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Délibérations du comité sénatorial permanent des
Affaires sociales, des sciences et de la technologie

Fascicule 2 - Témoignages du 6 décembre 2007


OTTAWA, le jeudi 6 décembre 2007

Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se réunit aujourd'hui à 10 h 47 pour étudier les divers facteurs et situations qui contribuent à la santé de la population canadienne, appelés collectivement les déterminants sociaux de la santé.

Le sénateur Art Eggleton (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Bienvenue au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie. Aujourd'hui, nous examinons la pauvreté, l'itinérance et le logement.

[Traduction]

Notre comité compte deux sous-comités, l'un sur la santé des populations, et l'autre sur les principaux défis à relever dans nos villes. Comme la pauvreté, le logement et l'itinérance sont des problèmes communs à ces deux sous-comités, nous avons décidé de nous réunir en comité plénier. Nous nous inspirons également du travail déjà accompli dans cette enceinte sur le problème de la pauvreté, tout particulièrement du rapport de 1971 présenté par le sénateur Croll et du rapport de 1997 du sénateur Cohen intitulé La pauvreté au Canada : le point critique.

En même temps, notre examen s'inscrit dans le prolongement du travail fait par le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts, que préside le sénateur Fairbairn. À la demande du sénateur Segal, le comité étudie la question de la pauvreté en région rurale.

Voilà pour le contexte. Aujourd'hui, nous pencherons sur le phénomène de l'itinérance avec la participation de nos quatre experts.

Mme Élizabeth Votta est chargée de projet et rédactrice pour l'Initiative sur la santé de la population canadienne, et elle a piloté la production du récent rapport intitulé Améliorer la santé des Canadiens : Santé mentale et itinérance.

Je pourrais ajouter que le sénateur Keon, qui vient d'arriver, assume la présidence du sous-comité sur la santé des populations.

Mme Rebekah Peters est infirmière praticienne et directrice de clinique du Centre de soins de santé Saul Sair, qui fait partie de la Siloam Mission, à Winnipeg. La clinique a ouvert ses portes plus tôt cette année et est financée grâce à un don substantiel provenant d'un pharmacien de Winnipeg. Il s'agit de la première clinique de soins de santé logée à l'intérieur d'un refuge pour sans-abri.

Mme Deborah Kraus est une consultante indépendante qui possède plus de 20 ans d'expérience dans le domaine du logement et de la recherche. Elle est coauteure de l'étude Itinérance, logement et réduction des méfaits : Des logements stables pour les sans-abri ayant des problèmes de toxicomanie.

Quant à M. Tim Crooks, il est le directeur général de Phoenix Youth Programs, un organisme de services polyvalent de Halifax pour les jeunes de 16 à 24 ans. L'organisme offre un refuge aux jeunes sans-abri, un programme de logement protégé pour jeunes en quête d'autonomie, un centre d'apprentissage et d'emploi, ainsi que des services de première nécessité comme des douches et une buanderie.

Je vous souhaite donc à tous la bienvenue.

Elizabeth Votta, PhD, chef de programme, Rapports et Analyse, Initiative sur la santé de la population canadienne : Merci pour votre invitation. La santé mentale va au delà de l'absence d'un diagnostic de maladie mentale. Selon l'Organisation mondiale de la santé, l'OMS, il s'agit « d'un état de bien-être dans lequel la personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et fructueux et contribuer à la vie de sa communauté ».

Des facteurs individuels, sociaux, économiques, culturels et autres peuvent influer sur la santé de bien des façons complexes. Le bagage génétique hérité de nos parents et les connaissances acquises durant l'enfance peuvent avoir une incidence. Il en est de même du niveau de scolarité, de revenu et d'emploi, de nos relations sociales, du logement et des caractéristiques du voisinage. En examinant de près certains groupes de la population, tels les sans-abri au Canada, nous pouvons approfondir les liens qui existent entre ces facteurs et la santé mentale. Le rapport intitulé Améliorer la santé des Canadiens : Santé mentale et itinérance, publié le 30 août 2007 dans le cadre de l'Initiative sur la santé de la population canadienne de l'Institut canadien d'information sur la santé, porte sur certains de ces liens.

Personne ne sait exactement combien il y a de Canadiens sans abri. Bien que les définitions et les méthodes de recensement diffèrent, les données recueillies aux fins du rapport susmentionné indiquent que le Canada compte, chaque nuit, plus de 10 000 personnes sans abri. Les données indiquent aussi que la maladie mentale et une piètre santé mentale affligent davantage les sans-abri que le reste de la population. Mais est-ce la maladie mentale ou l'itinérance qui est le facteur premier? Des études laissent supposer que l'itinérance prolongée peut entraîner une détérioration de la santé mentale et une aggravation de la maladie mentale. D'autres recherches montrent que les personnes ayant une piètre santé mentale ou une maladie mentale risquent de devenir des sans-abri. En outre, comme on l'indique, il existe un lien entre, d'une part, des facteurs propres à l'individu et les grands déterminants sociaux de la santé, comme le niveau de revenu et de scolarité — pris ensemble ou séparément — et, d'autre part, la santé mentale et l'itinérance.

Les études sur l'itinérance traitent de plus en plus de la santé mentale. Diverses études révèlent que, comparativement à l'ensemble de la population, les sans-abri ont une santé mentale chancelante, comme en témoignent leur niveau de stress plus élevé, une perception peu flatteuse de leur propre valeur, peu de soutien de la part de la société et des stratégies d'adaptation moins efficaces. Par exemple, une étude réalisée à Kitchener-Waterloo montre que les jeunes de la rue sont plus enclins à consommer de la drogue et à commettre des actes autodestructeurs comme moyens d'adaptation, tandis que les autres jeunes vont davantage s'adresser à une personne en qui ils ont confiance ou chercher à résoudre leurs problèmes de façon positive. Dans une étude effectuée à Ottawa, on a constaté que les jeunes hommes sans abri avaient un niveau de stress global deux fois plus élevé que celui des autres jeunes hommes. Une autre étude réalisée à Ottawa indique que 15 p. 100 des adultes vivant dans la rue ne recevaient aucun soutien social.

Les recherches révèlent aussi que des facteurs tels que des difficultés d'adaptation, un niveau de stress élevé, une faible estime de soi et peu de soutien social sont associés à des comportements suicidaires, à des toxicomanies et à des symptômes de maladie mentale. Par exemple, des recherches portant sur des jeunes hommes sans abri montrent que ceux qui cherchent à éviter les problèmes et à se retirer des réseaux sociaux risquent davantage d'avoir des symptômes de dépression et des difficultés d'extériorisation et d'intériorisation, dont le retrait, des troubles somatiques, et des comportements agressifs. Les idées suicidaires et les tentatives de suicide étaient aussi plus fréquentes.

Ces éléments ont souvent été abordés dans des recherches sur l'itinérance. Selon diverses études réalisées au Canada, le niveau de prévalence de problèmes comme l'abus de drogue et d'alcool, les troubles dépressifs, les troubles psychotiques comme la schizophrénie, ainsi que les idées suicidaires et les tentatives de suicide, est plus élevé parmi les sans-abri que dans la population en général. De plus, des études montrent que, parmi les sans-abri, ceux qui sont affligés à la fois d'une maladie mentale et d'un problème de consommation d'alcool ou de drogue — ce qu'on appelle des troubles concomitants — risquent de rester plus longtemps sans abri.

Selon de nouvelles données de l'Institut canadien d'information sur la santé présentées dans le rapport, en cas de troubles mentaux, les personnes sans abri ont plus tendance à utiliser les services d'hôpitaux que la population en général. On parle ici des services pour malades hospitalisés et des visites au service d'urgence. Dans la population en général, les troubles mentaux ne figurent pas parmi les cinq grands motifs d'hospitalisation et de visite au service d'urgence. Les données indiquent que 35 p. 100 des visites effectuées par les sans-abri dans certains services d'urgence, principalement en Ontario, découlaient de troubles mentaux. De cette proportion, 54 p. 100 étaient reliées à une consommation abusive de drogue ou d'alcool et 20 p. 100 à des troubles psychotiques. Par comparaison, la proportion de visites découlant de troubles mentaux dans la population en général s'établissait à 3 p. 100. Dans le même ordre d'idées, la proportion de séjours à l'hôpital dus à des troubles mentaux s'élevait à 52 p. 100 chez les sans-abri alors qu'elle était de 5 p. 100 dans la population en général.

En raison de la prévalence des problèmes de santé mentale parmi les sans-abri et des nombreux facteurs influant sur la santé mentale et sur l'itinérance, dans le rapport de l'Initiative sur la santé de la population canadienne, on examine l'efficacité de deux genres d'initiatives : les programmes de logement et les programmes communautaires de santé mentale. D'après les analyses des politiques et des programmes que nous avons effectuées, il y a relativement peu d'évaluations des résultats à long terme en matière de santé. Cela dit, nous avons quand même trouvé des évaluations indiquant que certains programmes permettent à la fois de stabiliser les problèmes de santé mentale et d'aider les sans- abri à occuper un logement stable. Ainsi, des recherches montrent que certains programmes, dont ceux qui mettent l'accent sur le logement, aident les sans-abri à se loger de façon stable. Dans ces cas, on fournit le logement en premier, puis la formation ou les soins nécessaires, au gré des bénéficiaires.

Des programmes communautaires de santé mentale prévoient des services de soutien pour les sans-abri aux prises avec un problème de santé mentale. Certains programmes aident les sans-abri à occuper un logement stable, favorisent leur bien-être général et réduisent le nombre d'hospitalisations ou de visites à l'urgence.

En conclusion, la maladie mentale affecte de nombreux Canadiens, mais ceux-ci ne sont pas tous des sans-abri, ou de futurs sans-abri. Par ailleurs, bon nombre de sans-abri ne sont pas affligés d'une maladie mentale diagnostiquée. Toutefois, les cas de santé mentale compromise et divers types de maladie mentale sont plus nombreux chez les sans- abri que dans le reste de la population.

La relation entre la maladie mentale et l'itinérance est complexe. Bien qu'on ne puisse pas toujours déterminer ce qui survient en premier, il est clair qu'il existe un lien entre de nombreux facteurs influant sur la santé et les déterminants de l'itinérance. Par exemple, pour les personnes affligées d'une grave maladie mentale, les possibilités de logement, d'emploi et de revenu peuvent être limitées. Les personnes sans abri ont généralement un stress plus élevé, une plus faible estime d'elles-mêmes, moins de soutien social et des stratégies d'adaptation moins efficaces, tous des facteurs associés à des symptômes de dépression, à la consommation abusive de drogue et d'alcool ainsi qu'à des comportements suicidaires. Le rapport de l'ISPC indique que les programmes qui mettent l'accent sur le logement, joints à des services de santé mentale souples et appropriés, aident les sans-abri à contrôler leurs problèmes de santé mentale et à occuper un logement stable.

Deborah Kraus, consultante en recherche et en politiques (logement) (à titre personnel) : Je suis très contente d'être ici pour vous parler de l'étude que j'ai faite en collaboration avec Luba Serge, une chercheuse de Montréal, et Michael Goldberg, anciennement directeur de la recherche au Social Planning and Research Council of British Columbia. Nous avons travaillé ensemble dans le cadre de nombreuses études sur l'itinérance. Nos recherches portent notamment sur les jeunes sans-abri, les personnes qui vivent dans la rue, les familles et les jeunes femmes, ainsi que les personnes qui ont des problèmes de santé mentale et de toxicomanie.

Aujourd'hui, je voudrais vous parler du rapport que nous avons fait sur les programmes de logement pour les sans- abri qui ont des problèmes de consommation de drogue ou d'alcool, ou des deux. Beaucoup de ces personnes ont également des problèmes de santé mentale. Nous avons ici des copies du résumé de la recherche.

Nos travaux ont été financés par la Société canadienne d'hypothèques et de logement et le Secrétariat des partenariats de lutte contre l'itinérance. Les auteurs du rapport assument l'entière responsabilité des opinions et des recommandations qui y sont présentées. Elles ne reflètent donc pas nécessairement les points de vue de la SCHL et du Secrétariat des partenariats de lutte contre l'itinérance.

De tous les travaux de recherche et rapports que nous avons faits jusqu'à maintenant, cette étude est la plus importante puisqu'elle va vraiment au coeur de la solution au problème de l'itinérance au Canada.

Pour cette étude, nous avons examiné la documentation pertinente et nous nous sommes penchés sur 13 programmes offerts au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Nous avons également rencontré 33 personnes qui vivaient dans les logements ou qui recevaient les services fournis par les organismes canadiens et américains sur lesquels portait notre recherche.

Je voudrais attirer votre attention sur trois points qui sont ressortis de la recherche documentaire que nous avons réalisée pour étayer notre recherche. Premièrement, en 2001, on estimait qu'environ 30 à 40 p. 100 des clients des refuges des villes de Vancouver, de Victoria, d'Ottawa, de Calgary, d'Edmonton et de Montréal avaient des problèmes de consommation de drogue ou d'alcool. Il est possible que ce pourcentage soit maintenant plus élevé. À Vancouver, d'après le dénombrement des sans-abri réalisé en 2005, environ la moitié des sans-abri avaient des problèmes de consommation.

Deuxièmement, les stratégies de traitement axées sur l'abstinence ne fonctionnent que pour un nombre très limité de personnes ayant un problème de consommation. Durant les années 1980 et 1990, les intervenants étaient de plus en plus nombreux à reconnaître qu'il était urgent de trouver de nouvelles stratégies de traitement. Il y avait alors un intérêt grandissant pour le concept de la réduction des méfaits. Il s'agit d'une démarche qui vise à réduire, sans abstinence, les risques et les effets nocifs des problèmes de consommation.

Tous les programmes que nous avons examinés dans le cadre de notre étude comportent un volet de réduction des méfaits. Cela ne veut pas dire qu'on tolère la consommation de substances. Les organismes encouragent leurs clients à apporter des changements positifs dans leur vie non pas avec insistance, mais avec persistance. Il y a certaines règles en ce qui concerne leur comportement. La notion de réduction des méfaits ne veut pas dire que tout est accepté.

Troisièmement, il y a une nouvelle façon de voir le rôle du logement dans la lutte contre les problèmes de consommation. Avant, les intervenants pensaient que les clients devaient avoir réglé leur problème de consommation pour avoir un logement. Beaucoup de clients sont donc devenus des sans-abri. Puis, certains organismes en sont venus à croire que le logement doit être prioritaire, qu'il doit venir avant le traitement ou, du moins, qu'il ne doit pas en dépendre. C'est là le principe fondamental du concept de « priorité au logement ».

Il s'agit en fait d'une approche qui consiste à fournir directement un logement permanent aux personnes itinérantes. Mais ce n'est pas tout. Ce qui est fondamental dans cette approche, c'est que les clients reçoivent les services dont ils ont besoin et qu'ils veulent.

Un certain nombre des programmes que nous avons analysés dans notre étude utilisent le concept de « priorité au logement ». On fournit un logement permanent et un soutien aux sans-abri qui vivent dans la rue. Un des organismes qui réussit à appliquer cette démarche se trouve juste ici, à Ottawa, soit l'Association canadienne pour la santé mentale, ou ACSM. Cet organisme a des ententes avec des propriétaires d'immeubles privés et d'immeubles sans but lucratif pour offrir un logement aux sans-abri. Il a même acheté 27 condominiums pour ses clients.

Selon les représentants de l'ACSM, le fait d'avoir un logement et de pouvoir le garder motive grandement les sans- abri qui ont des problèmes de consommation à apporter des changements dans leur vie. La plupart des locataires en question ont maintenant une vie stable et ont réussi à réduire leur consommation. D'après l'organisme, personne ne pourrait se douter qu'ils ont déjà eu des problèmes de santé mentale. Certains d'entre eux se sont trouvé un emploi à temps partiel ou à temps plein, et certains parents ont réussi à reprendre la garde de leurs enfants grâce au fait qu'ils ont maintenant un logement.

Notre étude est d'une importance considérable parce qu'elle met fin à une croyance erronée, selon laquelle on ne peut rien faire pour les sans-abri qui ont une dépendance à la drogue ou à l'alcool, à moins qu'ils ne règlent tout d'abord leur problème de consommation. En effet, notre étude montre qu'il est possible de loger avec succès des sans- abri qui ont des problèmes de consommation. Ces personnes peuvent être utiles à la société. En fait, nous avons rencontré de nombreux bénéficiaires qui étaient fiers et enthousiastes à l'idée de faire leur part dans la société et d'aider les autres en retour de l'aide qu'ils ont reçue.

La plupart des bénéficiaires à qui nous avons parlé nous ont affirmé avoir réduit leur consommation. Certains d'entre eux avaient complètement arrêté de consommer. C'est parce qu'ils se sentent mieux depuis qu'ils ont un logement et qu'ils reçoivent un appui.

La plupart des représentants des organismes que nous avons rencontrés nous ont dit que leur service le plus efficace était le logement. Le fait de fournir un logement donne aux bénéficiaires la sécurité dont ils ont besoin pour apporter des changements positifs dans leur vie. Il est plus facile de fournir des services et de se concentrer sur les causes fondamentales de l'itinérance et des problèmes de consommation quand les gens sont logés plutôt que de se retrouver dans la rue ou un refuge en train de lutter pour survivre.

Selon les représentants des organismes, le soutien est un facteur essentiel au succès des programmes. Leurs services reposent sur le concept de la réduction des méfaits, qui permet d'accepter les clients quelle que soit leur situation et de se concentrer sur les besoins de chacun d'entre eux. Dans certains projets, les responsables disent clairement qu'ils n'abandonneront jamais quelqu'un en cours de route. À New York, l'organisme Pathways to Housing promet à ses clients qu'il leur assurera toujours un logement, quoi qu'il arrive.

Les bénéficiaires nous ont dit que c'est parce qu'on leur a donné un logement qu'ils ont pu apporter des changements dans leur vie, et que le soutien reçu était aussi très important. Ce soutien comprend la façon dont ils ont été traités par les employés des organismes; les bénéficiaires sentaient que le personnel était disponible, se préoccupait d'eux et les traitait avec respect.

Pour conclure, je voudrais rappeler qu'il y a au Canada des gens qui vivent dans la rue et qui, dans certains cas, y meurent, pour rien. Ce sont des jeunes, des adultes ou des personnes plus âgées, des hommes et des femmes. Nous savons qu'en donnant la priorité au logement et en intégrant l'approche de réduction des méfaits, nous réussirons à loger ces personnes, qui pourront ensuite redevenir actifs et être utiles à la société. Nous pouvons mettre fin à l'itinérance, et j'espère que le travail du comité nous aidera à y parvenir.

Tim Crooks, directeur général, Phoenix Youth Programs : C'est un grand plaisir pour moi d'être ici et de pouvoir vous parler de certaines activités de Phoenix Youth Programs. Vous devriez avoir devant vous une reliure mauve dans laquelle vous trouverez une version papier de ma présentation PowerPoint. Pour ne pas prendre trop de temps, je vais me limiter aux points principaux. J'espère que nous pourrons ensuite en discuter de façon plus approfondie.

Je vais commencer à la page 3. Je voudrais vous donner une idée générale de ce que fait Phoenix Youth Programs ainsi que du soutien et des divers services que nous offrons. Parmi ces services, il y a le Programme de prévention Phoenix, qui est principalement axé sur l'école, où nous avons trois thérapeutes en poste pour s'occuper des enfants qui sont dans le besoin ainsi que de leurs familles; la Maison des jeunes Phoenix, qui est un centre de services directs situé au coeur d'Halifax; un refuge d'urgence pour les jeunes, qui compte 20 lits; la Maison Phoenix créée dans le cadre de notre tout premier programme, il y a 20 ans; nous avons aussi un programme de logements supervisés, qui aide les jeunes à devenir autonomes; un centre d'apprentissage et d'emploi où l'on offre des services axés sur la préparation à l'emploi et à la vie quotidienne; enfin, des programmes de suivi ou de post-intervention.

Notre organisme travaille principalement auprès de jeunes sans abri ou de jeunes à risque âgés de 12 à 24 ans. Il est important de savoir que, dans le cadre de nos programmes, nous fournissons également des services de santé, des services de soutien aux parents, pour aider les jeunes qui, à leur tour, ont des enfants, ainsi qu'un programme d'initiatives spéciales qui permet aux jeunes d'explorer leurs capacités au moyen de l'art ou dans le cadre d'activités culturelles ou d'activités à but thérapeutique.

Si vous regardez à la page 4, vous pouvez prendre connaissance de certaines statistiques. Vous êtes sûrement au courant d'une grande partie de cette information, mais je veux m'assurer vous la compreniez bien. Ces tendances forment le contexte de notre travail et c'est pourquoi je veux en aborder quelques-unes, celles que je juge particulièrement importantes, dont nous sentons les effets. Je vous présenterai ensuite certaines réalités fondamentales de notre travail en tant qu'organisme.

Un des faits saillants qui ressort des tendances nationales est celui-ci : 18 ans après la résolution conjointe de 1989 adoptée par tous les partis à la Chambre dans le but d'enrayer la pauvreté infantile d'ici l'an 2000, le taux de pauvreté infantile est resté exactement au même niveau qu'en 1989, soit 11,7 p. 100.

Vous pouvez voir des données liées à l'absence d'une stratégie nationale sur le logement et au manque de logements à prix abordable, qui nous viennent de l'Association canadienne d'habitation et de rénovation urbaine, l'ACHRU, et de la Société canadienne d'hypothèques et de logement, la SCHL. Ces statistiques affolantes montrent qu'au début des années 1980, on construisait près de 25 000 logements à prix abordable par année, et que ce nombre est en chute libre depuis. Nous en ressentons les conséquences année après année.

Du côté des tendances régionales, on constate qu'un enfant néo-écossais sur dix vit dans la pauvreté. Il est à noter que le nombre de jeunes qui habitent dans la Municipalité régionale d'Halifax augmente de façon considérable. Je vous donne les points saillants à la page 7. C'est dans la MRH qu'on trouve le plus grand nombre de personnes de 18 à 25 ans par habitant au Canada, et cette situation a des effets tangibles. De plus, 40 p. 100 de la population de la Nouvelle- Écosse habitent dans la MRH et, selon les estimations les plus optimistes, ce sera 50 p. 100 d'ici les dix prochaines années.

Vous pouvez aussi voir le résultat d'études locales que nous avons menées. Nous avons fait deux relevés ponctuels — et j'insiste sur le caractère ponctuel. Le premier date du milieu du mois de juin 2003, et le deuxième, qui représente le même mois deux ans plus tard, montre une augmentation de 48 p. 100 du nombre de jeunes vivant dans la rue. De plus, si nous nous fions aux prévisions les plus optimistes concernant la ville d'Halifax, en 2020, il y aura au moins 112 000 personnes de moins de 20 ans à Halifax.

Tournons-nous maintenant vers Phoenix. Je veux vous parler d'une étude de l'organisme Youth Matters qui a été réalisée conjointement par le Centre d'hébergement Phoenix, l'IWK Health Centre, qui est l'hôpital pédiatrique de la région, et l'Université Dalhousie. Nous avons étudié certains de nos clients à leur arrivée dans le programme. Voici quelques statistiques sur certains des jeunes que nous avons eu le privilège de connaître par l'entremise des services que nous offrons : 34 p. 100 ont fait l'expérience d'au moins deux situations familiales différentes; 30 p. 100 ont vécu en foyer d'accueil ou de groupe; 65 p. 100 viennent de familles monoparentales; 32 p. 100 présentent des symptômes de maladie mentale nécessitant une intervention spécialisée; 61 p. 100 ont arrêté leurs études en dixième année ou avant; et 89 p. 100 ont des difficultés d'apprentissage ou des troubles de l'attention ou du comportement. On comprend pourquoi en voyant ces statistiques.

Je voudrais maintenant attirer votre attention sur des vérités fondamentales. Prenons la page 10. Dans le cadre des efforts visant à normaliser l'expérience des jeunes sans-abri, nous faisons énormément de campagnes de financement pour un organisme communautaire de notre taille, alors nous sommes souvent appelés à parler en public. Quand nous discutons avec les gens, nous leur demandons souvent de nommer les choses les plus importantes dans leur vie, après avoir pris quelques minutes pour réfléchir. Les réponses qu'ils nous donnent se recoupent, et sont probablement celles que nous donnerions si on nous posait la question : un foyer, la famille, la santé, l'éducation et l'emploi.

Nous leur demandons ensuite d'imaginer qu'il s'est produit un événement indépendant de leur volonté qui a causé la perte de ces éléments. Ils doivent nous dire comment ils se sentiraient s'ils avaient fait l'expérience de cette perte. Une fois encore, la liste varie très peu : la colère, la tristesse, la confusion, le sentiment d'être submergé et la peur.

Les sans-abri doivent composer avec la perte. C'est l'expérience pénible et crue de la perte de toutes ces choses qui font partie de notre vie et qui nous sont si chères. Comprendre cela nous aide à résister à la tentation de parler de « eux » et de « nous », et nous permet de constater que les stratégies dont nous avons besoin sont des stratégies qui nous unissent au lieu de nous diviser. Cette division n'a pas lieu d'être. Nous réagirions tous de la même façon devant cette perte.

On a illustré la situation à la page 11. Si on adopte un point de vue structurel, on voit que des expériences indépendantes de la volonté des jeunes les entraînent vers une zone qui correspond à la perte. Si on illustre la situation à l'aide d'un entonnoir, on voit qu'une fois rendu dans cette zone, ça ne s'arrête pas là. On continue à s'enfoncer de plus en plus vite, et de plus en plus loin.

Prenons maintenant la page 12. Je voudrais vous parler de nos possibilités d'investissement et des stades ou possibilités d'intervention. Commençons par le stade 2. Nos priorités et nos ressources, au pays, se situent principalement au stade 2, qui est le stade de la réaction. Dans le domaine de la protection de la jeunesse, on surveille la situation en regardant le nombre d'enfants pris en charge dans une année. Dans le secteur des soins de santé, ce sont souvent les visites à l'urgence, le temps d'attente, et cetera. qui servent d'indicateurs. Mais cette vision des choses nous éloigne du discours public selon lequel il faut comprendre l'importance d'investir dans des programmes d'intervention précoce et de prévention et comprendre le stade 3, qui correspond aux formes de soutien communautaire dont nous aurions besoin pour offrir des services pertinents et un soutien utile à quelqu'un. À Phoenix, nous travaillons fort pour offrir une gamme de services et de formes de soutien qui vont au-delà de la réaction et qui tiennent compte des trois stades.

Nous savons aussi que, si nous investissons seulement dans le stade 2, la gestion de crises, nous ne faisons qu'exercer un contrôle social. Toutes les études menées par des groupes qui offrent des services dans le domaine — comme les études mentionnées aujourd'hui — et toutes les discussions que nous avons mènent à la même conclusion. Si nous investissons seulement dans le contrôle social, nous obtiendrons assurément les résultats suivants : des refuges plus nombreux, des troubles comportementaux plus fréquents, un taux d'incarcération plus élevé, un nombre plus élevé d'enfants et de familles vivant dans la pauvreté, une souffrance humaine accrue et des coûts plus élevés pour le gouvernement et les citoyens.

Selon certaines études longitudinales, chaque dollar investi dès le début permet, en moyenne, d'avoir une économie de 7 $ au bout du compte. Certains vont même jusqu'à dire qu'il s'agit d'une économie de 20 $, ce qui donne un rapport de 20 sur 1. Si nous investissons dans les stades 1 et 3 — la prévention et l'intervention précoce et le soutien communautaire —, nous savons que nous obtiendrons un résultat très différent.

Les possibilités d'investissement social données à la page 16 comprennent des stratégies comme des mesures préalables. Les exemples tirés de notre expérience à Phoenix sont notre programme de prévention, les initiatives spéciales et le programme de soutien aux parents, pour n'en nommer que quelques-uns.

Nous avons besoin d'un service d'approche qui soit flexible et mobile. Sur le plan de l'éducation, il faut que nos jeunes aient accès à des programmes de soutien et qu'ils puissent poursuivre leurs études grâce à des moyens adaptés à leur situation. Et tout le monde connaît l'importance du logement, qui doit être abordable, subventionné et situé dans le centre.

La mobilisation communautaire nous permet de discuter de la façon dont nos jeunes peuvent devenir des créateurs de culture, en contribuant à l'essor de notre culture au lieu d'être uniquement des consommateurs. Présenté de cette façon, il s'agit d'un appel à l'action pour toute la population qui permettrait à chaque Canadien et Canadienne de comprendre ses responsabilités et de saisir les occasions qui aideront à faire bouger les choses.

Pour terminer, je voudrais partager cette réflexion avec vous. M. Ronald Labonte, qui a travaillé dans le domaine et a beaucoup publié, donne une excellente définition de la prise en main personnelle, un concept trop souvent utilisé à toutes les sauces. En résumé, cette « prise en main » que nous favorisons à l'aide des Phoenix Youth Programs — et j'estime que c'est ce que les programmes de tout le pays devraient tenter de faire — consiste pour nous à faire vivre un moment de réussite à nos jeunes, un moment où ils peuvent redresser la tête parce qu'ils sont fiers de ce qu'ils ont accompli dans la journée. Ils auront l'impression de faire partie de la collectivité, d'avoir le sentiment d'être impliqués que la plupart d'entre eux n'auraient pu éprouver autrement. Ils commenceront à comprendre qu'ils ont la capacité d'avoir une influence non seulement sur leur vie mais aussi sur le monde qui les entoure.

À la page 19 est présenté un fait très simple, une vérité fondamentale. Lorsque nous pensons à une jeunesse pleine d'espoir, nous savons que, lorsque les individus sont en santé, les quartiers le sont aussi, ce qui entraîne des relations saines, un élément essentiel de cette équation, et donc des collectivités en santé et enfin de meilleures chances d'avoir des individus en santé. Cette relation circulaire est indéniable.

Je suis ravi d'avoir eu aujourd'hui l'occasion de vous parler de notre expérience à Phoenix Youth Programs.

Rebekah Peters, directrice de la clinique médicale, Centre de santé Saul Sair : Je vous remercie de m'avoir invitée à m'adresser à vous aujourd'hui. C'est un très grand honneur pour moi. Je suis infirmière praticienne et la directrice du Centre de santé Saul Sair de la Mission Siloam, situé au centre-ville de Winnipeg.

Avant d'arriver à la Mission Siloam, l'itinérance ne me disait rien. C'est une chose de lire des articles à ce sujet dans les journaux, et toute une autre de rencontrer des sans-abri au quotidien. J'ai principalement acquis mon expérience dans les collectivités autochtones du Nord, et en gros, je n'y ai jamais vu d'itinérance. La pauvreté et l'itinérance découlent, bien sûr, de multiples facteurs. Aujourd'hui, je vais vous faire part de ma courte, et non moins précieuse, expérience dans le domaine de la prestation de soins de santé aux pauvres et aux sans-abri.

La Mission Siloam est le plus important organisme de bienfaisance dédié aux sans-abri au Manitoba. La population de sans-abri à Winnipeg est estimée à plus de 1 700 personnes. La Mission a maintenant 20 ans, et elle grossit rapidement. Au cours de la dernière année, nous avons établi un abri de 100 lits, lancé un programme d'arts visuels, doublé notre programme de distribution de vêtements et continué l'expansion de notre programme de distribution de repas, grâce auquel nous servons plus de 500 repas par jour. De plus, nous avons bâti le Centre de santé Saul Sair, de tous les projets, celui qui me tient le plus à cœur. Tous les services et programmes sont fournis sans frais et sans conditions préalables, à partir de notre édifice de quatre étages, sur 58 000 pieds carrés.

Il est intéressant de constater qu'au cours de l'exercice financier 2006-2007, les fonds que nous a octroyés le gouvernement ne représentent que 4,25 p. 100 des deux millions qui nous ont été confiés. Le reste provient de nos 25 000 donateurs appartenant au secteur privé, au monde des affaires, à des églises et à des fondations. En moyenne, la Mission Siloam peut compter sur plus de 400 bénévoles par mois.

Siloam aide avec succès les sans-abri dans la transition vers l'emploi et un mode de vie plus autonome. Nous venons également en aide aux sans-abri chroniques, c'est-à-dire ceux qui le sont principalement en raison d'une dépendance ou de problèmes de santé mentale. Ce segment de la population aura probablement toujours besoin de notre aide.

Le centre de santé tire son nom de celui d'un pharmacien qui a donné un million de dollars afin d'établir le programme. Vieux de quelques mois à peine, le programme a déjà une clinique sans rendez-vous très fréquentée où sont dispensés des soins primaires, des soins pour les pieds, des soins de chiropraxie et des soins dentaires. En effet, depuis l'ouverture en août de cette année, environ 900 patients se sont déjà présentés, dont 80 p. 100 sont des hommes, pour la plupart des sans-abri et des Autochtones.

À l'exception de trois membres du personnel qui sont employés de la Mission, tous les professionnels de la santé sont des bénévoles.

Les problèmes de santé que nous observons le plus couramment sont les suivants : problèmes pulmonaires, diabète, VIH, hépatite C, hypertension et bien sûr des problèmes de santé mentale. Si ces patients ont déjà quelqu'un qui leur fournit des soins primaires, nous les encourageons à aller consulter cette personne. Mais ce que nous constatons encore et toujours, c'est que tout comme de nombreux autres Canadiens, ces personnes n'ont pas accès à de bons soins primaires. Nous observons également de nombreux ennuis de santé ponctuels, comme des infections de la peau et des blessures, des maladies respiratoires, des blessures à la tête découlant d'attaques et d'accidents, ainsi que des problèmes musculo-squelettiques.

Les demandes pour faire rédiger des lettres et remplir des formulaires concernant le logement, l'aide au revenu et l'assurance-maladie sont également monnaie courante. Le développement des programmes nous permet d'offrir un guichet unique, démarche que nos patients apprécient et qui, selon nous, est très efficace. À mesure que nous renforçons nos relations et développons nos programmes, je rêve d'une prévention accrue en matière de santé, et ainsi de contribuer à l'amélioration de la santé de la population.

Je voudrais à présent vous raconter quelques histoires qui illustrent certains défis auxquels les sans-abri sont confrontés.

Je commencerais par l'histoire de Greg. Greg est un travailleur pauvre et sans abri. Il a attrapé une simple infection fongique aux pieds, mais il n'a pas été en mesure de la nettoyer et de faire en sorte qu'elle reste propre, faute d'accès à un endroit où se laver et à des vêtements propres. Il a fini par se retrouver à l'hôpital où on lui a donné des antibiotiques par intraveineuse. Une fois qu'il n'a plus eu besoin de l'intraveinothérapie, on l'a renvoyé avec une ordonnance. Comme c'est le cas pour de nombreux sans-abri qui sont des travailleurs pauvres, il n'avait pas les ressources nécessaires pour acheter les médicaments. Il n'avait aucune assurance. À peine capable de marcher, il ne pouvait plus travailler et se décourageait de plus en plus. Vous pouvez ainsi voir comment un simple problème se transforme rapidement en catastrophe.

Sarah inhale des solvants. Alors qu'elle était intoxiquée, elle a été heurtée par une voiture et a été grièvement blessée à la jambe. Quand elle est venue me voir, la plaie était très infectée. Je l'ai dirigée vers une clinique locale parce que j'estimais qu'il était nécessaire d'obtenir l'aide d'un spécialiste. Quand elle s'est présentée à la clinique ce soir-là, on lui a refusé l'accès parce qu'elle dégageait une odeur de solvant.

Ben a subi une crise cardiaque il y a quelques semaines. Les ambulanciers ont défoncé sa porte et par la suite, il a été jeté à la rue sans avoir la possibilité de récupérer ses effets personnels. Devenu itinérant, il s'est présenté au centre de santé où on a pu observer des symptômes d'anxiété et de dépression. Pendant qu'il était à l'hôpital, il a subi une chirurgie cardiaque anticipée et il a reçu des médicaments dont le coût s'élevait à des milliers de dollars. Aujourd'hui, il a à peine les moyens de se procurer ses comprimés d'aspirine pour bébé.

Pam est une femme brisée qui a un lourd passé d'abus et de toxicomanie. Pendant l'été, elle est tombée et s'est cassé la jambe. Pour toutes sortes de raisons, elle n'a pas obtenu de soins et s'est contentée d'utiliser un fauteuil roulant. Elle s'est retrouvée avec un ulcère profondément infecté à la jambe. Craignant qu'elle aurait peut-être besoin d'une amputation, je l'ai suppliée à plusieurs reprises de se rendre à l'urgence, mais elle a dit que ça ne la dérangeait pas de mourir. Les employés et les bénévoles du centre de santé étaient frustrés de ne pas pouvoir l'aider, et ont prié pour elle un matin. Nous avons prié pour qu'elle ait la volonté de recouvrer la santé. Ce matin-là, elle est revenue au centre, son pantalon couvert de sang et de pus qui s'écoulaient de sa plaie. Abandonnant l'idée de l'amener à l'hôpital, nous l'avons soignée du mieux que nous avons pu au centre de santé. Aujourd'hui, sa plaie est en voie de guérison et Pam ne perdra pas sa jambe.

Ces histoires illustrent plusieurs problèmes. D'abord, une partie importante de la population n'a pas accès aux médicaments courants. Les petits problèmes qui ne sont pas traités se transforment en problèmes importants et coûtent inutilement cher au système de santé. Il nous faut un programme national d'assurance-médicaments qui ne laisse personne de côté.

Deuxièmement, des sommes considérables sont dépensées pour la visualisation diagnostique et des chirurgies révolutionnaires coûteuses, mais les soins permanents sont souvent en manque de ressources.

Troisièmement, les seuls services de santé efficaces pour les sans-abri sont ceux qui sont donnés là où ils se trouvent, qui sont très accessibles et qui sont fournis par des personnes en qui ces derniers ont confiance.

Quatrièmement, on ne peut nier le rôle des organismes à but non lucratif dans la lutte contre la pauvreté et l'itinérance. Ils sont responsables sur le plan financier, ils ont des approches originales et ils n'ont pas peur de faire bouger les choses tout en attendant l'intervention du gouvernement. Et surtout, comme l'énoncé de mission de Siloam l'indique, ils servent de point de contact entre les gens compatissants et les moins fortunés, et font le lien non seulement entre des ressources mais aussi entre des vies. Les gens cherchent une façon d'influencer le cours des choses.

J'aimerais conclure en vous parlant d'une autre de mes passions, soit le rôle d'infirmière praticienne. Les infirmières et les infirmiers praticiens sont actuellement intégrés dans notre système de santé partout au Canada, mais il y a encore des barrières — dans notre système de santé, dans la communauté médicale et même dans nos propres organisations du domaine infirmier. La contribution de ce personnel infirmier est utile et unique, plus particulièrement auprès des groupes marginalisés. Nous pouvons donner des soins primaires de façon autonome ou en collaboration avec d'autres personnes et nous sommes formés pour appliquer une approche holistique. Nous concentrons aussi nos efforts sur la promotion de la santé et la prévention des maladies. La réforme des soins de santé au Canada doit appuyer ce rôle.

Le président : Je vous remercie de nous avoir fait part de situations vécues à votre nouveau centre.

Je vous remercie tous de vos exposés. On a beaucoup parlé de la santé mentale, une question à laquelle le comité est sensibilisé, puisque nous avons produit, il y a un an, le rapport intitulé De l'ombre à la lumière : La transformation des services concernant la santé mentale, la maladie mentale et la toxicomanie au Canada.

Les deux premiers témoins ont parlé des logements permanents. L'une de vous a-t-elle mentionné quoi que ce soit au sujet des logements de transition, qui faisaient partie de ce qui avait été jugé nécessaire jusqu'à tout récemment? L'idée était que beaucoup de gens qui sont aux prises avec des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie ont besoin d'un logement de transition avant de s'établir dans un logement permanent, après avoir quitté un refuge d'urgence. Est-ce que les logements de transition ne sont plus considérés comme faisant partie des besoins?

J'aimerais aussi examiner plus particulièrement la situation des personnes difficiles à loger. Quand les gens de ma ville, à Toronto, et d'autres grandes villes pensent aux sans-abri, ils pensent aux personnes qu'ils voient sur les grilles au coin des rues, par exemple. Nous savons que ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Il y a beaucoup d'autres sans-abri invisibles, notamment des familles et des enfants. Certains d'entre eux couchent peut-être chez des amis. Ils composent avec leur problème de logement de toutes sortes de façons.

Pour beaucoup de gens, l'itinérance, ce sont les personnes visibles dans la rue. Certaines d'entre elles sont parmi les plus difficiles à loger, parce qu'elles sont celles dont vous parlez, celles qui souffrent de problèmes de santé mentale, de toxicomanie, « et cetera ». Beaucoup d'entre elles n'aiment pas fréquenter les refuges d'urgence. En fait, il peut s'avérer très difficile de leur faire quitter la rue. Ce n'est pas parce qu'elles ont sciemment choisi de vivre dans la rue, mais parce que beaucoup d'entre elles croient que dans un refuge d'urgence, elles se feraient voler ou battre, ou parce qu'elles ont peut-être des problèmes de comportement social, s'intègrent mal et ont des difficultés sur ce plan.

Un certain nombre de personnes ont des problèmes complexes. Chaque personne est un individu, et certains individus ont une combinaison de toutes les choses dont vous parlez. En quoi est-ce pratique d'être logé dans un logement permanent avant même d'avoir été soigné? D'après les deux premiers exposés, c'est ce qu'il faut faire.

Mme Kraus : Ce sont des points très pertinents et je suis contente que vous les souleviez. Vous parlez des personnes qui sont difficiles à loger. Les personnes dont nous parlons, et les personnes dans mon étude, sont exactement celles dont vous parlez, c'est-à-dire les sans-abri vraiment chroniques, les personnes qui utilisent très fréquemment les refuges, et les personnes qui sont dans la rue. Les gens semblent avoir baissé les bras et disent que ces personnes sont non seulement difficiles à loger mais impossibles à loger, et que nous ne pouvons rien faire pour elles. Les organismes dont il est question dans l'étude ont dit qu'ils essaieraient quelque chose de nouveau.

Dans nos travaux à Vancouver, nous avons interrogé près de 200 sans-abri. Les refuges les inquiètent. Ils ne veulent pas rester dans un refuge pour toutes les raisons que vous avez mentionnées, mais ils ont tous dit que si on leur offrait un endroit où habiter, ils accepteraient volontiers. Ils veulent un endroit à eux. Beaucoup d'entre eux, surtout s'ils ont des problèmes de santé mentale, ne se sentent pas à l'aise dans un milieu de groupe. Ils ne se sentent pas en sécurité ou ne réagissent pas bien dans ce genre d'environnement. Ils veulent leur propre petit logement où ils peuvent verrouiller la porte. Ils seraient disposés à emménager dans un logement, mais ils hésitent à utiliser les refuges.

Notre étude a montré que oui, ils peuvent être logés dès qu'ils quittent la rue, si un soutien leur est fourni. J'ai parlé à des gens, des gens qui ne sont plus dans la rue et qui ont tout de suite été logés, et ils pleurent de joie lorsqu'ils voient les logements où ils peuvent emménager. Ils apprécient le genre de soutien qu'ils obtiennent par l'entremise de ces programmes. Ici aussi, c'est le personnel qui les incite à se prendre en main. Ça prend beaucoup de temps pour gagner la confiance des clients et travailler avec eux.

Le taux de réussite est formidable, je crois. Je ne suis pas très bonne avec les pourcentages, mais entre 80 et 90 p. 100 des gens sont capables de demeurer dans leur logement après avoir été retirés directement de la rue.

Pour répondre à votre question au sujet des logements de transition, quand nous avons terminé notre rapport, c'était la grande question pour nous, à savoir pourquoi utiliser des logements de transition? Ça engendre un stress énorme chez les gens lorsqu'ils arrivent à la fin de la période prévue, qu'elle soit de deux ans ou peu importe. Ils ont enfin reçu beaucoup de soutien, ils sont maintenant intégrés dans la communauté, et ils doivent quitter. Où iront-ils? La préoccupation majeure est le manque de logements dans lesquels ils pourraient emménager.

Je crois que vous avez raison lorsque vous dites que, traditionnellement, on a pensé que la bonne façon de procéder était d'établir un dialogue avec les gens pour qu'ils se rendent dans un centre d'accueil, puis de les admettre dans un refuge, et enfin de les faire passer à un logement de transition. Ce processus est très déstabilisant pour les clients — en particulier pour ceux qui souffrent de troubles mentaux — lorsqu'ils doivent quitter leur logement de transition. L'autre problème avec cette série d'étapes, c'est que la plupart des gens ne la complètent jamais. Ils n'arrivent jamais à l'étape du logement permanent.

Cependant, si on leur donne d'abord un logement et, ensuite, le soutien dont ils ont besoin, cela leur procure un environnement sécuritaire et rassurant dans lequel ils peuvent s'occuper de leurs problèmes. Et cette approche fonctionne bien.

Mme Votta : J'abonde dans le sens de Mme Kraus. L'analyse documentaire que nous avons effectuée nous a conduits aux mêmes conclusions concernant les logements de transition. Même s'il s'agissait d'une solution à très court terme, cette solution ne tenait pas compte du besoin d'un logement permanent qui était associé aux facteurs sociaux contextuels à considérer pour organiser le soutien en fonction des activités de la vie quotidienne et voir à ce que les clients reçoivent de l'aide au revenu, de l'aide à l'éducation et une formation pour l'emploi, puis combiner ce soutien à des services de santé mentale, pour des personnes souffrant d'un trouble mental ou de dépendance. Il nous est apparu comme indiscutable que l'approche donnant la priorité au logement était plus efficace que les approches axées d'abord sur le traitement ou sur le logement de transition.

Je suis d'accord avec ce qu'a dit Mme Kraus au sujet des personnes difficiles à loger. Une des raisons pour lesquelles nous voulions imprimer autant de documentation que possible au sujet des divers programmes communautaires de santé mentale est que ces programmes ont tous été conçus en fonction des besoins complexes que l'on observe chez les sans-abri. Le programme de suivi intensif dans la communauté concerne un ensemble de besoins; il est de nature multidisciplinaire. Il existe une autre formule intensive pour la gestion de cas, qui s'applique à un besoin différent; il s'agit d'une formule individualisée. Il existe également des services d'approche, qui sont offerts sur une période plus brève et qui servent de transition vers les services à plus long terme, mais dans tous les cas, l'objectif est le logement permanent jumelé aux services de soutien.

M. Crooks : Ce que j'entends rejoint largement ma pensée. J'aimerais souligner que cette approche est non seulement avantageuse du point de vue de la qualité de vie – qui est notre principale préoccupation sur le terrain — mais également du point de vue économique. Frank Palermo, de l'Université Dalhousie, a réalisé une étude dans la région d'Halifax, en collaboration avec l'unité d'urbanisme et de planification de cette université. Il a examiné les coûts liés au logement avec services de soutien que nous fournissons à Halifax, et il les a comparés aux coûts que l'État devrait assumer en l'absence de ces logements. Son étude était assez exhaustive; il a examiné 42 recherches portant sur ce sujet.

Cette étude a permis de conclure qu'une stratégie donnant la priorité au logement et fournissant des logements avec services de soutien permettait, en moyenne, une économie de 40 p. 100 par rapport aux autres approches axées sur les mécanismes traditionnels, que j'ai appelées interventions de stade deux dans mon exposé. Ces interventions sont faites à la suite d'une crise. Nous devons nous précipiter à la salle d'urgence et mettre en œuvre toutes sortes d'autres moyens afin d'éviter que la situation empire. Cette façon de faire n'est pas rentable du tout.

En adoptant une vision à plus long terme à l'égard de certains de ces problèmes, ce que nous espérons, en tant que fournisseurs de services sur la scène communautaire, c'est que cette vision finisse par s'imposer. Quand on aura atteint ce résultat, ce sera pour de bon. Et nous espérons que le montant des investissements soit établi en conséquence.

En ce qui concerne les personnes difficiles à loger — et j'ai également parlé de ce problème dans mon exposé — l'un des principaux facteurs à considérer est le fait qu'un grand nombre de ces personnes n'ont aucun véritable lien avec personne. Des services d'approche sont nécessaires pour entamer le dialogue et établir une relation. Au bout du compte, si vous demandez à quelqu'un : « Si vous aviez un endroit pour vivre, préféreriez-vous y habiter ou rester ici? », la réponse ira de soi; à ce que je sache, personne n'a jamais répondu à cette question en disant : « Je préférerais rester ici; je suis satisfait de ma situation. » Je voudrais que nous changions notre manière de voir certains aspects de ces problèmes. Je trouve la question intéressante.

Le président : Mes collègues ont maintenant des questions à poser. Le sénateur Munson est de l'Ontario, mais son coeur appartient aux Maritimes.

Le sénateur Munson : Madame Kraus, vous avez dit que les programmes accordant la priorité au logement fournissent un logement permanent aux sans-abri. Qu'entendez-vous au juste par « permanent »? Cela veut-il dire « pour toujours »? Comment ces logements sont-ils payés et entretenus? Les résidants investissent-ils dans leur habitation? Dans un autre ordre d'idées, à la deuxième page de votre mémoire, vous parlez des sans-abri aux prises avec des dépendances. Vous dites que la plupart des locataires ont réussi à diminuer leur consommation d'alcool ou de drogue. Quels sont les programmes qui permettent d'y arriver? Comment surveille-t-on les participants à ces programmes? Est-ce que cela soulève des questions sur le plan de la protection des renseignements personnels, puisqu'on les surveille tandis qu'ils tentent de réduire leur consommation d'alcool ou de drogue?

Monsieur Crooks, pouvez-vous, s'il vous plait, nous donner des exemples d'interventions de stade un, qui peuvent être effectuées en amont? Y a-t-il des exemples de programmes de prévention efficaces mis en œuvre dans des écoles?

Une pensée vient de me traverser l'esprit. J'ai vécu à Halifax pendant environ cinq ans et j'ai été témoin de fusions qui ont eu lieu dans l'ensemble de notre pays. Dans certaines collectivités où l'assiette fiscale était considérable, les gens se trouvaient comme dans un cocon et les programmes étaient efficaces. Les fusions ont-elles eu une incidence sur la manière dont les villes administrent les programmes pour les sans-abri? Tout à coup, Halifax, Dartmouth, Bedford et d'autres comtés ont été regroupés, et en tant qu'ancien journaliste, j'ai constaté que de moins en moins de fonds étaient alloués à ces programmes. Les fusions étaient censées être une panacée, mais il y a des laissés-pour-compte. Il y a là matière à réflexion.

Mme Kraus : Nous désignons généralement par « logement permanent » des logements locatifs offerts par des fournisseurs de logements à but non lucratif ou par des locateurs du secteur privé. Les gens qui bénéficient des programmes ont des baux comme n'importe quels autres locataires. S'ils reçoivent de l'aide sociale, leur loyer est habituellement acquitté au moyen de la portion de leur allocation prévue pour l'hébergement. En général, le prix du loyer est fonction du revenu, si le logement appartient à un fournisseur à but non lucratif, ou alors les bénéficiaires touchent un supplément au loyer, s'il y a un programme qui offre une aide de cette nature.

Lorsque l'Association canadienne pour la santé mentale a lancé son programme, les logements disponibles étaient si peu nombreux qu'elle a dû acheter des condominiums pour les louer aux bénéficiaires. Les bénéficiaires peuvent conserver leur logement aussi longtemps qu'ils le souhaitent, pour autant qu'ils paient leur loyer.

Pour faire suite à ce qu'a dit M. Crooks, les travailleurs des services d'approche sont les personnes qui vont dans les rues et établissent des relations avec ceux qui y vivent. Ils les aident à obtenir un logement puis à s'y installer. Ces relations sont très importantes et très profitables.

Le sénateur Munson : Ces travailleurs contribuent-ils aux efforts visant à réduire la consommation de drogue?

Mme Kraus : Lorsque les bénéficiaires sont rendus dans un logement, il faut du temps pour traiter les problèmes de consommation. Il existe un grand nombre de techniques, mais l'approche axée sur la réduction des méfaits est le point de départ du travail effectué avec les clients. Il s'agit parfois de maintenir un dialogue avec les clients; on leur demande : « Comment te sens-tu aujourd'hui? ». Si un client répond : « J'ai vraiment la gueule de bois; je crois que je ne pourrai pas aller travailler », on peut recourir à diverses techniques. On peut par exemple insister sur ses forces et, en particulier, avoir recours à la technique d'entrevue motivationnelle, qui consiste, par exemple, à demander : « En quoi ta consommation t'empêche-t-elle d'atteindre tes véritables objectifs de vie? »

Dans le cadre de notre projet de recherche, nous avons réalisé des entrevues auprès de 33 personnes. Vingt-deux d'entre elles ont dit qu'elles consommaient moins d'alcool ou de drogue et, parmi celles-ci, il y en avait environ quatre qui avaient complètement mis fin à leur consommation. Les personnes interrogées prenaient de la méthamphétamine, de l'héroïne ou du crack, soit des drogues qui créent une dépendance sévère. Elles ont dit qu'une fois qu'elles s'étaient retrouvées dans un logement et qu'elles avaient amorcé une relation fondée sur le soutien et la confiance, elles s'étaient senties mieux. L'une des personnes interrogées a dit : « Je n'ai plus besoin d'autant de drogue et d'alcool qu'avant », ce qui s'explique par le fait qu'elle allait mieux. Les bénéficiaires réorganisent d'autres aspects de leur vie. C'est également ce qu'ont observé les organismes, qui ont rapporté que leurs clients avaient, généralement, réduit leur consommation. Les travailleurs des services d'approche adressent parfois leurs clients à des établissements de traitement, lorsque les clients choisissent cette voie. Recevoir des traitements est une option, mais les bénéficiaires conservent leur logement.

M. Crooks : Vous aviez deux questions, soit une au sujet de l'intervention, et une autre sur la fusion. Je parlerai d'abord de l'intervention précoce. Je vous incite à l'examiner sous deux angles différents, pour lesquels je donnerai deux exemples. Le premier aspect concerne notre capacité d'intervenir tôt dans la vie d'une personne, et le deuxième, celle d'intervenir tôt à l'égard d'un problème observé. Ce sont là deux façons différentes d'interpréter l'intervention précoce.

Permettez-moi de parler du soutien à apporter à quelqu'un tôt dans sa vie. Un exemple tiré de Phoenix Youth Programs pourrait être notre programme de soutien des parents. Nous travaillons très fort auprès des jeunes parents, dont la plupart sont chefs de famille monoparentale, pour développer leurs habiletés et pour comprendre les défis auxquels ils sont confrontés, y compris les besoins en soins de relève et la nécessité de veiller à la saine alimentation de leurs enfants. Nous avons mis sur pied un programme visant à assurer ces services de soutien, dont certains sont axés sur l'éducation et d'autres sur le besoin de rencontrer des gens qui sont dans la même situation, pour permettre aux jeunes parents de se faire entendre et d'acquérir un sentiment d'appartenance à la communauté.

L'intervention précoce, dans le cadre de notre programme de prévention, correspond à la capacité de répondre rapidement à un besoin constaté. Notre personnel compte trois thérapeutes cliniciens, qui travaillent sur le terrain plutôt que dans un établissement.

Nous avons ce que l'on appelle des éducateurs communautaires. Ils organisent des activités créatives dans les écoles de la Municipalité régionale d'Halifax. Certaines de ces activités prennent la forme d'ateliers conçus précisément pour favoriser le développement des compétences, alors que d'autres sont de simples projets consistant en des activités collectives, comme le fait de monter des comédies musicales à l'école et d'autres projets variés.

À partir de là et également des recommandations internes concernant les jeunes que nous voyons évoluer à l'intérieur de l'éventail complet de nos programmes, les enfants sont pris en charge par des thérapeutes cliniciens qui interviennent auprès d'eux et de leurs familles. Nous sommes en mesure d'intervenir en amorçant un processus thérapeutique dans un délai de quelques jours à quelques semaines, contrairement à certains établissements qui ont des listes d'attente de six mois ou même d'un an. C'est ce qu'on entend par la capacité d'intervenir tôt.

Comme vous le savez peut-être, la Nouvelle-Écosse a procédé lundi dernier au lancement d'une stratégie pour les enfants et les adolescents. Le ministère des Services communautaires en est le principal responsable, mais quatre autres ministères jouent également un rôle dans cette stratégie, soit les ministères de la Justice, de l'Éducation, de la Santé et de la Promotion de la santé. Ils ont travaillé en étroite collaboration, et je m'en réjouis. L'un des volets de la stratégie est le programme Schools Plus. Il s'agit de considérer les écoles comme un endroit où l'on trouve un auditoire captif; ce sont des carrefours d'activité qui ouvrent la voie à divers problèmes, et il est possible d'apporter notre soutien dans ces écoles et avec l'aide de celles-ci.

Le décrochage scolaire prématuré constitue l'un des plus grands facteurs de risque pour quiconque. Par conséquent, il est essentiel d'encourager les enfants marginalisés à garder un lien avec leur école.

En ce qui concerne la fusion, j'ai l'impression que vous avez écouté les conversations que j'ai eues au cours des deux dernières semaines, car vous avez tout à fait raison sur ce point. Nous avons un sérieux problème à Halifax. Nous avons franchi l'étape de la fusion, qui remonte à 1993. À l'époque, l'enjeu reposait sur le fait que le transfert vers la province des responsabilités à l'égard de la prestation des services entraînait du même coup le transfert des fonds. Cela a eu pour conséquence que cette municipalité s'est toujours montrée hésitante, par la suite, à jouer un rôle prépondérant et concret dans les questions urgentes et pressantes touchant la qualité de vie — bien que cette attitude soit appelée à changer sous la gouvernance du maire actuel —, non seulement pour tous ceux qui vivent en marge de la société, mais pour tous les habitants de la Municipalité régionale d'Halifax. Comme la majeure partie de l'assiette fiscale est destinée aux zones périphériques, qui réclament des services publics, ainsi qu'à la construction de routes et d'égouts, ces dépenses placent notre ville dans une mauvaise position pour investir dans les services de soutien et les programmes sociaux. Il y a toujours eu une lutte sur le plan des pouvoirs. Ces problèmes se manifestent dans les rues et au sein des collectivités d'Halifax.

Le maire a tenu récemment une table ronde. J'étais membre de son comité consultatif dans le cadre de ce processus. Je crois qu'il y a une énergie renouvelée et un dialogue qui, je l'espère, permettront d'apporter des changements. Ces fusions ont eu un effet dévastateur sur les enjeux sociaux, particulièrement dans la Municipalité régionale d'Halifax.

Mme Votta : Je voudrais revenir sur la question de l'intervention précoce. Nous avons réalisés dans le cadre de l'Initiative sur la santé de la population canadienne, d'autres travaux de recherche qui portaient sur le développement positif parmi les jeunes. L'étude était axée sur l'intervention précoce et consistait à examiner différentes conséquences sur l'état de santé : l'auto-évaluation de la santé; la tendance à consommer de l'alcool, du tabac ou de la marijuana; l'estime de soi; le niveau d'anxiété observé. On a également étudié les liens sociaux des jeunes, ou ce que l'on appelle les atouts — par exemple le sentiment d'être bien entouré et encadré par ses parents, ou le sentiment d'appartenance à son école, d'identification à ses pairs et à son milieu. Nous avons constaté que l'auto-évaluation du développement des enfants dépend largement des atouts dont ils disposent. Même ceux qui n'avaient qu'un seul atout se développaient mieux que ceux qui n'en avaient aucun, ce qui laisse entrevoir un certain nombre de possibilités d'intervention précoce.

Le sénateur Keon : J'ai beaucoup apprécié vos témoignages. Vous plaidez une bien noble cause en prônant la participation des secteurs public et privé, et ainsi de suite. Je vous le concède, pour obtenir des résultats, il faut agir avant le gouvernement. Il est trop bureaucratique.

Je connais bien vos activités à Winnipeg, et j'ai aussi observé ce qui s'est passé à la Friendship House de Vancouver, il y a environ un an. Votre point de vue a été confirmé par Mme Kraus.

Monsieur Crooks, vous avez déclaré que malgré nos nombreux efforts pour accomplir de bonnes choses, les statistiques démontrent que fondamentalement, rien ne bouge.

Cela m'amène à la question que je demanderai à Mme Votta d'aborder. J'ai suivi l'évolution de votre initiative depuis le début et je tiens à vous féliciter ainsi que l'ICIS, pour les résultats que vous avez obtenus. C'est vraiment emballant. Un peu plus tard, Mme Glenda Yates présentera un exposé au sous-comité sur la santé des populations. Je voudrais cependant attirer votre attention sur la question que j'ai déjà soulevée auprès de certains membres de l'ICIS. Il y a un besoin criant d'outils susceptibles d'être utilisés au sein de la collectivité, bien que dans la plupart des cas, nous n'ayons pas l'organisation que nous aurions souhaité avoir à l'échelle locale.

On a grandement besoin de trousses d'outils permettant de mesurer le nombre de participants à une opération comme celle de Mme Peters, ainsi que d'évaluer les résultats et l'effet sur la santé globale pour cette parcelle de population. J'étais motivé à réaliser l'étude sur la santé de la population parce que les parcelles de population en mauvaise santé sont faciles à trouver. Vous, les membres de l'Agence de santé publique, d'IRSC et des organismes de santé publique provinciaux et locaux, vous pouvez les repérer immédiatement. Ce qu'il est impossible de faire, c'est de mobiliser les 12 ou 15 personnes réunies autour de la table dont M. Crooks a fait mention, et de les amener à collaborer pour trouver une solution à ce problème dans la collectivité.

Bien entendu, il est intéressant de constater que, dans les conversations, les dirigeants de la santé publique ou de la santé de la population n'osent pas adopter une approche bureaucratique. Ce serait un suicide. Cependant, en tant que comité du Sénat, nous pouvons intervenir dans ce dossier.

J'aimerais que vous me disiez quelques mots sur ce que vous croyez être capable de faire pour changer votre organisation — qui est extrêmement efficace, mais qui évolue à une altitude de 30 000 pieds — de manière à mettre au point des outils qui permettent de se rapprocher du sol et ainsi de démontrer à quel point Mme Peters est bonne.

Mme Votta : C'est une question piégée. Il est vrai que nous travaillons en étroite collaboration avec les intervenants afin de savoir ce que nous pouvons faire pour les aider à promouvoir leurs stratégies et leurs efforts. Nous parlons de la nécessité de fonder nos décisions sur des faits, mais comme il est fréquent de ne pas disposer des éléments nécessaires, nous ne sommes pas en mesure de déterminer ce qui fonctionne.

Nous faisons un certain nombre de choses, à l'heure actuelle. Par exemple, nous travaillons avec les chercheurs et finançons certains travaux de recherche en matière d'intervention, car on nous indique que c'est une chose que de dire qu'on a besoin de telle ou telle preuve mais une autre d'avoir les moyens d'aller le chercher. Il y a des lacunes en matière de financement ou de connaissance sur la façon de mener les évaluations et d'évaluer l'état des synergies quant à ce qui fonctionne au niveau de la population. C'est pourquoi nous finançons actuellement certaines recherches. Trois études sont en cours au Canada qui porteront sur la population réelle mais qui examineront ce qui fonctionne au niveau local afin d'en arriver aux initiatives à la base.

Nous examinons également des choses comme le mécanisme utilisé pour notre portail; là aussi, nous pouvons collaborer au niveau des autorités sanitaires régionales pour que l'information parvienne aux gens qui en ont besoin afin de stimuler leur action.

Nous donnons des ateliers dans le cadre de l'Initiative sur la santé de la population canadienne; nous allons directement dans les collectivités où on a besoin de nous et nous leur parlons des données qu'ils ont, de celles qu'ils n'ont pas, ou encore de celles dont nous avons besoin. Il s'agit, ici aussi, de savoir ce que nous pouvons faire afin de vous mobiliser, c'est-à-dire de vous amener à bien comprendre l'information dont vous disposez, puis à passer à l'action.

Nous avons, à l'ISPC, un double objectif : tout d'abord, comprendre les facteurs qui influent sur la santé des Canadiens, et ensuite, ce qui est plus important encore, à partir de cette action et de cette compréhension, stimuler un dialogue qui se traduira, en bout de ligne, par des mesures en vue d'améliorer la santé des Canadiens.

Nous travaillons également beaucoup avec les chercheurs et les décideurs. Nous avons un certain nombre d'activités d'échange de connaissances, où nous réunissons ensemble chercheurs et décideurs, et où nous leur disons : « Nous vous communiquons l'état de la recherche. Il y a cependant des lacunes, et voici ce qu'il nous faut obtenir de vous comme décideur. » À l'ISPC, nous voyons notre rôle comme celui d'intermédiaire ou de facilitateur de discussion et d'action.

Sénateur Keon : Avez-vous eu des contacts avec le British National Institute for Health and Clinical Excellence, ou NICE? Nous tiendrons prochainement une téléconférence avec nos homologues de l'Initiative sur la santé de la population au Royaume-Uni. La raison pour laquelle cet organisme m'intéresse est qu'il envisage de concevoir des outils lui permettant d'intervenir au niveau local.

Mme Votta : Je n'ai pas, personnellement, eu de contact avec cet organisme, mais il se peut que quelqu'un d'autre dans mon organisme en ait eu, comme le directeur ou le vice-président de la recherche et de l'analyse. Je pourrais m'enquérir à ce sujet et transmettre la réponse à votre comité, si vous le souhaitez.

Sénateur Keon : Est-ce que l'un ou l'autre d'entre vous avez des idées? Au sujet de l'étude sur la santé de la population, nous ne voulons pas que ce soit tout simplement une répétition du fait qu'à défaut de logement, de nourriture, d'éducation adéquats, et cetera, on a une mauvaise santé. Tout le monde sait cela. Nous savons également dans quelles parcelles se trouvent les populations en mauvaise santé. Nous souhaitons, en bout de ligne, aider tous les intervenants — les agences de santé publique, l'ICIS, les instituts et l'IRSC — qui ne peuvent aller dire au gouvernement : « Désolé, mais ça suffit. Il faut que tout cela soit arrimé; il nous faut corriger ces secteurs où la santé de la population est exécrable. »

C'est une démarche qui doit se faire au niveau local. Il n'y a pas à revenir là-dessus; la preuve en a été abondamment faite. Il y a des mesures importantes, comme les programmes de vaccination, qui conviennent bien aux provinces. Avez-vous une idée des organismes qui peuvent vous aider à réaliser votre objectif?

M. Crooks : Je trouve emballantes les questions qu'on se pose. Permettez-moi, pour ceux parmi nous qui sont des praticiens sur le terrain, de souligner l'importance de la recherche. Nous sommes toujours enthousiastes à l'endroit de la recherche, car elle confirme ce que nous savons déjà. Cela est important. On reproche parfois à la recherche de ne faire que réaffirmer ce que nous savons déjà; toutefois, ce n'est qu'en fonction de vos recherches actuelles qu'on mesure votre valeur dans le domaine public. C'est pourquoi, il est utile, lorsque nous faisons de la sensibilisation du public dans notre milieu, de pouvoir citer des recherches pertinentes et à jour, si l'on souhaite obtenir l'adhésion du public dans certaines de ces discussions.

Permettez-moi de revenir sur ce que j'ai dit plus tôt. La région des Maritimes continue d'être reconnue pour son hospitalité. Toutefois, nous sommes encore portés à isoler ces gens, les sans-abri, de façons très négatives, particulièrement lorsqu'ils nuisent aux affaires. Nous nous plaisons à insister sur le fait que, s'ils sont dans la rue, c'est parce qu'ils ont pris de mauvaises décisions, plutôt que de chercher à comprendre comment ils sont devenus marginalisés et vulnérables. Les travaux de recherche permettent d'éclairer le débat public. Je tenais à souligner la valeur de ces recherches.

Pour ce qui est des outils, je crois que tout est une question de financement. Nous sommes sollicités au moins une fois par semaine, parfois même jusqu'à trois fois. Nous voulons nous investir dans ce projet et l'appuyer, mais il est si facile de nous faire prendre dans un tourbillon qui demande du temps et de l'énergie, et qui nous détourne de notre travail de base. En outre, l'infrastructure en soi peut représenter un problème. Nous avons souvent des lacunes techniques à combler : par exemple, obtenir les logiciels et le matériel adéquats.

Il faut beaucoup de main-d'œuvre aux organisations non gouvernementales qui exécutent ce genre de projet. Nous en reconnaissons la valeur et nous déployons beaucoup d'efforts pour y arriver, mais il n'en reste pas moins qu'il nous faut beaucoup de main-d'œuvre. Je suis également frustré lorsqu'une étude fait abstraction des frais qu'un tel projet entraîne pour une ONG, et qu'elle ne prévoit pas l'octroi de fonds en conséquence. Si nous voulons aller de l'avant avec les trousses d'outils, et je crois que nous devrions le faire, nous devons comprendre qu'elles constituent une partie essentielle des produits attendus, et accorder de l'argent aux ONG en conséquence. Il y a un énorme illogisme sur le plan du financement en ce moment.

Le vice-président : La population canadienne doit faire preuve de conscience sociale. Une personne qui a touché des centaines de millions de dollars, et qui a passé la majeure partie de sa vie à voyager dans son jet privé et à se prélasser sur son yacht, a le devoir d'aider les démunis. Si cette personne ne contribue pas à la société par le régime fiscal, elle le fait au moins par la TPS.

Monsieur Crooks, ce que vous faites est admirable. Vous vous dépensez sans compter pour faire valoir vos idées à votre maire. Vous devriez vous procurer une liste des riches, et leur envoyer quelqu'un pour leur dire qu'il est temps d'agir.

M. Crooks : Nous vous accueillerons à notre organisation à bras ouverts.

Le sénateur Trenholme Counsell : Je vous remercie d'être ce que vous êtes, et de tout ce que vous faites. Vous êtes une source d'inspiration et vos propos sont informatifs. Vous êtes un visionnaire.

En vous écoutant, j'ai cru que vous parliez des capacités d'adaptation. L'un de mes mentors parle du développement des capacités d'adaptation chez nos enfants et chez nos jeunes, et je crois que ce point devrait également faire partie de nos discussions.

On nous répète ce qu'on nous a dit dans l'étude sur la santé mentale, à quelques différences près. Toutefois, il est bon de l'entendre de nouveau, d'autant plus que cela cadre parfaitement avec ces deux rapports et ces deux études.

Laissez-moi d'abord vous parler de mon cheval de bataille : les enfants et leur développement. Monsieur Crooks, j'ai examiné la page 9 de votre rapport. Elle dit tout. Des statistiques presque semblables ressortent des prisons; 89 p. 100 des jeunes ont des troubles d'apprentissage, d'attention et de comportement. C'est la triste vérité. Les autres données portent sur la famille, les enfants, la santé mentale et le domicile. Ce tableau en dit long.

Je veux attirer votre attention sur la page 12 du rapport. Je vais d'abord vous présenter mes arguments, et vous déciderez par la suite si vous choisissez de retravailler votre tableau.

Au stade 1, vous préconisez un programme de prévention à l'école. Nous en demandons toujours plus aux écoles. Je crois que le stade 1 devrait porter sur les interventions auprès de la petite enfance et les programmes sur l'art d'être parent, et le stade 2, sur les programmes en milieu scolaire.

J'espère que vous êtes d'accord pour dire qu'en ce qui concerne tous les facteurs qui mènent à l'itinérance énumérés à la page 9, il nous faut diagnostiquer, déceler et cerner ces problèmes, puis intervenir. Presque tous ces problèmes peuvent être repérés avant l'arrivée de l'enfant à l'école et il serait profitable que l'intervention ait lieu bien avant cela. Les écoles jouent un rôle permanent très important, mais je n'aime pas qu'elles soient ciblées pour jouer un grand rôle dans ces interventions.

La région métropolitaine d'Halifax a connu une hausse de 48 p. 100 de ces problèmes entre 2003 et 2005. Ces données révèlent sans doute que des jeunes ayant des difficultés de partout au Canada atlantique migrent vers Halifax. Cela représente probablement aussi un nombre accru de jeunes ayant des difficultés dans votre propre région.

Sur une note positive, chaque province semble comprendre qu'il faut qu'un certain nombre de ministères participent aux stratégies venant en aide aux enfants et aux jeunes. Certes, on peut inclure ces interventions dans le programme Schools Plus, mais selon moi, il faut intervenir avant. On peut les intégrer au programme d'intervention complet, mais il semble qu'on se concentre surtout sur les écoles.

Madame Peters, je veux vous parler du modèle dans votre mission, qui est excellent d'ailleurs. Êtes-vous en mesure d'exercer votre influence et de diffuser ce modèle dans les collectivités? Est-ce que certains centres de santé communautaire du Manitoba incorporent des éléments du modèle, en particulier en ce qui a trait aux infirmières praticiennes?

M. Crooks : Je suis entièrement d'accord avec votre observation au sujet de mon graphique à la page 12. Lorsqu'on tente de présenter un travail complexe en peu de temps, il y a toujours des lacunes. Dans ce cas-ci, une explication plus détaillée aurait été utile.

Le programme de prévention à l'école dont on parle au stade 1 n'est qu'un exemple. J'essayais de donner des exemples des façons dont les programmes Phoenix s'insèrent dans ce continuum, mais je ne laisse nullement entendre que c'est le point de départ du stade 1 ou qu'il n'y a pas un millier de choses qui devraient être faites bien avant cela. Le programme de prévention à l'école n'est qu'un exemple d'intervention à un stade précoce. Cela dit, je suis totalement d'accord avec vos remarques.

Je veux revenir à votre commentaire sur les statistiques de la page 9. Je parle encore du document de la reliure mauve. Vous y trouverez deux articles sur le travail narratif qui nous emballent. La thérapie narrative est une approche thérapeutique originale émanant principalement de Michael White, qui a fait du travail vraiment créatif. Ce processus nous permet de comprendre comment débute le récit de la vie des jeunes que nous avons la chance de connaître grâce au programme Phoenix. Les histoires débutent puis deviennent des récits détaillés. Il y a encore là le risque de séparer le « nous » et le « eux ». Lorsque nous pouvons parler d'enfants qui sont paresseux, stupides ou tout simplement problématiques, il est plus facile de les laisser pour compte. Par contre, lorsque nous comprenons que leurs histoires doivent être changées, qu'il faut réécrire ces histoires et inviter ces jeunes à participer à un processus où ils explorent leurs forces, qui deviendront ensuite le principal mode de narration, c'est là que les choses commencent à changer.

Nous agissons tous en fonction des attentes à notre égard. Par exemple, on s'attend de vous, sénateurs, que vous ayez voyagé, que vous soyez pleins de sagesse, que vous soyez futés et que vous soyez professionnels. Et vous répondez avec brio à ces attentes. Au pays, nous avons le même problème avec nos jeunes. Nous nous attendons au pire d'eux, et lorsque nous agissons ainsi, nous risquons qu'ils soient à la hauteur de nos attentes.

L'un des principaux auteurs au sujet de l'approche narrative est Alison Little, une thérapeute clinicienne de notre programme de prévention. Madame le sénateur Trenholme Counsell, je crois que vous l'avez connue lorsque vous étiez à Sackville, au Nouveau-Brunswick. Le monde est petit.

Ce qui est si innovateur dans le travail narratif, c'est son application du milieu clinique au milieu de la prestation de services de premier niveau. Comment procéder au changement des récits qui racontent comment nos jeunes se perçoivent? Nous constatons des revirements phénoménaux. Nous avons effectué une activité d'apprentissage au sein de Phoenix où nous avons pris ce qui se produit normalement dans une séance individuelle en clinique et nous l'avons modifié pour discuter de son application lorsqu'on côtoie un jeune à la maison Phoenix pour laver la vaisselle, soit dans un milieu résidentiel, soit dans un autre milieu. Comment aider ces jeunes à commencer à comprendre leur potentiel sous un autre jour, puis à utiliser cette nouvelle perception comme récit dominant?

Il s'agit d'un travail passionnant. Je pense à une jeune femme en particulier qui fréquentait notre centre de services en personne. À peines quelques minutes après avoir rencontré une nouvelle personne, elle se présentait en disant : « Bonjour. Je m'appelle [...] et j'ai des problèmes de santé mentale ». Elle poursuivait ensuite en parlant de tous les aspects troublants et problématiques de sa personnalité.

Nous l'avons associée à Special Initiatives, un programme permettant aux jeunes d'explorer leurs forces. Nous avons établi un programme en partenariat avec la Galerie d'art de la Nouvelle-Écosse. Cette jeune femme a appris à peindre dans le cadre de ce programme et s'est avérée une artiste pleine de talents. En compagnie d'un groupe d'amis, elle a appris à organiser des expositions. Ensemble, ils ont mis sur pied une exposition d'art qui a été présentée au public pendant deux mois à la Galerie d'art de la Nouvelle-Écosse. Dans un couloir, on trouvait une série de peintures de Monet, et un peu plus loin, des œuvres créées par nos jeunes.

Quelques mois plus tard, je l'ai entendu se présenter de nouveau. Cette fois-ci, elle a dit : « Bonjour. Je m'appelle xyz, et je suis une artiste. » Elle s'est mise ensuite à parler de son talent et de son travail d'une façon qui m'a touché, car j'ai constaté qu'elle avait tourné la page en commençant à se définir d'une nouvelle manière, ce qui lui ouvrait des portes pour l'avenir.

Nous avons tous un rôle à jouer. Nous sommes tous des participants dans ce processus narratif. Nous devons commencer à comprendre notre rôle en tant que nation, à comprendre que nous devons changer le cours de l'histoire pour nos jeunes et les considérer comme un investissement. Ces jeunes ne sont pas des produits dangereux à gérer. Ils représentent nos possibilités d'avenir, et nous devons adopter une stratégie qui en tient compte.

Pour nous, ce genre de récit est inspirant et novateur. Nous sommes très enthousiastes à l'égard de cette approche et des résultats obtenus. Je vous laisse le soin de consulter ces articles.

Le sénateur Trenholme Counsell : J'ai demandé à Mme Peter comment elle entend promouvoir le concept des soins offerts en collaboration avec les infirmières praticiennes. J'aimerais qu'elle m'éclaire un peu plus sur cette question très importante.

Mme Peters : Je crois en effet qu'il s'agit d'un point très important. Le gouvernement manitobain a été un peu lent à accepter les initiatives provenant des régions consistant à faire appel aux infirmières praticiennes. Il reste encore beaucoup à faire au Manitoba. Je crois que les autres provinces ont une longueur d'avance à cet égard.

Les soins primaires sont trop souvent assurés par des médecins du secteur privé, qui exigent un paiement à l'acte. Nous devons mettre en place plus d'initiatives permettant aux services privés de présenter des propositions visant à recourir aux infirmières praticiennes. Il s'agit selon moi d'un secteur où les infirmières praticiennes sont appelées à travailler. Leur rôle ne devrait pas se limiter aux centres de santé communautaire financés par les offices régionaux de la santé, comme c'est le cas au Manitoba. Le secteur privé doit recourir aux infirmières praticiennes et à d'autres spécialistes. Les choses progressent lentement, mais je crois que ça s'en vient, ce qui est très important selon moi.

Le sénateur Trenholme Counsell : Je vous encourage à faire preuve de leadership et à devenir un agent du changement en propageant la bonne nouvelle et en communiquant vos réussites.

Le sénateur Cordy : Je vous remercie tous. Vous présentations de ce matin étaient excellentes. À 10 h 30, j'ai reçu un appel d'une dame de la Nouvelle-Écosse qui regardait les délibérations sur l'itinérance de notre comité à la télévision. Cette dame m'a dit : « Je ne peux pas croire que ce genre de choses se produit au Canada. Nous avons tant de ressources. Qu'est-ce qui se passe? »

Vous nous avez montré qu'il existe bel et bien de bons programmes, mais le problème est très vaste, et il faut que tout le pays s'y mette.

Je viens de la Nouvelle-Écosse, et à ce titre je me dois de faire la promotion du Phoenix House. J'ai déjà fait partie du conseil d'administration de cet organisme. M. Crooks, vous faites figure de proue en Nouvelle-Écosse dans le dossier de l'itinérance chez les jeunes. Juste à vous entendre, toutes les personnes ici présentes savent que vous considérez chaque participant au programme Phoenix comme une personne à part entière, et que la même chose vaut pour tous les membres du personnel et les bénévoles. Les employés ne font pas un gros salaire, et pourtant ils se donnent pleinement. Le centre venait d'ouvrir ses portes, et le programme de logement en était à ses tout débuts lorsque j'étais membre du conseil d'administration. Les personnes travaillaient toute la journée au centre, puis donnaient des exposés en soirée. Le programme a beaucoup évolué en vingt ans à peine. Vous ne vous êtes pas assis sur vos lauriers, mais vous avez continué de bâtir de nouvelles installations pour les jeunes de la Nouvelle-Écosse. Vous leur donnez une chance, et je vous en remercie énormément.

Vous avez parlé des efforts disproportionnés que vous déployez afin de recueillir des fonds et du temps que vous devez consacrer à ces activités. Vous avez soulevé un excellent point lorsque vous avez dit que les chercheurs devraient établir combien cela coûte aux ONG, car si je me rappelle bien, vous recevez non seulement des demandes de personnes voulant que vous donniez des exposés à des fins de financement et de chercheurs, mais aussi de représentants d'autres villes, au pays et à l'étranger, qui souhaitent mettre en place des programmes semblables au Phoenix House. Or, les ressources sont très limitées.

Ces activités contribuent à mobiliser les collectivités, et il est très important que la collectivité sache ce qui se passe. Toutefois avons-nous besoin de donner l'impulsion à l'échelle nationale sur la question de la pauvreté et de l'itinérance? D'après tout ce que vous avez dit ce matin, il ne faut pas examiner la question de l'itinérance hors de contexte. Le Dr Keon a fait illusion à plusieurs questions. Mme Votta a décrit certains de ces problèmes, et M. Kraus a expliqué que les problèmes de santé mentale sont souvent associés à l'itinérance.

En 1989, les parlementaires ont voté à l'unanimité pour l'établissement d'une stratégie visant à lutter contre la pauvreté chez les enfants. Je crois qu'ils savaient tous que c'était là ce qu'il fallait faire. J'imagine qu'ils se sont tous dits : « Bien. C'est un début. Les choses vont commencer à bouger. »

Or, les statistiques nous montrent que rien n'a changé. Pas même d'un bémol. Par où commencer et que faire? Les programmes doivent être offerts par les collectivités, qui vivent ces problèmes et où l'on trouve les sans-abri. Est-il nécessaire d'avoir un cadre national? Même avec ce cadre, comment peut-on s'assurer que les choses vont bouger?

Mme Kraus : Il s'agit d'une très bonne question. Que peut-on faire en tant que nation pour combattre le grave problème de la pauvreté et de l'itinérance? Quelqu'un vous a dit qu'il ne devrait pas y avoir de sans-abri au Canada, et il a absolument raison. Nous savons que ce genre de situation ne devrait pas se produire et nous savons quoi faire pour corriger le problème.

La question de l'équilibre entre les rôles que doivent assumer le pays dans son ensemble est les collectivités est très intéressant. Il existe entre autres un programme offert dans le cadre de la Stratégie des partenariats de lutte contre l'itinérance, qui a remplacé l'Initiative pour les sans-abri. Cet excellent programme est particulièrement intéressant, car il permet de mettre en place un processus communautaire. Des collectivités de toutes les régions du pays ont été obligées de travailler ensemble pour décider des mesures à prendre pour lutter contre le problème de l'itinérance dans leur région. On compte maintenant environ 60 groupes, chaque collectivité disposant de son comité consultatif communautaire. Je connais ceux de Kelowna et de Vancouver. Ces comités sont composés de divers représentants qui souhaitent combattre les problèmes de la pauvreté et de l'itinérance. Ils ont travaillé à mettre au point des plans, en réfléchissant à l'éventail de services nécessaires, y compris les services d'urgence, de santé mentale, d'aide aux jeunes, d'emploi, de santé et d'hébergement. Ces collectivités ont déployé beaucoup d'efforts pour concevoir le genre de stratégies qu'elles pouvaient mettre en place afin de s'attaquer au problème de la pauvreté et de l'itinérance.

Je dois dire que les collectivités commencent à admettre qu'elles ont besoin de prévoir des logements. Certaines collectivités ont décidé de consacrer tous les fonds à un seul projet d'habitation, tandis que d'autres estiment qu'elles doivent prendre contact avec les personnes de la rue et leur offrir un éventail de services complet en plus d'endroits pour les héberger.

Voilà pourquoi il est important d'établir une stratégie nationale. Or, il faut prévoir des fonds suffisants, ce qui pose un problème. M. Crooks a déjà mentionné que les groupes communautaires en font beaucoup, se démenant pour réunir quelques dollars. Nous avons vraiment besoin d'un catalyseur national, d'une politique et d'un programme de logement nationaux, parce que nous savons qu'il faut mettre en place ce genre de mesures pour lutter contre le problème. L'hébergement est au cœur de la question. Lorsque les personnes ont un toit, elles peuvent obtenir les soins de santé dont elles ont besoin et elles peuvent commencer à se chercher un emploi. C'est ce qu'il nous faut : un partenariat. Les collectivités ont fait un excellent travail. Elles ont réuni les intervenants en se disant : « Bon. De quoi avons-nous vraiment besoin dans notre collectivité? Travaillons ensemble. » Les collectivités font participer le secteur privé et font appel à un ensemble de services. Elles ont fait un très bon travail, et elles savent ce dont elles ont besoin : établir un partenariat avec tous les ordres de gouvernement et obtenir beaucoup d'argent. Il faut héberger les gens.

M. Crooks : Au Canada atlantique, Phoenix ressent la pression — et le sénateur Trenholme Counsell a abordé ce sujet — celui du nombre de jeunes qui arrivent des régions rurales. Du point de vue statistique, on le voit dans les données du recensement. Non seulement leur passage est temporaire, mais dans bon nombre de cas, ils se rendent dans de plus grandes villes, comme Halifax. Si nous ne pouvons pas leur fournir de services et les soutenir à ces endroits, ils nous quittent pour de plus grands centres urbains, où la culture de la rue est mieux développée. Nous les voyons donc partir pour Toronto ou Montréal, et parfois plus loin dans l'Ouest.

Nous voyons rarement un de nos jeunes des Maritimes partir pour les grands centres et en revenir. Il est encore plus rare de les voir revenir lorsqu'ils ont connu du succès. C'est troublant pour nous, et nous en sentons la pression.

Nous devons établir une connexion en matière de processus et de structure nationale. L'Initiative sur le secteur bénévole et communautaire, qui a bien fonctionné pendant plusieurs années, a permis à notre secteur de développer une capacité et certaines forces et d'établir un dialogue national, ce qui était formidable. L'Initiative a été drastiquement réduite, comparativement à sa formule originale, et nous voyons les répercussions de cette perte.

Je suis du même avis que Mme Kraus à propos d'une stratégie nationale. Nous avons besoin d'une stratégie nationale en matière de logement, cela va sans dire. Le gouvernement doit faire preuve de leadership dans ce dossier. Cette stratégie doit être fondée sur toute l'expérience, les connaissances et l'information que nous avons acquises sur le terrain, en tant que fournisseurs de service. Cependant, nous avons besoin du leadership du gouvernement fédéral. De plus, cette stratégie de logement doit s'accompagner d'une stratégie nationale de réduction de la pauvreté. Les deux ne peuvent pas exister indépendamment. Elles vont de pair.

Enfin, une chose extrêmement problématique, du point de vue d'un fournisseur de services, a été le changement continu d'orientation aux niveaux provincial et national. J'ai participé à la rédaction de politiques liées à la durabilité, dans le cadre de l'Initiative de partenariats en action communautaire, qui a eu une incidence remarquable en raison des ressources qu'elle fournissait aux collectivités pour lutter contre l'itinérance. Cela s'inscrivait dans le cadre de l'initiative nationale en matière de logement à laquelle Mme Kraus a fait référence. Au début, il y avait des directives très strictes concernant la durabilité. On préconisait en quelque sorte les mesures ponctuelles, les méthodes traditionnelles, et on se montrait plus prudent face aux autres possibilités. En fin de compte, nous avons pu formuler des attentes différentes relativement à la durabilité.

Les ONG existeront aussi longtemps que nous en aurons besoin. Notre énoncé de mission et notre vision indiquent que nous aimerions nous retrouver sans travail. Nous ne voyons aucun signe de cela à l'horizon. Notre connexion avec les jeunes et notre engagement envers eux, dans le cas de Phoenix, consiste à être là pour eux à long terme. Par conséquent, les initiatives qui ont un cycle de deux à quatre ans nous posent un très grand problème. Il est extrêmement difficile de se préparer pour cela. Nous craignons alors le retrait du soutien et les conséquences liées au fait de revenir sur les engagements que nous avons pris envers nos jeunes, pour leur apporter une stabilité et une présence à long terme et un soutien valable jusqu'à ce qu'ils n'en aient plus besoin.

C'est pour nous un engagement sacré. C'est sur cette base et avec une grande intégrité que nous établissons la relation avec nos jeunes. Alors quand les gouvernements disent qu'ils veulent faire ceci et cela, la première question que je pose est toujours « pour combien de temps? ». Je suis entièrement d'accord avec le fait que nous avons besoin d'un cadre de travail à l'avenir, un cadre qui prévoit un engagement à long terme afin de permettre l'instauration d'un dialogue, l'établissement d'infrastructures et l'affectation de ressources appropriées pour faire face aux problèmes.

Le sénateur Cordy : Selon vous, comment le financement du gouvernement fédéral devrait-il se rendre jusqu'aux ONG dans les collectivités? Au Canada, la répartition des responsabilités fédérales-provinciales devient parfois si confuse que les ressources ne se rendent pas où elles devraient aller. Est-ce que le financement du gouvernement fédéral irait aux provinces et serait réservé à des programmes spécifiques?

M. Crooks : Je vais vous dire rapidement ce que nous avons fait à propos de l'Initiative de partenariats en action communautaire à Halifax, ce qui était, si je comprends bien, assez exceptionnel. On a formé un groupe communautaire composé de personnes élues représentant les différents segments de la population des sans-abri. Ces personnes étaient élues par des organisations sœurs d'Halifax, des ONG locales. Nous avions des représentants d'office de la municipalité et de la province et, évidemment, nos homologues de Ressources humaines et Développement social Canada, parce qu'ils avaient les sous. En bout de ligne, ils avaient le dernier mot et décidaient si un contrat était conclu avec un organisme pour la prestation de services. Nous comprenions ce droit. Ils étaient, bien entendu, responsables de leur processus.

Par l'entremise d'une demande de proposition comportant des secteurs désignés par un plan communautaire, des organismes pouvaient effectuer une demande, et les membres de la collectivité, avec impartialité et respect, et souvent aux dépens de leurs propres besoins de financement, prenaient des décisions afin de déterminer la meilleure utilisation des fonds. C'était rationalisé, c'était rapide, et nous avons demandé des fonds qui n'étaient pas dépensés dans d'autres régions à cause d'autres processus bureaucratiques. Nous étions prêts à les dépenser, c'était notre grande période de rattrapage. Grâce à ce mécanisme, nous avons investi dans une vaste gamme de services et de programmes, des bâtiments à la prestation de service en tant que telle.

À mon avis, le processus n'a pas besoin d'être compliqué. Il doit être transparent et justifiable, mais je crois que cela peut se faire d'une façon rationalisée.

Mme Kraus : J'aimerais poursuivre sur le sujet, car c'est le processus dont je parlais aussi relativement au Secrétariat des partenariats de lutte contre l'itinérance et où les collectivités déterminent les priorités et les besoins, puis élaborent un plan. Ensuite, elles font une demande par l'entremise de ce programme pour obtenir des fonds. Cela a très bien fonctionné dans les collectivités avec lesquelles j'ai travaillé.

Le seul problème, c'est le manque de fonds. Par exemple, Kelowna n'a pas pu réaliser son objectif prioritaire en matière de logement avec services de soutien. Cependant, le processus a permis aux collectivités de déterminer tout ce dont elles ont besoin. Si elles peuvent obtenir les fonds qui leur permettront de réaliser leurs objectifs prioritaires, alors le processus fonctionne.

Le sénateur Cook : Merci pour cet avant-midi très instructif. Je viens de Terre-Neuve. Avez-vous déjà entendu parler de Stella Burry Community Services? L'organisation a été fondée il y a de cela 65 ou 70 ans sur la vision d'une femme extraordinaire, et nous sommes des conteurs, alors nous avons peut-être besoin d'un peu d'inspiration. Elle est entrée dans un foyer de soins un peu avant d'avoir 90 ans. Elle était devenue handicapée physiquement, mais son esprit était encore très vif. Je l'ai rencontrée à une réunion et je lui ai dit : « Madame Burry, je croyais que vous étiez à la maison Agnes Pratt. » Elle m'a répondu : « Non, mon cher ami, je suis sortie de là parce que c'était une maison pour les vieux. » Sur cette vision se fonde une collectivité incroyable.

Madame Kraus, je suis très heureux que vous insistiez sur ce que le directeur me dit depuis cinq ans : le logement d'abord.

Le projet a débuté avec un endroit pour les sans-abri, mais elle le finançait en louant des chambres meublées à des personnes qui, comme moi, venaient de petits villages isolés, arrivaient en ville et ne pouvaient se payer qu'un logement modeste. Dès le début, il y avait une intégration des gens de son établissement. Il y avait un magasin de vêtements où vous payiez cinq ou dix cents pour qu'elle vous achète des souliers neufs, parce que chacun devrait avoir des souliers neufs, c'était sa philosophie.

Nous avons évolué pour former une société. Il le fallait, nous grandissions à vue d'œil. Nous avons maintenant quatre complexes d'habitation. Nous en avons un pour les jeunes filles sans abri dans les rues, où nous fournissons un lit et des repas. Et si elles veulent aller de l'avant, elles le peuvent. Nous avons une deuxième phase, où nous leur enseignons des connaissances pratiques et où elles peuvent emménager. La transition se fait à l'intérieur. Cet été, nous avons ouvert Stella's House et une épicerie. Nous avons pris le contrôle du centre-ville dans ma localité, car les locaux sont vacants, et on achète maintenant des provisions au centre commercial. Il y a de cela deux ou trois mois, l'organisation a acheté une vielle pharmacie au coin de rue adjacent. Je crois que nous avons maintenant quelque deux cents unités. Ce qui est intéressant à propos de Stella's Circle, c'est la supervision par les pairs. Il y a des appartements à l'intérieur. Je répétais : « Où allons-nous trouver des gens pour gérer tout ça? » Elle a répondu qu'ils le feraient eux- mêmes, et elle y croit fermement. J'aimerais savoir ce que vous en pensez. Toutefois, pour nous, ça fonctionne.

Il y a aussi un petit café, très fréquenté, en particulier en été. Il est sans but lucratif, et il est géré par les clients qui vivent dans la résidence. Les jardins sont entretenus. C'est un mode de vie complet. C'est une idée merveilleuse.

Je crois que les ONG sont l'âme de la communauté lorsqu'il s'agit de fournir des logements. Nous acceptons tout le monde. Les clients nous sont envoyés par les hôpitaux et la police, et le gouvernement provincial s'est engagé parce que nous fournissons un service à la communauté qu'il ne peut pas fournir, et aussi parce que nous assumons le risque des hypothèques. Il leur convient tout à fait de payer pour les clients parce qu'il n'y a pas de risque pour le gouvernement. C'est nous qui assumons le risque des hypothèques.

Il y a des poches de programmes et de stratégies, dans ce pays, qui fonctionnent, mais elles sont dispersées. Monsieur le président, notre rôle, tel que je le comprends, consiste à essayer de réunir ces éléments disparates en un programme national qui sera si bien conçu et qui incorporera tant d'excellents éléments que personne ne voudra l'ignorer. Je ne sais pas si c'est sensé, mais je crois que c'est pour ça que nous sommes là. Tous les éléments sont réunis.

J'aime beaucoup votre idée au sujet de l'infirmière praticienne. Je lui en parlerai quand je rentrerai.

L'autre volet de ce que nous offrons, c'est la halte-accueil, surtout pour les hommes et les personnes qui ont des problèmes mentaux. Au début, c'était un endroit où on pouvait aller pour fumer une cigarette; après, nous avons installé un ventilateur de 800 $ pour chasser la fumée, et il y a une télévision et des cartes à jouer et ainsi de suite. Il y a aussi des visionnaires formidables qui administrent ces programmes, et maintenant nous avons le service de loisirs local pour jeunes qui organise des marches, des randonnées et des piques-niques en été. La municipalité fournit les étudiants et les programmes. Chose plus importante, cependant, nous avons des étudiants en sciences infirmières qui viennent dans le cadre de leur stage et dans le cadre d'un programme de groupe d'intérêts novice. C'est donc dans la communauté et au niveau de la communauté que se trouvent nos points forts et notre capacité de provoquer des changements.

Quand je regarde tout ça, je vois quelques obstacles. Je voudrais connaître votre opinion et votre expérience de la Société canadienne d'hypothèques et de logement. Je me souviens d'un incident qui s'est produit chez nous lorsque Chevron voulait donner 750 000 $ mais que le contrat n'avait pas été signé à la Société canadienne d'hypothèques et de logement, et que nous courrions le risque de perdre ce don privé à cause de l'inaction de la bureaucratie.

Que peut-on faire pour que les responsabilités soient assumées du côté fédéral, ou quels sont d'après vous les obstacles qui s'opposent à ce qu'on aille dans cette direction? Le gouvernement provincial s'est engagé parce que nous avons essentiellement assumé le risque. Mais ça marche, et nous offrons un service formidable aux gens mais ils s'aident eux-mêmes. Ce serait bien si vous pouviez voir cette organisation, où les gens dirigent leurs propres affaires.

La semaine dernière, ma fille m'a dit qu'elle est entrée au conseil d'administration de Stella Burry. Elle est psychologue. On cherche des gens qui ont des connaissances spécialisées. Ce sont simplement des idées que je vous jette en vrac. Ensuite, elle m'a demandé si je voulais acheter un lit pour un nouveau complexe dans le bâtiment médical. Ça coûte 6 000 $.

Je sais les pressions que vous subissez sur le plan financier, mais je pense que quelque part dans tout ça il devrait y avoir un mécanisme qui permette d'évaluer les besoins là où ils sont déterminés. Il faut pouvoir dire au gouvernement de payer. Je serais heureux d'entendre vos commentaires.

Mme Kraus : Je crois que vous avez tout dit.

Le sénateur Cook : Je voudrais en entendre davantage sur la Société canadienne d'hypothèques et de logement.

Mme Kraus : Vous voulez parler de quel obstacle?

Le sénateur Cook : L'accès au financement et l'utilisation sans condition de ces fonds, ainsi que les formalités bureaucratiques et le temps qu'il faut pour remplir des demandes de financement de la myriade de sources possibles quand on a de l'imagination — jusqu'à sa propre mère. Est-ce que vous avez des problèmes de cette nature?

Mme Kraus : Je crois que le problème principal, c'est que la Société canadienne d'hypothèques et de logement n'offre plus de programme de logement. Nous n'avons pas de programme national de logement à but non lucratif, si bien qu'il n'y a pas de fonds pour les groupes qui veulent faire construire le type de logement qu'on construisait autrefois — et dont on a désespérément besoin. Il n'y a plus aujourd'hui que le Secrétariat des partenariats de lutte contre l'itinérance pour nous aider par rapport au problème de l'itinérance. C'est la seule source de fonds, et il ne s'agit pas de financer des logements permanents.

Le secrétariat financera peut-être des logements de transition. Il a eu le mérite d'adopter le principe de la priorité au logement. Il dit qu'il faut effectivement travailler pour sortir les gens de la rue et les loger. Mais où est l'argent pour les logements permanents? Il n'y en a pas.

Les groupes communautaires font un travail formidable. Ils sont très créatifs et ils ont vraiment beaucoup réfléchi aux besoins. Le travail que vous mentionnez est un des meilleurs exemples. Les collectivités ont fait un travail de réflexion formidable sur tout ça, et ont produit des solutions très créatives, mais elles ne peuvent pas faire plus sans l'aide du gouvernement fédéral. Il faut offrir suffisamment de fonds parce qu'il n'existe pas de programme de logement susceptible de fournir les logements dont les communautés disent qu'ils sont nécessaires.

Il y a un manque de continuité à ce niveau. Les collectivités déterminent les besoins et fournissent des solutions créatives. Il y a un instrument, maintenant, le Secrétariat des partenariats de lutte contre l'itinérance — ce n'est même pas la SCHL, parce qu'elle n'a plus de programme de logement —, mais il n'offre pas un programme de logement comme tel. On ne reconnaît pas la nécessité des logements permanents à but non lucratif. La principale difficulté pour la SCHL, c'est qu'elle n'a pas de programme de logement à offrir.

Le sénateur Cook : C'est incroyable. Avez-vous une idée de la raison pour laquelle on a annulé ce programme?

Mme Kraus : Le programme national de logement à but non lucratif a été annulé en 1993. À l'époque, des groupes ont dit qu'il y aurait des itinérants dans les rues si on abolissait ce genre de programme, et c'est exactement ce qui s'est passé.

M. Crooks : Quand peu de fonds proviennent des gouvernements provincial et fédéral, on comprend mieux l'expression « mettre la charrue avant les bœufs ». Par le passé, nous avons eu de plus en plus tendance à faire des réductions là où l'on pensait pouvoir se permettre d'en faire. Ce n'est que maintenant, plusieurs décennies plus tard, qu'on se rend compte des conséquences les plus graves et qu'il faut parfois revenir sur ce qu'on a négligé.

J'aime beaucoup les histoires que vous avez racontées parce qu'elles illustrent le remarquable esprit d'innovation et la créativité des groupes communautaires. Il n'y a pas un seul membre de ma famille qui n'a pas un de ces téléphones qui disent qui appelle, parce que maintenant, ils évitent tous mes appels. Quand on me connaît, ou pire encore, quand on est de ma famille, on a déjà fait au moins 100 dons importants à Phoenix d'une façon ou d'une autre. On sollicite de tous les côtés pour boucler les fins de mois et répondre à la demande.

D'un autre côté, comme les derniers dollars fédéraux réservés au logement ont été transférés à la province, il nous est très difficile de constituer un stock de logements abordables. En Nouvelle-Écosse, nous avons un des stocks de logements les plus anciens au pays et un de ceux qui ont le plus besoin de réparations. J'ai parlé au principal responsable provincial, qui gère ce dossier, de la possibilité d'investir ces dollars dans des logements abordables. Nous avons parlé de leurs formules et de nos besoins en ce qui concerne les logements pour jeunes. C'était une personne très agréable, sur le plan personnel et professionnel, mais après avoir réfléchi un bon moment, elle a dit : « Vous ne pouvez rien faire de tout ça avec nos formules actuelles. » Par la suite, elle a assumé d'autres fonctions. J'ai rencontré le remplaçant, et fait une nouvelle tentative. J'ai eu la même conversation : j'ai expliqué ce que nous voulions faire et pourquoi c'était raisonnable. Il a réfléchi et il a dit : « Vous ne pouvez rien faire de tout ça avec nos formules actuelles. »

J'abonde dans le sens de Mme Kraus. L'aménagement d'unités de logement adéquates constitue un immense problème. Nous travaillons dans le contexte que j'ai décrit. En fin de compte, nous voulons mettre sur pied un endroit où les jeunes sont ce qu'ils doivent être, ce qui est complètement indépendant de nous. Nous voulons qu'ils aient bénéficié de notre présence auprès d'eux, mais qu'ils soient prêts dès maintenant à mener une vie normale, c'est-à-dire à bien vivre et à être utile dans la société. Nous ne pouvons trouver de logements convenables nulle part pour eux. C'est un gros problème.

Le sénateur Cook : Sans l'argent nécessaire — que j'attendais il y a 20 ans —, une évolution a eu lieu et elle ne peut qu'avoir été bénéfique pour la population. Nous nous assurons la collaboration des collectivités, et la santé des personnes concernées s'améliore grâce à l'innovation, c'est-à-dire grâce au programme des étudiants en soins infirmiers, aux loisirs, à l'apprentissage sur la façon d'exploiter un petit café, peu importe. Il faut croire qu'à quelque chose malheur est bon.

Le sénateur Fairbairn : Depuis le début, j'écoute ce que vous dites avec beaucoup d'enthousiasme et d'émotions. C'est absolument formidable. Cela me rappelle une initiative à laquelle je participais à la fin des années 1980, quand je suis devenue sénateur. Vous parlez des relations entre le gouvernement fédéral et les groupes communautaires, et des questions qui touchent les gouvernements provinciaux. Ce que vous voulez, c'est obtenir un effort particulier pour aider les jeunes par tous les moyens à s'intégrer à la société et, en fait, à la diriger lorsqu'ils seront plus vieux.

J'ai joué un rôle dans le domaine de l'alphabétisation. Il y avait une collaboration exceptionnelle entre les membres d'un petit groupe de gens très dévoués qui ont fait partie du Secrétariat national à l'alphabétisation pendant de nombreuses années. Ils travaillaient avec les provinces, les municipalités et toutes les organisations où des gens pouvaient se rallier à leur cause. Ce qui les préoccupait, c'était essentiellement ce que vous exposez dans vos documents. Ce problème est fondamental pour les Canadiens et pour le reste du monde. Il s'agit de la capacité d'apprendre, de lire et de communiquer.

Les membres de ce comité n'ont pas abandonné cette cause. Cependant, elle ne tenait qu'à un fil l'an dernier. Nous avons causé une agitation si vive et éloquente au Sénat — tout comme nos collègues à la Chambre des communes — , que le gouvernement a dû nous écouter. Dans une certaine mesure, le débat a été relancé, mais d'une manière différente. Il est encore présent, mais pas de la même façon qu'il l'était auparavant. Toutefois, nous continuons de lutter.

Tissez-vous des liens avec les bénévoles des collectivités dans la réalisation de tous les objectifs que vous vous êtes fixés? En Nouvelle-Écosse et dans tout le Canada atlantique, je connais les groupes qui s'occupent de l'alphabétisation, et l'alphabétisation est une pierre d'assise qui permet d'atteindre le genre d'objectifs que vous visez. N'importe qui d'entre vous peut répondre. Je serais très déçue de savoir qu'aucun de vous n'a joué un rôle dans ce domaine d'une manière ou d'une autre.

Mme Peters : Notre organisation intervient vraiment dans les situations d'urgence : elle donne aux gens un toit, sert des repas et fournit des vêtements. Nous avons essayé de mettre en place de petits programmes d'alphabétisation et d'initiation à l'informatique, mais les gens que nous aidons sont dans une situation si critique que la réponse s'est avérée décevante. Les gens que nous aidons ont atteint un point critique : ils sont sans abri, sans nourriture, sans vêtement, et ils ont besoin d'un coup de main pour essayer d'en arriver à un point où ils pourront accorder de l'attention à d'autres aspects de leur vie.

M. Crooks : Je comprends très bien ce qu'explique Mme Peters. Il y a un moment et un lieu pour entreprendre ce genre de chose, et nous avons beaucoup de chance aux Phoenix Youth Programs, car nous avons un éventail complet de services. À mesure que les gens commencent à se stabiliser et à combler leurs besoins primaires, nous pouvons bâtir des relations avec eux et les accompagner un peu dans leurs rêves d'avenir. Nous faisons beaucoup à ce chapitre. Notre association comprend 140 bénévoles, dont la plupart s'intéressent beaucoup au tutorat. L'engagement d'une grande partie de nos bénévoles est probablement imputable à cette raison. Nous sommes aussi très chanceux de pouvoir accomplir ce travail de manière bien structurée grâce à nos centres d'apprentissage et d'emploi. Nous avons des ordinateurs qu'ils peuvent utiliser, bien sûr, mais nous avons aussi ce que nous appelons un programme de transition. Il permet aux participants de faire du rattrapage scolaire, de se préparer à la vie quotidienne et de suivre de la formation préalable à l'emploi.

Pour en revenir à votre question, nous disposons de deux principaux outils d'alphabétisation. Nos bénévoles sont très actifs dans le domaine. Pour rejoindre les jeunes du volet apprentissage et emploi du centre, nous faisons appel à des méthodes très créatives, qui mettent l'accent sur l'alphabétisation et la formation. Il y a quelques années, en 2000, pendant que nous élaborions le premier programme du genre dans notre région, nous avons eu besoin de matériel pour les cours. Nous avons été agréablement surpris de constater l'abondance de matériel à l'intention des jeunes à risque. Nous avons passé une commande en fonction de nos moyens financiers. Suite à la réception du matériel, j'ai reçu un appel du coordonnateur qui m'a dit que les articles commandés dépassaient de beaucoup les capacités de nos jeunes, de trois à quatre niveaux scolaires. Nous sommes encore à la recherche de matériel éprouvé pouvant être utilisé par nos jeunes et ne nécessitant pas de révision en profondeur. Cela illustre bien qu'être sans-abri, ça entrave l'apprentissage et l'alphabétisation. Les répercussions sont désastreuses.

Le sénateur Fairbairn : Vous devriez parler à M. John O'Leary. Nous vous transmettrons son numéro de téléphone. Il est possible que vous l'ayez déjà rencontré. Il était président du Collège Frontière, à Toronto. Bien qu'il ait pris sa retraite, il est encore très actif dans le monde de l'alphabétisation.

Il y a de cela plusieurs années, quand j'ai commencé à m'intéresser à ce domaine, le Collège Frontière est le premier organisme auquel je me suis adressée pour savoir dans quoi je m'embarquais et pour obtenir des conseils et du soutien. L'un des programmes les plus novateurs du Collège était très peu dispendieux. Il a fait ses débuts au centre-ville de Toronto et a continué au Manitoba, je crois, et en Colombie-Britannique. Le programme s'appelait Beat the Street. Il s'agissait d'un centre où les passants pouvaient s'arrêter et consulter les livres mis à leur disposition. Il y avait des chaises et deux ou trois personnes très gentilles. Les gens n'avaient qu'à entrer. Les jeunes connaissaient le centre; c'était un endroit où ils se sentaient à l'aise, car il ne ressemblait en rien à une école. Ce programme tout simple a permis de changer un nombre considérable de vies. Oui, il faut des gens pour aider ceux qui sont dans le besoin, mais encore faut-il savoir ce qu'ils veulent faire et comment ils souhaitent qu'on leur vienne en aide. C'était stupéfiant. Dans le cadre du programme, on a donné un coup de main à beaucoup de gens sortant de prison. Ils souhaitaient poursuivre leur éducation afin de ne pas retourner à la case départ.

Vous trouveriez John O'Leary bien intéressant; c'est un homme bon et intelligent. Et rappelez-vous : nous avons peut-être changé ici, à Ottawa, mais il s'agit encore d'une question d'une extrême importance. Tous les témoins ont mentionné la capacité d'apprentissage et la possibilité de participer à la vie communautaire. Nous ferons tout en notre pouvoir pour vous aider.

M. Crooks : Merci.

Le sénateur Fairbairn : Je vais vous donner son numéro de téléphone.

M. Crooks : Merci.

Le sénateur Brown : J'aimerais commencer par vous dire que j'admire le travail que vous faites. Selon moi, ce sont de très nobles causes qui augurent bien.

J'aimerais répéter ce que j'ai dit il y a quelques jours lors de l'audience du Comité permanent des peuples autochtones concernant ce que vous appelez le logement. J'ai examiné les pages 9 et 10 de votre présentation PowerPoint. Je crois que l'ordre d'importance des mots foyer, santé, emploi, famille et éducation est parfait, car si vous perdez la chose la plus importante, votre foyer, vous courrez le risque de perdre tout le reste.

J'aimerais vous suggérer un changement de terminologie pour deux mots que vous utilisez dans votre présentation. Lorsque vous parlez des sans-abri, vous donnez à entendre que la réponse au problème du sans-abrisme est de fournir un foyer. C'est pourquoi je vous inviterais à ne plus utiliser le mot « logement », car vous offrez bien plus qu'un simple logement. Non seulement vous offrez un logement, au même titre que les soins d'urgence offerts par Mme Peters, mais vous offrez des foyers d'accueil d'urgence, qui sont très différents des refuges d'urgence. Chaque hôtel canadien offre ce genre de service, et, croyez-moi, on ne s'y sent pas comme chez soi. J'ai traversé le Canada trois fois et je parcours 2 000 milles tous les lundis et jeudis; je sais pertinemment que ces endroits ne ressemblent en rien à son foyer. Pour chaque personne, il n'existe qu'un seul foyer, un seul endroit où l'on se sent chez soi. C'est ce qui disparaît quand on perd son foyer — son confort. Lorsque celui-ci n'existe plus, les autres mots inscrits au bas de la page prennent vie. Je ne pourrais pas dire si la colère est en tête de liste, mais elle entre probablement en jeu. Selon moi, la confusion devrait être au premier plan, suivie de la peur et de la tristesse. Dans certains cas, les gens se sentent dépassés, ce qui ouvre la voie à diverses formes de dépendance : drogues, alcool ou autres substances.

L'autre expression qui m'inquiète est « santé mentale », car elle a une connotation négative. Quand une personne perd son foyer, elle ne se retrouve pas nécessairement avec des problèmes de santé mentale, mais son confort diminue énormément. Vous devriez profiter de vos rencontres avec les représentants du gouvernement pour leur demander comment ils se sentiraient s'ils perdaient leur foyer. Il est beaucoup plus facile de leur soutirer des fonds lorsque vous parlez de foyer plutôt que d'abris ou d'autres éléments ayant une connotation négative.

En outre, les gens à qui vous rendez service se sentiront mieux si vous leur dites que vous voulez les aider à ravoir un foyer. Je suis conscient que ce raisonnement peut sembler un peu simpliste, mais les étiquettes revêtent une grande importance. Il est crucial d'utiliser des termes qui vous permettront de susciter la sympathie des gens à l'égard de votre cause. Au lieu d'un logement et de la santé mentale, offrez à quelqu'un le confort d'un foyer et appelez ce lieu un foyer, peu importe la forme qu'il prend. Je voyage chaque semaine, et, où que j'aille, il y a un endroit où je peux avoir un gîte. Ce n'est cependant pas mon foyer. Même quand ma femme m'accompagne, ce qu'elle fait la plupart du temps, je ne suis chez moi que lorsque je rentre à la maison le soir, vers minuit.

Le vice-président : Étant donné que nous avons légèrement dépassé le temps alloué, nous allons bientôt perdre notre soutien technique. Le sénateur Munson a une dernière question.

Le sénateur Munson : J'aimerais faire un bref commentaire. Monsieur Crooks, j'ai été touché par l'histoire de la jeune femme qui a choisi de se présenter comme une artiste plutôt que comme une personne ayant des problèmes de santé mentale. Qu'on parle de réduction des profits, de programmes nationaux de logement ou de programmes fédéraux, la communication est au cœur de toute stratégie. Comme vous l'avez mentionné, vous consacrez la majeure partie de votre temps à solliciter des fonds et à concevoir des logiciels, et cetera. Vos histoires à succès reposent sur une bonne communication. Les programmes nationaux de logement qui disposent des fonds nécessaires ont une stratégie de communication. Les histoires que vous nous avez racontées peuvent être diffusées à travers le pays afin de mettre en évidence la réussite de vos programmes. Nous sommes toujours prêts à rapporter les histoires tristes. Je voulais simplement ajouter un commentaire au sujet de la communication.

Le vice-président : C'est un bon moment pour nous arrêter. Merci à tous. Nous avons eu une excellente matinée.

La séance est levée.


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