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« En bref, les Autochtones du Canada étaient
déjà ici à l'arrivée des Européens; ils n'ont
jamais été conquis1. »
La Salle des
peuples autochtones, dans l'édifice du Centre
du Parlement, présente des œuvres d'art
produites par certains des artistes autochtones
les plus réputés du Canada. Ces œuvres
témoignent de la diversité des identités
culturelles et de l'apport des nombreux peuples
autochtones du Canada, et illustrent leur
effort constant pour voir leurs droits
ancestraux pleinement rétablis, reconnus et
protégés.
La présence des Autochtones au Canada est
vieille de plusieurs millénaires. Les traces
les plus anciennes de leur présence remontent à
près de 20 000 ans. Au fil des siècles, les
descendants des premiers habitants du pays ont
formé de nombreuses sociétés diversifiées. Le
Canada compte plus de 60 peuples autochtones,
répartis en trois grands groupes
culturels : les Indiens (qui regroupent 11
familles linguistiques distinctes), les Inuits
(qui parlent l'inuktitut) et les Métis (qui
parlent la langue michif). Ces peuples ont
chacun développé leurs propres modes de
gouvernement et élaboré des lois et coutumes
particulières. Ils ont aussi conservé leur
caractère distinct et leur autonomie pendant
des siècles, formant des alliances politiques
au gré de leurs intérêts.
Les premiers contacts entre les peuples
autochtones et les Européens, dès le
XVIe siècle, furent généralement
pacifiques. Les premiers colons ont compris
que, sans l'aide de leurs alliés autochtones,
ils ne pouvaient espérer s'établir en
permanence. Cependant, aux XVIIe et
XVIIIe siècles, des différends
concernant le commerce des fourrures, entre
autres sujets de discorde, ont dégénéré en
conflits opposant certains peuples autochtones
et les colons. Ces tensions ont en outre été
exacerbées par les aspirations coloniales
concurrentes du « vieux continent ».
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Après plusieurs tentatives infructueuses pour
rétablir les relations entre les colons et
les peuples autochtones, le traité de la
Grande Paix de Montréal est signé en
1701, au terme d'un long processus de
négociation, par 39 chefs et le gouverneur de
la Nouvelle-France, Hector de Callières. Ce
traité définit les conditions de cohabitation
harmonieuse des peuples autochtones
signataires et des colons français. Pourtant,
en acceptant la présence des nouveaux
arrivants, ces peuples autochtones ont, à
leur insu, ouvert la porte à l'effritement
graduel de leur identité culturelle et de
leur mode de vie. .
Au fur et à mesure que s'étendait l'emprise
des nouveaux « Canadiens » sur le territoire,
les peuples autochtones reculaient peu à peu
dans les terres. Certains s'agglutinaient
près des villages des nouveaux arrivants et
tentaient de maintenir leurs coutumes dans
des mondes et des religions qui étaient de
moins en moins les leurs. Le roi George III
d'Angleterre, vainqueur de la guerre de Sept
Ans opposant la France et l'Angleterre qui se
disputaient alors les nouvelles colonies,
étendit sa protection à tous les peuples
autochtones dans la Proclamation
royale de 1763. En réalité, les effets de
cette protection eurent peu de portée à
l'époque. Les maladies virales, l'alcool et
d'autres influences tout aussi délétères,
véhiculées par les colons, ont contribué à
décimer les populations autochtones. Encore
plus, leur exposition constante à cette
culture européenne, si différente de la leur,
conduisit à la disparition complète de
certains peuples et de nombreuses langues
autochtones.
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L'expansion rapide du développement
économique et social au XIXe
siècle eut aussi des effets néfastes sur les
peuples autochtones du Canada; notamment,
elle modifia la relation unique
qu'entretenaient les Autochtones avec le
territoire, depuis toujours à la source de
leur spiritualité et de leur identité
fondamentale. S'estimant injustement
dépossédés, certains des dirigeants
autochtones se tournèrent vers les autorités
politiques pour obtenir de l'aide - faisant
appel notamment au gouverneur général lord
Elgin, en 1848. Leurs requêtes demeurèrent
lettre morte. Tout au contraire, en 1857,
l'Assemblée de la Province du Canada adopta
une loi qui visait à
« encourager la Civilisation graduelle
des Tribus Sauvages ».
Pour ajouter à la complexité des relations
entre les Autochtones et les nouveaux
arrivants, un nouveau peuple autochtone
apparaît au cours du XIXe siècle,
à savoir les Métis, au début appelés « sangs
mêlés », peuple distinct ayant sa propre
langue (le michif). Les Métis, issus de
mariages entre des Indiennes et des colons
français, écossais et irlandais, formèrent
une population d'abord largement ignorée des
autorités publiques. Cependant, en 1870, le
chef des Métis, Louis Riel, réussit à former
la province du Manitoba, où les droits des
Métis devaient être garantis. La lutte menée
par ces derniers pour maintenir leurs droits
sur leur territoire culmina en 1885 à la
bataille de Batoche, où la rébellion des
Métis fut écrasée par la milice, un événement
qui a laissé des cicatrices profondes.
Au fil des contacts avec les Européens, les
dirigeants autochtones ont été amenés à
signer des traités avec des représentants des
gouvernements coloniaux et, par la suite,
avec ceux des divers gouvernements canadiens;
toutefois, ces traités furent rarement
respectés et fréquemment ignorés. Le
gouvernement du Dominion du Canada, créé par
la Confédération en 1867, maintint la même
attitude. Dans cette veine, il adopta en 1876
l'Acte des Sauvages, qui servit de
cadre à la politique des réserves et à
l'assimilation culturelle des Autochtones.
Cette loi allait dicter pendant plus de cent
ans le traitement réservé aux peuples
autochtones par le gouvernement, sous le
contrôle quasi absolu du ministère des
Affaires indiennes. Elle obligea les
Autochtones à adopter le système
d'organisation politique des conseils de
bande, qui eut pour effet de les diviser en
650 communautés éparpillées sur tout le
territoire canadien. Ce système ne leur
accordait que peu de droits; ainsi, jusqu'en
1960, ils n'avaient même pas le droit de
voter.
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Une série de mesures, prises à la suite de
l'adoption de l'Acte des Sauvages, eut
pour effet d'aggraver la condition des
Autochtones. En 1884, le gouvernement modifia
cette loi pour interdire les « potlatchs »,
ces grands festins cérémoniels qui servaient
de rassemblement des clans et de confirmation
des lignées. De nombreux objets rituels et
sacrés liés aux potlatchs furent confisqués,
certains détruits ou dispersés par les
autorités, avant que les dispositions de la
loi interdisant les potlatchs ne soient
annulées en 1951.
En 1892, le gouvernement mit en œuvre une
politique d'assimilation forcée des enfants
indiens. Suivant cette politique, instaurée
avec l'appui et la coopération des églises,
les enfants indiens (et, dès le début des
années 1960, les enfants inuits) étaient
retirés de force de leur famille et placés
dans des pensionnats où on les obligeait à
abandonner leur langue, leur religion, leur
identité et leurs liens familiaux. Près de
150 000 enfants ont ainsi été arrachés à leur
famille.
En 1927, un autre amendement à l'Acte des
Sauvages obligeait les Autochtones à
obtenir l'autorisation des autorités
fédérales avant de porter les revendications
de leurs titres territoriaux devant les
tribunaux. Ils étaient ainsi privés de
réclamer les territoires qui leur avaient été
promis, mais jamais remis, dans le cadre des
traités signés avec le Canada.
Malgré cette marginalisation constante, les
Autochtones se sont toujours enrôlés
spontanément dans les forces armées pour
défendre leur pays, que ce soit lors des
combats disputés en 1760 entre la France et
l'Angleterre, à l'occasion des invasions
américaines de 1775 et de 1812, ou au
XXe siècle au cours des deux
guerres mondiales.
En 1982, l'adoption de la nouvelle Loi
constitutionnelle a marqué un tournant
décisif dans le recouvrement de leurs droits
ancestraux. En effet, l'article 35 de la
Constitution stipule claire‑ ment que «
les droits existants - ancestraux ou issus
de traités - des peuples autochtones du
Canada sont reconnus et confirmés ».
Cette disposition, qui reconnaît formellement
comme peuples autochtones, les Indiens, les
Inuits et les Métis, va bien au-delà de la
protection des droits promise dans la
Proclamation royale de 1763.
Depuis ce changement constitutionnel
historique, les peuples autochtones
reprennent progressivement la maîtrise de
leur identité culturelle, de leur
gouvernement et de leur territoire, souvent
appuyés par des jugements rendus par les plus
hautes cours du pays. Une nouvelle étape a
été franchie en 1998 lorsque le gouvernement
fédéral a « adress[é]… ses plus profonds
regrets à tous les peuples autochtones du
Canada à propos des gestes passés du
gouvernement fédéral, qui ont contribué aux
difficiles passages de l'histoire de [leurs]
relations » et s'est engagé à dédommager les
victimes. En 2006, le gouvernement a conclu
une entente financière avec les représentants
des peuples indiens, inuits et métis, en
compensation partielle des dommages causés
pendant des années par ces politiques
oppressives.
En juin 2008, le premier ministre du Canada,
au nom du gouvernement, présente des excuses
officielles aux anciens élèves des
pensionnats autochtones dans une déclaration
solennelle à la Chambre des Communes. Le
gouvernement reconnait que le traitement
infligé à ces enfants est un triste chapitre
de notre histoire et que cette politique a
causé des dommages durables à la culture, au
patrimoine et à la langue autochtone.
Une commission de vérité et de réconciliation
a été formée qui verra à entendre les
témoignages des victimes et à définir les
bases d'une nouvelle relation fondée sur la
foi et la confiance mutuelle.
Un processus de règlement des revendications
territoriales, pour la solution de différends
séculaires, est en place depuis 1982. C'est
dans le cadre de ce processus que le Nunavut,
un nouveau territoire, distinct, administré
en grande majorité par les Inuits, a été créé
en 1999. Le processus de règlement des
revendications se poursuit.
__________________
1 Nation haïda c.
Colombie-Britannique (Ministre des
Forêts), [2004] 3 R.C.S. 511, 2004 CSC
73, (25)
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La Salle des peuples autochtones, dans
l'édifice du Centre du Parlement.
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Le Sénat exprime sa gratitude au Fonds Canadiana
pour le prêt des œuvres d'art autochtone données à
la Couronne par l'honorable Serge Joyal, sénateur,
C.P., O.C. Le Fonds Canadiana, créé en 1990, met en
valeur les sept résidences officielles du Canada de
même que les édifices du Parlement suite à des dons
et prêts de meubles, tableaux et objets d'art ayant
une valeur historique.
L'inuksuk a été donné par le sénateur à la retraite
Willie Adams.
www.fondscanadiana.ca
Tous les efforts ont été faits
pour honorer les droits d'auteur des œuvres
reproduites dans ce dépliant.
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