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La réforme du système financier international

TIPS-10F
20 novembre 2000


La libéralisation des mouvements de capitaux a conduit à un système financier international d’une très grande complexité et d’une envergure véritablement mondiale, auquel participent des organisations internationales, des gouvernements nationaux, des sociétés transnationales, des organes de réglementation et des institutions financières privées. Cette libéralisation s’accompagne :

  • des avantages d’un marché mondial des capitaux;

  • du risque qu’une perturbation d’un élément du système se répande rapidement aux quatre coins du globe.

Les crises financières successives – la crise financière asiatique de 1997, qui suivait la crise du peso mexicain de 1994, la crise de l’Union monétaire européenne de 1992-1993 et la crise de l’endettement des pays d’Amérique latine de 1982 – ont conservé son actualité à la réforme du système financier international, et la création du Groupe des 20 est en partie une réaction à ces crises. Le Groupe, qui s’est réuni à Montréal en octobre 2000, comprend des pays industrialisés et des pays en développement et a pour mission de promouvoir la stabilité financière internationale.

On trouvera ci-après un aperçu de cinq grands enjeux de la réforme du système financier international.

Régimes de change

Les fluctuations des taux de change ne sont pas sans conséquences pour les particuliers, les entreprises et les gouvernements. Le choix du régime de change peut donc avoir des répercussions importantes sur l’ensemble d’une économie. Un taux de change approprié – assorti comme il se doit de politiques budgétaire et monétaire judicieuses – peut permettre à un pays de jouir d’une plus grande stabilité, en aidant à canaliser les flux internationaux de capitaux vers leur emploi le plus productif. Un régime de change inapproprié peut être un facteur d’instabilité, et même susciter des crises monétaires et financières. Le taux de change revêt une importance particulièrement importante dans les pays en développement, car il demeure le principal signal en matière de prix pour les investisseurs.

Chaque pays doit trouver le régime de change qui lui convient en fonction des particularités de son économie, notamment de sa vulnérabilité aux bouleversements externes. Grosso modo, les divers régimes de change varient entre les deux extrêmes suivants :

  • le régime de change fixe (la valeur relative de la monnaie nationale est subordonnée à la monnaie d’un autre pays ou, dans des cas extrêmes, la monnaie d’un autre pays est substituée à la devise nationale);

  • le régime de change flottant (c’est la demande de la devise sur le marché qui détermine le taux de change).

Il n’existe pas de régime idéal pour tous les pays à n’importe quelle époque. Les régimes de change fixe et les régimes de change flottant présentent chacun des avantages et des inconvénients. À une époque où les capitaux sont de plus en plus mobiles, beaucoup d’économistes estiment maintenant que les pays doivent choisir entre deux extrêmes : la stabilité d’un taux fixe et l’indépendance en matière de politique monétaire que confère un taux flottant.

Flux de capitaux

La libéralisation des mouvements de capitaux a permis à de nombreuses économies émergentes d’importer non seulement des capitaux, mais aussi des idées et des technologies et, ainsi, de croître plus rapidement. Par contre, on observe que les flux de capitaux – dont la majorité sont à court terme – sont de plus en plus instables, ce qui comporte des risques accrus d’instabilité intérieure, de fluctuations brusques des taux de change et de contagion internationale.

Il n’existe actuellement aucun mécanisme international de régulation des mouvements de capitaux. Après les crises qui ont touché l’Asie, la Russie et l’Amérique latine, on a demandé l’adoption de mesures visant à :

  • prévenir les brusques revirements des flux de capitaux qui peuvent handicaper les pays en développement;

  • contenir la spéculation de plus en plus fréquente sur les devises.

Les mesures proposées prennent généralement deux formes :

  • des restrictions imposées par les pays sur les entrées et les sorties de capitaux de courte durée (de moins d’un an);

  • au niveau mondial, la perception d’une faible taxe – la taxe « Tobin », du nom du lauréat du prix Nobel d’économie James Tobin – sur les opérations de change afin de décourager la spéculation sur les devises.

On s’accorde généralement à dire que les économies émergentes doivent faire preuve de prudence au chapitre de la libéralisation des flux de capitaux et qu’il convient de contrôler les emprunts à court terme de ces pays, mais les avis sont très partagés en ce qui a trait aux avantages et aux coûts de la libéralisation des mouvements de capitaux. Il n’y a pas unanimité non plus sur l’utilité du contrôle des flux de capitaux à court terme pour protéger les économies de l’instabilité et des crises, et sur la possibilité de régir les flux de capitaux sans donner lieu à des coûts économiques considérables.

Consolidation des systèmes financiers nationaux

Pour assurer la plus grande stabilité des finances internationales, les pays en développement doivent consolider leur propre secteur financier. Or, parmi les gouvernements d’économies émergentes, nombreux sont ceux qui ont omis d’instituer un cadre juridique et institutionnel adéquat pour leur secteur financier et dont le régime politique n’a ni l’ouverture et ni la transparence nécessaires pour réduire la corruption. De plus, le favoritisme politique entrave souvent les réformes bancaires et monétaires.

Une bonne partie des problèmes externes auxquels font face les pays en développement tiennent aux lacunes de leur propre secteur financier. Vu sa complexité croissante, le système financier profiterait d’une plus grande transparence des marchés financiers et des institutions financières dans les pays en développement et d’une réglementation bancaire plus efficace. Évidemment, les investisseurs étrangers devraient faire preuve d’une plus grande prudence et soupeser soigneusement les risques avant d’investir sur les marchés émergents.

Réforme des institutions financières internationales (IFI)

Une bonne partie des problèmes du secteur financier tiennent au fait que les marchés financiers internationaux sont de plus en plus dynamiques et complexes, mais que la réglementation n’existe qu’au niveau national. Certaines économies émergentes ont une réglementation très déficiente ou, comme dans les centres bancaires extraterritoriaux, pratiquement inexistante. La responsabilité de la surveillance et de l’amélioration de la santé financière des pays continue d’être fragmentée. Elle relève actuellement de trois organisations internationales :

  • le Fonds monétaire international (FMI), qui effectue des examens annuels de la santé financière des pays, mais ne possède ni les ressources humaines ni les ressources financières nécessaires pour assurer la surveillance du secteur financier sans aide extérieure;

  • la Banque mondiale, qui s’intéresse aux réformes structurelles de l’économie, notamment au niveau de l’infrastructure financière;

  • la Banque des règlements internationaux, qui élabore les règles qui régissent les banques et s’efforce depuis de nombreuses années d’améliorer la surveillance des banques au niveau international, mais sans que ses directives n’aient force de loi.

Plusieurs propositions de réforme des IFI concernent au premier chef le FMI qui, de stabilisateur monétaire à court terme, est devenu à la fois le « pompier de service » du monde et une source de financement à long terme du développement. Les mesures – critiquées par plusieurs – qu’il a recommandées à la suite de la crise économique et financière asiatique l’ont exposé à des pressions de toutes parts.

Certains affirment que le FMI doit disparaître. Ceux-là sont d’avis que son intervention en période de crise accroît la probabilité que de telles crises se reproduisent (il s’agit du problème de l’« aléa moral »), du fait qu’il allège le fardeau des mauvaises créances et vient au secours des pays qui pratiquent des politiques économiques peu judicieuses.

On reproche aussi au FMI d’imposer des réformes à l’emporte-pièce, sans prendre en considération la situation particulière des pays en détresse, et de ne pas faire preuve lui-même de la transparence et de l’obligation de rendre compte qu’il impose à ses pays clients. Enfin, le FMI s’intéresse de plus en plus à des questions d’ordre micro-économique, ce qui fait dire à certains qu’il s’agit là d’une forme d’intrusion dans ce qui est normalement considéré comme les affaires intérieures courantes de pays souverains.

D’autres estiment que le FMI aurait un rôle essentiel à jouer pour ce qui est de forcer les pays à rendre leurs marchés financiers plus transparents s’ils veulent recevoir de l’aide et d’agir comme prêteur international de dernier ressort – un rôle stabilisateur, un peu comme celui d’une banque centrale. Actuellement, le FMI agit comme quasi-prêteur de dernier ressort.

Responsabilisation du secteur privé

On s’intéresse de plus en plus à des réformes globales qui accroîtraient la participation du secteur privé à la prévention et à la résolution des crises financières. Mis à part le fait qu’ils considèrent comme injuste qu’on laisse une entreprise éviter d’assumer la responsabilité de ses actions, certains estiment que les entreprises doivent être amenées à payer le prix de leurs erreurs – ce qui les encouragerait à ne pas les répéter – et à aider à réparer les pots cassés en cas de crise financière. Comme les investisseurs étrangers ont la possibilité de retirer rapidement leurs capitaux d’une économie, ce qui cause généralement des crises bancaires et monétaires, il est difficile d’intervenir à leur égard. Pourtant, il est important, après une crise, de les convaincre de continuer d’investir dans l’économie touchée.

Les réformes les plus radicales proposées prévoient l’élimination totale des garanties du FMI et du secteur public, c’est-à-dire de laisser les forces du marché discipliner les prêteurs. À l’opposé, d’autres réclament des institutions internationales nouvelles ou renouvelées, qui seraient plus aptes à gérer les risques et à coordonner la réponse aux crises. D’autres encore prônent une meilleure gouvernance, une information plus complète et transparente (pour les pays, les entreprises et les institutions financières internationales) et divers mécanismes visant à faire en sorte que les investisseurs :

  • continuent de fournir du crédit en temps de crise;

  • assument certaines des conséquences de leurs décisions en matière de placements.

préparé par
Blayne Haggart, analyste
Peter Berg, analyste
Service d'information et de recherche parlementaires

Liens et sources

Eichengreen, Barry. Toward an International Financial Architecture, Washington, D.C., Institute for International Economics, 1999.

Excellente analyse de la réforme financière internationale.

Le site du Institute for International Economics (IIE) contient de l’information sur tous les secteurs de la réforme des finances internationales de même que de nombreux liens vers des sources d’information connexes.

Les États-Unis s’intéressent activement à la réforme du système financier international. Des vues opposées sont présentées dans un rapport de 1999 commandité par le Council on Foreign Relations, Safeguarding Prosperity in a Global Financial System, et dans un rapport du International Financial Institution Advisory Council (disponible en anglais seulement), aussi appelé le rapport Meltzer. La seule personne qui a participé aux deux études, C. Fred Bergsten, de l’IIE, a rédigé une comparaison (disponible en anglais seulement) de ces deux rapports sur le plan de la réforme du FMI.

John Williamson passe en revue plusieurs autres rapports dans The Role of the IMF: A Guide to the Reports (disponible en anglais seulement), mai 2000.

Garten, Jeffrey E. « Lessons for the Next Financial Crisis », Foreign Affairs, mars-avril 1999. (disponible en anglais seulement)

Hagart, Blayne.  Les régimes de taux de change : Les choix possibles, Direction de la recherche parlementaire, Bibliothèque du Parlement, PRB 99-14F, 27 octobre 1999.

Sharma, Shalendra D.. « Constructing the New International Financial Architecture – What Role for the IMF? », Journal of World Trade, 34:3, juin 2000, p. 47-70.


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