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Délibérations du comité sénatorial permanent des
Affaires sociales, des sciences et de la technologie

Fascicule 23 - Témoignages


OTTAWA, le jeudi 24 mars 2011

Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se réunit aujourd'hui, à 10 h 28, pour étudier le projet de loi C-442, Loi visant à ériger le Monument national de l'Holocauste.

Le sénateur Art Eggleton (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Bienvenue au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.

[Traduction]

Aujourd'hui, nous examinons le projet de loi C-442, Loi visant à ériger le Monument national de l'Holocauste.

Nous allons tenir deux tables rondes. Nous recevons tout d'abord le député d'Edmonton—Sherwood Park, Tim Uppal, qui parraine le projet de loi C-442 à la Chambre des communes. M. Uppal est député depuis la dernière élection, qui a eu lieu en 2008.

Il s'agit d'un projet de loi d'initiative parlementaire, qui a traversé, lentement mais sûrement, les différentes étapes. Il a été adopté à la Chambre des communes en décemb2010.

Bienvenue, monsieur Uppal. Veuillez, je vous prie, nous parler un peu de votre projet de loi.

Tim Uppal, député, Edmonton—Sherwood Park : Je vous sais gré de me donner l'occasion de m'entretenir avec le comité au sujet du projet de loi C-442, Loi visant à ériger le Monument national de l'Holocauste.

Il est important d'avoir un monument national de l'Holocauste puisque le Canada est le seul pays parmi les Alliés à ne pas en avoir. En outre, pour les jeunes qui ont le privilège aujourd'hui de vivre dans un pays comme le Canada, l'Holocauste peut revêtir un caractère tout à fait étranger. C'est une chose qu'ils ont du mal à comprendre parce qu'ils ne peuvent faire de liens avec les atrocités et les horreurs qui se sont produites à cette époque. Les terribles événements liés à l'Holocauste sont un vif témoignage de ce qui peut arriver lorsque les droits de la personne et les droits fondamentaux sont bafoués.

Le monument sera le symbole de la diversité et des valeurs canadiennes autant qu'un hommage aux millions de victimes et de familles anéanties. Il témoignera de l'engagement et de la détermination des Canadiens à ne jamais oublier de telles atrocités et à toujours s'y opposer.

Encore aujourd'hui, certaines personnes nient que l'Holocauste se soit produit. Des dirigeants mondiaux, comme le président de l'Iran, Mahmoud Ahmadinejad, continuent de réfuter sur la scène internationale l'existence même de l'Holocauste. Témoins de l'attaque tragique qui a secoué Jérusalem il y a deux jours, nous ne pouvons oublier la violence qu'engendre l'antisémitisme.

J'ai eu le privilège d'aller en Israël il y a quelques années. Non seulement j'ai appris l'histoire de la région et du peuple juif, mais j'ai aussi compris que l'Holocauste avait laissé des empreintes profondes sur les victimes, les survivants et les générations qui ont suivi. Cette expérience m'a convaincu encore davantage du bien-fondé de ce projet de loi, que j'avais déjà présenté, et de l'importance de faire en sorte que les jeunes Canadiens se souviennent de l'Holocauste et qu'ils se sentent concernés.

Je suis ravi que le projet de loi ait été appuyé par tous les partis de la Chambre, puisque cette question n'a pas de caractère partisan. Elle est importante pour tous les partis. Je me suis entretenu avec les membres de tous les partis, qui m'ont accordé un appui formidable. Le premier ministre m'a d'ailleurs fortement encouragé à présenter ce projet de loi.

Il y a une histoire derrière ce projet de loi. C'est une étudiante, Laura Grosman, qui a eu l'idée d'un projet de loi d'initiative parlementaire proposant l'édification d'un monument national de l'Holocauste. Elle a présenté son idée à l'ex-députée Susan Kadis, qui l'a ensuite soumise à la Chambre. Malheureusement, le projet de loi est mort au Feuilleton. Susan Kadis n'a pas été réélue. Toutefois, le député Peter Kent a promis à Laura Grosman qu'il allait en faire un projet de loi d'initiative parlementaire. Le député est devenu ministre et, à ce titre, il n'était plus en mesure de présenter un projet de loi d'initiative parlementaire. Il s'est donc adressé à moi en raison de mon ordre de préséance, qui était relativement avantageux. Ce fut un honneur pour moi de parrainer ce projet de loi. Il a reçu l'appui de tout un éventail de groupes et d'organisations, comme le Congrès juif canadien et le B'nai Brith; d'autres organismes ont également signifié leur appui par écrit.

Je vous remercie d'étudier ce projet de loi et de tenter de l'adopter le plus tôt possible. Il est important pour un si grand nombre de personnes. Il importe de faire en sorte qu'il reçoive la sanction royale le plus tôt possible. Je vous remercie.

Le président : Merci. J'aimerais tout d'abord vous poser quelques questions. Quel serait, selon vous, le processus de sélection qui serait mis en place pour l'établissement du conseil d'édification du monument national de l'Holocauste? Demanderez-vous à des organismes de proposer des candidats? Comment voyez-vous tout cela?

M. Uppal : Selon moi, les personnes intéressées pourraient soumettre leur candidature. Une invitation devrait être lancée aux Canadiens et aux organismes intéressés. Les gens qui connaissent le sujet, qui se sont engagés à sensibiliser les autres à ce qu'est l'Holocauste et qui ont un lien avec l'Holocauste devraient être mis à contribution. Ces personnes devraient présenter leur candidature, et une sélection serait faite suivant un processus que le ministre aurait établi. Il conviendrait d'établir un petit comité. On peut faire quelque chose avec cinq personnes.

Le président : C'est un bon point. Ce comité continuerait-il d'exister indéfiniment, même après l'édification du monument? Je ne vois aucune disposition ici qui prévoit sa dissolution.

M. Uppal : Une fois l'argent recueilli et le monument érigé, on prévoit que les fonds seront transférés au ministère, qui sera responsable du monument. Le comité serait alors officiellement dissous. Les gens qui sont attachés à ce monument devraient probablement poursuivre l'œuvre d'éducation. Il devrait s'ensuivre des efforts d'éducation. Beaucoup de gens viennent à Ottawa chaque année, des étudiants, des visiteurs d'ici et de tous les coins du monde. Il faudrait déployer un certain effort pour les sensibiliser également, même au-delà de cette structure. Les gens qui se seront impliqués depuis le début voudront probablement contribuer aussi à cette éducation.

Le président : Une cérémonie commémorative a lieu tous les ans. Elle est prévue pour le 2 mai cette année. Cette cérémonie a été instituée par une loi dont j'ai été l'un des parrains à l'époque où j'étais député. Elle avait lieu auparavant sur la Colline du Parlement. Toutefois, depuis quelques années, elle se déroule au Musée de la guerre. Voyez-vous un lien entre le monument et cette cérémonie?

M. Uppal : De façon générale, je vois effectivement un lien entre les deux. C'est toujours une bonne chose de réunir différents événements. À l'heure actuelle, nous ne savons pas exactement à quel endroit ce monument sera érigé. C'est la Commission de la capitale nationale qui doit désigner l'emplacement et le terrain lui-même. Nous ne savons pas non plus quelle en sera la taille et l'étendue. Ce seront les personnes concernées qui décideront de la taille du monument et de ce qu'ils veulent en faire. Toutefois, si c'est convenable, cette cérémonie pourrait se tenir à l'emplacement du monument; sinon, au Musée de la guerre, qui est un trésor national en soi.

Le président : Merci. Je vous félicite pour les efforts que vous mettez dans ce projet.

M. Uppal : Merci.

Le sénateur Eaton : Monsieur Uppal, je vous remercie. Il ne fait aucun doute que le Canada a fait des choses terribles à nos amis juifs en les empêchant de se réfugier ici avant la Seconde Guerre mondiale. Je remarque ici que Daniel Libeskind a érigé un monument commémoratif au Quai 21. Vous parlez d'éducation. Or, comme nous avons un mémorial au Quai 21, où le navire a été renvoyé en mer, je me demande s'il ne conviendrait pas davantage, si l'effet ne serait pas plus percutant si le monument avait un lien avec le magnifique musée consacré aux droits de la personne que le gouvernement fédéral est en train de construire à Winnipeg.

M. Uppal : Nous attendons ce musée avec impatience. Il importe d'agir dans différentes régions du pays. Les efforts d'éducation doivent être déployés partout au pays. Je me suis entretenu avec divers intervenants à ce sujet. Le fait d'établir un monument national dans la capitale du Canada a un certain impact. Il témoigne de la valeur que nous attachons à cela, en tant que pays. On a constaté qu'un monument national érigé dans la capitale du pays signifie vraiment quelque chose pour les gens.

Je crois que le fait d'ériger ce monument national ici, dans la capitale, n'enlèvera rien aux autres initiatives qui sont menées sur la côte, au Quai 21. Ces initiatives sont fantastiques et permettront d'en apprendre beaucoup plus sur l'histoire du Canada, et même sur son côté sombre. Bien sûr, il y a aussi le musée des droits de la personne. Bon nombre d'autres atrocités et d'autres choses seront reconnues à ce musée, comme il se doit.

L'un n'empêche pas l'autre. Les gens qui appuient ce projet de loi et avec qui je me suis entretenu sont d'avis que quelque chose doit être fait dans la capitale nationale.

Le sénateur Eaton : Y a-t-il un monument à Paris et à Londres? Je suis allée plus d'une fois à Yad Vashem, en Israël, mais je n'ai jamais vu de mémorial de l'Holocauste à Londres ou à Paris.

M. Uppal : Il y en a un à Amsterdam, à Budapest, à Londres, à Paris, à Washington et à Berlin. Des monuments nationaux à la mémoire de l'Holocauste ont été érigés dans bien d'autres pays.

Le sénateur Callbeck : Je vous félicite pour votre premier projet de loi d'initiative parlementaire. J'ai quelques questions à poser à son sujet.

Le conseil sera établi, et toute personne qui manifeste un vif intérêt pour l'Holocauste, qui a des liens avec l'Holocauste ou qui connaît bien ce sujet peut poser sa candidature. Aucune rémunération ne sera versée. Qu'en est-il des coûts de déplacement? Si on ne rembourse pas les dépenses de déplacement, on favorise les gens qui vivent dans la région, puisque le voyage est assez coûteux à partir de l'Île-du-Prince-Édouard ou de Vancouver.

M. Uppal : C'est exact. Vous avez raison à ce sujet, et j'envisagerais une certaine représentation de toutes les régions du pays. Nous devons avoir un représentant de l'Ouest. Certaines personnes ont déjà manifesté leur intérêt, dont un rabbin d'Edmonton.

Lorsque le comité sera constitué, on lui demandera de mettre sur pied un organisme à but non lucratif. Comme pour n'importe quelle autre organisation de ce type, les coûts peuvent être remboursés, et les frais de déplacement en feraient certainement partie.

À mon avis, il était important de faire en sorte que les membres du comité n'occupent pas des postes rémunérés. Toutefois, je crois qu'il est raisonnable de demander de rembourser certaines dépenses, grâce aux fonds recueillis dans le cadre des activités de financement prévues.

Le sénateur Callbeck : Je me pose des questions au sujet des membres du conseil. Ils seront responsables des activités de financement. Le projet de loi précise que le conseil mènera une campagne de financement afin de payer les frais de construction. À la lecture du projet de loi, je croyais que le conseil cesserait d'exister après la construction du monument. Vous dites qu'il s'occuperait aussi de programmes éducatifs. Le mandat des membres du conseil aurait-il une durée définie?

M. Uppal : Non, je répondais plutôt à la question du sénateur Eggleton, qui demandait si le conseil aurait un lien avec le monument par la suite. Officiellement, les fonds seront transférés à un moment donné, et le comité comme tel sera dissous. Toutefois, je crois et j'espère que les gens qui ont un lien avec le monument depuis le début continueront de plaider en faveur d'une éducation et de faire connaître ce monument.

Le projet de loi ne prévoit pas la création d'un comité officiel chargé de l'éducation. Il existe d'excellentes organisations qui pourront probablement assumer ce rôle, mais le comité qui sera officiellement établi par le ministre sera dissous lorsque le monument sera érigé.

Le sénateur Callbeck : Ce n'est pas prévu dans le projet de loi.

M. Uppal : Il y a un article qui prévoit le transfert de tous les fonds.

Le sénateur Callbeck : Je l'ai vu.

On dit que le comité adoptera des règlements administratifs pour l'exercice de ses fonctions. Ces règlements seront-ils approuvés par le ministre?

M. Uppal : Je suppose qu'on suivrait les pratiques habituelles. J'ai fait partie d'un certain nombre d'organisations, comme plusieurs d'entre vous sans doute. Si ce sont des gens bien intentionnés, ils adopteront des règlements qui aideront l'organisation à bien jouer son rôle, qui est de recueillir des fonds pour la construction du monument. Le projet de loi ne précise pas que ces règlements doivent être officiellement approuvés par le ministre, mais je suis certain que le ministre interviendra d'une façon quelconque.

Le sénateur Callbeck : Avez-vous une idée des coûts?

M. Uppal : Non je n'ai pas précisé cet élément. J'ai omis intentionnellement d'indiquer un chiffre, parce que je crois que cette question relève de l'organisation qui sera établie. Cela relèvera des gens à qui on s'adressera.

Je me suis entretenu avec des organisations et des intervenants qui ont des idées grandioses et audacieuses de ce que devrait être ce monument, et je me suis entretenu avec d'autres qui croient qu'il vaudrait mieux faire les choses très simplement. Nous laisserons le comité décider de cela.

Le sénateur Martin : Vous avez déjà répondu à l'une de mes questions, à savoir comment vous en êtes venu à parrainer ce projet de loi. Vous nous avez parlé de l'histoire et de ce que vous avez appris lors de votre voyage en Israël; je vous remercie de nous donner cet éclairage.

Vous avez mentionné également, dans une de vos réponses, qu'il y a des gens qui appuient ce projet de loi. J'aimerais savoir quel genre de soutien ce projet de loi a reçu, non seulement au sein de la communauté juive, mais dans l'ensemble du Canada. Comme vous le dites, c'est quelque chose d'important pour les Canadiens, qui correspond aux valeurs que nous partageons et que nous voulons défendre. Quel genre d'appui avez-vous reçu pour ce projet de loi, et qu'avez-vous personnellement constaté?

M. Uppal : Depuis que je parraine ce projet de loi et que je voyage partout au pays — pour parler précisément de ce projet de loi ou d'autres questions —, je reçois un appui extraordinaire des Canadiens moyens. Tout d'abord, ils sont étonnés que nous n'ayons pas de monument national de l'Holocauste; ils croient fermement qu'il faut se souvenir de l'Holocauste de cette façon dans la capitale nationale et ils sont prêts à appuyer ce projet.

C'est l'une des raisons pour lesquelles je crois vraiment que si nous avons l'adhésion des Canadiens — l'idée que les Canadiens eux-mêmes vont donner de l'argent pour la construction du monument —, de nombreuses personnes que je rencontre sont prêtes à prendre de l'argent de leurs propres poches pour cette construction.

Cela dépasse la communauté juive. Je sais que de nombreux organismes juifs et membres de la communauté juive appuient ce projet sans hésiter. Toutefois, j'ai parlé à bien des gens, et je crois que l'appui dépasse la communauté juive. Les gens sont d'avis que c'est une initiative importante pour le Canada et ils sont prêts à le soutenir personnellement, notamment par des dons personnels.

En outre, différentes organisations religieuses ont réagi. Des membres de la communauté sikhe sont venus me voir pour me demander comment ils pouvaient mettre la main à la pâte. Je sais que nous bénéficierons d'un appui solide de la part de Canadiens venant de milieux très diversifiés.

Le sénateur Martin : Pour revenir au rôle du ministre, je crois que cette façon de faire est intéressante. Les représentants du ministère ont dit qu'ils travailleraient avec le ministre et le conseil pour mener à bien la mise en œuvre du plan et la construction du monument.

J'ai dit que si le gouvernement accordait un financement, il créerait un précédent. Toutefois, on ne demande pas d'argent ici et il y a des organisations qui sont prêtes à mener des activités de financement, ce qui est un point très important.

À l'opposé de l'appui que vous avez reçu à la Chambre, ou de la part d'autres organisations, quelles préoccupations ont été soulevées et comment y avez-vous répondu?

M. Uppal : Je dirais que l'une des préoccupations soulevées concerne le financement. Certaines personnes ont dit qu'on demande à la communauté juive de financer ce projet. Je ne suis pas d'accord là-dessus. C'est là une initiative que les Canadiens sont très heureux de soutenir. Je me suis entretenu avec eux. C'est une initiative pour laquelle ils sont prêts à consentir un don. Ce projet ne concerne pas seulement la communauté juive.

Cela étant dit, les organismes au sein de la communauté juive se disent ravis de prendre part à ce projet et sont prêts à contribuer aux activités de financement.

Je peux comprendre cette inquiétude, mais je crois que c'est la meilleure façon de procéder. Il s'agit toujours d'un partenariat avec le gouvernement puisque le terrain sera fourni par la Commission de la capitale nationale et que le ministère veillera à rassembler tous les morceaux du casse-tête pour que ce monument soit érigé.

Le sénateur Martin : Je ne me souviens pas si un endroit a été désigné.

M. Uppal : Non, le projet de loi prévoit qu'un terrain approprié sera choisi. À cet égard également, je crois qu'il faudrait consulter les Canadiens, consulter le comité lui-même et le ministre, pour ce qui est du choix du terrain.

Le sénateur Martin : C'est tout un processus. Je vous remercie des efforts que vous consacrez à ce projet. Je peux vous assurer de mon appui également.

M. Uppal : Je vous remercie.

Le sénateur Demers : Je n'étais pas très au courant du projet de loi puisque j'ai dû m'absenter pour des raisons de santé. Je suis déjà allé en Israël pendant trois semaines. J'ai des amis juifs qui sont particulièrement importants pour moi. Nous avons d'ailleurs un événement qui aura lieu à Montréal ce dimanche. Je suis tout à fait en faveur du projet. C'est une question extrêmement délicate, mais au Canada, il semble que nous n'ayons pas sensibilisé les gens à l'Holocauste, et je crois qu'il s'agit d'une bonne occasion d'y remédier. Je ne dis pas que personne n'est au courant. Lorsque ce monument sera construit ou en voie d'être construit, prendra-t-on des mesures pour sensibiliser les gens à la situation incroyable que le peuple juif a vécue? Nous devons éduquer les gens de l'extérieur de la communauté juive et leur montrer ce dont il s'agit. Avez-vous des plans à cet effet?

M. Uppal : Vous avez absolument raison. La communauté juive a réussi à faire en sorte que ses jeunes soient au courant de l'Holocauste. Lorsque je rencontre de jeunes juifs, je suis passablement impressionné par toute la connaissance qu'ils ont de leur propre histoire. C'est très important d'avoir fait cela. Certaines organisations communautaires aident de jeunes étudiants juifs à obtenir du financement pour se rendre en Israël et apprendre ce qu'il en est. Je me suis entretenu avec d'autres organismes et d'autres communautés qui, selon moi, devraient s'inspirer de ce modèle pour enseigner à leurs jeunes tous les pans de leur histoire.

Comme vous l'avez dit, cet enseignement doit être élargi et offert aux Canadiens moyens. Je crois que nos écoles doivent être mises à contribution. Je suis convaincu que certaines organisations juives ont déjà pris cette initiative. Lorsque j'étais à l'école, on nous a enseigné des choses au sujet de l'Holocauste, mais il semble que ce ne soit pas suffisant. Apprendre l'histoire dans un livre n'est jamais pareil, à moins que vous puissiez voir des choses. Que ce soit dans un musée qui sera construit à Winnipeg, que ce soit au Quai 21 sur la côte Est, ou avec un monument à Ottawa, vous apprendrez davantage si vous avez ces grands établissements. Au moment où l'appel aux candidatures sera lancé et où l'effort de financement sera mis en branle partout au pays, les gens en sauront davantage au sujet de l'Holocauste et de l'importance de son souvenir.

La simple construction de ce monument fera partie de l'éducation des Canadiens.

Le sénateur Ogilvie : Merci, monsieur Uppal. Je tiens à me joindre à mes collègues pour vous féliciter d'avoir été en mesure de faire adopter ce projet de loi et de l'avoir mené aussi rapidement à cette étape-ci.

Il s'agit d'un pan très important de l'histoire qu'il ne faut jamais oublier et dont la société doit continuer de tirer des leçons, qui sont essentielles pour le développement de l'humanité.

J'aimerais faire une observation sur les questions que le sénateur Callbeck et d'autres ont soulevées tout à l'heure à propos du conseil et de l'organisation. J'ai l'impression qu'on suit une séquence remarquablement simple et logique d'étapes pour traiter de quelque chose d'aussi important, sans parler d'une organisation très bien définie. Quant à la nomination et à la durée du mandat des membres du conseil, entre autres, ce genre de choses serait normalement réglé une fois que le conseil aurait adopté les règlements administratifs.

M. Uppal : Oui.

Le sénateur Ogilvie : Tous les aspects ayant trait à la structure, à l'administration et à la poursuite des activités, y compris la possibilité de dissolution, sont des questions qu'une organisation définirait normalement dans ses règlements administratifs, et c'est ce qui est clairement dit dans le projet de loi. Alors, pour répondre aux questions qui ont été posées, je dirais que c'est là où ces détails seront arrêtés, et c'est une façon très importante de régler ces choses.

Enfin, pour ce qui est de la possibilité de surveillance, vous avez prévu que le conseil doit remettre son rapport annuel au ministre. Il s'agit d'une loi du Parlement et, par conséquent, il y a de facto une surveillance continue de la mise en application de cette loi et la possibilité de remédier à toute incongruité qui pourrait survenir sur le plan de la direction. Toutefois, je suis convaincu que la façon dont vous avez conçu tout cela, et la nature de ce monument particulier, est telle que nous n'aurons probablement pas besoin de nous inquiéter de certaines choses qui pourraient normalement susciter des inquiétudes, et les règlements administratifs nous permettent d'assurer une surveillance de cette façon. Encore une fois, je vous félicite.

M. Uppal : Merci.

Le président : Il est d'accord avec vous.

Le sénateur Seidman : J'aimerais me joindre à mes collègues pour vous féliciter pour ce projet de loi. Je sais que tous les partis l'ont appuyé à la Chambre. Je vois aussi qu'il a été modifié. Pouvez-vous nous parler des amendements et de ce qui a engendré ces amendements?

M. Uppal : Je crois qu'un ou deux des amendements adoptés ont été proposés en comité parlementaire. Un amendement a été fait pour préciser qu'on n'empêcherait pas le gouvernement de verser des fonds pour ce monument. C'est là une précision que les députés ont jugé bon d'ajouter, si bien que si le gouvernement veut contribuer au financement, il peut le faire, au besoin.

L'amendement concernant la supervision a aussi été ajouté par le comité. Ce sont deux amendements qui sont utiles, à mon avis. Je ne me souviens pas si le comité a proposé d'autres amendements mineurs, mais je dois préciser que le projet de loi a conservé la même portée et la même intention. Plusieurs choses ont été ajoutées par d'autres députés pour que ce projet de loi soit plus clair et plus complet.

Le sénateur Seidman : Vous dites que c'était pour donner plus de transparence et de responsabilisation au conseil.

M. Uppal : Oui. C'est toujours une bonne chose.

Le sénateur Seidman : Merci beaucoup. Bonne chance.

Le sénateur Dyck : J'aimerais, moi aussi, vous féliciter d'avoir présenté ce projet de loi. Il est très important pour nous, au Canada et partout dans le monde, de reconnaître la fragilité de la nature humaine ainsi que le côté sombre de la nature humaine et de reconnaître combien il est facile de sombrer dans l'horrible. Un monument nous rappelle cela et nous empêche de l'oublier.

J'ai deux petites questions à vous poser. La première concerne les activités de financement. Je me demande si vous avez songé aux dons de société. Cette question relève probablement du conseil, mais durant la rédaction du projet de loi, vous avez probablement songé aux dons de société et à la possibilité d'inscrire sur le monument les noms des donateurs, ce genre de choses.

M. Uppal : Ayant pris part à d'autres activités de financement, que ce soit pour un hôpital ou d'autres initiatives communautaires, je sais que c'est habituellement un aspect très important du financement — lorsque vous entrez dans un hôpital pour enfants, vous voyez le nom des familles qui ont consenti des dons à l'établissement.

Dans ce cas-ci, ce serait au comité de décider si ces inscriptions seraient appropriées ou non. Je suppose que si la chose était faite avec goût, ce serait sans doute un incitatif au financement, et les organisations ou même les sociétés pourraient ainsi montrer leur lien avec le monument. Il faudrait que ce soit fait avec goût, puisque ce monument se distingue de toutes les autres activités de financement.

Le sénateur Dyck : Ma deuxième question porte sur les consultations publiques. Avez-vous une idée de la façon dont ces consultations se dérouleront? Seront-elles menées partout au Canada? Cela nous amène à la question des ressources. Est-ce le bureau du ministre qui fournira les ressources nécessaires à la tenue des consultations partout au pays?

M. Uppal : Je crois qu'elles devraient être tenues partout au Canada. La consultation publique est importante. Grâce aux nouvelles technologies, il y a de nombreux moyens de faire participer les gens. Hier soir, j'ai eu l'occasion de prendre la parole à propos de ce projet de loi dans le cadre d'une assemblée publique à distance. Un de mes amis, Mark Adler, avait organisé cette assemblée. À un moment donné, plus de 2 700 personnes suivaient l'audioconférence sur ce projet de loi, ce qu'il implique et la façon dont un véritable monument en découlera. Nous disposons de nombreux moyens pour consulter le public, que ce soit par Internet ou en personne. C'est très utile.

Le sénateur Cordy : Je vous félicite d'avoir réussi à faire avancer ce projet de loi. C'est une excellente idée d'avoir ce monument à Ottawa. J'ai moi-même visité des musées et vu des monuments à la mémoire de l'Holocauste. C'est très touchant et il faut avoir ces choses pour que les gens se souviennent de l'histoire et ne répètent pas les mêmes erreurs. À mesure que le temps passe et nous éloigne du passé, le souvenir de ces événements s'estompe dans l'esprit des gens. Ce monument est un bon moyen de ne pas oublier. Je suis originaire de la Nouvelle-Écosse. Nous avons le Musée canadien de l'immigration au Quai 21 qui, je tiens à le préciser pour ceux qui ne l'ont pas vu, est fascinant. Nous devons toute notre gratitude à Ruth Goldbloom pour ce qu'elle a fait au Quai 21.

Pourquoi avons-nous besoin d'un projet de loi pour construire le musée? Il me semble qu'un groupe de Canadiens peut unir ses efforts et faire cela. Je ne dis pas que nous ne devons pas avoir le projet de loi. Toutefois, je ne sais pas pourquoi nous avons besoin d'un projet de loi pour ériger pareil monument.

M. Uppal : Vous avez raison. J'étais étonné que nous n'ayons pas déjà un monument. Il y a tant de choses à faire lorsqu'on dirige un pays et tant de choses qui se passent dans le monde. Il faut peut-être quelqu'un pour porter le flambeau. Je ne suis pas le premier à avoir présenté cette idée. Toutefois, j'espère que nous réussirons à ériger ce monument. Vous avez raison. Il y a de nombreuses années, une idée pareille à celle-là aurait pu être proposée.

Le sénateur Cordy : Toutefois, d'un point de vue juridique, avons-nous besoin d'un projet de loi pour construire un monument?

M. Uppal : C'est exact. En principe, il faut que la Commission de la capitale nationale fasse don du terrain. De nombreuses choses entrent en ligne de compte pour qu'on puisse recueillir des fonds et construire un monument sur un terrain public. De nombreux aspects juridiques entrent en jeu.

Supposons qu'une organisation privée dise : « Nous avançons l'argent. Où pouvons-nous ériger ce monument? » Pour que ce soit un monument national commémorant l'Holocauste, il doit avoir un lien avec le gouvernement du Canada et se trouver en terre canadienne. Il doit y avoir ce lien juridique.

Le sénateur Cordy : Au moins, le monument sera érigé. C'est ce qui importe.

M. Uppal : Je suis d'accord avec vous.

Le sénateur Braley : C'est un excellent projet de loi et il sera accueilli avec enthousiasme partout au pays.

L'article 6 du projet de loi précise ceci : « choisit un terrain public approprié ». Est-ce à dire qu'il est impossible d'acheter un terrain?

M. Uppal : Ce sera à la Commission de la capitale nationale de décider.

Le sénateur Braley : A-t-on prévu que ce serait sur un terrain qu'elle possède déjà?

M. Uppal : Oui. La CCN possède beaucoup de terrains dans la région d'Ottawa. Elle devrait trouver un terrain convenable sans difficulté.

Le sénateur Braley : Je posais simplement la question.

Le paragraphe 7(2) dit ceci : « Le Conseil mène une campagne de financement afin de payer les frais de construction du Monument ». Prévoit-on que le conseil recueillera tout l'argent, même si on a ajouté l'autre paragraphe un peu plus loin?

M. Uppal : Oui, c'est possible. Je fais totalement confiance à ceux qui appuient l'érection de ce monument; l'argent nécessaire sera recueilli.

Le sénateur Braley : Le conseil sera-t-il dissous lorsque tous les fonds seront transférés après la construction du monument, ou le conseil continuera-t-il d'exister pour recueillir les fonds afin de couvrir les coûts d'exploitation?

M. Uppal : Ce n'était pas clair. Il faut préciser la question au moyen d'un amendement. Parfois, l'intention du projet de loi n'est pas claire.

J'avais prévu que les fonds recueillis couvriraient aussi l'entretien. Il n'y a pas vraiment de coûts d'exploitation, parce que c'est un monument. Par contre, s'il y a assez d'argent pour couvrir aussi cet aspect, c'est merveilleux. Ce n'était pas aussi précis dans le projet de loi. Nous avons essayé d'adopter un amendement qui préciserait davantage cet aspect. J'ai bon espoir qu'il y aura suffisamment d'argent pour l'entretenir.

Le sénateur Merchant : Je suis heureuse que nous ayons trouvé des façons de nous souvenir des sacrifices de ces gens. Nous, en tant que Canadiens, connaissons l'Holocauste. Cependant, ce concept est plus étranger aux jeunes générations, comme nos enfants et nos petits-enfants. Mon père a combattu dans la Seconde Guerre mondiale sous le drapeau grec. Nous sommes Grecs, et il vivait en Grèce à cette époque. Le père de mon mari a servi dans l'armée britannique au nom du Canada. Il a été tué en Hollande en 1944. Leurs sacrifices et ceux de millions d'autres devraient être soulignés. Chaque fois que nous nous regroupons pour le faire, c'est positif. Vous avez élaboré ce projet de loi et vous avez réfléchi au processus pour le mener à bien. Ce projet est louable, et je vous souhaite un très grand succès.

Le président : Cela termine le tour de table. Tout le monde a eu l'occasion de faire des commentaires et de poser des questions. Jusqu'à présent, le projet de loi semble faire l'unanimité; cependant, nous avons d'autres témoins à entendre. Merci.

Nous laisserons le temps aux témoins de s'installer. Si vous avez le temps, je vous invite à rester et à vous asseoir dans le public.

M. Uppal : Avec plaisir.

Le président : Je souhaite maintenant la bienvenue à notre deuxième groupe de témoins pour discuter du projet de loi C-442. Nous accueillons deux témoins aujourd'hui. Un troisième, le B'nai Brith Canada, a envoyé une lettre qui vous a été distribuée.

Nous entendrons donc le directeur général du Congrès juif canadien, le CJC, Bernie M. Farber. Le Congrès juif canadien est un organisme qui assure une défense proactive de la sécurité, du statut et des droits de la communauté juive canadienne et qui milite au nom de la communauté pour atteindre ces objectifs.

La Canadian Society for Yad Vashem est représentée par son directeur exécutif, Yaron Ashkenazi. Yad Vashem est le centre éducatif et commémoratif de l'Holocauste à Jérusalem, et la Canadian Society for Yad Vashem est l'organisme le représentant au Canada. Cet organisme sensibilise tous les Canadiens à l'Holocauste et à sa leçon universelle par la promotion d'initiatives éducatives.

Aux fins du compte rendu, je suis administrateur à titre honorifique de la Canadian Society for Yad Vashem depuis plusieurs années, mais je n'ai aucun intérêt financier dans l'organisme ou le projet en question dans le projet de loi.

Cela étant dit, j'aimerais demander aux témoins de nous présenter brièvement leur exposé. Vous avez entre cinq et sept minutes. C'est M. Farber qui commence.

[Français]

Bernie M. Farber, chef de la direction, Congrès juif canadien : Je vous remercie, monsieur le président. Je suis heureux d'être avec vous aujourd'hui. Je vous remercie de l'invitation de vous présenter le point de vue de la communauté juive sur un monument national de l'Holocauste et le projet de loi C-442.

[Traduction]

Permettez-moi d'abord d'exprimer mes plus sincères remerciements aux parrains de cet important projet de loi émanant d'un député : le député Tim Uppal, qui vient de témoigner, et les sénateurs Tardif et Harb. J'aimerais aussi rendre hommage tout spécialement à Laura Grosman, la directrice du Projet canadien de commémoration de l'Holocauste, dont la clairvoyance, la détermination et la ténacité ont mené le projet où il en est actuellement.

Honorables sénateurs, d'entrée de jeu, j'aimerais exposer clairement et sans équivoque notre position concernant le projet de loi C-442. Le CJC, la communauté juive du Canada et les représentants des survivants de l'Holocauste en son sein appuient de tout cœur le projet de loi tel que vous l'avez reçu de la Chambre des communes. Nous ne demandons aucune modification, aucun amendement.

Je peux vous assurer qu'au cours des deux décennies et des poussières que j'ai passées à défendre des idées sur la Colline du Parlement, j'ai développé un profond respect et une profonde admiration pour l'important travail que le Sénat accomplit. J'ai été témoin de brillantes contributions du Sénat en matière de mesures législatives et de politiques publiques. En effet, nous avons trop de respect pour le Sénat pour simplement vous demander d'entériner d'office un projet de loi de la Chambre des communes, et ce n'est pas ce qui se passe ici. Bien que nous considérions le Monument de l'Holocauste comme un site très important pour tous les Canadiens, vous entendez aujourd'hui les principaux acteurs de la communauté vous dire qu'ils appuient le projet de loi en question.

Honorables sénateurs, c'est avec le plus grand respect que je vous dis que lorsque vous aurez entendu les témoins aujourd'hui, votre travail sera terminé. Nous vous implorons de retourner le projet de loi au Sénat sans l'amender pour qu'il soit adopté en troisième lecture et qu'il reçoive la sanction royale le plus rapidement possible.

Sénateurs, permettez-moi d'être direct — et les gens qui me connaissent savent que je peux l'être parfois —, mais le temps joue contre nous. Un éminent philosophe, Yogi Berra, a déjà dit qu'il était difficile de faire des prédictions, surtout sur l'avenir. Néanmoins, il ne faut pas un doctorat en sciences politiques pour comprendre qu'il y a de fortes chances que des élections générales soient déclenchées — ce qui signifierait, encore une fois, la mort regrettable du projet de loi C-442.

Je dis « encore une fois », parce que, comme vous le savez, ce projet de loi n'est pas né d'hier. Je profite de l'occasion pour remercier l'ancienne députée Susan Kadis et la députée Anita Neville, qui ont parrainé les prédécesseurs de ce projet de loi qui sont morts au Feuilleton. Je m'en voudrais aussi de ne pas remercier mon ami et mon député, Peter Kent, de son soutien inestimable au sujet du projet de loi C-442.

Bref, nous devons agir rapidement avec ce projet de loi pour qu'il reçoive la sanction royale avant que le bref électoral ne soit émis. Comme il est écrit dans l'Écclésiaste, il y a un temps pour réfléchir et il y a un temps pour agir. Je crois que la réflexion est terminée et qu'il faut agir maintenant.

Sénateurs, le temps joue aussi contre nous, parce qu'il est compté pour les survivants de l'Holocauste qui ont immigré au Canada après la Guerre et qui ont apporté beaucoup à tous les aspects de la société canadienne. Les souvenirs de ce qu'ils ont vécu sont gravés dans leur mémoire, et ces survivants témoignent de la haine et de la brutalité dont les gens ont fait preuve au nom de la « solution finale ». Avec sobre dignité, ils nous implorent non seulement de nous rappeler les leçons apprises, mais aussi d'aller de l'avant et de les mettre en pratique.

Le monument parlera avec éloquence en leur nom lorsque leurs voix seront éteintes et qu'ils ne seront plus parmi nous pour témoigner de leurs expériences personnelles. Cependant, si je peux être direct encore une fois, les survivants méritent de voir ce monument de leur vivant, et nous ne devons pas les laisser tomber.

Dans son incroyable déclaration prononcée le 23 mars 2000, à Yad Vashem, où se trouve le monument commémoratif et le musée de l'Holocauste en Israël, le pape Jean-Paul II a dit :

Le monde doit prêter attention à l'avertissement qui provient des victimes de l'Holocauste et du témoignage des survivants.

Je suis ici devant vous en leur nom. Je suis ici au nom de Mendele, qui a survécu au massacre des habitants de son village en faisant le mort sous les cadavres des membres de sa famille et de ses amis et qui a combattu les nazis aux côtés des partisans. Je suis ici au nom de Nathan, qui a vu sa mère et sa jeune sœur être envoyées aux chambres à gaz de Auschwitz-Birkenau à la suite d'une décision fatale de Josef Mengele. Je suis ici au nom de Bronya, qui a bravement combattu les nazis dans le ghetto de Varsovie alors que tout était contre elle, et qui a survécu aux camps d'extermination.

Je suis ici au nom de Max, qui a perdu toute sa famille pendant la Shoah et qui a combattu aux côtés des partisans avant de venir s'installer au Canada pour rebâtir sa vie et voir son fils aîné devenir directeur général du Congrès juif canadien. Enfin, je suis ici au nom de mes deux demi-frères, Yitzhak et Shalom, dont j'entends encore les cris dans mon sommeil.

Sénateurs, le Canada est pratiquement le seul pays occidental à ne pas avoir un monument dédié à l'Holocauste dans sa capitale, et le projet de loi vise à rectifier la situation. Le monument rendra hommage adéquatement aux victimes et aux survivants de l'Holocauste, mais il honorera aussi les sacrifices incroyables des soldats canadiens au cours de la Seconde Guerre mondiale et leurs contributions exceptionnelles à la chute du nazisme.

Ce monument préservera davantage la mémoire sacrée « des justes parmi les nations » : les non-Juifs altruistes qui ont risqué leur vie et la vie de leur famille pour sauver les Juifs pendant la guerre.

En tant que capitale du Canada, Ottawa est la ville de tous les Canadiens et est le siège des corps diplomatiques internationaux. Ce monument deviendra sans aucun doute un attrait à ne pas manquer dans la capitale pour les milliers d'élèves et de visiteurs qui se rendent à Ottawa chaque année. Un monument dédié à l'Holocauste parrainé par le gouvernement fédéral dans la région de la capitale nationale permettra de rappeler à tous les visiteurs canadiens et étrangers les conséquences de la haine et de la xénophobie encore présentes dans le monde.

Il rappellera qu'il faut combattre le racisme, l'antisémitisme et la discrimination sous toutes ses formes au Canada et partout dans le monde. Ce type de sensibilisation est crucial pour promouvoir les valeurs canadiennes fondamentales du respect de la diversité, de la justice sociale et de l'égalité, et pour inculquer aux jeunes générations l'importance des droits humains et de la dignité humaine.

L'Holocauste est la triste incarnation de ce qui se passe lorsque les gens laissent, sans réagir, la haine ethnique et religieuse empoisonner la société.

Dans son remarquable roman, L'histoire de l'amour, l'auteure Nicole Krauss raconte l'histoire d'un garçon et d'une fille qui grandissent dans un petit village polonais avant la guerre et qui atteignent l'âge adulte après l'invasion nazie. Le garçon, devenu un homme, est le narrateur de l'histoire; il raconte que pour le 16e anniversaire de la fille, il lui a offert un dictionnaire anglais, et ensemble, ils ont appris les mots.

Plus tard, après que l'inimaginable se soit produit, , elle lui a écrit une lettre où elle disait :

Quand apprendras-tu qu'il n'existe pas un mot pour chaque chose?

Comme on l'a déjà dit, mes amis, c'est vrai que l'histoire juive compte des événements trop horribles pour les croire, mais pas trop horribles pour être survenus. Rien n'incarne mieux cette idée que, la Shoah, l'Holocauste.

En effet, l'Holocauste représente un tournant de l'histoire, une période d'horreur qui a redéfini les limites de la dépravation de la nature humaine et a sensibilisé l'humanité à la présence du mal. L'Holocauste est devenu le principal point de départ pour comprendre la capacité potentielle de l'humanité de commettre de tels actes inhumains.

L'étendue et la nature de son plan meurtrier font de l'Holocauste un événement sans précédent. Bien que la Shoah ne soit pas le premier génocide de l'histoire et qu'il ne soit malheureusement pas le dernier, l'Holocauste est l'incarnation de la négation absolue des droits humains.

Il s'agissait d'un massacre organisé selon des principes bureaucratiques et exécuté à l'échelle industrielle. Le massacre a été perpétré sans tenir compte de l'humanité des victimes et de leurs droits inhérents en tant qu'humains.

En fin de compte, sénateurs, les nazis ont tué la grande majorité des Juifs qui étaient sous leur contrôle au cours de la Seconde Guerre mondiale; il faut souligner notamment le meurtre de 1,5 million d'enfants dans le cadre de leur plan machiavélique pour éliminer le bagage génétique juif. Il est vrai que la machine de guerre nazie est responsable de la mort de millions de civils; les nazis ont massacré des opposants politiques, des Sintis et des Roms, des homosexuels et des gens ayant une déficience mentale. Nous pleurons ces morts absurdes, et ce monument honorera aussi leur mémoire, mais seuls les Juifs étaient voués à l'extinction pure et simple.

Elie Wiesel, un lauréat du prix Nobel de la paix, a déjà dit : « Toutes les victimes n'étaient pas juives, mais tous les Juifs ont été des victimes. »

Honorables sénateurs, il est aussi important de se rappeler que bon nombre de ces victimes ont cherché à se réfugier au Canada, mais que nous avons refusé de les accueillir en raison de notre politique d'exclusion en matière d'immigration en vigueur durant la guerre : la tristement célèbre politique « aucun, c'est déjà trop ». Cette politique a joué un rôle tragique dans la décision du gouvernement, en 1939, de refuser de laisser accoster le Saint-Louis avec, à son bord, plus de 900 réfugiés juifs. Le paquebot est retourné en Europe, et des centaines de ces passagers condamnés sont morts au cours de l'Holocauste.

En collaboration avec Multiculturalisme Canada et le Quai 21, le Musée canadien de l'immigration, comme vous l'avez entendu plus tôt, le CJC a récemment érigé un poignant monument commémoratif à la mémoire du Saint-Louis; la sculpture est l'œuvre de l'architecte de renommée mondiale Daniel Libeskind. Je vous invite à aller voir cette sculpture extraordinaire au Quai 21, à Halifax.

Par la même occasion, vous serez à même de constater, encore une fois, les impacts que cette sculpture aura sur les jeunes générations qui examineront le monde et se demanderont : « Pourquoi les ``plus jamais'' qui émanaient des cendres de l'Holocauste sont-ils devenues des ``encore et encore''? »

Le livre des génocides du XXe siècle aurait dû se terminer avec l'Holocauste, mais nous y avons ajouté les chapitres du Cambodge, du Rwanda et du Kosovo. Malheureusement, les promesses pleines d'espoir des leçons apprises à l'aube du nouveau millénaire ont laissé place au triste nouveau chapitre du Darfour qui n'a pas fini de s'écrire, mais il semble que nous soyons sur le point d'entamer sa conclusion.

Honorables sénateurs, l'écrivain James M. Barrie a déjà dit : « Dieu nous a donné la faculté de nous souvenir afin que nous puissions avoir des roses en décembre. » Dans le cas de la Shoah, je propose que nous nous engagions et engagions les générations futures à faire précisément le contraire; l'été, lorsque nous avons des roses, il ne faut pas laisser tomber dans l'oubli le génocide hivernal qui s'est abattu sur le monde il y a environ 70 ans.

Honorables sénateurs, je sais que tous les partis appuient ce projet de loi pour les diverses raisons que j'ai mentionnées et que vous avez mentionnées.

Tout a maintenant été dit. La meilleure démonstration de votre appui sera l'adoption rapide de cette mesure législative visant à ériger à Ottawa un monument attendu depuis longtemps à la mémoire de l'Holocauste.

Dans sa déclaration finale, le Forum international de Stockholm de janvier 2000 sur l'Holocauste a reconnu que « L'Holocauste (Shoah) a foncièrement remis en question les fondements mêmes de la civilisation. Le caractère unique de l'Holocauste gardera une signification universelle... L'ampleur de l'Holocauste, planifié et perpétré par les nazis, doit rester pour toujours gravée dans notre mémoire collective. »

En conclusion, honorables sénateurs, le Monument de l'Holocauste dans la belle ville d'Ottawa permettra de graver la Shoah dans notre mémoire collective nationale. Ce sera un symbole permanent de notre volonté nationale non seulement de nous rappeler et de consacrer les leçons tirées de l'Holocauste, mais aussi de les étudier et de les mettre en pratique pour guider l'humanité vers un avenir meilleur et fondé sur la paix, l'égalité et la justice.

Le monument honorera la mémoire de Bronya, Mendele, mon père, Max, et mes deux demi-frères de 10 ans et de 12 ans. Ce sera notre testament, mes amis; ce sera notre héritage. Merci beaucoup.

Yaron Ashkenazi, directeur exécutif, Canadian Society for Yad Vashem : J'ai été informé hier midi de la tenue de cette réunion. J'ai en fait préparé cette nuit un bel exposé réfléchi. Cependant, après le parfait exposé réfléchi de mon ami, M. Farber, j'essaierai d'apporter un différent point de vue au comité.

Encore une fois, je suis directeur de la Canadian Society for Yad Vashem. Je fais partie de l'organisation depuis plus de 15 ans. Il y a des jours où je crois qu'il faut lever notre chapeau au Parlement canadien — non seulement en tant que Canadiens, mais aussi en tant que Juifs; aujourd'hui est l'un de ces jours.

Je vais aborder dans un instant le point que vous avez soulevé, sénateur Demers — l'éducation, l'éducation et encore l'éducation. Tout revient à l'éducation. La Canadian Society for Yad Vashem appuie fortement ce projet de loi. On est en droit de se demander : « Pourquoi le Canada doit-il construire à Ottawa un monument commémoratif de l'Holocauste? » Selon nous, il y a trois raisons. Premièrement, ce sera un puissant élément éducatif. Il présentera un message important à la population et aux jeunes générations canadiennes : la Shoah a été un événement très triste et unique dans l'histoire de la communauté juive, mais les leçons tirées de la Shoah sont malheureusement encore pertinentes aujourd'hui et le seront encore demain. Nous devons utiliser les leçons tirées de la Shoah et l'histoire de la Shoah pour sensibiliser les jeunes générations afin qu'elles comprennent à quel point elles sont chanceuses de vivre au Canada dans une société multiculturelle où il y a beaucoup de tolérance et peu de place pour l'antisémitisme et le racisme.

Nous croyons aussi vraiment que le monument lancera un important message aux survivants canadiens de l'Holocauste qui ont immigré ici après la Guerre pour recommencer leur vie. De temps à autre, nous récompensons les survivants de l'Holocauste pour ce qu'ils ont fait au Canada après la Guerre.

Lorsque je suis arrivé ici d'Israël, ma première impression a été que ces gens méritaient la plus haute distinction possible pour avoir été capables de recommencer leur vie après la Shoah. Ce monument enverra un message clair non seulement aux survivants de l'Holocauste, mais aussi à tous les Canadiens qui ont perdu des membres de leur famille au cours de la Shoah. De plus, selon nous, ce sera un symbole de fierté pour les Canadiens, parce que le Canada, comme vous l'avez mentionné, a combattu aux côtés de ses alliés et a risqué la vie de ses soldats dans le seul but de faire prévaloir la justice.

Nous croyons vraiment que le Canada devrait adopter ce projet de loi. J'ai dit que j'essaierai aussi d'apporter notre expertise à votre comité. J'ai énormément abrégé mon exposé sur la nécessité de ce projet de loi, parce que M. Farber a très bien présenté ses raisons et que nous avons exactement la même opinion.

Il y a environ 15 ans, les fondateurs de la Canadian Society for Yad Vashem, qui représente Yad Vashem au Canada, ont décidé de construire un monument à Toronto à la mémoire de l'Holocauste. Il s'agissait d'une initiative privée mise en œuvre par les fondateurs de notre organisme. J'ai déposé au comité un document sur le monument en question — c'est un dessin d'architecture du site. Chaque année, des milliers d'élèves, des survivants de l'Holocauste et des Canadiens visitent ce monument.

Sur le site, nous organisons des activités commémoratives le Jour de commémoration de l'Holocauste; ces activités attirent plus de 2 000 personnes chaque année. Nous organisons aussi d'autres activités éducatives. L'objectif est que les jeunes générations visitent le site. Elles doivent voir le site et les milliers de noms gravés qui ne sont malheureusement qu'une fraction des 6 millions de personnes tuées au cours de l'Holocauste. Lorsqu'on voit le site et l'espace requis pour graver 2 000 noms, on prend soudainement conscience de ce que représentent 1,5 million d'enfants et 6 millions de personnes tuées.

Pendant les 15 dernières années, nous avons acquis de l'expérience dans la conception, la construction et l'entretien de ce genre de sites et dans l'organisation des activités qui s'y déroulent. Nous avons un très grand site unique à Jérusalem, que certains d'entre vous ont déjà eu l'occasion de visiter. Chaque année, Yad Vashem accueille plus de 1,2 million de visiteurs et plus de 350 enseignants dans son centre éducatif. En tout, le site accueille des gens de plus de 150 pays chaque année. Nous revenons encore à l'éducation, l'éducation et encore l'éducation.

Nous appuyons vraiment ce projet de loi et affirmons que le Canada doit avoir un monument national à Ottawa. En même temps, après la construction de ce monument — qui sera, j'en suis certain, très impressionnant et très important pour les survivants de l'Holocauste, les membres de leur famille et tous les Canadiens —, le Canada doit s'assurer d'organiser des activités éducatives, parce que c'est le but.

Si vous le voulez, je suis disposé à répondre à vos questions concernant ce que nous avons fait à Yad Vashem relativement aux monuments, à la mémoire et à l'éducation. Vous pouvez, notamment, aussi me poser des questions sur le monument que nous avons construit à Toronto.

Le président : Merci. Monsieur Farber, parmi les noms, vous pouvez ajouter celui de la marraine officielle du projet de loi au Sénat, le sénateur Yonah Martin.

Si on jette un coup d'œil à votre dessin, on pourrait croire que c'est une proposition pour le futur monument à Ottawa. Toutefois, je l'ai regardé et j'ai mentionné qu'il s'agissait du monument qui se trouve à Toronto. Proposez-vous cela pour le futur monument à Ottawa?

M. Ashkenazi : Non. Il s'agit d'une représentation du monument qui existe à Toronto. Si vous le voulez, je peux vous parler de la structure du site.

Le président : Quelqu'un pourrait vous poser une question à ce sujet. J'y suis allé souvent; par conséquent, je le connais bien. J'ai aussi visité quelques fois Yad Vashem, à Jérusalem; j'ai notamment assisté à l'inauguration du nouveau bâtiment.

Le sénateur Cordy : Je vous remercie de vos deux exposés. Monsieur Farber, votre exposé a été l'un des meilleurs que j'ai eu l'occasion d'entendre au Sénat. Je vous en félicite. Je pouvais ressentir les émotions qui m'habitaient lorsque je me trouvais au musée de l'Holocauste en Israël. Au cours de votre exposé, vous avez réussi à me rappeler les histoires que j'y avais alors entendues. J'espère que les enseignants qui nous regardent sur CPAC enregistreront votre exposé pour le montrer à leurs élèves. Plus nous sommes éloignés des événements qui se sont produits, moins souvent nous nous en souvenons. C'est l'avantage d'un monument ou d'un musée. Les gens peuvent voir ce qui s'est passé et apprendre les leçons, espérons-le, afin de ne pas répéter les erreurs du passé. J'ai bien aimé votre citation de James M. Barrie qui disait que Dieu nous a donné la faculté de nous souvenir afin que nous puissions avoir des roses en décembre. Vous avez brillamment combiné les sports, la Bible et la politique dans votre exposé. Félicitations.

Dans nos discussions avant votre exposé, nous nous sommes demandé pourquoi il faut que le gouvernement adopte une mesure législative pour ériger ce monument, au lieu de laisser un groupe de Canadiens s'en occuper, comme à Toronto. Je me demande si vous pourriez nous l'expliquer.

M. Farber : Merci de votre question. Je m'excuse auprès du sénateur Martin. Je savais qu'elle était la marraine du projet de loi au Sénat. Sénateur Martin, nous vous remercions sincèrement de votre appui relativement au projet de loi au Sénat.

Je n'insisterai jamais assez sur le fait que le gouvernement fédéral doit absolument donner son imprimatur à la construction d'un monument de l'Holocauste. Le monument commémoratif à Toronto est remarquable, mais il a vraiment été rendu possible par des survivants de l'Holocauste.

Ottawa est la ville où je suis né, et c'est la ville où mon défunt père s'est installé pour recommencer sa vie. Cela aurait représenté quelque chose de spécial à ses yeux s'il avait eu un endroit où aller se rappeler les personnes disparues et réciter le kaddish, une prière pour les morts dans la liturgie juive, pour ses deux enfants, ses sept frères et sœurs, ses amis et les autres membres de sa famille. Un tel endroit n'existait pas dans son temps. C'est le premier.

Des survivants vivent toujours parmi nous aujourd'hui, mais le temps avance vite. Ce serait bien d'avoir, à long terme, un site construit par le Canada et le gouvernement fédéral pour dire que les Juifs canadiens, mais aussi tous les Canadiens saluent, respectent et se rappellent ce qui s'est passé au cours de la Shoah. C'est le message, et c'est aussi le message que les jeunes générations retiendront.

Nous accueillons des milliers d'élèves du secondaire dans les centres commémoratifs de l'Holocauste un peu partout au Canada — à Toronto, à Montréal et à Vancouver. Cependant, nous ne pouvons pas leur dire : « Voici quelque chose que le Canada a parrainé. » Nous pourrions le faire si nous vivions à Londres, parce qu'il y a un musée parrainé par le gouvernement britannique. Nous pourrions aussi le faire à Paris, parce qu'il y a un monument extrêmement poignant parrainé par le gouvernement français. Il en va de même pour la Belgique, la Hollande et l'Australie, mais ce n'est pas le cas au Canada. Par contre, nous pourrons le faire lorsque le projet de loi C-442 recevra la sanction royale. Pour moi, c'est le rêve d'une vie. J'espère que mes commentaires expliquent bien la nécessité d'avoir un monument national de l'Holocauste.

Le sénateur Cordy : Merci. C'était clair. J'ai hâte d'assister à l'inauguration officielle du Monument national de l'Holocauste. Merci à vous deux.

Le sénateur Eaton : Il s'agissait de deux excellents exposés. Ce qui m'inquiète le plus, c'est que l'antisémitisme est toujours présent au Canada. Je pense particulièrement aux universités. Cet aspect me dérange vraiment. L'Université York me fait sortir de mes gonds, tout comme l'Université de Toronto, en raison de certaines positions syndicales qui y ont été prises. N'existe-t-il pas une manière d'utiliser le monument national pour être présent sur les campus, soit par des visites virtuelles ou une réplique? La désinformation est vraiment importante. Israël est perçu comme le méchant au Moyen-Orient. Il y a beaucoup de désinformation.

M. Ashkenazi : Je suis d'accord avec vous. En raison de la situation dans les universités, nous devons agir. À la Canadian Society for Yad Vashem, nous avons fait quelque chose de vraiment unique au cours des dernières années. Il y a cinq ans, nous avons décidé d'envoyer des représentants et des enseignants de partout au pays à Jérusalem chaque année pendant cinq ans; 95 p. 100 d'entre eux ne sont pas Juifs. Nous avons déjà envoyé plus de 125 enseignants, directeurs et professeurs à Jérusalem.

Le sénateur Eaton : Avez-vous l'impression que cela change les choses?

M. Ashkenazi : Cela change énormément les choses. Non seulement c'est le cas, mais comme vous l'avez souligné tout à l'heure, le Jour commémoratif de l'Holocauste était célébré sur la Colline du Parlement auparavant et il a été célébré au Musée canadien de la guerre ces deux dernières années. La Canadian Society for Yad Vashem a eu l'honneur d'organiser l'événement en dirigeant une coalition de 25 organismes.

Bien sûr, c'est le genre d'événement qui peut avoir lieu sur les lieux nationaux, mais je le dis seulement pour faire référence à ce que vous avez dit. Au cours des deux dernières années, nous avons décidé d'amener des centaines d'enseignants et leurs élèves et étudiants à la cérémonie nationale qui a lieu à Ottawa. Les enseignants qui ont visité le mémorial de Yad Vashem sont des ambassadeurs en ce sens qu'il faut raconter l'histoire de la Shoah et donner des cours sur le sujet pour que les jeunes comprennent mieux ce qu'est la tolérance et l'acceptation des différences.

Ces enseignants mettent tous en œuvre un grand nombre d'initiatives dans leurs écoles et leurs universités. Ils répondent activement à nos demandes et amènent leurs élèves et étudiants à la cérémonie nationale, qui pourra avoir lieu plus tard sur les lieux du Monument national de l'Holocauste à Ottawa, une fois le projet de loi adopté.

Nous pensons certainement que nous devons faire venir des enseignants ainsi que des élèves et des étudiants sur les lieux. Ce sera une initiative unique. Je crois qu'ils demandent à faire quelque chose comme cela, ce qui est très impressionnant et intéressant.

Le sénateur Eaton : Vous vous tournez vers l'avenir.

M. Ashkenazi : Oui.

M. Farber : Si vous me le permettez, je veux parler de la question de l'antisémitisme; je ne suis pas heureux que vous l'ayez souligné, mais je suis ravi d'en parler, car je crois qu'elle est importante.

J'ai décrit l'antisémitisme comme une sorte de maladie — un virus, si l'on veut. Peu importe le moment où il surgit au cours de l'histoire, il s'accroche et s'exprime de différentes façons. Oui, nous voyons l'antisémitisme se transformer en antisionisme et en anti-israélisme. Il est presque difficile de les différencier.

À mon avis, un monument comme celui-là, c'est l'expression de la vaste majorité des Canadiens qui, je crois, sont aimables et bons et comprennent le message, mais qui n'ont pas l'occasion d'en voir la manifestation concrète. Selon moi, la capacité que nous avons maintenant de nous servir de ce type de monument — avec l'aval, l'imprimatur de notre gouvernement fédéral — enverra le message clair aux gens qui propagent la haine que leurs propos n'intéressent personne et que personne ne les écoute et ne veut les écouter.

Ce type d'enseignement a une valeur inestimable à long terme. Même si malheureusement, l'antisémitisme existera toujours parce que nous ne vivons pas dans un monde parfait, nous avons la capacité, en réalisant des choses comme celles-là, en nous réunissant en tant que Canadiens et en faisant ce qu'il faut, de réduire l'antisémitisme — et ce faisant, de rendre le monde un petit peu meilleur.

Le sénateur Eaton : Vous avez raison. Le projet de loi doit passer toutes les étapes au Sénat aujourd'hui pour qu'il soit adopté demain, car sinon, il mourra au Feuilleton.

M. Farber : Nous avons des messagers qui seront prêts lorsque le moment de donner la sanction royale au projet de loi sera venu.

Le sénateur Eaton : C'est vrai; aujourd'hui.

Le sénateur Merchant : Moi aussi, j'aimerais dire que chacun de vos exposés était très émouvant. C'est bon pour nous de réfléchir à ce qui s'est passé.

J'ai eu également la chance d'aller à Jérusalem. Lorsqu'on se trouve près de ces endroits, on se sent différent. On a l'occasion de réfléchir à ce qu'ils signifient vraiment. Je crois que le monument servira bien les Canadiens.

Je crois également que le fait qu'on l'érige dans la région de la capitale nationale et que le projet soit soutenu par le gouvernement fédéral, comme vous l'avez expliqué, est un signe très important du sentiment qu'éprouvent les Canadiens.

On a posé des questions tout à l'heure sur ce que sont vos attentes exactement quant au soutien du gouvernement. Que voulez-vous qu'il fasse exactement?

M. Farber : Du côté du Congrès juif canadien, nous investissons totalement nos 92 années d'histoire et d'intégrité dans cette initiative. Nous collaborerons avec le conseil qui sera mis sur pied pour organiser des collectes de fonds. Vous avez posé des questions sur des commandites d'entreprise; nous allons examiner des idées pour ce qui est des commandites d'entreprise et des commandites individuelles.

Je peux déjà vous dire que lorsque le projet de loi faisait les manchettes il n'y a pas si longtemps, lorsqu'il était à l'autre Chambre, j'ai reçu peut-être une douzaine d'appels de survivants de l'Holocauste qui étaient très bouleversés et qui voulaient savoir de quelle façon ils pouvaient contribuer. Ils veulent contribuer. L'idée proposée par M. Uppal selon laquelle les Canadiens auraient la possibilité de participer leur donne des moyens d'agir, ce que je trouve très important.

Sous notre égide et grâce à nos liens avec d'autres organisations juives — et nous espérons travailler en partenariat avec la Canadian Society for Yad Vashem et toutes les fédérations juives —, nous avons un ensemble de possibilités incroyables. La philanthropie des membres de notre collectivité est bien connue, et je le dis avec beaucoup de respect pour un grand nombre de personnes, et c'est tout à leur honneur. Je crois que c'est une manifestation importante de leur identité canadienne.

Permettez-moi de vous raconter deux brèves anecdotes pour appuyer mes propos, si vous n'y voyez pas d'inconvénient. Je suis allé au mémorial de Yad Vashem, comme bon nombre d'entre vous, et j'ai amené des chefs des Premières nations du Canada visiter Israël il y a environ quatre ans. Nous étions 30. Je crois que j'ai appris autant sur les peuples des Premières nations qu'eux en ont appris sur Israël, et une journée, nous nous sommes rendus au mémorial de Yad Vashem.

Après avoir visité le musée, nous sommes tous sortis. Ceux d'entre vous qui y sont allés savent qu'en sortant du musée, on voit l'étendue de la ville de Jérusalem; c'est très impressionnant. Nous nous sommes réunis en formant un cercle de l'amitié, formé par les chefs des Premières nations, pour commémorer deux choses : ce qu'ont vécu leurs enfants dans les pensionnats; et ce qu'ont vécu nos enfants.

Nous avons eu la possibilité d'exprimer notre douleur d'une façon que je n'avais jamais vécu auparavant. C'était un rassemblement unique de membres des Premières nations et de Juifs dans l'État d'Israël à côté d'un musée qui non seulement nous a appris des choses, mais qui nous a aidés à nous tourner vers l'avenir en comprenant les événements du passé.

C'est un exemple de la façon dont cela se traduit au Canada.

Le président : Je dois souligner que le parrain libéral officiel du projet de loi, le sénateur Harb, n'est pas ici, mais il est aussi très en faveur de l'initiative.

Le sénateur Martin : Mes collègues se sont déjà exprimés avec justesse au sujet de vos exposés et de notre réponse. Je vous remercie beaucoup de votre présence et de votre dévouement envers vos organismes. C'était très émouvant et vous nous avez tous touchés, moi y compris.

Vous avez cité l'un de mes passages préférés de l'Ecclésiaste, 13, qui traite du fait d'être heureux et de bien vivre. Je me sens très privilégiée de participer à un moment historique en appuyant cet important projet de loi. C'est un honneur pour moi qu'on m'ait demandé de le parrainer au Sénat. Je voulais souligner le travail de M. Uppal et de tous ceux, y compris vous, qui ont participé au processus.

Je crois que le monument deviendra un très important symbole de commémoration. C'est le genre de choses que les Canadiens valorisent et considèrent comme une tradition. Le jour du Souvenir et lors d'autres occasions importantes, nous nous regroupons près de cénotaphes et de monuments commémoratifs. On ajoute ainsi un lieu central où les gens de la collectivité dans son ensemble peuvent se réunir.

Ma question porte sur ce qui se passera une fois que le monument sera construit. L'étape suivante est parfois celle qui pose les plus grandes difficultés. Vous avez parlé d'enseignement et d'entretien. Pourriez-vous nous parler de ce qui se passera quant à l'entretien du monument une fois qu'il sera érigé? Que se passera-t-il concernant les cérémonies commémoratives et les autres types d'initiatives? Qu'avez-vous fait dans le cas d'autres monuments qui pourrait être valable pour celui-ci?

M. Ashkenazi : Le monument de Toronto a été érigé il y a 15 ans. C'était l'idée des fondateurs de la Canadian Society for Yad Vashem, qui est formée de survivants de l'Holocauste. Je vais vous raconter ce qui s'est passé. Ils ont décidé de visiter Yad Vashem. On a découvert qu'un des fondateurs en était à sa première visite.

Je ne sais pas combien d'entre vous ont eu l'occasion de voir la vallée des communautés en visitant Yad Vashem. C'est un lieu très intéressant. Il représente le centre, le nord et le sud de l'Europe, et le nord de l'Afrique. On peut voir les noms des communautés qui ont été détruites pendant l'Holocauste.

Il y a ces deux hommes qui ont visité la vallée des communautés de Yad Vashem. Il a été difficile de convaincre l'un d'eux de le faire. Il a dit que les nazis avaient jeté sa fille et sa femme par la fenêtre sous ses yeux et qu'ils l'avaient jeté par la fenêtre lui aussi. Il a survécu, mais pas elles. Il nous a demandé ce que Yad Vashem pourrait lui apprendre de plus. Il a visité la vallée des communautés. Il est resté là deux heures sans bouger. Ce qui s'est passé montre l'importance que les monuments ont pour les survivants de l'Holocauste qui ont perdu des êtres chers. Ils ont besoin d'un endroit pour réciter le Kaddish, allumer une bougie et faire quelque chose qui leur rappellera leur histoire douloureuse.

Ils ont décidé de construire un site. Il a fallu deux ans pour le concevoir et obtenir la permission du conseil municipal de Toronto. Le site a deux composantes principales. Il y a le flambeau qui est entouré de huit immenses murs de granite. Du côté nord, face à l'entrée, il y a les noms de gens qui ont été tués pendant la Shoah. Ce sont des parents de Canadiens. Du côté sud, il y a les noms de survivants de l'Holocauste qui ont survécu à la Shoah, qui sont venus au Canada pour refaire leur vie et qui ont péri. À l'arrière des murs, on raconte les événements de la Shoah. Je vous ai donné un court portrait de la structure du site.

Deux ou trois événements principaux ont lieu sur le site. Lors du jour de la Shoah, le Jour commémoratif de l'Holocauste, nous tenons une grande cérémonie à laquelle participent plus de 2 000 membres de la collectivité de Toronto, des Juifs et des non-Juifs. Ils viennent sur le site, et avec la collaboration d'un bon nombre d'organismes de Toronto, juifs ou non juifs, nous tenons une cérémonie spéciale. À la fin de la cérémonie, bien des survivants de l'Holocauste et leur famille reviennent sur le site, allument une bougie et récitent le Kaddish.

Au cours des dernières années, nous avons de plus en plus été témoins de situations où des groupes d'enseignants mettaient en contact leurs enfants et leurs élèves avec des survivants de l'Holocauste. Ils n'ont aucun lien familial avec eux, mais ils se tiennent à côté d'eux devant le mur, et ils pleurent.

Nous offrons également un programme de bar-mitsva, qui est offert au moment où un jeune Juif atteint sa majorité, à l'âge de 12 ou de 13 ans. Nous avons un programme spécial de jumelage où un enfant adopte un autre enfant du même âge qui a été tué pendant la Shoah et qui est né à la même date que lui. C'est une cérémonie spéciale durant laquelle l'enfant adopte son nom et sa mémoire pour la vie. Nous le faisons sur le site avec les élèves, les enseignants et les membres de la famille. Nous tenons également des cérémonies avec des anciens combattants canadiens, juifs ou non juifs.

Il est très important de construire un site, le monument, dans la capitale du Canada. Nous le recommandons fortement. Le conseil réfléchira à l'entretien du site, mais également aux activités qui y auront lieu et aux initiatives qui seront mises en œuvre.

La construction du site a coûté à la société environ 1 million de dollars sur deux ans. Les coûts opérationnels ne sont pas tellement élevés. Nous devons ajouter les coûts liés aux activités. Tout dépend du type d'activité, de la structure et du nombre de personnes invitées. Ce sont les simples chiffres.

M. Farber : Sénateur Martin, je vous remercie de la question. En tant que marraine du projet de loi, vous posez une question importante. Les Juifs ont de la mémoire. Ils se rappellent très bien. Le temps joue contre les survivants de nos jours. Je fais partie de la deuxième génération. Ma mère est arrivée ici avant la guerre; mon père était un survivant. Je fais partie de la première génération de Canadiens, et nous sommes reconnus comme la deuxième génération après l'Holocauste. Nous avons repris le flambeau. Je n'arrive pas à m'imaginer de situation où, une fois le monument construit, les enfants et petits-enfants des survivants ne porteront pas le flambeau tout le temps qu'il faudra.

M. Ashkenazi a très bien expliqué l'idée du jumelage que l'on fait à l'occasion d'une bar-mitsva. Mon frère, Stan, qui travaille pour le gouvernement fédéral, a des jumeaux. Leur bar-mitsva a eu lieu il y a un an et demi à Ottawa. Ils ont été jumelés à nos deux demi-frères, Yitzhak et Shalom, et leur ont offert la bar-mitsva qu'ils n'ont jamais eue. Cela a été l'une des expériences les plus émouvantes jamais vécues pour les membres de notre famille et également pour le personnel de la synagogue ici à Ottawa. Il y a tellement de choses que nous pouvons continuer à faire. Au bout du compte, le monument nous donnera un élan. Il ne fait aucun doute que nous trouverons toutes les ressources nécessaires pour construire un monument en temps voulu, assurer son entretien et faire en sorte que des gens viendront s'y recueillir.

Le sénateur Dyck : Messieurs, je vous remercie de vos exposés aujourd'hui. Souvent, lorsque nous étudions des projets de loi, seul notre côté intellectuel est mis à profit. Aujourd'hui, vous avez rendu la démarche très personnelle, émotionnelle et spirituelle. Monsieur Farber, lorsque vous avez parlé des chefs des Premières nations et des pensionnats, j'avais les larmes aux yeux.

Il y a quelques années, à Saskatoon, une exposition sur Anne Frank a eu lieu. Sa tenue a été possible grâce à la collaboration de différents membres de la collectivité, dont certaines communautés juives et les groupes autochtones. Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres.

Ma mère a survécu aux pensionnats. Nos expériences se ressemblent à certains égards. Je comprends l'importance d'une telle chose, car les Canadiens en apprendront sur le côté sombre de l'humanité. Des gens ont survécu, et nous ne pouvons pas oublier.

Le Canada est un grand pays. Nous voulons nous assurer que l'antisémitisme et le racisme disparaissent. Comme vous le dites, ils ne cesseront pas d'exister. Toutefois, nous devons continuer à rester vigilants pour qu'ils ne reprennent pas de vigueur. Merci.

Le président : Merci, sénateur Dyck.

J'en suis au bout de ma liste, à moins que vous ayez des dernières observations à faire. Vos exposés ont été fort utiles; nous en sommes ravis.

M. Farber : J'aimerais faire une remarque. Je regarde votre honorable comité et les gens qui ont parrainé le projet de loi, dans les deux Chambres, et ils reflètent vraiment ce que représente le Canada. Le sénateur Martin est la marraine du projet de loi, le sénateur Harb est l'un des parrains, et M. Uppal l'a présenté à la Chambre des communes. N'est-il pas remarquable que des gens d'origines ethniques diverses, qui ont adopté le Canada comme leur patrie, se soient réunis — fait intéressant, aucun d'eux n'est Juif — pour parrainer cette déclaration incroyablement saisissante qui représente ce qu'est le Canada?

Sénateur Dyck, j'ai les larmes aux yeux moi aussi. J'ai versé beaucoup de larmes lorsque j'étais à Jérusalem avec les chefs des Premières nations, en raison du lien que nous avions.

Au bout du compte, je peux seulement rendre hommage à mon défunt père; peu importe où il est, je suis certain qu'il ne serait pas peu fier de voir que son fils est ici aujourd'hui. Il avait une petite épicerie non loin d'ici.

D'une certaine façon, il a contribué au multiculturalisme. Parce qu'il vivait en Europe, il parlait plusieurs langues; malheureusement, je n'en parle qu'une. Il y avait une carte sur sa caisse enregistreuse où l'on pouvait lire « je serai heureux de vous servir en anglais, en yiddish, en ukrainien, en allemand et en polonais ». À l'époque, Côte-de-Sable était vraiment le quartier multiculturel d'Ottawa, où tous les nouveaux immigrants s'installaient. Ils venaient dans cette petite épicerie, le Osgoode Food Market, où l'on parlait toutes ces différentes langues, mais la langue commune est devenue l'anglais.

C'est ce qui nous définit et nous représente. Je suis fier de me trouver ici et d'être témoin de l'appui qu'il y a ici aujourd'hui. J'ai hâte de me tenir avec vous devant le monument une fois qu'il sera érigé et de tous vous serrer dans mes bras. Je vous remercie tous énormément.

Le sénateur Demers : Je serai avec des amis dimanche prochain; 600 personnes rendront hommage à l'un de mes amis, qui est Juif. Je dirai que j'ai présenté et adopté le projet de loi. Le sénateur Martin sera à Vancouver et ne sera pas au courant de ce qui se passe. Je n'ai pas eu d'ovation debout depuis longtemps, et je veux en avoir une.

Le sénateur Corby : Faites-le.

Le président : Allez-y; nous ne nous y opposerons pas. Il n'y a aucun problème.

Je vous remercie encore une fois. Vous voudrez peut-être vous asseoir un moment, car nous allons passer à l'étude article par article du projet de loi.

Nous étudions le projet de loi C-442, Loi visant à ériger le Monument national de l'Holocauste.

Sommes-nous d'accord pour procéder à l'étude article par article du projet de loi C-442?

Des voix : D'accord.

Le président : L'étude du titre est-elle reportée

Des voix : D'accord.

Le président : L'étude du préambule est-elle reportée?

Des voix : D'accord.

Le président : L'étude de l'article 1, qui contient le titre abrégé est-elle reportée?

Des voix : D'accord.

Le président : L'article 2 est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : L'article 3 est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : L'article 4 est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : L'article 5 est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : L'article 6 est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : L'article 7 est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : L'article 8 est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : L'article 9 est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : L'article 10 est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : L'article 11 est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : Nous revenons à l'article 1. Est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : Le préambule est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : Le titre est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : Le projet de loi est-il adopté?

Des voix : D'accord.

Le président : Le comité souhaite-t-il annexer des observations au rapport?

Le sénateur Ogilvie : Non, seulement notre enthousiasme.

Le président : Puis-je faire rapport de ce projet de loi au Sénat cet après-midi, sans amendements ni observations?

Des voix : D'accord.

Le président : C'est tout.

Le sénateur Eaton : Cela veut-il dire qu'il recevra la sanction royale demain?

Le président : Il peut recevoir la sanction royale plus tard aujourd'hui s'il est adopté au Sénat aujourd'hui. Je vais présenter le rapport du comité.

Le sénateur Demers : Je suis d'accord.

Le président : Oui, je l'espère, si vous voulez vous en attribuer les mérites.

Je vais présenter le rapport cet après-midi sous la rubrique « Rapports de comités », et il appartiendra au sénateur Martin, en tant que marraine officielle, de proposer la troisième lecture.

Le sénateur Cordy : À moins qu'elle demande l'ajournement.

Le président : Je pourrais obtenir la permission à l'avance pour le faire aujourd'hui, si la présidence me le demande. Peu importe que ce soit une personne ou l'autre, nous le ferons aujourd'hui.

Le sénateur Martin : Oui, d'accord.

Le président : La séance est levée.

(La séance est levée.)


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