Publications de recherche de la Bibliothèque du Parlement
Notes de la Colline
Les G8 d’hier et d’aujourd’hui
Allison Goody, Division des affaires internationales, du commerce et des finances
Le 9 mai 2012
Note de la Colline no 2012-25F
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Lorsque les dirigeants du Groupe des Huit (G8) se réuniront à Camp David, au Maryland, les 18 et 19 mai, la plupart des analystes s’intéresseront surtout à l’ordre du jour du sommet et à ses conclusions. Toutefois, des questions plus vastes doivent être examinées relativement au rôle que jouera le G8 dans l’avenir en tant qu’instance directrice mondiale.
Les origines du G8 remontent à un sommet tenu en 1975, auquel avaient été conviés les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, du Royaume-Uni et des États-Unis. Avec l’arrivée du Canada l’année suivante, ce groupe est devenu le G7. En 1998, un huitième membre, la Russie, s’est joint au groupe.
De la fin des années 1970 au début des années 2000, le G7, puis le G8, étaient considérés parmi les principales – sinon les premières – instances de prise de décision à l’échelle internationale. La couverture médiatique des sommets annuels et le nombre croissant de manifestants, d’intervenants et de nations non membres qui y ont convergé témoignent de l’influence qu’ont exercée ces groupes sur les affaires à l’échelle mondiale.
En 2008, les choses ont changé sensiblement.
Crise économique et financière mondiale
La crise économique et financière mondiale de 2008-2009 a accéléré et accentué les changements qui touchaient depuis plusieurs années l’organisation du pouvoir au sein du système international. Les deux dernières décennies ont été marquées par une diffusion élargie du pouvoir économique entre les pays industrialisés et les économies émergentes. Cette nouvelle répartition du poids économique a influé, par ricochet, sur l’architecture de la gouvernance mondiale.
Alors aux prises avec la crise, les dirigeants mondiaux se sont tournés vers une tribune plus récente, le G20, qui constituait à leurs yeux l’instance internationale la plus en mesure de coordonner une solution.
À l’issue de la première réunion du G20 à l’échelle des dirigeants, qui s’est déroulée en novembre 2008, le président du Brésil a fait valoir que « le G8 [n’avait] dorénavant plus aucune raison d’exister; autrement dit [que] les économies émergentes [devaient] être prises en considération à l’ère de la mondialisation ».
Un an plus tard, les dirigeants du G20 rassemblés à Pittsburgh ont désigné ce groupe comme « le premier forum pour [leur] coopération économique mondiale ». Plusieurs observateurs y ont vu le signe du déclin imminent, sinon de la disparition, du G8.
Forces et faiblesses
Le G8 est dominé par les puissances occidentales. Il a été créé pour rassembler les démocraties industrialisées avancées sous une forme qui leur permettrait d’établir une approche coopérative pour faire face aux crises économiques mondiales. Avec les années, la portée du G8 s’est élargie de façon à intégrer la majorité des enjeux en matière de politique internationale.
Le G20, en revanche, regroupe les pays du G8 et les principales économies émergentes et puissances régionales : l’Argentine, l’Australie, le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique, l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud, la Turquie et l’Union européenne.
Ce groupe a été créé en 1999 en réaction à la crise financière asiatique de 1997-1998, crise qui s’est ensuite propagée en Russie et dans les pays d’Amérique latine. Jusqu’en 2008, le G20 a agi à titre de forum réunissant les ministres des Finances et les gouverneurs de la banque centrale des principales économies.
La composition du G20 reflète le point de vue selon lequel, dans un contexte de mondialisation croissante, les nations qui ont la capacité et le désir de contribuer à la gestion de problèmes transnationaux doivent être présentes à la table. Les puissances émergentes seront plus enclines à assumer des responsabilités liées à la gouvernance internationale et à mettre en œuvre les décisions adoptées par des organismes mondiaux si elles ont voix au chapitre en ce qui a trait au mode de gestion du système international.
Même si son importance à l’échelle mondiale s’amenuise, le G8 existe toujours et a même repris de la vigueur récemment.
Le G8 demeure essentiel à certains égards, car il rassemble les nations industrialisées avancées partageant la même vision au sein d’un forum plus petit et plus homogène, où il est plus facile d’arriver à une entente au sujet des questions litigieuses.
Parce qu’il comporte un plus grand nombre de membres, on dit que le G20 serait devenu une instance à caractère très officiel. Il se distinguerait en cela du G8, qui présente notamment l’avantage de permettre aux dirigeants d’interagir directement dans un contexte plus personnalisé.
Le G20 a joué un rôle primordial dans l’élaboration d’une solution collective en plein cœur de la crise économique de 2008-2009. Depuis lors, toutefois, il semblerait qu’il se soit efforcé d’une certaine façon de rediriger ses efforts vers la résolution de problèmes structurels affectant à plus long terme l’économie mondiale. Cela peut être révélateur des défis qu’il aurait à relever s’il avait le mandat de s’attaquer à un ensemble d’enjeux plus vaste.
Perspectives d’avenir?
Depuis 2008, il semble se dessiner une répartition du travail selon laquelle le G20 s’occuperait de toutes les questions économiques et le G8, des questions liées à la sécurité, aux droits de la personne et au développement.
Toutefois, dans la déclaration qu’ils ont faite dans le cadre du sommet du G20 de 2011, les chefs d’État ont établi une relation entre les objectifs économiques prioritaires du G20 et le développement. Le mode de coexistence des deux groupes reste donc encore à clarifier.
Tous ceux qui aspirent à une définition claire des rôles et des responsabilités ne devraient pas retenir leur souffle. Comme l’a écrit Richard Haass, président du Conseil des relations étrangères, « le multilatéralisme au XXIe siècle sera, à l’image du siècle lui-même, probablement plus fluide et, par moments, plus compliqué que ce à quoi nous sommes habitués ».
Ressources connexes
- Bradford, Colin I., et Wonhyuk Lim (dir.). Global Leadership in Transition: Making the G20 More Effective and Responsive, Séoul, Korea Development Institute, et Washington D.C., Brookings Institution Press, 2011.
- Réunion des ministres des Affaires étrangères du G8 – Déclaration du Président, Washington D.C., 12 avril 2012.
- Smith, Gordon S. « G7 to G8 to G20: Evolution in Global Governance »,
(778 ko, 12 pages) Centre for International Governance Innovation, CIGI G20 Papers, no 6, mai 2011. - Université de Toronto. Centre d’information sur le G8.