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PRB 07-34F

Afghanistan : La condition de la femme

Clara Morgan
Division des affaires politiques et sociales

Le 10 janvier 2008

pdf PDF (351 Ko, 8 pages)

Avertissement


Table des matières


Depuis 2001, la communauté internationale a appliqué différentes stratégies, axées tantôt sur l’observation des droits constitutionnels, tantôt sur la participation au processus politique, le développement et la reconstruction, l’éducation et la surveillance ou la promotion des droits de la personne, dans l’espoir d’améliorer la condition de la femme en Afghanistan. Malgré quelques progrès accomplis dans certains centres urbains, les quelque 85 p. 100 des femmes afghanes vivant en milieu rural ont très peu profité des interventions et des programmes découlant de ces stratégies(1).

Le présent document offre une vue d’ensemble des problèmes que vivent les femmes en Afghanistan. Il traite des acquis qu’elles ont faits, en précisant que les améliorations effectuées ont été en grande partie symboliques et n’ont pas encore produit de résultats concrets(2). Il souligne également la contribution du Canada à la promotion des droits des femmes en Afghanistan. Il aborde enfin la question de la situation actuelle sur le plan de la sécurité et de l’avenir de la condition féminine dans ce pays.

Contexte

Les femmes afghanes vivent dans des conditions lamentables depuis de nombreuses années. Leur situation s’est gravement détériorée sous l’occupation soviétique et les régimes qui ont suivi. De fait, les violations de leurs droits humains auraient atteint leur point culminant durant la guerre civile, au début des années 1990, lorsque les chefs moudjahidines cherchaient à s’emparer de Kaboul(3). Mais les violations des droits humains et les crimes perpétrés contre les femmes ne suscitaient aucun intérêt en dehors de l’Afghanistan(4). La fragilisation des droits des femmes s’est poursuivie avec l’arrivée au pouvoir des Talibans, en 1996(5). Le monde est demeuré en grande partie insensible au triste sort des femmes afghanes jusqu’à ce que, dans la foulée des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis, l’Afghanistan se transforme soudainement en une zone d’intérêt stratégique. Les droits des femmes sont alors devenus un motif d’intervention pour la communauté internationale(6). Dans l’allocution radiophonique hebdomadaire du président des États-Unis du 17 novembre 2001, Laura Bush a expliqué à la nation américaine que les récents succès militaires en Afghanistan avaient libéré les femmes de leur foyer et que celles-ci pouvaient désormais écouter de la musique et enseigner à leurs filles sans crainte de représailles(7). Un observateur a cependant fait remarquer que la lutte contre le terrorisme n’a pas produit de changement immédiat dans la condition, les droits ou les perspectives des femmes afghanes. La dégradation des conditions de sécurité a plutôt empêché celles-ci de bénéficier des droits et avantages que leur promettait la communauté internationale(8).

Même si, selon un récent sondage mené par la société Environics, la majorité des Afghans sont d’avis que les femmes dans leur pays se portent mieux aujourd’hui que sous le régime des Talibans(9), des sondages plus poussés effectués par la Fondation pour l’Asie font état de progrès inégaux. Par exemple, celui de 2006 révèle que les femmes demeurent victimes d’oppression et de discrimination dans des domaines essentiels comme la santé et l’éducation, malgré des améliorations importantes(10). Le sondage de 2007 révèle quant à lui, à la lumière des opinions exprimées quant au port de la burka et à la participation à la vie politique(11), que le pays reste fermement ancré dans la tradition et le conservatisme(12).

Pour bien comprendre la problématique hommes-femmes en Afghanistan, il faut se rappeler que cette société multiethnique, multilingue et traditionnelle a de tout temps été gouvernée par un État central faible et assujettie aux diktats des tribus(13). On doit aussi prendre en considération les facteurs culturels et historiques à l’origine de la discrimination fondée sur le sexe et de la violence faite aux femmes(14), de même que les structures sociales changeantes qui modèlent la vie des femmes, l’instabilité politique et économique, le commerce illicite des drogues et des biens de consommation et l’impact de la traite de personnes sur la vie des femmes et des jeunes filles(15). Les femmes afghanes, dans ce contexte, ont des besoins divers et leur situation socioéconomique peut grandement varier. La réalité d’une nomade est bien différente de celle d’une villageoise, et les deux vivent dans des conditions bien différentes de celles d’une diplômée universitaire en milieu urbain(16).

Cela étant dit, conformément au rôle traditionnel joué généralement par les femmes afghanes dans leur famille et leur collectivité, même les militantes les plus acharnées en faveur de l’amélioration de la condition de la femme en Afghanistan préfèrent s’attaquer à la souffrance des hommes comme à celle des femmes, au lieu de s’intéresser uniquement aux droits des femmes(17). Les activistes afghanes ont mentionné, au nombre de leurs inquiétudes immédiates, l’absence de sécurité physique, les taux élevés de mortalité maternelle et juvénile, l’analphabétisme et l’insécurité alimentaire. Parmi les solutions à long terme envisagées, notons l’éducation, la production de revenus à l’échelle locale et un soutien institutionnel pour les projets de réaménagement menés par des femmes(18).

Indicateurs de développement et inégalité entre les sexes

Plusieurs indicateurs révèlent une inégalité flagrante entre les sexes en Afghanistan. S’inspirant du Rapport sur le développement humain en Afghanistan, de la Stratégie de développement national de l’Afghanistan et de divers rapports de l’ONU(19) ,les sections qui suivent fournissent de l’information sur la longévité des femmes afghanes, sur leur degré d’alphabétisation et d’instruction, sur les épisodes de violence qu’elles ont vécus et sur l’accès qui leur est offert au système judiciaire.

L’indicateur sexospécifique de développement humain corrige les indicateurs de développement humain de manière à ce qu’ils rendent compte des disparités entre les hommes et les femmes sous trois rapports précis : longévité et santé, instruction et accès au savoir et niveau de vie. Pour l’Afghanistan, cet indicateur se situe à 0,310, un des plus bas niveaux au monde, ce qui démontre à quel point les femmes afghanes sont désavantagées sur les plans économique et social.

Longévité et santé

La durée de vie moyenne des femmes en Afghanistan est de 42 ans, soit près de 20 ans de moins que la moyenne mondiale. Ailleurs dans le monde, les femmes vivent généralement plus longtemps que les hommes, mais pas en Afghanistan. Malgré les ravages faits par 25 ans de guerre dans la population masculine, on dénombre encore plus d’hommes que de femmes, dans une proportion moyenne de 104 hommes pour 100 femmes, dans tous les groupes d’âge. À 1 600 décès pour 100 000 naissances vivantes, le taux de mortalité maternelle en Afghanistan est un des plus élevés au monde. Et il faut savoir que le taux de fertilité des femmes afghanes (6,6 enfants en moyenne) est le plus élevé au monde. Les grossesses fréquentes empêchent souvent les femmes afghanes de poursuivre leurs études ou d’avoir des perspectives intéressantes sur le plan économique. Par ailleurs, le taux de mortalité juvénile en Afghanistan demeure le plus élevé au monde.

Taux d’alphabétisation et accès à l’instruction

Le taux d’alphabétisation des adultes en Afghanistan, où seulement 23,5 p. 100 de la population âgée de 15 ans ou plus sait lire et écrire, figure parmi les plus modestes au monde. On estime à 12,6 p. 100 le taux d’alphabétisation chez les femmes, contre 32,4 p. 100 chez les hommes. La proportion de femmes alphabétisées par rapport aux hommes est de 0,4 dans l’ensemble de la population, loin derrière celle calculée dans les pays avoisinants, tels que l’Iran (0,8) et le Pakistan (0,6)(20). Les filles ont maintenant davantage accès à l’instruction dans les centres urbains, mais les progrès sur ce plan ont été plus restreints en milieu rural. Le taux d’inscriptions scolaires aux niveaux primaire, secondaire et postsecondaire est près de deux fois plus élevé chez les garçons (73,7 p. 100) que chez les filles (41,8 p. 100)(21).

Activité économique

Entre 80 et 90 p. 100 de toute l’activité économique en Afghanistan se déroule en marge des structures établies. Victimes des pratiques conservatrices, les femmes afghanes ont du mal à gagner leur vie, ont des perspectives économiques limitées et ont peu de chances de travailler en dehors du foyer. Comme la majorité d’entre elles vivent en milieu rural, leurs principales activités se résument à l’agriculture, au soin des bêtes et à la vie familiale. Ce sont toutes des activités qui contribuent à l’économie domestique, mais qui ne sont pas rémunérées.

Violence contre les femmes

D’après le Rapport sur le développement humain en Afghanistan de 2007, la violence faite aux femmes en Afghanistan aurait, de l’avis général, atteint des proportions épidémiques(22). La majorité des cas de violence ne sont pas signalés, en raison des restrictions sévères auxquelles les femmes sont assujetties lorsqu’elles réclament justice ou demandent réparation. Le rapport fait état des atteintes épouvantables aux droits de la personne dont les femmes sont victimes. Par exemple, entre 60 et 80 p. 100 de tous les mariages afghans sont des unions forcées ou précoces(23).

La Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes a indiqué que la guerre et les conflits qui ont éclaté depuis ont contribué à l’escalade de la violence contre les femmes. Elle a notamment souligné que, faute de normes justes et uniformes, on ne parvenait pas à protéger les femmes contre la violence en Afghanistan, qu’il s’agisse de viol conjugal, d’agression sexuelle ou d’une autre forme de violence au foyer, de violence physique ou psychologique liée aux mariages forcés ou précoces, d’auto-immolation des femmes et des filles par le feu(24), de négligence de soi sous forme de malnutrition ou de privation de soins médicaux adéquats(25)

Les femmes et la loi

Le niveau élevé de discrimination dont font l’objet les femmes afghanes tient aux institutions officielles et officieuses qui régissent le pays. Les femmes ayant toujours été empêchées de dénoncer les actes de violence commis à leur endroit, on leur refuse encore souvent un accès juste et équitable à la justice. La sous-représentation des femmes est aussi une caractéristique prédominante du système judiciaire afghan. Même si le quart des étudiants inscrits aux universités de Balkh et de Kaboul en 2003 étaient des femmes, seulement 3 p. 100 à peu près des postes de juges sont occupés par des femmes. La promotion sociale constituerait, aux yeux de plusieurs, une façon de garantir une participation accrue des femmes au système judiciaire et à d’autres institutions afghanes fondées sur la primauté du droit. Aucune femme ne siège actuellement à la Cour suprême du pays.

Promotion de la condition féminine

On a réussi à faire progresser la situation de la femme dans les domaines des droits constitutionnels, de la représentation et de la participation à la politique, du développement et de la reconstruction et de l’éducation. Les accords de Bonn, découlant des négociations de paix menées par les Nations Unies à Bonn, en Allemagne, en novembre et décembre 2001, prévoyaient, au nombre des objectifs à atteindre au profit des femmes afghanes, le droit de voter aux élections, de servir au sein du gouvernement et de se faire élire au Parlement. Ces objectifs ont été établis officiellement dans la Constitution afghane de 2004 ainsi que dans le Pacte pour l’Afghanistan de 2006(26). Des observateurs soulignent cependant que les changements ont tardé à venir dans certains domaines, comme il est expliqué dans les sections suivantes.

Droits constitutionnels

Après une période d’intenses négociations, la Constitution de la République islamique d’Afghanistan a reçu l’approbation des 502 membres de la Loya Djirga constitutionnelle (LDC) en janvier 2004(27). Le chapitre second de la nouvelle Constitution afghane consacre les droits et obligations fondamentaux des citoyens. L’article 22 indique que tout citoyen afghan, homme ou femme, a des droits et des obligations égaux devant la loi. Selon l’analyste Barnett Rubin, cette disposition constituait une exigence fondamentale pour les membres féminins de la LDC, formant 20 p. 100 de l’Assemblée(28).

On a cependant soulevé certaines préoccupations à l’égard du fait que l’article 22, proclamant l’égalité entre les sexes, se trouvait tempéré par l’article 3, suivant lequel aucune loi ne peut aller à l’encontre des croyances et des principes de la religion sacrée de l’islam(29), assurant ainsi une application discriminatoire de la loi religieuse, qu’on appelle la charia(30). On a pu constater à quel point la situation des femmes était précaire en Afghanistan lorsque, en juillet 2006, le Cabinet du président Karzaï a adopté une proposition faite par le Conseil ouléma des membres du clergé en faveur du rétablissement du ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice. Ce ministère s’était rendu tristement célèbre sous le régime des Talibans par sa façon brutale d’imposer l’extrémisme en recourant à sa propre police, connue sous le nom de « police du vice et de la vertu »(31). Des observateurs pensent que la Constitution, en restant vague sur la question de l’égalité des femmes et des relations entre les droits des femmes et la charia, donne un peu de jeu sur le plan juridique aux conservateurs(32). Surtout, il leur apparaît problématique de concilier la charia avec les droits humains internationaux étant donné que, observée dans certaines situations, la première rend les droits des femmes sujets à interprétation(33). Certains ont dit craindre que le ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice soit jugé constitutionnel et conforme à la Convention internationale sur les droits de l’homme(34). Devant la force des arguments soulevés tant par des dirigeants politiques que par des citoyens et des groupes de la société civile, principalement des femmes, la proposition a été bloquée avant d’atteindre l’Assemblée nationale(35).

Représentation et participation à la politique

L’Assemblée nationale afghane se compose de deux chambres : la Chambre basse, appelée Wolesi Djirga, et la Chambre haute (ou Assemblée des anciens), connue sous le nom de Mechrano Djirga. La Constitution afghane garantit aux femmes le droit de faire de la politique. Elle leur accorde au moins 25 p. 100 des sièges à la Chambre basse (art. 83) et près de 17 p. 100 des sièges à la Chambre haute (art. 84). On peut donc dire que l’Afghanistan a fait des efforts pour parvenir à une représentation égale des hommes et des femmes dans le processus décisionnel, sauf que les femmes n’exercent pas nécessairement autant de pouvoir ou d’influence au sein du gouvernement que leur nombre peut bien l’indiquer(36). Il y en a parmi elles qui ont voulu défier le statu quo. L’une d’elles, la députée élue de la province de Farah, Mulalai Joya, a été évincée de la Wolesi Djirga en mai 2006 pour avoir critiqué ses collègues. En 2003, elle s’était prononcée publiquement contre la participation de seigneurs de guerre à la rédaction de la Constitution afghane(37).

Un rapport récent de l’Unité de recherche et d’évaluation de l’Afghanistan indique que les intérêts des femmes ne sont pas représentés de façon significative au Parlement(38). Ce même rapport attribue cette piètre représentation à divers facteurs : le manque de groupes d’intérêt, les liens ténus entre les parlementaires et leurs électeurs, le régime de favoritisme et les divisions entre les différentes classes sociales, la faible représentation des femmes au sein du Cabinet Karzaï, la marginalisation des questions se rapportant aux femmes en les restreignant au ministère de la Condition féminine, et la promotion, par la communauté internationale, d’attentes irréalistes par rapport à la situation politique et socioéconomique qui existe en Afghanistan (39).

Même si 40 p. 100 de l’électorat était constitué de femmes, la participation de celles-ci aux élections présidentielles d’octobre 2004 a varié selon les régions. Dans les régions pachtounes d’Helmand et d’Orouzgan, le taux de participation des femmes a atteint à peine 2 et 7 p. 100 respectivement. Plusieurs obstacles ont aussi empêché une plus grande participation des femmes aux élections. Mentionnons, entre autres, le manque d’éducation civique, une culture conservatrice où 72 p. 100 de la population croit que les hommes devraient dire aux femmes pour qui voter, les menaces proférées par les seigneurs de guerre et la pratique qui consiste à voter selon ses affiliations au clan ou à la tribu(40).

Selon le Rapport sur le développement humain en Afghanistan, on s’inquiète de ce que les femmes soient exclues des djirgas et des chouras locales, ces assemblées composées uniquement d’hommes qui assurent la gouvernance à l’échelle locale. L’absence des femmes au sein de ces institutions risque d’avoir des conséquences graves pour la condition des femmes et la protection de leurs droits. Il arrive que les décisions prises par les djirgas soient contraires aux lois de l’État, à la charia ainsi qu’aux droits humains fondamentaux(41). Par contre, on dit des djirgas qu’elles sont dignes de confiance, efficaces et moins corrompues que les tribunaux de l’État(42). Un autre type d’assemblées, appelées Conseils de développement communautaire, auxquelles les femmes peuvent se faire élire, a été constitué dans le cadre du Programme de solidarité nationale du gouvernement afghan(43).

Les femmes, le développement et la reconstruction

La Stratégie de développement national de l’Afghanistan (SDNA), une feuille de route en vue d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et de faire de l’Afghanistan un État démocratique, en est actuellement à l’étape intermédiaire. Le Pacte pour l’Afghanistan, signé à la Conférence de Londres qui s’est déroulée le 31 janvier et le 1er février 2006, est un accord ou un « contrat » politique passé entre le gouvernement afghan et la communauté internationale qui fixe les 42 points de repère servant à mesurer les progrès accomplis dans ce pays pendant cinq ans(44). Alors que le Pacte définit les priorités sur les plans politique, économique, social et de la sécurité, la SDNA trace les grandes lignes de la stratégie et des programmes précis au moyen desquels le gouvernement afghan pourra honorer ses engagements(45). Les plans de développement et de reconstruction de l’Afghanistan traitent de la parité hommes-femmes, dont il est également question dans la SDNA ainsi que dans le Pacte pour l’Afghanistan.

Voici d’ailleurs le point de repère établi à ce sujet dans ce dernier :

D’ici la fin de 2010, un plan d’action national visant les femmes afghanes aura été exécuté dans son intégrité et, conformément aux OMD de l’Afghanistan, la participation des femmes dans toutes les institutions afghanes, y compris les organismes élus et nommés, ainsi que la fonction publique, aura été renforcée.

L’égalité entre les sexes recoupe les différents thèmes de la stratégie de développement en trois volets de l’Afghanistan, à savoir la sécurité, la gouvernance et le développement économique. Pour qu’elle devienne une réalité, on a mis sur pied un Plan d’action national pour les femmes afghanes d’une durée de dix ans. Le Rapport de 2005 sur les objectifs de développement du Millénaire pour l’Afghanistan exprime l’engagement de l’Afghanistan à éliminer les disparités entre les sexes dans le développement humain. Le troisième objectif, « Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes », vise à régler les problèmes suivants : les disparités entre les sexes en matière d’éducation, les faibles taux d’alphabétisation chez les femmes, la violence contre les femmes, les violations des droits des femmes et la participation de celles-ci aux décisions politiques. Le cinquième objectif, « Améliorer la santé maternelle », traite des taux élevés de mortalité maternelle en Afghanistan. Afin de répondre aux besoins de l’Afghanistan, on a repoussé de 2015 à 2020 la date cible pour l’atteinte de cet objectif. Sans déroger à la SDNA, tout ministère ou organisme doit exécuter sa propre stratégie de développement. Le ministère de la Condition féminine a déjà établi la sienne.

Selon le Rapport sur le développement humain en Afghanistan, ce pays devra améliorer l’accès aux soins de santé et à l’éducation et aplanir les obstacles culturels qui se dressent encore sur son chemin s’il veut atteindre ses objectifs de développement. Les taux élevés de mortalité chez les femmes et les enfants sont assez révélateurs des piètres conditions de vie de la plupart des femmes et des enfants afghans. La mortalité en bas âge peut s’expliquer par le manque d’eau potable et de nourriture saine, la difficulté à obtenir des soins de santé, les piètres conditions d’hygiène et les faibles taux d’alphabétisation. Une augmentation importante du nombre de travailleuses de la santé a permis à plus de femmes et de jeunes filles de recevoir des soins de santé, mais cette mesure ne peut contrer les effets de la violence généralisée contre les femmes en Afghanistan ni remédier à l’incapacité du système juridique à les protéger.

Le ministère de la Condition féminine

Les accords de Bonn et l’Entente de novembre 2001 ont donné lieu à la création du ministère de la Condition féminine (MCF), chargé de coordonner les actions des divers ministères et partenaires du gouvernement pour s’assurer que la dimension de genre soit incluse dans tous les programmes et toutes les politiques(46). Le MCF est allé au-devant des besoins des femmes en établissant des centres de ressources à leur intention.

Malgré son utilité symbolique, du fait qu’il rappelle aux Afghans l’importance des droits des femmes, le MCF n’a pas réussi à rendre les femmes vraiment plus autonomes(47). Mentionnons qu’un seul ministère, celui de la Condition féminine, est dirigé par une femme. En fait, le MCF est devenu une sorte de fourre-tout créé à l’instigation de la communauté internationale pour tous genres de questions se rapportant aux femmes(48).

Commission afghane indépendante des droits de la personne

La Commission afghane indépendante des droits de la personne a été établie, selon la Constitution afghane, dans le but de superviser l’observation des droits de la personne en Afghanistan, en vue d’assurer leur promotion et leur protection. La Commission est aussi responsable de promouvoir les droits des femmes et de chercher à réduire et à éliminer en bout de ligne les attitudes discriminatoires à l’égard des femmes. L’Afghanistan est partie à plusieurs instruments internationaux relatifs aux droits de la personne, dont la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW).

Éducation

L’éducation pour les hommes et les femmes représente un élément fondamental de toute stratégie de protection des droits des femmes et de développement durable en matière de sécurité et sur les plans économique et social(49/a>). L’inscription à l’école primaire de six millions d’enfants au cours des cinq dernières années constitue un progrès considérable. Et le tiers environ des élèves de la première à la douzième année sont des filles.

Les cas de décrochage scolaire sont cependant très nombreux. Pour encourager les filles à rester à l’école, il faudrait embaucher suffisamment d’enseignantes pour enseigner à des classes composées uniquement de filles. On a aussi besoin d’écoles supplémentaires réservées aux filles, puisque beaucoup de parents jugent qu’il n’est pas convenable que les filles partagent les bancs d’école avec les garçons. La sécurité est aussi une cause de décrochage scolaire : les parents s’inquiètent pour la sécurité de leurs enfants, surtout les filles, qui se trouvent exposées à bien des risques lorsqu’elles doivent parcourir à pied une longue distance pour se rendre à l’école(50).

Le rôle du Canada

Le rôle du Canada en Afghanistan s’articule autour de la stratégie des trois D : diplomatie, défense et développement. Le gouvernement du Canada a réitéré à de nombreuses reprises sa volonté de participer à la reconstruction et au développement de l’Afghanistan et d’améliorer la condition des femmes afghanes. L’Agence canadienne de développement international (ACDI) est l’organisme fédéral qui s’intéresse le plus activement aux questions relatives aux femmes en Afghanistan. Elle emploie des fonds à rehausser la place des femmes et des filles dans la société afghane et à accroître les perspectives et les services qui leur sont offerts(51). L’ACDI est un des principaux contributeurs au Mécanisme de microfinancement et de soutien en Afghanistan (MISFA), un programme national afghan de microcrédit et de microfinancement auquel elle a déjà versé 56 millions de dollars. Le MISFA finance 15 institutions de microfinancement qui, à leur tour, prêtent des sommes modiques et offrent des services financiers aux pauvres de l’Afghanistan. En date du 31 mai 2007, plus de 360 000 personnes dans 23 provinces de l’Afghanistan, dont celle de Kandahar, avaient obtenu des petits prêts et des services d’épargne de la MISFA, et près des trois quarts étaient des femmes(52).

L’ACDI finance également plusieurs projets d’enseignement, d’alphabétisation et de défense des droits des femmes(53). Elle contribue notamment à un projet de 14,5 millions de dollars visant la construction de 4 000 écoles communautaires et la formation de 9 000 enseignants, dont au moins 4 000 de sexe féminin(54). Dans la province de Kandahar, l’ACDI assume le financement d’un projet d’alphabétisation de 1,4 million de dollars, dont un volet consiste en la formation d’enseignants communautaires, composés à 80 p. 100 de femmes(55). Elle finance enfin des projets destinés à promouvoir les droits des femmes. Par exemple, elle contribue financièrement au Centre international des droits de la personne et du développement démocratique (Droits et Démocratie), qui défend et fait valoir les droits des femmes en Afghanistan(56).

La dégradation des conditions de sécurité en Afghanistan a peut-être remis en cause les investissements faits par le Canada dans le développement et la reconstruction de ce pays et dans l’amélioration de la condition des femmes afghanes. On s’inquiète particulièrement du fait que le Canada ait mis davantage l’accent sur son rôle militaire, étant donné que la sécurité des femmes et des familles est liée de manière intrinsèque à la situation politique et à son incidence au niveau des collectivités individuelles.

Farhoumand-Sims fait le commentaire suivant : « Il est particulièrement troublant de voir le Canada dépenser des millions de dollars dans des opérations militaires anti-insurrectionnelles, au lieu d’investir dans le développement, la reconstruction, le renforcement des capacités et la protection civile. »*(57)

La sécurité et l’avenir de la condition féminine

Tant que persistera le climat d’insécurité et de violence en Afghanistan, il sera difficile d’atteindre les buts fixés pour la reconstruction et le développement et d’améliorer la condition des femmes afghanes. Un rapport publié par les Nations Unies révèle que la situation explosive qui existe dans ce pays « mine la confiance en l’avenir et empêche le gouvernement et les organismes de secours internationaux d’accéder à un nombre grandissant de districts »(58). Le même rapport indique que « la hardiesse et la fréquence des suicides à la bombe, des embuscades et des tirs directs ont augmenté »(59). Les attentats suicides inspirent la crainte dans la population. Ils entravent le droit des enfants à l’éducation, les parents préférant garder ceux-ci à la maison lorsque le trajet jusqu’à l’école devient trop dangereux. La peur de la violence est une raison qui fait hésiter les parents à envoyer leur fille à l’école(60). Puisque les attentats suicides surviennent généralement dans des lieux commerciaux ou des endroits très fréquentés, ils restreignent la liberté de mouvement de tous les membres de la collectivité. Pour les femmes, dont la liberté de mouvement est déjà passablement limitée par les conventions religieuses, culturelles et sociales(61), ces contraintes supplémentaires imposées par la menace de violence se révèlent particulièrement lourdes.

La violence contre les femmes s’est aussi manifestée sous forme d’assassinats politiques. Il convient de souligner, entre autres, le meurtre de deux journalistes bien connues en juin 2007 et celui de la présidente de la Condition féminine dans la province de Kandahar, en septembre 2006(62).

Comme le fait remarquer le Secrétaire général des Nations Unies dans son récent rapport sur la situation en Afghanistan :

On est bien loin d’avoir atteint les objectifs gouvernementaux de la Stratégie en matière d’égalité entre les sexes, faute d’un accès adéquat à des établissements d’enseignement, [et en raison de] la violence généralisée à l’égard des femmes, [du] meurtre de journalistes et [des] actes de violence prenant pour cibles des militantes, des enseignantes, des élèves et des responsables gouvernementales, et [de] la faiblesse de la volonté politique s’agissant de la promotion de la femme.(63)


Sources

  1. Masuda Sultan, From Rhetoric to Reality: Afghan Women on the Agenda for Peace (PDF, 75 pages), Women Waging Peace Policy Commission, Cambridge (Mass.), février 2005.
  2. Cheshmak Farhoumand-Sims, « Unfulfilled promises: Women and peace in post-Taliban Afghanistan », International Journal, vol. 62, no 3, 2007, p. 643 à 663; Sultan (2005).
  3. Farhoumand-Sims (2007), p. 654.
  4. Deniz Kandiyoti, « The Politics of Gender and Reconstruction in Afghanistan », Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social, février 2005, p. 10.
  5. Farhoumand-Sims (2007); Jan Goodwin et Jessica Neuwirth, « The Rifle and the Veil », New York Times, 19 octobre 2001.
  6. Voir Sultan (2005). Pour une critique féministe, voir également Lila Abu Lughod, « Do Muslim Women Really Need Saving? Anthropological Reflections on Cultural Relativism and Its Others », American Anthropologist, vol. 104, no 3, 2002, p. 783 à 790, et Kevin J. Ayotte et Mary E. Husain, « Securing Afghan Women: Neocolonialism, Epistemic Violence, and the Rhetoric of the Veil », NWSA Journal, vol. 17, no 3, p. 112 à 133.
  7. Laura Bush, « Radio Address by Mrs. Bush », 17 novembre 2001.
  8. Farhoumand-Sims (2007), p. 654.
  9. Environics Research Group, rapport sommaire sur un sondage mené auprès des Afghans en 2007 (PDF, 12 pages).
  10. La Fondation pour l’Asie, State Building, Political Progress, and Human Security in Afghanistan (PDF, 151 pages), 2006, p. 96.
  11. Soixante pour cent des répondants au sondage ont indiqué que les femmes devraient normalement porter la burka à l’extérieur du foyer, et 44 p. 100 s’opposaient à la présence de femmes au Parlement national. Voir la Fondation pour l’Asie, Afghanistan in 2007: A Survey of the Afghan People, Kaboul, 2007, p. 89 et 95.
  12. Ibid., p. 9.
  13. Pour avoir un bon aperçu de l’histoire des femmes en Afghanistan, voir Huma Ahmed-Ghosh, « A History of Women in Afghanistan: Lessons Learnt for the Future Or Yesterdays and Tomorrow: Women in Afghanistan » (PDF, 14 pages), Journal of International Women’s Studies, vol. 4, no 3, 2003.
  14. Farhoumand-Sims (2007), p. 654.
  15. Kandiyoti (2005), p. 12 et 13.
  16. Maliha Zulfacar, « The pendulum of gender politics in Afghanistan », Central Asian Survey, vol. 25, no 1, 2006, p. 28.
  17. Margaret Mills et Sally Kitch, « ’Afghan Women Leaders Speak’: An Academic Activist Conference, Mershon Center for International Security Studies, Ohio State University, November 17-19, 2005 », NWSA Journal, vol. 18, no 3, 2006, p. 195.
  18. Mills et Kitch (2006), p. 196 et 197.
  19. Données tirées de Centre for Policy and Human Development, Afghanistan Human Development Report (AHDR) (PDF, 198 pages), Kaboul, 2007; République islamique d’Afghanistan, Afghanistan National Development Strategy.An Interim Strategy for Security, Governance, Economic Growth & Poverty Reduction, Summary Report, 2005, p. 19.
  20. AHDR, p. 24.
  21. Ibid., p. 24.
  22. Ibid., p. 26.
  23. Voir UNIFEM, Uncounted and Discounted: A Secondary Data Research Project on Violence Against Women in Afghanistan, mai 2006, p. 2. Selon ce rapport, 73,5 p. 100 des actes de violence perpétrés contre des femmes ont été commis par des personnes agissant seules, la plupart du temps par un membre de la famille, dont le conjoint (82 p. 100). On a recensé presque autant de cas de violence physique (30,7 p. 100) que de violence psychologique (30,1 p. 100). Venaient en troisième lieu les cas de violence sexuelle (25,2 p. 100). Pour le reste (14 p. 100), soit qu’il s’agissait d’une combinaison des trois types de violence ou qu’on manquait d’information.
  24. D’après la Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes, « les mariages forcés, le manque d’instruction et les coutumes sont les principales causes des suicides » [traduction]. Voir Yakin Ertürk, « Integration of the Human Rights of Women and a Gender Perspective: Violence Against Women », Mission en Afghanistan (9 au 19 juillet 2005), E/CN.4/2006/61/Add.5, 15 février 2006, p. 9.
  25. L’information dans cette section est tirée d’Ertürk (2006).
  26. Pour plus de détails, voir les articles pertinents dans la présente InfoSérie sur l’Afghanistan.
  27. Pour des explications plus détaillées, voir Barnett Rubin, « Crafting a Constitution for Afghanistan », Journal of Democracy, vol. 15, no 3, juillet 2004, p. 5 à 19.
  28. Rubin (2004), p. 14.
  29. Article cité dans Sultan (2005), p. 15.
  30. Sultan (2005);Farhoumand-Sims (2007).
  31. Tom Coghlan, « Fury as Karzai plans return of Taliban’s religious police », The Independent, 12 octobre 2006.
  32. Sultan (2005), p. 15.
  33. Ibid.
  34. Coghlan (2006).
  35. AHDR, p. 105 et 106.
  36. AHDR, p. 26.
  37. Human Rights Watch, « Afghanistan: Reinstate MP Suspended for ‘Insult’ », 23 mai 2007.
  38. Anna Wordsworth, A Matter of Interests: Gender and the Politics of Presence in Afghanistan’s Wolesi Jirga, Unité de recherche et d’évaluation de l’Afghanistan, juin 2007, p. 1.
  39. Ibid., p. 39.
  40. Sultan (2005), p. 31 et 32.
  41. AHDR (2007), p. 10.
  42. Ibid., p. 91.
  43. Ibid., p. 101.
  44. Ibid., p. 113.
  45. République islamique d’Afghanistan (2005).
  46. L’intégration de la dimension de genre consiste à faire en sorte que le point de vue des hommes et des femmes et la parité hommes-femmes soient au cœur de toutes les activités. Voir, par exemple, le site Web de la Conseillère spéciale du Secrétaire général sur les questions d’égalité entre les hommes et les femmes et la promotion des femmes.
  47. Sultan (2005).
  48. Wordsworth (2007), p. 30.
  49. Mills et Kitch (2006), p. 194.
  50. Human Rights Research and Advocacy Consortium, Parents and Children Speak Out. Is government-provided basic education fulfilling Afghan children’s rights?, septembre 2007.
  51. Le site Web de l’ACDI offre une description complète de ces programmes, dont quelques-uns sont mis en relief dans le présent document.
  52. ACDI 2007, « Programme de microfinancement en Afghanistan – Programme national ».
  53. Pour une analyse des programmes de l’ACDI en Afghanistan, voir Cheshmak Farhoumand-Sims, « La contribution du Canada à l’égalité entre les sexes en Afghanistan », Rapport canadien sur le développement 2008, à paraître.
  54. ACDI 2007, « Enseignement primaire pour les filles ».
  55. ACDI 2007, « Programme d’alphabétisation dans la province de Kandahar ».
  56. ACDI 2007, « Fonds de promotion des droits de la femme ».
  57. Farhoumand-Sims (2007), p. 647 [traduction].
  58. Nations Unies, Rapport du Secrétaire général, « La situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales », 21 septembre 2007, p. 1.
  59. Ibid., p. 2.
  60. Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), « Suicide Attacks in Afghanistan (2001-2007) », 9 septembre 2007, p. 12.
  61. Ibid., p. 103.
  62. Nilab Mobarez, « Afghan Women and Security », Afghan Update, MANUA, 2007, p. 8 et 9.
  63. Nations Unies (2007).

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