STANDING JOINT COMMITTEE ON
OFFICIAL LANGUAGES
COMITÉ MIXTE PERMANENT DES
LANGUES OFFICIELLES
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le lundi 25 mai 1998
• 1627
[Français]
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool (Tracadie, Lib.)): Nous allons maintenant
passer à la deuxième partie de notre réunion ou à notre
deuxième ordre du jour, qui porte sur le
rapport annuel du commissaire aux
langues officielles. Monsieur Goldbloom, je vous
donne la parole pour faire la présentation du rapport.
M. Victor Goldbloom (commissaire aux langues
officielles):
Madame la présidente, j'aimerais, parce que le temps
file, réfléchir brièvement sur les sept années que
j'ai vécues au poste de commissaire aux langues
officielles.
Au cours de la première
partie de cette séance, nous avons discuté des
plaintes formulées par des
citoyens et du traitement de ces plaintes. C'est un
élément important ou majeur, dirais-je, du rôle du
commissaire. C'est pourtant un aspect passif de ce que
fait le commissaire, l'initiative étant prise par le
citoyen ou la citoyenne qui formule une plainte.
Ce n'est qu'à la suite de la réception de la plainte que le
commissaire entreprend son action.
Il m'a semblé que le traitement des plaintes, si
important soit-il,
ne représentait qu'une partie du travail
utile du commissaire. Je voulais devenir
plus activiste et entreprendre des études
sans attendre que l'on dépose des plaintes, parce
que j'avais constaté des difficultés.
La première difficulté qui m'a frappé a été l'absence, dans la
majorité des provinces, d'un régime de gestion scolaire
à l'intention de la communauté de langue officielle
en situation minoritaire.
• 1630
De fait, au début de mon mandant et
pendant un certain temps par la suite,
il n'y avait que deux provinces
qui accordaient cette gestion aux communautés
d'expression française.
Aujourd'hui, nous pouvons voir dans toutes les
provinces et dans les deux territoires un régime de
gestion scolaire. Ce régime n'est pas parfaitement
conforme à l'article 23 de la Charte tel que la Cour
suprême du Canada l'a interprété dans toutes les
provinces, mais il y a au moins une structure, et cela
me permet d'envisager un avenir plus intéressant et plus
encourageant pour les communautés, parce que l'éducation
est dorénavant entre les mains de la communauté
elle-même. Ses priorités peuvent être mises en
application, tout comme ses choix en ce qui concerne le contenu
du curriculum et l'affectation de ressources.
Lorsque la décision est prise par la
majorité, tout cela, malgré la bonne volonté de cette
majorité et des commissaires d'école qui la
représentent, risque de ne pas tenir compte parfaitement des
besoins et des désirs de la communauté minoritaire. Je
suis donc extrêmement heureux que nous ayons pu
accomplir un tel progrès.
De plus, nous avons vu le nombre de centres scolaires et
communautaires augmenter de 5 à 15. Il y en a
d'autres qui sont au stade de la planification. Le fait de
concentrer la vie de la communauté autour de l'école
est un élément important de la vitalité de cette
communauté.
Deux autres choses sont venues s'ajouter à
l'appui général dont peuvent jouir les communautés de
langue officielle en situation minoritaire.
L'Alliance des radios communautaires du Canada, qui prend des
forces, se constitue maintenant en réseau. Cela veut
dire qu'au lieu d'être simplement une ressource locale,
ce réseau est national et permet aux communautés de
communiquer entre elles.
Enfin, et ce n'est pas la moindre des choses, le
Regroupement des universités de la francophonie
hors Québec s'est constitué lui aussi en réseau, ce qui
permet à un étudiant qui se trouve à un endroit de
s'inscrire à un cours qui se donne dans une autre
institution ailleurs au Canada et d'en bénéficier sans
être obligé de se déplacer ou de
s'inscrire à une université de la communauté
majoritaire.
Tout cela est important parce que—nous l'avons dit
ensemble à plus d'une reprise—l'assimilation demeure
un problème réel. À chaque recensement, nous sommes
obligés de constater qu'il y a certaines diminutions
des forces vives dans les diverses communautés.
Nous avons dû déplorer cette situation sans pouvoir faire
grand-chose
jusqu'à l'arrivée des mesures dont je viens de parler.
Je n'ose pas prétendre que ce que j'ai exposé suffira
automatiquement à faire échec à l'assimilation, mais
sans ces éléments-là, le problème serait toujours
majeur et l'avenir, moins intéressant.
Je voudrais aussi souligner l'action que j'ai
mentionnée il y a un instant, celle d'entreprendre des
études systémiques. Les plus importantes de ces
études,
à mes yeux, sont celles qui portent sur le service au
public. Je vous ai dit il y a un certain temps que
l'étude effectuée en 1994 avait fait l'objet de suivis
province par province.
Ces suivis ne sont pas encore
terminés, mais dans les provinces et territoires où
nous avons effectué les suivis, nous sommes obligés de
déplorer un manque d'amélioration. C'est peu
compréhensible parce que le nombre de bureaux désignés
bilingues a été réduit, libérant ainsi du personnel
bilingue, mais nous ne retrouvons pas ce
personnel ainsi libéré dans les bureaux qui restent et
les services ne sont pas meilleurs.
• 1635
Nous avons modifié un peu notre façon de procéder.
Cette fois-ci, nous avons visé chaque bureau
individuellement et nous avons formulé des
recommandations spécifiques à chaque bureau. J'ai eu
le plaisir de recevoir de la part de plusieurs
sous-ministres une lettre de remerciements m'indiquant
que le fait d'avoir précisé les déficiences de tel ou
tel bureau leur avait permis d'apporter des correctifs.
[Traduction]
La mise en oeuvre de la partie VII de la loi est l'un des
sujets dont nous parlions il y a quelques instants, en réponse à
une question du sénateur Beaudoin. Comme dans tout autre secteur de
l'économie et de la société, il y a eu des réductions dans le
financement disponible, et j'avais exprimé l'espoir que les
communautés de langues officielles en situation minoritaire dans le
pays, qu'elles soient d'expression anglaise ou française, seraient
perçues comme essentiellement différentes des organismes—et je ne
parle pas d'une manière négative de ces organismes—qui reçoivent
une aide financière du gouvernement fédéral pour exercer leurs
activités, que ce soit dans le secteur des sports ou de la culture,
par exemple.
La vie de la collectivité dépend de la vitalité de ces
organisations centrales, et j'avais espéré qu'il n'y aurait pas de
réduction de l'aide financière accordée aux collectivités. De fait,
dans l'ensemble du pays les communautés d'expression anglaise et
française ont vu leurs ressources diminuer.
On m'a dit, et c'est ce que j'ai répondu moi-même, qu'il était
indispensable d'appliquer la partie VII de la loi d'une manière
absolument équitable si nous voulons compenser les réductions dans
les ressources accordées à la communauté. Il est clair qu'au moment
de la planification des programmes et de la répartition des
ressources la partie VII de la loi et l'existence de communautés de
langues officielles en situation minoritaire ne sont pas les
premières choses qui préoccupent les institutions fédérales.
J'ai exprimé l'espoir que nous puissions enfin provoquer un
réflexe pavlovien qui amènerait les gens à penser automatiquement
aux besoins et aux droits des communautés de langues officielles en
situation minoritaire lorsqu'ils planifient leurs programmes et la
répartition des ressources.
Finalement, comme vous l'avez vu, ce rapport annuel, pour
l'année civile 1997, comporte un élément spécial. Cet élément
spécial est un examen des transformations qui sont survenues au
sein du gouvernement fédéral et dans le transfert par le
gouvernement fédéral de certaines compétences aux provinces, au
secteur privé, à des organismes paragouvernementaux qui sont créés,
comme nous en avons parlé au cours de la discussion d'aujourd'hui.
Là encore, le réflexe de Pavlove ne s'est pas manifesté.
• 1640
J'ai été particulièrement préoccupé par le fait que tant
qu'une compétence appartient à une institution fédérale il existe
un mécanisme de recours, qui est principalement le commissaire aux
langues officielles, étant donné que nous parlons de questions
linguistiques.
Le transfert de compétences s'est fait sans qu'on inclut le
mécanisme de recours dans l'accord conclu avec les provinces, ou
dans certains cas avec le secteur privé. En toute justice, dans le
cas de plusieurs privatisations, l'application de la Loi sur les
langues officielles a été maintenue, mais en ce qui concerne les
cessions en général, il n'y a eu rien de plus qu'un énoncé général
selon lequel les services seront assurés dans les deux langues là
où le nombre le justifie.
On m'a assuré que cela se fera en fonction des mêmes critères
qui s'appliquent à la Loi sur les langues officielles. Jusqu'ici,
il n'y a pas de problème. Mais le citoyen qui n'obtient pas un
service satisfaisant n'a plus le recours qu'il avait auparavant, il
n'a plus accès au mécanisme de recours. J'ai donc préparé un
ensemble de principes, que j'ai répété dans ce rapport annuel, pour
la conclusion d'accords de transfert et la protection des droits
des citoyens ainsi que des intérêts des communautés minoritaires.
[Français]
Madame la présidente, je ne pourrai terminer cette
déclaration liminaire sans remercier le Parlement du
Canada qui, il y a sept ans, m'a choisi comme quatrième
commissaire aux langues officielles et qui, tout le
long de ce septennat, m'a écouté avec attention et avec
courtoisie et, dans bien des cas—et je m'en réjouis—a
répondu positivement aux recommandations que j'ai
faites.
L'une des plus importantes est celle qui conclut le
rapport sur les transformations du gouvernement
fédéral, soit la constitution d'un groupe de travail. J'ai
été—le mot n'est pas trop fort—ravi de la réponse
rapide du gouvernement et de la volonté politique
manifestée. Il a fallu, si ma mémoire est fidèle, 48
heures pour qu'un groupe de travail soit constitué, et
ce groupe m'a fait l'honneur de m'inviter à le
rencontrer. J'ai donc pu exposer le raisonnement qui
m'a amené à entreprendre l'étude et le raisonnement
derrière les constatations et les conclusions. J'ai
prié ce groupe de travail de bien vouloir ne pas se
limiter aux transformations, mais bien de se pencher en
même temps, en relation avec les transformations, sur
la mise en oeuvre de la partie VII de la loi et sur les
services au public, qui ont fait l'objet d'autres études
et rapports de ma part.
[Traduction]
Merci, madame la présidente.
[Français]
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Merci beaucoup, monsieur Goldbloom, de
cette présentation. Avant de céder la
parole à mes collègues, j'aimerais vous dire que
je suis heureuse de constater
que la partie VII est pour vous une priorité. Cette
partie VII de la loi représente certainement, si je puis ainsi
dire, la survie de nos communautés.
Je sais que vous partirez en tournée dans la région de
l'Atlantique. Vous allez certainement rencontrer les
groupes communautaires qui poussent des cris d'alarme
et qui s'inquiètent de ne pas pouvoir continuer leur aide
à la
communauté. Je pense entre autres à la Société des
Acadiens et des Acadiennes du
Nouveau-Brunswick dont les fonds sont
constamment réduits. On se demande comment on va être
capable de survivre. Quand on parle de la vie
communautaire, ce sont ces organismes-là qui
l'assurent.
Alors, encore une fois, merci. Je cède la parole à
M. Breitkreuz ou M. Jaffer.
[Traduction]
M. Rahim Jaffer (Edmonton—Strathcona, Réf.): C'était
intéressant. Je vous remercie d'avoir pris le temps, après avoir
terminé votre rapport, de nous l'apporter au comité.
• 1645
La question que je veux vous poser a déjà été soulevée au
comité. Nous avons parlé de l'efficacité de la Loi sur les langues
officielles dans la promotion du bilinguisme au pays. Elle a été
efficace au Québec, c'est évident, mais on a exprimé des doutes
quant à son efficacité en dehors du Québec. Vous avez mentionné
spécifiquement aujourd'hui le problème de la réduction du
financement des divers groupes francophones, et il pourrait
évidemment y avoir un rapport avec l'efficacité de la loi.
Souvent, la solution à bien des problèmes est d'y injecter de
l'argent, et ils finiront par être résolus. Si l'on prend comme
exemple ma propre collectivité, qui n'est ni d'expression française
ni d'expression anglaise, la promotion de notre langue chez nous
est devenue une responsabilité de la collectivité; nous ne nous
fions à personne d'autre qu'à nous-mêmes à cet égard. Je suis
curieux de savoir quelle importance vous accordez vraiment à
l'augmentation du financement et dans quelle mesure cela pourra
améliorer le produit final. Ne faudrait-il pas aussi dans une
certaine mesure faire quelque chose dans la collectivité même pour
promouvoir sa langue et sa culture? Cela ne se fait peut-être pas
aussi efficacement que possible à l'heure actuelle.
M. Victor Goldbloom: Il est certain que si une collectivité ne
manifeste aucune vigueur et aucune vitalité, on n'accomplira pas
grand-chose en lui accordant une aide financière. Il y a une
différence importante entre injecter de l'argent pour résoudre un
problème, comme vous dites—c'est-à-dire augmenter le financement
accordé à un secteur particulier—et ne pas réduire les sommes
d'argent sur lesquelles un groupe compte depuis un certain nombre
d'années. C'est ce que je regrette.
Je ne pense pas que l'argent constitue la seule solution. De
fait, les communautés d'expression anglaise au Québec et les
communautés d'expression française dans d'autres provinces ont jugé
nécessaire de chercher à devenir plus efficaces, de réduire leur
personnel et de réduire leurs dépenses, parce que l'argent n'est
tout simplement plus là. Cela impose un fardeau vraiment très
considérable aux bénévoles de ces communautés.
Je pense que nous avons tous à diverses époques de notre vie,
et c'est présentement le cas de plusieurs d'entre nous, participé
à des activités volontaires dans nos collectivités. C'est
certainement une mesure importante de la vitalité d'un groupe. Mais
les efforts des bénévoles ont des limites. Lorsqu'on essaie de
diriger une structure organisée, on a besoin de soutien à temps
plein afin de pouvoir accomplir certaines choses. Il est souvent
difficile de remplacer cette ressource par des bénévoles.
Vous avez dit, monsieur Jaffer, que l'un des objectifs est
d'accroître le bilinguisme au Canada. Sauf le respect que je vous
dois, ce n'est pas ainsi que je perçois l'objet de la loi. Je me
concentre sur les services à la population. Je me concentre aussi
sur l'aide aux communautés, parce que c'est ce que le Parlement a
fait dans la partie VII de la loi adoptée en 1988.
La question de l'apprentissage d'une deuxième ou d'une
troisième langue par les Canadiens relève principalement de la
compétence des provinces. Environ la moitié des provinces—cinq, je
crois—ont adopté une loi stipulant qu'on doit enseigner une
certaine langue, plus précisément le français, dans les écoles. Les
cinq autres provinces ne l'ont pas fait, et ce sont les conseils
scolaires locaux qui décident de ce qui sera enseigné, pendant
combien de minutes ou d'heures, etc.
Pour des raisons historiques personnelles, j'aime beaucoup la
nature multiculturelle, multilingue et à religions multiples du
Canada, et je suis au comble de la joie lorsque je vois les gens
aimer leur héritage, y compris leur héritage linguistique, et
prendre eux-mêmes des mesures pour le préserver. Mais il y a une
question particulière, c'est-à-dire comment les institutions
fédérales communiquent-elles avec tous les Canadiens et comment les
servent-elles? Chacune des 150 langues qui constituent la mosaïque
canadienne contribue à la diversité du Canada et à la richesse de
notre société. Mais lorsque nous nous demandons comment rejoindre
tous les Canadiens, voici où nous en arrivons. Nous pouvons
rejoindre 84 p. 100 des Canadiens avec l'anglais, et nous pouvons
en rejoindre 98,6 p. 100 avec l'anglais et le français. Aucune
autre langue ne nous permet d'en rejoindre autant, et de loin.
• 1650
Nous en arrivons donc à nous occuper de nos propres citoyens
dans ces deux langues, parce qu'elles nous permettent d'en
rejoindre 98,6 p. 100. Et cela exige, si vous me permettez
d'ajouter encore un mot, un engagement du gouvernement à appuyer ce
processus.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool): Auriez-
vous quelque chose à ajouter?
M. Cliff Breitkreuz (Yellowhead, Réf.): Oui, me reste-t-il
plusieurs minutes?
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool): Il vous
reste deux minutes, parce qu'à vous deux vous aviez droit à cinq
minutes. Vous avez déjà utilisé les cinq minutes, mais je vous en
accorde quand même deux de plus.
M. Breitkreuz: Monsieur Goldbloom, vous avez mentionné que ce
n'était pas votre rôle de promouvoir le bilinguisme dans notre
pays. Le premier ministre qui a parrainé la Loi sur les langues
officielles avait certainement pour objectif de promouvoir le
bilinguisme dans le pays, et beaucoup de gens pensent que ce
n'était pas tout ce qu'il voulait accomplir.
Vous devez vous sentir vraiment misérable à la fin de votre
mandat de sept ans, qui est pour bientôt, je pense, parce qu'au
tout début de la partie II de votre rapport vous dites
essentiellement que l'année a été quelque peu consternante. Je
trouve intéressant que vous le disiez juste au moment de votre
départ... vous dites que l'année n'en aura pas été une d'abondance,
ni pour les communautés de langue officielle vivant en situation
minoritaire, ni pour le programme des langues officielles dans son
ensemble.
Vous parlez des enquêtes, de la recherche et d'autres choses
de cette nature, ainsi que des plaintes en particulier.
Pourriez-vous me dire si certaines des plaintes sont venues de
votre propre personnel?
M. Victor Goldbloom: Je dois me creuser les méninges, monsieur
Breitkreuz, pour me rappeler si nous en avons reçu de notre propre
personnel. C'est très rare. Si vous voulez plutôt savoir si nous
prenons l'initiative de soulever des questions, la loi prévoit en
effet que le commissaire peut de sa propre initiative déclencher un
processus de plainte. Je le fais une fois de temps à autre, soit
parce que j'ai moi-même vécu une expérience insatisfaisante quelque
part au Canada, soit parce que je m'aperçois qu'une chose mérite
d'être examinée.
Permettez-moi d'établir une distinction. Je ne dis pas que le
fait d'encourager les gens à parler plus d'une langue ne
m'intéresse pas; de fait, l'idée m'enthousiasme beaucoup. Je suis
fier, en toute modestie, de pouvoir parler deux langues, et je
regrette fortement de n'en parler que deux. Je souhaiterais que
tous les Canadiens, en particulier les enfants, puissent parler
trois ou quatre langues.
En fait, j'ai dit que ce n'est pas un objectif essentiel de la
Loi sur les langues officielles d'amener les gens à devenir
bilingues, et je le souligne pour une raison particulière. Lors
d'un sondage d'opinion publique effectué il y a quelque temps, on
a demandé aux gens ce qu'ils croyaient être l'objectif fondamental
de la Loi sur les langues officielles, et beaucoup ont répondu que
l'objectif était d'obliger tout le monde à devenir bilingue. Ce
n'est tout simplement pas le cas. On a ensuite demandé aux mêmes
gens s'ils estimaient que la politique de bilinguisme officiel
était un succès ou un échec, et ils ont répondu qu'elle était un
échec, mais en disant cela ils le faisaient parce qu'ils se
méprenaient sur l'objectif de la loi.
Seulement 17 p. 100 des personnes qui ont répondu ont
identifié, parmi quatre choix, la bonne réponse à la question, qui
était d'assurer des services là où le nombre le justifiait. Je
tiens à établir cette distinction entre l'objectif louable
d'améliorer nos compétences linguistiques dans le pays, et l'objet
de la loi, qui est d'assurer de bons services à la population.
• 1655
[Français]
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Chers collègues, vous savez que selon
nos règles habituelles, au deuxième tour, nous
accordons la parole aux partis de l'opposition, puis au
gouvernement. Nous tenons aujourd'hui notre dernière
rencontre avec M. Goldbloom et je sais que vous voulez
probablement faire connaître vos commentaires ou
manifester votre appréciation pour les commentaires
qu'il a faits. Selon ma liste, j'accorderai la parole
à Louis Plamondon, au sénateur Beaudoin, à Mauril
Bélanger, à Mark Muise et à Claudette Bradshaw. Je
déroge aux règles et je m'en accuse.
M. Louis Plamondon (Richelieu, BQ):
Nous serons dociles, madame la
présidente.
Monsieur le commissaire, vous venez de parler des
constatations que vous avez faites dans votre dernier
rapport concernant la diminution des francophones hors
Québec. À la page 16 figure une phrase qui est assez
surprenante. Vous dites:
La légère diminution des membres des communautés
francophones dans les autres provinces et dans les
Territoires du Nord-Ouest pourrait n'être que
temporaire.
À la suite de cela, j'avais demandé à un spécialiste
en mathématique et en démographie, M. Castonguay, de
comparaître devant le comité. Il semblait surpris de
votre déclaration à cause des faits suivants. Pour ce
qui est du taux de renouvellement des francophones hors
Québec, on constate qu'il y a 87 000 francophones hors
Québec âgés de 0 à 9 ans, mais que dans le groupe des
25 à 34 ans, il y en a 150 000. Il y en a donc 58 p.
100 qui suivent la génération actuelle. C'est donc un
déficit intergénérationnel de 42 p. 100. Ce sont les
statistiques de 1996. Il ajoutait qu'ainsi calculé, le
taux de reproduction linguistique des francophones au
moment du recensement de 1996 était de 49 p. 100 à
Terre-Neuve. Il faisait toujours ce lien entre ceux de
0 à 9 ans et ceux de 25 à 34 ans. Si la génération
actuelle ne se reproduit pas autant, il y aura donc une
décroissance à l'avenir. C'est 43 p. 100 à
l'Île-du-Prince-Édouard, 45 p. 100 en Nouvelle-Écosse
et 72 p. 100 au Nouveau-Brunswick. Même les
francophones du Nouveau-Brunswick ne se reproduisent
qu'à 72 p. 100. Pour la première fois lors d'un
recensement, on constate que les francophones stagnent,
que leur nombre n'augmente plus. C'est 60 p. 100 en
Ontario, 56 p. 100 au Manitoba, 42 p. 100 en
Saskatchewan, 36 p. 100 en Alberta et 28 p. 100 en
Colombie-Britannique. Il y a donc un déficit de 72 p.
100 en Colombie-Britannique.
Il disait:
Par conséquent, on ne saurait s'étonner que même au
Nouveau-Brunswick, certainement pour la première fois
de notre histoire, la population francophone stagne.
[...] en Colombie-Britannique, mais
un écart intergénérationnel de
72 p. 100 signifie que la minorité de langue française
n'a aucune assise démographique viable dans cette
province.
C'est donc une constatation basée sur des chiffres qui
est très dramatique. Si on prend à part la minorité
anglophone, on arrive à un taux de reproduction qui
dépasse 92 ou 95 p. 100 au Québec, si bien que la
minorité anglophone se sent très solide, surtout grâce
à l'assimilation des immigrants et aussi des
francophones. Le taux de renouvellement dont je viens
de vous parler devrait, monsieur le commissaire, vous
amener à faire une déclaration moins conditionnelle que
celle qui est la vôtre.
Je voudrais vous laisser réagir à cela. Avec votre
permission, madame la présidente, après avoir entendu
la réaction du commissaire, j'aurai une question très
très courte à laquelle il sera possible de répondre par
un «oui» ou un «non».
M. Victor Goldbloom: Chaque recensement est
composé de chiffres et ces chiffres se prêtent à des
interprétations. Il y en a qui sont plus pessimistes;
il y en a qui sont plus optimistes.
• 1700
Je ne suis pas un statisticien et je n'ai
donc pas d'expertise personnelle dans le domaine.
Cependant, ce qui me donne un brin d'optimisme, c'est justement ce
dont j'ai parlé: le fait qu'il y ait la gestion
scolaire et des centres communautaires et scolaires.
Je sais pertinemment qu'un peu partout, il y a des ayant
droit qui, jusqu'à maintenant, n'ont pas profité de
l'enseignement en français.
Je fonde un certain espoir sur la volonté des parents
qui ont ce droit de constater qu'il y a maintenant un
système scolaire francophone—pas seulement une école,
mais un système scolaire—qui communique
avec eux et qui leur demande quels sont leurs désirs et
leurs priorités, ce qui fera en sorte que
les inscriptions à l'école vont augmenter.
Je ne peux m'empêcher de dire que si rien de cela ne
se produit, l'avenir sera moins rose et m'inquiétera
beaucoup. Mais j'ai voulu à tout le moins—vous
m'excuserez de parler personnellement—passer mon
mandat à faire des choses, à travailler pour obtenir la
gestion scolaire, à participer à l'ouverture de centres
scolaires et communautaires, à encourager les
universités et à encourager les collèges. Nous avons
maintenant deux collèges francophones en Ontario qui
ont été créés tout récemment, le collège Boréal et le
collège des Grands Lacs.
Ces ressources n'existaient pas auparavant. La Cité
collégiale a pris une expansion spectaculaire.
Donc, il y a une présence plus grande des francophones dans le
système scolaire à tous les niveaux. Il y a un espoir
que les gens veuillent profiter de ce qui est
disponible. Comme je l'ai dit dans mon avant-dernier rapport
annuel, j'ai voulu encourager tout le monde à cesser de
gémir—c'est le mot que nous avons utilisé; en anglais,
on dit «wring your hands»—et à faire des choses. Je
constate qu'il y a des choses qui ont été faites.
J'espère donc que le prochain recensement montrera une
situation plus encourageante par rapport aux tendances
des récentes décennies que nous sommes obligés de
déplorer.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Passons à la question brève à laquelle
le commissaire pourra répondre
par un «oui» ou un «non».
M. Louis Plamondon: Cette question brève
comporte un a) et un b).
Monsieur le commissaire, j'ai
écouté votre explication, mais vous ne m'avez pas
nécessairement convaincu. Je pense toutefois que votre point de
vue est défendable. Celui de M. Castonguay est beaucoup
plus mathématique alors que le vôtre est beaucoup plus
philosophique.
Ma question est la suivante. Vous
terminez votre mandat de sept ans, que vous avez rempli
avec beaucoup d'honnêteté, de travail et également de
bonne volonté. Je n'en doute pas, vous ayant bien
connu avant votre nomination au poste de commissaire aux langues
officielles. Vous avez été ministre au Québec et vous
avez été
écouté et respecté tout au cours de votre
mandat. Vous l'avez été ici également.
J'aimerais vous entendre répondre oui ou non à
une question bien simple, qui pourrait peut-être
aider à faire voir une réalité concrète. Certains
témoins qui ont comparu ici ont dit que la première chose
qui devrait être faite pour aider les minorités
serait de dire la vérité sur la situation des deux
minorités.
Ma question est la suivante: êtes-vous d'accord, et je
vous demande de répondre par oui ou par non, a) que la
minorité francophone est plus menacée et plus en danger
que la minorité anglophone?
M. Victor Goldbloom: Je suis obligé de dire oui.
M. Louis Plamondon: Merci.
Maintenant, b) si
la minorité francophone du reste du Canada, hors
des limites du Québec—si on n'aime pas l'expression
hors Québec—avait les mêmes droits que la
minorité anglophone du Québec, est-ce que ce serait un
pas en avant très intéressant pour cette minorité
francophone?
• 1705
M. Victor Goldbloom: Là je ne suis pas capable de
répondre par un simple oui ou un simple non.
M. Louis Plamondon: Vous devenez diplomate.
M. Victor Goldbloom: C'est que l'histoire a créé
des situations différentes. À cause de l'histoire, la
communauté d'expression anglaise du Québec jouit de
ressources qui ne sont pas disponibles au même degré
dans la plupart des autres provinces.
De toute évidence, si la situation était rendue égale,
ce serait un grand avantage.
Le problème pour moi n'est pas ce qui est écrit sur
papier, parce que les principes sont là. La partie VII
dit que nous devons appuyer les communautés minoritaires.
Le problème se trouve dans l'application pratique des
mesures et dans l'absence de ce réflexe pavlovien
auquel j'ai fait allusion.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
Merci. Sénateur Beaudoin.
Le sénateur Gérald Beaudoin (Rigaud, PC):
Vous avez beaucoup parlé de la partie VII de la
loi. La plupart des questions que j'ai posées aux
séances de ce comité-ci ont
porté sur cette partie de la Loi sur les langues
officielles. Je pense qu'elle est fondamentale et je
suis impressionné par la façon dont vous avez répondu.
Comme votre mandat tire à sa fin, on me
permettra peut-être de déroger aux règles et de vous dire
toute l'admiration que j'ai pour la façon dont vous
avez mené ce mandat à fond. J'ai toujours pensé que
les commissaires ou les hauts fonctionnaires qui
rendent compte directement au Parlement du Canada ont un
rôle à la fois crucial et très difficile à jouer.
Je dois vous dire que la façon
dont vous avez mené votre mission à bien est vraiment
impressionnante. Pour le Canada, c'est
très important et c'est aussi très important pour la
culture en général.
Nous avons le français et
l'anglais comme langues officielles dans ce pays, et
ce n'est pas toujours facile. Nous avons adopté des
lois et créé des institutions, mais nous avons
beaucoup à faire encore, car il n'y a rien de parfait.
Mais enfin, la façon dont les quatre commissaires aux langues
officielles ont envisagé leur mandat est très
intéressante. Je profite de l'occasion qui m'est
offerte pour vous féliciter tout simplement.
M. Victor Goldbloom: Merci.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
Merci beaucoup. Monsieur Bélanger.
M. Mauril Bélanger (Ottawa—Vanier, Lib.):
Madame la présidente, mon
intervention ne sera pas très longue. Je commencerai
par une phrase que j'utilise de temps à autre, soit
que toute société a
besoin de pessimistes et d'optimistes. L'un invente
l'avion et l'autre, le parachute.
Vous, monsieur le commissaire, êtes de toute
évidence l'optimiste et je partage en partie votre
optimisme. Par exemple, quand on parle des chiffres de
1996, dans plusieurs provinces, la gestion scolaire et la
création d'écoles élémentaires n'existaient pas à ce
moment-là. Ça foisonne maintenant. Il y a une volonté qui
s'exprime. Ce n'est pas toujours facile; il y a une
foule de difficultés à surmonter, mais on le sent. Si
on se donne la peine d'aller voyager dans les petits
patelins de l'Ouest canadien, par exemple, on peut
voir cette volonté. Elle existait, mais on lui a maintenant
donné certains outils qu'elle n'avait pas
auparavant. Ce n'est pas dans le domaine du
scientifique ou du statistique et ainsi de suite, comme notre
ami M. Plamondon l'espérait, mais cette
communauté, si on peut lui reconnaître cette volonté,
devrait maintenant remonter une pente qu'elle a
peut-être descendue au fil des dernières décennies.
J'espère qu'elle continuera dans cette veine
et qu'on suivra des exemples tels que le vôtre, vous qui
vous êtes acharné
à aller chercher des choses
très tangibles et essentielles à ces
communautés-là.
Pour ce qui est du pessimiste, c'est un rôle qu'on va
laisser à M. Plamondon. Merci.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
Merci. Vous vouliez ajouter un commentaire?
M. Victor Goldbloom: Un bref mot, madame la
présidente. M. Bélanger a raison de me qualifier
d'optimiste.
Mais il faut aussi être réaliste. Si
je n'avais pas tenu compte des possibilités pessimistes
dans l'avenir des gens, je pense que je n'aurais pas été
aussi utile, si vous croyez que je l'ai été.
• 1710
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Merci.
Monsieur Muise.
M. Mark Muise (West Nova, PC):
Monsieur Goldbloom, j'aimerais que vous m'aidiez à
comprendre une situation que je suis en train de vivre
dans mon coin de Baie Ste-Marie en Nouvelle-Écosse
relativement au programme d'études homogène. La grande majorité
des habitants de la région de
Baie Ste-Marie sont francophones, comparativement à la
région de Dartmouth où il y a une majorité anglophone et
une minorité francophone et où l'on retrouve l'école du
Carrefour, une école qui offre un programme d'études homogène
en français.
Dans notre coin, où la majorité est francophone, un
groupe revendique une école offrant un programme
d'études homogène et c'est cela que je
ne comprends pas. La situation n'est pourtant pas la même
qu'à Dartmouth. Ce groupe veut une telle école dans un lieu où
on n'est pas minoritaires, mais plutôt majoritaires.
On revient toujours au même thème: là où les chiffres le
justifient.
J'aimerais que vous m'expliquiez pourquoi on
revendique la même chose dans
notre coin, bien que cette région soit un peu
différente de celle de
Dartmouth. J'ai
bien de la difficulté à comprendre.
Comprenez-moi bien: la
langue française, c'est ma langue maternelle, la
langue dans laquelle je m'exprime 80 p. 100 du
temps. C'est vraiment important. Mais, de l'autre
côté, je vois bien les difficultés qui sont en train de
surgir à la suite de l'action de ces deux groupes.
J'aimerais savoir comment on pourra en venir à combler
les besoins de tous les groupes. Dans notre
communauté, je m'aperçois que c'est en train
de créer de graves problèmes.
M. Victor Goldbloom: Il y a en Nouvelle-Écosse une
situation unique, à ma connaissance. Il y avait, comme
vous le savez encore mieux que moi, monsieur le député, des
écoles qu'on appelait acadiennes. Ces écoles étaient
grandement appréciées de la communauté d'expression
française. Lors de la création du Conseil scolaire
acadien provincial, certaines gens craignaient
une diminution des avantages dont jouissaient
leurs enfants. L'école acadienne est plutôt
bilingue et les enfants sont en mesure—parce qu'il y a
de ces écoles qui existent toujours—de jouir d'un
enseignement dans les deux langues.
Cela a soulevé, comme vous le savez, beaucoup de
passion et créé des situations fort difficiles pour
les autorités provinciales et pour la communauté
elle-même. Et le problème perdure. Il y a une période
de transition qui est prévue jusqu'à l'an 2001, si ma
mémoire est fidèle, et il y a des gens qui aimeraient
que cette période de transition soit prolongée.
Il m'est assez difficile de me prononcer
là-dessus. Je comprends les gens.
Je ne suis pas éducateur, mais j'ai l'impression
que la crainte que l'école homogène francophone
prive les enfants d'une bonne formation en anglais
n'est pas vraiment justifiée. Si tel était le cas,
je le regretterais beaucoup parce qu'il me semble
essentiel que les enfants puissent être compétents dans
les deux langues.
Il m'est difficile d'aller plus loin.
• 1715
Je sais
qu'il y a des différences qui provoquent des
discussions intéressantes entre les trois régions de la
province. Je suis bien au courant du problème du
Carrefour du Grand-Havre, qui n'a que la moitié de ses
élèves dans des locaux permanents. Alors, il y a
beaucoup de problèmes que doit résoudre le conseil
scolaire avec l'aide, espérons-le, du gouvernement
provincial.
M. Mark Muise: Monsieur Goldbloom, je comprends
pourquoi vous ne pouvez pas vous exprimer sur ce
point-là, mais je me demande si vous pourriez préciser
des chiffres qui pourraient justifier une telle chose.
Serait-ce 50 sur 300 ou 10 sur 300?
C'est ce que je me demande parce que je
voudrais comprendre. Le but de ma communauté est
de vivre en paix et en harmonie avec toute la
population. Lorsque j'ai grandi et lorsque j'étais étudiant,
c'est une situation que j'ai vécue.
Il y a actuellement dans notre communauté une
école secondaire acadienne qui peut offrir
tous les cours en français si on le veut et combler le
besoin, mais ce n'est pas suffisant. Je ne suis
pas en train d'exprimer une opinion, mais
j'aimerais savoir ce que sont «les chiffres qui le
justifient». Je comprends qu'il vous est très difficile
de me répondre, mais donnez-moi une indication, s'il vous plaît.
M. Victor Goldbloom: Chaque ministère de
l'Éducation établit des critères et dit: Nous n'allons
établir une école de telle nature que s'il y a un
nombre minimal ou un nombre x d'élèves pour
fréquenter cette école. C'est normal et ce chiffre
peut varier et même être appliqué avec souplesse.
Nous connaissons des petites localités,
un peu partout au pays,
où les parents tiennent mordicus à conserver leur
école locale même si le nombre d'élèves n'est pas très
élevé. C'est humain et compréhensible.
C'est aussi une question de volonté des parents,
qui ont une certaine liberté de choix quand vient le
temps d'inscrire leur
enfant à telle ou telle école. Donc, ce n'est pas
nécessairement une question de chiffres. On ne doit
pas appliquer de façon rigoureuse les critères
mathématiques. Il y a une volonté communautaire ainsi
que des principes qui ont été établis, notamment par
la Cour suprême du Canada dans ses interprétations
répétées de l'article 23 de la Charte.
[Traduction]
M. Mark Muise: En terminant, madame la présidente, je tiens à
affirmer, pour les fins du compte rendu, que je suis d'accord avec
M. Goldbloom quand il dit qu'il est merveilleux de pouvoir parler
deux langues, et je souhaiterais pouvoir en parler deux ou trois de
plus. Je pense que ce serait excellent, mais je posais ma question
pour comprendre, et non pas pour formuler quelque critique que ce
soit.
Merci, monsieur Goldbloom.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool): Merci
beaucoup.
[Français]
Madame Bradshaw.
Mme Claudette Bradshaw (Moncton, Lib.): Monsieur
Goldbloom, j'aimerais moi aussi vous féliciter au
terme de vos sept ans à titre de commissaire.
Je puis vous dire, en tant qu'Acadienne de
Moncton,...
[Note de la rédaction: Inaudible]... et
que j'ai été parmi les premières à
entrer à l'école secondaire francophone de Moncton.
C'était en 1963. On s'est battus et on a réussi à
obtenir des livres en français en 1967.
La langue officielle est
importante pour moi et surtout pour nous, Acadiens et
Acadiennes, et Canadiens et Canadiennes.
Je suis la secrétaire parlementaire pour la Francophonie et
j'ai eu l'occasion d'aller en fin de semaine dernière à
Terre-Neuve, où on est en train d'établir un système
scolaire. Ils sont 3 000 francophones et ce qu'ils
font est incroyable. Ce fut pour moi une occasion très
spéciale.
[Traduction]
J'ai de la difficulté à comprendre pourquoi, dans notre pays,
il y aurait des gens qui remettent en question les deux langues
officielles. À mon avis, il y a deux volets, et j'aimerais entendre
votre opinion à ce sujet.
• 1720
Premièrement, il y a les classes d'immersion française, qui
sont tellement importantes.
[Français]
Je pense au Sommet de la Francophonie qui aura lieu
à Moncton en 1999, auquel participeront 52 pays. La seule
demande que j'ai faite au comité organisateur, c'est
que des élèves de classes d'immersion interprètent au
moins un chant lors de
l'ouverture, afin que les 52 pays
puissent voir qu'au Nouveau-Brunswick, on fait
un effort pour que nos anglophones
puissent parler le français.
Ma question, monsieur le commissaire,
est celle-ci. Quand on regarde l'économie, on dit:
[Traduction]
«C'est une économie mondiale.» Si la majorité de nos enfants
voulaient apprendre le français et l'anglais, avec combien de pays
du monde pourraient-ils communiquer? Je ne pense pas que nous
examinions cet aspect de la chose.
Deuxièmement, si nous investissions plus d'argent dans les
classes d'immersion française et si nous encouragions nos enfants
à parler le français et l'anglais, comme vous êtes optimiste—et je
suis optimiste aussi—pensez-vous que parce que nos enfants
auraient réussi à apprendre les deux langues ils voudraient en
apprendre deux, trois, quatre ou cinq autres? L'avenir, pour nos
enfants, sera une économie mondiale.
Merci beaucoup.
M. Victor Goldbloom: Il est sûr que les recherches et
l'expérience nous montrent que l'apprentissage d'une langue
développe l'esprit. Comme il y a beaucoup de langues qui ont des
origines semblables, l'apprentissage d'une langue seconde facilite
l'apprentissage d'une troisième langue.
Quelqu'un, très sagement, a dit il n'y a pas très longtemps
que si tous les habitants du monde parlaient anglais ce serait
merveilleux, puisque nous pourrions tous communiquer les uns avec
les autres, mais sur le plan culturel et intellectuel et sur le
plan du patrimoine, ce serait une catastrophe pour l'avenir de la
société mondiale. Nous perdrions énormément de ce fait. Il faut en
arriver à un juste milieu, à un équilibre entre l'utilité d'avoir
un outil de communication commun et l'importance de la diversité
dans notre capacité de communiquer avec d'autres.
L'immersion française existe maintenant depuis une trentaine
d'années. Ce qui me frappe, c'est cette multiplication des
inscriptions qu'on a connue notamment dans les années 80. À
l'époque, je me demandais—car je suis devenu commissaire en
1991—si les inscriptions commenceraient à chuter. L'immersion
s'avérerait-elle avoir été une mode, quelque chose qui aurait
suscité l'intérêt pendant un certain temps, sans plus? Ce qu'il y
a de fascinant, c'est qu'elle n'a rien perdu de son ampleur. Les
inscriptions ont peut-être baissé dans telle ou telle école, mais
elles ont augmenté dans telle autre. En fait, la demande de
programmes d'immersion française dépasse l'offre au Canada, dans
les endroits où nous n'avons simplement pas mis en place les
ressources et les écoles pour répondre aux besoins de ces gens.
Ce phénomène m'amène à faire une constatation d'importance
fondamentale. Les parents sont très préoccupés par la qualité de
l'éducation que reçoivent leurs enfants et par les résultats de
cette éducation. Si les résultats de l'immersion française étaient
aussi défavorables que le prétendent certains Canadiens, les
parents de 1996 auraient dit aux parents de 1997: «Attention,
n'allez pas de ce côté-là, ça ne vaut rien!» De toute évidence, les
parents de 1996 disent à ceux de 1997, qui disent à ceux de 1998,
que l'immersion française est une bonne expérience, qu'ils ont
trouvé qu'elle avait été profitable pour leurs enfants et que
d'autres parents devraient faire comme eux. Cette réaction me
paraît un signe très positif.
Pour des raisons évidentes, je m'intéresse à ce qui se passe
au Québec. On entend beaucoup parler des lois provinciales adoptées
au Québec et des restrictions imposées à l'usage de l'anglais.
Certains écrivent des lettres à la rédaction de journaux pour
demander pourquoi les gens de l'Ontario ou de la Colombie-
Britannique devraient s'intéresser au français quand le Québec est
une province unilingue.
• 1725
Le fait est que la très grande majorité des parents au Québec
reconnaissent l'importance d'avoir deux langues et veulent que
leurs enfants apprennent l'anglais aussi bien que le français.
[Français]
Il y a plusieurs mois, je me suis rendu à une école à
Saint-Eustache, au nord-est de Montréal, l'école
Jacques-Labrie,
si ma mémoire est fidèle. Cette école a été
autorisée par sa commission scolaire à offrir la
moitié de la sixième année entièrement en anglais. Les
autorités de l'école ont dit aux parents: «Si vous
acceptez ce que nous proposons, vos enfants seront
appelés à prendre les bouchées doubles pendant l'autre
moitié de l'année afin de bien réussir
dans les autres matières.» L'enthousiasme a été
formidable. On m'a fait faire le tour de l'école et j'ai
visité huit à dix classes. À la porte de chaque
classe, il y avait deux enfants francophones qui m'ont salué en
anglais et qui ont poursuivi une conversation avec moi
en anglais. Ces parents de l'école Jacques-Labrie
ont formé une association provinciale de gens qui
veulent que leurs enfants apprennent l'anglais langue
seconde.
Tout cela nous oblige à regarder très objectivement ce
que nous faisons pour appuyer l'une ou l'autre des
langues, notamment en situation minoritaire. Mais
il serait, à mon sens, anti-intellectuel de dire que nous
pouvons être unilingues et que nous n'avons pas besoin
d'autres ressources linguistiques.
Je suis attristé—je le dis avec candeur et
regret—par des gens que je rencontre
de temps en temps et qui manifestent leur fierté d'être
unilingues. Maintenant, je dois dire avec la même
candeur que dans une certaine mesure, je les
comprends. Ils n'ont pas eu l'avantage de bien
acquérir une langue seconde dans leur jeunesse et
n'ont pas l'occasion d'utiliser une langue seconde
parce qu'ils vivent dans un milieu homogène. Lorsque
j'arrive et que je leur dis que c'est un avantage, un
enrichissement que d'être bilingue et que ça augmente leurs
chances
sur le marché du travail, il y a des gens qui me
disent: «Vous me dites que c'est un avantage d'être
bilingue. Je suis unilingue. Vous êtes donc en train de
me dire que je suis désavantagé sur le marché du
travail parce que je suis unilingue.» Je ne veux pas
dire cela aux gens. Je suis heureux de constater
l'augmentation du bilinguisme, notamment chez les
jeunes, les adolescents et les jeunes adultes
d'aujourd'hui qui constituent la génération la plus bilingue
de l'histoire du Canada. C'est une bonne chose.
Mais je voudrais que chaque Canadien et chaque
Canadienne se sente bien dans sa peau. Et si cette
peau est une peau unilingue, je voudrais quand même que
cette personne s'y sente bien.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
Très bien. Monsieur Paradis.
M. Denis Paradis (Brome—Missisquoi, Lib.):
Je veux tout simplement me joindre à mes collègues pour
féliciter et remercier M.
Goldbloom pour ses sept ans de
travail. Vous avez mentionné que
votre façon de faire consistait à faire avancer les
dossiers et à faire avancer les choses. C'est par votre
travail ardu et votre dévouement que vous l'avez fait
pendant ces sept années.
J'ai été à même de constater votre présence sur le
terrain dans
mon propre comté, Brome—Missisquoi.
Vous avez été présent auprès des groupes.
Je pourrais vous dire que mon comté de
Brome-Missisquoi compte 20
p. 100 d'anglophones et 80 p. 100 de francophones et
qu'il est un peu à l'image du Québec. Les deux groupes
linguistiques s'y entendent merveilleusement bien;
l'harmonie, la compréhension et la générosité y règnent.
• 1730
Vous parliez plus tôt des écoles. Nous avons ce genre de
système à Sutton et à Massey-Vanier,
une école secondaire immense qui comprend
deux campus. Les deux communautés, qui comptent plus de
de 1 000 étudiants chacune, fréquentent la même école
secondaire et cela
fonctionne magnifiquement.
Tout cela pour vous dire que je pense que votre
expérience passée au gouvernement du Québec, peut-être
à titre de ministre de l'Environnement, va nous laisser
ici, au gouvernement canadien, un environnement
positif. Je ne dirai pas que c'est optimiste
ou réaliste, mais enfin, vous nous léguez
un environnement positif.
Au nom du caucus
libéral du Québec, que j'ai l'honneur de présider,
je voudrais tout simplement vous remercier pour ces
sept années.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool): Merci.
Angela.
Mme Angela Vautour (Beauséjour—Petitcodiac, NPD):
Moi aussi, je voudrais vous
féliciter. C'est la première fois que j'ai la chance de
vous rencontrer, mais je sais
que vous avez fait du bon
travail.
Je n'ai que quelques mots
à dire. Ce qui compte au niveau des langues
officielles, c'est le respect, comme vous dites.
Certaines personnes anglophones sont à l'aise d'être
unilingues anglophones. Je connais
des francophones qui sont à l'aise de s'exprimer en
langue anglaise, tandis que certains autres francophones sont
à l'aise de ne s'exprimer qu'en français. Il
faut respecter leurs décisions. Les langues
officielles ne doivent pas être, comme on dit souvent,
pushed down their
throats, ce à quoi je m'opposerais.
Dans ma circonscription, il y a des anglophones,
des francophones, ainsi que des autochtones. Ces derniers
ont leur propre système
scolaire et leurs élèves apprennent
dans leur langue. Moi, j'apprécie beaucoup les différentes
cultures et les différentes langues. C'est cela
qui fait qu'on a un beau pays aujourd'hui. Il est
triste d'entendre dire qu'on voudrait enlever cette
beauté qu'on a dans notre
pays. Je vous félicite pour le travail que vous
faites.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Merci, Angela.
À mon tour, comme coprésidente du Comité des langues
officielles, je veux vous remercier, monsieur Goldbloom.
Encore aujourd'hui, par vos commentaires, vous
nous avez prouvé que vous avez fait un travail de
philosophe et que vous avez accompli ce travail avec
la tête, mais aussi avec le coeur. C'est cette
approche qui vous a permis de
faire avancer les choses. Vous avez énuméré quelques-unes
de vos contributions, surtout au chapitre de
la gestion scolaire. Vous avez fait
avancer des choses, des choses qui font aujourd'hui une
différence pour plusieurs
Canadiens et Canadiennes. Je vous remercie encore
sincèrement.
Nous aurons l'occasion de vous revoir et de
fraterniser avec vous d'une
autre façon d'ici la fin juin. On vous promet un party.
M. Victor Goldbloom: Madame la présidente,
permettez-moi de vous remercier et de
remercier tous les membres du comité de leurs paroles
très aimables à mon endroit. Je voudrais dire aussi
que je me présente ici à la table seul, mais vous
comprenez que je ne suis pas seul. Je suis appuyé
par une équipe merveilleuse et je voudrais que vos
félicitations et vos remerciements puissent se
communiquer à ces personnes également.
[Traduction]
J'aimerais pouvoir nommer chacun des membres de notre équipe.
Comme ils sont à peu près 120, ce serait abuser de votre patience.
Je tiens toutefois à remercier tout particulièrement mes cinq
directeurs: M. Michel Robichaud, M. Gérard Finn, Mme Monique Matza,
Me Richard Tardif et Mme Marie Bergeron. C'est surtout eux—pas
seulement eux, mais surtout eux—qui font en sorte que je suis en
mesure de donner des réponses raisonnablement intelligentes et
cohérentes aux questions que vous posez et aux points que vous
soulevez.
[Français]
Merci beaucoup, madame la présidente.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Je vous remercie. Soyez assuré que nous
reconnaissons la contribution de vos collègues.
La séance est levée.