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Délibérations du comité sénatorial permanent des
Peuples autochtones

Fascicule 6 - Témoignages du 18 février 2003


OTTAWA, le mardi 18 février 2003

Le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones s'est réuni à 9 h 05 aujourd'hui pour étudier des questions qui touchent les jeunes Autochtones des régions urbaines du Canada et pour étudier en particulier l'accessibilité, l'éventail et la passation de services; les problèmes liés aux politiques et aux compétences; l'emploi et l'éducation; l'accès aux débouchés économiques; la participation et l'autonomisation des jeunes; et d'autres questions connexes.

[Traduction]

Le sénateur Thelma J. Chalifoux (présidente) occupe le fauteuil.

La présidente: Nous poursuivons notre examen des questions qui touchent les jeunes Autochtones des régions urbaines et nous discutons des plans d'action pour permettre d'améliorer la situation. Pour nous, la notion de jeunes Autochtones s'étend à l'ensemble de la famille. Nous avons donc une vision globale des problèmes et des défis qui se posent aux Autochtones des régions urbaines.

Nous souhaitons la bienvenue à nos témoins de ce matin qui vont nous parler des problèmes de santé chez les jeunes Autochtones des régions urbaines, dont certains peuvent être considérés comme des épidémies.

Nous allons d'abord entendre l'organisation Native Child and Family Services.

M. Ken Richard, directeur exécutif, Native Child and Family Services: Loin de moi l'idée de vouloir vous bouleverser, mais j'aimerais dire quelque chose en mémoire d'un jeune Autochtone avec lequel notre organisation avait travaillé. Je vous parle d'un jeune Autochtone de 22 ans qui avait été retiré d'une famille du nord de l'Ontario et adopté dans le sud de l'Ontario. Ce jeune s'était retrouvé dans la rue à 12 ans, comme beaucoup de ses congénères, et a été tué dans les rues d'Ottawa. Il a été arrosé de vin de cuisson et brûlé grièvement. Il est mort à l'hôpital quelques jours plus tard, à quelques pas de cette magnifique salle. Vous comprenez pourquoi cette question nous tient énormément à cœur.

Je voudrais vous parler de l'organisation que je dirige et vous expliquer ce qui marche lorsque l'on fait affaire avec des jeunes Autochtones de la rue. Ces jeunes nous arrivent à Toronto de partout en Amérique du Nord. Toutefois, bon nombre d'entre eux proviennent des Prairies et du nord de l'Ontario. Ils arrivent souvent à Toronto parce qu'ils y ont été placés par des travailleurs sociaux pleins de bonnes intentions, par les services d'adoption et par les services de placement en foyer d'accueil. Or, une bonne partie de ces placements sont durs pour ces jeunes, et plusieurs d'entre eux ne tiennent pas le coup. Ils se retrouvent donc dans la rue, et les rues torontoises sont particulièrement brutales.

Il y a déjà un certain temps que notre organisation a ouvert une halte-accueil qui, de l'initiative modeste qu'elle était, a réussi à se transformer en un programme imposant viable et multidisciplinaire, grâce à l'aide de Développement des ressources humaines Canada.

J'aimerais expliquer aux membres du comité ce qui à notre avis réussit lorsqu'on travaille avec les jeunes Autochtones de la rue, après quoi, je vous décrirai les programmes.

Nous avons appris qu'il faut des années pour qu'un programme soit réellement efficace auprès des jeunes Autochtones de la rue. Nos bâilleurs de fonds doivent comprendre que ces jeunes sont très traumatisés. Robert était justement un de ces nombreux jeunes qui ont besoin qu'on s'occupe d'eux à long terme. Les projets ponctuels qui durent à peine deux ans, ou même moins de cinq ans, sont de l'argent jeté par la fenêtre. Il faut comprendre que plus la durée de vie d'un projet est brève, et moins il peut être efficace.

Nous avons également constaté que les services doivent être offerts par du personnel autochtone dans une agence autochtone accessible. Un des problèmes qui semble affecter de façon généralisée les enfants des rues, c'est l'absence de service pouvant renforcer l'identité indienne de façon positive. Beaucoup de ces jeunes, et c'était le cas de Robert, sont confus et assaillis de conflits devant leur identité autochtone. Cela ne veut pas dire pour autant que tous les prestataires de services non autochtones devraient être exclus, car il y a de la place pour tout le monde. Toutefois, tous les programmes destinés aux jeunes Autochtones de la rue doivent refléter un visage autochtone. De plus, ces enfants des rues charrient avec eux tout un ensemble complexe de problèmes et de besoins interreliés, et c'est pourquoi il faut que les services soient offerts de façon holistique.

Nous devons considérer ces enfants comme des êtres humains sur le plan physique, culturel, émotif et spirituel et nos programmes doivent reconnaître ces multiples facettes. Sachez aussi que ces jeunes ont besoin d'une demeure stable. Il y a quelque temps, grâce à du financement du gouvernement fédéral, nous avons demandé à des enfants des rues d'organiser une conférence et de nous dire ce dont ils avaient besoin. Or, ils nous ont dit en premier lieu qu'il leur fallait une demeure stable, qu'ils rejetaient les refuges et n'y allaient pas parce qu'ils ne les aimaient pas. Ils nous demandaient de mettre sur pied des services de logement, ce qui était tout un défi pour notre organisme. Mais encore une fois, grâce à DRHC, nous sommes à mettre sur pied deux foyers de transition pour les jeunes qui pourront y passer de douze à dix-huit mois en vue de se prendre en main avant de se lancer dans la vie.

Ce qui nous inquiète, c'est que le système des refuge rejette toute l'attention sur les itinérants. Or, si tout ce que l'on a à offrir aux Autochtones, ce sont des places dans des refuges, on risque de créer une population permanente d'Autochtones itinérants. C'est d'ailleurs ce qui se produit déjà dans une certaine mesure à Toronto.

Les jeune autochtones doivent également régler les problèmes qui les ont poussés au départ à vivre dans la rue. Or, il arrive souvent que ces problèmes soient complexes et remontent à l'enfance, que ces jeunes aient vécu avec leurs parents ou dans des institutions. Voilà pourquoi il faut offrir des programmes de guérison autochtones qui visent à guérir les blessures du passé. Pour y parvenir, il faut beaucoup de temps.

Les activités cérémoniales qui y sont associées font beaucoup pour renforcer de façon positive l'identité autochtone. Mais plus encore, nous devons aborder de front certains des problèmes fondamentaux qui handicapent ces jeunes. Nous avons recours à une méthode contemporaine de même qu'à une méthode autochtone traditionnelle lorsque nous aidons ces jeunes, mais cela prend du temps.

La culture autochtone offre des possibilités de croissance et de développement, si l'on fait appel aux aînés et au mode de vie traditionnel. Notre groupe de tambours, le Red Spirit Drum, qui comprend des membres de notre personnel et des enfants des rues, en une bonne illustration, car il attire les jeunes vers un mode de vie typique des Autochtones qui renforce leur identité et fait toute la différence au monde dans la façon dont les jeunes se perçoivent et le monde qui les entoure. Il s'agit de jeunes qui ont intériorisé beaucoup de racisme et qui acceptent mal leur aboriginalité; souvent, ils changeront de prénom et deviendront Chico ou n'importe quel autre personnage des gangs de Los Angeles ou de la culture hip hop avec qui ils veulent s'identifier. C'est un phénomène très fréquent.

Or, dès que l'on expose des jeunes à un programme culturel autochtone et qu'on les met en communication avec des aînés, on voit rapidement des changements survenir. Ils commencent par remonter leurs pantalons, puis à s'enorgueillir petit à petit d'être Autochtones, plutôt que d'imiter les gangs Los Angeles.

Il faut aux enfants des rues autochtones un point d'attache central qu'ils peuvent s'approprier. C'est très important, car c'est là qu'ils pourront commencer cette longue démarche qui leur fera choisir leur vie. De bonnes relations entre un employé autochtone plein de compassion et un enfant des rues peuvent faire toute la différence entre la vie et la mort. Robert fonctionnait bien à Toronto, mais il a perdu pied à Ottawa. Vous comprenez tous à quel point il est important d'établir des liens avec les jeunes, et c'est particulièrement critique pour les jeunes de la rue.

Pour terminer, il faut comprendre que, comme nous l'avons appris, les enfants des rues autochtones ont les mêmes aspirations que tous les autres jeunes. On doit leur donner l'occasion de développer des compétences qui soient tangibles, monnayables et compétitives. Il est essentiel de les instruire et de les former, et ces deux éléments doivent faire partie intégrante de tous les programmes qui leur sont offerts, conjointement avec le logement. Il arrive trop souvent que nous ne leur offrons que du counselling, un bol de soupe et des solutions symboliques. Il faut apprendre à investir à long terme dans ces jeunes, et c'est ce que fait notre organisation. J'ajoute qu'on nous aide à le faire, et nous en sommes reconnaissants.

La présidente: Merci beaucoup. Monsieur Richard, j'espère que, plus tard vous pourrez nous en dire plus.

M. Randy Jackson, Programme de coordination des personnes autochtones vivant avec le VIH/sida, Réseau canadien autochtone du sida: Merci de m'avoir invité aujourd'hui.

Chaque jour au Canada, un Autochtone de plus devient infecté au VIH. Bien que les Autochtones ne représentent que 4,4 p. 100 de la population canadienne, ils représentent tout de même 21 p. 100 de toutes les nouvelles infections au VIH chaque année. Et ce nombre ne cesse de croître.

Plus souvent qu'autrement, l'infection au VIH frappe les Autochtones plus jeunes que les non-autochtones, et plus de la moitié des personnes infectées sont des femmes, alors que leur proportion n'atteint que le quart dans la population non-autochtone. Cette proportion plus élevée illustre le fait qu'un des facteurs de risque, c'est l'utilisation de drogues par injection; enfin, un quart de ceux qui sont infectés sont des hétérosexuels.

Ces chiffres rappellent beaucoup plus les épidémies au VIH des pays du tiers monde et en voie de développement — là où une personne sur quatre est HINDI positive — qu'ils ne nous rappellent les chiffres concernant les populations non-autochtones dans les régions du monde occidental industrialisé. Ce qui est encore plus effrayant, c'est qu'étant donné les différentes façons de signaler les cas d'une province à l'autre et d'un territoire à l'autre, l'information au sujet des infections chez les Autochtones n'est pas toujours colligée. Par conséquent, les chiffres que je viens de vous citer sont certainement plus élevés qu'ils ne paraissent dans les rapports et les études épidémiologiques. Ce manque d'information donne donc une image désordonnée de la véritable épidémie et rend extrêmement difficile la prévention, la planification et l'intervention chez les Autochtones vivant avec le VIH et qui risquent d'être infectés.

Chez les jeunes Autochtones, il existe de plus un certain nombre de facteurs qui convergent et en font des jeunes très susceptibles d'attraper la maladie. Aujourd'hui, un grand nombre de jeunes Autochtones vivent dans un monde caractérisé par la violence, la pauvreté et le racisme, ce qui peut les mener directement à la rue et à l'infection au VIH. Lors d'une étude menée récemment à Vancouver et portant sur 232 jeunes qui s'injectaient de la drogue, on a démontré qu'environ 25 p. 100 d'entre eux étaient des Autochtones et qu'il y avait de fortes chances qu'ils s'adonnent plus que les autres à des activités sexuelles de survie, c'est-à-dire que ces activités leur servaient de monnaie d'échange pour obtenir des aliments, un abri, des drogues, etc. Lors de ces activités, l'utilisation du condom était en chute libre, et les réseaux sociaux étaient souvent caractérisés par des iniquités dans les rapports de force. En outre, un grand nombre d'entre eux avaient déjà été victimes d'abus sexuels au cours de leur vie.

Qu'arrive-t-il aux jeunes Autochtones une fois qu'ils sont infectés au VIH? D'après la recherche, les individus peuvent réagir de bien différentes façons. Il faut cependant noter que les études actuelles qui s'intéressent aux jeunes Autochtones du Canada vivant avec le VIH sont limitées. Mais étant donné que les preuves empiriques montrent des similitudes entre nos jeunes et les jeunes Autochtones vivant aux États-Unis, nous utilisons une étude provenant des États-Unis qui démontre que, lorsqu'ils découvrent qu'ils sont VIH positifs, les jeunes Autochtones optent souvent pour des comportements à risque excessif qui sont les mêmes que ceux qui les ont rendus infectés, tels que la prostitution, la toxicomanie et la vie dans la rue.

Vous comprenez aisément que ces stratégies d'adaptation entraînent encore plus la propagation de la maladie. En raison de l'homophobie qu'ils perçoivent, de la phobie du sida, du racisme ou de la discrimination au sein de leur propre collectivité ou dans les systèmes locaux de soins de santé, il arrive souvent que les jeunes Autochtones ne sachent pas qu'il existe des services pouvant les aider à faire face à leur nouvelle situation. Les collectivités rurales autochtones manquent souvent de services spécialisés en soins du VIH, ce qui force les jeunes Autochtones et les autres vivant avec l'infection au VIH à migrer vers les grands centres.

Chez les gens infectés au VIH, il existe un certain nombre de groupes de jeunes à risque élevé: ce sont les jeunes fugueurs et sans abri ou ceux qui relèvent de la protection de l'enfance, de même que les jeunes gais, bisexuels, lesbiens ou bi-spirituels, les jeunes victimes d'agressions sexuelles, notamment de viols, et les jeunes incarcérés. Ainsi, les jeunes bi-spirituels sont souvent considérés comme ayant un comportement malsain, pécheur ou déséquilibré. Dans certaines collectivités, on est carrément homophobe. Il y a très peu de services de soutien pour les hommes et femmes bi- spirituels des localités rurales, et même dans les zones urbaines, ces services sont rares. Il arrive souvent que, dans le régime de santé, la discrimination à l'égard du VIH se perpétue, à l'égard des Autochtones. Il arrive même que dans des villes et des petites localités, les médecins ne sont pas très renseignés sur l'infection au VIH. Trop souvent, les jeunes bi- spirituels n'ont personne vers qui se tourner et s'en remettent donc à la toxicomanie pour atténuer leur sentiment d'isolement, ce qui à son tour les expose à un plus grand risque d'infection au VIH.

Comment les services liés à l'éducation et à la prévention en matière de VIH peuvent-ils donner de bons résultats? Eh bien, M. Richard l'a expliqué de façon très éloquente. En deux mots, autonomiser les jeunes et les faire participer à des initiatives communautaires réussissent à freiner les comportements à risque, voire à les éliminer.

Dans une autre étude, on a démontré que lorsque des individus prennent part à une action collective, ils finissent par mieux comprendre les agents qui favorisent ou inhibent leur capacité à déployer les efforts nécessaires pour influer sur leur propre santé et celle de leurs collectivités.

En prenant part à ces programmes, ces individus apprennent et incorporent leurs connaissances à leur propre réalité. Autrement dit, comme nous le disons depuis longtemps dans le mouvement de lutte des Autochtones contre le sida, les programmes et les services desservant les peuples autochtones, et dans notre cas les jeunes Autochtones, peuvent être à l'origine de changements pour le mieux. Toutefois, nous avons besoin de ressources supplémentaires pour que nos services de santé et autre services de soutien soient accessibles aux jeunes Autochtones et fassent appel à eux; de plus, je parle spécialement de ceux qui vivent dans la rue, là où les soins de santé et l'information en matière de santé ne leur parvient peut-être pas.

La présidente: Merci beaucoup. C'est maintenant au tour de Mme Parisian.

Mme Delora Parisian, directrice exécutive, Centre de services aux familles autochtones: Je dirige actuellement le Centre de services aux familles autochtones de Regina, où nous offrons divers programmes. Notre effectif est d'environ 30 personnes, et nous nous desservons à quelque 200 à 300 familles et environ 400 enfants par année. C'est la première fois qu'un organisme de notre ville géré par des Autochtones a autant de succès dans le nombre de gens qu'il dessert.

Même s'il nous est arrivé de vouloir faire intervenir les médias de temps à autre, à cause des jeux politiques qui se jouaient, nous avons hésité à le faire. Nous avons voulu rester discrets et embaucher des gens pleins de compassion, fiables et qui sont des coéquipiers honnêtes capables de faire le travail. Nous ne sommes pas une organisation politique, mais plutôt communautaire, et nous avons constaté que cela faisait toute la différence au monde.

Cela fait presque 30 ans que j'œuvre dans le développement communautaire et auprès des organisations autochtones à but non lucratif et communautaire. À mes débuts, ce type d'organisme avait été créé pour répondre aux problèmes de notre communauté, lesquels qui incluaient déjà l'alcool, les drogues et différentes autres toxicomanies, des problèmes d'emploi et d'instruction, ainsi que de manque de connaissances élémentaires. Mais dans tous les cas, la difficulté sous- jacente venait de la nécessité de se guérir soi-même, d'acquérir une estime de soi et de retrouver son identité culturelle.

Pendant cette période, le gouvernement a lancé des programmes, des projets, créé des sociétés et des agences à but non lucratif pour pouvoir surmonter ces difficultés, mais je dois admettre, 30 ans plus tard, que je n'ai pas vu grands progrès. Malgré tout l'argent qui a été investi là-dedans depuis 30 ans, on n'a pas réussi suffisamment à battre en brèche ces problèmes, même si on est aujourd'hui beaucoup plus sensibles à ces problèmes que sont l'alcool, les drogues, de même que l'alcoolisme fœtal et ses effets. Les Autochtones sont de plus en plus instruits et beaucoup plus avisés en politique; toutefois, il y en a tout autant sinon plus — à cause de l'augmentation de la population, et même chez les Autochtones instruits ou employés — qui ont une façon malsaine d'aborder la vie, les relations familiales et les relations en général. Ils restent blessés à cause du passé, et les gens blessés en blessent d'autres, si instruits ou si avisés du point de vue politique qu'ils soient.

J'ai également donné pendant 12 ans des cours de préparation à la vie quotidienne, et j'y ai accumulé plus de 5 000 heures de formation en groupe. Aujourd'hui, nos gens continuent à avoir énormément besoin de cette préparation, surtout nos jeunes. Ceux qui s'inscrivent à notre programme de base ont beaucoup de mal à le terminer, parce qu'ils ne se seront pas guéris eux-mêmes, qu'ils n'ont aucune orientation dans la vie ni de système de valeurs. À cause des pensionnats, de la dépendance à l'égard de l'aide sociale et de la toxicomanie se transmettant d'une génération à l'autre et à cause de notre dépendance à l'égard des familles d'accueil, la plupart des enfants et des jeunes Autochtones n'ont jamais connu de structure familiale positive. Ils manquent de motivation, d'engagement et d'espoir que la vie s'embellira pour eux et pour leurs enfants.

La vie dans les réserves n'a pas beaucoup aidé les peuples des Premières nations. En effet, dans la plupart d'entre elles, on constate un chômage généralisé, la toxicomanie, la dysfonction familiale ainsi qu'un manque total d'instruction et de possibilités de guérison. D'après des rapports, près de la moitié des bandes des Premières nations sont incapables de gérer leurs propres ressources financières, et la pauvreté y est tout aussi élevée qu'il y a 30 ans.

Les réserves forment leurs propres habitants, mais ne les embauchent pas, pour des considérations politiques, de népotisme ou de pénurie d'emplois.

Nous avons perdu notre culture au cours du dernier siècle, de même que les valeurs traditionnelles que nous avaient données autrefois une communauté et des familles fortes et fécondes. Les parents que nous sommes constatent que nos enfants et nos jeunes connaissent un taux de suicide parmi les plus élevés de même que l'exploitation sexuelle et des abus sexuels éhontés. Nos enfants se retrouvent dans un système de placement en familles d'accueil qui ne leur fait aucun bien. Nous connaissons un taux de meurtres, d'effondrement familial, de toxicomanie, de pauvreté parmi les plus élevés, de même que d'autres problèmes dénotant un style de vie malsain. Les parents qui sont eux-mêmes en mauvaise posture ne peuvent transmettre à leurs enfants des valeurs saines. Par conséquent, ces jeunes vivent à ce point dans la négativité qu'ils entrevoient le suicide comme une solution acceptable. Ils n'ont aucun respect pour eux-mêmes, et par conséquent aucun respect pour les autres, ce qui les amène à commettre des vols de voitures ou des actes violents contre leurs pairs, notamment le meurtre. Ils forment des bandes ou se joignent à des groupes de culture hip hop de style gangster pour avoir le sentiment d'appartenir à une famille. Ils ont des relations excellentes très jeunes et s'adonnent au commerce sexuel, non seulement parce qu'ils ne se respectent pas eux-mêmes, mais aussi parce que leurs parents, qui ne sont pas guéris eux-mêmes, les ont envoyés dans la rue pour gagner de l'argent en vue d'alimenter leur toxicomanie, de se nourrir et de se vêtir.

J'ai également vu de nombreuses organisations autochtones de nos collectivités fermer leurs portes à cause d'ingérence politique. J'ai constaté que des millions de dollars avaient été dépensés à mauvais escient ou recouvrés par le gouvernement en raison de la mauvaise gestion des Autochtones; et pourtant, le gouvernement continue à s'associer aux mêmes individus. Moi-même, je connais des gens qui ont été déjà condamnés pour des crimes qui continuent à gérer les organisations communautaires.

Toutefois, il existe des gens très sains chez les Autochtones qui veulent saisir les occasions qui leur permettraient de faire toute la différence. Le gouvernement doit d'ailleurs songer à faire les choses d'une différente façon. À Regina, on prône des partenariats entre le gouvernement fédéral, la province, le gouvernement municipal et les gouvernements autochtones, ce qui semble avoir une incidence très positive sur notre collectivité, étant donné que nos politiciens ont bien d'autres chats à fouetter et n'ont pas assez de temps à consacrer à la promotion de la guérison ou de la santé. Cela me semble très révélateur, et me semble prouver aussi que la politique, d'une part, et la prestation de services, d'autre part, devraient sans doute rester distinctes, tout comme les gouvernements non autochtones le font. Ce ne sont pas les ministres qui décident qui devrait recevoir le financement voulu pour aller à l'école ou qui devrait recevoir un budget de formation lui permettant de se rendre à des réunions ou de payer son loyer. Mais c'est ce qui arrive chez nous, toutefois, et ce sont nos jeunes qui finissent par être exploités alors que l'argent devrait servir à leur éducation ou à leur formation. Beaucoup d'autres dans notre collectivité et moi-même en sommes bien conscients, mais il faut beaucoup de temps et d'énergie pour redresser la situation. Il vaut mieux s'occuper d'aider les individus.

Oui, je crois qu'il faut promouvoir l'autonomie gouvernementale, mais pas un modèle d'autonomie qui nous retirera les possibilités de financement permettant d'instruire nos jeunes, ou qui reléguera nos enfants à un système de placement en familles d'accueil malsain.

J'hésite à le dire, mais il me semble que le gouvernement utilise parfois à mauvais escient l'objectif d'autonomie gouvernementale. Il s'attend à ce que nos gens, qui n'ont pas eu beaucoup d'expériences positives dans la vie et qui ont encore besoin d'être guéris, puissent se gouverner eux-mêmes du jour au lendemain. Mais combien de temps a-t-il fallu à votre gouvernement pour en être là où il est aujourd'hui? Et pourtant, il lui arrive encore d'avoir des problèmes. C'est facile de parler de tous les cas de mauvaise gestion et d'argent mal employé. Mais ces cas se produisent non pas pour que l'on mette le doigt sur ce qui ne fonctionne pas et sur la façon dont cela pourrait mieux fonctionner, mais plutôt pour réduire, la plupart du temps, les niveaux déjà faibles de financement et de programmes. Les médias se délectent à raconter nos erreurs, ce qui aide à perpétuer les attitudes racistes à l'égard de notre collectivité.

Le gouvernement a beaucoup d'expérience et sait bien qu'il faut des chefs forts et équilibrés pour mener une nation, même si celle-ci est déjà en bonne santé. Votre gouvernement devrait par conséquent comprendre que les Autochtones doivent d'abord être guéris et doivent s'affranchir des problèmes qui ont été mentionnés jusqu'à maintenant.

Et pourtant, on ne fait pas grand-chose pour former des leaders vigoureux et sains, et on ne pourra pas faire grand- chose tant que la collectivité ne pourra pas offrir un environnement propice au ressourcement.

Nous devons, nous, les Autochtones, les femmes, les jeunes, être conscients de ce qui nous sépare du reste du Canada. Nous n'arrivons pas à croire que nous sommes égaux, parce que nous ne bénéficions pas de l'égalité des chances. Nos jeunes, particulièrement, n'ont pas accès aux emplois, à l'éducation, à la formation, ni aux possibilités communautaires, civiques, sportives, récréatives ou culturelles qui sont offertes aux autres jeunes de la société.

Je dis à mes enfants que, du fait de ce qu'ils sont, ils connaîtront la discrimination. Ils doivent être prêts à y faire face pour que, lorsque cela se produira, ils n'en soient pas dévastés et ne veuillent pas tout abandonner.

Une autre inquiétude tient au fait que, dans notre collectivité, le gouvernement finance des programmes destinés aux Autochtones, mais ce ne sont pas des Autochtones qui gèrent ces programmes, ce sont des non autochtones. Ces personnes suscitent de nombreuses difficultés au sein de notre collectivité. Ayant moi-même travaillé sur le terrain depuis 30 ans, je me trouve d'accord avec ce que d'autres ont dit ici: il nous faut des programmes gérés par des gens de chez nous.

Je voudrais faire quelques recommandations. Pour avoir des familles saines, il faut des pères qui jouent un rôle plus actif, surtout pour lutter contre la violence. Les enfants, les jeunes et les femmes continueront d'être des victimes tant que la situation n'aura pas été corrigée. Ce sont deux femmes de ma collectivité qui m'ont demandé de parler de cela ici et je leur ai dit que je le ferais.

Les organismes bureaucratiques et les employeurs doivent offrir aux jeunes un milieu accueillant. Combien y a-t-il d'endroits vraiment organisés pour attirer les jeunes ou pour être conviviaux pour les jeunes? Traditionnellement, c'était aux aînés que revenait la tâche de préparer les jeunes pour leur rôle, leurs responsabilités, leurs emplois. Or, le rôle d'aîné s'est volatilisé en raison des problèmes mentionnés. Il faut trouver moyen de corriger cela. On pourrait peut- être recourir à des écoles de formation ou à un programme de mentorat.

Nous devons, parmi les Autochtones, trouver des gens sains et nous servir d'eux pour permettre à notre peuple de se ressourcer. Ce qui nous préoccupe tout particulièrement, ce sont les abus sexuels qui se multiplient dans les écoles résidentielles et qui constituent presque une épidémie au sein de notre nation.

Nos jeunes n'ont pas grandi entourés de traditions positives ni de familles saines dont ils pourraient s'inspirer. On ne leur enseigne aucune vertu, aucun principe moral. Il faut en prendre conscience et corriger cela, surtout au cours des premières années.

Les jeunes commencent également à être plus instruits que leurs parents et les autres membres de leurs familles, et pourtant ils sont encore influencés par la vie dans les réserves. Les non autochtones n'enseignent pas l'histoire, la culture ni les façons de surmonter les nombreux obstacles qui se dressent devant les Autochtones. Il faut trouver le moyen d'enseigner aux jeunes ces choses-là, parce que l'éducation modifie les convictions des gens. Toutes ces choses peuvent contribuer à un assainissement de la vie.

Le recours au placement familial continue d'aggraver la désagrégation des familles. Les parents-substituts ainsi que les travailleurs sociaux n'en continuent pas moins de recourir au placement familial.

Il m'arrive parfois de devoir me rendre au tribunal familial de ma localité. Un matin, j'ai compté neuf travailleurs sociaux dans la salle d'audience, assis du même côté. Il y avait environ six familles autochtones dans la salle. Tous les enfants de ces familles ont été appréhendés. Aucun des neuf travailleurs sociaux n'était autochtone. Il faut absolument qu'il y ait un changement draconien des pratiques de placement familial, faute de quoi nos jeunes continueront de faire l'objet d'abus et de grandir sans aucune identité culturelle précise.

Bien que l'on déploie certains efforts pour contrecarrer le syndrome des écoles résidentielles, il n'y a pas assez d'initiatives qui permettent le ressourcement. L'argent ne saurait corriger tous les maux. Il faut que l'on comprenne mieux la profondeur et l'étendue de ce problème. Il faut mettre à la disposition des peuples des Premières nations plus d'experts en counselling.

À l'instar des autres témoins invités, j'estime que les organismes communautaires doivent bénéficier d'un financement à plus long terme. Les collectivités doivent être investies des pouvoirs qui leur permettraient d'acquérir les aptitudes nécessaires. À mesure que prévaudront les collectivités saines, les gens qui souhaitent principalement améliorer le bien-être de la collectivité se manifesteront au lieu de passer leur temps à s'inquiéter de leur sort.

Les organismes axés sur les collectivités doivent avoir un vaste plan de ressources humaines. Le recrutement, le maintien et la formation du personnel dans ces organismes sont minimes, même si ce personnel est le mieux placé pour répondre aux besoins de la collectivité. La plupart des employeurs non autochtones, tels que les sociétés d'État et les gouvernements municipaux offrent des incitatifs intéressants pour recruter et garder leur personnel. Ce n'est pas le cas des organismes axés sur les collectivités. Malgré le travail acharné, le dévouement et l'influence positive des organismes, ils sont incapables d'offrir des incitatifs pour recruter et garder du personnel.

Il faut mettre l'accent sur l'intervention précoce et sur les programmes de prévention, en faisant la promotion des valeurs morales et de l'identité culturelle propres à la collectivité et non issues des volontés politiques. Pour préparer les jeunes Autochtones, il faut agir avant même qu'ils ne naissent. Les mères autochtones doivent être instruites quant aux soins prénatals et avoir accès à ces soins.

En mettant l'accent sur les compétences parentales, il faut enseigner aux adultes qui n'ont pas eu cet apprentissage auprès de leurs parents l'ensemble des compétences nécessaires à la vie en société.

Je suis convaincu que le gouvernement a un rôle essentiel à jouer pour que nous puissions commencer à élever des enfants sains. Ces enfants, ces jeunes, constitueront la majorité lorsque la population se sera accrue. Ce sont eux qui contrôleront notre pays.

Comme je l'ai dit, il faut des individus sains armés de valeurs morales solides pour assurer le bien-être de la société dans son ensemble. Les jeunes prendront acte des principes politiques de leurs parents et les reproduiront, s'en écarteront ou continueront d'être indifférents.

Les jeunes doivent savoir que les vies de leurs ancêtres n'ont pas toujours été négatives. Ils doivent pouvoir espérer que les choses iront mieux.

Mme Connie Boisvert, directrice, Aboriginal Resource Centre: Merci de m'avoir invitée. Honorables sénateurs, je veux vous indiquer comment notre centre a évolué. En 1994, le gouvernement du premier ministre Ralph Klein a annoncé une refonte des services pour enfants, des services familiaux et des services sociaux qui existaient à l'époque. On a amorcé alors une consultation des collectivités dans différentes régions de l'Alberta, consultation qui a duré trois ans. Des hauts fonctionnaires de la province ont rencontré des membres de la collectivité pour discuter des moyens de refaçonner les services pour enfants.

De ce processus est né le nouveau concept, à savoir que les services sociaux, les services pour enfants, les services de protection à l'enfance et les autres seraient axés sur les collectivités. La ville est divisée en ce que nous appelons des collectivités de services. Désolée, je n'en connais pas le nombre exact. Je crois qu'il y a environ 10 ou 12 collectivités de services distincts.

On a constaté que des services axés sur la collectivité étaient nécessaires pour répondre aux besoins de chaque collectivité. Les besoins de telle collectivité peuvent différer de ceux d'une autre collectivité, ce qui signifie que les services offerts sont différents.

Dans la collectivité autochtone, nous avons constaté le besoin d'offrir des services différents à nos enfants et à toutes les familles. Lorsque je parle de la famille, j'entends la famille dans son ensemble, y compris les parents biologiques et les membres de la famille élargie.

Le centre des ressources aide les familles à prendre contact avec les programmes et services déjà offerts. Nous avons les formulaires à remplir. Si nous ne les avons pas, nous tâchons de les obtenir. Nous permettons aux familles de remplir les formulaires au centre même et nous nous assurons qu'elles ont toute la documentation avant de passer au secteur de services suivant.

Dans le passé, chaque personne devait passer d'un service à un autre. Chaque fois, elle devait répéter tout ce qu'elle avait déjà raconter ailleurs. Nous tâchons de réduire cette obligation de tout répéter. Notre objectif est de la réduire au point où nous pouvons éventuellement l'éliminer, en travaillant de concert à l'échelle de la collectivité.

Nous ne disposons que d'un personnel de quatre personnes. Actuellement, c'est la Calgary Rocky View Child and Family Services Regional Authority (Administration régionale des services pour la famille et pour l'enfance de Calgary Rock View) qui nous finance. Cet organisme nous a dits d'essayer d'obtenir du financement auprès d'autres niveaux de gouvernement ou du secteur privé.

Avec un personnel de quatre personnes, répondre aux besoins de la collectivité tout en essayant d'obtenir du financement, c'est extrêmement difficile, voire impossible.

La fonction de directeur exécutif ne correspond pas à un rôle traditionnel ou ordinaire. Je fais beaucoup de travail sur le terrain en collaboration avec la collectivité et avec le personnel pour que les choses se fassent. À Calgary, la population autochtone est censée être de 30 000 à 50 000 personnes, selon les diverses sources d'information. Actuellement, il y a plus de 600 familles qui, à divers niveaux, obtiennent de l'appui auprès du centre. Certaines d'entre elles ne sont pas venues nous voir depuis plus d'un an; d'autres viennent nous voir toutes les semaines. L'an dernier, plus de 300 nouvelles familles se sont présentées au centre pour y obtenir un soutien. Les jeunes sont une partie de la famille, à l'instar des enfants à naître et des aînés.

Nous avons de la chance à Calgary que certains programmes soient offerts. Toutefois, il nous en faudrait bien plus. Les programmes existants ne peuvent satisfaire à la demande des trop nombreuses familles dans le besoin. La collectivité réclame davantage de programmes dispensant les compétences parentales, mais adaptés à ses besoins. Les familles souhaitent que ces programmes soient plus pratiques.

À mon avis, les gens s'identifient à la génération tartine. Les gens de mon âge sont la nouvelle génération tartine. Nous sommes souvent instruits ou sommes en voie de le devenir. Nous avons différents rôles. Nous avons généralement peu de modèles auxquels nous pouvons nous identifier et de leaders pour nous donner l'exemple. Comme le dit Mme Parisian, nos chefs autochtones n'ont pas toujours été des exemples de vertu puisqu'ils ont eux-mêmes dû lutter pour se ressourcer et, par conséquent, ils ne sont pas toujours des modèles que l'on souhaite imiter. La génération montante se tournera peut-être à son tour vers nous et ne fera pas forcément face aux meilleurs chefs non plus. Les groupes de Premières nations ont toujours leurs propres querelles intestines. Les Premières nations et les Métis se querellent tandis que dans les établissements métis le peuple métis est souvent lui-même dans une situation belliqueuse. Nous avons nos propres conflits politiques à régler qui ne font que s'ajouter aux problèmes que vivent les Autochtones. Vous avez devant vous des gens à l'expérience différente, mais somme toute, nous sommes tous du même milieu.

J'aimerais que nous ayons un financement garanti. À Calgary, notre problème, c'est que lorsque les relations se régularisent entre les partenaires et que tout le monde travaille ensemble — c'est presque la loi de Murphy; trop de choses vont comme sur des roulettes — et c'est alors que surviennent les appels d'offres qui se soldent par de nouvelles querelles pour le financement. Tout est alors de nouveau chambouler. Les gens qui travaillent ensemble sont soudain en concurrence pour les mêmes sommes d'argent. Cela compromet et, dans une certaine mesure, détruit même en grande partie le partenariat.

En 2001-2002, le Centre de ressources autochtones a garanti un financement octroyé par Patrimoine Canada pour faire une enquête auprès des jeunes et des familles autochtones afin de déterminer quels obstacles les empêchaient d'obtenir les services. J'ai ce rapport avec moi et j'ose espérer que les honorables sénateurs le liront. Les jeunes ont fait d'excellentes recommandations qui s'y retrouvent.

Comme je l'ai dit, ce serait dans l'intérêt des fournisseurs de services d'accroître la valeur de leur investissement, si vous me passez l'expression, en garantissant un financement à long terme accompagné de surveillance permanente pour garantir que les fonds sont utilisés à bon escient plutôt que de toujours procéder par appel d'offres et assister à des querelles pour le financement. Les gens qui accomplissent le meilleur travail au sein de la collectivité ne devraient pas toujours avoir à se battre pour obtenir leur part du financement. Ce serait bien de leur permettre de plaider leur cause et de leur garantir le financement pour le faire. Certaines des organisations qui ont le plus de succès lorsqu'il est question de recevoir ce financement finissent par devenir les plus grandes organisations. Dans une certaine mesure, elles finissent par éliminer les plus petites organisations de la ville qui ont toutefois un rôle important à jouer. Ces excellentes petites organisations sont parfois intimidées et n'osent pas soumissionner pour mener leurs activités à bien.

Je me suis demandée si je devais venir ici pour vous entretenir des problèmes que vivent mes concitoyens ou vous présenter les aspects positifs de ma ville. Je voudrais vous souligner les passages du rapport qui concernent la vision de l'avenir que les jeunes nous ont présentée. Je sais qu'une discussion a lieu dans notre ville en ce moment — ce n'est qu'une discussion — au sujet d'une terre, d'une zone spirituelle où les Autochtones, les Premières nations, les Métis et ainsi de suite pourraient organiser leurs cérémonies. Ce serait un atout extraordinaire pour notre ville.

J'ai parlé à quelques-uns des jeunes qui ont participé à ce projet. Ils m'ont dit souhaiter un centre où ils peuvent se rendre pour participer à des activités récréatives et culturelles, un endroit où ils se sentent les bienvenus. Une de leurs préoccupations, et ils la présentent immédiatement, c'est qu'ils ne veulent pas qu'on interprète leurs propos comme signifiant qu'ils veulent un centre pour les jeunes Autochtones. Ils ne veulent pas de ségrégation, ils ne veulent pas avoir l'air d'exclure d'autres enfants, d'autres jeunes ou familles. Lorsqu'ils se rendent dans d'autres centres, ils n'ont pas l'impression d'être bien accueillis.

Quand un voit un groupe de quatre ou cinq Autochtones qui se promènent dans la rue ensemble, on pense immédiatement voilà une bande. Le racisme et la discrimination continuent à être une grande préoccupation et leur incidence est très grande dans nos villes. Comment pouvons-nous éliminer cela? C'est un défi. L'une des plus grandes préoccupations c'est que les perceptions deviennent réalité. Si nous entendons aux actualités ou si nous voyons à la télévision des choses négatives et terribles qui se produisent dans nos communautés, c'est ce qui devient notre réalité. Nous entendons parler de bandes de jeunes. L'autre jour, j'ai vu un groupe de jeunes qui aidaient une personne en fauteuil roulant qui était sur le point de verser. Cela n'a pas paru aux actualités. J'étais trop loin pour voir s'il s'agissait ou non d'Autochtones, mais je peux vous dire qu'ils avaient l'air, d'après leurs vêtements, de rappers. Automatiquement, les gens se diraient: «voilà un groupe négatif de jeunes et ils ne vont certainement pas aider cette personne. Pourtant, ils se sont précipités, ont empêché ce type de tomber et l'ont remis sur la bonne voie. Il nous faut changer nos perceptions. Pour ce faire, il faut changer le genre d'information que l'on publie. La perception fait alors partie de notre réalité.

J'entrevois un avenir où, au cœur de toutes les villes, il y aura une zone de style cité universitaire réservée aux activités cérémoniales, aux loisirs et des immeubles séparés mais reliés pour divers organismes. Je parle d'immeubles séparés et plus petits afin d'éliminer toute possibilité de conflit. Si vous avez un grand immeuble pour tous, vous risquez de créer des conflits sur qui obtient quel coin de l'immeuble. Toutefois, dans un milieu de style cité universitaire, comme l'Université de Calgary et d'autres, où différents immeubles sont conçus pour différentes spécialités, on ne réunirait pas ensemble le droit et la psychologie parce qu'ils ne s'entendraient probablement pas très bien, mais ils s'entendent parfaitement lorsqu'ils sont dans la même cité universitaire, mais dans des immeubles distincts. J'aimerais que tous les paliers de gouvernement et le secteur privé appuient une idée semblable en comprenant bien qu'il ne s'agit pas d'isolationnisme ou de ségrégation des Autochtones; il s'agit de leur permettre d'acquérir les aptitudes nécessaires, de se ressourcer et de trouver leur propre identité. On y accueillerait des gens de tous les milieux s'ils le souhaitaient.

On recommande aussi d'appuyer les programmes de lutte contre le décrochage scolaire. À l'heure actuelle, il y a quelques programmes de mentorat. Le Centre de ressources autochtones travaille en collaboration avec le Programme de mentorat autochtone.

Nous avons pu mettre en place un programme de mentorat dans trois écoles. Kim Trottier qui dirige le programme a travaillé avec un stagiaire, à nos bureaux, pour instaurer ce programme dans les écoles. C'est un défi de convaincre les bureaucraties de notre système scolaire. Heureusement, les directeurs de ces écoles avaient compris le besoin d'un programme de mentorat. La stagiaire recrute actuellement des adolescents et de jeunes Autochtones adultes qui ont réussi. Elle va les interviewer en vue de les faire participer à ce programme et à servir de modèle à la prochaine génération.

Notre objectif est d'identifier des personnes qui peuvent devenir de vrais bons modèles pour la prochaine génération. Le ressourcement prend du temps. Cela ne se produit pas du jour au lendemain. Ça ne se produira pas sans anicroches.

Le chômage, la pauvreté et le logement sont de grands problèmes. Nous avons présenté une proposition, avec l'aide de la Croix-Rouge canadienne et du Centre de ressource Sunrise, un autre centre comme le nôtre, pour obtenir les services d'un défenseur dans le domaine du logement. Nous tentons de trouver des défenseurs dans ce domaine pour convaincre les propriétaires et les compagnies de gestion d'offrir plus d'unités aux Autochtones. À cette fin, on a reconnu la nécessité d'avoir quelqu'un avec qui on peut communiquer, quelqu'un qui peut rencontrer les propriétaires et les gestionnaires lorsqu'ils éprouvent des difficultés avec certaines familles. Si nous pouvons obtenir cela, et si cela dure, nous pourrons créer une relation suivie avec les propriétaires et les compagnies de gestion afin de fournir aux familles un environnement stable.

Nous pouvons alors travailler avec les jeunes afin qu'ils aient des logements disponibles juste pour eux. Certains jeunes Autochtones ont parfois l'impression qu'avoir des enfants est une façon pour eux d'obtenir de l'aide. Sans eux, ils trouvent cela plus difficile, sinon impossible.

J'espère que les honorables sénateurs pourront lire ce rapport et prendre certaines des recommandations à cœur, déterminer les mesures qui fonctionnent très bien à Calgary et recommander un financement à long terme et stable afin que les gens n'aient pas à se faire concurrence tous les ans. Chaque année le 31 mars, il y a une nouvelle concurrence pour obtenir davantage de financement.

Les membres du personnel sont pour la plupart au bas de l'échelle salariale. Les avantages pour le personnel de première ligne qui fait ce travail sont habituellement non existants. S'ils trouvent de l'emploi dans des organismes non autochtones, ils se retrouvent peut-être là-bas. Ils ont peut-être obtenu un salaire et des avantages sociaux plus élevés, ou de meilleurs avantages sociaux, mais ils se retrouvent seuls et isolés. Ils viennent dans des centres comme le nôtre pour se revitaliser et refaire leur plein d'énergie. Peu importe s'ils se retrouvent avec d'autres peuples des Premières nations, des Métis ou des Inuits. Ils sont entourés de gens qui comprennent leur situation, leurs antécédents et leur histoire, et qui ont vécu des expériences semblables, sinon les mêmes.

Mme Leona Quewezance, coordonnatrice de la promotion de la santé, All Nations Hope Aboriginal AIDS Network: Honorables sénateurs, je suis coordonnatrice de la promotion de la santé du All Nations Hope AIDS network à Régina. Nous avons neuf recommandations à faire au comité sénatorial afin qu'il élabore un plan d'action, non seulement pour déterminer les principaux problèmes, mais, nous l'espérons, afin de résoudre certains de ces problèmes.

Tout d'abord, les programmes et les services qui s'adressent aux jeunes Autochtones doivent appartenir aux jeunes Autochtones et aux organisations autochtones et être contrôlés par ces derniers.

Deuxièmement, les centres de traitement doivent répondre aux besoins des jeunes Autochtones toxicomanes. Cela inclus les centres de traitement à long terme et axés sur la famille.

Troisièmement, il faut élaborer des programmes d'extension des services afin de répondre aux besoins des jeunes Autochtones qui vivent dans la rue.

Quatrièmement, les centres et les services de traitement pour les jeunes doivent répondre aux besoins de ces derniers selon leur groupe d'âge, c'est-à-dire pour les jeunes de 17 ans et moins et pour les jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans. Nous estimons qu'il y a une grande différence entre ces deux groupes d'âge et d'importantes lacunes au niveau des services.

Cinquièmement, les jeunes Autochtones qui font usage de drogues injectables doivent avoir accès à des initiatives et à des programmes de réduction des méfaits.

Sixièmement, il faut consacrer davantage de fonds pour lutter contre la pauvreté chez les jeunes. La pauvreté joue un rôle énorme alors que des jeunes commettent des actes criminels pour répondre à leurs besoins essentiels en matière d'alimentation, de logement, d'habillement et de loisirs.

Septièmement, il faut répondre aux problèmes générationnels de violence familiale chez les Autochtones, et briser ce cycle.

Huitièmement, il faut offrir un soutien en matière de counselling et un suivi aux familles qui ont en fait pris des mesures pour solliciter de l'aide.

Neuvièmement, les jeunes qui sont davantage à risque pour devenir toxicomanes en raison de leurs antécédents parentaux ont besoin de programme d'intervention au niveau de la petite enfance et pendant leurs années scolaires. Ça inclut les bébés qui naissent toxicomanes ou qui sont exposés à la toxicomanie.

Voilà qui conclut nos recommandations.

Le président: Le sénateur Stratton est vice-président de notre comité. Il est lui aussi du Manitoba.

Le sénateur Stratton: Pour mettre les choses en perspective, j'ai déjà travaillé comme bénévole pour le ministère des Affaires indiennes et du Grand-Nord à la fin des années 70. Voyager dans le nord du Manitoba, surtout vers la fin des années 70 et au début des années 80 a été une expérience très intéressante, particulièrement pour observer ce qui se passait.

Lorsque j'ai entendu Mme Parisian dire qu'elle avait passé 30 ans dans ce domaine où l'on affronte des questions de vie humaine, j'ai trouvé cela bouleversant. Vous tentez de trouver des solutions. Nous aimerions tous trouver une solution.

Madame Parisian, lorsque vous nous avez décrit vos 30 ans d'expérience, vous nous avez brossé un tableau assez lugubre de ce qui avait transpiré. J'ai pensé que presque rien n'avait changé depuis que je suis allé pour la première dans le Nord à la fin des années 70.

Vous avez tous fait ressortir un thème commun, c'est-à-dire la nécessité d'avoir un financement stable, à long terme, d'éduquer les familles et d'avoir des logements. Je demanderais à Mme Parisian si elle est d'accord avec cela.

Si, dans un monde parfait, vous pouviez mettre en place un programme à long terme afin d'examiner les problèmes de l'éducation des familles et du logement et d'y trouver une solution, quel serait ce programme?

Les statistiques révèlent qu'il y aura pénurie de main-d'oeuvre qualifiée au Canada, surtout à Winnipeg, car nous avons le taux de chômage le moins élevé au pays. Pourquoi? Dans une certaine mesure, c'est parce que le Manitoba n'arrive pas à attirer de travailleurs qualifiés en raison de son climat.

Nous avons ici une occasion extraordinaire, et pourtant nous ne semblons pas pouvoir réussir à éduquer les jeunes Autochtones. Il semble que nous soyons réellement au pied du mur. Chaque rapport ou mémoire que je lis a tendance à dire qu'il y a un taux de décrochage scolaire de 70 p. 100, ce qui est inacceptable.

C'est l'avenir même de Winnipeg qui est en jeu. Il faut prendre des mesures draconiennes pour corriger le problème. Les Autochtones seront le cœur et l'âme de cette ville et ils seront responsables de son succès futur.

Dans un monde idéal, que feriez-vous, madame Parisian, pour répondre aux besoins en matière d'éducation de la famille, de logement et de financement stable et à long terme?

Mme Parisian: Dans notre ville, et dans l'organisation pour lequel je travaille, nous tentons d'adopter une approche holistique. À mesure que la population croît, il devient de plus en plus difficile d'atteindre ces enfants et ces jeunes à temps pour pouvoir influencer leur vie. Je ne veux pas dire que tout a été négatif sinon j'aurais sans doute renoncé il y a longtemps et je serais partie. Cependant, nous travaillons maintenant avec la quatrième, la cinquième et parfois la sixième génération de bébés, de tout petits et d'enfants qui ont été perturbés par la vie en pensionnat, par le fait que bon nombre de leurs parents se sont retrouvés dans la réserve sans possibilité d'emploi ni aucune chance de se ressourcer.

Les jeunes que nous tentons d'attirer dans des activités positives ont des antécédents de vie malsaine. Ils n'ont connu que ce mode de vie. Nous cherchons à les atteindre eux et leurs familles afin de promouvoir la guérison. Notre organisme essaie d'adopter une approche holistique qui tient compte non seulement du bien-être physique et mental mais aussi de l'aspect spirituel par rapport à ce qu'on a fait à nos enfants. M. Jackson a parlé un peu de cet aspect spirituel. On peut se faire soigner physiquement. Il s'agit d'aller voir un médecin qui panse la blessure. Mais comment soigne-t-on une blessure spirituelle? Bon nombre de nos jeunes Autochtones sont spirituellement blessés. Ils n'arrivent pas à trouver leur place. C'est pourquoi, comme M. Richard le disait, ils adoptent le style de vie de la rue. Ils veulent avoir un sentiment d'appartenance.

Nous devons non seulement les éduquer à proprement parler mais aussi répondre à leurs besoins de ressourcement.

Ce n'est pas seulement les jeunes qui sont sans emploi, mais aussi leurs parents. Bien que de nombreux jeunes Autochtones soient diplômés de la Saskatchewan Indian Federated College dans notre ville, ils n'arrivent pas à trouver d'emploi. Je communique constamment avec le service des ressources humaines de la ville de Regina pour leur dire: Tant que vous n'embaucherez pas d'Autochtones dans votre service des ressources humaines, tant que vous n'embaucherez pas d'Autochtones au niveau de la gestion, où les décisions stratégiques sont prises, vous n'attirerez pas d'Autochtones. Des membres de ma propre famille qui sont diplômés ont fait une demande d'emploi à la ville. Ils n'ont même pas obtenu d'entrevue. De nombreux Autochtones sont venus me voir pour me demander: Pourquoi est-ce que je ne peux pas obtenir d'emploi? J'ai essayé. Même avec nos contacts, ils ne peuvent obtenir d'emploi, pourtant, des non-Autochtones sont embauchés pour ces postes. Il faut faire quelque chose pour régler ce problème.

Oui, les écoles font du bon travail. Elles tentent de prendre contact avec les communautés. Pourtant, elles n'ont pas de directeurs autochtones, elles n'ont pas d'enseignants autochtones, sauf ceux qui sont dans les salles de classe toute la journée et qui ne sont pas en mesure d'aller dans la communauté pour prendre contact avec les gens.

Vous avez parlé d'éducation. Mon emploi m'appelle également aller devant le Tribunal de la jeunesse. J'ai un fils qui a été impliqué dans le système de justice pour les jeunes. Au Tribunal de la jeunesse, il y a habituellement de 15 à 20 jeunes qui comparaissent pour différentes infractions contre les biens — vols et autres. Sur ces 15 ou 20 jeunes, un ou deux seulement ont un membre de leur famille présent pour leur apporter un soutien. Lorsqu'ils comparaissent devant le Tribunal, ils doivent s'asseoir au banc des prisonniers. Ils regardent qui est dans la salle. Le juge demande: La famille veut-elle bien s'avancer? Personne ne s'avance pour ces jeunes. C'est triste. J'ai parfois envie de me lever et de dire: Écoutez, je représenterai ce «jeune», car personne d'autre n'est là pour le faire.

Qui se préoccupe de ces jeunes? Leurs parents ne peuvent pas s'en occuper car ils ne sont pas dans une situation saine. Qui l'est? Il faut régler ce problème.

Je conviens avec vous que les problèmes que vous avez mentionnés sont importants. Ils exigent une stratégie à long terme. Les projets à court terme sont choses du passé. Nous devons nous tourner vers des initiatives de ressourcement à long terme pour notre peuple.

Le sénateur Stratton: Je m'adresse à Mme Boisvert. À Calgary, êtes-vous d'accord pour dire qu'il faut trouver un financement stable et à long terme pour la famille, l'éducation et le logement? Si vous pouviez concevoir et choisir un programme qui aurait un impact sans avoir à vous préoccuper d'être en concurrence avec d'autres projets pour obtenir un financement annuel, quel système aimeriez-vous mettre en place pour les jeunes Autochtones dans les villes?

Mme Parisian: D'après ce que j'ai entendu ici aujourd'hui, et d'après mon expérience des initiatives qui ont ou pas donné de résultats au fil des ans dans notre communauté, je dirais qu'on ne peut le faire sans créer de partenariat, sans que de nombreux intervenants viennent nous présenter leur programme, sans voir si leur organisme peut en profiter et comment ils peuvent en profiter. Il faut avoir pour objectif d'améliorer le mode de vie des jeunes et de faire une différence pour eux.

L'éducation englobe tout un éventail de choses pour différentes personnes - les jeunes, les enfants ou les adultes. Qu'est-ce que cela signifie? Une bonne façon d'aborder ces problèmes consiste à réunir les intervenants. Nous avons une initiative du gouvernement fédéral dans notre région qui s'appelle Kids First. Notre gouvernement provincial y participe. Lorsque cette initiative a été annoncée, bon nombre d'intervenants de la communauté se sont réunis pour décider ce que l'on ferait avec ces fonds. Il s'agit d'un programme quinquennal. Plutôt que de dire tout simplement: «Voici l'argent, dépensons-le», ils ont en fait élaboré ensemble un plan d'action. Voilà une initiative positive dans notre communauté. Naturellement, on pourrait tout améliorer pour s'assurer que l'argent aille vraiment aux Autochtones.

Mme Boisvert: Je suis un produit du système de Winnipeg. Je viens du Manitoba. Ma famille vit juste à l'extérieur de Winnipeg. J'ai moi aussi fréquenté le district scolaire no 1 de Winnipeg. Nous avions une maison dans l'ouest à l'époque où mes sœurs et moi étions à l'école.

Les choses sont très différentes aujourd'hui de ce qu'elles étaient lorsque j'ai grandi. Tout n'est pas positif; tout n'est pas négatif. J'ai grandi dans un système où nous étions tous regroupés en tant que minorité ethnique, peu importe que l'on soit des Premières nations ou du mauvais côté de l'Europe — car il y avait un bon et un mauvais côté — les enfants autochtones, les enfants d'Amérique du Sud et d'autres régions du monde. On nous considérait comme un groupe ethnique. Certains d'entre nous, surtout les filles, se faisaient dire que la meilleure chose qui puisse nous arriver était de devenir enceinte, de se marier et d'avoir des enfants. Cela était considéré comme un succès.

La majorité d'entre nous ont eu du succès à nos propres yeux, et non pas grâce au soutien que nous a procuré le système, mais malgré le manque de soutien. Même au niveau universitaire, j'avais un professeur d'anglais qui devant une classe d'environ 30 étudiants — et nous n'étions que quatre femmes dans cette classe — a dit qu'il ne croyait pas que les femmes devraient être à l'université. Ce n'était pas pendant les années 60. C'était au début des années 80. Si les femmes voulaient poursuivre des études post-secondaires, le professeur était d'avis qu'elles devaient fréquenter une université distincte, car, leur seule présence nuisait à l'éducation des hommes.

De façon générale, si certains d'entre nous avons eu du succès, ce n'est pas grâce à l'appui du système mais plutôt grâce au soutien de nos familles. Pour ma part, mon père est une forte personnalité dans notre foyer. Nous n'avions pas d'autre choix que de poursuivre des études postsecondaires. Il ne nous a pas donné le choix. Il n'y avait pas moyen d'y échapper. J'ai eu beaucoup de chance d'avoir un tel père. Bien d'autres, hommes et femmes, n'ont pas eu autant de chance. Il y a de nombreuses familles qui ne sont pas sur la voie du ressourcement ou du mieux-être.

Depuis, j'ai quitté Winnipeg pour m'installer à Calgary, mais j'ai trois sœurs qui vivent et qui travaillent là-bas et qui réussissent très bien, ainsi que de nombreux amis. Ayant cette expérience et ce lien, j'aimerais que l'on développe et que l'on renforce les programmes de mentorat dans les écoles au Manitoba. Je sais que certains enseignants que j'ai déjà eus, sont partis pour faire autre chose, et j'espère que les nouveaux enseignants qui les ont remplacés ne sont pas comme eux car ils n'étaient pas d'un grand soutien.

Pour ce qui est du soutien aux écoles et de faire en sorte que les adultes soient vraiment sur la voie de la guérison, les gens se connaissent les uns les autres au sein de la communauté autochtone. C'est une petite collectivité. Lorsqu'une personne se trouve à jouer un rôle de modèle, les autres membres de la communauté savent que cette personne est honnête, intègre et mérite de jouer ce rôle, ou de s'imposer ce rôle.

Pour ce qui est de Calgary, la ville où je vis à l'heure actuelle, j'aimerais voir appuyer certains nouveaux programmes qui en sont à leurs tous débuts comme le programme de mentorat à long terme qui en vient aussi d'être amorcé. Il n'est en place que depuis deux ou trois ans, et c'est la première année qu'on l'offre dans les écoles. J'aimerais que ce programme soit renforcé.

Nous sommes en train de mettre sur pied un nouveau programme pratique de compétences parentales. Il a été conçu par les parents et les gens qui ont participé au programme de formation au rôle de parents existants, et ils nous ont dits ce qu'ils aimaient et ce qui devait être amélioré. Ce nouveau programme qui vise à enseigner des compétences parentales suscite ces questions. Est-il parfait? Répondra-t-il aux besoins de tous? Probablement pas. Il est toujours possible d'apporter des changements et des améliorations. Nous avons besoin d'un plus grand nombre de programmes de ce genre au lieu de voir les gens se quereller.

J'aimerais beaucoup qu'il y ait un centre de ressources autochtones dans chaque quartier de la ville. À l'heure actuelle, le centre de ressources autochtones est le seul qui existe, et nous desservons Calgary et la région de Rocky View. Certaines personnes diraient: «Eh bien, vous vous coupez en quelque sorte la gorge. Que va-t-il arriver?» Nous devons mettre fin à la rivalité. Cela m'effraie lorsqu'on parle d'une industrie, car les gens commencent à voir cela comme une industrie, comme une entreprise: «En tant que représentant de mon organisation, comment puis-je aller chercher le plus d'argent possible pour aider le plus de gens possible?» Si nous travaillons tous ensemble et que nous ayons un financement stable, qu'y aurait-il de mal à ce qu'il y ait un centre de ressources autochtones dans chaque quartier de la ville? Si nous pouvions en obtenir davantage, ce serait encore mieux.

Je n'ai aucun problème avec cela. Je pense que c'est merveilleux. Je vais les aider. S'ils veulent mon aide et l'aide de notre conseil d'administration pour s'établir, nous la leur donnerons et nous les laisserons faire ce qu'ils doivent faire dans leur propre région. Nous n'avons pas tellement à craindre de perdre nos enfants au point où nous devions craindre qu'une organisation semblable à la nôtre soit mise sur pied. On vient tout juste de créer une école autochtone. C'était auparavant la Plains Indian Survival School. Je ne peux prononcer le nom comme il faut, de sorte que je ne le ferai pas. C'est un nom Blackfoot, et c'est une école familiale autochtone de Calgary. Elle est administrée par le Calgary Board of Education. C'est excellent. Nous devons appuyer ce programme et appuyer l'éducation. Ce serait extraordinaire si nous pouvions de concert avec le système scolaire agrandir cette école, faire en sorte que des défenseurs du logement familial autochtone y soient, là où les enfants vont à l'école, et aient l'occasion de rencontrer ces gens.

En ce qui concerne le VIH et les autres questions de santé, l'infirmière pourrait être sur place. Nous pourrions chapeauter tout cela dans un secteur où les jeunes et les familles pourraient avoir aisément accès aux services et ne pas avoir à aller à l'autre bout de la ville. Actuellement, c'est une petite école et ses moyens d'action sont limités, mais nous pourrions soutenir son expansion.

M. Richard: Si vous le permettez, j'aimerais dire un mot sur la question de la scolarisation.

La nécessité d'éduquer les jeunes est l'une des conclusions qui est ressortie d'une conférence que nous avons organisée et qui portait sur les enfants des rues. La plupart d'entre eux avaient décroché extrêmement tôt ou avaient été renvoyés de l'école. Ils s'aperçoivent que cela les empêche d'obtenir même les emplois les plus humbles parce qu'ils sont souvent illettrés et ne peuvent même pas lire un formulaire de demande d'emploi.

Nous en avons saisi le conseil scolaire de Toronto, qui se réorganisait à l'époque, mais nous avons été tenaces. Nous avons demandé qu'on ouvre une salle de classe sur la rue Yonge. Nous lui avons demandé d'ouvrir une salle de classe au Jarvis Collegiate, qui est une des écoles les plus réputée du sud de l'Ontario, d'y affecter deux enseignants, d'ajouter à cette salle de classe deux enseignants provenant de notre personnel autochtone et de prendre des initiatives pour régler certains problèmes avec lesquels les enfants des rues sont aux prises. Nous avons trouvé de tout dans les rues, aussi bien des jeunes qui sont des génies à plusieurs égards et qui réussissaient très bien à l'école, que des enfants qui avaient des difficultés d'apprentissage, le syndrome d'alcoolisme fœtal, etc. Tous ces enfants ont fait des progrès. Il s'agit de jeunes qui dorment dans des abris la nuit et dans la vallée du Don, donc imaginez ce que c'est que d'aller à l'école quand vous vivez dans des conditions pareilles. Grâce aux conseils d'un Autochtone qui est un modèle fort pour eux, qui a su créer des liens avec ces gars-là et quelques jeunes filles, ils vont maintenant à l'école tous les jours et vont obtenir leur diplôme. La première année, nous en avons récupéré six. Quatre vont bientôt recevoir leur diplôme, quatre ont décroché et quatre autres hésitent encore. Nos portes sont tout le temps ouvertes. Notre halte-accueil se sert d'une partie de cette école. Ces jeunes vont à l'école et sont nourris. Notre halte-accueil sert des repas tous les jours, c'est l'autre volet de notre service.

Leur travailleur social est près d'eux. La situation change du tout au tout pour ces enfants. En conséquence, nous avons connu de grands succès.

Le fait que cette école soit affiliée au Jarvis Collegiate veut dire que c'est une très bonne école. Le fait qu'elle soit située sur la rue Yonge veut dire qu'elle est totalement accessible.

S'il y a une chose que nous avons fait de bien, c'est celle-là. Je dois reconnaître le mérite des jeunes qui ont eux- mêmes proposé cette idée.

Le sénateur Christensen: Dans votre exposé, vous avez fait état de tous les grands problèmes et de bon nombre d'objectifs. Toutefois, il y a encore un grand fossé entre la situation d'aujourd'hui et l'atteinte de ces buts. C'est un cercle tellement vicieux souvent. Ce qui est sûr, c'est qu'il est difficile de travailler avec des jeunes gens dont le moral est à plat. Un bébé qui va de foyer d'accueil en foyer d'accueil perd rapidement la faculté d'aimer et d'acquérir des racines. Ils apprennent à aimer, puis on les déplace, et ils réapprennent à aimer. Ils arrêtent très vite d'aimer parce que l'amour devient de plus en plus une souffrance.

J'aimerais que vous nous parliez de cela. Sachant les longs antécédents de toxicomanie, l'alcoolisme en étant la principale, que voyez-vous chez ces jeunes gens en ce qui concerne le SAF et l'EAF? Ce sont des maladies insidieuses qui sont incurables mais dont nous devons tenir compte. Quel est le pourcentage des jeunes gens qui souffrent de ce genre d'affliction?

Mme Parisian: Je ne me rappelle pas les statistiques; cependant, je sais qu'il en existe. Je sais qu'elles sont suffisamment élevées pour inquiéter gravement nos gens eux-mêmes et les écoles que fréquentent ces enfants. Nous voyons maintenant des juges qui doivent tenir compte de cela lorsqu'ils rendent leur sentence. Je ne sais pas si c'est une épidémie, mais je sais que c'est assez grave pour motiver une intervention.

Le sénateur Christensen: Y a-t-il des programmes particuliers, dans vos domaines de spécialisation, qui traitent de ce problème?

Mme Parisian: Dans ce domaine, nous travaillons dans le cadre du Programme d'aide préscolaire aux Autochtones. Nous espérons mettre au point une méthode qui nous permettra de diagnostiquer ces enfants en bas âge. Le traitement pourra suivre ensuite. Le Programme d'aide préscolaire aux Autochtones est l'un des rares programmes dont le financement est quinquennal. Si ce programme se poursuit, nous espérons que l'identification précoce de ces cas nous permettra d'intervenir efficacement.

Le sénateur Christensen: On a prévu environ 180 millions de dollars dans le budget de 2001 pour remédier au SAF. Est-ce que vos organismes profitent de ces crédits?

Mme Boisvert: On a regroupé en fait le SAF et l'EAF. Il y a une équipe d'environ six médecins qui font du diagnostique à l'hôpital Foothills de Calgary. Le Dr Leonard Crowshoe dirige cette équipe. L'hôpital Foothills est le seul en Alberta qui diagnostique cette maladie. On fait là des choses extraordinaires.

Nous sommes en mesure d'offrir des programmes et des services aux enfants souffrant du SAF ou de l'EAF. Mais le processus est lent. Je vous encourage à contacter le Dr Crowshoe et à lui demander de faire un exposé à votre comité.

Nous avons travaillé avec des parents d'accueil, qui ont reçu aussi bien des enfants autochtones que non autochtones, et qui voulaient nous faire profiter de leurs connaissances pour offrir des services et exercer des pressions sur les gouvernements et les agences de services afin d'obtenir de l'aide pour les enfants en familles d'accueil. Cette collaboration et ces pressions se poursuivent.

M. Jackson: L'un des problèmes qui se pose dans le financement des programmes au niveau communautaire, c'est que le financement des projets est souvent annoncé sur des sites Web et ne rejoint pas le niveau communautaire, où les demandes de financement sont faites. Cela semble être un problème. Je songe en particulier à l'Institut autochtone et à l'Institut canadien de recherche en santé, qui ont lancé des invitations au financement sur leurs sites Web. La Division du VIH/sida de Santé Canada a également lancé des invitations sur son site Web. Mais si vous ne fouillez pas sur Internet régulièrement, vous ne les verrez pas.

Nous avons essayé de faire des recherches régulières, et lorsque nous remarquons ces invitations, nous les transmettons à nos groupes communautaires et à ceux qui sont liés à notre organisation. Cependant, on a du mal à savoir s'il existe des fonds pour les programmes qui traitent de ces questions.

M. Richard: Nous avons deux membres du personnel qui s'occupent du syndrome d'alcoolisme fœtal et qui interviennent auprès des parents et de leurs enfants. Nous avons un groupe de parents et leurs enfants. Nous avons un groupe de parents qui est essentiellement un groupe de soutien pour un meilleur mode de vie accueillant des gens qui sont très handicapés et qui ont charge d'enfants. Nous visons entre autres à les aider à s'occuper de leurs enfants pour que les sociétés d'aide à l'enfance ne leur en ôtent pas la garde. On pense souvent que les gens qui souffrent de ce mal sont des mauvais parents. Nous nous sommes rendu compte qu'avec un peu de soutien, ils peuvent parfois devenir de bons parents.

L'un des problèmes, bien sûr, c'est de convaincre une mère à s'inscrire à un programme avec son enfant qui est atteint du SAF. Je suis sûre que vous pouvez comprendre ce que cela veut dire. Tout le monde sait que c'est elle qui est à l'origine du problème qu'a son enfant. Le remord, la honte et l'anxiété l'habitent. Souvent, elle a peur que l'aide à l'enfance n'aille lui ôter son enfant parce qu'elle boit.

Pour la sensibilisation au SAF, il faut une approche créative, et celle-ci ne doit pas être trop directe. Cette approche doit être axée de manière générale sur les compétences parentales. En établissant ainsi un rapport, on peut identifier les enfants et aider la famille à reconnaître le problème et à faire son deuil. Il faut faire son deuil de l'enfant qui est atteint du SAF parce que le potentiel de cet enfant est limité. Il faut de là optimiser le potentiel de cet enfant.

Nous avons affaire ici à quelques générations. Nous recevons des mères qui ont le SAF, tout comme leurs enfants. Ce sont des familles qui ont besoin de beaucoup d'aide. Et c'est ce que nous leur offrons. Étant donné les conséquences de ce problème, il est essentiel qu'une agence autochtone multiservices et familiale assure ce service.

En ce qui concerne le financement, on finit par le recevoir, après que l'annonce a été faite par les fédéraux et qu'elle a été approuvée par toutes les instances politiques autochtones. Il se conclut souvent des marchés dont je n'entends jamais parler. Au bout du compte, 10 millions de dollars peuvent finir par devenir 200 000 $. Je pense que c'est un problème grave qui entrave notre accès au financement parce que nous sommes les travailleurs de première ligne. J'aimerais trouver un moyen de régler cela. Votre comité pourra peut-être faire des recommandations à cet égard.

Mme Quewezance: Les effets de l'alcoolisme fœtal touchent bon nombre des personnes qui glissent entre les mailles du filet. À Regina, on ne voit pas seulement que des enfants victimes du SAF, il y a de nombreux bébés qui naissent avec une dépendance à la cocaïne, à la morphine, à la méthadone, au Talwin et au Ritalin.

Si vous interrogez la plupart des mères qui portent ces enfants, elles vont vous dire que leurs parents étaient alcooliques. Je ne sais pas si nous créons un plus gros problème ou si nous ne savons pas comment nous y prendre. Cependant, la situation est très inquiétante à Regina. À l'unité néonatale, il y a plein de bébés toxicomanes.

Le sénateur Sibbeston: Je suis des Territoires du Nord-Ouest où les problèmes ne sont pas aussi graves que ceux des centres urbains dont vous nous avez parlé. La plupart des Autochtones dans le Nord vivent dans de petites localités, et comme j'ai fait de la politique pendant une bonne partie de ma vie, je connais aussi leurs problèmes. Cela dit, ce n'est pas une situation désespérante, où la pauvreté est abjecte. Les gens émergent lentement d'un mode de vie traditionnel et en adoptent un plus moderne. Dans les grands centres, par exemple, Yellowknife et Inuvik, les gens se rétablissent grâce aux revendications territoriales qui ont été négociées avec les Autochtones.

Il me plaît de croire que dans une région du pays au moins, la situation des Autochtones est bonne. C'est probablement ce que je puis dire des Inuits, qui possèdent leur propre territoire, le Nunavut, et qui sont autonomes. Les Autochtones sont présents dans tous les aspects de la société, au niveau du gouvernement, dans la politique, les affaires, etc.

Étant donné que vous représentez des agences autochtones de services à l'enfance et à la famille, je me suis dit que dans votre travail, vous devez constater bon nombre des problèmes qui se posent chez les Autochtones, et l'on me dit qu'il y a de nombreux problèmes de ce genre. Une partie de moi-même veut entendre qu'il y a de l'espoir, que quelque part dans la société, il y a des centaines de milliers d'Autochtones qui réussissent bien, qui font leur chemin et qui s'intègrent lentement dans la société. Je sais, de manière générale, que dans les régions de l'ouest de notre pays, par exemple la Saskatchewan, les Autochtones commencent à former une partie importante de la population du fait de leur croissance démographique. Je crois savoir que les Autochtones vont devenir nombreux dans certaines villes de la Saskatchewan.

Y a-t-il de l'espoir? Je vois bien que dans votre travail, vous êtes en contact avec la plupart des problèmes. Savez- vous s'il y a des situations positives? De toute évidence, dans votre travail social, vous rencontrez des gens qui ont des problèmes. Peut-être que cela colore votre vision de la situation.

Je veux savoir s'il y a de l'espoir pour les Autochtones. Y a-t-il de l'espoir pour les Autochtones dans nos villes, et dans vos régions du Canada, qui fera que dans cinq, dix, 20 ou 30 ans, les Autochtones contribueront puissamment à l'essor de notre société?

M. Richard: Il y a beaucoup d'espoir. Premièrement, mon monde abrite les personnes qui ont le plus de problèmes. Cela influence dans une certaine mesure les exposés que nous faisons. Toronto reçoit des Autochtones des quatre coins du monde, c'est vrai, et la plupart d'entre eux se débrouillent bien. Nous vous expliquons comment ils en sont venus à bien se débrouiller. Chaque personne a son histoire à raconter. Cela dit, il y a des Autochtones de classe moyenne en grand nombre à Toronto, qui viennent de toutes les régions du Canada, qui se débrouillent bien. J'ai un conseil d'administration, par exemple, qui compte de nombreuses personnes qui sont dans ce cas. Je suis très heureux de vous le dire.

Pour les gens avec qui nous travaillons — ceux qui sont le plus à risque, les plus défavorisés et qui portent sur eux les cicatrices du Canada colonial — il y a encore de l'espoir. J'ai vu des enfants de la rue sur qui on ne comptait plus et dont on disait qu'ils n'avaient que deux possibilités: la mort et la prison. Nous avons réussi à briser ce cycle pour bon nombre d'entre eux, tellement qu'ils ont cessé de se droguer et de boire. Certains jouent du tambour dans notre programme Red Spirit Drum.

J'étais récemment à Andong, en Corée, où j'accompagnais six jeunes de la rue autochtones qui avaient cessé de boire et qui avaient été invités à se produire dans un festival de danse international. On avait autrefois renoncé à aider ces jeunes, et l'on disait de certains d'entre eux qu'ils souffraient de déficience mentale, ce qui n'était pas le cas, soit dit en passant. Nous les avons inscrits à notre école lorsqu'ils se sont mis à faire des progrès. Dans un bon milieu encourageant, avec du personnel qui comprend leurs besoins, avec un financement de base suffisant à long terme, et un endroit où les jeunes peuvent se sentir chez eux et où il y a un contrôle quelconque, vous pouvez rejoindre presque n'importe qui. Cependant, il y aura toujours des drames et des victimes.

Certains d'entre eux sont tellement mal en point qu'on ne pourra jamais les récupérer. Par exemple, il y a un pauvre gars chez nous que nous essayons tout simplement de maintenir en vie. Il est héroïnomane et ne mange pas, mais il vient chez nous quand il a faim. Il y a un peu d'espoir pour lui aussi parce qu'il n'est pas mort, alors que tous ses proches l'étaient. Il va peut-être un jour vaincre sa dépendance. On ne peut pas faire ce métier si on n'a pas une grande dose d'optimisme. Quand on voit les visages de certaines de ces personnes, vous savez qu'il y a une étincelle en eux. Il vous appartient de faire quelque chose avec cette étincelle. Il appartient au gouvernement canadien de nous aider à faire cela.

Mme Boisvert: J'espère avoir donné une image positive. Il y a beaucoup de bonnes choses qui se font à Winnipeg et à Calgary. Nous avons une école réservée aux Autochtones et des programmes d'aide préscolaire. Nous avons un programme de mentorat dans les écoles publiques et catholiques. Même si ce programme en est au stade embryonnaire, il va connaître de l'expansion parce que les jeunes et les familles participantes vont y voir. Il y a des gens qui sont venus chez nous et qui sont venus chez vous qui vivent, et ils sont la preuve vivante qu'il y a de l'espoir. S'il n'y avait pas d'espoir, nous ne serions pas ici; les choses vont changer.

Vous ne pourrez pas aider tout le monde, mais il y en a tant d'autres qui vont venir chez nous et que nous pourrons aider, et qui à leur tour pourront en aider d'autres. Ça se résume à cela: aider une personne et lui ou elle aidera quelqu'un d'autre, et d'autres personnes seront guéries.

J'aimerais que certains de ces programmes qui marchent vraiment bien s'élargissent. Il y a une différence entre un programme qui répond aux besoins des familles et qui est évalué comme tel mais qui ne marche pas vraiment très bien. J'ai parfois des appréhensions quand j'entends quelqu'un dire au sujet d'un programme: «Ça va tellement bien. Voici notre évaluation, ce qui prouve aux fournisseurs de fonds gouvernementaux que nous nous débrouillons bien». Mais chez nous, les gens qui ont recours à ce programme disent: «Eh bien, je n'en retire pas grand-chose. J'y vais, mais ça ne m'aide pas beaucoup.»

En ce qui concerne les évaluations, plus elles sont neutres, impartiales et éloignées des programmes, meilleures elles sont. Quand un évaluateur qui n'a absolument rien à voir avec nous nous dit que nous nous débrouillons bien, son évaluation est plus crédible. C'est ce qui se fait maintenant avec certains programmes.

Il y a des programmes qui vont bien maintenant, à tel point que les gens peuvent vous dire, à vous et à notre milieu: «Oui, c'est un programme qui vaut la peine d'être soutenu financièrement parce qu'il fait le plus grand bien». Quand on voit des programmes urbains dont les animateurs sont contestés, dont les fonds sont mal gérés mais qui continuent de recevoir du financement des gouvernements, les gens se disent: «Mais qu'est-ce qui se passe? Comment se fait-il qu'ils voient l'arbre et non la forêt? Ces programmes et ces gens-là ne servent à rien. On détourne de l'argent vers des programmes qui n'en méritent pas, et on continue de financer ces programmes».

Lorsqu'on est si loin des autres collectivités, la seule façon de résoudre le problème, c'est que les gens de ces autres groupes viennent dire que le programme n'est pas efficace et qu'il ne faut plus le soutenir.

M. Richard: C'est fondamental. Les fonctionnaires chargés de gérer les subventions sont très intimidés par tout ce qui a trait aux Autochtones. Il y a aussi des Autochtones qui savent comment faire de l'intimidation. J'ai même vu des fonctionnaires fuir à toutes jambes plutôt que d'oser évaluer un programme insatisfaisant. Il faudra que nous corrigions cela, mais je ne suis pas sûr que ce soit possible au moyen de la formation. Je parle ici des fonctionnaires qui fournissent des fonds et sont au service de divers ordres de gouvernement. À mon avis, ils ne servent pas l'intérêt de leurs clients en s'abstenant d'affronter directement certains problèmes.

Mme Boisvert: Être Autochtone n'empêche pas nécessairement de faire de l'intimidation. Nous avons nos propres petits tyrans autochtones, qui feront tout en leur pouvoir pour obtenir le plus d'avantages possible.

Le sénateur Pearson: Je vous remercie tous d'être venus nous rencontrer aujourd'hui. L'exposé a été vraiment fascinant. On y remarque certains fils conducteurs au sujet d'un soutien financier stable, assorti d'évaluations, ainsi que le précisait M. Boisvert. Par ailleurs, le fait que tant de parents réclament un appui direct me paraît tout à fait sensé. Je suis certainement d'accord pour qu'on offre le soutien direct d'une personne qui vous aidera à vous occuper de ce minuscule poupon plutôt que de vous dire comment faire. Au sujet de la question de l'encadrement, j'aurais aimé quelque chose d'un peu plus étoffé, parce qu'elle me paraît tout à fait essentielle. Même dans les cas où il n'a pas été possible de soutenir les parents dès après la naissance, il reste cette autre possibilité. Le mentorat est un élément tellement important pour tant de gens.

Savez-vous si des études ont été consacrées à l'encadrement des jeunes, et pas seulement des jeunes autochtones? Qu'en est-il aussi de la qualité, de la cohérence et du temps qu'exige ce genre d'effort, sans parler de tout le reste? Avez- vous entendu parler d'études de ce genre qui pourraient nous être utiles lorsque nous formulerons nos recommandations? Je suis sûre que nous aimerions aborder cette question.

Mme Parisian: J'ai lu quelque chose au sujet d'un programme d'encadrement des jeunes, mais le nom de cette étude m'échappe. Je ne me souviens même pas de l'endroit où le programme avait été mis en oeuvre, mais il semble avoir obtenu un certain succès. Cela dit, dans nos écoles communautaires de Regina, il existe ce que l'on appelle un système de jumelage, grâce auquel un étudiant plus âgé prend un plus jeune sous son aile, s'occupe de lui. Ça fonctionne. Cela aussi donne de bons résultats.

Pour ce qui est de nos programmes d'éducation familiale, nous en offrons toute une variété pendant l'année, et ceux qui y participent deviennent en quelque sorte un groupe de soutien. Ainsi par exemple, d'habitude certaines femmes qui ont terminé le cours vont continuer à se réunir après et se soutenir l'une l'autre à propos de ce genre de chose. C'est quelque chose de positif et qui peut donner de bons résultats dans tous les groupes d'âge, qu'il s'agisse d'enfants, de jeunes ou d'adultes.

La présidente: Monsieur Richard, aimeriez-vous nous parler des recherches effectuées sur l'encadrement?

M. Richard: Je n'ai aucun document de recherche en main, mais je sais que ce genre de programme donne de bons résultats. Je vais d'ailleurs vous donner un exemple de ce qui à mes yeux est un succès. J'administre un camp d'été, et comme moniteurs et conseillers, je m'assure de recruter des Autochtones qui ont réussi, afin qu'ils soient les principaux intermédiaires entre les enfants de six à sept ans et les administrateurs du camp. À cette fin, nous nous tournons entre autres vers des étudiants du niveau universitaire ou collégial, qui ont l'air en bonne santé et qui incarnent tout ce que nous tenons à voir chez nos jeunes. Vous pouvez toujours appeler cela un programme de mentorat ou d'encadrement, mais vous pouvez aussi lui donner bon nombre d'autres noms. Quoi qu'il en soit, ces conseillers établissent des liens avec les enfants, liens qui peuvent durer des années, si de part et d'autre on revient au camp. Une fois devenus adultes, les jeunes se souviendront que le moniteur aura joué un rôle décisif dans leur vie, qu'il leur aura montré qu'on peut se rendre jusqu'à l'université, réussir et quand même être fier d'être Autochtone.

Chez nous, l'encadrement ne revêt pas de forme officielle ou rigide, mais lorsque nous recrutons quelqu'un, nous gardons toujours cela à l'esprit, car c'est ainsi que les enfants apprennent. C'est un facteur essentiel, particulièrement pour les enfants dont l'identité est quelque peu incertaine, pour ceux qui ont peut-être intériorisé certaines images assez négatives des Autochtones. Un jour, ils rencontrent un beau grand jeune Mohawk, qui est à la fois excellent athlète et membre de l'équipe de débats. Cela impressionne beaucoup les petits enfants. C'est le genre de travail que nous faisons; ainsi que je vous le disais, c'est moins réglementé, mais c'est tout aussi efficace.

Mme Boisvert: Diverses études se sont penchées sur le phénomène de l'encadrement dans divers programmes. Je pense par exemple au programme Redécouverte de soi, qui comporte cet aspect du mentorat, et même à l'échelle internationale. C'est un programme qui existe depuis longtemps, et nous pourrons vous envoyer des renseignements à son sujet.

Des programmes de mentorat qui ont fait leurs preuves sont aussi mis en oeuvre dans divers milieux ethnoculturels, partout aux États-Unis mais aussi dans le monde entier. Nous nous en inspirons d'ailleurs pour concevoir nos propres programmes.

Le sénateur Pearson: Cela fait longtemps que je travaille avec une jeune qui est devenue mon amie. Elle me traite de «bourreau». Eh bien, un des rôles des mentors, c'est de les pousser à se dépasser. Il ne suffit pas d'être un modèle, il faut aussi avoir le courage d'encourager l'émulation, de dire «eh bien, tu ne l'es pas encore». Cela dit, j'aimerais me renseigner sur les recherches effectuées à ce sujet. Le programme Redécouverte de soi me paraît intéressant, et je vous remercie d'en avoir parlé. Nous chercherons également d'autres sources.

Le sénateur Léger: Je n'ai pas vraiment de questions, mais je vais vous faire part de ce qui a retenu mon attention. D'abord, je vous remercie, monsieur Richard, d'avoir mentionné Robert, qui réussissait à s'en tirer à Toronto, mais qui s'est senti complètement dépassé lorsqu'il est arrivé ici.

De tous les témoins que j'ai eu la chance de rencontrer, j'estime que vous êtes les précurseurs de ce qui s'en vient dans les collectivités autochtones. Je sais que vous avez vécu des choses incroyables dans le passé; toutefois, je pense aussi qu'aujourd'hui, lorsque vous demandez qu'on soutienne des projets à long terme, c'est assez difficile à obtenir, car aujourd'hui, tout est temporaire. Il n'existe plus d'emplois permanents; c'est toujours du travail temporaire ou du travail à la pige. Tout est bref et rapide, et c'est tout à fait le contraire de ce dont vous avez besoin, si vous voulez non seulement survivre mais vraiment vivre. Il faudra que la société retourne à ses origines.

Parlant d'origines, j'ai vraiment l'impression qu'une forte proportion des jeunes Autochtones qui vont en ville pour obtenir du travail sont déracinés. Vos centres d'accueil pour les jeunes peuvent certainement essayer d'atténuer la chose, mais lorsqu'il y a déracinement, cela entraîne des conséquence.

Je sais que c'est l'idéal à atteindre. Toutefois, après avoir entendu autant de témoignages, je peux dire qu'il y a vraiment de l'espoir.

Monsieur Richard, j'ai bien aimé votre remarque où vous demandiez comment 10 millions de dollars peuvent se transformer en 250 000 $. Je viens des Maritimes, et on voit la même chose là-bas. Les pêcheurs vendent leur poisson tant, mais en fin de compte, ils ne reçoivent que 4 cents, et on se demande donc ce qui s'est passé. Je me souviens de la fois où je voulais acheter du homard, en pleine saison de homard, mais parce que j'étais allée au magasin plutôt que sur les quais, j'ai acheté un homard qui avait été pêché tout près de chez moi mais qui avait été envoyé à Toronto avant de revenir. C'était la seule façon pour nous d'en obtenir en hiver, hors saison. Il y a de l'argent là. J'espère que nous serons en mesure de corriger ce genre de chose.

Une dernière chose: est-ce qu'on protège les dirigeants? Madame Parisian, vous nous avez dit que cela fait 30 ans que vous vous occupez de ce genre de chose. Or, est-ce que nous protégeons les nouveaux chefs? Est-ce que nous leur donnons du travail? Autrement, ils devront se tourner vers d'autre chose.

Mme Parisian: Je pense moi aussi qu'il faut leur offrir des possibilités. À l'heure actuelle, je songe aux gens de notre collectivité qui ont obtenu les diplômes et qui sont sans travail.

Notre centre embauche des travailleurs de soutien à la famille qui offrent des services conseils à domicile. Ils ne sont pas diplômés, bien que nous arrivions à embaucher des travailleurs diplômés puisqu'ils n'arrivent pas à décrocher un emploi ailleurs.

En ce qui a trait à la protection, nous faisons également appel à un programme de mentorat. Le mentor remplace la famille que le jeune n'a jamais eue. Le mentor rehausse l'estime du jeune en lui démontrant sa valeur et en lui donnant l'espoir et l'encouragement nécessaires pour poursuivre sa guérison.

La situation est la même pour nos chefs. J'avais moi-même un mentor lorsque j'étais jeune. C'est la raison pour laquelle je suis ce que je suis aujourd'hui. J'ai aussi encadré beaucoup de jeunes moi-même. Je crois que la plupart des gens réunis ici ont joué ce rôle également. Nous avons souvent besoin et recours à l'appui de notre famille, dans la mesure où on en a une. Vers qui doit-on se tourner quand nous n'en avons pas?

Le sénateur Hubley: Je voudrais remercier les témoins pour leur exposé de ce matin.

J'ai quelques questions, mais je souhaite d'abord aborder la question du financement. Vous avez soulevé un aspect important pour le comité ce matin qui concerne votre optique. À votre avis, le financement est important, mais doit être accompagné de transparence, de crédibilité et d'évaluation. M. Richard et Mme Boisvert on déjà formulé quelques observations à ce sujet, mais je me demandais si M. Jackson, Mme Parisian et Mme Quewezance pourraient nous faire part de leur expérience.

Mme Quewezance: Nous nous intéressons particulièrement aux questions de financement entre autres parce que, à notre avis, les programmes doivent être conçus, appliqués et gérés par des Autochtones. Cela se rattache également au mentorat: un jeune de la rue dans le besoin cherchera de l'aide auprès de quelqu'un qui a vécu une expérience semblable à la sienne plutôt que quelqu'un qui le regardera d'un air condescendant et offrira des conseils plus théoriques. Cette méthode ne fonctionne pas. En embauchant des gens qui n'ont pas nécessairement de diplôme, mais qui ont vécu dans la rue, qui ont remis de l'ordre dans leur vie et ont réussi à dénicher un emploi, on peut provoquer une réaction en chaîne. On peut espérer que d'autres profitent de cette expérience.

Je ne crois pas que la solution réside dans le financement d'organisations bien précises. Les ressources doivent venir d'ailleurs. Comme nous l'avons dit, les programmes doivent être crédibles et soumis à des évaluations. Il n'existe aucun financement pour les programmes d'extension de services. Comment doit-on rejoindre nos clients? Une femme nous a même confié que parfois il est nécessaire de prendre les gens par la main. Si une mère souffre d'une dépendance à la morphine, quelqu'un doit la prendre par la main et l'inscrire à un programme en lui disant de remettre de l'ordre dans sa vie. Ce devrait être quelqu'un qui a vécu la même expérience qu'elle et qui s'en est sorti.

Les gens pensent que l'argent est une panacée. Le financement constitue le point de départ, mais il ne garantit pas la réussite. Ce sont les gens qui le font. Je crois que le financement est important, mais qu'il ne doit pas être accordé qu'aux gens diplômés.

M. Jackson: Je me ferai l'écho de Mme Quewezance en répétant que le financement doit être destiné aux Autochtones. Nous avons récemment appris que nous perdrons un programme de mentorat d'étudiants du premier cycle universitaire qui se consacraient à la recherche communautaire sur le VIH/sida. Ce programme ne relèvera plus de la section VIH de Santé Canada et de notre organisation qui l'administrait, mais bien des Instituts de recherche en santé du Canada pour des raisons de financement. Nous n'avons pas eu voix au chapitre. À certains égards, la décision semble avoir été prise pour des considérations politiques.

En définitive, j'estime que le succès des programmes dépend de la participation des Autochtones aux décisions sur les formules de financement et les lignes directrices.

Mme Parisian: Nous souhaitons tous que nos systèmes fonctionnent, mais ce n'est pas toujours le cas. Comme je l'ai dit plus tôt, je suis en faveur de l'autonomie gouvernementale et je crois que nous tirerions profit de cette occasion qui devrait nous être offerte. Toutefois, l'autonomie gouvernementale dans le cadre de nos nations n'a pas toujours suivi une démarche démocratique. C'est pourquoi nous avons élu des dirigeants, mais ceux-ci n'ont pas toujours été élus démocratiquement.

Ce que je vous dis fait les manchettes.

Notre peuple est opprimé. Parfois nous nous opprimons les uns les autres parce que c'est ainsi que nous avons appris à composer avec les situations difficiles.

Nos gouvernements n'ont pas d'opposition. Dans notre région, notre gouvernement est métis. On nous dit qu'on doit respecter ce gouvernement parce qu'il est élu. Comment a-t-il été élu?

Il y a environ huit ans, 22 millions de dollars ont été consacrés à des initiatives d'emploi et de formation pour notre peuple. Il ne reste à présent environ que 10 millions de dollars.

Ma fille a tenté de se servir de ces fonds pour suivre des cours, mais le programme dans notre région avait été démantelé. Tous les étudiants qui suivaient un cours universitaire n'ont pas pu continuer en raison de la mauvaise gestion de ces fonds par les politiciens. C'est le cas d'une bonne partie du financement qui aurait dû être investi dans les programmes et les services.

Comment doit-on régler le problème? Doit-on élire une opposition? Doit-on revoir la structure politique de notre peuple? La situation est déplorable.

Je vous ai dit un peu plus tôt que lorsqu'on réunit les intervenants de la communauté et que l'on travaille d'un point de vue communautaire, tout semble fonctionner. Le programme Bon départ donne de bons résultats dans notre région. Lorsqu'il a vu le jour il y a cinq ans, tous les gens de la communauté qui s'y intéressaient se sont réunis pour y participer chacun du mieux qu'il le pouvait. Des réunions ont été organisées. En définitive, même ce système n'était pas parfait puisqu'un des intervenants a décidé de se retirer du projet avec sa mise.

Il ne faut pas se leurrer, l'argent est nécessaire pour toute entreprise. Dans bien des cas, nos membres n'ont jamais eu d'argent. Un financement adéquat est nécessaire à l'amélioration de notre situation.

Des intervenants ont continué d'investir temps et effort dans le programme Bon départ et ils ont fait face à des difficultés. Toutefois, ce programme est effectivement devenu un programme communautaire.

À l'heure actuelle, notre organisation est gérée par un conseil d'administration entièrement autochtone jouissant d'une longue expérience en développement communautaire. Ils ont tous un emploi et ont tous parcouru le chemin de la guérison.

Le programme Bon départ est offert à Regina. Nous avons un comité provincial pour les 16 sites en Saskatchewan et un comité national pour la centaine de sites de par le Canada. Tous les intervenants participent à cette initiative.

Ces initiatives bénéficient parfois d'un soutien politique et certains programmes continuent d'éprouver quelques difficultés. L'élément moteur de l'initiative n'est toutefois pas la politique, mais bien la communauté. L'investissement communautaire et la mise en valeur du potentiel de la communauté ont fonctionné pour notre région. Je crois que cela sera le cas pour d'autres initiatives également.

Mme Boisvert: Je suis d'accord avec Mme Parisian. On ne peut pas changer la bureaucratie en passant d'un palier de gouvernement à un autre. Même si notre propre gouvernement, qu'il soit des Première nation ou Métis, en était responsable, on ne ferait que remplacer une forme de gouvernement par une autre. Ce gouvernement pourrait être tout aussi corrompu qu'un autre.

À titre d'exemple, nous avons reçu 600 000 $ pour financer le développement de la petite enfance. Comment cette somme est-elle passée à 200 000 $ à 300 000 $? Où est donc passé le reste de l'argent? Personne ne rend compte de sa disparition.

Nous recevons un financement pour l'aide à l'emploi. Nous entendons dire qu'une somme x a été consentie par le gouvernement provincial ou fédéral à cet effet, mais une fois sur le terrain, il n'en reste plus qu'un quart. Comment cela se produit-il?

Bon départ est un bon programme, mais il connaît quelques ratés dans notre ville en raison de la politique à l'échelle communautaire.

Un aîné est un jour venu à notre table. Avant de réciter la prière, nous buvions un café et il nous a dit à la blague, mais sur un ton sérieux: «Je voulais dire quelque chose. Si cela rend service, alors je m'y oppose. Je pourrais terminer cette phrase en rajoutant que si cela rend service, je m'y oppose à moins d'en tirer tout le crédit».

Cette dynamique semble se retrouver même dans les initiatives communautaires. Cela devient une autre arène politique, et tout le monde veut s'attribuer le mérite des succès.

L'expression «propriété intellectuelle» est utilisée de plus en plus. Je n'ai aucune idée de ce qui va se passer à cet égard.

Il nous faut trouver le moyen de travailler ensemble plutôt que de se faire la concurrence pour l'argent. Il faut abandonner la notion selon laquelle il s'agit d'une entreprise et la remplacer par l'idée de sauver ou de soutenir des vies.

Nous ne sommes pas le salut des personnes. Chaque personne représente son propre salut. Tout ce que nous faisons, c'est offrir aux gens le soutien qui leur permet de s'en tirer.

La présidente: Merci.

Le sénateur Chaput: J'ai trouvé tous les exposés fascinants. Et je crois que, en vous écoutant aujourd'hui, nous avons recueilli des idées de solutions à partir des formules qui fonctionnent déjà, et qui fonctionnent bien. À présent, c'est à nous de voir comment nous pouvons aller plus loin.

La présidente: J'ai une question pour M. Jackson et pour Mme Quewezance.

J'ai travaillé un petit peu dans le dossier du sida et des maladies transmises sexuellement. La Ontario Federation of Indian Friendship Centres a publié un rapport. Ils ont conclu que 62 p. 100 des jeunes répondants de leur enquête étaient actifs sexuellement dès l'âge de 16 ans et que plus de 50 p. 100 d'entre eux affirmaient n'utiliser la contraception que rarement, voire jamais. L'alcool et la drogue sont des facteurs importants. Il y a un taux élevé de grossesses chez les adolescentes. Beaucoup de jeunes ont des relations sexuelles au moment où leur faculté de faire des choix et leur sens des responsabilités sont affaiblis. Soixante-cinq pour cent des filles et 35 p. 100 des garçons ont affirmé avoir été victimes d'une forme de sévices sexuels.

À la lumière de ces constatations, et d'après votre expérience, quels programmes ou services recommandez-vous pour ces jeunes?

M. Jackson: D'abord, les jeunes doivent participer à la conception et à la prestation même des services. Ces programmes devraient se pencher, comme nous l'avons tous dit aujourd'hui, sur les problèmes sociaux, culturels, économiques et politiques au sens large qui affectent les jeunes Autochtones. Cela implique un soutien financier et organisationnel.

Au Réseau canadien autochtone du sida, nous recherchons des lueurs à l'horizon. Notre réseau est sur pied depuis sept mois.

L'un de nos programmes, dirigé par un jeune, cherche à élaborer des messages de prévention du VIH/sida destinés aux jeunes Autochtones. Le programme va de l'avant et des jeunes Autochtones se sont joints à l'effort à titre de conseillers. C'est un programme qui pourrait avoir une incidence positive sur la communauté et sur ceux qui y prennent part.

Mme Quewezance: Même si ces statistiques sont ahurissantes, je ne suis pas surprise. La seule différence par rapport à notre région, c'est que les jeunes, chez nous, ont leur première relation sexuelle à l'âge de 14 ans, soit deux ans plus tôt.

La lutte contre la pauvreté, les programmes de traitement et les programmes communautaires, voilà ce qui exige notre attention, et non l'éducation. Quel jeune ira à l'école s'il a faim et qu'il est sans-abri? C'est ce qui explique le problème à Toronto. Assurément, il faut un programme de traitement. Il y a deux ans, nous avons connu une jeune fille de 12 ans qui était morphinomane et faisait le trottoir. Nous ne pouvions l'envoyer nulle part. Elle n'a pas pu suivre un traitement. Elle ne pouvait pas être traitée à la méthadone parce qu'elle était trop jeune. Elle est tombée entre les mailles du filet. Si le problème du traitement avait été réglé et qu'un programme communautaire avait été disponible, nous aurions peut-être pu l'aider, mais nous n'avons pas pu. Il faut s'attaquer à ces trois problèmes en priorité.

La présidente: Merci beaucoup.

Je vous serais reconnaissante de m'envoyer une copie des exposés que vous avez lus, et un exemplaire du rapport de Mme Boisvert. Notre greffier aimerait pouvoir les distribuer aux membres du comité.

M. Richard: J'ai promis à des jeunes Torontois de dire ceci: ils pensent pouvoir expliquer la situation beaucoup mieux que je ne peux le faire, et ils aimeraient avoir l'occasion de venir comparaître et de vous présenter un film qui a été tourné dans les rues de Toronto. Si la chose est possible, je vous prie de l'envisager. Je crois que cela vous intéresserait.

La présidente: Veuillez donner leur nom et leur adresse à notre greffier pour qu'il puisse communiquer avec eux.

M. Richard: Ils sont itinérants, leur adresse est la mienne.

La présidente: Veuillez parler au greffier.

Je vous remercie beaucoup. La séance a été intéressante et instructive. Je peux vous assurer que vos exposés et vos recommandations seront étudiés sérieusement dans l'élaboration de notre rapport. Il nous faut un plan d'action pour le changement, et non une autre étude.

La séance est levée.


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