STANDING COMMITTEE ON INDUSTRY
COMITÉ PERMANENT DE L'INDUSTRIE
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le lundi 13 décembre 1999
• 1103
[Traduction]
La présidente (Mme Susan Whelan (Essex, Lib.)): Je déclare la
séance ouverte. Nous étudions le projet de loi C-276, Loi de 1998
modifiant la Loi sur la concurrence (commercialisation par abonnement
par défaut).
Nous sommes très heureux d'accueillir ce matin Action Réseau
Consommateur, organisation représentée par Mme Nathalie St-Pierre,
directrice générale, et M. Philippe Tousignant, analyste, Politiques
et réglementation, Télécommunication, Inforoute et radiodiffusion.
C'est un long titre.
Nous commencerons par entendre votre déclaration préliminaire, après
quoi nous passerons aux questions.
Madame St-Pierre.
Mme Nathalie St-Pierre (directrice générale, Action Réseau
Consommateur): Puis-je poser une question?
La présidente: Bien sûr.
Mme Nathalie St-Pierre: Je suis un peu curieuse et peut-être déçue
de voir qu'il n'y a pas plus de membres. Est-ce que cette réunion a
été décidée à la dernière minute?
La présidente: En fait, pour entendre des témoins, nous n'avons
besoin que de trois membres. C'est un quorum que nous avons adopté il
y a longtemps, et nous entendons souvent des témoins en présence de
trois ou quatre membres. Il y en aura d'autres qui vont arriver.
Certains ont d'autres engagements et comme c'est lundi matin, les vols
de certains ne sont pas encore arrivés. Nous ne nous réunissons pas
habituellement le lundi matin, mais en raison de ce qui s'est passé la
semaine dernière, nous avons dû remettre les réunions de jeudi à
aujourd'hui. Il y a aussi des votes prévus à la Chambre aujourd'hui
donc nous allons devoir commencer parce que nous pourrions être
appelés à aller voter. D'autres députés se joindront à nous en cours
de route.
Mme Nathalie St-Pierre: Très bien. Je vous remercie.
[Français]
Nous tenons à vous remercier de nous avoir invités. Action Réseau
Consommateur est un organisme qui existe depuis 1978 et qui regroupe
des associations de consommateurs du Québec. Notre organisme existait
précédemment sous le nom de la FNACQ, la Fédération nationale des
associations de consommateurs du Québec.
Il y a plus de 20 ans que nous existons et depuis environ 10 ans,
nous travaillons entre autres au niveau de tout ce qui touche la
réglementation, le CRTC et la téléphonie. Nous avons pour objectif
d'améliorer les politiques publiques qui touchent plus
particulièrement les consommateurs à faibles et modestes revenus. Les
questions d'habileté et d'accès sont au coeur de nos préoccupations.
Nonobstant les recommandations que nous énoncerons aujourd'hui, le
projet visant à faire cesser la pratique de la facturation négative
est extrêmement nécessaire. Le droit de choisir, le droit à un
dédommagement et le droit à un consentement éclairé sont fondamentaux
dans notre société. Ce sont des droits qui ont été reconnus par
Consumers International et à l'égard desquels l'ONU a adopté des
directives. Ils sont à la base de nos préoccupations. Nous avons
choisi d'aborder la problématique de façon très pratique et de nous
pencher sur les articles un à un. Au cours des prochaines minutes, M.
Tousignant et moi ferons la lecture de notre mémoire.
• 1105
Nous tenons d'abord à souligner que dans certains cas très précis et
sous réserve de conditions particulières, nous croyons qu'il est
possible de convenir que l'intérêt public a préséance sur le choix
individuel du consommateur. Cela veut donc dire qu'on peut accepter
des nuances dans certains cas. Nous croyons notamment qu'il est
important de favoriser entre autres l'affirmation culturelle et la
promotion de la langue française. Le projet de loi C-276 prévoit de
tels cas et nous estimons que les modifications qui sont proposées
vont dans la bonne direction.
D'autre part, une question épineuse est celle de la juridiction.
Nous désirons souligner que la pratique commerciale de l'option
négative contrevient au paragraphe 230a) de la Loi sur la protection
du consommateur au Québec. Il s'agit donc d'une pratique illégale.
Nous reconnaissons que les provinces ont un rôle à jouer, notamment
parce que tout ce qui touche les contrats relève de la compétence des
provinces.
Nous prenons toutefois acte de la position du Bureau de la
concurrence, qui a d'une part proposé le retrait de certaines lois qui
devaient être assujetties à ce projet de loi au départ, et d'autre
part affirmé, lors de sa comparution devant vous, que la Loi sur les
banques, la Loi sur les télécommunications et la Loi sur la
radiodiffusion étaient de juridiction fédérale. Il ne nous appartient
certainement pas, dans le cas des instances présentes, de débattre de
cette question. Ce débat vous incombe à vous, les parlementaires,
ainsi qu'aux gouvernements et aux cours, s'il y a lieu. Puisque la
protection du consommateur est au coeur de nos préoccupations,
nonobstant les questions de juridiction, tous doivent s'allier pour
contrer cette pratique inacceptable.
M. Philippe Tousignant (analyste, politiques et réglementation,
Télécommunications, Inforoutes et Radiodiffusion, Action Réseau
Consommateur): Je vais enchaîner sur l'étude du projet de loi et vous
présenter nos recommandations et commentaires article par article,
tout en essayant d'être le plus bref possible.
Le paragraphe 74.051(1) porte sur la définition. Bien que nous
soutenions, comme le mentionnait Mme St-Pierre tout à l'heure, qu'il
est parfois dans l'intérêt public d'imposer aux consommateurs des
choix faits nécessairement dans le cas de débats publics, nous ne
croyons pas qu'il faille ouvrir trop largement la porte à des
exclusions qui seraient déterminées par le gouverneur en conseil, tel
que stipulé en vertu de l'article 128. C'est pourquoi nous croyons
qu'il serait préférable de limiter les exclusions possibles en
l'absence de la tenue d'audiences publiques, pour permettre la
participation des citoyens aux décisions. Nous y reviendrons un peu
plus tard.
À l'article suivant, on définit ce qu'est un nouveau service. La
définition risque de porter à confusion, et il nous est difficile de
savoir précisément ce qu'on entend par un nouveau service. Nous
recommandons que le projet de loi soit modifié afin que la définition
soit claire et qu'on y précise qu'en plus de s'agir de la création
d'un service qui n'existait pas auparavant, il peut également s'agir
de tout ce qui s'ajoute, modifie ou abolit un service déjà existant.
L'alinéa 74.051(2)a) fait état de conditions, et nous l'appuyons. En
effet, dans le but d'obtenir un consentement éclairé, il nous apparaît
nécessaire de bien informer le consommateur. Dans la mesure où il est
généralement reconnu que les encarts insérés dans les enveloppes des
fournisseurs ne sont généralement pas lus, nous sommes satisfaits que
le projet de loi propose que les consommateurs soient interpellés
trois fois plutôt qu'une.
De plus, nous recommandons que le projet de loi indique clairement
que le texte doit être transmis sur une feuille séparée, en caractère
d'au moins 12 points, et inclure—voilà ce qui est important—la
situation du consommateur avant et après les modifications, ajouts ou
abolitions proposés par l'entreprise. Le consommateur doit pouvoir,
sans avoir à faire des démarches inutiles, comme par exemple
téléphoner à son institution pour connaître ce qu'il paye, comparer de
façon rapide l'offre qu'on lui propose. De plus, le texte indiquant
au consommateur la façon de répondre, les délais nécessaires et
d'autres détails utiles doit être bien en vue. Le consommateur doit y
apposer sa signature pour confirmer son acceptation de l'offre, à
défaut de quoi—et nous applaudissons à cette disposition du projet de
loi—il n'y aura pas de modification, d'ajout ou d'abolition au
contrat en cours.
On traite du consentement exprès à l'alinéa 74.051(2)b). Nous croyons
qu'il s'agit là du coeur de la problématique. Généralement, grâce aux
conditions mentionnées ci-haut, nous croyons que le projet de loi
permet réellement aux consommateurs de faire un choix éclairé et
d'agir en conséquence.
• 1110
De plus, afin de tenir compte des nouveaux modes d'offre de services,
tels l'Internet, le télécopieur ou encore le téléphone, nous
recommandons que les mêmes règles et contraintes s'appliquent. Ainsi,
le consommateur qui consent par téléphone à se prévaloir d'une
nouvelle offre devrait recevoir une copie de l'offre, tandis que celui
qui le fait par Internet devrait recevoir un imprimé qu'il
conserverait. Que le texte soit remis au consommateur par la poste,
par télécopieur ou par courrier électronique, il devrait contenir les
renseignements que nous avons proposés au point précédent.
La personne qui téléphone à un consommateur afin d'obtenir son
consentement devra lui lire un texte décrivant le nouveau produit et
contenant des renseignements au sujet du contrat existant afin que le
consommateur puisse faire une comparaison. Ce consommateur devrait
pouvoir bénéficier d'une période de sept jours suivant la réception
d'un texte écrit pour annuler son acceptation. S'il ne fait rien,
l'offre sera jugée acceptée.
Par ailleurs, puisque la question de la signature électronique fait
actuellement l'objet de discussions, notamment au niveau provincial,
des mesures devraient être prises sous peu pour valider de tels
documents et signatures. Ces mesures doivent être harmonisées le plus
rapidement possible.
L'alinéa 74.051(3)a) porte sur la substitution. Nous recommandons
que cet alinéa soit retiré. Nous craignons qu'il y ait de trop
nombreuses entorses à la loi. Une entreprise ne devrait pas avoir le
droit, simplement parce qu'elle le désire, de modifier sans motif
valable les dispositions d'un contrat qu'a signé un consommateur.
Prenons l'exemple du client d'une institution bancaire qui débourse
certains frais mensuels qui lui donnent droit à 15 transactions
électroniques et 3 transactions par chèque. Supposons que
l'institution financière décide de modifier l'offre et lui accorde en
contrepartie et au même coût 8 transactions électroniques et 7
nouvelles transactions par chèque. Puisqu'il n'y aurait pas eu
modification des frais mensuels, l'institution ne serait pas tenue de
consulter le consommateur. Ceci est inacceptable. Dans ce cas
particulier, afin de maintenir le forfait original qui lui convenait
mieux, le consommateur pourrait se sentir forcé de choisir un autre
type de compte qui lui coûterait plus cher.
Bien que cet article puisse avoir été prévu dans le cas de la
substitution de nouveaux canaux par le diffuseur en lieu et place
d'autres canaux tout en conservant le même coût mensuel, nous ne
croyons pas qu'il soit pertinent de le maintenir puisque le projet de
loi prévoit déjà la possibilité d'exceptions dans ce secteur. Qui plus
est, nous savons déjà que les consommateurs n'apprécient pas que
certains canaux optionnels soient retirés du service de base pour être
remplacés par d'autres au choix du diffuseur, puisque le canal retiré
se retrouve généralement à l'étage, entraînant une augmentation des
charges facturées au consommateur qui souhaite maintenir l'abonnement
qu'il avait choisi à l'origine.
L'alinéa 74.051(3)c) touche la loi qui prescrit la fourniture ou la
vente. Nous souhaitons également que cet alinéa soit retiré du projet
de loi. Si le projet de loi vise vraiment à protéger les
consommateurs de pratiques abusives de la part des joueurs assujettis
aux trois lois, il n'y a pas place pour ce genre d'intervention
législative. Paradoxalement, on parle d'une plus grande ouverture, de
déréglementation et de mondialisation, et l'on offre déjà aux
consommateurs de très nombreux services.
Le lobby de ces industries est plus puissant que celui des groupes
d'intérêt public. Si un article du projet de loi permet au
gouvernement de modifier sa propre loi pour restreindre l'ensemble de
la portée du projet de loi C-276, nous n'aurons pas gagné grand-chose.
À notre avis, le ministère des Finances ne tardera pas à proposer des
modifications à sa loi pour que certaines activités des banques n'y
soient plus assujetties. On ne peut accepter qu'il y ait une telle
division du projet de loi.
Par ailleurs, dans le cas de la Loi sur la radiodiffusion, nous
croyons que les mesures proposées à l'article 128 sont suffisantes
pour permettre, dans l'intérêt public, de restreindre parfois la
portée du projet de loi C-276.
Le paragraphe 74.051(4) traite de la renonciation du client à l'avis
réglementaire. Nous nous opposons fermement à ce paragraphe. Nous
jugeons impératif qu'on le retire du projet de loi si on souhaite
vraiment être cohérent avec l'esprit du projet de loi. Si on permet
au consommateur de renoncer à l'avance à des choses qu'il ne connaît
même pas, on lui retire de facto son droit à l'information, son droit
de choisir et son droit à un consentement éclairé. Permettre de plus
à un nouveau client de signer une renonciation à son droit, tel que le
suggérait devant vous M. Swedlove, devrait être illégal.
Finalement, le Bureau de la concurrence a souligné que
[Traduction]
la commercialisation par abonnement par défaut n'est pas une stratégie
de commercialisation bénéfique pour la concurrence.
[Français]
Dans ce contexte, pourquoi permettre une renonciation à son droit de
recevoir l'information et de choisir de façon éclairée ses services?
Je cède maintenant la parole à Nathalie afin qu'elle puisse terminer
notre présentation.
Mme Nathalie St-Pierre: Notre présentation s'achève. Les derniers
éléments que nous souhaitions soulever sont le processus des plaintes,
les pénalités et le rôle du gouverneur en conseil.
Nous sommes inquiets face à un processus qui devrait être amorcé par
le consommateur. Nous croyons qu'une seule plainte devrait suffire
pour déclencher le processus d'enquête. Conscients du taux
d'analphabétisme assez considérable qui existe, nous recommandons
qu'un consommateur puisse porter plainte verbalement.
• 1115
Puisque le Bureau de la concurrence n'est pas très connu, le
consommateur risque d'avoir de la difficulté à le contacter. Il
existe déjà de nombreux ombudsmen, agences et organismes où l'on peut
porter plainte et il est de plus en plus difficile de savoir à qui
s'adresser. Nous recommandons que le projet de loi oblige toutes ces
instances, y compris le CRTC, le Conseil des normes de la télévision
par câble et les agences de protection, à dénoncer auprès du Bureau de
la concurrence l'objet des plaintes des consommateurs, qu'elles soient
réglées ou non, afin que nous puissions avoir un portrait global de la
situation. De plus, le projet de loi C-276 devrait prévoir
l'obligation de nommer une personne responsable de l'application de
cette loi.
Le Bureau de la concurrence devrait faire état, dans le rapport final
qu'il vous soumet, de toutes les plaintes formulées par les
consommateurs, et non pas seulement de celles qui ont été déposées
auprès de lui. Ce rapport devrait aussi être offert au public sur
demande et devrait inclure le nom de toutes les entreprises qui ont
fait l'objet de plaintes de la part des consommateurs.
Je traiterai maintenant des pénalités. Il est assez troublant de
constater qu'on n'offre jamais de dédommager le consommateur qui porte
plainte. On devrait prévoir un remboursement ou une restitution des
conditions qui prévalaient avant la nouvelle offre. Nous aurions
souhaité que chaque infraction donne lieu à une ordonnance au sens de
74.1. Ainsi, 154 000 fautes devraient être passibles de 154 000
amendes possibles, bien que nous soyons conscients que ce ne sera pas
le cas. Si on souhaite vraiment protéger le consommateur et que le
seul bénéfice qu'il retire d'une plainte est de se faire dire qu'on a
donné une petite tape sur la main de celui qui a enfreint le
règlement, ce ne sera pas suffisant. Il faut imposer des amendes et
exiger que le consommateur puisse se prévaloir des conditions en
vigueur avant l'offre.
En dernier lieu, nous traiterons du rôle du gouverneur en conseil.
Nous reconnaissons que le CRTC et les ministères ont un rôle à jouer.
Il est important de maintenir le rôle du CRTC puisque sa présence nous
permet de bénéficier d'un processus moins politique, mais davantage
judiciaire, et de nous assurer une certaine flexibilité. Puisque nous
sommes en présence d'un tout nouveau projet de loi qui vise des
industries qui ne sont pas nécessairement réglementées de la même
façon, il faut convenir d'accorder un certain rôle au gouverneur en
conseil.
Le paragraphe 128(1.1) nous propose un test, soit de permettre aux
entreprises visées par cet article de rester concurrentielles en
autant que cette exemption ne prive pas les consommateurs du droit à
des prix concurrentiels et à un choix de services. Mais qui va le
faire et de quelle façon? C'est un test qui sera intéressant. Nous
recommandons qu'on tienne un débat public, comme le fait déjà le CRTC.
On devrait tenir des audiences publiques qui seraient suivies d'une
recommandation émanant du gouverneur en conseil. Cet exercice serait
fait dans un cadre intéressant. Malheureusement, pour ce qui est de
la Loi sur les banques, on ne prévoit pas les mêmes obligations, ce à
quoi il faudra remédier.
Nous appuyons le paragraphe 128(1.2) puisque nous reconnaissons que
le gouverneur en conseil et le ministre du Patrimoine peuvent avoir un
rôle à jouer étant donné qu'il est parfois d'intérêt public qu'on
impose des choix. Nous croyons toutefois, comme nous l'indiquions tout
à l'heure, qu'il est nécessaire de tenir un débat public et que le
projet soit modifié afin d'en tenir compte. Une publication dans la
Gazette officielle n'est pas suffisante. Il faut que les
citoyens aient l'occasion de participer et d'en débattre.
Nonobstant les recommandations, modifications ou retraits que nous
vous avons proposés, nous vous soumettons respectueusement que ce
projet de loi est nécessaire. J'aurais souhaité avoir en main la
nouvelle copie de notre analyse, qu'on vient tout juste de me
remettre.
• 1120
Si la protection du consommateur est au coeur de vos préoccupations,
comme elle est au coeur des nôtres, nous affirmons que, peu importe
sous quelle forme finale cela se fera, la pratique de la facturation
négative doit cesser. Merci.
[Traduction]
La présidente: Merci beaucoup, madame St-Pierre. Nous allons
maintenant passer aux questions.
Monsieur Penson, je vous prie.
M. Charlie Penson (Peace River, Réf.): Vous avez formulé un
certain nombre de recommandations précises, et une fois que le comité
aura eu l'occasion de traduire votre mémoire, je me ferai un plaisir
d'y jeter un coup d'oeil et de l'examiner dans cette optique. Je n'ai
pas de questions pour l'instant.
La présidente: Monsieur Brien.
[Français]
M. Pierre Brien (Témiscamingue, BQ): J'aimerais que vous nous
fournissiez des exemples de pratiques abusives ou de tarification
négative dont vous avez été témoins dans le passé.
Mme Nathalie St-Pierre: On sait que Vidéotron, en 1997, devait
introduire un nouvel étage et lancer de nouveaux services. Il y a eu
beaucoup d'insatisfaction, qui est difficile à chiffrer, puisque même
les appels que nous avons faits à Vidéotron en vue d'obtenir le
renseignement n'ont pas reçu de réponse. On sait que les
consommateurs nous ont appelés et ont appelé l'Office de la protection
du consommateur ainsi que Vidéotron.
Le problème, c'est que le cas est souvent réglé par une proposition
de remboursement. Quand on se plaint, on est remboursé. Un tel cas
n'est donc pas enregistré parce qu'on considère que le client est
satisfait. C'est là un exemple.
Il y a eu d'autres exemples dans d'autre domaines, mais aucune de ces
institutions n'est obligée de tenir des chiffres sur le nombre de
plaintes reçues. Donc, on ne sait pas vraiment à quoi s'en tenir.
M. Pierre Brien: Vidéotron, comme les autres entreprises, est
régie par la Loi sur la protection du consommateur. Donc, si ce
n'était pas conforme à la Loi sur la protection du consommateur, les
individus avaient un droit de recours. D'ailleurs, il a failli y
avoir une poursuite.
Mme Nathalie St-Pierre: Il y en a eu une. Il y a eu un recours
collectif...
M. Pierre Brien: Mais il a été réglé hors cour.
Mme Nathalie St-Pierre: ...qui a été réglé hors cour, oui.
M. Pierre Brien: Donc, il y avait une loi et les gens avaient un
droit de recours, parce que la tarification négative n'était pas une
pratique permise. Si elle était autorisée par l'Office de la
protection du consommateur et que les gens jugeaient cette décision
insatisfaisante, ils avaient quand même droit de recours parce qu'il
existait une loi.
Mme Nathalie St-Pierre: Tout à fait.
M. Pierre Brien: Qu'est-ce que ce projet de loi va changer
concrètement au Québec?
Mme Nathalie St-Pierre: On peut reconnaître que l'Office de la
protection du consommateur a juridiction en la matière. Je pense
qu'ici, le Bureau de la concurrence soutient que le fédéral a
juridiction en matières bancaires et de télécommunications.
Comme nous l'avons dit au début de nos remarques, ce débat vous
appartient à vous, les politiciens. Notre préoccupation est de
protéger le consommateur. Si l'Office de la protection du
consommateur n'intervient pas dans le secteur bancaire, par exemple, à
ce moment-là, nous faciliterons l'adoption d'un projet qui nous
permettra d'intervenir et de faire cesser cette pratique-là, à quelque
niveau que ce soit.
M. Pierre Brien: Vous êtes un organisme de surveillance et de
protection des consommateurs au Québec. Est-ce qu'à l'heure actuelle,
les entreprises de juridiction fédérale visées par le projet de loi se
soumettent volontairement à la Loi sur la protection du consommateur
ou si elles sont forcées de s'y soumettre?
Mme Nathalie St-Pierre: Elles ne se soumettent pas à la Loi sur la
protection du consommateur.
M. Pierre Brien: Elles sont soumises à la Loi sur la protection du
consommateur.
Mme Nathalie St-Pierre: Elles y sont soumises en principe, mais
dans les faits, elles ne s'y soumettent pas. Vidéotron a lancé des
canaux et a utilisé la pratique de l'option négative, et l'office n'a
pas...
M. Pierre Brien: L'entreprise pourrait même violer une loi
fédérale, mais là, il y aurait des recours. Si Vidéotron commet une
infraction vis-à-vis d'une loi... Je ne peux pas prétendre que cette
compagnie est actuellement en état d'infraction puisqu'il n'y a pas eu
de jugement rendu à ce sujet, le règlement du litige s'étant effectué
hors cour. Cela n'a donc pas été réglé de façon juridique.
Cependant, Vidéotron était régie par une loi.
Quatre canaux spécialisés seront lancés en janvier. L'autorisation du
CRTC a été donnée, mais ces canaux ne verront pas le jour si l'Office
de la protection du consommateur ne donne pas son aval. C'est un cas
de tarification négative.
Mme Nathalie St-Pierre: Oui. Les provinces, y compris le Québec,
peuvent décider d'appliquer leurs lois, comme c'est effectivement de
leur ressort de le faire, en matière bancaire et, dans certains cas,
en matière de télécommunications. Les organismes de défense et de
protection des consommateurs qui sont des organismes d'État
n'appliquent pas nécessairement la loi de la même façon.
• 1125
Nous voulons que le consommateur soit protégé et, en tant
qu'organisme, avoir plus de facilité à faire respecter la loi. Pour
l'instant, c'est ce que nous visons.
M. Pierre Brien: J'ai une autre question. Je ne suis pas d'accord
avec vous sur le fait qu'on ne fait pas appliquer la loi. Ils sont
soumis à la loi, et il y a deux jugements de la Cour suprême en ce
sens-là.
Maintenant, à propos de l'indépendance du CRTC, je suis assez surpris
de voir un organisme de protection des consommateurs appuyer la clause
d'exception prévue dans la loi. Théoriquement, la ministre ou le
ministre, selon le cas, peut accorder une exemption et permettre
l'utilisation de la tarification négative, par exemple s'il juge que,
du point de vue culturel, il est important qu'il y ait plus de chaînes
francophones. Cette exemption peut être accordée à un canal qui a déjà
obtenu une licence.
Or, le CRTC est celui qui octroie les licences. Il serait donc
appelé à se prononcer sur une licence, ne sachant pas si on va
bénéficier ou non d'une exemption par la suite. Le CRTC nous a dit
ici que des discussions seraient menées au préalable ou en parallèle
avec le gouvernement en vue de savoir si ces exemptions seraient
accordées ou non.
Ne trouvez-vous pas un peu bizarre qu'un organisme réglementaire, qui
rend des décisions quasi judiciaires, soit appelé à négocier avec le
gouvernement ou qu'il y ait une espèce d'interférence politique à ce
stade-là? Vous souhaitez que ces décisions soient prises de façon
indépendante à la suite d'un débat public, comme lors des audiences du
CRTC. Peu importe ce que vous dites, vous souhaitez qu'il y ait un
débat public, ce qui n'est pas le cas quand les décisions sont prises
par le Conseil des ministres.
Un débat public est un processus parlementaire législatif, mais il
n'y en a pas ici. Une décision du Conseil des ministres est un arrêté
définitif. Or, vous appuyez cette approche qui va permettre que ces
choses se produisent sans débat public et sans examen par un organisme
indépendant.
Mme Nathalie St-Pierre: Nous voulons qu'il y ait un examen par
l'organisme indépendant. Qui plus est, nous voulons que la partie qui
touche l'option négative ou la facturation négative fasse elle aussi
l'objet d'un débat, car lorsqu'on examinera publiquement la demande de
nouvelle licence dans le cadre d'audiences, les coûts seront aussi
soumis à cet examen. Par exemple, on étudiera la rentabilité de ce
poste ou de ce canal éventuel, l'auditoire visé, sa pertinence, etc.
Nous souhaitons donc que la recommandation soit faite dans le cadre
d'un débat public et que la facturation et la mise en marché fassent
aussi partie du débat.
Nous sommes conscients que cela introduit une dimension politique
plus importante dans un débat qui ne devrait pas l'être, ce sur quoi
nous sommes d'accord. Par ailleurs, nous reconnaissons que parfois,
pour la survie de certains canaux francophones ou de canaux
pertinents, il faut pouvoir imposer des choix. Le choix individuel du
consommateur qui ne porterait que sur des postes américains ne serait
pas acceptable. On a aussi le devoir d'avoir une vision plus large
et, tout en permettant les choix, de les baliser dans l'intérêt public
plus large. Donc, il faut pouvoir avoir des exemptions et déterminer
à qui on les donne.
Nous sommes ici parce qu'il y a eu des décisions abusives. Si les
gens se sont fâchés, c'est qu'à un moment donné, ils en ont eu assez.
Pour tenir compte de l'abordabilité, on peut imposer des choses, mais
les choses sont peut-être allées trop loin. Je crois que nous ne
serions pas ici si ces questions n'avaient pas suscité tant de
problèmes pour la population. Mettre un système en place qui a permis
au CRTC d'abuser un peu de...
M. Pierre Brien: À quoi faites-vous allusion?
Mme Nathalie St-Pierre: Par exemple, il y a toute la notion du
service de base en téléphonie, où on retire des services, où on
facture maintenant pour de nouveaux services, le 411, etc. Où va-t-on
s'arrêter? Maintenant, le CRTC, qui a le pouvoir de le faire, définit
le service de base sans se pencher sur les questions d'abordabilité de
façon directe et franche. Il en va de même pour la radiodiffusion. Le
coût et les bénéfices pour le consommateur ne sont pas des
préoccupations très grandes.
Si le CRTC retournait à sa table de dessin et assumait vraiment son
rôle quant à l'abordabilité, on ne serait pas ici. S'il avait bien
joué son rôle, il n'y aurait pas eu ces impositions qui ont fait en
sorte, à un moment donné, que les coûts ont dépassé la capacité des
gens, qui ont eu l'impression d'être pris pour un sac fourre-tout et
de s'être fait passer à peu près n'importe quoi, ce pour quoi ils ont
dû payer. Nous visons un équilibre que nous ne prétendons pas
parfait. L'équilibre qui a déjà existé au niveau du CRTC s'est rompu
au cours des dernières années.
M. Pierre Brien: Vous voyez un lien entre l'abordabilité et ce
projet de loi.
• 1130
Mme Nathalie St-Pierre: Oui. L'option négative a été imposée au
nom de l'intérêt public, au nom de la viabilité concurrentielle, au
nom de la problématique technologique causée par les sommes facturées
sur les comptes. Ce fut le cas dans le domaine de la radiodiffusion,
notamment. Je pense que c'est ce qui a suscité le débat. Il y a
certainement des questions liées à l'accessibilité et à
l'abordabilité.
En région, nous avons vu de nombreux consommateurs se plaindre en
masse contre les diffuseurs comme COGECO ou Vidéotron quand ils se
sont fait imposer le nouvel étage, en 1997. Leur tolérance a
certainement atteint sa limite par rapport à cela.
[Traduction]
La présidente: Merci, monsieur Brien.
Monsieur Lastewka, s'il vous plaît.
M. Walt Lastewka (St. Catharines, Lib.): Je n'ai que quelques
questions, madame la présidente. J'aimerais simplement connaître la
réaction des témoins concernant les institutions financières.
Avez-vous eu de nombreuses plaintes concernant les institutions
financières, qu'il s'agisse des banques ou des caisses populaires?
Mme Nathalie St-Pierre: Voulez-vous dire des plaintes générales?
M. Walt Lastewka: Oui, des plaintes concernant la modification des
frais, la modification des frais de service ou l'imposition de
certains frais.
Mme Nathalie St-Pierre: Ah, oui. Je dirais qu'il s'agit d'un
important problème à l'heure actuelle partout au Canada. Il ne fait
aucun doute qu'au Québec également les gens se plaignent qu'on change
leurs services, qu'ils doivent utiliser des moyens électroniques et
qu'ils n'ont pas droit à un rabais de leurs frais bancaires. Il faut
que les gens se renseignent à droite et à gauche et c'est très
difficile à faire quand il est impossible de comparer les frais des
différentes institutions. Il est très difficile pour les consommateurs
d'avoir vraiment une bonne idée de la situation. Nous devons produire
plusieurs publications qui comparent différents comptes bancaires pour
vraiment aider le consommateur à déterminer ce qu'il obtient pour le
prix qu'il paye. Donc, effectivement, il y a beaucoup de plaintes et
de préoccupations.
M. Walt Lastewka: Dans votre déclaration préliminaire, vous avez
parlé de nouveaux programmes qui doivent être définis.
Mme Nathalie St-Pierre: De nouveaux services.
M. Walt Lastewka: Oui.
Mme Nathalie St-Pierre: Ce que l'on entend par nouveaux services
dans le projet de loi, effectivement.
Après avoir lu le projet de loi, nous nous sommes rendu compte qu'un
nouveau service pour les clients pourrait être n'importe quoi. Donc
nous pensons qu'il serait bon de s'assurer que le projet de loi
définisse clairement en quoi consiste un nouveau produit.
Pour nous, un nouveau produit serait un produit qui comprend... Si
vous modifiez un ancien produit, ce n'est plus le même—c'est un
nouveau produit. Si vous y ajoutez quelque chose, ce n'est plus le
même produit. C'est un nouveau produit. Si vous voulez éliminer un
produit et en proposer un autre, il s'agit aussi d'un nouveau produit.
Dès que vous modifiez le contrat que j'ai avec vous, vous m'offrez un
nouveau produit, un nouveau contrat, et par conséquent il devrait être
visé par le projet de loi C-276.
M. Walt Lastewka: Si je vous ai bien compris, vous êtes d'accord
avec le fait qu'une fois qu'on a donné trois avis consécutifs, cela
constituerait un consentement tacite. Vous êtes d'accord avec cette
façon de procéder?
Mme Nathalie St-Pierre: Oui, nous sommes d'accord avec les
conditions, mais nous aimerions que l'avis envoyé aux consommateurs
indique de façon précise les services qu'ils reçoivent à l'heure
actuelle et ceux qu'on leur offre, afin qu'ils sachent exactement à
quoi s'en tenir. Il faut qu'ils puissent comparer.
Disons que vous recevez tel ou tel service par câble et que
maintenant nous vous en proposons de nouveaux. Ils sont indiqués. Vous
pouvez prendre une décision éclairée. Vous signez le formulaire et
vous le renvoyez.
M. Walt Lastewka: Très bien. Je vous remercie.
La présidente: Monsieur Gallaway, je vous prie.
M. Roger Gallaway (Sarnia—Lambton, Lib.): Je vous remercie,
madame la présidente.
Madame St-Pierre, les représentants des banques vont comparaître cet
après-midi devant le comité et l'un des arguments, selon leur mémoire,
qu'ils vont faire valoir c'est que lorsqu'ils changent un bloc de
services bancaires, si je puis m'exprimer ainsi, lorsqu'ils font une
offre—et ils ont toujours utilisé l'abonnement par défaut, bien que
dans le secteur bancaire on n'utilise pas cette expression; on dit
simplement offrir de nouveaux services—il y a des gens qui, si cette
loi était adoptée, diraient oui, certains qui diraient non et certains
qui ne diraient rien. C'est là par conséquent où se situe le problème
en ce qui concerne ce projet de loi—c'est-à-dire les personnes qui ne
répondent pas. Elles ne répondent pas parce qu'elles sont peut-être en
Floride, à l'hôpital ou parce qu'elles ne sont tout simplement pas
intéressées.
• 1135
Que dites-vous aux banques dans un tel cas, à savoir que les
personnes qui ne répondent pas présentent un problème en ce qui
concerne ce projet de loi?
Mme Nathalie St-Pierre: Je ne vois pas pourquoi, parce que si vous
ne répondez pas, cela signifie que vous voulez conserver vos services
tels qu'ils existent. Et pourquoi ne pourrait-on pas le faire? Je
reconnais que les banques devront peut-être trouver un moyen de faire
face à l'obligation d'augmenter un service parce que les coûts
d'heures supplémentaires augmentent vraisemblablement—je doute
d'ailleurs que ce soit le cas à l'heure actuelle. Nous pourrions
peut-être trouver des mécanismes pour faire face à ce genre de
situation. Mais si je suis satisfaite de mon compte bancaire tel qu'il
existe à l'heure actuelle, et que j'accepte un service qui me donne
droit à un certain nombre de transactions, je ne vois pas pourquoi je
devrais être obligée d'accepter un nouveau bloc de services que veut
m'offrir soudainement la banque sous prétexte que cela est dans mon
intérêt.
Je pense qu'à cet égard il faut faire attention afin que le
consommateur puisse refuser une nouvelle offre. Si les gens disent
non, c'est le même problème. Si les gens disent non, ils conservent le
même compte bancaire. Si je dis non ou que je ne réponds pas,
j'exprime la même intention.
M. Roger Gallaway: L'un des autres arguments que les banquiers
font valoir dans leur mémoire, c'est que la loi sur les services
financiers proposée—à un certain moment, on ne sait pas quand—par le
gouvernement prévoirait, et j'ignore comment ils le savent, la
création de la fonction d'ombudsman, ou quelle que soit la façon dont
vous voulez désigner cette fonction, c'est-à-dire un ombudsman qui
serait chargé de s'occuper de ce genre de plaintes. Donc si demain je
constate que j'ai toutes sortes de nouveaux services bancaires que je
n'ai jamais demandés et pour lesquels on m'impose des frais, je
pourrais porter plainte auprès de ce bureau. Que pensez-vous de cette
proposition?
Mme Nathalie St-Pierre: L'ombudsman proposé n'aura aucun pouvoir
parce qu'il ne pourra qu'accepter les plaintes des consommateurs sans
avoir le pouvoir d'imposer une décision. Je pense qu'il faut que le
Bureau de la concurrence continue à examiner les cas d'abonnement par
défaut.
C'est pourquoi je pense qu'il serait approprié que le Bureau de
l'ombudsman soit tenu de divulguer au Bureau de la concurrence les
plaintes qu'il reçoit. J'estime que c'est très important parce que les
consommateurs ne sauront plus à qui adresser leurs plaintes. Est-ce
qu'ils doivent se plaindre auprès du CRTC? Est-ce qu'ils doivent se
plaindre directement auprès de la compagnie de câblodistribution? Ou
est-ce qu'ils doivent se plaindre auprès de l'organisme ou de
l'ombudsman? Il faut que ces plaintes soient enregistrées. Il faudrait
donc que le Bureau de l'ombudsman soit tenu de communiquer ces
plaintes au Bureau de la concurrence, et le rapport final devrait
inclure toutes les plaintes, y compris les siennes, afin que l'on ait
une idée claire du nombre de plaintes et de ceux qui ne respectent
pas...
M. Roger Gallaway: Je ne veux pas vous faire dire ce que vous
n'avez pas dit, mais si je vous comprends bien, vous trouvez que
l'idée d'un commissaire aux services financiers, d'un ombudsman, ou
peu importe comment vous l'appelez, n'est pas la solution idéale.
Mme Nathalie St-Pierre: Pas pour s'occuper de cas de ce genre. Je
pense que l'on a besoin d'un ombudsman, et nous en avons réclamé un
pendant des années. Je ne le nie certainement pas. Ce que je suis en
train de dire, c'est que dans ce cas en particulier, lorsque l'on veut
remédier à un comportement de ce genre, je ne crois pas que ce soit
l'instance appropriée.
M. Roger Gallaway: J'ai une dernière question. Les banques
laissent entendre que lorsqu'elles modifient tous ces blocs de
services bancaires, elles le font à la demande des consommateurs, et
qu'elles ne font que donner aux gens ce qu'ils veulent. Cela soulève
un certain nombre de questions.
Tout d'abord, en tant que groupe de consommateurs, avez-vous eu
l'occasion de prendre connaissance de ce genre d'études faites par les
banques? Si oui, pourriez-vous nous faire part de vos commentaires à
cet égard, et si non, pourriez-vous nous indiquer ce que vous pensez
de leurs théories selon lesquelles elles ne font que réagir à la
demande de la clientèle?
Mme Nathalie St-Pierre: Personnellement, je n'ai pas pris
connaissance de ces études. Probablement, comme dans toute autre
étude, il y a des avantages et des inconvénients, et vous pourriez
dire que les questions sont bonnes ou mauvaises, mais je ne veux pas
évaluer la situation en fonction de ces critères.
Ce que je sais, c'est que nous traitons avec des consommateurs à tous
les jours. Il est vrai que les consommateurs sont plus exigeants et
c'est très bien. Je pense que nous devons le reconnaître.
Parallèlement, certains consommateurs n'ont même pas accès à un compte
bancaire, et nous devons prendre cela en considération aussi. Il est
sans doute vrai que les consommateurs réclament plus de services, mais
ils sont plus avertis et ils veulent prendre les bonnes décisions.
Donc, si vous voulez respecter le consommateur et que vous me dites
que c'est ce que veut le consommateur, donnez-moi le choix. Donnez-moi
la possibilité d'accepter, et tout le monde sera content. Pourquoi me
dire que ces services sont demandés par le consommateur si on ne me
laisse jamais la possibilité de décider si je veux ces services?
• 1140
Je ne crois pas que ce soit le cas. S'il s'agit de services qui sont
vraiment demandés par les consommateurs, eh bien qu'on en donne la
preuve ici même. Les consommateurs peuvent dire oui et ils peuvent
signer le formulaire.
M. Roger Gallaway: Je vous remercie.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Gallaway.
Monsieur Cannis.
M. John Cannis (Scarborough-Centre, Lib.): Merci, madame la
présidente.
J'ai simplement une brève question qui découle de la question posée
par mon collègue, M. Lastewka. J'aimerais avoir un éclaircissement.
Madame St-Pierre, vous avez dit plus tôt que si on modifie un
produit, le fournisseur devrait préciser le produit qu'avait le client
et les changements qui y ont été apportés. Vous dites que chaque fois
qu'un nouveau produit est proposé, ou qu'un produit existant est
modifié ou amélioré, le fournisseur devrait indiquer de façon
détaillée le produit que recevait le client, en plus des changements
qui y sont apportés.
Est-ce exact? Je veux m'assurer d'avoir bien compris.
Mme Nathalie St-Pierre: Non. Le Bureau de la concurrence a déclaré
assez clairement que la plupart des membres de l'industrie vont
probablement se conformer au projet de loi. Par conséquent, on
n'utilisera pas ces trois avis consécutifs envoyés au consommateur
avec une demande de consentement. Ce n'est que dans les cas précis où
vous demandez au consommateur de donner son consentement à un nouveau
produit, ce qui ne se produira pas tous les jours, que ce formulaire
de consentement devra inclure les services que vous recevez à l'heure
actuelle.
Que l'on m'indique le produit que j'ai maintenant, et que l'on
m'indique le produit que je recevrai afin que je puisse donner mon
consentement éclairé. C'est tout ce que nous disons. Il n'est pas
nécessaire que cela se fasse de façon régulière, bien que ce serait
une bonne chose.
M. John Cannis: Je n'ai pas dit sur une base régulière. Disons par
exemple que l'on ajoute une nouvelle chaîne au groupe de chaînes
télévisées auquel je suis abonné. Il faudrait, en tant que
consommateur, que l'on m'informe des chaînes que j'avais et des
nouvelles chaînes qui vont être ajoutées. Est-ce bien ce que vous êtes
en train de dire?
Mme Nathalie St-Pierre: Si on veut votre consentement, oui. On a
établi qu'environ 66 p. 100 des consommateurs pensaient qu'ils
recevaient le service de base alors qu'en fait la plupart d'entre eux
avaient le service de base plus un autre volet. Ils ignoraient quels
services ils avaient.
Si le consommateur se voit imposer un nouveau bloc de services, que
ce soit par le CRTC par exemple, et qu'une décision a été prise, on ne
lui demande pas son consentement. Si la décision est prise par le
Cabinet et par le ministre, c'est une décision qui est imposée, un
point c'est tout. Mais si de vous-même vous modifiez le bloc de
services et que vous demandez au consommateur s'il accepte cette
nouvelle offre, alors oui, vous devriez indiquer quels sont les
services que reçoit déjà le consommateur et quels sont les nouveaux
services offerts.
Ce n'est pas compliqué puisque tout est informatisé.
M. John Cannis: Alors ça devient encore plus compliqué, parce que
ce que vous êtes vraiment en train de dire, c'est que lorsqu'en tant
que consommateur j'ai d'abord accepté un produit—des services de
télévision, par exemple—je ne savais pas ce que je recevais.
Mme Nathalie St-Pierre: Vous auriez dû le savoir.
M. John Cannis: Mais c'est vraiment ce que vous êtes en train de
dire.
Mme Nathalie St-Pierre: Le processus n'a pas été très transparent.
Ce que nous voulons dire, c'est que si vous demandez le consentement
du consommateur en ce qui concerne un nouveau produit, un nouveau
service, un nouveau groupage de services, cela devrait être clairement
défini, et nous devrions savoir quels services nous obtenons. Obtenir
des services ou des produits sans contrat, ce n'est pas une bonne
façon de faire des affaires.
M. John Cannis: Mais je suis d'accord avec vous que lorsqu'un
nouveau produit ou un nouveau bloc de services est offert, le
fournisseur devrait dire: «Très bien, voici notre nouveau produit et
il va comprendre tel ou tel ou tel service». Je suis tout à fait
d'accord avec vous là-dessus. Mais ce que je n'arrive pas vraiment à
comprendre, c'est de dire au consommateur: «Voici le bloc de services
de programmation télévisée que vous aviez au cours de l'année dernière
et voici maintenant ce que nous vous offrons».
Si je suis un consommateur averti—et je devrais l'être—j'aurais dû
savoir ce que j'ai acheté il y a deux ans et le nouveau bloc de
services qui m'est offert devrait m'aider à décider si je l'accepte ou
non.
Mme Nathalie St-Pierre: Mais ce n'est pas la façon dont cela
fonctionne. Malheureusement, la plupart des consommateurs ignorent les
services qu'ils ont parce qu'on ne leur donne pas l'information
voulue.
La présidente: Je vous remercie, monsieur Cannis.
M. John Cannis: Merci, madame la présidente.
La présidente: J'aimerais poursuivre très brièvement sur cet
aspect.
Madame St-Pierre, je comprends votre argument. Lorsque je regarde ma
facture de téléphone, je ne sais plus les services que je reçois. Je
paye un certain montant, et j'ai commandé certains services, mais si
vous me demandiez quels sont les services qui me sont facturés,
j'aurais de la difficulté à vous répondre. Je sais que j'ai un service
qui me permet d'identifier l'appelant, mais je ne sais pas combien je
paye ce service. J'ai un service de boîte vocale, mais il n'est pas
indiqué explicitement. Je paye maintenant en bloc. Il y a quelques
années, lorsque j'ai demandé ce service, je savais que cela me
coûterait 5 $ supplémentaires pour tel ou tel service.
Donc je pense que vous avez présenté un argument valable, que nous
devrions être au courant des services que nous recevons. La même chose
vaut pour le câble. Je sais que je n'ai plus la chaîne d'informations
que j'avais. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais je ne reçois plus
cette chaîne. Vous avez présenté un argument valable.
• 1145
J'aimerais également vous poser une brève question concernant l'une
des observations que vous avez faites dans votre mémoire. Vous avez
dit que vous vous opposez à la renonciation du client à l'avis
réglementaire. Je sais que l'on a apporté des amendements à cet
article et qu'on les a fait circuler. Je ne sais pas si vous avez eu
l'occasion d'en prendre connaissance.
Je vais vous lire les changements proposés. La version précédente de
l'article se lisait comme suit:
L'alinéa 2a) ne s'applique pas lorsque l'entreprise reçoit une
renonciation du client à l'avis réglementaire énoncé dans le
présent paragraphe.
Voici le texte de l'amendement proposé:
L'alinéa 2a) ne s'applique pas lorsque le client a transmis à
l'entreprise, par n'importe quel moyen de communication, y compris
un moyen électronique ou numérique, son consentement exprès pour
l'achat ou la réception du nouveau service offert par celle-ci.
Il ne s'agirait donc plus d'une renonciation mais d'un consentement.
Cela répondrait, je suppose, aux attentes de votre association?
Mme Nathalie St-Pierre: Oui, car il est inadmissible d'exiger une
renonciation.
La présidente: C'est bien.
Je tiens à vous remercier tous deux de votre témoignage ce matin.
Nous vous savons gré non seulement de votre mémoire très détaillé mais
également du dialogue qui s'en est suivi.
Mme Nathalie St-Pierre: Merci.
La présidente: Nous allons maintenant faire une pause pendant
quelques instants entre les témoins.
• 1146
• 1152
La présidente: Nous reprenons la séance.
Je tiens à informer tout le monde qu'il y aura un vote dans 26
minutes. C'est pourquoi je propose de commencer à entendre les témoins
jusqu'à la sonnerie de 15 minutes, et à ce moment-là nous suspendrons
la séance et irons voter. Nous reviendrons ensuite.
Je présente nos excuses aux témoins, mais ce genre de chose est
courante sur la Colline, comme nous le savons tous.
Je suis très heureuse d'accueillir maintenant les représentants de
Bell Canada, de la société TELUS et de l'Association canadienne des
télécommunications sans fil.
Nous allons commencer par l'exposé de Bell Canada.
Mme Sheridan Scott (chef des Affaires réglementaires, Bell
Canada): Merci, madame la présidente et mesdames et messieurs les
membres du comité, de nous avoir invités à présenter les opinions de
Bell Canada au sujet des modifications prévues à la Loi sur la
concurrence et énoncées dans le projet de loi C-276.
[Français]
Je m'appelle Sheridan Scott et je suis chef des affaires
réglementaires chez Bell Canada et responsable de tout ce qui a trait
à la réglementation et à la Loi sur la concurrence. Je suis
accompagnée aujourd'hui de Linda Gervais, vice-présidente aux
relations avec le gouvernement.
[Traduction]
Tout d'abord, au nom de Bell Canada, j'aimerais dire que nous
convenons avec M. Gallaway que la commercialisation par abonnement par
défaut n'est pas une pratique commerciale souhaitable. Bell Canada ne
se livre pas à ce genre de pratique de commercialisation qui, à notre
avis, ne sert pas l'intérêt de nos clients. Ces derniers ne
tarderaient pas à nous exprimer leur mécontentement dans le milieu
extrêmement concurrentiel où nous évoluons et qui est celui des
communications.
Le marché des communications évolue rapidement, à bien des égards.
Comme le savent les membres du comité, le Canada progresse rapidement
vers une économie de plus en plus axée sur le commerce électronique.
En fait, en vertu du programme du gouvernement concernant les liens
électroniques, on fait le nécessaire pour que toutes les collectivités
soient reliées à l'Internet, pour que le commerce électronique
devienne une norme pour tous et un objectif souhaitable du
gouvernement. Le secteur public lui-même envisage de devenir un usager
modèle.
Nous partageons l'opinion du gouvernement quant à l'importance
croissante du commerce électronique. Nous constatons déjà que nos
clients aiment utiliser les moyens électroniques pour commander des
biens et services. Par exemple, lorsque nous avons mis sur pied le
nouveau programme d'interurbains à l'intention des consommateurs, en
février de l'an dernier, 60 p. 100 de notre clientèle s'est inscrite
grâce à des moyens électroniques. Parmi ces derniers, mentionnons
l'Internet, les systèmes de réponse vocale interactive ou RVI, et des
téléphones Vista 350 ou 450.
Dans ce contexte, nous avons constaté que nos clients veulent obtenir
des services simples à utiliser et rapides. Ils veulent être reliés à
nous à leurs conditions, et non les nôtres, et ils nous ont dit
clairement qu'ils s'attendent à une réaction immédiate et précise de
notre part.
[Français]
Nous voulons être sûrs que la loi facilitera et encouragera les
initiatives de commerce électronique sans nuire à leur développement.
Comme le gouvernement l'a reconnu dans son programme «Un Canada
branché», les consommateurs et les citoyens voudront de plus en plus
être servis de cette façon. C'est donc dans ce contexte que nous
voudrions proposer plusieurs modifications aujourd'hui au comité.
[Traduction]
Nous avons discuté de ces modifications avec M. Gallaway pour nous
assurer qu'elles correspondent à l'objet de ce texte de loi. À notre
avis, les propositions que nous formulons aujourd'hui sont tout à fait
compatibles avec l'objet du projet de loi. En outre, comme je viens de
le dire, elles viendront renforcer d'autres objectifs du gouvernement
liés à son programme de connectivité.
• 1155
J'aimerais profiter de l'occasion pour remercier M. Gallaway d'avoir
accepté de nous rencontrer et de nous avoir aidés à formuler les
modifications que nous proposons aujourd'hui.
Les changements que nous proposons n'auront aucune incidence sur les
objectifs fondamentaux du projet de loi. Au lieu de cela, ils visent à
apporter certaines précisions.
Les prémisses fondamentales des modifications que nous proposons sont
claires. À notre avis, il n'est pas question que ce projet de loi
s'applique dans les cas où un client nous a demandé un service, qu'il
soit électronique ou autre, et où nous l'avons fourni en réponse à
cette demande. Il ne s'appliquera pas plus si nous avons fait une
offre à un client et que ce dernier l'a acceptée.
Par exemple, lorsqu'un client décide de profiter pour la première
fois de notre système de conversation à trois en composant étoile 71,
il serait absurde que nous demandions au client de nous avertir à
l'avance avant que nous facturions ce service ou recevions un paiement
à cet égard, et pourtant c'est ce que semble prévoir précisément le
projet de loi sous sa forme actuelle.
De même, un client peut souhaiter passer au service interurbain de
Bell, au détriment d'un de nos concurrents, au moyen de notre site
Web. Il suffit que le client clique sur notre site pour exprimer son
intention de changer de fournisseur. Il ne serait pas logique que nous
demandions son consentement ou un préavis dans ce cas non plus, même
si le projet de loi semble l'exiger.
Ce genre d'offre prévoit parfois une période d'essai gratuite. Là
encore, nous estimons qu'il est inutile de demander le consentement
exprès ou un préavis au client avant de commencer à facturer le
service après la période d'essai.
D'après les renseignements, l'amendement proposé à l'alinéa
74.051(2)a) de la loi vise à exclure les cas où le client a de son
propre chef demandé le service ou accepté notre offre. Toutefois, nous
craignons que le libellé proposé n'atteigne pas cet objectif de façon
claire et non ambiguë. Permettez-moi de m'expliquer.
La version actuelle semble répondre à notre préoccupation grâce au
projet de paragraphe (4), qui prévoit le consentement exprès. Étant
donné qu'il n'y a aucun article sur les définitions, il n'existe
aucune garantie qu'un appel fait à l'initiative du client, en
composant étoile 71, soit considéré comme un cas où le client a
accordé son consentement exprès. Il existe un certain flou quant à la
différence entre ce terme et le consentement...
La présidente: Madame Scott, je vais devoir vous interrompre. Il
semble que le vote ait commencé sans nous, et certains députés de
l'opposition vont devoir se rendre à la Chambre. Je vais suspendre la
séance et nous reprendrons après le vote.
Mme Sheridan Scott: Très bien.
La présidente: Merci.
• 1158
• 1214
La présidente: Nous reprenons nos travaux.
Je demande aux témoins d'excuser cette interruption.
Madame Scott, nous vous écoutons.
Mme Sheridan Scott: Je ne sais pas où vous souhaitez que je
reprenne mon propos. Je vais peut-être récapituler.
D'après nos renseignements, le projet de loi n'était pas censé
s'appliquer à ce genre de transactions où un client demande un service
de son propre chef ou bien que nous avons offert le service que le
client a accepté. C'est ce que j'essayais de faire ressortir.
D'après notre interprétation, l'amendement actuel à l'alinéa
74.051(2)a) de la loi vise à exempter ces situations, dont je viens de
parler, et notamment celles où le client a demandé à obtenir le
service ou accepté notre offre. Toutefois, nous craignons que le
libellé proposé du projet de loi n'atteigne pas cet objectif de façon
claire et non ambiguë. Permettez-moi de m'expliquer.
La version actuelle semble répondre à notre préoccupation grâce au
paragraphe (4), qui prévoit le consentement exprès. Étant donné que le
projet de loi ne renferme pas d'article sur les définitions, il
n'existe aucune garantie qu'un appel fait à l'initiative du client en
composant étoile 71 puisse être considéré comme un cas où le client a
accordé son consentement exprès. Il règne un certain flou quant à la
différence entre ce terme et le consentement simple, et quant à savoir
si le fait que le client ait pris l'initiative suffise pour considérer
qu'il a accepté la transaction.
• 1215
À notre avis, si l'on adopte l'opinion courante de l'abonnement par
défaut, le projet de paragraphe (2) ne s'appliquera tout simplement
pas lorsqu'un client a demandé un service par un moyen électronique,
par exemple en composant étoile 71 ou même par un moyen plus
classique, par exemple en téléphonant à notre bureau d'affaires ou en
suivant les directives d'une RVI sur le cadran du téléphone. En fait,
d'après ce que nous savons, M. Gallaway n'avait pas l'intention
d'appliquer ce projet de loi à ce genre de transactions.
D'après nos renseignements, un amendement doit être proposé pour
résoudre ces problèmes, mais après étude de ce projet d'amendement,
nos inquiétudes demeurent. Nous estimons que le libellé suivant
offrirait plus de certitude à des entreprises comme la nôtre. Nous
proposons de modifier le paragraphe 74.051(3) en ajoutant deux
nouveaux alinéas à la disposition d'exemption:
d) soit que le service est demandé par le client, ou que ce dernier
a accepté l'offre de service, par n'importe quel moyen de
communication, y compris un moyen électronique ou numérique.
e) aux services fournis à la demande du client et pour lesquels le
client doit payer des frais chaque fois qu'il utilise ou reçoit le
service (paiement à l'utilisation).
Pour conclure, Bell Canada appuie le projet de loi C-276 avec les
amendements que nous avons proposés. Nous demandons instamment au
comité d'apporter ces modifications mineures au projet de loi pour le
rendre plus pratique et efficace. Les amendements proposés sont tout à
fait compatibles avec l'objet de ce projet de loi et permettront
également d'atteindre d'autres objectifs du gouvernement. Nous
appuyons également les amendements prévus jusqu'ici, notamment celui
visant à traiter la commercialisation par abonnement par défaut non
pas comme un acte criminel, mais plutôt comme une infraction
susceptible d'examen aux termes de l'article de la Loi sur la
concurrence portant sur les questions faisant l'objet d'un examen au
civil.
Merci de nous avoir permis de donner notre avis sur le projet de loi
C-276. Nous répondrons volontiers à toutes vos questions.
La présidente: Merci beaucoup, madame Scott.
J'aimerais demander aux témoins s'ils ont reçu les nouveaux textes
d'amendements.
Mme Sheridan Scott: C'est l'amendement dont j'ai parlé. C'est
celui qui est daté du 9 décembre, et j'ai mentionné le paragraphe 4
qui se trouve à la page 7 de 15. En voici le texte:
(4) L'alinéa 2a) ne s'applique pas lorsque le client a fourni
Je voulais parler de la question du «consentement exprès» et du sens
qu'on accordera à cette expression, c'est pourquoi nous proposons de
substituer au projet de paragraphe (4)...
La présidente: Je pensais que vous vouliez ajouter quelque chose
au projet de paragraphe (3).
Mme Sheridan Scott: Nous ajouterions des alinéas au paragraphe (3)
pour remplacer le paragraphe (4). On pourrait ou bien modifier le
paragraphe (4) pour y inclure cette disposition... Nous voulions
simplement que les choix soient bien clairs lorsqu'un client demande
un service de son propre chef, pour que ce soit considéré comme une
acceptation de sa part.
La présidente: Très bien, je suppose que nous aurons des questions
à vous poser à ce sujet, et nous allons donc attendre ce moment-là.
Mme Sheridan Scott: Très bien, mais nous avons examiné le
paragraphe (4) et avons traité de la disposition concernant le
consentement exprès.
La présidente: Très bien, je vous remercie.
Nous allons maintenant passer au témoin suivant, M. Willie Grieve,
vice-président des affaires gouvernementales et réglementaires de la
société TELUS.
Nous vous écoutons, monsieur Grieve.
M. Willie Grieve (vice-président, Affaires gouvernementales et
réglementaires, société TELUS): Merci, madame la présidente et
mesdames et messieurs les membres du comité. Je m'appelle Willie
Grieve et je suis vice-président des affaires gouvernementales et
réglementaires de la société TELUS.
TELUS est en importance la
deuxième compagnie de télécommunications du Canada. Nous offrons toute
une gamme de services de télécommunications en Alberta et en
Colombie-Britannique et sommes sur le point de pénétrer de nouveaux
marchés dans d'autres régions du Canada.
Je suis heureux de témoigner aujourd'hui pour vous présenter
l'opinion de TELUS sur le projet de loi C-276. Nous vous avons remis
un exemplaire de notre mémoire écrit. Je ne le lirai pas d'un bout à
l'autre, mais je vais présenter certaines grandes idées.
TELUS appuie les principes qui sont au coeur du projet de loi C-276.
Nous nous rappelons tous le véritable tollé qu'a suscité le recours à
la commercialisation par abonnement par défaut, en janvier 1995, par
les câblodistributeurs. La plupart du mécontentement exprimé à
l'époque venait de ce que les consommateurs se sentaient piégés. Les
câblodistributeurs détenaient un monopole et les consommateurs
n'avaient pas le choix.
Le projet de loi C-276 nous préoccupe parce qu'il impose un régime de
réglementation à l'industrie des télécommunications, ce qui, à
première vue, paraît inutile, et ce pour trois raisons.
Tout d'abord, TELUS n'a pas recours à la commercialisation par
abonnement par défaut, et à notre connaissance, cette pratique ne pose
pas véritablement de problème dans l'industrie des télécommunications.
La deuxième raison est liée à la concurrence. Nous ne pensons pas
qu'il y aura de problème, car l'industrie est désormais pleinement
ouverte à la concurrence. La dernière chose que voudrait faire une
entreprise, sur un marché concurrentiel, c'est mécontenter ou
exaspérer les clients, car ces derniers peuvent changer de
fournisseur. Ce n'était pas possible pour la câblodistribution en
1995, et jusqu'à tout dernièrement, les consommateurs n'avaient pas
non plus cette possibilité dans le domaine des télécommunications.
• 1220
Dans la documentation que nous avons lue, et notamment le document de
travail publié en 1996 par le Bureau de la consommation, on admet que
la commercialisation par abonnement par défaut pose véritablement un
problème dans les marchés faisant l'objet d'un monopole où les
consommateurs n'ont aucun choix. Toutefois, il y a lieu de
s'interroger au sujet des sous-marchés des télécommunications où il
continue d'exister des fournisseurs qui détiennent un monopole ou
encore ceux où une seule entreprise détient le pouvoir dominant. Il
s'agit du marché local, des services locaux de base.
Là encore, nous sommes assujettis aux forces de la concurrence. Nous
savons par expérience que si nous exaspérons les consommateurs de ce
marché, ils réagiront en faisant appel à des fournisseurs de services
plus concurrentiels. Même s'ils continueront de recevoir leurs
services locaux de base de notre entreprise, ils feront affaire avec
d'autres fournisseurs de services interurbains, de services Internet,
ou même de services de téléphones cellulaires, s'ils sont mécontents.
Une fois que nous les aurons perdus, ils seront beaucoup plus
susceptibles de changer de fournisseurs de services locaux dès la
première occasion. En fait, c'est l'expérience que nous avons eue, de
sorte que si nous ne tenons pas compte des besoins de nos clients même
sur les marchés où nous continuons d'être le seul fournisseur de
services, les forces du marché continuent de s'exercer pour contrôler
nos activités.
Si la commercialisation par abonnement par défaut pose un problème ou
si un problème devait surgir, il existe déjà un régime de
réglementation visant à protéger les consommateurs. Aux termes de la
Loi sur les télécommunications, le CRTC est là pour offrir aux
consommateurs une protection fondamentale. Il a pour mandat de jouer
ce rôle en favorisant la concurrence et en s'appuyant sur les forces
du marché. Lorsque celles-ci sont insuffisantes, le Conseil doit
adopter les règlements et il a à sa disposition de nombreux
instruments pour contrôler les activités et les entreprises
canadiennes de télécommunications assujetties à cette loi.
Bref, si le marché ne joue pas son rôle, le CRTC intervient. Plus
précisément, si le marché n'est pas encore assez concurrentiel pour
protéger les consommateurs, le CRTC continue de le réglementer. C'est
ainsi qu'est conçue la Loi sur les télécommunications. Les entreprises
canadiennes de télécommunications sont réglementées pour tous les
services qu'elles offrent, à moins que la concurrence soit suffisante
pour protéger les usagers de chaque service. Lorsque la concurrence
est suffisante, le CRTC s'abstient de réglementer, et la plupart du
temps il le fait à certaines conditions. En d'autres termes, il
continue d'appliquer certains règlements, en fonction du degré de
concurrence existant sur le marché.
Le projet de loi C-276 ne prévoit pas la même approche. Il ne tient
pas compte du rôle que peut jouer la concurrence pour obliger les
divers fournisseurs de services à marcher droit, et ne fait aucune
distinction entre les services. Il s'applique à tous les services
offerts par les entreprises de télécommunications canadiennes, quel
que soit le degré de concurrence qui existe entre ces derniers. En
conséquence, il est fort possible que des entreprises de
télécommunications canadiennes qui ne sont pas réglementées
aujourd'hui à cause de la concurrence soient désormais assujetties à
ce nouveau régime de réglementation.
À notre avis, il n'est pas nécessaire que le projet de loi C-276
s'applique à tout le secteur des télécommunications. La concurrence et
la réglementation lorsque la concurrence est insuffisante sont des
moyens suffisants pour protéger les consommateurs de services de
télécommunications contre la commercialisation par abonnement par
défaut si cette pratique devait poser un problème.
Nous avons eu l'occasion d'examiner les amendements techniques
proposés le 9 décembre à ce projet de loi et d'entendre le témoignage
des responsables de Bell Canada. Les amendements, outre les remarques
faites par Mme Scott, semblent acceptables si le projet de loi doit
s'appliquer au secteur des télécommunications. Ce qui nous préoccupait
essentiellement, c'était la façon dont les clients seraient appelés à
donner leur consentement. La disposition qui nous permet d'offrir de
nouveaux services aux clients avant la fin d'une période de trois
mois—celle qui est prévue actuellement—après que ces derniers ont
donné leur consentement, nous paraît acceptable.
À notre avis, si le projet de loi doit s'appliquer au secteur des
télécommunications, ses dispositions réglementaires devraient
correspondre plus fidèlement à la politique du Parlement énoncée dans
la Loi sur les télécommunications. Là encore, cette loi s'en remet à
la concurrence pour protéger les consommateurs, et à la réglementation
directe au cas où la concurrence ne soit pas suffisante. Il y a deux
façons d'atteindre ce but. On pourrait modifier le paragraphe
74.051(2) de la façon suivante.
Une entreprise agit de façon pouvant faire l'objet d'un examen si
elle exige ou perçoit d'un client un paiement pour la fourniture ou
la vente d'un nouveau service sur un marché où l'entreprise détient
un important pouvoir dominant.
... autrement dit, le produit et le secteur géographique du marché. Il
va sans dire que le Bureau de la concurrence et le commissaire à la
concurrence sont bien placés pour trancher les questions liées à la
position dominante sur le marché.
À notre avis, cet amendement permettrait de cibler le projet de loi
sur le véritable méfait auquel il vise à remédier: les fournisseurs de
services monopolistiques qui profitent de leur position sur le marché
pour imposer à leurs clients l'abonnement par défaut lorsque les
consommateurs n'ont pas le choix entre diverses options et des prix
concurrentiels. En fait, ce principe est englobé dans le paragraphe
128(2) qui permet au gouverneur en conseil d'exempter des services à
condition que l'exemption ne prive pas les consommateurs de leur droit
à des prix compétitifs et à un choix dans les services. C'est ce que
font les marchés concurrentiels. Toutefois, cette disposition impose
un nouveau système de réglementation semblable mais, fait intéressant
à noter, moins fastidieux que le processus auquel a recours le CRTC
pour établir s'il existe une concurrence suffisante pour s'abstenir de
réglementer.
• 1225
Pour rendre les systèmes de réglementation plus compatibles, nous
estimons que le projet de loi pourrait permettre au CRTC, grâce à une
ordonnance d'abstention, qui est rendue après que le Conseil a suivi
un long processus s'accompagnant parfois d'audiences, d'exempter les
services visés par l'abstention de la définition de services prévue
dans le projet de loi. Ainsi, une demande d'abstention d'application
des dispositions de la Loi sur les télécommunications présentée au
CRTC pourrait s'accompagner d'une demande pour que le service soit
exempté de la définition des services prévue dans la loi, au lieu de
nous obliger à suivre deux processus différents pour régler la
question.
Bien entendu, cela ne signifie pas qu'une ordonnance d'abstention
entraînerait automatiquement une exemption de l'application du projet
de loi. On pourrait continuer d'exiger la conformité à la loi dans
certains cas précis. Le CRTC émet régulièrement des ordonnances
d'abstention qui s'accompagnent de certaines conditions et n'exemptent
pas les services ou entreprises de toutes les dispositions
réglementaires de la loi. En matière d'abstention, le tout ou rien
n'est pas automatique.
Pour apporter cette modification, on pourrait ajouter un nouveau
paragraphe à l'article 128 de façon à permettre au CRTC, dans toute
ordonnance émise conformément à l'article 34 de la Loi sur les
télécommunications, d'exempter un service ou une catégorie de services
de la définition de services prévue dans ce projet de loi.
Cela met fin à notre exposé d'aujourd'hui, madame la présidente. Je
vous remercie.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Grieve.
Nous allons maintenant passer à l'Association canadienne des
télécommunications sans fil, représentée par son vice-président
directeur, M. Roger Poirier.
[Français]
M. Roger Poirier (vice-président directeur, Association canadienne
des télécommunications sans fil): Merci, madame la présidente
[Traduction]
et mesdames et messieurs les membres du comité. Je m'appelle Roger
Poirier et je suis le vice-président directeur de l'Association
canadienne des télécommunications sans fil, l'ACTS.
[Français]
L'Association canadienne des télécommunications sans fil, l'ACTS, est
le porte-parole de l'industrie. Nos membres offrent aux Canadiens et
aux Canadiennes un assortiment de services qui favorisent la
productivité, notamment des services de téléphonie mobile, de
radiocommunications mobiles, de téléavertissement et de
télécommunications mobiles par satellite.
Nous apprécions l'occasion qui nous est offerte aujourd'hui de
participer à vos consultations sur le projet de loi C-276. Les
télécommunications sans fil sont partie intégrante de la nouvelle
économie, assurant le transfert de l'information en temps réel,
n'importe où et n'importe quand. Le sans fil à large bande sera un
des éléments moteurs de la nouvelle économie au Canada en ce tournant
du siècle et du millénaire.
Le Canada est extrêmement bien servi par son industrie des
télécommunications sans fil grâce aux cinq grandes entreprises en
exploitation. Quatre-vingt-quatorze pour cent de la population a
accès à la téléphonie mobile, ce qui n'est pas peu dire compte tenu de
l'immensité du pays et de l'éparpillement de la population.
[Traduction]
De l'avis de l'Association, le projet de loi C-276 a pour objet
d'assurer que toute entreprise de réglementation fédérale obtient le
consentement exprès du client pour l'achat ou la réception de tout
nouveau service qu'elle met à sa disposition, ce qui revient à exiger
un avis préalable lorsqu'une entreprise a recours à l'abonnement par
défaut pour commercialiser un nouveau service.
Or, l'Association a constaté, lorsqu'elle a étudié le projet de loi
et les amendements déposés par M. Roger Gallaway le 15 novembre—et
j'insiste sur cette date—que les mesures proposées s'appliqueraient,
selon le libellé actuel, à tout nouveau service quelle que soit la
méthode employée pour le commercialiser. Cela aura une incidence
négative importante sur les activités commerciales de notre industrie.
C'est pourquoi nous avons recommandé certaines modifications au
projet de loi pour permettre une exception dans le cas où le
consentement exprès du client est reçu. Plus précisément, nous
recommandons de modifier le paragraphe 74.051 (4) de la loi afin de
prévoir une exception à l'avis préalable requis en vertu de l'article
2 lorsque l'entreprise a reçu le consentement exprès du client pour
l'achat ou la réception d'un nouveau service.
En plus, nous recommandons que la définition de consentement exprès
soit élargie de façon à inclure non seulement le consentement par
écrit, mais également le consentement donné oralement et par moyen
électronique. Nous signalons évidemment que les modifications
proposées le 9 décembre dernier sont conformes à nos recommandations
et nous les appuyons pour l'ensemble. À notre avis, il est possible
que certaines précisions s'imposent conformément aux recommandations
de Mme Scott pour faire en sorte que les activités auxquelles nous
nous livrons et auxquelles participent nos clients ne soient pas
assujetties à ce projet de loi.
En termes simples, ces changements signifieraient que les activités
courantes du secteur de la télécommunication sans fil ne feraient plus
l'objet de ces dispositions du projet de loi.
Le secteur de la télécommunication sans fil au Canada est extrêmement
concurrentiel. Il offre des services aux Canadiens pour répondre à une
demande toujours croissante de productivité, de commodité et de
sécurité. Notre secteur ne fait pas de commercialisation par option
négative et les dispositions du projet de loi ne devraient pas
s'appliquer à nos activités courantes.
• 1230
Outre le changement précité, l'ACTS estime qu'il serait utile
d'augmenter le nombre des exemptions prévues au paragraphe 128(1.1)
afin de prévoir une exemption dans l'intérêt public. Il est tout à
fait possible que le secteur de la télécommunication sans fil reçoive
d'Industrie Canada ou du CRTC le mandat d'offrir des services dans
l'intérêt public. On en a un bon exemple dans l'offre du service
d'urgence 911. On pourrait demander à l'industrie de fournir le
service sans que l'organisme de réglementation fixe des frais
récupérables chez les consommateurs.
On ne sait pas vraiment si l'industrie pourrait facilement percevoir
ces droits de ses clients, sans une exemption spéciale aux exigences
prévues dans le projet de loi. À ce sujet, nous constatons que le
paragraphe 128(1.2), mis de l'avant à l'article 4 du projet, habilite
le ministre du Patrimoine canadien à recommander au gouverneur en
conseil d'exempter certains services dans le but d'assurer la
réalisation des objectifs énoncés dans la Loi sur la radiodiffusion.
Nous recommandons aussi d'ajouter d'autres dispositions à l'article
128 pour donner au ministre de l'Industrie la possibilité de
recommander au gouverneur en conseil que certains services soient
exemptés, afin d'atteindre les objectifs fixés dans la Loi sur les
télécommunications et dans la Loi sur la radiocommunication.
En outre, nous avons bon nombre de recommandations au sujet de
l'article 128 du projet de loi. Nous pensons que cet article ne va pas
suffisamment loin. Nous croyons que le ministre de l'Industrie devrait
avoir le pouvoir de recommander au gouverneur en conseil de prendre
des règlements.
Si nous avons bien compris le projet de loi C-276 et que les
recommandations que nous avons faites sont acceptées, nous lui
donnerions un appui sans réserve. En revanche, si l'on veut faire
porter le projet de loi sur tous les nouveaux services, peu importe
leur mode de commercialisation, cela risque de causer des problèmes
graves et coûteux pour nos entreprises et nos clients. Nous avons de
graves préoccupations au sujet du projet de loi.
Ces préoccupations, ainsi que les changements proposés, sont décrits
dans notre mémoire détaillé.
[Français]
Merci de votre attention.
[Traduction]
Merci pour le temps que vous nous avez consacré. Je répondrai
volontiers à vos questions.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Poirier.
Nous passons maintenant aux questions. Monsieur Penson, s'il
vous plaît.
M. Charlie Penson: Merci, madame la présidente. Je tiens à
souhaiter la bienvenue à nos témoins. J'ai beaucoup appris en les
écoutant.
Si j'ai bien compris, il serait difficile pour le secteur des
télécommunications de ne pas accepter ceci en principe, puisqu'il est
en faveur d'une intensification de la concurrence et qu'il dit que
cette concurrence accrue, la concurrence actuelle, rendrait inutile ce
projet de loi, de toute façon; vous encouragez les méthodes
électroniques et c'est une possibilité qui serait employée, plutôt que
le seul consentement écrit.
Voici ma question: Y a-t-il de la concurrence partout au Canada,
permettant aux utilisateurs des produits de télécommunication de
profiter de cette concurrence, si le projet de loi C-276 n'était pas
adopté? Et si une entreprise faisait de la facturation par option
négative, les consommateurs pourraient-ils choisir un autre
fournisseur?
Voici ma deuxième question: Si on utilise le mode de consentement par
voie électronique, y aurait-il un double système afin d'éviter qu'on
s'abonne parce qu'on a frappé une touche par accident? Demanderait-on
deux fois le consentement avant la facturation du service, pour
s'assurer que le client a bien demandé ce qu'il voulait?
La présidente: Qui veut commencer? Monsieur Grieve?
M. Willie Grieve: Je vais répondre à la question sur la
concurrence dans l'ensemble du Canada.
Comme je l'ai reconnu dans mon exposé, tous les marchés de produits
de télécommunication presque partout au Canada sont ouverts à la
concurrence. Il y a bien des endroits où le marché n'est pas encore
ouvert à la concurrence, par exemple, sur le territoire de
NorthwesTel, soit dans les trois territoires du Nord, mais la
concurrence arrivera bientôt là aussi.
J'ai deux choses à dire à ce sujet. D'une part, lorsque nous avons un
monopole ou un quasi-monopole, de nos jours, même si le marché est
ouvert à la concurrence, il n'est pas dans notre intérêt de faire quoi
que ce soit qui déplaise à nos consommateurs, y compris la
commercialisation par option négative. C'est la raison pour laquelle
nous n'en faisons pas. Nous ne voulons pas déplaire à notre clientèle.
Ainsi, le client d'un service local, où nous avons une bonne part de
marché ou là où il pourrait y avoir un monopole, peut simplement
changer de fournisseur pour ses interurbains, et croyez-moi, nos
clients le font. Dans un cas, nous avons augmenté les tarifs pour les
appels locaux et nous avons perdu une part de marché pour les appels
interurbains. Nos clients savent très bien que certains des services
que nous offrons font l'objet de concurrence et d'autres, pas.
• 1235
Deuxièmement, le CRTC, en vertu de la Loi sur les
télécommunications... Cette loi vise essentiellement à protéger le
consommateur. Elle compte de nombreuses autres dispositions, mais une
série d'objectifs ont été établis dans cette loi qui visent à
favoriser la concurrence dans le but de protéger les consommateurs en
leur donnant le choix des tarifs et des produits. Si la concurrence
échoue, le CRTC s'en mêle. Le CRTC n'a pas eu à intervenir dans des
cas de commercialisation par option négative puisqu'il n'y en a pas
eus. Cela ne se produit pas dans le secteur des télécommunications. Je
ne dis pas que cela ne s'est jamais produit en 100 ans, mais ce n'est
certainement pas un problème de nos jours.
À notre avis, la loi n'a pas à s'appliquer parce qu'il y a déjà un
régime réglementaire complet pour les télécommunications, destiné
justement à éviter ce genre de problèmes et d'autres, lorsque les
consommateurs sont victimes d'entreprises qui ont un pouvoir important
sur le marché.
Je vais laisser Mme Scott répondre à l'autre partie de la question.
M. Sheridan Scott: J'aimerais ajouter quelques observations à
celles de M. Grieve, sur l'état de la concurrence. Si on observe la
tendance, on voit qu'il y a de plus en plus de concurrence, et non de
moins en moins. Tous les marchés sont maintenant ouverts. Pour chacun
de nos produits, nous sommes en concurrence. Si vous voulez connaître
la tendance, ce sera probablement un accroissement marqué du choix
pour les consommateurs.
Si vous voulez savoir dans quel genre d'environnement nous
fonctionnerons... M. Grieve a tout à fait raison quand il dit qu'il
faudra être attentifs aux desiderata des consommateurs. Il faut être
axé sur le consommateur. Ce sera un contrôle supplémentaire sur nos
activités.
Sur la façon dont se produisent les transactions électroniques, et la
façon dont nous offrons ces services, puisque beaucoup de nos services
sont maintenant offerts par voie électronique, il faut signaler que
c'est le consommateur qui fait la demande. C'est-à-dire qu'il y a des
boutons à l'écran. Avec la souris, vous pointez le curseur sur un
bouton et vous cliquez. C'est à vous de mettre en marche la procédure;
vous pouvez en voir les résultats.
Nous avons une fonction qui permet d'imprimer les transactions, afin
d'en garder copie. Le client peut vérifier ce qu'il a fait. Il est
ensuite facturé. Il verra ce qu'il a demandé et ce pourquoi on lui
envoie une facture. S'il a fait une erreur...
M. Charlie Penson: Permettez cette interruption: qu'arrive-t-il en
cas de transactions téléphoniques? Vous offrez un service par
téléphone, et le consommateur doit réagir, dans ces cas-là, n'est-ce
pas?
Mme Sheridan Scott: Il y a deux exemples. Premièrement, vous
pouvez passer par le téléphone, par un système interactif de réponse
vocale, ou IRV, à structure arborescente. Une pulsation électronique
est enregistrée, montrant qu'on a appuyé sur un chiffre du clavier,
pour répondre affirmativement à une offre de service particulière.
C'est la même chose que de prendre sa souris, pour cliquer sur un
bouton à l'écran. La troisième possibilité, c'est lorsque vous parlez
au téléphone avec un représentant du service à la clientèle, qui vous
demande si vous voulez tel ou tel service, et à qui vous dites oui, je
le veux. Le représentant coche une case sur la formule qui est
affichée à l'écran de son poste d'ordinateur.
Dans tous ces cas, une action est prise, puis il y a confirmation,
comme je le disais, sur la facture du consommateur. Si le consommateur
dit: «Je ne voulais pas commander ceci», en examinant sa facture, dès
qu'il la reçoit. Il peut ensuite communiquer de nouveau avec nous et
nous dire: «Ce n'est pas ce que j'avais commandé». Le mécanisme de
correction...
M. Charlie Penson: Je vous ai demandé si le consommateur ne
devrait pas donner deux fois son consentement, dès le départ.
Mme Sheridan Scott: Je ne sais pas exactement de quoi vous parlez,
si l'on vérifie deux fois...
M. Charlie Penson: Si vous avez appuyé sur étoile 76, par exemple,
comme vous le disiez, ne devriez-vous pas avoir à le refaire tout de
suite, pour confirmer que c'est vraiment ce que vous demandez?
Mme Sheridan Scott: Permettez-moi de vous expliquer la différence
entre la commande étoile 71 et la commande par Internet. Sur Internet,
vous avez devant vous un écran, où le service est décrit. Avec étoile
71, vous décrochez le téléphone... Ma fille le fait souvent. Elle est
en train de bavarder avec une amie, ou elle fait ses devoirs, puis
elles se disent que telle autre personne aurait certainement la
réponse qu'elles cherchent. Elle compose donc étoile 71, puis elles
sont trois en ligne, à poursuivre la conservation. C'est elle qui fait
la première démarche, au téléphone, puis des frais sont facturés pour
cette utilisation du service téléphonique. C'est un peu différent de
ce qu'on a à l'écran, sur Internet.
M. Charlie Penson: Ce que je veux dire, c'est qu'il y a encore
beaucoup de Canadiens qui n'ont pas d'ordinateur et qui ne sont pas
branchés à Internet. Ils voudraient peut-être réagir en... Pour leur
offrir un nouveau service, vous pourriez les appeler et leur dire:
«Nous avons un nouveau service. Voulez-vous en profiter?» Dans
l'affirmative, on pourrait donner son consentement vocalement, ou par
voie électronique, en appuyant sur une certaine série de touches,
n'est-ce pas?
Mme Sheridan Scott: Oui, c'est exact.
M. Charlie Penson: Je disais simplement que dans le dernier cas,
il serait bon de vérifier, en appuyant une deuxième fois sur les
touches. Cela confirmerait que la commande est passée.
Mme Sheridan Scott: Tout dépend du service et de la complexité de
la demande. Nous constatons bien une chose chez nos clients, c'est
qu'ils veulent que nos relations avec eux soient toutes simples. Ils
veulent savoir ce qu'ils auront, puis ils le confirment, d'une façon
ou d'une autre. Il est possible d'avoir des mécanismes qui excluent
l'erreur. Quand ils font des affaires, les gens ont tendance à vouloir
agir rapidement. Comme je le disais, il y a une vérification puisque
lorsqu'ils reçoivent leur facture, ils sauront ce qu'ils ont commandé.
M. Charlie Penson: J'ai une courte question...
La présidente: Monsieur Penson, nous n'avons pas laissé M. Poirier
répondre aux deux premières questions.
• 1240
M. Charlie Penson: Oh, je suis désolé. Mais j'ai une question pour
laquelle je voudrais simplement une réponse écrite.
La présidente: Vous n'obtiendrez pas la réponse écrite à
temps. Nous passons à l'examen article par article demain.
M. Charlie Penson: Bon alors inutile de la poser, n'est-ce pas?
La présidente: Au deuxième tour de questions, vous pourrez poser
votre question.
Monsieur Poirier.
M. Roger Poirier: Je serai très bref.
Dans le domaine des télécommunications sans fil, nous sommes
extrêmement concurrentiels. C'est probablement l'un des secteurs les
plus concurrentiels qui soient. Pour vous donner un exemple, au
Canada, nous avons le plus bas prix du monde entier, pour les
communications sans fil. Cela vous montre à quel point notre industrie
est concurrentielle. Avec pareille concurrence, il faut évidemment
être extrêmement sensible aux besoins et aux désirs des consommateurs.
Pour vous répondre, encore une fois, nous faisons beaucoup de mises
en marche électroniques pour les téléphones. Nous avons diverses
méthodes. On peut le faire par Internet, par téléphone et même, par un
système vocal. Cela se fait des milliers de fois par jour, sans qu'il
y ait beaucoup de problèmes chez nos clients.
Je le répète, c'est un secteur extrêmement concurrentiel et très,
très sensible à ses relations avec sa clientèle.
La présidente: Merci, monsieur Penson.
Monsieur Lastewka.
M. Walt Lastewka: Merci, madame la présidente.
Je comprends ce que vous nous dites, c'est-à-dire que vous êtes
concurrentiel et que vous ne faites pas de facturation par option
négative. Mais je ne comprends pas votre argumentation dans la mesure
où le projet de loi C-276 s'applique à votre secteur. Je comprends ce
que disait Mme Scott au sujet de certains changements, mais pas ce que
vous dires, M. Grieve. Si le projet de loi C-276 s'applique à votre
cas, comment voulez-vous qu'on le modifie, autrement qu'en disant
qu'il ne doit pas s'appliquer à votre secteur? Ce n'est pas...
M. Willie Grieve: Non, je comprends.
Nous avons eu la chance de voir les amendements proposés le 9
décembre, ainsi que les propositions de changements précis faites par
Bell Canada, et nous les acceptons, s'ils doivent être mis en oeuvre.
Nous proposerions en outre que le projet de loi soit modifié d'une ou
deux façons, pour reconnaître que dans la Loi sur les
télécommunications, le Parlement voulait traiter de la protection des
consommateurs dans le cadre du CRTC, d'abord par la concurrence puis,
s'il n'y en pas, par une réglementation directe, effectuée par le
conseil.
Il y a deux façons de traiter de la question de la
concurrence, et la deuxième nous renvoie aussi au CRTC. D'abord,
dans la loi, à la définition de «entreprise» on peut insérer une
disposition qui précise que la loi s'applique aux entreprises qui
ont une part de marché importante. Cela témoignerait de l'intention
du Parlement, dans la Loi sur les télécommunications, d'employer la
concurrence sur le marché comme moyen d'assurer la protection des
consommateurs.
La deuxième façon est d'application un peu plus difficile.
Actuellement, le CRTC réglemente les transporteurs canadiens sauf dans
certains cas où il s'en abstient. La loi prévoit donc que toutes les
entreprises canadiennes sont réglementées, pour presque toutes leurs
activités, dans leurs services à leur clientèle. Si le conseil estime
qu'il y a suffisamment de concurrence pour protéger les consommateurs,
il s'abstient de réglementer ces services en particulier et émet une
ordonnance en ce sens, souvent assortie de conditions. Si un service a
fait l'objet d'une abstention et qu'il y a tout de même un monopole
pour les autres, il y a des conditions, relativement au regroupement,
par exemple, qui empêchent l'entreprise en situation de monopole
d'intervenir dans un autre secteur régi par la concurrence.
Le projet de loi comprend une disposition qui permet au gouverneur en
conseil d'exempter des services de la définition de «services». Par
conséquent, nous demanderions au CRTC de s'abstenir, et ensuite il
faudrait passer par une deuxième étape, en vertu d'un autre régime de
réglementation, soit celui de ce projet de loi, pour affirmer que les
consommateurs sont protégés, que nous sommes dans un marché
concurrentiel. Il y aurait donc une deuxième étape, à cause des
dispositions de ce projet de loi.
À nos yeux, ce n'est qu'une accumulation de réglementations. Il y a
déjà un régime de réglementation efficace pour les télécommunications
qui protège les consommateurs. Ce qui nous préoccupe, c'est la
multiplication des réglementations. Il est déjà assez difficile de s'y
retrouver dans les règles du CRTC.
M. Walt Lastewka: Mais je vois les choses d'un autre point de vue.
Vous me dites que vous n'avez jamais fait d'abonnements par défaut, ou
que si vous l'avez déjà fait, c'était il y a très longtemps. Vous
dites que ce projet de loi ne s'applique donc pas à vous. Mais si vos
successeurs adoptaient une attitude différente, alors le projet de loi
entrerait en jeu, n'est-ce pas?
• 1245
M. Willie Grieve: Pour que cela se produise, en présumant que la
concurrence continuera de s'accroître aussi rapidement qu'elle le fait
maintenant, je pense que tous les fournisseurs de l'industrie
devraient décider en même temps de procéder par abonnement par défaut,
malgré le marché concurrentiel, pour que cela devienne un problème.
Autrement, si les consommateurs ne sont pas contents, ils changeront
rapidement de fournisseur. Et ils le font déjà, pour d'autres
questions que l'abonnement par défaut, comme je vous l'ai signalé.
Même une hausse de tarif dans un monopole cause des pertes de part de
marché pour d'autres services.
M. Walt Lastewka: Ce projet de loi ne s'appliquera donc pas à
vous, si vous fonctionnez comme vous le dites.
M. Willie Grieve: C'est exact. Il ne devrait pas s'appliquer à
nous. Nous sommes toutefois préoccupés parce qu'on parle de nous dans
le projet de loi. C'est une autre chose que nous devons avoir à
l'oeil, un autre casse-tête administratif pour l'entreprise, et nous
estimons que ce n'est pas nécessaire.
M. Walt Lastewka: Bien.
La présidente: Merci, monsieur Lastewka.
[Français]
Monsieur Brien, s'il vous plaît.
M. Pierre Brien: Plusieurs associations de consommateurs qui ont
comparu devant nous semblaient croire que votre industrie utilisait
parfois la tarification négative, tandis que vous soutenez le
contraire. Vous dites que vous n'utilisez pas ce type de tarification
pour des raisons concurrentielles et que cela ne constitue pas une
approche que souhaitez adopter auprès de votre clientèle. D'où vient
cette perception qu'ont les consommateurs?
Mme Sheridan Scott: Il m'est difficile de répondre en l'absence
d'exemples concrets. Je ne sais pas si ces consommateurs vous ont
fait part d'exemples concrets et de certaines expériences qu'ils ont
vécues.
M. Pierre Brien: Non, ils n'en ont parlé que très peu, mais cela
faisait partie de leur discours. Ils y faisaient entre autres
allusion lorsqu'ils traitaient des services que vous ajoutiez par la
suite. Comment procédez-vous lorsque vous ajoutez ces services
supplémentaires?
Mme Sheridan Scott: Je prendrai l'exemple du service étoile 71
qu'utilisent quotidiennement ma fille et mon fils. Avant d'offrir ce
service, nous avons présenté au CRTC une soumission pour l'approbation
de la hausse tarifaire que ce service entraînait. Cette soumission a
fait l'objet d'audiences publiques et a ensuite été approuvée par le
CRTC. Nous avons alors avisé nos clients au moyen d'un encart qui
accompagnait leur facture. Nos clients sont donc au courant de tout
changement tarifaire qu'a approuvé le CRTC.
M. Pierre Brien: Dans le cas de l'étoile 71, le consommateur a le
choix de se prévaloir de ce service ou non.
Mme Sheridan Scott: C'est exact.
M. Pierre Brien: D'accord. Comment obtenez-vous son consentement?
Mme Sheridan Scott: Le client n'a qu'a composer étoile 71 sur son
appareil. Cet aspect faisait justement l'objet d'une de nos
soumissions principales. Pour se prévaloir de ce service, le client
doit décider de prendre le téléphone et d'initier l'appel. Nous
croyons donc que la loi ne peut pas s'appliquer à de telles
transactions.
La présidente: Madame Gervais.
Mme Linda C. Gervais (vice-présidente, Relations avec le
gouvernement fédéral, Bell Canada): J'aimerais ajouter que nos clients
peuvent avoir recours à ces services de temps à autre ou s'y abonner
en déboursant des frais mensuels. À la suite de nos consultations
avec des groupes témoins, certains clients nous avaient dit que de
tels services étaient tellement utiles qu'ils aimeraient pouvoir s'en
prévaloir sans devoir encourir des frais mensuels fixes. C'est
pourquoi nous avons décidé de mettre certains services à la
disposition de toute la clientèle, à qui il appartient de choisir
quand elle veut les recevoir et quelle formule elle préfère. Il n'y a
pas que le service auquel Mme Scott vient de faire allusion. Un
client peut donc avoir recours à de tels services de temps à autre ou
choisir de payer des frais mensuels afin de les utiliser en tout
temps; ce choix lui incombe. Nous ne saurions parler au nom de tous
les groupes de consommateurs, mais nous savons que la question de la
câblodistribution a quelque peu influencé l'environnement.
Si vous nous présentiez des exemples bien concrets, nous serions tout
à fait disposés à faire enquête et à vous faire part des résultats.
M. Pierre Brien: Puisqu'à l'heure actuelle vous faites affaire
avec le CRTC, ce conseil est théoriquement capable d'exercer un
certain contrôle sur vos tarifs.
Mme Sheridan Scott: Oui, dans le cas des services qui sont encore
assujettis à ce régime. Comme l'indiquait M. Grieve, les tarifs liés
à certains services sont approuvés par le CRTC, tandis que dans
d'autres cas, ils sont établis en fonction de la concurrence. Bien que
les tarifs soient assujettis aux règles du CRTC, ils ne sont toutefois
pas établis par le CRTC.
M. Pierre Brien: De quels services parle-t-on dans ce cas-ci?
Mme Sheridan Scott: Par exemple, les tarifs interurbains ne
nécessitent pas une approbation de la part du CRTC, bien qu'on doive
tenir compte de certaines règles.
• 1250
M. Pierre Brien: Cela en raison de la forte concurrence que les
compagnies mènent dans le secteur de l'interurbain.
Mme Sheridan Scott: Voilà.
M. Pierre Brien: La Loi sur la protection du consommateur du
Québec interdit la tarification négative. Bien que vous soyez une
entreprise de juridiction fédérale, croyez-vous être assujettis aux
dispositions de cette loi?
Mme Sheridan Scott: Bien que nos activités soient réglementées par
les lois fédérales et non les lois provinciales, nous respectons les
lois provinciales dans plusieurs domaines. Aucune obligation
législative ne nous y contraint, mais puisque nous offrons des
services sur le territoire du Québec, nous respectons les lois qui y
existent.
M. Pierre Brien: D'accord. Si on veut régir ces questions par
voie législative et encadrer davantage votre secteur, n'est-il pas
préférable de le faire en modifiant la Loi sur la radiodiffusion et la
Loi sur les télécommunications plutôt que la Loi sur la concurrence?
Mme Sheridan Scott: Je crois qu'il vous appartient de décider si
vous devez modifier une loi ou une autre.
M. Pierre Brien: À l'heure actuelle, on part d'une loi que tout le
monde veut modifier en y ajoutant ses propres exceptions. Les
câblodistributeurs et vous réclamez des exceptions et un pouvoir
discrétionnaire. On se retrouve finalement face à une foule
d'exceptions qu'on voudrait inscrire dans la Loi sur la concurrence.
Ne serait-il pas préférable qu'on interdise la tarification négative
en modifiant la Loi sur la radiodiffusion et la Loi sur les
télécommunications?
Mme Sheridan Scott: Il serait possible de modifier la Loi sur les
télécommunications en y inscrivant les amendements que nous avons
proposés. Comme je le disais, si on adoptait le libellé qui a été
proposé, certaines transactions..
M. Pierre Brien: Entre autres au sujet du consentement.
Mme Sheridan Scott: Nous ne voyons pas d'objections à ce qu'on
modifie une loi précise plutôt qu'une loi générale.
[Traduction]
M. Willie Grieve: Je pourrais peut-être ajouter quelque chose
là-dessus. Les modifications dont nous avons parlé aujourd'hui se
rapportent au projet de loi. Vous avez parlé de la Loi sur la
radiodiffusion. Nous ne relevons pas de la Loi sur la radiodiffusion
sauf dans la mesure où nous offrons des services de radiodiffusion,
comme TELUS, qui est actuellement à l'essai.
En général, nous sommes réglementés en vertu de la Loi sur les
télécommunications. C'est une loi visant à protéger les consommateurs.
Comme je l'ai déjà dit, l'objectif est d'avoir de la concurrence et
de protéger les consommateurs. S'il n'y a pas de concurrence, le
conseil intervient. S'il y a un problème, il réglemente. Même s'il y a
de la concurrence, si un problème survient, le conseil peut modifier
son ordonnance d'abstention de manière à protéger les consommateurs.
Ce n'est pas la même chose pour la Loi sur la radiodiffusion. Le
principal objectif de cette loi est de promouvoir la culture et la
souveraineté canadiennes, d'utiliser le système de radiodiffusion
comme instrument d'unité nationale, de promouvoir le secteur de la
radiodiffusion, de promouvoir les artistes canadiens, et autres choses
semblables. Il a de nombreux objectifs. La protection du consommateur
en fait certes partie, mais ce n'est pas la principale raison d'être
de la Loi sur la radiodiffusion. Le CRTC est donc dans une position
délicate, je dois dire, lorsqu'il s'agit de la Loi sur la
radiodiffusion, parce qu'il sait qu'il doit protéger les
consommateurs, mais aussi tenir compte de ces autres objectifs de la
Loi sur la radiodiffusion se rapportant à l'unité nationale, à la
culture, à la souveraineté.
Parfois les choses échappent à son contrôle et les consommateurs
réagissent. À mon avis, la faute revient aux câblodiffuseurs, parce
qu'ils ont causé le problème. Les gens n'ont pas aimé ça.
Je pense qu'il serait très utile que le CRTC soit conseillé sur ces
questions, lorsqu'il doit mettre en balance ses deux rôles, soit la
protection du consommateur et les objectifs culturels de l'industrie.
Par conséquent, un projet de loi semblable, portant sur l'abonnement
par défaut au câble, serait très utile pour le CRTC et pour l'ensemble
du secteur.
[Français]
Mme Sheridan Scott: Si vous me le permettez, madame la présidente,
j'aimerais simplement faire une observation sur les propos de M.
Grieve. Je me demande pourquoi on déciderait de modifier la Loi sur
les télécommunications et de ne viser que ce secteur. La Loi sur la
concurrence a une application générale et elle vise toutes les
compagnies qui correspondent à la définition d'«entreprise». Une
modification à cette dernière loi m'apparaît préférable puisqu'on
éviterait de laisser entendre qu'il existe un problème particulier
dans le domaine des télécommunications. Je crois que tous les gens
qui représentent notre industrie ont été assez clairs: ce n'est pas
une pratique de notre industrie et ce sont les consommateurs qui vont
s'assurer que nous continuions dans cette direction. Je préférerais
qu'on ne cible pas notre secteur, qui a un dossier assez positif à cet
égard.
M. Pierre Brien: Merci.
[Traduction]
La présidente: Merci.
Monsieur Gallaway, s'il vous plaît.
• 1255
M. Roger Gallaway: Merci, madame la présidente.
Monsieur Grieve, vous avez beaucoup parlé de l'ouverture à la
concurrence du secteur des télécommunications. J'ai un appartement au
centre-ville d'Ottawa. Lorsque j'ai voulu faire installer le
téléphone, aurais-je pu demander à TELUS de le brancher?
M. Willie Grieve: J'ai dit que le secteur était tout à fait ouvert
à la concurrence, mais il y a des marchés, qu'il s'agisse de zones
géographiques ou de produits, qui ne sont pas encore concurrentiels.
M. Roger Gallaway: Où donc y a-t-il de la concurrence, alors, pour
les services de base du téléphone résidentiel?
M. Willie Grieve: Il y a des endroits aujourd'hui à Calgary, où il
y a quelques concurrents qui offrent ces services. Pour nous, il ne
s'agit pas de savoir s'il y a de la concurrence partout. Ce que j'ai
dit, c'est que le secteur était ouvert à la concurrence, c'est que
nous savons qu'il y aura de la concurrence.
Nous savons aussi qu'à Vancouver, par exemple, où des consommateurs
ont déjà opté pour un autre fournisseur d'interurbain, si ce
fournisseur d'interurbain offre des services d'appel locaux, ses
premiers clients pour le service local seront ceux qui ont déjà adopté
ses services interurbains. Il faut donc être très prudent, pour ne pas
déplaire à nos clients du marché local, de quelque façon que ce soit.
M. Roger Gallaway: Il n'y a qu'à Calgary où on a un choix.
M. Willie Grieve: À Calgary et à Vancouver.
M. Roger Gallaway: A-t-on le choix à Vancouver à ce stade en ce
qui concerne le service de base, ou ce choix existe-t-il uniquement
pour les interurbains?
M. Willie Grieve: Non, je crois qu'il existe pour le service de
base aussi.
M. Roger Gallaway: Vous le croyez ou vous le savez?
M. Willie Grieve: Je sais que Call-Net nous achète des lignes
dégroupées et recrute des abonnés résidentiels au service local qui
utilisent à l'heure actuelle ces services interurbains.
M. Roger Gallaway: Très bien. Madame Scott, vous avez beaucoup
parlé de *71. Permettez-moi de vous poser une question. Êtes-vous une
rédactrice juridique?
Mme Sheridan Scott: Non.
M. Roger Gallaway: Vous étonnerait-il d'apprendre qu'en réponse du
Bureau de la concurrence, le ministère de la Justice a déclaré à trois
occasions que le fait de presser *71 constitue en fait un consentement
exprès?
Mme Sheridan Scott: Cela ne m'étonnerait absolument pas. Je ne
serais forcément pas d'accord, compte tenu du libellé utilisé.
M. Roger Gallaway: Je comprends.
Mme Sheridan Scott: Il me semble que lors de la rédaction d'une
loi, il est préférable d'être aussi clair que possible. Si j'examine
l'amendement inclus ici à l'alinéa 53.1(2)a), cela ne s'applique pas
lorsque le client a fourni à l'entreprise un consentement exprès. Si
j'examine la façon dont cette disposition est formulée, je trouve
qu'elle n'est pas aussi claire que le libellé que nous avons proposé.
Je pense qu'il est dans notre intérêt à tous que la loi soit claire.
Je ne suis pas spécialisée dans la rédaction des lois, même si je
dois avouer que j'ai rédigé au moins six séries de règlements pour le
CRTC. J'ai donc une expérience considérable dans ce domaine.
Je sais que lorsque l'on comparaît devant les tribunaux, on ne peut
jamais être absolument certain de la façon dont le libellé sera
interprété, et que les tribunaux préféreront toujours que certaines
circonstances particulières soient formulées de façon claire. C'est
donc vraiment par un souci de prudence, monsieur Gallaway, que nous
proposons ces changements.
Nous reconnaissons que l'amendement apporté au paragraphe proposé
53.1(4) contribue considérablement à apaiser nos craintes. Nous le
reconnaissons.
Mais comme il s'agit de l'adoption du projet de loi, je pense que
nous serions tous très heureux qu'il soit aussi clair que possible.
M. Roger Gallaway: Voici où je veux en venir. Il y a l'argument
que vous avez présenté, que je comprends bien, et puis il y a
l'argument présenté par les responsables du Bureau de la concurrence
qui travaillent à ces règlements depuis un certain temps. Je ne
prétends pas parler en leur nom, mais d'après les entretiens que j'ai
eus avec eux, ils semblent trouver que le libellé est suffisamment
clair. Nous avons donc une divergence d'opinions entre les rédacteurs
juridiques, les avocats ou quoi que ce soit. Est-ce un résumé fidèle
de la situation?
Mme Sheridan Scott: Il est peut-être fidèle. Lorsque je
travaillais au CRTC à la rédaction du règlement sur la
câblodistribution, Keith Spicer, qui était le président à l'époque,
m'a dit, «Pourquoi ne rédigez-vous pas ce règlement de façon à ce que
les gens ordinaires le comprennent?» Je trouvais que c'était un
argument assez valable, même si je lui ai répondu en tant qu'avocate,
«C'est parce que ce sont les juges qui interprètent les règlements,
pas les gens ordinaires.»
Je suppose que son argument était assez valable, que l'on voudrait
pouvoir parler d'une loi en termes simples et expliquer dans la langue
courante les mesures législatives prises par nos parlementaires. Je
pense que quand quelqu'un dit quelque chose comme «lorsque le service
est demandé par le client» ou «le client a accepté de recevoir le
service par des moyens électroniques», cela est plus clair pour une
personne ordinaire que «lorsque le client a fourni à l'entreprise un
consentement exprès». Je trouve simplement que c'est une façon plus
claire de s'exprimer en anglais.
Mais en ce qui concerne les rédacteurs juridiques, ils vivent
peut-être dans un univers à part en raison de leur expérience et de
l'interprétation des textes à laquelle se livrent les juges.
M. Roger Gallaway: Je vous signale qu'un autre projet de loi a
précédé celui-ci et sa portée était beaucoup plus limitée; M. Spicer,
qui était président du CRTC, l'a appuyé sans réserve lorsqu'il a été
envoyé au Sénat et qu'il en est revenu, et Mme Bertrand s'y opposait.
Par conséquent, un changement à la présidence du CRTC peut entraîner
un changement radical dans la politique.
• 1300
Mme Sheridan Scott: Certainement.
M. Roger Gallaway: Dans un délai de trois mois, on pourrait
voir un virage de 180 degrés en matière de politique.
Mme Sheridan Scott: Nous en avons fait l'expérience.
Mme Linda Gervais: En effet, nous en avons fait l'expérience.
Des voix: Oh, oh!
Mme Sheridan Scott: Mais je pense que nous sommes tous
d'accord pour dire que la clarté est une bonne chose et c'est dans
cet esprit que nous formulons nos suggestions.
M. Roger Gallaway: Bien.
J'ai une dernière observation. Les représentants de l'Association des
consommateurs ont comparu devant le comité. Permettez-moi de vous
donner un exemple d'abonnement par défaut que tentent d'imposer les
compagnies de téléphone, sans vouloir m'attaquer à quelqu'un en
particulier. J'ai reçu des plaintes d'étudiants qui, au moment de
faire brancher leur téléphone à leur arrivée dans une ville
universitaire, se faisaient dire qu'ils pouvaient obtenir le service
d'appel en instance pendant deux mois. On négligeait cependant de leur
dire qu'à la fin de la période deux mois, ils feraient mieux de
téléphoner pour dire s'ils acceptaient ou non le service, sinon on le
leur facturerait. Avez-vous quelque chose à dire à ce sujet?
Mme Sheridan Scott: Je sais que lorsque nous avons offert un
service de cette nature, nous avons dit à nos représentants du service
à la clientèle que si la formule consiste à offrir un service gratuit
pendant les deux premiers mois et qu'ensuite nous facturons le client
pour ce service, lorsque nous présentons l'offre sur le marché, il
faut dire clairement que c'est ce que nous offrons: nous vous offrons
le service d'appel en instance qui sera gratuit pendant deux mois et
ensuite le service commencera à être facturé. Alors l'abonné dit s'il
accepte ou non ce service gratuit pendant deux mois, pour ensuite
commencer à le payer. Si l'offre est clairement expliquée au client et
s'il l'accepte, je ne crois pas que cette mesure législative devrait
s'appliquer. Si l'on ne communique pas clairement cela, il y a alors
un problème.
M. Roger Gallaway: Très bien. Je vous remercie.
La présidente: Merci beaucoup, monsieur Gallaway.
Monsieur Penson, s'il vous plaît.
M. Charlie Penson: De fait, la dernière question de
M. Gallaway était celle que je voulais poser.
La présidente: Monsieur Schmidt.
M. Werner Schmidt (Kelowna, Réf.): J'ai une très brève question à
poser. À quel moment l'accord est-il donné, au début de la période
d'essai ou à la fin?
Mme Sheridan Scott: C'est clairement au début. On fait une offre:
«je vous offre ce service. Il sera gratuit pendant deux mois et
ensuite vous paierez tant par mois. Acceptez-vous?» «Oui, j'accepte.»
Le contrat est conclu au début de la période, avant même que je
commence à vous assurer le service. Vous ne payez pas au début pour
une partie de ce service. Je dirais donc que le contrat est conclu au
début de la période. Et l'abonné a la possibilité de décider d'annuler
le service. Il peut le faire à n'importe quel moment après que le
contrat a été conclu.
Si les conditions sont claires, si je vous ai expliqué clairement ce
que j'offre...
M. Werner Schmidt: La clause de résiliation est également incluse
dans le contrat original?
Mme Sheridan Scott: Oui, elle l'est. Et il s'agit d'un contrat
verbal.
M. Werner Schmidt: Je sais que ça devrait être inclus, mais est-ce
bien le cas?
Mme Sheridan Scott: Oui. C'est ainsi en effet que nous faisons
cette offre sur le marché, pour autant que je sache, lorsqu'il y a une
période d'essai. Et on peut faire la même chose pour un autre service.
M. Werner Schmidt: Certainement, je comprends.
Mme Linda Gervais: Puis-je ajouter quelque chose? Si vous êtes un
abonné de Bell, d'après les règles du CRTC, nous sommes tenus
d'envoyer au moins une fois par année, et c'est ce que nous faisons,
un avis aux clients énumérant tous les services qu'ils reçoivent, afin
qu'ils le voient très clairement sur leur note de téléphone, y compris
le nombre d'appareils de Bell en location. Chaque fois qu'un abonné
change quelque chose au service qu'il obtient de nous, nous devons
faire encore la même chose. Ainsi, dans le compte suivant, l'abonné
voit clairement ce nouveau service.
M. Grieve a mentionné les augmentations de tarif à propos du
plafonnement des tarifs. Il en résulterait... tous les abonnés
verraient cela sur leur note de téléphone. Il y aurait une liste
complète des services auxquels ils sont abonnés. Si l'on prend par
exemple cette période d'essai de deux mois, l'abonné aurait accepté ce
service et ce serait mentionné sur sa note de téléphone, de sorte
qu'il saurait qu'il a ce service.
Cela ne signifie pas qu'on ne peut pas faire d'erreurs. Nous
expliquons aux abonnés—et s'ils ne le savent pas, c'est inscrit dans
les premières pages de l'annuaire téléphonique—comment déposer une
plainte, comment se faire entendre. S'il y a erreur, nous penchons en
faveur de l'abonné. S'il dit: «je n'ai pas vraiment pas commandé ce
service» ou «je ne m'étais pas rendu compte que je devais payer pour
ce service et je n'en veux pas», nous le compensons rétroactivement,
en inscrivant un crédit sur sa note de téléphone.
C'est donc ainsi que nous réglons un tel problème.
M. Werner Schmidt: Je vais aborder un sujet totalement différent
qui concerne la concurrence dans le domaine du service sans fil et des
lignes terrestres. Puis-je vous demander à tous de commenter cet
aspect particulier de la concurrence, c'est-à-dire entre les services
de lignes terrestres et les services sans fil?
• 1305
M. Roger Poirier: Je devrais peut-être commencer à titre de
représentant du secteur des télécommunications sans fil.
Si l'on définit les télécommunications sans fil dans un sens très
large, qui comprend ce que nous appelons les communications mobiles
ainsi que certains services de communication sans fil fixes, il est
clair que le monde s'en va vers le sans fil, pas seulement le Canada
et l'Amérique du Nord, mais le monde entier. Les technologies évoluent
très rapidement, de sorte que le déploiement de la technologie sans
fil sous toutes ses formes devient moins dispendieux et le monde se
dirige simplement vers le sans fil.
Cette tendance s'accélère dans certains pays, en particulier en
Scandinavie et dans les autres pays d'Europe, parce que leurs réseaux
de télécommunication à fil sont très différents des nôtres. On y
utilise la facturation au compteur, par exemple, et d'autres
particularités de cette nature. Dans certaines parties du monde, nous
voyons donc présentement les services de télécommunication mobile
prendre plus de 60 p. 100 du marché. À 60 p. 100, tout le monde a un
téléphone mobile.
De plus en plus de gens utilisent les téléphones mobiles comme
appareil principal, et dans certains cas, c'est leur seul moyen de
communication. Nous commençons à voir un peu la même chose en Amérique
du Nord et au Canada, particulièrement chez les professionnels et les
étudiants, qui n'ont qu'un seul téléphone; ils renoncent dans certains
cas à avoir un téléphone à fil.
Le facteur qui complique les choses est évidemment l'accès au service
Internet. Notre secteur, du moins présentement, n'est pas capable
d'offrir la rapidité qu'on peut obtenir par les lignes téléphoniques
traditionnelles. Nous trouverons cependant une solution à ce problème
quand nous aurons fait d'autres progrès.
J'ajouterai brièvement que nous devenons une solution de plus en plus
compétitive, je pense. Je n'aime pas utiliser ce terme, mais pour ce
qui est des consommateurs, ils commencent à voir les services sans
fil—les téléphones sans fil, la technologie sans fil—comme une
solution de rechange aux appareils de télécommunication traditionnels
à fil. C'est cependant un processus en évolution et dans certains pays
ce processus est très différent de ce qu'il est au Canada.
Mme Linda Gervais: Je suis d'accord avec M. Poirier et je
signalerai seulement que si l'on évolue moins vite au Canada vers le
téléphone sans fil comme téléphone principal, c'est à cause des prix.
Un certain nombre d'études publiées récemment par le Yankee Group ont
signalé que les prix sur le territoire de Bell sont certainement
inférieurs à ceux des États-Unis, tant pour le service résidentiel que
commercial, où ils sont évidemment inférieurs à ceux de n'importe quel
endroit où l'on paie en fonction de l'utilisation. Nos services
d'appel à tarifs forfaitaires et nos grandes zones d'appel local nous
ont placés, en tant qu'abonnés et en tant que pays, dans une situation
extrêmement avantageuse.
Par conséquent, le passage au téléphone sans fil comme seul appareil
est limité aux personnes qui se déplacent souvent, comme les
étudiants, qui ne passent pas beaucoup de temps chez eux. Au lieu
d'avoir deux téléphones, ils n'en gardent qu'un. Cela représente un
pourcentage croissant de la population. En outre, en tant que
compagnie de téléphone, nous voyons également la technologie sans fil
comme moyen de déployer nos services dans les régions rurales. Nous
faisons un certain nombre d'essais, dans le cadre desquels nous
utilisons cette technologie pour offrir le service de base.
De nouveaux concurrents constateront certainement que la technologie
sans fil représente des coûts d'infrastructure moins élevés, ce qui
les aidera à s'implanter sur les marchés existants, car les coûts les
plus élevés d'un service téléphonique sont ceux de la ligne d'abonné.
M. Willie Grieve: Je peux seulement ajouter qu'en effet les
services sans fil, en particulier les services de téléphone mobile
sans fil deviennent chaque jour plus compétitifs, ou constituent une
solution de rechange plus compétitive dans le domaine des services de
télécommunication de base offerts par les compagnies de téléphone.
Mais si l'on regarde la tendance dans le monde, je pense que la
technologie sans fil servira à transmettre la voix, tandis que la
technologie à fil servira à transmettre les données. Plus de 50 p. 100
de notre trafic à l'heure actuel est un trafic de données—autrement
dit, tout ce qui n'est pas le trafic phonie. Je pense donc que c'est
ainsi que les choses évolueront. Il y a évidemment aussi le service
sans fil fixe, qui est plus ou moins le service téléphonique que nous
avons aujourd'hui.
M. Werner Schmidt: Je ne sais pas combien de temps nous avons
encore à notre disposition, il y a des choses vraiment intéressantes
dont je voudrais parler, et en particulier le groupement des
services—le groupement des lignes terrestres avec le service sans
fil. Faites-vous un tel groupement?
Mme Sheridan Scott: Oui.
Mme Linda Gervais: Oui.
M. Willie Grieve: Oui.
M. Werner Schmidt: Dans ce cas, que se passe-t-il pour les
dispositions de ce projet de loi?
M. Willie Grieve: Comme je l'ai déjà dit, le CRTC est un organisme
chargé de protéger les consommateurs, mais en outre la Loi sur les
télécommunications l'oblige à se préoccuper du maintien de la
concurrence. Il nous impose donc des règles sur le groupement des
services. Premièrement, si nous regroupons un service de base avec le
service sans fil, nous ne pouvons pas ensuite refuser aux gens le
droit d'obtenir un service de base sans fil. Nous devons donc
toujours...
M. Werner Schmidt: N'est-ce pas une bonne disposition?
M. Willie Grieve: Oui, certainement.
M. Werner Schmidt: Parce que cela vous donne l'infrastructure.
M. Willie Grieve: C'est exact.
M. Werner Schmidt: Et cela protège l'infrastructure que vous
avez déjà.
• 1310
M. Willie Grieve: Certainement. On peut utiliser l'effet de
levier.
Ce qu'on ne veut pas—et c'est parfaitement correct—c'est que nous
utilisions l'effet de levier que nous donne notre pouvoir dans un
marché pour arriver dans un marché compétitif et dire aux abonnés
qu'un seul choix s'offre à eux pour le service de base, et que s'ils
n'acceptent pas notre service sans fil, nous leur couperons leur ligne
téléphonique. Cela ne se fera pas. Ce n'est pas permis et cela ne
devrait pas être permis.
M. Werner Schmidt: Pas encore.
M. Willie Grieve: Cela ne sera pas permis. On ne peut pas utiliser
l'effet de levier pour pénétrer un autre marché.
M. Werner Schmidt: N'est-ce pas ce que le regroupement de services
signifie?
M. Willie Grieve: Non. Le regroupement des services est apprécié
des consommateurs lorsqu'il se fait dans des marchés compétitifs. Les
consommateurs nous répètent sans cesse qu'ils préfèrent des services
groupés ou des ensembles de services plutôt que de recevoir une
facture différente pour toute une liste de services. C'est lorsqu'on
utilise une situation de monopole dans un marché pour étendre ce
pouvoir de monopole à un marché voisin que le groupement des services
pose un problème.
La présidente: Avez-vous une autre question à poser, monsieur
Schmidt?
M. Werner Schmidt: Non, j'ai terminé.
La présidente: Monsieur Cannis, vous n'avez pas de questions?
Personne d'autre ne veut poser de questions? Monsieur Brien?
Très bien. Dans ce cas, je poserai une question moi-même. Je veux
parler des amendements que vous suggérez, madame Scott. Nous ne serons
probablement pas d'accord quant à ce qui est clair et à ce qui ne
l'est pas, mais vous devez savoir que le libellé de l'amendement
proposé vient, si j'ai bien compris, d'une décision de la Cour et a
été bien accepté dans d'autres mesures législatives déjà présentées.
Je vous le signale pour que vous sachiez bien d'où vient le libellé
proposé. C'est de là.
Cette expression «consentement exprès» a également été définie dans
ces décisions de la Cour et signifie que si j'appuie sur l'étoile et
ensuite que je fais le 67, je consens à payer le tarif exigé parce que
je sais qu'il y a un tarif pour ce service. J'aime utiliser ce service
et je paie donc le tarif exigé. Je pense que c'est assez clair: les
gens utilisent ce service et ils veulent ce service.
Cela dit, lorsque je regarde mon compte de téléphone... et au cours
de conversations que nous avons eues avec d'autres témoins au sujet
des services mensuels... je ne sais pas ce que je paie à titre
d'abonné. J'ai reçu par la poste une autre annonce de services groupés
et j'ai pensé que c'était une astuce de commercialisation vraiment
bonne, mais on disait qu'à titre d'abonné du service étoile à compter
du 19 octobre, je paierais une certaine somme. Or je n'ai jamais
accepté de payer plus, de sorte que cet avis ne s'applique peut-être
pas à moi ou il s'agit simplement d'un envoi collectif. Je l'ignore.
Mais en tant qu'abonnée, quand je regarde ce que vous avez envoyé...
et je sais qu'il est possible d'accepter ou de ne pas accepter, je
l'admets. Mais je n'y jetterai même pas un coup d'oeil, car je ne sais
même pas quels services j'ai déjà. C'est beaucoup trop compliqué de
chercher à le savoir. J'ai ouvert ma facture de téléphone ici ce matin
parce que je ne l'avais pas encore fait et j'ai apporté ce petit
dépliant que j'ai reçu par la poste la semaine dernière, pensant que
ce serait intéressant puisque nous allions parler de ces questions.
J'ignore à quels services je suis déjà abonnée et je ne sais donc pas
si je veux accepter cette offre. J'ignore si elle est avantageuse ou
non. Je ne pense pas que je profite à l'heure actuelle de services qui
valent 18,95 $, et je ne sais vraiment pas ce que j'ai pu accepter
comme services pour devoir payer autant.
Cela dit, je regarde l'offre et je sais qu'il s'agit d'un service
facultatif, et pourtant, du point de vue de la commercialisation et du
point de vue de l'abonné, je ne suis pas certaine d'accepter que vous
puissiez regrouper tous mes services sur une ligne. Je suppose que le
CRTC dit que c'est acceptable. En tant qu'abonnée, je ne suis pas de
cet avis.
Mme Sheridan Scott: Je vais répondre par quelques
commentaires. Premièrement, en ce qui concerne le texte, je suis
rassurée de vous entendre dire qu'il existe une jurisprudence
montrant que le cas de l'étoile 71 est couvert par un amendement de
cette nature. Le compte rendu des délibérations de ce comité sera
rendu public et je suppose que si nous nous retrouvons devant les
tribunaux, nous présenterons ce compte rendu pour montrer que cela
ne devait pas être inclus. Je suis certainement heureuse que nous
ayons à notre disposition le compte rendu des délibérations de ce
comité pour faire valoir cet argument au tribunal, le cas échéant.
Rien ne vaut un avocat. Est-ce bien ce que vous pensez, Linda?
La présidente: Non, ça va.
Mme Sheridan Scott: Ma collègue me distrait.
Deuxièmement, en ce qui concerne votre projet de loi, je sais qu'on
regroupe les frais pour ces services une fois par année. C'est
pourquoi nous devons en faire une liste distincte une fois par année
pour que les gens sachent exactement quels services ils paient.
La liste peut être très longue. Certains louent parfois des terminaux
chez nous et reçoivent de nombreux services. Par conséquent, nous
devons déterminer quelle quantité d'information nous pouvons fournir
lors de la facturation mensuelle. Nous nous assurons de donner les
détails au moins une fois par année car nous pensons qu'il est
important que les abonnés puissent vérifier au moins une fois par
année. En outre, comme Mme Gervais l'a dit, lorsque nous ajoutons un
nouveau service, nous l'indiquons séparément sur votre compte. Il
n'est pas inclus dans le montant facturé pour les services de base.
Nous sommes conscients que c'est une question qui préoccupe les
consommateurs. Ils veulent savoir ce qu'ils obtiennent.
• 1315
Pour ce qui est du dépliant que vous avez reçu offrant des services
groupés, je ne sais pas exactement de quoi il s'agit. Si vous voulez
nous le remettre, nous l'examinerons et nous verrons si nous pouvons
clarifier la chose pour vous. Je répète que nous n'avons pas
l'habitude de fournir à nos abonnés des services qu'ils n'ont pas
demandés et d'augmenter ainsi leurs tarifs, donc il ne s'agit sans
doute pas de cela.
La présidente: Je comprends cela. C'est simplement qu'en tant
qu'abonné, je pense qu'on nous fait une foule d'offres. Je le vois
quand je regarde mon compte de téléphone. Je ne le paie plus par
chèque. Le montant est automatiquement retiré de mon compte, de sorte
que peu importe vraiment quand je le regarde; l'argent est retiré de
mon compte à une certaine date.
Les gens vérifient éventuellement s'il y a une erreur—peut-être
qu'ils le font, et peut-être qu'ils ne le font pas. Chaque abonné est
différent. On y accorde de moins en moins d'attention.
Le fait est que vous dressez une liste de ces services une fois par
année... je ne l'ai pas remarqué sur mon compte parce que je ne le
regarde pas souvent, je le répète.
Mme Sheridan Scott: Il est intéressant de savoir qu'en vertu des
conditions de service qui s'appliquent aux compagnies de téléphone
réglementées par le gouvernement fédéral, si nous vous surfacturons,
vous pouvez revenir contre nous pendant une certaine période. Il
s'agit de la période fixée par les lois provinciales en matière de
contrat. En Ontario, je crois que la limite est de six ans. Jusqu'à
six ans après la date où nous vous avons surfacturé, vous pouvez
revenir contre nous.
D'un autre côté, si nous avons sous-estimé un compte, nous disposons
seulement d'un an pour réclamer à l'abonné la somme due. De fait, le
CRTC a créé un énorme déséquilibre pour protéger les consommateurs qui
disposent de beaucoup de temps pour faire corriger leurs comptes. Vous
pouvez regarder à la fin de l'année et dire que vous savez que vous
n'avez pas obtenu tel ou tel service. Et vous pouvez même présenter
ces arguments jusqu'à six ans plus tard.
Certaines mesures ont été adoptées par le CRTC pour répondre aux
préoccupations des consommateurs qui ont fait des erreurs. Comme l'a
dit Mme Gervais, en cas d'erreur, nous penchons en faveur des abonnés
qui viennent nous dire qu'ils n'ont pas commandé certains services et
nous offrons des remboursements.
La présidente: Je tiens à préciser pour les fins du compte rendu,
madame Scott, que nous entendrons de nouveau les représentants du
Bureau de la concurrence demain après-midi. Je suis persuadée qu'on
soulèvera la question du service *71, et vous aurez donc un témoignage
à ce sujet dans le compte rendu. Je faisais allusion au libellé qui
provenait spécifiquement de décisions rendues par les tribunaux. Nous
allons préciser cette question également pour que vous soyez
satisfaits du libellé concernant l'avantage.
Mme Sheridan Scott: Merci.
La présidente: Y a-t-il d'autres commentaires?
M. Willie Grieve: Je veux seulement vous remercier d'avoir donné à
TELUS la possibilité d'entreprendre une activité de marketing dans le
territoire de Bell Canada grâce à vos commentaires d'aujourd'hui.
M. Werner Schmidt: Vous ne pouviez pas résister à la tentation,
n'est-ce pas?
M. Willie Grieve: Et aussi de faire un peu de publicité pour notre
nouveau service Internet...qui vous permettra de payer vos factures au
moyen du commerce électronique sur Internet et de voir régulièrement
quels services vous recevez.
La présidente: Quand vous pourrez m'assurer que je pourrai
utiliser le commerce électronique et mon téléphone cellulaire en toute
sécurité, je serai heureuse d'utiliser ce service. Tant que quelqu'un
pourra intercepter mes conversations téléphoniques lorsque j'utilise
mon téléphone cellulaire, et tant que quelqu'un pourra avoir accès à
mon courrier électronique, j'hésiterai à le faire. Je suis l'une de
ces personnes qui seront très difficiles à convaincre. À l'heure
actuelle, le fait qu'une personne dans ma propre ville écoute
régulièrement mes conversations au téléphone cellulaire m'enragent
littéralement. Je fais donc très attention à ce que je dis.
La séance est levée.