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Délibérations du comité sénatorial permanent des
Peuples autochtones

Fascicule 10 - Témoignages pour la séance du matin


EDMONTON, le vendredi 21 mars 2003

Le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones se réunit aujourd'hui à 9 h 10 pour étudier diverses questions touchant les jeunes Autochtones des villes au Canada, en particulier l'accessibilité, l'éventail et la prestation des services, les problèmes liés aux politiques et aux compétences, l'emploi et l'éducation, l'accès aux débouchés économiques, la participation et l'autonomisation des jeunes, et d'autres questions connexes.

Le sénateur Thelma J. Chalifoux (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente: Je vous souhaite la bienvenue à tous. Nous avons une étude importante à réaliser en vue de dresser un plan d'action et de changement sur les questions touchant les Autochtones en milieu urbain, en particulier les jeunes. Notre comité a été chargé d'examiner non seulement les problèmes à cet égard, mais également les réussites des organismes et des institutions autochtones, et les moyens qu'ils ont pris pour surmonter les nombreux obstacles auxquels nous devons faire face en milieu urbain.

Nous avons été autorisés à étudier l'accessibilité, l'éventail et la prestation des services, les problèmes liés aux politiques et aux compétences, l'emploi et l'éducation, l'accès aux débouchés économiques, la participation et l'autonomisation des jeunes, et d'autres questions connexes. Comme vous le voyez, nous devons nous pencher sur une vaste gamme de questions dans le cadre d'un plan d'action et de changement. Nous nous tournons donc vers les organisations comme les vôtres pour en arriver à des recommandations sur les solutions possibles et pour savoir ce que vous faites pour résoudre ces problèmes.

Je voudrais d'abord vous présenter nos sénateurs. Il y a le sénateur Pat Carney, une conservatrice de la Colombie- Britannique, et aussi le sénateur Landon Pearson, de l'Ontario, le sénateur Nick Sibbeston, des Territoires du Nord- Ouest, et moi-même. Ce qu'il y a de bien, au Sénat, c'est que nous ne sommes pas élus; nous n'avons donc aucun esprit partisan. Nous pouvons examiner les problèmes ensemble et faire front commun pour présenter nos rapports et nos recommandations, et pour faire pression sur les ministères pour qu'ils s'attaquent aux problèmes que nous décrivons dans ces rapports.

Mme Eva Stang, coordonnatrice de la liaison avec les Autochtones, Northern Alberta Institute of Technology: Merci de votre invitation. Je suis coordonnatrice de la liaison avec les Autochtones au NAIT; je travaille sur le campus principal, juste en face de l'ancien aéroport municipal. Je suis au NAIT depuis environ quatre ans, et les services que j'offre s'adressent spécifiquement à nos étudiants autochtones, qu'ils soient membres des Premières nations, Métis ou Inuits. Je leur fournis surtout des services de soutien aux études, de soutien personnel et de transition à l'emploi à la fin de leurs études.

Quand nos étudiants se préparent à passer leurs examens, ce sont parfois ces modestes services de soutien qui font qu'ils réussissent ou qu'ils échouent. Par exemple, nous avons eu des mères seules dont les enfants étaient malades et ne pouvaient pas aller à la garderie; nous avons donc gardé leurs enfants. J'offre aussi des services de soutien à nos étudiants pour les aider à présenter des demandes de bourses et, dans ces cas-là, je leur recommande fortement de s'engager dans leur milieu. Je suis convaincue que c'est de cette façon-là que nous pourrons renforcer notre communauté. Et, de mon côté, je fais des recommandations et je rédige des lettres pour appuyer leurs demandes.

Nous avons un club d'étudiants autochtones qui est très actif depuis quatre ans. Nos étudiants s'échangent des services non seulement de soutien social, mais aussi d'entraide. Nous essayons de favoriser leur réussite au NAIT dans nos divers programmes. Nos étudiants de deuxième année aident leurs camarades de première année; il y a donc sur le campus beaucoup de tutorat par les pairs.

Nous offrons aussi d'autres types d'ateliers et de séminaires, par exemple sur les méthodes d'étude, la gestion du temps ou l'établissement d'un budget; c'est parfois quelque chose de tout à fait nouveau pour nos étudiants. Nous faisons également des présentations dans les écoles secondaires. Bien que je sois coordonnatrice de la liaison sur le campus, je m'occupe beaucoup du recrutement dans les communautés autochtones, tant parmi les Premières nations que chez les Métis, et j'aime bien amener mes étudiants avec moi.

Les étudiants obtiennent de meilleurs résultats que moi quand ils présentent leur vie au NAIT. Ils parlent aux élèves de la transition qu'ils ont vécue. Pour beaucoup d'élèves du secondaire, c'est leur principal contact avec notre établissement. Cela nous permet également de présenter des modèles de rôles dans nos communautés. Quand nous sommes accompagnés d'étudiants qui travaillent dans les domaines du génie pétrolier, des techniques de laboratoire, de la radiologie ou des arts culinaires, par exemple, ils ont une très grande influence dans les communautés. C'est pourquoi nous tenons beaucoup à ce que nos étudiants nous accompagnent quand nous allons faire nos présentations.

Nous distribuons en outre un bulletin des étudiants autochtones dans lequel nous annonçons toutes sortes d'activités communautaires, par exemple des pow-wow ou des rencontres métisses. Et nous encourageons fortement nos étudiants à participer, à titre bénévole ou non, à une foule d'activités dans leur milieu. Par exemple, bon nombre de nos étudiants ont participé hier soir à une rencontre entre gens d'affaires autochtones. Nous les encourageons à se créer des réseaux parce qu'ils ne sont avec nous que deux ou trois ans. Notre centre est un endroit où ils peuvent se sentir en sécurité, mais nous devons aussi leur donner la force et le soutien nécessaires pour leur permettre de s'intégrer à leur communauté quand ils quitteront notre établissement, ainsi que d'établir des contacts pour le jour où ils devront se chercher un emploi.

Nous organisons également chaque année une journée culturelle qui est très importante pour nous. Nous l'avions d'abord baptisée «journée de sensibilisation culturelle», mais nous en sommes rendus maintenant à notre quatrième journée culturelle annuelle au NAIT; nous ne parlons donc plus de «sensibilisation». Les gens sont très conscients de notre présence. Nous mettons en évidence les cultures des Premières nations et des Métis, et si nous avons suffisamment d'étudiants inuits, nous leur demandons de participer eux aussi à la journée, soit en présentant des spectacles, soit en fournissant des plats traditionnels.

Nous attribuons aussi le prix du sénateur Chalifoux. Quand nous avons tenu notre première journée culturelle, nous voulions faire en sorte que les membres de la communauté qui fournissent des services de soutien à nos étudiants, pour les aider à terminer leurs études, reçoivent une marque d'appréciation du club des étudiants, et pas nécessairement du NAIT. Nous remettons ce prix chaque année à une personne, à une entreprise ou à une organisation qui a contribué à favoriser l'éducation des Autochtones. Le sénateur a eu la bonté de nous permettre de décerner ce prix en son nom. Nous tenions à souligner vos contributions à la communauté autochtone, sénateur, et à lui redonner quelque chose en votre nom.

Nous avons par exemple remis ce prix à TransCanada, qui offre depuis huit ans des bourses d'études et d'autres récompenses à des étudiants autochtones du NAIT. Nous avons également souligné cette année la contribution du service d'éducation de la Première nation de Saddle Lake, puisque c'est la Première nation de l'Alberta qui a envoyé le plus d'élèves au NAIT. Cela vous montre comment nous célébrons notre culture et comment nous sensibilisons les autres groupes d'étudiants, sur le campus, à la présence d'une importante population d'étudiants autochtones au NAIT. Sur nos 7 000 étudiants, nous avons plus de 300 étudiants autochtones inscrits dans différents programmes.

Mme Pam Sparklingeyes, coordonnatrice culturelle, Centre d'apprentissage autochtone, district des écoles catholiques d'Edmonton: Je travaille au Centre d'apprentissage autochtone, qui relève du district des écoles catholiques d'Edmonton. L'école Ben Calf Robe fait également partie de ce district scolaire. Notre organisation a été mise sur pied récemment afin de soutenir les élèves autochtones des écoles catholiques d'Edmonton, ainsi que leurs familles. Nous avons dans nos écoles environ 1 200 élèves qui s'identifient comme Autochtones. Nous offrons notre appui aux élèves qui choisissent des écoles intégratrices ou l'école Ben Calf Robe.

Je suis responsable d'un programme pour les jeunes financé par Patrimoine canadien, dans le cadre de l'ICUPJA. Ce programme permet d'intervenir auprès des jeunes de 10 à 18 ans inscrits dans nos écoles.

Nous travaillons dans cinq grands secteurs, dont le plus important consiste à bâtir notre identité culturelle. Les autres sont le choix de carrière, la formation en leadership, les beaux-arts et les loisirs. Grâce au financement fourni par Patrimoine canadien, nous pouvons offrir certains programmes d'intervention.

Mme Sonja Willier, animatrice linguistique, Centre d'apprentissage autochtone, district des écoles catholiques d'Edmonton: Je travaille aux côtés de Mme Sparklingeyes au Centre d'apprentissage autochtone; l'école Ben Calf Robe est associée à notre programme au district des écoles catholiques d'Edmonton. Je fais partie d'une équipe de trois personnes, au centre. Je m'occupe plus précisément de langues, mais le rôle de notre équipe consiste à offrir aux enseignants des programmes de perfectionnement reflétant une optique autochtone afin de leur donner les outils nécessaires pour reconnaître les élèves autochtones auxquels ils enseignent et pour permettre à ces élèves de se sentir bien dans nos écoles.

Nous offrons ce soutien aux enseignants en leur recommandant certaines ressources existantes et en en créant d'autres. Nous élaborons du matériel pédagogique et nous le mettons à l'essai afin de fournir aux enseignants des modèles de stratégies qu'ils pourront appliquer en classe.

Nous avons assisté à des congrès d'enseignants et nous avons fourni certains services sur place. Nous avons aussi assisté à diverses conférences dans la région, et nous avons été invités dans des écoles de l'extérieur de la région d'Edmonton. Nous nous sommes également rendus dans des écoles administrées par des bandes pour leur suggérer des moyens d'intégrer une optique autochtone dans leurs classes. Nous cherchons à aller au-delà de notre centre pour créer des réseaux et offrir des services dans d'autres régions. Nous sommes très enthousiastes devant les possibilités qui s'offrent à nous.

M. Sean McGuiness, directeur, École Ben Calf Robe: Merci, madame Sparklingeyes et madame Willier, d'être ici aujourd'hui.

Je suis très heureux d'être ici moi aussi, et je vous remercie de votre invitation. Permettez-moi de vous dire que le district des écoles catholiques d'Edmonton s'intéresse beaucoup à l'éducation autochtone. L'école Ben Calf Robe existe depuis 22 ans, mais le Centre d'apprentissage autochtone est relativement récent; il n'a que trois ans environ. Un des éléments intéressants, dans la collaboration entre ce centre et l'école Ben Calf Robe, c'est que nous contribuons à former et à aider non seulement les élèves autochtones, mais aussi les élèves non autochtones. Nous croyons que c'est une des clés de l'avenir.

Je vous ai distribué un document, dont je voudrais vous exposer les grandes lignes. J'espère que le reste pourra aussi nous aider pour notre discussion de tout à l'heure.

Ben Calf Robe était un Pied-Noir très respecté du sud de l'Alberta. Il a dit notamment, comme on peut le voir sur la papeterie de notre école: «Il faut de la sagesse, du travail et du respect.» Et aussi: «Pourquoi rester sur le flanc de la montagne quand on peut être au sommet?» Ce sont des choses que nous essayons de mettre en pratique tous les jours à l'école Ben Calf Robe. Comme vous l'a dit Mme Sparklingeyes, nous croyons au choix des programmes. L'école Ben Calf Robe est une excellente solution pour nos élèves autochtones, mais elle n'est pas pour tout le monde.

Nous préférons si possible que nos élèves commencent très jeunes. C'est pourquoi nous avons à l'école, en collaboration avec la société Ben Calf Robe, un programme Bon départ pour les petits de trois ou quatre ans. Dans le même ordre d'idées, nous avons aussi un programme de maternelle qui permet aux enfants de vivre de multiples expériences. Ils vont en classe le matin et vivent ces expériences l'après-midi; ce sont des expériences dans leur milieu, qu'ils ne vivraient pas normalement avec leurs familles et qui s'avèrent très précieuses.

Comme je l'ai déjà dit, le district des écoles catholiques d'Edmonton s'intéresse beaucoup à ce programme. Nous avons des fonds qui nous permettent de limiter le nombre d'élèves à 18 par enseignant. C'est une initiative qui coûte cher, mais qui rapporte d'énormes dividendes. Vous pouvez voir, dans le document que je vous ai distribué, qu'il y a aussi un volet culturel et un volet spirituel. C'est notre «signature», si vous voulez. C'est le programme pour lequel nous sommes le plus connus et, avec l'appui du Centre d'apprentissage autochtone, nous travaillons à en faire un programme meilleur et plus complet, de jour en jour et d'année en année.

Il y a un certain nombre de choses nécessaires pour assurer le succès de ce programme — qui existe depuis quelques années —, une de ces choses étant évidemment le programme de petits déjeuners et de dîners. Il est prouvé que les enfants n'apprennent pas l'estomac vide. Nous avons des enfants qui viennent de partout — du nord-est, du centre et du nord d'Edmonton — et qui choisissent de venir à Ben Calf Robe pour diverses raisons, mais surtout pour le programme culturel. Cependant, ils ne peuvent pas tous se rendre à l'école par leurs propres moyens. Mme Sparklingeyes a mentionné les fonds de l'ICUPJA et les subventions de Patrimoine canadien. Cela nous aide aussi à payer le transport de nos élèves en autobus jaunes.

Pendant des années, l'école Ben Calf Robe a accueilli uniquement des élèves du premier cycle du secondaire. Elle offre maintenant des cours de la maternelle à la neuvième année. Elle compte plus d'élèves que jamais auparavant: 255 cette année, et 262 l'an dernier. C'est l'école que choisissent de plus en plus de jeunes.

Il y a toutes sortes d'élèves dans notre école; certains l'ont choisie pour son programme culturel, mais ils ne sont pas tous inscrits au programme régulier. Nous avons une foule de programmes pour aider les élèves dans leur apprentissage; nous avons des ressources particulières, des programmes modifiés, des plans d'enseignement individuel, des programmes d'alphabétisation équilibrée, d'intervention précoce, de perfectionnement de la lecture, d'entraide pour les devoirs, et ainsi de suite. La liste est longue. Nous avons aussi monté au fil des années, en partie grâce à Mme Sparklingeyes à l'époque où elle était à l'école Ben Calf Robe, une bibliothèque remplie de matériel autochtone dont nous sommes très fiers.

Nous constatons que les activités pratiques que les élèves peuvent faire avant de commencer à lire et à écrire rapportent des dividendes très intéressants. Les visites sur le terrain sont évidemment importantes, tant pour nous que pour les élèves.

Je voudrais également mentionner, si vous me le permettez, la Ben Calf Robe Society. Cette société a été constituée peu après l'ouverture de l'école, et nous travaillons à de nombreux projets en collaboration avec elle depuis plus de 22 ans. Parmi les activités que nous faisons ensemble, je voudrais mentionner le programme des petits déjeuners et des dîners, ainsi qu'un casino, un programme d'intervention auprès des jeunes, un pow-wow et une danse ronde. Nous avons une excellente collaboration, et la société nous aide beaucoup. Vous pouvez facilement imaginer quels sont les fonds nécessaires. La société recueille des fonds chaque année pour le programme des petits déjeuners et des dîners et pour le programme d'intervention auprès des jeunes, et elle nous aide à organiser notre pow-wow. Ces activités ne seraient pas possibles sans l'intervention de la Ben Calf Robe Society.

Nous estimons faire un excellent travail auprès de nos familles. Il y en a beaucoup qui vont et qui viennent entre les réserves et d'autres milieux. Quand elles reviennent, nous les revoyons toujours avec plaisir. Nous ne nous préoccupons pas du nombre d'inscriptions, même si nous essayons de garder un ratio de 18 élèves par enseignant. En outre, les activités que nous organisons pour nos familles sont un aspect très bénéfique de notre école. Notre programme de petits déjeuners et de dîners est une activité communautaire, en quelque sorte. Les parents viennent déposer leurs enfants et restent pour faire la conversation et pour manger des rôties avec nous.

Je voudrais aussi mentionner en particulier notre soirée d'artisanat de Noël en famille. C'est probablement une des meilleures soirées de l'année à l'école Ben Calf Robe. Je le sais parce que je suis moi-même dans le gymnase à ce moment-là. Quand on regarde autour de soi, on se rend compte que tout cela en vaut la peine.

Je préfère ne pas trop insister sur les obstacles, mais évidemment, comme vous pouvez vous l'imaginer, il y en a. Nous avons des difficultés, mais grâce à notre personnel dévoué et consciencieux, nous réussissons à les surmonter. Nous comptons de nombreuses réussites. Certains de nos problèmes se rattachent aux contraintes socio-économiques et financières et à la pauvreté des gens de notre district. Le budget de fonctionnement de l'école est loin d'être optimal, parce que nous voulons offrir ce qu'il y a de mieux à nos élèves.

Nous avons des problèmes d'absentéisme, et nous espérons toujours que les familles vont nous appuyer davantage. Nous y travaillons tous les jours. La présence de représentants des parents de chaque classe aux réunions de notre conseil d'école s'est avérée très utile. Nous avons beaucoup de personnel en place — une coordonnatrice des besoins spéciaux, une conseillère et une travailleuse sociale — pour aider les élèves qui ont des problèmes de gestion de la colère. Toutes ces choses coûtent extrêmement cher.

Je voudrais que tout le monde sache que nous faisons de grandes choses à l'école Ben Calf Robe, qui existe depuis 22 ans, qui est toujours en croissance et qui est reconnue pour un certain nombre de raisons. Une des principales raisons, à l'heure actuelle, c'est l'intérêt manifesté par le district des écoles catholiques d'Edmonton, en plus de la formation du Centre d'apprentissage autochtone.

Je vous remercie encore une fois de votre invitation. Je poursuivrai la discussion avec plaisir et j'espère que le document que nous avons distribué soulèvera d'autres questions que vous voudrez approfondir. Si j'ai oublié quelque chose dont vous aimeriez que nous parlions, n'hésitez pas à me poser des questions.

La présidente: Merci à tous et chacun d'entre vous. C'était très intéressant. Je suis contente de voir que vous avez surmonté les obstacles et que vous faites tout ce que vous faites.

Le sénateur Carney: Il est agréable de commencer la journée par une présentation aussi réjouissante. Ce n'est pas toujours le cas pour notre comité. Je ne comprends pas le lien entre le Centre d'apprentissage autochtone et l'école Ben Calf Robe. Si vous faites un aussi bon travail, pourquoi avez-vous besoin de ce centre d'apprentissage?

M. McGuiness: Je peux répondre, après quoi je pense que Mme Sparklingeyes et Mme Willier pourront m'aider avec plaisir. L'école Ben Calf Robe existe depuis 22 ans et a toujours été fréquentée par des élèves autochtones. Si vous vouliez avoir le genre de programmes prévus strictement pour les jeunes Autochtones, c'était possible.

Mais le district des écoles catholiques d'Edmonton offre maintenant des services non seulement aux enfants autochtones de l'école Ben Calf Robe, mais aussi à ceux de toutes ses écoles. Dans nos 82 écoles, partout où il y a des élèves autochtones, le Centre d'apprentissage autochtone peut intervenir et aider ces élèves dans leur apprentissage. En outre, comme je l'ai dit tout à l'heure, nous cherchons non seulement à former et à aider les élèves autochtones, mais aussi les élèves non autochtones, et nous pensons que c'est positif pour l'avenir.

Le sénateur Carney: Vous servez les élèves non autochtones par l'intermédiaire du centre d'apprentissage ou de l'école Ben Calf Robe?

M. McGuiness: Le Centre d'apprentissage autochtone a ses bureaux à l'école St. Alphonsus, mais il offre ses services aux 82 écoles, dont l'école Ben Calf Robe.

Le sénateur Carney: Je suis peut-être obtuse, mais vous avez 82 écoles dans le système catholique?

M. McGuiness: En effet. L'école Ben Calf Robe, dont je suis le directeur, en est une et, en plus des 81 autres écoles, il y a aussi le Centre d'apprentissage autochtone. Ce centre offre par exemple le programme Rainbow Spirit, pour venir en aide aux élèves de toutes les écoles catholiques d'Edmonton. Il va plus loin depuis trois ans, plutôt que de se contenter d'offrir son programme, tout simplement.

Le sénateur Carney: C'est un programme d'action communautaire?

M. McGuiness: Oui.

Le sénateur Carney: Je comprends. J'aimerais savoir maintenant comment les élèves entrent en contact avec vous. Comment entendent-ils parler de vous? Comment peuvent-ils choisir votre établissement? Est-ce qu'ils vous sont envoyés? Quand vous dites qu'il y a 1 200 jeunes identifiés comme Autochtones, comment apprennent-ils votre existence? Est-ce qu'il y a un système d'aiguillage ou si c'est grâce à vos liens dans la communauté?

M. McGuiness: C'est grâce à nos liens dans la communauté, à la publicité et au bouche à oreille. Dans le cas de l'école Ben Calf Robe, un des éléments clés, c'est que la Ben Calf Robe Society offre un programme Bon départ. Il y a donc beaucoup d'enfants qui passent directement de ce programme à nos classes de maternelle.

Le sénateur Carney: Vous avez parlé de gens qui passent un certain temps dans les réserves et qui en ressortent ensuite. Est-ce qu'ils entendent parler de vous dans les réserves aussi?

M. McGuiness: Oh, oui. Nous allons recevoir mercredi des invités d'Inuvik. Nous avons constamment des gens qui viennent visiter l'école Ben Calf Robe. Nous nous faisons connaître grâce à ces visites, et aussi par le bouche à oreille.

Le sénateur Carney: Vos élèves sont manifestement très motivés, puisque vous avez tous ces programmes, mais j'aimerais savoir quel est votre taux de décrochage et à quel niveau les jeunes décrochent.

M. McGuiness: Pendant des années — et Mme Sparklingeyes sera sans doute d'accord avec moi sur ce point —, le problème à l'école Ben Calf Robe, c'est que nous obtenions d'excellents résultats jusqu'à ce que les élèves arrivent en neuvième année. C'est au moment de la transition entre le premier et le deuxième cycles du secondaire que nous perdions un certain nombre de jeunes.

Je sais que, grâce aux interventions du Centre d'apprentissage autochtone et du soutien que les élèves reçoivent à l'école secondaire St. Joseph, où vont la plupart des finissants de Ben Calf Robe, notre taux de réussite est beaucoup meilleur aujourd'hui. La neuvième année est la plus difficile pour nos élèves. Il y en a plus à ce niveau-là qu'à tous les autres niveaux qui manquent l'école et qui s'adonnent à des activités criminelles ou à d'autres activités qui les distraient de leurs études.

Le sénateur Carney: Madame Stang, les étudiants du NAIT viennent-ils de partout? Ils viennent aussi des territoires et de toute l'Alberta, et pas seulement d'Edmonton?

Mme Stang: Ils ne viennent pas seulement de l'Alberta; nous en avons qui viennent de la Saskatchewan et du Manitoba.

Le sénateur Carney: Vous voulez parler de vos 7 000 étudiants, ou seulement des étudiants autochtones?

Mme Stang: Seulement des étudiants autochtones. Il y en a beaucoup qui viennent de la Saskatchewan et du Manitoba.

Le sénateur Carney: Puisque M. McGuiness nous a confirmé ce que nous avions déjà entendu dire, à savoir que la huitième et la neuvième années sont particulièrement difficiles pour les jeunes Autochtones, pouvez-vous nous dire ce qui, d'après vos observations, permet de garder ces jeunes à l'école? Le NAIT est un établissement postsecondaire.

Mme Stang: Nous constatons le même problème au niveau postsecondaire. Je dirais qu'à une certaine époque, la moyenne des étudiants autochtones de niveau postsecondaire était probablement d'environ 24. Maintenant, elle a baissé à environ 21. Il y a par conséquent bon nombre de ces étudiants qui doivent faire beaucoup de rattrapage. Depuis mon arrivée au NAIT, il y a quatre ans, nous ciblons non seulement les élèves de la fin du secondaire, mais nous avons commencé aussi à faire des présentations à ceux du premier cycle.

Si nous pouvons capter l'intérêt des enfants de septième, huitième et neuvième années et les amener à songer à faire des études postsecondaires, même si c'est seulement dans quatre ans, ils peuvent commencer à planifier pour le deuxième cycle du secondaire, c'est-à-dire la dixième, la onzième et la douzième années.

Le sénateur Carney: Quel est le principal moyen de les motiver, à votre avis? J'essaie de comprendre ce qui permet de garder les élèves autochtones à l'école, d'après ce que vous avez pu constater. Nous savons ce qui les pousse à décrocher — la rue, la pauvreté, les autres options —, mais qu'est-ce qui les garde à l'école?

Mme Stang: D'après ce que j'ai constaté depuis quatre ans, le principal moyen de motiver les élèves autochtones et de les inciter à poursuivre leurs études secondaires, c'est de leur permettre de rencontrer des étudiants du postsecondaire qui pourront leur servir de modèles. C'est moi qui fais les présentations, mais quand les élèves entendent parler de l'expérience des étudiants du niveau postsecondaire et de leurs plans d'avenir, quand ils les entendent dire qu'ils ont quitté des emplois mal payés pour retourner à l'école, cela a plus d'effet quand cela vient des étudiants du NAIT que quand c'est moi qui le dis.

J'ai déjà entendu aussi des étudiants du NAIT me dire: «Je dois absolument terminer mon cours parce que je sais qu'un jour, que ce soit au cours d'une simple rencontre ou d'une activité officielle, je vais voir des jeunes qui vont me demander si j'ai obtenu mon diplôme.» L'effet est donc double pour beaucoup de nos étudiants autochtones.

Mme Sparklingeyes: J'aimerais ajouter, si vous le permettez, que nous venons d'examiner nos taux de rétention à l'école secondaire St. Francis Xavier, qui comptait 30 élèves autochtones, et à l'école secondaire St. Joseph, où il y en avait 84. Nos taux de rétention sont de 84 p. 100 à St. Francis et de 88 p. 100 à St. Joseph. Je pense que ces taux sont ce qu'ils sont grâce aux gens comme Mme Stang. Nous avons des agents de liaison dans ces deux écoles secondaires. Ce sont des enseignants qui sont chargés de la liaison. C'est ce qui fait la différence. Ce sont des enseignants autochtones qui cherchent à résoudre les problèmes des élèves dès qu'ils se produisent.

Grâce au travail qu'ils font et au travail que les programmes comme le mien permettent d'accomplir pour aider nos jeunes, nous bâtissons des écoles plus accueillantes, où nos élèves autochtones se sentent chez eux. Nous sommes en train de changer cet environnement. Nous améliorons aussi leurs capacités personnelles en travaillant à des choses comme les aptitudes au leadership, pour les aider à ne pas se décourager. C'est ce qui se passait avant: quand les choses ne fonctionnaient pas, ils se décourageaient et s'en allaient. Nous cherchons à améliorer leurs capacités pour éviter qu'ils décrochent comme avant.

Le sénateur Carney: C'est merveilleux.

M. McGuiness: Vouliez-vous savoir quelles sont les statistiques à l'école Ben Calf Robe à cet égard?

Le sénateur Carney: Bien sûr.

M. McGuiness: Alors, je vais mettre mon grain de sel dans la conversation. J'adore ces statistiques. Notre taux de rétention pour l'année scolaire en cours est de 93 p. 100. Nous avons commencé l'année avec 255 élèves et nous en avons 240 en ce moment. Bien sûr, comme nous avons des élèves de la maternelle à la neuvième année, ce sont souvent les familles qui choisissent. Ce ne sont pas les enfants qui décident, ce sont les familles. Certaines retournent en Saskatchewan, d'autres déménagent dans d'autres réserves, et ainsi de suite. Nous sommes très fiers de notre taux de rétention de 93 p. 100 pour cette année.

Le sénateur Carney: C'est fantastique.

Mme Stang: Au NAIT, notre taux de rétention est passé d'environ 50 p. 100 il y a quatre ans à environ 70 p. 100. Nous conservons 70 p. 100 de nos étudiants du niveau postsecondaire, et ils terminent leur cours.

Le sénateur Carney: Nous devrions énoncer votre formule et la commercialiser. De toute évidence, c'est efficace.

Mme Stang: Il est important de se rappeler que, comme l'a dit Mme Sparklingeyes, nous avons le conseil de liaison avec les Autochtones à Edmonton et que les coordonnateurs de la liaison avec les Autochtones dans chacun des établissements postsecondaires travaillent ensemble. Cela inclut tout autant les écoles catholiques que les écoles publiques d'Edmonton. Le personnel autochtone et le personnel enseignant travaillent ensemble, parce qu'il s'agit de notre avenir, de nos enfants. Ce n'est pas un concours pour savoir où les enfants vont aller faire leurs études postsecondaires, mais plutôt un effort pour aider nos élèves à rester à l'école et à faire la transition pour qu'ils puissent obtenir un diplôme d'études postsecondaires. Le fait que nous nous connaissons tous et que nous travaillons tous ensemble est crucial.

Le sénateur Pearson: Ce qui m'amène à la question que je voulais vous poser. Il est encourageant de voir ce que vous faites, et nous avons entendu la même chose ailleurs aussi. Ce sont des mesures que nous pouvons recommander fortement pour essayer de faire en sorte que les ressources fournies par Ottawa viennent appuyer ce genre de choses. Mais que se passe-t-il dans le système public? Vous nous avez parlé du système catholique. Mais qu'en est-il du système public?

Mme Donna Leask, superviseure de l'éducation autochtone, Écoles publiques d'Edmonton: C'est moi qui devrais répondre à cette question.

Le sénateur Pearson: Je vais donc laisser cela pour le moment, et nous vous reparlerons plus tard. Cependant, je trouve frappant que cela se passe dans le système catholique, et je trouve très intéressant que vous essayiez — du moins, j'imagine — de concilier la spiritualité de la communauté autochtone et la spiritualité catholique. C'est un défi intéressant.

J'ai vécu en Inde et j'ai toujours été impressionnée par le travail remarquable que faisait l'Église catholique dans les écoles qu'elle administrait. Il y avait — et il y a encore — beaucoup d'écoles dirigées par les Jésuites canadiens, à Darjeeling et ailleurs, qui avaient une façon bien particulière de se montrer ouvertes à ce que les élèves apportaient avec eux, à partir de leur propre expérience, sans écraser aucunement leur vécu. J'ai l'impression que c'est ce qui se passe dans votre cas. Pouvez-vous le confirmer?

M. McGuiness: Absolument. Nous avons toujours cherché à mêler les deux religions, le catholicisme et la spiritualité autochtone. Même si les cours de religion sont évidemment obligatoires dans les écoles catholiques d'Edmonton, nous, à l'école Ben Calf Robe, nous avons toujours mêlé les deux. Il ne s'agit pas seulement du catholicisme. Les élèves participent à une cérémonie de purification chaque matin. Les cérémonies auxquelles tous les élèves peuvent participer, par exemple la suerie, sont mentionnées dans ce document. Il y aussi une cérémonie du calumet lors de notre pow-wow, avec les Anciens. Il y a donc toujours eu un bon mélange des deux.

Dans mon document, je parle de Sacred Heart. Il s'agit bien sûr de la paroisse Sacred Heart d'Edmonton, qui est la paroisse des Autochtones. Le père Jim Holland vient régulièrement à notre école. Il fait un travail extraordinaire avec nos élèves. Notre école est bénie chaque année par un de nos Anciens, Michael Merrier, et par le père Jim Holland, C'est très particulier, en fait, de les voir travailler ensemble. C'est une chose dont nous avons toujours été très fiers.

Mme Sparklingeyes: Permettez-moi d'ajouter qu'en tant qu'Autochtones, nous attachons beaucoup d'importance aux quatre aspects de la personne. L'aspect spirituel de la vie est très important pour nous, et nous estimons qu'il faut le développer chez nos jeunes pour leur permettre de surmonter certains des obstacles auxquels ils doivent faire face. Si nous pouvons bâtir leur spiritualité et la renforcer grâce à des cérémonies, nos Anciens nous enseignent que c'est ce qui leur permettra de réussir.

Le sénateur Pearson: C'est une observation très intéressante. Je crois beaucoup aux cérémonies. Je pense qu'elles sont appropriées non seulement pour les enfants, mais pour nous tous.

Ma question suivante se rattache à votre liste de défis à relever et d'obstacles à surmonter, ainsi qu'aux divers types d'apprenants. On parle souvent dans la presse populaire du SAF, des EAF et des autres problèmes de ce genre, et je pense que les gens sont toujours à la recherche d'histoires positives au sujet des enfants touchés; autrement, c'est très décourageant parce que c'est une déficience qu'ils traînent toute leur vie. Pouvez-vous me donner une idée de ce que vous faites pour les divers types d'apprenants? Je regarde votre liste, et je ne sais pas ce que signifient les signes IOP et EE111; je sais que LD désigne les learning disabilities, les difficultés d'apprentissage.

M. McGuiness: Vous avez mentionné l'alcoolisme foetal. Le sigle IOP désigne le programme professionnel intégré, qui s'adresse aux élèves dont le quotient intellectuel est inférieur à la moyenne. Dans un programme professionnel intégré en bonne et due forme, il y a normalement aussi une composante travail-études. Quand l'école Ben Calf Robe a ouvert ses portes, elle devait accueillir des élèves de la septième à la douzième année et elle devait offrir un programme travail-études. Je ne suis pas certain qu'il y en ait déjà eu un, en fait. Le programme EE111 s'adresse aux élèves qui ont encore plus de difficultés et dont le quotient intellectuel est dans les 80. Il y a enfin les difficultés d'apprentissage. Je les ai incluses dans ce document pour montrer qu'il y a plusieurs types d'apprenants.

Les familles choisissent l'école Ben Calf Robe surtout pour son programme culturel et spirituel plutôt que pour bénéficier d'un programme d'enseignement spécial. Mais nous devons être en mesure d'accueillir des apprenants de toutes sortes. Notre ratio élèves-enseignant est certainement un des aspects qui aident ces élèves à bénéficier d'une attention individuelle.

Nous allons aussi embaucher cette année un coordonnateur chargé des élèves qui ont des besoins particuliers. Un élève souffrant des effets de l'alcoolisme foetal recevrait un code 44, tandis qu'un code 42 correspondrait à un élève ayant des troubles affectifs et comportementaux graves. L'an dernier, à l'école Ben calf Robe, nous avions 33 élèves comme ceux-là. Cette année, nous n'en avons plus que 16, ce qui améliore beaucoup la culture de l'école. Nous avons eu un départ un peu difficile l'an dernier parce que nous avions peut-être trop d'élèves désignés. Nous avons quand même fait de notre mieux, mais les choses vont beaucoup mieux cette année, et c'est probablement une des principales raisons.

Je suis d'accord avec vous, sénateur Pearson, quand vous dites que le SAF marque les gens à vie, mais nous avons un personnel extrêmement dévoué, généreux et affectueux. C'est probablement la première chose que je voudrais faire connaître au sujet de l'école Ben Calf Robe: la qualité de nos enseignants, qui ne restent pas avec nous seulement un an.

Nous sommes très fiers du taux de maintien de nos enseignants, parce qu'il n'a pas toujours été aussi bon. Nous jugeons que nous servons bien les élèves. Nous ne refusons pas de les aider parce que nous pensons pouvoir le faire.

Le sénateur Pearson: Les élèves atteints du SAF ont souvent besoin d'un environnement très structuré; êtes-vous en mesure de le leur fournir?

M. McGuiness: Oui, et je voudrais ajouter sur ce point que la routine doit être structurée de façon constante. Ces élèves — je suis d'accord avec vous — en ont particulièrement besoin. Il y a parfois des changements dans la routine, bien sûr. Je vais vous donner un exemple. Nous avons reçu Jann Arden à l'école cette semaine, et cela a un peu bouleversé notre routine, mais nous jugions que cela en valait la peine. Nous avons eu des problèmes avec certains élèves qui comptent sur cette routine, même s'ils ne seraient pas prêts à l'admettre devant moi. C'est évident.

Le sénateur Sibbeston: J'aimerais que nous parlions des caractéristiques démographiques des Autochtones des villes et des motivations qui poussent à offrir des services aux Autochtones dans le système scolaire. Je suis curieux de savoir à quoi nous devons les nouveautés que nous constatons dans les différentes écoles. Est-ce que la population autochtone est à la hausse?

M. McGuiness: Oui.

Le sénateur Sibbeston: J'aimerais savoir aussi quel genre de société vous avez à Edmonton. Est-ce une société humaine et ouverte, ou si vous rencontrez beaucoup de résistance dans votre travail?

Mme Stang: Eh bien, c'est toujours difficile, sénateur Sibbeston, mais la motivation vient en bonne partie de nous- mêmes, et les récompenses que nous obtenons sont proportionnelles aux efforts que nous déployons. Est-ce que c'est difficile et décourageant par moments? Oui. Mais, encore une fois, c'est là que nous jouons un rôle majeur. Quand on dit que la population autochtone est à la hausse, je pense qu'il faut aussi transmettre cette information aux gens de nos propres établissements.

Au NAIT, chaque fois que nous avons un nouveau groupe d'instructeurs pour le semestre, je fais une présentation sur la sensibilisation culturelle, sur la façon d'aborder les étudiants, et je demande aux membres du personnel de ne pas attendre une semaine avant de venir me voir quand des étudiants sont absents. Je leur dis de venir le jour même parce que, la plupart du temps, ces étudiants s'absentent parce qu'il se passe quelque chose dans leur famille ou dans leur vie personnelle. Nous essayons de nous attaquer à ces questions et à ces obstacles pour nos étudiants. Mais le personnel et les étudiants eux-mêmes en font beaucoup de leur côté.

Ce qui me motive, comme je l'ai déjà dit, c'est que ces gens-là sont l'avenir du Canada. Comme nous avons cinq enfants par famille, comparativement à deux enfants pour tous les autres, c'est une préoccupation importante pour l'économie canadienne.

M. McGuiness: Il serait peut-être utile, madame Sparklingeyes, de mentionner l'étude réalisée par Marnie Robb au sujet de la croissance de la population autochtone à Edmonton. Je ne sais pas si vous connaissez les statistiques, mais...

Mme Sparklingeyes: Eh bien, les statistiques montrent que la population autochtone d'Edmonton pourrait doubler d'ici dix à quinze ans. Nous savons qu'il y aura plus d'élèves autochtones dans nos écoles. Nous savons aussi que nous devrons prévoir des interventions pour aider ces élèves à réussir. Les statistiques nous disent que la population caucasienne va finir par se retrouver en minorité et que d'autres cultures seront représentées.

Par conséquent, si nous pouvons apprendre comment enseigner efficacement aux élèves autochtones, nous pourrons faire la même chose pour les jeunes de ces autres cultures. Compte tenu de ces données, nous essayons de mettre en place des pratiques efficaces pour travailler auprès des enfants autochtones, en espérant qu'elles seront utiles aussi pour ceux des autres cultures.

C'est parfois difficile, bien sûr. Nous essayons de changer les systèmes, et les systèmes ne se changent pas facilement. Il y a de la résistance. Il y a la vieille garde qui ne veut pas changer. Et il y a des obstacles dans notre propre système. Nous avons toujours des problèmes de financement. Nous n'avons pas assez d'argent pour faire ce que nous voulons faire et ce que nous jugeons nécessaire de faire.

Ce qui nous amène exactement à ce dont Mme Stang parlait tout à l'heure: notre expérience personnelle, le fait de savoir ce que c'était d'être minoritaire quand nous étions enfants, notre volonté de changer les choses pour nos jeunes afin d'éviter qu'ils fassent les mêmes erreurs que nous. Ce qui nous motive, c'est la volonté de soutenir et d'encadrer nos jeunes.

Le sénateur Sibbeston: Je viens d'une petite communauté des Territoires du Nord-Ouest et, quand je suis arrivé à l'université, je me suis retrouvé tout à coup dans un environnement tout à fait nouveau, en ville. La transition a été difficile, et je suppose que c'est encore le cas. Je présume que les Autochtones qui vivent en ville sont relativement urbanisés, mais ceux qui viennent des régions rurales doivent encore trouver la vie en ville très différente, et difficile. J'ai l'impression que, plus les étudiants viennent de loin, plus c'est difficile, et je suppose qu'il y a un certain taux de décrochage à cause de cela?

Mme Stang: Nous avons une employée du nom de Nona German qui travaille dans nos bureaux, au NAIT. À titre de conseillère chargée des services aux étudiants du Nord, elle aide les étudiants qui viennent du Nord, que ce soit du Nunavut ou des Territoires du Nord-Ouest, à faire cette transition. Elle va jusqu'à aller les chercher à l'aéroport et, quand ils arrivent ici, elle les aide à se loger.

Je l'ai déjà fait moi aussi parce que nous avons des étudiants qui viennent des réserves et qui vivent une expérience très similaire. Nous leur faisons visiter le campus, nous les présentons à leurs instructeurs et nous les accueillons à notre centre, au NAIT, où ils ont un endroit bien à eux et où ils ne se sentent pas seuls. Ils ont l'occasion de rencontrer d'autres étudiants de leur communauté ou d'une communauté voisine, ce qui leur permet de créer des liens. C'est ce qui les garde ici. S'ils ne se sentent pas chez eux, ils ne restent pas. Nous travaillons fort pour répondre à certains de leurs besoins personnels, parfois même avant leur arrivée.

Les coordonnateurs des stages d'apprentissage nous appellent pour nous dire, par exemple: «Nous vous envoyons sept personnes, qui vont arriver le 28 mars.» Ils nous donnent aussi leurs numéros de vol. De cette façon, les stagiaires savent où ils vont loger, souvent bien avant d'arriver, et nous les aidons à obtenir des billets pour rentrer chez eux à Noël ou même à la fin de leur séjour de huit semaines. Il y a beaucoup de soutien.

Le sénateur Carney: Vous parlez d'une augmentation du nombre d'étudiants autochtones, mais qu'en est-il des enseignants autochtones? Monsieur McGuiness, dans votre école, est-ce que tous les élèves et tous les enseignants doivent être catholiques? En Colombie-Britannique, il n'est pas nécessairement obligatoire d'être catholique pour enseigner dans une école catholique. Avez-vous des instructeurs autochtones au NAIT? Avez-vous des enseignants autochtones dans vos écoles? Évidemment, vous en avez au centre d'apprentissage, mais que se passe-t-il du côté des enseignants?

M. McGuiness: Nous avons des Autochtones parmi le personnel. Nous aimerions bien avoir plus d'enseignants autochtones. Nous demandons au district de considérer nos besoins comme prioritaires. Dans le domaine de l'éducation, il y a des priorités évidentes. Les professeurs de musique instrumentale, les professeurs de physique et les professeurs d'immersion en français langue seconde en sont trois qui me viennent à l'esprit tout particulièrement. Nous demandons à notre service des ressources humaines de considérer le recrutement d'enseignants autochtones de la même façon, c'est-à-dire comme une priorité. Et pour répondre à votre autre question, oui, les enseignants des écoles catholiques d'Edmonton doivent être catholiques, parce qu'ils doivent guider les élèves dans leur foi. Cependant, à ce sujet-là, nous avons aussi demandé à notre service des ressources humaines de tenir compte des liens entre la spiritualité autochtone et le catholicisme, en espérant pouvoir recruter plus d'enseignants autochtones.

Le sénateur Carney: D'où viennent-ils? Le NAIT a-t-il un programme de formation des enseignants?

Mme Stang: Non, nous n'avons pas de programme de formation des enseignants. Le NAIT est une école de technologie, où nous enseignons surtout le génie, mais nous avons plusieurs personnes d'origine autochtone qui enseignent chez nous, en particulier en menuiserie. C'est un enseignant de Saddle Lake qui s'occupe de ce cours, et nous essayons aussi d'embaucher du personnel autochtone pour les programmes que nous offrons sur place dans certaines réserves des Premières nations.

Le NAIT nous soutient beaucoup. Notre président, M. Sam Shaw, cherche à embaucher un plus grand nombre d'Autochtones dans les programmes où il y a beaucoup d'élèves autochtones. Encore une fois, ils seraient non seulement des instructeurs, mais des modèles. Nous avons embauché l'an dernier un Ancien autochtone, ce qui est une première pour le NAIT. Il offre des services de soutien à beaucoup de nos étudiants des Premières nations, qui ont besoin de ce guide spirituel sur le campus. Nous espérons accroître nos services de ce genre.

Le sénateur Carney: Si vous avez besoin de modèles et d'enseignants pour la génération qui s'en vient, c'est merveilleux que vous soyez là, mais je me demande seulement où vous allez les trouver.

M. McGuiness: J'aimerais ajouter que nous avons trouvé récemment des sources en Saskatchewan. Il y a deux programmes là-bas; commençons par le SUNTEP, puisque je le connais mieux. C'est un programme de formation des enseignants destiné aux Autochtones des villes de la Saskatchewan. Il y a aussi l'ITEP, le programme de formation des enseignants indiens. Ces deux programmes produisent un certain nombre de diplômés chaque année, et ce sont deux autres sources dans lesquelles nous encourageons notre service des ressources humaines à aller puiser.

Nous allons chaque année en Saskatchewan. Il nous est arrivé très souvent de nous rendre là-bas pour faire des entrevues et pour recruter des gens. Nous demandons à notre service des ressources humaines de faire en sorte qu'il y ait, à chacune de nos visites, au moins trois, quatre ou cinq enseignants autochtones à interviewer. C'est un des endroits d'où ils pourraient venir. Mais nous espérons évidemment aussi qu'il y aura un jour plus de diplômés de l'Université de l'Alberta, puisqu'il serait plus facile de recruter des gens plus près de chez nous.

Mme Stang: Lewis Cardinal représente l'Université de l'Alberta. Il pourrait probablement nous en parler.

Le sénateur Carney: Je me rappelle mes premières expériences dans ce domaine. Les programmes étaient critiqués parce que, souvent, une fois que les jeunes avaient suivi un cours, le financement prenait fin et ils devaient rentrer chez eux, où ils n'avaient pas d'emploi. Puis, quand quelqu'un les désignait, on les renvoyait suivre un autre cours, après quoi ils rentraient à nouveau chez eux sans emploi. Est-ce que ce cercle vicieux a été brisé? Je pose la question à Mme Stang.

Mme Stang: Il y a une participation accrue de nombreux groupes des Premières nations, qui recherchent ce qu'il y a de mieux pour leur communauté. Mais il est vrai que, comme vous le dites, il pouvait y avoir à une certaine époque une dizaine de personnes qui étudiaient la mécanique de machinerie lourde alors qu'il n'y avait qu'un seul emploi dans ce domaine dans la réserve. Mais beaucoup de nos chefs encouragent maintenant leurs enfants à quitter les réserves pour aller à l'école en ville et ils leur font comprendre qu'ils ne reviendront peut-être pas travailler chez eux; c'est cela, la réalité.

Ils sont un peu plus conservateurs dans le cas des programmes de formation. Ils ne cherchent plus des programmes de dix semaines. Ils espèrent que les jeunes de leur communauté obtiendront un diplôme postsecondaire ou même universitaire, plutôt que de chercher des solutions à court terme pour fournir de l'emploi dans les réserves.

Le sénateur Carney: Si ce n'est pas trop personnel, puis-je vous demander d'où vous venez tous les quatre? Et comment en êtes-vous arrivés où vous êtes?

Mme Stang: Eh bien, je suis métisse, et mes grands-parents et mes parents avaient une terre juste en dehors de la réserve de Kehewin, qui est une réserve des Premières nations. Quand j'étais petite, nous parlions cri. Mais mon père a commencé à travailler pour les chemins de fer, et nous avons dû partir quand j'avais cinq ans.

Le sénateur Carney: C'est en Alberta?

Mme Stang: Oui, en Alberta. C'est à environ trois heures de route d'Edmonton. Nous nous sommes finalement installés à Edmonton. À la maison, on nous encourageait toujours à parler cri, et mes parents et mes grands-parents nous ont enseigné des leçons tout aussi importantes que nos autres leçons. Ils nous ont enseigné que nous étions aussi importants que n'importe qui d'autre même si nous avions la peau de couleur différente. Mais j'ai dû surmonter des obstacles à l'école élémentaire et à l'école secondaire.

Je pense que nous avons tous connu le racisme, mais grâce au soutien de ma famille, j'ai eu la force nécessaire pour m'en sortir. Ma grand-mère et mon grand-père ont été d'excellents modèles. Mon grand-père est Métis, et ma grand- mère aussi. Mon grand-père parlait français, anglais et cri, ce qui fait qu'il était capable de se débrouiller dans diverses cultures et d'en tirer des connaissances, et de nous donner ensuite la force nécessaire pour travailler dans notre propre communauté. On nous a toujours enseigné à garder notre langue et notre culture, à ne jamais oublier d'où nous venions, et on nous a toujours dit qu'une fois que nous aurions fait des études, nous ne serions ni meilleurs ni plus importants que les autres. Il faut toujours se rappeler dans quelles chaussures on marchait en arrivant sur cette Terre.

Mme Sparklingeyes: J'ai grandi dans la réserve de Goodfish Lake, qui fait partie de Saddle Lake. C'est à 230 kilomètres au nord-est d'Edmonton. J'ai passé toute mon enfance là-bas et je suis arrivée à Edmonton à l'âge de 18 ans. Je pensais devenir journaliste. Je m'imaginais que je ferais des reportages sur des choses comme celles qui se passent ici, mais après avoir obtenu mon diplôme en journalisme au collège Grant MacEwan, j'ai pris mes distances et j'ai décidé que je voulais simplement faire quelque chose pour aider mon peuple.

C'est alors que j'ai commencé à m'intéresser à l'éducation, et c'est ce que je fais depuis dix ans. Je suis entrée à l'école Ben Calf Robe en 1993 et j'y ai travaillé neuf ans avant de passer au Centre d'apprentissage autochtone. Ce qui me motive et m'incite à continuer à travailler dans ma communauté, ce sont les liens que j'ai réussi à établir avec nos jeunes. Les histoires que je pourrais vous raconter sur les enfants avec qui je travaille vous feraient chaud au coeur; c'est ce qui me motive à tous les jours.

Le sénateur Carney: Il est clair que vous contribuez à faire avancer les choses. C'est toujours très satisfaisant de faire un travail dans lequel on se sent utile.

Mme Willier: Je viens du nord de l'Alberta, dans la réserve de la Première nation crie de Sucker Creek, et j'ai eu la chance d'apporter mon optique nordique avec moi dans la ville où je travaille. Je travaille pour les écoles catholiques d'Edmonton depuis 14 ans, mais je suis au Centre d'apprentissage autochtone depuis deux ans seulement.

Quand j'étais enseignante, surtout au niveau élémentaire, j'ai toujours cru que mon rôle consistait à faire profiter mes élèves de mon expérience, de mon identité et de ma culture. Je ne le savais pas, mais c'était une approche intégrée. Pendant tout ce temps-là, je jetais les bases de ce que je fais aujourd'hui. Mes antécédents et la façon dont j'ai été élevée étaient nettement orientés vers l'éducation. Mon père a travaillé pour la GRC — c'était un des premiers en Alberta — pendant près de 20 ans. Dans ma famille, on insistait beaucoup sur l'éducation. Mes soeurs sont aussi dans l'enseignement. Quand mon périple m'a amenée à Edmonton, j'ai pu célébrer ma vie à la campagne, si je puis dire, et l'éducation que j'avais reçue, et faire profiter ma classe de cette optique, de cette approche qui ressemblait presque à une application pratique d'un manuel de sciences sociales. Les activités pratiques demeurent à mon avis le meilleur moyen d'établir des liens avec les enfants; il faut leur faire faire des choses, apporter la culture directement dans la classe et la célébrer, compte tenu de mes origines, évidemment, mais tout en étant ouverte à toutes les célébrations culturelles.

Je travaille maintenant plus précisément dans le domaine des langues, mais je suis aussi professeure de sciences sociales dans l'âme et j'ai participé à l'élaboration du nouvel avant-projet de programme de sciences sociales avec Alberta Learning. J'aimerais continuer de toucher un peu à tout pour essayer de faire profiter tout le monde de ma conscience de notre identité culturelle et d'apporter, surtout à nos élèves autochtones, un sentiment d'appartenance, un sentiment de confiance, le sentiment d'être en sécurité dans nos écoles.

C'est à peu près ce que j'ai fait jusqu'ici. Je poursuis ma route avec nos élèves autochtones et j'essaie de faire en sorte qu'ils soient fiers de ce qu'ils sont et de leurs origines quand ils quitteront l'école.

M. McGuiness: Je ne suis pas Autochtone, mais je pense à changer. Voilà maintenant 22 ans que je travaille pour les Écoles catholiques d'Edmonton, et c'est au milieu des années 90 que l'on m'a demandé pour la première fois d'aller travailler à Ben Calf Robe comme directeur adjoint. Il y a eu à l'époque beaucoup de moments merveilleux auxquels je repense souvent.

Tout d'abord, il y a eu la première soirée de rencontre avec les professeurs. Nous avons servi des hamburgers de bison, et c'était vraiment une soirée incroyable, beaucoup de gens étaient venus. Je me suis senti minoritaire. Il n'y avait pas beaucoup de non-Autochtones dans le groupe ce soir-là, et j'ai pu me rendre compte de ce que beaucoup d'Autochtones éprouvent en vivant ici à Edmonton. Cela m'a motivé. Lorsque je suis revenu comme directeur à l'École Ben Calf Robe, je me trouvais chanceux, parce qu'au milieu des années 90, il y avait beaucoup plus de luttes que maintenant.

Même si notre école est plus grande que jamais, il y a beaucoup plus de cas de réussite et moins de négativité. Nous n'avons plus de visites de la police. Cela ne se produit plus. C'est pour cela que je trouve que j'ai beaucoup de chance de revenir maintenant et de voir tout ce qui a été gagné grâce aux gens avec qui nous travaillons, toutes les réalisations, et de pouvoir comparer avec le milieu des années 90. Cela a été une expérience fantastique.

Le sénateur Carney: Ma dernière question va être celle-ci: Pouvez-vous savoir ce que deviennent vos étudiants? Je sais que c'est presque impossible dans les universités et les établissements d'enseignement, mais comme il y a la transition vers l'école et ensuite vers la communauté, vous est-il possible de les suivre et de savoir ce qu'il advient d'eux?

M. McGuiness: Nous pouvons suivre les jeunes qui passent de notre 9e année à l'école secondaire, surtout grâce au travail de Mme Sparkingeyes; elle me tient au courant. Au début de l'année, elle m'a dit combien de nos étudiants de l'année dernière, de 9e année, étaient inscrits en 10e année, et bien sûr, à un moment, elle m'a dit que c'était 100 p. 100. Il fallait vraiment fêter ça.

Mme Sparklingeyes: Nous savons très bien que c'est généralement en 9e année et en 10e année que nous perdons des étudiants, et donc nous ajoutons des programmes pour les aider à faire la transition, des programmes que je fais avec eux en 9e année et qui les aident à arriver en 10e année. Ensuite, je les suis après la 10e année, et c'est relativement nouveau, parce que c'est un nouveau programme, mais les étudiants que j'ai pu suivre et qui avaient eu le soutien supplémentaire se débrouillent très bien. Ils sont maintenant en 10e et en 11e année.

Nous avons très bien réussi avec les étudiants que j'ai pu suivre et qui sont maintenant à l'Université de l'Alberta et dans d'autres établissements postsecondaires, et il s'agit surtout des relations qui ont été établies. Je tiens à souligner que si nous réussissons, et je pense que Mme Stang sera d'accord, c'est parce que nous pouvons tisser des liens avec des étudiants en tant qu'Autochtones. Nous leur racontons notre histoire, et le fait d'établir ces liens privilégiés leur donne un soutien supplémentaire.

Mme Stang: Il ne faut pas oublier que même s'il y a beaucoup d'Autochtones, nos communautés sont très petites, parce que quelqu'un qui connaît quelqu'un connaît quelqu'un d'autre qui vous connaît. On peut être à un pow-wow, on peut être à une rencontre métisse, et quelqu'un va dire: «Je ne t'ai pas vu depuis deux ou trois ans. Comment vas- tu?» On finit par se rencontrer par hasard quelque part, et cela nous aide à suivre nos étudiants.

Le sénateur Carney: Cela arrive tout le temps, sénateur Chalifoux. J'ai vécu dans les Territoires, et ensemble, nous pouvons retrouver la trace de gens que l'autre connaît sans même qu'on le sache. Cela vous donne un sentiment d'appartenance, je comprends. C'est une bonne remarque. Je vous remercie.

La présidente: Madame Sparklingeyes, quel genre de programmes utilisez-vous pour veiller à ce que les étudiants reçoivent tous les encouragements possibles pour les aider à faire la transition de la 9e année à la 10e année?

Mme Sparklingeyes: Ce sont des choses pratiques. Nous amenons nos étudiants au NAIT, et ce genre de choses les encouragent à rester à l'école. Nous emmenons nos étudiants de 9e année visiter les écoles secondaires où ils pourraient aller. Ce sont des choses pratiques, comme de leur montrer les mesures de soutien qui sont en place, les présenter aux responsables de la liaison, aux conseillers autochtones, au personnel autochtone, et aux autres membres du personnel qui travaillent dans ces écoles.

Nous établissons aussi ce que nous appelons «des conseils tribaux», mais qui sont en réalité des groupes d'entraide entre pairs. Nous rencontrons chaque semaine les étudiants autochtones à partir de la 10e année pour développer des choses comme l'esprit de corps et les qualités de chef. Nous le faisons pour qu'ils se sentent bien accueillis et intégrés quand ils arrivent le premier jour de septembre. Quand j'ai commencé en regardant le taux de décrochage en 9e année et 10e année, il y avait des élèves qui ne se présentaient à l'école que pendant une heure et se sentaient tellement dépassés qu'ils partaient.

Toutefois, quand on leur présente l'école de manière rassurante en la leur faisant visiter avec du personnel autochtone et des élèves autochtones qui réussissent déjà dans cette école, cela fonctionne très bien. Ce sont des choses très faciles à faire mais qui font toute la différence. Nous avons eu un taux de succès de 100 p. 100 pour notre dernier programme de transition en septembre.

Mme Stang: Je crois que cela fait une grosse différence. Au moment des inscriptions au NAIT, je m'assure que nous avons toujours un stand pour que, quand nos élèves autochtones sont dans la file pour s'inscrire, ils puissent voir un visage qu'ils connaissent et quelqu'un avec qui ils peuvent échanger un regard, car c'est très important pour nos élèves autochtones de sentir un contact. Nous faisons tout notre possible pour qu'ils aient l'impression qu'ils sont bien à leur place en nous rendant très visibles.

La présidente: Je vous remercie tous beaucoup. Je constate qu'en tant qu'Autochtones, en tant que professionnels, vous faites tout ce que vous pouvez pour aider nos enfants à atteindre leurs objectifs et pour permettre à leurs multiples talents de s'exprimer. Vos exposés sont très judicieux. Ils sont enregistrés et nous veillerons à ce qu'ils soient intégrés au plan d'action pour la jeunesse autochtone.

Je vais maintenant demander à Shirly McNeill et à Theresa Cardinal, de l'Académie Amiskwaciy, de prendre place.

Bienvenue à cette très importante audience axée spécifiquement sur les enfants qui viennent dans les villes et les enfants qui vivent ici depuis des années et ont perdu leur culture et leur identité. Je vous remercie toutes deux d'être venues à ces audiences. Tous vos propos sont enregistrés pour permettre à notre personnel de tenir compte des questions que vous soulevez, de vos réussites et des solutions que vous nous présentez éventuellement pour que tous les gouvernements soient bien au courant de ce qui se passe.

Mme Shirly McNeill, assistante de la directrice adjointe, Académie Amiskwaciy: Je voudrais tout d'abord dire que j'ai parlé à Phyllis ce matin. Elle est en congé médical de longue durée et elle pensait pouvoir venir aujourd'hui, mais elle n'est pas encore en état de le faire. Elle est avec moi au moment où je vous parle et elle m'accompagne quotidiennement dans notre travail.

J'ai parlé un peu hier soir de l'académie Amiskwaciy et de sa présence dans l'enseignement public d'Edmonton. Nous donnons aux élèves l'occasion de choisir un enseignement dans une perspective autochtone. Certains étudiants non autochtones font ce choix, mais la plupart du temps ce sont des Autochtones.

Il est important qu'ils reçoivent un solide enseignement scolaire renforcé par une composante culturelle également solide. En substance, ce que nous faisons, et j'entends souvent Phyllis en parler, c'est que nous traitons l'éducation comme une cérémonie, de sorte que quand les élèves franchissent la porte de notre école, ils se trouvent dans un lieu vénérable. Ce principe est au coeur de leur comportement à l'égard des autres personnes dans ce lieu et à l'égard de l'enseignement qu'ils reçoivent. C'est vraiment un lieu spirituel.

En tant que membre du personnel depuis deux ans imprégnée de cette culture, je fais les plus grands efforts pour m'initier à l'esprit.

Phyllis m'a beaucoup aidé dans cette entreprise, car elle dit que nous sommes tous des êtres spirituels. Je ne suis pas certaine que cela comprenait bien avant de commencer à travailler à Amiskwaciy, mais maintenant je la comprends et je suis toujours très consciente de cet aspect du travail.

Chaque minute de chaque jour que je passe au sein de cette école, je ne cesse de découvrir l'importance des choses et le cadeau immense que les Autochtones peuvent faire à la société. Hier soir, sénateur Chalifoux, quand vous demandiez «Quel est votre rêve», je pensais intérieurement «Demandez-le moi», mais vous ne l'avez pas fait et je vais donc vous le dire aujourd'hui. C'est que le reste de la société ait l'occasion de ressentir ce que je ressens quotidiennement, en travaillant avec des Autochtones, avec des jeunes et le grand don qu'ils possèdent.

C'est un sentiment que j'éprouve 300 fois étant donné le nombre de personnes qu'il y a dans cet édifice, et c'est quelque chose qui va enrichir notre société au fur et à mesure que nos jeunes vont progresser vers diverses carrières et dans divers secteurs de la communauté, et entreprendre des activités parascolaires. C'est quelque chose qui manque tragiquement à notre société. Dans notre école, nous donnons aux élèves l'occasion de découvrir qui ils sont en tant que jeunes gens, en tant qu'Autochtones, et nous faisons de cette découverte quelque chose de permanent qu'ils vont garder en eux. Je pense que cela vous explique pourquoi je suis ici.

Quand on travaille dans une école, et j'ai travaillé dans des écoles secondaires toute ma vie, on acquiert progressivement une vision de ce que l'on veut réaliser, et cette vision fait partie de la grande vision. Phyllis et moi parlions un jour des visions que nous avions toutes les deux.

Par exemple, Angus McBeath, notre directeur, voulait s'assurer que nos élèves autochtones étaient bien traités dans notre arrondissement, et c'était sa vision pour l'école. La vision de Phyllis, c'est que les jeunes qui passent dans notre école vont revenir dans leur communauté et les enrichir. La mienne, c'est que les jeunes de notre école reçoivent les expériences de l'école secondaire et que ce soit un Autochtone qui soit président de sa promotion; qui est un groupe d'Autochtones dans l'équipe de basket-ball; et que ce soit un Autochtone qui fasse l'exposé dans la classe; et que grâce à l'appui de leurs pairs, ils fassent tous l'expérience du secondaire.

Il y a un an et demi, en septembre, John Ralston Saul est venu s'adresser à nos étudiants, et je me souviens qu'il a notamment dit que nous devions donner à nos élèves un sens profond de leur identité qui reste ancrée en eux lorsqu'ils s'apprêtent à partir, et qu'ils ne perdront pas à l'avenir qui les animera durant toute leur éducation postsecondaire et la carrière qu'ils choisiront.

J'espère que vous comprenez ce que cela représente pour moi d'être ici — et c'est un grand honneur. En entendant M. McGuiness parler de présenter une demande pour devenir Autochtone, je repensais à une remarque que j'ai entendue il y a des années et que j'ai toujours adorée: Ou on est Irlandais, ou on veut l'être. Pour moi, ou on est Autochtone ou on veut l'être. Cela a été une expérience tellement enrichissante pour moi, et aussi, je pense, pour nos étudiants, d'avoir cette collaboration étroite de Phyllis Cardinal, Theresa Cardinal et moi-même, car cela montre comment des représentants de culture peuvent s'unir étroitement pour apporter une contribution.

Comme Phyllis et moi-même le disons souvent, nous sommes une seule âme dans deux corps. Compte tenu de notre provenance respective, cette expérience du travail ensemble est très intéressante. Mais nous sommes maintenant pleinement imprégnées de ce que nous faisons, de ce qui est important et de ce nous voulons faire pour nos jeunes. Merci.

Mme Theresa Cardinal, administratrice, Services aux étudiants, Académie Amiskwaciy: J'aimerais vous parler de deux composantes clés d'Amiskwaciy. Tout d'abord, la spiritualité est une composante essentielle de notre programme scolaire. Quand on arrive à l'école le matin, il y a une cérémonie de purification à l'entrée. Les étudiants peuvent y participer, mais ils ne sont pas obligés. C'est comme cela qu'ils sont accueillis.

Il y a par ailleurs notre groupe de chanteurs. Un jeune homme qui a été chez nous pendant quatre ou cinq mois a appris à chanter à nos élèves, qui apprennent vite, évidemment, et qui adorent chanter, donc tous les matins nous chantons avant de commencer les classes. Ce matin, par exemple, deux étudiants relativement nouveaux se sont intégrés au cercle. Il y en a qui oublient les paroles en cri, mais ils font quand même de leur mieux, et c'est tout ce que nous leur demandons.

L'autre aspect de l'élément spirituel, c'est la suerie. Nous avons eu la chance de pouvoir en construire une, avec l'aide des élèves, derrière le Centre Poundmaker-Nechi à Saint-Albert. Nous avons aussi la chance d'avoir une suerie dans notre école. Si vous venez la visiter, vous verrez un panneau indiquant «Sweat Lodge». C'est très bien, c'est un sauna mais il a été transformé en suerie. C'est aussi en train de devenir un centre d'apprentissage et d'enseignement spirituel non seulement pour nos étudiants, mais aussi pour les parents et les autres membres de la communauté que cela intéresse d'apprendre les protocoles et d'en savoir plus sur les enseignements de notre peuple.

C'est à mon avis quelque chose d'essentiel et qui me réjouit beaucoup — nous permettons aux étudiants de retrouver leur esprit, car c'est ce que nous faisons maintenant, nous retrouvons bien des choses que nous avons perdues dans les 100 dernières années. Nous essayons de ramener cela à nos étudiants, sous une forme ou une autre, et ils le font aussi pour eux-mêmes.

Le Dr Cardinal a parlé bien des fois de l'autre aspect de notre vie scolaire: pas d'accusations. Cela veut dire que dès qu'un élève passe la porte et me dit ou dit à un enseignant que ses parents ont bu ou sont allés au bingo, c'est une autre réalité. Dans certains cas, ils n'ont même pas de foyer. Mais dès que vous franchissez cette porte, vous faites partie de nous. Si vous avez faim, nous vous nourrissons. Si vous avez un problème, nous vous aidons. Nous avons des services à AADAC et Nechi. Nous vous apportons toute l'aide possible. Notre seule responsabilité dès que vous entrez ici est de vous asseoir à un pupitre et d'étudier. C'est tout ce que nous demandons.

Les élèves ont vraiment l'air d'accrocher. Parfois, des enseignants m'amènent des étudiants pour que je discute avec eux parce qu'ils ont une attitude négative. C'est ce que nous faisons et nous entendons toutes sortes d'histoires, mais en fin de compte, ils ne peuvent pas s'en servir comme excuse pour ne pas recevoir l'éducation que l'académie Amiskwaciy peut leur offrir. Tout ce que nous demandons aux élèves, c'est d'assurer leur responsabilité d'élèves de notre école. J'ai parlé des problèmes que connaissent ces étudiants, et il y a naturellement le problème financier. La plupart des bandes de la province et probablement de l'ensemble du Canada n'ont pas les ressources financières nécessaires pour payer les laissez-passer d'autobus et les frais de scolarité des étudiants, et certains d'entre eux n'ont même pas d'endroit pour vivre. Ils dérivent d'un ami à l'autre, d'un domicile à l'autre. Ce sont des problèmes très réels auxquels sont confrontés les étudiants de l'académie Amiskwaciy, et probablement aussi la majorité des étudiants autochtones d'Edmonton.

Comme je suis éducatrice d'une communauté de Première nation, de Saddle Lake, je connais bien les différences entre le système scolaire de la communauté des Premières nations et celui de la communauté d'Edmonton. L'une des choses les plus importantes que j'ai remarquées, c'est qu'il n'y a pas de politique dans l'école où je travaille actuellement, et c'est une des principales raisons pour lesquelles j'adore ce travail. J'adore aller à cette école tous les jours et je persiste à prendre la défense de mes étudiants qui franchissent cette porte chaque jour. Cette différence est très importante, car nous avons une directrice, Mme Cardinal, qui est autochtone et sait ce qu'il faut faire pour assurer la réussite de l'école. Et maintenant, je suis prête à répondre à vos questions.

Le sénateur Sibbeston: Madame Cardinal, quand vous dites aux étudiants que leur seule responsabilité est d'étudier, je vous crois et je comprends que cela fait partie d'une démarche consistant à dire: «Vous êtes là essentiellement pour apprendre». Mais vous ne dites pas à l'enfant: «Oublie tous tes problèmes, nous allons t'aider». C'est comme Bush disant après le 11 septembre: «La vie continue». Ce n'est pas si facile. Il y a un travail de deuil et de guérison à accomplir.

Je pense que d'un côté, c'est tout à fait positif de dire «Vous avec un cadre splendide, c'est merveilleux. Tout est là pour vous. Tout est en votre faveur, et tout ce que vous avez à faire, c'est étudier sans vous soucier de tout le reste». Mais dans la réalité, ces élèves continuent quand même à avoir toutes sortes de problèmes. Est-ce que ce que vous leur dites, c'est: «Au moins, tant que vous êtes ici, profitez de la vie»?

Mme Cardinal: Exactement. Il s'agit fondamentalement de construire des liens, et on le voit dans nos classes. Il ne s'agit pas simplement d'administration ou du personnel du bureau. Ce sont les enseignants qui construisent cette relation et bien souvent, ce sont eux qui contribuent à la base à faire en sorte que l'étudiant s'épanouisse le plus possible au cours de la journée.

Le sénateur Sibbeston: Vous dites que les deux systèmes scolaires sont différents et que vous vous félicitez de ne pas avoir de politique dans votre école. Pensez-vous que dans les autres écoles dirigées par des Autochtones dans des régions reculées ou dans des réserves, la situation n'est pas aussi bonne que chez vous? J'ai l'impression que vous avez un contexte assez idéal, parce que vous avez un engagement profond et un excellent personnel de qualité et que vous faites tout pour faciliter l'apprentissage des enfants. Mais nous savons bien que ce n'est pas toujours comme cela. Pourriez-vous nous parler de cela et de cette différence?

Mme Cardinal: Je crois que les programmes des écoles des Premières nations ou de toutes les autres écoles communautaires devraient toujours être l'occasion de nous souvenir que c'est pour les étudiants que nous sommes ici. Les écoles communautaires des Premières nations sont techniquement des écoles privées puisqu'elles relèvent de la compétence fédérale, mais elles peuvent énormément contribuer à changer le système scolaire. Je pense qu'on pourrait partir d'ici. Toutefois, il y a de petites communautés où la politique joue un grand rôle, et où il y a des familles de dirigeants qui souhaitent orienter les choses d'une certaine façon en faisant ce qui leur semble bon pour la communauté. Ce n'est pas forcément mauvais, mais ce n'est pas toujours à l'avantage de l'ensemble de la communauté.

Le sénateur Pearson: Les deux exposés sont fascinants, car vous nous présentez toutes deux un modèle de pratiques exemplaires. J'ai été fascinée de vous entendre dire que l'éducation était une cérémonie. Ce n'est pas forcément le genre de situation à laquelle on assiste dans les écoles où vont mes petits-enfants. Toutefois, j'ai vu cela dans d'autres pays, et je crois que c'est un élément qu'il faudrait renforcer.

Vous apportez un enseignement à l'occasion de ce voyage. Votre expérience vous a enseigné quelque chose et vous nous enseignez quelque chose, et nous vous en sommes reconnaissants.

J'ai l'impression que vous décriez la spiritualité comme un ensemble de valeurs plutôt qu'une idéologie, n'est-ce pas?

Mme Cardinal: Vous avez raison.

Le sénateur Pearson: C'est pour cela qu'il est plus facile de combiner votre système avec un système catholique ou un autre. Vous renforcez cet aspect des êtres humains sans leur imposer vos propres croyances.

J'ai l'impression de voir émerger un sens de l'identité plus lié à ce dispositif cérémonial ou spirituel qu'à l'identité provenant de la réserve ou de la bande. Pourriez-vous me dire quelques mots à ce sujet?

C'est une question sociologique, mais qui me semble très importante. Je crois que c'est un aspect très important de votre action.

Mme McNeill: Si je vous comprends bien, vous dites que quand nous franchissons la porte, nous sommes tous un, que nous venions de telle ou telle réserve. C'est vraiment ce qui se passe; le problème ne se pose pas pour nos étudiants.

Le sénateur Pearson: Je pense que c'est un enseignement dont nous pourrions tirer profit, car les écoles qui accueillent les enfants de cette façon réussissent mieux. Cette attitude est révélatrice de l'ambiance générale de l'école et j'ai toujours été convaincue qu'une bonne ambiance était la clé du succès de l'éducation. On a beau avoir les meilleurs enseignants, on a toujours du mal à garder les étudiants et à établir le contact avec eux si ce climat n'existe pas.

Mme McNeill: Nous accueillons constamment des visiteurs dans l'école. Les derniers venaient d'Angleterre et de la Nouvelle-Zélande et ils ont souligné l'ambiance de cette école.

Le sénateur Pearson: Ma deuxième question porte sur la souplesse du régime en Alberta. Est-il suffisamment souple? Vous avez des normes à respecter, alors est-ce que vous avez la souplesse voulue pour vous organiser de façon à donner une place plus centrale à l'enfant?

Je sais que dans d'autres provinces, il est très difficile de créer ce climat. Certaines ont des crédits, et cetera, et les enfants n'ont pas le même sens de l'identité que quand j'étais enfant, parce qu'ils passent d'une place à l'autre et ne restent pas tout le temps avec les mêmes camarades.

Mme McNeil: Nous proposons le programme qui permettra à nos élèves d'accéder à l'école postsecondaire de leur choix. Nous avons les mêmes cours que n'importe quelle école secondaire, et les options correspondent à la nature de nos étudiants. Nous proposons la langue crie. L'étudiant peut choisir les études autochtones. Nous envisageons de proposer un cours intitulé «La culture par les arts» qui donnera aux étudiants l'occasion d'apprendre divers médias artistiques et de découvrir leur culture et leur histoire. Nous offrons des cours CTS correspondant aux intérêts des élèves. Nous avons des cours d'esthétique, de construction, d'informatique, d'alimentation et de mode qu'on propose dans les autres écoles secondaires. Nous choisissons ce qu'il y a de mieux dans le programme de l'Alberta pour nos étudiants.

Le sénateur Pearson: Vos directeurs appuient-ils cette école?

Mme McNeill: Oui.

Le sénateur Pearson: Il est important de prendre le temps d'établir des relations de confiance. Beaucoup d'enfants n'apprennent pas la confiance chez eux et c'est une leçon très importante.

Félicitations, et bonne continuation. J'espère que personne ne vous interrompra jamais.

Le sénateur Carney: Je partage les commentaires du sénateur Pearson sur le rôle que peuvent jouer les écoles secondaires privées, mais je ne sais pas ce que signifie «Amiskwaciy». Je suis l'étrangère. Qu'est-ce que cela veut dire et comment cette école a-t-elle débuté?

Mme Cardinal: Quand on a demandé à Mme Cardinal de planifier cette école, sa première tâche a consisté à réunir un groupe d'Aînés pour l'aider. C'était eux qui devaient établir les fondements et les valeurs sur lesquels s'appuierait cette école. Lorsque le temps est venu de choisir le nom de l'école, elle a laissé cette décision aux Aînés.

Amiskwaciy Waskican, la maison des collines du castor, était le nom de la région où les gens de notre peuple commerçaient pour survivre. Les Aînés ont pensé que, comme l'éducation est une forme de survie, le nom Amiskwaciy Waskican serait approprié pour l'école. Amiskwaciy signifie colline des castors, d'où le nom Beaver Hills Academy. Je vous donne une traduction littérale, mais il y a un sens derrière ce nom, et un lien historique avec tous les peuples autochtones, car ce sont toutes sortes de tribus différentes qui venaient ici pour commercer et assurer leur survie.

Le sénateur Carney: Offrir le genre de programmes que vous offrez en partant d'une telle base implique des enseignants exceptionnels. Quand avez-vous commencé tout cela, et où avez-vous trouvé les enseignants?

Mme McNeill: Nous en sommes à notre troisième année.

Le sénateur Carney: Donc c'est relativement nouveau?

Mme McNeill: Oui, c'est une entreprise récente.

Nous avons passé huit ou neuf mois à planifier l'école. C'est un peu comme la gestation d'un bébé. Nous avons ouvert nos portes en septembre 2000. Les enseignants ont été recrutés normalement, mais Mme Cardinal a exigé qu'on recrute les meilleurs enseignants, autochtones ou non.

Le sénateur Carney: J'ai l'impression que vous nous décrivez un modèle pour toutes sortes d'écoles au Canada. L'école est un lieu de cérémonie et l'enseignement est associé à la notion de respect. Il y a un lien entre les enseignants et les élèves. J'aimerais bien que mes enfants aillent dans une école comme celle-là. Ils sont surtout Irlandais.

D'après cette expérience depuis trois ans, quelles sont les pratiques exemplaires que vous proposeriez pour toutes les écoles? Votre école a manifestement des choses à enseigner à l'ensemble de la société canadienne. Pourriez-vous nous mentionner quelques-unes de ces pratiques exemplaires?

Mme Cardinal: Il y en a une que vous venez de mentionner, l'établissement de liens avec les enseignants. Mme Cardinal a estimé que ce serait très utile d'emmener tous les enseignants, tout le personnel, y compris les gardiens, faire une retraite dans un endroit appelé Taratema, où il n'y a pas de télévision et seulement un téléphone payant. Nous faisons donc ce travail de construction en collaboration en août chaque année, et c'est une des choses les plus importantes car c'est là que nous cimentons notre équipe, et pas simplement en faisant du travail de bureau. Nous nous réunissons dans une suerie, et cela aussi fait partie du travail d'équipe, du processus de mobilisation de tout le monde pour offrir une éducation hoslistique aux étudiants.

Le sénateur Carney: Combien d'enseignants et d'étudiants avez-vous? Combien de personnes peuvent entrer dans cette suerie? J'ai une formation d'économiste. Je veux avoir les meilleurs chiffres.

Mme Cardinal: J'ai vu des sueries qui pouvaient accueillir d'une douzaine à une trentaine de personnes.

Le sénateur Carney: Vous avez un personnel de combien de personnes?

Mme Cardinal: À la suerie?

Le sénateur Carney: Combien de personnes avez-vous à l'école?

Mme McNeill: Nous avons 30 employés, y compris les gardiens.

Le sénateur Carney: Et vous avez combien d'étudiants?

Mme McNeill: Nous avons commencé l'année avec 360 élèves.

Le sénateur Carney: C'est excellent.

Mme McNeill: J'aimerais ajouter quelques mots à ce que Theresa a dit à propos de la façon dont nous nous organisons.

Nous en sommes à la troisième année et nous sommes plongés dans le travail de la troisième année. La première année, on essaie simplement de démarrer les choses et de mettre en place les systèmes qui vont permettre à l'école de fonctionner. Nous avons déménagé en janvier la deuxième année, donc nous avons un peu repris la première année lorsque nous nous sommes installés dans nos locaux définitifs.

Cette année, nous nous concentrons beaucoup sur le programme pédagogique, comme dans tout l'arrondissement; chaque école choisit le domaine sur lequel elle veut concentrer son énergie. Nous avons choisi la lecture. Toute l'année, nous nous sommes concentrés sur ce sujet et nous constatons un progrès. Les tests d'octobre et de février montrent que nos efforts portent fruit.

Nous savons bien que si les élèves arrivent au secondaire avec un niveau de lecture inférieur à celui d'une 9e année, ils ont peu de chance de terminer leur secondaire. Nous considérons donc l'enfant comme une entité globale en sachant bien que l'éducation n'est qu'un aspect de sa vie.

L'une des questions que j'ai posées hier soir a été de savoir quel était le rôle de l'éducation dans la vie des jeunes. D'après la réponse, je constate qu'elle fait soit partie du problème, soit partie de la solution.

Pour mois en tant qu'éducatrice, il est essentiel que l'éducation fasse partie de la solution. Nous avons du personnel jeune et plusieurs enseignants débutants. Nous avons des enseignants qui ont entamé une deuxième carrière avec l'enseignement. Nous faisons de gros efforts pour bien saisir l'aspect composite de l'éducation. Nous nous sommes rendu compte que cette image composite comportait trois aspects.

Nous devons nous préoccuper de la guérison des enfants. Nous devons nous occuper du «programme». Nous devons répondre aux besoins des enfants. Sommes-nous en prise sur le mode d'apprentissage de nos jeunes? Nous travaillons là-dessus.

Ensuite, nous examinons un troisième domaine qui concerne la structure. Sommes-nous organisés de façon à répondre au mieux aux besoins des élèves?

J'en reviens donc à votre question initiale: Que faisons-nous? Nous savons très bien que chaque année est différente et comporte des exigences différentes auxquelles il faut répondre de manière différente. On ne fait pas en troisième année ce qu'on faisait en première année. Nous en sommes à la troisième année. Nous en sommes au stade de la troisième année et probablement même un peu plus loin.

Le sénateur Carney: Vos pratiques exemplaires telles que je les ai comprises sont le sens de l'appartenance, la confiance, la sécurité de l'environnement, le respect de l'enseignement, la démarche holistique, la structure, la souplesse et la fierté par l'établissement de liens.

Mme McNeill: Oui.

Le sénateur Carney: Y a-t-il autres choses à ajouter à cette liste? Quand vos premiers étudiants vont-ils obtenir leur diplôme?

Mme McNeill: J'ajouterais à cette liste la norme élevée que nous proposons à nos étudiants. Mme Cardinal leur parle souvent et elle a très peu de messages; je crois que c'est un modèle que je suis prête à suivre.

Nous tenons à atteindre 80 p. 100. Nous enseignons à nos jeunes à être fiers de leur race.

Le sénateur Carney: Quatre-vingt pour cent, c'est pour le premier de la classe?

Mme McNeill: Oui, mais c'est ce que nous visons. Nous nous attendons à ce que le personnel nous rende des comptes. Nous voulons qu'il fasse en sorte que tous les étudiants puissent atteindre ce niveau.

La première année, nous avons accueilli des élèves de niveau supérieur et nous avons donc eu des diplômés la première année. Cette année sera l'année du diplôme pour les élèves qui ont commencé avec nous.

Le sénateur Carney: Je suis très impressionnée par ce modèle et je vous souhaite bonne chance.

Le sénateur Pearson: J'ai une petite question sur la violence à l'école. J'imagine que vous avez réglé le problème, mais quand vous le rencontrez, que faites-vous? J'imagine que vous ne pratiquez pas la tolérance zéro.

Expliquez-moi.

Mme McNeill: Nous rencontrons peu de problèmes de comportement. Cela arrive quelques fois, mais je crois que notre modèle fonctionne très bien. Dès qu'il y a un problème, nous nous en occupons. Nous suivons le modèle élaboré par l'école publique d'Edmonton en cas de brutalité. S'il faut suspendre un élève, nous avons une conversation avec lui à son retour. Il y a l'élève, un conseiller, un administrateur et un Aîné. Nous lui disons que nous l'avons avec la suspension mais que nous voulons que les choses aillent mieux à l'avenir. Nous lui demandons comment nous pouvons l'aider. Nous essayons d'aller au fond du problème.

Il y a très peu de récidive, et nous avons très peu de problèmes de gestion des classes, de mauvais comportements en classe ou dans les couloirs. Je crois que tout cela est lié à cette notion de cérémonie et de respect que nous avons les uns pour les autres dans l'école.

Le sénateur Pearson: Je crois que le «respect» est un des mots clés. Il est mutuel.

Le sénateur Sibbeston: Ce modèle va-t-il être intégré au système scolaire d'Edmonton? Qu'est-ce qui a motivé cette école autochtone?

La présidente: Peut-être pourrais-je répondre à cette question car je m'en suis occupée du début. J'ai participé à la vision et au rêve de Mme Cardinal.

Tout cela remonte à six ans environ, et pas seulement trois ans. Quand elle a commencé, on lui a fermé tellement de portes au nez que je ne comprends pas comment elle a pu continuer.

Quand elle est venue me rencontrer à Ottawa, nous avons essayé d'ouvrir des portes mais personne ne nous écoutait. Personne ne comprenait sa vision, mais elle n'a jamais renoncé.

L'école qu'ils avaient ne convenait pas. Quand ils se sont installés dans l'aéroport municipal, ils ont créé toutes sortes d'inquiétudes dans la communauté, chez les compagnies aériennes et à l'hôtel. Mais heureusement, avec — comment s'appelait ce monsieur?

Mme McNeill: Angus McBeath.

La présidente: Mme Cardinal et M. McBeath n'ont jamais renoncé et ont poursuivi leurs efforts. Ils ont fini par obtenir l'édifice de l'ancien aéroport municipal, mais pas avant d'avoir surmonté toutes sortes de stéréotypes et de discrimination. C'est grâce à leur ténacité que tout cela finit par se concrétiser.

Je peux vous donner un exemple assez récent. Nous avons notre petit groupe de travail sur les bandes. Récemment, un groupe de jeunes Autochtones s'est bagarré avec des non-Autochtones dans le train. C'était des bandes. Tout le monde s'en est pris aux enfants autochtones.

J'ai reçu un rapport disant que c'était les élèves d'Amiskwaciy qui battaient les autres. J'ai immédiatement téléphoné à Mme Cardinal pour lui dire ce qu'on racontait dans les journaux. Je savais très bien à quoi m'en tenir sur les rumeurs. Elle a immédiatement pris les choses en main. Elle a envoyé des gens avec des appareils photos prendre des photos aux arrêts d'autobus, au Kingsway Garden Mall, dans les autobus et ô surprise, ce n'était pas des élèves d'Amiskwaciy. Elle a parfaitement maîtrisé la situation.

Mme Cardinal s'est battue pendant des années pour réaliser son rêve. Malgré tous les obstacles, toute la discrimination et tout le mépris racial ambiant, voilà ce qu'elle a réussi à faire. Elle mérite une médaille.

Le sénateur Sibbeston: Ce modèle intéresse-t-il les autres arrondissements scolaires et autres secteurs?

Mme McNeill: Oh oui. Nous accueillons presque chaque semaine des visiteurs de divers arrondissements scolaires, que ce soit de l'Alberta, des Territoires du Nord-Ouest ou de la Colombie-Britannique. Nous en avons eu qui venaient d'Angleterre et de Nouvelle-Zélande. Notre école suscite beaucoup d'intérêt.

Le sénateur Sibbeston: Les Autochtones ont pris contrôle de leurs écoles eux-mêmes à Fort Ray. Il y a aussi une école catholique romaine, Grandin College, à Fort Smith, d'où sont sortis de nombreux dirigeants.

On dirait que quand quelqu'un a une idée novatrice, il y au départ une résistance de la société, mais quand elle finit par se concrétiser, tout le monde l'acclame.

Cette école est fondée sur le bon sens. Les gens qui voient la vision en comprenne l'utilité, mais ceux qui ne la voient pas l'aperçoivent comme une menace. Mais ce modèle va marcher, c'est le bon sens même.

La présidente: Je sais que les étudiants des Premières nations sont censés recevoir un financement des réserves, mais on dirait qu'ils ne réussissent jamais à l'obtenir.

J'aimerais que vous nous parliez des problèmes de financement. Avez-vous une notion générale de la culture, ou reconnaissez-vous et respectez-vous la culture et la patrimoine distinct des autres?

Mme Cardinal: Nous respectons toutes les cultures représentées dans notre école. Nous ne faisons pas de distinction entre Cris, Pieds-Noirs et Métis. Nous respectons leurs coutumes et leurs manifestations. Encore une fois, toutes ces cultures sont accueillies dans notre école.

Parmi les élèves qui ont eu leur diplôme lors de notre première année, il y en avait qui venaient du sud et aujourd'hui encore des cultures diverses sont représentées dans notre école. Nous avons des cérémonies générales auxquels peuvent participer les chefs de toutes les cultures. Nous accueillons toutes les cultures.

Mme McNeill: Il y a des problèmes de financement. Au niveau secondaire, il y a des frais pour les fournitures de cours dans des domaines comme la construction, l'alimentation et la mode. Or, la plupart du temps, nos élèves n'ont pas les moyens de payer les frais supplémentaires. Ils ont même parfois du mal à payer les frais de participation aux livres de 51 $. Certains ont de la difficulté à s'acheter un laissez-passer d'autobus de 20 $ chaque mois. Nous assumons ces coûts car il est plus important qu'ils puissent rester à l'école. Mais cela coûte cher à l'école.

L'autre problème au sujet des frais, c'est que l'argent que nous recevons doit servir à payer l'éducation des élèves, les frais locaux et le personnel.

Or, nous voyons que nos élèves ont des besoins et souvent nous n'avons pas l'argent à leur donner. Souvent, nous voyons une famille dans le besoin et nous sommes incapables de l'aider.

Nous ne pouvons proposer le programme des arts par la culture que si nous avons un financement supplémentaire. Pourtant je sais, comme tout le monde à cette école, que c'est essentiel dans ce que nous essayons de faire.

C'est donc un défi, c'est certain. C'est aussi un défi parce que nous sommes une petite école et que nous essayons de répondre aux besoins de ces jeunes. Nous essayons de leur offrir des cours qu'ils auraient dans une grande école, et nous faisons des choix en conséquence.

La présidente: Merci beaucoup à toutes les deux.

Le plan d'action pour le changement montre très bien ce que font les Autochtones pour régler les problèmes que connaissent les jeunes en milieu urbain.

Les témoins suivants sont Lewis Cardinal et Donna Leask.

Le sénateur Carney: J'ai l'impression que l'Alberta a une longueur d'avance sur la Colombie-Britannique pour ces questions d'éducation autochtone. C'est aussi ce que vous pensez, madame la présidente?

La présidente: Oui. Je pense que nous pourrions poser cette question à M. Cardinal et à Donna.

Le sénateur Sibbeston: La Saskatchewan est aussi très avancée dans la formation des enseignants, les écoles de droit et les autres questions pédagogiques.

Le sénateur Carney: Je ne connais que ma province, et je voulais donc m'assurer de cela.

La présidente: Bienvenue à ces audiences. Nous sommes au terme de notre voyage dans l'Ouest. Nous avons entendu raconter des choses très intéressantes sur ce qui se passe dans nos communautés, mais nous entendons aussi parler des obstacles. On nous a expliqué comment les Autochtones s'attaquaient à ces obstacles et à d'autres problèmes et aux défis qui attendent nos communautés à l'avenir. On nous a parlé des réussites et des échecs et de ce que font les Autochtones malgré un financement insuffisant.

Mme Donna Leask, superviseure, Aboriginal Education, Edmonton Public Schools: C'est fantastique de pouvoir avoir cet échange d'information avec vous ce matin et vous présenter un peu la perspective des Écoles publiques d'Edmonton. Je ne sais pas si vous connaissez la taille de notre arrondissement. Nous avons 208 écoles, et nous avons aussi un très fort contingent d'étudiants autochtones.

Depuis 1995, date à laquelle le système d'enseignement public d'Edmonton a commencé à donner aux enfants et aux familles autochtones l'occasion de s'identifier, notre population autochtone n'a cessé de progresser et au 30 septembre 2002, nous avions presque 6 000 enfants autochtones déclarés dans nos écoles.

Je pense qu'il y en a à peu près 2 000 autres qui, pour une raison quelconque, préfèrent ne pas s'identifier comme Autochtones. Donc, je pense qu'en gros les Autochtones représentent à peu près 10 p. 100 de la population des écoles publiques d'Edmonton.

Jusqu'ici, le système public d'Edmonton public a quatre programmes spécifiquement axés sur les Autochtones: Prince Charles Awasis, une école élémentaire qui existe depuis près de 28 ans; Sherbrooke Awasis Elementary/Junior High, qui existe depuis trois ans et demi; le programme Rites of Passage, un programme de premier cycle du secondaire pour les élèves autochtones du premier et du deuxième cycles du secondaire qui risquent de ne pas terminer leurs études; et maintenant, naturellement, nous avons L'Académie Amiskwaciy, notre école secondaire.

De plus, au 30 septembre 2002, 69 écoles du système public d'Edmonton, y compris les programmes ci-dessus, avaient une population autochtone s'étant spontanément déclarée de 10 p. 100 ou plus, et dans d'assez nombreux cas, les étudiants autochtones représentaient entre 20 et 40 p. 100 de la population étudiante totale. Les Rites of Passage est un programme de partenariat entre les Écoles publiques d'Edmonton et un organisme autochtone, la Bent Arrow Traditional Healing Society.

Depuis 1983, beaucoup de personnes autochtones et non autochtones dans le district et en dehors ont essayé par différents moyens d'améliorer notre taux de réussite dans les activités concernant les jeunes Autochtones. Nos enfants autochtones ont gagné beaucoup de terrain au niveau élémentaire dans les examens provinciaux. Cependant, ces gains ne se maintiennent pas toujours aux niveaux intermédiaire et secondaire.

Depuis 1997, lorsqu'on a commencé à avoir les nombres d'étudiants autochtones s'identifiant comme tels, il est devenu évident qu'en moyenne, environ 20 p. 100 seulement des jeunes Autochtones entrant en 12e année en septembre quittent l'école en juin suivant avec un diplôme d'études secondaires.

Nous avons commencé à faire des gains importants au niveau intermédiaire. Nous avons aussi commencé à faire des gains importants au niveau secondaire supérieur, mais nos taux de graduation restent bas et décevant.

Et quels sont les problèmes ou les facteurs pouvant constituer des obstacles qui empêchent les étudiants autochtones de mieux réussir? Ce pourrait être encore en partie les répercussions négatives des écoles résidentielles sur les parents ou grands-parents ou tuteurs autochtones pour ce qui est de leur attitude ou de leur manque de confiance vis-à-vis de l'éducation et de l'école. Les parents et les grands-parents ont connu la période où l'on ne parlait pour ainsi dire pas de l'histoire autochtone d'un point de vue autochtone et des problèmes autochtones actuels dans les programmes d'études provinciaux, bien que cette situation se soit quelque peu améliorée après l'introduction des Études autochtones 10, 20, et 30, qui font maintenant partie du programme provincial en Alberta.

Autre obstacle: la mauvaise connaissance des Autochtones chez de nombreux éducateurs et, naturellement, nous essayons de répondre à chacun de ces problèmes. Il faut toujours que les écoles aient accès à des ressources autochtones plus récentes, plus actuelles, et appropriées en termes culturels.

Il y a aussi l'obstacle du racisme et la marginalisation persistante de nombreux enfants, jeunes et familles autochtones, à la suite d'un manque d'instruction, de la perte de la langue et parfois d'une coupure d'avec leur propre culture.

La pauvreté a aussi un impact considérable et constitue également un obstacle à la réussite des jeunes Autochtones dans nos écoles. Elle est souvent à l'origine de problèmes de logement et d'instabilité familiale, et peut donc empêcher les jeunes Autochtones de fréquenter régulièrement l'école.

Dans les écoles publiques d'Edmonton, nous avons mis en place plusieurs initiatives pour répondre à ces problèmes. Nous avons l'engagement des conseillers scolaires en ce qui concerne nos priorités relatives au renforcement des programmes autochtones. Ceci signifie que toute déclaration figurant sur notre page de priorités dans le système public d'Edmonton équivaut à une politique. L'éducation autochtone est hautement prioritaire dans notre district, depuis les conseillers jusqu'en bas de l'échelle.

Quant à moi, je dois jouer un rôle de leadership au sein des écoles publiques d'Edmonton. Je suis surveillante de l'éducation autochtone, ce qui veut dire que je travaille avec le surintendant, les conseillers scolaires, l'administration, les directeurs et les enseignants et enseignantes. Je supervise les agents de liaison autochtones qui vont dans les écoles fournir les différentes mesures de soutien et les services demandés à celles-ci. Au cours de l'année écoulée, mes collaborateurs et moi-même avons effectué près de 1 000 visites à domicile, 400 exposés en classe portant sur le programme scolaire, plus de 300 visites de soutien aux étudiants, et bien plus de 900 consultations avec les enseignants.

Je m'assure que l'on offre régulièrement une formation de sensibilisation aux personnes autochtones pour les enseignants et administrateurs afin de créer une vaste base de connaissances et d'information pour ce qui touche le monde autochtone: l'histoire, les attitudes, les valeurs et les approches de l'apprentissage.

Je travaille aussi avec un groupe de personnes autochtones et non autochtones: enseignants, agents de liaison, et consultants internes et externes en ressources bibliothécaires, pour continuer à élaborer ce que nous appelons notre «collection de ressources autochtones». Nous pensons qu'il est très important de disposer des meilleures ressources autochtones dans nos écoles. En créant notre collection de ressources, nous voulons donner un appui direct aux enseignants et enseignantes afin de les encourager à intégrer davantage de ressources autochtones dans leur programme de travail.

J'anime aussi un comité consultatif d'éducation autochtone, qui comprend des membres de la communauté, des Aînés et des jeunes Autochtones. Les membres de la communauté sont parfois des parents ou des grands-parents qui ont des enfants à l'école. Nous voulons l'année prochaine inviter plus de parents autochtones à participer à ce comité consultatif.

Dans le cadre d'une autre initiative, nous continuons à soutenir et à diriger l'élaboration de ressources, pour le nouveau cadre d'études de la culture et de la langue cries de la maternelle à la 12e année, cadre que nous avons élaboré au conseil public d'Edmonton suite à un contrat pour Alberta Learning Information Service.

Ce projet ALIS est très important pour moi et pour le conseil public d'Edmonton en général, parce que nous savons que la perte de leur langue et le manque d'accès à cette langue dans le système d'éducation public a été un grave problème pour de nombreux Autochtones. Avec l'élaboration du programme d'études au départ, et maintenant les activités entreprises pour mettre au point les ressources nécessaires au programme, nous facilitons l'accès à l'apprentissage du cri dans de nombreuses écoles.

Je continue à soutenir le programme Rites of Passage. J'assure la liaison entre l'organisme autochtone et l'arrondissement scolaire. Les partenariats sont parfois difficiles et tumultueux, et il faut arriver à démêler toutes les complexités.

Je fais aussi mon travail de liaison avec le City Centre Education Project, en assurant divers services et mesures de soutien, dont des visites à domicile pour les maternelles, une option crie pour l'école intermédiaire, des activités à base autochtone pendant les programmes d'été, et l'élaboration de propositions.

Je continue aussi à présider un comité de directeurs de district sur les questions autochtones et la planification. Je sais que mon temps est presque épuisé et je vais abréger la fin de mes observations.

Je travaille avec un groupe de personnel du district, mon Comité consultatif sur l'éducation autochtone et mon comité de directeurs pour mettre au point un cadre stratégique de réussite autochtone sur 20 ans. Nous analysons et nous examinons les programmes et les stratégies qui permettraient d'améliorer et d'encourager la réussite des jeunes Autochtones, et nous continuons le travail pour mettre à l'essai, surveiller et adapter les stratégies qui ont fait leurs preuves avec les enfants autochtones. Nous étudions et nous regroupons les pratiques exemplaires aussi bien à l'interne qu'à l'extérieur.

J'ai distribué deux brochures. L'une décrit les services assurés par mon unité d'éducation autochtone et, plus précisément, le travail des agents de liaison autochtones qui relèvent de moi. J'offre aussi une formation aux directeurs et aux autres cadres supérieurs de l'administration. J'assure la formation et la sensibilisation au fait autochtone pour les nouveaux enseignants et pour les futurs directeurs.

Je continue aussi à travailler dans le domaine du SAF. J'ai fait des exposés sur ce sujet dans de nombreuses communautés dans toute l'Alberta pendant les dernières années, et en fait, je viens de recevoir deux invitations de communautés à proximité d'Edmonton pour faire un exposé sur le SAF dans le monde autochtone.

Nous devons continuer à avoir de grandes attentes. Je pense que pendant trop longtemps, ça été trop facile pour beaucoup de gens de ne pas avoir de grandes attentes pour les enfants autochtones à l'école.

Je promets, ce que j'appelle «des principes pour l'action»: construite sur des fondations de confiance, honorer notre histoire, observer nos protocoles culturels, établir des liens sains, créer des partenariats sains, promouvoir les champions, investir pour le long terme, et maintenir l'engagement.

Merci beaucoup de m'avoir permis de prendre la parole aujourd'hui.

M. Lewis Cardinal, directeur et coordinateur des Services aux étudiants autochtones, Université de l'Alberta: Je voudrais rendre hommage aux Aînés qui se trouvent dans la salle aujourd'hui et les remercier d'être venus nous écouter, nous éducateurs, et partager certaines idées avec vous.

À ma gauche se trouve Brenda Jones-Smith. Elle est coordonnatrice du programme vedette du bureau des Services aux étudiants autochtones. J'appartiens à la Première nation crie Sucker Creek. Je préfère dire que je suis un Cri Woodland, c'est-à-dire des bois, plutôt qu'un Cri des prés ou Cri Bush, étant donné la situation au Moyen-Orient actuellement.

J'ai passé la majeure partie de ma vie à Edmonton puisque j'y suis depuis l'âge de 10 ans. L'éducation a toujours fait partie de ma vie, aussi loin que je me souvienne.

Comme j'étais peut-être l'un des rares étudiants dans le système scolaire catholique à l'époque, on m'a amené à l'Université de l'Alberta dès l'âge de 10 ans pour me poser toutes sortes de questions sur ce que j'avais vécu dans le domaine de l'éducation. Il y a une certaine justice politique en ce sens que je travaille maintenant à l'université sur un doctorat en éducation.

Je suis le directeur et le coordonnateur du Office of Native Student Services, ou Bureau des services aux étudiants autochtones. L'Université de l'Alberta a un peu plus de 1 000 étudiants autochtones. En 1975, il y avait 17 étudiants autochtones s'étant identifiés à l'université. Nos dirigeants à l'époque, dont le sénateur Chalifoux, avaient demandé à l'université un endroit et une méthode pour permettre aux personnes autochtones de réussir dans leur apprentissage et dans leurs études. Nous sommes là depuis 28 ans maintenant.

J'apporte un message de promesse, et aussi un sincère message de coopération. Le Bureau des services aux étudiants autochtones a un énoncé de vision qui se lit comme suit:

Le NSS honore la vision autochtone de l'éducation d'une cérémonie continue d'apprentissage en respectant et en soutenant les voix et l'esprit de notre communauté à l'Université de l'Alberta.

L'énoncé de mission dit ceci:

Aider l'Université de l'Alberta à fournir un environnement qui encourage le plein accès, la participation et le succès des étudiants autochtones conformément à la politique universitaire de 1991 sur les étudiants autochtones.

L'Université de l'Alberta a été l'une des premières universités du Canada à élaborer une large politique concernant les étudiants autochtones. C'est cette politique qui constitue le mandat du Bureau des services aux étudiants autochtones.

Mon bureau est responsable du soutien des communautés autochtones sur le campus et à l'extérieur. Dans les services aux étudiants autochtones, nous voyons l'éducation comme une cérémonie, et les orateurs qui m'ont précédé ont expliqué ce concept. Nous savons que l'éducation est quelque chose de très spécial et tout à fait sacré pour notre peuple.

Certains de nos Anciens ont appelé l'éducation le bison d'aujourd'hui. Notre bison, lorsque c'était la base de notre existence, était plus qu'une simple source de subsistance, c'était aussi une dimension spirituelle, affective et intellectuelle.

Les services aux étudiants autochtones sont basés sur cette idée de l'éducation vue comme une cérémonie et les travailleurs du Bureau sont les officiants de la cérémonie. Nous nous appuyons sur la base d'une structure de gouvernance autochtone. Le «cercle», ou la tradition du système de clan et de conseil et les «quatre éléments de l'être», ou la fondation holistique, c'est ainsi que nous élaborons les programmes et les services pour la communauté autochtone à l'université.

Nous sommes fermement convaincus que le processus est le produit lui-même. Nous visons à créer un environnement qui reflète les traditions, la culture et les langues autochtones au sein d'un climat de réflexion culturelle. Nous pensons qu'ainsi, nos étudiants réussiront mieux.

Nous avons divisé nos responsabilités en quatre domaines particuliers: rétention, services et stratégies; relations communautaires et recrutement; soutien administratif; et notre programme d'année de transition.

Que faisons-nous avec les étudiants pendant leur séjour à l'Université de l'Alberta pour créer ce sentiment de communauté et d'appartenance?

Si les étudiants abandonnent leurs études universitaires, c'est avant tout parce qu'ils n'ont pas de sentiment d'appartenance; c'est une culture étrangère. C'est un élément essentiel de nos services et de nos stratégies de rétention. Nous n'atteignons pas encore l'objectif visé pour les taux de graduation, les taux de rétention ou les taux d'inscription pour l'Université de l'Alberta.

Nous proposons un programme de logement pour les étudiants autochtones qui est unique en son genre au Canada. Nous avons nos propres logements, dont l'un est presque à côté du campus. Il s'appelle «Metis House». Il accueille sept étudiants autochtones.

Nous avons un coordonnateur autochtone en résidence qui représente notre bureau. La Metis House utilise aussi une structure de gouvernance axée sur le cercle pour s'entendre et parvenir à un consensus sur la façon dont la maison est organisée et dont les nouveaux étudiants sont intégrés.

Nous avons la «Maison du Nord» qui est une maison à quatre chambres pour les étudiants du Nord, du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut.

Nous faisons aussi des cérémonies d'orientation et de graduation pour nos étudiants tous les ans. Nous avons une danse en rond qui s'appelle «flying moon round dance». C'est une danse très symbolique, qui se fait à la saison où les oiseaux quittent leur nid. La danse a lieu au moment où les étudiants quittent leur communauté pour commencer leur voyage à l'université.

Nous encourageons de nombreux programmes et manifestations culturels. L'année dernière, nous avons fêté la Journée nationale autochtone dans la maison à quatre chambres en présentant les différents aspects de notre musique et de notre culture, et il y a eu beaucoup de participants de notre communauté.

Beaucoup de nos services ne sont pas réservés à la communauté universitaire, et nous avons une obligation envers les communautés se trouvant en dehors du campus et dans les environs.

Nous avons un bulletin en direct qui s'intitule le Moose Call qui est envoyé à plusieurs milliers de personnes. Cette publication propose une mise à jour sur les échéances académiques, les bourses, les possibilités existant à l'université, ainsi que d'autres questions intéressantes. C'est un bulletin très approfondi.

Nous coordonnons et recevons les bourses d'études et d'entretien accessibles aux Autochtones et les récompenses. Ensuite nous publions le guide que vous avez. Malheureusement, nous n'avons pas de fonds pour ce guide et nous devons donc vendre des espaces publicitaires pour pouvoir le réaliser. Nous en produisons plus de 1 000 chaque année et nous les donnons gratuitement aux étudiants.

Nous faisons aussi du counseling et de l'orientation vers les organimes. Nous faisons beaucoup d'activités de sensibilisation aux Autochtones, non seulement pour les enseignants et les particuliers, mais aussi en dehors du campus. Beaucoup de gens ont un grand besoin et un grand désir de comprendre les subtilités et les complexités de la condition autochtone aujourd'hui.

Notre programme de relations communautaire et de recrutement comporte deux volets dont nous sommes vraiment très fiers; tous deux sont financés par des fonds de Patrimoine Canada et de UMAYC. L'un de nos programmes s'appelle «Student Ambassadors Guiding Education» soit SAGE. Les membres du programme que l'on appelle SAGErs sont les ambassadeurs. Ce programme représente notre campagne de recrutement extérieur. Nous donnons une formation aux étudiants autochtones de l'université pour qu'ils aillent dans des zones où l'université ne recrute pas normalement; ils font des exposés dans les écoles des Premières nations et dans des collectivités métisses. Nous allons à des pow-wows, et à des rassemblements autochtones, et nous parlons avec des étudiants et aussi avec des personnes non autochtones pour leur dire quelles sont les possibilités qui s'offrent à eux et comment ils pourraient réussir.

Nous venons de finir une grande offensive dans le Nord, et nous avons compté que nous avions eu des interactions avec plus de 5 000 étudiants autochtones. C'est un programme qui réussit bien, qui donne à nos étudiants l'occasion de donner quelque chose en retour à leur communauté.

L'autre programme s'intitule «Wahpahtihew», ce qui en cri veut dire: «ils leur montrent quelque chose». C'est un programme unique. Nous avons des étudiants autochtones que nous choisissons à l'université et nous invitons aussi d'autres enseignements postsecondaires à faire du tutorat dans les écoles publiques et les écoles catholiques d'Edmonton. Nous travaillons avec les deux systèmes scolaires et nos étudiants travaillent comme assistants des professeurs et comme tuteurs pour les étudiants. En fait, ils deviennent surtout un modèle d'inspiration pour les étudiants. Vous savez qu'il n'y a pas beaucoup de modèles dans notre communauté autochtone. Nos étudiants deviennent donc des modèles et donnent aux enfants la possibilité d'accéder à l'éducation. Ils encouragent les enfants à poursuivre leurs études, et font aussi du recrutement. Ils encouragent les étudiants à faire des études postsecondaires et à réaliser un rêve. C'est notre message constant.

Nous faisons aussi des visites personnalisées du campus pour des groupes autochtones venant d'autres provinces. Ils s'arrêtent à notre bureau, et les participants au programme les emmènent. S'ils s'intéressent à la médecine, on va les emmener à la Faculté de médecine, leur présenter des médecins et les détenteurs de doctorat et d'autres étudiants pour qu'ils puissent avoir une expérience pratique pendant qu'ils sont là.

Nous accueillons aussi divers groupes internationaux et autochtones, des Maoris, Mapuche et Hawaïens. Nous organisons des visites de ces groupes au sein de la communauté autochtone pour qu'ils puissent avoir un échange culturel avec nos compatriotes et pour faciliter l'échange avec leurs propres communautés.

Sur le plan administratif, nous mettons des télécopieurs, des téléphones et des salles de réunion à la disposition des étudiants autochtones et des membres de la communauté. Nous avons du mentorat de groupe. Nous aidons les étudiants à développer leurs capacités de dirigeants à l'université. Nous avons un laboratoire d'informatique que nous avons improvisé avec huit ordinateurs. Nous avons une salle de cérémonie où les étudiants autochtones peuvent venir, et il y a de la sauge, de l'acore odorant, et d'autres choses, et même du sel de mer hawaïen et de la terre pour nos étudiants hawaïens. Nous avons une petite bibliothèque de référence et un espace d'étude.

J'aimerais maintenant que Brenda vous parle un peu du programme de l'année de transition.

Mme Brenda Jones-Smith, coordinatrice, Services aux étudiants autochtones, Université de l'Alberta: Je viens de la Première nation Serpent River en Ontario. Je suis coordonnatrice du programme de l'année de transition. Ce programme a évolué depuis sa mise en place par M. Cardinal; il y avait cinq étudiants à l'origine. Pour septembre 2004, nous envisageons d'en accueillir 100. Malheureusement, nous avons plus de demandes que cela; nous en recevons chaque année 200 à 250. Nous avons constaté avec le programme de l'année de transition que nous avons toujours des étudiants autochtones qui n'ont pas les cours nécessaires pour aller à l'université.

Cette année, nous lançons une initiative totalement nouvelle, le Centre for Aboriginal Student Access, ou CASA. Nous faisons un grand bond et nous lançons un programme de perfectionnement pour les étudiants qui n'ont pas le niveau de crédits officiels requis pour entrer à l'université. Nous allons leur offrir un programme de perfectionnement qui leur permettra d'être prêts pour l'université en un an.

Le programme de l'année de transition est un programme d'accès à huit ou neuf facultés. Les étudiants peuvent suivre environ 25 filières pour arriver à l'université. Notre programme est différent des autres en ce sens que nos étudiants ne sont pas obligés d'avoir tous les cinq sujets d'immatriculation, mais je dois aussi souligner que nous avons modifié le programme.

Il ne s'agit pas d'un programme de remédiation, et ce n'est pas un moyen d'entrer à l'université à la sauvette. Nous plaçons la barre très haut. Cela signifie simplement qu'ils ont des lacunes dans un ou deux cours. La majorité de nos étudiants suivent des études en arts et monde autochtone, et s'ils ont des lacunes en langue, dans leur cours de Langue 30, ou s'ils optent pour les sciences, s'ils ont des lacunes en Math 30, nous leur offrons cette possibilité de suivre notre programme, et nous trouvons quelque chose d'adapter pour eux, ils suivent trois cours de premier cycle universitaire plus un cours que nous avons conçu et qui s'intitule Université 101, 102, qui est dispensé à la Faculté d'agriculture et de foresterie et donne deux crédits. C'est un cours d'autonomie fonctionnelle à l'université, dans lequel les étudiants apprennent à se débrouiller à l'université. C'est un cours qui inclut toutes sortes de choses, l'écriture, la lecture, la gestion du temps et les budgets.

Au deuxième trimestre, nous faisons beaucoup de planification de programmes, de sorte que quand les étudiants nous quittent en avril, leurs quatre ou cinq années suivantes sont déjà planifiées. Notre objectif est d'amener ces étudiants à l'université et de faire en sorte qu'ils y restent.

Nous travaillons aussi avec deux autres organisations de la ville à un projet intitulé le «Carrington House», et c'est là que notre programme de perfectionnement sera dispensé. Nous travaillons aussi avec le Club garçons et filles et d'autres organisations. Nous avons organisé un programme de logement avec 40 habitations où nos étudiants peuvent séjourner, y compris sept logements pour des mères célibataires avec enfants.

Nous avons élaboré un programme d'aide aux instructeurs. Tous nos étudiants doivent suivre des séances de tutorat en même temps que leurs cours, et ils sont accompagnés en classe par un assistant avec lequel ils ont une heure de récitation après la classe, et ils ont aussi des périodes de rencontre sans rendez-vous. Nous avons un programme très complet de tutorat.

M. Cardinal: L'université ne finance pas notre programme de services. Nous recevons environ 25 000 $ pour organiser tout ce que nous avons. Nous avons financé quatre postes, et pour les autres nous nous sommes servis de nos fonds de dotation et d'autres formes d'autofinancement. Notre organisation est en grande partie autofinancée.

Cette année, l'Université de l'Alberta réduit son budget de 2,2 p. 100, donc on va regrouper des programmes et des services. Toutefois, nous ne sommes pas visés parce que nous n'avons rien à fusionner et rien à réduire. Nous travaillons avec divers organismes de la communauté, et c'est de là que nous tirons nos fonds.

Il y a des frais de 1 000 $ pour le programme de l'année de transition. Nous ne sommes pas d'accord avec cela, mais c'est nécessaire pour survivre. Ou c'est cela, ou il n'y a pas de programme. C'est grâce à cet argent que nous recrutons un adjoint administratif pour aider Brenda et que nous préservons le programme IA. Chaque année, nous devons partir à la recherche de financement pour l'année suivante. Nous n'avons pas de base permanente de financement, alors que l'École d'études autochtones a un système de frais de scolarité pour couvrir ses frais; nous n'avons pas ce luxe.

Nous avons fait beaucoup de travail pour répondre aux besoins de la communauté. Il y a un vaste mouvement en faveur de l'éducation et il semble qu'il y ait une volonté politique, mais nous avons besoin d'aide pour la transition et d'aide pour les étudiants.

Nos études ont montré que, plus nous donnons d'aide financière aux services de soutien comme les services de tutorat et les instructeurs, plus le niveau de réussite est élevé. Toutefois, quand la situation est critique, ce sont souvent ces services de soutien qui disparaissent les premières. À ce moment-là, le taux de réussite redescend.

Nous avons enregistré plusieurs records ces trois dernières années. L'an dernier, le nombre de demandes ou d'inscriptions est passé à 550, dont 225 ont été acceptées. C'était notre plus gros effectif de nouveaux étudiants. L'an dernier, nous avons mené au diplôme 152 étudiants autochtones, et c'était là aussi notre chiffre le plus élevé. Nous constatons donc que les besoins augmentent et nous avons besoin de pouvoir travailler en collaboration avec nos partenaires.

Il faudrait mettre sur pied une stratégie et un protocole de communication sous forme de cercles de discussion avec tous les paliers de gouvernement, les communautés autochtones et les établissements d'enseignement. Nous n'avons pas besoin d'élaborer des politiques, elles existent déjà. La volonté politique est là, mais elle ne parvient pas jusqu'aux gens qui en ont besoin, qui peuvent s'en servir et jusqu'aux jeunes qui pourraient en profiter. Je crois qu'une bonne coordination du travail dans cette direction par le biais d'un protocole sera utile à tous.

Le sénateur Carney: Je constate que dans l'ensemble, les programmes qui réussissent le mieux sont ceux qui ne sont pas financés.

Tous les témoins ont parlé de l'absence de corrélation entre le financement et le succès. Il faudrait vraiment rectifier ce problème.

Pourquoi dépense-t-on autant d'argent alors que les gens organisent des programmes qui donnent d'excellents résultats avec très peu ou pas de financement du tout?

On nous a cité toutes sortes de programmes qui fonctionnent parfaitement, dont un dispensé pendant l'heure du repas, dont on nous a parlé à Vancouver. Je ne comprends pas. Manifestement, il y a un rapport quelconque entre le manque d'argent et la réussite, et j'ai l'impression que nous devrions regarder ça de plus près.

Avez-vous des étudiants à vos conseils consultatifs en éducation?

Mme Leask: Oui, nous en avons deux de deux écoles secondaires, l'une étant Amiskwaciy.

Le sénateur Carney: L'année de transition, c'est la première année d'université?

Mme Jones-Smith: Oui.

Le sénateur Carney: Pourriez-vous m'en parler un peu plus? Qui paie les frais de 1 000 $?

Mme Jones-Smith: C'est l'étudiant, avec l'argent de la bande ou du conseil de financement des étudiants.

Le sénateur Carney: Pourquoi ne vous finance-t-on pas? Il y a toutes sortes de services aux étudiants qui sont financés. Alors, monsieur Cardinal, pourquoi ne finance-t-on pas votre travail puisque vous produisez des étudiants?

M. Cardinal: C'est une bonne question que je pose chaque année à nos supérieurs. Je pense qu'il y a des préjugés au niveau de l'université sur le financement de programmes à vocation autochtone. Je pense que c'est en grande partie une question de sensibilisation aux Autochtones.

Je ne sais pas. Je n'ai vraiment pas la réponse. Je pense que le président et le vice-président de l'Université de l'Alberta pourraient peut-être vous répondre.

Le sénateur Carney: Si vous amenez 152 étudiants autochtones au diplôme cette année, il doit bien y avoir un rapport entre cela et les services de soutien aux Autochtones. J'aimerais vraiment avoir la réponse même s'il faut leur écrire pour cela.

Madame Jones-Smith, je ne comprends pas l'information que vous avez donnée au sujet des étudiants qui n'ont pas le niveau d'immatriculation. Ils ne rattrapent jamais ce niveau, ou est-ce que c'est un programme spécialement conçu? C'est une formule de rattrapage?

Mme Jones-Smith: Pour être admis en Faculté des arts, il faut avoir cinq cours d'immatriculation. Anglais 30, Études sociales 30, Math ou Français 30 et ensuite Biologie et une autre science 30. Dans la plupart de nos communautés, les étudiants n'obtiennent leur Math 30. Certains obtiennent l'Anglais 30. Ils n'obtiennent pas le cours de Langue 30, ou alors c'est Cri 30, mais Alberta Learning ne reconnaît pas ce cours comme un cours de niveau 30. Donc ils arrivent chez nous avec essentiellement anglais et sciences sociales.

Le sénateur Carney: Pourquoi le système produit-il des étudiants en anglais et en sciences sociales?

Mme Jones-Smith: C'est une autre bonne question. Parfois, j'ai l'impression d'être leur dernier espoir, alors je les convoque et nous trouvons la meilleure voie possible pour eux.

J'en suis à ma septième promotion de diplômés cette année. J'en ai vu beaucoup arriver avec des lacunes. Il y a une rationalisation qui s'effectue très tôt dans le système scolaire. Cela m'est arrivé en 7e année. J'avais de très bons résultats en math, et puis je suis arrivée au premier cycle du secondaire et tout d'un coup je me suis trouvée en classe de math de rattrapage.

Le sénateur Carney: Il y a donc une présélection avant l'université?

M. Cardinal: Oui. Nous avons eu un problème avec certaines des écoles septentrionales qui alimentent notre université, et nous avons discuté de cette question avec les conseillers aux étudiants.

Le sénateur Carney: Est-ce que parce qu'ils pensent que les étudiants autochtones ne poursuivent pas d'études postsecondaires?

Mme Jones-Smith: Ils vont à l'Institut de technologie du nord de l'Alberta ou ailleurs. Quand ils arrivent chez nous, il faut que je leur trouve une autre voie. Cela veut dire qu'ils doivent combler leurs lacunes pour arriver à l'université.

Le sénateur Carney: Comment faites-vous? Comment leur donnez-vous une année supplémentaire?

Mme Jones-Smith: Eh bien, cette année, nous leur faisons suivre notre programme de perfectionnement, mais avant, je les faisais passer par Concordia, NorQuest ou un autre collège communautaire de perfectionnement.

L'an dernier, j'ai eu un étudiant qui avait sept cours de niveau 31. Il était à deux points en dessous de la moyenne pour être admis. Il avait 74 p. 100 et il fallait 76 p. 100. Cette année, la nouvelle moyenne est de 80 p. 100.

Le sénateur Carney: C'est le niveau d'admission?

Mme Jones-Smith: Chez nous, si on les renvoie et qu'on ne les laisse pas entrer, ils ne reviendront jamais. Alors, nous lui avons fait suivre notre programme, alors qu'il n'en avait pas besoin.

Le sénateur Carney: Vous allez trop vite. Vous avez dit: «Chez nous, si on les renvoie, ils ne reviendront jamais».

Mme Jones-Smith: Je les admets dans mon programme. Il avait une moyenne de 74 p. 100 en sciences et sept sujets de niveau 30, et je l'ai admis. Il n'avait pas besoin de suivre notre programme. Il a des 8 et des 9 partout. Il est prêt à entrer en génie. Il est parfaitement prêt, mais c'était le genre d'étudiant qui n'aurait pas essayé une deuxième fois d'entrer à l'université et qui aurait probablement suivi un cours préparatoire aux études techniques ou aux études en génie au NAIT.

Le sénateur Carney: Autrement dit, vous êtes un canal qui leur permet de se perfectionner pour arriver au niveau d'immatriculation. Est-ce que vous n'avez pas donné un diplôme à des dentistes non qualifiés?

Mme Jones-Smith: Non. Ils n'entreront pas en faculté tant qu'ils n'auront pas les sujets exigés par contrat par la faculté.

Le sénateur Carney: Vous donnez aux étudiants le perfectionnement nécessaire pour qu'ils aient le niveau d'entrée en faculté?

Mme Jones-Smith: Oui.

Le sénateur Carney: C'est ce que je voulais bien préciser.

Mme Jones-Smith: Nous ne ferions pas cela. Ce ne serait pas juste pour l'université ou pour les étudiants eux-mêmes.

Le sénateur Carney: Est-ce que les étudiants réagissent bien?

Mme Jones-Smith: Oui.

Le sénateur Carney: Y a-t-il un rapport direct entre l'augmentation du nombre des étudiants et l'augmentation du nombre d'admissions dans votre établissement?

Mme Jones-Smith: Disons qu'environ les deux tiers des diplômés de l'an dernier venant du programme de l'année de transition.

Le sénateur Carney: C'est merveilleux.

Le sénateur Pearson: Madame Leask, j'admire l'ouverture de votre démarche. Vous accueillez des étudiants d'autres cultures?

Mme Leask: Oui.

Le sénateur Pearson: Nous pensions que vous pourriez partager avec d'autres vos pratiques exemplaires.

Avez-vous beaucoup d'étudiants chinois? Est-ce qu'il y a des problèmes?

Je ne sais pas trop comment vous poser cette question. Est-ce qu'il y a un problème quand on accomplit certains efforts qui sont parfaitement superflus et qu'il y a d'autres communautés qui ont des difficultés et qui n'ont pas le même genre d'écoles spéciales, ou est-ce que cela ne pose pas de problème?

Mme Leask: À Edmonton, nous avons une très grande diversité culturelle. Quand je travaille avec des enseignants ou d'autres gens de l'arrondissement, je leur répète sans cesse qu'il ne faut pas considérer les Autochtones comme une minorité ethnique. Les minorités ethniques sont un complément merveilleux pour notre communauté, mais ce sont des gens qui ont choisi de venir s'installer au Canada. Nous sommes des Premières nations, ce pays a toujours été notre pays, et nous ne sommes donc pas une minorité ethnique.

Je n'ai pas constaté de mécontentement chez d'autres groupes culturels à cause de l'insistance qu'on met sur l'éducation autochtone dans l'enseignement public à Edmonton. Quand je suis arrivée dans cet arrondissement en 1998, et avant cela j'avais fait de l'enseignement aux adultes pendant 21 ans, je pense qu'il y a eu au départ une certaine crainte que d'autres groupes soient mécontents. Mais l'arrondissement a tenu bon.

Le sénateur Pearson: C'est une excellente nouvelle. C'est utile. Nous vous posons certaines de ces questions parce que nous tenons à ce que certaines choses soient bien consignées officiellement, et non parce que nous ne pensions pas que les choses se passaient ainsi. C'est la véritable raison pour laquelle nous vous posons la question.

Je suis bien d'accord, les peuples autochtones ne sont pas une minorité ethnique ou culturelle.

Avez-vous un conseil francophone ici, ou comment les choses fonctionnent-elles à Edmonton? Je sais que vous avez des écoles françaises.

Mme Leask: Nous avons des programmes bilingues en 11 langues environ. Il y en a en français, en ukrainien, en mandarin, en arabe, en hébreux, en espagnol, en allemand, et je sais que j'en oublie quelques autres, mais nous avons pas mal de programmes bilingues.

Le sénateur Pearson: Je ne pensais pas aux programmes bilingues. Je vous parlais de programmes en français.

Mme Leask: Si notre directeur des programmes était là ce matin, il pourrait vous répondre beaucoup mieux que moi. Il s'est battu pour obtenir une aide fédérale pour améliorer le programme en français dans les écoles publiques d'Edmonton.

Le sénateur Pearson: Y a-t-il des Francophones parmi vos étudiants autochtones?

Mme Leask: Cela se pourrait.

Le sénateur Pearson: Comment se passe l'enseignement pour eux?

Mme Leask: Je ne peux pas vous donner de réponse précise à cette question, mais je pense qu'il y a des enfants autochtones en programmes d'immersion en français.

Le sénateur Pearson: Je ne vous parle pas d'immersion. Je vous parle du français, des écoles en français imposées par la Constitution. Je crois qu'il est important de reconnaître leurs besoins aussi, et j'aimerais savoir si l'on tend la main à ces étudiants.

Nous avons environ 208 écoles dans notre arrondissement, et mes services de liaison aident régulièrement environ 70 de ces écoles en fonction des besoins. Donc, ils sont en contact avec des milliers d'enfants chaque année. Évidemment, quand ils font un exposé dans une classe, ils ne s'adressent pas simplement aux enfants autochtones, ils touchent aussi les non-Autochtones et éventuellement aussi l'enseignant non autochtone.

Le sénateur Pearson: Vous disiez que quelqu'un d'autre aurait peut-être pu dire combien de Francophones il y avait chez les Autochtones.

Mme Leask: Oui, notre directeur des programmes.

Le sénateur Pearson: Peut-être pourrions-nous envoyer une demande de suivi, car je crois que c'est une question importante puisqu'il y a une composante française en Alberta.

Mme Leask: Nous avons de plus en plus des parents autochtones qui demandent que leurs enfants puissent plus facilement avoir un enseignement en cri. En fait, un parent autochtone m'a téléphoné cette année, et c'était le premier appel de cette nature que j'ai reçu. Nous avons un programme dans l'enseignement public à Edmonton pour les enfants très brillants qui s'intitule «Academic Challenge». Un parent autochtone m'a téléphoné pour savoir pourquoi le cri ne figurait pas dans Academic Challenge. J'ai crié hourra intérieurement quand il m'a posé cette question. Les parents autochtones demandent de plus en plus que le cri soit accessible dans nos écoles, et nous essayons d'étendre cet enseignement dans l'arrondissement.

Le sénateur Pearson: Monsieur Cardinal, savez-vous s'il y a des élèves autochtones qui viennent d'un milieu francophone?

M. Cardinal: Eh bien, je vais renvoyer la question à Brenda. Globalement, oui, et nous avons répondu à ce besoin.

Mme Jones-Smith: Je crois qu'il y a 21 étudiants autochtones à la Faculté Saint-Jean. Le programme de l'année de transition permet aux étudiants qui le veulent d'étudier en français, donc ils peuvent effectuer leur année de transition à la Faculté Saint-Jean.

Le sénateur Pearson: C'est une excellente nouvelle. J'espère que vous pourrez profiter du nouveau financement annoncé il y a une quinzaine de jours quand vous aurez besoin de fonds supplémentaires.

M. Cardinal: Le problème avec la question du financement des services de soutien aux étudiants, c'est que nous ne sommes pas un service universitaire et que nous avons donc du mal à demander à bénéficier de ces fonds. Souvent, les facultés et les autres départements font la demande, mais ils le font sans consulter ou sans faire participer les Autochtones. C'est pour cela nous demandons toujours un dialogue, parce que nous pouvons aider, nous pouvons renforcer et légitimer leurs demandes de financement de ce genre.

Le sénateur Pearson: C'est intéressant. Merci.

Le sénateur Carney: Je ne plaisantais pas quand je disais que certains des meilleurs programmes n'étaient pas financés. Je pensais au programme de M. Bates à Vancouver, et aussi à l'intervention de la bande hier soir. Toutefois, il y en a qui sont financés. Le programme de Donna Leask est tout à fait novateur et il bénéficie d'un financement.

Naturellement, si vous êtes à l'avant-garde, personne ne veut vous financer parce que les gens veulent savoir ce qui se passe. Comment les gens qui innovent peuvent-ils obtenir un financement?

Mme Leask: C'est compliqué, parce que nous avons un certain financement, mais en même temps, nous sommes sous-financés. Le système public d'Edmonton, comme les autres systèmes scolaires de l'Alberta qui ont une importante composante autochtone, reçoivent les subventions pour l'éducation destinées aux Premières nations, aux Métis et aux Inuits. Ces subventions sont proportionnelles à la population, mais la formule prévoit un plafond de 2 000 étudiants. Or, il y a trois fois plus d'étudiants autochtones dans le système public d'Edmonton. Nous estimons donc que nous sommes nettement sous-financés sur ce plan. Le système public d'Edmonton a délibérément choisi de soutenir l'enseignement autochtone.

Le sénateur Carney: À Vancouver, il y avait une fonctionnaire des ressources humaines dans le public dont le travail consistait à écouter les gens qui comparaissaient à notre comité et à essayer d'intégrer tous ces programmes en les rationalisant. Donc, on fait de toute évidence un effet en ce sens. Est-ce que vous voulez dire que nous devrions dire au gouvernement de se pencher sur ces obstacles structurels internes pour les éliminer?

Mme Leask: Disons pour être moins brutale qu'il serait souhaitable qu'il y ait plus de coopération intergouvernementale à plusieurs paliers.

Le sénateur Carney: Vous être très diplomate.

Mme Leask: En effet.

Le sénateur Carney: Ils vont simplement organiser d'autres conférences sur les limites de la coopération intergouvernementale. Il y a-t-il un problème parce que les programmes conçus au palier institutionnel ne reflète pas les besoins réels? Que cela représente bien la réalité? On ne peut pas enregistrer le hochement de tête au compte rendu. Vous devez répondre quelque chose. Nous avons tellement de gens qui nous disent: «Nous avons tel budget».

M. Cardinal: C'est exactement ce que je veux dire. Sur le papier, il y a une volonté politique, mais cet esprit et cette volonté sont coupés des programmes et de la créativité de programmes comme le nôtre.

Le sénateur Carney: Alors, que pouvons-nous faire? Il s'agit de centaines de millions de dollars. À Vancouver, on nous a parlé d'un programme extraordinaire pour lequel il suffisait 15 000 $ ou 20 000 $. Ce ne sont pas des montants énormes. Quel est votre budget d'ensemble, monsieur Cardinal?

M. Cardinal: Notre budget global est de près de 600 000 $, dont 245 000 $ provenant de l'université. Cela inclut les postes. Donc, plus de la moitié de ce que nous obtenons doit venir d'ailleurs. Cela veut dire que nous sommes obligés de chercher un peu partout des fonds de dotation qui nous servent de levier. Une bonne partie de notre travail consiste à utiliser cet effet multiplicateur. C'est un mal nécessaire.

Le sénateur Carney: Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Quelquefois, c'est une bonne chose de pouvoir faire cela. Je me demande comment nous pourrions donner plus de souplesse au système pour que les divers dispositifs de financement soient plus souples. Est-ce que quelqu'un essaie de modifier la formule qui limite le nombre d'étudiants à 2 000? Est-ce que vous envoyez des lettres?

Mme Leask: Oui.

Le sénateur Carney: Bon. Nous allons en envoyer aussi.

Mme Leask: Nous travaillons beaucoup avec diverses organisations communautaires, des organismes autochtones en particulier, que nous accueillons dans nos écoles pour offrir divers soutiens des services. Cela se fait de plus en plus et je pense que c'est la bonne façon d'agir. Je pense qu'il faut que les éducateurs comprennent que nous ne pouvons pas tout faire tout seuls. Nous devons travailler avec l'ensemble de la communauté.

Le sénateur Carney: Quand vous dites «nous», vous voulez dire que les Autochtones ne peuvent pas tout faire.

Mme Leask: Non. Je veux dire que les systèmes scolaires ne peuvent pas tout faire eux-mêmes, quel que soit le groupe d'enfants avec lequel nous travaillons. Donc nous collaborons avec divers organismes autochtones dans notre arrondissement.

Le sénateur Carney: Je pense que vous faites un travail merveilleux et si nous pouvons vous aider de quelque façon que ce soit, vous savez comment trouver notre présidente.

Mme Leask: Oui.

Le sénateur Carney: Notre plan d'action dont elle est l'initiatrice et le moteur vise à identifier les barrières et à trouver des formules pour y faire face parce qu'il y a beaucoup d'argent disponible. Les gens disent qu'il n'y a pas d'argent, mais en fait il y en a beaucoup et la question est de savoir si on l'utilise pour des pratiques exemplaires, si on l'utilise de la meilleure façon possible.

Je suis vraiment impressionnée par les progrès qu'on accomplit ici en Alberta et les niveaux de maintien des effectifs scolaires, de diplômation et la sensibilisation générale au programme. Je n'ai pas eu la même impression en Colombie- Britannique. Ce que je vois faire ici, c'est vraiment une révélation pour moi. Je vous félicite tous. Si vous avez d'autres idées, faites-les-nous connaître.

La présidente: Eh bien, j'aimerais vous remercier infiniment tous les trois. Vous nous avez beaucoup ouvert les yeux, notamment sur les questions concernant les programmes universitaires et les étudiants. C'est important. C'est dommage que nos voix ne soient pas plus entendues. Nous allons parler haut et fort.

La séance est levée.


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