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Rapport intérimaire
Volume deux - Tendances actuelles et défis futurs
Le comité sénatorial permanent des Affaires sociales, de la science et de la technologie
Président : Lhonorable Michael J. L. KirbyJanvier 2002
CHAPITRE
UN
L’incidence du vieillissement de la population sur le système de soins de santé
1.1 Vieillissement de la population1.2 Incidence du vieillissement de la population
1.3 Soins aux aînés canadiens
1.3.1 Prestation d’une gamme complète de soins
1.3.2 Réforme des soins primaires
1.3.3 Promotion du bien-être et prévention de la maladie
1.3.4 Nouveaux modes de financement
1.3.5 Politique gouvernementale : perspective à long terme
1.3.6 Une approche unique pour les soins de longue durée en établissement
1.4 Commentaires du Comité
CHAPITRE
DEUX
Dépenses au titre des médicaments au canada
2.1 Tendances dans les dépenses au titre des médicaments
2.2 Générateurs de coûts
2.2.1 Tendances de l’usage des médicaments
2.2.2 Tendances du prix des médicaments
2.2.3 Genres de médicaments prescrits - Tendances
2.2.4 Analyse des générateurs de coûts
2.4 Qui paie les médicaments au Canada?
2.5 Certains Canadiens sont-ils mieux protégés que d’autres pour ce qui est des frais de médicaments?
2.6 Commentaires du Comité
CHAPITRE
TROIS
Technologie de la santé
3.1 Disponibilité de la technologie de la santé
3.2 Évaluation de la technologie de la santé
3.3 Incidence sur le coût des soins de santé
3.4 Commentaires du Comité
CHAPITRE
QUATRE
Tendances de la maladie
4.1 Tendances des maladies 4.1.1 Maladies infectieuses
4.1.2 Maladies chroniques
4.1.3 Blessures
4.1.4 Maladie mentale
4.1.5 Le fardeau économique de la maladie
4.2 Déterminants d’un bon ou mauvais état de santé
4.3 Nécessité de promouvoir la santé et de prévenir la maladie
4.4 Stratégie relative à la santé de la population
4.5 Recherche
4.6 Commentaires du Comité
CHAPITRE
CINQ
La santé des Canadiens autochtones
5.1 Profil démographique de la population autochtone du Canada
5.2 Profil socio-économique et environnement physique
5.3 Profil de la santé de la population autochtone
5.4 Programmes fédéraux concernant la santé des Autochtones
5.5 Politique fédérale en matière de santé des Autochtones
5.6 Entraves à la santé et au bien-être des Autochtones
5.7 Commentaires du Comité
CHAPITRE
SIX
Ressources humaines
6.1 Médecins
6.1.1 Effectif des médecins
6.1.2 Mauvaise répartition géographique
6.1.3 Formation et recrutement des médecins
6.1.4 L’« exode des cerveaux »
6.2 Soins infirmiers
6.2.1 Effectif infirmier
6.2.2 Conditions de travail
6.2.3 Formation et recrutement dans le domaine des soins infirmiers
6.3 Autres soignants
6.4 Réforme des soins primaires
6.5 Commentaires du Comité
CHAPITRE SEPT
Recherche en santé.
7.1 Rôle du gouvernement fédéral dans la recherche en santé
7.2 Génétique et génomique
7.3 Retombées et défis de la recherche en santé
7.4 Commentaires du Comité
CHAPITRE HUIT
Informatiosn sur la santé : une infostructure canadienne de la santé.
8.1 Notions et définitions
8.2 Initiatives provinciales et fédérales en matière d’infostructure nationale de la santé
8.3 Coûts et avantages
8.4 Obstacles à surmonter
8.5 Commentaires du Comité
CHAPITRE NEUF
Soins à domicile
9.1 Qu’est-ce que les soins à domicile?
9.2 Demande actuelle de soins à domicile
9.2.1 Diminution des lits d’hôpitaux
9.2.2 Forte croissance de la population de plus de 65 ans
9.2.3 Pression sur les soignants naturels
9.2.4 Progrès technologiques
9.3 Dépenses publiques et privées
9.4 Mesures à envisager
9.4.1 Normes nationales
9.4.2 Ressources humaines
9.4.3 Organisation et financement
9.4.4 Soignants naturels
9.4.5 Information et recherche
9.4.6 Médicaments sur ordonnance
9.4.7 Télésanté
9.5 Commentaires du Comité
CHAPITRE DIX
La santé en milieu rural.
10.1 Indicateurs de l’état de santé
10.2 Accès aux soins dans les regions rurales et éloignées
10.3 Télémédecine
10.4 Recherche sur la santé en milieu rural
10.5 Rôle du gouvernement fédéral
10.6 Commentaires du Comité
CHAPITRE ONZE
Mythes et réalités
11.1 Mythes au sujet du vieillissement
11.2 Mythes au sujet du coût des médicaments
11.3 Mythes au sujet de la technologie médicale
11.4 Mythe au sujet de la santé des Autochtones
11.5 Mythes au sujet de l’effectif sanitaire
11.6 Mythes au sujet des systèmes d’information sanitaire
11.7 Mythes au sujet des soins à domicile
11.8 Mythes au sujet de la santé de la population rurale
ANNEXE
Liste des témoins (mars à juin 2001)
Extrait des Journaux du Sénat
du 1er mars 2001 :
Reprise du débat sur la motion de l'honorable sénateur
LeBreton, appuyée par l'honorable sénateur Kinsella,
Que le Comité sénatorial permanent des affaires
sociales, des sciences et de la technologie soit autorisé à examiner pour en
faire rapport l'état du système de soins de santé au Canada. Plus particulièrement,
que le Comité soit autorisé à examiner :
a)
les principes fondamentaux sur lesquels est fondé le
système public de soins de santé du Canada;
b)
l'historique du système de soins de santé au Canada;
c)
les systèmes de soins de santé dans d'autres pays;
d)
le système de soins de santé au Canada - pressions et
contraintes;
e)
le rôle du gouvernement fédéral dans le système de
soins de santé au Canada;
Que les mémoires reçus et les témoignages entendus sur la question par
le Comité dans la deuxième session de la trente-sixième législature soient
déférés au Comité;
Que le Comité présente son rapport final au plus tard le 30 juin 2002;
Que le Comité soit autorisé, par dérogation aux règles usuelles, à déposer
tout rapport auprès du greffier du Sénat si le Sénat ne siège pas à ce
moment-là; et que le rapport soit réputé avoir été déposé à la Chambre
du Sénat.
Après débat,
La motion, mise aux voix, est adoptée.
ATTESTÉ :
Le greffier du Sénat,
Les sénateurs suivants ont participé à l’étude du Comité sénatorial
permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie sur l’état
du système de soins de santé :
L’honorable Michael J. L. Kirby, président du Comité
et
Les honorables sénateurs :
Catherine
S. Callbeck
Joan
Cook
Jane
Cordy
Joyce Fairbairn, C.P.
Wilbert
Keon
Yves
Morin
Douglas Roche
Brenda Robertson
Membres d’office du Comité :
Les honorables sénateurs : Sharon Carstairs C.P. (ou Fernand
Robichaud, C.P.) et John Lynch-Staunton (ou Noel A. Kinsella)
Autres sénateurs ayant participé de temps à autre à cette étude :
Les honorables sénateurs Banks, Beaudoin, Cohen*, DeWare*, Ferretti
Barth, Grafstein, Hubley, Joyal, C.P., Milne, Losier-Cool, Rompkey et Tunney.
*Retraités
In décembre 1999, au cours de la deuxième session de la 36e législature,
le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la
technologie a reçu du Sénat le mandat d’étudier l’état du système de
soins de santé au Canada et d’examiner comment évolue le rôle du
gouvernement fédéral dans ce domaine. Le Sénat a renouvelé le mandat du
Comité à la première session de la 37e législature. Le
mandat adopté aux fins de l’étude se lit comme suit :
Que le
Comité permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie
soit autorisé à examiner pour en faire rapport l’état du système de
soins de santé au Canada. Plus particulièrement, que le Comité soit autorisé
à examiner :
a)
Les principaux fondamentaux sur lesquels est fondé le système public
de soins de santé au Canada;
b)
L’historique du système de soins de santé au Canada;
c)
Les systèmes de soins de santé publique dans
d’autres pays;
d)
Le système de soins de santé au Canada – pressions et contraintes;
e)
Le rôle du gouvernement fédéral dans le système de
soins de santé au Canada[1].
Muni de ce
mandat vaste et complexe, le Comité a relancé en mars 2001 son étude
pluriannuelle et polyvalente en cinq phases. Le tableau 1 présente les
phases et les échéanciers.
TABLEAU
1
ÉTUDE
SUR LES SOINS DE SANTÉ :
|
Phases |
Contenu |
Échéancier (rapports) |
|
Un |
Contexte historique et aperçu |
Mars 2001 |
|
Deux |
Tendances : Leurs causes et leurs effets sur les
coûts des soins de santé |
Hiver 2001 |
|
Trois |
Modèles et pratiques dans d’autres pays |
Hiver 2001 |
|
Quatre |
Élaboration d’un document consacré aux questions
et aux options |
Septembre 2001 |
|
Cinq |
Audiences portant sur les questions et les options,
et élaboration du rapport final et des recommandations |
Automne 2001- hiver 2002 |
Le rapport
de la phase un est paru en mars 2001. Ce premier rapport
explique dans un contexte historique la façon dont le gouvernement fédéral
a aidé les provinces et les territoires à financer les soins hospitaliers et
médicaux. Il porte en particulier sur les objectifs initiaux de la
participation fédérale aux soins de santé et soulève des questions sur le
rôle futur du gouvernement fédéral dans le contexte changeant des soins de
santé (recours accru à la pharmacothérapie, services hospitaliers
ambulatoires, soins à domicile, soins communautaires, etc.). Ce premier
rapport trace également l’évolution des dépenses en soins de santé et
des indicateurs sanitaires depuis de nombreuses années. Enfin, il examine
plusieurs mythes encore répandus sur la prestation et le financement des
soins au Canada et donne l’heure juste à cet égard. L’objectif du
premier rapport était de donner des faits et de corriger les idées fausses
qui reviennent constamment dans le débat actuel sur les soins de santé au
Canada.
L’objet
du présent rapport est de présenter les témoignages entendus au cours de la
seconde phase de l’étude du Comité. La phase deux avait pour objectif
d’examiner les facteurs qui influent sur l’abordabilité et la viabilité
du régime d’assurance-santé, notamment :
·
Le
vieillissement de la population et l’accroissement de la demande qui
touchera le système si les anciennes tendances d’utilisation se
maintiennent;
·
La population
autochtone croissante et ses besoins sanitaires particuliers;
·
Les progrès
de la technologie médicale, notamment dans le domaine des médicaments, qui
influent sur l’organisation, la prestation et le coût des soins;
·
L’apparition
de nouvelles maladies et la résurgence de maladies « anciennes »
qui peuvent nécessiter une thérapie et un traitement coûteux;
·
Les préoccupations
croissantes concernant la charge de travail, le stress et le vieillissement
des soignants;
·
Les questions
particulières qui concernent les soins de santé dans les régions rurales et
éloignées;
·
La nécessité
de disposer de données sanitaires suffisantes et comparables permettant de
prendre des décisions sur l’allocation des ressources et la prestation des
soins;
·
Le rôle des
actions préventives dans la promotion d’une vie saine et l’amélioration
de l’état de santé de la population.
Pour
atteindre les objectifs de la phase deux, le Comité a entendu des témoins très
divers, dont des fonctionnaires de Santé Canada, du ministère des Affaires
indiennes et du Nord, des Instituts canadiens de recherche en santé et de
l’Office canadien de coordination de l’évaluation des technologies de la
santé, des fonctionnaires provinciaux de la santé, des organismes de soins
de santé, des représentants autochtones et des économistes du domaine
sanitaire (la liste des témoins figure à l’annexe A). Nous leur
sommes très reconnaissants de leur précieuse contribution.
Le rapport
compte 11 chapitres. Le chapitre un traite des tendances et des prévisions démographiques
et examine les divers effets du vieillissement de la population sur le système
de soins de santé. Le chapitre deux examine les tendances passées et
actuelles en matière de coûts des médicaments et nous renseigne sur le
problème des prescriptions et de
l’utilisation inappropriée des médicaments. Le chapitre trois résume les
problèmes de la disponibilité, de la rentabilité et de la pertinence des
techniques médicales nouvelles et anciennes. Le chapitre quatre aborde les
tendances relatives aux maladies et aux blessures et traite de leur impact éventuel
sur le système public de soins de santé. Le chapitre cinq examine les
besoins en matière de santé et de soins des Autochtones. Le chapitre six
traite des questions relatives à l’offre, à la rétention et à la gestion du personnel sanitaire. Le chapitre sept
aborde le financement de la recherche en santé au Canada et son avenir dans
le contexte de ses conséquences sur la santé et les soins. Le chapitre huit
nous renseigne sur l’état actuel du développement de l’Infostructure
canadienne en santé. Le chapitre neuf examine les soins à domicile au
Canada. Le chapitre dix traite des besoins de soins dans les régions rurales.
Le chapitre onze aborde les mythes et les réalités et tente de corriger de
nombreuses perceptions erronées, afin que le débat sur les soins de santé
soit informé et factuel.
Le
vieillissement se caractérise par l’augmentation de l’âge moyen et par
la part accrue des personnes âgées dans la population. Le vieillissement de
la population dans un pays donné est déterminé d’abord par le taux de fécondité
(naissances) et ensuite par le taux de mortalité (décès). Il peut aussi être
influencé par le taux d’immigration. Au XXe siècle, le
progrès (hygiène publique, découvertes médicales comme les vaccins, progrès
techniques)a augmenté l’espérance de vie, tandis que le taux de fécondité
a sensiblement baissé. Résultat net : une espérance de vie accrue et
une population vieillissante.
La population du Canada vieillit. De 1881 à 1981, la part de personnes
âgées de 65 ans et plus a plus que
doublé, passant de 4,1 % à 9,7 %[2].
Depuis, cette part a augmenté constamment pour atteindre 12,5 % de la
population en 2000[3].
On prévoit que le vieillissement de la population s’intensifiera dans
l’avenir, avec celui de la génération du « baby-boom ». Il
s’agit des Canadiens
nés entre 1946 et 1965, période de forte natalité. Selon les projections récentes
de Statistique Canada, le pourcentage d’aînés (65 ans et plus)
atteindra 14,6 % de la population en 2010 et continuera d’augmenter
plus rapidement, car de plus en plus de baby-boomers atteindront l’âge de
la retraite. On prévoit qu’en 2031, ils représenteront 23,6 % de la
population[4].
Le taux de croissance baissera ensuite lentement et les aînés devraient
constituer environ 25 % de la population en 2051.
Le Comité
a appris que la limite d’âge de 65 ans pour désigner les « aînés »
est fondée sur des raisons historiques et non scientifiques. Comme
l’affirme Abby Hoffman, directrice générale de la Direction des soins de
santé à la Direction générale de la politique de la santé et des
communications de Santé Canada, « nous l’utilisons parce que c’est
l’âge légal de la retraite, mais elle ne sert à rien d’autre »[5].
Il convient de noter que la catégorie des 65 ans et plus n’est pas du
tout homogène. Les nombreuses différences entre les aînés dépendent de
facteurs tels que le sexe, le statut socio-économique, le lieu de résidence
ou le milieu ethnique.
Cette catégorie
couvre mal les différentes réalités de l’état de santé des aînés à
mesure qu’ils vieillissent. De nombreux démographes réclament une
distinction entre les aînés plus jeunes et plus âgés, signalant, par
exemple, que la fréquence de placement en établissement ne se développe que
vers l’âge de 75 ans. Mais par contre, selon le professeur Byron
Spencer de l'université McMaster, « de façon générale, les aînés
plus âgés utilisent passablement moins les services d’un médecin par
habitant – les services spécialisés en particulier – que les aînés
plus jeunes[6].
Dans le groupe des aînés, le pourcentage des personnes âgées de 85 ans
et plus a augmenté au fil des années. Selon Statistique Canada, cette
augmentation se poursuivra, mais pas indéfiniment, car elle dépend du
vieillissement des baby-boomers. Les 85 ans et plus devraient représenter
21 % de l’ensemble des aînés lorsque tous les baby-boomers auront
atteint l’âge de la retraite, en 2051.
Comme on le
voit au graphique 1.1, le coût des soins varie en fonction de l’âge.
Il est relativement élevé pendant les premières années, diminue nettement
à l’adolescence et au début de l’âge adulte, monte graduellement au
milieu de la vie et augmente rapidement à la vieillesse. En moyenne, les dépenses
publiques en soins de santé par habitant sont presque cinq fois plus élevées
pour les 65 ans et plus que pour le reste de la population. Les dépenses
augmentent de façon exponentielle chez les aînés : elles doublent
entre 45‑64 ans et 65‑74 ans, doublent encore entre
65‑74 ans et 75‑84 ans et doublent une fois de plus
entre 75‑84 ans et 85 ans et plus.
Étant donné
cette tendance, l’augmentation du nombre absolu et relatif des aînés dans
la population remet en cause la viabilité du système de soins de santé
canadien. Cependant, les spécialistes canadiens sont loin de s’entendre
quant à l’incidence du vieillissement de la population sur l’ensemble des
coûts du système. Un examen de la documentation laisse entrevoir au moins
quatre scénarios plausibles :[7]
a)
Selon le scénario des coûts astronomiques, les
gens vivent plus longtemps, mais tombent malades ou deviennent invalides au même
âge qu’auparavant. En conséquence, les frais de soins de santé continuent
d’augmenter au même rythme que depuis 20 ans. Ces deux tendances (vieillissement
de la population et coûts accrus) ont pour effet de doubler la part du PIB
consacrée aux soins de santé. La « crise » est aggravée du fait
qu’un faible pourcentage de la population travaille et contribue au trésor
public.
b)
Le scénario de la morbidité comprimée suppose
que les gens vivent plus longtemps sans invalidité ou maladie, ce qui veut
dire que dans l’ensemble, le coût des soins n’augmentera pas aussi
rapidement que dans les scénarios plus pessimistes.
c)
Le scénario des coûts maîtrisables :
l’invalidité et la maladie sont retardés autant que la mort elle-même,
tandis que l’augmentation des coûts de santé est compensée par les réductions
budgétaires effectuées ailleurs.
d)
Le scénario du système réformé : des
modifications importantes à la prestation des soins engendrent des gains
d’efficacité permettant au système de faire face à la pression accrue
d’une population vieillissante.
Les témoignages
présentés au Comité illustrent ces différents scénarios. À titre
d’exemple, le Conference Board du Canada soutient que les soins de santé
constitueront une part de plus en plus grande des dépenses de l’État au
cours des prochaines années, en raison du vieillissement de la population :
d’ici 2020, en Colombie-Britannique et en Ontario, les dépenses liées à
la santé représenteront 50 % des dépenses totales de la province (contre
38 % et 36 % en 2000)[8].
De même, William Robson, vice-président et directeur de la recherche à
l’Institut C.D. Howe, estime que si les provinces et les territoires
continuent de taxer au même taux de leur PIB, les dépenses sanitaires à
Terre-Neuve, au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest pourraient
absorber entièrement leurs revenus propres d’ici 2040[9].
Le Dr
Michael Gordon, du Conseil consultatif national sur le troisième âge (CCNTA),
affirme qu’en tentant d’évaluer l’incidence du vieillissement de la
population sur les dépenses en santé, nous devons nous garder de conjecturer
sur l’état de santé futur des aînés. Par ailleurs, il ne faut pas présumer
que l’efficacité du système de santé n’évoluera pas. Pour illustrer ce
point, il déclare dans son exposé au Comité : « Si on
devait extrapoler la durée des séjours à l’hôpital pour les aînés en
1999 à partir des données de 1971, le résultat serait de 50 % supérieur
aux chiffres réels »[10].
De son côté,
le professeur Byron Spencer signale que la population vieillit lentement; par
conséquent, il est encore temps de réagir par des politiques pertinentes. Il
souligne également que le rapport entre la population totale et la population
active est faible présentement, selon les normes empiriques, et qu’il ne
changera pas beaucoup d’ici 15 à 20 ans[11].
Ce rapport, appelé « ratio de la dépendance » sert
d’indicateur brut pour évaluer la capacité de la population à se soutenir
elle-même. Il sert habituellement à comparer le nombre de personnes en âge
de travailler (20 à 64 ans) au nombre de celles qui ne sont pas encore
sur le marché du travail (0 à 19 ans) ou qui ont cessé de travailler
(65 ans et plus). Au Canada, ce ratio de dépendance a culminé au milieu
des années 60, en raison de la grande proportion de jeunes dépendants
(la génération du baby-boom). Depuis ce temps, le ratio a baissé considérablement.
Selon
certains analystes, la baisse du ratio de dépendance est trompeuse, car la
population dépendante d’aujourd'hui est davantage le fait des aînés qui nécessitent
beaucoup plus de soins que les jeunes dépendants[12].
C’est pourquoi William Robson affirme au Comité :
Les
orientations générales sont claires. Au cours des prochaines décennies, la
population âgée, qui a davantage recours aux services de santé, augmentera
rapidement. La population au travail plus jeune, qui fait partie de la
population active et génère des revenus d’impôt pour le gouvernement,
augmentera relativement lentement ou même diminuera[13].
Le
professeur Spencer a affirmé que l’augmentation des dépenses de santé
dues au vieillissement pourrait bien être compensées par la diminution des dépenses
publiques dans d’autres secteurs, résultant elle aussi du vieillissement de
la population. Il affirme ce qui suit :
Il est
important de noter que, si l’on se préoccupe de l’incidence générale du
vieillissement de la population, il est peu logique de se concentrer sur un
secteur dans lequel les coûts augmenteront et de dire qu’il y a une crise,
sans s’arrêter également sur d’autres secteurs dans lesquels les coûts
demeureront stables ou diminueront probablement. À titre d’exemple, les détenus
des pénitenciers sont jeunes pour la plupart. Dans ce secteur, les économies
seraient perceptibles. Les personnes âgées ne reçoivent pas de prestations
d’assurance-emploi et, pourtant, celles‑ci constituent un élément très
important des dépenses gouvernementales et ainsi de suite[14].
Le
professeur Spencer conclut ainsi :
Si nous
consolidons l’ensemble des différentes catégories de dépenses, non
seulement celles des secteurs présentant un potentiel de crise liée à l’âge,
il s’ensuit, dans une série de progressions, que les dépenses
gouvernementales attribuables à l’évolution démographique et au
vieillissement de la population augmentent au même rythme que les frais pour
l’ensemble de la population. Les dépenses gouvernementales s’accroîtront
d’environ la moitié au cours de la période de projection, tandis que la
population augmentera de 50 % pendant la même période[15].
D’après
le professeur Spencer, notre défi consiste à bien répartir les ressources
de l’État plutôt qu’à corriger un manque absolu de ressources.
L’évaluation
du vieillissement sur les coûts de santé exige également de connaître les
meilleurs moyens pour satisfaire aux besoins de soins et de services de cette
population. Jean-Marie Berthelot, du Groupe d’analyse et de modélisation de
la santé de Statistique Canada, signale au Comité que l’état de santé
des 45‑64 ans est meilleur aujourd'hui qu’il y a 20 ans[16].
De plus, cette cohorte est plus scolarisée, fume moins et compte plus de
personnes rémunérées (surtout parce que les femmes sont plus présentes sur
le marché du travail) que les générations précédentes[17].
De nouveaux
indicateurs ont été établis pour évaluer l’état de santé au cours de
la vie, dont l’espérance de vie sans dépendance (EVSA) et l’espérance de vie avec pondération de la santé (EVAES).
On a déterminé différents niveaux de dépendance (résumés au tableau 1.1)
exigeant différents types d’aide et entraînant des frais plus ou moins élevés
pour le système de soins de santé. Si la plupart des futurs aînés
demeurent relativement en santé au cours des années qu’il leur reste à
vivre (hypothèse de morbidité comprimée), l’incidence du vieillissement
sera considérablement plus faible que si l’espérance de vie accrue est
associée à une période de maladie proportionnellement plus longue (hypothèse
de morbidité accrue). À cet égard, M. Berthelot explique :
De 1986
à 1996, l’espérance de vie autonome à l’âge de 65 ans a augmenté
considérablement, passant de 12,0 à 12,7 ans pour les hommes et de 12,7 à
13,5 pour les femmes. Par contre, il y a eu peu de changement dans l’espérance
de vie rajustée selon l’état de santé. Donc, la proportion de vies
autonomes a augmenté[18].
M.
Berthelot souligne également l’absence de corrélation évidente entre les
dépenses de santé dans différents pays et la composition démographique de
leur population. Dans leur mémoire, les représentants de Statistique Canada
font remarquer que les États-Unis dépensent près de 14 % de leur PIB
au titre de la santé, mais que les aînés représentent moins de 13 %
de la population, tandis que la Suède consacre moins de 9 % de son PIB
à la santé, alors que les aînés constituent 17 % de la population et
que l’espérance de vie des Suédois de 65 ans dépasse celle des Américains[19].
Tableau
1.1
Nouveaux
Indicateurs de l’état de santé
|
Niveau |
État de santé |
Définition |
|
1 |
Sans
dépendance |
Aucune
dépendance ou besoin d’aide seulement pour les gros travaux
domestiques |
|
2 |
Dépendance
moyenne |
Besoin
d’aide pour la préparation des repas, pour faire le marché, pour
d’autres nécessités ou pour le travail domestique quotidien |
|
3 |
Dépendant
grave |
Besoin
d’aide pour les soins personnels ou pour se déplacer dans la maison |
|
4 |
En
établissement |
Vie
en établissement de soins de santé |
Source
: Martel, Laurent et Alain Bélanger, « Une analyse de l’évolution de
l’espérance de vie sans dépendance au Canada entre 1986 et 1996 »,
in A. Bélanger (dir.), Rapport sur
l’état de la population au Canada (Ottawa : Statistique Canada,
1999), p. 171.
Une autre
question importante consiste à déterminer si l’augmentation des frais de
santé découlant du vieillissement de la population est attribuable au
vieillissement en soi ou aux coûts de fin de vie. Comme le dit au Comité Rob
Brown, du Groupe de travail sur le financement de la santé de l’Institut
canadien des actuaires :
Les
coûts des soins de santé augmentent de 50 % à 70 % au cours de la
dernière année qui précède la mort. En effet, selon certaines estimations,
la moitié des dépenses de soins de santé pour une vie entière sont effectuées
juste avant la mort[20].
C’est également
la situation générale décrite par Abby Hoffman, qui fait remarquer que
« Les extrêmes quant aux dépenses relatives pour les aînés et les
jeunes sont davantage attribuables à la proximité de la mort qu’au simple
fait de vieillir »[21].
Cette
affirmation peut aider à détecter plus précisément les causes de la hausse
des dépenses de santé générée par l’augmentation du nombre de personnes
âgées, mais elle ne mène pas à des recommandations politiques faciles. Le
Dr Michael Gordon expose ce point avec humour :
J’aimerais
vous faire remarquer que s’il était possible d’éliminer la dernière année
de vie, nous économiserions beaucoup d’argent. L’ennui, c’est que ce
n’est qu’après coup que nous apprenons que c’est la dernière année de
vie. (...) Quelqu’un ne décide pas de renoncer à une opération, comme mon
père de 89 ans que j’ai accompagné la semaine dernière, parce
qu’il peut en mourir. On fait l’opération parce que le patient est vivant
et en a besoin. S’il meurt trois semaines plus tard, nous pouvons dire que
c’est de l’argent gaspillé, mais ce n’est pas notre manière de donner
les soins de santé. Nous ne regardons pas en arrière; nous regardons
toujours en avant, heureusement[22].
Plusieurs témoins
ont souligné que le vieillissement de la population constituera un facteur
important de l’augmentation des coûts de santé au cours des prochaines décennies,
mais qu’il n’est pas le seul ni peut-être le plus important. Santé
Canada a établi que les facteurs suivants contribuent à modifier les dépenses
de santé :
·
Le
vieillissement de la population
·
Le potentiel
fiscal
·
Les
technologies et l’innovation
·
Les facteurs
influant sur le besoin et la demande de services (notamment l’état de santé,
les préférences et les valeurs de la population)
·
Les
modifications à la structure des systèmes de prestation de soins
·
Les coûts
relatifs des soins en comparaison de l’inflation générale des prix.
Sur cette
toile de fond, les projections de Santé Canada annoncent que le
vieillissement de la population constituera un pourcentage de plus en plus
grand de l’augmentation des dépenses de santé au cours de la période 2001
à 2030, tout en demeurant inférieur à l’augmentation totale prévue de 30 %,
comme le montre le graphique 1.2[23].

Selon le Dr Michael
Gordon du CCNTA, pour répondre aux besoins présents et futurs des aînés,
il faut intégrer davantage[24]
les différents éléments de soins dans une gamme de services qui englobe la
promotion du mieux-être, la prévention des maladies et des blessures, les
soins hospitaliers aigus, les soins médicaux, les soins à domicile, les
soins à long terme et les soins palliatifs. Il y a cependant de nombreux défis
associés à l’élaboration d’une telle gamme de services, suscitant des
questions telles que : Quels sont les services couverts par le système
public? Comment offrir ces services de manière intégrée et comment
s’assurer qu’il y a suffisamment de fournisseurs de soins de santé pour répondre
aux différents besoins?
Le
professeur Spencer insiste sur l’importance d’une approche intégrée :
J’aimerais
souligner l’importance d’un examen global intégré du système de soins
de santé en tant que tel, afin que l’on tienne compte également de la
substitution d’un type de personnel par un autre, ou de la question des
soins en milieu hospitalier par opposition au milieu communautaire, etc.
C’est très important. Il est possible de réaliser des économies dans
plusieurs domaines en adoptant de meilleures pratiques, là où des études de
toutes sortes ont montré à maintes reprises que c’est possible. Il existe
de meilleures façons de faire les choses, mais il semble que notre système
ne fournit pas facilement cette information à mesure qu’elle devient
disponible[25].
L’idée
d’une prestation plus intégrée des soins pour répondre aux besoins
d’une population âgée vient appuyer la demande de plusieurs témoins que
les soins à domicile et les médicaments d’ordonnance soient couverts par
la Loi canadienne sur la santé. Quant au Dr Gordon, il
propose que les soins des aînés à domicile soient couverts par l’État :
…les
soins à domicile devraient maintenant faire partie du système de santé. La Loi
canadienne sur la santé,
au moment de son élaboration, avait une perspective plutôt limitée des
soins de santé, laquelle était probablement pertinente à l’époque.
Cependant, un grand nombre de soins peuvent maintenant être donnés à
domicile. De nombreux problèmes liés au vieillissement et au fonctionnement
n’exigent pas de traitements de haute technologie, mais plutôt une aide très
importante et relativement peu coûteuse pour les soins à domicile. Nous
croyons que cela devrait faire partie du système de soins de santé[26].
En ce qui
concerne les médicaments d’ordonnance, le Comité a appris que, même si
toutes les provinces fournissent une assurance aux aînés, la nature et la
portée de cette assurance varient énormément, car les médicaments
prescrits hors du milieu hospitalier ne sont pas visés par la Loi
canadienne sur la santé. Mais par‑dessus tout, le Dr Gordon
affirme que malgré l’assurance couvrant les médicaments d’ordonnance,
certains aînés continuent d’avoir des difficultés financières :
« le financement de certaines provinces augmentent considérablement la
prime à payer pour une modeste augmentation des revenus». (Les médicaments
d’ordonnance et les soins à domicile sont traités plus en détail aux
chapitres 2 et 9.)
Enfin, les
témoins soulignent l’importance de la prestation de soins palliatifs
appropriés : « il est important d’avoir un système complet de
soins palliatifs donnés en établissement ou à domicile – selon ce
qui convient au patient – et le temps est venu de s’assurer que tous
les Canadiens qui ont besoin de soins palliatifs peuvent y avoir accès »[27].
Les témoignages
indiquent clairement que l’actuel paiement à l’acte nuit gravement au
maintien du niveau de soins aux aînés. La pratique gériatrique, comme le
signale le CCNTA, exige du temps, des soins et des ressources professionnelles
qui sont moins accessibles lorsque la seule source de revenu des médecins est
l’acte médical. À cet égard, le Dr William Dalziel, de
l’Université d’Ottawa, affirme ceci :
Je peux
recevoir à mon bureau en 15 à 20 minutes une personne d’âge moyen, qui
vient habituellement consulter pour un problème simple, sans m’attarder aux
antécédents de cinq autres problèmes et à la prise de six médicaments. La
consultation moyenne pour une personne âgée prend normalement entre une
heure et une heure et demie. Dans la plupart des provinces, vous recevez
exactement le même montant pour chaque patient[28].
Des
situations de ce genre nuisent au recrutement des gériatres. Le Dr Dalziel
fait remarquer que des médecins résidents lui demandent pourquoi ils
devraient consacrer deux ans de plus à la formation en gériatrie pour gagner
30 % à 50 % moins d’argent[29].
Seulement sept médecins sont inscrits au programme de spécialisation en gériatrie
cette année au Canada : quatre sont au Québec, ce qui en laisse trois
pour le reste du pays. Le Dr Dalziel estime qu’il manque déjà
près de 500 spécialistes dans ce domaine.
La rémunération
des médecins s’inscrit dans un débat beaucoup plus large sur la réforme
des soins primaires (voir le chapitre 6). Cette réforme comporte également
des possibilités d’intégration en vue d’une prestation polyvalente,
adaptée aux besoins des aînés. Cela suppose des services de santé très
divers, accessibles à ce niveau et ceux- fournis de la manière la plus économique.
En général, une réforme de soins primaires qui permet d’associer plus
efficacement les différentes compétences permet aux aînés (et aux autres)
d’avoir accès plus facilement aux services de santé dont ils ont besoin,
lorsqu’ils en ont besoin.
Plusieurs témoins
ont souligné l’importance de promouvoir le bien-être et de prévenir la
maladie. Le Dr William Dalziel de l’Université d’Ottawa
affirme catégoriquement que « la clé pour demeurer en santé est
l’exercice » et il donne l’exemple suivant :
Des
femmes âgées qui ont fait de l’exercice deux fois par semaine pendant six
mois ont rajeuni de cinq ans en ce qui concerne leur capacité cardiaque et
pulmonaire. À la fin d’un programme d’exercices de renforcement pour les
femmes de 90 ans et plus vivant dans des maisons de soins, on a observé
qu’elles avaient augmenté la force de leurs quadriceps de 174 %. Elles
ont cessé de tomber. On a jeté les cannes et les marchettes[30].

Selon les données fournies par Santé Canada (voir le graphique 1.3),
les chutes font partie des plus importantes causes de décès évitables chez
les aînés, représentant plus du double du taux de mortalité pour 100 000 habitants
par accident de circulation routière, homicide et suicide réunis. La
promotion de la santé et la prévention des maladies et des blessures peuvent
réellement améliorer la qualité de vie des aînés et faire économiser de
l’argent au système. Malheureusement, les fonds fédéraux investis en
promotion de la santé ont diminué au cours des années 90, comme s’en
plaint le CCNTA.

Pour la
population âgée, le problème le plus important est peut-être celui du
financement des soins. On convient généralement que le vieillissement des
baby-boomers exercera de fortes pressions sur le système qui pourraient être
attribuées au vieillissement de la population, du moins jusqu’à ce que
cette génération soit passée. Il faut donc se demander comment couvrir les
coûts supplémentaires.
Les témoins
croient qu’il y a là une question fondamentale d’équité entre les générations.
Notre système de santé est financé au fur et à mesure par chaque génération
successive : les revenus proviennent des impôts des contribuables, qui
payent les services publics pour tous, y compris ceux qui ne paient plus ou
qui paient moins d’impôts depuis leur retraite. Plus le pourcentage d’aînés
augmente, moins il y a de personnes en âge de travailler pour couvrir les coûts
croissants des soins destinés à la population vieillissante. Il faut donc
s’attendre à une augmentation du fardeau pour la population active, que
certains considèrent comme un transfert injuste de la richesse d’une génération
à l’autre.
Un moyen de
résoudre ce problème, c’est d’élaborer un mécanisme de préfinancement
pour que les dépenses futures soient payées par les personnes qui bénéficieront
réellement des soins. C’est l’intention de la proposition présentée au
Comité par William Robson de l’Institut C.D Howe. Il propose plus précisément
qu’une partie du TCSPS que verse le gouvernement fédéral aux provinces et
aux territoires soit convertie en « subvention pour la santé des aînés ».
Il explique :
…nous
pourrions remplacer une partie du TCSPS par une nouvelle subvention, fixée à
3 000 $ par personne âgée et, initialement, contrebalancer la
subvention par des diminutions correspondantes ailleurs afin de récupérer
les coûts la première année. Au fil du temps, nous permettrions
d’augmenter la subvention au même taux par habitant que les autres
subventions concernant la population générale, mais étant axée sur le
groupe des aînés, elle augmentera plus rapidement. De cette façon, il
serait possible d’adapter la pression démographique aux transferts fédéraux[31].
La
Commission Clair du Québec propose une autre méthode de préfinancement, un
« fonds de perte d’autonomie » spécial financé par les
contributions de l’employeur et de l’employé. Semblable à un fonds de
retraite, il pourrait être administré par un organisme indépendant qui
garantirait sa rentabilité et veillerait à ce que ses ressources servent à
accroître la gamme de services offerts aux aînés.
Enfin,
plusieurs témoins ont parlé de la nécessité d’une planification générale
à long terme pour répondre aux besoins des aînés. Le professeur Byron
Spencer fait observer, par exemple, que le Conseil économique du Canada a déjà
fourni une analyse et des projections économiques à moyen et à long terme
et qu’il serait peut-être utile d’envisager la création d’un organisme
chargé, en particulier, de prévoir les effets du vieillissement de la
population[32].
Cela renforcerait notre capacité d’étudier régulièrement les conséquences
économiques de l’évolution démographique et leurs répercussions fiscales
et budgétaires pour le gouvernement.
Au cours de
son étude, le Comité a appris des choses intéressantes sur Laurier House à
Edmonton, qui offre ce qu’on pourrait appeler des « soins en condo » :
les résidents possèdent leur propre appartement, reçoivent des soins médicaux
sur place, paient des frais mensuels pour les coûts d’exploitation, les
services de repas et d’entretien et, lorsqu’ils meurent, leur succession
touche presque la totalité de l’investissement immobilier. Laurier House
est administrée par le Capital Care Group, l’organisme de soins permanents
financé et dirigé par le secteur public, le plus important au pays.
Laurier
House comprend 78 appartements occupés par 100 personnes. Les appartements à
une chambre coûtent de 97 000 $ à 115 000 $; ceux à
deux chambres, de 118 000 $ à 136 000l $; et les studios,
88 000 $. Les frais mensuels pour les résidents varient de 950 $
à 1 060 $, selon l’appartement. Les services de santé sont
financés par Santé Alberta. Laurier House est différente des autres maisons
de soins, car les résidents achètent leur appartement; la province
n’investit pas dans les frais d’immobilisation.
Le Comité
reconnaît que les spécialistes ne s’entendent toujours pas sur
l’incidence du vieillissement sur la viabilité du système de soins de santé.
Les divergences d’opinion peuvent se résumer en quatre scénarios :
« coûts astronomiques », « morbidité comprimée »,
« coûts maîtrisables » et « système réformé ».
Le Comité
croit que le scénario des coûts astronomiques est le plus improbable. Les témoignages
entendus laissent présager que, certes, le vieillissement exercera de fortes
pressions sur le système de soins de santé, en particulier lorsque la génération
du baby-boom prendra sa retraite, mais il est peu probable que ces pressions déclenchent
une crise.
En réalité,
le vieillissement de la population constitue seulement un des facteurs
complexes – liés à l’offre et à la demande – qui
contribuent à l’augmentation des frais de santé. Les autres facteurs
incluent notamment l’utilisation de nouvelles technologies, le coût des
nouveaux médicaments et la modification des attentes du patient.
Cependant,
on ne doit pas conclure pour autant qu’il ne faut rien faire pour contrer
les pressions associées au vieillissement. Le Comité croit qu’il est
important d’étudier attentivement les propositions de préfinancement des
frais liés au vieillissement, du moins jusqu’à ce que les effets de la génération
du baby-boom soient passés. De plus, nous pensons que le vieillissement de la
population accentue l’urgence de résoudre d’autres problèmes et qu’il
exigera des mesures particulières dans le cadre de programmes de changement
plus généraux.
À titre
d’exemple, les aînés, dont le cas médical est souvent complexe, bénéficieraient
d’une réforme des soins primaires qui ferait que ceux-ci ne seraient plus rétribués
exclusivement à l’acte et qui inciterait les médecins à passer plus de
temps avec le patient. La réforme pourrait également permettre
d’offrir un plus grand nombre de services dès le point d’accès au système
de santé; cette solution serait intéressante pour les aînés qui ont
souvent besoin de consulter plusieurs soignants. Cela suppose toutefois
qu’il faut également solutionner le problème suscité par l’expansion du
régime public en vue d’inclure ces services. Dans ce contexte, il faudrait
aussi déterminer si d’autres services, tels que les soins à domicile et
les médicaments d’ordonnance, ne devraient pas eux aussi être assujettis
aux dispositions de la Loi canadienne sur la santé.
La réforme
des soins primaires, l’expansion du régime public et la mise en place
d’une série intégrée de services sont précieux pour les aînés, mais
elles ont aussi de nombreuses conséquences pour la population en général.
Dans la phase quatre de son étude, le Comité examinera ces questions plus à
fond.
En
conclusion, le Comité trouve le concept de Laurier House original et
impressionnant. Évidemment, on peut se demander si ce concept ne constitue
pas une forme de système de soins infirmiers « à deux vitesses ».
À notre avis, c’est plutôt un système de logement à deux vitesses pour
le malade, mais dans le cadre d’un système de soins de santé universel.
Le terme « médicaments » (ou « remèdes »)
englobe en général les médicaments d’ordonnance, les médicaments vendus
sans ordonnance (en vente libre ou à l’étalage) et les fournitures médicales
personnelles. Les médicaments d’ordonnance sont d’ordinaire prescrits par
un médecin ou un dentiste, préparés par un pharmacien pour des patients
hospitalisés ou non. Les produits en vente libre comme les remèdes contre la
toux et le rhume et les analgésiques peuvent être achetés sans ordonnance
à divers points de vente au détail. Les fournitures médicales personnelles,
comme les nécessaires d’hygiène buccale ou les trousses de diagnostic
rapide, sont aussi disponibles dans des points de vente au détail.
Les médicaments
peuvent être brevetés ou non. Un médicament breveté est assorti d’un
brevet. Les médicaments non brevetés englobent les médicaments dont le
brevet n’a pas encore été homologué, ceux dont le brevet a expiré, ceux
qui n’ont jamais été assortis d’un brevet et les copies génériques.
Depuis 1987, le Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés (CEPMB)
réglemente les prix exigés par les fabricants de médicaments brevetés au
Canada. Il y a deux composantes à cette réglementation. D’une part, une
limite sur l’augmentation du coût des médicaments brevetés déjà
commercialisés; d’autre part, une limite sur le prix de lancement d’un
nouveau médicament breveté. Le prix des médicaments non brevetés n’est
pas réglementé.
Santé
Canada a la responsabilité d’homologuer tous les médicaments mis en marché
au Canada. Le Ministère évalue les nouveaux médicaments afin de garantir
l’innocuité et l’efficacité
du traitement annoncé. L’obtention d’un avis de conformité (ADC) donne
l’autorisation de commercialiser et de distribuer un médicament. Toutefois,
un médicament peut être distribué, avec des restrictions précisées, avant
l’obtention d’un ADC, en tant que drogue nouvelle de recherche ou en vertu
du Programme spécial d’accès (PSA).
Les témoins
entendus ont fait remarquer que la pharmacothérapie fait partie intégrante
des soins de santé. L’importance des médicaments pour traiter une maladie,
maintenir l’état de santé et la qualité de vie et prévenir et réduire
le besoin de chirurgie ou de séjour en hôpital est bien reconnue. On a également
dit au Comité qu’une pharmacothérapie appropriée peut optimiser les résultats
en santé et permet d’éviter d’autres coûts inutiles.
D’après
les données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS),
les dépenses au titre des médicaments au Canada augmentent continuellement
depuis 25 ans : elles sont passées de 1,1 milliard de dollars
en 1975 à 14,7 milliards de dollars en 2000.[33]
Pendant cette période, les médicaments ont constitué une part
croissante des dépenses totales de soins de santé : en 1975, ils représentaient
9 % des dépenses totales; en 2000, cette part était passée à près de
16 % (voir graphique 2.1). Les données de l’ICIS révèlent également
que les dépenses totales au titre des médicaments ont augmenté à un taux plus élevé que le taux d’inflation.
En outre, depuis 1997, les dépenses de médicaments se situent au deuxième
rang des catégories de dépenses relatives aux soins de santé, après les dépenses
au titre des hôpitaux et avant les dépenses touchant les consultations médicales.
Le graphique 2.2. retrace
l’évolution des dépenses de soins de santé par catégorie au Canada,
exprimées en dollars par habitant. On constate que les dépenses au titre des
médicaments augmentent plus vite que les dépenses dans d’autres secteurs
clés des soins de santé, les hôpitaux et les consultations médicales par
exemple. En fait, entre 1990 et 2000, les dépenses en médicaments par
habitant ont progressé de près de 93 %, plus de deux fois la moyenne de
l’augmentation de toutes les dépenses en santé (40 %).
Le coût d’un médicament
d’ordonnance dépend de quatre éléments : le prix du fabricant, la marge bénéficiaire
du marchand de gros, celle du détaillant et les honoraires du pharmacien.
D’après des données de IMS Health (Canada) et du Groupe de travail fédéral-provincial-territorial
sur le prix des produits pharmaceutiques (1997), les marges bénéficiaires en
gros et au détail et les honoraires des pharmaciens représentaient un peu
plus du tiers du coût final d’un médicament sur ordonnance, alors que les
frais de distribution et le prix de vente des fabricants représentaient 4 %
et 63 % respectivement du coût final.[34]
Les médicaments
d’ordonnance constituent la plus importante composante des dépenses au
titre des médicaments (77 % en 2000, comparativement à 72 % en
1975). Les médicaments vendus en vente libre et les fournitures médicales
personnelles constituaient en 2000 les 23 % restants des dépenses (comparativement
à 28 % en 1975). Pour l’essentiel, les médicaments vendus en vente
libre et les fournitures médicales personnelles sont achetés directement par
le consommateur et constituent un débours pour lui. Par contre, de nombreux
intervenants financent les médicaments d’ordonnance. En 1975, le secteur
privé assumait 80 % des dépenses de médicaments d’ordonnance. En
2000, cette part du secteur privé était passée à 57 %. Au cours de la
même période, la part des médicaments d’ordonnance financés à même les
deniers publics n’a cessé de croître : elle est passée de 20 %
en 1975 à 43 % en 2000.
D’année
en année, de plus en plus de médicaments sont vendus au Canada et les médicaments
brevetés accaparent une part sans cesse croissante de ces ventes. Le Conseil
d’examen du prix des médicaments brevetés (CEPMB) évalue à 10,0 milliards
de dollars les produits pharmaceutiques pour consommation humaine vendus au
Canada en 2000. Cela représente pour les fabricants une augmentation de 12,4 %
par rapport à 1999.[35]
La proportion des ventes totales de médicaments brevetés par rapport à
l’ensemble des ventes de médicaments ne cesse de croître. En 1995, elle était
de 43,9 %, alors qu’en 2000, les médicaments brevetés représentaient
63,0 % du total des ventes.[36]
Entre 1990 et 1995, les ventes de médicaments de marque déposée non brevetés
représentaient près de 50 % de la totalité des ventes des sociétés détenant
des brevets sur des médicaments. Toutefois, entre 1996 et 2000, cette
proportion n’a pas cessé de diminuer pour atteindre
28 % en 2000.[37]
En même temps, les ventes de médicaments génériques augmentaient. D’après
les renseignements publiés par IMS Health et diffusés par le CEPMB, on
estimait les ventes totales de médicaments génériques à environ 929 millions
de dollars en 2000, une augmentation de 15,2 % par rapport à 1999.[38]
La plupart
des médicaments brevetés sont délivrés sur ordonnance. Environ 96 %
des produits brevetés, déclarés d’usage humain au CEPMB, exigent une
ordonnance.[39]
La quantité de médicaments brevetés vendus a aussi augmenté. Entre 1988 et
2000, la progression annuelle moyenne des quantités de médicaments brevetés
vendus était de 12 %. On peut comparer cela à la hausse annuelle
moyenne de leur prix, 0,8 %.[40]
Dans
l’ensemble, l’augmentation des dépenses au titre des médicaments, ces
dernières années, a eu une forte incidence sur l’escalade des coûts des
soins de santé. Selon les témoins entendus, cette tendance va sans doute se
poursuivre avec le vieillissement de la population canadienne, l’avènement
de nouvelles pharmacothérapies et l’augmentation de la demande de médicaments
d’ordonnance :
Les médicaments
vont devenir de plus en plus efficaces et vont constituer une part de plus en
plus importante des thérapies utilisées; la part qu’ils représentent dans
les coûts de soins de santé va continuer de grossir. Les nouveaux médicaments
sont coûteux, mais ils vont être prescrits et la population vieillissante,
connaissant leur existence, va en faire la demande
(…).[41]
Divers
facteurs contribuent à l’augmentation des dépenses au titre des médicaments,
notamment un usage plus intensif, la hausse des prix et un usage accru des
nouveaux médicaments plus coûteux. Certains de ces facteurs influent
davantage que d’autres sur les dépenses.
Par usage
des médicaments on entend ni plus ni moins la quantité de médicaments
utilisés. L’accroissement du nombre d’ordonnances s’explique par
certains facteurs, notamment : la croissance démographique; l’évolution
de la structure par âge et de l’état de santé de la population;
l’augmentation du nombre de patients à qui on prescrit un médicament en
particulier; la tendance à préconiser une pharmacothérapie plutôt que
d’autres formes de traitements; l’apparition de nouvelles maladies et un
traitement amélioré des maladies connues; et la hausse du nombre
d’ordonnances par personne.
Au Canada,
d’année en année, les médecins délivrent de plus en plus d’ordonnances.
IMS Health (Canada) signale qu’en 1999, 272 millions d’ordonnances ont été
exécutées, soit 6,3 % de plus qu’en 1998. Cela donne une idée de
l’ampleur de l’usage des médicaments au Canada : 8,9 ordonnances
par personne en 1999, contre 8,3 en 1998 (voir tableau 2.1).
TABLEAU 2.1
UTILISATION D’ORDONNANCES EN 1999
|
Taille
moyenne de la famille Nombre
d’ordonnances par personne Nombre
d’ordonnances par famille Prix
moyen de l’ordonnance Consommation
par famille par année |
3,1 8,9 28,0 35,48 $ 978,89 $ |
Source : IMS Health (Canada).
Nous avons encore beaucoup à apprendre au sujet de l’utilisation des médicaments
au Canada. L’usage augmente mais, pour un même médicament, la
configuration peut varier selon la région du Canada et entre le Canada et
d’autres pays. Il y a des différences marquées dans le recours aux
pharmacothérapies à l’échelle du Canada. Les benzodiazépines en sont un
exemple. On prescrit plus de benzodiazépines dans l’Est du Canada que dans
l’Ouest : en 2000, les pharmaciens détaillants du
Nouveau‑Brunswick ont fourni 41,5 comprimés et cachets de
benzodiazépine par habitant, ce qui est trois fois plus que la quantité par
habitant en Saskatchewan. Il existe également des variations frappantes à
l’intérieur des provinces. Le recours aux benzodiazépines dans le Nord de
l’Alberta, par exemple, est plus fréquent que dans le Sud de l’Alberta.[42]
Le Dr
Roger A. Korman, président de IMS Health (Canada), a déclaré que même si
l’on n’a pas encore établi de liens de cause à effet entre la situation
socio-économique et le recours aux benzodiazépines, il semble qu’il y ait
une corrélation, l’usage en étant plus répandu dans les couches socio-économiques
moins nanties.[43]
Le recours aux benzodiazépines a plus à voir avec l’âge du médecin
soignant qu’avec l’âge du patient : 90 % des 100 médecins
qui prescrivent le plus de benzodiazépines en Alberta, au Québec et en
Ontario sont des diplômés d’avant 1981.[44]
L’usage
que l’on fait de certaines drogues varie d’un pays à l’autre. Même si
l’usage d’antibiotiques est en baisse au Canada, on en prescrit ici encore
deux fois plus qu’aux Pays‑Bas. Le Ritalin est un autre exemple. Le
nombre d’ordonnances délivrées au Canada pour le Ritalin continue
d’augmenter rapidement (9 % en 2000), alors qu’on note une baisse de
5 % aux États‑Unis.
Le
gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux ont un rôle à jouer
pour juguler le prix des médicaments au Canada. Au niveau fédéral, le CEPMB
examine les prix exigés par les fabricants de médicaments brevetés pour
garantir qu’ils ne soient pas excessifs. En outre, les gouvernements
provinciaux et territoriaux ont pris diverses mesures pour juguler le prix des
médicaments remboursés par leur régime d’assurance-médicaments. On a
recours aux mécanismes suivants :[45]
·
Remplacement
par des médicaments génériques : Quand un médicament générique est
disponible, on doit substituer le produit générique moins coûteux à son équivalent
de marque, à moins que l’ordonnance du médecin ne soit formelle.
·
Gestion des
formulaires : Il arrive que certains médicaments ne soient pas inclus
dans les formulaires, qu’ils y soient inclus mais assortis de restrictions
ou qu’ils en aient été exclus.
·
Établissement
du prix d’après une référence : Remboursement du médicament le
moins coûteux dans un groupe donné. La différence essentielle entre cette
mesure axée sur l’établissement d’un prix de référence et la
substitution d’un produit générique à un produit de marque est que, dans
le premier cas, les médicaments doivent se borner à être des équivalents
d’un point de vue thérapeutique et non être identiques d’un point de vue
chimique.
·
Le contrôle
des marges bénéficiaires et des honoraires des pharmaciens : Les
gouvernements provinciaux peuvent limiter les marges bénéficiaires réalisées
sur les médicaments et ils peuvent fixer les honoraires versés aux
pharmaciens.
·
Partage des
risques : Dans certains cas, les gouvernements ont négocié avec les
fabricants de médicaments pour limiter les dépenses totales consacrées à
un médicament donné. Ayant fixé un seuil, la compagnie s’engage à verser
à la province tous les montants au‑delà de ce seuil.
·
Gel des prix :
L’Ontario a introduit un gel des prix entre 1994 et 1998.
Le CEPMB
veille à ce que l’augmentation annuelle du prix des médicaments brevetés
ne dépasse pas celle de l’Indice des prix à la consommation (IPC). Sauf en
1992, tous les ans depuis 1998, le prix des médicaments brevetés a enregistré
une progression inférieure à celle de l’IPC. En 2000, le prix des médicaments
brevetés a augmenté en moyenne de 0,4 %, alors que les prix à la
consommation se sont accrus de 2,7 %.[46]
Le CEPMB surveille également le prix de lancement des nouveaux médicaments
brevetés. En règle générale, le prix des nouveaux médicaments brevetés
est fixé de façon que le coût du nouveau médicament ne dépasse pas la
plus coûteuse des pharmacothérapies existantes pour traiter la maladie en
question. Le prix des nouveaux médicaments révolutionnaires est limité à
la médiane des prix du même médicament dans sept autres pays : la
France, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, la Grande-Bretagne et les États‑Unis.
En outre, le prix d’un médicament breveté ne peut pas être plus élevé
que le prix le plus élevé du même médicament dans ces pays.[47]
En 1987, le
prix des médicaments brevetés au Canada était supérieur d’environ 23 %
à la médiane des prix internationaux. Au milieu des années 90, les prix
canadiens étaient inférieurs d’environ 10 %. En 2000, ils étaient
inférieurs de 8 % à la médiane des prix internationaux. Le CEPMB
signale que les prix canadiens sont un peu inférieurs aux prix qui ont cours
en Allemagne, en Suède, en Suisse et en Grande-Bretagne, mais qu’ils sont
supérieurs aux prix pratiqués en France et en Italie. Les prix américains
sont plus élevés que ceux de tous les autres pays.[48]
Le Groupe
de travail fédéral-provincial-territorial sur le prix des produits
pharmaceutiques a analysé l’évolution du prix annuel des médicaments
d’ordonnance dans six régimes provinciaux d’assurance-médicaments. Les médicaments
ont été partagés en trois catégories : médicaments brevetés; médicaments
non brevetés à source unique; et médicaments non brevetés à sources
multiples (de marque et génériques). En 1997, pour les six régimes analysés,
les médicaments brevetés représentaient environ 50 % du total des dépenses
au titre de médicaments d’ordonnance. Les médicaments non brevetés de
source unique représentaient 13 % du total, en 1996. Le Groupe de
travail a comparé le prix demandé au Canada et le prix demandé à l’étranger
pour les médicaments non brevetés de source unique les plus vendus et
remboursés par les six régimes d’assurance-médicaments. On a pu constater
que, dans l’ensemble, les prix canadiens étaient de 30 % supérieurs
à la médiane des prix internationaux des sept pays qui constituent la référence
comparative du CEPMB. Par contre, le prix canadien des médicaments brevetés
était quant à lui d’environ 10 % inférieur à la médiane des prix
internationaux.[49]
Les médicaments
à sources multiples (de marque générique) représentaient 44 % des dépenses
des régimes d’assurance-médicaments de cinq provinces en 1997.[50]
Le Groupe de travail fédéral-provincial-territorial sur le prix des produits
pharmaceutiques a recueilli des données qui révèlent une tendance nette à
la hausse du prix des médicaments génériques au regard de leurs équivalents
de marque.[51]
Selon le Groupe de travail, « cette tendance s’est dessinée bien que
le prix de l’ensemble des médicaments génériques soit demeuré stable ou
ait chuté, et bien que le prix de leurs équivalents de marque soit demeuré
constant ou ait augmenté pendant cette période. »[52]
On peut trouver deux explications possibles à ce phénomène : le prix
de lancement des médicaments générique est relativement plus élevé et on
observe des différences de tendance dans les prix, selon qu’il s’agit
d’un médicament générique pour lequel il n’y a pas d’équivalent de
marque ou d’un générique pour lequel il existe un équivalent.[53]
Une étude de l’Institut Fraser (août 2000) démontre que le prix des
médicaments génériques est souvent plus élevé au Canada qu’aux États‑Unis.[54]
Le prix des
médicaments varie d’une province à l’autre. Le Groupe de travail fédéral-provincial-territorial
sur le prix des produits pharmaceutiques a constaté que le prix du fabricant
accusait des différences marquées pour un même produit selon la région du
Canada. En 1993, les prix ontariens, les plus élevés au Canada, étaient supérieurs
de 8,8 % à ceux de la Colombie-Britannique, province où ils sont le
plus bas. En 1997, dernière année couverte par le rapport, l’écart des
prix s’était rétréci, la Nouvelle-Écosse affichant les prix les plus élevés,
5 % de plus qu’au Manitoba, province où ils étaient le moins élevés.
Le Groupe de travail a également constaté que si les provinces avaient
remboursé au prix le plus bas pour un même produit en 1997, 60 millions
de dollars auraient été épargnés.[55]
Si les
anciennes thérapies sont remplacées par de nouveaux médicaments plus coûteux,
cela peut avoir une incidence marquée sur les dépenses au titre des médicaments.
Le Groupe de travail sur le prix des produits pharmaceutiques a recueilli des
données qui révèlent qu’en 1997, les nouveaux médicaments (introduits
depuis 1990) représentaient 57 % des dépenses totales au titre des
produits pharmaceutiques en Colombie‑Britannique. On attribue à
l’introduction et à l’usage des nouveaux médicaments 32 % de
l’augmentation des dépenses en médicaments en Colombie‑Britannique
entre 1990 et 1997.
À l’aide
de données de la Colombie-Britannique, le Groupe de travail fédéral-provincial-territorial
sur l’utilisation des médicaments attribue l’évolution des dépenses en
médicaments d’ordonnance aux générateurs de coût suivants (voir
graphique 2.3) : l’augmentation des prix des médicaments
existants (18 %), l’usage accru des médicaments existants (50 %)
et la vente de nouveaux médicaments au cours de la première année (32 %).
En 1997, les médicaments introduits sur le marché canadien depuis 1990 (nouveautés)
représentaient 57 % des dépenses d’assurance-médicaments en
Colombie-Britannique. Le Groupe de travail a donc conclu qu’un usage accru
de médicaments et une consommation accrue de nouveaux médicaments étaient
les principaux générateurs des dépenses au titre des médicaments
d’ordonnance[56].
2.3
Pharmacothérapie appropriée
Une pharmacothérapie appropriée signifie prescrire et utiliser les bons
médicaments au bon moment. Une utilisation rentable et appropriée des médicaments
est essentielle si nous voulons à la fois optimiser les résultats pour la
santé et éviter des dépenses inutiles. Il existe toutefois deux obstacles
majeurs à une pharmacothérapie appropriée : une utilisation inappropriée
par le patient et une ordonnance inappropriée de la part du médecin. Le
tableau 2.2 donne un bref aperçu de ce double phénomène.
L’utilisation
inappropriée des médicaments sur ordonnance est un problème de plus en plus
important. D’après les estimations, jusqu’à 55 % des patients
n’observent pas les régimes indiqués pour les médicaments sur ordonnance
et interrompent prématurément leur prise alors qu’ils souffrent
chroniquement d’hypertension ou de cholestérol élevé. D’après les données
de la Saskatchewan concernant l’utilisation d’hypocholestérolémiants, le
Dr Robert Coambs, PDG, Health Promotion Research, a signalé
qu’il faut de 18 mois à deux ans avant que ces médicaments ne fassent
effet, mais que 10 % seulement des patients continuent à les prendre après
800 jours. Ceci peut mener à d’autres effets nocifs ainsi qu’à une
multiplication des visites chez le médecin et à l’hôpital[57].
Il arrive souvent que les patients ne prennent pas leurs médicaments comme
cela leur a été prescrit, arrêtent de les prendre prématurément ou négligent
de renouveler leurs ordonnances.
TABLEAU 2.2
PHARMACOTHÉRAPIE INAPPROPRIÉE : DÉFINITION
|
UTILISATION
INAPPROPRIÉE DES MÉDICAMENTS1 |
PRESCRIPTION
INAPPROPRIÉE2 |
|
§
Ne
pas faire exécuter ou renouveler son ordonnance §
Prendre
trop ou pas assez du médicament prescrit §
Doser
au hasard, modifier l’intervalle entre deux prises de médicaments
ou omettre des doses §
Arrêter
prématurément la prise du médicament §
Prendre
un médicament sans ordonnance §
Mélanger
les médicaments sur ordonnance et les produits en vente libre ou
illicites §
Mélanger
médicaments sur ordonnance et alcool |
§
Prescrire
insuffisamment ou ne pas spécifier des quantités suffisantes ou les
intervalles à respecter entre les doses §
Prescrire
des quantités excessives ou dépasser le dosage thérapeutique
maximum §
Utilisation
prolongée qui provoque un changement iatrogène et des effets indésirables §
Ordonnance
contre-indiquée pour l’état pathologique §
Mélanges
contre-indiqués qui produisent des effets indésirables |
1) Coambs, Robert B., Ph.D. et al., Review of the Scientific Literature on the Prevalence, Consequences, and Health Costs of Non-Compliance and Inappropriate Use of Prescription Medications in Canada, ACIM, 1995.
2) Coambs, Robert B., Ph. D. et al., A Preliminary Review of the Causes of Inappropriate Prescribing and its Costs in Canada, Health Promotion Research, février 1997.
Les
recherches ont d’autre part révélé que beaucoup de patients ne
comprennent pas leur pharmacothérapie. On a dit au Comité que la moitié des
patients qui sortent d’un cabinet de médecin ne comprennent pas le médicament
qui leur a été prescrit, pourquoi on le leur a prescrit ni comment ils sont
censés le prendre[58].
L’analphabétisme est un obstacle majeur à une utilisation appropriée des
médicaments sur ordonnance.
La
prescription inappropriée de médicaments pose également un problème, en
particulier pour les personnes âgées. L’Association canadienne de gérontologie
a discuté de ce problème dans un récent énoncé de position :
Les
personnes âgées sont plus susceptibles de se faire prescrire des médicaments
probablement non indiqués; de 11 % à 46 % d’entre elles reçoivent
au moins une ordonnance non indiquée par année. […] Les erreurs de
prescription représentent environ de 19 % à 36 % des admissions à
l’hôpital pour cause médicamenteuse. La coexistence de plusieurs médecins
prescripteurs, le nombre de médicaments actuellement commercialisés (plus de
24 000), le nombre de contre-indications relatives documentées (plus de
33 000) et les lacunes dans les connaissances des médecins attribuables
à leur âge ou à leur formation sont d’importants facteurs qui contribuent
à accroître le risque de la prescription de complaisance[59].
TABLEAU 2.3
COÛTS ÉCONOMIQUES ESTIMATIFS DE LA PHARMACOTHÉRAPIE INAPPROPRIÉE
(en milliards de dollars)
|
|
Utilisation
inappropriée |
Ordonnances
inappropriées |
|
Coûts
directs : §
Hôpitaux
§
Centres
de soins infirmiers §
Soins
ambulatoires |
1,78
– 2,74 0,66 1,09 |
0,30
– 0,85 – 0,12
– 0,43 |
|
Coûts
indirects : §
Perte
de productivité et décès prématurés |
3,5
– 4,49 |
0,42
– 1,28 |
|
Coûts
économiques totaux |
7,06
– 8,98 |
0,84
– 2,56 |
Source
: Voir tableau 2.2.
L’utilisation inappropriée de médicaments sur ordonnance coûte très
cher au système de santé canadien. Une étude de 1995 du Dr
Coambs et al. révèle que ces coûts économiques se situent entre 7 et 9 milliards
de dollars par an, ce qui équivaut au coût du cancer, toutes causes
confondues[60].
Ce chiffre comprend à la fois les coûts directs – résultant d’une
hospitalisation accrue, d’une multiplication des visites et interventions de
médecin et d’un accroissement des coûts des centres de soins; et les coûts
indirects – résultant d’une productivité diminuée au travail, de
l’absentéisme et de décès prématurés. En 1997, le Dr Coambs
et son équipe ont estimé les coûts économiques des erreurs de prescription
entre 0,8 et 2,6 milliards de dollars par an (voir tableau 2.3).
Les témoins
ont insisté sur le fait qu’une amélioration dans l’utilisation des médicaments
aurait une incidence positive sur la santé des patients et sur les dépenses.
Le Dr Coambs estime que de bons programmes de soutien aux
patients aideraient à s’assurer qu’ils prennent convenablement leurs médicaments.
Le Dr Jeffrey Poston, directeur exécutif de l’Association des
pharmaciens du Canada, a insisté sur le rôle des pharmaciens dans la
rentabilisation de l’utilisation des médicaments.
Même
si des stratégies de gestion de l’utilisation des médicaments, comme les
programmes de pharmacothérapie initiale, peuvent permettre de réaliser des
économies, c’est lorsque les pharmaciens prennent le temps d’examiner
avec les patients leur traitement d’un œil critique qu’on obtient l’amélioration
la plus grande. Dans une étude menée récemment en Ontario, des pharmaciens
ont passé en revue les médicaments pris par des aînés à qui on avait
prescrit cinq médicaments ou plus. Chez 88 % de ces patients, on a décelé,
en moyenne, 3,23 problèmes liés aux médicaments. Le pharmacien a
informé les médecins traitants. Dans 69 % des cas, le médecin a accepté
les modifications recommandées par le pharmacien[61].
Le Dr
Poston préconise que les pharmaciens fassent partie intégrante de la réforme
des soins de première ligne. Cela réglerait le problème de sous-utilisation
des pharmaciens et améliorerait l’ensemble de la pharmacothérapie :
Nous
recommandons aux provinces, au moment où elles s’apprêtent à réformer
leurs systèmes de soins primaires, d’examiner des moyens d’intégrer les
pharmaciens aux modèles proposés de prestation des soins primaires. De tels
modèles devraient être conçus de manière à assurer une utilisation
maximale des services consultatifs que les pharmaciens sont en mesure
d’offrir pour assurer l’optimisation des pharmacothérapies[62].
Les témoins
ont également parlé de l’importance d’utiliser l’information pour réduire
le gaspillage résultant d’erreurs de prescription et de l’utilisation
inappropriée de médicaments. Le Comité a appris que le Canada n’a pas
d’informations complètes quant à l’utilisation et au coût des médicaments.
Évaluer la qualité de l’utilisation des médicaments semble être une
priorité. Mme Barbara Ouellet, directrice des Soins à domicile et
produits pharmaceutiques à Santé Canada a signalé que :
Le
Canada ne dispose pas de données exhaustives fiables sur l’utilisation et
le coût des médicaments, ce qui constitue en soi un obstacle à l’analyse,
notamment celle de certaines orientations stratégiques ou conséquences éventuelles
de ces orientations. De plus, les Canadiens sont en quête d’informations
faisant autorité, fondées sur des preuves et adaptées aux patients qui leur
seraient communiquées au moment où on leur remet leur ordonnance ou au
moment où elle est exécutée[63].
Le Dr
Poston préconise des recherches qui permettront d’évaluer de façon
critique la qualité de l’utilisation des médicaments :
On a
beaucoup insisté sur le coût des médicaments, sans s’intéresser de près
à la qualité de l’utilisation des médicaments. C’est grâce à une
meilleure qualité de l’utilisation des médicaments que nous pourrons réaliser
de véritables économies, du point de vue des coûts et des vies humaines.
Les évaluations devraient mettre l’accent sur la valeur des interventions
mises au point pour améliorer la qualité de l’utilisation des médicaments[64].
La majorité
des Canadiens ont une forme quelconque d’assurance pour les médicaments sur
ordonnance : programmes gouvernementaux, régimes privés contractés par
leur employeur ou régimes individuels (voir tableau 2.4). Les informations
fournies au Comité par l’Association canadienne des compagnies
d’assurance de personnes Inc. (ACCAP) indiquent qu’environ 97 % de la
population canadienne est protégée par une forme ou une autre
d’assurance-médicaments. Les estimations de l’Association révèlent également
que :
·
les régimes
d’employeur sont la principale source d’assurance pour les Canadiens,
puisqu’ils couvrent 57 % de la population;
·
les
compagnies d’assurance-médicaments individuelles couvrent 3 % de la
population;
·
les deux
principaux régimes d’assurance-médicaments publics pour les personnes âgées
et les assistés sociaux couvrent respectivement 12 et 10 % de la
population;
·
les
programmes provinciaux visant l’ensemble de la population (non limités aux
aînés et aux bénéficiaires de l’aide sociale) couvrent 15 %
de la population;
·
les
programmes pour les Indiens inscrits et les Inuits et Innus admissibles
couvrent environ 2 % des assurés;
·
divers autres
regimes (polices individuelles, groupes d’affinité, etc.) couvrent un autre
1 %;
·
quelque 3 %
de la population canadienne semble ne pas avoir d’assurance du tout pour les
médicaments[65].
TABLEAU 2.4
TYPES DE RÉGIMES
|
RÉGIMES
PRIVÉS |
RÉGIMES
PUBLICS |
|
§
Régimes
liés à un emploi §
Assurance
individuelle §
Régimes
affinité |
§
Indiens
inscrits, Inuits et Innus admissibles §
Anciens
combattants §
Personnes
âgées §
Assistés
sociaux §
Personnes
dans des établissements (de santé ou correctionnels) §
Régimes
universels ouverts à tous les résidents |
Source :
Canadians’ Access to Insurance for Prescription Medicines, Executive
Summary, Applied Management in Association with Fraser Group Trisat Resources,
étude soumise à Santé Canada grâce au Fonds pour l’adaptation des
services de santé, mars 2000.
Étant donné
que la Loi canadienne sur la santé ne vise pas les médicaments sur
ordonnance utilisés hors du contexte hospitalier, la protection varie considérablement
selon la province. De même, les assurances privées pour médicaments
offertes dans les régimes d’employeur ou par les assureurs sont toutes très
différentes dans leur conception, leurs conditions et leur coût.
Il y a par
exemple de grandes différences dans les régimes d’assurance-médicaments[66] :
·
Le
gouvernement fédéral offre, dans le cadre du programme des Services de santé
non assurés, un régime d’assurance-médicaments aux Indiens inscrits et
aux Inuits et Innus admissibles pour les médicaments qui ne sont pas couverts
par les régimes provinciaux et territoriaux.
·
Anciens
combattants Canada offre un régime d’assurance-médicaments à certains
anciens combattants admissibles.
·
Les membres
des forces armées et leurs familles reçoivent une assurance-médicaments du
gouvernement fédéral, comme les détenus des établissements correctionnels
fédéraux. Les gouvernements provinciaux fournissent les médicaments aux détenus
des établissements provinciaux.
·
Certaines
provinces ont des programmes universels (la Colombie-Britannique, la
Saskatchewan et le Manitoba couvrent tous les résidents; le Québec couvre
les résidents sans régime d’assurance-médicaments d’employeur;
l’Ontario a un programme qui couvre, en fonction de leurs revenus, les
personnes qui paient des coûts de médicaments très élevés).
·
Toutes les
provinces et les territoires couvrent les assistés sociaux et les personnes
âgées dans leur programme d’assurance-médicaments, mais certaines ne
couvrent que les personnes âgées à faible revenu.
·
Les personnes
atteintes de maladies très coûteuses (p. ex., diabète, VIH/sida,
cancer, fibrose kystique) sont couvertes dans toutes les provinces.
·
Les résidents
de centres de soins infirmiers et d’établissements de soins de longue durée
obtiennent une assurance-médicaments dans le cadre de régimes provinciaux ou
grâce aux subventions dont bénéficie le centre ou l’installation.
·
Certains régimes
d’assurance-médicaments provinciaux exigent le paiement d’une prime. La
majorité n’en exigent pas. D’autres ont des franchises (montant que doit
payer l’intéressé avant de pouvoir être remboursé). La majorité des régimes
publics provinciaux exigent que les assurés paient une portion des frais
d’exécution d’ordonnances en plus de la franchise (participation aux coûts).
Beaucoup de régimes limitent le montant total que sont tenus de payer les
assurés en participation aux frais et franchises).
·
Les régimes
d’assurance-médicaments provinciaux et territoriaux ont adopté des
formulaires (listes) de médicaments que rembourse le régime.
La plupart
des gros employeurs et beaucoup de petits employeurs offrent des régimes qui
incluent une assurance-médicaments. Dans certains cas, ces régimes
s’adressent aussi aux retraités. Les personnes travaillant à leur compte
peuvent également acheter une assurance-médicaments individuelle. Les
employeurs paient habituellement la prime dans la plupart des régimes
d’employeur, mais les employés peuvent aussi être appelés à contribuer :
la proportion de régimes exigeant une prime et ceux qui n’en exigent pas
est d’environ moitié-moitié. Beaucoup de régimes privés n’ont pas de
franchise et quand il y en a une, elle est relativement peu élevée. De
nombreux régimes privés exigent une participation aux coûts de la part des
assurés (habituellement 20 %), mais un certain nombre n’en prévoient
pas.
La
composition public-privé de l’assurance-médicaments varie beaucoup au
Canada. Les données fournies par IMS Health (Canada) indiquent que
l’assurance publique ne couvre que 31 % du coût des médicaments
d’ordonnance à Terre-Neuve et au Nouveau-Brunswick, alors que les
gouvernements sont responsables de plus de 60 % de ces coûts en
Saskatchewan, au Québec et au Manitoba (voir tableau 2.5). L’ensemble
des résidents des provinces atlantiques ont moins d’assurance publique pour
les médicaments d’ordonnance que les résidents d’autres régions du
pays.
TABLEAU 2.5
QUI PAIE LES MÉDICAMENTS D’ORDONNANCE
|
PROVINCE |
POURCENTAGE
DE FONDS PUBLICS |
POURCENTAGE
D’ASSURANCE PRIVÉE/DÉBOURSÉS PERSONNELS |
|
Colombie-Britannique |
40,9
% |
59,1
% |
|
Alberta |
45,5
% |
54,5
% |
|
Saskatchewan |
66,1
% |
33,9
% |
|
Manitoba |
62,2
% |
37,8
% |
|
Ontario |
42,8
% |
57,2
% |
|
Québec |
62,2
% |
39,8
% |
|
Nouveau-Brunswick |
31,1
% |
68,9
% |
|
Nouvelle-Écosse |
33,3
% |
66,7
% |
|
Terre-Neuve |
31,1
% |
68,9
% |
Source :
IMS Health (Canada).
Le Fonds
pour l’adaptation des services de santé (Santé Canada) a financé une étude
sur la gamme et la portée des régimes publics et privés d’assurance-médicaments
d’ordonnance et sur le problème de la sous-assurance au Canada. Cette étude
très exhaustive, intitulée Canadians’ Access to Insurance for
Prescription Medicines, a été remise au Comité[67].
Les
conclusions peut-être les plus frappantes de cette étude sont les variations
régionales importantes pour ce qui est des personnes admissibles à une
assurance et des niveaux de remboursement prévus dans les régimes
d’assurance-médicaments publics. L’étude révèle d’autre part qu’un
grand nombre de personnes sont insuffisamment protégées ou pas protégées
du tout. Les travailleurs à temps partiel et les personnes à faible revenu
sont particulièrement vulnérables parce qu’ils n’ont pas droit au régime
d’assurance public et qu’ils n’ont pas accès à un régime de
prestations aux employés. L’étude a mené aux conclusions générales
suivantes[68] :
·
Quatre-vingt-treize
pour cent des Canadiens sont couverts à la fois par un régime
d’assurance-médicaments public et un régime privé pour éviter la lourde
charge financière que pourrait représenter une pharmacothérapie coûteuse.
Environ 4 % des Canadiens sont considérés comme sous-assurés parce que
leur assurance ne rembourserait qu’une partie des frais, et 3 % ne sont
pas assurés du tout.
·
Les résidents
des provinces atlantiques, en dehors des personnes âgées et des assistés
sociaux et des personnes qui bénéficient de programmes financés par
l’employeur, ne sont pas protégés contre des niveaux catastrophiques de dépenses
de médicaments.
·
Dans toutes
les provinces, sauf au Québec, les travailleurs à temps partiel et les
personnes à faible revenu risquent davantage que la population de moins de 65 ans
d’être sous-assurés ou de ne pas être assurés pour les médicaments
courants parce que les régimes collectifs financés par l’employeur
n’offrent pas cette couverture ou en offrent très peu.
·
Dans toutes
les provinces, sauf au Québec, on observe une couverture réduite pour les
personnes de 55 à 64 ans.
·
Parmi la
population autochtone, les Indiens inscrits ou les Inuits et Innus admissibles
jouissent d’une bonne protection dans le cadre du Programme des services de
santé non assurés de Santé Canada. Les Métis et les Indiens non inscrits,
par contre, risquent davantage que la population non autochtone d’être
sous-assurés ou pas assurés du tout.
·
Ainsi, le facteur le plus déterminant d’une couverture adéquate pour
les frais élevés de médicaments est la province de résidence. Alors
qu’un grand nombre de personnes, surtout des personnes âgées, sont protégées
contre des dépenses catastrophiques par un régime public, les résidents non
âgés de provinces ou de territoires sans programme universel peuvent avoir
à supporter un fardeau financier très lourd s’ils ne bénéficient pas
d’une assurance-médicaments privée financée par leur employeur.
Une autre
étude présentée au Comité a permis d’évaluer les changements récents
apportés au régime d’assurance-médicaments du Québec et l’effet de la
participation aux coûts sur la consommation de médicaments[69].
En 1996, le Québec a rendu l’assurance-médicaments obligatoire. Ainsi, des
personnes qui autrefois n’étaient pas assurées ont eu accès à un régime
d’assurance-médicaments. Celui-ci exigeait que les bénéficiaires
paient une partie de leurs frais d’exécution d’ordonnances. Ceci différait
du régime précédent en vertu duquel beaucoup d’assurés – en
particulier les assistés sociaux et les personnes âgées touchant le supplément
de revenu garanti – recevaient gratuitement leurs médicaments
d’ordonnance. L’étude effectuée au Québec a révélé que les personnes
âgées et les assistés sociaux avaient considérablement réduit leur
consommation de médicaments, qu’il s’agisse de médicaments essentiels ou
non essentiels. Elle a également révélé une augmentation du nombre d’événements
indésirables, de consultations à l’urgence et de visites chez le médecin
attribuables à la diminution de la consommation de médicaments essentiels[70].
Un certain
nombre de témoins ont soulevé la question de l’accès des patients à la
pharmacothérapie, en particulier par suite des récents changements apportés
au régime public d’assurance-médicaments, qui impose une participation et
des franchises plus élevées. À leur avis, si certains patients doivent
supporter la totalité ou une partie des coûts de leurs ordonnances, ils
renonceront à une pharmacothérapie essentielle. Ces témoins ont précisé
que beaucoup de Canadiens n’ont pas une assurance-médicaments suffisante,
quand ils en ont une, et ne peuvent se payer les médicaments qu’on leur
prescrit. Il s’ensuit évidemment des répercussions importantes sur les coûts
et les services d’autres secteurs du système de santé. Par exemple, le Dr Coambs
a fait remarquer que :
[…]
Si vous haussez le prix des médicaments ou rendez ces derniers moins
accessibles, les gens feront exécuter moins d’ordonnances, renouvelleront
moins d’ordonnances et utiliseront davantage d’autres ressources de santé.
Si vous leur interdisez l’accès aux médicaments, les coûts liés aux
hospitalisations augmenteront. Oui, les facteurs économiques représentent un
obstacle, et d’autres questions relatives à l’accès en sont un autre[71].
Un certain
nombre de témoins ont recommandé que le gouvernement fédéral élabore, en
collaboration avec les provinces, un régime national d’assurance-médicaments.
On ne peut citer un modèle en particulier, et un certain nombre de questions
complexes devront être prises en considération dans la conception d’un tel
régime. Il faudra notamment décider qui doit être couvert (tout le monde,
certains groupes de la population tels que les personnes âgées ou les assistés
sociaux, etc.), ce qui est couvert (toutes les ordonnances, certaines catégories
d’ordonnances, etc.) et comment le régime devrait être financé (trésor
public seulement ou combinaison de fonds publics et privés avec franchise,
participation aux coûts, etc.). Les témoins ont indiqué que s’il fallait
imposer un ticket modérateur, celui-ci devrait être minime; il ne pas représenter
un fardeau indu pour les patients.
En outre,
une forte controverse existe au sujet des coûts de l’établissement d’un
programme national d’assurance-médicaments et de sa viabilité. En 1997,
Palmer d’Angelo Consulting Inc. a estimé dans une étude le coût du
financement de plusieurs modèles d’assurance-médicaments nationaux. Voici
un résumé des principales conclusions de cette étude :
·
Un régime
d’assurance-médicaments national à capitalisation entière, complet et
administré publiquement augmenterait les dépenses publiques de médicaments
d’ordonnance d’environ 4,3 milliards de dollars.
·
D’autres régimes
administrés publiquement augmenteraient les dépenses publiques de 2,1 à 2,5 milliards
de dollars si les patients payaient une participation ou les frais d’exécution
d’ordonnances. Ces régimes reviendraient en fait à « nationaliser »
les régimes privés actuels.
·
Si l’on
avait un régime d’assurance-médicaments national semblable aux régimes
qui existent en Saskatchewan et au Manitoba, les dépenses publiques
diminueraient de près d’un demi-milliard de dollars. Toutefois, les dépenses
des particuliers augmenteraient de 0,9 milliard de dollars.
·
L’impact
sur le trésor public des régimes publics et privés confondus est très inférieur
à ce qu’il serait si ces régimes étaient uniquement publics.
L’augmentation des dépenses va de 0,1 milliard de dollars pour un régime
semblable à celui qui existe actuellement au Québec, à 1,5 milliard
pour un régime qui assure réellement une couverture au premier dollar[72].
Il est évident
que le coût du financement d’un programme national d’assurance-médicaments
varierait selon la façon dont il est conçu. Une étude récente du Dr Joel
Lexchin indique que, bien qu’un tel système accroîtrait les dépenses
publiques, il permettrait néanmoins d’économiser de l’argent en réduisant
les coûts administratifs et les frais d’exécution d’ordonnances[73].
Par contre, on ne sait pas trop quelle serait l’incidence d’un tel
programme sur le prix des médicaments. L’expérience internationale révèle
que ces coûts continuent d’augmenter à un taux annuel de 8 %.
Le Comité
a appris que l’idée d’un formulaire pharmaceutique commun a été discutée
au palier provincial-territorial. Après leur conférence d’août 2000,
les premiers ministres provinciaux et les chefs des gouvernements territoriaux
ont en effet convenu de collaborer et ont « demandé à leurs ministres
de la Santé d’élaborer des stratégies pour évaluer les médicaments
d’ordonnance. Ces stratégies pourraient inclure la création d’un
processus consultatif interprovincial-territorial commun pour évaluer les médicaments
susceptibles d’être inclus dans les régimes d’assurance-médicaments des
provinces et des territoires »[74].
On a toutefois fait savoir au Comité que les provinces hésitent à adopter
un formulaire pharmaceutique national :
En ce
qui concerne le régime d’assurance-médicaments, les gouvernements ont, au
début des années 90, présenté une proposition relativement générale
portant sur des aspects dont il a été question ici, notamment les
formulaires nationaux. Le problème, c’est que les provinces tentent de gérer
leurs ressources de la façon qui répond le mieux aux besoins de leur propre
population. Si, par exemple, elles comptent parmi leurs habitants un grand
nombre d’aînés, elles feront face à une certaine demande d’accès à
des produits pharmaceutiques pour ce groupe de personnes. Si, dans la
population, on retrouve un grand nombre de personnes atteintes du sida, les
provinces devront également répondre aux besoins de ces malades. Les
provinces tentent désespérément de faire en sorte que les médicaments
inscrits répondent aux besoins des citoyens. Au fur et à mesure que certains
médicaments perdent de leur efficacité et que des médicaments de meilleure
qualité sont proposés, peut-on retirer certains produits du formulaire? Pour
le moment, je dirais que les provinces n’ont ni le désir ni la volonté
d’évoquer la création d’un formulaire national parce qu’elles doivent
bénéficier de la souplesse nécessaire pour répondre aux besoins de leur
population qui, soutiennent-elles, diffère de celle d’une autre province[75].
Ces dernières
années, on a observé une augmentation marquée des dépenses de médicaments.
Les recherches indiquent que cela tient en grande partie à l’utilisation
accrue des médicaments et au fait que l’on soit passé de médicaments
anciens moins coûteux à de nouvelles formes de pharmacothérapie plus coûteuses,
alors que les prix, eux, n’ont pas tellement augmenté. Les témoins ont déclaré
au Comité qu’ils pensaient que les dépenses en médicaments allaient à
l’avenir représenter une portion encore plus importante des dépenses au
titre de la santé.
On sait
d’autre part qu’il y a un sérieux problème d’utilisation et de
prescription inappropriées de médicaments. On estime à 50 % les
patients qui ne se conforment pas au régime posologique ou qui interrompent
prématurément leur traitement alors qu’ils souffrent d’un mal chronique.
La pharmacothérapie inappropriée coûte cher au système de soins de santé
canadien. Le Comité estime qu’il faut absolument se pencher sur ce problème.
Il convient avec les témoins que les pharmaciens peuvent jouer un rôle
crucial dans la réforme des soins de première ligne et qu’une meilleure
intégration du travail des médecins et des pharmaciens pourrait considérablement
réduire le fardeau économique que représente cette utilisation inappropriée
des médicaments. Le Comité croit par ailleurs que la mise en place de systèmes
d’information sur la santé pourrait nettement améliorer les données
disponibles sur la prescription et l’utilisation des médicaments. Le système
PharmaNet en Colombie-Britannique, par exemple, mérite qu’on s’y arrête,
car il fournit aux pharmaciens le dossier complet des médicaments prescrits
à chaque résident de la province.
En outre,
les témoins ont déclaré au Comité que les Canadiens ne sont pas uniformément
couverts pour les médicaments sur ordonnance. Certains ne sont pas du tout
protégés, d’autres ont une assurance tout à fait insuffisante. C’est
dans les provinces de l’Atlantique que l’absence de couverture pour les médicaments
d’ordonnance et la couverture insuffisante font le plus problème. Le Comité
estime qu’il est essentiel que les médicaments sur ordonnance soient
facilement accessibles lorsqu’ils sont médicalement nécessaires.
Il
n’existe pas pour le moment de véritable consensus quant à l’élaboration
d’un programme national d’assurance-médicaments. On peut envisager tout
un éventail de modèles qui soulèvent chacun de nombreuses questions. Par
exemple, un tel régime devrait-il satisfaire à toutes les conditions de la Loi
canadienne sur la santé? Devrait-il être établi en même temps qu’un
formulaire pharmaceutique national ou avec les formulaires provinciaux actuels?
Comment le régime serait‑il financé : fonds publics uniquement,
combinaison de fonds publicset privés, participation aux coûts et
franchises? D’où viendrait le financement public : impôt général,
primes employeur-employé, impôt spécial pour les soins de santé, etc.?
Dans la
phase quatre de son étude, le Comité exposera les différentes options
possibles à ce sujet.
La notion de « technologie de la santé » se définit de façon
générale par un ensemble de techniques, de matériels, de procédures
et de médicaments utilisés par les professionnels de la santé pour assurer
des soins à des particuliers de même que les réseaux par lesquels passent
ces soins[76].
David Feeny, professeur de pharmacie et de sciences pharmaceutiques à
l’université de l’Alberta, a indiqué au Comité que la notion de
technologie des soins de santé comprend la technologie intégrée et la
technologie non intégrée. La technologie intégrée est « contenue »
ou intégrée dans l’artéfact matériel lui-même. Par ailleurs, la
technologie non intégrée a trait aux idées et aux procédures et ne fait
pas appel à un produit ou un matériel tangible[77].
Le tableau 3.1 donne des exemples de technologies de la santé.
TABLEAU 3.1
EXEMPLES DE TECHNOLOGIES DE LA SANTÉ
|
TECHNOLOGIE INTÉGRÉE |
Appareils,
matériel et fournitures : §
Stimulateurs
cardiaques, tomodensitomètres assistés par ordinateur (TAO), imageurs
à résonance magnétique (IRM), gants chirurgicaux, trousses d’épreuve
diagnostique, etc. |
|
Techniques
médicales et chirurgicales : §
Coronarographie,
ablation de la vésicule biliaire, etc. |
|
|
Médicaments : §
Aspirine,
bêta-bloquants, pénicilline, vaccins, produits sanguins, etc. |
|
|
Systèmes
de soutien : §
Systèmes
électroniques de tenue des dossiers des malades, systèmes de télémédecine,
banques de sang, laboratoires cliniques, etc. |
|
|
TECHNOLOGIE NON INTÉGRÉE |
Procédures : §
Test de
Papanicolaou |
|
Idées : §
Ambulation
précoce après chirurgie, lavage des mains entre chaque malade et le
suivant, etc. |
Le Comité
a appris que les technologies de la santé ont des cycles de vie. Certaines
sont bien établies, alors que d’autres en sont à leurs débuts; d’autres
encore sont devenues désuètes. Les technologies novatrices sortent
aujourd’hui de plus en plus rapidement du laboratoire de recherche pour se
retrouver dans le secteur des soins de santé. Par voie de conséquence, si
l’innovation est plus rapide, les technologies de la santé deviennent plus
rapidement désuètes.
Le Comité
a aussi appris que le Canada ne joue pas un rôle de chef de file en matière
de développement de la technologie de la santé. En fait, 70 % des
technologies de la santé qui sont en usage au Canada ont été mises au point
à l’étranger.
Tous conviennent que la technologie de la santé constitue un élément
important de la prestation des soins de santé dans les pays développés. La
technologie de la santé peut accélérer un diagnostic et en accroître
l’exactitude, guérir d’une maladie, prolonger la vie, soulager la douleur,
faciliter la rééducation et maintenir l’autonomie. Toutefois, bien des préoccupations
ont été exprimées au Canada concernant la disponibilité, l’évaluation
et le coût des technologies de la santé nouvelles et existantes. Le Comité
a appris qu’il faut régler ces questions pour que la population canadienne
puisse tirer le maximum des avantages offerts par la technologie de la santé,
tout en maintenant un système de santé abordable.
La définition
de la technologie de la santé n’englobe pas les médicaments, de sorte que
nous n’aborderons dans le présent chapitre que des questions se rapportant
aux technologies « dures ». Les questions se rapportant aux médicaments
font l’objet du chapitre précédent.
Selon une
étude récente de l’Institut Fraser, le Canada se classe cinquième parmi
les pays de l’OCDE au chapitre des dépenses totales en santé (en
pourcentage du PIB), mais il arrive en général dans le dernier tiers des
pays de l’OCDE au chapitre de la disponibilité des technologies de la santé
(voir tableau 3.2). Ainsi, le Canada arrive au 21e rang sur 28 pays
de l’OCDE pour ce qui est de la disponibilité des TAO, 19e sur
22 pour ce qui est de la disponibilité des appareils de lithotritie
extracorporelle et sur 27 pour ce qui est de la disponibilité des IRM. Il ne
se classe bien que pour la disponibilité du matériel radiologique, soit 6e sur
17. L’étude révèle également que ce fossé technologique se creuse.
Ainsi, le déficit du Canada pour ce qui est de la disponibilité des IRM a
augmenté entre 1985 et 1995 par rapport aux autres grands pays de l’OCDE,
dont l’Australie, la France, les Pays‑Bas et les États‑Unis.
Autrement dit, le Canada a un très faible niveau de technologie de la santé
par rapport à ce qu’il dépense en soins de santé.
TABLEAU 3.2
DISPONIBILITÉ
DES TECHNOLOGIES DE LA SANTÉ COMPARAISON
AVEC L’ÉTRANGER, 1997
|
TECHNOLOGIE |
CANADA |
MOYENNE
DE L’OCDE |
RANG
DU CANADA |
TAILLE
DE L’ÉCHAN-TILLON |
|
Tomodensitomètres
assistés par ordinateur |
8,1 |
12,9 |
21 |
28 |
|
Matériel
radiologique |
5,3 |
4,2 |
6 |
17 |
|
Appareils
de lithotritie |
0,4 |
1,4 |
19 |
22 |
|
Imageurs
à résonance magnétique |
1,7 |
3,9 |
19 |
27 |
|
Dépenses
en soins de santé, en % du PIB |
9,3 |
7,7 |
5 |
29 |
Note :
Pour certains pays, aucune donnée n’est disponible sur certaines
technologies.
Source :
David Harriman, William McArthur et Martin Zelder, “The Availability
of Medical Technology in Canada: An International Comparative Study.”
Public Policy Sources, No. 28, 2000.
L’étude
de l’Institut Fraser révèle également que le Canada tire de l’arrière
sur ses concurrents pour ce qui est des technologies de la santé de pointe.
Ainsi, 18 technologies de pointe, dont la TAO peropératoire et l’IRM
de type « ouvert », sont disponibles dans les États de Washington
et de l’Oregon, mais ne le sont pas en Colombie-Britannique.
Selon l’étude, la faible disponibilité de technologies de la santé
au Canada a limité l’accès aux soins et allongé le temps d’attente.
Ainsi, les temps d’attente pour la TAO, l’IRM et les écographies sont
relativement longs et le sont de plus en plus. Plus précisément, le temps
d’attente est actuellement de 12 semaines pour une IRM et de cinq
semaines pour une TAO. Dans l’ensemble, les temps d’attente ont augmenté
de plus de 40 % depuis 1994.
La
disponibilité n’est pas le seul problème. Le « vieillissement »
de la technologie inquiète également. Ainsi, selon l’information fournie
au Comité, entre 30 et 63 % des appareils d’imagerie en usage au
Canada sont désuets (voir tableau 3.3). La désuétude d’une technologie dépend
de deux facteurs : le nombre d’années d’utilisation du matériel et
son efficacité relative pour ce qui est, par exemple, de la qualité des
images ou des doses de rayonnement.
TABLEAU 3.3
MATÉRIEL RADIOLOGIQUE DÉSUET
|
TYPE
DE MATÉRIEL |
POURCENTAGE
DE MATÉRIEL DÉSUET |
|
Radiographie générale Fluoroscopie Échographie Angiographie Radiographie mobile Tomodensitomètres assistés par ordinateur Médecine nucléaire Mammographie Imageurs à résonance magnétique |
63
% 63
% 53
% 50
% 50
% 39
% 34
% 32
% 30
% |
Source :
Association canadienne des radiologistes, L’accès à des
soins de santé de qualité ¾ Un droit pour les Canadiens, une obligation de nos gouvernements,
mémoire
présenté au Comité, mars 2001,
p. 4.
Le Comité
a appris que la pénurie de nouvelles technologies et l’utilisation de matériel
vétuste compromettent l’exactitude des diagnostics et la qualité des
traitements. Cette situation, qui peut avoir un effet néfaste sur la santé
d’un malade, soulève également des doutes quant à la fiabilité des
fournisseurs de soins de santé. Lorsqu’il a comparu devant le Comité, le
Dr John Radmonsky, président de l’Association canadienne des
radiologistes (ACR), a donné l’exemple suivant :
Dans
l’un de nos hôpitaux, nous utilisons plusieurs machines vieilles de 8 à 10 ans.
Elles étaient autrefois à la fine pointe de la technologie. On les a
entretenues en conséquence. Dans mon cabinet, mon nouvel échographe me
permet de dépister des cancers du sein que n’a pas détectés la machine
vieille de huit ans que possède l’hôpital. Par conséquent, je ne peux pas
faire de biopsie. Nous devons utiliser d’autres tests ou aiguiller la
patiente vers un autre centre, ce qui entraîne une augmentation des coûts,
sans parler de l’anxiété et des inconvénients pour la patiente. […] Il
est possible que nous passions à côté de quelque chose qui est dangereux
pour le patient, ce qui nous place dans une situation intenable[78].
Il reste à
savoir pourquoi le Canada n’adopte pas les technologies de la santé au même
rythme que les autres pays de l’OCDE et pourquoi il ne remplace pas régulièrement
le matériel vieillissant. En fait, la situation tient à de nombreux facteurs :
·
D’une part,
le Canada importe la plus grande partie de sa technologie de la santé,
contrairement à des pays comme l’Allemagne, la France et les États—Unis,
qui possèdent un secteur de la technologie de la santé fort. Il serait peut-être
plus facile et moins cher d’acheter du nouveau matériel d’un fabricant
canadien que d’un fournisseur étranger.
·
D’autre
part, tout investissement dans les soins de santé suppose nécessairement des
compromis entre technologie de la santé et autres produits et services de
santé. Ainsi, même si le Canada est très en retard sur les autres pays pour
ce qui est de la disponibilité de la technologie « dure », si
nous étendons la définition de technologie aux médicaments, il tire assez
bien son épingle du jeu. Par conséquent, si nous investissons relativement
moins dans la technologie de la santé, c’est peut-être parce que nous
investissons davantage dans d’autres produits et services de santé.
·
De plus, la décision
d’acheter telle ou telle technologie n’est pas liée au processus d’évaluation
de la technologie. Il est difficile pour les organismes d’évaluation
d’influer sur l’achat des technologies de la santé lorsque les décisions
sont prises à d’autres niveaux du système de santé.
·
Mais le plus
important, c’est que les compressions budgétaires à tous les niveaux de
gouvernement durant les années 70 n’ont pas permis d’investir
suffisamment de capitaux dans le système canadien de santé.
Le
gouvernement fédéral est fort conscient de notre déficit en matière de
technologie de la santé. En septembre 2000, il a annoncé qu’il investirait
1 milliard de dollars en 2000‑2001 et en 2001‑2002 pour aider
les provinces et les territoires à acheter du nouveau matériel médical.
Cette aide a été garantie par l’adoption en octobre 2000 d’une
mesure législative qui permet aux provinces et aux territoires de commencer
immédiatement à faire l’acquisition du matériel diagnostique et clinique
nécessaire. Le milieu médical a bien accueilli cette injection de nouveaux
fonds fédéraux, mais plusieurs préoccupations demeurent :
·
Certaines
provinces n’ont pas demandé leur part de ce fonds, sans doute parce que le
gouvernement fédéral exige un financement de contrepartie.
·
Il ne semble pas que les provinces aient à rendre compte de
l’utilisation exacte de cet argent.
·
Cette aide
financière n’est pas répartie équitablement entre les établissements de
santé. Ainsi, l’ACR a dit au Comité que l’aide fédérale à l’Ontario
allait entièrement aux hôpitaux, même si la moitié environ de toutes les
radiologies se font à l’extérieur du secteur hospitalier, dans des établissements
de santé communautaires indépendants.
·
L’exploitation
du matériel exige des ressources additionnelles. Selon l’ACR, pour un
milliard de dollars investis dans du nouveau matériel, il en coûte quelque
700 millions de dollars pour l’exploiter.
·
Un tel
investissement ne règle pas le problème du vieux matériel qui doit être
remis à niveau. Selon l’ACR, cela exigerait un investissement additionnel
de 1 milliard de dollars.
·
Cette
nouvelle aide financière n’élève pas le Canada à un rang comparable à
celui des autres pays de l’OCDE.
·
Enfin, cette
aide financière n’est pas conditionnelle à une évaluation de la
technologie de la santé.
![Text Box: L’injection récente de nouveaux fonds fédéraux en santé a été bien accueillie par les contribuables des provinces et les intervenants du système. Toutefois, cela veut aussi dire qu’il importe maintenant, peut-être plus que jamais, de faire porter notre attention sur l’utilisation de ces fonds en adoptant une démarche fondée sur un examen minutieux du bien-fondé des nombreux produits et services concurrents qui sont payés par le système de santé publique. [Traduction]
OCCETS, mémoire, p. 4.](images-f/repjan48.gif)
Le Comité a appris que le vieillissement et les attentes plus grandes de
la population canadienne influeront grandement sur les besoins futurs en matière
de technologie de la santé. Dans l’ensemble, les témoins ont dit que le déficit
actuel en matière de technologie de la santé exige une réévaluation sérieuse
de la façon dont le matériel est fourni, financé et réparti au Canada. Ils
ont aussi fait valoir que les décideurs de la santé doivent prévoir les
besoins futurs et élaborer un plan d’action en conséquence.
Des témoins
ont toutefois souligné qu’il ne suffit pas de doter le secteur de la santé
de toutes les technologies dont il a besoin pour résoudre tous les problèmes,
car il n’y a pas assez de professionnels pour faire fonctionner le matériel.
Selon eux, il faut augmenter le nombre de professionnels, retenir ceux que
nous avons et ramener au pays certains d’entre eux qui se sont exilés aux
États‑Unis ou ailleurs. Cette question est exposée plus en détail au
chapitre six, qui porte sur la disponibilité et la répartition des
ressources humaines dans le système de santé.
Pour évaluer la technologie, il faut démontrer et analyser son
bien-fondé : sûreté, efficacité clinique et rentabilité. L’évaluation
de la technologie de la santé (ETS) porte souvent sur les répercussions
sociales, juridiques et éthiques de son utilisation. L’ETS peut se faire à
différentes étapes du cycle de vie d’une technologie. Elle contribue de
maintes façons à la base des connaissances nécessaires pour améliorer la
qualité des soins de santé. Elle peut confirmer que les technologies sont
efficaces, qu’elles sont utilisées à bon escient et dans les bonnes
conditions et qu’on utilise la moins cher pour obtenir un résultat
particulier. De plus, l’ETS peut aider à déterminer si une nouvelle
technologie devrait être adoptée ou si une technologie existante devrait être
remplacée.
Depuis
quelques années, les gouvernements fédéral et provinciaux ont appuyé la création
de divers organismes d’évaluation des technologies de la santé. Le premier
organisme provincial d’ETS au Canada a été créé en 1988 au Québec ¾
le Conseil d’évaluation des technologies de la santé du Québec. En
1989, c’était le tour d’un organisme national, l’Office canadien de
coordination de l’évaluation des technologies de la santé (OCCETS). En
Colombie‑Britannique, l’Office of Health Technology Assessment a été
créé en 1990. En 1996, le Health Technology Assessment Unit était créé
sous l’égide de l’Alberta Heritage Foundation for Medical Research. Des
organismes d’utilisation des soins de santé, étroitement liés à leurs
gouvernements provinciaux respectifs et chargés de certaines activités
d’ETS, ont été créés au Manitoba, en Ontario et en Saskatchewan. À l’échelle
nationale, l’OCCETS a comme rôle de coordonner les activités d’ETS de
toutes les administrations et de réduire au minimum les chevauchements avec
les autres organismes nationaux et provinciaux.
Le Comité
a appris que, malgré les efforts de ces organismes, il reste beaucoup à
faire en matière d’ETS au Canada. À l’échelle mondiale, le Canada dépense
moins à cet égard que d’autres pays. Mme Jill Sanders, présidente et
directrice générale de l’OCCETS, a affirmé que, malgré les quelque 4,3 millions
de dollars investis par l’Office, sans compter une aide additionnelle du
gouvernement provincial, (environ 3 millions de dollars), les fonds
consacrés à l’ETS se chiffraient à quelque 100 millions de dollars
en Grande-Bretagne. Par conséquent, le Canada adopte souvent des technologies
de la santé dans son système de santé alors qu’il en sait très peu sur
leur sûreté, leur efficacité et leur coût.
David Feeny[79]
a dit au Comité que, même si le nombre et la portée des ETS au Canada ont
augmenté depuis quelques années, les rapports produits par les organismes
d’ETS reposent essentiellement sur une synthèse des données existantes. À
son avis, ces organismes n’avaient pas les ressources nécessaires pour
financer de grandes études et, en particulier, pour réaliser des essais
cliniques contrôlés au hasard. En outre, les organismes canadiens se sont
relativement peu attardés aux répercussions sociales et éthiques des
technologies de la santé.
Le
professeur Feeny a aussi soutenu que, si l’objectif du système de santé
est de maintenir et d’améliorer l’état de santé des Canadiens, il faut
faire davantage pour évaluer les répercussions des technologies de la santé
sur la qualité de vie liée à la santé (QVS). Selon lui, si on mesurait
davantage les résultats, la QVS par exemple, on pourrait rendre le système
de santé sensiblement plus comptable et plus transparent.
Martin
Zelder, directeur de la recherche sur les politiques de santé à l’Institut
Fraser, a indiqué que le Canada devrait s’inspirer des résultats des ETS
effectuées à l’étranger. Selon d’autres témoins toutefois, il ne
suffit pas de transposer simplement les résultats des ETS réalisées
ailleurs. Il y a des facteurs qui rendent difficile l’application de la
recherche étrangère, tels que les différences dans les situations démographiques
et sanitaires, les écarts entre les coûts des diverses ressources de santé
et les différences entre les pratiques.
Selon le Dr Radomsky, l’ETS au Canada demeure
l’apanage des universitaires et des gouvernements; ce n’est pas une réalité
qui atteint les utilisateurs de la base. Selon lui, les fournisseurs de soins
de santé doivent collaborer avec les experts en ETS à l’élaboration de
guides de pratique clinique qui leur permettront d’utiliser le matériel de
façon plus efficace et plus rentable. Par conséquent, il faut plus de
collaboration et plus de travail multidisciplinaire. Dans la même veine, le Dr Sanders
a proposé que les décideurs participent à la conception, à l’exécution
et à l’interprétation des études d’évaluation et des activités
d’ETS. Cela permettrait d’utiliser les résultats des ETS dans la
formulation d’une politique publique de la santé et des soins de santé.
Dans
l’ensemble, les témoins ont souligné l’importance d’investir davantage
dans les ETS et la nécessité de faire connaître davantage, et donc
d’utiliser davantage, les résultats des ETS.
En termes
de dépenses et d’efficacité, les technologies de la santé peuvent influer
sur la prestation des soins de santé de quatre façons différentes. En général,
une technologie peut être (1) plus efficace et plus coûteuse;
(2) plus efficace et moins coûteuse; (3) moins efficace
et moins coûteuse; (4) moins efficace et plus coûteuse[80].
Malheureusement, le Comité a toutefois appris que personne ne sait quelle
part exacte occupe la technologie dans les coûts des soins de santé au
Canada. Les tentatives pour mesurer la part de la technologie dans les dépenses
grandissantes de la santé se sont butées à un manque de données sérieuses.
Dans la plupart des études réalisées jusqu’à ce jour, la technologie est
considérée comme un élément « résiduel » et se voit attribuer
la part de l’augmentation des dépenses de santé que d’autres facteurs
plus faciles à identifier ne peuvent expliquer[81].
Par conséquent,
nous ne savons pas combien le Canada dépense pour les technologies de la santé
ou dans quelle mesure celles‑ci influent sur la santé et la qualité de
vie de la population canadienne. Il est impossible de savoir si le coût des
technologies de la santé « grossit la facture » ou s’il est
compensé par une réduction du coût réel des traitements qu’elles
permettent. Les témoins ont été unanimes : il faut faire de la
recherche dans ce domaine.
Le Comité
s’inquiète des lacunes technologiques en santé et de l’effet que cela
pourrait avoir sur les files d’attente. À notre avis, le droit du malade
d’obtenir en temps opportun un diagnostic et un traitement est un objectif
crucial à réaliser dans le système de santé canadien. Dans cette
perspective, nous saluons l’investissement consenti par le gouvernement fédéral
pour aider les provinces et les territoires à financer le nouveau matériel médical.
Nous espérons que les diverses préoccupations soulevées au cours des
audiences concernant l’utilisation de ces nouveaux fonds seront examinées
aussitôt que possible.
Par
ailleurs, le Comité convient avec les témoins que l’évaluation de la
technologie est une activité essentielle et qu’il faudra procéder à
d’autres ETS dès qu’une nouvelle technologie sera introduite ou que du
matériel médical existant sera remplacé. Le Comité est aussi conscient
qu’il ne se produit actuellement pas assez de données pertinentes et
actuelles sur les coûts et les conséquences de l’utilisation des
technologies de la santé, et qu’il serait plus profitable pour le système
de santé qu’il se fasse plus de recherche à cet égard. Le gouvernement fédéral,
dans son rôle de financement de la recherche de pointe en santé, devrait
consacrer plus d’argent à l’évaluation des technologies de la santé
nouvelles et existantes.
La révolution du XXe siècle dans les soins de santé a considérablement
modifié le tableau réel de la morbidité, les causes de mortalité s’étant
déplacées des maladies infectieuses aux maladies non transmissibles. Les
maladies chroniques, telles que le cancer et les maladies cardiovasculaires,
sont maintenant les principales causes de décès et d’invalidité au
Canada, tandis que les blessures accidentelles constituent la troisième cause
de mortalité. Cependant, certaines maladies infectieuses qu’on croyait
vaincues, comme la tuberculose, refont surface et les antibiotiques qui
servent à les combattre sont de moins en moins efficaces. Le transport
international rapide des aliments et des gens contribue également à
augmenter les possibilités de répandre les maladies infectieuses.
L’incidence
de la maladie et les tendances diffèrent considérablement entre les hommes
et les femmes, entre sous-populations (Autochtones, enfants et jeunes) et
entre groupes socio-économiques. Le fardeau économique de la maladie est
important et il faut le considérer en incluant non seulement les coûts
directs en soins de santé, mais également la perte de productivité et la
qualité de vie inférieure.
On craint
que les nouvelles maladies et l’augmentation de la fréquence des maladies
aient un impact considérable sur les coûts actuels et futurs des soins de
santé. Toutefois, de nombreuses causes de maladie, d’invalidité et de décès
prématuré sont évitables. On a indiqué que des efforts accrus au chapitre
de la promotion de la santé et de la prévention de la maladie, axés en
particulier sur les Canadiens à faible revenu et peu scolarisés, doivent
demeurer au premier plan des politiques publiques si nous voulons améliorer
l’état de santé général et limiter les coûts des soins de santé.
Les
principales causes de décès ont énormément changé au XXe siècle (voir
tableau 4.1). Au début des années 20, les maladies du cœur et du
rein étaient les principales causes de décès. Venaient ensuite la grippe,
la bronchite et la pneumonie, suivies par les maladies de la petite enfance.
La tuberculose a fauché plus de vies que le cancer. Les maladies intestinales,
comme la gastrite, l’entérite et la colite, ainsi que les maladies
transmissibles telles que la diphtérie, la rougeole, la coqueluche et la
scarlatine se trouvaient parmi les principales causes de mortalité.
TABLEAU 4.1
PRINCIPALES CAUSES DE MORTALITÉ
(taux
pour 100 000 personnes)
|
1921-1925 Maladies cardiovasculaires et rénales Grippe, bronchite et pneumonie Maladies de la petite enfance Tuberculose Cancer Gastrite, duodénite, entérite et colite Accidents Maladies
transmissibles |
221,9 141,1 111,0 85,1 75,9 72,2 51,5 47,1 |
|
ENSEMBLE DES CAUSES |
1 030,0 |
|
1996-1997 Maladies
cardiovasculaires (maladie de cœur et ACV) Cancer Maladies
pulmonaires obstructives chroniques Blessures
non intentionnelles Pneumonie
et grippe Diabète
sucré Affections
héréditaires et dégénératives du système nerveux central Maladies
des artères, des artérioles et des capillaires |
240,2 184,8 28,4 27,7 22,1 16,7 14,7 14,3 |
|
ENSEMBLE DES CAUSES |
654,4 |
Note :
Les catégories de maladies ne sont pas identiques au fil du temps. Les taux
de 1996‑1997 sont normalisés selon l’âge.
Source :
Susan Crompton, « 100 Ans de santé », Tendances sociales
canadiennes.
Statistique Canada, no 11—008 au catalogue, no 59,
hiver 2000, p. 13.
Le Dr
Paul Gully, directeur général intérimaire du Centre de prévention et de
contrôle des maladies infectieuses (Santé Canada), a dit au Comité que
certaines maladies infectieuses sont contrôlées ou pratiquement éliminées,
mais que bon nombre demeurent. Il a même déclaré que : « depuis
1980 au Canada, le taux de décès attribuables aux maladies infectieuses a
augmenté »[82].
Les maladies infectieuses constituent un fardeau économique considérable :
leur coût a dépassé 6 milliards de dollars en 1998[83].
Le Dr Gully relève sept tendances de maladies infectieuses
qui menacent les Canadiens :
·
De nombreuses
maladies infectieuses, telles que le sida et l’hépatite C, persistent.
·
On relève de
nouvelles menaces de maladie, notamment la maladie de la vache folle et le
colibacille ainsi que le virus du Nil occidental.
·
Les voyages
et les migrations mondiales favorisent l’apparition de nouvelles maladies
parmi la population.
·
Les
changements environnementaux ‑ réchauffement climatique, déboisement,
contamination de l’eau ‑ causent parfois des infections comme la
maladie de Lyme.
·
Les
modifications du comportement, notamment les pratiques sexuelles à risque et
la toxicomanie, peuvent favoriser la propagation du VIH et d’autres
maladies.
·
La résistance
à l’immunisation pourrait causer la réapparition de la polio et de la
rougeole, par exemple.
·
La résistance
antimicrobienne peut réduire l’efficacité des mesures curatives
traditionnelles[84].
Selon
l’Enquête nationale sur la santé de la population, effectuée en
1998‑1999, plus de la moitié des Canadiens, ou 16 millions de
personnes, ont déclaré avoir une maladie chronique. Les maladies les plus fréquentes
sont les allergies, l’asthme, l’arthrite, les maux de dos et
l’hypertension[85].
Dans une communication écrite au Comité, le Dr David
MacLean, directeur du Département de la communauté et de l’épidémiologie
de l’université Dalhousie, fait remarquer ceci :
Les
maladies chroniques non transmissibles constituent présentement le principal
fardeau en matière de santé dans les pays développés comme le Canada.
Elles sont de loin la cause la plus importante de mortalité, de décès prématuré,
de morbidité et de la perte d’années de vie potentielles au Canada. Elles
sont la principale cause d’invalidité, de la perte de productivité et de
la détérioration de la qualité de vie[86].
Les
maladies cardiovasculaires constituent la principale cause de mortalité au
Canada, soit 37 % de tous les décès. La mortalité attribuable aux
maladies cardiovasculaires est en régression depuis 1970 chez les hommes et
les femmes, quoique moins rapidement chez les femmes. Le cancer sous ses
nombreuses formes est la deuxième cause de mortalité et la principale cause
de perte d’années de vie potentielles avant 70 ans (plus du tiers de
la perte des années de vie potentielles). Le cancer touche principalement les
Canadiens âgés : 70 % des nouveaux cas et 82 % des décès
attribuables au cancer surviennent chez les personnes de 60 ans et plus.
Les taux de décès attribuables au cancer diminuent lentement chez les hommes
depuis 1990, tandis qu’ils sont demeurés relativement stables chez les
femmes pendant la même période. Toutefois, les taux de cancer du poumon chez
les femmes sont présentement quatre fois plus élevés qu’ils ne l’étaient
en 1971.
Des témoins ont identifié certains des facteurs influant sur
l’incidence des maladies chroniques. Plus précisément, l’alimentation déficiente,
le manque d’exercice, le tabagisme, le stress, l’abus d’alcool et l’obésité
sont tous considérés comme des facteurs de risque de maladie chronique. Le Dr MacLean
fait observer que la plupart des maladies chroniques, telles que le cancer,
les maladies cardiaques, le diabète et les maladies respiratoires, sont
« complètement évitables » et, de plus, que les facteurs sociaux
et biologiques des maladies chroniques « peuvent être manipulés »[87].
À son avis, on a plutôt tendance à se concentrer sur le traitement des
maladies chroniques plutôt que sur leur prévention. Il affirme que la stratégie
la plus courante concernant les maladies chroniques « a consisté à
aborder la question surtout comme un problème clinique et à investir des
ressources importantes de soins de santé dans la mise en place de services spécialisés
faisant appel à des technologies de pointe pour le diagnostic et le
traitement »[88].
Le Dr MacLean fait remarquer que la volonté politique est
limitée lorsqu’il s’agit d’augmenter les ressources en prévention, car
« les résultats du travail de prévention sont visibles à long terme.
Il n’y a pas de gain à court terme. Pour certains intervenants du processus
politique, la prévention n’est pas intéressante »[89].
En
1995-1996, il y a eu 217 000 admissions à l’hôpital attribuables à
des blessures. Les taux d’admission à l’hôpital en raison de blessures
étaient de loin les plus élevés chez les personnes de 65 ans et plus.
Le taux d’admission à l’hôpital pour blessures était inférieur chez
les moins de 45 ans. Les chutes demeurent une cause importante de
blessure chez les aînés et les enfants de moins de 12 ans. Chez les
enfants, en 1996, l’empoisonnement constituait la deuxième cause en
importance des admissions à l’hôpital en raison de traumatisme. Quant aux
adolescents et aux adultes de moins de 65 ans, les collisions de véhicules
automobiles constituaient la deuxième cause en importance. La grande majorité
des blessures sont accidentelles (environ 66 %)[90].
Dans sa communication, la Dre Christina Mills, directrice générale
du Centre de prévention et de contrôle des maladies chroniques (CPCMC) à
Santé Canada, signale que chaque année les blessures entraînent des coûts
directs de 9,5 milliards de dollars, qui s’ajoutent aux 4,7 milliards
de coûts d’indemnisation. La plupart de ces blessures peuvent être évitées
[91].
L’Enquête
nationale sur la santé de la population de 1994‑1995 révèle que 29 %
des Canadiens connaissent un niveau élevé de stress : 6 % se
sentent déprimés, 16 % indiquent que le stress a des effets nuisibles
sur leur vie et 9 % ont une déficience cognitive telle que des difficultés
à penser et à se souvenir. Selon le rapport préparé à l’intention du Réseau
de consultation fédéral‑provincial‑territorial sur la santé
mentale, 3% des Canadiens souffrent de troubles mentaux graves et chroniques
pouvant engendrer des limites fonctionnelles graves et une mésadaptation
sociale et économique, comme la maladie affective bipolaire et la schizophrénie.
Autrement dit, un Canadien de 15 ans et plus sur 35 est atteint [92].
Le stress
et les troubles mentaux qui aboutissent à la maladie mentale peuvent se
manifester à différentes périodes de la vie. L’autisme, les problèmes de
comportement et le trouble déficitaire d’attention affectent plus communément
les enfants. Les troubles de l’alimentation et la schizophrénie se
manifestent surtout à l’adolescence. L’âge adulte est la période au
cours de laquelle la dépression se manifeste de manière plus évidente. Les
années de la vieillesse sont touchées par la maladie d’Alzheimer et
d’autres types de démence, bien que la dépression soit également plus fréquente
chez les personnes âgées.
Selon les
données fournies au Comité, on estimait le coût total de la maladie à
156,4 milliards de dollars en 1998. Les coûts directs (tels que les
soins à l’hôpital, les services des médecins et la recherche sur la santé)
s’élevaient à 81,8 milliards de dollars, tandis que les coûts
indirects (comme la productivité perdue) représentaient 74,6 milliards.
Les catégories de diagnostic dont les coûts sont les plus élevés
comprennent les maladies cardiovasculaires, les maladies squeletto-musculaires,
le cancer, les blessures, les maladies respiratoires, les maladies du système
nerveux et les troubles mentaux.
Le fardeau
économique des troubles de santé mentale était estimé à 14 milliards
de dollars en 1998. Par ordre d’importance, les maladies et les troubles
mentaux sont au septième rang de l’ensemble des maladies en ce qui concerne
les coûts généraux de la maladie. On estime que la maladie mentale est la
deuxième cause principale d’hospitalisation chez les 20‑44 ans, période
de la vie normalement la plus productive.
Les problèmes
de maladie sont complexes. Cette complexité est attribuable au fait quun bon
ou un mauvais état de santé dépend de différents facteurs tels que la
constitution biologique et génétique, le milieu physique et les conditions
socio-économiques dans lesquelles vit la personne. Mais, chose plus
importante encore, l’interaction entre ces différents facteurs peut influer
grandement sur l’état de santé. À titre d’exemple, le Dr MacLean
fait remarquer que : « La maladie résulte habituellement de
l’interaction entre la constitution génétique d’un individu et les
facteurs environnementaux généraux »[93].
Ces propos sont repris par la Dre Mills, qui déclare que de
nombreux états pathologiques graves ont en commun les mêmes facteurs de
risque et, de plus, plusieurs facteurs de risque se retrouvent souvent chez un
même individu[94].
D’après
de nombreux spécialistes, le statut socio-économique est le facteur qui
influe le plus sur la santé. Quelle que soit la façon dont les gens évaluent
leur propre santé, la mortalité prématurée, le bien-être psychologique ou
l’incidence d’une maladie chronique, le statut socio-économique est
toujours étroitement lié à l’état de santé. Les différences dans l’état
de santé sont déjà évidentes lorsque l’on compare les groupes à faible
revenu et les groupes à revenu élevé. Les Canadiens à faible revenu et peu
scolarisés (les deux sont souvent liés) sont plus susceptibles d’être en
mauvaise santé, quelle que soit la mesure de santé appliquée. Par ailleurs,
la santé s’améliore pratiquement pour toutes les mesures et tous les
facteurs qui influent sur la santé à mesure que les niveaux de revenu et de
scolarisation augmentent. Les Canadiens à faible revenu sont également
susceptibles de mourir plus jeunes que les autres Canadiens, sans égard à la
cause de mortalité examinée. Mais il est également possible d’observer le
rapport entre l’état de santé et les niveaux de revenu faible, moyen ou élevé
dans pratiquement toutes les évaluations de la mortalité et de la morbidité.
Autrement dit, les Canadiens dont le revenu est élevé sont vraisemblablement
en meilleure santé que les Canadiens à revenu moyen, qui à leur tour ont
une meilleure santé que les Canadiens à faible revenu. En effet, si les taux
de mortalité des personnes à revenu élevé étaient appliqués à
l’ensemble des Canadiens, on estime que le cinquième de toutes les pertes
d’années de vie potentielles avant l’âge de 65 ans pourraient être
évitées.
Un fil conducteur se retrouve dant tous les exposés des témoins :
il faut investir davantage dans les stratégies de prévention et de
promotion. Les témoins ont souligné le fait que, présentement, on a plutôt
tendance à se concentrer sur le traitement des maladies que sur leur prévention.
À leur avis, le traitement clinique a constitué la stratégie la plus
commune et il y a eu seulement une volonté politique limitée d’augmenter
les ressources en promotion de la santé et en prévention de la maladie, car
les résultats du travail de prévention ne sont habituellement visibles qu’à
long terme et sont, par conséquent, moins attrayants sur le plan politique.
Les témoins
ont fait ressortir que des stratégies appropriées de prévention de la
maladie et de promotion de la santé permettraient de prévenir un bon nombre
des maladies chroniques et infectieuses ainsi que la plupart des blessures.
Selon la Dre Mills, l’investissement dans la promotion et la
prévention constitue le seul moyen de renverser les tendances de la maladie
et de réduire le fardeau associé à celle‑ci :
Notre
seule chance de ralentir ou d’inverser le taux de croissance [du fardeau économique
de la maladie] est d’investir dans la prévention efficace en amont. Il est
tout à fait reconnu maintenant que le manque de préparation à
l’augmentation du fardeau attribuable au vieillissement de la population
constitue une menace pour la viabilité de notre système de soins de santé,
mais il est moins généralement admis que notre défaut d’investir en amont
constitue une menace aussi considérable, et peut-être même plus considérable
pour la viabilité[95].
Les témoins
ont insisté sur la nécessité d’inciter les gens à faire les choix
judicieux concernant leur propre santé. Ils laissent entendre que, jusqu’à
présent, les stratégies visant à imposer un bon comportement n’ont pas eu
beaucoup de succès, et font remarquer qu’une partie du défi repose sur la
création d’un contexte qui permette aux gens de faire eux‑mêmes de
bons choix en matière de santé.
Il faut que les efforts de prévention et de promotion soient adaptés et
flexibles. Il n’existe pas de stratégie « universelle ». À
titre d’exemple, les tendances des maladies transmises sexuellement se
modifient à mesure que les pratiques sexuelles changent et, par conséquent,
elles exigeront toujours de nouvelles stratégies de prévention et de
promotion. À cet égard, il est important de s’assurer de l’actualité du
marketing de l’information sur la santé. Les témoins ont souligné, par
exemple, que le Guide alimentaire canadien est une bonne initiative,
mais que la promotion de l’ouvrage n’a pas été efficace et que le guide
n’a pasété mis à jour ni adapté au fil des années.
Les stratégies doivent également reconnaître le lien entre les
collectivités saines et la santé des citoyens. Par exemple, les gens sont
probablement moins enclins à faire de la bicyclette ou du jogging si les rues
ne sont pas sûres. Les programmes communautaires efficaces allient une compréhension
de la communauté à la participation du public et à la collaboration des
organismes communautaires. Les approches qui s’attaquent à plusieurs
facteurs de risque et qui procurent des avantages multiples comprennent le
soutien aux familles à risque, des programmes complets de promotion de la
santé à l’école et des programmes complets de santé et de sécurité au
travail.
De plus,
comme la maladie et les blessures ne sont pas uniformément réparties dans
les populations, les stratégies doivent tenir compte des liens entre l’état
de santé et les facteurs démographiques et environnementaux, tels que l’âge,
la race , la région de résidence et le sexe. Il faut par conséquent que les
stratégies tiennent compte des tendances de la maladie et des blessures dans
des groupes démographiques particuliers, tels que les Autochtones. Par
exemple, les suicides et les accidents d’automobile touchent de manière prédominante
les jeunes hommes et les jeunes Autochtones. Les adultes de 65 ans et
plus sont touchés surtout par les chutes, et les accidents sont la principale
cause de décès chez les enfants. Il faut que les stratégies soient adaptées
aux situations de chaque groupe et qu’elles soient ciblées en fonction des
groupes qui profiteront le plus de la prévention.
De nombreux
témoins ont attiré l’attention sur la nécessité de la collaboration
intergouvernementale, pour mettre en application les programmes de prévention
et de promotion. Ils font remarquer que les trois ordres de gouvernement
devraient conjuguer leurs efforts, étant donné la complexité et les
multiples facettes des problèmes de santé. Le Dr MacLean
recommande que :
le
gouvernement fédéral utilise sa méthode éprouvée pour influencer les
provinces, à savoir le dollar à 50 cents. Le gouvernement fédéral
pourrait commencer par établir une priorité politique qui consisterait à
essayer d’augmenter l’infrastructure de la prévention, parce qu’il doit
travailler avec les provinces sur ces questions.
…
Il
n’y a jamais eu de partage des coûts dans le domaine de la santé publique[96].
Plusieurs
facteurs de risque sont souvent associés à une même maladie, et cela pose
problème lorsqu’il s’agit d’élaborer des stratégies de promotion de
la santé et de prévention de la maladie. Les stratégies globales de prévention
et de promotion doivent par conséquent tenir compte autant des liens entre
les facteurs de risque que des liens entre l’état de santé et les facteurs
socio-économiques, démographiques et environnementaux. Parmi les approches
qui tiennent compte de plusieurs facteurs de risque et qui peuvent comporter
de multiples avantages, citons les programmes de soutien des familles à
risque, les programmes complets de promotion de la santé à l’école et les
programmes complets de santé et de sécurité au travail. De telles approches
peuvent faire partie d’une stratégie plus vaste visant la santé de la
population.
Les témoins
ont expliqué que plusieurs questions clés concernant les stratégies
relatives à la santé de la population tournent autour des difficultés liées
à la manière de traduire les résultats de la recherche en politiques réelles
et applicables. À leur avis, il n’y a pratiquement pas de doute que les
stratégies de la santé contribuent à améliorer la santé, mais dans la
pratique il reste des obstacles importants à surmonter entre l’expression
de vœux pieux et la conception de programmes concrets qui soient viables à
long terme.
En premier
lieu, la multiplicité des facteurs qui influencent l’état de santé fait
qu’il est extrêmement difficile d’associer la cause et l’effet,
notamment parce que les effets sont souvent ressentis seulement plusieurs années
après l’exposition à la cause. On a prévenu le Comité que ce décalage
signifie également que la période de référence permettant d’évaluer
l’impact de la politique en ce domaine est une période à long terme. Les
perspectives politiques étant souvent par nature à court terme, cela peut
constituer un obstacle important pour l’élaboration et la mise en
application de stratégies sur la santé de la population.
De plus,
comme il est mentionné précédemment, une vaste infrastructure existe déjà
pour le traitement de la maladie, ce qui maintient en place de nombreux intérêts
bien enracinés dans le système. Les témoins ont expliqué que ce n’est
pas nécessairement parce que les soignants s’opposent à la promotion de la
santé, c’est plutôt le contraire. C’est simplement qu’il faut déployer
des ressources colossales uniquement pour soutenir l’infrastructure actuelle
des soins de santé, ce qui laisse peu de temps, d’énergie et de capitaux
à investir dans le volet prévention, ou bien-être, du système.
De plus, le
Comité a appris qu’en raison de la diversité des facteurs influant sur
l’état de santé, il est très difficile de coordonner l’activité
gouvernementale dans le secteur de la santé de la population. Le système de
soins de santé lui-même étant responsable d’un pourcentage relativement
faible des déterminants réels de la santé, la responsabilité de la santé
de la population ne peut incomber exclusivement aux différents ministères de
la Santé. De plus, la structure de la plupart des gouvernements ne se prête
pas facilement à la réglementation interministérielle de problèmes
complexes, et cette difficulté est considérablement aggravée lorsque les
différents ordres de gouvernement et les nombreux intervenants non
gouvernementaux entrent en jeu, comme il se doit.
À titre d’exemple, la preuve de l’existence de gradients de la santé
correspondant aux niveaux socio-économiques est assez concluante. En conséquence,
si l’on veut promouvoir la santé, il
faut s’attaquer résolument au problème de la pauvreté. Or évidemment, un
grand nombre de politiques gouvernementales ont une incidence sur la pauvreté
au pays, et il serait impossible de charger le ministère de la Santé de
l’ensemble des outils politiques en cause, ne serait‑ce que parce que
les autres ministères y verraient, et à raison, une forme d’« impérialisme
de la santé ». Il est plutôt aberrant, comme l’a fait remarquer un témoin,
d’argumenter en faveur de la réduction de la pauvreté seulement dans la
mesure où elle touche la santé. Toute initiative en ce sens devrait être
l’aboutissement de l’orientation socio‑politique globale du
gouvernementpas seulement de sa politique en matière de santé.
Dans
l’ensemble, les témoignages laissent entendre que l’ensemble des stratégies
relatives à la santé de la population devraient être soigneusement pensées
afin de tenir compte des réalités propres aux diverses collectivités. Cela
signifie que des programmes rigides appliqués d’une manière uniforme et
hautement centralisée mèneraient probablement à l’échec. Il semble donc
qu’il faudrait allier coordination des efforts et mise en œuvre décentralisée.
Bien que de
nombreuses difficultés soient associées à l’élaboration d’une approche
efficace en matière de santé de la population, les témoins prétendent
qu’il est important pour le gouvernement fédéral de continuer à essayer
de donner l’exemple en explorant des voies innovatrices pour passer de la théorie
à la pratique saine qui contribuera à l’amélioration des résultats en
matière de santé au Canada.
Bon nombre
de témoins ont signalé au Comité la nécessité d’intensifier la
recherche, notamment dans certains domaines. Souvent, l’argent est dépensé
sans recherche épidémiologique suffisante pour orienter les investissements.
Par exemple, des milliards de dollars ont été dépensés pour les programmes
de dépistage du cancer du sein, mais il y a eu peu de recherches sur la
physiologie et la biologie de cette maladie ou sur l’interaction des
facteurs de risque qui contribuent à son développement.
Le Dr
MacLean a également affirmé devant le Comité qu’il faut davantage de
recherche sur les stratégies de prévention. Il a attiré l’attention sur
les augmentations de budget pour les Instituts canadiende recherche en santé
(ICRS), mais se demandait si ces nouvelles ressources seraient consacrées à
la promotion de la santé et à la recherche sur la maladie. La Dre Mills
a fait remarquer que le mandat élargi des IRSC offre « une occasion de
soutenir la recherche supplémentaire nécessaire en vue de déterminer les méthodes
les plus efficaces pour susciter un changement de comportement durable »[97].
Au sujet de
la recherche sur les maladies chroniques, les témoins ont dit au Comité
qu’essentiellement le problème n’est pas un manque de données ou de
recherche, mais un manque de connaissances sur la manière d’utiliser les résultats
des recherches pour la mise en œuvre de stratégies de prévention. À cet égard,
la recherche est nécessaire pour déterminer les meilleures façons de
partager l’information sur la santé avec les gens et, plus particulièrement,
les meilleures façons d’acheminer cette information aux membres des groupes
socio-économiques moins nantis ou aux personnes qui ont de la difficulté à
lire et à écrire.
En ce qui
concerne la recherche sur les maladies infectieuses, selon le Dr Gully,
bien que les ressources soient attribuées à des projets de recherche, tels
que les IRSC et le laboratoire de Santé Canada à Winnipeg, « il est
toujours difficile de demander des fonds d’urgence pour contrer les
nouvelles menaces[98]
[maladies infectieuses] ». Il a attiré l’attention sur la difficulté
d’équilibrer les ressources attribuées aux menaces immédiates et celles
qui sont prévues pour d’autres problèmes moins immédiats.
Quant à la
maladie mentale, les témoins ont insisté sur la nécessité d’investir
davantage dans la recherche appliquée. À leur avis, les fonds de recherche
pour les maladies mentales et la santé mentale sont nettement insuffisants
par rapport au fardeau économique des maladies et troubles mentaux. On a
proposé que le gouvernement fédéral prenne les devants pour promouvoir un
vaste programme de recherche sur la santé mentale.
Les témoins
ont signalé qu’il faudrait consacrer davantage d’argent à
l’infrastructure de communication des résultats des recherches sur la santé.
Selon le Dr Gully, un financement fédéral en ce domaine
permettrait de recueillir des données dans l’ensemble des provinces et des
territoires et d’en favoriser le partager entre eux. Il a souligné que
l’Internet est l’outil tout désigné pour cela. Ces propos ont été
repris par le Dr MacLean, qui a fait part au Comité de la création
en Nouvelle-Écosse d’un site Web de promotion de la santé offrant aux
visiteurs des renseignements sur la santé.
Bien que
les témoins aient abordé toute une série de questions, ils ont surtout mis
l’accent sur la nécessité d’accroître les programmes de prévention des
maladies et de promotion de la santé. Les témoins ont fait remarquer que le
gouvernement fédéral pourrait jouer un rôle important dans la prévention
de la maladie et la promotion de styles de vie sains. Ils ont de plus laissé
entendre que des programmes pertinents et globaux de prévention de la maladie
et de promotion de la santé auraient des effets importants sur la santé des
Canadiens ainsi que sur le système canadien de soins de santé. De tels
programmes amélioreraient la qualité de vie, augmenteraient la productivité,
réduirait l’invalidité non intentionnelle ainsi que la mort prématurée
et allégeraient le fardeau économique de la maladie.
Le Canada
est un des pays les plus sains du monde, où l’espérance de vie est élevée,
les taux de mortalité infantile sont faibles et la qualité de vie est bonne.
Ces succès ne doivent cependant pas dissimuler les défis qu’il nous reste
à relever. Les maladies chroniques, telles que le cancer, les maladies
cardiaques et les troubles respiratoires, sont les principales causes de
mortalité au Canada. Des maladies qui avaient presque disparu, comme la
tuberculose, refont surface et l’augmentation de la mobilité internationale
a accéléré la propagation d’autres maladies. De plus, en 1997, les
accidents ont fait plus de 13 000 victimes au Canada. Enfin, la prévalence
des maladies varie d’un groupe démographique ou d’une population à
l’autre, frappant en particulier les peuples autochtones, les enfants et les
pauvres.
De nombreux
facteurs influent sur les résultats en matière de santé. Les stratégies
relatives à la santé de la population sont des politiques générales qui
tiennent compte de tous ces déterminants de la santé dans le but d’améliorer
la santé d’une population entière. Le principal objectif des efforts dans
le domaine de la santé de la population est d’éviter les problèmes de
santé afin qu’il ne soit pas nécessaire de les traiter dans le système de
soins de santé. Ces stratégies peuvent sensiblement contenir la demande de
services de santé et réduire le fardeau économique de la maladie.
Le Comité
est d’accord avec les témoins sur le rôle précis du gouvernement fédéral
dans la promotion de la santé et la prévention de la maladie. Parallèlement,
le gouvernement fédéral a été reconnu comme un chef de file mondial en ce
qui concerne l’élaboration du concept de santé de la population. À notre
avis, il devrait, une fois de plus, faire preuve de leadership dans la mise en
oeuvre d’une stratégie concernant la santé de la population pour tous les
Canadiens. C’est une tâche faisable, étant donné son rôle actuel dans de
nombreux secteurs qui touchent la santé, tels que l’environnement, la
politique économique et la sécurité en milieu de travail.
Il y a des différences marquées entre l’état de santé de la
population autochtone canadienne et celui de l’ensemble de la population
canadienne. La population autochtone est en moins bonne santé, a une espérance
de vie plus basse, des taux de mortalité infantile plus élevés et des taux
plus élevés dans le cas de certaines maladies chroniques. Il y a également
un important décalage socio-économique entre la population autochtone et la
population générale ¾
dans le cas de la première, le taux de chômage est plus élevé et les
niveaux d’instruction et de revenu sont plus bas.
Ce chapitre
trace un bref profil de la population autochtone canadienne des points de vue
démographique, socio-économique et de l’état de santé. On y expose également
les programmes fédéraux intéressant directement la santé des Autochtones
et on y discute de la politique du gouvernement fédéral en matière de santé
des Autochtones.
La
population autochtone représente environ 3 % de la population canadienne
totale. La Loi constitutionnelle de 1982 reconnaît trois groupes de
peuples autochtones : les Indiens, les Inuits et les Métis. La
population indienne est constituée d’Indiens de plein droit et d’Indiens
de fait. La Loi sur les Indiens établit les définitions juridiques
qui s’appliquent aux Indiens de plein droit (Premières nations) au Canada;
il s’agit des Indiens qui sont inscrits en vertu des dispositions de la Loi
sur les Indiens. Les Indiens de fait sont ceux qui ne sont pas inscrits en
vertu des dispositions de la Loi. La population inuite du Canada vit
essentiellement dans les localités des Territoires du Nord‑Ouest, du
Nunavut, du Nunavik et du Labrador. Environ 6 % des Inuits vivent dans la
partie sud du Canada. Les Inuits ne sont pas régis par les dispositions de la
Loi sur les Indiens, mais ils bénéficient de certains avantages de la
part du gouvernement fédéral. La population métisse est issue d’alliances
entre Indiens et Européens. Les Métis ne sont pas régis par la Loi sur
les Indiens et ne reçoivent pas d’avantages du gouvernement fédéral.
Le
graphique 5.1 présente une estimation totale de la population autochtone ‑
1 399 300 en 2000 ‑ et la répartit comme suit :
28,5 % d’Indiens de plein droit vivant dans les réserves, 30,6 %
d’Indiens de fait, 20,8 % d’Indiens de plein droit vivant à l’extérieur
des réserves, 15,6 % de Métis et 4,5 % d’Inuits[100].
La
population autochtone du Canada est diversifiée : plus de 600 collectivités
des Premières nations, représentant plus de 50 nations ou groupes
culturels et parlant plus de 50 langues. Environ 63 % des
collectivités des Premières nations regroupent moins de 500 habitants ¾
5 % en comptent plus de 2000. Les collectivités inuites, même si elles
partagent la même langue, l’inuktitut, parlent des dialectes différents
d’une région à l’autre. La plupart des collectivités inuites regroupent
moins de 1 000 personnes. Les Métis ont leur propre langue, appelée
michif, qui est un mélange de français, d’anglais, de cri et d’ojibway.
La population métisse vit pour l’essentiel au Manitoba, en Saskatchewan et
en Alberta; environ 10 % vivent sur les terres conférées par
l’entente métisse.
La
population autochtone du Canada s’urbanise de plus en plus. Entre 1981 et
1991, la population autochtone urbaine a augmenté de 55 % (alors que
l’augmentation n’était que de 11 % pour la population urbaine non
autochtone). Même si on prévoit un ralentissement de cette croissance, la
population autochtone urbaine augmentera néanmoins de 43 % au cours des
25 prochaines années, passant de 320 000 en 1991 à 457 000 en
2016. En 1996, environ le cinquième de la population autochtone vivait dans
sept des 25 plus grandes régions métropolitaines de recensement ¾
Winnipeg, Edmonton, Vancouver, Saskatoon, Toronto, Calgary et Regina.

Dans l’ensemble, la
croissance de la population autochtone est le double de celle de la population
canadienne générale. De plus, la population autochtone est en moyenne plus
jeune que la population canadienne générale. En 1996, l’âge moyen de la
population autochtone était de 25,5 ans, dix ans de moins que l’âge
moyen de la population générale. Le groupe des enfants de moins de 15 ans
représentait 34 % de la totalité de la population autochtone, alors
qu’il comptait pour 21 % de l’ensemble de la population canadienne.
Dans le groupe des 15‑24 ans, la proportion d’Autochtones (18 %)
est plus élevée que dans la population générale (14 %). Les personnes
âgées ne constituent actuellement qu’une faible proportion de la
population autochtone au Canada. En 1996, seulement 4 % des Canadiens qui
se sont déclarés Indiens d’Amérique du Nord, Métis ou Inuits étaient âgés
de plus de 65 ans, alors que ce même groupe représentait 11 % de
la population générale.

Selon une
étude publiée récemment, Pour un avenir en santé : Deuxième
rapport sur la santé des Canadiens, au moins 44 % de la population
autochtone et 60 % des enfants autochtones de moins de six ans vivaient
en 1994 sous le seuil considéré par Statistique Canada comme le seuil de
faible revenu[102].
La pauvreté est très répandue chez les Autochtones vivant en milieu urbain.
Selon le recensement de 1991, plus de 60 % des ménages autochtones de
Winnipeg, Regina et Saskatoon avaient un revenu inférieur au seuil de faible
revenu. Pour les familles monoparentales dirigées par des femmes, le
pourcentage était encore plus élevé.
Dans
l’ensemble, le niveau de scolarité des Autochtones est inférieur à celui
de la population canadienne générale. En 1996, 54 % des Autochtones de
15 ans et plus n’avaient pas de diplôme d’études secondaires. Pour
la population non autochtone, le pourcentage est de 16 %. Une comparaison
des données du recensement de 1981 avec celles de 1996 indique une amélioration
à ce chapitre ¾
la proportion d’Autochtones n’ayant pas terminé leurs études secondaires
est tombée de 59 % à 45 %, une plus forte proportion
d’Autochtones âgés de 20 à 29 ans étaient titulaires d’un diplôme
de niveau collégial (23 % en 1996, 19 % en 1981) et la proportion
de diplômés universitaires avait augmenté de 1 %, passant de 3 à 4 %.
Il n’en demeure pas moins que ces chiffres sont inférieurs à ceux qui
concernent la population canadienne générale.
Dans l’étude
intitulée La santé des Premières
nations et des Inuits au Canada : Un second diagnostic, on peut lire
que « l’environnement physique est un facteur important de risques
dans l’exposition à divers dangers, comme ceux que représentent les
organismes infectieux, les contaminants chimiques et biologiques, le stress et
les lésions traumatiques »[103].
Le rapport signale les points suivants au sujet de l’environnement physique
dans lequel vivent de nombreux Autochtones :
·
Les
Autochtones semblent être le sous‑groupe le plus nombreux pour lequel
les risques de devenir sans abri au Canada sont les plus élevés;
·
Les logements
surpeuplés sont plus fréquents chez les Autochtones que dans la population
canadienne générale;
·
Un grand
nombre d’Autochtones (43 %) vivent dans des logements insalubres;
·
Récemment,
on a décelé un problème de moisissures dans les logements des Autochtones,
mais on n’a pas encore évalué toute la portée et les conséquences que
cela pourrait avoir pour la santé;
·
Les Premières
nations et les Inuits risquent davantage d’être exposés à des
contaminants environnementaux étant donné leur alimentation traditionnelle
à base de poisson et de mammifères marins;
·
Dans
certaines collectivités autochtones, l’accès à l’eau potable et à des
égouts adéquats pose problème[104].

L’état de santé des Autochtones par comparaison avec celle de la
population canadienne présente des différences appréciables. Le rapport Pour
un avenir en santé : Deuxième rapport sur la santé des Canadiens signale
que les Autochtones sont en plus mauvaise santé que la population canadienne
générale, comme en témoigne une moins grande espérance de vie et des taux
plus élevés de mortalité infantile et de maladies chroniques. Beaucoup
d’autres rapports ont signalé la même chose :
·
Les
Autochtones souffrent de maladies chroniques (hypertension, arthrite, diabète
et troubles cardiaques) davantage que la population générale. Le diabète
est l’une des principales causes de maladies et d’incapacité chez les
Premières nations. Les données que nous possédons actuellement indiquent
que le diabète est trois fois plus fréquent dans les collectivités
autochtones que dans la population générale. Le tableau suivant est tiré du
rapport La santé des Premières nations et des Inuits au Canada : Un
second diagnostic et illustre l’ampleur du problème des maladies
chroniques chez les Autochtones.
TABLEAU 5.1
MALADIES CHRONIQUES
|
AFFECTION
CHRONIQUE |
SEXE |
PRÉVALENCE
RAJUSTÉE SELON L’ÂGE (%) |
RATIO
PN‑I/ |
|
|
PREMIÈRES
NATIONS ET INUITS DU LABRADOR (PN‑I) |
POPULATION
CANADIENNE GÉNÉRALE |
|||
|
Troubles
cardiaques |
Hommes |
13 |
4 |
3,3 |
|
Femmes |
10 |
4 |
2,5 |
|
|
Hypertension |
Hommes |
22 |
8 |
2,8 |
|
Femmes |
25 |
10 |
2,5 |
|
|
Diabète |
Hommes |
11 |
3 |
3,7 |
|
Femmes |
16 |
3 |
5,3 |
|
|
Arthrite/Rhumatisme |
Hommes |
18 |
10 |
1,8 |
|
Femmes |
27 |
18 |
1,5 |
|
Source
: Tableau tiré de l’étude La
santé des Premières nations et des Inuits au Canada : Un second
diagnostic,
(1999), p. 8.
·
Les hommes et
les femmes des Premières nations vivant dans les réserves présentent
environ trois fois plus de cas de troubles cardiaques et d’hypertension
comparativement à l’ensemble de la population canadienne. (Enquête régionale
sur la santé des Premières nations et des Inuits, Rapport national 1999).
·
Entre 1991 et
1996, les taux comparatifs de cas de tuberculose étaient presque sept fois
plus élevés chez les personnes des Premières nations vivant dans les réserves
que dans l’ensemble de la population canadienne. Ils sont actuellement dix
fois plus élevés que chez les Non‑Autochtones nés au Canada (La
santé des Premières nations et des Inuits au Canada : Un second
diagnostic).
·
Malgré les
améliorations importantes apportées depuis les années 70, les taux de
mortalité infantile dans les collectivités des Premières nations continuent
d’être le double de ceux observés dans l’ensemble du Canada (Pour un
avenir en santé : Deuxième rapport sur la santé des Canadiens).
·
Le taux de
suicide chez les Autochtones de tous les groupes d’âge est trois fois plus
élevé que le taux observé dans l’ensemble de la population canadienne (La
santé des Premières nations et des Inuits au Canada : Un second
diagnostic). Chez les adolescents autochtones, le taux de suicide est cinq
ou six fois plus élevé que chez les adolescents de l’ensemble de la
population canadienne. Les données tirées du rapport Évaluation des modèles
de prestation de soins de santé dans les régions inuites indiquent que
le taux de suicide dans les régions inuites du Canada est environ six fois
plus élevé que dans l’ensemble de la population canadienne.
·
L’abus de
l’alcool, des drogues et des vapeurs de solvant est courant dans de
nombreuses collectivités des Premières nations et inuites.
·
Le syndrome
d’alcoolisme fœtal et les effets de l’alcoolisme sur le fœtus sont
beaucoup plus fréquents dans certaines collectivités autochtones que dans
d’autres régions du Canada (La santé des Premières nations et des
Inuits au Canada : Un second diagnostic).
·
Le taux de décès
dus à des lésions traumatiques et à des empoisonnements est 6,5 fois
plus élevé chez les Premières nations et les Inuits que dans l’ensemble
de la population canadienne (La santé des Premières nations et des Inuits
au Canada : Un second diagnostic).
·
Une étude de
1999 signale que le nombre annuel de cas de sida chez les Autochtones a
beaucoup augmenté. En 1996‑1997, il était passé à 10 % de la
totalité des cas de sida (2 % en 1989)[106].
·
L’usage du
tabac est plus répandu chez les Autochtones. L’enquête régionale sur la
santé des Premières nations et des Inuits signale que 62 % des adultes
des Premières nations vivant dans les réserves et dans les localités
inuites du Labrador sont des fumeurs; plus de 70 % des répondants âgés
de 20 à 29 ans se sont déclarés fumeurs.
·
L’obésité
est un problème de santé important chez les Autochtones.
·
Environ 75 %
des femmes autochtones sont victimes de violence familiale et jusqu’à 40 %
des enfants des localités du Nord ont été victimes de mauvais traitements
par un membre de la famille (La santé des Premières nations et des Inuits
au Canada : Un second diagnostic).
·
En général,
l’espérance de vie des Autochtones est inférieure de quelque six ans à
celle de la population générale.
·
Bon nombre
d’Autochtones ont un accès limité à des services de soins de santé en
raison de l’éloignement et de la petite taille de plusieurs collectivités
autochtones. Soixante‑quinze pour cent des collectivités comptent
moins de 1 000 personnes et un grand nombre (44 %) sont situées
dans des régions isolées, semi‑isolées ou très éloignées du Canada[107].
Les soins
de santé à l’intention des Autochtones du Canada sont dispensés par
l’intermédiaire d’un ensemble complexe de programmes et de services fédéraux,
provinciaux ou gérés par les Autochtones. En outre, le cadre de prestation
de certains programmes fédéraux est en train d’évoluer au fur et à
mesure que les collectivités, les gouvernements et les organisations
autochtones prennent en main la prestation des programmes de soins de santé.
Les
dispensateurs de services et leur clientèle varient suivant certains
facteurs, notamment l’inscription en vertu de la Loi sur les Indiens,
le lieu de résidence (dans les réserves ou hors réserves), l’endroit où
se trouve la localité (non isolée ou éloignée) et suivant que Santé
Canada a signé un accord pour céder la prestation de certains services de
santé à une collectivité ou à une organisation autochtone.
Lors de son
témoignage, Ian Potter, sous-ministre adjoint, Direction générale de la
santé des Premières nations et des Inuits à Santé Canada, a déclaré au
Comité que les Indiens de plein droit (les Premières nations) assujettis à
la Loi sur les Indiens relevaient de la compétence fédérale.
L’offre de services de médecins et d’hôpitaux, toutefois, est une
responsabilité provinciale ou territoriale. Les membres des Premières
nations qui vivent dans les réserves ont droit à des services généraux de
santé dispensés par la province et le territoire (hôpitaux, médecins
soignants) et à d’autres services assurés couverts par les régimes de
santé provinciaux et territoriaux. Cependant, Santé Canada dispense les
soins primaires et d’urgence dans les réserves situées dans des régions
éloignées et isolées, là où les services provinciaux ne sont pas
disponibles. En l’occurrence, le ministère gère quatre petits hôpitaux,
77 postes de soins infirmiers et 217 centres de santé.
Santé
Canada offre également des services de prévention et de promotion de la santé
à l’échelle communautaire et finance ces services pour les membres des
Premières nations qui vivent dans les réserves. Quel que soit le lieu de résidence
(dans les réserves ou hors réserves), les Premières nations ont droit à
des services de santé non assurés (SSNA) financés par le gouvernement fédéral.
Ces services comprennent les médicaments, l’équipement médical et les
fournitures médicales, les soins dentaires, les soins de la vue, le transport
pour raison médicale, les primes d’assurance‑santé provinciale et
des services de psychothérapie en cas de crise[108].
Les
gouvernements provinciaux et territoriaux ont la responsabilité de dispenser
des services de santé aux Inuits, mais la prestation de ces services varie
suivant le lieu de résidence. En 1988, le gouvernement fédéral a cédé la
responsabilité de l’administration de la santé au gouvernement des
Territoires du Nord-Ouest. Avec la création du Nunavut, le gouvernement du
Nunavut a pris en main la responsabilité de son territoire à cet égard. Le
gouvernement fédéral fournit des fonds aux gouvernements territoriaux pour
la prestation de programmes de santé aux Premières nations et aux Inuits,
notamment des services de santé non assurés[109].
À la suite
de la Convention de la Baie James et du Nord du Québec, le gouvernement fédéral
a cédé au gouvernement de la province de Québec, et ensuite au Nunavik, la
responsabilité des services de santé pour les Inuits du Nord du Québec. Le
ministère régional de la Santé et des Services sociaux du Nunavik gère les
programmes fédéraux et provinciaux dans cette région[110].
Au
Labrador, la province dispense des services de santé à tous les résidents
et le gouvernement fédéral finance la Commission sanitaire des Inuits du
Labrador grâce à un accord et à des ententes de contribution pour des
projets précis et pour une gamme de programmes fédéraux, notamment les
services de santé non assurés[111].
Les Métis
et les Indiens de fait ne bénéficient pas des programmes fédéraux de santé.
Ce sont les gouvernements provinciaux et territoriaux qui leur fournissent des
services médicaux au même titre qu’aux autres Canadiens. Les Métis et les
Indiens de fait ne sont pas régis par les dispositions de la Loi sur les
Indiens et n’ont pas droit non plus aux services de santé non assurés
financés par le gouvernement fédéral.
En ce qui
concerne les services de santé fédéraux à l’intention des Premières
nations et des Inuits, c’est la Direction générale de la santé des Premières
nations et des Inuits (DGSPNI) (autrefois la Direction générale des services
médicaux), à Santé Canada, qui en a la charge. Les responsabilités générales
de la DGSPNI comprennent :
·
La prestation
de programmes de prévention et de promotion de la santé à l’échelle
communautaire aux Premières nations vivant dans les réserves et aux Inuits
(y compris les services d’hygiène publique, de promotion et d’éducation
en matière de santé, de même que l’élaboration de stratégies pour répondre
à des problèmes de santé particuliers comme l’alcoolisme et la
toxicomanie);
·
La prestation
de services de santé non assurés (SSNA) aux Premières nations et aux
Inuits, quel que soit leur lieu de résidence au Canada;
·
La prestation
de soins primaires et de services d’urgence à près de 200 localités
isolées ou semi‑isolées où les services provinciaux ne sont pas
disponibles;
·
Des services
d’hygiène publique dans plus de 400 localités;
·
Le
financement des services de lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie par
l’intermédiaire de centres de traitement dotés de professionnels de la
santé.
Les dépenses
globales du Programme de santé des Premières nations et des Inuits pour
2000‑2001 étaient estimées à 1,3 milliard de dollars. Environ 53 %,
c’est‑à‑dire 677,6 millions de dollars, ont été consacrés
aux services de santé communautaires, 45 % ou 578 millions de
dollars aux services de santé non assurés et 2 % ou 23,5 millions
de dollars aux hôpitaux.
Lors de son
témoignage, M. Potter a souligné les nombreux défis que pose
l’administration des programmes de santé à l’intention des Premières
nations et des Inuits. Il a cité notamment : une augmentation de la
clientèle, une pénurie de médecins et d’infirmières; la nécessité
d’offrir des services dans des localités éloignées et isolées; la
difficulté d’attirer et de garder des médecins et des infirmières dans
ces localités isolées; la difficulté d’accès à des services spécialisés;
l’augmentation considérable du coût des médicaments, de la technologie médicale
et du transport; et l’augmentation du taux des maladies chroniques qui
exigent des soins de longue durée et des pharmacothérapies.[112].
Autres défis
de taille : une amélioration des conditions sociales et économiques,
l’éradication de la pauvreté, des logements salubres et le relèvement du
niveau de scolarité, qui sont d’importants facteurs influant sur la santé,
de même qu’une meilleure coordination avec les autorités provinciales[113].
Outre Santé
Canada, 11 autres ministères fédéraux offrent des programmes aux
Autochtones. En 2001‑2002, les dépenses totales de ces programmes s’élèveront
à 7,3 milliards de dollars. La vaste majorité de ces fonds (70 %)
est imputée au budget d’Affaires indiennes et du Nord Canada AINC), 19 %
à celui de Santé Canada (1,3 milliard de dollars), 4 % à celui de
la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et 3 % à
celui de Développement des ressources humaines Canada (DRHC). Quant aux
autres ministères, ils se partagent les 3 % restants.
Affaires
indiennes et du Nord Canada a pour mandat l’administration des programmes
d’aide sociale, le financement des établissements d’enseignement
primaires, secondaires et postsecondaires, le logement dans les réserves, les
services à la famille et à l’enfance et les services dans les réserves mêmes,
comme les services de soins à domicile. Le Ministère finance également des
projets d’infrastructure pour les communautés autochtones. Il s’agit de
services d’aqueducs et d’égouts, d’assainissement du milieu, de
construction de routes et de ponts, de protection contre les incendies, d’électrification,
d’installations scolaires ou autres dans la collectivité.
D’autres
ministères fédéraux s’occupent également de financer certaines
entreprises autochtones et des initiatives d’insertion dans la population
active.
Il faut
garder à l’esprit les rapports traditionnels entre le gouvernement fédéral
et les Peuples autochtones du Canada pour expliquer le contexte de la
politique et des initiatives fédérales en ce qui concerne la santé des
Autochtones. Le tableau 5.2 décrit l’évolution de ces rapports. Dans
son mémoire présenté au Comité, l’Organisation nationale de la santé
autochtone (ONSA) explique :
La
politique du gouvernement fédéral quant à ses liens avec les groupes
autochtones a subi une évolution considérable au cours des dix dernières
années. Il y a à peine 15 ans, les ressources fédérales consacrées
à la santé et aux programmes sociaux à l’intention des Autochtones étaient
versées presque exclusivement aux collectivités des Premières nations et
inuites; les groupes vivant hors des réserves ne bénéficiaient que d’un
nombre limité de programmes fédéraux (par exemple, les programmes de
logements à l’extérieur des réserves et la Stratégie canadienne de développement
économique des Autochtones) et de fait, ces groupes étaient pour ainsi dire
invisibles pour le public canadien. Aujourd’hui, les Premières nations et
les Inuits sont toujours le pivot de la politique fédérale, mais de
nombreuses initiatives visant tous les Autochtones profitent également aux
Indiens de fait, à ceux qui vivent hors des réserves et aux Métis[114].
Tableau 5.2
ÉVÈNEMENTS MARQUANTS DE LA POLITIQUE EN MATIÈRE DE SANTÉ :
LIENs ENTRE LES PEUPLES AUTOCHTONES
ET LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL
|
ANNÉE |
ÉVÉNEMENT |
Description |
|
|
1867 |
Loi
constitutionnelle de 1867 |
||
|
1876 |
|||
|
1939 |
|||
|
1945 |
|||
|
1962 |
|||
|
1979 |
Objectif : « rehausser
le niveau des services de santé dans les collectivités indiennes,
services offerts et gérés par les collectivités indiennes elles-mêmes ».
Les améliorations en matière de santé de la population indienne
reposent sur trois axes : 1.
le développement communautaire, 2.
les liens traditionnels entre la population indienne
et le gouvernement fédéral, 3.
le système canadien de soins de santé intégrant
les secteurs fédéral, provincial, municipal, indien et privé. |
||
|
1980 |
|||
|
1982 |
Loi
constitutionnelle de 1982 |
Reconnaissance
des Premières nations, des Inuits et des Métis, et enchâssement
dans la Constitution canadienne des droits autochtones existants et
des droits issus de traités. |
|
|
1988 |
Approbation
de la politique de transfert du contrôle |
Le
conseil des ministres fédéral approuve le cadre de la politique de
transfert du contrôle des services de santé, cédant aux Indiens le
contrôle des ressources affectées aux programmes de soins de santé
des Indiens vivant au sud du 60e parallèle. |
|
Années
90 |