STANDING JOINT COMMITTEE ON
OFFICIAL LANGUAGES
COMITÉ MIXTE PERMANENT DES
LANGUES OFFICIELLES
TÉMOIGNAGES
[Enregistrement électronique]
Le mardi 17 février 1997
• 1534
[Français]
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool (Tracadie, Lib.)): Bonjour, chers
collègues. J'appelle l'assemblée à l'ordre. Je
considère que nous avons quorum: l'opposition
officielle est présente et puisqu'au moins quatre
membres du comités sont présents, nous pouvons entendre des témoins.
• 1535
Nous accueillons aujourd'hui M. Réjean Lachapelle
et M. Bruce B. Petrie de Statistique Canada.
Lors de notre réunion en décembre, le comité avait
été saisi du dernier rapport de Statistique Canada.
Nous sommes heureux que vous ayez pu répondre à notre
invitation en vue d'éclaircir ou de vulgariser
les données contenues dans ce rapport, parce qu'on sait que la
démographie, surtout chez les groupes minoritaires
au Canada, est une question très pertinente et très
sérieuse.
Alors, cher monsieur, je vous invite à faire votre
présentation. Nous poserons ensuite des questions.
Monsieur Lachapelle.
M. Réjean Lachapelle (directeur de la démographie,
Statistique Canada): Je vous remercie. Je suis
directeur de la Division de la démographie à
Statistique Canada. M. Petrie est statisticien
en chef adjoint; il est responsable de l'ensemble des
statistiques sociales, y compris le recensement. C'est
ma division qui est responsable des
données linguistiques du recensement, et c'est à ce
titre que je suis devant vous aujourd'hui.
Je ferai d'abord état des changements que nous avons
apportés aux questions linguistiques posées aux
Canadiens lors des recensements de 1991 et de 1996.
Ensuite je présenterai très sommairement, en
m'inspirant de l'analyse que nous avons diffusée le 2
décembre dernier, quelques-unes des tendances qui
ressortent des données du dernier recensement.
J'indiquerai enfin les essais que nous comptons faire
en vue d'améliorer la pertinence des données
linguistiques à l'occasion du recensement de 2001.
Depuis 1971, les données du recensement sont
collectées auprès de la plupart des Canadiens par la
méthode de l'autodénombrement. Les ménages reçoivent à
la maison un formulaire qui contient les questions
posées à chacun de leurs membres. Dans un grand nombre
de ménages, une personne se charge de remplir
l'ensemble du formulaire. Des millions de Canadiens
jouent donc un rôle d'enquêteur.
Le succès du recensement repose sur leur
collaboration. Il nous faut donc leur faciliter le
travail en proposant un formulaire simple avec des
questions aussi claires que possible.
[Traduction]
Les recensements de 1991 et de 1996, comme les précédents,
comprenaient deux nouveaux types de formulaires: les formulaires
complets et les formulaires abrégés. Pour diminuer le fardeau de
réponse des Canadiens, quatre ménages sur cinq ont reçu le
formulaire abrégé. Outre les questions s'adressant à l'ensemble du
ménage, ce formulaire comprenait six questions destinées à chacun
de ses membres. L'une d'elles était consacrée à la langue
maternelle. Les autres questions portaient sur le lien avec la
personne repère du ménage, la date de naissance, le sexe, l'état
matrimonial légal et l'union libre.
Nous n'avons pas utilisé, dans le formulaire, l'expression
«langue maternelle», car les recensés n'ont pas tous la même
définition de cette notion. On évite l'ambiguïté en posant
directement la question, soit: quelle est la langue que cette
personne a apprise en premier lieu dans la maison dans son enfance
et qu'elle comprend encore?
La question sur la langue maternelle contient une exigence qui
surprend toujours les utilisateurs peu familiers avec l'histoire
des recensements du pays. L'ajout de la condition selon laquelle la
langue apprise en premier lieu doit être encore comprise remonte au
recensement de 1941. Elle a été introduite pour mieux estimer
l'assimilation linguistique, notamment celle du groupe français.
En effet, on mesurait alors l'assimilation en comparant deux
décomptes: celui obtenu par la question sur l'origine ethnique et
celui tiré de la question sur la langue maternelle. Sans l'exigence
que la langue maternelle soit encore comprise, auraient été
classées parmi les persistants des personnes d'origine ethnique
française ayant appris le français en premier lieu dans l'enfance,
mais qui ne comprennent plus cette langue. Pour éviter une
sous-estimation de l'assimilation linguistique, on a jugé
préférable d'ajouter, à la formulation de la question sur la langue
maternelle, une condition qui a maintenant valeur de tradition.
Le formulaire abrégé est rempli, je l'ai mentionné, par quatre
ménages sur cinq. Les autres ménages, soit un sur cinq, ont reçu le
formulaire complet. Il comprend une cinquantaine de questions, y
compris, bien entendu, les questions posées dans le formulaire
abrégé.
• 1540
Plusieurs innovations ont permis d'augmenter la qualité des
données linguistiques. Pour faciliter la tâche des recensés, on a
simplifié la conception du formulaire complet. On a aussi regroupé
les questions linguistiques et on a porté une attention
particulière à l'ordre dans lequel celles-ci apparaissaient dans le
formulaire. Quatre questions ont successivement été posées sur la
connaissance de l'anglais et du français, la connaissance des
langues non officielles, la langue parlée le plus souvent à la
maison et la langue maternelle. Dans ce dernier cas, nous avons
évidemment utilisé le même libellé que dans le formulaire abrégé.
En posant les questions sur la connaissance des langues avant
celles qui portaient sur la langue parlée le plus souvent à la
maison et sur la langue maternelle, on a facilité aux recensés la
compréhension de ces deux dernières questions et, par là, amélioré
la qualité des données. Les réponses incohérentes ou peu fiables
ont en effet diminué de 1986 à 1991 et sont restées faibles en
1996. On a noté une diminution importante de la proportion des
réponses multiples, réponses jugées instables par les spécialistes.
De 1986 à 1991, la proportion des réponses multiples à la question
sur la langue maternelle est passée de 3,4 % à 1,1 %. Elle n'était
guère plus élevée en 1996, à 1,4 %.
[Français]
L'amélioration de la qualité des données est
évidemment un objectif souhaitable. Elle a toutefois
pour effet de rendre délicates les comparaisons avec
les données des recensements antérieurs.
Les données linguistiques tirées du
recensement de 1991, si elles
sont tout à fait comparables à celles du recensement de
1996, ne peuvent être comparées avec les résultats des
recensements immédiatement antérieurs qu'au prix
d'opérations complexes. C'est pourquoi, le 2 décembre
dernier, lors de la diffusion des données linguistiques
du recensement de 1996, nous avons porté une attention
spéciale aux tendances à court terme, de 1991 à 1996, et
à long terme, de 1971 à 1991.
Cela ne signifie pas que les résultats des recensements
menés entre 1971 et 1991 soient inutilisables pour
analyser l'évolution de la situation linguistique. Il
convient toutefois d'être prudent.
Ayant joué un rôle important dans la croissance
démographique depuis une décennie, l'immigration
internationale a dominé l'évolution récente de la
composition linguistique. Il en est résulté une hausse
de la proportion des personnes dont la langue
maternelle est autre que le français ou l'anglais.
Réciproquement, on a observé une légère baisse de la
fraction que représente la population de langue
maternelle anglaise, baisse qui a déjà été constatée
dans le passé, lorsque l'immigration internationale
était élevée.
Pour la population de langue maternelle française, les
résultats du recensement de 1996 confirment une
tendance à la baisse qui ne se dément pas depuis 1951.
Elle devrait du reste se poursuivre, car la proportion
que représentent les francophones dans la population
est plus faible chez les jeunes que chez les adultes.
Cette tendance lourde se manifeste non seulement dans
l'ensemble du pays, mais dans toutes les provinces et
territoires, exception faite du Québec.
Le bilinguisme français-anglais a continué sa
progression. Il est beaucoup plus répandu parmi les
francophones que parmi les anglophones, en raison
notamment du contexte nord-américain. Dans chaque
groupe linguistique, on observe que la connaissance de
l'autre langue officielle est en relation directe avec
la densité de cet autre groupe dans le milieu
considéré. Par exemple, la connaissance du français parmi les
anglophones est plus fréquente dans les régions où les
francophones représentent une proportion importante de
la population, notamment au Québec.
Mais ce n'est pas le seul facteur qui puisse rendre
compte du niveau et de l'évolution du bilinguisme. La
hausse de la fréquence du bilinguisme parmi les
anglophones vivant à l'extérieur du Québec a en effet
été observée au cours d'une période caractérisée par
une baisse de la proportion des francophones.
Les transferts linguistiques ont augmenté parmi les
francophones vivant à l'extérieur du Québec. Plus la
fraction des francophones est faible dans une région,
plus les transferts linguistiques y sont fréquents.
Au lieu d'utiliser l'expression «transferts
linguistiques», certains préfèrent parler d'assimilation. Nous
n'utilisons pas ce terme pour deux raisons. Jusqu'au
début des années 1970, il a été utilisé pour désigner
l'abandon de la langue maternelle correspondant à
l'origine ethnique.
• 1545
Pour donner suite à une suggestion de la Commission
royale d'enquête sur le bilinguisme et le
biculturalisme, le recensement de 1971 a posé, pour la
première fois, une question sur la langue d'usage, plus
précisément sur la langue parlée le plus souvent à la
maison. Il a fallu créer une nouvelle expression pour
désigner l'adoption d'une langue d'usage différente de
la langue maternelle. On a choisi «transfert
linguistique», ou «language shift» en anglais.
De plus, certains jugent abusif d'utiliser le terme
«assimilation» pour décrire la situation des
francophones qui parlent le plus souvent l'anglais à la
maison, même s'ils utilisent encore le français à la
maison mais moins que l'anglais, ou qu'ils en font
usage dans d'autres situations sociales, au travail ou
avec les amis par exemple.
Le recensement est une source de données polyvalente.
Il rassemble des renseignements sur les caractères
fondamentaux de la population en matière démographique,
sur les migrations internationales, la migration
interne, la langue, l'ethnicité, l'éducation, le
travail et le revenu. Dans aucun de ces domaines il
n'est possible d'approfondir le sujet autant qu'il serait
souhaitable de le faire.
Outre que les coûts d'une augmentation importante de
la taille du questionnaire seraient sans doute
prohibitifs, on se heurterait à un obstacle majeur:
l'obtention du soutien et de la collaboration des
Canadiens. C'est eux qui doivent consacrer de leur
temps et de leur énergie à fournir l'information
demandée. Les indications que nous avons donnent à
penser que la taille du questionnaire est proche du
maximum acceptable.
Nous accordons une attention tout à fait spéciale aux
demandes des minorités de langue officielle. Nous
les consultons régulièrement sur le contenu du
recensement, ainsi que sur les modes de diffusion des données.
Pour les minorités, le recensement est une source
particulièrement importante de données, car en raison de
leurs faibles effectifs, la plupart des enquêtes par
sondage ne fournissent pas de données fiables sur leur
situation.
Afin d'améliorer la qualité des données sur les
transferts linguistiques, nous mettrons à l'essai, dans
les prochains mois, une question à deux volets sur la
langue parlée à la maison. On cherchera à vérifier si
dans le cadre d'un recensement, les Canadiens sont en
mesure de fournir des renseignements fiables à la fois
sur la langue parlée le plus souvent à la maison et sur
les autres langues qui y sont parlées.
Cela nous permettrait de maintenir la comparabilité
avec les recensements précédents et de décrire de manière
plus complète l'usage des langues à la maison. Nous
aimerions avoir votre avis là-dessus, ainsi que sur les
moyens propres à améliorer la pertinence, l'utilité et
l'analyse des données linguistiques. Je vous remercie.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Merci.
Monsieur Petrie, est-ce que vous voudriez ajouter
quelque chose ou simplement répondre aux questions?
M. Bruce B. Petrie (statisticien en chef adjoint,
Statistique Canada): Non, merci.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Nous allons passer maintenant à
la période de questions. Vu que vous nous demandez
notre avis, je suis sûr que mes collègues autour de
la table en auront de toutes sortes.
[Traduction]
Madame Meredith, êtes-vous prête à commencer?
Mme Val Meredith (South Surrey—White Rock—Langley, Réf.):
Oui, merci, madame la présidente.
Je trouve tout cela très intéressant, et je ne crois pas que
nous puissions remettre ces chiffres en question. J'aimerais savoir
pourquoi on attache plus d'importance à ces transferts
linguistiques, à la langue parlée à la maison. Vous comptez mettre
à l'essai dans les prochains mois une question à deux volets sur la
langue parlée à la maison, pour vérifier les données sur les
transferts. Pourquoi mettez-vous l'accent là-dessus? Est-il
nécessaire de le faire?
M. Réjean Lachapelle: D'abord, nous avons voulu répondre aux
demandes des minorités de langue officielle, qui souhaitent avoir
des renseignements plus détaillés sur la langue parlée à la maison.
Elles soutiennent que le fait de poser une question sur la langue
parlée le plus souvent à la maison ne donne pas une juste idée de
l'utilisation qui est faite du français à la maison dans les cas où
le français est utilisé, mais moins souvent que l'anglais.
Mme Val Meredith: Donc, il est question ici des minorités de
langue officielle vivant à l'extérieur du Québec, qui estiment que
le recensement n'indique pas combien de personnes parlent le
français à la maison.
M. Réjean Labelle: C'est exact.
Mme Val Meredith: J'essaie de comprendre les questions:
«Quelle langue cette personne parle-t-elle le plus souvent à la
maison?» «Quelle est la langue que cette personne a apprise en
premier lieu à la maison dans son enfance et qu'elle comprend
encore?» «Cette personne connaît-elle assez bien l'anglais ou le
français pour soutenir une conversation?» À mon avis, ces questions
devraient vous permettre d'obtenir ce genre de renseignements. Est-ce que
le problème tient au fait qu'ils ne parlent pas le français
à la maison, ou qu'ils utilisent le français moins souvent que
l'anglais?
• 1550
M. Réjean Lachapelle: La question dans ce cas-ci... Par
exemple, dans la dernière question, on veut savoir quelle est la
langue que cette personne a apprise en premier lieu dans son
enfance, quelle est sa langue maternelle. C'est comme cela qu'on
définit la population francophone.
La question précédente, soit celle qui porte sur la langue
parlée le plus souvent à la maison, sert à évaluer les habitudes
des francophones. Bon nombre de francophones soutiennent que cette
question ne donne pas une juste idée de l'utilisation qui est faite
du français à la maison. Prenons l'exemple des couples où un des
conjoints est francophone et l'autre, anglophone. Le francophone
qui n'utilise pas souvent le français à la maison parce que son
conjoint ne le parle pas aimerait pouvoir répondre qu'il utilise
encore le français à la maison. C'est le genre de discussions que
nous avons eues avec ce groupe.
Nous avons décidé—aucune décision, en fait, n'a été prise—d'essayer de
trouver un moyen d'inclure cela dans le recensement.
Nous devons d'abord voir s'il est possible d'inclure une question
comme celle-là et ensuite d'ajouter une sous-question sur la langue
maternelle. Nous devons ensuite voir si les Canadiens sont prêts à
fournir des réponses précises à cette question.
Mme Val Meredith: Pourquoi compiler ces données, si ce n'est
que pour accroître sa confiance en soi, obtenir une certaine
reconnaissance? Est-il nécessaire de prévoir une autre question
pour déterminer si le français est parlé plus souvent à la maison?
Ces données sont-elles nécessaires pour calculer le montant des
subventions, assurer la reconnaissance des conseils scolaires?
Pourquoi ces renseignements sont-ils nécessaires?
M. Réjean Lachapelle: Pour avoir une meilleure idée de
l'utilisation qui est faite de la langue française. Nous pouvons
présentement suivre l'évolution de la situation, mais certaines
personnes estiment qu'il faut brosser un tableau encore plus
complet de celle-ci. Ces données vont uniquement servir à évaluer
de façon générale la situation et à faire le point sur le processus
d'assimilation. Elles vont nous permettre d'avoir une meilleure
idée de la situation. C'est essentiellement ce que demandent ces
personnes.
[Français]
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Monsieur Plamondon.
M. Louis Plamondon (Richelieu, BQ): Monsieur
Lachapelle, j'ai été abasourdi ce matin lorsque j'ai lu
un communiqué de Statistique Canada qui m'apprenait que
que dans la question sur l'origine ethnique, on avait ajouté un mot.
On disait: «Êtes-vous d'origine ethnique française,
anglaise, ukrainienne ou canadienne?»
M. Réjean Lachapelle: Oui.
M. Louis Plamondon: C'est la première fois que ce
mot figure dans le questionnaire des
statistiques. Je puis dire à M.
Coderre qu'il est d'origine française et qu'il en est
fier. Mais si je lui demandais s'il est d'origine
canadienne, que dirait-il?
Ce qu'il y a de pire, c'est que vos statistiques...
M. Denis Coderre (Bourassa, Lib.): Doublement
fier.
Des voix: Ah, ah!
M. Louis Plamondon: Oui, je pensais bien que vous
répondriez cela à la deuxième question.
Par contre, vos statistiques sont complètement
sautées. Lorsqu'on a demandé à 9
millions de personnes quelle
était leur origine ethnique, elles ont répondu
«canadienne». Donc, tous les recensements précédents
qui avaient une suite ne pourront désormais
plus avoir de suite lorsqu'on analysera,
par exemple, le taux d'assimilation des francophones.
• 1555
Tant qu'à y
être, vous auriez pu demander: «Êtes-vous d'origine
acadienne, québécoise, canadienne, ukrainienne,
française ou anglaise?» Cela n'a pas de bon sens d'avoir
confondu nationalité et origine ethnique. J'ai été
complètement abasourdi quand j'ai lu cela dans un communiqué
de Statistique Canada ce matin.
Je me demande comment vous vous proposez
d'expliquer le taux de continuité
ethnolinguistique qu'on avait toujours après chaque
référendum, ou plutôt consultation, devrais-je dire.
Au fédéral, ils parlent tellement de
constitution qu'on en vient à en parler dans tout!
J'ai presque envie de vous demander si c'était
pour cacher quelque chose. Je suis certain que vous
n'êtes pas complices d'un plan B à Statistique Canada.
Jamais je ne le croirai.
Je termine là-dessus et
je vous laisse répondre. Essayez de me donner une
explication plausible qui puisse surprendre tout
les membres du comité. Comment a-t-on pu ajouter ce
mot-là?
J'ai une deuxième question.
Ce que je trouve le pire, c'est qu'en lisant
l'introduction de votre petit
livre qui accompagne le questionnaire que vous envoyez,
vous dites ceci: «L'ascendance
ne doit pas être confondue avec la citoyenneté ou la
nationalité.» Vous êtes de citoyenneté canadienne, de
nationalité canadienne.
Pourquoi Statistique
Canada a-t-elle mêlé les données dans les réponses
suggérées aux répondants? Vous vous rendez compte:
9 millions de répondants ont indiqué qu'ils étaient d'origine
«canadienne». Cela fait dur. Pire que cela, il y en a
eu plus au Québec qu'au Canada. Cela vous montre
l'incohérence qu'il y a dans tout cela.
J'ai l'explication
facile. Il y en a 39 p.
100 au Québec et 19 p. 100 dans le reste du Canada qui
ont répondu ainsi. Cela
vous montre l'incohérence de tout cela, puisque toutes les maisons de
sondage à qui j'ai parlé ce matin me disent que
l'identification première des Québécois est en
continuelle croissance vers l'identification québécoise
et en continuelle décroissance par rapport à
l'identification canadienne, et qu'elle est à 9 p. 100.
Alors, vos statistiques sont complètement
déséquilibrées
et en complète opposition à tout ce qui peut se faire
comme sondages au niveau de la perception
d'existence.
Je vous laisse répondre à cette première
question.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Monsieur Lachapelle.
M. Réjean Lachapelle: Je vais laisser M. Petrie
répondre à cette question.
M. Bruce Petrie: Vous vous souvenez sans
doute du débat qui a entouré le recensement de 1991,
lors duquel la question a été soulevée. De fortes
pressions s'exerçaient afin qu'on ajoute «canadienne»
comme choix de
réponse à la question sur l'origine ethnique. On se
retrouvait alors avec quelque 15 choix de réponses à
cette question.
M. Louis Plamondon: Est-ce que vous parlez du
mouvement «Call me Canadian» qui regroupait
800 000 personnes qui demandaient qu'on mette
cela dans le questionnaire en 1991?
M. Bruce Petrie: En 1991, environ 1 million
de personnes ont répondu qu'elles étaient d'origine canadienne.
M. Louis Plamondon: Sans que ce
soit un choix de réponse?
M. Bruce Petrie: Sans que cette réponse ne
figure au questionnaire. Cette réponse se classait au
5e rang en 1991. À la suite de ces pressions
réclamant l'ajout de l'origine canadienne, on a modifié
les choix de réponse, mais non la question.
On a donc modifié le format du questionnaire pour
effectuer cet ajout.
M. Louis Plamondon: Vous avez cédé aux pressions
politiques?
M. Bruce Petrie: Aux pressions politiques,
à celles des répondants et à celles des utilisateurs des
données.
M. Louis Plamondon: Mais comment pouvez-vous
expliquer que quelqu'un soit d'origine ethnique
canadienne? Comment pouvez-vous expliquer cela, alors
que le mot «canadien», c'est pour la nationalité? Tu
n'es pas d'origine ethnique canadienne; tu es d'origine
ethnique française, anglaise, ukrainienne, chinoise...
Le sénateur Gérald Beaudoin (Rigaud, PC):
Les Français, qu'est-ce
qu'ils disent?
M. Louis Plamondon: Française, aussi. Ils peuvent
dire qu'ils sont d'origine française.
Le sénateur Gérald Beaudoin: C'est la même chose.
M. Louis Plamondon: Québécois d'origine
française, canadienne-française, d'origine... On
n'est pas d'origine canadienne. Ce n'est pas une
ethnie.
Le sénateur Jean-Claude Rivest (Stadacona, PC):
Moi, par exemple, je suis conservateur,
mais d'origine libérale.
M. Louis Plamondon: Mais
n'oublie jamais que tu es d'origine péquiste.
• 1600
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): S'il vous plaît, on va essayer de
donner à monsieur une chance de répondre.
Sénateur Rivest, il y en
a qui tournent mal, que voulez-vous!
M. Réjean Lachapelle: Traditionnellement,
jusqu'au recensement de 1971, je crois,
la question qu'on posait aux Canadiens
sur l'origine ethnique faisait allusion aux
groupes ethniques de leurs ancêtres, avant leur arrivée en
Amérique du Nord.
Ensuite, on
a parlé de la lignée paternelle, ce qui fait qu'on a
cessé de mentionner cet élément en 1981; néanmoins, la
notion de l'arrivée en Amérique du Nord apparaissait. À ce
moment-là, il y avait un peu de personnes qui
déclaraient être d'origine ethnique canadienne.
Il y en a d'ailleurs qui
déclaraient être d'origine américaine. Mais il n'y avait aucun
fondement.
Au fil des ans, la question est devenue forcément:
«Quel est le groupe ethnique ou culturel de vos
ancêtres?» Lorsqu'on parle d'ancêtres, il faut
peut-être préciser à combien de générations on fait
allusion. En tout
cas, mon ancêtre du côté paternel
est arrivé en 1653, tandis que mon ancêtre du côté maternel
est arrivé en
1660. Faut-il remonter à cinq, six ou huit générations? C'est
peut-être comme ça qu'on peut l'expliquer.
M. Louis Plamondon: Là vous
patinez, mon ami. Ça n'a pas
de bon sens, ce que vous me répondez là.
En Belgique, par exemple, vous
êtes un Belge d'origine wallonne ou d'origine flamande. Si vous
êtes suisse, vous êtes d'origine romande ou d'origine allemande.
Est-ce que vous êtes américain? On vous demande:
«Êtes-vous d'origine américaine?» Mais là on vous
demande: «Êtes-vous d'origine ukrainienne, d'origine
italienne ou d'origine chinoise?» Voyons! Ça a toujours
été ça, puis vous venez de changer ça en 1996.
Avouez que vous venez de sacrer par terre toutes les
études statistiques précédentes. Vous ne pouvez plus
faire la continuité. Vous avez changé les règles du
jeu. Pour appuyer quoi?
M. Réjean Lachapelle: Non, non, non, non.
J'aimerais vous faire remarquer une chose.
Il n'y a presque plus personne qui utilise l'origine
ethnique pour mesurer ce genre de phénomène depuis le
recensement de 1971.
La raison pour laquelle nous parlons de
transferts linguistiques, c'est que la variable qui est
utilisée pour étudier l'évolution en général de ce
qu'on appelle l'assimilation chez les minorités
francophones, c'est toujours la comparaison de la
langue maternelle avec la langue parlée le plus souvent
à la maison.
L'origine ethnique a cessé d'être utilisée. Elle l'a
été un tout petit peu au recensement de 1971 et cela
posait des problèmes de comparabilité par rapport au
recensement précédent. En fait, c'était très utilisé
dans les années 1950 et 1960, quand il n'y
avait pas de données sur la langue parlée le plus
souvent à la maison et quand on comparait la
langue maternelle à l'origine ethnique.
Mais depuis 20 ans, il n'y a presque plus personne qui utilise
ces données-là.
M. Louis Plamondon: Absolument plus?
M. Réjean Lachapelle: Non, on en fait toujours.
Comme tous ceux qui font des
études, nous utilisons abondamment les données sur la langue
maternelle et sur la langue parlée à la maison.
D'ailleurs, la Commission Laurendeau-Dunton elle-même,
qui a été forcée d'utiliser l'origine ethnique et la
langue maternelle, avait mentionné que la faiblesse
de l'usage de la langue maternelle dans un cadre comme
celui-ci, c'est que c'était une variable qui était en
retard d'une génération sur l'événement, puisque
c'était une caractéristique à la naissance d'une
personne et que l'origine ethnique était une
caractéristique de ses ancêtres.
M. Louis Plamondon: Qu'en est-il en
Belgique?
M. Réjean Lachapelle: En Belgique, on ne pose plus
de question linguistique depuis le recensement de 1948.
Plus aucune question linguistique.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Passons à la prochaine question. Je
regrette, monsieur Plamondon, vous avez épuisé votre
temps.
Monsieur Denis Coderre.
M. Denis Coderre: Monsieur Lachapelle et monsieur
Petrie, je vous souhaite la bienvenue. Je ne veux certainement pas
m'identifier à la mascarade que vient de nous livrer mon
collègue Plamondon. Je pense qu'on doit poser
certaines questions et j'aimerais parler de langues
officielles, si vous me le permettez, et surtout du
bilinguisme. Évidemment, avec des
chiffres, on peut dire ce qu'on veut et on peut jouer
de part et d'autre. Mais ce que je trouve quand
même extraordinaire, c'est que le pourcentage de bilinguisme
augmente au Canada.
On voit qu'il s'est accru de près de 12 p.
100 en Ontario. Les statistiques que vous compilez
au niveau des régions, particulièrement des régions
métropolitaines, démontrent qu'il y a eu une augmentation entre 1991
et 1996 d'un bout à l'autre des régions canadiennes.
• 1605
Est-ce qu'à votre avis cet accroissement du taux
de bilinguisme au Canada dans plusieurs régions,
quelles qu'elles soient, n'est
pas une façon précise et concrète d'empêcher ce que
mon ami pourrait appeler «l'assimilation»?
Ne croyez-vous pas que le fait qu'on parle de plus
en plus le français vient changer la donne et
que, finalement, bien qu'on concède qu'il y a des problèmes dans
certaines communautés francophones, au
niveau de la langue comme telle, il y a eu une
amélioration importante du parler français au Canada?
M. Réjean Lachapelle: Il y a eu certes une
augmentation du nombre et de la proportion de ce qu'on
peut appeler les locuteurs du français, des personnes
qui sont capables de parler le français, soit comme langue
première, soit comme langue seconde. On note surtout une augmentation
importante des locuteurs de langue seconde depuis 25 ans.
La difficulté, c'est de lier ça, parce qu'en même
temps que s'est manifestée cette tendance, on a
également observé une réduction de la proportion des francophones
dans presque toutes les provinces.
Bien qu'il puisse y avoir eu des exceptions pour
certaines périodes, au cours de la dernière
période, elle ont été très peu nombreuses.
Il y a donc eu une réduction de la proportion des
francophones qui tient à plusieurs facteurs, dont la
faible fécondité, dont je
pourrais parler plus longuement. Mais en
même temps, il y a eu cette tendance-là.
L'importance relative du français comme langue
première a donc eu tendance à décliner, bien que celle
du français langue
seconde ait augmenté.
D'ailleurs, comme je le soulignais un peu dans mon
texte, c'est
un aspect un peu paradoxal qui donne à penser que
d'autres facteurs ont influé sur la situation. C'est peut-être
l'amélioration ou la progression du statut du français
dans l'ensemble du pays qui a conduit à cette
augmentation du bilinguisme chez les non-francophones,
puisqu'on s'attendrait normalement à ce que les gens
réagissent à une augmentation des locuteurs de leur
langue seconde. Donc, les locuteurs premiers ont
plutôt eu tendance à décliner.
M. Denis Coderre: J'aimerais que vous
expliquiez cela davantage.
Comment expliquer qu'il y a de plus en plus
d'anglophones qui apprennent le français? Mon ami
McTeague en est un exemple.
Pourquoi? Est-ce à cause du contexte
législatif? À votre avis, quels sont les facteurs qui
font en sorte que beaucoup plus d'anglophones veulent
parler français?
M. Réjean Lachapelle: Les données que nous
recueillons par le recensement ne nous permettent pas
de répondre à cette question. On peut mesurer l'évolution
et cerner un
certain nombre d'associations avec d'autres variables,
mais on n'a pas de détails qui nous permettraient
d'identifier ces facteurs.
M. Denis Coderre: Vous prenez des facteurs,
puis vous faites des croisements.
Est-ce qu'il y a une explication statistique du fait
qu'il y a eu une augmentation quand même assez
importante d'anglophones parlant français?
M. Réjean Lachapelle: Je pourrais vous donner un
certain nombre de caractéristiques qui ressortent assez
nettement. L'augmentation a été très forte chez les
jeunes et elle est associée de façon assez évidente à la
montée de la méthode d'immersion pour l'apprentissage
du français. Il est très clair que cette augmentation
a été très forte.
Elle est forte un peu partout dans le pays, surtout
chez les jeunes, et elle est plus forte chez les filles
que chez les garçons. C'est un phénomène que l'on
retrouvait traditionnellement il y a 25 ans également
chez les non-francophones
à l'extérieur du Québec et qui était plus répandu chez les
femmes que chez les hommes.
M. Denis Coderre: Vous me dites donc
finalement qu'en étudiant les statistiques
et en se penchant sur les facteurs que vous venez de me
donner, un gouvernement désireux de protéger
la langue française devrait mettre de
l'avant des mesures encore plus importantes au niveau de
l'immersion, parce qu'on voit que cela a fonctionné au fil
des années.
M. Réjean Lachapelle: Cela a eu cet effet-là. Bien
sûr, comme organisme statistique, notre but est plutôt
de présenter la situation, et non pas d'offrir des
conseils quant aux mesures à prendre pour la modifier,
l'améliorer ou l'amplifier.
• 1610
M. Denis Coderre: J'essaie de
comprendre. Vous me dites finalement, et
je reviendrai à la situation du Québec par la suite,
qu'une loi ou une politique peut
statistiquement prouver sa viabilité.
Vous dites qu'il y a de plus en plus
d'anglophones qui apprennent le français et que c'est à cause
des classes d'immersion. Donc, le gouvernement devrait
axer ses politiques en conséquence. Vous avez une
preuve concrète, statistique que cela fonctionne.
Par ailleurs, croyez-vous qu'une mesure
législative comme une loi sur la langue d'affichage
protège une langue ou fait en sorte... Le fait
français au Québec a-t-il augmenté à cause de la Loi 101
ou de la Loi 186?
M. Réjean Lachapelle: On ne peut faire de lien
étroit entre des tendances comme celles-là et des
mesures législatives. Il y a un lien. Il faudrait
établir la chaîne de causalité. On est au bout de
la chaîne, d'une certaine façon, quand on mesure un
certain nombre de changements de comportement dans le
recensement. Mais j'aimerais que vous soyez un peu plus
précis sur le type de tendance que vous souhaiteriez...
M. Denis Coderre: Ma question, et c'est ma
dernière...
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
Gardez votre question pour le
deuxième tour, s'il vous plaît, parce que votre temps
est limité et que le sénateur Rivest voudrait avoir la
parole.
Le sénateur Jean-Claude Rivest:
C'est vrai qu'il y a des cours d'immersion, mais ce sont des
individus. Vous
avez signalé vous-même, en ce qui concerne la pérennité
chez les francophones
hors Québec, que c'est l'aspect communautaire qui va donner
les assises d'une permanence de la langue. Ce n'est
pas parce qu'il y a tant d'individus qui ne se
connaissent probablement pas qui décident d'être
bilingues que cela va consolider la communauté francophone.
Dans ce sens-là, les mesures d'immersion ne sont pas
d'un secours direct à la survie du fait français à
l'extérieur du Québec.
M. Réjean Lachapelle: En fait, il est extrêmement
difficile d'aborder cette question-là. On peut
l'aborder comme personne, mais cela n'a pas de rapport
étroit avec le type de données que l'on mesure. Il va
de soi que ce qu'on mesure, c'est l'évolution du nombre
et de la proportion que représentent les locuteurs
seconds du français ou
ceux qui sont bilingues parmi les non-francophones.
Il y a eu là, comme je le signalais, des
augmentations importantes, en particulier chez les
jeunes, et on peut associer cela, ce qui paraît assez
naturel, aux changements qu'on a observés dans le
système scolaire.
Pour ce qui est de l'évolution qu'on rencontre dans
les communautés francophones, qui n'est pas nécessairement
associée à des endroits où se trouvent concentrées les
communautés francophones,
il peut y avoir des facteurs indirects qui sont reliés à
ce phénomène. Par exemple, le fait qu'il y ait un
accroissement de l'exogamie chez les francophones quand
leurs conjoints, dans les autres groupes, connaissent
plus souvent le français, pourrait avoir une
incidence. C'est une incidence parmi d'autres,
mais peut-être pas immédiate.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Vous avez très bien
répondu. Si la loi sur l'affichage n'a pas permis d'accroître le
nombre de francophones au Québec, vous
n'avez sans doute pas non plus de statistiques qui
démontreraient
que la loi sur l'affichage au Québec a diminué le
nombre d'anglophones au Québec.
Je vais maintenant parler de l'assimilation. Vous
me semblez un peu prudent. Je comprends qu'un
vocabulaire, c'est peut-être délicat sur le plan
politique, parce que le terme est peut-être utilisé par
les uns et les autres, mais quand quelqu'un ou une
famille ne parle plus sa langue maternelle, quand
vous dites que c'est un transfert linguistique, c'est un
euphémisme. Cela ne change
rien. Je comprends
vos deux réserves quant au terme «assimilation».
Je ne sais pas dans quelle boîte vous
comptez
l'homme qui utilise le français quand il rencontre un de ses
amis mais qui ne le parle plus à la maison, mais pour moi,
il n'est plus francophone.
C'est un peu politique, politique au sens le plus
noble du terme. C'est «politically correct».
M. Réjean Lachapelle: Ce n'est pas là un phénomène
nouveau. Comme je dis, cela n'a jamais été utilisé par
Statistique Canada, tout au moins depuis 25 ans.
Cela aurait pu l'être. Moi, je n'y vois aucune objection.
• 1615
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Statistiquement,
vous ne voyez pas d'objection à ce qu'on dise que ces
gens-là ont été assimilés.
M. Réjean Lachapelle: Non, si cela aide les gens à
mieux communiquer, ce n'est pas un problème. Il est
fréquent, du reste, qu'on essaie d'utiliser un
vocabulaire très précis dans un domaine pour que les
gens sachent bien de quoi on parle
au lieu d'utiliser des termes généraux qui peuvent se
prêter à des définitions extrêmement variées.
Quand nous utilisons le terme «transfert
linguistique», cela correspond à quelque chose
d'extrêmement précis. Quand les personnes
utilisent le même type de données et parlent de quelque
chose de plus large, on n'y voit pas d'objection,
mais comme dans bien d'autres domaines, cela peut donner lieu à
de la confusion.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: J'ai une
dernière question très simple, qui est plutôt d'ordre
administratif. Parlons du Québec, par exemple, parce
que toute la question de la gérance des nombres au
niveau linguistique à l'intérieur de la société
québécoise est d'une extrême importance. Quel est le
rapport entre le Bureau fédéral de la statistique et
le gouvernement du Québec? J'ai eu écho de certaines
tensions. Est-ce que ça va bien maintenant?
M. Réjean Lachapelle: D'abord, vous utilisez un
terme plutôt ancien pour désigner Statistique
Canada.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Excusez-moi.
M. Réjean Lachapelle: On l'employait il y a plus de 25
ans, disons il y a une génération.
Des voix: Ah, ah!
M. Réjean Lachapelle: Statistique Canada a des
rapports extrêmement suivis avec les bureaux de
statistique de chaque province. Nous avons une
multitude de comités où on les rencontre, au moins
annuellement, dans à peu près tous les domaines de la
statistique.
Je préside personnellement un comité sur les
statistiques démographiques qui est extrêmement actif,
parce que cela intéresse énormément les provinces.
Pour le
recensement, on a au moins une réunion par année qui
porte sur l'évolution des programmes, et on a des
rapports...
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Au niveau du
gouvernement du Québec, quel est votre interlocuteur?
M. Réjean Lachapelle: Le Bureau de la statistique du
Québec.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: C'est cela. Il
s'intéresse beaucoup aux questions linguistiques en
termes d'intégration des immigrants.
M. Réjean Lachapelle: Non, je dirais que cela
intéresse surtout
le gouvernement du Québec. Cette question est très peu
étudiée au BSQ, au Bureau de la statistique du Québec,
parce que les travaux sont surtout fait au Conseil de
la langue française.
M. Yvon Godin (Acadie—Bathurst, NPD):
Sans avoir eu besoin de
passer par Statistique Canada, je sais ce qui arrive
chez nous. Des francophones parlent en anglais.
Cela est dû au manque d'emplois
dans notre région. Ils sont obligés d'aller
travailler en Ontario ou dans l'Ouest. Ensuite,
quand ils ont des enfants ou que leurs
enfants ont des enfants, c'est fini. On vient de
les perdre. C'est ce qui se passe chez nous.
C'est aussi simple que cela.
Il n'y en a pas beaucoup qui
vont travailler au Québec. Ils ne vont pas tous
travailler au Québec. À tous les jours, il y en a qui
partent en
avion, en train ou en voiture pour aller dans
l'Ouest. C'est ce qui arrive chez nous.
Avez-vous la possibilité de mesurer l'effet des
programmes d'immersion?
M. Réjean Lachapelle: Pas dans le
recensement comme tel, mais Statistique Canada, par
sa division de l'éducation, reçoit chaque année
de toutes les provinces des
données sur les écoles, sur le nombre d'élèves en
immersion. Ces informations sont disponibles,
avec différentes caractéristiques. De même, les
chiffres
sur l'ensemble des élèves qui fréquentent des
écoles françaises à l'extérieur du Québec
ou les écoles françaises et anglaises au Québec sont
disponibles. Oui, ces
informations sont disponibles chaque année.
M. Yvon Godin: De par le recensement?
M. Réjean Lachapelle: Non, pas de par le
recensement. Il s'agit de données
administratives. Dans des domaines comme ceux-là,
elles
sont fiables. Dans le recensement, on ne pose pas de
questions là-dessus.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
Monsieur McTeague.
M. Dan McTeague (Pickering—Ajax—Uxbridge, Lib.):
Bienvenue au comité. J'aimerais continuer
dans la même veine que mon ami Coderre.
Vos statistiques prennent-elles en
considération l'augmentation du nombre de jeunes qui sont
devenus trilingues dans des
régions populeuses où il y a beaucoup d'activités
économiques?
• 1620
Je reprends les commentaires de M.
Godin en ce qui a trait aux gens qui viennent en Ontario.
Chez nous, en Ontario, des jeunes
quittent Toronto pour aller travailler ailleurs dans le
monde, par exemple au Japon ou en Corée.
Vos statistiques tiennent-elles compte de
tels développements parmi les jeunes, notamment le trilinguisme
ou le
fait de parler cinq ou six langues? Tenez-vous compte
de cela dans vos statistiques?
M. Réjean Lachapelle: Oui, depuis le recensement
de 1991. On l'a fait également en 1996. On connaît
l'éventail des langues dans lesquelles les personnes
peuvent tenir une conversation. Je n'ai pas à
l'esprit de données précises sur le trilinguisme ou le
quadrilinguisme, mais c'est le genre d'information qu'on
tire du recensement.
Outre le français et l'anglais,
les personnes peuvent déclarer jusqu'à trois langues.
On dispose de cette information-là.
M. Dan McTeague: Y a-t-il moyen de
discerner si les gens parlent une langue ou sont
attirés par le fait qu'il est écrit de cocher telle
langue ou groupe ethnique à cause des avantages
ethniques ou sociaux? Y a-t-il moyen de
déterminer si ces gens, qu'ils soient jeunes ou âgés,
préfèrent un endroit social plutôt qu'un autre et si c'est pour
ces raisons-là qu'ils choisissent de parler une
deuxième ou une troisième langue?
Par exemple, quelqu'un peut être en train de
suivre des cours de japonais parce qu'il veut
travailler à la compagnie Toyota ou à la
compagnie Honda à Toronto.
M. Réjean Lachapelle: Dans le recensement,
on n'a certainement pas ce genre d'information.
Le nombre de questions est
extrêmement limité, parce qu'il faut aborder des sujets variés et que le
coût de l'opération est très élevé. C'est cependant une
question qui pourrait, le cas échéant, être abordée dans
des enquêtes. On pourrait essayer de savoir pour quelles raisons les
personnes apprennent telle ou telle langue.
M. Dan McTeague: Y a-t-il des endroits, en Ontario ou au
Canada, où on a vu un recul, une baisse du nombre de gens
bilingues, ou si on a vu une augmentation
dans toutes les régions du Canada?
M. Réjean Lachapelle: De mémoire,
sans avoir vérifié les détails sur le plan
géographique, je peux vous dire qu'il
y a des augmentations variables, mais
qu'il y en a à peu près partout.
Il faudrait que je
vérifie, mais j'ai l'impression qu'il y a au moins un
endroit où la situation a été stable. Je crois
que c'est en Saskatchewan.
[Traduction]
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool): Madame
Meredith, avez-vous une autre question?
Mme Val Meredith: Non.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
D'accord, monsieur Plamondon, mais vous n'avez pas droit à son
temps de parole. Elle ne vous l'a pas accordé.
[Français]
M. Louis Plamondon: Le commissaire aux langues
officielles, lorsqu'il a comparu ici, a dit que la
gestion scolaire améliorée, qui est maintenant plus
répandue, fera en sorte que les données du prochain
recensement démontreront que la situation du
français est meilleure.
Dans le texte que vous nous avez distribué,
il y a un paragraphe que j'ai retenu. Vous dites ce qui suit:
Pour la population de langue maternelle française, les
résultats du recensement de 1996 confirment une tendance
à la baisse qui ne se dément pas depuis 1951. Elle
devrait du reste se poursuivre, car la proportion que
représentent les francophones dans la population du pays
est plus faible chez les jeunes que chez les adultes.
Là vous faites allusion à la fameuse pyramide des
âges.
Donc, le commissaire nous dit que cela va
s'améliorer, et vous, vous dites carrément
que le nombre continue de décroître et va
continuer à décroître. Qui dit la vérité?
M. Réjean Lachapelle: Curieusement, je vais être
obligé de vous expliquer que nous n'avons
tort ni l'un ni l'autre.
Cela peut paraître paradoxal, mais
il y a plusieurs facteurs qui font que la
proportion des francophones chez les jeunes est plus
faible que chez les adultes.
• 1625
Un des facteurs importants est la
fécondité. Il y a également le fait que la langue
française n'est pas toujours transmise par les mères ou
les pères
aux enfants, mais c'est un facteur
qui, dans l'ensemble du Canada, est tout à fait mineur.
Cela, c'est pour la langue maternelle. Donc,
pour la langue maternelle, oui, c'est ce qu'on
constate, et on connaît en gros les principaux facteurs qui jouent
là-dessus.
M. Louis Plamondon: Vous parlez toujours de la
situation des francophones hors Québec.
M. Réjean Lachapelle: Francophones hors Québec ou
dans l'ensemble du Canada.
M. Louis Plamondon: Le commissaire faisait allusion aux
francophones hors Québec.
M. Réjean Lachapelle: C'est cela. J'exclus le Québec,
qui est dans une situation tout à fait différente.
M. Louis Plamondon: Merci. Allons-y.
M. Réjean Lachapelle: En matière scolaire,
cependant, on peut comparer
les données des recensements aux données
administratives des provinces
sur la fréquentation des écoles
françaises. On a les données sur la langue maternelle au
recensement et, par ailleurs, on a le nombre d'enfants
ou la proportion des enfants qui fréquentent des écoles
françaises. Quand on compare les deux, on constate
qu'au fil du temps, si la proportion de personnes de langue
maternelle française décline, la proportion
des enfants qui fréquentent l'école française se
maintient ou diminue beaucoup moins. Qu'est-ce qui
s'est passé?
C'est qu'il y a, hors Québec, une fraction de plus en plus grande
d'enfants qui fréquentent l'école
française. Maintenant, il y a plus
d'élèves qui fréquentent les écoles françaises qu'il n'y
a d'enfants de langue maternelle française dans les mêmes groupes
d'âge. Cela signifie qu'il y a un bon
nombre d'enfants
dont l'un ou les deux parents sont ou peuvent être
de langue maternelle
française mais qui ne leur ont pas
transmis le français comme langue maternelle, et qui
ont pu les envoyer à l'école
française en vertu de la clause des ayant droit.
On ne peut
pas le mesurer de manière précise parce que ce sont
deux sources distinctes, mais dans d'autres
circonstances, cela pourrait être, et c'est
souvent signalé par les minorités que l'on rencontre,
des personnes dont les enfants sont de langue
maternelle différente du français ou de l'anglais,
mais qui ont un attachement à la
culture française, qui viennent de pays où les écoles
françaises sont répandues.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Puis-je faire une
remarque, madame la présidente?
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): C'est maintenant au sénateur Robichaud.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: C'est juste une remarque.
Vous savez que l'exemple que vous venez
de citer a créé des problèmes, parce qu'il y a des parents
francophones qui n'aiment pas que des
enfants anglophones aillent à l'école française.
L'école est française et c'est bien qu'il y a plus
d'étudiants, mais dans la cour et dans
les corridors, c'est l'anglais qui prend le dessus.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Sénateur Robichaud.
Le sénateur Fernand Robichaud (Nouveau-Brunswick, Lib.):
Dans Le Quotidien du 2 décembre,
en page 6, vous dites:
À l'extérieur du
Québec, le nombre de personnes parlant le français à la
maison a diminué, passant de 637 000 en 1991 à 619 000 en
1996.
À la page suivante, en ce qui a trait au transfert
linguistique, au troisième paragraphe, vous dites:
Le gain net du groupe français a augmenté davantage que
celui du groupe anglais au cours des 25 dernières
années. En 1996, 39 %...
Parlez-moi donc un peu de cela, parce que j'ai un
peu de difficulté à comprendre: d'un côté, cela diminue
et de l'autre, cela augmente. Est-ce que j'ai des
bonnes raisons de me réjouir comme francophone?
M. Réjean Lachapelle: Il y a la situation du
Québec, d'une part, et la situation... C'est toujours au
Québec.
Le sénateur Fernand Robichaud: C'est au Québec
ici, mais les transferts linguistiques... Ah, c'est au
Québec seulement.
M. Réjean Lachapelle: C'est au Québec.
Le sénateur Fernand Robichaud: Très bien.
M. Réjean Lachapelle: Ce qui vous intéresse,
c'est la situation du français hors Québec.
Le sénateur Fernand Robichaud: C'est cela.
M. Réjean Lachapelle: Je pense qu'il y a
un certain degré de cohérence entre les différentes
données. Ce qu'on constate, c'est une évolution qui,
dans les plupart des cas, est de longue
durée. Il y a une réduction de la proportion des
francophones dans la plupart des provinces. Au
Nouveau-Brunswick, c'est quelque chose de tout à fait
récent et cela reste à être étudié de manière
précise.
C'est probablement
associé, mais on ne l'a pas encore mesuré,
à une baisse de la fécondité assez
importante chez les francophones du Nouveau-Brunswick.
Jusqu'ici, la proportion des francophones au
Nouveau-Brunswick s'était maintenue autour de un tiers,
mais elle a baissé un peu entre 1991 et 1996.
• 1630
En dehors de cela, la baisse de la proportion et
parfois du nombre des
francophones à l'extérieur du Québec est une tendance qu'on rencontre
depuis longtemps. Le Canada
est le pays occidental qui croît le
plus rapidement sur le plan démographique. Ce n'est pas
étonnant, parce qu'il y a une très forte immigration.
Il va de
soi que des groupes qui reçoivent peu d'immigrants
peuvent difficilement voir leur proportion augmenter.
Dans un certain nombre de cas, à l'extérieur du
Québec,
le nombre des francophones
diminue également, mais c'est plutôt une
situation de stabilité qu'on rencontre actuellement au
Nouveau-Brunswick.
Je ne sais pas si cela répond à votre question.
Le sénateur Fernand Robichaud: Oui, un peu.
En répondant à M. Plamondon, vous parliez
des jeunes qui
sont inscrits dans des classes de langue
française. Dites-vous que par le passé, il
y avait un taux de
diminution qui était élevé comparativement à maintenant
et que
maintenant les familles
francophones profitent davantage de ces services-là?
M. Réjean Lachapelle: On constate
qu'il y a plus d'écoles et qu'il y a des
enfants qui vont dans ces écoles. On
n'a malheureusement pas, dans une même source, les
données sur la langue maternelle et les données sur la
langue d'enseignement. Pour la langue maternelle, on
les a dans le
recensement et, pour la langue d'enseignement, on les
a dans des sources administratives qui nous viennent des
différentes provinces. En comparant les deux,
depuis les 25
dernières années, on constate qu'au fil du
temps, dans la plupart des provinces, on fréquente de
plus en plus les écoles françaises.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Sénateur Beaudoin.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Cette
espèce de discussion qu'on a eue au début a piqué ma
curiosité, mais il y a une chose
qui m'a toujours frappé. Par exemple, au Canada, il y en a
beaucoup qui sont d'origine française,
britannique, irlandaise ou écossaise. Cela va très
bien.
Mais comment compilez-vous vos statistiques, par
exemple, si le père est francophone, la mère
anglophone et les ancêtres partagés eux aussi, et si la
personne a appris les deux langues au foyer à peu près
en même temps? Il est quoi, cet individu-là? Quelle est
son origine?
M. Réjean Lachapelle: Mais on a...
Le sénateur Gérald Beaudoin: Moi, je pense que
c'est un Canadien. En voilà, un Canadien!
C'est interrelié chez ses ancêtres. Je pense qu'on
pourrait dire que c'est un Canadien.
Comment considérez-vous cette personne?
M. Réjean Lachapelle: Dans le
recensement, toutes les réponses
sont possibles. On garde toutes les réponses des
personnes. Quand vous consultez les données, c'est
une des difficultés que vous rencontrez.
Il y a des
réponses multiples à la question sur la langue maternelle. À l'origine
ethnique, il y en a un nombre énorme. À la langue maternelle...
Le sénateur Gérald Beaudoin: Quelqu'un peut avoir
deux origines ethniques.
M. Réjean Lachapelle: Et même beaucoup plus que
cela: trois, quatre, cinq...
Le sénateur Gérald Beaudoin: Donc, que
répondent-ils?
M. Réjean Lachapelle: Ils nous répondent qu'ils
sont de toutes
ces origines-là, et elles sont introduites dans notre
base de données.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Il est à la fois
d'origine française et d'origine irlandaise?
M. Réjean Lachapelle: Oui.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Le même individu?
M. Réjean Lachapelle: Oui.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Il a deux langues
maternelles?
M. Réjean Lachapelle: Il pourrait indiquer deux
langues maternelles, oui.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Il répond comme cela?
M. Réjean Lachapelle: Je ne peux
vous dire qu'il y en a beaucoup.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Il y en a beaucoup.
M. Réjean Lachapelle: Pour l'origine ethnique, oui, il
y en a beaucoup. Pour
ce qui est des langues maternelles, on
s'est rendu compte qu'on avait un peu plus de réponses
multiples. J'en ai parlé dans mes remarques du début.
Cela nous posait un
problème important quand ils devenaient trop nombreux,
surtout que ces réponses-là étaient très instables. On
avait pu vérifier dans le passé, en prenant des
échantillons, que la plupart des personnes qui
déclaraient deux langues maternelles à un recensement
en déclaraient rarement deux cinq ans plus tard,
et réciproquement.
C'étaient des réponses très instables, donc difficiles à analyser.
• 1635
On a cherché un moyen, sans forcer les Canadiens à en
donner seulement une, de réduire ces réponses
multiples. On s'est rendu compte que c'était tout
simple. Il suffisait de demander d'abord des
informations sur les langues qu'ils pouvaient parler.
Par la suite, en général, quand on demande aux gens une
réponse, que ce soit sur la langue qu'ils ont apprise en
premier lieu dans leur enfance ou la langue qu'ils
parlent le plus souvent à la maison, une fois
qu'ils ont pu dire toutes les langues dans
lesquelles ils peuvent tenir une conversation, le
nombre de
réponses multiples pour la langue parlée à la maison
ou la langue maternelle est très faible.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Pour la langue, je
peux comprendre cela. Ce n'est pas mon cas, et je suis
d'autant plus à l'aise que je
ne suis pas concerné. Mais si quelqu'un a un père
francophone depuis 10 générations et une mère
anglophone depuis quatre générations, qu'est-ce qu'il
doit répondre?
M. Réjean Lachapelle: Les deux.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Les deux.
Donc, il en sera ainsi jusqu'à sa mort. Cela ne
changera pas.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Il est canadien.
Le sénateur Gérald Beaudoin: D'après moi, c'est
un Canadien. Ce que je ne comprends pas, c'est
que vous dites que cela dure un certain temps.
Cependant, sa mère restera toujours irlandaise et son père
français.
M. Réjean Lachapelle: Le plus simple serait
de vous lire la question qui est posée. Ces
personnes-là sont à la maison, parce que les
questionnaires sont reçus à la maison.
Vous voyez comment cela se présente dans la famille. Je pense
que vous l'avez. Il y a les personnes 1, 2, 3. La
question qui est posée est: «À quel groupe ethnique ou culturel les
ancêtres de cette personne appartenaient-ils?»
Le sénateur Gérald Beaudoin: Il pourrait y en
avoir trois.
M. Réjean Lachapelle: Et on donne quatre espaces.
Le sénateur Gérald Beaudoin: C'est déjà pas
mal. La personne indique qu'elle
est d'origines ethniques française, irlandaise et
écossaise. C'est comme cela que la personne devrait normalement...
M. Réjean Lachapelle: Oui. Elle pourrait ajouter
canadienne ou québécoise également.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Cela, c'est
la nationalité.
M. Réjean Lachapelle: Oui, mais
les personnes lisent
les exemples et vont voir
les instructions, et on prend ce qu'elles nous donnent,
si cela a du sens évidemment. Si elles donnent le nom de
leur chien ou d'un programme informatique...
Le sénateur Gérald Beaudoin: Je vous pose la
question parce qu'il peut arriver que les gens
s'assimilent, et la personne peut
dire que ses ancêtres étaient francophones mais
qu'aujourd'hui elle parle anglais ou l'inverse.
Comment pouvez-vous suivre la ligne? C'est
des ancêtres que je parle.
M. Réjean Lachapelle: Ce n'est pas une question
simple. Je peux vous dire qu'aux États-Unis, on pose
sensiblement la même question.
Certains chercheurs ont utilisé la réponse «origine
américaine» à cette question comme un indicateur d'une
assimilation très profonde en disant qu'on a même
oublié les origines ancestrales avant l'arrivée en
Amérique.
Mais ce n'est pas une interprétation qui a un
caractère officiel. Ce sont purement des chercheurs.
C'est un élément qui a été utilisé aux États-Unis.
Comment peut-on mieux éclairer mieux la
compréhension d'un pays?
La coprésidente (Rose-Marie Losier-Cool): Je dois
passer à M. Godin qui avait demandé la parole. Je m'excuse, monsieur
Lachapelle.
M. Yvon Godin: Plus tôt, vous disiez que c'était le
taux de natalité qui avait réduit le nombre de
francophones au Nouveau-Brunswick.
M. Réjean Lachapelle: Oui.
M. Yvon Godin: Moi, je vous disais que c'était
le contraire, que c'était à cause des gens allaient
travailler dans des endroits
anglophones. Y a-t-il une façon de mesurer cela?
M. Réjean Lachapelle: Oui.
Dans le recensement, on a un bon nombre de questions et on
a en particulier une question sur le lieu de
résidence cinq ans auparavant. Cela permet de
mesurer les mouvements internes et externes, mais
essentiellement, cela sert à la mesure des mouvements
internes. On a même une question supplémentaire sur le
lieu de résidence il y a un an. D'une manière très
détaillée, on demande aux gens de nous donner la
municipalité où ils résidaient cinq ans et un an
auparavant.
Ce type d'information a souvent été utilisé dans le
passé pour mesurer les mouvements migratoires par groupe
linguistique dans les différentes régions.
• 1640
Pour le recensement de 1996, ces données ne sont pas
encore disponibles. On les rendra disponibles au mois
d'avril.
M. Yvon Godin: Vous ne savez
pas vraiment ce qui a fait la différence.
Je vois ici que cela a baissé
au Nouveau-Brunswick. En
1971, c'était 31,4 p. 100, en 1991, c'était 31,2 p. 100 et
c'est maintenant rendu à 30,5 p. 100. Donc, en réalité, vous
ne savez pas si c'est parce qu'il y a moins de
naissances ou parce que les gens sont partis ailleurs.
M. Réjean Lachapelle: C'est cela. On
peut avoir des indications selon lesquelles l'un des facteurs
peut vraisemblablement jouer. Pour l'autre, on le saura
d'une manière précise en avril. Il reste des calculs
détaillés à faire, mais comme on a déjà des données
par âge, cela peut fournir des indications
sur la fécondité, parce que la fécondité des cinq années
précédentes se retrouve dans le nombre d'enfants de moins de
cinq ans.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): On a moins d'enfants, faut-il croire.
M. Yvon Godin: Ils sont moins productifs. Ils
travaillent moins fort. Ils n'ont plus de jobs.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Sénateur Pépin.
La sénatrice Lucie Pépin (Shawinegan, Lib.):
Monsieur Lachapelle et
monsieur Petrie, je suis à ma première
réunion aujourd'hui et je dois avouer que je ne
possède pas très bien le dossier.
On a dit que les jeunes,
étant donné le fait qu'ils se rendent à l'école,
maîtrisent plus facilement une deuxième langue.
Vous demandez à votre dixième question
quelles langues autres que l'anglais ou le français
ces personnes connaissent. On a les
personnes 1, 2, 3 et 4. Avez-vous été
en mesure de recueillir des données à savoir si les
jeunes d'âge
scolaire ou préscolaire parlent une troisième langue
à un pourcentage important? Je
présume que la première personne, c'est le père ou la
mère et qu'à partir de la troisième personne, ce sont
les enfants. Notre immigration est quand
même à un pourcentage très élevé dans
certaines provinces. D'ailleurs, au Québec, on a
beaucoup d'allophones qui parlent leur langue à la
maison. Est-ce que dans une telle situation,
les jeunes parlent trois langues? Quand je parle de
jeunes, je parle de ceux qui sont au primaire.
M. Réjean Lachapelle: Je ne crois pas que nous
ayons examiné cette question-là en particulier. Les
indications que je peux vous fournir de manière
générale, c'est qu'une proportion importante des
personnes qui parlent des langues autres que l'anglais
et le français sont des personnes qui ont ces
langues comme langues maternelles.
Pour certaines langues, il y a un surcroît de
locuteurs; il y a des locuteurs seconds en plus grand
nombre. Une des langues qui me vient à l'esprit et qui
est assez caractéristique, c'est l'espagnol. Ce n'est
pas de nature à surprendre, car il y a un bon nombre de
personnes, au Canada, qui apprennent l'espagnol. Ce
n'est pas un mouvement de masse important,
mais c'est une question qu'on considère
suffisamment importante pour qu'elle donne lieu
à des études un petit peu plus approfondies.
La sénatrice Lucie Pépin: Je l'espère. Lorsque
j'étais députée, dans mon comté, on parlait huit langues
différentes. On avait fait un projet-pilote avec des enfants
de la maternelle pour enseigner le
français aux mères. On mettait
ensemble tous les enfants qui parlaient tous des
langues différentes et les enfants s'entendaient très
bien, même s'ils ne parlaient pas la même langue, et on
enseignait le français aux mères à ce moment-là. On
faisait cela tous les jours. Ensuite on a eu un
programme pour les enfants qui commençaient au
primaire pour
finir de leur montrer le français. Cela fait déjà sept
ou huis ans.
On a constaté que beaucoup d'enfants
de cette génération parlaient très bien
l'anglais et le français
et parlaient donc une troisième langue.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Madame Meredith.
[Traduction]
Mme Val Meredith: J'ai plusieurs questions à poser, dont une
qui se rattache à la question de la sénatrice. Est-ce que les
changements apportés au Québec et la création d'écoles
linguistiques vont créer une situation où les transferts seront
moins fréquents que l'an passé? Croyez-vous que la création
d'écoles linguistiques va avoir un impact sur les chiffres qui
viennent du Québec?
• 1645
Le sénateur Gérald Beaudoin: Les statistiques.
Mme Val Meredith: C'est exact.
Une voix: Que voulez-vous dire par «changements»?
Mme Val Meredith: Je m'excuse. Je parlais du fait que le
Québec s'est soustrait à l'application de l'article 93.
M. Réjean Lachapelle: Vous parlez de religion.
Mme Val Meredith: Eh bien, il y avait des écoles
confessionnelles, il va maintenant y avoir des écoles
linguistiques. Est-ce que cela va avoir un impact sur les
statistiques?
M. Réjean Lachapelle: Cela m'étonnerait beaucoup.
Mme Val Meredith: Très bien.
M. Réjean Lachapelle: Il serait difficile, de toute façon, de
mesurer un tel impact au moyen du recensement.
Mme Val Meredith: Ma deuxième question est la suivante.
Concernant les enfants dont la langue maternelle n'est ni le
français ni l'anglais—les enfants qui sont nés ici, mais qui,
avant de fréquenter l'école, ne parlent ni le français ni
l'anglais—est-ce que les questions vous permettent de recueillir
des données là-dessus? Pouvez-vous procéder à une ventilation des
données?
M. Réjean Lachapelle: Oui. C'est un sujet qui intéresse
beaucoup de gens. Ces questions visent essentiellement les
personnes qui ne parlent ni le français ni l'anglais.
Mme Val Meredith: Je parle des enfants qui sont nés au Canada
mais qui, lorsqu'ils se présentent à l'école, ne parlent ni
l'anglais ni le français.
M. Réjean Lachapelle: Oui. Toutes les questions posées dans le
cadre du recensement nous fournissent des données sur l'âge, le
sexe, le lieu de naissance, la date à laquelle ils ont immigré. Les
questions consacrées à la langue—elles nous permettent d'établir
si les gens parlent uniquement le français, uniquement l'anglais,
l'anglais et le français, ni le français ni l'anglais, ou seulement
leur langue maternelle. Cela fait beaucoup de données qu'il est
possible de compiler.
Mme Val Meredith: Mais est-ce que vous effectuez une
ventilation de ces données?
M. Réjean Lachapelle: Il n'est évidemment pas possible
d'effectuer un croisement de toutes les données, mais les
utilisateurs peuvent nous demander de le faire. Nous offrons des
services, et il y a beaucoup de personnes qui sont disposées à
répondre à ces questions. Bien entendu, nous imposons des frais
dans le cas de questions détaillées pour lesquelles il n'existe
aucune donnée disponible. Nous devons récupérer les coûts engagés.
Mme Val Meredith: Pour clarifier ce qu'est un Canadien, et
cette situation est peut-être propre à l'Ouest canadien, quand des
enfants de la troisième génération, dont les parents sont d'origine
ethnique diverse, épousent quelqu'un dans la même situation qu'eux,
les enfants de la quatrième génération se trouvent à avoir des
parents qui vont appartenir à une douzaine d'ethnies différentes.
La seule façon pour eux de répondre à cette question, c'est de dire
qu'ils sont d'origine canadienne.
[Français]
[Français]
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Monsieur Plamondon.
M. Louis Plamondon: J'aurai une courte
question suivie de ma vraie question.
Si vous avez mis
«origine canadienne», dans le prochain
recensement, allez-vous ajouter une possibilité
pour ceux qui veulent répondre «québécoise», puisque
c'est plus vieux que «canadienne»? Les Québécois sont là
depuis plus longtemps que les Canadiens, et il y a aussi
les Acadiens qui sont plus vieux, qui sont là depuis
plus longtemps que les Canadiens. Cela vous donnerait
peut-être des statistiques intéressantes.
Avez-vous l'intention de le faire?
En avez-vous discuté?
M. Bruce Petrie: Comme d'habitude, nous sommes en
train de consulter les utilisateurs des données, de faire
des recherches et d'étudier les résultats du récent
recensement.
Au cours des années à venir, on va identifier
les options pour le prochain recensement. Les
décisions ne seront pas prises avant l'an 2000.
M. Louis Plamondon: Voici ma deuxième
question.
Certains experts, lorsqu'ils
parlent du fait français hors Québec, et d'ailleurs
vous le dites vous-même,
disent que l'assimilation se poursuit. Par contre,
comme le disait le sénateur plus tôt, certains,
comme le commissaire, prétendent qu'une
meilleure
structure scolaire, qui amènera des statistiques
administratives
au lieu des vôtres, pourra possiblement
compenser cette continuité, depuis 1951, d'assimilation
et de disparition du français.
Certains experts disent que quand une population décroît
proportionnellement, et c'est ce que vivent les francophones
hors Québec, on appelle cela une disparition
tendancielle. J'aime beaucoup vous citer parce que
vous êtes un expert et je vous demanderais de vous
reporter à un article que
vous avez écrit en 1977 dans Le Devoir.
• 1650
Vous aviez écrit cet article avec certains de vos
collègues et vous aviez dit:
Certains de nos
collègues n'ont peut-être pas aimé l'expression «disparition
tendancielle» employée par l'un des auteurs de cet
article; mais quand une population diminue de 20
à 30 % en 30 ans, elle est en voie de
disparition.
Cela n'est qu'une question de temps, dites-vous, même si
cela peut prendre du temps.
Vous disiez cela le 16 juillet 1977 dans
Le Devoir.
Le sénateur Gérald Beaudoin: Est-ce encore vrai?
M. Louis Plamondon: C'est ce que je veux savoir. Je
veux savoir si c'est encore vrai, puisque le taux d'assimilation des
francophones hors Québec est de 50 p. 100 selon les
dernières statistiques de Statistique Canada. Un
oui ou un non serait suffisant.
M. Réjean Lachapelle: Je suis très heureux d'avoir
fait école, parce que c'est un mot que
j'ai utilisé à cette époque-là. Je dois dire que je
ne l'ai probablement pas utilisé dans les 15 dernières
années, mais j'ai vu que certains de mes collègues,
dont Charles Castonguay, me l'avaient emprunté.
D'un strict point de vue
démographique, c'est quelque chose
qu'on peut considérer. C'est souvent
présenté de cette manière-là, pas seulement
pour les minorités mais aussi pour les populations
nationales. Il y a plusieurs populations nationales,
en Europe en particulier, dont la fécondité est devenue
si faible qu'il y a beaucoup plus de décès que de
naissances à chaque année. C'est le cas en Italie, en
Allemagne, et bientôt en Espagne. Ce genre de phénomène
se retrouve dans des populations nationales, mais
également chez les minorités.
La situation des minorités est un petit peu différente
de celle d'une population nationale. On peut penser que c'est
un territoire et que ce territoire sera
vraisemblablement toujours peuplé.
Je me souviens d'avoir rencontré beaucoup de
francophones à l'extérieur du Québec et d'avoir pas mal
lu sur la question. Un des éléments qu'ils
répètent souvent, et ils n'ont pas tort, c'est qu'on
annonce leur disparition depuis fort longtemps.
J'ai lu des travaux écrits dans
les années 1950 où on annonçait leur disparition, et on
le fait de manière continuelle. C'est certain
qu'actuellement, on assiste à une baisse,
mais est-ce 20 ou 25 p. 100 sur une
génération? Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de
groupes qui aient décliné de 20 à 30 p. 100 sur
une période de 20 à 25 ans à l'extérieur du Québec. Ce
n'est certainement pas au total, parce qu'ils ont été
plutôt en croissance de façon générale
au cours des 25 dernières années.
Mais il peut y avoir
certaines provinces où c'est le cas, oui.
M. Louis Plamondon: Mais la pyramide des
âges les défavorise.
M. Réjean Lachapelle: Oui, la pyramide des âges
les défavorise.
M. Louis Plamondon: Grandement.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): Monsieur Coderre.
M. Denis Coderre: Je pense que je vais écrire une
lettre au quotidien Le Devoir. M. Plamondon
pourra me citer et dire qu'il est plus facile pour le
Bloc de disparaître que pour les Canadiens français. Je
pense que ce serait plus facile à dire.
Une voix: Les conservateurs aussi.
M. Denis Coderre: Les conservateurs aussi.
Des voix: Ah, ah!
M. Denis Coderre: Écoutez, vous vous battrez
entre vous. C'est votre nouvelle coalition. Moi,
cela ne me touche pas.
M. Louis Plamondon: Et les libéraux, ça va très bien?
M. Denis Coderre: Les libéraux, ça va très bien.
J'aimerais peut-être faire une petite critique.
M. Yvon Godin: T'as fait ton travail au Nouveau-Brunswick.
M. Denis Coderre: C'est beau, Yvon!
J'aimerais faire une critique
constructive en ce qui a trait au formulaire.
Le sénateur Jean-Claude Rivest: Enfin!
M. Denis Coderre: Oui, c'est parce que c'est à moi
de parler. Vous avez compris que la critique
constructive, c'est de ce côté-ci que cela se fait.
Je dois avouer que la question numéro 19
m'a un petit peu choqué. Vous dites: «Cette
personne est-elle:», et là vous devez cocher votre
choix: «un Blanc, un Chinois, un Noir». Qu'est-ce qui
justifie qu'on puisse dire Chinois mais qu'on ne puisse
pas dire Africain ou Haïtien? Même si on émet des
exemples, sans vouloir embarquer dans un
débat de «politically correct», je pense qu'il serait
à propos de changer un peu le
genre de questions que vous posez.
Même le terme «Blanc» porte à confusion. Est-ce que
cela veut dire «de la Russie»?
Dans la circonscription de Bourassa, ma
circonscription, il y a des communautés culturelles importantes,
dont 8 000 Haïtiens. Quand on dit «Noir», cela
choque.
• 1655
Je pense qu'il faudrait prendre cela en
considération lorsqu'on écrit un genre de chose. Et ils votent
libéral en plus. Selon moi, si on veut être plus
sensible aux communautés ethnoculturelles,
il faudra revoir le vocabulaire dont on se sert
quand on pose des questions. On a aussi des Italiens
et un «sushi bar». Il y a des Chinois, des Philippins, des
Asiatiques du Sud-Est, etc.
Si on veut avoir des statistiques basées sur la
provenance des communautés culturelles,
il vaudrait mieux diviser la question numéro 19.
J'aimerais que vous me parliez de la
situation des autochtones. Je viens justement d'avoir
des rencontres avec des membres du peuple Métis à cause
de la question de Louis Riel. Avez-vous rassemblé
des statistiques là-dessus? Les autochtones parlent-ils plus
le français? Sont-ils plus bilingues? Quelle est
actuellement la situation des peuples autochtones?
M. Bruce Petrie: Je peux reprendre à la question
concernant les catégories de réponses. Il s'agit de
catégories comme celles spécifiées dans la Loi sur l'équité en
matière d'emploi. Nous avons utilisé ces catégories
parce que le but de cette question était d'identifier
la population des minorités visibles.
M. Denis Coderre: Je suis quand même en désaccord.
Pour les autochtones...
M. Bruce Petrie: On va étudier cette question.
M. Denis Coderre: Je pense que ce serait une
question de sensibilité. Si on veut rapprocher les
communautés, il faut respecter les
sensibilités.
En ce qui a trait aux autochtones, quelle est la situation?
M. Réjean Lachapelle: D'une part, je ne pense pas
qu'on ait encore étudié spécifiquement cette
question-là. On le fera dans le cadre des travaux plus
détaillés que l'on mène. Au recensement de 1991,
on a rendu disponibles beaucoup de données
sur les caractéristiques
linguistiques de la population autochtone, puisqu'il y
avait eu une enquête spéciale de faite sur les
autochtones.
Un certain nombre de publications ont porté
là-dessus. Mais j'avoue que ce n'est pas un domaine où
je me sens à l'aise, parce que je n'ai pas tellement
travaillé sur ce sujet-là.
M. Denis Coderre: Dois-je comprendre de
l'ensemble de votre oeuvre que, finalement, la
langue française progresse au Canada, mais que
le nombre de
francophones diminue?
M. Réjean Lachapelle: Oui, c'est une façon de
résumer la situation.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
J'ai encore un intervenant sur ma liste. Sénateur Fernand Robichaud.
Le sénateur Fernand Robichaud: C'était justement au sujet des
autochtones. Vous nous dites que vous ne pouvez
dire si les autochtones perdent leur langue,
s'ils parlent moins leur langue
maternelle ou s'ils s'assimilent à un autre groupe.
Vous ne pouvez nous donner de chiffres là-dessus
ou des tendances autres que ce qu'on peut constater
dans nos communautés.
M. Réjean Lachapelle: On pourrait le faire, mais
malheureusement, cela n'a pas été fait. On
pourrait le faire parce qu'on a des données sur des
langues maternelles autochtones. On a des informations
sur la langue qu'ils parlent à la maison et sur leur
connaissance des langues autochtones. On
sait s'ils se sont identifiés ou non
comme autochtones et on connaît leur origine ethnique. Il
y a une gamme d'informations très variées sur les populations
autochtones.
Cependant, il faut toujours étudier cela avec prudence,
parce qu'il y a
un certain nombre de réserves qui n'ont pas
accepté de participer au recensement. Donc, c'est un
élément dont il faut tenir compte à chaque recensement.
On fait des estimations pour le total de la
population qui est concernée, mais on ne connaît pas
les caractéristiques de ces personnes-là.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie
Losier-Cool): J'aimerais poser une question qu'on n'a pas
abordée.
Je serais curieuse de savoir si vous avez pu mesurer
l'immigration chez les francophones hors Québec.
Y a-t-il des francophones qui viennent
chez les Acadiens par l'immigration? Si
on fait moins d'enfants, peut-être
faudra-t-il aller chercher d'autres personnes. Est-ce que
cela se mesure ici? Avez-vous pu mesurer cela?
• 1700
M. Réjean Lachapelle: Oui, cela se mesure. Ce n'est
pas un phénomène. Dans une
situation comme celle-là, pour faire un examen
approfondi des données, on peut très bien déterminer parmi
les nouveaux immigrants ceux qui sont de langue
maternelle française. C'est quelque chose qu'il est
possible de mesurer très facilement et nous avons ces
informations.
Ces informations sont disponibles et elles sont déjà
dans le domaine public.
C'est un élément sur lequel je peux terminer
et qui pourrait vous intéresser, vous ou des gens qui
pourraient vous appeler pour vous dire comment procéder
à l'étude de la situation linguistique.
À chaque recensement, nous diffusons les données en
partie sur papier, mais cette fois-ci, nous les
diffusons beaucoup de façon électronique. Énormément
d'informations statistiques sont disponibles sur une
petite disquette qui correspond à l'équivalent de 10 ou
15 publications imprimées, et des informations comme
celles-là sont disponibles.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
Je vous remercie. Monsieur Plamondon, avez-vous
d'autres questions? On aura par la suite une réunion
du comité directeur.
M. Louis Plamondon: C'est justement à ce sujet. Je
pensais qu'il n'y aurait pas de réunion du comité
directeur. Comme il y en aura une, j'attendrai
ce moment-là pour suggérer quelque chose.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
Donc, vous n'avez pas d'autres questions pour
nos témoins?
M. Louis Plamondon: J'en aurais des dizaines, mais
je vais les libérer.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
Il ne me reste qu'à vous remercier, chers messieurs.
M. Yvon Godin: Vous posiez votre question comme si elle n'avait
pas été posée. Je pensais qu'elle était
semblable à celle que j'ai posée quand j'ai
parlé des jeunes qui allaient travailler
ailleurs et qui émigraient.
M. Louis Plamondon: C'était sur la langue de
travail?
M. Yvon Godin: Je demandais s'il y avait une façon de
mesurer cela.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
Y a-t-il des Haïtiens qui
viennent chez nous, en Acadie?
M. Réjean Lachapelle: J'ai les
deux, à la fois pour l'interne et l'externe.
La coprésidente (la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool):
Il ne me reste qu'à vous remercier, chers messieurs.
Les questions ont été intéressantes.
Je demande aux membres du comité directeur de rester.
La séance est levée.