STANDING JOINT COMMITTEE ON
OFFICIAL LANGUAGES
COMITÉ MIXTE PERMANENT DES
LANGUES OFFICIELLES
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mardi 2 mai 2000
• 1542
[Français]
La coprésidente (Mme Raymonde Folco (Laval-Ouest,
Lib.)): Veuillez prendre vos places, messieurs
et mesdames les membres du comité.
Bonjour. Nous sommes aujourd'hui le mardi 2 mai de
l'an 2000. Il s'agit de la dixième séance du Comité mixte
permanent des langues officielles. Conformément à
l'alinéa 108(4)b) du Règlement, nous poursuivons
l'étude des politiques et des programmes de langues
officielles.
Aujourd'hui, nous avons invité l'honorable
Jean-Maurice Simard, sénateur, qui est venu en
compagnie de deux autres témoins pour nous parler
du rapport qu'il a présenté l'automne passé
au Sénat.
Je vous souhaite la bienvenue,
monsieur le sénateur. Je vous invite à
présenter les personnes qui vous accompagnent, après
quoi nous vous accorderons 15 minutes pour cette première
présentation. Nous passerons ensuite aux questions
des membres de l'opposition officielle, puis à celles
des membres du gouvernement.
S'il nous reste du temps, nous reviendrons peut-être
à d'autres éléments de présentation.
Nous disposons quand même d'assez de temps puisque
plusieurs personnes sont absentes, mais elles
viendront peut-être un peu plus tard. Je sais
que le Sénat siège en ce moment et qu'il faut
quelques minutes aux sénateurs pour arriver jusqu'ici.
Encore une fois, je vous souhaite
la bienvenue, sénateur. La parole
est à vous.
Le sénateur Jean-Maurice Simard (Edmundston, PC,
témoigne à titre personnel):
Madame la présidente et chers collègues parlementaires,
je vais d'abord vous présenter Pierre LeBlanc,
président de PRAXIS Conseillers en gestion, qui a
contribué grandement à la rédaction de
mon rapport; et M. Jean Poirier, ancien
député libéral à la Législature de l'Ontario
et président de l'ACFO de Prescott-Russell, un vrai
patriote.
[Traduction]
Vous devez comprendre que j'ai un problème d'élocution. Je ne
répondrai pas à vos questions.
[Français]
J'ai des problèmes d'élocution et je ne pourrai donc
pas répondre à vos questions. Mon texte sera lu
par Pierre LeBlanc.
MM. Poirier et LeBlanc vont répondre à vos questions.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci,
sénateur.
La parole est à vous, monsieur LeBlanc.
• 1545
M. Pierre LeBlanc (président, PRAXIS Conseillers
en gestion): Mesdames les coprésidentes et chers collègues
parlementaires, je tiens tout d'abord à vous remercier
de m'avoir donné l'occasion de comparaître devant vous
en vue de donner suite à l'étude De la coupe aux
lèvres: un coup de coeur se fait attendre que j'ai
déposée au Sénat du Canada le 17 novembre 1999.
Permettez-moi de rappeler que ma démarche avait débuté 17
mois plus tôt, soit le 17 juin 1998, alors que je
déposais une motion d'interpellation devant le Sénat
canadien pour saisir mes collègues
de l'érosion sérieuse des assises
de la dualité linguistique qui me préoccupait au plus
haut point, et qui me préoccupe toujours, et pour les
inviter à débattre de ces questions d'intérêt national.
J'ai alors annoncé mon intention d'entreprendre une
étude approfondie de ces questions et de procéder à des
consultations dans l'ensemble du pays en vue de
déterminer ce qu'il fallait faire pour remédier à la
situation.
Mes analyses et ma quête de solutions
pratiques m'ont convaincu plus que jamais que le sort
des communautés minoritaires de langue officielle du
Canada et le sort de la fédération canadienne elle-même
sont profondément liés l'un à l'autre. Ma réflexion
m'a aussi convaincu que l'épanouissement des
communautés francophones et acadiennes constitue une
responsabilité fondamentale du Canada, l'État et la
société civile.
Ce qui m'inquiète le plus, chers collègues, c'est
l'indifférence d'un grand nombre de chefs de file au
pays à l'égard de cette responsabilité fondamentale du
Canada, leur négligence à l'égard de leur
responsabilité. Il arrive aussi que, par inadvertance,
les médias de langue anglaise méprisent le Canada. Ils
menacent l'avenir du Canada par leur manque d'intérêt à
un enjeu aussi fondamental et leur indifférence à
l'endroit de l'autre moitié de la dualité linguistique
canadienne, qu'ils ignorent.
Voici une illustration de ce que j'avance. Comme vous
le savez, j'ai tenu à ce que le lancement de mon étude
ait lieu à Fredericton, la capitale de la province
officiellement la plus bilingue au pays. J'avais
invité des députés du gouvernement et de l'opposition,
ainsi que quelques ministres, notamment celui de la
Francophonie. Pas un seul n'est venu. J'avais aussi
invité la presse, la radio et la télévision de langue
anglaise. Pas un seul journaliste des médias de langue
anglaise, CBC compris, n'est venu.
Assez curieusement, un seul fonctionnaire fédéral,
venu de Moncton, était présent, soit Mme Jeanne
Renault,
représentante de la commissaire aux langues officielles
en Atlantique.
Parfois, l'indifférence tue à petit
feu.
[Traduction]
Bien qu'il se soit agi d'un lancement peu encourageant à cet
égard pour mes collaborateurs et moi, à cause des efforts
considérables que nous avions consacrés à cette étude, le vent a
néanmoins tourné et l'intérêt des uns nous a fait oublier pendant
un certain temps l'indifférence des autres.
D'abord, les porte-parole des communautés minoritaires de
langue officielle d'un bout à l'autre du pays ont applaudi d'une
seule voix la qualité de notre analyse et la pertinence de nos
recommandations.
La couverture médiatique s'est aussi avérée très favorable,
comme en témoigne l'échantillon de la presse écrite que j'ai annexé
à la présente déclaration. L'éditorial de Murray Maltais, par
exemple, dans Le Droit m'a fait chaud au coeur. Le sénateur Rivest,
que je remercie bien sincèrement de m'avoir prêté sa voix pour
présenter notre étude au Sénat le 17 novembre, a donné une dizaine
d'entrevues aux médias électroniques. L'intérêt qu'a soulevé De la
coupe aux lèvres a dépassé mes attentes. Pour répondre à la
demande, nous avons dû réimprimer le rapport, même après que plus
d'un millier d'intéressés furent venus le chercher sur Internet, et
la deuxième impression a été entièrement liquidée.
De nombreux organismes m'ont invité à présenter un coup de
coeur se fait attendre et à discuter de ses conclusions et
recommandations. Il m'a été possible d'accepter un certain nombre
d'invitations, mais j'ai malheureusement dû en refuser plusieurs
autres. J'ai reçu de nombreux appels téléphoniques et plusieurs
dizaines de lettres de félicitations et d'appui. Des gens que je
n'ai jamais vus et que je ne connais pas m'ont dit avoir beaucoup
apprécié la lucidité de mon rapport et ont tenu à me remercier
d'avoir eu le courage de dire tout haut ce qu'ils pensent depuis
longtemps et que la pression sociale les empêche de dire. Ils m'ont
remercié d'avoir redonné à l'esprit critique ses lettres de
noblesse. Et je leur avais redonné la parole libre.
• 1550
[Français]
Mesdames les coprésidentes, permettez-moi de parler
franc. Le Comité mixte permanent des langues officielles
peut jouer un rôle très important dans la progression
vers l'égalité du français et de l'anglais à laquelle
nous convie l'article 16 de la Loi constitutionnelle
de 1982. Toutefois, l'effet des témoins qui se suivent
les uns les autres devant votre comité, qu'ils soient
ministres ou simples citoyens, ne dure que l'espace d'un
matin, le temps d'une rose. Vous pouvez délibérer
pendant des mois et des années, et vos travaux peuvent
n'avoir que peu de conséquences. À vrai dire, l'impact
des travaux de ce comité et des efforts de ses membres
se résume aux suites que le gouvernement donne aux
rapports et recommandations que vous lui présentez.
En novembre 1996, ce comité a présenté un rapport sur
la mise en oeuvre de la partie VII de la Loi sur les
langues officielles. Le protocole signé entre le
président du Conseil du Trésor et la ministre du
Patrimoine canadien qui en a résulté a permis de
mieux intégrer cette partie clé de la loi dans le
régime de planification des ministères de l'ensemble du
gouvernement. Sans cela, il n'en serait rien. Voilà
une plume à votre chapeau, membres du comité, que
personne ne peut vous enlever.
Dans mon rapport, j'ai fait plusieurs recommandations.
À mes yeux, elles sont toutes suffisamment importantes
au point qu'aucune d'elles ne devrait être ignorée.
Le développement des communautés est multidimensionnel
de telle sorte qu'en agissant dans un seul secteur, on
a peu de chances de pouvoir changer la situation. Je
sais par ailleurs que la tradition veut que ce comité
se limite à quelques recommandations clés.
J'ai donc longuement réfléchi à la question et je vous
invite par conséquent à vous concentrer sur quelques
questions fondamentales à partir desquelles votre
comité pourrait présenter au gouvernement un rapport
court et percutant.
[Traduction]
La première question concerne les droits à l'instruction dans
la langue de la minorité garantis depuis 1982 par l'article 23 de
la Charte canadienne des droits et libertés. À cet égard, je vous
invite à lire le texte du discours que la commissaire aux langues
officielles, Mme Dyane Adam, a présenté aux États généraux de la
petite enfance à Toronto le 29 janvier dernier.
D'abord, vous vous souviendrez que la Cour suprême du Canada
a rappelé dans l'arrêt Arsenault-Cameron que le but de l'article 23
est de remédier, à l'échelle nationale, à l'érosion historique
progressive de groupes de langue officielle et d'en faire des
partenaires égaux dans le domaine de l'éducation.
Ensuite, près de la moitié des enfants ayant droit à l'école
française au Canada étudie dans le réseau des écoles de langue
anglaise. Le pire, c'est qu'il n'y a eu pratiquement aucun progrès
à ce chapitre.
Enfin, il y a dix ans déjà, la Cour suprême statuait, dans
l'arrêt Mahé, que l'article 23 est la clé de voûte de l'engagement
du Canada envers le bilinguisme.
Vous comprendrez dès lors que le gouvernement du Canada a une
responsabilité fondamentale en vertu de l'article 23 et qu'il
serait temps, 18 ans après l'entrée en vigueur de ces droits
constitutionnels, qu'il se donne un plan de mise en oeuvre de ces
droits capable de réaliser le but de l'article 23 avant que la
Charte ne fête son 25e anniversaire.
[Français]
La deuxième question concerne l'immigration. La raison
en est fort simple. La force d'attraction de
l'anglais sur les Canadiens d'expression française, qui
conduit à leur assimilation, est connue de tous. Avec
un taux de natalité parmi les plus bas au pays, le
groupe francophone en situation minoritaire a cessé
de croître.
Pourtant, si l'immigration à l'extérieur du Québec
profitait aux francophones autant qu'elle profite aux
anglophones, proportionnellement à leur poids démographique
respectif, on enrayerait les effets qu'entraîne
l'anglicisation sur
le nombre de francophones au pays.
La discrimination systémique qui prévaut à l'heure
actuelle en ce qui concerne la promotion, l'accueil et
l'intégration des immigrants mine la vitalité
démographique des communautés francophones et
acadiennes
et doit être corrigée de toute urgence.
C'est une injustice historique à laquelle le
gouvernement du Canada doit remédier avec diligence.
• 1555
La troisième question concerne le régime d'application
de la partie VII de la loi, que le commissaire aux
langues officielles qualifiait d'«inapproprié» dans les
toutes premières pages de son dernier rapport annuel. Il y a
bien eu quelques améliorations depuis, mais elles ne
suffisent pas pour renverser le verdict.
Pourtant, il y a de l'espoir. Un vent nouveau, plus
respectueux de la règle de droit, semble souffler sur
la dualité linguistique canadienne. Je me réjouis au
plus haut point du sens des responsabilités et du
leadership qui semblent se dégager des actions du
Comité des sous-ministres responsables des langues
officielles. J'incite ce dernier à ajouter les trois
questions traitées ci-haut aux quatre priorités
actuelles de son plan d'action. La réponse du
gouvernement aux recommandations de la commissaire aux
langues officielles concernant le français sur Internet
et le projet de loi concernant la transformation du
transport aérien suggèrent que le gouvernement peut
mâcher de la gomme et marcher en même temps. C'est un
bon signe. La présidente du Conseil du Trésor inspire
davantage confiance, et la ministre du Patrimoine
canadien est mieux appuyée par son sous-ministre.
Il est grand temps de passer aux actes. Les trois
domaines d'intervention ci-dessus concernent la mise en
oeuvre par l'État des droits fondamentaux des
Canadiens. Les violations répétées de la loi, voire de
la loi suprême, ne peuvent continuer de rester impunies
et sans conséquences car ce serait mettre en danger
les fondements mêmes de l'ordre social.
Je suis heureux que vous ayez accepté l'invitation de
la commissaire aux langues officielles d'étudier mon
rapport et de vous pencher sur ses recommandations en
vue de stimuler le gouvernement à y donner suite.
Mesdames les coprésidentes, la balle est maintenant
entre vos mains.
[Traduction]
Je vous remercie de votre attention.
[Français]
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci,
monsieur LeBlanc et sénateur Simard.
Je voudrais répondre en vous disant simplement que si
nous vous rencontrons si tard dans l'année, ce n'est
certainement pas par manque d'intérêt. Au contraire,
c'est simplement que nous avons, comme vous le savez,
eu un calendrier extrêmement chargé. Je m'en excuse.
Sénateur, nous savons que votre rapport est
extrêmement important, non seulement en
raison de ce
qu'il analyse, mais aussi à cause
des recommandations dont il fait
état.
Je cède maintenant la parole à M. Hill, à qui
j'accorde sept
minutes, qui comprendront autant sa question que votre
réponse. Monsieur Hill, s'il vous plaît.
M. Grant Hill (Macleod, Alliance canadienne):
Je vous remercie de votre témoignage, monsieur le
sénateur.
À la page 6 des coupures de presse qu'on nous a
remises, on lit: «Ottawa devrait imposer le
bilinguisme officiel». Il s'agit d'un article de
Denis Gratton paru dans Le Droit.
Est-ce le message qu'on devrait retenir de votre
rapport?
M. Pierre LeBlanc: Puis-je vous demander,
monsieur Hill, de préciser où nous devrions imposer le bilinguisme
officiel, selon vous?
M. Grant Hill: C'est le titre de cette coupure de
presse. Je désire
savoir si c'est le message que nous a transmis le
sénateur dans son rapport.
M. Pierre LeBlanc: La loi est claire là-dessus:
les deux langues officielles sont
partie intégrante du fondement du pays et le
bilinguisme officiel s'applique donc à tout
l'appareil gouvernemental fédéral. À
notre avis, dans la mesure où les provinces adhèrent
aux principes fondamentaux du pays, elles devraient
également assumer le statut du bilinguisme officiel.
M. Grant Hill: Vous dites donc qu'Ottawa devrait
imposer le bilinguisme officiel.
Le sénateur Jean-Maurice Simard: Oui, c'est la loi
du pays.
• 1600
M. Grant Hill: La loi du pays dit clairement que
le bilinguisme officiel s'applique là où le nombre le
justifie. C'est la loi. Ce n'est pas à Ottawa
d'imposer cette loi aux provinces. C'est difficile à
comprendre pour les gens de l'Ouest, où il n'y a...
Dans ma circonscription, il y a moins de 1 p. 100 des
gens qui parlent le français. Est-ce qu'Ottawa devrait
imposer le bilinguisme officiel à cet endroit?
M. Pierre LeBlanc: Je vous ferai remarquer deux
choses, monsieur Hill. D'abord, je suis Fransaskois.
Est-ce que vous savez ce que c'est qu'un Fransaskois?
Un Fransaskois, c'est un francophone de la Saskatchewan.
Donc, je suis de l'Ouest, moi aussi.
M. Grant Hill: Il y a des endroits où il serait
raisonnable qu'on ait un statut bilingue.
M. Pierre LeBlanc: La clause «là où le
nombre le justifie» fait partie de l'article 23 de la
Charte, qui s'applique au droit à l'éducation.
C'est très différent de la Loi sur les langues
officielles et de la politique des langues
officielles qui s'appliquent à l'échelle du pays.
M. Grant Hill: C'est bien.
Voici une autre question. Dans la province de Québec, il y
a 0,6 p. 100 des employés de la fonction publique qui
parlent l'anglais, qui sont des anglophones. Quelle
est la position du sénateur sur ce problème qui en est
un, quant à moi, pour les minorités de la province de
Québec? Quelle est sa position?
M. Pierre LeBlanc: Monsieur Poirier, est-ce que
vous voulez...
M. Jean Poirier (président, ACFO
Prescott-Russell): Vous
parlez de 0,6 ou 0,7 p. 100 des fonctionnaires.
Parlez-vous de fonctionnaires fédéraux ou provinciaux
qui s'expriment en anglais?
M. Grant Hill: Ce sont les fonctionnaires du
gouvernement québécois.
M. Jean Poirier: Nous parlons du gouvernement
fédéral, premièrement. Je pense qu'on doit s'en tenir
aujourd'hui au gouvernement fédéral. Je ne suis sûrement pas
ici pour parler de bilinguisme officiel au sein des
différents gouvernements provinciaux à cause du peu de
temps dont nous disposons. Mais à l'échelle du
gouvernement fédéral, je pense qu'au
Québec—corrigez-moi si je me trompe—le pourcentage
de fonctionnaires fédéraux capables de desservir la
communauté minoritaire de langue anglaise au Québec est
autrement plus élevé que 0,6 ou 0,7 p. 100.
Monsieur le député, si je pouvais, comme
francophone hors Québec, avoir autant de services en
français que les anglophones du Québec en ont du
gouvernement fédéral, je pense que ce serait déjà un
bon départ. Il ne faut pas comparer des oranges
et des pommes. Contentons-nous de comparer les
services offerts aux minorités de langue officielle
au Canada hors Québec aux services offerts à la
communauté de langue anglaise au Québec. À ce
moment-là, la comparaison sera équitable.
Je ne sais pas pourquoi on fait intervenir le
gouvernement provincial du Québec dans la discussion,
monsieur le député.
M. Grant Hill: Pour moi, le problème qui se pose
ici, c'est qu'une province du Canada désire une seule
langue dans le milieu de travail, alors que dans le
reste du Canada, on désire que les personnes soient
bilingues. C'est un problème pour les gens de l'Ouest
parce que c'est évident que ce n'est pas équitable.
M. Jean Poirier: Je ne sais pas comment on
pourrait définir le mot «équitable». Peut-être en
avons-nous une interprétation différente, monsieur le
député. Je pense toutefois que, lorsqu'on parle du
gouvernement fédéral au Québec, on n'a pas à
s'inquiéter de la qualité
et de la quantité des services qui sont offerts
à la communauté de langue anglaise. Il n'y a pas de
comparaison possible.
Si on va dans l'Ouest, je pense qu'on va avoir
beaucoup plus de difficulté, en Saskatchewan, en
Alberta, dans les territoires ou ailleurs, à obtenir
des services en français du gouvernement fédéral que
les Anglo-Québécois en ont à obtenir des
services en anglais du
gouvernement fédéral au Québec, monsieur le député. Il
n'y a pas de comparaison.
Mais si on parle de respect, je suis parfaitement
d'accord avec vous que la communauté anglophone du
Québec devrait obtenir, en qualité et en quantité, des
services en langue anglaise du gouvernement fédéral au
Québec. Je suis convaincu qu'ils les obtiennent,
contrairement aux communautés francophones hors Québec
qui, la plupart du temps,
n'obtiennent pas ailleurs au
Canada des services de qualité en quantité suffisante.
Il y a encore des lacunes, d'où les recommandations de
la commissaire aux langues officielles et des personnes
qui l'ont précédée dans ce poste.
M. Grant Hill: C'est bien.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci,
monsieur Hill. Monsieur Plamondon s'il vous plaît.
M. Louis Plamondon (Bas-Richelieu—Nicolet—Bécancour, BQ):
Merci.
• 1605
D'abord, monsieur le sénateur, je voudrais vous
féliciter. Je sais que vous avez reçu vendredi
dernier l'Ordre des francophones d'Amérique. C'est
peu commun d'avoir un tel hommage. Tous les membres
du comité peuvent se joindre à moi pour vous offrir nos
félicitations pour cet hommage qui vous a été conféré.
Il se trouve que, dans votre rapport, vous avez très
bien établi la différence entre le bilinguisme et la
dualité linguistique. Depuis les cinq ou
six ans que je siège à ce comité, je remarque que la
philosophie d'approche du ministère responsable des
langues officielles, que ce soit le Conseil du Trésor
ou le ministère du Patrimoine canadien, est devenue un
hymne au bilinguisme: tout va bien, il y a de plus en
plus de gens bilingues. C'est la réponse que nous
donne toujours la ministre responsable, l'honorable
Sheila Copps: il y a plus de gens bilingues.
Quand on lui fait remarquer que dans sa
circonscription, le taux d'assimilation a été de 80 p.
100 l'année dernière, elle nous répond que ce n'est pas
grave, car il y a plus de gens bilingues. C'est
toujours sa réponse.
Or, l'esprit de la Loi sur les langues officielles,
que vous avez bien saisi, n'est
pas de faire la promotion du bilinguisme, mais bel et
bien de promouvoir la dualité linguistique et, comme
vous l'avez dit dans votre rapport, de faire en sorte
qu'un francophone
ou un anglophone sente que ses droits sont respectés
dans chacune des parties de ce pays.
Or, après 30 ans de cette Loi sur les langues
officielles, après des milliards de dollars investis,
on se rend compte que la communauté francophone est
plus faible et que le taux d'assimilation est très
élevé. Charles Castonguay parlait de disparition
tendancielle de six minorités après l'analyse du
dernier rapport de Statistique Canada. C'est quand
même grave.
Je lis deux courts extraits de votre rapport. Vous
avez dit:
Il est indéniable que la continuité linguistique et
culturelle des minorités linguistiques francophones du
Canada n'est pas acquise. Le renouvellement, le
développement et l'épanouissement de ces communautés ne
sont pas assurés. Pas plus que la pleine reconnaissance
de l'égalité d'usage
du français et de l'anglais dans la
société canadienne.
C'est ce que vous dites à la page 27 de votre rapport. Vous allez
même jusqu'à dire ceci à la page 54:
La dualité linguistique n'est pas synonyme de
bilinguisme individuel. La dualité linguistique
signifie que le citoyen francophone ou anglophone peut
se retrouver dans son pays, se reconnaître dans ses
symboles et ses rituels, se faire servir, vivre,
s'éduquer et travailler dans sa langue. Il ne faut pas
confondre les deux.
Vous dites également, et je pense que cela pourrait
répondre à question de M. Hill:
Il faut également faire la
distinction
entre le bilinguisme étatique et le bilinguisme
individuel. Il est évident que la dualité linguistique
comprend le bilinguisme de nos institutions
gouvernementales. Et nos gouvernements ont tout un
boulot à accomplir avant que leurs institutions soient
effectivement bilingues aux termes de notre régime
constitutionnel et législatif.
Ce paragraphe résume bien votre pensée et tout
votre rapport. J'ai envie de vous demander si
vous voulez élaborer un peu là-dessus. Il me semble
que ce message n'est compris ni ici, au comité, ni par
les dirigeants ou ceux qui doivent appliquer cette loi
dans notre pays, et je dis «dans notre pays» entre
guillemets.
M. Yvon Godin (Acadie—Bathurst, NPD): «Notre
pays» va convenir.
M. Pierre LeBlanc: Merci bien, monsieur Plamondon.
Heureusement que vous n'avez pas glissé dans
l'érotique et dans l'erratique.
M. Louis Plamondon: Ai-je dit «erratique» alors que
c'était «étatique»?
Des voix: Ah, ah!
M. Pierre LeBlanc: Effectivement, la distinction a
toujours été, que ce soit en Saskatchewan ou en
Ontario... Je me souviens que dans les années 1980,
alors qu'on travaillait très fort à l'établissement des
collèges francophones en Ontario, on était toujours
bloqués par cette notion. Sur le plan de la politique
canadienne, et dans ce cas-là de la politique
ontarienne, on cherchait toujours à produire des gens
bilingues et on était persuadé qu'on y arriverait par
le biais d'institutions bilingues.
On n'avait pas compris à ce moment-là que la meilleure
façon de produire des francophones unilingues
anglophones était effectivement de passer par des
institutions bilingues.
• 1610
Donc, on n'avait pas compris que la notion centrale
était effectivement la capacité des
individus et des collectivités de parler leur langue et
d'avoir les moyens de le faire.
La distinction qu'on doit faire
entre le bilinguisme officiel étatique, c'est-à-dire
les deux langues officielles et la responsabilité du
gouvernement fédéral d'assurer le développement et
l'épanouissement des communautés minoritaires, et la
dualité linguistique des citoyens canadiens,
c'est-à-dire la
capacité des individus de parler leur langue et de
s'exprimer au niveau de la culture, n'est pas toujours
comprise. On confond souvent les deux.
M. Louis Plamondon: Est-ce que j'ai encore du
temps, madame?
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Je vous
donne tout le temps que vous voulez aujourd'hui.
M. Louis Plamondon: Vous aviez quelque chose à
ajouter, monsieur Poirier?
M. Jean Poirier: Oui. Ayant siégé comme
député à Queen's Park, à Toronto, pendant plus de 10 ans
et étant moi-même Franco-Ontarien, je peux vous assurer que
les gens ont parfois de la difficulté à s'entendre sur la
définition du bilinguisme. Ça veut dire quoi, le
bilinguisme?
Le bilinguisme, c'est quoi pour qui, par exemple? Je
sais bien que moi, je ne suis pas un bilingue. Je suis
un francophone bilingue. D'ailleurs, j'en suis fier.
Mais pour les gens de la majorité chez nous, être
bilingue n'a pas la même signification que pour moi,
Franco-Ontarien, de conserver ma langue maternelle.
J'ai rencontré nombre de personnes qui sont bilingues,
à qui je dis «bravo». Elles sont bilingues
anglais-français, bien sûr, puisque le terme «bilingue»
pourrait
s'appliquer à deux autres langues. Parmi ces
personnes, certaines ne comprennent absolument rien à la
spécificité, aux besoins que nous, francophones, avons
de recevoir des services en français de notre
gouvernement et de vivre dans des conditions qui nous
permettent de nous développer tout en restant
francophones.
Comme j'ai souvent dû l'expliquer à Queen's Park à mes
collègues, en réponse à la célèbre question «What do
the French want?», peut-être que si elles regardaient
comme il le faut, ces personnes
verraient que nous avons des besoins
en rapport avec une spécificité. Si j'étais toujours
là aujourd'hui, je dirais peut-être que nous sommes une
société distincte pour leur faire comprendre que nos
besoins et nos attentes linguistiques et culturelles sont
différents des leurs.
Quand on parle de bilinguisme, cela veut dire être au
service de la communauté francophone et de la
communauté anglophone du Canada selon des besoins qui
peuvent être différents, mais dans le respect des
différences et aussi des choses qu'elles ont en commun.
Je crois que par rapport à cette politique de
bilinguisme, comme vous l'avez si bien dit, des gens
qui sont de bonne foi, qui veulent bien aider, qui
croient au bilinguisme s'y prennent de la mauvaise
façon, d'une façon qui n'est pas toujours utile,
utilisable et réaliste dans la lutte que nous menons pour
demeurer francophones en dehors du Québec.
M. Louis Plamondon: J'ai une question à vous poser
qui n'a pas pour but de vous piéger ou de faire dévier le
débat. Je la pose souvent et je n'ai jamais obtenu
de réponse satisfaisante.
M. Pierre LeBlanc: On est là pour ça.
M. Louis Plamondon: Chaque fois que
j'ai eu à questionner des gens
très importants de la communauté francophone,
que j'appellerai encore «hors Québec» même si on n'aime
plus l'appeler comme ça, ou plutôt des communautés
francophones canadiennes et acadienne, on lie toujours
l'existence même des droits de cette minorité à l'unité
nationale. Ça me fatigue un peu.
Si les francophones hors Québec croient au
Canada, croient qu'il y a une Charte, croient qu'il y a
une Constitution, pourquoi craignent-ils que ces droits
puissent devenir caducs advenant la souveraineté du
Québec, comme vous le dites à la page 73 de votre
rapport?
Pourquoi ne serait-il pas temps de changer de langage
et de dire que vos droits sont là, qu'ils sont
nécessaires, que vous êtes un des peuples fondateurs
des autres provinces également? Vous étiez
majoritaires dans les provinces de l'Ouest
lorsqu'elles ont été fondées et vous avez des droits
qui sont reconnus dans la Constitution et qui devraient
continuer de l'être
même s'il y a avènement de la souveraineté.
Les souverainistes disent, et c'est bien clair
dans les programmes du Parti Québécois et dans tous les
discours qui ont été prononcés, que les droits des
anglophones actuels seront conservés et même davantage
protégés.
Comme vous l'avez indiqué tout à l'heure,
les droits dont jouit la minorité anglophone du Québec
font l'envie de la
minorité francophone hors Québec et de nombreuses
autres minorités dans le monde.
• 1615
Serait-il possible de parler des droits des
francophones hors Québec en termes de droit à l'éducation,
de droit à la santé et de droit aux services sociaux
sans les lier à la question de
l'unité nationale? Il ne me semble pas y avoir de
rapport entre ces deux questions. À mon avis, il n'y a
pas de lien entre la souveraineté et les droits des
anglophones du Québec. Ces derniers savent fort bien
qu'ils bénéficieront des mêmes droits, qu'ils soient à
l'intérieur du Canada ou pas. Alors, pourquoi ne
serait-ce pas la même chose pour vous
autres?
Il s'agit peut-être d'une question
que le sénateur pourra prendre
en délibéré, comme nous le suggère Mme la
présidente. Il pourrait me répondre par écrit.
M. Jean Poirier: Nous sommes en mesure de vous
répondre tout de suite. Nous livrons à domicile,
comme une pizzeria. Il n'y a pas de problème.
M. Louis Plamondon: Ah, ah!
M. Jean Poirier: Tout comme le dit
la devise de l'ACFO, Nous sommes, nous
serons, nous voulons être aujourd'hui et nous serons
là demain. Peu importe que ces deux questions soient
liées ou pas, nous avons déjà suffisamment
de difficulté aujourd'hui à vivre au quotidien.
On nous demande de faire le développement de notre
communauté et de faire respecter de nos droits. On débat
actuellement de l'écart qui existe entre ce qui est écrit
sur papier quant à nos droits et ce que nous avons réellement.
Si on respectait nos droits qui sont inscrits sur papier,
on ne serait pas
ici devant vous aujourd'hui.
Peu importe la forme que prendra
le Canada à l'avenir,
que ce soit lié à gauche ou à droite, peu
importe ce que décidera le peuple québécois, quand on
est francophone hors Québec, mon cher ami et monsieur
le député, on sait ce que signifie l'expression «être un
pion dans l'échiquier politique». On fait toujours
l'objet d'un marchandage. Un de mes
collègues à
Queen's Park disait, alors que je siégeais au Comité de
l'administration de la justice:
[Traduction]
«Quand le Québec cessera de maltraiter les anglophones, nous
envisagerons peut-être de mieux vous traiter, vous, les Canadiens
français».
[Français]
Combien de fois ai-je entendu ça! On est toujours des
biens qu'on marchande. C'est très fatigant
lorsqu'on essaie d'assurer sa survie et son
épanouissement que d'avoir à éteindre tout le temps
des feux qui sont allumés par les pyromanes de la
langue. Il est très difficile de penser à
l'avenir de nos droits quand on a de la difficulté à les
faire respecter aujourd'hui, peu importe où on se
trouve et peu importe le palier de gouvernement dont on
parle. Le respect n'est pas le monopole
de quiconque.
Tous devraient respecter les textes législatifs et
juridiques. On ne devrait pas se contenter de les
consigner sur papier; les gens devraient respecter
leurs dispositions et les mettre en
oeuvre. On doit respecter l'esprit
de la loi afin que nous, francophones dans nos
communautés, ne soyons pas obligés de venir devant
votre comité pour vous dire qu'il y a des problèmes au
niveau de l'application de ces célèbres droits,
chartes,
constitutions, etc. J'espère voir le jour où nous ne
serons plus obligés de vous dire qu'il y a un grand écart
entre ces deux choses-là.
Que ce soit lié ou non, on a des droits et des besoins
que doivent combler nos gouvernements.
M. Louis Plamondon: J'aime votre réponse.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Monsieur
Plamondon, si vous me le permettez, je vous donnerai la
parole au deuxième tour.
Monsieur LeBlanc, vous vouliez répondre à M.
Plamondon?
M. Pierre LeBlanc: J'allais ajouter quelques
précisions.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Je vous en
prie. Je donnerai ensuite la parole à M. Godin.
Je vous en prie, monsieur LeBlanc.
M. Pierre LeBlanc: Il y a effectivement eu un
glissement face au respect de nos droits actuels. Il y
a un écart entre les droits sur
papier et la réalité. Il y a également des reculs qui
se sont fait sentir au niveau des droits comme tels et
de l'expression des droits. Donc, dans un sens, je suis
d'accord avec vous qu'on ne devrait aucunement
nier ou affaiblir l'essence de ces droits.
J'aimerais également soulever un autre élément
qui est relié à cette question, à
savoir l'appui
que peut apporter le Québec aux
communautés francophones hors Québec. Cet appui a
malheureusement été parfois chambranlant dans le passé,
en fonction des ordres du
jour.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci,
monsieur LeBlanc.
Monsieur Godin, la parole est à vous.
M. Yvon Godin: J'aimerais
d'abord souhaiter la bienvenue au
sénateur, d'autant plus qu'il vient de ma province,
le Nouveau-Brunswick.
Je me rappelle que quand j'étais tout petit, j'avais
entendu le sénateur parler des droits des francophones.
J'admire tout le travail qu'il a fait pour les
francophones du Nouveau-Brunswick et je tenais à le
souligner publiquement.
• 1620
Quand je lis son rapport et certaines
choses, je comprends ses inquiétudes
pour les francophones au Canada. À la manière dont
les gens sont traités, on a encore pas mal de chemin à
faire, surtout qu'on n'est même pas encore
prêt à reconnaître que la ville d'Ottawa est bilingue.
On a un bon bout de chemin à faire.
Ça, c'est une chose. Quand on voit toute la
chicane qu'il y a eu au sujet de l'hôpital Montfort, et
ce n'est même pas terminé, on est forcé de se
poser des questions. Le Nouveau-Brunswick est une
province bilingue, la seule au Canada, et on ne sait pas
si la GRC va nous offrir un service en français. On est
encore obligés de se questionner quant au service et on
a été obligés de porter plainte auprès du commissaire aux
langues officielles. On en a parlé dans les nouvelles et
ce n'est pas réglé. Pour ce qui est de la fermeture des
écoles françaises à Saint-Sauveur et à Saint-Simon,
le gouvernement a envoyé la GRC avec des
chiens, des bâtons de base-ball et du gaz
lacrymogène. On sait quel a été le traitement réservé
aux francophones au Canada et on peut en donner des
exemples.
Je regarde votre recommandation:
Nous recommandons la
nomination d'un ministre d'État au développement des
communautés de langue officielles.
Ensuite il y a une autre recommandation:
Nous recommandons la
création au sein du Bureau du Conseil privé d'un
Secrétariat au développement des communautés
francophones et acadiennes.
Ne pensez-vous pas que si
le gouvernement était vraiment sérieux et
voulait régler le problème des langues officielles au
Canada, on n'aurait pas vraiment besoin d'un
ministre des langues officielles et il ne serait pas
nécessaire de
jouer à la balle avec le président du Conseil du
Trésor, le ministre du Patrimoine et même celui de la
Justice, sans que personne n'ait jamais de
réponses à nos questions? C'est un de nos
problèmes. Pourquoi ne pas
avoir un ministère qui s'occuperait précisément des
deux peuples fondateurs reconnus au niveau des langues
officielles, qui sont le français et l'anglais? On
pourrait s'adresser à un ministère
qui ne pourrait pas passer la balle à un autre.
J'aimerais connaître votre opinion là-dessus.
M. Pierre LeBlanc: Si j'ai bien compris,
monsieur Godin, ce que vous suggérez, c'est qu'il y ait
un ministère qui soit responsable des deux populations
majoritaires au niveau des langues.
M. Yvon Godin: Oui.
M. Pierre LeBlanc: Ce ministère assumerait
toutes les fonctions gouvernementales en matière de
justice et autres. Dans un monde idéal, cela pourrait se
faire. En principe, un tel ministre pourrait être
plus fort. Si nous avons recommandé qu'il y ait
un ministre de la Francophonie, c'est que nous nous
retrouvions devant rien. Nous trouvions que c'était une
étape qui était valable et faisable. Dans
le rapport, nous avons voulu faire des
recommandations réalisables qui, en même temps,
généreraient des bénéfices précis et immédiats.
Si on a décidé d'ajouter une unité fonctionnelle
au niveau du
Conseil privé, c'est parce que le rôle du Conseil
privé est de chapeauter et de diriger
l'appareil gouvernemental au niveau
des politiques et des priorités,
et non au niveau opérationnel.
Si nous la situons là, c'est pour
donner au Conseil privé les postes de commande
pour encadrer et assurer la convergence des fonctions
des institutions fédérales en matière de dualité
linguistique.
M. Yvon Godin: C'est tout pour le moment.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco):
Je passe la parole à M. Bélanger.
Excusez-moi, monsieur Bélanger. Je vous en
prie, monsieur Poirier.
M. Jean Poirier: Merci.
J'en ai pour deux secondes.
Ce que Pierre a dit est extrêmement
important en ce sens qu'il faut mettre des personnes clés
dans des postes clés et que ces personnes aient un pouvoir
décisionnel.
Il y a un autre volet. On a sensibilisé tous
les élus, peu importe de quel côté de la Chambre ils se
trouvent, au fait qu'il ne suffit pas de créer des
postes. Il y a des attitudes à
changer en l'an 2000. Même si vous aviez
tous les postes avec tous les pouvoirs, si les attitudes ne
changent pas et qu'il n'y a pas un désir de
comprendre la spécificité des communautés
francophones et acadiennes du Canada de la part
de ceux et celles qui doivent
décider collectivement du sort des communautés, surtout
celles en situation minoritaire, on se dirige vers une
situation intenable, surtout pour les communautés de
langue officielle en situation minoritaire.
Donc, il y a deux volets aux changements à faire, et
cela s'impose parce que le statu quo ne peut plus
être maintenu ainsi. Ceux qui luttent
pour la survie de leur langue, comme chez nous, dans la
francophonie hors Québec, madame la présidente, messieurs et
mesdames les députés et sénateurs, sont fatigués
d'essayer d'expliquer, de justifier, de quémander, de
pousser, de recommander, de demander. On est tannés de
remplir des formulaires et d'expliquer qui nous sommes
et pourquoi nos besoins sont spécifiques. Il faut que
les attitudes changent une fois pour toutes. Cela a
assez duré.
• 1625
M. Yvon Godin: Pour que les attitudes changent—et
je reviens à ma première question—, n'aurait-on pas
besoin d'un ministère qui serait
totalement responsable de cela et qui ne pourrait pas passer
la balle à un autre ministère? Il ne pourrait pas dire
que ce n'est pas sa responsabilité, que c'est la
responsabilité de Patrimoine Canada ou celle du Conseil
du Trésor ou encore celle du ministère de la Justice.
Ce ministre serait totalement responsable de cela
en vertu d'un mandat que lui confierait le premier ministre
et selon lequel il devrait voir
au respect des deux langues
officielles au Canada.
M. Jean Poirier: Il y a deux conditions à cela.
Premièrement, il faut qu'il ait les outils législatifs,
techniques et matériels nécessaires pour la mise en
application de ce qu'il veut bien mettre en application et
deuxièmement, il faut qu'il jouisse d'un mandat politique clair,
net, précis et sans équivoque. Son mandat ne devrait pas
être comme celui de la
commissaire aux langues officielles ou de ses
prédécesseurs, qui ont dit dans le passé qu'ils ne se
sentaient pas appuyés dans leur mandat. Il faudrait que
cette équipe sente que tout le Parlement
est complètement derrière elle, qu'il y a une volonté
politique de la gauche et de la droite, de l'opposition
et du gouvernement pour que ça marche. S'il n'y a
pas de volonté politique, peu importent les outils,
cela ne marchera pas.
Merci, madame la présidente.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci,
monsieur Poirier.
Monsieur Bélanger.
M. Mauril Bélanger (Ottawa—Vanier, Lib.):
J'aimerais faire un commentaire plutôt que poser
une question, madame la présidente, si vous me le permettez.
Je veux, moi aussi, remercier le sénateur Simard pour le
travail qu'il a fait. Je m'en tiens aux recommandations,
parce que j'ai parfois cru percevoir une partisanerie un peu
trop poussée à mon goût dans les commentaires.
Outre ces commentaires, je dois avouer que dans
l'ensemble, les recommandations reflètent les
aspirations de la communauté francophone du Canada hors
Québec, comme on l'appelle. Elles reflètent
certainement la direction dans laquelle ces communautés
voudraient voir le pays évoluer. Là-dessus,
je crois que la plupart des gens peuvent s'entendre.
Du moins, je l'espère.
Je suis surtout content que le sénateur
ait parlé, dans
la présentation de ce matin, d'un vent
nouveau. Je pense qu'on sent
un ressaisissement à l'intérieur de
l'appareil gouvernemental. Je crois
qu'on peut voir qu'on a entrepris une reconnaissance
qui était nécessaire. Il y a encore du travail à
faire, et
je suis très heureux que vous ayez signalé la relance
du Comité des sous-ministres sur les langues
officielles.
Je pense qu'on peut fonder beaucoup d'espoir dans
ce comité des sous-ministres. On a déjà vu des
résultats. La commissaire aux langues officielles
nous en a fait part la dernière fois qu'on a siégé pour
discuter du projet de loi sur le transport aérien au pays.
Il s'agit d'un exemple d'intervention, où on peut voir que le
Comité des sous-ministres sur les langues officielles s'est
imposé. J'espère qu'on en verra plusieurs autres.
Pour revenir à ce que mon collègue disait, est-ce que
le fait de mettre des outils entre les mains d'un ministre
quelconque plutôt que de les diffuser dans tout l'appareil
constituerait une des solutions de ressaisissement?
Personnellement, je préférerais que le respect de la
dualité linguistique soit intégré à tout l'appareil
gouvernemental, de A à Z. C'est probablement
plus difficile à faire que de créer un
ministère qui, lui, imposerait ce respect pour un
certain temps, mais pour ce qui est du long terme,
je pense qu'un
débat devrait être tenu. À long terme, quelle est
la meilleure approche? Est-ce l'intégration
dans les mandats et les responsabilités des ministères?
On peut avouer que pour certains, ça commence à bien
aller. D'autres sont moins conscients de la
situation et quelques-uns, peut-être, n'en sont pas
conscients. C'est la première chose.
Toujours en ce qui concerne
les mesures à prendre à long terme,
il y a une question sur laquelle je suis d'accord
à 100 p. 100: c'est la question de l'immigration.
Je suis de ceux qui favorisent l'immigration au
pays. Il y a des documents qui démontrent que
l'accueil d'immigrants a été
avantageux pour le pays.
La ministre de l'Immigration, dans une
déclaration qu'elle a faite il y a quelques mois,
mentionnait qu'on devait peut-être augmenter les
niveaux d'immigration pour les porter de 200 000 à
300 000.
• 1630
S'il y avait un pourcentage ou une proportion qui
reflétait un peu la démographie canadienne, je serais
moins inquiet que je ne le suis actuellement. Mais on
ne l'a pas. J'aimerais savoir quelle sorte
d'encouragement vous entrevoyez, que vous pourriez
proposer sur
la place publique, afin de saisir le pays de ce dilemme,
parce que c'en est un. Si, à long terme, l'immigration
a pour effet de polariser le pays encore davantage et
même de réduire le rapport de force entre
francophones et anglophones, je ne crois pas que ce soit
bien avantageux.
J'aimerais donc entendre des commentaires là-dessus
de la part des représentants du sénateur s'ils
le veulent bien.
M. Pierre LeBlanc: Premièrement, par rapport à
l'engagement du gouvernement fédéral sur la façon de
s'organiser pour qu'il y ait effectivement coïncidence
entre les beaux discours et la réalité, force est de
constater que l'éveil de certains ministères et le
renouveau dans certains autres sont souvent contredits
par certains événements. Ce renouveau ne se reflète
pas toujours dans la réalité, loin de là,
et c'est inquiétant.
Est-ce que créer un ministère spécialement
chargé de la question, comme le suggérait M. Godin,
aurait été préférable à la disperser dans tous les
ministères afin de l'intégrer à chacun d'eux? À la
longue, une des solutions pourrait toujours être un
éventail complet de ministres francophones et de
ministres anglophones avec des dossiers particuliers
pour les deux communautés.
Je pense que le problème le plus fondamental, comme le
disait Jean, en est un de volonté politique. Il
s'agirait que le Conseil des ministres, le Parlement,
etc. soient effectivement engagés et se donnent les
moyens de leurs convictions. En ce sens-là, pour nous, il
est essentiel que le Conseil privé soit entièrement
saisi de cette
responsabilité et en prenne la
direction beaucoup plus activement qu'il ne le fait
actuellement. Il est essentiel aussi qu'il se donne
les moyens de donner la commande et de
faire les vérifications qui s'imposent dans tous les
ministères.
Évidemment, on sait que le Conseil du Trésor a
techniquement la responsabilité des vérifications,
mais je parle de la responsabilité politique en ce qui
a trait aux décisions, aux attentes, à la vérification
du rendement des sous-ministres, etc.
Nous aussi sommes contents du travail du comité.
Enfin! Nous sommes contents qu'il y ait un genre de
virage au comité des sous-ministres. Cependant, nous
croyons qu'il est très, très loin d'avoir accompli son
travail et qu'il lui reste beaucoup de pain sur la
planche, beaucoup de boulot à faire.
Je voudrais aussi qu'on élargisse un peu le débat.
Jusqu'ici, on a parlé surtout de langues
mais on veut aussi parler de culture. On veut
parler non seulement de
bilinguisme mais aussi de biculturalisme. On veut
parler de la culture francophone et s'assurer que
l'engagement du gouvernement fédéral
vis-à-vis des francophones soit fondamental sur le plan
culturel également.
Pour ce qui est de l'immigration, évidemment, il y a
toutes une série de choses qui peuvent être faites,
pour finir, en ce qui concerne les mécanismes
d'accueil des immigrants. Mais, au point de départ, il
faut une décision consciente de la part du gouvernement
fédéral de peupler des communautés minoritaires avec
des immigrants. Cela se fait par le biais de
politiques qu'on annonce dans les services outre-mer
qui font la sélection des immigrants. Cela se fait par
la désignation des personnes, des agents canadiens
qu'on nomme là-bas, et par leur engagement vis-à-vis de
cette politique.
• 1635
Cela se fait par des quotas et par toutes sortes de
mécanismes. Ce n'est pas nouveau. On l'a mentionné
dans le rapport. Cela s'est fait à l'inverse par le
ministre responsable de l'immigration
à partir de 1896, M.
Clifford Sifton, qui a appliqué cela
carrément à l'inverse. Cela se
fait. Le Canada, dans sa politique d'immigration, a
déjà toutes sortes de quotas et toutes sortes de
normes. Il s'agit tout simplement de changer la
mécanique. C'est une question d'abord de volonté
politique.
D'ailleurs, le gouvernement du Québec est un bon
exemple du travail exemplaire qui peut se faire.
M. Mauril Bélanger: Madame la présidente,
je voudrais parler du plan
culturel. Je n'en avais pas parlé, mais je vais le
faire puisque vous
soulevez la question.
De ce côté, je dois
louer les efforts du gouvernement. Il faut
reconnaître que la notion de la diversité culturelle
est très présente et très actuelle. Le gouvernement du
Canada a vraiment mis les bouchées doubles pour créer
une coalition internationale, qui regroupe
maintenant une quarantaine de pays, pour vraiment s'afficher
dans
le monde par des moyens internationaux visant à
protéger la possibilité pour les nations d'avoir,
d'exercer et de vivre leur propre culture au lieu de
vivre le monoculturalisme.
De ce côté-là, il est indéniable
que des initiatives
ont été mises en oeuvre, dont
découle une coalition
pancanadienne complètement biculturelle. M. Robert
Pilon, qui en est le directeur exécutif, vient de se
greffer également à la Fédération culturelle
canadienne-française. C'est une coalition qui est
vraiment très représentative de la dualité linguistique
canadienne.
Il y a aussi le décret que
le Cabinet a émis, il n'y a pas tellement longtemps, à
l'intention du
CRTC, lui demandant de faire ses devoirs, de se pencher
sur la situation de la radiodiffusion francophone au
pays et de lui revenir d'ici la fin décembre, je crois.
Le gouvernement désirait que le
CRTC soit plus conscient de l'importance du rôle
qu'il a à
jouer dans ce domaine.
Je vous ferai remarquer qu'un forum a eu lieu en fin
de semaine dernière, jeudi ou vendredi dernier, à
Montréal, forum sur l'espace culturel francophone au
Canada, auquel participaient une centaine de personnes.
Je dois reconnaître en être sorti très enthousiasmé
par les propos que diverses personnes y ont tenus, les
recommandations qu'elles ont faites et la volonté, du
moins telle que je la perçois, du gouvernement d'y donner
suite.
De ce côté-là, beaucoup de choses ont été faites
strictement au niveau national, sans parler des projets
ponctuels de diverses communautés un peu partout au
pays. De ce côté-là, le blason n'est pas mal. Il y a
du travail à faire, mais ce n'est pas trop mal.
M. Pierre LeBlanc: Je suis d'accord avec vous que
beaucoup de choses ont été faites. C'est bien là le
problème. Ce sont des choses. Il faut penser en
termes systémiques à l'échelle du pays.
On pourrait parler des coupures qui ont été faites
dans le passé à Radio-Canada, coupures qui ont affaibli
toute la programmation dans les régions. Je le sais
parce que je suis de la Saskatchewan; elle a été coupée
d'à peu près 100 p. 100.
On pourrait parler de l'inexistence d'un programme
approprié pour la jeune enfance de niveau préscolaire,
ainsi que de la dimension culturelle, de la réintégration
culturelle et de l'enrichissement culturel pour que ces
gens-là puissent s'intégrer au système scolaire.
Parlons du besoin que soit créé... Effectivement, il y
a de bonnes choses qui ont été faites au point de vue
de l'expression culturelle, et Dieu sait à quel point
l'expression culturelle est riche dans la francophonie
hors Québec et dans les communautés acadiennes.
Toutefois, et là je vais faire un lien avec
Patrimoine canadien, il n'y a pas la notion
d'une approche systémique. En effet, il y a la notion
paradoxale ou opposée qui est de fonctionner par
projets, par choses, par événements, qui
nous rend les choses difficiles et
qui est même contre-productive
pour le développement culturel fondamental de la
communauté ou des communautés.
• 1640
M. Mauril Bélanger: Vous permettrez peut-être
qu'on soit en désaccord là-dessus.
M. Pierre LeBlanc: Ça ne sera pas la première
fois.
M. Mauril Bélanger: Exactement.
M. Jean Poirier: Si vous me le permettez, madame, je
voudrais dire quelque chose.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Monsieur
Poirier, allez-y, je vous en prie.
M. Jean Poirier: Oui, on peut faire une liste de
choses accomplies. Il y a certaines choses
qui sont bien.
Par exemple, j'ai vu que la
ministre du Patrimoine canadien avait demandé au
CRTC de lui faire des suggestions avant le 31
décembre. C'est une bonne nouvelle parce que je
n'ai plus de place dans mes classeurs pour mettre des
dossiers du CRTC. La lutte que les francophones ont
faite au CRTC est telle que je n'ai plus de place dans
mes classeurs. J'ai
l'impression que les solives du plancher de ma maison
ne pourraient pas supporter un autre classeur pour le
CRTC, juste pour le CRTC. J'en ai ras le bol de
m'en prendre au CRTC pour qu'il serve mieux les
francophones.
Donc, si Mme la ministre du Patrimoine canadien
exige du CRTC qu'il cesse, une fois pour toutes, son
harcèlement à l'endroit de la communauté
francophone et qu'il passe à l'action pour trouver
des moyens de mieux nous servir, tant mieux.
Pour revenir à votre question initiale, la réponse
est C, c'est-à-dire A plus B. Est-ce qu'on devrait
avoir un ministre responsable ou est-ce qu'on devrait
imposer aux 128 agences de servir
directement la communauté francophone? La réponse,
c'est que l'on devrait avoir les deux.
Nous, les francophones hors Québec, on ne veut
pas se faire dire
d'aller frapper à une seule porte sous prétexte que
le mandat de Patrimoine Canada est de nous
servir. Pour les autres,
on sait comment ça fonctionne: quand on va
aller frapper aux 3 292 autres portes, on va nous dire
d'aller frapper à la porte qui est
réservée aux petits francos. Dans le passé, cela a
permis à des fonctionnaires et à des politiciens
de se faufiler et de ne pas offrir les services de
qualité auxquels on avait droit.
Je vous ai dit le mois passé, mon cher collègue,
qu'un des ministères fédéraux qui, pour une fois,
étaient
passés à l'action en collaboration avec les
francophones était le ministère de l'Agriculture et de
l'Agroalimentaire. Mieux vaut tard que jamais. Ils ont
brillé par leur absence dans le passé, mais quand on
a tenu notre premier colloque national d'agriculteurs
et d'agricultrices francophones à Alfred, dernièrement,
on a obtenu une superbe collaboration de la part de ce
ministère parce que,
finalement, il y a un groupe de fonctionnaires du
ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire qui
ont compris qu'ils avaient le mandat de
travailler main dans la main avec nous. Mais il ne
s'agit là que d'un ministère. Il y en a bien d'autres.
Quant à l'autre aspect du fonctionnement que vous
proposez, je ne doute
pas de la bonne foi des politiciens qui veulent bien
servir les communautés francophones hors Québec.
La question que je me pose et sur laquelle je vous
invite à vous pencher, c'est de savoir si vous faites
tout ce que vous pouvez faire.
Est-ce que vous faites l'essentiel pour maintenir
la situation? C'est bien d'avoir une politique de
défense de la culture et j'admire cela, mais la
question est de savoir de quelle culture il s'agit.
C'est bien d'avoir pour
politique d'encourager l'immigration de plus de
francophones, que ce soit au Québec ou hors
Québec. Bravo! Mais restera-t-il une communauté
francophone pour accueillir ces gens qui viendront
d'ailleurs?
La même chose vaut pour mes collègues anglophones de
Toronto, qui disent prendre des cours de français langue
seconde. C'est bien, mais j'espère que lorsqu'ils
auront une connaissance suffisante de la langue
française pour tenir une conversation,
il va encore y avoir une communauté francophone.
Sinon, ils vont se faire une table ronde à l'Alliance
française pour y tenir des cocktails où ils pourront
pratiquer leur langue seconde, le français.
Quant à la dernière politique
de projets de Patrimoine Canada, c'est bien. C'est
bien d'ajouter des projets
à ce qui existe normalement, mais ça l'est moins de
dire qu'on fonctionna seulement par projets
et qu'on ne financera pas nos activités
permanentes. La communauté francophone ne se penche
pas seulement
sur des projets. On a passé l'automne, madame
la présidente, messieurs les députés, monsieur le
sénateur, à éteindre des feux. On a aidé TFO au
Québec, mais maintenant, on est obligés de tout laisser
tomber parce que le gouvernement provincial a dit qu'il
voulait fermer le collège d'Alfred. On a dû laisser
tomber aussi pour venir à la défense de l'hôpital
Montfort. On a tout laissé tomber aussi
parce que le gouvernement provincial de l'Ontario n'a
même pas daigné accorder le statut officiel de ville
bilingue à la capitale fédérale, madame la présidente.
On a dans nos poches nos certificats de
pompiers volontaires. On va éteindre des feux. Le
gouvernement nous demande de faire du développement
communautaire et on voudrait bien en faire, mais on a les
bottes pleines d'eau à force de combattre des incendies allumés
par des pyromanes qui ne veulent pas que ça fonctionne
dans les communautés.
Nous vivons des situations très difficiles et nous
voudrions
que le gouvernement fédéral, la Chambre des
communes et le Sénat essaient de mieux comprendre ce qui
se passe et aident davantage les communautés à
se développer afin qu'elles ne fassent pas
un pas en avant et deux pas de reculons.
• 1645
Donc, oui, nous sommes en faveur de la défense de la
culture, mais quant à l'intégration...
M. Mauril Bélanger: Oui, mais moi, madame...
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Je vous donne un
temps de réplique là-dessus, mais je voudrais ensuite
continuer le tour, monsieur Bélanger.
M. Mauril Bélanger: J'accepte les critiques qui
sont dirigées...
M. Jean Poirier: Ce sont des critiques constructives.
M. Mauril Bélanger: Oui, oui, mais je ne veux
absolument pas que quiconque nous écoute ou lira
les comptes rendus de cette séance plus tard
suppose pour un instant que
j'accepte cette critique qui devrait être adressée
au gouvernement
Harris. L'histoire de l'hôpital Montfort, de la
proclamation de la ville d'Ottawa comme ville
bilingue et du collège
d'Alfred, madame la présidente, on va mettre cela dans
la cour de M. Harris, s'il vous plaît.
M. Jean Poirier: Oui. C'est pour cette raison que
nous comptons tant sur votre aide; il
n'y a plus de portes qui s'ouvrent à nous au
gouvernement provincial. L'aide
du gouvernement fédéral est encore plus importante pour
nous qui sommes membres de la
communauté francophone hors Québec. Lorsqu'on a un
gouvernement comme celui qu'on a chez nous...
M. Mauril Bélanger: Notre ami Plamondon va
vous dire qu'il faut le faire dans le respect des
juridictions.
M. Jean Poirier: Tout en étant respectueux du mandat de
la province, ça nous fera plaisir de nous rendre
également à Queen's Park dire à l'oncle Mike que l'aide
qu'on nous donne est nettement insuffisante et qu'il
devrait venir prendre place à
vos côtés.
Mais cela ne veut pas dire que vous qui êtes au palier
fédéral pouvez vous péter les
bretelles et dire que votre mission est accomplie. Ce
n'est pas le cas.
M. Mauril Bélanger: Personne n'a dit cela.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Monsieur
Poirier.
M. Jean Poirier: Personne n'a dit cela, mais nous
sommes venus vous dire de continuer votre travail
parce que, bien que nous reconnaissions vos réalisations
louables, il y a encore bien du chemin à faire.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Monsieur
LeBlanc, vous voulez ajouter quelque chose aux propos
de M. Poirier?
M. Pierre LeBlanc: À la suite des propos de M.
Bélanger, je voulais tout
simplement souligner qu'il y a une politique canadienne
sur les langues officielles et qu'elle
doit être maintenue. Quoiqu'il y ait
partage des pouvoirs entre les
provinces et le fédéral, le gouvernement fédéral a non
seulement une responsabilité à ce chapitre, mais il
dispose également d'outils. Il peut avoir recours à
ces instruments et il les utilise
dans d'autres domaines quand bon lui
semble.
Même s'il ne les utilisait pas et refusait de
transférer des fonds—ce qu'il pourrait faire et qu'il
a d'ailleurs fait—, il pourrait revoir son discours
face à ce dossier-là. Il tient un discours extrêmement
faible. Quand on parle de la volonté politique, cela revient
effectivement à reconstituer le body politic, la psyché
politique canadienne et la psyché médiatique
canadienne.
Les acteurs fédéraux, que ce soient les députés, le
premier ministre ou les membres de son Conseil des
ministres, ont tous la responsabilité d'intervenir
et de recréer la psyché politique afin qu'elle
reflète fidèlement la politique
canadienne des langues officielles. Ce n'est que
lorsqu'il la reflétera qu'on aura l'espace
politique et administratif nécessaire pour
prendre les décisions qui s'imposent.
On ne peut pas se dérober à ses obligations devant des principes
aussi fondamentaux. On ne peut pas se cacher derrière
des principes de répartition des pouvoirs et se laisser
glisser vers un laissez-faire à la 1899.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci,
monsieur LeBlanc. Si vous me le permettez, je poserai deux
ou trois questions avant de céder la parole à mon
collègue Plamondon pour qu'il puisse conclure.
J'ai peut-être mal compris votre recommandation au
sujet d'un guichet unique
puisqu'il me semble y avoir une contradiction
entre la création d'un nouveau ministère ou secrétariat
d'État et, d'autre part, le mandat transversal qui
traverserait plusieurs ministères.
• 1650
J'ai travaillé comme présidente
du Conseil des communautés culturelles et de l'immigration
du Québec. Nous nous étions posé exactement la même
question. Bien que nous travaillions au niveau des
minorités ethniques plutôt que
culturelles et linguistiques, nous nous étions demandé
comment les minorités seraient le mieux desservies.
Devraient-elles s'adresser
à une seule porte, à un ministère en
l'occurrence, qui aurait un pouvoir sur les autres
ministères? Ce n'est pas évident non plus, n'est-ce
pas? Comme le disait M. Poirier
tout à l'heure, devrait-on diriger tous les gens à ce
ministère qui s'occuperait de tout, tandis que les
autres ministères diraient qu'ils n'ont plus de
responsabilités à cet égard? Devrait-on plutôt confier
des responsabilités en la matière à
chacun des ministères, comme c'est
plus ou moins le cas présentement, en espérant que
chacun d'eux va oeuvrer dans la même direction et
assumer la responsabilité entière
par rapport à l'intégration ou
à la reconnaissance des minorités
linguistiques?
Pour moi, c'est un débat qui ne nous mène pas à
un résultat évident. Il me semble y avoir
du blanc et du noir; il y a de bons
et de mauvais côtés aux deux options. M.
Poirier nous disait tout à l'heure que si on les envoie
frapper à cette
porte-là, tous les autres ministères seront relevés
de toute responsabilité. C'est justement là
que je vois le danger. Il y a des
bons côtés à la recommandation que vous faites,
sénateur,
quant à la création, d'une part, d'un secrétariat
d'État et, d'autre part, au rapatriement de la responsabilité
sous la tutelle du Conseil privé, mais j'y vois aussi
des dangers. Est-ce que vous pourriez nous
parler un peu de cet équilibre et des
dangers que je crains de part et d'autre?
M. Pierre LeBlanc: Je veux m'assurer que
vous avez bien compris notre recommandation. Nous ne
voyons pas de contradiction, mais plutôt une
complémentarité. D'abord, si nous avions proposé qu'on
nomme un
ministre responsable du développement des communautés
francophones et qu'il soit appuyé
d'une bureaucratie de 30 000 ou 40 000
personnes, là on pourrait effectivement dire qu'on
crée un ministère de la Francophonie et qu'on
permet à tous les autres ministères d'abdiquer.
Nous avons précisé que nous recommandions que
l'unité fonctionnelle soit constituée au sein du Conseil privé
afin qu'elle ne vienne pas assumer les responsabilités
qui appartiennent à chacun des ministères. Nous avons
voulu que le leadership et l'aspect
impératif soient logés au niveau du Conseil privé.
Cette unité, de taille relativement
petite, maintiendrait un lien direct avec le Conseil des
ministres; elle aurait la responsabilité de diriger
tous les ministères et de les guider dans leurs
actions. Ce n'est donc pas un mécanisme parallèle, ni
un substitut. C'est une unité qui dicte la direction à
suivre.
Je ne sais pas si cela peut vous aider,
mais on parle d'un ministre
d'appui au développement des communautés et non pas
d'un secrétaire d'État.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): En d'autres
termes, vous parlez d'un ministre ou d'un secrétaire
d'État responsable d'un dossier transversal à travers
les autres ministères.
M. Pierre LeBlanc: C'est exact.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Je comprends
mieux maintenant. Je vous en remercie.
M. Pierre LeBlanc: Il aurait autorité au niveau
ministériel, ainsi qu'au sein du Conseil privé, qui lui
donnerait la direction sur l'ensemble des autres ministères
et institutions fédérales.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Très bien.
Je vous remercie de cet éclaircissement. J'aimerais
vous poser une
deuxième question. Là encore, je me base sur l'expérience
que j'ai acquise avant d'être élue députée. J'ai
beaucoup travaillé avec les groupes ethnoculturels
partout au Québec, ainsi qu'au Canada. Je
me suis rendu compte qu'il y a une faiblesse
structurelle dans ces groupes, plus précisément au
niveau de leur
leadership. Il arrive souvent, mais pas toujours,
que le
leadership soit faible et qu'il soit élu soi-disant par les
membres de la communauté. À la lumière de
mon expérience, il me semble que peu de membres
de la communauté participent aux élections. De
fait, c'est une petite coterie qui a tendance à élire
un, deux ou trois individus à l'exécutif de
ce groupe.
• 1655
Au point 4,6.4 de votre rapport,
vous traitez de l'optique de coercition du
gouvernement fédéral. Vous y dites à peu près ce que je
viens de dire, c'est-à-dire:
À quelques exceptions
près, les organismes soi-disant
porte-parole des communautés francophones
sont totalement isolés de leurs communautés et leur
leadership est inefficace.
De plus, les
organismes ont cessé d'informer et de sensibiliser les
membres des communautés sur les enjeux cruciaux...
J'avoue que cela représente bien
ma perception de plusieurs
groupes, qui sont parfois assez bien organisés, mais où
il n'y a finalement qu'une petite coterie de personnes qui
participe réellement aux prises de décisions et à la
discussion politique.
À la recommandation 8, on lit que
vous recommandez la refonte de la formule
de financement des organismes
dédiés au développement des communautés.
Compte tenu de la faiblesse structurelle des
organismes qui représentent les communautés
francophones d'un bout à l'autre du Canada—et je ne compte pas
le Québec ici—,
comment percevez-vous la refonte de
cette formule de financement, alors que le financement est
assuré par des ONG et des groupes
communautaires qui, à votre avis, ne représentent pas
leurs communautés de par leur élection et
n'assument pas en retour leurs responsabilités envers la
communauté?
M. Pierre LeBlanc: Il faut tenir compte d'un
certain nombre d'éléments. J'aimerais d'abord vous
dire que je suis heureux que vous
ayez soulevé ce point. Le rapport du sénateur
ne s'adressait pas uniquement au gouvernement fédéral;
il s'adressait également aux gouvernements
provinciaux et aux communautés. Il a fait une
analyse de la réalité des communautés
et identifié ce qu'il fallait faire pour améliorer la
situation.
Si les organismes porte-parole ont généralement
tendance à être plutôt faibles—le rapport en
traite pendant plusieurs pages—, c'est
parce qu'on a en partie voulu qu'il en soit ainsi.
On a tracé l'évolution de la politique
canadienne par rapport aux communautés francophones
en remontant au
début des années 1970. On a constaté qu'il y avait
eu un changement de cap au début
des années 1980 au chapitre de
la politique du gouvernement fédéral par
rapport aux communautés. Depuis
l'avènement de la première Loi sur les langues
officielles, on avait appuyé
intégralement le développement des communautés. Le
gouvernement fédéral a peut-être été surpris de
constater que les communautés francophones l'avaient
alors identifié comme étant un obstacle
à leur développement et critiqué les actions de
certains ministères. À partir de ce
moment-là, il y a eu un changement de cap et on a
commencé à se servir justement de la bourse pour
limiter, contrôler et encadrer l'action des communautés.
On a évolué progressivement vers la politique de
financement par projets qu'on
connaît aujourd'hui, laquelle est vraiment un
coupe-gorge incroyable qui essouffle les gens et qui
ne leur donne que peu d'oxygène.
Autant au niveau de l'enveloppe que de l'approche,
c'est comme un
respirateur qu'on brancherait sur un mort.
Si nous bénéficiions au moins des mêmes sommes d'argent
et si on adoptait une approche qui appuie le
développement plutôt qu'une approche de
quincaillerie, ce serait déjà beaucoup mieux.
Jean pourra certainement vous parler de
la représentativité au sein des organismes
francophones. Il
faut faire bien attention lorsqu'on aborde cette
question et se rappeler que le président des
États-Unis, soi-disant l'homme le plus démocratique
et le plus puissant au monde, ne récolte que
20 ou 21 p. 100 du vote populaire.
Donc, la représentativité est fonction du
nombre de gens qui se présentent pour aller
voter démocratiquement. C'est ainsi que cela s'exprime.
• 1700
Je ne pense pas que la notion de représentativité
soit tellement significative. Par contre, la notion de
leadership est très significative et si
on suggère dans le document, entre autres recommandations,
un processus de régénération d'un nouveau leadership,
c'est parce qu'effectivement, on peut constater qu'à
chaque fois qu'il y a un leadership fort dans une
communauté donnée—et il y en a encore dans
des sous-communautés, dans différentes régions du
pays—, les francophones hors Québec
ont soif de vivre. Ils ont soif de s'épanouir. Ils
attendent. Tout ce qu'ils attendent, c'est ceci:
de l'information, de l'inspiration, du leadership.
Lorsqu'on permet à leurs leaders de
faire cela et qu'ils ne sont pas égorgés par des tâches
administratives—et je laisserai à Jean le soin de parler
du pourcentage de temps consacré aux négociations des
soi-disant ententes Canada-communauté—, ça peut
mener à une situation autre que celle qui existe
actuellement.
M. Jean Poirier: Je comprends ce que vous dites,
madame la présidente, lorsque vous parlez de votre
expérience avec des groupes ethnoculturels et communautaires.
Je vois ça très bien, moi aussi. Chez nous, c'est
peut-être plutôt que le leadership est épuisé, crevé,
drainé.
Qui comprend l'histoire comprend le présent.
Si vous regardez l'histoire de plusieurs communautés
francophones à l'extérieur du Québec, madame la
présidente, vous verrez que dans le passé, il n'y avait
même pas lieu d'espérer. Aujourd'hui, c'est un cas de
«tlm»: toujours les mêmes. Les gens sont fatigués et il y
a un aspect frustrant découlant de toute la paperasse
administrative, cela à un point tel—et
je vous le dis aujourd'hui bien honnêtement,
avec candeur et sans méchanceté—que je pense que je
n'aurai pas l'énergie nécessaire, l'année prochaine,
pour faire une autre demande d'appui à Patrimoine
Canada. Je vais laisser à quelqu'un d'autre le
plaisir d'aller chercher les «pinottes». Et je dis bien
les «pinottes». J'en ai ras le bol de courir après
cela.
C'est la raison pour laquelle je vous dis à vous, les
parlementaires, de vous regarder dans le miroir et de
vous demander, même si
vous pensez bien faire les choses, si c'est
la meilleure façon de nous aider dans les moments
difficiles que nous traversons. C'est difficile
de trouver des gens qui veulent s'impliquer, parce qu'il
y en a qui sont crevés. Il y en a qui constatent que pour
chaque pas qu'on fait en avant, on en fait deux de
reculons. Je pense aux négociations pour le
renouvellement de l'entente Canada-communauté en
Ontario. Comme je le disais vendredi à l'émission
Ontario 30, il y a plein de gens qui ressentent
de la frustration, madame la présidente, mais qui n'osent pas le
dire par crainte—c'est leur perception,
je l'admets—que cela nuise à leur petit
octroi.
Il y a plein d'organismes qui vont fermer
leurs portes cet été, dont le nôtre, madame la présidente,
faute de fonds. On n'a pas d'employés. On n'a pas de
local permanent. Je fais 80 heures par semaine de
bénévolat, parfois 90 heures, parfois 115 et parfois même 120
heures, parce qu'on n'a pas d'employés et qu'on vient de fermer
notre bureau. Et on va commencer, en ce début d'année, à
dépenser notre marge de manoeuvre, madame la
présidente. On va commencer à dépenser
notre marge de crédit le 2 mai.
Comme le dit la publicité—excusez le langage—, ça n'a
pas de maudit bon sens. Ce n'est pas une façon de nous
aider, ça. Il faut que l'appui soit là, dès le 1er
avril. Il faut que nous puissions savoir combien d'argent nous
allons recevoir et quand nous allons
le recevoir. J'ai reçu ma troisième et dernière part
de financement de Patrimoine Canada le 10 mars de l'année
dernière. L'exercice financier se termine le 31 mars. J'ai
été obligé de faire une autocritique, comme dans la Chine de
Mao, pour expliquer pourquoi ma programmation n'avait pas
fonctionné l'année passée. C'est parce que je ne savais pas
combien d'argent je recevrais. Je n'avais aucune idée de la
date à laquelle je le recevrais. J'ai dû me départir
de mon employé et mettre des choses en veilleuse.
Mais je dois faire un mea-culpa. Je n'ai
pas pu faire ce que j'avais dit à Mme la ministre du
Patrimoine canadien que je prévoyais
faire dans le dernier exercice financier.
Ce sont des frustrations de ce genre, madame la présidente,
qui nous incitent à tout jeter par-dessus bord et à dire que
le diable emporte tout. Si c'est ce genre d'aide que
vous voulez nous donner l'année prochaine, en dépit de votre bonne
foi, je vous dis de laisser tomber.
Je vais même proposer à l'ACFO
de ne pas demander un seul cent à Patrimoine
Canada. Je vais leur proposer que l'on s'arrange avec
nos propres «pinottes», chez nous. La frustration,
messieurs et madame les membres du comité,
a atteint ce point-là. Et si vous
pensez que je suis le seul à penser cela, allez
faire votre propre enquête. Il y a plein de gens qui en
ont ras le bol, qui n'ont pas l'impression que vous nous
aidez dans les faits à continuer notre travail
communautaire.
• 1705
Ils ne vous le diront peut-être pas, mais ils nous le
disent sans équivoque en privé. Pour ma part, je ne me suis
pas gêné pour vous le dire
publiquement, parce que je vous parle du fond du coeur. Je
vous parle sincèrement. Si vous voulez nous aider,
revoyez la façon dont vous le faites. La façon
actuelle est loin d'être la bonne. Je vous dis cela
malgré tout le respect que je vous dois, individuellement
et collectivement.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Je veux
simplement ajouter, monsieur Poirier, à l'intention de
nos trois témoins, que nous n'avons pas tous été députés
toute notre vie et que nous avons eu une vie
antérieure. Pour ma part, j'ai travaillé avec des ONG et
je reconnais la frustration que vous ressentez. Je
l'ai déjà vécue. Ce système de subventions par projet ne
s'adresse pas seulement aux communautés francophones
minoritaires, mais à tous les organismes
communautaires canadiens. C'est une façon, à mon
avis, d'obliger les groupes communautaires à refaire
un travail qui me semble souvent inutile
et à passer leur temps à faire des demandes de
subventions plutôt qu'à faire le vrai travail.
Là-dessus, je vous rejoins tout à fait.
Monsieur Plamondon, vous avez la parole.
M. Louis Plamondon: Ce ne sont pas des
groupes communautaires, que je sache. Les francophones
hors Québec sont des gens qui appartiennent à un des
peuples fondateurs et ils devraient avoir la confiance du
gouvernement fédéral, qui devrait leur remettre l'argent
et les laisser décider de ce qu'ils en feront. Vous dites
que vous n'êtes pas députée depuis longtemps, madame la
présidente. Je ne sais pas si on peut dire que cela fait
longtemps, mais pour ma part, je suis député depuis 15
ans—cela fera 16 ans le 4 septembre prochain—, et ce cri du
coeur de M. Poirier est le reflet de ce que j'entends
lorsque je côtoie des francophones hors Québec, pas
nécessairement chez les leaders. Vous en avez parlé,
monsieur LeBlanc, et malheureusement, certains leaders se
voient placés dans une situation qui ressemble
à du chantage s'ils veulent une subvention.
Je pense que dans votre livre, sénateur Simard, vous parlez
d'inféodation, de gens inféodés. Il y a là un danger.
Disons que nous leur prêterons bonne foi, mais il y a un
danger que ces leaders de communautés
deviennent un peu dépendants de la vision du
gouvernement fédéral, à cause de ce bonbon. Vous avez
parlé de «pinottes»; je parlerai de bonbon. Ce bonbon
viendra régulièrement leur permettre de sauver leurs
organismes pour quelques mois, alors que la vision devrait
être plus généreuse, comme vous le dites.
Vous avez un langage franc, et je pense que c'est celui
que la minorité francophone hors Québec devrait
toujours tenir, sur toutes les tribunes et,
surtout, auprès des élus. Malheureusement, on n'est pas
nombreux ici pour l'entendre et malheureusement, ce
n'est pas ce que la presse trouve le plus croustillant
à se mettre sous la dent. Donc, il n'y aura pas de
retombées à tout casser demain. Mais il ne faut
peut-être pas désespérer et il faut continuer de le
dire. Au moins aurez-vous le sentiment du devoir
accompli.
Je voudrais maintenant vous poser une question au
sujet d'une recommandation qui m'apparaît assez
spectaculaire, celle d'un fonds compensatoire. Vous
parlez dans votre rapport d'un fonds
compensatoire de 600 millions de dollars.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Monsieur
Plamondon, je dois vous interrompre juste un moment.
Veuillez poser
votre question directement, parce que j'ai encore une
liste de quatre personnes qui veulent prendre la parole
après vous.
M. Louis Plamondon: Je n'ai eu que cinq minutes
plus tôt, alors que M. Bélanger en a eu sept ou huit. Vous
avez pris sept ou huit minutes
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Monsieur
Plamondon.
M. Louis Plamondon: Je parle depuis deux minutes.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Excusez-moi,
mais je pense que vous avez eu beaucoup plus que cinq
minutes, monsieur Plamondon. Allez-y. Je vous demande
simplement de poser votre question directement.
M. Louis Plamondon: C'est ce que j'allais
faire, madame la présidente. Je faisais seulement un
préambule.
J'allais parler de votre fonds de 600 millions
de dollars qui est directement relié à votre rapport.
Ce fonds serait réservé—et c'est là qu'intervient,
d'après moi, le principe de l'asymétrie—aux
minorités francophones et acadienne exclusivement, à
titre de compensation pour ce que le gouvernement
fédéral leur fait vivre
depuis quelque temps.
• 1710
Vous parlez également de dévolution
oblique dans votre rapport, et cela m'amène à vous poser
une question. Je ne sais pas si vous aurez le temps
d'y répondre. Je l'ai écrite. Je vais la lire,
madame la présidente, et j'aurai ensuite fini. Si vous
êtes capable d'y répondre par écrit
ou de me donner une indication, ça ira.
Dois-je conclure de cette demande de
fonds compensatoire que vous favorisez une politique
d'asymétrie en ce qui a trait au traitement que le
gouvernement fédéral doit réserver aux minorités
francophones hors Québec et
anglophones du Québec? Si oui, quels sont les
fondements qui permettent de justifier cette asymétrie
et jusqu'où peut-elle aller?
Vous affirmez également que le gouvernement fédéral a
un rôle déterminant à jouer pour assurer la survie et
le développement des communautés francophones.
Jusqu'où peut-il aller dans ce sens? Peut-il conclure des
ententes avec les communautés pour leur transférer les services
de formation professionnelle, par exemple, qui leur sont
refusés par les provinces? Quelles seraient les
conditions requises pour que de telles ententes
puissent être conclues? Est-ce que les provinces
devraient donner leur aval, par exemple?
M. Pierre LeBlanc: Vous voulez que je vous réponde
en 30 secondes ou moins?
M. Louis Plamondon: C'est comme vous voulez. Je
ne suis pas pressé par le temps. Mme la présidente
est plus pressée que moi.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Vous avez deux
minutes.
M. Louis Plamondon: Vous avez deux minutes.
M. Pierre LeBlanc: Bon, je répondrai assez rapidement.
D'abord, pour ce qui est de l'asymétrie, la question me
fait un peu rire. L'asymétrie existe déjà. On la
connaît très bien. Au Québec, le gouvernement
fédéral a implanté, il y a de nombreuses années,
des programmes de santé, par exemple, pour la minorité
anglophone, chose
qu'il n'a pas songé à faire pour la francophonie hors
Québec.
Donc, la question de l'asymétrie—et c'est assez
drôle—, se pose plutôt en termes de prétexte pour
limiter ce qu'on pourrait faire pour rendre justice
aux francophones. La question du droit
compensatoire et du fonds compensatoire n'est pas une
question de politiques.
C'est une question de justice.
C'est une question de droits
qui ont été lésés. Or, que le fédéral, le Cabinet
ou le Conseil des ministre le reconnaissent
ou non, il se peut très bien qu'un jour, les cours de
justice leur dictent de le faire.
Si on nous force à avoir recours à la justice, ce n'est
pas la façon intelligente de le faire. Ce n'est pas ce
que l'on veut. Ce que l'on veut, ce sont des décisions
politiques par lesquelles on reconnaîtrait que les gens ont
été blessés, que la collectivité a été amenuisée de façon
systématique dans le passé et qu'une compensation doit
être versée.
Si le gouvernement fédéral choisit de
ne pas le faire, cela m'inquiète énormément, mais ça
m'inquiète peu en même temps, parce que tôt ou tard,
les cours de justice vont l'imposer. Donc, ce
n'est pas une question de politiques, mais une question
de droit compensatoire.
Pour ce qui est de la formation professionnelle, il
est évident que la notion de délégation oblique est
toujours une question qu'on doit aborder avec
énormément de précautions. On peut essayer—et ça se
fait déjà—de transférer des responsabilités à
des communautés sans leur transférer les ressources et
les moyens de développer une capacité
organisationnelle et professionnelle pour gérer ces
responsabilités.
Donc, on voudrait s'assurer que dans
le cadre de la délégation
oblique, on ne crée pas une situation où on demande aux
gens de gérer leur propre misère, n'est-ce pas?
Mais ça peut se faire. Idéalement, ça pourrait se
faire en ayant une relation tripartite. On l'a
demandé il y a sept ans à l'ACFO provinciale.
• 1715
La coprésidente (Mme Raymonde Folco):
Je passe la parole à M. Bélanger, ensuite au sénateur
Beaudoin et ensuite à M. Godin. Je voudrais vous rappeler
qu'il est passé 17 h 15 et que la cloche va sonner à
17 h 30 pour un vote. Alors, je demanderais à ceux
qui ont leur nom sur la liste d'être assez brefs et je
le demanderais aussi aux personnes qui vont répondre.
Monsieur Bélanger.
M. Mauril Bélanger: Je ferai deux brefs commentaires
sur le plaidoyer de M. Poirier.
Je trouve aussi frustrant que vous le fait que le
ministère du Patrimoine et la communauté n'aient pu
encore en venir à une entente pour l'Ontario. Vous
semblez jeter tout le blâme sur le ministère. Je ferai
remarquer aux gens qu'il y a neuf provinces avec
lesquelles une entente a été signée, de même que trois
territoires. À un moment donné, il est légitime de se
demander si le ministère est entièrement responsable de
cet état de chose.
Deuxièmement, on affirme à la légère qu'il ne s'agit
que d'argent attribué à des projets, somme toute de
miettes. Il faudrait s'entendre sur les chiffres dont
on parle. Le montant de départ était de 3 millions de
dollars et il augmente de 4,5 millions de dollars par
année. De cela, 10 p. 100 serait affecté aux projets
et le reste à l'appui opérationnel. Alors, il
faudrait reconnaître les faits tels qu'ils sont quand
on se permet de telles déclarations.
J'ai le même sang que vous, monsieur Poirier. Il
est latin, mon sang.
Tout à l'heure, on a
parlé de la faiblesse du discours du gouvernement.
J'espère que l'intervenant qui a fait cette remarque
est conscient qu'un gouvernement peut parler de
diverses façons et à travers plusieurs voix. Par
exemple, il peut parler par les gestes qu'il pose. Je
pense à un geste particulier. Je fais allusion au
renvoi de la Cour suprême sur la sécession. Je fais
allusion à Beaulac et aux décisions sur Summerside.
Vous irez voir qui sont les juges de la Cour suprême du
Canada et les décisions qui ont découlé de ce geste.
Je pense que même vous, monsieur LeBlanc, auriez de la
difficulté à dire que c'est faible.
Merci.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Je
préférerais, si cela ne vous dérange pas, passer la
parole au sénateur Beaudoin, et vous permettre de
réagir à la fin si vous le désirez.
Sénateur Beaudoin.
Le sénateur Gérald-A. Beaudoin (Rigaud, PC): Vous
avez parlé tout à l'heure d'asymétrie et de principes.
Maintenant, vous parlez de renvoi. Il y a tout de même
une distinction à faire. La cour peut intervenir pour
dire quelles sont les obligations du gouvernement
canadien. Par contre, pour ce qui est de l'argent, le
plus loin qu'elle peut aller, c'est de dire au
gouvernement qu'il doit dépenser et remplir ses
obligations.
Ma question est la suivante: est-ce une question de
principe ou une question de sommes d'argent? Si c'est
une question de principe, évidemment, on peut toujours
s'adresser aux tribunaux. Mais si c'est une question
du montant d'argent qui
doit être dépensé, les cours ne se prononcent pas
là-dessus en principe. Autrement dit, la cour va dire
au gouvernement qu'il est obligé de remplir ses
obligations, qu'elles soient politiques ou
constitutionnelles, mais je ne vois pas comment elle
pourrait déclarer qu'il doit dépenser trois ou quatre
millions de dollars, à moins qu'il s'agisse d'une
action en dommage, ce qui n'est sûrement pas le cas.
J'aimerais que vous éclairiez ma lanterne sur
ce plan.
M. Pierre LeBlanc: C'est vous qui êtes
constitutionnaliste et non pas moi.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Oui, mais les
faits, je ne les connais pas aussi bien que vous.
M. Pierre LeBlanc: Lorsque je parlais des fonds
compensatoires, je ne parlais pas des politiques de
financement des groupes communautaires, etc. Je
parlais de la responsabilité du gouvernement fédéral de
compenser les torts et les omissions du passé.
À ce que je comprends, à la suite d'interpellations ou
de recours en Cour fédérale, en vertu de l'article 24
de la Charte des droits, cette instance fédérale
pourrait, comme elle le fait dans les recours en droits
de dotation ou autres, faire des calculs, consulter des
experts et déterminer les montants de compensation.
Le sénateur Gérald Beaudoin: L'article 24 de
la Charte canadienne des droits et libertés, c'est une
chose. Mais ici, on parle de droits linguistiques.
C'est différent. De quel article parlez-vous?
L'article 24 s'applique lorsqu'on a brimé une liberté
fondamentale, auquel cas une cour de justice peut se
prononcer. Mais ici, est-ce que ce n'est pas d'abord
et avant tout une question linguistique?
• 1720
M. Pierre LeBlanc: C'est une question
linguistique, mais aussi une question de droit selon
l'article 16.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Ah, bon. Pour le
Nouveau-Brunswick.
M. Pierre LeBlanc: Pour le Nouveau-Brunswick.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Et d'égalité des
deux langues.
M. Pierre LeBlanc: Oui.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Là je dois
reconnaître que le rôle de la cour est plus grand
à cause de l'article 24 qui lui permet d'intervenir
dans un cas comme celui-là.
M. Pierre LeBlanc: À cause du lien entre l'article
16 et l'article 24.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Ah, ce n'est donc
pas simplement une pure question d'argent. C'est plus
que cela.
M. Pierre LeBlanc: Oui, oui.
Le sénateur Gérald Beaudoin: D'accord.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci,
sénateur.
Monsieur Godin, s'il vous plaît.
M. Yvon Godin: Madame la présidente, je
vais essayer d'être bref. Je veux seulement adresser
une couple de commentaires à mes confrères qui ne sont
pas du Nouveau-Brunswick, surtout à ceux de la
Saskatchewan et de l'Ontario.
J'aimerais seulement avoir
vos commentaires sur la responsabilité de Radio-Canada,
d'autant plus que vous représentez des groupes
francophones. Vous parliez plus tôt du CRTC. Vous
aviez peur que le plancher défonce. Il vaudrait
peut-être mieux mettre le dossier dans le
soubassement, parce qu'il est presque rendu là. C'est
du moins mon impression.
Je veux dire rapidement que Radio-Canada,
selon moi, existe pour les francophones de partout au
Canada. J'ai dit une fois que c'était Radio-Québec et
je me suis fait reprendre. En fait, c'est
Radio-Montréal. C'est là qu'est le contact. Un chat
traverse la rue à Montréal, et on l'apprend aux nouvelles
nationales. Quant à nous, il peut nous arriver tout ce
qu'on voudra, il faudrait quasiment mettre le feu sur
les chemins pour qu'on en parle aux nouvelles nationales de
Radio-Canada. C'est comme ça que sont
servis ici, au Canada, les francophones hors Québec.
M. Mauril Bélanger: Hors Montréal.
M. Yvon Godin: Vous parlez des francophones hors
Québec, mais disons hors Montréal. À CBC, c'est
Toronto qui est le problème, parce que tout vient de
Toronto.
J'aimerais avoir vos commentaires là-dessus. En même
temps, pour ce qui est du service dans le domaine
culturel, en dehors de RDI, il n'y a pas grand-chose
qui se passe au Canada d'après Radio-Canada. Il aurait
quand même un grand rôle à jouer de ce côté-là. C'est
la responsabilité du gouvernement fédéral que de voir à ce
que cette chaîne de télévision fasse la promotion du
fait français à la grandeur du pays. J'aimerais
avoir vos commentaires là-dessus.
M. Jean Poirier: Il y a eu tellement de coupures à
la Société Radio-Canada, madame la présidente et
messieurs les députés et sénateurs, que maintenant le
gouvernement, dans sa sagesse, nous donne un octroi
pour démarrer des radios communautaires. Nous, les
bénévoles, les chevaux bénévoles, on doit prendre 50 000 $
et lancer une radio communautaire parce qu'on
pense que la Société Radio-Canada n'a plus les
moyens et le mandat de faire son travail. Il me semble
que si Radio-Canada pouvait refaire le travail qui lui
revient auprès des communautés francophones hors
Montréal—c'est bien dit—, on
pourrait peut-être avoir
à ce moment-là des services de qualité en
quantité suffisante.
Bien que je sois
Franco-Ontarien, je n'ai même pas droit au bulletin de
nouvelles de l'Ontario émis par Radio-Canada en
provenance d'Ottawa. Mes concitoyens et concitoyennes
du reste de l'Ontario ont un bulletin spécial pour
l'Ontario que tous les Franco-Ontariens, à l'échelle de
la province peuvent capter, sauf nous, dans l'est.
Nous n'avons même pas ça, nous autres. Nous recevons
le bulletin qui est produit à Ottawa surtout
pour Hull et Buckingham, afin que ces pauvres gens
n'entendent pas trop parler de Hearst et de
Kapuskasing.
Ainsi, France Beaudoin anime, à 18 heures, une version de
l'émission Ce Soir qui s'adresse à l'ensemble des
Franco-Ontariens, mais que nous ne voyons jamais,
jamais.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Excusez-moi. Dans
l'est de l'Ontario?
M. Jean Poirier: Dans l'est de l'Ontario. On n'a
pas droit au bulletin de nouvelles de l'Ontario. Vous
ne le saviez pas, n'est-ce pas? Eh bien, je vous
l'annonce en grande primeur. Au lieu de nous
passer, à 12 h 30, une reprise des Détecteurs
de mensonges, on pourrait peut-être nous passer le
bulletin de nouvelles de l'Ontario, à notre chaîne de
notre télévision nationale, qui est là grâce à ce qui
reste de nos taxes.
C'est la piètre qualité du service que nous
avons, à force de coupures. Comme l'a déclaré un
ancien vice-président exécutif de Radio-Canada, tout le
programme des radios communautaires, madame la
présidente, emploie du cheap labour. Pour
compenser les coupures de Radio-Canada, on va
demander à de pauvres concombres de bénévoles, quelque
part, d'établir une radio communautaire avec 50 000 $
qu'on va leur donner et on va leur souhaiter bonne
chance, surtout qu'ils ne demandent pas de surplus
pour en assurer le fonctionnement. On les aide à se
lancer et ensuite c'est goodbye.
Donc, c'est le genre de problèmes que nous avons. Je
suis certain que vous allez tous travailler ensemble
pour nous aider à les régler une fois pour toutes.
Merci, monsieur Godin, et merci, madame la présidente.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Je vous en
prie.
Monsieur LeBlanc.
M. Pierre LeBlanc: Est-ce l'heure de la clôture ou
s'il y a d'autres questions?
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Oui,
c'est....
M. Louis Plamondon: J'allais vous demander si
vous seriez disponible pour venir interroger la
ministre quand elle comparaîtra comme témoin.
M. Jean Poirier: Avec plaisir.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Il nous
reste en fait deux minutes et j'allais justement vous
demander, monsieur Poirier et monsieur LeBlanc, si vous
vouliez faire un commentaire de clôture.
• 1725
M. Pierre LeBlanc: Oui, madame la présidente.
J'aimerais dire au sénateur Simard que je m'estime
privilégié d'avoir pu
travailler avec lui à la rédaction de ce rapport où
on fait état de la réalité des communautés francophones
hors Québec et où on dénonce les iniquités
et le manque de volonté. On y démontre à
quel point le Canada est vulnérable en raison de ce
manque de volonté.
Il nous propose des solutions qui doivent être
chapeautées par une politique intégrale de développement des
communautés francophones hors Québec.
Je me souviens
qu'en 1994, le Bloc québécois avait proposé une
politique de développement des communautés francophones
hors Québec. Il y a un ensemble de découpage
d'éléments, entre autres la Loi sur les langues officielles
et les jugements de la Cour suprême, qui sont
d'ailleurs de très
bons jugements,
mais il n'y a pas une volonté ferme de s'engager
dans une direction
claire, avec des objectifs précis qui nous permettront
d'espérer la pleine réalisation des politiques énoncées
dans la Loi sur les langues officielles. Tous les éléments
dont on a parlé, dont les 42 recommandations et toutes les
analyses, doivent être chapeautés sous ce genre
de politique intégrale. Je suis certain que le
sénateur écrirait volontiers cette politique
pour le gouvernement fédéral.
M. Jean Poirier: Madame la présidente, je baisse
mon chapeau bien bas pour reconnaître tout ce qu'on a
réalisé jusqu'à maintenant, mais on ne peut maintenir
le statu quo. Vous êtes en train de nous avoir à l'usure.
Il faut repenser le tout. Vous pouvez faire encore beaucoup
mieux et beaucoup plus si vous voulez vraiment nous
aider. Si les
politiciens et les politiciennes avaient bien fait leur
travail, la réalité des communautés
francophones hors Québec serait tout autre.
Bien qu'elle rende de bonnes décisions, faut-il
constamment porter notre cause devant la
Cour suprême? Demandez donc aux
Acadiens de l'Île-du-Prince-Édouard combien d'énergie
ils ont dû dépenser pour qu'on finisse par rendre une
décision qui est frappante de réalité. Pourquoi
doit-on monter constamment aux barricades
pour s'assurer qu'on respecte nos acquis? Ne pensons même
pas à l'avenir puisqu'il faut maintenant combattre des
incendies pour maintenir nos acquis.
Si les élus font bien leur travail, on pourra faire
autre chose que se présenter, de génération en
génération, devant la Cour suprême pour lui demander
d'interpréter des lois qui ont autant de trous qu'un fromage
suisse. Autant j'adore le fromage suisse, autant je ne
raffole pas des trous. Ces lois sont souvent
pleines de trous. On manque de bonne volonté, on
manque le bateau et on est
obligés de dépenser des énergies folles pour défendre à
gauche et à droite nos communautés. De grâce, examinez
la réalité et mettez fin au statu quo.
Faites mieux et faites davantage avec ce que vous
avez.
Merci, madame la présidente.
M. Pierre LeBlanc: Un petit mot très rapide.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Je vous en
prie, monsieur LeBlanc.
M. Pierre LeBlanc: Lors de notre
présentation, nous avons souligné l'impact certain que vous
pouvez livrer avec un rapport. Si je ne m'abuse, vous
avez déposé votre dernier rapport officiel en 1996.
Nous vous
exhortons à émettre un nouveau rapport officiel au Parlement
canadien puisque c'est, à notre avis,
outre les éléments d'éducation et de recherche,
l'instrument qui
vous permettra de nous aider et d'aider le Canada.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Je voudrais
tout d'abord vous remercier, sénateur, monsieur Poirier et
monsieur LeBlanc, d'être venus non seulement
nous présenter
ce rapport, mais également nous expliquer
la situation
complexe et délicate qui sous-tend ce rapport.
Il était très important que nous vous rencontrions.
Je peux vous dire que notre comité a l'intention de
présenter un rapport à la fin de ses débats. Nous
pourrons peut-être même présenter un document, qui
ne sera pas un rapport final, avant
l'été. C'est une possibilité dont discuteront
les membres de ce comité.
• 1730
Je vous remercie encore une fois tous les trois.
Sénateur, est-ce que
vous voulez dire quelques mots? Je vous en prie.
Le sénateur Jean-Maurice Simard: Je veux remercier les
membres du comité ainsi que MM. LeBlanc et Poirier.
La coprésidente (Mme Raymonde Folco): Merci beaucoup,
sénateur.
Je voudrais rappeler aux membres du comité que
Mme Françoise Bertrand, la présidente du CRTC, a
confirmé sa présence parmi nous le mardi 9 mai. Nous aurons
l'occasion de lui poser plusieurs questions.
Je vous remercie.
La séance est levée.