STANDING COMMITTEE ON TRANSPORT AND
GOVERNMENT OPERATIONS
LE COMITÉ PERMANENT DES TRANSPORTS ET DES
OPÉRATIONS GOUVERNEMENTALES
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mardi 3 avril 2001
• 1548
[Traduction]
[Note de la rédaction: Difficultés techniques]
...nos obligations internationales, mais il y a de grandes
différences par rapport au régime national, essentiellement en ce
qui concerne le montant de l'assurance-responsabilité que
l'armateur est tenu de payer en vertu de ces régimes.
Le régime national émane, pour ce qui est du droit
substantiel, de la Loi sur la marine marchande du Canada, parce
qu'elle traite des pouvoirs du ministre des Pêches et des Océans,
dans le cadre plus général du mécanisme d'intervention qui permet
de prendre certaines mesures face à un risque de pollution imminent
ou suite à un incident qui met en cause d'autres polluants. C'est
la raison du lien qui a été établi entre les deux régimes, inscrit
dans la loi depuis 1989, et de leur traitement séparé, pour assurer
qu'il n'y a pas de confusion possible et qu'il est très clair que la
pollution par hydrocarbures entraîne d'autres responsabilités et que
les limites de ces responsabilités sont différentes, et que la
pollution due à d'autres polluants est traitée séparément, pas dans
le cadre des conventions internationales.
M. Jay Hill (Prince George—Peace River, AC): Y a-t-il une
raison qui nous aurait empêchés de clarifier cela? Je ne suis pas
d'accord. Quand on lit ce texte, il n'est pas du tout évident que
l'armateur sera tenu responsable lorsque c'est au ministre de
trancher.
On ne dit pas, comme dans le cas de la pollution par
hydrocarbures, que l'armateur sera tenu responsable s'il s'agit
d'autres polluants. Qu'est-ce qui nous aurait empêchés de traiter
les autres polluants aussi sérieusement que les hydrocarbures et de
dire très clairement que l'armateur sera tenu responsable?
• 1550
M. Jerry Rysanek (directeur, Politique maritime internationale
et responsabilité civile, ministère des Transports): Il y a à cela,
je pense, une raison primordiale—les dispositions de notre régime
national ne sont appuyées par aucun accord international. Il s'agit
d'un régime élaboré unilatéralement par le Canada pour définir les
mesures que peut prendre le ministre des Pêches et des Océans. Ce
régime n'a pas la même portée que la Convention internationale pour
la prévention de la pollution des eaux de la mer par hydrocarbures,
car il n'y a pas d'accords internationaux concernant les autres
polluants.
Un tel instrument est en place, enfin, il a été élaboré par
l'Organisation maritime internationale. Le Canada l'a signé en
1997 et il doit être ratifié et incorporé dans la loi canadienne.
Un jour, nous aurons donc l'instrument dont vous parlez, mais pour
le moment, le régime qui s'applique est purement national, et nous
devons, je le crains, continuer de traiter différemment la
pollution par hydrocarbures.
M. Jay Hill: Je suppose que vous êtes mieux placé pour juger
que nous devons continuer à traiter cela différemment.
L'hon. David Collenette (ministre des Transports): Je pense
que l'intervention de M. Hill est très utile. Essentiellement,
M. Rysanek a dit que nous ne pouvons pas suivre la voie suggérée
par M. Hill parce qu'il n'existe pas de convention internationale
à cet effet, et rien n'interdit donc, je présume, qu'il y ait une
telle convention un jour ou l'autre.
M. Jerry Rysanek: Non, certainement pas. En fait, des
initiatives ont été prises à l'échelle internationale pour mettre
en oeuvre une telle convention. Je pense l'avoir dit plus tôt. Il
s'agit de la Convention internationale sur la responsabilité et
l'indemnisation pour les dommages liés au transport par mer de
substances nocives et potentiellement dangereuses, et lorsque cet
instrument aura été incorporé à la loi canadienne, nous serons en
mesure d'agir comme vous le suggérez. Quoi qu'il en soit, si on
supprimait le mot «hydrocarbures» de l'article 51, on établirait
immédiatement un régime qui s'appliquerait à la responsabilité
relative à tous les polluants, sans distinction quant à la source,
et ce serait une erreur.
M. Jay Hill: Quand vous dites que ce serait une erreur, est-ce
que vous voulez dire qu'on ne peut pas faire cela?
M. Jerry Rysanek: On ne peut pas faire cela, parce que les
limites de la responsabilité sont différentes.
M. Jay Hill: Est-ce qu'il me reste du temps?
Le président (M. Ovid Jackson (Bruce—Grey—Owen Sound,
Lib.)): Vous avez à peu près deux minutes et demie.
M. Jay Hill: Il y a plusieurs questions que j'aimerais
soulever, mais j'ai sans doute le temps d'en poser seulement une
autre.
Selon les modifications contenues dans le projet de loi C-14,
les membres des conférences sont autorisés à conclure
individuellement des contrats de service confidentiels, mais je
crois comprendre que les conférences doivent alors... en ce qui
concerne les lignes de navigation, rendre publics les changements
apportés à leurs taux. Je me demande comment nous pouvons justifier
le fait que nous protégeons seulement une partie de ce que je
considère, moi et la plupart des gens, je pense, comme un contrat
confidentiel.
M. Jerry Rysanek: À l'heure actuelle, les conférences sont
tenues de déposer les accords auprès de l'Office des transports du
Canada. Elles doivent également déposer les contrats confidentiels
que peut conclure l'une d'entre elles, en tant que groupe, avec un
ou des expéditeurs, mais à l'avenir, elles ne seront plus tenues de
déposer les contrats de services confidentiels conclus
individuellement par un de leur membre et un expéditeur donné.
J'espère avoir compris votre question, mais c'est entre deux
types de contrats qu'on fait une distinction. S'agit-il d'un
contrat entre un conférence, en tant que groupe, et un ou des
expéditeurs, ou s'agit-il d'un contrat de service confidentiel
entre un membre de telle ou telle conférence et un expéditeur ou un
groupe d'expéditeurs? Dans ce dernier cas, le contrat ne sera pas
déposé.
M. Jay Hill: À ce que je sache, l'expéditeur est tenu de
divulguer les détails de son contrat à la conférence. C'est exact,
n'est-ce-pas?
M. Jerry Rysanek: Je pense que je vais devoir laisser mon
collègue, M. Gautier, répondre à cette question.
M. Louis Gautier (avocat, Services juridiques, ministère des
Transports): Merci. Il n'existe aucune obligation de déposer les
contrats de service confidentiels du type couvert par les nouvelles
modifications, car il s'agit essentiellement de contrats privés
entre un membre de la conférence et un expéditeur. Les seuls
contrats de service qui devront toujours être déposés sont ceux qui
seront conclus entre la conférence elle-même et des expéditeurs.
M. Brian Fitzpatrick (Prince Albert, AC): J'aurais une
question complémentaire à poser à ce propos.
Le président: Bien, je vous accorde une minute et demie.
M. Brian Fitzpatrick: Je crois comprendre que les membres
d'une conférence, en vertu de l'accord intra-conférence, sont tenus
de déposer ces contrats et de les faire approuver par les membres
de la conférence. Bien entendu, cela autorise un expéditeur, au
Canada, à négocier, dans le cadre d'un arrangement confidentiel, un
prix au-dessous du prix plancher minimum fixé par la conférence, vu
que ce contrat devra être déposé auprès de la conférence et que ce
sera hors jeu.
• 1555
Selon moi, un expéditeur canadien devrait avoir le droit de
négocier un meilleur prix que celui que la conférence a fixé comme
prix plancher minimum. À ce que je sache, la protection légale
couvrant les gens qui essaient de négocier de tels contrats est
plutôt aléatoire, alors que notre économie bénéficierait de tels
arrangements. C'est tout à l'avantage de nos expéditeurs et c'est
tout à l'avantage de nos industries à l'exportation de pouvoir
obtenir des prix plus intéressants pour le transport.
M. Louis Gautier: En vertu de la nouvelle disposition...
Le président: Vous avez environ une minute, monsieur Gautier.
M. Louis Gautier: En vertu de la nouvelle disposition, celle
qui concerne le nouveau contrat de service, le contrat
confidentiel, les conférences ne pourront plus exiger de leurs
membres qu'ils divulguent ces contrats. Ainsi, toute ligne de
navigation sera libre de négocier des contrats individuellement, si
vous voulez, avec les expéditeurs.
M. Brian Fitzpatrick: Mais si la loi leur interdisait
absolument de déposer les contrats auprès des conférences, cela
rendrait les choses beaucoup plus faciles.
M. Louis Gautier: À l'heure actuelle, rien ne réglemente les
contrats avec les conférences.
Le président: Je donne maintenant la parole aux libéraux;
Marcel Proulx, vous avez dix minutes.
M. Marcel Proulx (Hull—Aylmer, Lib.): Merci, monsieur le
président. Bonjour, monsieur le ministre.
Monsieur le ministre, pour de nombreux Canadiens, la partie du
projet de loi C-14 qui modifie la Loi dérogatoire sur les
conférences maritimes légalise en fait une espèce de collusion, une
activité qui, généralement, ne serait pas autorisée dans d'autres
secteurs. Pourriez-vous dire au comité pour quelle raison, sur la
foi de quels antécédents, on permet ce genre de formule
coopérative? Et comment cela se passe-t-il dans d'autres pays?
Quelles conséquences le Canada subirait-il si les modifications
contenues dans le projet de loi C-14 n'étaient pas apportées?
M. David Collenette: Je pense que bien des gens, de nos
jours, ne sont pas satisfaits de ce genre d'arrangement, mais le
fait est que si nous ne participons pas aux conférences, nous
mettons nos compagnies de navigation, nos lignes, dans une position
vulnérable, tant et aussi longtemps qu'il n'y aura pas eu un
changement général d'attitude à travers le monde. Si nous devions
nous abstenir unilatéralement, ce serait désastreux pour notre
industrie. Au Canada, ces conférences n'opèrent pas comme le ferait
un monopole. C'est une option qu'ont les expéditeurs en quête de
services, pour assurer le transport de leurs marchandises. Il
existe des lignes de navigation indépendantes, qui n'appartiennent
à aucune conférence et qui offrent des taux concurrentiels et des
services comparables à ceux des membres des conférences.
De fait, une tendance se dessine, et on constate que le trafic
des lignes indépendantes est en pleine croissance. Je pense qu'il
est maintenant de 50 p. 100 plus élevé que la part des exportations
et des importations de marchandises conteneurisées qui passe par
les conférences. Il y a donc une tendance générale qui se dessine.
Mes collaborateurs pourront préciser, parce qu'ils connaissent les
antécédents mieux que moi, mais les conférences sont un vestige du
passé, et nous n'avons pas encore pu évaluer suffisamment la
nouvelle donne. Quoi qu'il en soit, les choses évoluent bel et
bien, et c'est la raison pour laquelle on a parlé d'une mesure de
temporisation et d'un abandon graduel de notre participation aux
conférences. Je pense que si nous en rediscutons dans dix ans,
l'environnement sera complètement différent, et il n'est pas
inconcevable que ces conférences aient, sinon disparu, du moins
diminué de manière significative en importance.
M. Marcel Proulx: Merci.
Est-ce qu'il me reste du temps?
Le président: Oui.
M. Marcel Proulx: Je vais le partager avec M. St. Denis.
M. Brent St. Denis (Algoma—Manitoulin, Lib.): Merci, monsieur
le président, et merci à vous, monsieur le ministre, d'avoir
accepté, vous et vos collaborateurs, de vous joindre à nous.
Vous avez mentionné, dans vos remarques liminaires, qu'il
avait été possible de faire circuler une précédente mouture du
projet de loi parmi les parties prenantes et l'ensemble de la
population, un processus qui, semble-t-il, a eu d'heureux
résultats, sinon pour tout le monde, du moins pour la plupart des
intéressés.
• 1600
Je me demande si vous, ou l'un de vos collaborateurs, pouvez
nous parler de deux ou trois questions importantes qui ont été
soulevées au cours des discussions avec les parties prenantes, et
nous dire pourquoi le projet de loi C-14 a reçu un aval quasi
unanime, une fois résolues la plupart des difficultés qui se
posaient.
M. David Collenette: M. Streeter va faire le point là-dessus,
puisque c'est lui qui a supervisé ce processus.
M. B. Streeter (directeur général, Opérations maritimes,
ministère des Transports): Merci beaucoup.
Je pense que si vous aviez la possibilité de comparer le
projet de loi C-35 et le projet de loi C-14, vous verriez que nous
avons engagé un processus de consultation et de négociation
pratiquement continu après avoir obtenu du Cabinet l'autorisation
de faire circuler un avant-projet. Les changements significatifs
que nous avons apportés avaient essentiellement pour objet de
mettre au point le régime relatif à l'exécution et à la conformité,
si bien que nous avons pu dissiper les malentendus, notamment à
propos des dispositions où il était question de commettre une
infraction sciemment ou par négligence.
Nous avons pu résoudre les questions de propriété relatives
aux navires, plus précisément nous assurer, comme nous le
souhaitions, que pour tout navire immatriculé au Canada, un
représentant autorisé était désigné et pouvait être tenu
responsable dans les affaires touchant la sécurité et la prévention
de la pollution. On nous avait clairement indiqué que la question
de la propriété était susceptible de porter à controverse, et nous
avons pu résoudre le problème et faire les changements nécessaires.
Effectivement, comme vous l'avez dit, même si nous ne sommes
pas parvenus à faire l'unanimité sur tous les points, les litiges
se limitent à des questions de politique, des questions à propos
desquelles l'industrie n'estime pas nécessaire d'aller dans la
direction où le gouvernement juge bon d'aller. Ce sont des
questions de fond et elles peuvent fort bien être traitées dans des
enceintes comme celle-ci.
M. Brent St. Denis: Merci, monsieur le président.
Le président: Je donne la parole à Mario Laframboise du Bloc
québécois.
[Français]
M. Mario Laframboise
(Argenteuil—Papineau—Mirabel, BQ): Merci, monsieur le
président.
Je veux tout d'abord dire que le Bloc québécois est
favorable au projet de loi, car plusieurs changements
avaient été demandés par l'industrie ou d'autres
intervenants du milieu
maritime. Il s'agit donc pour nous d'un projet de loi
qui doit être approuvé dans les plus
brefs délais.
J'aimerais poser simplement quelques questions
un peu techniques.
Dans la partie 2, on peut lire à l'article 46
ce qui suit:
46. (1) Doit être immatriculé sous le régime
de la présente partie tout bâtiment qui, à la fois:
Et ensuite on donne des exceptions, entre autres:
c) n'est pas immatriculé,
enregistré ou autrement inscrit dans un État étranger.
Si je comprends bien, tous les bâtiments canadiens
doivent être immatriculés sauf ceux
qui sont déjà immatriculés, enregistrés ou autrement
inscrits dans un État étranger. Est-ce bien ce que
veut dire, entre autres, l'article 46?
M. B. Streeter: L'article 46 indique qu'il est
défendu par le droit international d'être
enregistré ou immatriculé dans deux pays en
même temps.
Il est possible
pour un navire étranger d'opérer dans les eaux
canadiennes une partie de la saison. On peut alors
l'inclure dans le registre
du Canada, à condition de suspendre son
enregistrement dans un autre pays pendant la période
d'opération au Canada. Si on fait cela, le navire
étranger doit être conforme aux lois et
règlements du Canada. C'est pourquoi le paragraphe
indique qu'il y a une exception.
M. Mario Laframboise: Vous faites
probablement référence à l'article 64 où on peut lire:
64. (1) Tout bâtiment canadien a le droit de battre pavillon
canadien.
Le titre de l'article est «Droits et
obligations». Pourquoi n'oblige-t-on pas les
bâtiments canadiens à battre pavillon canadien?
Voulez-vous dire que des bâtiments pourraient
battre pavillon canadien seulement pendant
un certain temps?
• 1605
M. B. Streeter: Oui. Il est possible,
par exemple, d'inscrire un navire dans le
registre canadien l'été, pendant qu'il opère
dans l'Arctique, et, pendant l'hiver, d'arborer un
pavillon étranger pour ses opérations dans d'autres
parties du monde. Cela se fait à travers le monde pour
s'assurer qu'un navire est utilisé pendant toute
l'année.
Il est aussi très important de noter que chaque
pays du monde a le droit de maintenir un registre
des navires. Ce droit est accordé par l'Organisation
des Nations Unies. Quelques pays
ne se prévalent pas de ce droit, mais le gouvernement
du Canada a le
droit de maintenir un registre. On a le droit
d'inscrire son navire dans le registre
canadien ou dans un registre étranger, si on préfère
être régi par les règlements étrangers.
M. Mario Laframboise: Voilà donc pourquoi il est
si difficile de savoir si un navire est de propriété
canadienne ou autre, parce que, justement,
on a le choix de son pavillon selon les saisons.
M. B. Streeter: Mais si un navire veut faire du
commerce au Canada, il doit suivre les
règlements canadiens, même s'il est soumis à la
Loi sur le cabotage, par exemple.
Un navire étranger peut
donc, par exemple, opérer au Canada et être soumis à la
Loi sur le cabotage, mais il doit suivre les
règlements canadiens avec un équipage canadien.
M. Mario Laframboise: Il peut opérer et devoir
respecter
la loi canadienne seulement pendant un certain
temps de l'année.
M. B. Streeter: C'est vrai. Il peut
opérer selon les lois d'autres pays le reste de
l'année, oui.
M. Mario Laframboise: Et quand un navire arrive au
port, vous faites les vérifications qui s'imposent,
pour être sûrs qu'il est bien immatriculé.
M. B. Streeter: Exactement. On peut parfois faire
ces vérifications avant qu'il n'arrive au Canada,
s'il veut voyager d'un port canadien à l'autre.
Nous pouvons faire la vérification nous-mêmes
dans les pays étrangers, même en cale sèche.
M. Mario Laframboise: Il est obligé de déclarer
ses revenus pendant qu'il travaille au
Canada. Il est alors assujetti aux lois de l'impôt.
M. B. Streeter: C'est une obligation des lois
de... [Note de la rédaction: inaudible]
et pas de la Loi sur la marine marchande.
M. Mario Laframboise: Il aurait été
souhaitable qu'un navire canadien soit obligé de...
Mais toute cette situation fait en sorte que cela
n'est pas possible.
M. B. Streeter: C'est la réalité du commerce
international.
M. Mario Laframboise: Oui. C'est pourquoi il y a
tant de paradis fiscaux à travers le monde.
L'article 98 prévoit
que si le
représentant autorisé d'un bâtiment a conclu un
accord avec une personne pour faire du recrutement,
cette personne qui fait le recrutement
est responsable des contrats qu'elle accorde. Voilà ce
que l'article veut dire. Si je comprends bien, si
l'armateur engage une tierce partie pour recruter des
membres d'équipage, cet armateur ne sera plus
responsable de l'équipage. Celui qui l'aura recruté
sera responsable de conclure les
contrats, d'émettre les certificats de congédiement
et de tenir
les registres. Il aura en fait plein de responsabilités
envers les employés. On se trouve à dégager
l'armateur de toute responsabilité s'il a utilisé
une tierce partie pour recruter du
personnel. Je me demande pourquoi.
M. B. Streeter: Parce que la tendance actuelle
est d'employer des agences pour recruter les
équipages des navires et de signer un contrat
avec la compagnie de recrutement. Il existe un cas
où l'armateur d'un navire a payé un agent de recrutement,
mais où cet argent ne s'est pas rendu à l'équipage.
Le but de
cet article est de s'assurer que quelqu'un ait
des obligations envers l'équipage et
les marins sur les navires. L'agence
qui va effectuer le recrutement doit s'assurer que toutes
les obligations ont été remplies.
Sinon, c'est le propriétaire ou l'agent de recrutement
qui est tenu, selon la loi, de s'assurer que tout est
en règle.
• 1610
M. Mario Laframboise: Pourquoi ne pas avoir laissé
un certain niveau de responsabilité à l'armateur? Je
comprends ce que vous essayez de faire. Mais pourquoi
ne pas avoir indiqué clairement que l'armateur
conservait des responsabilités?
M. B. Streeter: En réalité, la responsabilité
finale, selon les lois canadiennes, demeure celle de
l'armateur, parce que l'équipage peut intenter une
poursuite au niveau de la Cour fédérale du Canada et
même faire saisir le navire si les salaires n'ont pas
été versés.
M. Mario Laframboise: Vous dites que l'armateur
garde un niveau de responsabilité.
M. B. Streeter: Exactement. Il garde un niveau de
responsabilité, mais la responsabilité première est
celle de l'agent de recrutement.
M. Mario Laframboise: La responsabilité première
incombera à l'agent de recrutement.
M. B. Streeter: Exactement. Il y a déjà eu un cas
où de l'argent a été payé et est disparu.
M. Mario Laframboise: Merci.
Combien de temps me reste-t-il, monsieur le président?
Le président: Deux minutes.
M. Mario Laframboise: Je reviendrai plus tard.
Merci.
[Traduction]
Le président: Bien. Je redonne la parole à M. Fitzpatrick et
ensuite, ce sera le tour de Mme Desjarlais.
Monsieur Fitzpatrick, de l'Alliance canadienne.
M. Brian Fitzpatrick: Je viens de la Saskatchewan et, comme
vous pouvez vous en douter, il n'y a pas beaucoup de transport
maritime dans cette province. Mais il y 100 000 lacs d'eau douce et
beaucoup de motomarines. C'est sur la partie du projet de loi qui
porte sur les embarcations de plaisance que je voudrais avoir
quelques précisions.
Là d'où je viens, on est un peu appréhensif à l'idée de voir
se développer une nouvelle industrie dans le secteur public. Selon
nous, c'est ce qui s'est passé dans la foulée du projet de loi
C-68. Il y a des gens qui possèdent des motomarines et que certains
signes annonciateurs d'une évolution en ce sens inquiètent.
Beaucoup d'entre eux conduisent des véhicules automobiles,
connaissent les règles de sécurité élémentaires et pilotent des
motomarines depuis des années. Je pense qu'ils ont l'expérience et
le bon sens voulus pour savoir comment piloter ces engins sagement
et prudemment.
Certaines dispositions sujettes à règlements me préoccupent un
peu, car les pouvoirs de légiférer par le biais de règlements sont
très étendus dans ces articles.
L'alinéa 207(1)j) exige des propriétaires qu'ils modifient
leur embarcation de plaisance, à leurs frais, afin de se conformer
aux règlements pris en vertu de l'alinéa 207(1)f).
L'alinéa 207(1)f) stipule: «régissant la conception, la
construction et la fabrication des embarcations de plaisance ou de
catégories de celles-ci»... Cela implique, me semble-t-il, que les
règlements peuvent être rétroactifs.
Prenons le cas de quelqu'un qui possède une embarcation datant
de 1988; les pouvoirs des agents chargés d'exécuter la loi
pourraient être tels que cette personne pourrait être obligée de
mettre à niveau un moteur Mercury de 1988 pour qu'il soit conforme
aux normes de fabrication du moteur de 2001.
L'alinéa 207(1)b), qui porte sur les qualifications requises
des gens qui utilisent des embarcations de plaisance semble aussi
laisser beaucoup de latitude aux agents de la réglementation.
L'article 201 paraît également avoir une très large portée:
Quiconque utilise une embarcation de plaisance est tenu de veiller
à ce que celle-ci soit conforme aux règlements d'application de la
présente partie.
À l'article 199, on lit:
L'inspecteur peut interdire l'utilisation d'une embarcation de
plaisance qui, selon lui, n'est pas conforme aux exigences de la
présente partie ou de ses règlements d'application; l'interdiction
demeure en vigueur jusqu'à ce qu'il soit remédié au défaut.
Je m'inquiète un peu à l'idée que toute cette réglementation
des embarcations de plaisance accorde beaucoup de pouvoirs à
Ottawa, aux fonctionnaires et ainsi de suite. On pourrait ainsi
créer toute une industrie dans le pays, une industrie nationale,
dont la tâche serait d'ériger ces normes et de les faire respecter.
Ce que je voudrais, je suppose, c'est que vous me donniez fermement
l'assurance que nous n'allons pas voir le gouvernement s'ingérer
dans un nouveau domaine, et que ces dispositions reflètent en fait
le statu quo en ce qui concerne les embarcations de plaisance.
M. David Collenette: Que mes collaborateurs me reprennent
si je suis dans l'erreur, mais ces dispositions ne reflètent
certainement pas le statu quo. Le principal objet de ce projet de
loi est d'adapter la législation aux besoins actuels.
• 1615
Monsieur le président, on peut dire, je crois, que les
activités que l'on pratique l'été quand on a un bateau de plaisance
ne nous sont pas inconnues. Nous avons tous passé du temps dans un
chalet et sur l'eau; en tout cas, beaucoup d'entre nous l'ont fait,
que ce soit en Saskatchewan, en Ontario, au Québec ou ailleurs. Les
nouveaux types d'embarcations, leur prolifération et la vitesse
qu'elles peuvent atteindre requièrent une certaine
réglementation—c'est certainement le cas dans le sud de l'Ontario,
qui est la région du pays où j'habite.
C'est un domaine dont je ne serai pas responsable. Peut-être
que mon collègue, M. Dhaliwal, pourrait commenter. Pour ce qui est
de l'idée générale, je dirais que les gens demandent depuis quelque
temps une réglementation plus stricte en ce domaine.
Comme c'est le cas de tous les règlements promulgués en vertu
d'une loi, leur application est assortie d'un système de freins et
de contrepoids. Les règlements peuvent être étudiés—et ils le
sont—par des comités parlementaires et par le Comité mixte sur
l'examen de la réglementation. Ils sont aussi publiés dans la
Gazette, ce qui laisse aux intéressés le temps de faire des
observations.
M. Fitzpatrick a raison, mais je suis d'avis que la plupart
des Canadiens seraient d'accord pour dire qu'il faut une
réglementation plus poussée en ce domaine.
M. Streeter souhaite ajouter quelque chose.
M. B. Streeter: Merci, monsieur Fitzpatrick.
Je voulais ajouter deux choses. J'apprécie beaucoup les lacs
d'eau douce. J'ai grandi en Alberta, avant de m'enfuir et de
prendre la mer.
Si vous examiniez la loi actuelle, vous verriez dans l'énoncé
de ces dispositions plus de références générales au pouvoir de
réglementation du gouverneur en conseil pour prendre des mesures
s'appliquant à la plupart de ces situations.
J'ajoute qu'avec nos collègues des Pêches et des Océans, nous
avons essayé d'apporter plus de précisions dans certains cas pour
dissiper les inquiétudes. Nous étions d'avis que, si une
intervention était nécessaire, vis-à-vis les intéressés, il était
préférable d'être précis.
Enfin, les dispositions sur les embarcations de plaisance
visent en fait les très gros yachts. Il se peut qu'il y ait à bord
un équipage salarié, mais ces navires, qui appartiennent à des gens
très aisés, sont purement des embarcations de plaisance. Ces
bateaux sont beaucoup plus gros que ceux que l'on voit sur certains
lacs. Il y a donc, dans beaucoup d'endroits, de gros navires, qui
sont purement des embarcations de plaisance, auxquels doivent
s'appliquer des normes différentes.
Les dispositions ressemblent beaucoup à celles qui se trouvent
dans la Loi sur la sécurité des véhicules automobiles. Au départ,
il faut que vous passiez un premier examen. En tant que conducteur,
vous avez la responsabilité d'entretenir votre véhicule pour le
maintenir en conformité avec les lois de la province où vous
résidez. Bien entendu, vous êtes passible de sanctions si la police
s'aperçoit que vous contrevenez à ces lois.
M. Brian Fitzpatrick: La seule chose qui me semblerait plus
acceptable, c'est que l'on énonce explicitement les règles de
route—je suppose que ce n'est pas l'expression qui convient—dans
la loi elle-même, plutôt que de proscrire certaines choses par voie
de règlements.
Si la sécurité est en cause, pourquoi ne pas stipuler
explicitement certaines règles. C'est ce qui est fait dans la Loi
sur la sécurité des véhicules automobiles. Les règles de la
circulation y sont pratiquement énoncées. Quiconque se trouve face
à un policier après avoir commis une infraction découvre très
rapidement que ces prescriptions ne lui sont pas du tout inconnues.
Ce qui me préoccupe, c'est la situation des gens qui possèdent
des embarcations de plaisance. Les moteurs et la structure de ces
bateaux ne sont pas les mêmes que ceux des bateaux modernes, et les
normes de sécurité changent. Si j'interprète bien ces règlements,
beaucoup de ces gens-là pourraient avoir des ennuis. Je ne pense
pas que c'est juste de prendre des règlements qui ont ce genre
d'effet rétroactif.
Voilà donc certains des points qui me préoccupent. Il y en a
un autre, s'il me reste encore une minute ou deux.
Le président: Vous avez à peu près une minute et demie.
M. Brian Fitzpatrick: L'article 167 porte sur l'exemption des
bâtiments étrangers qui pénètrent dans les eaux canadiennes. On
peut y lire: «le ministre peut dispenser,... tout bâtiment ou toute
catégorie de bâtiments... s'il estime que le bâtiment ou les
bâtiments» répondent à nos normes ou à des normes plus sévères.
Je suis d'accord avec le ministre. La loi établit clairement
les normes que doivent respecter les expéditeurs canadiens opérant
sur le territoire national et ainsi de suite.
Il me semble qu'en vertu de cet article, un expéditeur
étranger serait exempté si le ministre estime que l'expéditeur
étranger opère sous un régime dont les normes répondent aux nôtres
ou sont plus strictes.
• 1620
Ce que j'essaie de déterminer, c'est quelle sorte de diligence
raisonnable exerce-t-on pour s'assurer qu'un navire étranger qui
pénètre dans nos eaux répond à ces exigences? Envoyons-nous des
gens dans les pays où ils sont immatriculés pour vérifier toutes
leurs lois, leurs règles de sécurité, leur législation sur
l'environnement et sur le travail, en ce qui concerne les droits
des membres d'équipage, et ainsi de suite? Allons-nous aussi loin
que cela pour nous assurer que le minimum requis est respecté ou
alors, que faisons-nous?
Le président: Vous avez environ trois quarts d'une minute.
M. B. Streeter: En bref, oui, monsieur, c'est ce que nous
faisons. Nous avons toute confiance en certains bâtiments, couverts
par des régimes parallèles au nôtre, immatriculés dans des pays qui
ont signé la plupart des conventions de l'OMI et battant pavillon
d'un État qui a bonne réputation. Quant aux pays dont les normes,
pour tout ce qui touche le transport maritime, sont plus laxistes,
nous nous y intéressons de plus près, si bien que nous pouvons être
raisonnablement rassurés à propos des navires qui pénètrent dans
les eaux canadiennes. Si nous avons des doutes, nous nous en
occupons et nous les inspectons.
La disposition dont vous parlez s'applique à l'autorisation
que requièrent les navires qui se dirigent vers des ports étrangers
mais qui transitent par les eaux canadiennes. Il y en a beaucoup.
Si des problèmes surgissent, le ministre aura le pouvoir d'élaborer
des politiques et des lois pour dire: «Désolé, vous ne pouvez pas
passer» ou «Oui, vous pouvez passer».
Le président: Je donne maintenant la parole à Mme Desjarlais,
du NPD.
Mme Bev Desjarlais (Churchill, NPD): Je voudrais juste une
précision, monsieur Rysanek. À propos des règlements sur la
pollution, je crois comprendre que la question des hydrocarbures
doit être traitée séparément parce qu'il existe une convention
internationale. Mais qu'est-ce qui nous empêche d'inclure dans ce
texte-ci des dispositions équivalentes à propos des autres
polluants, si aucune restriction ne s'y applique en vertu d'une
convention internationale? Le fait qu'il n'y ait pas de
prescriptions à ce sujet dans une convention internationale—en
quoi cela empêche-t-il le Canada de le stipuler dans sa propre
législation?
M. Jerry Rysanek: Je pense que, théoriquement, nous pouvons
faire ce que nous voulons au plan de notre propre régime national.
La question qui se pose est celle-ci: que se passerait-il alors?
Si vous examinez les conventions internationales sur
lesquelles s'appuient les prescriptions concernant les
hydrocarbures, vous verrez qu'elles ne stipulent pas seulement que
l'armateur est responsable, mais qu'elles définissent également un
mécanisme qui permet d'obtenir une indemnisation de l'armateur,
notamment par le biais de l'assurance que l'armateur ou le
propriétaire d'un pétrolier doit obligatoirement souscrire pour
pouvoir opérer dans les eaux canadiennes. Pour que la législation
nationale soit aussi efficace, il faudrait que cette obligation y
soit stipulée.
Mme Bev Desjarlais: Et alors...
M. Jerry Rysanek: On a déjà essayé de le faire une
fois—imposer unilatéralement dans la loi canadienne un régime
comprenant une assurance obligatoire—et cela n'a pas marché. Les
compagnies d'assurances ne...
Mme Bev Desjarlais: J'espère que vous n'allez pas nous dire
aujourd'hui que les compagnies d'assurances ne pensent pas que cela
puisse marcher, après qu'elles nous aient dit, à la réunion où nous
avons discuté du projet de loi S-2, qu'elles pouvaient mettre en
place, dans un autre contexte, un régime...
M. Jerry Rysanek: Certes non, ce n'est pas du tout ce que je
veux dire. Ce dont nous avons discuté avec les compagnies
d'assurances la semaine dernière, c'était des assurances couvrant
les navires à passagers, et elles étaient tout à fait disposées à
dire: «Oui, nous pourrons le faire à un moment donné». Dans le cas
qui nous occupe, c'est de pollution qu'il s'agit et de marine
marchande internationale, un secteur où nous avons besoin de la
collaboration des compagnies d'assurances internationales.
Mme Bev Desjarlais: Mais nous pouvons le stipuler dans notre
législation. Peut-être aurons-nous du mal à faire exécuter ces
dispositions ou à obtenir un dédommagement, mais nous pouvons le
stipuler dans la loi.
M. Jerry Rysanek: Je le répète, théoriquement, vous pouvez le
stipuler. On a déjà essayé de le faire; cela n'a pas marché. Les
dispositions se sont avérées inexécutables parce qu'on ne pouvait
pas obtenir des transporteurs internationaux la preuve qu'ils
étaient assurés. La marine marchande internationale a refusé de
coopérer.
Mme Bev Desjarlais: Mais c'est possible en ce qui concerne les
transporteurs maritimes canadiens?
M. Jerry Rysanek: Pour ce qui est des navires canadiens, dans
la mesure où leurs propriétaires traitent avec des compagnies
d'assurances internationales, je doute aussi que de telles
prescriptions puissent leur être appliquées.
Mme Bev Desjarlais: Bon. Donc, ce qui nous retient, ce n'est
pas une question de convention internationale. Ce qui est en
question, c'est purement et simplement la volonté de le faire?
M. Jerry Rysanek: Eh bien, le transport maritime est une
activité d'envergure internationale, et par conséquent...
Mme Bev Desjarlais: Bon.
M. Jerry Rysanek: ...la plupart des pays maritimes essaient
d'adopter de nouvelles lois qui se fondent sur les conventions
internationales, et c'est ce qu'encourage l'Organisation maritime
internationale, avec notre appui.
Mme Bev Desjarlais: Je ne sais pas qui veut répondre à cette
question. À propos de ces représentants autorisés des armateurs qui
n'embauchent pas eux-mêmes les membres d'équipage... En ce qui a
trait aux avantages que l'on décrit ici et dont les membres
d'équipage bénéficient, s'ils ne sont plus embauchés par les
armateurs, et que c'est au représentant autorisé qu'il faut
s'adresser pour essayer d'avoir l'argent, par exemple, pour payer
les membres d'équipage ou je ne sais quoi, qu'est-ce qui garantit
que ces agences qui recrutent les membres d'équipage font bien tout
ce qu'elles sont censées faire? On dit ici qu'elles sont maintenant
chargées de la formation en matière de sécurité et d'une foule
d'autres choses. Les armateurs n'en seront plus responsables, alors
quelles dispositions a-t-on pris?
• 1625
M. B. Streeter: Le seul cas où un armateur ne sera plus
directement responsable de cela est celui où il aura décidé de
recourir aux services d'une agence de placement.
Mme Bev Desjarlais: D'accord, mais la question que je vous
pose est...
M. B. Streeter: Donc, s'il a eu recours à l'agence de
placement...
Mme Bev Desjarlais: ...quand on a recours à une agence de
placement...
M. B. Streeter: ...alors, il appartient à... vous remarquerez
que le capitaine reste l'autorité à laquelle il incombe de
s'assurer, d'abord, pour tout ce qui touche la formation en matière
de sécurité, que ces personnels possèdent les qualifications
requises et ainsi de suite.
Pour ce qui est de s'assurer que les employés bénéficient bien
de tous les avantages auxquels ils ont droit, si, par exemple, ils
n'ont pas été payés et que l'agence de placement est partie sans
laisser d'adresse, comme je l'ai indiqué précédemment, finalement,
c'est l'équipage qui a des droits inaliénables contre le navire. Il
peut en effet, avec notre appui, faire mettre le navire sous garde,
faire arrêter le navire, engager des poursuites contre le navire et
faire vendre le navire sur ordonnance de la cour.
Mme Bev Desjarlais: Même si l'on a eu recours à une agence?
M. B. Streeter: Même si l'on a eu recours à une agence. Ils
peuvent quand même... vous remarquerez que, dans certains articles
suivants...
Mme Bev Desjarlais: Oui, je pense que nous en avons parlé...
M. B. Streeter: Je sais, mais cet ordre de préséance est
clairement indiqué.
Mme Bev Desjarlais: Bien, merci.
Le président: La parole est à M. Burton, de l'Alliance.
M. Andy Burton (Skeena, AC): Merci.
Juste un commentaire aux fins du compte-rendu et ensuite, j'ai
une petite déclaration à faire et une ou deux questions à poser.
Pour mémoire, moi qui ai possédé un bateau à moteur
pratiquement toute ma vie, je partage les préoccupations de
M. Fitzpatrick. Je ne pense pas que la législation qui s'applique
aux propriétaires de petites embarcations devrait être trop
exigeante. Je ne sais pas vraiment dans quelle mesure ce texte
législatif les affecte, mais nous n'avons pas besoin de
dispositions trop strictes.
Nous sommes, pour la plupart, des gens responsables, et je
peux vous dire que si vous vous êtes trouvé un jour à la barre,
dans une houle de 15 pieds de haut, avec les vagues qui se brisent
sur le pont, vous comprenez vite l'importance de s'assurer, avant
de partir, que le bateau est en bon état. Je le sais. Je me suis
trouvé dans ce genre de situation. La plupart des gens se montrent
pas mal responsables quand leur vie est... Quand vous êtes au beau
milieu de la mare aux harengs, c'est votre vie qui est en jeu, ne
l'oublions pas.
Bref, je voudrais juste mentionner quelque chose rapidement.
Les amendes pour non-observation de la Loi dérogatoire sur les
conférences maritimes doivent passer de 1 000 à 10 000 $ par jour.
Est-ce du même ordre que les pénalités pour non-observation
d'autres lois canadiennes sur les transports? Est-ce du même ordre
que les amendes imposées par d'autres pays qui possèdent une loi
sur l'exemption des conférences maritimes?
M. Louis Gautier: De façon générale, c'est du même ordre que
les autres pénalités imposées pour ce type d'infractions.
M. Andy Burton: Excusez-moi, je n'ai pas...
M. Louis Gautier: De façon générale, c'est du même ordre que
pour les autres infractions.
M. Andy Burton: C'est la réponse aux deux questions?
M. Louis Gautier: Eh bien, oui.
M. Andy Burton: Bon, donc les réponses sont oui et oui.
M. Louis Gautier: Vous avez demandé si les amendes étaient du
même ordre que...
M. Andy Burton: Oui.
M. Louis Gautier: Oui.
M. Andy Burton: Oui, d'accord. Et elles sont aussi du même
ordre que celles imposées par des pays qui possèdent une loi sur
l'exemption des conférences maritimes?
M. Louis Gautier: En ce qui concerne les autres pays, je ne
sais pas, mais au Canada, oui.
M. Andy Burton: Ne faites-vous donc pas de comparaison avec
d'autres pays avant d'élaborer un texte législatif? Vous procédez
plutôt de façon ponctuelle?
M. Louis Gautier: Oui.
M. Jerry Rysanek: Si je peux me permettre, j'aimerais ajouter
que nous avons fait des comparaisons avec la législation d'autres
pays pour ce qui est des dispositions de fond, mais je pense que
l'on devrait aussi comparer les amendes. Oui, vous avez raison.
M. Andy Burton: Bien. Merci.
M. Brian Fitzpatrick: Permettez-moi de le souligner encore une
fois—il est bon de veiller à la sécurité des gens qui utilisent
des embarcations de plaisance. Mais si le gouvernement fédéral
envisage jouer un rôle majeur pour imposer sa loi dans ce domaine,
je pense qu'il peut s'attendre à ce que cela ne plaise guère à
beaucoup de gens dans ce pays.
Je conseillerais donc la prudence. Voyez ce qui est arrivé
dans d'autres domaines où des mesures de grande envergure ont été
prises, juste parce que le gouvernement croit qu'il peut parvenir
aux résultats qu'ils souhaitent obtenir—qu'il peut prendre des
règlements en escomptant certains résultats et, d'un coup de
baguette magique, créer une société plus sûre. Mais dès que l'on
met en place une toute nouvelle série de règlements stricts, il
faut avoir l'appui du public. Et puis il faut une armée d'agents
pour faire respecter ces lois. Je n'ai pas abordé la question de
l'exécution de la loi, mais chez moi, je constate que d'ores et
déjà, les agents chargés de faire appliquer la loi ont tout un tas
de problèmes à propos de certaines autres mesures. Ils n'ont pas
besoin qu'on leur impose encore toute une série de nouvelles
tâches.
• 1630
Ce sont des choses que les gens de votre ministère devraient
savoir, parce que je pense que si vous n'y faites pas attention,
vous pourriez déclencher une tempête.
M. David Collenette: Permettez-moi de vous interrompre.
La tempête, je présume, serait déclenchée par ce dont
M. Fitzpatrick a parlé plus tôt, la rétroactivité. C'est bien en
fait ce que vous voulez dire.
Mais si vous prenez, par exemple, l'industrie automobile, des
normes de fabrication sont fixées pour les véhicules neufs, et dans
le texte législatif qui nous occupe, il y a beaucoup de
dispositions qui entrent dans le cadre de ce genre d'exigences
réglementaires. Dans le cas des véhicules automobiles, certaines
normes sont protégées par une clause d'antériorité. On reconnaît
que certains équipements ne peuvent... qu'il est impossible
d'exiger que tout le monde se mette à niveau.
Je ne sais pas trop où l'on en est en ce qui concerne les
ceintures de sécurité. Si vous avez une Chevrolet 1957, je ne sais
pas si la loi exige que vous fassiez poser des ceintures de
sécurité. Probablement que oui. Mais en ce qui concerne les
voitures, il y a, à propos d'autres équipements, des normes qui ne
sont pas aussi exigeantes que celles qui existent aujourd'hui, mais
qui sont acceptées parce qu'elles sont protégées par une clause
d'antériorité. Les régimes provinciaux autorisent certaines
voitures à circuler sur les routes. Et je pense que ce serait la
même chose dans le cas qui nous occupe, pour ce qui est de
l'instauration d'un nouveau régime.
De plus en plus de gens s'intéressent à la navigation de
plaisance. Il ont de l'argent. Ils se mettent à utiliser ces
engins, et il s'agit avant tout d'assurer que les nouveaux
équipements répondent aux normes de la sécurité, telle qu'elle est
définie grâce aux connaissances que nous avons actuellement et que
nous appliquons, dans d'autres domaines, à d'autres véhicules.
Je ne sais pas si M. Streeter a quelque chose à ajouter.
M. B. Streeter: Non, monsieur. Vous avez très bien couvert
tous les aspects de la question, je pense.
Ce qui nous préoccupe, c'est tout simplement que la plupart
des embarcations de plaisance, comme vous le savez certainement, ne
sont pas nécessairement fabriquées au Canada. Beaucoup sont
importées, et nous cherchons donc plutôt à définir et à imposer des
normes qui peuvent être respectées de part et d'autre de la
frontière, de sorte qu'au point de vue des critères techniques, les
mouvements transfrontaliers sont relativement faciles. Quoi qu'il
en soit, l'idée n'est certes pas d'appliquer de nouvelles règles à
d'anciennes embarcations. La protection en vertu d'une clause
d'antériorité est une tradition respectée de longue date dans la
marine, depuis l'époque de l'amiral Nelson.
Le président: Je donne la parole à Larry Bagnell, du Parti
libéral.
M. Larry Bagnell (Yukon, Lib.): Merci.
J'ai deux ou trois questions.
La première s'adresse à M. Streeter, dans le prolongement d'un
point intéressant qu'a soulevé M. Fitzpatrick. J'ai trouvé très
intéressant ce qu'il a dit à propos des navires qui venaient de
pays étrangers, mais le temps lui a manqué pour poursuivre.
Est-ce que cela s'applique aussi aux petites embarcations de
plaisance?
M. Steve Troy (directeur, Systèmes de sécurité et
d'intervention environnementale, ministère des Pêches et des
Océans): Pour reprendre précisément ce dont il était question—la
réciprocité sur la côte Ouest—cela met en cause la circulation
sur des voies navigables communes. Sur la côte Ouest, dans le
détroit de Juan de Fuca, les navires entrants circulent du côté
américain et les navires sortants, du côté canadien. Ce que vise en
fait cet article du projet de loi, c'est faciliter la navigation,
commerciale ou de plaisance, sur cette voie navigable.
Dans ce contexte, la disposition s'applique à la navigation
commerciale, notamment aux navires qui peuvent être assujettis au
régime établi en 1990 par l'American Oil Pollution Act et qui
pourraient donc être tenus de respecter une double réglementation.
Autrement dit, il faudrait qu'ils respectent, en même temps, un
régime américain et un régime canadien. Cette disposition permettra
au ministre des Pêches et des Océans, après une comparaison des
deux régimes effectuée en exerçant une diligence raisonnable, de
déterminer si le régime des États-Unis est aussi ou plus strict que
le régime canadien et si donc ces navires peuvent être exemptés de
l'application de la loi canadienne, étant assujettis à la loi
américaine.
Dans ce contexte, ce dont il a été question et ce dont il
s'agit précisément, c'est de la circulation des navires sur ces
voies navigables, et notamment dans le détroit de Juan de Fuca.
M. B. Streeter: Pour répondre à votre question, à savoir si
les embarcations de plaisance d'origine étrangère sont inspectées
avant d'arriver au Canada, il y a des règles sur l'importation des
embarcations de plaisance et, comme dans le cas des véhicules
automobiles, si les normes sont différentes, il se pourrait fort
bien que des modifications soient exigées, par exemple, pour mettre
certains équipements en conformité. Mais ces embarcations ne font
pas l'objet d'une inspection officielle avant de pénétrer dans les
eaux canadiennes. Le propriétaire doit signer une déclaration pour
obtenir sa plaque de conformité.
• 1635
M. Larry Bagnell: Ma question était liée au concept de... à la
frontière des États-Unis. Au pays de la liberté, on n'apprécie
guère la réglementation... s'il y a beaucoup d'embarcations de
plaisance qui font l'aller-retour tous les jours dans ces eaux
frontalières... Disons qu'un de ces bateaux est entré dans les eaux
canadiennes sans avoir déposé une de ces déclarations sur la taille
et la conformité aux règlements qui s'appliquent aux embarcations
de plaisance; en cas d'accident, est-ce que le gouvernement du
Canada pourrait être tenu responsable dans une poursuite, pour ne
pas avoir fait exécuter cette disposition de la loi? Il pourrait
être difficile de s'assurer que toutes ces petites embarcations
éparpillées un peu partout se conforment à ces prescriptions.
M. B. Streeter: Eh bien, je suppose... les règles de route
internationales que suivraient les gens... Il existe des règles de
route internationales. Sur les voies navigables que nous partageons
avec les États-Unis, il y a des programmes d'exécution très
efficaces sous la responsabilité de la Garde côtière américaine et
des services de police. S'il arrivait un accident—et il y a eu des
accidents impliquant des navires marchands ou de plaisance
américains et\ou canadiens, les pires étant sans doute ceux qui
impliquent un bateau de plaisance et un navire
marchand—normalement, ce sont des affaires sur lesquelles les deux
pays font enquête ensemble, et pour ce qui est de leur issue, en
termes d'accusations ou de poursuites, ce sont les responsables de
l'exécution de la loi qui doivent décider. Il se peut que, dans la
foulée, des poursuites au civil soient engagées. Cela dépend des
circonstances. Jusqu'ici, le gouvernement du Canada n'a encore
jamais été traduit devant un tribunal américain, alors qu'il l'a
certes été de nombreuses fois devant des tribunaux canadiens.
M. Larry Bagnell: Mon autre question porte sur le... Je vais
vous donner l'occasion de nous expliquer comment les fonctionnaires
s'y prendront pour exécuter la loi dans le cadre du nouveau régime.
J'ai remarqué qu'à la page 3 de la déclaration du ministre, il est
question d'un nouveau régime de sanctions administratives;
d'ailleurs, selon moi, c'est une bonne chose que les législateurs
essaient, dans toute la mesure du possible, de régler les choses
sans faire intervenir les tribunaux. Pensez-vous que ce régime de
sanctions administratives va permettre d'éviter de faire appel aux
tribunaux et faciliter une réglementation du secteur plus
efficiente? J'espère qu'il y aura des recours en cas d'infractions
mineures, si les gens ne paient pas ce qu'il faut pour une remise
à niveau.
M. David Collenette: Eh bien, comme je l'ai dit, monsieur
le président, il y a une tendance qui se dessine non seulement dans
le domaine du droit maritime, mais aussi dans l'aéronautique: celle
de déléguer les inspections au secteur privé, et cela a très bien
marché pour l'aviation. M. Streeter pourrait sans doute vous donner
des précisions sur ce qui se passe du côté du transport maritime,
mais les inspections de sécurité peuvent fort bien être confiées au
secteur privé, à condition qu'il y ait un système de contrôle
adéquat.
Voici comment cela se passe dans l'industrie aéronautique.
Bombardier est maintenant le troisième fabricant d'aéronefs civils
du monde. Cela nous a posé, au ministère des Transports, un vrai...
je ne dirais pas problème, mais plutôt défi, parce que ces aéronefs
doivent être fabriqués et livrés au client dans les meilleurs
délais. En toute franchise, le ministère n'a pas le personnel
requis pour effectuer toutes les inspections. Dans ces conditions,
nous avons mis au point un système dans le cadre duquel nous
déléguons au fabricant la charge d'effectuer les inspections, sous
le contrôle de Transports Canada. Il s'agit donc d'une auto-inspection,
d'un processus d'auto-réglementation. Cela marche
parfaitement bien.
Hier, j'étais à Yellowknife avec la Northern Air Transport
Association, et les membres de cette organisme demandent, dans le
domaine de l'aviation, plus de latitude vis-à-vis Transports Canada
pour permettre—particulièrement dans les régions nordiques, d'où
vous venez et où les inspecteurs de Transports Canada ne peuvent
pas tout le temps se rendre—ce genre d'autodiscipline.
Mais il y a un régime de sanctions administratives. On ne
laisse pas les gens s'en tirer à bon compte. On reconnaît toutefois
que, dans le cas de l'industrie aéronautique, les fabricants et
autres intervenants veulent manifestement respecter la
réglementation. Personne ne veut d'irrégularités en matière de
sécurité, et les règles prescrites par Transports Canada sont
suivies, mais il y a délégation de pouvoir et un système de
contrôle. C'est, je crois, ce que l'on envisage dans ce projet de
loi. Cela s'inscrit dans le cadre de notre plan stratégique, qui a
donné des résultats satisfaisants dans d'autres industries et qui
devrait marcher, je pense, dans le secteur du transport maritime.
Le président: Merci, monsieur le ministre.
Je pense que Larry n'a plus de temps. Je donne la parole à
Mario Laframboise du Bloc québécois.
• 1640
[Français]
M. Mario Laframboise: Merci, monsieur le
président.
Concernant les rejets d'hydrocarbures, dans la partie
8, on mentionne,
entre autres à l'article 167:
...tout bâtiment
réglementaire [...] est tenu, à la fois:
a) de conclure une
entente avec un organisme d'intervention à l'égard,
d'une part, d'une quantité...
Et on nous explique à l'article 169
comment le ministre peut agréer les organismes
d'intervention.
Est-ce qu'il y a des organismes
d'intervention agréés au moment où l'on se parle?
[Traduction]
M. Steve Troy: Si j'ai bien compris la question, les articles
167 et 168 portent respectivement sur les obligations des vaisseaux
qui entrent dans les eaux canadiennes, plus précisément les
pétroliers de plus de 100 tonnes et les autres bâtiments, qui ne
sont pas des navires-citernes, de plus de 400 tonnes. Je n'ai pas
compris la question. Mes excuses.
[Français]
M. Mario Laframboise: C'est qu'à
l'article 167, on
dit:
... tout bâtiment réglementaire [...] est tenu, à la
fois:
a) de conclure une entente avec un organisme...
Et l'article
169 explique comment le ministre agrée des organismes
d'intervention. Est-ce qu'au
moment où l'on se parle, il y a des organismes
agréés? On leur donne des pouvoirs. À
l'article 170,
on explique les
qualifications que doit avoir
l'organisme d'intervention et ce qu'il doit faire.
À l'article 171, on dit:
171. L'organisme d'intervention doit:
a) avoir un plan d'intervention...
b) avoir l'équipement et les
ressources réglementaires...
Donc, est-ce qu'il y a des
organismes d'intervention agréés au moment où l'on se
parle?
[Traduction]
M. Steve Troy: Il existe actuellement au Canada quatre
organismes reconnus comme organismes d'intervention agréés. Il y en
a un sur la côte Ouest, qui couvre la côte de la Colombie-Britannique. Il
y en a trois dans au Canada atlantique, un qui couvre la région qui
s'étend des Grands Lacs jusqu'à la côte Est, un pour la baie de
Fundy et un pour la région de Port Hawkesbury, en Nouvelle-Écosse.
[Français]
M. Mario Laframboise: Avez-vous senti le besoin de
préciser ce qu'ils devaient faire parce qu'il y a des
problèmes au moment où l'on se parle? L'article 171
explique les obligations des organismes. Est-ce qu'il
y a des problèmes avec les organismes
au moment où l'on se parle?
Pourquoi a-t-on senti le besoin de
clarifier cela?
[Traduction]
M. Steve Troy: Nous avons senti le besoin de préciser, afin
d'établir des normes de planification nous permettant de nous
assurer que le processus d'agrément comportait un élément que nous
pourrions utiliser pour mesurer ce qui était recherché par
l'organisation et, à plus long terme, sa performance. Donc, si nous
avons établi des normes les concernant, c'est uniquement pour
pouvoir mesurer cette performance et avoir cette capacité de
planification, de contrôle et d'évaluation. Et c'est d'ailleurs par
rapport à quoi ils sont agréés.
[Français]
M. Mario Laframboise: À l'article 188,
qui concerne les événements de pollution, on dit:
188. Il incombe à tout navire de prendre les mesures
voulues pour mettre à exécution, en cas d'événement de
pollution par les hydrocarbures, le plan d'urgence de
bord...
Dans la note en marge, on dit:
«Obligation de prendre des mesures
raisonnables». Le texte porte sur des mesures
raisonnables. Pourquoi ne pas avoir carrément
dit: «Tout navire a l'obligation d'exécuter...»?
[Traduction]
Le président: Vous avez une minute pour répondre. Nous en
sommes au cycle des questions de cinq minutes. Merci.
M. B. Streeter: Merci, monsieur.
[Français]
Pour planifier en vue de tous les événements qui peuvent
se produire sur un navire, on ne peut pas inclure une
liste. C'est pourquoi on dit «raisonnables».
Comme vous le savez, il y a du mazout partout dans le
navire.
Il y a à bord quelques citernes qui contiennent des
polluants.
Il est donc presque impossible de faire une liste de
toutes les exigences ou de toutes les choses qui doivent
être faites lorsqu'il s'agit de réagir à une urgence.
C'est pourquoi on dit «raisonnables».
Après un incident, ce sera peut-être une cour qui
devra déterminer ce qui raisonnable, parce que chaque
navire est différent des autres.
• 1645
[Traduction]
Le président: Merci beaucoup.
Monsieur Hill, de l'Alliance.
M. Jay Hill: Merci. J'ai deux ou trois brèves questions. Tout
d'abord, monsieur le ministre, dans votre déclaration, vous dites
que les objectifs du projet de loi sont clairement énoncés. D'abord
et avant tout, il s'agit de protéger la santé, la sécurité et le
bien-être des personnes.
Lorsque nous avons fait l'étude article par article du projet
de loi S-2, j'ai déposé un amendement—vous êtes au courant, j'en
suis sûr—pour assurer que c'est dans le proche avenir, et non au
moment où voudrait bien le décider le gouvernement, qu'on va
obliger les armateurs à être couverts par une assurance.
Vu que vous avez déclaré que l'un des objectifs du projet de
loi C-14 est de protéger la santé, la sécurité et le bien-être des
personnes, y a-t-il dans ce texte une quelconque disposition
obligeant les armateurs à avoir une assurance-responsabilité, au
cas où quelqu'un serait blessé sur leurs bateaux?
M. David Collenette: M. Rysanek va vous répondre.
M. Jerry Rysanek: Merci, monsieur le président. Eh bien, je
pense que le contexte dans lequel doivent s'inscrire les questions
d'assurance, c'est le projet de loi S-2, la Loi sur la
responsabilité en matière maritime—et non la Loi sur la marine
marchande, le projet de loi dont nous discutons.
La Loi sur la responsabilité en matière maritime établit,
d'abord et avant tout, la responsabilité de l'armateur envers les
passagers, plus généralement, envers les Canadiens et envers toute
personne voyageant sur un navire marchand public ou privé. Comme
j'ai essayé de le démontrer, c'est un grand pas, selon moi, que va
devoir faire l'industrie du transport maritime pour se mettre au
niveau des autres moyens de transport, notamment du transport
aérien, et pour couvrir des responsabilités spécifiques.
Il y a des dispositions dans le projet de loi S-2 qui
prévoient la prise de règlements relatifs à l'assurance
obligatoire. Comme on l'a indiqué lors du débat sur ce texte, c'est
une question importante, je pense, qui devra être examinée une fois
que le projet de loi aura été adopté et que la responsabilité sera
établie. Il faudra s'assurer que les armateurs ont, en la matière,
une assurance-responsabilité adéquate.
M. Jay Hill: C'est un peu comme les dispositions définissant
aussi strictement que dans les cas de pollution par hydrocarbures
la responsabilité des armateurs vis-à-vis toute autre forme de
pollution. Ce n'est probablement que dans quelque temps que nous
allons voir cela.
L'autre question que je voudrais poser porte à nouveau sur les
taux établis par les conférences, et elle s'adresse donc, je
suppose, à M. Gautier. Peut-être me suis-je mal exprimé ou ai-je
mal compris votre explication. Bref, si un expéditeur négocie
individuellement un taux moins élevé avec une ligne maritime, est-elle
tenue de divulguer ce taux à la conférence?
Vous avez dit qu'elles n'étaient pas tenues de rendre toutes
les conditions publiques. Mais si elles appartiennent à une
conférence et qu'elles négocient un taux moins élevé, sont-elles
tenues de le publier?
M. Louis Gautier: Rien dans la loi ne les y oblige—cela reste
entre les membres de la conférence. Bien entendu, le nouvel article
précisera que l'accord intra-conférence n'obligera pas les membres
à révéler le contenu de ces contrats individuels.
M. Jay Hill: Ils n'y seront pas obligés?
M. Louis Gautier: Non, les membres de la conférence n'y seront
pas obligés. On ne pourra pas les forcer à le faire.
M. Jay Hill: Bon.
Le président: Merci beaucoup, monsieur Hill. Je donne la
parole à Marcel Proulx, pour les libéraux.
M. Marcel Proulx: Monsieur le ministre, on a discuté de la
disposition de temporisation avec les expéditeurs. Toutefois, on a
décidé de ne pas l'inclure dans les modifications. Pourquoi?
M. David Collenette: J'ai reçu beaucoup d'observations à
propos de cette disposition. Je présume que si le Canada décidait
de l'inclure, nous dérogerions, sur un point qui a beaucoup
d'importance, à la pratique internationale qui a cours à l'heure
actuelle. Je pense que cela nous isolerait, que cela mettrait nos
expéditeurs dans une position difficile et ferait peser sur
l'industrie une incertitude qui ne devrait pas exister, selon nous.
• 1650
Mais avec le temps, il se peut que nous décidions de
réexaminer la question. On peut toujours déposer une modification;
c'est un question qui pourrait toujours être réglée. En fait, ces
conférences sont des vestiges du XIXe siècle. Elles ont de moins en
moins de poids, comme je l'ai dit plus tôt. Elles font face à la
concurrence qu'exercent des groupes indépendants plus importants.
Je pense que cela n'interdit pas au Parlement de procéder
ainsi plus tard, mais actuellement, le moment n'est tout simplement
pas opportun. Nous ne pensons pas que l'on devrait faire peser sur
ce secteur une telle incertitude.
M. Marcel Proulx: Merci.
Le président: Madame Desjarlais.
Mme Bev Desjarlais: Revenons à la question de M. Hill sur le
projet de loi S-2 et l'assurance; je vous serais reconnaissante de
bien vouloir y répondre, monsieur le ministre. En fait, je suis
absolument renversée de voir que l'on n'a pas veillé à inclure dans
la législation un article sur l'assurance-responsabilité
obligatoire. J'ai trouvé surprenant qu'il n'existe même pas
d'assurance-responsabilité obligatoire.
Nous n'avons pas jugé très franche la réponse du ministère des
Transports, parce qu'on nous a laissé entendre que l'industrie des
assurances ne pouvait pas le faire—ce qui n'est justement pas le
cas.
Vous savez ce que je pense: je veux que les Canadiens aient
confiance en leur système de transports, je veux qu'ils se sentent
en sécurité et je ne veux pas que les gens aient des inquiétudes à
propos de notre industrie. Je ne pense pas que les Canadiens se
rendent compte qu'il n'y a pas d'assurance-responsabilité
obligatoire. Or, je crois que cela va se savoir et avoir des
répercussions sur le secteur du trafic voyageurs et sur l'industrie
touristique. Il est impératif que nous, le comité, nous assurions
qu'une telle disposition est incluse dans la loi.
Vous avez toujours dit que la sécurité était la considération
numéro un. Eh bien, la sécurité, cela comprend celle des gens qui
empruntent nos moyens de transport, quels qu'ils soient. Or, c'est
impossible à garantir à moins qu'il n'y ait, d'une façon ou d'une
autre, une disposition législative obligatoire. Je ne vois aucune
raison de retarder cela jusqu'à je ne sais quand.
M. David Collenette: Monsieur le président, je pense que
M. Rysanek a répondu à cette question la semaine dernière quand il
est venu témoigner à propos du projet de loi S-2, et il a à nouveau
donné une réponse aujourd'hui. Il y a, dans ce projet de loi, des
dispositions qui permettent d'autres types d'approche vis-à-vis le
transport maritime, et nous adoptons une approche graduelle. Je
pense que Mme Desjarlais met sur le même pied la responsabilité
envers les gens et celle qui touche la pollution...
Mme Bev Desjarlais: Non, non, je parle de l'article du projet
de loi S-2 qui rendrait obligatoire une assurance-responsabilité
envers les passagers.
M. David Collenette: Mais, je le répète, je pense que
cette question a été traitée la semaine dernière par les
fonctionnaires qui sont venus témoigner à propos du projet de loi
S-2.
Mme Bev Desjarlais: Je suppose que je voulais m'adresser au
Bon Dieu plutôt qu'à ses saints. Je voulais vous entendre dire
vous-même que nous n'étions pas prêt à imposer ce genre d'exigence.
M. David Collenette: Vous pouvez bien penser que ce que
disent les saints n'a aucun poids...
Mme Bev Desjarlais: Je n'ai pas dit cela méchamment...
M. David Collenette: ...mais le Bon Dieu est là
aujourd'hui, et je peux vous dire que nous avons discuté de cela au
ministère il y des mois, lorsque ce texte législatif était en
préparation, et je confirme sans réserve l'explication qui a été
donnée.
Mme Bev Desjarlais: Bon. Il y a une chose qui m'intrigue: à
propos des conférences maritimes, peut-être que tout le monde ici
le sait sauf moi, mais combien y a-t-il de conférences et quelles
lignes de navigation sont membres de quelles conférences?
M. David Collenette: Jerry.
M. Jerry Rysanek: Leurs rangs deviennent de plus en plus
clairsemés. Il y a deux ou trois ans, il y avait 19 conférences qui
opéraient au Canada, alors qu'aujourd'hui, il n'y en a plus que 15.
Je n'ai pas ici la liste nominative des conférences, mais je me
ferai un plaisir de vous la transmettre, si vous voulez.
Mme Bev Desjarlais: Et combien de lignes cela implique-t-il?
M. Jerry Rysanek: Environ 35.
• 1655
Mme Bev Desjarlais: Donc, il n'y a que 35 lignes qui sont
membres de 15 conférences?
M. Jerry Rysanek: C'est exact, au sein du système des
conférences. Mais il existe aussi tout un système hors conférence.
Mme Bev Desjarlais: C'est justement la question que j'allais
poser.
M. Jerry Rysanek: En tout, il y a à peu près 120 lignes qui
desservent les ports canadiens.
Mme Bev Desjarlais: Donc, en fait, il y a plus de lignes qui
opèrent hors conférence qu'au sein du système des conférences, et
pourtant, nous adaptons la loi en fonction des conférences. Est-ce
à cause de leur taille?
M. Jerry Rysanek: Je ne dirais pas que c'est une question de
taille. Le fait qu'il existe une Loi dérogatoire sur les
conférences maritimes est lié à l'histoire de l'industrie. Dans le
passé, c'était une groupe très important qui assurait un énorme
pourcentage de nos échanges commerciaux. Les membres de ce groupe
sont de moins en moins nombreux, mais nous avons encore besoin de
la législation qui les concerne.
Mme Bev Desjarlais: Merci.
Le président: Merci, Bev. Votre temps de parole est justement
écoulé.
M. Shepherd attend patiemment depuis quelque temps. Je donne
donc la parole pendant cinq minutes à M. Shepherd, du Parti
libéral.
M. Alex Shepherd (Durham, Lib.): Juste une observation. Vu que
je me suis fait renverser par une de ces motomarines et que ma
fille a failli être tuée dans cet accident, j'ai moins tendance que
certains de mes collègues de l'Alliance canadienne à me montrer
permissif en ce qui concerne la sécurité de nos voies navigables.
J'ai une simple question à poser. Je pense que nous tournons
en rond à propos de ces contrats confidentiels. Dans le préambule
de la Loi dérogatoire sur les conférences maritimes, il est stipulé
que les membres d'une conférence ne sont pas obligés de donner un
préavis aux autres membres ni de divulguer les détails d'un contrat
de service.
Donc, si un membre d'une conférence et un expéditeur concluent
un contrat confidentiel, pourquoi la loi ne stipule-t-elle pas tout
simplement que cela ne peut pas être divulgué aux autres membres de
la conférence?
M. Jerry Rysanek: Je vais essayer de répondre à votre question
d'un point de vue stratégique.
La situation est la suivante: la nouvelle loi permettra
un accord entre deux parties en dehors du système des conférences.
Quand une ligne conclut un contrat de service confidentiel, elle
agit clairement en dehors du système des conférences.
Donc, d'un côté, vous avez un client et de l'autre vous avez
un expéditeur, et ils concluent un contrat privé. Selon la loi, ce
contrat n'a pas à être divulgué aux membres de la conférence.
Bon, maintenant vous me demandez pourquoi nous ne franchissons
pas l'étape suivante qui est d'interdire la divulgation aux autres
membres de la conférence. Je pense que cela nous pose un problème
du point de vue stratégique parce que, dans ce cas, nous tenterions
de réglementer des contrats privés. Les lignes qui n'appartiennent
pas à une conférence—et qui représentent la majorité aujourd'hui,
je crois—, lorsqu'elles concluent des contrats privés avec des
expéditeurs, ce qu'elles font tous les jours, n'ont pas à divulguer
quoi que ce soit à quiconque. Et elles ne sont certainement pas
tenues de garder ces arrangements secrets.
Alors, la question est de savoir si cette loi est le cadre qui
convient pour leur interdire de discuter des taux, quand elles
opèrent en dehors de l'accord intra-conférence.
M. Alex Shepherd: Mais je pense que ce que nous essayons de
faire, c'est moderniser ce texte législatif pour qu'il soit mieux
adapté à un environnement concurrentiel. Cela n'infirme-t-il pas ce
que vous facilitez implicitement, c'est-à-dire la multiplication
des contrats privés confidentiels? Les expéditeurs ne savent pas si
le contrat ne va pas, tout simplement, repasser à travers tout le
système. Alors, pourquoi n'essayez-vous pas de faire en sorte que,
publiquement, cela ne se sache pas que la conférence aura alors
accès à cette information?
M. Jerry Rysanek: Philosophiquement, votre idée ne me pose
aucun problème. Cette question a été portée à notre attention, et
nous essayons de voir si ce texte est le bon instrument. Ce serait
tenter de réglementer le comportement de deux parties à un contrat
privé, conclu en dehors de la loi.
Donc, en fait, la loi stipulerait: «Il vous est interdit de
divulguer aux autres membres de la conférence quelque chose qui a
été fait en dehors de la conférence». Il faut que nous déterminions
si ce texte est le bon instrument.
Ce n'est pas dans la législation des autres pays que nous
avons examinée. On a argué que les États-Unis ont des textes
législatifs aux mêmes fins, mais en ce qui nous concerne, ce n'est
pas le cas. Il y a une difficulté...
• 1700
M. Alex Shepherd: Vous ne vous opposez pas à cela. Vous n'avez
pas d'objection majeure à ce que quelqu'un essaie de modifier la
loi en ce sens.
M. Jerry Rysanek: Je ne pense pas que ce soit une question
d'objection. Certes, nous essayons d'élaborer des dispositions qui
améliorent la concurrence. Il faut juste que nous déterminions si
c'est la bonne façon de s'y prendre et si, dans cette loi,
l'interdiction doit remplacer la discrétion—vous n'avez pas besoin
de le dire—et nous avons des doutes. Il faut aussi que nous
parlions de cela à nos spécialistes du droit.
Le président: Une minute, Alex.
M. Alex Shepherd: C'est tout.
Le président: Je vous remercie. Je donne la parole pendant
cinq minutes à l'Alliance canadienne.
M. Brian Fitzpatrick: M. Shepherd et moi sommes sans doute
plus du même avis qu'on pourrait le penser. Il y a déjà dans le
Code criminel des dispositions plutôt pointues en ce qui concerne
la consommation d'alcool pendant que l'on pilote un bateau de
plaisance; on y trouve des dispositions sur la négligence
criminelle, sur la conduite dangereuse et ainsi de suite. Donc, en
ce qui concerne les gens qui conduisent stupidement, sans égard à
la sécurité de leurs concitoyens, il y a déjà des lois répressives.
La question est de savoir ce qu'il est nécessaire d'ajouter dans la
loi qui nous occupe pour renforcer le Code criminel.
Je partage entièrement le point de vue de M. Shepherd au sujet
des conférences. Si l'on veut effectivement qu'il y ait plus de
concurrence dans l'industrie du transport maritime, dans
l'industrie du transport en général, pourquoi ne pas innover en
insérant une interdiction dans ce texte législatif?
Ce que je conteste, globalement... Je ne suis pas expert en
matière de transport maritime international et tout ce qui
s'ensuit, mais il y a dans le monde plusieurs puissances
économiques de premier plan, les États-Unis, le Japon, l'Europe et
autres. Il me semble qu'il serait dans l'intérêt de ces pays de
s'entendre sur le type d'action coopérative auquel ils pourraient
recourir pour démembrer un cartel international ou un monopole.
C'est ce que nous tentons de faire sur le plan national. Nous
possédons une Loi sur le concurrence qui stipule que la concurrence
est dans l'intérêt public, et c'est très bien. Je me demande
quelles initiatives nous avons essayé de prendre avec les pays du
G-7, ainsi qu'avec d'autres pays, pour faire comprendre que ces
conférences ne sont pas avantageuses pour nos expéditeurs. Quel
genre de mesure conjointe pourrait-on prendre dans le cadre d'un
traité pour éliminer cette sorte de paria, ou quelle que soit la
façon dont on peut les appeler?
M. Jerry Rysanek: La Loi dérogatoire sur les conférences
maritimes n'existe pas intrinsèquement en vertu d'un traité
international quelconque; elle découle d'une politique commune en
matière de transport maritime...
M. Brian Fitzpatrick: Je sais cela.
M. Jerry Rysanek: ...menée par la quasi-totalité des pays
membres de l'OCDE.
Ils se rencontrent occasionnellement. Il y a eu d'importantes
discussions à propos de ce type de législation à l'OCDE en mai de
l'année dernière; les deux composantes de l'équation se sont
rencontrées et on a discuté de la perspective d'une action
coordonnée, sinon dans le but d'abolir ce type de législation, du
moins de la réexaminer, de la modifier, de la changer. Je regrette
de vous informer qu'il n'en est rien sorti. Le point de vue quasi
unanime de nos partenaires commerciaux reste que la législation
actuelle remplit un office et qu'elle doit être conservée.
Le débat est en cours. Il va y avoir une autre conférence sur
le même sujet plus tard dans l'année et les problèmes seront une
nouvelle fois remis sur le tapis, mais je ne m'attends pas, dans le
proche avenir du moins, à une quelconque révolution sur le plan
international, dans le sens de ce que vous préconisez.
M. Brian Fitzpatrick: C'est ahurissant. Essayez-vous de me
faire croire que la position officielle d'un pays comme les États-Unis est
de protéger l'existence d'un cartel international ou d'un
monopole, à travers ces conférences qui fixent les prix du
transport maritime à l'échelle internationale? Je trouve cela
ahurissant. Cela ne correspond pas à leur nature, à leur façon
d'opérer.
M. Jerry Rysanek: Tout aussi ahurissant que cela puisse vous
paraître, c'est pourtant comme cela que les choses se passent aux
États-Unis. En fait, comme nous l'avons peut-être mentionné dans
notre documentation, les modifications que l'on envisage d'apporter
à la Loi dérogatoire sur les conférences maritimes s'inspirent de
changements apportés à la législation équivalente en vigueur aux
États-Unis. Je veux parler de la Ocean Shipping Reform Act de 1998;
cette loi est, elle aussi, toujours en vigueur.
• 1705
M. David Collenette: Le fait est, monsieur Fitzpatrick,
que les États-Unis ne sont pas aussi favorables au libre-échange,
au fair-play et à la libre-entreprise qu'on pourrait le croire.
Pour paraphraser George Orwell dans La Ferme des animaux, je dirais
que tous les animaux sont égaux, mais que certains le sont plus que
d'autres. Aux États-Unis on applique cette vérité au système de la
libre-entreprise. La vérité est qu'il y a divers intérêts dans
certains pays, chez nos grands partenaires commerciaux, comme l'a
fait remarquer M. Rysanek, qui prévalent sur la volonté législative
des gouvernements. On peut donc, comme nous aimons le faire, jouer
aux scouts et abolir la Loi dérogatoire sur les conférences
maritimes. Mais on fera ainsi courir des risques à nos propres
concitoyens, et je pense donc que ce n'est pas la chose à faire. Le
temps se chargera du sort de ce type d'arrangement désuet.
M. Brian Fitzpatrick: En dépit de votre description des États-Unis, je
considère que M. Gates, M. Rockefeller, la Standard Oil du
New Jersey, l'industrie aéronautique, le base-ball des ligues
majeures, le secteur des télécommunications, ainsi que quelques
autres, pourraient contester l'opinion voulant qu'ils n'encouragent
pas la concurrence dans leur économie.
M. David Collenette: Ne me parlez pas de concurrence dans
l'industrie aéronautique américaine. Je pourrais passer la nuit à
vous expliquer qu'elle n'existe pas.
Le président: Je vous remercie, messieurs. Votre temps de
parole est écoulé, Brian.
La parole est maintenant à M. Laframboise du Bloc québécois.
[Français]
M. Mario Laframboise: Merci beaucoup. Je vais
avoir deux questions et j'aimerais avoir des réponses
claires.
L'article 188 mentionne que
les navires doivent posséder un plan d'urgence en matière de
pollution. Est-ce vrai, monsieur Streeter?
M. B. Streeter: Oui.
M. Mario Laframboise: Par la suite, on dit
que si jamais il arrive un événement, ils
auront l'obligation de prendre des mesures raisonnables
pour respecter le plan d'urgence. S'ils sont obligés
d'avoir un plan, pourquoi ne les oblige-t-on pas à le
respecter?
On traite de la responsabilité dans un autre texte de
loi. Je suis d'accord avec vous
qu'on a discuté de la responsabilité lors de l'étude
du projet de loi S-2. Si l'article 188 ne
les oblige pas à respecter leur plan, quant à moi,
ils pourraient se défendre,
lorsque viendrait le temps d'établir la responsabilité,
en disant qu'ils avaient un plan et qu'ils ont
utilisé toutes les mesures
raisonnables pour le respecter. Finalement,
s'ils ont un plan, pourquoi ne les oblige-t-on pas
tout simplement à le respecter?
M. B. Streeter: S'il survient un
événement grave sur un navire, normalement,
au moment de l'accident, le
capitaine pense à
l'équipage et aux personnes à bord. En premier
lieu, il
cherche à sauver leurs vies; en deuxième lieu,
si possible, il cherche à minimiser les
dommages au navire; en troisième lieu, il met en oeuvre
son plan. Il y a aussi un plan d'urgence
pour d'autres événements marins qui peuvent
arriver. Donc, il cherche premièrement à sauver
des vies, deuxièmement, si
possible, à stabiliser la situation et, troisièmement,
à mettre en oeuvre les mesures visant à minimiser la
pollution. C'est pourquoi on dit «raisonnables«. C'est
parce que les événements sont toujours différents et,
normalement, le capitaine pense d'abord
à l'équipage et aux personnes à
bord.
M. Mario Laframboise: Avec cela, il pourra se
défendre en disant qu'il a fait autre chose...
M. B. Streeter: Dès l'instant où tout est correct,
il met en oeuvre son plan pour prévenir
la pollution.
M. Mario Laframboise: D'accord. Je vais
revenir à l'article 98, où on parle de la
personne qui recrute. On dit dans le texte:
98. Si le représentant autorisé d'un bâtiment
canadien a conclu un accord avec une personne en vue du
recrutement de membres de l'équipage, cette personne
doit, à l'égard des membres qu'elle recrute, remplir à
la place du représentant ou du capitaine les
obligations imposées à celui-ci...
Dans ce texte, on dit clairement
que, finalement, le représentant autorisé n'est pas
responsable de ces choses-là. C'est
la personne qu'il a engagée qui
devient le responsable.
M. B. Streeter: Pour les questions
d'équipage, c'est le membre
d'équipage qui est le représentant autorisé pour nos
actions punitives, si nécessaire, ou l'action de
l'équipage contre le navire, premièrement. Mais il
reste toujours la liaison entre les représentants
autorisés et le navire.
• 1710
M. Mario Laframboise: J'aimerais que vous
demandiez à vos services juridiques
d'analyser cette question de la responsabilité
et de nous dire si l'armateur est quand même
responsable. Et pourriez-vous déposer cette analyse?
Selon la façon dont je lis cet article, le transfert de
responsabilité se fait sur le dos de celui qui recrute.
C'est maintenant lui qui est responsable de
ce qu'on énonce aux alinéas
a) à d), ainsi qu'à l'alinéa e), où on parle du
«paiement des dépenses du membre de l'équipage
renvoyé». Cela voudrait dire que le
représentant ou la personne qui fait le recrutement
est responsable, entre autres, du paiement des dépenses
des membres de l'équipage renvoyés, en somme des
dépenses énoncées de a) à e).
M. B. Streeter: M. Gauthier peut vous donner une
réponse.
M. Mark Gauthier (avocat-conseil, Services
juridiques, ministère des Transports): Monsieur
Laframboise, ça va nous faire plaisir de
vous fournir un éclaircissement écrit, si vous le voulez.
À prime abord, si vous regardez
l'article 98, vous verrez que
celui-ci impose une obligation, non
pas criminelle, mais non civile,
c'est-à-dire qui découle plutôt de la loi ou d'un
règlement, et qui est punissable en vertu de l'article 102 de la
loi, en particulier de son alinéa f), qui dit que si une
personne manque à son obligation en vertu de l'article
98, une amende est imposable.
Comme M. Streeter l'expliquait,
nonobstant le fait
qu'il y a une obligation pénale, si les membres de
l'équipage ne sont pas payés, ceux-ci peuvent
revendiquer contre le propriétaire du navire en matière
civile. C'est un jeu du côté civil et du côté
réglementaire.
[Traduction]
Le président: Mario, vous avez pratiquement épuisé votre temps
de parole; j'essaierai de revenir à vous au prochain tour.
J'aimerais dire à l'intention de M. Gauthier que toute la
documentation fournie passe par le bureau du président pour être
transmise à tous les membres du comité, pas uniquement à un seul.
Je donne maintenant la parole à M. Hill, de l'Alliance
canadienne.
M. Jay Hill: Merci, monsieur le président.
Je voudrais revenir sur cette question pendant quelques
instants, afin de bien comprendre pourquoi nous sommes en quelque
sorte entravés, c'est du moins mon impression, par les divers
accords et conventions internationaux.
Si je comprends bien, il aura fallu attendre quelque chose
comme 14 ans avant que des modifications comme celles qui sont
énoncées dans le projet de loi C-14 soient déposées. Depuis combien
de temps y travaille-t-on, s'y intéresse-t-on, cherche-t-on à
élaborer quelque chose?
M. Jerry Rysanek: Est-il question de la Loi dérogatoire sur
les conférences maritimes?
M. Jay Hill: Oui, du projet de loi C-14. Depuis combien de
temps est-ce en marche?
M. Jerry Rysanek: Je ne peux parler que de la Partie 15.
M. Jay Hill: Cela en fait partie.
M. Jerry Rysanek: Effectivement.
M. B. Streeter: Toutes les modifications que l'on retrouve
dans le projet de loi C-14 sont probablement l'aboutissement d'une
vingtaine d'années d'efforts, de consultations, de mises à jour, à
l'exception de la Partie 15, dont M. Rysanek voudrait vous parler.
M. Jay Hill: Je sous-estime donc les choses quand je parle de
14 ans; il faudrait plutôt dire qu'il y a une vingtaine d'années
que les choses sont en marche.
Je n'ai pas de mal à comprendre, si j'essaie de me mettre à
votre place, les frustrations que vous exprimez tous. Vous
souhaitez voir enfin le bout du tunnel.
Mais je veux en venir à la nécessité d'assurer que les
armateurs sont tenus responsables de toutes les formes de
pollution; vous dites qu'il n'est pas possible de faire abstraction
des conventions internationales, des traités et accords
internationaux, et je ne sais quoi encore.
Or, en ce qui concerne l'imposition d'une assurance
obligatoire, cela fait 20 ans que l'on travaille sur le dossier, et
les fonctionnaires qui ont comparu devant le comité et que nous
avons interrogés ont déclaré qu'ils avaient besoin de faire un
étude. Cela fait 20 ans que l'on s'efforce de mettre au point ce
texte législatif. Je sais qu'il ne faut pas confondre les projets
de loi S-2 et C-14—vous alliez y venir.
La question que je me pose est celle-ci: pourquoi les choses
sont-elles ainsi? Y a-t-il une raison compréhensible qui explique
pourquoi il ne nous est pas possible de prendre l'initiative sur
certains aspects de ce dossier? S'il faut autant de temps que cela
pour simplement élaborer une législation de rattrapage en matière
de droit maritime, pour simplement se mettre au niveau des normes
des autres pays, ce qui semble une des raisons d'être du projet de
loi S-2, du projet de loi C-14 et de plusieurs autres textes
législatifs, bon. Cela ne me pose aucun problème.
Mais pourquoi ne peut-on pas anticiper sur l'avenir un peu
plus que ne le fait le ministre quand, en réponse à une question de
ma collègue du NPD, il déclare à peu près—je ne me souviens pas
des mots exacts—que nous voulons procéder graduellement.
• 1715
Je ne parle pas de grand bond en avant, mais sur ces deux
points qui concernent la façon d'assurer que les armateurs sont
tenus responsables de toutes les formes de pollution—au lieu de
passer par de nouvelles conférences et d'autres négociations—y a-t-il des
raisons qui m'échapperaient pour lesquelles nous ne
pouvons effectivement pas prendre l'initiative au lieu de nous
contenter de suivre le mouvement?
M. David Collenette: Je voudrais faire remarquer que ce
projet de loi a été soumis aux différentes parties prenantes dans
le cadre d'un processus tout à fait particulier. Je suis surpris
d'entendre l'Alliance préconiser que le Parlement prenne en quelque
sorte l'industrie de vitesse, une industrie qui, en l'occurrence,
fait l'objet de la réglementation. Le fait est que pour qu'une loi
joue son rôle, il faut tenir compte de la praticabilité de ce que
l'on veut faire. Certaines parties de cette loi remontent à la
législation britannique du XIXe siècle.
On adopte peut-être, effectivement, une approche gradualiste
dans certains domaines, mais il y a aussi un énorme bond en avant
par rapport aux parties qui reflètent la pensée du XIXe siècle.
Quand on met en place un environnement réglementaire pour une
industrie, il faut d'abord s'assurer que l'industrie qui est
concernée est en mesure de faire face, tant du point de vue
économique que du point de vue politique.
Je peux comprendre que l'Alliance souhaite une certaine
audace, dans l'esprit de ce dont parle M. Hill. Je réponds que nous
avons fait preuve d'audace et que rien n'exclut une autre
modification à l'avenir. Ce projet de loi nous permet au moins
d'apporter des modifications beaucoup plus facilement, car nous
avons déjà fait ce grand bond en avant à travers ce projet de loi,
qui est en gestation depuis plus de 20 ans. Toutefois, aller
beaucoup plus loin que ce qui est réalistement praticable... On
peut bien adopter toutes les lois que l'on veut, reste à savoir si
elles sont applicables? Raisonnables?
Je maintiens que la procédure que nous avons suivie nous a
permis de faire des progrès qui ne font pas simplement de ce projet
de loi un exercice de rattrapage, mais qui démontrent également un
certain souci d'anticipation. Il n'est pas possible d'avancer
beaucoup plus vite que l'industrie—que ceux qui sont concernés par
les lois que nous adoptons.
Le président: Merci, monsieur le ministre.
Je vous remercie, Jay. Vos cinq minutes sont écoulées.
M. Jay Hill: C'est dommage.
Le président: Je vous redonnerai la parole. N'oubliez pas ce
que vous vouliez dire.
Au tour d'Anthony Tirabassi, du Parti libéral.
M. Tony Tirabassi (Niagara-Centre, Lib.): Je remercie le
ministre et, bien sûr, ses collaborateurs d'avoir accepté de
comparaître devant le comité.
Je suis, relativement, un nouveau venu ici, mais je crois
comprendre qu'une version de ce projet de loi a déjà été déposée en
juin dernier. On m'a dit également qu'un dialogue avait été engagé
depuis avec les différentes parties prenantes de l'industrie. Je me
demande quels sont les changements substantiels qui ont été
apportés—le cas échéant—à cette Loi sur la marine marchande du
Canada depuis le projet de loi original déposé en juin? Je ne sais
pas lequel des agents du ministère pourrait se porter volontaire
pour répondre à cette question.
M. David Collenette: Je vais laisser le soin à mes
collaborateurs de répondre en détail, mais je dirais que l'on a
apporté d'importants changements. C'est précisément ce que
j'essayais de souligner lorsque j'ai répondu tout à l'heure à
M. Hill. Le fait d'avoir pu diffuser ce projet de loi a permis à
l'industrie de l'examiner et—grâce à la parenthèse de la période
électorale—d'en faire une analyse approfondie et de proposer des
changements précis. Je laisse aux agents du ministère le soin de
vous en parler plus abondamment. Certains de ces changements
concernent la LMMC, d'autres la Loi sur la marine marchande du
Canada.
M. B. Streeter: Merci.
Je l'ai dit tout à l'heure, selon moi, plusieurs des
changements de fond ont permis de mettre au point le dispositif
d'exécution de la loi, notamment des dispositions où il est
question de faire quelque chose «sciemment» et «par négligence»,
concepts qui s'avèrent parfois très difficiles à démontrer. Nous
nous sommes rabattus en la matière sur la common law, afin de ne
pas créer un régime séparé.
Nous avons découvert plusieurs autres problèmes très
importants. Lors du premier cycle de discussions, nous étions
d'avis qu'un certain nombre des droits des marins se trouvaient
couverts par la législation du travail au Canada et qu'il n'était
donc pas nécessaire d'en reparler dans le projet de loi. Toutefois,
les consultations que nous avons menées auprès de plusieurs
organisations, notamment l'Association canadienne de droit
maritime, nous ont convaincus qu'il s'agissait de très importants
droits fondamentaux. Même si aucun d'entre nous n'était assez vieux
pour expliquer pourquoi ces droits se trouvaient là, ils étaient
suffisamment importants—véritablement—pour demeurer en place.
C'est pourquoi un grand nombre de ces droits qui protègent les
marins et que nous pensions, à l'origine, couverts par le Code du
travail canadien, ont été réintégrés.
• 1720
Comme je l'ai déjà déclaré, à beaucoup d'égards on peut dire
que ce dialogue a été très constructif pour les deux parties. Il
existe bien sûr des points sur lesquels nous ne sommes pas
d'accord. Il y a des questions de politique foncière qui vont
susciter un débat animé.
M. Tony Tirabassi: Si vous le permettez, j'aimerais poser une
autre question. Je sais que cela a été un problème sur nos routes
à une certaine époque et qu'on l'a réglé en établissant différentes
classes de permis. Bref, pour que je comprenne bien, au cas où l'on
procéderait ainsi dans l'industrie maritime, ma question est la
suivante: si un véhicule récréatif est occasionnellement utilisé à
des fins commerciales, à quelles règles de sécurité est-il
assujetti?
M. B. Streeter: Il est assujetti aux règles de sécurité les
plus strictes, et c'est fonction de ce qu'elles sont; cela peut
très bien être celles qui s'appliquent à l'usage commercial.
Je vais faire un parallèle avec les taxis. Un taxi est
assujetti aux règles qui s'appliquent aux taxis en toutes
circonstances, même si son propriétaire s'en sert pour se promener
le dimanche après-midi.
Mais pour ce qui est d'apprécier la situation dans le cas d'un
bateau, s'il est utilisé pour la plaisance, il n'est pas impossible
que l'agent chargé de l'exécution des règlements applique une norme
régissant les bateaux de plaisance. Même si le bateau doit répondre
aux normes commerciales, on pourrait aussi fort bien appliquer les
normes des bateaux de plaisance en fonction des circonstances.
M. Tony Tirabassi: Mais il doit satisfaire aux normes du
niveau le plus élevé.
M. B. Streeter: Tout à fait.
M. Tony Tirabassi: Je vous remercie.
Le président: Monsieur Bagnell, vous vouliez poser une
question.
M. Larry Bagnell: Cela s'adresse à M. Gauthier, je crois, pour
une précision. C'est dommage que Mario soit parti, car je ne suis
pas sûr—je n'ai pas compris—que vous ayez répondu à sa question.
Je pensais qu'il avait demandé... si une agence embauche du
personnel et que, par exemple, l'une des personnes embauchées n'est
pas qualifiée et quelque chose arrive, le capitaine n'est pas
responsable, car c'est l'agence qui a embauché l'équipage. Je pense
que c'est la question qu'il a posée.
M. Mark Gauthier: Écoutez, si j'ai bien compris la question,
monsieur Bagnell, il semble, du moins d'après ce que j'ai entendu,
qu'il y avait un peu de confusion entre les obligations
réglementaires et les obligations civiles en cas de non-paiement
des salaires des marins.
L'article 98 essaie, dans la perspective de la réglementation,
de réguler cette composante de l'industrie que sont les agences de
recrutement d'équipages. Cet article prescrit une série de droits
et d'obligations auxquels sont tenus de se conformer ces agences
et, parallèlement, il y a une amende en cas d'infraction. J'ai
parlé de l'article 102 qui est la disposition pénale accompagnant
l'article 98.
Le problème du non-paiement des salaires des marins est
traité, pour l'essentiel, dans une autre partie du projet de loi.
Si un marin ne perçoit pas son salaire, il dispose toujours d'un
recours légal contre le navire pour faire valoir un privilège;
c'est une prescription qui, comme vient de le faire remarquer
M. Streeter, fait partie de celles qui ont été rétablies dans le
projet de loi. J'essayais d'établir une distinction entre le civil
et le réglementaire.
Maintenant, que cela réponde ou non à la question de
M. Laframboise reste peut-être à démontrer, mais c'était l'idée
derrière ma réponse.
M. B. Streeter: J'aimerais ajouter que, dans le cas précis de
la certification de l'équipage, il revient au capitaine de
s'assurer qu'un marin possède les qualifications requises, même si
c'est une agence qui l'a recruté. Cela tient plus d'une obligation
en matière civile, où le capitaine remplace le représentant
autorisé. L'appréciation de la compétence des marins qui sont à
bord d'un navire doit être laissée au capitaine.
Le président: Je donne la parole à Bev Desjarlais, du NPD.
Rien à ajouter, Bev?
Mme Bev Desjarlais: Non.
Le président: Alors, c'est au tour de Jay Hill, de l'Alliance.
M. Jay Hill: En fait, je voudrais faire une déclaration plutôt
que poser une question.
Monsieur le ministre, vous avez déclaré que... Je suppose que
je me retrouve, en quelque sorte, en train de préconiser que nous
ayons l'audace d'aller plus loin que personne n'a jamais été, ou
quelque chose du genre. À propos de rendre l'assurance obligatoire
et de veiller à ce que tous les armateurs soient tenus responsables
de toutes les formes de pollution—ce sont les deux problèmes sur
lesquels je n'arrête pas de revenir aujourd'hui. J'ai l'impression
que si l'on consulte l'industrie, cela ne fera pas de différence si
on le fait maintenant, le mois prochain, l'année prochaine ou dans
20 ans. Il est probable ces gens-là ne vont pas être tellement
enthousiasmés à la perspective de voir l'une ou l'autre de ces
dispositions figurer dans la loi.
Si j'étais armateur et assujetti à une obligation très claire,
qui ne serait pas laissée à la discrétion du ministre, mais qui
figurerait dans la loi et qui me tiendrait responsable de toutes
les formes de pollution que risque de provoquer mon navire, ou si
l'on exigeait que je souscrive obligatoirement une assurance, comme
tous les autres types de transport, cela ne m'enchanterait
probablement pas. Je ne crois pas que cela fasse de différence si
l'on fait une étude maintenant ou, comme je l'ai dit, plus tard.
Vous constaterez probablement que les intéressés ne sont pas
terriblement enthousiasmés par ces perspectives. Je me demande si
je suis loin de compte à cet égard.
• 1725
M. David Collenette: J'espère que vous n'avez pas eu
l'impression que le Canada ne fait pas preuve d'esprit d'initiative
dans ces domaines. Peu après être devenu ministre, j'ai présidé, à
Victoria, une réunion sur le Contrôle par l'État du port, au cours
de laquelle nous avons amalgamé les protocoles d'entente de Paris
et de Tokyo, et établi plusieurs normes rigoureuses. C'est grâce au
leadership du Canada que ces résultats ont été obtenus.
Je dis simplement qu'il faut rechercher un certain équilibre.
On peut être aussi idéaliste ou avant-gardiste qu'on veut, reste
qu'il faut tenir compte des réalités dans les industries qui
doivent opérer dans le cadre de certaines contraintes. Vous avez
raison de dire que les industries n'aiment pas être réglementées.
En revanche, elles savent parfaitement que les réglementations sont
indispensables. Il faut qu'une certaine forme d'ordre puisse régner
sur le marché. Par conséquent, dans un tel contexte, nous préférons
les consulter. Nous devons nous assurer que les règlements qui sont
arrêtés sont à la fois utiles et réalistes, et qu'ils permettent
d'atteindre les objectifs de politique générale qui ont été fixés.
M. Jay Hill: En ce qui a trait à l'utilité d'une assurance
obligatoire, comme pour tous les autres modes de transport, ne
pensez-vous pas qu'il serait raisonnable...?
Je pense qu'il y avait un consensus au sein du comité, et que
les cinq partis, pas uniquement les partis d'opposition, étaient en
faveur de l'amendement que j'ai proposé. Même parmi les membres du
gouvernement libéral, lorsqu'ils ont fait des commentaires,
personne n'a rejeté l'idée qu'il serait utile d'avoir une assurance
obligatoire, de manière à ce que tout voyageur qui emprunte un
navire soit rassuré, sachant que les ressources financières
existent en cas de blessure ou de décès, et que l'armateur sera
tenu responsable. Je ne comprends pas pourquoi...
M. David Collenette: Je crois qu'une explication a déjà
été donnée, mais vous souhaitez peut-être l'entendre une fois de
plus.
M. Jay Hill: Votre explication, monsieur, est que les
intéressés ne sont pas encore prêts et qu'il n'y a pas eu d'étude
satisfaisante de faite sur les éventuelles répercussions que cela
pourrait avoir sur eux. Je dis tout simplement que je ne vois pas
en quoi ce problème précis sera plus facile à régler dans une
dizaine d'années. Ils continueront à ne pas en vouloir, si cela
doit leur coûter de l'argent.
M. David Collenette: Là n'est pas la question. Nous
faisons des progrès dans ces domaines, et nous voulons nous assurer
que ces avancées sont à la fois réalistes et raisonnables. Les
gouvernements ne fonctionnent pas dans le vide. Nous fonctionnons
dans le cadre de la société, dans son ensemble. Nous devons nous
assurer que si nous nous engageons sur de nouvelles voies, nous
entraînons d'autres acteurs dans notre sillage. Nous devons nous
assurer que les règlements ou les lois que nous élaborons
s'avéreront utiles au bien public.
Je ne sais pas si vous souhaitez en dire plus sur le sujet.
M. Jerry Rysanek: Je ne vois vraiment pas ce que je pourrais
ajouter.
Nous reconnaissons volontiers, je l'ai déjà dit, que l'immense
majorité des armateurs souscrivent des assurances plus que
suffisantes pour faire face à leurs obligations. Nous savons aussi
que ce n'est sans doute pas le cas de la totalité d'entre eux, et
c'est à ce groupe que vous, et le comité, vous intéressez.
Avant de prendre des mesures en vertu de l'article 39 pour
mettre un régime en place, dire que nous voulons être sûrs de ce
que nous allons faire me semble raisonnable. Il n'existe aucun
précédent en la matière. Le seul précédent auquel on pourrait se
référer concerne la pollution par les hydrocarbures, où l'assurance
est obligatoire. Il n'y a pas d'autre forme de précédents dont nous
pourrions nous inspirer.
Quand je parle d'étude, c'est une façon de dire que nous
devons parler aux parties prenantes et à l'industrie de
l'assurance, et les impliquer dans le processus. Je sais que
beaucoup ont déclaré que cela peut être fait de cette manière, mais
certains s'y refusent et soutiennent qu'il n'est pas possible de
procéder de la sorte. Cela va prendre du temps. Cela aurait-il pu
être fait en l'espace de neuf mois? Je l'ignore. En tout cas, il
s'agit d'une priorité, d'une priorité importante, dont nous devons
nous occuper.
M. Jay Hill: Je voudrais simplement résumer parce qu'il ne
nous reste presque plus de temps. Il est dommage que l'on n'ait pas
accordé aux propriétaires d'armes à feu qui sont respectueux de la
loi la même considération qu'aux armateurs.
Quoi qu'il en soit, j'en resterais là. Je vous remercie.
Le président: Avant de partir, je voudrais remercier nos
invités: M. le ministre, M. Troy, M. Gauthier, M. Rysanek,
M. Streeter, M. Gautier et Alex, sur la droite, là-bas. Merci de
vous être déplacés. Nous apprécions votre contribution à nos
travaux.
• 1730
En ce qui concerne le comité, on nous a remis un calendrier
provisoire. Nous avons encore de la difficulté à arrêter des dates.
Le personnel a été autorisé à inviter les gens à venir participer
à ce qu'ils appellent en anglais «the air day». Nous tentons de
nous assurer de la présence des témoins qui nous intéressent.
M. Jay Hill: J'aimerais invoquer le Règlement, monsieur le
président. Je pense que, par considération pour nos témoins, nous
devrions leur faire savoir qu'ils peuvent disposer, si notre
intention est de prolonger la séance pour discuter d'autre chose.
Le président: J'ai voulu faire vite, car j'avais l'impression
que tout le monde était prêt à s'enfuir. C'était la seule raison.
M. Jay Hill: Je vois. Je ne voulais pas qu'on les retiennent
inutilement.
Le président: Non, nous en avons terminé. Je vous remercie,
messieurs.
M. Jay Hill: Je sais que vous êtes tous des gens très occupés.
Le président: Vous avez reçu ce document aujourd'hui seulement
et vous souhaitez peut-être un peu plus de temps pour y réfléchir.
Mon intention n'était pas de tenir une réunion formelle.
M. Jay Hill: Même si ce n'est pas une réunion formelle, après
avoir discuté avec le greffier, je crois comprendre que jeudi, ça
ne marche plus.
Le président: Nous avons un problème de témoins. C'est à vous
de décider ce que vous voulez faire. Nous n'avons pas les témoins
voulus et nous sommes toujours en train d'essayer de mettre tout
cela en place.
M. Jay Hill: Je voulais simplement éviter que vous vous
retrouviez devant un problème, monsieur le président, parce que
d'habitude, quand vous annulez une réunion, tous les partis sont au
courant. C'est la raison pour laquelle j'évoque la question.
Naturellement, je me rends compte qu'il n'y a pas vraiment
d'intérêt à organiser une séance si les témoins ne sont pas en
mesure de comparaître.
Une voix: Est-on en train de prendre une décision au sujet de
la réunion de jeudi?
M. Jay Hill: Oui.
M. Brent St. Denis: J'essaie d'entendre quelque chose malgré
tout le tapage. J'ai cru entendre que nous n'avons pas de témoins
pour jeudi.
Le président: Le greffier m'a informé que le personnel a
essayé d'en avoir. Il n'y en avait qu'un de disponible; ils ont
abandonné.
M. Brent St. Denis: En ce qui concerne le nombre de séances
sur le projet de loi C-14 et vu que l'on souhaite s'atteler à
plusieurs tâches que l'opposition et le gouvernement veulent mener
à bien, je me demande si vous ou le greffier pouviez demander à
l'opposition si ses membres considèrent que toutes ces séances sur
le projet de loi C-14 sont vraiment utiles. C'est tout. Dans
l'affirmative, alors on les tiendra. Les partis de l'opposition
jugent-ils que l'on pourrait se satisfaire d'une ou deux séances en
moins, en invitant plus de témoins par réunion? Je pose la
question.
M. Jay Hill: Monsieur le président, quand on regarde ce qu'on
a sous les yeux, on se rend compte que le secrétaire parlementaire
a sans doute raison. On constate qu'il y a trois séances—celle du
jeudi qui est plus ou moins en suspens—au cours desquelles des
gens s'exprimeraient sur le projet de loi C-14. Qui sont tous ces
témoins?
Le président: Un assez grand nombre d'entre eux sont proposés
par le ministère, si je ne me trompe pas.
M. Jay Hill: Ai-je soumis des noms? Je n'en sais rien.
M. Brent St. Denis: Il se peut que l'on puisse...
M. Jay Hill: Mes collaborateurs prennent peut-être des
initiatives sans me mettre au courant.
Le président: Vous êtes censé l'être.
M. Brent St. Denis: Nous avons une liste de témoins.
Mme Bev Desjarlais: Je crois qu'environ 160 armateurs vont
comparaître à propos du projet de loi C-14.
Une voix: Pour faire chacun leur exposé.
M. Marcel Proulx: On pourrait peut-être décréter une Journée
du projet de loi C-14.
M. Jay Hill: Une Année du projet de loi C-14.
Avez-vous proposé une série de noms? Est-ce de là que viennent
tous ces témoins, Bev?
Une voix: Elle plaisantait.
M. Jay Hill: Pourquoi ces témoins comparaissent-ils si
personne ne souhaite les entendre?
Mme Bev Desjarlais: Y a-t-il une liste des témoins?
M. Jay Hill: Qui les a proposés?
Le président: Paul, pourquoi ne dites-vous pas à nos collègues
ce qu'il en est exactement.
Le greffier du comité: Nous avons reçu du ministère des
Transports une liste d'une vingtaine d'organismes. Nous sommes en
train de les contacter pour savoir s'ils ont l'intention de
comparaître devant le comité.
Le président: Si l'opposition souhaite inviter quelqu'un,
faites-en part à Paul.
M. Jay Hill: Pas moi. C'est cela que je voulais dire.
Mme Bev Desjarlais: Je sais que le Conseil des chargeurs a
l'intention de comparaître. Ils ont déjà entrepris des démarches en
ce sens. J'ignore quelle sera l'importance de leur délégation. On
pourrait peut-être obtenir la liste de ceux qui viendront de
manière à se faire une idée.
M. Brent St. Denis: Paul pourrait peut-être nous communiquer
la liste de ceux qui ont déjà répondu par l'affirmative. On
pourrait, par exemple, convenir que ces trois-là peuvent venir en
même temps puisqu'ils défendront tous le même point de vue. C'est
tout ce que j'avais à dire.
M. Jay Hill: Pourquoi ceux qui étaient programmés pour jeudi
ont-ils annulés?
Le greffier: Pour la plupart, c'était parce qu'ils ne
jugeaient pas le préavis suffisamment long à partir du moment où
nous avons commencé à faire les appels. Ils n'auraient disposé que
d'environ une semaine, et ils n'étaient pas en mesure de...
M. Jay Hill: Je ne comprends pas. Pourquoi le ministère
cherche-t-il à faire traîner les choses? Si tous ces témoins sont
suggérés par le ministère et si nous sommes tous d'accord pour que
juste après le congé, on entreprenne l'examen article par article
et que l'on en finisse avec toute cette affaire...
M. Brent St. Denis: Jay, si vous permettez, à la défense des
fonctionnaires du ministère, ils ont probablement pris la liste
complète de toutes les parties prenantes en voulant dire au comité:
voici notre liste de noms; faites votre choix.
M. Jay Hill: Si c'est pour aboutir à un défilé de gens qui
viennent dire qu'ils sont tous en faveur de cette mesure
législative, en quoi cela peut-il nous être utile?
• 1735
Mme Bev Desjarlais: A-t-on reçu des demandes de certains
organismes? J'avais l'impression que le Conseil des chargeurs avait
demandé à comparaître. D'autres ont-ils fait le même chose?
Le greffier: Plusieurs organismes nous ont contactés, et j'en
ai moi-même contacté quelques-uns.
M. Brent St. Denis: Tenons-nous en à ceux qui ont donné suite,
aux quelques autres dont nous attendons la réponse; et allons-y
avec ça. S'ils ne sont pas plus intéressés que cela...
Le président: Et efforcez-vous de les faire tous venir
ensemble.
Mme Bev Desjarlais: Mais si cela est possible, juste au cas où
quelqu'un s'intéresserait à...
Le président: On les fera venir tous ensemble et on essaiera
d'expédier tout ça. C'est ce que tout le monde veut, si je
comprends bien. Tout le monde veut en finir.
Mme Bev Desjarlais: Commençons par voir combien ils sont.
Le président: Bien sûr. Rien n'est gravé dans le marbre.
Mme Bev Desjarlais: Je ne voudrais pas non plus en entendre
dix le même jour.
Le greffier: Nous avons déjà prévu, à toutes fins utiles, pour
le 24 avril, le jour de la reprise, une dizaine de témoins pour une
table ronde.
Le président: J'en conclus que nous ne nous rencontrerons pas
jeudi. Nous allons en rester là jusqu'au 24 avril, après le congé
de Pâques.
La séance est levée.