter n'importe quelle loi et que nous devrions nous y
soumettre, n'est-ce pas?
M. John Read: En l'absence du paragraphe (2), c'est le
paragraphe (1) qui devrait alors donner l'autorité si on voulait
que ça fonctionne. Il devrait donner l'autorité à la ligne aérienne
de communiquer tout renseignement à un pays qui le demande aux
termes d'une de ces lois.
M. Reg Alcock: Ou...
M. Paul Szabo: Dans la mesure où la ligne aérienne peut
fournir ces renseignements.
M. John Read: Eh bien, oui. Nous ne pouvons leur donner la
permission de donner des renseignements qu'elles n'ont pas.
M. Reg Alcock: Le libellé aurait pu le dire. On aurait pu
dire: «fournira la liste de renseignements suivants»
M. John Read: Oui, mais nous ne savons pas quels pays et quels
renseignements.
M. Reg Alcock: Non, nous le savons. Nous savons que ce sont
les États-Unis, n'est-ce pas?
M. John Read: Non, cela permettra au Royaume-Uni de faire une
demande analogue sans être obligé de s'adresser au Parlement. Cela
permettra à tout État étranger qui a une loi exigeant les
renseignements de présenter une demande. Aux termes des règlements,
nous pouvons alors ajouter le nom de ce pays à la liste des pays à
qui les renseignements peuvent être fournis.
M. Reg Alcock: Je comprends ce que cela fait, mais prévoyez-vous
que cela puisse arriver?
M. John Read: Nous ne serions pas surpris que cela se
produise. Nous n'avons pas encore reçu de demande pour le moment,
mais nous ne serions pas surpris de constater que si le
gouvernement du Royaume-Uni décidait qu'il voulait savoir ce qui se
passe dans ce pays...
M. Reg Alcock: Je ne voudrais pas trop insister, mais ce qui
me frappe...
M. Paul Szabo: Devrions-nous vous revenir plus tard?
M. Reg Alcock: Oui, allez-y.
Le président: Val.
Mme Val Meredith: En réponse à la question que M. Alcock vous
a posée, le seul but du paragraphe 2 qui est proposé est de vous
permettre d'ajouter d'autres pays à la liste.
M. Reg Alcock: Et d'autres renseignements.
Mme Val Meredith: Oui, d'autres renseignements. Vous avez
répondu que si ce n'était pas dans le projet de loi, il faudrait
s'adresser au Parlement. Je vous dirai que le Parlement est peut-être
préoccupé par les pays qui pourraient être inclus ici. Nous
comprenons et acceptons le fait que les États-Unis aient fait la
demande. Cela ne vous dérange pas. Ça me convient. Si tout à coup
on voulait inclure la Russie ou la Chine ou un autre pays,
cependant, je voudrais peut-être qu'on débatte de la question au
Parlement et qu'on ne permette pas, franchement, à des
fonctionnaires d'ajouter le nom de ces pays à une liste et
d'adopter cela par décret. Je dirais même que l'on doit, soit
légiférer les règlements dont nous sommes saisis, ou tout
simplement biffer le paragraphe (2) proposé.
M. William Elliott: Je voudrais faire deux observations, si
vous me le permettez, monsieur le président. Tout d'abord, le
paragraphe (1) qui est proposé fait allusion aux renseignements qui
sont fournis sous réserve des règlements, et le paragraphe (2) qui
est proposé est le pouvoir de réglementation générale.
Deuxièmement, ce ne sont pas les fonctionnaires qui prendront des
règlements, c'est le gouverneur en conseil.
• 1655
Mme Val Meredith: Vous dites donc que le gouverneur en conseil
est là pour prendre les règlements.
M. William Elliott: Le gouverneur en conseil prend les
règlements, oui.
Mme Val Meredith: Le gouverneur en conseil les approuve.
[Note de la rédaction: Inaudible]
Une voix: ...
Mme Val Meredith: Le ministre élabore les règlements?
[Note de la rédaction: Inaudible]
Une voix: ...
Mme Val Meredith: Eh bien, soyons honnêtes à ce sujet.
Le président: Monsieur Szabo.
M. Paul Szabo: En ce qui concerne cet amendement, il y a eu un
échange avec M. Radwanski au sujet de l'idée selon laquelle le
Canada ne peut pas faire adopter cet amendement par la porte
arrière. Si l'on adoptait une disposition selon laquelle les lignes
aériennes restaient sur la touche relativement à l'inspection des
passagers et si la responsabilité en matière de sécurité et de
protection revenait plus complètement, plus directement, au
gouvernement fédéral—peut-être à un organisme gouvernemental, par
exemple, alors il serait raisonnable qu'un tel organisme puisse en
fait recueillir ces renseignements de son propre chef, car il
aurait pratiquement accès à tous les renseignements puisqu'il
serait en mesure de voir les billets, de voir les passeports,
d'examiner les visas et toutes sortes d'autres documents. En
d'autres termes, en changeant tout simplement l'instrument de
sécurité, le mécanisme ou la structure de sécurité, cet amendement
pourrait ne pas avoir de sens, n'est-ce pas?
M. John Read: Ceux qui font l'inspection n'ont pas accès aux
dossiers où figurent les noms des passagers. Les agents de
sécurité, qui inspectent les passagers et leurs bagages avec une
baguette, n'ont pas accès aux dossiers contenant les noms des
passagers.
M. Paul Szabo: Ils ne regardent pas le billet d'avion?
M. John Read: Ils peuvent regarder votre billet d'avion, mais
ils ne regardent pas nécessairement le numéro de votre carte de
crédit, dont il a déjà été question.
M. Paul Szabo: Le numéro est sans doute sur le billet, n'est-ce
pas? Le billet indiquerait à quel numéro les frais ont été
portés.
Mme Bev Desjarlais: Le prénom ne figure pas sur le billet.
M. Paul Szabo: Si.
Mme Bev Desjarlais: Il est sur le billet, mais pas sur la
carte d'embarquement. Ils regardent la carte d'embarquement.
M. Paul Szabo: Je comprends cela, mais cela ne veut pas
nécessairement dire que si on enlève aux lignes aériennes la
responsabilité de la sécurité ou de ce qu'elles font à l'heure
actuelle, les procédures ou les procédés de sécurité ne
prévoiraient pas qu'on regarde le passeport une deuxième fois, ou
encore qu'on l'examine au scanner pour prendre d'autres
renseignements.
Le Commissaire à la protection de la vie privée craint que le
gouvernement du Canada ait des renseignements sur toutes les
personnes qui voyagent avec une ligne aérienne. Cela est clairement
visible au point de contrôle. Bien qu'à l'heure actuelle tout cela
n'est pas en fait enregistré, ce n'est qu'un détail technique. Un
scanner pourrait facilement recueillir tous ces renseignements.
M. John Read: Y a-t-il une question?
M. Paul Szabo: Cela ne dissiperait-il pas les craintes du
commissaire à la protection de la vie privée concernant l'accès du
Canada aux renseignements si un organisme gouvernemental était
chargé ou se chargerait de la sécurité nationale dans les
aéroports?
M. John Read: La partie qui est importante, c'est que tous les
renseignements qui sont recueillis lorsqu'on fait une
réservation... si on confiait à l'agence gouvernementale le système
de réservations plus la sécurité, alors cet organisme pourrait
répondre à toutes ces questions.
M. Paul Szabo: Très bien, merci.
Le président: Bev.
Mme Bev Desjarlais: En fait, je me demandais si c'est ici
qu'on devrait apporter un amendement afin d'inclure les annexes au
projet de loi.
Le président: Nous sommes déjà saisis d'une motion
d'amendement. Vous voudrez peut-être attendre pour voir ce qui
arrivera à cet amendement, ensuite nous pourrons discuter du vôtre.
Mme Bev Desjarlais: Certainement.
Le président: Êtes-vous prêt à vous prononcer?
M. John Cannis (Scarborough-Centre, Lib.): Puis-je poser une
toute petite question?
Le président: Oui, allez-y, John
M. John Cannis: Vous avez mentionné le système de
réservations. Si j'ai bien compris, à l'heure actuelle il y a un
système central de réservations lorsque quelqu'un achète un billet
ou fait une réservation, et ce système de réservations est contrôlé
par les lignes aériennes. Ces renseignements vont-ils rester là, ou
est-ce que les autorités gouvernementales voudront y avoir
accès... Pourra-t-on avoir accès à ce système Reservec—je pense
que c'est ainsi qu'on l'appelle... Si je vais dans une agence de
voyages acheter un billet pour me rendre quelque part aux États-Unis,
il y a un système central de réservations. On offre un
service à la ligne aérienne, de sorte qu'elle utilise ce système
central de réservations, cette banque de données. Est-ce là où les
autorités gouvernementales auront accès aux renseignements? Ce
système de réservations est-il sûr?
• 1700
M. John Read: Nous parlons du projet de loi C-44 et ce projet
de loi ne prévoit pas que les organismes gouvernementaux auront
accès aux dossiers. Ce projet de loi est permissif en ce sens qu'il
permet à l'aviation commerciale, aux lignes aériennes qui ont des
vols sur les États-Unis, de fournir ces renseignements au
Commissaire des services douaniers des États-Unis. Voilà ce dont
nous sommes saisis à l'heure actuelle.
Si un autre pays intervient... Peut-être que le commissaire de
Sa Majesté au Service des douanes et impôts indirects aurait
également besoin de certains renseignements au Royaume-Uni. Encore
une fois, les lignes aériennes transmettraient directement ces
renseignements à cette personne, mais pas par notre intermédiaire
pas par Transports Canada.
(L'amendement est adopté—Voir le Procès-verbal)
Le président: L'article modifié est-il adopté?
Mme Bev Desjarlais: Non.
Le président: Oh, oui, nous allons maintenant débattre de
votre amendement, c'est-à-dire que nous avons un autre amendement.
Mme Bev Desjarlais: Je tente de le rédiger rapidement.
Une voix: Dans les deux langues?
Mme Bev Desjarlais: Puisque le gouvernement ne sait pas
vraiment en quoi consistent les règlements, j'essaie de voir
comment je pourrais le rédiger.
M. Paul Szabo: Est-ce l'article 1 que vous voulez modifier?
Une voix: Il n'y a qu'un article.
Mme Bev Desjarlais: L'amendement pourrait être l'alinéa
4.83(3)c), proposant que l'annexe des règlements ci-jointe fasse
partie du projet de loi.
• 1702
• 1705
M. Paul Szabo: Monsieur le président, la députée en a expliqué
l'objet. Au lieu de parler du libellé comme tel, je propose que
nous parlions plutôt de l'objet explicite, c'est-à-dire que les
annexes devraient être incorporées au projet de loi, et que cela
constitue la motion dont nous sommes saisis. Si elle est adoptée,
nous pourrons ensuite examiner le libellé précis.
Le président: Cela vous va? Oui? Vous voulez en faire une
proposition, alors, Bev?
• 1705
M. Paul Szabo: Je crois que la députée a proposé d'inclure les
annexes 1, 2 et 3 dans la loi et qu'on devrait le mentionner dans
un libellé approprié probablement dans un nouveau paragraphe
proposé (3)c).
Mme Bev Desjarlais: Oui.
M. Paul Szabo: Voilà la motion.
Le président: Débat sur la motion?
M. Marcel Proulx (Hull—Aylmer, Lib.): Veut-on supprimer ce
qui était le paragraphe 2—qui devient le 3—où il est dit «Le
gouverneur en conseil peut prendre des règlements»?
Mme Bev Desjarlais: Non, ça reste.
M. Marcel Proulx: Ça reste.
Mme Bev Desjarlais: On ne veut pas supprimer cela.
M. Marcel Proulx: Alors comment ajouterait-on de nouveaux
pays, par exemple?
Mme Bev Desjarlais: On peut toujours édicter de nouveaux
règlements, mais les annexes...
M. Marcel Proulx: Alors pourquoi les insérer?
Mme Val Meredith: Parce qu'elles se trouvent dans le projet de
loi.
M. Marcel Proulx: Parfait.
Le président: Le greffier veut poser une question.
Le greffier du comité: Monsieur Szabo, lorsque vous dites
vouloir que le libellé soit rédigé plus tard pour ce qui est
d'ajouter les annexes 1, 2 et 3, parlez-vous du texte des annexes
qui sont dans les documents en ma possession?
M. Paul Szabo: Il y a une motion générique en discussion. Si
la motion est adoptée, il faudrait la libeller de façon...
Le greffier: Parfait, alors nous pourrions...
M. Paul Szabo: On pourra s'occuper de ce genre de détails si
la motion est adoptée.
Le greffier: Bon, il s'agissait de ne pas avoir annexe 1
suivie d'un blanc puis annexe 2 suivie d'un blanc et annexe 3
suivie d'un blanc, et après cela...
M. Paul Szabo: Non, tous les détails c'est ce que veut la
députée.
Le greffier: Merci.
(La motion est rejetée)
(L'article 1, modifié, est adopté)
Le président: Le titre est-il adopté?
Des voix: D'accord.
Le président: Le projet de loi est-il adopté?
Des voix: D'accord.
Le président: Dois-je faire rapport du projet de loi modifié?
Des voix: D'accord.
Le président: La séance est levée jusqu'à sept heures ce soir.