Parlement du Canada

Accueil | Travaux parlementaires | Sénateurs et députés | Au sujet du Parlement | Renseignements pour les visiteurs | Emplois

PRB 06-34F

Effet des mesures économiques pour favoriser une alimentation saine, encourager l'activité physique et combattre l'obésité : Revue de littérature

Odette Madore
Division de l'économie

Le 8 janvier 2007

pdf PDF (62 Ko, 3 pages)

Avertissement


Table des matières


Introduction

Pour combattre l’obésité au Canada, on a récemment recommandé des mesures économiques visant à encourager une alimentation saine et l’activité physique.  Ces mesures prennent la forme de taxes, de crédits d’impôt et de subventions (voir les exemples dans le tableau ci‑après).  On explique leur utilité de la façon suivante : l’augmentation de l’obésité – qui résulte de l’écart croissant entre l’apport et la dépense caloriques – coïncide avec une diminution du prix relatif de la calorie consommée et une augmentation du coût de renonciation associé à la calorie brûlée.  Ainsi, des mesures économiques consistant à modifier le prix de la nourriture, des activités physiques et sportives et de l’équipement connexe pourraient modifier les habitudes alimentaires et favoriser l’activité physique.

Exemples de mesures économiques

Mesures visant à encourager l’alimentation saine et l’activité physique

  • Éliminer la taxe de vente sur les aliments santé
  • Subventionner les aliments santé
  • Subventionner le transport des aliments santé vers les régions éloignées
  • Éliminer la taxe de vente sur l’équipement sportif et récréatif
  • Subventionner les activités sportives et récréatives
  • Offrir des crédits d’impôt pour encourager l’activité physique (abonnement à un centre sportif, à des cours de gymnastique, etc.)

Mesures visant à décourager la mauvaise alimentation

  • Taxer les aliments malsains (« taxe sur les grignotines », « taxe sur la malbouffe »)

De telles mesures stratégiques permettraient-elles de prévenir ou de réduire les cas d’obésité au Canada?  Le présent document résume les données disponibles concernant l’efficacité des mesures économiques pour ce qui est de modifier les habitudes alimentaires et les niveaux d’activité physique, ainsi que leur incidence potentielle sur la prévention et le contrôle de l’obésité.

Revue de littérature

Les mesures économiques visent à modifier les prix afin d’influencer les choix des consommateurs.  Leur incidence dépendra de l’importance de la taxe, de la subvention ou du crédit d’impôt et de la réaction des consommateurs aux changements de prix.  Cette réaction dépend de l’élasticité-prix de la demande.  Lorsque la demande est élastique, une légère augmentation (ou diminution) du prix provoque une forte diminution (ou augmentation) des achats.  À l’opposé, la demande n’est pas élastique lorsqu’une forte augmentation (ou diminution) du prix se traduit par une légère diminution (ou augmentation) des achats.  Il faut donc déterminer l’ampleur de la taxe, de la subvention ou du crédit d’impôt en fonction de l’élasticité-prix de la demande.

Il y a peu de données sur l’incidence de diverses mesures économiques sur une alimentation saine et l’activité physique ou sur leur efficacité pour ce qui est de prévenir et de contrôler l’obésité.  Les recherches effectuées jusqu’à présent portent surtout sur l’alimentation saine; une recherche documentaire n’a fait ressortir aucune analyse de l’effet potentiel des mesures économiques visant la promotion de l’activité physique.  Toutefois, un bref examen des études publiées permet de constater les faits suivants :

Les études consultées révèlent qu’aucun pays n’impose explicitement une taxe sur les aliments malsains et que les niveaux de taxes sur les diverses catégories d’aliments ne sont pas uniformes.  Nulle part au monde les aliments ne sont taxés directement en fonction de leur teneur en gras ou de leur contenu nutritionnel.  Ainsi, la plupart des études ne reposent que sur des simulations et non sur des expériences concrètes (à l’exception des programmes de distribution de fruits et de légumes gratuits en Norvège et aux États-Unis, du programme canadien Aliments-poste et de l’étude sur la variation du prix des produits vendus par distributeurs automatiques).

Nous n’avons trouvé aucune étude sur les déductions fiscales et les crédits d’impôt visant à encourager l’activité physique, bien que de telles mesures aient été en vigueur pendant plusieurs années dans certains pays, dont l’Australie et les États-Unis.

Faits récents au Canada

Depuis 2005, le gouvernement de la Nouvelle‑Écosse offre un crédit d’impôt pour l’inscription des enfants et des jeunes à des activités sportives ou récréatives saines qui encouragent de saines habitudes de vie.  Au départ, le montant annuel maximal de ce crédit était de 150 $ par enfant, et il est passé à 500 $ en janvier 2006.  Le coût de ce crédit d’impôt est estimé à 2,2 millions de dollars par an.  Dans son budget de 2006, le gouvernement fédéral a annoncé un incitatif économique similaire, le Crédit d’impôt pour la condition physique des enfants.  À compter de l’année d’imposition 2007, les parents pourront demander un crédit d’impôt non remboursable d’au plus 500 $ à l’égard des frais admissibles pour l’inscription de leurs enfants de moins de 16 ans à des programmes d’activité physique.  Le coût du crédit d’impôt fédéral est estimé à 160 millions de dollars par an.  Il serait intéressant d’évaluer l’efficacité de ces crédits d’impôt une fois que l’on disposera de données suffisantes pour en analyser l’incidence sur l’activité physique et l’obésité.

Un projet pilote de distribution gratuite de fruits et de légumes a été mené dans trois écoles de l’Île-du- Prince-Édouard en 2003, et des projets pilotes semblables ont été lancés en Colombie-Britannique en septembre 2005 et dans certaines écoles du nord de l’Ontario en septembre 2006.  Ces programmes étant relativement récents, ils n’ont pas encore fait l’objet d’évaluations.

Conclusion

Il faudra davantage de recherches pour pouvoir évaluer l’incidence potentielle des mesures économiques sur un mode d’alimentation sain et sur l’augmentation de l’activité physique, ainsi que sur la prévention et le contrôle de l’obésité.  L’évaluation des mesures économiques adoptées récemment au Canada – notamment les nouveaux crédits d’impôt encourageant les enfants à s’inscrire à des activités sportives et les subventions visant à accroître la consommation de fruits et de légumes chez les enfants d’âge scolaire – pourrait fournir des données utiles, qui font défaut à l’heure actuelle.

Bibliographie

Affaires indiennes et du Nord Canada.  « La nutrition et la sécurité alimentaire à Fort Severn (Ontario), Kugaaruk (Nunavut) et Kangiqsujuaq (Nunavik) », Programme Aliments-poste.

Auld, M. Christopher, et Lisa M. Powell.  Economics of Food Energy Density and Adolescent Body Weight, avril 200.

Bere, Elling, Marit B. Veierod et Knut-Inge Klepp.  « The Norwegian School Fruit Program:  Evaluating Paid versus No-Cost Subscriptions », Preventative Medicine, vol. 41, no 2, août 2005, p. 463 à 470.

Cash, Sean B., David L. Sunding et David Zilberman.  « Fat Taxes and Thin Subsidies:  Prices, Diet and Health Outcomes », Acta Agriculturae Scandinavica, Section C – Economy, vol. 2, no 3-4, septembre 2005, p. 167 à 174.

Département de l’Agriculture (américain).  Evaluation of the USDA Fruit and Vegetable Pilot Program:  Report to Congress, mai 2003.

Fieldhouse, Paul.  « Taxing Food », Current Issues – The Inside Story, Les diététistes du Canada, août 2006.

Goodman, Clifford, et Ayodola Anise.  Quelle est l’efficacité d’instruments économiques visant à réduire la consommation d’aliments riches en graisses saturées et d’autres aliments énergétiques en vue de prévenir et de traiter l’obésité?, Réseau des bases factuelles en santé, Organisation mondiale de la santé, juillet 2006.

Jacobson, Michael F., et Kelly D. Brownell.  « Small Taxes on Soft Drinks and Snack Foods to Promote Health », American Journal of Public Health, vol. 90, no 6, juin 2000, p. 854 à 857.

Kennedy, Peter W., et Melanie Toner.  Economic Incentives for a Healthy Diet:  A Comparison of Policies in a Canadian Context, 14 juin 2006.

Kuchler, Fred, Abebayehu Tegune et J. Michael Harris.

Leicester, Andrew, et Frank Windmeijer.  The “Fat Tax”:  Economic Incentives to Reduce Obesity, The Institute for Fiscal Studies, note d’information no 49, juin 2004.

Marshall, Tom.  « Exploring a Fiscal Food Policy:  The Case of Diet and Ischemic Heart Disease », British Medical Journal, vol. 320, 29 janvier 2000, p. 301 à 304.

Rutledge, Krista, et Kim Raine.  Economic Incentives and Disincentives for Healthy Eating and Physical Activity:  A Summary of Evidence, préparé pour la Fondation des maladies du cœur du Canada, 15 août 2005.


Haut du document