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Comme toute institution, le Parlement du Canada
possède sa propre histoire, et une bonne partie de cette
histoire ainsi que les éléments essentiels de
notre système démocratique se retrouvent dans
l’architecture et la conception des édifices du
Parlement.
Un
endroit de symbolisme et de célébration
Lorsque
le Canada est devenu un pays en 1867 en vertu de l’Acte
de l’Amérique du Nord britannique, les
célébrations se sont concentrées sur
la colline du Parlement2.
Les nouveaux édifices du Parlement et du gouvernement,
conçus dans le style néogothique à
l’apogée de l’ère
victorienne, étaient presque achevés à
Ottawa et l’avant-cour se prêtait parfaitement aux
assemblées publiques. Les
édifices et les terrains illustraient l’importance
de la démocratie parlementaire pour
l’identité canadienne. Sur le plus haut point
central se détachait l’édifice du
Centre, prolongé par la structure encore
inachevée de la Bibliothèque du Parlement. De
chaque côté de l’avant-cour, sur un
terrain légèrement plus bas,
s’élevaient les édifices
gouvernementaux, soit ceux de l’Est et de l’Ouest3.
Au cours des 15 années qui ont suivi, les terrains ont
été transformés en l’un des
plus impressionnants paysages du Canada. Le complexe tout entier
était clairement défini par
l’escarpement naturel des côtés nord,
est et ouest. Du côté sud, un mur de pierre
surmonté d’une grille de fer forgé
séparait le Parlement de la ville naissante.
L’identité de la Cité parlementaire
était renforcée par la solidité de
l’architecture gothique et le paysage pittoresque, aspects
qui sont vite devenus les symboles du jeune pays.
Précédent
britannique
Les
plans de l’édifice du Centre se sont fortement
inspirés du modèle britannique. La tradition et
la continuité ont toujours joué un rôle
marquant dans les ouvrages du Parlement, peut-être parce que
les gens ont compris que les institutions démocratiques sont
non seulement importantes mais également fragiles4.
Comme
pour le modèle de Westminster, la disposition de 1867
établissait bien la hiérarchie spatiale. Au
cœur de l’édifice du Centre se
retrouvaient les deux salles des débats, celle du
Sénat et celle de la Chambre des communes, où le
gouvernement et les membres de l’opposition se faisaient face
de chaque côté d’une allée
centrale. Venaient ensuite les salles des comités et les
installations des agents supérieurs et des
députés. L’établissement de
modes logiques d’accès pour le public et les
médias avait fait l’objet d’une
attention particulière : une tribune de journalistes
surplombait la Chambre et le public bénéficiait
d’un accès direct aux tribunes de la Chambre et
aux 24 salles de comité.
La croissance du
pays
Les
besoins d’espace se sont manifestés presque
aussitôt : le Canada connaissait une croissance rapide5.
Le nombre de parlementaires s’élevait en
proportion, tout
comme les pressions pour augmenter le personnel. Dès les
années 1880, les édifices
étaient
encombrés, même si tout l’espace
disponible dans les sous-sols et les greniers avait
été utilisé.
À mesure
que les rôles et responsabilités du gouvernement
prenaient de l’ampleur, les députés
avaient besoin de locaux additionnels. Afin
d’alléger les pressions, on a graduellement
retiré les fonctions ministérielles de
l’édifice du Centre6.
Les ministères en croissance ont continué
d’occuper les édifices de l’Est et de
l’Ouest, rendant d’autres locaux
nécessaires en dépit d’une addition
à ce dernier. L’édifice Langevin allait
répondre à ce besoin. Sa construction du
côté sud de la rue Wellington, dans le style
Second empire, témoigne de son appartenance à la
partie urbaine de la ville, se distinguant ainsi du style
néo-gothique de la Colline.
Malgré
le manque d’espace, la cohérence des plans
originaux demeurait évidente. La colline du Parlement
constituait une enclave bien définie, établie
dans une grande réserve foncière de la Couronne
s’étendant de la rue Bank, à
l’ouest, à la rue Sussex, à
l’est, et à la rue Wellington, au sud. Le parc
Major prolongeait le paysage pittoresque de la colline du Parlement, du
côté est du canal Rideau. Des liens se sont
également établis à
l’extérieur de la Cité,
jusqu’au magnifique domaine du gouverneur
général, à Rideau Hall, et aux parcs
fédéraux en train de
s’établir dans toute la ville. Le cadre et le
style romantiques de ces ouvrages fédéraux se
démarquaient nettement du classicisme et de la froideur des
édifices gouvernementaux de Washington.
Limites
contestées
Les
premières années du XXe siècle
ont été turbulentes pour la
Cité
parlementaire. En 1907, les plans visant l’expansion de la
Cité vers l’est ont été
minés lorsque
la Grand Trunk Railway Company a acheté une parcelle
clé
pour y bâtir le Château Laurier. Peu
après,
l’emplacement de l’édifice Daly a
été
vendu à des intérêts privés.
Forcé de
se tourner vers l’ouest, le gouvernement a
commencé
à exproprier des maisons et des
propriétés
commerciales à l’ouest de la rue Bank et
à acheter
des propriétés vers le sud, le long de la rue
Elgin, ce
qui a davantage contribué à brouiller les limites
entre
les terres de l’État et celles de la ville et
à
menacer l’équilibre entre la partie officielle
(gouvernementale) et non officielle (municipale) d’Ottawa.
En
1916, un feu a détruit l’édifice du
Centre, réduisant en ruines l’un des
éléments clés de
l’identité fédérale.
L’orientation axiale de la nouvelle construction a
atténué l’aspect traditionnel de la
Cité en tant qu’enclave pittoresque8.
L’installation
des ministères à cette époque
s’est faite de manière de plus en plus
aléatoire, les parlementaires ne se mêlant
guère du développement urbain autour de la
Colline. Des intérêts privés ont
construit, à des fins de spéculation, des
édifices en hauteur sur les rues Sparks et Queen et
loué des locaux au gouvernement.
En 1927, les choses
se sont précipitées par suite de la construction
de l’édifice Victoria, du
côté sud de la rue Wellington en face de la
colline du Parlement. Élaboré par le secteur
privé, le bâtiment était
considéré comme particulièrement
inapproprié tant par sa conception que par son envergure et
son emplacement. Désireux de redevenir maîtres de
leur environnement, les parlementaires ont constitué la
Commission du district fédéral, dotée
d’employés et d’un important budget.
Reprise des
commandes
De
la fin des années 1920 à la fin des
années 1960, un semblant d’ordre et de
stabilité s’est réinstallé
dans l’aménagement de la Cité
parlementaire et l’expansion de la présence
gouvernementale au sein de la ville.
Le
nouvel édifice du Centre disposait de suffisamment de place
pour répondre aux besoins grandissants des
députés et permettre l’ajout de salles
de comité et d’espaces de soutien. Les pressions
étant inévitables, les planificateurs y ont
réagi en retirant des principaux édifices
centraux les services ministériels et accessoires.
Aux commandes de ses
plans d’expansion, le gouvernement a
réalisé d’importantes
percées vers l’ouest en construisant les
édifices de la Confédération et de la
Justice. Ces bâtiments, d’un style architectural
complémentaire à celui de la Cité, ont
permis de loger des ministères pour ainsi contribuer
à enlever un peu de pression sur la colline du Parlement9.
Quelques
années plus tard s’élevait le nouveau
bâtiment de la Cour suprême. D’un style
plus moderne que les édifices du Parlement,
l’immeuble coiffé d’un toit en cuivre
très incliné conservait
l’identité fédérale.
D’autres installations gouvernementales ont
été fournies du côté sud de
la rue Wellington, dans des immeubles s’harmonisant davantage
avec les constructions urbaines avoisinantes. De nouveau,
l’importance de maintenir une séparation entre les
côtés nord et sud de la rue Wellington a
été soulignée.
À
la même époque, on ranimait et étendait
le réseau municipal de routes de plaisance,
renforçant l’image de la capitale nationale comme
d’un lieu aux paysages pittoresques et d’une grande
originalité en matière
d’esthétique urbaine.
Au
début des années 1960, on a
remédié au manque d’installations
parlementaires en transformant pour les parlementaires
l’édifice de l’Ouest occupé
par des services gouvernementaux. Son utilisation s’est faite
selon les modes logiques d’accès et de circulation
déjà en vigueur à cet endroit,
renforçant ainsi l’identité de la
Cité parlementaire.
Érosion
des limites
Ces
dernières années ont été
les témoins d’un retour à la confusion
et à la contestation territoriale du début du
siècle.
Durant
les années 1970, en raison du manque
d’espace sur
la Colline, des activités parlementaires ont
été déplacées au sud de la
rue Wellington à la suite de la conversion de
l’immeuble de la Métropolitaine
(édifice Wellington) à l’usage de la
Chambre des communes. Cet estompage des limites et la confusion dans
les relations entre la Cité parlementaire et la ville se
sont accentués en raison de l’achat et de la
location d’autres locaux pour un usage parlementaire du
côté sud de Wellington.
Parallèlement,
la politique d’hébergement des
ministères est devenue moins directive. Des
intérêts privés ont de nouveau
créé des constructions spéculatives en
hauteur, lesquelles ont ensuite été
louées au gouvernement. La seule grande initiative
gouvernementale de la période a été la
construction à Hull de vastes complexes à bureaux.
En
1973, le ministère des Travaux publics expropriait tous les
terrains au sud de la colline du Parlement, entre les rues Wellington
et Sparks, avec l’intention de créer un
« édifice du Sud » qui fournirait aux
parlementaires des locaux permanents au sud de Wellington. Toutefois,
les questions d’identité parlementaire en suspens,
la distinction entre l’État et la ville et la
délimitation précise de la Cité
parlementaire n’ont pas été
tranchées.
B. Considérations actuelles
et futures
Aujourd’hui, l’extraordinaire
emplacement et la solide architecture des édifices du
Parlement les distinguent nettement des autres et rappellent
constamment aux députés et aux citoyens la
responsabilité confiée au système
parlementaire. Les institutions
parlementaires et leur emplacement forment un tout. Ensemble, ils
représentent une fusion de la démocratie
canadienne contemporaine avec la culture, le patrimoine et
l’histoire de notre peuple. Il est donc normal que les
Canadiens et les parlementaires désirent une approche
globale à la préservation de la Cité
parlementaire.
Pressions
constantes
Bon
nombre des problèmes qui se sont
matérialisés au cours des ans restent
irrésolus et menacent de prendre de l’ampleur ces
prochaines années. Le monde a changé radicalement
depuis la construction des édifices du Parlement, mais la
planification et la rénovation n’ont pas suivi la
cadence. Parmi les pressions actuelles et futures, mentionnons :
- Le travail croissant et changeant des
députés — Le
nombre de députés, de comités et de
groupes
parlementaires a beaucoup augmenté sans qu’il en
soit le
cas pour le nombre des locaux. L’envergure des
responsabilités des députés a
également
évolué, tout comme les attentes du public
à
l’égard de leurs représentants
élus. Les
services de la Chambre des communes ont fait l’objet
d’un
renouveau et d’une harmonisation avec les secteurs
d’affaires, sans qu’il y ait redistribution de
l’espace.
- Le
déséquilibre entre les fonctions et
l’emplacement
— La hiérarchie des espaces, soigneusement
établie dans les plans originaux pour servir tant le public
que les parlementaires en encourageant l’accès et
la participation et en rendant compréhensibles les rouages
de la démocratie, est maintenant compromise. Cette situation
menace l’identité des institutions parlementaires,
pose des problèmes de sécurité et de
privilège et souligne la nécessité de
bien définir la Cité. Le nombre de visiteurs
canadiens et étrangers (maintenant plus d’un
million chaque année) et des diverses activités
qui ont lieu sur place s’est fortement accru ces
dernières années, imposant une pression excessive.
- Une
infrastructure fragmentée pour la technologie de
l’information —
Même
si les députés disposent, dans
leurs bureaux,
de technologies de pointe pour l’information,
l’infrastructure qui permettra l’emploi continu,
évolutif et croissant de la technologie au cours des
100 prochaines années n’a pas encore
été
intégrée aux édifices et aux terrains
de la
Cité. Le programme de rénovation fournit une
occasion
unique de garantir que toutes les installations sont correctement et
uniformément équipées.
- L’utilisation
de locaux temporaires et
inférieurs aux normes — Les installations
inférieures aux normes d’espace
actuelles où sont logés les
députés et le personnel, et les
édifices désignés comme des solutions
temporaires aux problèmes d’espace sont le
résultat d’une approche fragmentaire à
la résolution des difficultés plutôt
que de l’élaboration d’un plan
à long terme.
- La
détérioration des édifices et des
terrains —
Les structures historiques ont besoin de réparations et
nécessitent un entretien constant ainsi que des
investissements périodiques de sommes importantes.
L’aménagement paysager a également
souffert ces dernières années :
l’escarpement et les terrains ont perdu beaucoup
d’arbres, et l’utilisation intensive des
stationnements et des services a continué
d’atténuer la beauté du paysage.
Des pas dans la
bonne direction
Des
mesures préliminaires ont été prises
à l’égard des principaux
problèmes. Des projets en matière de technologie
de l’information sont en cours dans toute la Cité.
On exécute des réparations pour contrer la
détérioration des édifices. Un plan
d’aménagement paysager a été
amorcé pour restaurer un cadre approprié. Les
rénovations dont fait actuellement l’objet
l’édifice de la Justice donneront de
l’espace supplémentaire aux
députés, ajoutant aux installations disponibles
dans l’édifice de la
Confédération. On étudie la
possibilité d’étendre officiellement la
Cité parlementaire vers l’ouest, de la rue Bank
à la rue Kent.
L’importante
question d’une planification à long terme est
maintenant reconnue comme prioritaire, non seulement pour les
parlementaires, mais aussi pour l’institution même
du Parlement en tant que présence déterminante
dans la réalité urbaine de la région
d’Ottawa-Hull.
Les principes suivants découlent de
dessins et de concepts de planification qui ont
façonné les édifices parlementaires
originaux et qui devraient orienter l’aménagement
des locaux dans la Cité parlementaire au cours des 25 prochaines années. Toutes les rénovations et
constructions de la Cité parlementaire doivent garantir :
1. Une identité physique
précise, avec des limites
définies à l’intérieur
desquelles ont lieu toutes les grandes activités
parlementaires (Chambre, comités, groupes parlementaires et
bureaux de circonscription).
2. La transparence et
l’accessibilité, grâce
à une localisation et à une conception des
installations qui renforcent la notion d’un accès
général aux députés.
3. Une conception appropriée, qui manifeste du
respect pour l’intention des plans originaux, la valeur
patrimoniale et le rôle des édifices en tant que
symboles de la démocratie canadienne.
4. Des modes d’utilisation
cohérents et logiques, les installations
étant organisées pour refléter et
appuyer le travail des parlementaires d’une
manière facilement compréhensible pour les
visiteurs. À cet effet, il faut une hiérarchie de
l’espace qui traduit les relations unissant les diverses
fonctions parlementaires. Les services de soutien essentiels doivent se
trouver à proximité et être
très accessibles pour les secteurs d’affaires
qu’ils appuient. Il faut également regrouper les
fonctions actuellement réparties à
l’intérieur et à
l’extérieur de la Cité.
5. L’interconnexion des fonctions, des
services et des édifices, en fournissant
l’infrastructure appropriée pour permettre la
prestation efficace des services de sécurité, de
technologie de l’information et de communication, tant
maintenant que dans un avenir éloigné. Il faut en
outre permettre le déplacement sécuritaire,
logique et efficace des gens et des biens dans toute la Cité.
6. La durabilité, la construction et
l’entretien des édifices et de
l’emplacement étant axés sur la
protection de l’environnement, des investissements et de la
viabilité à long terme du site.
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Picturesque Canada, G.M. Grant

Les
édifices du Centre, de l'Est et de Ouest en 1867. La
Cité est délimitée au sud par un mur
de pierre.
Picturesque Canada, G.M. Grant

L'escarpement naturel sur les côtés nord, est et
ouest délimite le pourtour du complexe.«
L’architecture des édifices du Parlement ainsi que
la conception et le contenu des chambres parlementaires apporte trois
contributions à la culture politique : ils
perpétuent le passé, ils reflètent le
présent et ils façonnent l’avenir7.
»
M. Trépanier, Parcs Canada

L'édifice Langevin a été construit
dans les années 1880 pour abriter des ministères
fédéraux.
New York Times

Le 3 février 1916, un incendie se déclare
à l'édifice du Centre.
Source inconnue

Le nouvel édifice du Centre avec sa haute tour de la Paix
crée une orientation plus axiale sur la Colline.
Service d'aménagement de la capitale nationale, 1950

La conception des édifices de la
Confédération et de la Justice, construits
à la fin des années 20 et au début des
années 30 pour abriter des ministères
fédéraux, s'harmonise au stsyle architectural de
la Cité.
« Le
plan architectural des nouveaux édifices proposés
doit respirer l’harmonie et non le contraste. Ils doivent
avoir des silhouettes vigoureuses, des toitures à forte
pente, des pavillons et des tours, rappelant toujours le groupe actuel
sans y faire concurrence10.
»
Rapport Holt, 1915 |