Publications de recherche de la Bibliothèque du Parlement
Notes de la Colline
L’OTAN en transition dans une période d’incertitude financière
Melissa Radford, Division des affaires internationales, du commerce et des finances
16 mai 2012
Note de la Colline no 2012-26F
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L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est en transition. Face à de grands défis, l’OTAN (aussi appelée « l’Alliance ») cherche à renforcer la coopération interne, à élargir les partenariats avec d’autres pays et à mettre en œuvre un nouveau concept stratégique, le tout dans un contexte d’incertitude financière.
Les 20 et 21 mai 2012, une soixantaine de chefs d’État et de gouvernement s’attaqueront à ces questions et à d’autres encore au 25e sommet de l’OTAN, qui aura lieu à Chicago.
Les gouvernements, confrontés à la crise économique mondiale et à la hausse qui s’ensuit de leur dette nationale, cherchent à réduire leurs dépenses et leurs déficits. Certains des 28 États membres de l’OTAN ont été frappés plus durement que d’autres.
Les gouvernements de plusieurs de ces États réduisent donc leurs budgets de défense. De plus, l’évolution rapide des technologies rend le maintien des capacités militaires de plus en plus onéreux, ce qui alourdit la pression exercée sur les budgets de défense.
Conclusions tirées de l’expérience libyenne
La récente opération de l’OTAN en Libye, même si elle passe pour un succès, témoigne des nombreux défis que doit relever l’Alliance. Encore davantage, elle montre que le contexte de sécurité international est imprévisible et peut rapidement donner lieu à des menaces exigeant une intervention de l’OTAN.
Bien que l’OTAN ait réagi avec rapidité et efficacité, la mission rappelle que les pays membres peuvent consentir au lancement d’une opération de l’OTAN, tout en refusant d’y participer.
En outre, l’intervention en Libye a confirmé le fait que l’Alliance dépend trop des moyens et des technologies militaires des États-Unis, surtout en ce qui concerne le renseignement, la surveillance et la reconnaissance. Ces facteurs ont été critiques pour la planification et l’exécution de l’opération.
Enfin, la dépendance de l’OTAN à l’égard des États-Unis pour ce qui est du ravitaillement en vol et des munitions à guidage de précision a démontré sans équivoque qu’au moins certains autres membres de l’Organisation doivent se doter sans tarder de ces capacités.
Défense intelligente
En réponse à ces défis, l’Alliance envisage de passer à la « défense intelligente ». Il ne s’agit pas de dépenser plus, mais mieux. L’idée a été adoptée en principe puis intégrée dans un certain nombre de domaines de capacité en développement, y compris le programme de défense antimissile balistique.
Toutefois, dans les faits, il n’est pas certain que les États membres mettront en œuvre des mesures de défense intelligente, et ce, en raison d’intérêts nationaux divergents. La défense intelligente exige en effet que les États membres alignent leurs capacités nationales sur les priorités de l’OTAN afin d’éviter les chevauchements et les réductions non coordonnées, tout en maximisant l’efficacité globale de l’Organisation.
Les pays membres doivent donc mettre au point des capacités spécialisées en collaboration étroite avec d’autres membres et chercher des solutions multinationales en matière d’acquisitions, de logistique et de formation.
Partenariats renforcés
L’Alliance accorde aussi de plus en plus d’importance aux partenariats parce qu’ils contribuent à accroître les capacités et la légitimité de ses missions. Les partenariats sont essentiels particulièrement en ces temps de réduction des budgets de défense.
Une caractéristique des interventions récentes ou en cours de l’OTAN, par exemple en Libye et en Afghanistan, est la coopération avec des États qui ne sont pas membres de l’Alliance, tels que la Mongolie, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les Émirats arabes unis, le Qatar et la République de Corée. De nouveaux mécanismes sont en voie d’élaboration pour préserver, après la fin de ces missions, la confiance et l’interopérabilité opérationnelle entre les partenaires membres de l’Alliance et ceux qui ne le sont pas.
L’Union européenne (UE) est un autre partenaire important de l’Alliance. Se prononçant en mars 2012 sur la nécessité d’améliorer la Politique de sécurité et de défense commune, le Conseil des affaires étrangères de l’UE semblait envisager sa propre version de la défense intelligente : « La coopération européenne portant sur la mutualisation et le partage des capacités militaires représente une réponse commune aux lacunes capacitaires européennes et vise à renforcer l’efficacité opérationnelle dans un climat d’austérité financière et un environnement stratégique en mutation. »
Par l’entremise de l’Agence européenne de défense, les initiatives de coopération ont déjà débuté au chapitre du ravitaillement en vol, du soutien médical, de la formation et de la surveillance maritime.
Le Conseil a aussi appuyé une coopération accrue avec l’OTAN. Il a déclaré que des contacts productifs ont été établis entre le personnel des deux organisations. Toutefois, la question turco-chypriote demeure un irritant qui continue de miner les rapports et la coopération entre l’UE et l’OTAN.
Vers l’avenir
Tout en progressant vers les objectifs décrits dans son nouveau Concept stratégique
(429 ko, 42 pages) (2010), l’OTAN tient compte de certaines réalités. Il est clair que les problèmes économiques actuels ne laissent aux gouvernements nationaux d’autre choix que de réduire leurs budgets de défense.
En outre, l’Alliance cherche à diminuer sa dépendance excessive à l’égard du matériel militaire des États-Unis, d’autant plus que ceux-ci amputent leur budget de défense et recentrent leurs priorités concernant la sécurité et la défense sur la région de l’Asie-Pacifique.
Par conséquent, l’OTAN réduit ses commandements opérationnels. Son secrétaire général – l’un des grands architectes de la défense intelligente – demande que l’on prenne sans tarder des mesures concrètes en vue de la mise en œuvre du Concept stratégique et de la défense intelligente. C’est dans ce contexte qu’auront lieu au Sommet de Chicago les discussions sur les ententes politiques à l’égard des projets de coopération et d’autres initiatives à long terme en matière de défense intelligente.
Ressources connexes
- Parlement européen, Sous-commission « sécurité et défense ». Témoignages, 20 mars 2012, 1509 (Major général Marcel Druart [OTAN], « Leçons tirées de l’opération en Libye » [vidéo en direct]).