PRB 09-26F
Holly Porteous
Division des affaires internationales, du commerce et des finances
Le 8 février 2010
PDF ( 379 Ko, 15 pages)
Des allégations faites en janvier 2010 selon lesquelles la Chine aurait piraté les comptes de courriel de Google et les systèmes informatiques d’au moins 33 autres entreprises américaines mettent en lumière une campagne continue de cyberespionnage de plus en plus audacieuse menée contre les intérêts des États-Unis et de leurs alliés(1). En effet, les soupçons de cyberespionnage qui pèsent contre la Chine ont d’abord attiré l’attention du public en 2003, lorsque des rapports sont venus affirmer que celle-ci était à l’origine d’une opération massive et coordonnée qui avait compromis la sécurité de systèmes informatiques confidentiels des gouvernements et du secteur privé aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Canada. Qualifiée de « Pluie de Titan » aux États-Unis, cette opération d’espionnage n’a jamais vraiment cessé(2). Elle s’est seulement transformée en attaques constantes, au moyen d’une vaste infrastructure secrète de systèmes compromis, contre les États-Unis, leurs partenaires des Five Eyes(3) (le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande) et d’autres pays. La Chine est l’un des États de plus en plus nombreux à se servir d’Internet pour voler des renseignements classifiés ou exclusifs et, selon de nombreux analystes, à préparer des actes de sabotage en prévision d’un conflit(4).
Les États-Unis, considérant le cyberespionnage et les cyberattaques comme des menaces de premier ordre, ont reformulé leur stratégie nationale en matière de cybersécurité. Trois de leurs plus proches partenaires du milieu du renseignement (Five Eyes) – l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni – leur ont emboîté le pas. En 2004, le Canada a lui aussi commencé à préparer une stratégie nationale en matière de cybersécurité, mais, au moment où nous écrivons ces lignes, il n’a pas encore fait connaître publiquement sa position. Puisque l’expérience qu’ont connue les États-Unis a profondément influé sur les stratégies de leurs alliés, le présent document se concentrera sur leur approche. Pour des raisons qui seront explorées plus loin dans ce document, le renseignement sur les transmissions (SIGINT – interception de signaux électroniques de tout genre en vue de réunir des renseignements sur une cible) y joue un rôle central.
On sait depuis un certain temps déjà que les cyberattaques peuvent faire des ravages sur une grande échelle(5). On attribue souvent la première attaque automatisée à Robert T. Morris. En 1988, celui-ci avait envoyé le ver informatique Morris dans le réseau ARPANET (le prédécesseur d’Internet)(6). Le ver, après avoir infecté environ 60 000 ordinateurs utilisant un système d’exploitation de type Unix, a entraîné la mise en place d’une équipe d’intervention d’urgence en informatique à l’Université Carnegie Mellon et a valu à son créateur trois années de probation, 400 heures de service communautaire et une amende de 10 000 $US. Néanmoins, il aura fallu une décennie avant que, sous le gouvernement Clinton, l’on fasse une tentative concertée de réfléchir à la cybersécurité à l’échelle nationale; elle a été le fait de la Commission on Critical Infrastructure Protection, présidée par Robert Marsh, général retraité des Forces armées américaines. Les recommandations présentées par la Commission Marsh en 1997 sur la dimension informatique de la protection des infrastructures essentielles, constituaient le fondement de la Presidential Decision Directive 63 (directive présidentielle ou PDD 63), laquelle, à son tour, donnait un cadre à la question de la cybersécurité et aux intentions du gouvernement. Chose remarquable, malgré une série de mises à jour effectuées par les gouvernements successifs (le National Plan for Information Systems Protection, en 2000, la National Strategy to Secure Cyberspace en 2003, la Comprehensive National Cybersecurity Initiative en 2007, et la Cyberspace Policy Review en 2009), les thèmes fondamentaux établis dans la PDD 63 demeurent. Ils sont les suivants :
Si l’énoncé du problème a peu changé depuis la publication de la PDD 63 en 1998, tel n’est pas le cas des instruments utilisés pour le régler. Avant la Comprehensive National Cybersecurity Initiative de 2007, l’application de la loi était l’« outil par excellence ». Par exemple, la PDD 63 comptait sur le tout nouveau National Infrastructure Protection Center (NIPC) pour la préalerte et l’intervention. Le NIPC, établi en février 1998 par le département de la Justice et le Federal Bureau of Investigation (FBI), avait pour mission de collaborer avec le secteur privé, les États et les autorités locales ainsi que d’autres organismes responsables du fédéral – y compris des organismes de défense et de renseignement – afin d’évaluer les menaces, de donner l’alerte, de déterminer la vulnérabilité, de mener des enquêtes pour l’application de la loi et de réagir aux cyberincidents touchant les infrastructures essentielles. Le NIPC était composé principalement d’agents du FBI, mais d’autres départements et organismes de renseignement du fédéral ainsi que le Canada, l’Australie et le Royaume-Uni lui ont aussi fourni du personnel(8).
Il est révélateur que la Stratégie nationale de 2003 ait cherché à améliorer la capacité des forces de l’ordre de prévenir la cybercriminalité et de traduire en justice ceux qui s’en rendent coupables. Il était en effet devenu évident que le modèle du NIPC ne tenait pas ses promesses. Par exemple, en 2000, tout en louant les initiatives déployées par le Centre sur le plan des enquêtes, de la formation et de la sensibilisation, le General Accounting Office (GAO – maintenant le Government Accountability Office) a déclaré au Congrès que le NIPC présentait de graves lacunes au chapitre de ses capacités d’analyse et d’alerte(9). De fait, le NIPC n’a réussi à diffuser un avertissement au sujet du virus de sinistre mémoire « ILOVEYOU » que plusieurs heures après que des départements du gouvernement et des organismes privés ont commencé à succomber à l’attaque(10). À ce sujet, le GAO a aussi noté que le secteur privé hésitait à communiquer au NIPC des renseignements sur les incidents parce qu’il craignait que le FBI soit plus désireux de traduire en justice ceux qui s’en étaient rendu coupables que de protéger le caractère confidentiel de l’information. L’approche adoptée par le NIPC, soit celle d’un « centre de convergence », visait à fournir une réaction coordonnée, mais il était manifeste que le seul fait de réunir sous un même toit des représentants d’organismes différents ne suffisait pas à surmonter les problèmes de mandats divergents, d’échange d’information et de manque de clarté des rôles et des responsabilités. À l’aide de la Stratégie nationale, on a tenté de dénouer le problème en intégrant le NIPC dans le nouveau département de la Sécurité intérieure. Cependant, les problèmes sous-jacents demeuraient. Alors que des États, des organisations criminelles, des sociétés et des particuliers peuvent tous s’adonner à la cybercriminalité et à la cyberguerre, les organismes d’application de la loi sont équipées pour répondre à quelques-unes de ces menaces, mais non à toutes.
La Comprehensive National Cybersecurity Initiative (CNCI) de 2007, rendue publique après un examen de la Stratégie nationale de 2003, annonçait la fin du rôle prépondérant joué par l’élément d’application de la loi(11). Celui-ci devait demeurer un élément essentiel de la cybersécurité, mais il s’agirait dorénavant d’un élément parmi tant d’autres. Selon Melissa Hathaway, ex-chef de la cybersécurité au Conseil national de sécurité des États-Unis : « Il est fondamental, dans cette stratégie, de “rapprocher” les missions de cyberdéfense, traditionnellement distinctes, des capacités en matière d’application de la loi, de renseignement, de contre-espionnage et d’activité militaire afin de tenir compte de toutes les cybermenaces, allant des intrusions à distance dans les réseaux et des exploitations non autorisées de l’intérieur, jusqu’aux vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement »(12).
Bref, la CNCI vise une utilisation plus efficace du « coffre à outils » de la cyberdéfense. Chacun des « outils » – organismes d’application de la loi, forces armées et organismes de renseignement – doit jouer un rôle dans la protection des systèmes informatiques américains contre les cybermenaces. Le FBI fournit au secteur privé des conseils dont celui-ci a grandement besoin pour assurer sa sécurité. Il mène des enquêtes sur la cybercriminalité et intente des poursuites contre ceux qui s’en rendent coupables, y compris dans les cas de cyberespionnage, ce qui génère d’importants renseignements de contre-espionnage et aide à décourager d’autres criminels éventuels. Les organismes des forces armées et du renseignement apportent une dimension différente et plus opérationnelle à la cyberdéfense. Par exemple, avec son nouveau cybercommandement (CYBERCOM), le département américain de la Défense se prépare à participer à un ensemble complet d’opérations de réseaux informatiques – de la défense à l’exploitation non autorisée et à l’attaque(13). Le hasard n’a rien à voir avec la nomination du général Keith Alexander, directeur de la National Security Agency (NSA) des États-Unis, à la direction de CYBERCOM. Comme nous le verrons plus en détail, la NSA (une agence du département de la Défense) jouit de pouvoirs considérables.
Les organismes d’application de la loi, les forces armées et les organismes de renseignement ont chacun une mission en matière de cyberdéfense, mais leurs pouvoirs respectifs exercent différentes contraintes sur la portée de leurs activités. Par exemple, les médias ont rapporté que l’enquête menée par le FBI sur l’attaque de la Pluie de Titan a été entravée par le refus de la Chine de collaborer et par la réticence du gouvernement américain à autoriser le FBI à recourir à l’exploitation non autorisée de réseaux informatiques (CNE)(14) pour enquêter. D’autres entités, comme les forces armées, ont des règles d’engagement moins strictes en ce qui concerne la CNE contre des entités étrangères. Ce qui les préoccupe principalement, c’est de ne pas se faire prendre(15).
Dans le contexte national, toutefois, l’armée américaine se heurte à ses propres contraintes. C’est pourquoi les fonctionnaires du département de la Défense ont divisé la tâche de la cyberdéfense entre militaires et civils, expliquant que CYBERCOM serait responsable de la sécurité des sites Web du domaine « .mil » (le domaine de tête à l’usage exclusif des militaires américains), tandis que le département de la Sécurité intérieure superviserait les mesures de sécurité des sites Web du domaine « .gov » (le domaine de tête à l’usage exclusif du gouvernement des États-Unis)(16). Néanmoins, Einstein – un système de surveillance du trafic sur les réseaux qui est en voie d’élaboration et qui permettra d’assurer la sécurité du domaine « .gov » – est un exemple de certains des problèmes juridiques et politiques complexes soulevés par le « rapprochement » des missions. Einstein est exploité par le département de la Sécurité intérieure, mais dépend des signatures d’attaque fournies par la NSA(17). À l’heure actuelle, le système commence à dépasser le simple fait de surveiller et de signaler les échanges potentiellement néfastes sur le réseau Internet en partance ou à destination des ministères gouvernementaux pour passer à l’interception active de ces échanges(18). Les signatures d’attaque fournies par la NSA déclenchent une opération de « perquisition et saisie » automatisée des échanges suspects, mais sous l’autorité ultime du département de la Sécurité intérieure.
Une des premières mesures que Barack Obama a prises à titre de président a été de commander un examen de 60 jours de la politique américaine sur la cybersécurité. Le Cyberspace Policy Review(19) qui en a résulté en mai 2009 confirmait le rapprochement par la CNCI des missions de défense, de renseignement et d’application de la loi, auparavant distinctes. Elle énonçait aussi dix mesures à court terme(20), liées pour la plupart à la gouvernance, aux lois et aux politiques. Si l’on considère que les États-Unis se préparent à adopter une approche plus opérationnelle à l’égard de l’exploitation non autorisée agressive de réseaux informatiques, on ne devrait pas s’en surprendre. Pour prendre des décisions de façon quasi instantanée au beau milieu d’attaques rapides provenant de plusieurs pays, il faut définir clairement les rôles et les responsabilités et se doter d’une solide assise juridique et politique.
Si les grands thèmes de la stratégie en matière de cybersécurité n’ont pas beaucoup changé depuis la PDD 63, tel n’est pas le cas du sentiment d’urgence. Les cybermenaces qui, en 1998, semblaient un peu théoriques à plusieurs sont devenues une réalité tangible. Aucun « Pearl Harbor informatique » ne s’est encore produit, mais, depuis dix ans, les composantes informatiques clés sont de plus en plus fabriquées à l’étranger, ce qui laisse entrevoir l’inquiétante possibilité que les logiciels des systèmes essentiels soient dotés d’une capacité d’autodestruction. Le cyberespionnage a entraîné des pertes économiques réelles, et la rapidité, le volume et la nature coordonnée de ces intrusions ont fait voir la nécessité de connaître la situation en temps réel afin d’y réagir de façon efficace. C’est pourquoi on note, dans la volonté manifestée par la CNCI de protéger le gouvernement contre les attaques, le désir d’adopter une approche opérationnelle semblable à celle qui est nécessaire pour mener combat. L’établissement de CYBERCOM en 2009 porte à croire que c’est précisément le cas.
Comme nous l’avons souligné, la façon de voir les mécanismes de mise en œuvre de la stratégie ont changé. Au début, l’application de la loi primait. Par exemple, la PDD 63, tout en reconnaissant que certains cyberincidents auraient une portée nationale nécessitant la participation des agences de renseignement, confiait au FBI, un organisme d’application de la loi, la direction du système national d’avertissement et de partage de l’information. En outre, les États-Unis (ainsi que le Canada) étaient activement à la recherche de solutions diplomatiques, mais surtout pour formuler des normes internationales de sécurité technique et criminaliser certaines cyberactivités par l’entremise de la Convention sur la cybercriminalité du Conseil de l’Europe(21).
L’application de la loi demeure un instrument important de la cybersécurité nationale, mais principalement pour ce qui est de sensibiliser la population et d‘intenter des actions en justice en cas de cybercrimes ayant leur origine au pays ou dans un pays disposé à appuyer l’enquête. Malgré l’entrée en vigueur de la Convention sur la cybercriminalité en 2004, les poursuites judiciaires à l’échelle internationale imposent un travail de longue haleine. Les démantèlements de réseaux internationaux de pornographie juvénile, très médiatisés, sont contrebalancés par des résultats décevants, comme l’incapacité de traîner devant la justice toutes les personnes responsables de l’inondation massive des systèmes gouvernementaux et financiers de l’Estonie en 2007. Si l’on en juge d’après l’échange enflammé intervenu entre la Chine et les États-Unis, il est peu vraisemblable que la solution juridique aux attaques survenues contre Google et d’autres entreprises américaines soit entièrement satisfaisante(22). La menace de poursuites – faible à cause de l’impossibilité de découvrir avec certitude les sources de l’attaque, des différences entre les législations des divers pays et le manque de coopération – ne suffit pas à dissuader les États de s’adonner au cyberespionnage. Les risques sont trop faibles, et les avantages sur le plan du renseignement, trop élevés. Tant qu’on ne pourra découvrir les auteurs des attaques de façon fiable grâce à des systèmes de gestion de l’identité, un problème qui, d’après le Cyberspace Policy Review, exige d’être réglé à court terme, les cyberpirates profiteront de la protection offerte par des pays comme la Chine et la Russie et pourront agir relativement en toute impunité. Les experts s’entendent pour dire que, devant cette réalité, il faudra renforcer le mécanisme essentiellement réactif qu’est l’application de la loi en renforçant également les mesures préventives, y compris la préalerte, et en élaborant un plus large éventail de moyens d’action. C’est pour cette raison que le renseignement de sécurité, notamment celui fourni par la NSA, a gagné en importance.
Le public a tendance à associer la NSA à la seule collecte de renseignements touchant l’étranger – une association qui n’aide pas à dissiper les craintes que ses responsabilités de haut niveau découlant de la nouvelle stratégie de cybersécurité menacent le droit à la vie privée(23). Cependant, l’Agence a depuis longtemps pour mandat d’aider à défendre les renseignements et les réseaux informatiques les plus délicats des États-Unis. Les agences de SIGINT comme la NSA sont bien placées pour lancer des avertissements, notamment contre les cyberintrusions complexes perpétrées par des États, parce qu’elles s’adonnent elles-mêmes constamment à ces mêmes activités. La CNE est devenue un outil indispensable de collecte de renseignements touchant l’étranger pour de nombreuses agences de SIGINT, dont celles des Five Eyes(24). Pour gagner à ce jeu, les agences de SIGINT consacrent beaucoup de temps et d’énergie à explorer et à exploiter les points faibles des systèmes informatiques souvent bien endurcis de leurs cibles. Les connaissances qu’elles en tirent leur sont aussi très utiles lorsqu’il s’agit de déterminer si une entité tout aussi complexe tente de leur rendre la pareille. Le fait de détecter, puis d’observer tranquillement le travail de cyberintrus parrainés par un État qui essaient de voler ou d’altérer des données permet de recueillir des renseignements utiles sur leurs capacités et leurs intentions qui peuvent ensuite devenir des indicateurs et des avertissements au sujet des futures cibles.
Nous ne voulons pas laisser entendre que l’excellent point de vue qu’a la NSA des cybermenaces soit toujours confortable. Il existe des tensions évidentes entre ses activités de défense et d’exploitation non autorisée. Il en va de même de l’utilisation des compétences d’exploitation à des fins d’attaque. Un partage trop large de ce qu’elle sait au sujet des vulnérabilités informatiques exploitables pourrait bien un jour lui fermer l’accès à de précieux renseignements touchant l’étranger. Vu le nombre d’intérêts divergents en jeu parmi les organismes responsables, l’on comprendra qu’un problème de gouvernance ait subsisté d’une administration à l’autre.
Les États-Unis ont été parmi les premiers à assimiler la cybersécurité à une question de sécurité nationale et à élaborer des stratégies visant à lutter contre la série de menaces connexes. À mesure qu’ils se tournent de plus en plus vers des organismes des forces armées et du renseignement de sécurité pour fournir des préalertes et trouver d’autres moyens d’action, il va de soi que leurs plus proches alliés font de même. Par exemple, trois des agences de SIGINT des partenaires Five Eyes de la NSA – le Government Communications Headquarters au Royaume-Uni, la Defence Signals Directorate en Australie et le Government Communications Security Bureau en Nouvelle-Zélande – ont des responsabilités du même ordre dans le cadre des stratégies de cybersécurité de leur gouvernement respectif(25). Comme nous l’avons déjà mentionné, le Canada n’a pas encore formulé sa stratégie, mais des rapports laissent présager son annonce imminente(26).
Les capacités des agences de SIGINT comme la NSA ne font aucun doute, mais des questions importantes subsistent quant à la façon dont on peut utiliser ces capacités pour aider à assurer la cybersécurité au-delà du fédéral. Comme la Chine l’a noté indirectement dans sa riposte aux déclarations publiques de la secrétaire d’État Clinton au sujet de l’attaque contre Google, il existe aussi une contradiction indéniable (mais non insurmontable) entre amener la communauté internationale à collaborer pour lutter contre la cybercriminalité et exercer ce genre d’activité au niveau de l’État(27). Enfin, les États-Unis s’efforcent d’intégrer l’exploitation non autorisée des réseaux informatiques, y compris l’attaque de ces réseaux, à leur planification militaire, ce qui a pour leur secteur privé et leurs alliés des conséquences qui doivent être explorées(28).
Les intérêts du Canada à l’égard de la stratégie américaine de cybersécurité sont multiples et touchent les deux pays. Au-delà des partenariats étroits qui existent entre ceux-ci sur le plan des forces armées, du renseignement et de l’application de la loi, le Canada et les États-Unis ont en commun de nombreuses infrastructures essentielles. Il vaudrait aussi la peine d’explorer les questions de souveraineté soulevées par l’intention qu’a le gouvernement des États-Unis de réglementer un plus grand nombre d’aspects des pratiques et des autres activités liées à la cybersécurité dans le secteur privé. Cependant, ces questions dépassent de beaucoup la portée du présent document(29).