STANDING COMMITTEE ON
CITIZENSHIP AND IMMIGRATION
COMITÉ PERMANENT DE LA
CITOYENNETÉ ET DE L'IMMIGRATION
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le jeudi 25 octobre 2001
• 1534
[Traduction]
Le président (M. Joe Fontana (London-Centre-Nord, Lib.)): La
séance est ouverte. Bon après-midi chers collègues.
Nous nous réjouissons de la présence parmi nous de la ministre
et des fonctionnaires qui l'accompagnent, M. Dorais et
Joan Atkinson. Nous avons été en contact étroit, l'année dernière,
lorsque nous avons examiné et adopté le projet de loi C-11. Comme
vous le savez, le projet de loi C-11 est actuellement devant le
Sénat et nous espérons obtenir la sanction royale très
prochainement.
Madame la ministre, depuis le projet de loi C-11, le Canada et
le reste du monde ont été bouleversés par de tragiques événements.
Cette réunion du comité à pour but d'examiner le nouveau projet de
loi dans le contexte de ce qui s'est passé le 11 septembre.
• 1535
Comme vous le savez, la semaine prochaine, le comité voyagera
dans l'Est et dans l'Ouest pour examiner la sécurité à nos postes
frontières. La semaine suivante, nous espérons rencontrer nos
homologues du Congrès, à Washington, car nous essayons tous de
rassurer notre propre population et nous assurer mutuellement que
nous faisons tout en notre pouvoir dans le contexte de
l'immigration.
Je tiens donc à vous remercier infiniment, madame la ministre,
ainsi que vos collaborateurs, pour avoir pris le temps de venir
nous voir. Je sais que vous avez une déclaration liminaire à nous
faire et que nous avons certainement un tas de questions à vous
poser. La semaine dernière, nous avons rencontré les représentants
de la GRC, du SCRS ainsi que de la CISR. Ce matin, quelques-uns de
vos fonctionnaires nous ont donné une séance d'information sur la
sécurité à nos frontières.
Nous avons environ deux heures à passer avec vous. Par
conséquent, sans plus attendre, nous sommes prêts à entendre votre
déclaration et vos réponses.
L'hon. Elinor Caplan (ministre de la Citoyenneté et de
l'Immigration, Lib.): Merci beaucoup, monsieur le président et membres du
comité.
[Français]
Merci, monsieur le président et membres du comité.
[Traduction]
Je tiens d'abord à vous remercier de m'avoir invité à vous
parler de sécurité dans nos points d'entrée, au moment où vous vous
apprêtez à examiner cette très importante question.
J'ai effectivement une déclaration à vous faire, monsieur le
Président, après quoi je répondrai à vos questions.
Depuis la tragédie du 11 septembre, la question de la sécurité
aux frontières a pris une toute nouvelle dimension. Beaucoup de
gens voient le monde différemment depuis le 11 septembre. Il est
tout à fait naturel d'avoir peur et d'être anxieux. Beaucoup se
demandent ce que fait le gouvernement du Canada pour protéger notre
nation contre le fléau du terrorisme. Ils sont aussi déterminés,
comme nous le sommes, à faire en sorte que ces attaques renforcent
notre volonté de protéger et de défendre nos valeurs fondamentales.
Plus tôt cette année, je vous ai parlé du projet de loi C-11,
le projet de loi sur l'immigration et la protection des réfugiés,
qui donnera divers nouveaux outils pour faire face aux menaces qui
pèsent sur la sécurité des Canadiens. Mais je veux qu'il soit bien
clair que la Loi sur l'immigration, dans sa version actuelle,
contient déjà des mesures musclées pour protéger nos frontières.
D'ailleurs, nous pouvons utiliser ces mesures dès maintenant et
nous le faisons pour interroger les nouveaux arrivants, pour
refuser l'autorisation de séjour aux personnes non admissibles,
pour détenir ceux dont on doute de la véritable identité, de la
probabilité qu'ils se présentent à une audience ou qui constituent
une menace pour la sécurité des Canadiens ainsi que pour expulser
les criminels et autres personnes non admissibles.
Bien avant le 11 septembre, nous avions déjà établi de fortes
alliances et d'excellentes relations de travail avec nos
partenaires au Canada et dans d'autres pays pour nous attaquer aux
menaces du terrorisme et du crime international.
La sécurité des frontières a toujours été un aspect primordial
de ces travaux. Citoyenneté et Immigration Canada collabore chaque
jour avec ses partenaires nationaux et internationaux d'application
de la loi afin d'échanger des renseignements de sécurité et de
faire avancer nos efforts communs de lutte contre le terrorisme, la
migration irrégulière, le crime organisé, l'introduction et le
trafic de clandestins. Nous savons que nous devons miser sur cette
coopération, en particulier avec nos partenaires internationaux,
parce qu'il est clair que le terrorisme est un problème
international.
Mon ministère travaille de près avec d'autres ministères et
agences préoccupés de la sécurité aux frontières, entre autres avec
l'Agence des douanes et du revenu du Canada, le ministère du
Solliciteur général, la GRC, le SCRS, le ministère de la Justice
ainsi que le ministère des Affaires étrangères et du Commerce
international.
Notre coopération avec notre plus proche voisin, les
États-Unis, dans la gestion de notre frontière commune, existe
depuis longtemps et s'est renforcée avec les ans.
En 1999, dans le cadre de la stratégie sur la vision relative
à la frontière, nous avons signé une déclaration d'entente sur
l'échange d'information avec les États-Unis, qui nous permet
d'échanger de l'information et des renseignements de sécurité
importants, notamment sur les terroristes. Ensemble, nous avons
instauré diverses mesures faisant appel à la technologie afin
d'accélérer la circulation des personnes, des biens et des services
entre nos deux pays. Nous avons recours à des équipes mixtes
d'application de la loi pour lutter contre les activités
transfrontalières illégales. Et ensemble, nous favorisons la libre
circulation des voyageurs légitimes, qui représentent la majeure
partie du trafic transfrontalier, tout en faisant notre part pour
assurer la sécurité de nos deux pays.
• 1540
Nous profitons par ailleurs d'ententes de mise en commun de
l'information avec d'autres alliés, comme le Royaume-Uni et
l'Australie, qui sont aussi vulnérables à la migration illégale et
au terrorisme. Et nous participons à divers forums multinationaux
qui se penchent sur des questions mondiales comme la migration
illégale, l'introduction de clandestins, le crime organisé et le
terrorisme.
Je crois savoir qu'au cours des prochaines semaines, les
membres du comité traverseront le pays afin de visiter des points
d'entrée au Canada. Vous rencontrerez des hommes et des femmes qui
effectuent un travail de première ligne, des agents consciencieux
chargés de protéger nos points d'entrée terrestres, maritimes et
aéroportuaires. Je vous encourage à leur parler longuement afin que
vous puissiez mieux comprendre de quelle façon ils effectuent leur
travail. N'hésitez pas à leur demander s'ils ont des questions ou
des préoccupations. Je suis certaine que vous serez très
impressionnés, tout comme je l'ai été, par leur dévouement et leur
professionnalisme.
Environ 110 millions de personnes viennent au Canada chaque
année, et de ce nombre les agents des douanes en dirigent quelque
2 millions vers des agents d'immigration pour interrogatoire ou
contrôle. L'année dernière, les agents d'immigration aux points
d'entrée ont rédigé plus de 41 000 rapports sur des personnes qui
contrevenaient à la Loi sur l'immigration, les infractions allant
de l'absence de visa à la grande criminalité. Diverses mesures
d'exécution de la loi ont par la suite été prises contre ces
personnes.
Les agents d'immigration aux points d'entrée photographient et
prennent des empreintes digitales des revendicateurs du statut de
réfugié. Ils ont le pouvoir de faire détenir des personnes
lorsqu'ils craignent qu'elles posent un risque pour la sécurité ou
qu'elles se déroberont aux formalités de l'immigration ou encore
s'ils ont des doutes sur leur identité. Et ce pouvoir est très
important. Mais la tâche de contrôler les personnes qui veulent
venir au Canada débute bien avant qu'un grand nombre d'entre elles
atteignent nos frontières.
D'un point de vue abstrait, nous pouvons imaginer notre
frontière comme une chose qui a son origine dans nos ambassades et
nos bureaux des visas à l'étranger, là où nos agents interrogent et
sélectionnent les personnes désireuses de venir au Canada. La
frontière se poursuit dans les aéroports internationaux, là où nos
agents collaborent avec les transporteurs aériens dans divers
points de départ vers l'Amérique du Nord. Et le contrôle fait appel
à des bases de données sur la criminalité et la sécurité ainsi que
sur l'échange d'information avec nos partenaires bien avant que les
voyageurs ne mettent le pied sur notre territoire.
Nous conviendrons tous, je pense, que la meilleure façon de
faire échec aux terroristes est de leur bloquer l'entrée du Canada.
C'est pourquoi, au cours des deux dernières années, nous avons
accru nos activités d'interception à l'étranger en faisant passer
le nombre d'agents de contrôle de l'immigration à l'étranger de 31
à 48. L'année dernière, les agents de contrôle ont intercepté plus
de 6 000 personnes non munies des documents voulus avant qu'elles
ne prennent l'avion pour le Canada. Au cours des six dernières
années, c'est 33 000 personnes non munies des documents voulus qui
ont ainsi été interceptées par les agents. Nous avons tellement
bien réussi à intercepter les migrants illégaux que les États-Unis,
la Grande-Bretagne et l'Australie se sont inspirés de notre
programme d'interception.
Depuis le 11 septembre, le gouvernement du Canada a ordonné
qu'une plus grande vigilance soit exercée aux points d'entrée et à
l'étranger. Les agents d'immigration ainsi que leurs collègues des
Douanes procèdent à des contrôles rigoureux en fonction des mesures
de sécurité renforcées et travaillent de près avec la GRC et le
SCRS afin de dépister les personnes qui constituent un risque sur
le plan de la sécurité.
Nous avons renforcé nos partenariats, au Canada et à
l'étranger, et augmenté les échanges d'information avec nos alliés.
Les Canadiens reconnaissent plus que jamais que la vigilance
s'impose face à la menace que représente le terrorisme
international. Et dans ce contexte, le gouvernement du Canada
consacre davantage de ressources à la protection de ses frontières.
Monsieur le président, le 12 octobre, j'ai annoncé au point
d'entrée de Niagara Falls une rallonge de 49 millions de dollars
pour aider les agents du ministère à mieux faire leur travail, soit
assurer la sécurité des Canadiens. Cela veut dire, entre autres
choses, que 100 agents d'immigration de plus seront embauchés pour
travailler dans les points d'entrée.
• 1545
Le ministère s'est très rapidement occupé de mettre en place
une carte d'identité sûre pour les résidents permanents. À partir
de juin prochain, la carte «feuille d'érable» sera émise à tous les
nouveaux immigrants et remplacera l'actuelle fiche d'établissement,
qui a fait l'objet d'une utilisation abusive. La nouvelle carte
sera la seule preuve de résidence permanente et, à ce titre,
facilitera grandement les voyages à l'étranger. Les
caractéristiques de sécurité à la fine pointe de la technologie
nous permettront de faire échec à la fraude, et il sera plus
difficile pour les terroristes de se servir de nos documents pour
venir au Canada.
Nous avons aussi instauré un contrôle de sécurité très poussé
pour tous les demandeurs d'asile qui se présentent à nos
frontières. Cette mesure permettra de dépister immédiatement les
criminels possibles et les personnes qui sont une menace pour la
sécurité. Grâce aux nouveaux fonds dont nous disposons, nous
accroîtrons au besoin le recours à la détention, en particulier
lorsque nous aurons des doutes au sujet de l'identité des personnes
ou que nous aurons des craintes pour notre sécurité. En outre, nous
élargirons nos activités de renvoi afin de montrer aux personnes
qui enfreignent nos règles qu'elles seront appréhendées puis
inculpées ou expulsées.
En même temps, les employés de CIC travaillent d'arrache-pied
pour que les dispositions réglementaires soient prêtes à
accompagner le projet de loi C-11 et pour que la mise en
application des mesures de sécurité renforcées prévues dans le
projet de loi et son règlement puisse se faire. Lorsque nous avons
présenté le projet de loi C-11 au début de l'année, nombre d'entre
vous se rappelleront que certains l'ont jugé trop rigide. Je crois
que les Canadiens et les Canadiennes reconnaissaient alors, comme
ils le font maintenant, qu'il doit être rigide. Il doit être rigide
pour ceux qui déjouent nos règles, pour les grands criminels et les
personnes qui menacent notre sécurité. Nous ne devons pas laisser
une petite majorité de personnes compromettre notre longue
tradition d'ouverture, de diversité et d'accueil des nouveaux
venus. Nos programmes d'immigration et de protection des réfugiés
sont bien trop importants pour le Canada, pour les Canadiens et les
Canadiennes.
Le projet de loi C-11, la nouvelle Loi sur l'immigration et la
protection des réfugiés, prévoit des dispositions de sécurité
accrue et de nouveaux motifs d'interdiction de territoire. Les
grands criminels et les personnes qui sont une menace pour la
sécurité n'auront pas accès au processus de protection des
réfugiés. Ils perdront également le droit d'appel. En d'autres
termes, le nouveau projet de loi nous permettra de renvoyer ces
individus plus rapidement.
Monsieur le président, membres du comité, dans le cadre de
votre examen de la sécurité à nos frontières, vous aurez l'occasion
d'observer les mesures de sécurité prises à nos points d'entrée.
Vous verrez certains des systèmes technologiques que nous utilisons
et vous serez témoins de la collaboration accrue entre les
ministères partenaires et les pays. Vous verrez comment nos agents
travaillent dans le quotidien, comment ils cherchent à la fois à
assurer l'intégrité et la sécurité de nos frontières et à faciliter
le mouvement des personnes et des marchandises, qui est si crucial
pour notre économie, notre société et notre mode de vie.
Je vous souhaite un bon travail et je suis prête à répondre à
vos questions.
[Français]
Merci beaucoup, monsieur le président. Je vous invite
à me poser des questions.
[Traduction]
Le président: Merci, madame la ministre.
Nous allons entamer immédiatement le premier tour. J'ai le
plaisir d'accueillir le chef de l'opposition, M. Day, pour le
premier tour.
M. Stockwell Day (Okanagan—Coquihalla, Alliance canadienne):
Merci, monsieur le président et madame la ministre.
Dans votre déclaration et sans doute aussi dans la loi, vous
dites que les autorités ont le pouvoir de détenir des personnes
dont on doute de l'identité. Et qu'elles vont le faire. Mais ce
n'est pas suffisant. Mardi, l'Alliance canadienne a proposé que les
personnes qui arrivent ici sans pièces d'identité—parce qu'elles
les ont détruites elles-mêmes, dans la plupart des cas—ou dans des
circonstances douteuses devraient, non seulement être placées en
détention, mais y rester jusqu'à ce qu'il soit absolument prouvé
qu'elles ne posent aucun risque pour la sécurité.
• 1550
Par conséquent, quand la ministre dit que ces personnes seront
détenues, c'est vrai, elles seront peut-être détenues jusqu'à ce
qu'on prenne leurs empreintes digitales ou leur photo. Elles
resteront peut-être en détention un jour ou deux, ou même plus
longtemps. Mais il faut les détenir jusqu'à ce qu'on ait établi
qu'elles ne posent aucun risque pour la sécurité.
Quand nous avons proposé une motion en ce sens, comme vous le
savez, monsieur le président, la ministre et ses collègues libéraux
ont voté contre. Voilà où nous voulons en venir.
Ce vote va à l'encontre de la recommandation qu'un comité de
la Chambre des communes avait formulée en 1998. La majorité
libérale à ce comité, y compris plusieurs députés qui en font
toujours partie, avait recommandé, et je cite:
Citoyenneté et Immigration Canada devrait recourir à la détention
dans les cas où l'identité d'une personne n'est pas établie. Cette
détention doit se poursuivre jusqu'à ce qu'on ait établi que cette
personne ne pose aucun risque.
Dans ce cas, pourquoi la ministre hésite-t-elle à ajouter ce
principe, même si ce n'est pas précisé noir sur blanc? La ministre
peut-elle nous dire que les gens qui arrivent au Canada après avoir
détruit leurs pièces d'identité en cours de route ou qui racontent
qu'ils ont perdu ces documents seront détenus jusqu'à ce qu'on ait
établi qu'ils ne posent pas de risque pour la sécurité?
Mme Elinor Caplan: Je tiens à bien préciser que les
autorités d'immigration qui sont aux points d'entrée peuvent déjà,
en vertu de la Loi sur l'immigration actuellement en vigueur,
détenir une personne lorsqu'ils ont des motifs raisonnables de
croire qu'elle présente un risque pour la sécurité, s'ils ont des
doutes au sujet de son identité ou s'ils ont de bonnes raisons de
penser qu'elle se dérobera aux formalités d'immigration.
Ce pouvoir existe déjà dans la loi actuelle.
La nouvelle Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés
et la réglementation connexe appartera à cet égard une précision, une
amélioration, si je puis dire. Il sera stipulé que toute personne qui
arrive sans pièces d'identité et qui se montre peu coopérative pourra
être détenue si les autorités d'immigration ont des motifs
raisonnables de croire qu'elle présente un risque pour la sécurité,
qu'elles ont des doutes sur son identité ou qu'elle se dérobera aux
audiences d'immigration.
Mais si j'ai bien compris—et si je me trompe, dites-le-moi—le chef de
l'opposition clame la détention obligatoire et
automatique de toute personne qui arrive sans pièces d'identité. Si
c'est ce qu'il propose, monsieur le président, nous mettrions en
prison ou en détention des gens parfaitement innocents au sujet
desquels mes fonctionnaires, les experts, les professionnels qui
connaissent bien leur domaine, n'éprouvent aucune inquiétude et
n'ont aucunement lieu de s'inquiéter.
Le président: Monsieur Day.
M. Stockwell Day: La ministre avoue franchement pourquoi elle
ne veut pas le faire. Vous avez dit que les agents d'immigration
ont le pouvoir de détenir quelqu'un. Un policier a le pouvoir
d'empêcher un conducteur de rouler trop vite, mais si les policiers
n'arrêtaient jamais personne pour excès de vitesse, cela causerait
des morts. Je reconnais que les agents d'immigration ont ce
pouvoir, mais ils ne s'en servent pas. La ministre l'a reconnu.
Cela reflète ce qu'elle a dit...
Le président: J'ai l'impression qu'ils m'arrêtent chaque fois
que je roule trop vite.
M. Stockwell Day: Et je m'en réjouis, monsieur le président,
je m'en réjouis.
Monsieur le président, la ministre a dit que si nous mettons
en détention des gens qui arrivent ici dans des circonstances
douteuses, nous écririons un chapitre bien sombre de notre
histoire. N'oubliez pas que pendant leur voyage, étant donné qu'ils
ont dû présenter des pièces d'identité pour pouvoir monter à bord
de l'avion—ces gens ont détruit les documents les identifiant. À
lui seul, ce geste justifie certainement leur détention. Ce ne
serait pas un triste chapitre de notre histoire.
Il y a déjà eu de tristes chapitres dans l'histoire du Canada.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les Canadiens d'origine
japonaise ont été internés dans des camps. C'est très regrettable.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu de nombreux cas
de ce genre. Un cas assez célèbre est celui du St. Louis, un navire
qui est arrivé chez nous transportant des réfugiés juifs dont les
papiers étaient pourtant en règle, mais que l'on n'a pas laissés
débarquer. Dans les deux cas, je me permettrais de vous faire
remarquer que ce sont des gouvernements libéraux qui ont écrit ces
tristes chapitres de notre histoire.
D'autres parmi nos alliés—le Royaume-Uni, les États-Unis,
l'Australie—ont cette politique, mais pas nous. Au Royaume-Uni,
tout près de l'aéroport de Heathrow, ils viennent d'inaugurer une
nouvelle installation pour détenir les gens qui arrivent là-bas
sans papiers. Cela ne veut pas dire qu'il faudra mettre en
détention un grand nombre de gens, parce que dès que l'on se
passera le mot à l'autre bout, là d'où les gens partent pour venir
au Canada, dès que ce sera connu que quiconque arrive ici sans
papiers est incarcéré, cette pratique disparaîtra rapidement.
La ministre est-elle en train de nous dire que ces autres
pays, qui sont nos alliés, sont également en train d'écrire des
chapitres sombres? Notre requête est simple: pourriez-vous, s'il
vous plaît, enfermer ces gens-là jusqu'à ce qu'on ait la certitude
absolue qu'ils ne posent aucun risque pour la sécurité? Qu'y a-t-il
de mal là-dedans?
• 1555
Mme Elinor Caplan: Je vais répondre avec plaisir aux
questions du chef de l'opposition officielle. Je veux qu'il sache
qu'il y a 23 millions de réfugiés dans le monde. Beaucoup d'entre
eux fuient la persécution, au risque de leur vie, sans papiers.
Certains font appel aux passeurs clandestins pour les aider à fuir.
Cela s'appelle faire le passage de clandestins pour des raisons
humanitaires. C'est une pratique qui est reconnue dans notre droit
aujourd'hui. Quand on peut prouver qu'une personne a aidé ainsi un
clandestin pour des raisons humanitaires, par exemple pour aider
des gens à fuir la persécution, le ministre de la Justice n'intente
pas de poursuites. Ce sont souvent des groupes et organismes
religieux qui aident ces gens-là.
Ces dernières semaines, nous avons vu arriver à nos points
d'entrée des familles, des femmes et des enfants en provenance de
pays déchirés par la guerre en Afrique centrale et d'autres régions
du monde qui sont marquées par la répression et la persécution. Ce
sont des gens parfaitement innocents, des femmes et des enfants, et
ils arrivent ici sans papiers.
Monsieur le président, les gens de l'immigration interrogent
toutes ces personnes. Ils prennent leurs empreintes digitales. Ils
prennent leur photographie. Ils vérifient dans les bases de données
de la GRC et du SCRS. S'ils ont la moindre crainte que ces
personnes puissent représenter un risque quelconque en matière de
sécurité, s'ils ont un doute quant à leur identité, ou bien s'ils
ont des raisons de croire que ces personnes ne se présenteront pas
à leur audience, ils ont deux options. Ils peuvent les mettre en
détention ou bien leur imposer des conditions. En fait, il y a
aussi une troisième option, à savoir qu'ils peuvent les laisser
entrer au Canada s'ils ont tout lieu de croire raisonnablement que
le Canada n'a aucune raison de s'inquiéter de la présence de ces
personnes.
Avant de terminer, monsieur le président...
Le président: Monsieur Day.
M. Stockwell Day: Merci monsieur le président.
La ministre vient de dire: s'il y a une raison quelconque des
les garder en détention. Ils ne peuvent pas monter à bord d'un
avion dans un autre pays à moins d'avoir des papiers quelconques.
Ils détruisent donc leurs papiers en vol, pendant le voyage. C'est
là une raison suffisante pour les garder en détention.
Mme Elinor Caplan: Il me semble, monsieur le président, que
le chef de l'opposition officielle se pose en juge et en jury tout
à la fois. Il rend un jugement sans même prendre connaissance des
faits. C'est exactement le type de jugement que nos agents de
l'immigration sont appelés à faire.
Il évoque l'expérience d'autres pays qui gardent des gens en
détention pour des raisons de dissuasion; je lui signale que cette
expérience n'est justement pas couronnée de succès. Ils ne gardent
pas les gens en détention pour des raisons de sécurité; en fait,
ils le font pour dissuader les gens, pour qu'ils restent chez eux.
Voyez l'expérience de l'Australie. Les Australiens ont dépensé
des centaines de millions de dollars pour garder en détention des
gens qui ne représentent aucun risque pour la sécurité, dans
l'espoir que cela dissuadera les gens d'embarquer à bord des
bateaux. Nous venons justement d'apprendre qu'un autre bateau,
malheureusement, a encore coulé alors qu'il était en route pour
l'Australie, et tous les passagers se sont noyés.
Par conséquent, si le chef de l'opposition laisse entendre que
ces camps, ces camps de détention, ces prisons dissuadent les gens
de venir, il se trompe. L'expérience australienne prouve le
contraire.
M. Stockwell Day: Monsieur le président, la ministre ne peut
pas prouver ce qu'elle avance, parce qu'en fait, nous ne gardons
pas les gens en détention à l'heure actuelle. Ils se promènent
librement à l'intérieur du pays. Et quand la ministre dit que je me
pose en juge et jury, je lui rétorque qu'elle appuie un projet de
loi qui introduit ce que l'on appelle des «arrestations
préventives». Cela veut dire que la ministre ou ses collègues
diront: vous savez, nous soupçonnons que vous envisagez de faire
quelque chose de mal, alors nous allons vous arrêter.
Si ce n'est pas là être à la fois juge et jury, je ne sais pas
ce que c'est.
Mme Elinor Caplan: Non, non...
Le président: Madame la ministre, laissez le député poser sa
question.
Mme Elinor Caplan: Très bien.
M. Stockwell Day: Je demande simplement que nous fassions
comme font ces autres pays et que nous envoyions le message,
surtout en cette époque de vigilance accrue dans le monde entier,
surtout au moment où de vrais terroristes cherchent un endroit pour
se cacher. Les cavernes de l'Afghanistan ne peuvent pas les
camoufler tous. On les fait sortir à coups de bombes. Ils cherchent
des pays où ils pensent pouvoir entrer sans documents, ou bien
après avoir détruit leurs documents, pour ensuite disparaître dans
la nature.
• 1600
Aujourd'hui plus que jamais, nous devons dire clairement au
monde entier... absolument, nous devons être présents dans ces pays
pour apporter une aide humanitaire, aider les réfugiés, mais il y
a des gens qui montent à bord d'avions, qui détruisent leurs
papiers et qui arrivent ici sachant pertinemment qu'ils n'ont qu'à
être patients et qu'après une période de détention, ils pourront
sortir librement.
La simple détention n'est pas suffisante. Il faut les détenir
jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucun risque pour la sécurité.
Mme Elinor Caplan: Monsieur le président, avec tout le
respect que je dois au député, c'est faux de prétendre que tous les
réfugiés sans papiers sont des terroristes et des criminels qui
menacent notre sécurité. C'est tout simplement fallacieux de faire
une telle équation.
Pour protéger le Canada, nous avons institué depuis le
11 septembre un contrôle serré et une entrevue en profondeur à tous
les points d'entrée. Nous avons la possibilité de garder des gens
en détention, et nous le faisons dès que nous avons des raisons de
croire que quelqu'un représente un risque pour la sécurité ou un
danger pour le Canada. C'est ce qui se passe en ce moment même et
il est faux de prétendre le contraire.
Je sais que le chef de l'opposition officielle ne voudrait pas
donner une mauvaise impression aux Canadiens; or, quand il dit
qu'en incarcérant les gens, on les dissuadera de venir chez nous
sans papiers, ce n'est pas ce qui s'est passé en Australie. La
preuve est faite. De plus, on mettrait ainsi en prison des
personnes innocentes, des femmes et des enfants qui ne posent aucun
risque pour notre sécurité, et l'on se trouverait à les punir parce
qu'ils ont dû fuir, au risque de leur vie, sans aucune pièce
d'identité et souvent en faisant appel à des passeurs clandestins
qui les aident pour des raisons humanitaires.
Je dois vous dire quelque chose, monsieur le président: je
suis absolument et catégoriquement contre une telle pratique. Si
des gens représentent un risque pour notre pays, alors oui, je dis
qu'il faut les incarcérer et les refouler dans les plus brefs
délais. Personne ne sera plus dur que moi pour ceux qui
représentent un risque pour notre sécurité. Mais de mettre en
prison des gens innocents, des femmes et des enfants, sans aucune
preuve, simplement parce qu'ils sont arrivés chez nous sans
papiers, ce n'est pas conforme à la tradition canadienne.
Le président: Merci.
Je vais demander à tous les intervenants qui posent des
questions et qui y répondent d'être brefs. Beaucoup de députés
veulent poser des questions. On peut répondre aux questions, mais
pour les discours, il est préférable de les prononcer à une autre
tribune.
M. Mahoney et Mme Neville vont se partager les 10 minutes des
Libéraux. Allez-y.
M. Steve Mahoney (Mississauga-Ouest, Lib.): Madame la
ministre, j'ai entendu le représentant de l'opposition dire—j'ai
écrit ce qu'il a dit—qu'il faut garder ces gens en détention
jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucun risque pour notre sécurité.
Je vous pose la question: est-ce ce que nous faisons
actuellement?
Mme Elinor Caplan: J'ai essayé d'être vraiment claire, mais
je vais le redire encore une fois: si nous avons le moindre indice,
au moment de l'entrevue, qu'une personne pose un risque pour le
Canada, nous gardons cette personne en détention jusqu'à ce que
nous soyons convaincus qu'elle ne représente pas le moindre risque
ou jusqu'à ce que nous puissions la refouler. Il y a toutefois des
révisions périodiques des dossiers des personnes détenues, parce
que notre pays est un État de droit et nous devons avoir des
preuves à l'appui de nos craintes.
Monsieur le président, il est très important que tous les
membres du comité comprennent bien que nous avons le pouvoir de
garder des gens en détention et que nous le faisons effectivement
dès que nous avons des indices que des personnes représentent un
risque, ou si nous ignorons leur identité, ou si nous craignons que
la personne ne se présente pas à l'audience.
M. Steve Mahoney: C'est très important de dissiper toute
équivoque là-dessus. Si nous ne pouvons pas dissiper tout doute
quant à leur identité; si nous estimons qu'il y a un risque pour la
sécurité; ou si nous croyons que la personne risque de
disparaître—autrement dit, qu'elle ne se présente pas à l'audience
à laquelle doit être déterminée son admissibilité à titre de
réfugié au sens de la Convention.
Si je comprends bien, nous gardons les gens en détention dans
ces conditions, c'est-à-dire si l'une ou l'autre de ces situations
existe. Ils peuvent alors en appeler dans un délai raisonnable,
après quoi c'est au gouvernement de présenter des preuves...
Mme Elinor Caplan: D'établir le bien-fondé.
M. Steve Mahoney: ... pour corroborer ses craintes. Par
exemple, si la personne refuse de collaborer, ce qui devrait être
raisonnablement facile à démontrer, si la personne refuse de dire
son nom, par exemple, ou encore si elle représente un risque pour
la sécurité ou si l'on craint qu'elle disparaisse dans la nature.
Chose certaine, c'est à nous qu'il incombe d'avancer des preuves,
c'est-à-dire au SCRS, à la GRC, à qui de droit. J'espère, pour
l'amour de Dieu, que personne ne propose que l'on mette des gens en
prison sans preuves, peu importe d'où ils viennent. J'espère que
non, mais c'est peut-être ce qu'ils proposent.
Donc, nous faisons déjà tout cela. Nos représentants aux
frontières sont en fait autorisés à mettre des gens en détention et
ils le font effectivement.
Mme Elinor Caplan: En fait, vous avez raison, mais en plus
de cela...
M. Steve Mahoney: Quel est le problème?
Mme Elinor Caplan: ... nous avons mis en place un contrôle
de sécurité plus serré pour tous ceux qui arrivent au Canada, que
ce soit à un point d'entrée ou aux frontières terrestres, quiconque
se présente et fait une revendication. Mais si je comprends bien,
ce que le chef de l'opposition officielle propose, c'est de mettre
les gens en détention automatiquement et obligatoirement, sans
preuves, ou avec pour seule preuve le fait que quelqu'un se
présente sans papiers.
• 1605
Je le répète, dès que nous avons la moindre crainte que
quelqu'un peut poser un risque pour la sécurité, nous avons le
pouvoir de garder cette personne en détention et nous le faisons
effectivement.
M. Steve Mahoney: Une dernière question: je me demande si vous
pourriez nous dire pourquoi la confusion semble s'être installée
parmi le grand public canadien et américain... même parmi les
sénateurs, y compris la sénatrice Clinton de New York, ou une autre
sénatrice, j'oublie de quel État elle était, qui brandissait un
document en affirmant que nous étions une sorte de refuge. Quand on
lui a demandé d'où elle tenait ces renseignements, elle a dit que
c'était des articles de journaux. Je suis sûr que ces journaux
disaient la pure vérité.
Je me demande si vous pouvez nous faire part de vos réflexions
sur la raison de cette désinformation, qui se répand alors que ce
n'est tout simplement pas vrai.
Mme Elinor Caplan: Eh bien, c'est extrêmement regrettable,
parce que cela donne une idée fausse de la situation. Je suis
certaine que tout le monde déplore profondément les événements du
11 septembre, mais il s'est passé aux États-Unis quelque chose
d'extraordinaire, à savoir que les Américains ont laissé tomber
toute partisanerie et se sont serré les coudes. Il y a eu, ici même
au Canada, une tentative de rejeter le blâme sur le Canada,
injustement, à mon avis. On sait que les 19 terroristes se
trouvaient tous aux États-Unis depuis déjà un bon bout de temps.
Mais quand on laisse planer cette idée fausse, les médias
américains s'en emparent et les Américains lisent cela et se
disent, ma foi, si des parlementaires le disent et si les médias en
font état... Les gens croient parfois ce qu'ils lisent et
s'imaginent que c'est la pure vérité.
Il y a par ailleurs le mythe que le commissaire Zaccardelli a
très bien réfuté, à mon avis, quand il a comparu devant un comité
parlementaire. Il a dit que nous devrions rayer de notre
vocabulaire l'expression «refuge pour les terroristes», parce que
ce n'est tout simplement pas vrai. Si nous cessions de le dire,
nous rendrions tous un très grand service au Canada en disant enfin
la vérité. Je sais que cela vient d'un rapport qui date de
nombreuses années. Bien des mesures ont été prises et bien des
ministères ont travaillé ensemble. Pour des raisons regrettablement
partisanes, je suppose, monsieur le président, certains y ont vu
une occasion de ternir le Canada. Et les résultats ont été
consternants.
M. Steve Mahoney: Ce que vous nous dites, au fond, c'est que
nous devrions cesser de mentir.
Mme Elinor Caplan: Je pense que cela décrit bien la
situation.
M. Steve Mahoney: C'est une bonne description.
[Français]
Le président: Yvon Charbonneau.
M. Yvon Charbonneau (Anjou—Rivière-des-Prairies, Lib.):
Madame la ministre, je voudrais profiter de l'occasion
pour vous poser une question qui revient souvent dans
les débats et dans la presse, et que certains députés
ont eu à affronter dans la gestion de leurs propres
dossiers.
C'est le temps qui s'écoule entre le moment où une
demande de réfugié ou une demande d'immigration a été
rejetée de manière finale et le moment où la personne
est expulsée. Cela prend parfois plusieurs jours,
plusieurs semaines ou même plusieurs mois. C'est
embarrassant quand ces cas-là sont rapportés par la
presse, mais c'est aussi embarrassant quand ils
interviennent dans les relations entre nous, les
députés, et le ministère.
On ne sait plus exactement où est la responsabilité.
Quelles sont vos relations avec la GRC? Comment se
fait-il que la GRC ne prenne pas charge de ces
personnes et ne les expulse pas dès le lendemain matin
ou au moment même
du rejet de la demande? Qu'est-ce qui se passe? Pourquoi
attend-on des mois et des semaines?
[Traduction]
Mme Elinor Caplan: Je vous remercie pour cette question
parce que personne n'est plus frustré que moi devant la complexité
du système existant ou les délais qu'il entraîne. Comme je l'ai
dit, la raison pour laquelle j'ai présenté la nouvelle Loi sur
l'immigration et la protection des réfugiés, qui simplifie nos
procédures, c'est que je crois qu'il est dans l'intérêt du Canada
d'examiner ce que nous faisons et de rendre le système plus rapide
tout en étant juste. Je pense que c'est ce que nous avons fait avec
le projet de loi C-11. Comme vous le savez tous pour avoir étudié
le projet de loi, dans le système que nous avons aujourd'hui, même
après le rejet d'une revendication du statut de réfugié au sens de
la Convention, il reste encore de nombreuses étapes. En fait, je
pense que je peux compter quatre étapes. Chacune de ces étapes peut
faire l'objet d'une révision par la Cour fédérale et cela peut
prendre des années avant d'en arriver enfin au point où l'on est
prêt à renvoyer quelqu'un.
Et savez-vous ce qui se passe à ce moment-là? Je reçois des
demandes de députés qui veulent que l'on envisage, pour des raisons
humanitaires, de permettre à des gens de rester, parce que dans
l'intervalle, ils se sont mariés, ils ont eu des enfants, ils se
sont établis et sont devenus membres de leurs collectivités, ou
bien parce qu'il est parfois très difficile d'obtenir des titres de
voyage.
• 1610
Nous voulons accélérer la procédure de manière à pouvoir dire
oui, dans les plus brefs délais, à ceux qui ont vraiment besoin de
notre protection. Mais nous voulons aussi pouvoir dire non à ceux
qui n'ont pas besoin de notre protection et les encourager à
tourner la page et s'en aller ailleurs rapidement.
Je tiens à préciser un point. Nous renvoyons dans les plus
brefs délais ceux qui ne sont pas admissibles au Canada. Si ce sont
des criminels, s'ils représentent un risque pour notre sécurité,
même si la procédure actuelle est lourde, nous pouvons leur
interdire l'accès au système de détermination du statut de réfugié.
Il existe ce que l'on appelle l'attestation de sécurité et l'avis
de danger. La nouvelle Loi sur l'immigration et la protection des
réfugiés simplifie également ce processus.
Dans le cas des gens qui n'ont pas besoin de notre protection
et qui ne disent pas la vérité quand ils demandent l'asile, nous
voulons simplifier la procédure, leur dire non et les renvoyer
rapidement.
Mais pour les criminels endurcis, qui représentent une menace
pour notre sécurité, nous simplifions également la procédure de
l'attestation de sécurité. Nous leur refusons l'accès à la section
d'appel de l'immigration, éliminant toutes les étapes et le nombre
de contrôles judiciaires, pour pouvoir les renvoyer plus
rapidement.
Monsieur le président, je suis aussi frustrée que n'importe
qui d'autre par la longueur des délais actuels. Cela prend tout
simplement trop de temps. Je suis convaincue que le projet de loi
C-11 nous donnera la capacité de renvoyer les gens et de rendre ces
décisions rapidement, tout en demeurant justes et en respectant nos
obligations imposées par la Charte.
Le président: Deuxième tour. La parole est à Art, et ensuite
à Madeleine, qui ont cinq minutes chacun.
M. Art Hanger (Calgary-Nord-Est, Alliance canadienne): Oui,
merci, monsieur le président.
Merci, madame la ministre, d'être venue témoigner devant le
comité.
Je trouve très intéressant ce que vous dites au sujet de la
Loi sur l'immigration actuelle, puisque vous dites qu'elle est
passablement satisfaisante telle quelle. Si je comprends bien, sur
toute la question de l'admissibilité ou de l'inadmissibilité, la
loi actuelle comprend toutes les dispositions voulues. Mais si un
revendicateur se présente et ment aux agents de l'immigration, et
si ceux-ci établissent par la suite, après avoir fait leurs propres
vérifications, que la personne en question a menti, celle-ci
demeure-t-elle admissible? Est-ce que le fait de mentir à l'agent
de l'immigration rend une personne inadmissible?
Mme Elinor Caplan: Oui.
M. Art Hanger: Bon, alors combien...
Mme Elinor Caplan: Si une personne a revendiqué et obtenu
le statut de réfugié par la fraude ou de fausses représentations,
son statut de réfugié peut être annulé. Si quelqu'un obtient le
statut de résident permanent par la fraude ou de fausses
représentations...
M. Art Hanger: Et toutes ces dispositions existent
actuellement...
Mme Elinor Caplan: ... alors son statut de résident
permanent peut être révoqué, ou bien la personne peut être
simplement renvoyée.
M. Art Hanger: Bien. Et ils...
Le président: Madame la ministre...
Mme Elinor Caplan: Il a posé une question, et j'y réponds.
Le président: Veuillez être brève.
Mme Elinor Caplan: Si quelqu'un obtient la citoyenneté par
la fraude et de fausses représentations, le processus est peut-être
lourd, mais nous voulons aussi pouvoir prendre des mesures.
Je veux toutefois, monsieur le président, insister sur le fait
que le député a absolument tort quand il dit que j'ai dit que tout
allait bien.
M. Art Hanger: Je n'ai jamais dit cela.
Mme Elinor Caplan: Les procédures d'immigration et de
détermination du statut de réfugié que nous avons en place
aujourd'hui sont beaucoup trop lourdes et beaucoup trop difficiles.
Cela prend trop de temps pour rendre la décision. Je pense que si
nous savons à l'avance que la personne ment et qu'elle est
inadmissible, nous pouvons plus facilement lui refuser l'accès au
processus de détermination du statut de réfugié.
Le président: Merci. Vous avez répondu à la question.
Art. Question suivante.
M. Art Hanger: Oui.
Mme Elinor Caplan: Le nouveau projet de loi représente une
grosse amélioration.
M. Art Hanger: Je voudrais savoir quelles sont les mesures que
la ministre a prévues ou se prépare à mettre en oeuvre pour les cas
où une personne demande et obtient, outre-mer, un visa de visiteur
et revendique le statut de réfugié une fois arrivée au Canada.
Qu'allez-vous faire pour empêcher cela?
Mme Elinor Caplan: En fait, la Convention de Genève nous
oblige à...
M. Art Hanger: Ces gens ont obtenu un visa de visiteur, mais
une fois arrivés ici, ils demandent le statut de réfugié.
Mme Elinor Caplan: Le Canada et de nombreux autres pays ont
signé la Convention de Genève. Nous sommes fiers de l'avoir signée.
Elle nous oblige à accorder une audience équitable à quiconque
vient demander la protection du Canada.
C'est quelque chose de très sérieux et ce n'est pas à nous de
porter un jugement. Nous avons une Commission de l'immigration et
du statut de réfugié qui est indépendante et qui détermine qui a
besoin ou non d'une protection.
Nous espérons que les gens qui ont besoin d'une protection en
feront la demande à l'étranger, mais nous savons qu'un grand nombre
de réfugiés véritables cherchent un moyen de venir au Canada pour
se placer sous notre protection parce qu'ils ont peur.
M. Art Hanger: Qu'allez-vous faire pour arrêter ceux qui...
Mme Elinor Caplan: Nous ne décidons pas à l'avance pourquoi
les gens arrivent ici avant de demander asile.
• 1615
Le président: Merci.
Art, je vous redonnerai la parole un peu plus tard.
Quand on a trois poids lourds de l'Alliance... J'ai donné la
parole à M. Day et j'aurais dû la donner à Paul. Il lui reste deux
minutes et demie et ce sera de nouveau votre tour un peu plus tard.
Allez-y.
M. Paul Forseth (New Westminster—Coquitlam—Burnaby, Alliance
canadienne): Merci, monsieur le président.
Madame la ministre, où en sont les négociations entre notre
gouvernement et celui des États-Unis afin que nous cessions
d'échanger des réfugiés de part et d'autre de la frontière? Le
Canada semble avoir un problème de crédibilité, surtout auprès du
Congrès et même des autorités douanières américaines. Les
Américains ne nous font pas confiance. Nous nous trouvons donc
devant une réaction normale à savoir qu'il y a de longues files
d'attente à la frontière. Nous avons peur que cela nous cause du
tort sur le plan économique. Nous avons besoin de ce commerce
bilatéral. Ce devrait être une de nos premières priorités. Ce
serait d'un grand secours pour notre secteur primaire. Pourriez-vous nous
dire où en sont les négociations et quels sont les
progrès sur ce plan-là?
Le président: Bonne question.
Mme Elinor Caplan: Tout d'abord, monsieur le président, les
propos comme ceux que le député vient de tenir contribuent
précisément à donner une mauvaise impression aux Américains qui
lisent peut-être le compte rendu des délibérations du comité. Je
suppose que vous faites allusion à un accord bilatéral sur un «pays
tiers sûr». Je me ferais un plaisir de vous expliquer comment cela
fonctionne, car je crois qu'il y a certains malentendus à ce sujet.
La Convention de Genève permet aux pays de conclure des
ententes bilatérales pour ne pas échanger de réfugiés, mais un
demandeur d'asile, un revendicateur du statut de réfugié qui quitte
son pays d'origine doit, lorsqu'il y a un accord bilatéral,
demander asile dans le premier pays sûr. S'il quitte ce pays pour
aller dans un autre, par exemple au Canada, si nous avons conclu
une entente avec le pays où il est arrivé en premier, nous le
renvoyons vers ce pays tiers sûr. Il s'agit du premier pays où
cette personne est allée. Et voilà pourquoi on l'appelle un «pays
tiers sûr».
Cela ne peut pas être imposé unilatéralement. C'est une chose
qu'autorise la Convention de Genève. En fait, il y a plusieurs
années, le ministère a cherché à négocier une entente avec les
États-Unis. J'avoue qu'à ce moment-là ces derniers n'étaient pas
particulièrement intéressés et cela pour un tas de raisons. Ils
semblent davantage intéressés maintenant. Nous sommes en train d'en
discuter avec eux. Mais je signale au député qu'en Europe, tous les
pays de l'Union européenne ont négocié une entente à ce sujet,
l'Accord de Dublin. Nous suivons son évolution très attentivement
car cet accord a suscité de sérieux problèmes. Non seulement les
demandeurs d'asile peuvent présenter leurs demandes aux points
d'entrée, mais également à l'intérieur du pays. Il est souvent
difficile d'établir de quel pays une personne est arrivée.
En fait, on s'aperçoit que les demandes d'asile sont faites
plus souvent à l'intérieur du pays qu'aux points d'entrée et il
faut consacrer beaucoup de temps et d'énergie à déterminer d'où
viennent ces personnes au lieu de procéder rapidement à l'audition
de la revendication et d'être en mesure de les renvoyer s'il ne
s'agit pas de réfugiés véritables.
Le président: Merci.
Mme Elinor Caplan: Ce n'est donc pas la panacée. Voilà ce
que je voulais vous faire comprendre.
Le président: Merci.
Madeleine.
[Français]
Mme Madeleine Dalphond-Guiral (Laval-Centre, BQ):
Merci, monsieur le président. Dans un premier temps,
j'aurai deux questions à vous poser, et
le président me redonnera la parole un peu plus tard.
La première concerne le projet de loi C-11, qui
est encore devant
le Sénat et qui obtiendra la sanction royale
en 2001 ou au début de 2002.
Ma question vise les règlements.
Madame la ministre, étant donné que C-11
prévoit que les règlements doivent être déposés en
Chambre et acheminés au comité, pouvez-vous nous
assurer que le comité disposera d'un temps raisonnable
pour étudier ces règlements et qu'il n'y a aucune
possibilité que ces règlements soient mis en application
avant que le comité ne les ait regardés?
Je vais vous poser tout de suite ma deuxième question.
Cela permettra aux gens de préparer la réponse.
Il y a quelques semaines, vous avez annoncé la mise en
place très prochaine d'une carte d'identité, laquelle
carte va remplacer le document qui existe depuis
toujours, chose sur laquelle je suis personnellement
d'accord et sur laquelle mon ami le ministre du
Québec est aussi d'accord.
• 1620
Cependant, il y a une chose qui m'inquiète beaucoup.
Elle m'inquiète d'autant plus que la semaine dernière,
j'ai demandé au commissaire du SCRS quelles
informations il voudrait voir inscrites sur la fameuse
bande magnétique, et il m'a donné la réponse absolument
suave qu'il voulait qu'il y en ait le plus possible.
Ma question est claire, madame la ministre. Je veux
savoir si les informations qui seront colligées sur la
bande magnétique seront en accord avec la Charte des
droits et libertés et le respect de la vie privée. En
d'autres mots, en tant que citoyenne devant avoir une
carte, serai-je parfaitement d'accord sur les
informations inscrites sur cette bande magnétique?
[Traduction]
Le président: Madame la ministre.
Mme Elinor Caplan: Tout d'abord, je vous remercie de cette
excellente question.
Deuxièmement, un citoyen n'aura pas droit à cette carte. Vous
avez droit à la carte de citoyenneté, mais la carte feuille
d'érable est réservée aux résidents permanents. Je sais que cela
suscite une certaine confusion, parce que ma mère m'a demandé si
elle pouvait obtenir la carte car l'idée de posséder une carte
feuille d'érable lui plaît. Je lui ait dit ce que je viens de vous
dire.
Il s'agit d'un document de voyage qui vise à permettre aux
résidents permanents de revenir plus facilement au Canada et de
s'identifier comme résidents permanents du Canada lorsqu'ils
voyagent. Si vous êtes au Canada, vous n'avez pas à porter cette
carte à moins de vouloir quitter le pays et y revenir.
Vous avez toutefois posé une excellente question quant aux
renseignements qui seront indiqués sur la carte. Elle comportera
plusieurs données sécuritaires. Si le comité désire examiner cette
carte plus à fond, je suis sûre que vous la trouverez intéressante.
Pour le moment, nous comptons inscrire sur la carte tous les
renseignements qui figurent actuellement sur la fiche
d'établissement que nous appelons la IMM1000. La carte sera
toutefois compatible avec la technologie américaine. Nous pourrons,
par la suite, y inclure des données biométriques telles que
l'empreinte du pouce ou de la paume ou encore l'empreinte
rétinienne. Nous disposons de la technologie voulue pour protéger
cette carte contre la fraude, dans la mesure du possible, mais cela
a des conséquences dont le comité et les autres intéressés
devraient discuter. En ce qui concerne la sécurité nationale, le
défi à relever consiste à préserver un juste équilibre entre la
nécessité de protéger la sécurité nationale et de protéger le droit
à la vie privée.
Nous savons que l'utilisation de la biométrique peut protéger
la vie privée car personne d'autre que la personne qu'elle
identifie ne peut l'utiliser. Cela peut donc être une excellente
chose. Mais il s'agit là d'un débat important qu'il faudra tenir
afin de comprendre s'il est possible de mettre ce système en place
pour protéger la vie privée des gens en même temps que la sécurité
nationale. Mais je sais que cela inquiète un tas de gens.
Pour ce qui est de votre première question concernant la
publication préalable du règlement, j'ai promis au comité qu'il
pourrait examiner le règlement. Nous travaillons à sa préparation
avec diligence. Comme vous le savez, tant que le Sénat n'aura pas
adopté le projet de loi, nous ne pourrons pas commencer
officiellement notre travail. Il faudra un certain temps pour
préparer ce règlement comme il faut et conformément à la procédure
parlementaire.
Monsieur le président, j'espère que votre comité fera du
règlement une priorité. Tant qu'il n'aura pas été adopté, ces
mesures ne pourront pas être officiellement mises en oeuvre alors
qu'il s'agit d'une révision fondamentale de la législation. C'est
la première fois depuis 30 ans que le système d'immigration et de
protection des réfugiés du pays va être complètement révisé. Nous
voulons faire les choses comme il faut, mais nous avons besoin de
votre opinion au sujet du règlement. J'espère que vous commencerez
à examiner les documents qui ont été déposés.
Il y avait deux documents. Le deuxième est la version la plus
à jour où figurent les projets de règlement auxquels nous avons
travaillé. Plus vous pourrez accomplir de travail à l'avance, mieux
nous pourrons obtenir vos recommandations pour faire en sorte que
le règlement atteigne les objectifs politiques énoncés dans le
projet de loi C-11.
Le président: Madame la ministre, notre plan de travail
prévoyait—si les événements du 11 septembre n'avaient pas eu lieu,
bien sûr—que le comité se penche sur le règlement. Comme vous le
savez, nous en avons discuté avec le public et avec les
fonctionnaires et le règlement prend d'autant plus d'importance
quand on nous présente une loi cadre. On nous a donné une idée
générale de ce que serait ce règlement.
• 1625
En fait, nous voulons nous mettre à la tâche et étudier le
règlement afin de pouvoir le mettre en vigueur le plus tôt
possible, sans attendre. Certains craignaient que l'on ne puisse
vraiment mettre la loi en vigueur avant mai ou juin de l'année
prochaine. Je pense que vous avez pris l'engagement de le faire
rédiger et publier le plus tôt possible, pour que nous puissions
nous mettre à la tâche au plus tôt.
Judy.
Mme Judy Wasylycia-Leis (Winnipeg-Centre-Nord, NPD): Merci,
monsieur le président.
Il est évident que le défi que nous devons tous relever
aujourd'hui, c'est de trouver le juste équilibre entre la sécurité
des habitants de notre pays et le respect de notre tradition
d'ouverture dans le domaine de l'aide humanitaire et de
l'immigration.
Je suis bien sûr catégoriquement contre la position défendue
par l'Alliance. Mais je crains que des pressions s'exercent sur
votre ministère, madame la ministre, pour qu'il cède du terrain et
s'aligne sur cette position. D'après les incidents dont on commence
à entendre parler mettant en cause des étudiants étrangers, d'après
ce qu'on entend dire sur la détention de groupes de gens en
fonction de leur race ou de leur ethnie, je me demande si nous ne
sommes pas en train de paniquer à cause de ce qui s'est passé le
11 septembre. Sommes-nous en train de céder devant ceux qui
défendent des positions comme celles qu'a exprimées le chef de
l'opposition et d'autres membres de son parti?
Plus précisément, des craintes ont été soulevées au sujet du
profilage racial et je veux savoir si l'on a des indices
quelconques que l'examen initial se fait en fonction de ce
profilage racial.
Je veux aussi vous interroger sur les nouvelles procédures en
matière d'examen initial. Si je comprends bien, la nouvelle
procédure comprend en quelque sorte trois volets. On consulte
d'abord le SCRS en matière de sécurité. On fait ensuite une
vérification des antécédents criminels. Le troisième volet, si je
comprends bien, c'est que les fonctionnaires de l'immigration font
un interrogatoire sur la base d'une revendication du statut de
réfugié. Il me semble que c'est contraire à la tradition et à notre
façon normale de traiter les gens qui arrivent au Canada. Je
voulais seulement vérifier cela.
Troisièmement, pour ce qui est du tiers pays sûr, des craintes
légitimes ont été exprimées au sujet de cette proposition,
également avancée par les membres de l'Alliance. Je suis un peu
inquiète car je crains que nous allions peut-être trop loin dans
cette direction. Je me demande—je n'ai pas les documents sous les
yeux—si l'entente de partage des responsabilités avec les
États-Unis est en quelque sorte une tentative de céder devant ceux
qui préconisent que l'on refuse le statut de réfugié à ceux qui
viennent d'un pays sûr.
Le président: Ce sont des questions très importantes, mais
vous n'avez que deux minutes pour y répondre.
Mme Elinor Caplan: Eh bien, je vais commencer par la
dernière. Je crois qu'il y a un certain mérite à négocier un accord
sur le tiers pays sûr. Je dis toutefois que ce n'est pas à mon avis
une solution parfaite ou définitive. Je pense qu'il arrive parfois
que des gens choisissent le Canada parce qu'ils ont des amis ou des
membres de la famille ici. Parfois, le grand nombre de personnes
qui arrivent au Canada en provenance des États-Unis pour faire une
revendication laissent entendre qu'il serait avantageux d'avoir un
accord sur le tiers pays sûr. En fait, cela pourrait être
avantageux pour les deux pays, parce qu'il y a un certain nombre de
gens qui vont aux États-Unis et que nous reprendrions au Canada.
Peut-être que l'accord sur le tiers pays sûr servirait de
dissuasion aux gens qui pourraient formuler leur revendication du
statut de réfugié à partir de l'étranger.
Je ne dis donc pas non à un accord sur le tiers pays sûr. Je
pense seulement qu'il faut bien comprendre que ce n'est pas une
solution miracle.
Votre deuxième question portait sur le rôle que jouerait CIC.
Citoyenneté et Immigration Canada n'évalue pas les revendications.
C'est la Commission de l'immigration et du statut de réfugié qui
s'en charge. Nous ne sommes pas responsables d'évaluer
l'admissibilité. C'est pourquoi le projet de loi C-11 nous
autorise, ce qui n'est pas la situation actuellement, à refuser
d'accorder l'accès—nous appelons cela le retirer—à la CISR si
cette personne est inadmissible. La Convention de Genève comporte
une disposition d'exclusion.
Actuellement, la loi nous interdit de refuser l'accès à la
CISR à moins que nous ne puissions démontrer que la personne est un
criminel dangereux ou présente un danger réel pour la sécurité.
C'est un processus long et complexe. Grâce au projet de loi C-11,
si une personne est inadmissible, nous pourrons simplement lui
refuser l'admissibilité.
Le critère de 72 heures a mal été interprété; nous n'avons pas
besoin d'agir dans les 72 heures. Nous pouvons le faire jusqu'au
moment de l'audition pour la décision de la CISR.
Même après cette audition, si nous constatons que la personne
a, par la fraude ou de fausses déclarations, présenté une
revendication et que cette personne est inadmissible, nous pouvons
prendre les mesures pour faire annuler la demande.
• 1630
C'est pourquoi je dis que le projet de loi C-11 nous donne de
nouveaux outils, mais il ne change pas pour autant le rôle de mon
ministère. Nous sommes toujours chargés de l'évaluation de
l'admissibilité.
Votre première question portait sur le contrôle et
l'établissement de profils. Nous donnons des consignes à nos agents
qui s'inspirent de conseils que nous avons reçus du SCRS, de la
GRC, du FBI et d'autres groupes. Il est regrettable que certains de
ces renseignements aient fait les manchettes parce qu'en fait cela
rend notre travail encore plus difficile. Pour ce qui est des
vérifications en matière de sécurité, je désire être bien claire,
monsieur le président, chers collègues, et préciser que tous les
revendicateurs du statut de réfugié font l'objet d'un contrôle
sécuritaire, et tous ceux qui demandent à venir au Canada pour y
être acceptés comme résidents permanents font l'objet d'un contrôle
sécuritaire avant de recevoir le statut de résident permanent au
Canada.
Tous les immigrants qui viennent au Canada et tous les
revendicateurs du statut de réfugié qui se présentent à nos points
d'entrée ou au pays même font l'objet d'un contrôle sécuritaire
approfondi. Depuis le 11 septembre dernier, nous avons intensifié
ces contrôles, mais même avant cette date, nous prenions les
empreintes digitales des revendicateurs, nous prenions leur photo,
et nous consultions les bases de données appropriées. Le contrôle
sécuritaire intensif et approfondi que nous avons commencé à faire
après ces événements, était déjà fait dès que l'on demandait le
statut de résident permanent. Ce contrôle se fait maintenant plus
tôt de sorte que nous pouvons refuser à ceux qui sont inadmissibles
l'accès à la CISR, et les renvoyer le plus tôt possible.
Le président: Madame la ministre, quelle était votre réponse
sur le profilage racial?
Mme Elinor Caplan: J'ai dit que tous les revendicateurs
faisaient l'objet d'un contrôle sécuritaire.
Le président: Vous dites donc qu'il n'y a pas de profilage
racial.
Mme Elinor Caplan: Je répéterai ce que j'ai déjà dit. Nous
donnons des directives à nos agents fondées sur des renseignements
provenant des services pertinents, ces renseignements sont
communiqués à des agents d'immigration professionnels qui utilisent
leur jugement non seulement dans le cas de réfugiés, mais pour
quiconque arrive au point d'entrée et demande à être autorisé à
entrer au Canada. Les agents d'immigration ont l'autorité de
détenir des personnes, pas simplement ceux qui revendiquent le
statut de réfugié, s'ils pensent que cette personne pourrait
présenter une menace pour la sécurité.
Le président: Très bien.
Inky—je suis le président libéral et je suis très généreux à
l'égard de l'opposition.
M. Inky Mark (Dauphin—Swan River, PC/RD): Merci, monsieur le
président.
Tout d'abord j'aimerais remercier la ministre et ses
fonctionnaires d'être venus nous rencontrer aujourd'hui. Les
questions que nous abordons aujourd'hui ont déjà été étudiées en
détail par notre comité au cours des deux dernières années.
Malheureusement, il faut un événement tragique pour que ces
questions reviennent à l'ordre du jour.
J'aimerais signaler, à titre de représentant de la coalition,
que nous appuyons un système d'immigration ouvert et que nous nous
opposons à ce que l'on incarcère ceux qui viennent à nos
frontières. Malheureusement, les médias s'attardent toujours aux
aspects négatifs, et je crois que les principales victimes de ces
choses sont les immigrants au Canada, beaucoup plus que n'importe
quel autre intervenant, y compris moi-même. J'en suis parfaitement
conscient.
Je sais également que le système comporte plusieurs lacunes
qui doivent être comblées. Nous avons discuté de nombre d'entre
elles lors des réunions du comité, notamment le processus de
reconnaissance du statut de réfugié. Je crois que les Canadiens
recherchent un système fiable qui puisse les assurer que des
terroristes et des criminels éventuels n'entrent pas au pays; le
fait est cependant que des terroristes et des criminels éventuels
pourraient entrer au Canada comme étudiants, comme revendicateurs
du statut de réfugié, comme réfugiés légitimes et comme visiteurs.
Je sais qu'il s'agit d'un très petit nombre, probablement moins de
0,5 p. 100. Nous avons donc un défi de taille si nous voulons
identifier ces éléments qui contaminent tout le système.
Voici ma question, madame la ministre. J'ai demandé cet été,
par l'entremise de l'accès à l'information, combien de permis
ministériels avaient été délivrés en 2000. Près de 4 000 permis ont
été délivrés par la ministre. J'ai demandé également une
ventilation, mais on a rejeté cette demande. Pouvez-vous me dire,
madame la ministre, quelle est la ventilation des 4 000 permis que
vous avez délivrés pour ceux qui auraient normalement été jugés
inadmissibles?
Mme Elinor Caplan: Permettez-moi de répondre d'abord à la
première question. Une des choses qui n'a pas changé depuis le
11 septembre dernier, c'est la nature des données démographiques au
Canada. Nous avons toujours une population vieillissante, nous
avons toujours une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, et nous
connaissons toujours le plus faible taux de natalité de notre
histoire.
• 1635
Quelque 75 p. 100 de la croissance de la main-d'oeuvre sur le
marché du travail est attribuable à l'immigration aujourd'hui. En
2011, dans quelques années, toute la croissance enregistrée sur le
marché du travail sera attribuable à l'immigration; 20 ans plus
tard, toute la croissance de la population sera attribuable à
l'immigration. Notre pays a été créé par l'immigration et sa
prospérité à venir dépend de l'immigration si nous voulons avoir la
population nécessaire pour appuyer nos programmes sociaux pour
acheter nos maisons lorsque nous serons prêts à prendre notre
retraite.
Je crois qu'il est très important de comprendre que les
événements du 11 septembre représentent un échec des réseaux de
renseignements à l'échelle internationale et que tous les pays du
monde ont l'intention de faire tout ce qu'ils peuvent maintenant
pour partager ces renseignements de sorte que ce genre de chose ne
se reproduise plus.
Quant à votre question sur les permis ministériels, mes
fonctionnaires me disent que j'ai signé environ 380 permis. Il
s'agit de permis qui sont délivrés aux points d'entrée, un pouvoir
délégué aux agents d'immigration. La majorité des permis sont
délivrés pour des raisons techniques, comme une entrée anticipée
parce qu'une personne n'a pas de visa, et c'est alors qu'on délivre
un permis ministériel à la frontière.
Une autre raison pour laquelle ces permis sont délivrés—et
c'est une chose qui se produit—c'est que nos lois sont beaucoup
plus strictes à bien des égards que les lois américaines. Par
exemple, vous ne pouvez entrer au Canada si vous avez été accusé de
conduite en état d'ébriété. Il s'agit là d'une infraction au code
pénal, et cela veut dire que vous ne pouvez pas entrer au Canada.
Parfois les gens qui ont fait des choses stupides lorsqu'ils
étaient adolescents et n'ont rien fait de mal depuis cinq ou dix
ans se présentent à la frontière. Il peut s'agir d'un camionneur,
ou quelqu'un qui veut venir au Canada comme visiteur. Ils
s'adressent à nos agents et disent oui, j'ai un casier judiciaire,
et je ne suis pas admissible, mais je n'ai rien fait de mal depuis,
et je suis maintenant un citoyen qui respecte la loi. J'ai fait
quelque chose de très stupide lorsque j'étais jeune, il y a bien
des années. Cette personne recevra un permis ministériel. C'est là
le genre de chose que les agents font aux postes frontaliers.
En passant, pour rationaliser ce système, le projet de loi
C-11 prévoit maintenant que pour une infraction mineure, si un
particulier n'a pas eu de problème avec la loi depuis 10 ans, il
sera autorisé à entrer au Canada. C'est juste.
M. Inky Mark: Les Canadiens s'inquiètent lorsqu'ils apprennent
que quelque 27 000 mandats d'expulsion ont été délivrés. Je sais
pourquoi ces mandats sont délivrés, mais j'aimerais savoir ce que
le ministère fait pour composer avec cette situation.
Mme Elinor Caplan: Je partage les préoccupations de ceux
qui disent que toutes sortes de gens pourraient présenter des
dangers, mais en fait, ce n'est pas vraiment le cas.
Il y a trois types d'expulsions. Le premier type vise ceux qui
ont commis des crimes graves ou qui présentent des risques en
matière de sécurité, et ces personnes ne sont pas simplement
amenées à la frontière mais sont escortées soit à bord de l'avion
ou jusqu'au pays dans lequel cette personne est renvoyée.
Le deuxième type d'expulsion vise les criminels. Ils n'ont
peut-être pas commis de crimes graves ou violents et il n'est peut-être
pas nécessaire de les accompagner jusqu'au pays dans lequel on
les renvoie, mais nous les accompagnons tout au moins jusqu'à
l'avion pour nous assurer qu'ils y monteront et qu'ils quitteront
le pays.
Puis il y a le troisième type, le simple visiteur qui est
resté plus longtemps que son visa ne le lui permettait, l'étudiant,
qui vient peut-être des États-Unis, de France ou d'Europe, qui
vient au Canada et reste plus longtemps que son visa ne l'autorise
à le faire. On les retrouve et on leur présente une ordonnance
d'expulsion. On leur donne 30 jours pour quitter le pays, et la
majorité d'entre eux le font.
Vous avez également le revendicateur du statut de réfugié dont
la demande a été rejetée et qui a fait l'objet d'un contrôle
sécuritaire. Il attend, puis finalement nous recevons les documents
de voyage et ils viennent à un de nos bureaux. Ils ne veulent pas
être humiliés par une expulsion, et ils quittent le pays de leur
propre gré. Nous n'avons aucun contrôle dans le cas des personnes
qui quittent le pays. Nous nous inquiétons de ceux qui entrent au
pays. Nous n'arrêtons pas les gens quand ils quittent le pays. Ils
ne se présentent pas au poste de contrôle parce que s'ils le font,
l'ordonnance d'expulsion entre en vigueur et ils veulent éviter que
cela figure dans leur dossier. Nous croyons que la majorité d'entre
eux ont quitté le pays.
• 1640
En passant, j'aimerais signaler quelque chose de
particulièrement intéressant parce qu'aux États-Unis comme vous le
savez on a beaucoup de problèmes avec l'entrée de personnes venant
du Mexique; en effet, on dit qu'il y a des millions de personnes
qui vivent illégalement aux États-Unis.
Toutes les démocraties occidentales ont le même défi au niveau
de l'expulsion. Nous savons également que parfois certaines
personnes innocentes viennent et restent plus longtemps que le
prévoit leur visa de visiteur ou d'étudiant, et parfois des
réfugiés dont la revendication a été rejetée ne partent pas la
journée prévue de leur départ. C'est un défi, mais il est important
de savoir que ces personnes ne représentent pas un risque pour le
Canada. En passant, un certain nombre de ces ordonnances ou mandats
auxquels on n'a pas donné suite visent des personnes qui sont en
prison; il faut attendre qu'elles aient purgé leur peine avant de
les amener à l'aéroport et les renvoyer.
M. Jerry Pickard (Chathan—Kent Essex, Lib.): Monsieur le
président.
Le président: Vous disposez de cinq minutes.
M. Jerry Pickard: Je tiens à vous remercier d'être venue nous
rencontrer, madame la ministre.
Je crois que vous avez su expliquer certains des problèmes
dont font état les médias, y compris les déclarations ou les
insinuations qui ne correspondent pas à la réalité.
Vous êtes probablement la personne qui a le plus de contacts
avec d'autres pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni et les pays
européens et vous savez quelles sont les pratiques et procédures
employées là-bas. Nous lisons parfois des commentaires de
fonctionnaires américains et, d'après les derniers articles que
j'ai lus, ils appuient les efforts de collaboration entre le Canada
et les États-Unis. Ils ont dit que le Canada est un des pays les
plus sûrs au monde. Lorsque le commissaire de la GRC était ici, il
nous a dit qu'en fait c'était vraiment le cas.
Les mesures que nous prenons sont-elles compatibles avec
celles que prennent les autres pays avec lesquels nous sommes en
contact? Sommes-nous plus stricts à certains égards, et dans
l'affirmative, quand nos règles sont-elles plus strictes que les
leurs? J'aimerais que vous puissiez rassurer les Canadiens et leur
dire que nous ne laissons pas n'importe qui entrer au pays, que
nous protégeons notre pays. Je crois que nous devons également
comparer les politiques du Canada à celles des États-Unis et des
pays européens, qui sont nos alliés les plus proches, pour prouver
que dans certains cas nous sommes plus stricts.
Mme Elinor Caplan: Vous posez une excellente question. Je
peux vous assurer qu'il existe des forums dans le cadre desquels
nous partageons des renseignements. Par exemple, il y a un forum
qui s'appelle la conférence des quatre nations à laquelle les
États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l'Australie participent
régulièrement pour partager les meilleures pratiques, conclure des
ententes de partage de renseignements et étudier les diverses lois
pour déterminer ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, ce qui
est efficace, ce qui ne l'est pas, et ce qui est rentable. Grâce à
ces échanges, nous pourrons mieux connaître le domaine et nous
pourrons également améliorer nos pratiques.
Il y a aussi le projet Metropolis, qui est un réseau
international de recherche. Le Canada a été un des premiers pays à
prendre l'initiative de la mise sur pied de ce réseau de recherche
qui nous fournit des renseignements à partir desquels nous pouvons
concevoir notre politique. Il s'agit d'une structure
internationale, nous organisons des conférences dans le monde
entier où nous pouvons nous renseigner les uns les autres sur nos
meilleures pratiques, et nous profitons ainsi énormément de
l'expérience des autres.
Le Canada est également un leader mondial grâce à son réseau
d'ACI, c'est-à-dire les agents de contrôle de l'immigration pour le
personnel en poste à l'étranger. Nous avons commencé il y a 12 ans.
Et lorsque j'étais à Paris il y a un an et demi, les Européens
s'intéressaient à notre modèle, ils voulaient eux aussi se doter de
ce genre de réseau, plutôt que d'avoir dans chaque pays un agent de
l'immigration dans chaque port ou aéroport, ce qui permet de mettre
les ressources en commun. Nous pouvons donc échanger les
informations, collaborer, et former les compagnies aériennes à
l'examen des documents éventuellement frauduleux, pour empêcher les
fraudeurs en question de prendre l'avion et de se rendre en
Amérique du Nord. Dans ce genre de travail, nous sommes des leaders
mondiaux.
Prenons les crimes de guerre. Nous avons obtenu des succès
indéniables grâce à notre base de données sur les crimes de guerre,
et grâce au travail qui s'est fait avec l'unité des crimes de
guerre au sein de mon ministère et du ministère de la Justice;
voilà donc de bonnes nouvelles, on n'en parle pas beaucoup
précisément parce que c'est positif. Voilà donc un savoir dont nous
pouvons faire profiter nos partenaires de la scène internationale.
M. Jerry Pickard: Vous dites que le Canada s'est donc
distingué dans sa façon de faire face au terrorisme et au crime, en
mettant au point un système qui fonctionne et qui est à notre
portée sur le plan financier.
• 1645
Mme Elinor Caplan: Ce que nous avons compris, lorsqu'il est
question de crime transnational organisé et de ces organisations
terroristes terribles qui nous inquiètent tant, c'est que les pays
doivent collaborer. J'ai parlé il y a quelques minutes de
l'importance du renseignement et de l'information. Il faut échanger
cette information. Nous avons appris à quel point il était
important de collaborer, et de passer des ententes d'échange
d'information, pour pouvoir nous doter des techniques de pointe les
plus récentes, ainsi que de meilleurs systèmes de communications,
mais également pour avoir toute l'information qui nous permettrait
de faire obstacle aux funestes desseins de ces terroristes.
M. Jerry Pickard: J'ai une autre question à poser, monsieur le
président.
Le président: Allez-y rapidement.
M. Jerry Pickard: La question que je pose concerne la
possibilité que des agents d'immigration américains interviennent
sur le sol canadien, et vice versa, car nous sommes extrêmement
inquiets de voir à quel point certaines de nos infrastructures les
plus importantes sont accessibles, comme lorsqu'il suffit par
exemple de mettre 25 cents dans une machine à sous pour avoir accès
à un pont ou à un tunnel, ou à quelque axe routier extrêmement
important. Qu'est-ce que vous en pensez, et qu'envisage votre
ministère pour assurer la sécurité par tous les moyens possibles,
en procédant par exemple à des contrôles avancés pour empêcher les
individus les plus dangereux d'avoir accès à ces axes de
communication?
Mme Elinor Caplan: Je pense que c'est une excellente idée.
Il y a déjà effectivement des agents des douanes et du contrôle
américains dans certains de nos grands aéroports canadiens.
Vous voulez que ces contrôles aient lieu avant que ces
individus n'entrent au pays. Nous faisons déjà cela outre-mer. Dans
nos missions, le service des visas dispose de ce qu'ils appellent
des groupes de travail antifraude. Nous avons donc déjà toute une
démarche très concertée et raisonnée ici en Amérique du Nord, mais
nous cherchons aussi à collaborer avec des pays amis,
internationalement, pour repérer les parcours suivis par certains
individus, et pour identifier, en échangeant les renseignements,
les organismes criminels et terroristes, ainsi que les individus
qui voudraient se rendre en Amérique du Nord.
Il faut encore faire plus, et mieux le faire, mais nous avons
déjà bien entamé le travail. Ça c'est certain. Nous avons déjà
établi les contacts. Nous travaillons de façon très étroite non
seulement avec nos voisins américains, mais également avec des pays
amis. Il faut encore faire mieux, si nous voulons arrêter ce genre
d'actes atroces et terribles auxquels nous avons assisté le
11 septembre. Nous devons redoubler d'efforts.
M. Jerry Pickard: Merci, monsieur le président.
Le président: Nous passerons ensuite à Paul, puis Carolyn et
Art.
Mme Carolyn Parrish (Mississauga-Centre, Lib.): Merci
beaucoup, monsieur le président. À ce comité je suis une invitée,
mais je ne peux pas m'empêcher de parler. Je ne peux pas résister
non plus...
Le président: Excusez-moi, Carolyn, mais c'est d'abord Paul.
Mme Carolyn Parrish: Oh! Excusez-moi. Je croyais que vous
m'aviez donné la parole. Laissez donc tomber ce que j'ai déjà dit.
M. Paul Forseth: Je voudrais poser un complément de question
sur l'idée d'un accord bilatéral avec les États-Unis. Je crois
vraiment que c'est quelque chose de nécessaire. Je ne suis pas du
tout en train de créer une impression qui serait fausse. Tous les
Canadiens qui veulent se rendre aux États-Unis savent à quel point
il faut faire la queue à la frontière. Les passages frontaliers
sont débordés, et c'est un petit peu la cohue à la frontière. Cela
est en grande part dû au fait que les États-Unis sont extrêmement
inquiets, procèdent à des examens plus approfondis, et tout cela
reflue au Canada. En quelque sorte, les États-Unis ne nous font pas
confiance.
Une des façons de traiter le problème est d'accélérer la
signature d'un accord bilatéral pour que les réfugiés n'aillent pas
du Canada aux États-Unis, et inversement des États-Unis au Canada.
Cela permettra de soulager nos effectifs qui pourront ensuite se
concentrer sur l'examen des profils et antécédents de certains
individus, et être affectés à certaines autres tâches. Je voudrais
donc savoir où nous en sommes là-dessus?
Je suis heureux d'entendre la ministre nous dire qu'elle est
tout à fait favorable à ce type d'accord. J'aimerais donc savoir si
les négociations ont progressé? Est-ce qu'on pourrait savoir où
nous en sommes? Est-ce que vous pourriez éclairer le comité là-dessus? Si
je ne me trompe, le comité doit se rendre dans la
capitale américaine, Washington. Il y a peut-être là pour notre
comité une occasion de jouer un rôle important dans la mise en
place de ce protocole d'entente.
Mme Elinor Caplan: Monsieur le président, j'aurais quelque
chose d'important à dire là-dessus. Lorsqu'on se rend sur place, je
parle des points d'entrée au Canada, on est frappés par la qualité
de la collaboration entre les douanes et les services d'immigration
canadiens et leurs homologues américains. Nous avons une relation
de travail excellente, faite de confiance et de qualité, avec nos
voisins du Sud.
• 1650
Tous les points d'entrée sont en état d'alerte maximum. Voilà
la réalité des faits. Nous faisons tout ce que nous pouvons par
ailleurs pour accélérer le mouvement des personnes parfaitement
fiables, tout en restant en état d'alerte maximal pour pouvoir
arrêter les individus suspects qui entreraient au Canada, aux
États-Unis, ou de façon générale en Amérique du Nord.
Pour ce qui est de cet accord bilatéral relatif au tiers pays
sûr, voilà les faits: plus de 40 p. 100 des demandeurs d'asile au
Canada viennent des États-Unis, alors que dans le sens inverse ça
ne représente qu'un tout petit pourcentage, du Canada vers les
États-Unis.
Nous travaillons avec nos voisins et amis...
M. Paul Forseth: Nous sommes donc devenus une espèce de
poubelle?
Mme Elinor Caplan: Quelle est votre question?
Le président: Paul, laissez la ministre répondre.
M. Paul Forseth: Excusez-moi, mais j'aimerais que ce soit
clair.
Est-ce que cela veut dire que nous sommes une espèce de
décharge? C'est ça que vous dites?
Mme Elinor Caplan: Non. Simplement que plus de 40 p. 100
des demandeurs d'asile au Canada sont passés par les États-Unis, et
font ensuite une demande à nos points d'entrée. Par ailleurs, la
situation du Canada est tout à fait comparable à celle des pays
européens, pour ce qui est du nombre total des demandes de statut
de réfugié que nous recevons. Nous sommes même plutôt au bas de
l'échelle.
Voyons... je crois que le chiffre des États-Unis pour l'an
dernier était d'environ 130 000 demandes, ou... Au Canada l'an
dernier c'était à peu près 37 000.
Quel était le chiffre américain?
Il y a eu l'an dernier 52 414 demandeurs d'asile pour les
États-Unis...
Nous vous communiquerons les chiffres exacts. Vous devriez
peut-être vous reporter aux chiffres des États-Unis mais également
à ceux de l'Europe. Dans beaucoup de pays les demandeurs d'asile
dépassent les 70 000, 80 000 et 90 000. En Allemagne, il y a
quelques années, il y en avait 400 000, juste pour une année. Ils
en sont maintenant à environ 120 000.
En réalité il y a de par le monde plus de 23 millions de
réfugiés qui sont en situation désespérée et ont besoin de
protection. Nous ne pouvons pas tous les accueillir. L'an dernier
nous avons reçu 35 000 demandes. Nous en attendons cette année plus
de 40 000 à 45 000. Ce sont des chiffres qui sont tout à fait
comparables à ceux des autres pays du monde entier. Voilà la
réalité des choses.
Un accord sur le tiers pays sûr nous intéresse, de toute
évidence, étant donné les chiffres que je viens de citer, mais il
y a également d'autres mesures auxquelles nous réfléchissons.
Nous sommes fiers de notre tradition d'accueil de ceux qui ont
réellement besoin de protection, et je n'aime pas beaucoup cette
idée qui consiste à comparer le Canada à une décharge publique.
M. Paul Forseth: Parfait.
Vous avez cité des chiffres. Dans votre prochain rapport
important au Parlement, le rapport exigé par la loi, vous pourriez
peut-être citer des statistiques plus détaillées sur tout ce que
vous demandent en permanence les médias et les députés. Nous avons
l'impression de ne jamais pouvoir obtenir un tableau chiffré comme
nous le désirerions, pour savoir exactement ce qui se passe sur le
terrain.
Je dis cela de façon assez générale, je ne pense pas par
ailleurs que nous contestions vos chiffres. Les chiffres cités par
le ministère par le passé, cependant, nous ont laissés de façon
générale, les médias, les députés et la population, dans une espèce
de vague quant à l'ensemble de notre action. Parlez-nous...
Mme Elinor Caplan: Monsieur le président, les questions que
les membres du comité...
Le président: Excusez-moi, madame la ministre, une seconde.
Paul, vous êtes un nouveau membre du comité, comme Art,
d'ailleurs. Permettez-moi simplement de vous dire que lorsqu'une
question est posée qui porte sur le rapport de rendement ou tout
autre aspect du fonctionnement du ministère, qu'il s'agisse de
chiffres ou d'autre chose, là où le ministère n'aura pas pu vous
informer, vous serez toujours sûr d'obtenir une réponse ici si vous
reposez la question.
M. Paul Forseth: Très bien.
Mme Elinor Caplan: Pourriez-vous également ajouter que le
ministère a toujours fait diligence?
Le président: Absolument! Simplement, Paul est nouveau.
M. Paul Forseth: J'aimerais donc avoir quelques chiffres,
faciles à obtenir, relatifs à la sécurité. Nous avons d'un côté
besoin d'agents d'immigration bien formés, de gens qui ont les
compétences voulues pour évaluer ceux auxquels ils ont affaire.
C'est bien ce que le nouveau protocole relatif aux entrevues
personnelles exige. Mais apparemment il n'y a pas d'agents
d'immigration à tous les points d'entrée. On me dit que le
pourcentage de ceux où il n'y en a pas est élevé.
Vous pouvez peut-être alors nous dire combien il y a de points
d'entrée au Canada, et combien d'entre eux sont sans présence du
ministère de l'Immigration, et desquels il s'agit. Voilà ce que je
voulais dire, sous forme d'observation, car j'ai l'impression que
ça nous laisse un petit peu vulnérables?
Le président: Ces chiffres nous ont été précisément
communiqués ce matin. J'ai l'impression que vous êtes en train
d'essayer de tester la ministre.
Mme Elinor Caplan: Je me ferai un plaisir de répondre.
Il y a environ 350 points d'entrée au Canada. Douanes Canada
est presque partout présente. Comme vous le savez, les agents ont
été maintenant habilités à jouer un rôle d'agents d'immigration,
comme service d'inspection de première ligne. Ce n'est que comme
deuxième inspection qu'on fait appel aux services de l'immigration
à proprement parler.
• 1655
Immigration Canada est présent à 46 de nos points d'entrée,
soit neuf aéroports internationaux, 33 postes frontaliers
terrestres, et quatre ports maritimes. Les points d'entrée sont en
ce moment desservis par 561 agents de Citoyenneté et Immigration,
dont 426 agents d'immigration à temps plein. Douanes Canada, par
contre, y dispose de 3 600 agents, qui peuvent agir en qualité
d'agents d'immigration de première inspection.
À cela viennent s'ajouter près de 300 agents pour la
délivrance des visas, dans le monde entier, et bien sûr les
personnels locaux qui font un excellent travail de soutien auprès
des agents en poste au Canada.
Le président: Madame la ministre, c'est absolument
époustouflant, Elizabeth nous avait cité les mêmes chiffres.
Mme Elinor Caplan: Alors vous savez tout.
Le président: Les députés auront tous cette documentation
demain matin dans leur bureau, et nous serons donc parfaitement au
diapason.
Mme Elinor Caplan: Une chose, monsieur le président: étant
donné les crédits qui ont été récemment débloqués—9 millions de
dollars—nous pourrons ajouter au moins 100 agents aux points
d'entrée.
Le président: Dernière question.
M. Paul Forseth: Juste une observation: vous avez également
dit que certains points d'entrée ne sont desservis par aucun agent,
ni des douanes ni de l'immigration. C'est bien ce que vous avez
dit?
Mme Elinor Caplan: Non.
M. Paul Forseth: J'avais pourtant l'impression de vous avoir
entendu dire cela.
Mme Elinor Caplan: Je répète, je ne voudrais pas que le
député ne se fasse le relais d'une information qui laisserait
croire...
Le président: Tirons les choses au clair. Quarante-six points
d'entrée sur 350 ont des agents d'Immigration Canada; aux autres il
y a partout des agents des douanes qui peuvent agir en qualité
d'agents d'immigration.
Mme Elinor Caplan: Exactement.
Le président: Donc les 350 points d'entrée sont couverts.
M. Steve Mahoney: Ce qui veut dire qu'il n'y a plus aucun
point d'entrée au Canada où un simple cône de signalisation assure
le service.
Le président: Exactement.
M. Steve Mahoney: Tout est parfait... à la différence de la
frontière américaine.
Le président: Carolyn.
Mme Carolyn Parrish: Merci, monsieur le président. Excusez-moi
pour ce petit contretemps tout à l'heure.
Comme vous le savez, madame la ministre, nous sortons d'une
conférence importante de l'OTAN à Ottawa.
M. Hanger y était, et je suis sûre qu'il sera d'accord avec ce
que je vais dire.
M. Cellucci, l'ambassadeur, le président de la Chambre des
représentants, M. Hastert, et M. Bereuter, qui était le chef de la
délégation, tous nous ont félicités pour le travail que le SCRS
fait avec leurs services de sécurité et du renseignement, tout en
disant également que les ministères de l'Immigration collaborent
bien. Il a également dit qu'il n'allait faire le procès de
personne, leurs services d'immigration ayant eux aussi besoin
d'être, comme les nôtres, améliorés. Ce qu'il a dit, par contre,
après que nous ayons un peu parlé du projet de loi C-11, c'est que
vous étiez visionnaire.
Je tiens à vous faire passer le compliment. Il pense que le
nouveau projet de loi est un texte qu'ils vont devoir examiner de
près aux États-Unis.
On entend souvent parler, aux informations, de ceux qui
arrivent ici après avoir détruit leurs pièces d'identité. Voilà des
gens qui prennent l'avion quelque part, et qui ensuite détruisent
leurs papiers d'identité en route. J'en ai vu dans mon bureau. Il
s'agit de gens au désespoir, qui fuient un pays parce que leur vie
y est menacée. Ils savent qu'ils ont des faux papiers, on leur a
conseillé de les détruire dans l'avion, pour ne pas s'exposer à des
poursuites en arrivant au Canada, pour possession de faux
documents.
Pourriez-vous alors expliquer à tout le monde, pour qu'on
arrête de nous dire que ce sont des criminels, qu'il n'en est pas
ainsi? Voilà des gens qui ont suivi les directives d'autres
personnes qui essayaient de les aider. Il s'agit bien de vies qui
sont en danger, et c'est ainsi qu'ils se retrouvent chez nous sans
papiers d'identité.
Mme Elinor Caplan: Vous avez raison. Je l'ai dit à
plusieurs reprises: le fait que quelqu'un se présente sans
documents en règle ne veut pas dire que c'est un criminel ou un
danger.
Les gens arrivent à nos points d'entrée, et se présentent à
nos bureaux au Canada. Ils arrivent, demandent protection, nous
racontent leur histoire. Il y a une entrevue, et si on a quelque
crainte, ils peuvent être détenus. Mais s'il n'y a aucune raison de
croire qu'ils représentent un risque pour la sécurité du Canada,
s'il n'y a aucune difficulté à établir leur véritable identité, ou
leur véritable origine, ou si l'on est sûrs qu'ils se présenteront
aux audiences, puisque cela est dans leur intérêt, eh bien nous
voulons qu'ils puissent trouver du travail, payer des impôts, et ne
pas être à la charge de la collectivité. S'ils ont véritablement
besoin de protection, nous les accueillons. Voilà des gens qui
peuvent ensuite reconstruire leur vie au Canada, et nous aider à
l'édification de ce pays. Parmi ceux qui sont arrivés au Canada
comme réfugiés il y en a beaucoup qui ont réussi, et qui nous
aident à construire ce grand pays, mais qui nous font également
profiter de leur imagination et de leur dynamisme économique, en
créant des entreprises remarquables, des emplois, et tout le reste.
Le président: Merci.
Mme Elinor Caplan: J'aurais une dernière chose à dire.
Je tiens d'abord à remercier M. Cellucci, l'ambassadeur. Je
l'ai effectivement rencontré. Les Américains s'intéressent beaucoup
à notre projet de loi C-11. Ils ont demandé une séance
d'information en règle et ont voulu avoir toute la documentation;
ils voulaient aussi savoir quelle était notre démarche en matière
de détermination du statut de réfugié et quelles étaient les
procédures. À leur avis leur système est beaucoup trop lent.
• 1700
Le président: Eh bien, nous allons espérons-le faire notre
part, lorsque nous rencontrerons nos homologues. Je sais, Carolyn,
que vous avez déjà fait du travail avec nos partenaires de l'OTAN,
et je crois que c'est important. Nous pouvons toujours procéder à
des échanges d'information, et améliorer nos procédures en nous
inspirant des codes de meilleures pratiques des autres. Je pense
par exemple aux États-Unis, nous pouvons nous en inspirer. Il est
important que l'on procède à ces échanges d'information.
Madeleine, Steve, Inky, et Art, et nous pourrons ensuite
boucler cette séance.
[Français]
Mme Madeleine Dalphond-Guiral: Merci, monsieur le
président.
Je vais me permettre de faire un
commentaire sur ce que je peux appeler la fixation de
nos collègues de l'Alliance et de leur chef, à savoir
que tous les réfugiés qui arrivent sans papiers sont
des criminels. Personnellement, je n'abonde pas dans
ce sens-là et je suis très inquiète quand je vois que
l'opposition officielle continue à taper sur ce
clou.
Cela étant dit, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas
de problème. Madame la
ministre, je voudrais faire
allusion devant vous à la situation de deux
Basques dont on parle dans les journaux, qui sont venus
au Canada et qui ont fait une demande de statut
de réfugié. Je
pense que leur demande n'a pas encore été entendue, et
l'Espagne a demandé entre-temps leur extradition.
L'Espagne a signé la Convention contre la torture, ce
qui est tout à son honneur. Par ailleurs, ces jeunes
Basques prétendent que les aveux ont été extorqués
sous la torture.
Dans un pareil contexte, je veux
savoir si le Canada procédera à leur extradition, compte
tenu qu'il y a sûrement des ententes entre le Canada et
l'Espagne, et s'il se préoccupe d'évaluer les risques
avant renvoi. On
peut signer la Convention contre la torture, mais il peut
quelquefois arriver qu'en dépit de cela, il y ait des
personnes qui outrepassent les règles. Je peux
comprendre cela. J'aimerais savoir ce qui
se passe dans ces cas-là. J'aurai ensuite une autre
question.
Mme Elinor Caplan: Merci beaucoup de votre
question.
[Traduction]
Il est important que, pour un certain nombre de bonnes
raisons, nous ne discutions pas publiquement de certains cas
individuels. Nous ne voulons pas enfreindre la législation de
protection de la vie privée et des renseignements personnels, et
nous ne voulons pas porter préjudice à l'issue de certaines
enquêtes et recherches, ni aux mesures qui pourraient être prises.
Comme vous le savez, extrader quelqu'un relève de la
responsabilité du ministre de la Justice et de son ministère. La
déportation relève de ce ministère-ci, de la Citoyenneté et
Immigration, et comme vous avez posé une question sur
l'extradition, je vous renvoie au ministre de la Justice. Elle
pourra vous dire comment fonctionne le système, et quels sont les
responsables, si vous avez besoin d'information supplémentaire.
Il est intéressant de constater qu'une des questions qu'on se
pose est de savoir si nous devions refuser certaines demandes
émanant de pays signataires de la Convention de Genève. De fait, ce
genre de refus, aux termes de la Convention de Genève, ne doit pas
se justifier simplement de ce qu'un pays a signé ou non ladite
convention.
Deuxièmement, j'aimerais faire remarquer qu'en matière de
menace à la sécurité et de terrorisme, ce sont malheureusement les
pays qui produisent le plus de réfugiés qui sont très souvent
également des pépinières de terroristes. Mais il est important de
ne pas anticiper le résultat de l'examen du dossier, je parle de
façon générale, je ne parle jamais en particulier de ce genre de
cas.
Le président: Madeleine, votre dernière question, s'il vous
plaît.
[Français]
Mme Madeleine Dalphond-Guiral: Mon autre question
a trait à ce dont on a entendu parler ces jours
derniers dans la foulée du cas d'Ahmed
Ressam. Il y aurait, à
Montréal, une douzaine de terroristes d'origine
algérienne apparentés au groupe de ben Laden.
Dans le processus d'arrivée au pays
de ce groupe de personnes qui ont été identifiées, dont
certaines sont même retournées en Algérie avec
la bénédiction de la GRC, y a-t-il quelque
chose qui peut être ciblé comme ayant permis une
situation comme celle-là, où une douzaine de
terroristes se retrouvent tranquillement installés à
Montréal, mais auraient pu aussi bien se retrouver à
Toronto ou ailleurs?
• 1705
[Traduction]
Mme Elinor Caplan: Sans vouloir offenser qui que ce soit,
j'aimerais rappeler que nous ne sommes que des parlementaires, nous
ne sommes pas détectives. Le travail de détective est un travail de
spécialistes, nous ne devons pas ici nous ingérer dans leur
processus d'enquête.
Même si ce qui est imprimé dans la presse suscite notre
curiosité ou notre intérêt, nous ne devons pas croire tout ce que
nous lisons. Si le FBI, puis la GRC, s'abstiennent de tout
commentaire, ne soyez pas surprise si moi aussi je réponds...
Mme Madeleine Dalphond-Guiral: Sans commentaires.
Mme Elinor Caplan: Exactement.
Le président: Steve.
M. Steve Mahoney: Ce qui me frappe, c'est qu'il y a eu des
terroristes installés partout en Floride, et ailleurs, pendant de
longues années.
Qu'est-ce que vous auriez à dire à cela? Je sais que vous vous
êtes déplacée à plusieurs reprises, madame la ministre, et parfois
je vous ai accompagnée, à Londres, à Nairobi, à Moscou, etc., pour
voir sur le terrain comment ça fonctionne. J'espère que ceux qui
nous critiquent, et je pense particulièrement à l'opposition
officielle, vous prendront au mot lorsque vous les invitez à en
faire autant, car jusqu'ici ils se sont toujours abstenus, pour des
raisons diverses.
Le président: Il s'agit surtout de voir...
M. Steve Mahoney: Certains de ces déplacements ont été
harassants, mais c'est toujours extrêmement édifiant de voir ce qui
se passe de par le monde.
Lorsque je suis arrivé ici j'ai été moi aussi très inquiet de
ces demandeurs d'asile qui arrivent sur nos côtes sans papiers.
Comme ancien de la politique municipale, il y a de cela quelques
années, j'ai toujours été très inquiet de la protection de nos
côtes, etc. Mais depuis notamment que je suis membre de ce comité,
depuis cinq ans, j'ai appris à voir fonctionner le système, je me
suis rendu dans certains de nos postes à l'étranger, et ici au
Canada, ce fut extrêmement édifiant.
Certains ont proposé des solutions. Il y a même des gens qui
vous téléphonent pour vous dire quoi faire avec ces gens sans
papiers. Mais j'ai entendu deux ou trois choses ce matin que je ne
peux pas laisser passer comme cela.
L'une d'entre elles était le contrôle de tous les passagers au
débarquement. Quiconque n'est pas citoyen canadien et descend de
l'avion dans notre pays, d'où qu'il vienne, doit se prêter à un
contrôle de sortie pour que nous sachions qui est descendu de
l'avion.
L'autre, que j'ai trouvé des plus bizarres, est une mesure
dont je n'avais jamais entendu parler auparavant et qu'on appelle
la «mise en pochette». Je ne sais pas si vous en avez déjà entendu
parler. Lorsqu'une personne prend l'avion à Heathrow, on prend ses
documents de voyage et on les met dans une pochette qu'on remet au
personnel de la ligne aérienne, qui les rend au passager au
débarquement. Ainsi, le voyageur suspect ne peut pas faire
disparaître ses documents dans la toilette. On a proposé au comité
ce matin d'appliquer cette mesure à quiconque n'est pas citoyen
canadien.
Je me demandais si à votre avis les Américains, les
Britanniques, les Français, les Allemands et bien d'autres ne
seraient pas un peu froissés si leurs documents de voyage étaient
mis en pochette, si l'on veut, à chaque fois qu'ils prennent
l'avion et voyagent dans le monde par affaires.
Ma troisième question a trait aux exigences relatives au visa
dans notre pays. Sommes-nous plus ou moins sévères que les
États-Unis dans nos exigences face aux citoyens des pays qui ont
besoin d'un visa pour venir chez nous?
Le président: Madame la ministre, pourriez-vous répondre
rapidement.
Mme Elinor Caplan: Je tâcherai d'être brève.
Nous procédons maintenant à des vérifications au débarquement,
et ces vérifications sont normalement fondées sur des
renseignements que nous avons reçus ou des vérifications
sporadiques sur certains circuits. Et si vous avez déjà vécu cela,
ou si vous avez un électeur qui a déjà vécu cela, vous avez
probablement reçu une plainte à votre bureau parce que cela cause
des retards et les gens n'aiment pas du tout cela. Mais nous
procédons quand même à ces vérifications, et c'est le cas
maintenant. Il n'y a pas de vérification pour chaque vol; nous
procédons à ces vérifications lorsque nous recevons des
renseignements qui nous permettent de le faire ou lorsque nous
faisons des vérifications sporadiques.
Pour ce qui est des lignes aériennes, les lignes aériennes
sont maintenant responsables, et même responsables sur le plan
financier. Si un passager descend de l'avion sans documents de
voyage, la ligne aérienne doit le prendre à sa charge. C'est une
grosse dépense pour les lignes aériennes. Je peux vous donner les
détails exacts sur les coûts, mais je vous assure que les lignes
aériennes ou les entreprises d'expédition ont la responsabilité de
s'assurer que les gens sont munis des documents de voyage voulus
lorsqu'ils montent à bord, et si nous savons sur quel vol ils
étaient, la ligne aérienne est tenue pour responsable.
• 1710
Au sujet de la «mise en pochette», c'est la première fois que
j'entends cette expression. On peut faire cela, et si votre comité
veut me faire part de ses conseils ou de ses recommandations à cet
égard, j'en prendrai sûrement bonne note. Je ne crois pas qu'il
existe de solution rapide ou simple, mais chose certaine, il y a
beaucoup d'idées et de suggestions qui circulent.
De même, au sujet des visas, je peux citer quelques bons
exemples. J'en ai cité un ce matin. Le Canada oblige les citoyens
argentins à se munir d'un visa. Les États-Unis, non. Ils ne croient
pas avoir de problèmes de ce côté. Nous oui. L'Argentine est une
démocratie. Nous accueillons un grand nombre de revendicateurs du
statut de réfugié de l'Argentine, et très peu d'entre eux ont gain
de cause. Nous aimerions que les États-Unis repensent à leur
politique relative au visa parce que, ce qui arrive, c'est que les
Argentins se rendent en avion aux États-Unis, sans visa, et ils
présentent leur revendication à notre point d'entrée. Donc, nous
sommes en pourparlers avec les Américains pour voir s'il n'y a pas
moyen de faire converger nos exigences relatives au visa.
Autre exemple, les États-Unis exigent un visa des citoyens
mexicains parce qu'ils ont un gros problème à la frontière sud.
Nous ne demandons pas de visa des Mexicains, et il n'y a absolument
aucun problème de ce côté. Les Mexicains qui viennent au Canada
n'essaient pas de pénétrer aux États-Unis illégalement. Il n'y a
pas de problème avec les Mexicains. Ils viennent au Canada et
rentrent au Mexique. Il y a beaucoup d'échanges commerciaux entre
nos deux pays. Ce sont deux exemples.
Cependant, il y a d'autres pays pour lesquels nous envisageons
d'exiger le visa. Il y a de petits pays dont les ressortissants,
pourrait-on dire, vendent leurs passeports. Ces pays offrent des
programmes de citoyenneté économique. Les États-Unis et le Canada,
ainsi que d'autres pays, se préoccupent vivement de cet état de
choses. Nous songeons à exiger le visa lorsque nous recevons des
ressortissants d'un pays qui, normalement, ne devrait pas produire
de réfugiés. Nous examinons la situation constamment. Nous sommes
en pourparlers avec les Américains, particulièrement en ce qui
concerne notre approche régionale.
Je vous dirais que parfois les objectifs de la politique
gouvernementale ne sont pas les mêmes, ou alors ils ont un problème
et nous non; et il arrive que nous ayons tous les deux un problème.
Nous devons travailler en très étroite collaboration pour nous
assurer que nos politiques tiennent compte des problèmes de nos
voisins et que, si nous pouvons les aider, nous le fassions.
L'important, c'est que ces discussions aient lieu, et elles ont bel
et bien lieu.
Le président: Merci.
Inky, vous avez une question, allez-y.
M. Inky Mark: Merci.
Ma question fait suite aux réponses que nous a données le
commissaire de la GRC lorsqu'il était ici. Il y a deux domaines où,
à mon avis, il faut intervenir. Il y a d'abord le cas des réfugiés
qui ont été déboutés par la CISR. Comme vous le savez, le
vérificateur général a fait savoir qu'un grand nombre de personnes
disparaissent dans la nature et finissent par rester au Canada.
Il y a aussi le cas des revendicateurs du statut de réfugié
qui ne se présentent pas à nos bureaux, ou qui ne rendent pas leurs
formulaires dûment remplis. Autrement dit, que fait le ministère
pour s'assurer que ces personnes sont appréhendées et expulsées?
Mme Elinor Caplan: C'est là où, à mon avis, le projet de
loi C-11 est très important. En réponse à votre première question,
cependant, il y a des priorités pour le renvoi. La première
priorité de renvoi, c'est la lutte contre la criminalité. Nous
pourchassons les criminels vigoureusement. L'an dernier, il y a eu
8 636 renvois. Plus de 1 700 d'entre eux visaient des personnes qui
étaient inadmissibles du fait de leurs antécédents judiciaires; ou
bien elles avaient commis un crime avant de venir ici ou après leur
arrivée, et elles ont été chassées d'ici dans le temps de le dire.
L'an dernier, il y a eu 1 700 cas de ce genre.
Les autres, soit la deuxième priorité de renvoi, concernent
des revendicateurs déboutés qui sont bénéficiaires de l'aide
sociale. Nous travaillons de concert avec les provinces afin
d'identifier ces personnes qui n'ont pas le droit de rester chez
nous. Elles n'ont pas droit non plus à l'aide sociale, et nous
tenons à les renvoyer dans leur pays le plus vite possible. Nous
leur obtenons des documents de voyage le plus vite possible, et
elles sont renvoyées.
La troisième priorité regroupe les réfugiés déboutés en
général, et la quatrième priorité vise les personnes qui ont
prolongé leur séjour indûment. Et je vous ai expliqué les trois
filières de renvoi.
En réponse à votre deuxième question, qui avait trait...
M. Inky Mark: Aux demandeurs qui ne se présentent tout
simplement pas à nos bureaux avec les formulaires dûment remplis.
• 1715
Mme Elinor Caplan: Vous faites allusion en fait à ces
demandeurs qui se désistent ou retirent leurs demandes, et ce sont
ces personnes qui ne se présentent pas. En vertu du projet de loi
C-11, nous allons mettre un terme à un abus qu'on appelle, je
crois, la «porte tournante», où l'on retire sa demande pour en
faire une autre tout de suite après. Le projet de loi C-11 dit
qu'on n'a plus désormais qu'une chance à la CISR. Si vous retirez
votre demande, vous ne pouvez pas en adresser une nouvelle à la
CISR. Vous pouvez venir au Canada et demander asile, mais votre cas
sera étudié à l'évaluation des risques avant le renvoi.
Le projet de loi C-11 ne vous permet donc de revendiquer le
statut de réfugié qu'une fois. Nous pensons que cela dissuadera
beaucoup de gens qui veulent venir ici, retirer leur demande ou se
désister, puis revenir ensuite pour faire une deuxième demande.
M. Inky Mark: Pourquoi feraient-ils ça s'ils savent que vous
allez les mettre dehors? S'ils ne se présentent pas avec les
formulaires dûment remplis pour revendiquer...
Mme Elinor Caplan: Vous pourriez être surpris; il y a des
gens qui retirent leur demande ou se désistent et puis qui
reviennent à la charge. De même, il y a ces gens qui sont déboutés.
Ils revendiquent le statut de réfugié à répétition. En ce moment,
la loi permet à ces gens de renouveler leur demande au Canada au
bout de 90 jours. Nous allons changer cela. Si on vous a refusé le
statut de réfugié, en vertu du projet de loi C-11, vous ne pourrez
pas vous présenter à la CISR une seconde fois. À la place, votre
cas fera l'objet d'une évaluation des risques avant le renvoi. Si
vous n'êtes pas à risque, la procédure est très rapide: on va vous
renvoyer chez vous.
Le président: Art, une question.
M. Art Hanger: Merci, monsieur le président.
Il y a une chose qui m'a intrigué dans votre exposé, madame la
ministre, vous disiez que les réfugiés perdraient leur droit
d'appel; en termes simples, ce projet de loi nous permettra de
renvoyer ces personnes plus rapidement. C'est essentiellement ce
que vous avez dit ici. Je sais fort bien, comme vous aussi
probablement, qu'il y a des pays qui ne fournissent pas de
documents de voyage aux personnes qui figurent sur la liste des
déportations ou des renvois.
Il y a un pays qui est particulièrement difficile, me dit-on,
pour les renvois, et c'est le Vietnam, même s'il existe un accord
quelconque entre le Canada et le Vietnam pour renvoyer les
indésirables. Cependant, on me dit que les Vietnamiens d'origine
chinoise, même s'ils nous arrivent du Vietnam, ne sont pas réadmis
dans ce pays. Si tel est le cas, que comptez-vous faire à ce sujet?
Il y a aussi la question des Algériens. Encore là, on me dit,
et je vous pose la question directement à vous, madame la ministre,
étant donné que je crois comprendre que cette directive provient de
vous, qu'aucun ressortissant algérien ne doit être renvoyé de notre
pays. Est-ce exact?
Mme Elinor Caplan: Non, et je suis heureuse de clarifier
cette question. En dépit du fait que nous avons en effet une liste
de pays vers lesquels nous ne renvoyons pas les ressortissants de
manière générale, si quelqu'un pose un risque pour la sécurité ou
a des antécédents judiciaires inadmissibles, nous le renvoyons dans
son pays, même si ce pays figure sur cette liste. Si nous avons la
preuve...
Le président: Pardon, pourquoi ces pays figurent-ils sur cette
liste? Je crois qu'il serait bon que le comité et les gens sachent
pourquoi cette liste existe.
Mme Elinor Caplan: Très bonne question, et je répète que
c'est une question que le comité voudra peut-être examiner. Nous
avons une liste de pays vers lesquels, en raison de la situation
dans le pays—l'état de guerre, par exemple, qui mettrait les gens
en péril—nous ne renvoyons pas les ressortissants tant et aussi
longtemps que le pays n'est pas stable ou en paix.
Nous venons de mettre en place un nouveau processus au
ministère qui nous permet de repenser la manière dont on inscrit un
pays sur la liste et la manière dont on le retranche. Cela nous
permet d'évaluer la situation dans le monde de telle sorte que
lorsque nous renvoyons des gens, nous nous acquittons de notre
obligation internationale en matière de refoulement, ce qui veut
dire que nous ne renverrons pas des gens vers des pays où ils
seront en péril. C'est une obligation internationale que nous
prenons au sérieux.
Cela dit, sont exclues de cette obligation les personnes
jugées inadmissibles à cause de leurs antécédents judiciaires ou du
fait qu'elles posent un risque pour la sécurité, les terroristes et
les autres. Comme vous le savez, il y a des cas très connus où nous
avons demandé aux tribunaux de renvoyer ces personnes qui
prétendent être en danger.
Le président: Monsieur Hanger, je vais autoriser une question
supplémentaire.
• 1720
Mme Elinor Caplan: En dernier lieu, je voulais parler du
Vietnam. Lorsque j'étais au Vietnam et que j'ai rencontré les
autorités vietnamiennes, nous avons en effet discuté de la question
des renvois. Nous avons un accord avec ce pays. Certains problèmes
se sont posés dans certains cas. Nous avons discuté très
franchement du fait qu'on exige un visa de visiteur pour les
ressortissants de ce pays, comme c'est le cas pour un grand nombre
de pays, et si nous avons des difficultés à renvoyer ces personnes,
nous nous montrons plus sévères, et à ce moment-là, le nombre de
visas de visiteur que nous refusons est plus élevé.
Il faut donc que les pays travaillent de concert.
Le président: Après mûres délibérations, le comité devrait
songer à envoyer Art Hanger sur place pour faire enquête sur cette
question.
Mme Elinor Caplan: Mais il est important que vous sachiez
que ce sont exactement des questions de ce genre dont je discute
avec mes homologues lorsque je visite nos bureaux des visas à
l'étranger. Je ne rencontre pas seulement notre personnel, qui fait
un beau travail pour le compte du Canada, je profite aussi de
l'occasion pour discuter justement de ce genre de questions avec
ces pays. Ils ont l'obligation de reprendre leurs ressortissants,
tout comme le Canada a l'obligation de ramener les Canadiens chez
eux.
Le président: Jusqu'à maintenant, Art, je vous ai réservé des
billets aller seulement pour la Russie et le Vietnam.
M. Art Hanger: Je ne crois pas avoir besoin d'aller jusque là,
en fait, mais je serais plus qu'heureux d'étudier cette question
plus avant.
J'ai une dernière question pour la ministre. J'ai appris qu'il
y avait plus de 7 500 Algériens qui avaient demandé le statut de
réfugié et qu'aucune décision n'a été prise dans leur cas. Un grand
nombre d'entre eux sont disparus et n'ont nulle intention de se
présenter à leur audition.
En outre, plus de 3 000 d'entre eux se promènent dans nos rues
sans aucun statut et sans qu'aucune vérification des casiers
judiciaires n'ait été faite. On les appelle communément les
«apatrides».
Mme Elinor Caplan: Je vous prierais de déposer les
documents que vous avez. Je n'ai vu pour ma part aucune preuve de
ce genre.
Je vous rappellerais aussi que la Commission de l'immigration
et du statut de réfugié du Canada est une entité indépendante. Si
vous avez des informations, si la commission vous a communiqué des
informations, je serais heureuse de les recevoir. Je n'ai rien reçu
de tel.
Le président: Eh bien, nous allons entendre la CISR.
Cependant, en réponse expressément à cette question...
Auriez-vous l'obligeance de répéter la question?
M. Art Hanger: C'est une question très légitime qui a été...
Mme Elinor Caplan: Non, j'aimerais voir vos preuves. Je
n'ai vu aucune preuve de ce genre.
M. Art Hanger: Je ne dis pas que je vais nécessairement
présenter mes preuves. C'est une affirmation que je fais, et je dis
que c'est ce que j'ai appris.
Mme Elinor Caplan: Eh bien, nous aimerions voir ces
preuves.
M. Art Hanger: Je veux seulement savoir si c'est vrai.
Mme Elinor Caplan: Je ne crois pas que ce soit vrai.
M. Art Hanger: Mais est-ce que ça pourrait être vrai?
Mme Elinor Caplan: J'aimerais voir vos preuves.
M. Art Hanger: Mais est-ce que ça pourrait être vrai? Ou
croyez-vous que c'est faux.
Mme Elinor Caplan: Je n'ai aucune preuve qui me permet de
croire que ce que vous venez de dire est vrai. Si vous avez des
preuves, veuillez les produire.
M. Art Hanger: D'accord.
Le président: Et le comité sera heureux d'en prendre
connaissance.
Nous avons presque terminé, madame la ministre, et si vous le
permettez, j'aimerais vous poser quelques questions. Nous avons
entendu ce matin un excellent briefing de certains de vos
fonctionnaires au sujet de la sécurité aux frontières. De toute
évidence, ce sera le sujet de la semaine prochaine.
On a proposé une idée. Comme vous savez, le Canada, comme les
États-Unis... et peut-être que les données confirment cela. Il y a
350 postes frontaliers, et la majorité d'entre eux sont contrôlés
par les gens de Douanes Canada et 48 par les gens d'Immigration
Canada, probablement dans les secteurs où il y a le plus de
circulation. Certains douaniers ne sont pas seulement douaniers,
ils ont aussi le devoir de procéder à des entrevues, ou à tout le
moins de poser des questions très importantes.
Il me semble qu'au Canada et aux États-Unis, les douanes et
les biens commencent à prendre plus d'importance que les gens. En
d'autres mots, j'ai dit qu'on devrait peut-être agir autrement,
mais la priorité semble être les douanes en première ligne, et
l'immigration est la ligne secondaire de défense, pour ainsi dire.
Même à nos frontières maintenant, les gens vont voir d'abord les
douaniers, et ensuite on leur pose les questions relatives à
l'immigration. Comme vous l'avez dit dans votre exposé, les douanes
renvoient les personnes à interroger aux fonctionnaires de
l'immigration.
Maintenant, en Europe, où il existe une union douanière, et
dans d'autres pays, l'immigration commence à prendre plus
d'importance que les douanes. Ce qui m'amène à toute cette question
à laquelle je veux que vous ou vos fonctionnaires répondiez. Je
crois que notre comité est déterminé. Je crois que nous étions
déterminés avec le projet de loi C-11, et peut-être encore plus
depuis le 11 septembre.
• 1725
Il ne fait aucun doute que les contrôles préliminaires, les
interdictions de territoire, l'exécution de la loi... et certaines
questions qui ont été posées par tous les collègues ici présents,
tout cela a pour objet de s'assurer que notre système est aussi
étanche que possible. Combien de ressources vous faudra-t-il? Je
sais que vous aimeriez recevoir le plus d'argent possible de
Paul...
Mme Elinor Caplan: Vous venez de répondre à la question.
Le président: Non, je sais que vous en avez obtenu, mais
franchement, si l'on veut mettre en oeuvre le projet de loi C-11,
il y aura des exigences au niveau de la haute technologie. Je vais
être franc avec vous, je veux m'assurer que nous avons des
fonctionnaires de l'immigration à tous les points frontaliers. Ce
n'est pas que je n'ai pas confiance dans nos douaniers. Ils font un
très bon travail. Je l'ai entendu ce matin, et je l'entendrai
probablement de nouveau.
Combien de ressources nous faudrait-il à l'étranger, à nos
frontières, et dans le domaine technologique, pour nous assurer que
notre système fonctionne le mieux possible, et c'est ce que nous
voulons?
Je sais qu'en 1993, 1994 et 1995, il y a eu des compressions.
Vous avez récupéré une partie de cet argent, mais au vu des
événements du 11 septembre, et au vu du projet de loi C-11, combien
de ressources supplémentaires vous faut-il? Notre comité aimerait
bien dire au gouvernement du Canada combien d'argent il faut
vraiment à l'immigration pour que nous puissions faire le meilleur
travail qui soit.
Mme Elinor Caplan: Permettez-moi de répondre à votre
première observation et je terminerai avec la dernière.
Les douaniers sont des partenaires très importants de
Citoyenneté et Immigration. Les douaniers sont formés aux questions
et aux procédures relatives à l'immigration. En fait, ils agissent
à titre d'agents de l'immigration.
Il y a des secteurs où nous mettons en oeuvre des projets
pilotes de concert avec les Américains, dans les secteurs où leurs
agents d'immigration en première ligne et nos douaniers travaillent
en très étroite collaboration. Il y a des lieux conjoints où nous
avons des projets pilotes.
Nous avons aussi d'autres projets pilotes visant à accélérer
l'accès au Canada, où nos agents des douanes et de l'immigration
travaillent de concert. Nous envisageons également des approches
novatrices dans certains de nos aéroports. Donc nous tâchons
d'innover.
Mais vous devez savoir que les douaniers qui agissent à titre
d'agents de l'immigration ne sont pas seulement formés; ils ont
également accès à notre système SSOBL, qui leur donne les données
dont ils ont besoin et la possibilité de consulter nos bases de
données s'ils ont des doutes sur une personne.
Donc lorsque vous parlez des douanes, n'allez pas croire que
nos douaniers n'ont pas la formation voulue ou l'accès aux outils
dont ils ont besoin.
Le président: Non, je ne croyais rien de tel. Je parlais des
gens, des ressources humaines.
Mme Elinor Caplan: Bien.
Donc il y a un partenariat, et les douanes et l'immigration
travaillent en partenariat.
Au sujet des ressources, depuis l'approbation du projet de loi
C-11, nous avons reçu 139 millions de dollars. Consécutivement aux
annonces récentes, nous avons reçu 49 millions de dollars de plus.
On m'a posé une question très semblable lors des audiences du
Sénat, à laquelle j'ai répondu que je ne peux pas imaginer un seul
ministre fédéral se présentant devant un comité permanent du
Parlement et disant: «J'ai tout l'argent et toutes les ressources
dont j'ai besoin, j'ai tout ce qu'il me faut.» Je n'ai jamais
entendu un ministre dire une chose pareille, et ce n'est pas moi
qui serai la première.
Le président: Donc combien d'argent vous faut-il en plus?
Mme Elinor Caplan: Je serai franche, on nous a donné des
ressources substantielles pour mettre en oeuvre ce projet de loi.
Depuis les événements du 11 septembre, on nous a donné des
ressources supplémentaires pour accélérer l'avènement de la carte
de résident permanent à feuille d'érable, et aussi pour ajouter des
ressources humaines supplémentaires à nos points d'entrée.
Dans le cadre de la mise en oeuvre de ce projet de loi et de
l'identification des besoins supplémentaires, nous allons faire les
instances voulues. Je crois que le gouvernement du Canada est
décidé à nous donner les ressources dont nous avons besoin pour
faire notre travail du mieux que nous pouvons.
Le président: Je tiens à vous dire, madame la ministre, que
lorsque nous allons poursuivre nos travaux la semaine prochaine, et
lorsque nous tiendrons ces rencontres à Washington, en outre,
j'espère... nous allons en apprendre beaucoup, je crois, au sujet
de la sécurité aux points frontaliers et à Washington, ainsi que de
nos discussions sur le règlement.
Nous tenons à profiter de l'occasion pour vous inviter de
nouveau, vous et vos collaborateurs, parce que j'ai la certitude
que nous aurons encore plus de questions. Nous voudrons discuter
beaucoup plus longuement des ressources humaines et technologiques
dont vous aurez besoin.
Je ne sais pas qui est en première ligne pour l'exécution,
mais je suis sûr que c'est la GRC. Ce sont des domaines connexes.
Lorsque les agents d'immigration doivent s'occuper à la fois de
l'accueil et de l'exécution en contrôlant les personnes qui
quittent, on peut évidemment se demander si nos services
d'immigration font leur travail et si le pays est en sécurité.
• 1730
Mme Elinor Caplan: Monsieur le président, chers
collègues...
Le président: Nous pensons qu'il est en sécurité, mais c'est
toujours un sujet dont il faut parler.
Mme Elinor Caplan: J'aimerais dire une dernière chose
concernant les ressources. Quand on parle de ressources, il ne faut
pas s'intéresser uniquement à l'immigration. Nos partenaires, la
GRC et le SCRS, qui ont reçu des crédits supplémentaires très
importants, nous aident à faire notre travail. Ils s'occupent pour
nous du contrôle de sécurité, aussi bien pour les immigrants que
pour les réfugiés. Et c'est vrai non seulement pour le Canada, mais
aussi pour les services outre-mer. Nos partenaires de la GRC et du
SCRS sont en première ligne pour l'identification des criminels et
le contrôle de sécurité. Nous avons des experts au sein même du
ministère, mais nous faisons beaucoup appel à nos partenaires. Nous
sous-traitons à la GRC et au SCRS toutes les consultations de
casiers judiciaires et les vérifications de sécurité pour les
demandes d'immigration et de statut de réfugié.
Il importe également de savoir que cela ne concerne pas
uniquement les points d'entrée au Canada. Comme vous l'avez dit à
juste titre, monsieur le président, tous les agents des visas à
l'étranger s'occupent de sécurité et veillent à ne faire venir au
Canada que des gens honnêtes et travailleurs qui vont nous aider à
construire notre pays. Nous avons à l'étranger un réseau d'agents
d'immigration dévoués dans nos services des visas, et des agents de
contrôle de l'immigration qui font un travail important en
empêchant certaines personnes de venir ici. Comme vous l'avez dit,
ils font partie intégrante de mon ministère, qui s'acquitte de son
double mandat avec l'aide de ses partenaires. Il s'agit de tenir
les méchants à l'écart et de faire venir ici les gens dont nous
avons besoin, dont nous avons toujours eu besoin et dont nous
aurons encore besoin pour assurer notre prospérité à l'avenir.
Le président: Je vous remercie, madame la ministre, ainsi que
vos collaborateurs Michel et Joan.
Les membres du comité vont tous dans des directions
différentes la semaine prochaine, certains vers l'ouest et d'autres
vers l'est, pour visiter les postes frontaliers. Lorsque nous
reviendrons, nous comparerons nos notes et nous aurons quelques
réponses à donner lorsque nous irons à Washington. Le greffier est
en train de mettre la touche finale à l'organisation de ce voyage,
compte tenu de l'agitation qui règne encore à Washington.
Merci à tous.
La séance est levée.