STANDING COMMITTEE ON PUBLIC
ACCOUNTS
COMITÉ PERMANENT DES COMPTES PUBLICS
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mardi 23 mars 1999
• 1536
[Traduction]
Le président (M. John Williams (St. Albert, Réf.)): Bonjour,
mesdames et messieurs. Nous avons à l'ordre du jour d'aujourd'hui,
conformément à l'alinéa 108(3)e) du Règlement, l'étude du chapitre
24 «Revenu Canada—direction de l'Impôt international: Gestion des
ressources humaines», du rapport de décembre 1998, du vérificateur
général du Canada.
Nos témoins aujourd'hui sont le vérificateur général du
Canada, M. Denis Desautels; M. Shahid Minto, vérificateur général
adjoint; et M. Barry Elkin, directeur principal des opérations de
vérification. Nous accueillons aussi, représentant Revenu Canada,
M. Barry Lacombe, sous-ministre adjoint, direction générale de la
validation, de l'exécution et des recherches sur l'observation; et
M. David Brown, directeur général, équipe de la mise en oeuvre des
ressources humaines.
Nous vous souhaitons la bienvenue à tous. Nous commencerons
par la déclaration préliminaire du vérificateur général,
M. Desautels.
Monsieur Desautels.
M. L. Denis Desautels (vérificateur général du Canada):
Monsieur le président, j'aimerais vous remercier de nous donner
l'occasion de présenter les résultats de notre vérification de la
gestion des ressources humaines à la Direction de l'impôt
international de Revenu Canada.
Avant d'entrer dans les détails de ce chapitre, j'aimerais
dire que l'un des principes de mon bureau est de consacrer des
ressources à la vérification des domaines fiscaux à risques élevés.
En 1992 et 1993, nous avons examiné les arrangements fiscaux pour
les sociétés étrangères affiliées, les décisions anticipées en
matière d'impôt sur le revenu, les décisions et interprétations en
matière de taxe sur les produits et services, ainsi que la
disposition fiscale concernant la déduction relative aux
ressources. En 1996, notre rapport a porté sur le programme
d'application de la Loi d'impôt sur le revenu aux grandes sociétés
et sur le programme de Revenu Canada pour lutter contre l'évitement
de l'impôt sur le revenu. Nous avons aussi fait un rapport sur
l'administration des dispositions de la Loi de l'impôt sur le
revenu applicables aux fiducies familiales. De plus, nous avons
effectué des travaux touchant la TPS, l'accise et les douanes. Tous
ces programmes et toutes ces questions visent des domaines fiscaux
à risques élevés où les enjeux sont de taille.
Le chapitre visé par l'audience d'aujourd'hui porte aussi sur
un important domaine fiscal à risques élevés: la gestion des
ressources humaines à la Direction de l'impôt international de
Revenu Canada.
La Direction de l'impôt international, qui a été créée en
novembre 1991, est le point de convergence pour toutes les
questions d'exécution et d'observation liées aux règles fiscales
internationales. Le domaine de l'impôt international est affaire de
gros sous. En 1993, les contribuables ont déclaré à Revenu Canada
des opérations transfrontalières entre entités apparentées d'une
valeur de 248 milliards de dollars; sur cette somme, 166 milliards
de dollars avaient trait à des opérations conclues entre entités
apparentées du Canada et des États-Unis. Le Comité technique de la
fiscalité des entreprises a souligné que des variations même
relativement faibles du revenu attribué au Canada sur les
opérations entre entités apparentées risquent de perturber
considérablement l'assiette du revenu intérieur.
La complexité des questions que la direction doit traiter est
impressionnante. Parmi ces questions, on trouve la fixation de prix
de cession interne; le commerce électronique; les entreprises
internationales et leurs opérations entre entités apparentées; les
paradis fiscaux et la concurrence nuisible en matière fiscale; les
mécanismes de financement internationaux; les conventions fiscales;
enfin les non-résidents qui exploitent une entreprise au Canada ou
qui aliènent des biens canadiens imposables.
• 1540
La croissance constante du commerce électronique et de la
mondialisation des entreprises, la création continue d'instruments
financiers complexes et la sophistification des entreprises
mondiales et de leurs fiscalistes et conseillers financiers
continueront à poser des défis à la Direction de l'impôt
international de Revenu Canada.
Il est clair que la Direction a besoin d'employés hautement
qualifiés qui possèdent une bonne compréhension des lois fiscales
du Canada et de celle d'autres administrations. D'après notre
vérification, la question des ressources humaines exige beaucoup
d'attention.
Les lacunes qu'affiche la gestion des ressources humaines à la
Direction, alliées aux règles souvent lourdes de gestion des
ressources humaines en vigueur dans la fonction publique, ont
considérablement retardé le processus de dotation. Nous avons
signalé que la Direction pourrait prendre des mesures pour
accélérer le processus de dotation. Le chapitre illustre la durée
exceptionnellement longue de la période nécessaire pour corriger
les examens et dresser les listes d'admissibilité. Les bons
candidats peuvent perdre tout intérêt s'ils doivent attendre
longtemps avant de se voir offrir un poste.
[Français]
Bien qu'elle ait reconnu depuis 1994 la nécessité
pressante de se doter d'un plan des ressources
humaines, la direction en est toujours à l'étape
d'élaboration d'un plan et de stratégies d'ensemble en
matière de ressources humaines reliés à son plan
d'activités.
Le ministère a reconnu que la nécessité de disposer de
systèmes d'information et de bases de données fiables
sur les ressources humaines est un sujet de
préoccupation non seulement pour la Direction de
l'impôt international, mais pour toute l'organisation.
La direction devra disposer d'une solide stratégie en
matière de ressources humaines pour s'assurer qu'à
mesure que les titulaires de postes supérieurs prennent
leur retraite ou son mutés ailleurs, leurs postes
seront comblés par des personnes compétentes et
expérimentées. Pour appuyer la mise en oeuvre de sa
stratégie, elle aura en outre besoin d'un système
d'information sur les ressources humaines qui soit
fiable.
Nous avons constaté que les vérificateurs des bureaux
régionaux comptent en moyenne moins de trois ans
d'expérience dans le domaine des règles fiscales
internationales. Sur les 80 employés qui travaillent
actuellement à l'administration centrale à Ottawa,
seulement 31 y étaient en avril 1995.
Beaucoup de postes clés, y compris les postes de
direction, sont remplis grâce à des détachements, à des
réaffectations et à des nominations intérimaires. Cette
approche de dotation a donné lieu à un manque de
continuité et de stabilité et risque de compromettre la
qualité du travail. Lorsqu'il faut se mesurer à
certains des fiscalistes les plus compétents et les
mieux payés du secteur privé au Canada, il est logique
d'avoir recours à des employés permanents qui ont à
coeur de travailler dans le domaine des règles fiscales
internationales.
Monsieur le président, il y a actuellement cinq postes
de niveau supérieur au sein de la direction: un
directeur général et quatre directeurs. Comme
l'indique notre chapitre, le directeur général a été
muté à une autre direction générale du ministère en
septembre 1996. Une mesure de dotation a été lancée
peu après, et une nomination a été faite en octobre
1997, soit un an plus tard.
Depuis la fin de notre vérification, ce directeur
général est aussi parti, et le poste a été comblé au
moyen d'une nomination intérimaire en février 1999. Les
quatre postes de directeur ont aussi été comblés au
moyen de nominations intérimaires.
Lorsque, en 1996, nous avons terminé notre
vérification du programme d'application de la Loi de
l'impôt sur le revenu aux grandes sociétés, la
direction menait de front un certain nombre de
concours. Depuis ce temps, ces mesures de dotation ont
été lancées, avortées et relancées. Dans l'intervalle,
les fiscalistes du secteur privé continuent sans
relâche à élaborer et à perfectionner des stratégies
fiscales dans l'intérêt de leurs clients, des
stratégies qui ne respectent pas nécessairement
l'esprit de nos lois fiscales.
[Traduction]
Le mois dernier, le ministère a diffusé un plan d'équité en
sept points. Ce plan signalait que l'équité exige un traitement
égal peu importe l'âge, la race, le statut, l'endroit, les
antécédents, le degré de sophistication, l'accès à des
spécialistes, l'influence politique, l'assurance ou la taille de
l'entreprise. Pour qu'il y ait équité et que les règles du jeu
soient les mêmes pour tous, il faut une main-d'oeuvre hautement
compétente et stable pour faire en sorte que les contribuables
multinationaux astucieux qui ont accès à des avis professionnels
dispendieux paient leur juste part d'impôt.
Les employés de la Direction doivent avoir des relations avec
des dirigeants de grandes sociétés et avec des fiscalistes
compétents du secteur privé et d'autres administrations. On
s'attend aussi qu'ils fassent preuve de jugement lorsqu'ils
interprètent des transactions et des règles fiscales complexes.
• 1545
Pour attirer et retenir l'effectif nécessaire, le Ministère
pourrait recourir au perfectionnement de l'effectif actuel, à
l'embauche de nouveaux employés dotés des compétences appropriées
et à la fourniture d'un environnement adéquat qui permette la
croissance personnelle et l'avancement professionnel.
La solution d'un certain nombre des problèmes exposés relève
uniquement du Ministère. Il serait malavisé de s'attendre à ce que
l'Agence des douanes et du revenu du Canada, dont on propose la
création, règle toute seule les problèmes de ressources humaines de
la Direction ou du Ministère. Il est important que la Direction
élabore sans tarder un plan pour embaucher, garder et former les
employés clés. C'est l'objectif que visaient nos recommandations.
Cette vérification constituait notre premier projet sur les
activités de la Direction de l'impôt international. Au cours des
vérifications à venir, nous examinerons d'autres aspects importants
de la Direction, sur lesquels nous ferons un rapport approprié; il
pourrait s'agir, par exemple, des questions fiscales liées à la
fixation de prix de cession interne et aux non-résidents.
Monsieur le président, ceci met fin à mon commentaire
d'introduction. Mes collègues et moi serons heureux de répondre aux
questions du comité. Merci beaucoup.
Le président: Merci, monsieur Desautels. Nous entendrons
maintenant l'exposé préliminaire de M. Barry Lacombe, de Revenu
Canada.
Monsieur Lacombe.
M. Barry Lacombe (sous-ministre adjoint, Direction générale de
la validation, de l'exécution et des recherches sur l'observation,
Revenu Canada): Merci beaucoup, monsieur le président et mesdames
et messieurs les membres du comité. Nous sommes heureux d'être
parmi vous aujourd'hui.
Nous nous réjouissons d'être ici cet après-midi pour vous
parler de la façon constructive dont Revenu Canada réagit aux
conclusions et aux recommandations du vérificateur général à la
suite de la vérification de la Direction de l'impôt international
de la Direction générale de la validation, de l'exécution et des
recherches sur l'observation de Revenu Canada.
D'abord, j'aimerais dire que nous estimons énormément le
travail qu'a fait le vérificateur général en étudiant les processus
de gestion des ressources humaines de la Direction de l'impôt
international. Les conclusions contenues dans son rapport, bien
qu'elles soient parfois incisives, correspondent en grande partie
à notre propre point de vue. Les observations et les
recommandations du vérificateur général viennent appuyer et
renforcer les mesures que nous avons prises pour régler les
problèmes éprouvés par la Direction.
Grâce aux mesures que nous avons prises, la Direction
pourra—au nom du gouvernement du Canada—réagir efficacement aux
enjeux que comporte, à l'échelle internationale, le contexte
politique du commerce, des finances et de l'impôt, contexte fort
dynamique et qui évolue rapidement.
Pour mettre en contexte les discussions de cet après-midi,
j'aimerais revenir rapidement sur la raison d'être de la Direction,
sur les difficultés qu'elle a éprouvées et qu'elle ne manquera pas
d'éprouver à l'avenir, et sur les mesures que nous avons prises
pour qu'elle puisse réagir efficacement à l'avenir.
La Direction de l'impôt international a été créée à la fin de
1991 en vue d'accroître la compétitivité des entreprises
canadiennes et de protéger l'assiette fiscale canadienne en
veillant à l'observation des lois du Canada qui s'appliquent aux
non-résidents et aux opérations internationales. Depuis ce moment-là, nous
avons été témoins d'une évolution rapide des processus et
des pratiques économiques au niveau international.
En 1994, les changements qui survenaient sur la scène
internationale nous ont poussés à restructurer l'organisation pour
en élargir le mandat, ce qui, bien entendu, a eu une incidence sur
les besoins en ressources humaines de l'organisation. Ces
changements dans le fonctionnement de la Direction ne sont pas
terminés—bien au contraire.
La nature et l'étendue des finances et du commerce
internationaux subissent actuellement des transformations si
radicales qu'il est peu probable que la stabilité soit rétablie
dans le secteur avant bien des années encore. Partout dans le
monde, on conclut des accords commerciaux multilatéraux à l'échelle
internationale aussi bien que régionale. Aussi, dès leur création,
des partenariats économiques comme la Communauté économique
européenne et le MERCOSUR sont adaptés pour faire face aux nouveaux
enjeux économiques et conquérir de nouveaux marchés.
Tous les pays commerçants essaient actuellement de maîtriser
la complexité croissante des opérations financières
internationales, particulièrement à l'heure où les entreprises du
monde entier choisissent de plus en plus le commerce électronique
comme mode de fonctionnement.
Les problèmes de gestion des ressources humaines que la
Direction de l'impôt international a éprouvés sont loin d'être
insignifiants. C'est pourquoi le vérificateur général s'y est
attardé dans son rapport et a recommandé que nous prenions
certaines mesures pour combler nos lacunes. Nous sommes d'accord
pour dire que la situation était fort inquiétante, et nous avons
commencé à prendre des mesures correctives. Je demanderais aux
membres du comité de se reporter au plan d'action du Ministère qui
faisait partie de la réponse de ce dernier au rapport de
vérification.
• 1550
Monsieur le président, je sais que vous et les membres de ce
comité êtes au courant des difficultés rencontrées par la fonction
publique pour recruter des employés et les garder. La Direction de
l'impôt international est loin d'être la seule organisation à avoir
été confrontée à ces difficultés.
Ses problèmes de dotation ont été accentués par les
transformations rapides que l'économie et le commerce à l'échelle
internationale ont subies au cours des dix dernières années—les
exigences en matière de compétences, de formation et d'expérience
ont énormément changé à cause de l'évolution des questions d'impôt
au niveau international.
Je suis content de dire que nous avons lancé un certain nombre
d'initiatives au sein de la Direction générale pour faire en sorte
que la Direction de l'impôt international ait un effectif qualifié
et bien formé. Par exemple, nous sommes en train de mettre au point
un programme de perfectionnement accéléré pour nos vérificateurs.
Ce programme sera mis à l'essai à la Direction de l'impôt
international cette année.
Le vérificateur général a signalé dans son rapport que trop de
postes de gestion au sein de la Direction avaient été dotés de
façon temporaire au moyen de nominations intérimaires. Personne ne
prétend qu'il s'agissait là d'une approche idéale. Dans le régime
actuel, la dotation est un processus laborieux. Par ailleurs, après
qu'une personne a été embauchée pour un poste en particulier, il
est difficile de modifier les tâches et les fonctions qu'elle
accomplit pour permettre à l'organisation d'évoluer en fonction du
contexte commercial. Grâce à la souplesse que nous procurera le
cadre de gestion des ressources humaines de l'Agence, nous pourrons
embaucher et déplacer les personnes plus facilement, ce qui est à
leur avantage et au nôtre.
Dans le régime actuel, nous avons cru qu'il était nécessaire
d'effectuer des nominations intérimaires pour exécuter efficacement
le mandat de la Direction.
Mais je suis content de vous annoncer que nous avançons dans
la dotation des postes de gestion de la Direction, c'est-à-dire les
postes de directeur général et de directeur. En fait, je peux vous
dire que la dotation de ces postes essentiels est presque terminée.
Le vérificateur général s'est dit inquiet pour la stabilité de la
gestion dans l'organisation, et ces mesures viennent remédier à la
situation.
De plus, nous prévoyons instaurer un programme autogéré de
perfectionnement professionnel, grâce auquel nous serons en mesure
de développer à l'interne une expertise en gestion. Nous allons
également dresser une liste de candidats jugés qualifiés en
prévision des postes à pourvoir, ce qui réduira les délais dans la
dotation de postes de gestion essentiels.
Par ailleurs, nous avons fait beaucoup de progrès en élaborant
un plan global de gestion des ressources humaines pour la Direction
générale. Nous avons mis en place un plan complet de dotation qui
permettra à la Direction d'avoir en tout temps un effectif complet
ayant les compétences, la formation et l'expérience nécessaires. De
plus, nous mettons en oeuvre, dans le cadre du projet des systèmes
administratifs d'entreprise du Ministère, un système d'information
en matière de ressources humaines pouvant fournir aux gestionnaires
de la Direction de l'information fiable en matière de finances et
de ressources humaines.
Les mesures nécessaires pour combler les lacunes relevées par
le vérificateur général sont en cours. J'aimerais aussi souligner
qu'à long terme, en tant qu'Agence, nous aurons davantage de
souplesse pour adapter nos stratégies de ressources humaines aux
besoins uniques de la Direction de l'impôt international.
Le vérificateur général a signalé dans son rapport que
l'Agence des douanes et du revenu du Canada ne réglera pas à elle
seule les problèmes décelés à la Direction de l'impôt
international. Nous convenons que l'Agence n'est pas une panacée.
Par contre, les moyens mis en oeuvre au Ministère pour moderniser
ses systèmes liés à la planification et à l'obligation de rendre
compte—sujet dont le sous-ministre du Revenu national, M. Rob
Wright, avait entretenu les membres du comité il y a environ un an,
que ces moyens, donc, répondent dans l'ensemble aux préoccupations
exprimées par le vérificateur général. Agence ou non, nous sommes
en train de régler les problèmes cernés.
Les moyens pris pour moderniser les systèmes de gestion des
ressources humaines seront, bien sûr, intégrés dans la nouvelle
Agence. En fait, nous croyons que ces systèmes seront améliorés à
mesure que notre cadre de gestion des ressources humaines gagnera
en souplesse.
Quoiqu'il soit vrai que l'Agence a besoin d'être appuyée par
un cadre de gestion des ressources humaines solide, la création de
l'Agence renforcera le lien entre les plans touchant les ressources
humaines et les plans d'entreprise. Ce lien sera, selon nous, une
caractéristique intégrale du processus global de planification
ministérielle. L'Agence pourra ainsi mieux planifier ses besoins en
ressources humaines et, par conséquent, adopter une approche
proactive quant aux mesures à prendre. Un tel système permettra de
s'assurer que les problèmes cernés par le vérificateur général ne
se reproduisent pas.
• 1555
En terminant, monsieur le président, j'aimerais encore une
fois remercier le vérificateur général et ses employés pour le soin
qu'ils ont pris en examinant les problèmes que nous avons éprouvés,
et pour les mesures correctives qu'ils nous ont recommandées. Je
tiens aussi à vous assurer que nous avons pris les moyens
nécessaires pour faire en sorte que la Direction de l'impôt
international soit bien placée pour remplir son mandat, celui
d'accroître la compétitivité des entreprises canadiennes à
l'échelle internationale et de protéger l'assiette fiscale du
Canada afin que les Canadiens puissent profiter de l'activité
économique.
Je répondrai volontiers aux questions des membres du comité,
et je suis impatient de participer à la discussion.
Merci.
Le président: Merci, monsieur Lacombe.
Monsieur Mayfield, au premier tour, pour huit minutes, s'il
vous plaît.
M. Philip Mayfield (Cariboo—Chilcotin, Réf.): Merci, monsieur
le président.
Je tiens à remercier les représentants du ministère ainsi que
le vérificateur général et ses collaborateurs pour leur présence
ici aujourd'hui. Je suis impatient moi aussi de participer à la
discussion.
La réorganisation a débuté en 1994, il y a de cela cinq ans.
Je ne crois donc pas que le laps de temps ait été très court. En
lisant le rapport aujourd'hui, je me rends compte que nous avons un
directeur général intérimaire et quatre directeurs qui sont eux
aussi, non pas permanents, mais intérimaires. Près de 40 p. 100 des
80 employés sont là de façon temporaire. Donc, après cinq ans, la
situation semble vraiment chaotique dans une Direction qui est si
importante pour l'assiette fiscale du pays.
Pourriez-vous m'expliquer la situation un peu plus clairement
pour que je puisse comprendre? Quels sont les problèmes qui
expliquent que nous soyons aujourd'hui dans cette situation?
M. Barry Lacombe: J'essaierai de vous expliquer ce qui s'est
produit.
Tout d'abord, pour ce qui est des postes de la haute
direction, nous avons modifié l'organisation en 1994. Toutes les
descriptions de postes et tous les autres documents ont été
approuvés en 1995. Le directeur général était là à l'époque et a
continué d'être en poste jusqu'en septembre 1996, date à laquelle
il a décidé d'accepter un autre poste au ministère. Nous avons
aussitôt amorcé les démarches visant à doter le poste de directeur
général. Le tout a pris un peu plus d'un an.
Nous avons dû rédiger la définition des tâches, ce qui n'a pas
été difficile à faire puisque le poste existait déjà. En
l'occurrence, nous avons décidé de rechercher des candidats aussi
bien dans la fonction publique qu'à l'extérieur de la fonction
publique. Je crois qu'au total 53 personnes ont postulé le poste.
Nous avons dû faire une présélection, puis nous avons organisé des
entrevues avec 40 candidats. Tout cela a pris beaucoup de temps
parce qu'il fallait coordonner les horaires de tout le monde. Nous
avons ensuite soumis les candidats à divers tests, et c'est ce qui
explique que le processus ait été si long.
Il nous a fallu un an, comme le signale le vérificateur
général dans son rapport, pour doter le poste.
M. Philip Mayfield: Ce qui me désole toutefois, monsieur,
c'est que nous avons toujours un directeur général intérimaire.
M. Barry Lacombe: Nous avons toujours un directeur général
intérimaire. Nous avons eu un directeur général qui a été nommé à
la suite du concours dont je vous ai parlé, mais lui aussi est
parti en novembre 1998. Comme nous l'avons dit dans notre
déclaration préliminaire, nous sommes sur le point de nommer le
nouveau directeur général. Le tout est actuellement entre les mains
de la Commission de la fonction publique.
M. Philip Mayfield: Sans vouloir vous demander combien de
temps le nouveau directeur, ou la nouvelle directrice, selon le
cas, va durer, quels sont les problèmes qui amènent ces gens à
partir après si peu de temps? C'est un poste extrêmement important.
Les décisions de principe en dépendent. C'est comme s'il y avait
toute une liste de priorités qui avaient été mises en suspens
jusqu'à ce que ces problèmes de personnel soient réglés. Quels sont
les problèmes qui existent au ministère? Est-ce parce qu'on ne les
paie pas assez? Est-ce parce qu'ils ont trop de stress ou pas assez
de direction?
M. Barry Lacombe: Pour être sûr que vous compreniez bien, je
tiens à répéter que le premier directeur général a été en poste de
1991 à septembre 1996—carrière normale, il a fait le travail, puis
il est parti.
M. Philip Mayfield: Le deuxième n'a toutefois pas été là si
longtemps.
M. Barry Lacombe: Le deuxième a été là pour un an. C'est
peut-être qu'il a trouvé que le poste était trop exigeant ou qu'il
ne lui convenait pas. Il y a toutes sortes d'explications
possibles.
Nous pensons que la nouvelle personne qui sera nommée sera là
pour le long terme.
Pour bien vous faire comprendre l'importance que nous
attachons à ce poste et notre souci d'assurer un équilibre
raisonnable, nous nommerons aussi un directeur général adjoint.
M. Philip Mayfield: Cette annonce est imminente?
• 1600
M. Barry Lacombe: L'annonce est imminente.
Nous annoncerons aussi la nomination d'une personne à un des
postes de directeur. Permettez-moi, monsieur, de vous parler un peu
des postes de directeur pour que vous compreniez bien ce qu'il en
est.
M. Philip Mayfield: Permettez-moi de vous interrompre, mais
j'ai une autre question à vous poser à ce premier tour, et je veux
être sûr d'avoir assez de temps.
Monsieur le président, combien de temps me reste-t-il, s'il
vous plaît?
Le président: Quatre minutes.
M. Philip Mayfield: D'accord.
Alors, monsieur, si vous voulez bien terminer votre réponse
rapidement, nous passerons ensuite au vérificateur général.
M. Barry Lacombe: D'accord, peut-être bien que je prendrai
quatre minutes et demie, monsieur.
Des voix: Ah, ah!
M. Barry Lacombe: Un des directeurs vient du ministère de la
Justice. La personne sera nommée à un des postes de directeur par
la Commission de la fonction publique. Elle a une longue expérience
des opérations internationales au ministère de la Justice.
Un autre de nos directeurs fait partie du Programme de
perfectionnement des cadres du ministère, et il est en poste comme
directeur depuis trois ans.
Un autre directeur a déjà travaillé au Bureau international
des services fiscaux et a une trentaine d'années d'expérience au
ministère.
Ces directeurs sont donc expérimentés. Nous sommes sur le
point de mettre un terme au processus de dotation des deux autres
postes de directeur.
Excusez-moi. J'espère que je n'ai pas pris trop de temps.
M. Philip Mayfield: Je crois que le président aura peut-être
l'amabilité de me laisser continuer pour l'autre question.
Je ne comprends pas vraiment très bien quels sont les
problèmes. Tout ce que j'ai entendu, c'est que le poste était
peut-être trop exigeant pour lui. Ce n'est pas vraiment la réponse
à laquelle je m'attendais—sans vouloir préjuger ce que vous alliez
dire.
Étant donné les contraintes de temps, je veux maintenant
m'adresser au vérificateur général et à ses collaborateurs, si vous
le permettez.
Dans le rapport du vérificateur général, on trouve le plan
d'action du ministère. Monsieur Desautels, je voudrais que vous ou
M. Minto ou votre autre collègue, M. Elkin, répondiez à la question
suivante. Vous avez étudié le plan d'action; êtes-vous
raisonnablement convaincu qu'il permettra de faire le travail et de
bien combler les lacunes que vous décrivez dans le reste de votre
rapport?
Le président: Monsieur Minto.
M. Shahid Minto (vérificateur général adjoint du Canada):
Merci, monsieur le président.
Le plan d'action est assez détaillé. Les échéances fixées pour
deux mesures en particulier sont presque là, et le comité voudra
peut-être savoir où en sont les choses. Une des lacunes que nous
avions signalées dans le chapitre était l'absence d'une stratégie
globale en matière de ressources humaines en dépit du fait que le
ministère avait été sensibilisé à cette lacune dès 1994. Il me
semble que la stratégie devait être en place au printemps 1999, et
comme nous y sommes, vous voudrez peut-être voir ce qu'il en est à
cet égard.
Le problème sera-t-il réglé pour autant? De notre point de
vue, nous n'avons rien à redire aux intentions du ministère. Le
problème tient toujours finalement à la difficulté de joindre le
geste à la parole. Le plan d'action précise une multitude de
mesures qui doivent être prises et que nous surveillerons en votre
nom.
Nous sommes très satisfaits des objectifs que le ministère
s'est fixés et de ses intentions. Pour ce qui est des mesures, nous
n'avons pas encore fait de suivi pour déterminer où il en est.
M. Philip Mayfield: Merci.
Je veux maintenant revenir à vous, monsieur Lacombe, si vous
le permettez. Dans votre mémoire, vous dites que vous avez établi
un plan de dotation global qui permettra d'assurer la mise en place
et le maintien d'un effectif complet à la Direction générale. Puis,
dans la phrase suivante, vous dites que vous êtes en train de
mettre sur pied, dans le cadre du projet des systèmes
d'administration ministérielle, un système d'information sur les
ressources humaines.
À la suggestion de M. Minto, je vous demanderais donc, me
reportant pour cela à votre mémoire et aux échéances indiquées dans
le plan d'action ministériel, si vous avez accompli la première
phase comme vous comptiez le faire en février 1999? Qu'en est-il de
l'échéance du printemps 1999 pour l'achèvement du plan
d'entreprise? Où en sont les travaux à cet égard?
M. Barry Lacombe: Pour ce qui est de la dotation des postes à
la direction de l'impôt international, au 1er mars, 60 p. 100 des
employés occupaient un poste de durée indéterminée ou leur poste
d'attache. Nous sommes en appel relativement à un concours d'AU-4.
Si l'appel est réglé, nous sommes prêts à aller de l'avant, si bien
que plus de 80 p. 100 des employés occuperaient ainsi leur poste de
façon indéterminée. Pour tous les autres postes, un processus de
dotation est en cours.
Nous sommes donc bien placés pour veiller à ce que tous les
employés occupent leur poste de façon indéterminée, mais nous avons
un problème en ce qui a trait à cet appel relativement à un
concours d'AU-4.
Pour ce qui est des mesures précises, je me reporterai au plan
d'action du ministère qui se trouve à la fin du chapitre.
Vous voulez que je m'arrête là? Ça va; cela ne me dérange pas.
Le président: Non, continuez.
M. Philip Mayfield: C'est moi qu'il interrompra, pas vous.
M. Barry Lacombe: Ça va. J'ai déjà vu des sketches de Monty
Python où on vous coupe la parole.
• 1605
L'étude démographique est en cours, et nous prévoyons en avoir
les résultats en mars. Permettez-moi d'ajouter aussi qu'il y a le
système d'information ministériel, mais nous sommes bien au fait de
la situation. En 1994, la Commission de la fonction publique a fait
une étude des vérificateurs et du profil démographique des
vérificateurs de la fonction publique, Revenu Canada emploie
quelque 99,5 p. 100 de tous les vérificateurs de la fonction
publique fédérale. Dès que nous avons vu ce profil démographique,
nous avons commencé à mettre sur pied diverses mesures pour assurer
le perfectionnement des vérificateurs, car nous savions quel était
leur profil d'âge et leur profil démographique.
Pour ce qui est des profils de compétence, nous avons conclu
un marché avec une firme qui est en train d'élaborer ces profils de
compétence.
Nous avons aussi créé un programme de recrutement et de stage.
C'est le 12 mai, je crois, que nous accueillerons les premières
recrues dans le cadre de ce programme, qui débutera à
l'installation de Revenu Canada à Rigaud.
Nous mettrons sur pied au début de l'exercice financier
1999-2000 un programme accéléré de perfectionnement de nos agents.
Nous devrions pouvoir respecter cette échéance. Nous aurons un
directeur adjoint de la validation et de l'exécution ainsi qu'un
directeur adjoint du programme de stage au service des enquêtes qui
seront en poste au début de l'exercice financier 1999-2000. Là
aussi, nous devrions pouvoir respecter l'échéance.
Les mesures sont donc en bonne voie de réalisation, et nous
ferons part au comité de nos progrès, mais chose tout aussi
importante, nous en ferons part à nos collègues du Bureau du
vérificateur général, car nous ne sommes pas en désaccord avec eux
sur ce point. Nous voulons nous aussi que nos efforts aboutissent.
M. Philip Mayfield: Ah, oui, j'en suis sûr.
M. Barry Lacombe: S'il y a des mesures que nous pouvons
prendre, nous voulons les prendre.
Le président: Merci, monsieur Lacombe.
[Français]
Monsieur Cardin, s'il vous plaît.
M. Serge Cardin (Sherbrooke, BQ):
Je remercie tout de suite M. Lacombe
parce qu'il a déjà répondu passablement bien
à ma première question.
Évidemment, les règles fiscales
internationales sont de plus en plus complexes et
le marché est aussi de plus en plus grand. On parle
de 248 milliards de dollars. C'est important
et les répercussions
de cela sur l'assiette fiscale sont aussi importantes.
Est-ce que votre ministère
ne contribue pas actuellement à la formation de
spécialistes en impôt international?
J'ai entendu parler de gens du secteur privé, de firmes
comptables de qualité, qui allaient chez vous
pendant un certain temps
pour se spécialiser dans le domaine de l'impôt international.
Tout dépendant
de la façon dont vous allez fonctionner pour la formation
des vérificateurs, ne croyez-vous pas
que vous allez continuer à
former des spécialistes qui vont s'empresser d'aller
travailler dans des firmes privées parce que,
comme vous le dites vous-même,
ils y sont mieux rémunérés?
[Traduction]
M. Barry Lacombe: Voilà une série de questions intéressantes.
Une partie de notre personnel est passée au secteur privé.
Pour nous, comme je l'ai dit, le secteur international présente un
potentiel de croissance. C'est également un secteur de croissance
pour les entreprises du secteur privé, et elles sont allées
chercher certains employés à Revenu Canada.
Parallèlement, nous savons que nous avons besoin d'employés
compétents. La rémunération ne suffit pas pour conserver les
employés de Revenu Canada, il faut une série d'incitatifs. Pour
conserver notre personnel, il y a bon nombre d'éléments très
importants, dont l'avancement professionnel, les conditions de
travail, l'intérêt des tâches et la capacité de suivre un
cheminement de carrière qui présente des intérêts divers.
Environ 10 p. 100 de notre personnel international est passé
au secteur privé. Ce pourcentage est peut-être un peu plus élevé
que dans d'autres domaines, mais nous perdons également des
employés dans d'autres secteurs, dont l'évasion fiscale. Cela fait
partie du roulement normal.
Mais il y a aussi des gens du secteur privé qui veulent venir
travailler à Revenu Canada et le font. À l'heure actuelle, il y a
peut-être un léger déséquilibre puisque davantage de gens passent
au secteur privé que l'inverse, mais cela fait partie des
mouvements normaux dus aux conditions du marché. C'est de cette
façon que le marché fonctionne.
Comme l'a dit le vérificateur général, nous devons créer un
bon climat de travail afin que les employés veuillent demeurer à
Revenu Canada et qu'ils puissent voir comment leur carrière peut
évoluer chez nous.
Nous croyons qu'ils devraient également être suffisamment
rémunérés. Comme l'a dit M. Wright, je crois, l'un des avantages de
l'Agence, c'est que nous serons en mesure de négocier nos propres
conventions collectives et de mieux tenir compte peut-être des cas
particuliers de certains de nos employés lors des négociations.
• 1610
Cela s'équilibre, en fin de compte. Nous formerons des gens
qui passeront ensuite au secteur privé, mais nous gagnerons
également des employés venant du secteur privé.
Certains diront qu'il n'est pas nécessairement mauvais que
certains de nos employés aillent au secteur privé, puisque tout le
monde sait que les employés de Revenu Canada sont très compétents,
et s'ils peuvent rehausser le niveau de compétence dans le secteur
privé, le régime fiscal sera mieux administré, surtout si l'on
tient compte du fait que nous fonctionnons dans un régime de
conformité volontaire. Plus les spécialistes de la fiscalité du
secteur privé seront compétents, mieux le système fonctionnera.
[Français]
M. Serge Cardin: Vous dites que 12
personnes ont quitté. Par contre,
dans le rapport, on dit que les employés ont
en moyenne trois ans d'expérience. Le roulement doit
être beaucoup plus important que vous le dites.
[Traduction]
M. Barry Lacombe: Il faut tenir compte de divers facteurs.
Tout d'abord, le nombre des vérificateurs fiscaux internationaux a
triplé. Peu de gens possèdent ces compétences et, de ce fait, il
faut aller chercher des vérificateurs compétents dans d'autres
domaines et les former à la fiscalité internationale.
Il y a donc eu une augmentation considérable du nombre de nos
vérificateurs. Certains sont passés à d'autres divisions du
ministère; cela ne fait aucun doute. Certains ont accepté des
postes de gestion et ne font plus de travail de vérification. Mais
le principal élément, c'est cette croissance.
Cette expérience de trois ans dans la fiscalité internationale
devrait être conjuguée aux 17 années d'expérience acquise à Revenu
Canada. Ce ne sont donc pas des novices. Ils ont 17 ans
d'expérience à Revenu Canada, puis ils sont passés au service
international.
Cela se verra de plus en plus, car nous essayons de renforcer
notre effectif. Comme l'a dit le vérificateur général, notre
service international a besoin de gens très compétents. Nous irons
les chercher dans d'autres secteurs et nous investirons, comme nous
le faisons déjà beaucoup, dans la formation internationale afin
qu'ils puissent posséder les compétences pour faire le travail.
C'est un domaine qui a connu une bonne croissance, tant chez
nous que dans le secteur privé, et il faut en tenir compte. Nous
devrons former des gens pour leur faire acquérir les compétences
spécialisées dont ils auront besoin pour faire le travail.
Mais ils ne sont pas tous des novices. En moyenne, ils ont 17
ans d'expérience au ministère.
[Français]
M. Serge Cardin: D'un côté, le vérificateur
général dit que l'Agence des douanes et du
revenu n'est pas la panacée à tous vos problèmes de
ressources humaines. Vous
reprenez les propos du
vérificateur général, mais vous semblez accorder
beaucoup plus d'importance à l'agence et penser
qu'elle réglera
passablement de problèmes dans votre direction.
J'aimerais savoir sur quel élément vous n'êtes
pas d'accord, vous et le vérificateur général.
[Traduction]
M. Barry Lacombe: Dans ce chapitre, le vérificateur général
donne une liste de fonctions de dotation qui, de l'avis de tous,
ont pris trop de temps. Le vérificateur général mentionne entre
autres le temps nécessaire à la correction des examens. J'oublie à
quel paragraphe exactement, mais cela se trouve dans le rapport du
vérificateur général.
Grâce à la conversion en agence, nous serons
entre autres mieux en mesure de mettre en place un groupe de
candidats pré-qualifiés. Autrement dit, il ne sera pas nécessaire
de toujours vérifier les connaissances à chaque concours. Nous
savons quelles compétences devraient avoir les vérificateurs
internationaux des divers échelons. Cela peut se vérifier bien à
l'avance des concours. Nous sommes d'accord sur cela avec le
vérificateur général. Cela peut réduire grandement le temps
nécessaire au processus de dotation.
Tout le monde est d'accord là-dessus. L'Agence nous offre une
souplesse supplémentaire qui sera très importante pour nous.
Toutefois, à moins que nous ne prenions d'autres mesures, nous ne
pourrons pas profiter au maximum de cette souplesse. Nous sommes
d'accord là-dessus.
David, voulez-vous ajouter quelque chose au sujet de l'Agence?
• 1615
M. David Brown (directeur général, Équipe de la mise en oeuvre
des ressources humaines, Revenu Canada): Tout d'abord, il faut
tenir compte, dans tout ce que nous disons au sujet de l'Agence,
qu'il reste encore un certain temps avant que cette agence soit
créée. La mesure législative, le projet de loi C-43, doivent encore
être adoptés, et le gouvernement doit fixer la date à laquelle
l'Agence sera créée. Nous devrons ensuite collaborer avec notre
conseil de direction pour mettre en place un cadre de politique des
ressources humaines, un ensemble de procédés qui nous permettra de
gérer nos ressources humaines. Il nous reste donc encore un certain
nombre d'étapes à franchir.
Mais comme l'a dit M. Lacombe, nous essaierons certes de tenir
compte du fait que le gouvernement nous demande d'examiner nos
régimes de gestion des ressources humaines et de les adapter au
travail qu'accomplira l'Agence des douanes et du revenu du Canada.
Là où nous aurons le plus de souplesse, où nous pourrons
appliquer les principes de base et les adapter à la nature de nos
besoins, c'est dans le domaine de la classification, c'est-à-dire
de l'identification des tâches qui sont effectuées à l'Agence et du
type d'employés que nous voulons embaucher et conserver.
Deuxièmement, nous aurons également beaucoup plus de marge de
manoeuvre dans la dotation. Nous pourrons établir nos propres
règles, en fonction des exigences de gestion.
Le troisième domaine est celui des recours. Nous espérons
pouvoir donner aux employés accès à un recours équitable et rapide
s'ils estiment ne pas avoir été bien traités. En conjuguant la
dotation, les procédés que cela comporte et les recours, nous
devrions à mon avis réduire considérablement les délais qui
existent à l'heure actuelle dans le système et répondre à un
certain nombre des critiques du vérificateur général.
Le président: Merci, monsieur Cardin.
Monsieur Myers, vous avez huit minutes.
M. Lynn Myers (Waterloo—Wellington, Lib.): Merci, monsieur le
président.
Monsieur Lacombe, permettez-moi de vous féliciter du plan
d'action de votre ministère. On y trouve un bon énoncé des grandes
lignes, des initiatives, des attentes et des échéanciers.
Dans la section dans laquelle vous décrivez vos activités,
pourriez-vous m'expliquer un peu en quoi consiste ce programme
autogéré de perfectionnement professionnel que vous comptez mettre
en place en l'an 2000?
Vous avez parlé de dresser une liste de candidats jugés
qualifiés. J'aimerais savoir s'il existe un délai entre le moment
où ils sont inscrits sur cette liste et celui où ils sont engagés,
si cela vous inquiète ou si on en tient compte d'une façon
quelconque.
J'aurai d'autres questions à vous poser par la suite.
M. Barry Lacombe: Monsieur Myers, je répondrai à votre
question de deux façons. David pourra peut-être ensuite vous
expliquer comment nous allons renforcer ces mesures lorsque
l'agence sera en fonction.
Pour ce qui est du programme autogéré de perfectionnement
professionnel, nous savons déjà le nombre de postes qui seront
vacants dans trois ans, dans cinq ans et dix ans. Nous apportons
encore des ajustements en fonction des études démographiques qui
sont mentionnées dans le texte. Nous savons en gros quelles sont
les compétences nécessaires à ces emplois. Peu importe qu'il
s'agisse de l'impôt international ou de relations fiscales, si les
dossiers vérifiés seront ceux de grandes, petites ou moyennes
entreprises, qu'il s'agisse d'impôt sur le revenu, de TPS ou
d'autre chose.
Nous offrons à notre effectif la possibilité de suivre des
cours au sein du ministère afin qu'il se prépare aux emplois qui se
présenteront à l'avenir. Nous allons mettre sur pied un programme
autogéré de perfectionnement professionnel afin qu'un employé
intéressé par l'impôt international, par exemple, sache exactement
ce qu'il doit faire pour se préparer à un emploi dans ce domaine
dans deux ans, dans cinq ans ou à son propre rythme.
Votre deuxième question portait sur la liste de candidats
jugés qualifiés en prévision des postes vacants à pourvoir. Comme
je l'ai déjà dit, à l'heure actuelle pour presque chaque concours
nous faisons passer des tests ou des examens. Si nous pouvions
tenir ces examens à des intervalles réguliers tout au long de
l'année, nous aurions une liste de candidats qui répondraient déjà
aux exigences de l'emploi et il ne serait plus nécessaire de
reprendre ces examens chaque fois qu'un poste doit être doté. Nous
pourrions agir plus rapidement. C'est l'un des éléments que le
vérificateur général a mentionnés, à juste titre, dans ce chapitre.
Il a dit qu'il fallait trop de temps pour corriger les examens, car
les gens ont d'autre chose à faire également. Nous croyons qu'il
est possible de procéder de cette façon.
• 1620
Nous avons fait un sondage auprès de nos employés de la
vérification et de l'application des lois partout au pays, de
concert avec les syndicats. Les résultats de ce sondage nous ont
permis d'élaborer un plan d'action qui nous permettra de progresser
dans ce domaine. Nous voulons prendre ces mesures en collaboration
avec nos employés.
Bon nombre de ces mesures seront offertes lors de la
conversion à l'agence. Si le temps le permet, M. Brown pourrait
peut-être étoffer ce que j'ai dit, quant à ce qui pourra se faire
à l'agence. J'espère néanmoins que cela répond à votre question.
M. Lynn Myers: Oui, c'est très bien.
M. Brown pourrait peut-être faire également des observations,
car j'aimerais revenir sur cette question de la conversion à
l'agence et de l'aide qui sera transférée ou fournie à cette agence
en matière de ressources humaines.
Monsieur Lacombe, dans vos observations préliminaires, vous
avez mentionné le lien entre les plans touchant les ressources
humaines et les plans d'entreprise. M. Brown pourrait peut-être, en
réponse à cette autre question, nous en parler également et
peut-être expliquer davantage comment ce qui est proposé renforcera
ce lien, si c'est le cas.
M. David Brown: Permettez-moi de répondre d'abord à votre
dernière question, car M. Mayfield l'a également abordée.
Nous avons dit que, dans le plan d'action du ministère, que
nous utiliserions le plan d'affaire de cette année pour tâcher
d'atteindre le plus possible cet objectif qui consiste à réunir la
planification des ressources humaines et la planification d'affaire
de l'organisation.
Le plan d'affaire n'a pas encore été approuvé à l'interne. Il
devra sous peu être présenté au Conseil du Trésor et être produit
sous forme de document, du moins de sommaire, qui sera présenté au
Parlement. Vous aurez donc l'occasion de comparer notre plan
d'affaire de cette année avec celui de l'an dernier. Nous sommes
très conscients de cet engagement, et nous avons essayé de nous
assurer que les questions concernant les ressources humaines sont
intégrées totalement au plan d'affaire.
À mon avis, ce qui a beaucoup aidé, c'est que notre sous-ministre, M.
Wright, attache énormément d'importance à l'occasion
que la conversion à l'agence nous procure de revoir tous nos
systèmes de gestion des ressources humaines, à commencer par un
redressement de nos structures de comptabilité interne afin
d'assainir notre planification des ressources humaines, puisque ces
ressources représentent une si large part des ressources du
ministère.
Je ne sais pas s'il y a suffisamment de temps. Je pourrais
vous parler également du soutien de carrière.
M. Lynn Myers: J'y reviendrai peut-être.
J'aimerais savoir, monsieur Lacombe, si d'autres
administrations fiscales ont des problèmes semblables à ceux qui
ont été mentionnés ici. Plus précisément, je remarque que le
vérificateur général a insisté sur les prix de cession interne et
sur le commerce électronique. Vous pouvez peut-être me répondre de
façon générale dans un premier temps, puis plus précisément sur ces
deux sujets.
M. Barry Lacombe: L'impôt international préoccupe toutes les
administrations fiscales, qui ont toutes le même genre de
difficultés à trouver du personnel qualifié dans ce domaine. Bon
nombre d'entre elles appliquent la même stratégie que nous, qui
consiste, en fin de compte, à grouper des employés chevronnés et
des nouveaux, à les former et à les perfectionner, tout en sachant
que certains passeront au secteur privé. Il semble que ce soit la
méthode appliquée par tous.
J'ai participé à la réunion de la Pacific Association of Tax
Administration, en octobre—qui réunit des représentants des
États-Unis, de l'Australie et du Japon—et je me suis rendu ensuite en
Nouvelle-Zélande. Toutes les administrations connaissaient le même
genre de problèmes que nous.
Dans le domaine du commerce électronique, le Canada, du point
de vue fiscal—et probablement sous tous les autres angles—est un
leader mondial. Nous avons reçu le rapport du comité consultatif du
ministre sur le commerce électronique. Le ministre a répondu à ce
rapport. Nous avons reçu beaucoup d'aide des comités consultatifs.
Je puis vous dire que le rapport du ministre a été traduit en
italien et en allemand. L'Union européenne estime que c'est peut-être le
rapport le plus important qu'ait produit une administration
fiscale sur le commerce électronique. Nous avons reçu d'excellents
commentaires sur la façon dont le rapport est utilisé, et nous
continuons d'y travailler. C'est un élément très important pour le
ministère et le ministre.
• 1625
Pour ce qui est des prix de cession interne, comme vous le
savez, les Américains ont modifié leurs lois dans ce domaine en
1995. Ils sont devenus plus agressifs en matière de sanctions et
plus exigeants quant aux documents. Le Canada a également modifié
sa loi sur les prix de cession interne. Nous tenons des
consultations avec des fiscalistes du secteur privé depuis un an à
ce sujet.
D'après l'étude de Ernst & Young qui a été mentionnée, ou
d'après l'étude réalisée par le Comité technique de la fiscalité
des entreprises, dont le vérificateur général a parlé précédemment,
on a constaté que le Canada a l'une des administrations fiscales
les plus exigeantes en matière de document et de production de
documents sur le prix de cession interne. Nous travaillons avec
zèle à renforcer les moyens dont nous disposons déjà dans ce
domaine. C'est une question importante, comme l'a indiqué le
vérificateur général, et nous voulons nous assurer d'être bien
préparés.
Le gouvernement nous a donné des ressources supplémentaires.
Nous savons que nous devons former ces employés afin qu'ils
puissent s'occuper de la question du prix de cession interne. Il
nous reste encore du chemin à faire, mais nous avons fait des
progrès dans chacun de ces dossiers.
Je vous signale pour votre gouverne que l'OCDE a tenu sa
réunion sur le commerce électronique à Ottawa. Une journée a été
consacrée à la question de l'impôt, et le Canada jouait un rôle de
leader à cette conférence. Nous avons donc apporté une contribution
importante et nous faisons tous les efforts possibles afin de ne
pas nous faire damer le pion dans le dossier du commerce
électronique.
M. Lynn Myers: J'avoue que je suis très impressionné, car tout
cela est de bonne augure. Merci beaucoup.
Le président: Merci, monsieur Myers.
Monsieur Mayfield, nous faisons maintenant un deuxième tour de
table, de cinq minutes cette fois. Merci.
M. Philip Mayfield: Merci beaucoup.
Ma question s'adresse à M. Lacombe ou à M. Brown.
Dans le troisième élément de votre réponse au rapport du
vérificateur général, vous faites un lien entre le système
d'information sur les ressources humaines et le projet des systèmes
administratifs d'entreprise du ministère puis vous nous renvoyez à
votre plan d'action pour de plus amples détails. On dit enfin que
la mise en oeuvre débutera le 1er avril de cette année.
Pourriez-vous s'il vous plaît me décrire ce projet de façon
plus détaillée afin que le comité et moi comprenions mieux de quoi
il s'agit.
M. Barry Lacombe: M. Brown répondra à cette question.
M. David Brown: Je ferai de mon mieux.
Le projet des systèmes administratifs d'entreprise du
ministère est parrainé par la Direction des finances et de
l'administration du ministère et la Direction des ressources
humaines. Ce projet est issu de la question du bogue de l'an 2000.
On a reconnu que nos systèmes de gestion financière tomberaient en
panne le 1er janvier 2000 si rien n'était fait.
Il y a quelques années—je n'ai pas les dates, j'en suis
désolé, mais nous pourrions vous fournir des détails si cela vous
intéresse—on a décidé qu'il faudrait apporter des améliorations à
nos systèmes financiers, les automatiser et les intégrer dans une
vaste mesure. Dans le cadre de ce projet, on a accordé un contrat
à une grande compagnie de logiciels, SAP, et c'est le système en
question.
Il y a deux ans environ—comme je l'ai dit, je ne connais pas
les dates précises, mais je ne crois pas me tromper—on a décidé
d'ajouter à ce projet les systèmes de gestion des ressources
humaines, qui devaient également être modernisés. On a donc signé
un contrat avec SAP pour créer un système intégré répondant à la
fois aux exigences des finances et des ressources humaines en
matières d'information.
Dans le cas des ressources humaines, on s'est fondé sur les
systèmes d'information dans les domaines de la dotation, de la
classification, des langues officielles, de l'équité en matière
d'emploi... Un certain nombre de ces domaines sont conservés dans
des sous-disciplines différentes, si l'on veut, au sein du secteur
des ressources humaines. On a intégré ces systèmes au système
administratif d'entreprise du ministère. L'un des avantages les
plus importants, c'est que cela nous permet de mettre en commun les
diverses bases de données qui existent et de les regrouper dans un
ensemble plus large et plus complet.
• 1630
Parallèlement, le ministère est en train d'étendre son réseau
de courrier électronique interne afin qu'il soit aussi universel
que possible. L'objectif, d'une façon générale, c'est que toutes
les personnes qui ont des fonctions de supervision et toutes celles
qui offrent des services de soutien aux gestionnaires, c'est-à-dire
les spécialistes des finances et des ressources humaines, puissent
avoir accès à cette base de données commune, par le truchement du
réseau, où qu'il soit au pays. Cela augmente par conséquent la
puissance de nos systèmes informatiques et notre capacité de
travailler de façon plus uniforme.
Pour ce qui est des dates, l'élément financier, c'est-à-dire
celui qui est planifié depuis le plus longtemps devrait être mis en
oeuvre, comme nous le disons dans le rapport, le 1er avril. Le
système des ressources humaines connaît un léger retard, mais je
crois savoir qu'il sera prêt le 1er juillet cette année. Comme nous
l'avons indiqué dans le document, la formation a été entreprise
dans les deux cas en février et se poursuit à l'heure actuelle.
M. Philip Mayfield: Une petite question dans la même veine.
D'après votre description de ce système, il s'agit surtout d'un
système interne. Est-il prévu d'y inclure les recherches de main-d'oeuvre,
les personnes qui ont présenté des demandes d'emploi, les
rapports des recruteurs et votre groupe d'employés éventuels? Ce
système dépasse-t-il le cadre du ministère ou s'agit-il
exclusivement d'un système interne?
M. David Brown: Le système qui sera mis sur pied cet été est,
comme vous l'avez décrit, un système strictement interne.
Toutefois, nous avons maintenant entrepris d'évaluer les besoins
afin de mettre en place une deuxième génération de ce système et
d'examiner également les exigences en matière de technologie et de
soutien informatique supplémentaire, y compris les éléments que
vous avez mentionnés. Nous sommes très conscients du fait que,
lorsque nous serons chargés de notre propre recrutement, nous
aurons besoin de systèmes automatisés fiables et capables de gérer
les curriculum vitae et traiter les transactions que devra faire le
ministère.
M. Philip Mayfield: Merci, monsieur.
Le président: Merci, monsieur Mayfield.
[Français]
Monsieur Cardin, s'il vous plaît.
M. Serge Cardin: Tout à l'heure, j'ai
parlé de l'agence et j'y reviens.
Les députés du Bloc québécois n'étaient pas
tout à fait d'accord sur la création de cette agence.
Je n'avais pas alors pris connaissance des commentaires
du vérificateur général concernant
l'agence. Il dit ceci:
La création de l'Agence des douanes et du revenu du
Canada ne constituera pas comme telle la solution aux
problèmes exposés dans le présent chapitre.
J'aimerais avoir vos commentaires et des
précisions sur la façon dont on pourrait améliorer la
situation.
M. Denis Desautels: Monsieur le
président, la gestion des ressources
humaines dans le système qui existe actuellement à Revenu
Canada et dans l'ensemble du gouvernement
est tout un
défi, particulièrement lorsqu'il s'agit
de faire le recrutement de gens
pour les postes à combler. La classification
des postes et la flexibilité au niveau salarial
sont également des choses relativement
complexes à l'heure actuelle. Donc,
j'ai une certaine sympathie envers les gens de Revenu
Canada.
Cependant, je pense que, malgré tout cela, on aurait dû
mieux gérer toute cette question-là. On
ne doit pas mettre tout le blâme
sur l'absence de la
flexibilité que l'agence va donner à Revenu
Canada. Donc, certaines choses auraient pu
être mieux faites.
À l'avenir, la possibilité d'une
agence et d'une flexibilité additionnelle sur le plan
de la gestion des ressources humaines
va certainement aider, mais
encore faudra-t-il que Revenu Canada se serve à sa pleine
mesure de la flexibilité que la nouvelle
agence va lui donner.
M. Brown vient de nous dire que
le sous-ministre actuel, M. Wright, a l'intention de
se servir de la venue de l'agence pour innover
au plan de la gestion des ressources humaines, et je
pense que cela est la clé.
• 1635
Il serait utile, aujourd'hui ou à un moment ultérieur,
que Revenu Canada nous informe de ses plans plus
précis quant à la réforme de la gestion des ressources
humaines qu'il espère mettre en place avec la
nouvelle loi qu'on va lui donner. Le secret
est de se servir au maximum de cette flexibilité et
de ne pas mettre en place, dans la nouvelle agence,
les systèmes qui existaient
auparavant au ministère. Il serait bon
d'entendre éventuellement ce que Revenu Canada pourra
nous dire là-dessus, lorsque ses plans seront plus
clairs.
M. Serge Cardin: On disait
tout à l'heure que l'agence n'était
pas pour demain. À un moment donné, vous disiez
que le nombre d'employés augmenterait
de 80 à 129. Compte
tenu du fait que l'agence n'est pas pour demain
matin, on ne se servira pas de ça. Donc, pendant que
le nombre d'employés augmente de 80 à 129,
quels éléments concrets
pourraient faire en sorte que
les choses fonctionnent mieux que
dans le passé?
M. Denis Desautels: Monsieur le
président, comme on le dit dans notre chapitre et
même dans le plan d'action du ministère, on
a besoin de mieux planifier et de planifier de façon
plus stratégique toute la gestion des
ressources humaines. On n'avait pas
besoin du statut d'agence pour le faire.
Même si le statut d'agence est assez
imminent, on doit améliorer immédiatement
certaines des pratiques qu'on a suivies jusqu'à
maintenant pour la dotation des postes à
combler.
On a entendu
tout à l'heure les descriptions de M. Lacombe
quant au temps
qu'il faut et au processus qu'il faut suivre pour
combler un poste. C'est un processus
extrêmement complexe et il devient extrêmement
difficile pour un organisme, surtout un organisme de cette
importance, de fonctionner à sa pleine
mesure quand il doit investir tant d'efforts pour combler
chaque poste. Il est
donc important de trouver des moyens, que ce soit avec
l'agence ou sans l'agence, de raccourcir ces délais
et de donner à l'agence les ressources humaines dont elle
a besoin pour faire face au défi auquel elle
doit faire face.
M. Serge Cardin: On parlait d'une augmentation de
80 à 129 employés en l'espace de sept mois. On est
pratiquement à la fin de cette période de sept
mois. On est au mois de mars.
On doit en avoir embauché.
Est-ce que les choses sont plus faciles?
Si on se fie simplement au rapport et à votre bonne
volonté à l'avenir, vous allez avoir du mal
à aller chercher les 49 employés qu'il va
vous manquer d'ici deux ou trois mois.
[Traduction]
M. Barry Lacombe: Oui, les mesures de dotation ont été
lancées.
Même si l'agence n'existe pas encore, nous pouvons faire
certaines choses. Cela me ramène au rapport du vérificateur
général, dans lequel il fait remarquer à juste titre qu'il faut
trop longtemps entre le début du processus de dotation, certains
des examens que passent les candidats et la correction de ces
examens. Peu importe que l'agence existe ou non. Si les examens ne
sont pas corrigés à temps, ils ne le sont pas.
Ce qu'il faut donc c'est établir une liste de candidats
qualifiés en prévision des postes à pourvoir. C'est ce que nous
faisons. Nous examinons les emplois afin d'accélérer la
qualification.
Nous avons pris un certain nombre de mesures, mais ces
ressources supplémentaires seront en fonction. Je tiens à souligner
que ces ressources supplémentaires entreront en fonction dans le
prochain exercice soit, dans une semaine environ.
• 1640
Oui, il y a des mesures que nous pouvons prendre, mais le fait
d'être une agence nous donnera davantage de souplesse. Ce sera à
nous d'en profiter au maximum, comme l'a dit M. Desautels. C'est
bien notre intention.
[Français]
Le président: Merci beaucoup, monsieur Cardin.
[Traduction]
Comme je l'ai déjà dit à maintes reprises à des réunions
semblables, nous sommes ravis que le vérificateur général nous
présente un rapport auquel l'agence peut répondre en indiquant ce
qu'elle fera. On peut se demander ce qui se serait produit si le
vérificateur général n'avait pas porté cette question à votre
attention.
Dans ses remarques préliminaires, le vérificateur général a
indiqué que la direction générale devra avoir une bonne stratégie
de ressources humaines car bon nombre de postes clés, y compris des
postes de direction, sont comblés au moyen de détachements, de
réaffectations et de nominations intérimaires. Il dit, au
paragraphe 14 de son allocution, qu'à la fin de la vérification du
programme d'application de la Loi de l'impôt sur le revenu aux
grandes sociétés, en 1996, la direction menait de front un certain
nombre de concours mais que depuis lors ces mesures de dotation ont
été lancées, avortées et relancées.
Suit une longue liste de problèmes et de plaintes. Au
paragraphe 15, il indique qu'il faut une main-d'oeuvre hautement
compétente et stable et, au paragraphe 17, il dit que la direction
générale doit élaborer un plan aussitôt que possible. Ma question
s'adresse donc au vérificateur général.
Après avoir entendu le témoignage de cet après-midi,
monsieur Desautels, avez-vous davantage l'impression que ces gens
sont sur la bonne voie ou croyez-vous qu'il faut accroître la
motivation au sein de leur ministère?
M. Denis Desautels: Monsieur le président, je trouve
encourageant de voir que nous semblons nous accorder sur l'état de
la situation et sur les mesures nécessaires. Deuxièmement, j'estime
que le ministère est prêt à agir pour régler les problèmes que nous
avons mentionnés et pour appliquer les recommandations que nous
avons faites. Tout cela est encourageant.
Il faudra toutefois attendre pour voir les résultats. D'ici
peu, nous verrons si le ministère réussit à doter cette direction
générale comme il se doit. Je constate en tout cas que l'intention
y est, et cela m'encourage. J'espère que le ministère réussira à
mettre ces mesures en place et que la dotation de cette direction
générale sera efficace et rapide.
Le président: Vous pourriez peut-être nous le dire,
monsieur Brown ou monsieur Lacombe. On a parlé d'un poste qu'il
fallait toute une année pour combler. Je suis certain que cela
influe sur le moral des candidats qui doivent attendre. Chacun
d'entre eux espère obtenir une promotion et rien ne se fait. Cela
doit influer sur le moral au ministère. Comment peut-on permettre
que de telles choses se produisent?
M. Barry Lacombe: Nous pourrions améliorer nos façons de
procéder afin d'accélérer un peu les choses, mais la durée est en
partie fonction de la procédure d'appel. Nous avons eu certains
dossiers—je pense d'ailleurs qu'on en parle dans le rapport du
vérificateur général—qui ont fait l'objet d'appel et un appel
risque de n'être entendu qu'un an ou un an et demi après le fait.
Le président: Pourquoi donc? J'essaie de comprendre. Je sais
qu'il faut être juste et faire en sorte qu'il n'y ait pas de
favoritisme dans le système de promotion par exemple, afin que ceux
que nous engageons soient les meilleurs et les plus capables. Mais
j'essaie de comprendre pourquoi il faut trois ans pour doter un
poste de façon définitive avec les demandes de candidature, les
examens, leur correction, les entrevues et ainsi de suite et puis,
lorsque la décision a été prise, il y a la procédure d'appel qui
intervient et les choses se prolongent. Par conséquent, la personne
qui croit avoir décroché le poste se trouve dans l'expectative et
espère pouvoir le conserver pendant un an encore.
De quel genre de gestion des ressources humaines nous
sommes-nous dotés qui tolère ce genre de situation? Cela ne saura
être bon pour le moral.
M. Barry Lacombe: Je suis tout à fait d'accord avec vous, cela
n'est pas bon pour le moral.
Je puis vous dire qu'une des choses que j'ai vécues l'an
dernier, alors que nous nous préparions à l'avènement de l'Agence,
a été précisément un petit travail de simplification des recours.
Nous avons ainsi pu consulter un certain nombre d'organismes qui
avaient des problèmes semblables dans le cadre de la procédure
d'appel et qui avaient trouvé des solutions pour accélérer le
processus afin de ne pas devoir retarder les choses pendant un an
ou un an et demi, mais plutôt d'entendre les recours nécessaires
dans les trente jours.
• 1645
Ce que nous voulons faire au niveau des ressources humaines
dans le cadre de l'Agence, c'est en partie évaluer la souplesse
dont un bénéficiera pour voir si nous ne pourrions pas nous aussi
faire quelque chose du même genre.
Le président: Je sais que la procédure d'appel permet à un
candidat qui n'a pas obtenu le poste de dire: «mais vous n'avez pas
tenu compte de ces qualifications-ci ou de mes compétences ailleurs
et de mon expérience là-bas. Je veux que vous réétudiiez tout le
dossier.»
M. Barry Lacombe: En effet.
Le président: La procédure d'appel est normalement prévue pour
pallier les erreurs flagrantes. Au niveau judiciaire, il s'agirait
d'une erreur de droit. On ne peut pas interjeter appel d'un
jugement pour la seule raison que ce jugement ne nous plaît pas. On
ne peut interjeter appel que s'il y a eu erreur. Il me semble
personnellement que le système de promotion des ressources humaines
permet précisément le contraire, c'est-à-dire d'interjeter appel
lorsqu'une décision ne plaît pas. J'essaie de comprendre comment
cela réussi à s'insinuer dans le système et ce que vous faites pour
l'en extirper.
M. Barry Lacombe: En fait, ce n'est pas à moi qu'il faudrait
poser la question, monsieur Williams.
Le président: Mais comment allez-vous extirper cet élément?
M. Barry Lacombe: Dans le cas de l'Agence, le régime de
ressources humaines que nous envisageons fait intervenir ce que
j'appellerais des techniques modernes de gestion des ressources
humaines, des techniques qui nous permettraient précisément de
surmonter ce problème.
Tout ce que je puis vous dire, c'est que, comme je l'ai déjà
déclaré, dans le cadre des préparatifs en vue de la création de
l'Agence j'ai pu visiter plusieurs des cabinets qui sont considérés
comme les plus prestigieux, et ces cabinets ont mis en place
certains mécanismes. Ce sont des mécanismes qui seraient plutôt
moins empreints de formalisme et qui permettent de juger du bien-fondé
d'un appel assez rapidement et selon les mérites de la cause.
Le président: Lorsque vous dites «plus rapidement», vous
entendez quoi au juste, une ou deux semaines?
M. Barry Lacombe: Je parle de 30 jours, et c'est un énorme
progrès. Je ne pourrais toutefois vous répondre sur les
modalités...
Je sais par exemple que pour certains postes, la procédure
d'appel a duré deux ans, deux ans et demi, voire trois ans. Dans un
cas très précis dont j'ai eu connaissance, la procédure a duré plus
de cinq ans.
Le président: Je dois vous dire que je suis absolument pantois
lorsque j'entends dire que quelqu'un a obtenu une promotion et que
quelqu'un d'autre interjette appel et que la procédure dure cinq
ans. Comment cette personne peut-elle rester confiante et croire
qu'elle va garder le poste. Si l'on fait droit à l'appel, elle perd
tout et c'est quelqu'un d'autre qui va la remplacer.
M. Barry Lacombe: Nous sommes totalement d'accord avec vous en
ce sens que le système doit être juste, comme vous l'avez dit vous-même,
mais également que les délais doivent être raisonnables.
Prenez le cas de l'employé qui risque de perdre son emploi dans des
circonstances analogues. Prenez l'exemple du gestionnaire qui doit
essayer de continuer à administrer dans un cas de ce genre.
Le président: Fort bien, mais moi je m'adresse à vous, vous
êtes sous-ministre adjoint et j'essaie de faire rendre compte à
votre ministère en disant qu'il faut moderniser les procédures et
permettre à la gestion de prendre une décision, d'accorder une
promotion à quelqu'un et que dès lors, la décision est prise en
conséquence. Si la procédure est entachée de vices graves, certes
il doit pouvoir y avoir appel, mais la gestion doit aussi avoir le
droit de dire qu'elle préfère le candidat A au candidat B et que
telle est la décision. Pourquoi nous retrouvons-nous face à ce
genre de chose? Qui plus est, que ce genre de procédure d'appel
doit coûter énormément d'argent.
M. Barry Lacombe: En effet.
Allez-y, David.
M. David Brown: Monsieur le président, si vous me permettez
d'intervenir, il vous intéressera peut-être d'entendre parler d'une
évaluation du processus de dotation et de sa durée que nous avions
conduite il y a quelques années. Nous en étions arrivés dans
l'ensemble à la conclusion qu'il fallait 166 jours civils pour
boucler un concours interne, c'est-à-dire passer par toutes les
étapes. S'il y a appel, cela ajoute en moyenne 90 jours civils à la
durée du processus. Ainsi, une action de dotation prend en moyenne
un peu plus de neuf mois.
Par ailleurs, la procédure d'appel s'allonge dès lors que
l'appel est entendu par une instance extérieure au ministère, la
première de ces instances étant la Commission de la fonction
publique. Si l'appel se retrouve ensuite devant les tribunaux, la
durée de la procédure augmente de temps. Chaque année, notre
service doit défendre une vingtaine de dossiers devant la cour
fédérale, et parfois même devant la Cour suprême, et dans un très
grand nombre de cas, la décision première de la gestion, ou du
moins l'issue initiale du concours, se trouve validée.
L'un des problèmes tient au fait qu'un candidat peut
interjeter appel non seulement en cas de vices de procédure graves,
mais également en cas de vices mineurs. Lorsque nous serons une
agence, nous pourrons faire le tri entre ces questions de procédure
mineures et les questions graves, tout en veillant bien entendu à
ce que les employés conservent un droit de recours, mais en
réservant le régime d'appel formel, celui qui est fondé sur les
droits, aux seuls dossiers qui le méritent vraiment.
• 1650
Le président: Vous nous dites que la direction gagne très
souvent en appel, surtout devant les tribunaux. Est-ce que dans les
cas de ce genre, les appelants doivent payer les frais, ce qui
serait une mesure dissuasive, au lieu de pouvoir tout simplement
multiplier les appels sans autre conséquence?
M. David Brown: À l'heure actuelle, la structure financière ne
prévoit pas ce genre d'effet dissuasif.
Le président: Qui paye donc la facture? Le contribuable?
M. David Brown: C'est exact.
Le président: Le contribuable paye les frais des deux parties,
n'est-ce pas? Il paye ce qu'il en coûte à l'administration pour
faire valider sa décision et il paye les frais du plaignant qui a
interjeté appel? Cela doit coûter une fortune.
M. David Brown: Vous avez raison.
Le président: Il n'y a rien pour dissuader qui que ce soit
d'aller en appel, même pour des raisons futiles?
M. David Brown: Outre la longueur des procédures, non.
Le président: Et la direction a laissé des règles de ce genre
s'introduire dans la convention?
M. David Brown: En fait, dans la plupart des cas, il s'agit de
règles qui font partie du cadre législatif général qui régit la
fonction publique. Très souvent aussi, nous devons subir les
conséquences de l'interprétation de ces règles qui ont été faites
par la magistrature.
Le président: Dans votre déclaration, monsieur Lacombe, vous
avez dit ceci et je cite:
Grâce à la souplesse que nous procurera le cadre de gestion des
ressources humaines de l'Agence, nous pourrons embaucher et
déplacer les personnes plus facilement, ce qui est à leur avantage
et au nôtre.
Mais il me semblait que lorsque l'Agence sera créée, les
règles de l'Alliance vont immédiatement s'appliquer. Où allez-vous
donc aller chercher cette souplesse?
M. David Brown: Je ne sais pas au juste ce que vous entendez
par «les règles de l'Alliance».
Le président: Eh bien, essentiellement la convention
collective qui existe actuellement va continuer à s'appliquer.
Qu'est-ce qui va changer? Vous allez de toutes manières rester liés
par les conventions collectives en vigueur.
M. David Brown: Sans essayer d'entrer trop dans les détails
techniques, permettez-moi de vous dire que le secteur de la gestion
des ressources humaines est régi essentiellement par trois
catégories de règles.
Il y a d'abord la Loi sur les relations de travail dans la
fonction publique qui, comme vous dites, régit les relations
employeur-employés, et nous continuerons à relever de cette loi.
La seconde catégorie de règles relève de la Loi sur la gestion
des finances publiques, qui traite d'une façon générale le rôle de
l'employeur et jette les fondements de la majorité des composantes
de la gestion des ressources humaines.
En troisième lieu il y a la Loi sur l'emploi dans la fonction
publique qui concerne particulièrement le processus de dotation,
les nominations, les promotions et les plans de carrière.
S'agissant de la Loi sur la gestion des finances publiques et
de la Loi sur l'emploi dans la fonction publique, nous ne tomberons
plus sous leur coup. Elles seront remplacées dans notre cas par la
loi habilitante, la loi qui a créé l'Agence, et les règles seront
celles qui seront arrêtées par le conseil d'administration. C'est
dans ces secteurs plus particulièrement que nous escomptons pouvoir
mettre en place un système beaucoup plus souple et qui permettra de
réagir plus facilement.
Le président: Dans le document que vous avez publié en janvier
1998 sous le titre «Ressources humaines pour l'Agence canadienne
des douanes et du revenu», on peut lire ceci, et je cite:
Dans l'intervalle, le système de dotation existant en vertu de la
Loi sur l'emploi dans la fonction publique demeurera en vigueur,
ainsi que le système existant concernant l'ordre de priorités et le
placement.
Voulez-vous dire que cela cessera d'être le cas au moment de
la création de l'Agence?
M. David Brown: En effet.
Le président: Vous pourrez donc immédiatement créer cette
souplesse dont vous parlez.
M. David Brown: Exactement.
Le président: Monsieur Mayfield.
M. Philip Mayfield: Je vous remercie, monsieur.
Dans l'exposé que vous nous avez fait au début de la réunion,
monsieur Lacombe, vous avez dit que la nature et l'envergure des
relations commerciales et financières internationales connaissaient
des mutations tellement profondes que, selon toute vraisemblance,
il ne devrait guère y avoir de stabilité. J'imagine qu'en disant
cela, vous escomptez vous-même une certaine instabilité au sein du
ministère pour ce qui est de cette Direction de l'impôt
international. Est-ce bien cela?
M. Barry Lacombe: Excusez-moi, monsieur Mayfield, mais ce que
je voulais dire en fait c'est que ce secteur va continuer à croître
et à demeurer une priorité, alors même qu'il est de plus en plus
complexe. La nature des instruments financiers utilisés, la nature
des relations entre compagnies, entre multinationales, et ainsi de
suite... C'est tout un domaine qui devient de plus en plus
complexe, et je voulais donc parler d'un manque de stabilité en
pensant aux changements tels que nous devons être en mesure d'y
réagir.
• 1655
M. Philip Mayfield: En écoutant le dialogue entre M. Brown et
M. Williams, je me suis fait une image mentale de ce secteur du
commerce et de la finance en croissance extrêmement rapide alors
que simultanément, le ministère est asphyxié par des politiques
telles qu'il lui faut parfois cinq ans pour arriver à doter un
poste permanent.
Je suis également conscient de cette préoccupation exprimée
par le vérificateur général lorsqu'il disait qu'il ne faut pas
vraiment un gros revirement pour faire perdre énormément de
recettes fiscales au gouvernement. Avez-vous une idée de ce que
coûte le genre de problèmes que vous éprouvez dans le secteur des
ressources humaines, ce qu'il en coûte au gouvernement en manque à
percevoir, mais également en déboursés? Cela doit être énorme. Il
y a tellement de choses qui sont examinées, programmées et
découpées, qu'en est-il à ce sujet?
M. Barry Lacombe: Je n'ai pas les chiffres ici, mais nous le
signalons dans nos plans d'entreprise ou dans les rapports que nous
remettons au Parlement. Nous faisons mention des recettes
supplémentaires que nous pourrions obtenir grâce à nos activités de
vérifications comptables sur le plan international. C'est donc un
renseignement que nous pourrions vous faire parvenir, si cela vous
intéresse.
M. Philip Mayfield: Je pense que c'est l'urgence de la chose
qui m'a interpellé, les motivations également, et qui pourraient
peut-être pousser le ministère à vouloir apporter ce genre de
changements rapidement, ne serait-ce que pour diminuer les coûts et
réduire les pertes simultanément.
M. Barry Lacombe: Croyez-moi, tout le monde au
ministère—peut-être pas tout le monde, mais notre service
certainement—aspire à la création de l'agence parce que, comme l'a
dit le vérificateur général, nous savons que l'agence créera un
cadre qui nous permettra de nous attaquer à de nombreux problèmes
beaucoup plus rapidement et mieux aussi que ce n'est le cas
actuellement. Il n'empêche que nous devons de toutes manières
monter au front et nous y atteler, mais c'est précisément ce que
nous sommes impatients de faire.
Le sous-ministre a la ferme volonté de renforcer la gestion
des ressources humaines et il voit les choses exactement de la même
façon que vous, c'est-à-dire que la situation nous fait perdre des
potentialités. Nous avons besoin de gens qui ont les compétences et
les capacités nécessaires, ce qui exige toute la gamme des moyens
de recrutement, de formation et de perfectionnement, ainsi que des
mesures nous permettant de conserver nos employés et de faire en
sorte qu'ils puissent faire carrière chez nous et absorber les
changements à mesure qu'ils surviennent.
Si vous me permettez cette réflexion, nos employés sont
probablement parmi les fonctionnaires qui ont le plus de
qualifications. Ils doivent travailler aux dossiers les plus
complexes. Prenez la Loi de l'impôt sur le revenu par exemple, qui
est un véritable monument, ou encore la Loi sur la taxe d'accise
qui est de plus en plus complexe. Comme le faisait remarquer le
vérificateur général dans son exposé liminaire, ils doivent
affronter les fiscalistes les mieux payés, et nous devons faire
tout ce qu'il faut pour avoir dans le rang des gens de ce calibre.
Je pense que l'agence va nous faciliter grandement la tâche.
M. Philip Mayfield: Je pense que cela va sans dire parce que
nous escomptons précisément ce genre de rigueur de la part du
secteur privé au moins, et il est à espérer qu'il en va de même
dans votre ministère également.
Vous avez dit que vous étiez prêt à vous engager à fournir
certains renseignements soit dans votre rapport au Parlement, soit
encore directement au comité. Je vous prends au mot, si vous n'y
voyez pas d'inconvénients. J'aimerais en effet savoir ce que ce
genre de choses coûtent. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de
demander combien coûte un appel qui dure en longueur pendant cinq
ans, mais...
Je voudrais poser une question au vérificateur général.
Vous avez parlé des potentialités et des recettes perdues.
Lorsque vous étudiez ce dossier, monsieur, avez-vous d'une façon ou
d'une autre, chiffré ces pertes?
M. Denis Desautels: Non, jusqu'à présent nous n'avons pas été
en mesure de chiffrer les pertes de recettes occasionnées par ces
problèmes de dotation. Nous espérons que ces pertes ne soient pas
énormes, mais au bout du compte il est impérieux de pouvoir
desservir la clientèle beaucoup plus rapidement que ce n'est le cas
à cause de ces problèmes de dotation.
D'ailleurs ces gens sont là pour répondre à énormément de
questions à propos des prix de cession interne et d'autres
arrangements qui ont cours entre les compagnies canadiennes et
leurs filiales étrangères, lesquelles n'obtiennent pas des
résultats suffisamment rapidement. L'incertitude est grande pour
tous les intéressés. Il y a donc non seulement pertes de recettes
fiscales, mais également impossibilité de desservir la clientèle
canadienne avec la rapidité nécessaire.
• 1700
Nous entendons d'ailleurs étudier ce dossier de façon plus
approfondie. J'ai dit par exemple que nous allions étudier la
question des prix de cession interne et nous allons ainsi nous
pencher sur un volet particulier de la fiscalité internationale, et
voir très précisément dans quelle mesure cela se fait suffisamment
bien et quelles en sont les conséquences.
M. Philip Mayfield: Je vous remercie. Je constate que je n'ai
pas réussi à faire fléchir le président; je vais donc vous
remercier, messieurs, pour cette discussion que j'ai trouvée très
intéressante.
Le président: Nous aurons peut-être la possibilité de vous
redonner la parole, monsieur Mayfield, pour poser une autre
question.
M. Philip Mayfield: De toute façon, je pense en avoir terminé,
monsieur.
Le président: Parfait.
[Français]
Monsieur Cardin, s'il vous plaît.
M. Serge Cardin:
On a déjà vu d'autres rapports. Ce n'est pas la première fois
qu'on voit qu'il y a des problèmes de gestion des
ressources humaines et de dotation. Il y
en a dans d'autres ministères ou d'autres services.
Dans le contexte actuel, on semble dire qu'en
créant une agence, on va pouvoir régler les problèmes.
N'aurait-il pas fallu, à un moment donné, qu'on
s'attaque au système de gestion des ressources
humaines ou de dotation de l'ensemble des
ministères pour faciliter les choses
et rendre cela plus rentable et plus efficace?
Dans ce contexte-ci, on dit qu'on va créer une agence
pour régler les problèmes de gestion des ressources
humaines. Est-ce qu'on doit s'attendre
à ce que d'autres
ministères qui ont des problèmes de gestion des
ressources humaines veuillent aussi créer des
agences? Au lieu
d'avoir partout des ministères, on va avoir partout des agences
qui vont s'être restructurées au niveau de la
gestion des ressources humaines. On sait que
l'imputabilité des agences est moins évidente.
Donc, ou bien on s'attaque à l'ensemble du système de gestion
des ressources humaines, ou
bien on se met à créer des agences un peu
partout. C'est un
commentaire, mais vous pouvez y répondre.
[Traduction]
M. David Brown: Je voudrais faire un commentaire après quoi
M. Lacombe aura peut-être lui aussi quelque chose à ajouter.
Au bout du compte, il appartient au gouvernement lui-même
d'expliquer pourquoi il a décidé de procéder au cas par cas dans le
cas de notre Agence, de l'Agence d'inspection des aliments et de
l'Agence canadienne des parcs, au lieu de procéder d'un seul coup.
Il faut, je crois, admettre que l'une des raisons pour lesquelles
le gouvernement a peut-être voulu procéder ainsi dans le cas de
l'Agence des douanes tient à ce qu'essentiellement notre organisme
est assez autonome. Il y a relativement peu de mouvements de
personnel entre le ministère du Revenu et le reste de la fonction
publique. Les gens entrent au ministère et y passent toute leur vie
professionnelle, même si dans certains secteurs, notre taux de
remplacement des effectifs est plus élevé que nous ne le
souhaiterions.
Je pense donc que le gouvernement a eu le sentiment que,
surtout s'il escomptait des changements trop radicaux ou trop
expérimentaux pour l'ensemble de la fonction publique, notre
organisme avait par contre une envergure suffisante pour tenter
quelque chose d'intéressant, mais dans l'espoir aussi de réussir à
le faire.
[Français]
M. Denis Desautels: Monsieur le président,
je trouve la question de M. Cardin extrêmement
intéressante et pertinente. Le gouvernement a choisi
de régler à la pièce certains des problèmes qu'on
trouve dans le
cadre de la gestion des ressources humaines.
Il règle aujourd'hui le cas du ministère
du Revenu. Dans un autre temps, il a créé
l'Agence d'inspection des
aliments et l'Agence des parcs.
Ce sont trois services importants auxquels on a
donné un statut différent en partie pour les aider à
régler leurs problèmes de gestion des ressources
humaines. Mais le reste de la fonction publique
est toujours à la recherche de solutions.
Je pense qu'il y a là aussi,
tout comme au sein du ministère du
Revenu, des problèmes importants qui font que les
délais pour combler les postes
sont vraiment trop longs, ce qui va à l'encontre
des normes d'efficacité qu'on veut atteindre.
Peut-être que
le ministère du Revenu peut servir de laboratoire.
J'espère qu'il pourra démontrer comment
certains changements dans l'approche à la gestion des
ressources humaines pourraient bénéficier à l'ensemble de
la fonction publique.
M. Serge Cardin: Merci beaucoup.
• 1705
[Traduction]
Le président: J'aurais à mon tour une question à vous poser,
monsieur Lacombe. Le vérificateur général et moi-même avons eu des
entretiens avec les représentants des grandes agences centrales
australiennes et néo-zélandaises, et cela alors même que Revenu
Canada va lui aussi devenir une agence. Je pense plus précisément
au cas de la Nouvelle-Zélande où l'on trouve actuellement des
présidents-directeurs généraux à la tête de ces agences ou de ces
ministères, au côté d'un ministre qui assume le volet politique de
ces attributions. Le PDG du ministère dit donc: «d'accord, je vais
vous donner ce que vous voulez».
Je me souviens que l'an dernier, le sous-ministre du Revenu
national, M. Rob Wright, nous avait dit qu'il avait avec tous ses
SMA un contrat d'imputabilité. Comment cela fonctionne-t-il,
pouvez-vous me le dire?
M. Barry Lacombe: Certainement. C'est le sous-ministre qui a
ces contrats d'imputabilité. D'ailleurs, nous sommes en train d'y
apporter la dernière touche pour l'année financière à venir. Ces
contrats couvrent énormément de choses comme la gestion des
ressources humaines, comme le disait M. Brown, les résultats
escomptés pour les programmes...
Le président: Pour ce qui est des ressources humaines, ces
contrats précisent-ils par exemple les attentes concernant la
réduction du nombre d'employés en affectations temporaires et la
réduction du nombre d'appels? Établissent-ils des critères ou des
objectifs clairs? Que trouve-t-on dans ce contrat d'imputabilité?
M. Barry Lacombe: On y trouve des objectifs clairs concernant
les choses à réaliser. Tout dépend du secteur, bien sûr, et du
domaine puisqu'il faut un juste milieu, puisqu'il y a des priorités
variables selon les secteurs et selon les dossiers.
Mais il ne fait aucun doute que cela va s'améliorer au fil du
temps. C'est un concept intéressant. Le sous-ministre, M. Wright,
prend cela très au sérieux et je pense que vous allez vous-même
pouvoir constater que cette notion va s'affiner avec le temps si
bien que la situation va encore s'améliorer.
Le président: Permettez-moi cette question-ci: le vérificateur
général a signalé des lacunes au niveau de la gestion des
ressources humaines dans cette Direction de revenu Canada. La
question de l'amélioration de cette gestion fait-elle partie du
contrat d'imputabilité qui vaut pour la Direction de l'impôt
international?
M. Barry Lacombe: Cela en fera partie.
Le président: Cela en fera partie, mais cela ne s'y trouve pas
encore.
M. Barry Lacombe: Si vous consultez le document dans lequel
nous rendons compte au Parlement, vous constaterez que cela fait
partie des priorités expresses, et se répercute donc dans le
contrat d'imputabilité.
Le président: Cela fait donc partie intégrante du contrat
d'imputabilité entre le sous-ministre et le sous-ministre adjoint
compétent—vous par exemple—dans la mesure où, et c'est un
exemple, comme le disait le vérificateur général, la gestion des
ressources humaines est un dossier qui doit être réglé et pour
lequel il y a lieu d'apporter énormément d'améliorations? Vous avez
parlé de cela, les améliorations. Ces buts, ces objectifs vont-ils
être précisés de telle manière que chaque année, vous aurez une
politique des ressources humaines ou un système de gestion des
ressources humaines qui soit plus efficace encore et qui desserve
mieux encore la population et le ministère?
M. Barry Lacombe: Parfaitement, et dans le cas précis qui nous
occupe, la Direction de l'impôt international, cela sera, pour le
directeur général et pour le comité de gestion, l'une des
responsabilités clairement précisées.
Le président: Et si les objectifs du contrat ne sont pas
atteints, y a-t-il des sanctions?
M. Barry Lacombe: Eh bien, cela se manifestera au niveau du
rendement de l'intéressé ainsi que dans l'évaluation que nous en
ferons. Comme l'a dit M. Brown, nous voulons avoir la possibilité
d'avoir mieux connaissance de ce qui se passe au niveau de la
gestion des ressources humaines lorsque nous évaluons le rendement
de nos employés.
M. David Brown: Je pourrais ajouter qu'il ne s'agit pas
simplement du rendement puisque, dans le cas des cadres, nous
parlons également de rémunération au rendement. Cela les touchera
donc directement le porte-feuille.
Le président: Vouliez-vous ajouter quelque chose, monsieur
Desautels, au sujet des discussions que nous avons eues avec les
gens du Conseil du Trésor de la Nouvelle-Zélande à propos des
accords conclus entre les ministres et les sous-ministres et les
contrats qui les lient?
M. Denis Desautels: Ici au Canada, le recours à la formule de
la rémunération au rendement, ou comme nous en sommes venus à
l'appeler la rémunération conditionnelle, est relativement récent,
je ne suis pas sûr que nous ayons mis au point des systèmes
d'évaluation du rendement suffisamment parfaits pour arriver à
chiffrer cela de façon précise en dollars. C'est quelque chose qui
doit encore être affiné. La notion semble bonne, et chaque
ministère—surtout les plus gros comme Revenu Canada—doit mettre
au point une formule pratique qui puisse être comprise par tout le
monde et qui puisse constituer un système valable pour la
rémunération et l'évaluation du rendement.
• 1710
Le président: Il y a encore autre chose au sujet de cette
imputabilité. Nous venons tout juste d'obtenir que le ministère
nous remette chaque automne des rapports de rendement
circonstanciés. Comme vous allez devenir une agence, devrez-vous
encore déposer au Parlement ce genre de rapports de rendement?
Peut-être allez-vous y échapper, je n'en sais rien.
M. Barry Lacombe: Nous allons nous renseigner et nous vous le
ferons savoir, monsieur Williams.
Le président: Je vous en serais reconnaissant parce qu'après
avoir obtenu des ministères qu'ils nous remettent ce genre de
rapport, nous n'aimerions pas que Revenu Canada puisse s'y
soustraire.
Monsieur Desautels, avez-vous quelque chose à ajouter?
M. Denis Desautels: En effet, monsieur le président. Je pense
que la nouvelle agence devra déposer chaque année un rapport de
rendement expliquant en quoi les objectifs qu'elle s'était donnés
ont été réalisés. En outre, nos propres services devront donner au
Parlement une certaine assurance de la validité des données
contenues dans le rapport en question.
M. David Brown: Monsieur le président, si vous me permettez
d'intervenir ici, l'article 88 du projet de loi C-43 parle du
rapport annuel et précise entre autres que celui-ci doit comprendre
tout renseignement concernant le rendement de l'agence par rapport
aux objectifs fixés dans le plan d'entreprise ainsi qu'un résumé de
toute évaluation du vérificateur général du Canada quant à la
justesse et la fiabilité de ces renseignements.
Le président: J'aimerais voir mentionné dans votre rapport les
progrès que vous avez réalisés dans le secteur de la gestion des
ressources humaines. Nous avons constaté dans d'autres ministères
que certaines questions évoquées par le vérificateur général n'ont
même pas valu une mention dans le rapport de rendement déposé
l'automne dernier, et j'espère donc que Revenu Canada considérera
qu'il s'agit-là d'une question dont les parlementaires veulent être
tenus au courant.
Voilà qui semble conclure notre période de questions, à moins
que quelqu'un n'en ait encore à poser. Comme ce n'est pas le cas,
je vais demander à M. Desautels de conclure.
M. Denis Desautels: Je vous remercie, monsieur le président.
Notre chapitre a essayé de signaler qu'en dépit du système de
dotation extrêmement complexe et lourd actuellement en vigueur au
gouvernement, Revenu Canada et en particulier la direction qui nous
occupe, aurait pu mieux s'y prendre pour gérer les problèmes en
question. En d'autres termes, il ne faut pas que les choses que
vous ne pouvez pas faire vous empêchent de faire celles que vous
pouvez faire.
Quoi qu'il en soit, j'espère que c'est du passé. La nouvelle
agence semble mieux ancrée dans la réalité et, si tel est le cas,
elle devrait disposer d'une plus grande souplesse en matière de
classification, de rémunération concurrentielle et de dotation des
postes.
Mais pour bien réussir, la direction générale et, je présume,
la nouvelle agence, devront se doter d'un plan de ressources
humaines qui soit lié à leur plan d'entreprise et qui soit
continuellement actualisé. J'espère qu'on mettra à profit cette
nouvelle souplesse pour simplifier et abréger le processus de
dotation en personnel. Les échéances actuelles sont tout simplement
inacceptables dans une organisation efficiente devant relever
d'importants défis professionnels.
La nouvelle agence doit donc modifier sa culture et resserrer
considérablement les échéanciers. Même avec ce genre de
rationalisation, il est possible de s'assurer que le système est
juste pour tous.
Merci, monsieur le président.
Le président: Merci, monsieur Desautels.
La séance est levée.